Concours

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recherche

Recommander

Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 12:06

 

 

Merci Amnesty France, via mondialisation.ca


Voir les 0 commentaires - Publié dans : Témoignages - Ecrire un commentaire
Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 16:09

Article de Olivier Mayer - Humanité du 15-12-20 11

   

Les Échos de mardi (13-12-2011) publiaient un point de vue de Charles Beigbeder sous le titre: « Les retraités doivent prendre leur part de la rigueur ».  

Le papier ne mériterait pas tant d'attention si son auteur ne l'avait signé en tant que secrétaire national de l'UMP et vice-président de Fondapol¹, la fondation du parti du président.  

 

Ce qu'il propose: geler les pensions de retraite à leur (bas) niveau actuel. Celles, du moins, supérieures à 1 000 euros. C'est-à-dire une diminution générale du pouvoir d'achat des pensions.  

 

Nicolas Sarkozy s'était solennellement engagé le 12 juillet 2010: « Je dis aux 15 millions de retraités qu'on ne touchera pas à leur pension de retraite. » Les syndicats avaient démontré que sa « réforme », en reculant l'âge de départ, aboutissait de fait à diminuer les pensions des futurs retraités.

 

L'UMP annonce aujourd'hui que ce sont les pensions des actuels retraités qui sont dans le collimateur.  

Quelles justifications avance le secrétaire national de l'UMP?  

 

« Revenir sur cette indexation n'est pas iconoclaste puisque certains de nos voisins l'ont déjà appliquée. » Il rappelle qu'en Italie, la ministre des Affaires sociales, Elsa Fornero, a proposé, les yeux emplis de larmes, « l'augmentation de l'âge de départ à la retraite, le calcul du montant des pensions sur la base de l’ensemble des salaires et le gel de l'augmentation des retraites ».  

 

« Si les deux premiers points ont été à l'affiche de la réforme de 2010 en France, le gel des retraites n'a jamais été abordé », regrette-t-il. D'autant plus que, prétend-il, ce n'est que depuis la réforme Balladur de 1993 que le montant des pensions est indexé sur les prix. En oubliant de préciser qu'auparavant, ce montant était indexé sur les salaires et que l'indexation sur les prix a déjà contribué à une diminution du pouvoir d'achat des pensions. 

 

« Il ne s'agit pas de toucher au cœur de la pension, répète Charles Beigbeder, mais bien de ne pas l'augmenter automatiquement d'un coup de baguette magique chaque 1er avril. » Selon lui, désindexer les retraites au-delà de 1 000 euros mensuels rapporterait environ 13,5 milliards d'euros par an. Et il ose avancer qu'il y a « des marges de manœuvre importantes pour mieux gérer nos retraites sans pénaliser les plus démunis ».

 

Dans la logique de la « réforme » de Sarkozy, celle dictée par les financiers, il y aura toujours des économies à faire et elles se feront toujours sur le dos des salariés et des retraités. 

 

Posons la question de civilisation: doit-on consacrer une part des richesses qui existent à permettre que les hommes et les femmes puissent vivre leur vie, dont la durée augmente, jusqu'au bout, dignement et confortablement?  

 

L'élection présidentielle est un moment de ce choix qui devrait être un débat gauche droite. Bien plus passionnant et utile que des petites jongleries où l'on dissimule sous des formules habiles des renoncements bien réels.

 

Notes de l’auteur du Blog :

 

¹ FONDAPOL veut également relancer les privatisations pour désendetter la France, réduire les dépenses de santé via la mise en place d'une franchise annuelle à hauteur de 2 % des revenus des ménages, réformer l'assurance-maladie en impliquant davantage les assureurs privés ² et en modulant les cotisations en fonction du risque.

 

² Le clan Sarkozy est à l’affût http://www.sharknews.fr/societe/economie/2379-guillaume-sarkozy-veut-accroitre-le-reseau-commecial-de-malakoff-mederic

 

A poursuivre dans cette voie nous serons bientôt au niveau des grecs.


Voir les 0 commentaires - Par Par jack Freychet - Publié dans : Présidentielles 2012, le libre échange et l'UE - Ecrire un commentaire
Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 14:49

Le procès verbal de la séance du 22 novembre 2011 a été adopté à l’unanimité sans modification majeure puis madame le maire a donné lecture des décisions qu’elle avait prises sur délégation de la majorité du conseil.

 

I Affaires financières, débat d’orientation budgétaire :

 

L’Etat se désengage pour combler son déficit. Les dépenses de la commune progressent plus vite que les recettes. Le temps des vaches maigres se poursuit. J’ai fait la déclaration suivante :

 

Malgré quelques bémols, bien que vous vous défendiez de faire de la politique, les documents que vous nous avez transmis bien que riche d’informations¹  reprennent les thèmes chers à Sarkozy celui qui disait travaillez plus pour gagner plus. Il est aujourd’hui le champion de l’austérité et du chômage et tait ses responsabilités.

 

Ainsi, le marasme économique et financier, le déficit de la France, seraient la conséquence d’une crise mondiale dont nul ne saurait d’où elle vient. Un autre aspect de l’invisible loi du marché en quelque sorte.

 

Je ne partage pas cette analyse. La crise est la conséquence des politiques mises en œuvre par les gens qui nous gouvernent depuis des décennies.

 

La dette française est égale à la somme des intérêts réclamés depuis l’application, en 1973, de la loi Pompidou Giscard, dite loi Rothschild,  qui a supprimé la possibilité de recourir à la banque de France à taux zéro et fait obligation d’emprunter aux banques, ou autres organismes privés qui, au passage,  empochent de juteuses rémunérations.

 

Aujourd’hui le taux de la Banque Centrale Européenne (BCE) doit être aux alentours de 1,5 %, mais vous empruntez entre 4 et 5 %, la Grèce en est à 6, 7, 8, 9, la différence va alimenter les fonds spéculatifs qui pillent l’économie mondiale.

 

Depuis 1973, à l’exception des candidats présentés par les petits partis, et du Front national qui pour moi n’est pas une référence, aucun des autres aspirants à la magistrature suprême, qui ont tous appartenu  à un moment ou à un autre à une majorité gouvernementale n’a, lorsqu’il était en fonction, proposé de remise en cause  ni manifesté le moindre remord. Ils s’indignent tous depuis soixante six ans (pour les plus âgés)  du sort des SDF et des mal logés pour oublier l’hiver à peine terminé.

 

Souvenez- vous également  d’un candidat à la présidence de la républiques clamant il y a quelques années : «  Endettez-vous sur  hypothèque  » démarche qui a conduit à la crise des sub-primes aux USA et  aux « fonds » toxiques qui ont inondés la planète et mis en difficultés les banques qu’il a fallu renflouer avec les deniers des peuples. Là il y avait de l’argent.

 

Les responsables sont connus, depuis Reagan Thatcher voire avant, ce sont tous ceux qui ont gouverné les USA, l’Union Européenne, jusqu’à Cameron, Obama, Sarkozy, Merckel qui conserve néanmoins la fibre allemande et obtient pour son pays plus avec l’Euro que Hitler n’avait pu le faire avec ses divisions blindées. L’Allemagne tire ses excédents de ses importations de pièces détachées payées en euros aux PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale) à monnaies faibles.

 

Il nous faudrait maintenant rembourser les intérêts  capitalisés et pour cela accepter des sacrifices  supplémentaires, hausse de la TVA, rebaptisée sociale,  hausse de l’impôt sur le revenu. Avec la non revalorisation des tranches d’impositions. 100 000 à 200 000 foyers supplémentaires vont être assujettis à l’I.R.P., les couches moyennes en subiront aussi les conséquences : Rentrées attendues  1,5 à 2 milliards d’euros,  ponction sur le pouvoir d’achat qui conjuguera la  croissance au négatif.

 

Vous présentez comme effet d’aubaine,  page 3 premier alinéa, le fait que la Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) attribué par l’Etat aux collectivités territoriales ne soit plus indexée sur la croissance qui s’effiloche par contre vous omettez de préciser qu’elle reste entraînée par la décroissance.

 

Nous n’avons rien à attendre du Fonds de Péréquation des Recettes Intercommunales et communales (page 1 premier alinéa et renvoi), il  va monter en puissance sur cinq ans. Nous serons contraint de l’abonder, dès cette année, comme la communauté d’agglo car nous sommes parait-il une « commune riche » mais, si rien ne change, dont les ressources resteront ad vitam aeternam obérées pas ses insuffisances initiales en matière de taxe professionnelle dont le reversement par la communauté d’agglo s’étiole au fur et à mesure des transferts de compétences qui sont suivis, il ne faut pas l’oublier, de transferts de moyens correspondants (de la commune vers l’agglo).

 

Dans ces conditions, il ne vous restera comme à d’éventuels successeurs qu’à pousser une seconde fois le feu des impôts locaux² et l’augmentation des prestation servies par la commune  ce que vous avez  admis lors de la commission des finances ce que vous venez de confirmer.

 

Après, et avec le prix de l’eau qui va poursuivre son ascension, comme celui du gaz, celui annoncé de l’électricité il va falloir, à l’instar du système de santé, payer encore plus pour se chauffer moins.

 

 Pour terminer, un paradoxe, au niveau européen on fait état de la mobilisation de centaines de milliards d’euros pour combler les déficits, en France nos gouvernants peinent à en trouver  cinq cents millions, en déshabillant pierre pour habiller Paul, afin de relancer la croissance.

 

Vous ne pouvez rétorquez que vous n’avez pas été élu(e) s pour entendre cela mais  le document que vous nous avez présenté est une profession de foi éminemment politique, mes observations de même.

¹ Il confirme en particulier que les dépenses progressent plus vite que les recettes, au rythme des désengagement de l’Etat et des transferts de charges qui vont se poursuivre. Jusqu’où pourrons-nous aller comme ça.

 

² Augmentation de 6 % en 2009 plus une revalorisation des bases d’imposition par le gouvernement avait consisté en un transfert d’impôt  entre contribuables. Il est également à noter que les abattements instaurés pour charges de familles, appréciables pour les bénéficiaires, se sont effectués au détriment  d’autres catégories de contribuables y compris celles aux revenus les plus modestes dont le plafonnement d’impôt a, en outre, été réduit.

 

Pour la majorité, en résumé, la situation est certes difficile mais il faut s’adapter, utiliser au mieux  chaque euro disponible, elle n’y peut rien .

 

Les charges transférées à la communauté d’agglo (accompagnées des moyens correspondants ndlr) ont ensuite été entérinées. Il est à noter que l’attribution de compensation versée par la CAVO à la commune  passe en conséquence de 321 345 euros à 103 181 euros.

 

II Urbanisme Travaux :

 

Les solutions retenues n’étant pas de nature à assurer l’accueil des élèves en maternelle comme en primaire sur les long et même moyen terme je n’ai pas approuvé l’Avant Projet Définitif (APD) relatif à l’opération extension- réhabilitation de l’école Pierre Brossolette car la croissance démographique de Villiers sur orge est loin d’être achevée, il reste encore plusieurs dizaines d’hectares à urbaniser et les récentes mesures gouvernementales  incitant à la densification des zones qui le sont déjà. Il faudra rouvrir le dossier lors du prochain mandat ou classer les terrains disponibles en zones naturelles  inconstructibles mais c’est contraire aux orientations actuelles en matière d’urbanisation.

 

J’ai par contre approuvé les demandes de subventions au titre de la dotation des territoires ruraux.

 

III Enfance jeunesse :

 

Les enseignants de Malraux organisent ont sollicité une subvention de la commune pour organiser une classe transplantées. Je me suis étonné de la brièveté du séjour : 48 heures mais néanmoins voté pour l’octroi des aides demandées.

 

De même j’ai approuvé le contrat Enfance Jeunesse 2 ème génération en regrettant que d’année en année les subventions ce la CAF se réduisent comme peau de chagrin.

 

IV Affaires Générales :

 

Le remplacement d’un membre du CCAS par un autre élu étant une affaire interne à la majorité je n’ai pas participé au vote. En l’absence de certification comptable je me suis abstenu lors du vote du compte rendu d’activité de la SORGEM dont il convient cependant de noter qu’elle élargir son champ d’actions très au-delà de la CAVO.

 

J’ai approuvé l’adhésion au groupement de commandes pour la reliure des actes administratifs et d’état civil.

 

Madame le Maire a ensuite donné quelques informations qui seront reprises dans le procès verbal de la séance publié ultérieurement sur le site de la commune.


Voir les 0 commentaires - Par jack Freychet - Publié dans : La vie municipale 2008-2014 - Ecrire un commentaire
Mercredi 8 février 2012 3 08 /02 /Fév /2012 17:21

des détenus torturés et privés de soins médicaux » Tripoli/Bruxelles, 26 Janvier 2012

MSF suspend ses activités dans les centres de détention de Misrata, en Libye. Les personnes détenues dans la ville de Misrata sont victimes de tortures et ne peuvent recevoir des soins médicaux d'urgence. Ce qui a amené Médecins Sans Frontières à suspendre ses activités dans les centres de détention de la ville.

 

 

Les équipes MSF ont commencé à travailler dans les centres de détention de Misrata, en Libye, en août 2011 pour y soigner les blessés de guerre prisonniers. Depuis lors, les médecins MSF ont vu de plus en plus de patients souffrant de blessures qui avaient été causées par des tortures lors d’interrogatoires conduits en dehors des centres de détention. Au total, MSF a soigné 115 personnes présentant des blessures liées à la torture et a rapporté l’ensemble de ces cas aux autorités compétentes à Misrata. Depuis le mois de janvier, plusieurs patients qui ont été renvoyés dans les centres d'interrogatoire y ont même été torturés de nouveau.

« Certains responsables ont cherché à instrumentaliser et entraver le travail de MSF, a déclaré Christopher Stokes, directeur général de MSF. Des patients nous ont été amenés au milieu d’un interrogatoire pour recevoir des soins médicaux afin qu’ils soient remis en état pour la poursuite de l’interrogatoire. Ceci est inacceptable. Notre rôle est de dispenser des soins médicaux aux blessés de guerre et aux malades en détention, et non de soigner encore et encore les mêmes patients entre deux séances de torture. »

Il a également été demandé aux équipes médicales de MSF de soigner des patients dans les centres d'interrogatoire, ce que l’organisation a catégoriquement refusé.

Le cas le plus inquiétant s’est produit le 3 janvier dernier lorsque les médecins MSF soignaient un groupe de 14 détenus revenant d’un centre d'interrogatoire situé en dehors des centres de détention. Malgré les demandes répétées de MSF de mettre fin immédiatement à la torture, neuf des 14 détenus souffraient de nombreuses blessures et présentaient des signes évidents de torture.

L’équipe MSF a informé le National Army Security Service - l’organisme responsable des interrogatoires - qu’un certain nombre de patients devaient être transférés d’urgence dans des hôpitaux pour y recevoir des soins spécialisés. Or, tous ces patients, à l’exception d’un seul, ont été de nouveau privés de soins médicaux essentiels et torturés lors d’interrogatoires conduits en dehors des centres de détention.

Après avoir rencontré différents responsables, MSF a adressé une lettre officielle le 9 janvier au Conseil militaire de Misrata, au Comité de sécurité de Misrata, au National Army Security Service et au Conseil civil local de Misrata, demandant de nouveau l’arrêt immédiat de toute forme de mauvais traitements sur les détenus.

« Aucune mesure concrète n’a été prise, constate Christopher Stokes. Au contraire, notre équipe a reçu quatre nouveaux cas de torture. Nous avons donc pris la décision de suspendre nos activités médicales dans les centres de détention. »

MSF est présente à Misrata depuis avril 2011, au cœur du conflit libyen. Depuis août 2011, MSF travaille dans les centres de détention de Misrata où l’organisation soigne les blessés de guerre, pratique des opérations chirurgicales et assure le suivi orthopédique des patients victimes de fractures. Les équipes de MSF ont donné 2 600 consultations, dont 311 pour des traumatismes liés à la violence.

MSF poursuit son programme de santé mentale dans les écoles et les structures de santé de Misrata, et continue à apporter une aide à quelque 3 000 migrants d’origine africaine, réfugiés et déplacés dans la région de Tripoli.

 

MSF est une organisation humanitaire médicale internationale qui travaille en Libye depuis le 25 février 2011. Pour assurer l’indépendance de son travail médical, MSF ne mobilise que des dons privés pour financer ses activités en Libye et n’accepte aucun financement provenant d’Etats, de bailleurs de fonds, de groupes militaires ou politiques.

http://www.msf.fr/presse/communiques/libye-detenus-tortures-et-prives-soins-medicaux


Voir les 0 commentaires - Par jack Freychet - Publié dans : Actualité - Ecrire un commentaire
Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 15:19

NATIONALISER LA POLITIQUE MONÉTAIRE


Jacques Nikonoff est porte-parole du M’PEP et ancien président d’Attac. Derniers ouvrages publiés :

  • « Sortons de l’euro ! Restituer au peuple la souveraineté monétaire » (Mille et une nuits, 2011)
  • « La confrontation. Argumentaire anti-FN » (Le Temps des Cerises, 2012).

La révolution conservatrice, à partir du tournant des années 1970-1980, entre autres choses, a organisé la privatisation de la politique monétaire. Avec le traité de Maastricht de 1992, elle a ouvert la voie à la formule la plus réactionnaire du monde en créant la Banque centrale européenne (BCE). Évidemment, le mot « privatisation » n’a jamais été prononcé », on l’a remplacé par le mot « indépendance ». Un mot qui sonne bien, qui donne en tout cas, spontanément, l’impression d’être préférable à son contraire. Qui choisirait la dépendance plutôt que l’indépendance ?

 

Ainsi le tour était joué, on vendait aux citoyens un concept sympathique pour masquer une politique monétaire entièrement tournée vers les intérêts des détenteurs de capitaux. Un pan essentiel de la souveraineté populaire basculait alors du côté des forces de l’argent. Car cette indépendance de la BCE n’en était pas une, elle devenait en réalité dépendante et soumise aux marchés financiers. Cette politique monétaire est responsable de la mise au chômage de millions d’Européens.

 

La gauche doit revendiquer haut et fort la nationalisation de la politique monétaire et de la monnaie. C’est une question de bon sens car la politique monétaire est un instrument essentiel de la politique économique. Un gouvernement de gauche ne pourra pas mener de politique de gauche sans l’instrument monétaire, et ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs. Les conséquences d’une nationalisation de la politique monétaire sont évidemment considérables puisque pour y parvenir il faudra que la Banque de France sorte du Système européen des banques centrales (SEBC). Cependant, cela ne signifie pas la rupture des relations habituelles entre banques centrales. C’est le lien de soumission de la Banque de France à la BCE qui sera rompu. La France redeviendra libre de mener une politique monétaire favorable à l’emploi, au développement économique, social et environnemental. La suite logique sera le retour du franc, car comment nationaliser la politique monétaire sans nationaliser la monnaie ?

 

Le Parti socialiste, poussé par une partie de son électorat et de ses militants de plus en plus critiques avec le système euro libéral de l’Union européenne, de la BCE et de l’euro, lâche un peu de vapeur, mais c’est pour mieux enfumer l’opinion publique. Sa proposition de permettre à la BCE de prêter directement aux États est en effet illusoire. C’est d’ailleurs pour cette raison que le PS fait cette proposition, car il sait très bien qu’elle ne passera jamais. Il peut ainsi se présenter comme euro critique à bon compte ! C’est comme pour la taxe Tobin, ça ne mange pas de pain !

 

Demander que la BCE prête directement aux États  est illusoire, d’abord, car la totalité des 27 pays membres de l’Union européenne ne se mettront jamais d’accord sur une telle réforme si contraire à toute l’orthodoxie néolibérale. Peut-être, un jour, cela sera-t-il possible. Mais certainement pas à court terme. Faut-il attendre ce jour comme le messie et, en attendant, subir les coups de l’euro libéralisme ? Quelle mystification ! Comment faire des propositions aussi invraisemblables ! En outre, jamais les dirigeants allemands – quels qu’ils soient – n’accepteront un tel changement de politique monétaire qui heurterait leur culture au plus profond. C’est ne rien comprendre à l’Allemagne et faire preuve de beaucoup de légèreté que d’entretenir cette illusion.

 

Revendiquer que la BCE prête directement aux États est une illusion, ensuite, car cela sous-entend qu’une politique monétaire de gauche est possible avec des gouvernements de droite. Et aussi avec des dirigeants de la BCE tous issus et dévoués aux marchés financiers ! Comment est-il possible de croire des choses pareilles ? Comment mener une politique monétaire de gauche en gardant le principe de l’indépendance de la BCE ? C’est totalement incompatible puisque par définition l’indépendance de la BCE ne peut pas lui permettre de mener une politique inspirée par les gouvernements (de gauche !). Pour que la BCE prête directement aux États, il faut donc remettre en cause le statut d’indépendance de la BCE.

 

Bien sûr, le Parti socialiste reste muet sur le sujet. S’agissant du PS on ne sera pas surpris. Mais quand c’est le Front de gauche, les bras nous en tombent ! Alors que le Front de gauche dispose de nombreux atouts pour offrir une véritable – alternative – en tout cas c’est le seul rassemblement à la gauche du PS – il reste précisément dans le sillage du PS. Comme le PS, il demande que la BCE prête directement aux États, alimentant la confusion politique. Comme le PS, il ne revendique pas la remise en cause de l’indépendance de la BCE et la nationalisation de la politique monétaire. Il revient à son électorat de continuer la pression sur les dirigeants du Front de gauche pour les aider à se mettre en phase avec les attentes de la population.

 

Un nouveau signe de cette montée de la rage populaire contre le système de Bruxelles a été fourni lors d’une initiative sur la dette organisée par Attac et Médiapart le 15 janvier dernier. Beaucoup de monde, plus de 1 000 participants qui ont bousculé les organisateurs. En effet, pour une fois, une voix discordante avait été invitée à s’exprimer en la personne de l’économiste Frédéric Lordon. Il a prononcé une intervention brillantissime qui a fait un véritable tabac, sous les acclamations du public, alors que les organisateurs restaient silencieux…

 

Une vidéo à voir et revoir en boucle :

http://www.dailymotion.com/video/xnrsv2_leur-dette-notre-democratie-frederic-lordon_news


Voir les 0 commentaires - Publié dans : Présidentielles 2012, le libre échange et l'UE - Ecrire un commentaire
Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 11:42


Une contribution précise sur la question décisive des conditions d’une autre politique monétaire, dans les réalités des institutions européennes par Citoyen Lambda.

 

Le projet monétaire du Front de Gauche est résumé en 12 pages dans l’opuscule "l’Humain d’abord" (§ 2, pages 29 à 36, et § 7, pages 67 à 71), largement diffusé par les militants.


  Le paragraphe 2 s’intitule : Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers.

 

- En page 29 nous lisons : Nous agirons pour changer les missions de la Banque Centrale Européenne…

-  En page 30 nous lisons : Adoption d’une loi portant création d’un pôle public financier transformant la politique et les critères du crédit. Blocage des échanges de capitaux avec les paradis fiscaux.

 

-Transformation des missions, de la politique monétaire et de la gouvernance de la Banque Centrale Européenne (BCE) et de la Banque de France et création d’un Fonds européen de développement social, écologique et solidaire pour l’expansion des services publics et des qualifications.


- En page 32 nous lisons : reprise du contrôle des mouvements de capitaux aux frontières de l’Union Européenne ; possibilité que les banques centrales contribuent directement au financement des biens et des services publics ; obligation de détention de titres de la dette publique par les institutions financières ; …
Nous proposons que la BCE (…) finance directement par création monétaire, un fond de développement social, solidaire et écologique européen.


- En page 33 nous lisons : Des titres publics pour le développement social seront rachetés directement par la BCE et les banques centrales nationales.


- En page 35 nous lisons : Nous combattrons la spéculation et la financiarisation de notre économie en interdisant les ventes de gré à gré, les ventes à découvert et les produits spéculatifs et en bloquant les échanges de capitaux avec les paradis fiscaux, ce qui contribuera à leur disparition.


- En pages 35 et 36 nous lisons : Les mouvements internationaux de capitaux à des fins de spéculation et de placement financier seront contrôlés et taxés. En page 36 nous lisons : Nous agirons en même temps pour changer les traités européens…


Tous ces points contreviennent aux dispositions des traités européens, et en particulier à celui de Lisbonne.
Les institutions européennes, dont la BCE, sont ainsi faites, qu’il faut l’unanimité des 17 membres de la zone Euro pour modifier les statuts de la BCE, et l’unanimité des 27 membres de l’Union Européenne pour modifier un traité européen.( ndlr du blog: Ils feront l'objet de recours  auprès des juridictions compétentes, les décisions seront annulées).


Alors évidemment, les rédacteurs du programme du Front de Gauche, ne peuvent pas nier l’obstacle, d’où le chapitre 7 (pages 67 à 71) : S’affranchir du traité de Lisbonne et construire une autre Europe.


Que veut dire "affranchir" ? Pourquoi ce verbe, et non pas simplement "sortir" du traité de Lisbonne. Quand on affranchit un esclave, on n’abolit pas l’esclavage…


- En page 69 nous lisons : Sans attendre cette échéance, nous agirons pour développer des politiques européennes nouvelles libérées des marchés financiers.
… nous refuserons d’appliquer des directives contradictoires à nos engagements, notamment en ce qui concerne la dérégulation des services publics.


Le maître mot est donc "désobéissance".


Notre opinion est très simple finalement.


Si, comme le prétend le Front de Gauche, il veut réellement reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers, nous pensons que la voie prise est une très mauvaise voie. Elle consiste en effet à attendre que 17 ou 27 pays soient d’accord avec ce que propose le Front de Gauche français, et donc à espérer que la désobéissance française fasse tache d’huile, comme cela est clairement dit page 69.


Ce disant, ce faisant, le Front de Gauche n’est pas du tout à la hauteur de l’urgence sociale que par ailleurs il décrète. Pire que ça, il envoie ses troupes et ses électeurs à l’assaut de l’Everest, en leur disant qu’il s’agit de la Butte Chaumont.


Abordons le fond des solutions préconisées.


Le programme du Front de Gauche prétend vouloir reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers, mais :


- Il ne dit mot sur les mécanismes de la création monétaire ;
- Il n’envisage pas de toucher au prêt à intérêt ;
- Il n’envisage les dettes que comme "publiques" et en fait une analyse budgétaire (page 33), tombant ainsi dans le piège tendu par la droite et le PS ;
 Il préconise de payer, aux créanciers privés, la plus grosse partie des dettes dues à la création monétaire publique et privée-devenue-publique, suite aux "renflouements divers" depuis 2007 (page 70) ;
 - Il est confus et contradictoire à propos des mouvements de capitaux, parlant tantôt de contrôle et de taxation, tantôt de blocage (comme souligné ci-dessus).
- Il ne chiffre rien, et reste très vague sur l’essentiel (il n’y est par exemple question que "de nationalisations de banques et de compagnies d’assurance" (page 35). Combien ? Lesquelles ?) ;
  Etc.


Dans la situation européenne et mondiale actuelle de la finance et des monnaies, nous pensons que les rédacteurs du programme du Front de Gauche sont passés à coté de leur sujet.


Si l’on reste sur le sujet qui est le nôtre, c’est-à-dire la politique monétaire, comment le Front de Gauche entend-il reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers, tout en demeurant sous la férule du FMI et de la Banque Mondiale ?...


Inversement, dans le chapitre 8, page 74, nous lisons : Nous mettrons un terme à une politique étrangère de la France basée sur les relations néocoloniales et la Françafrique. Mais alors pourquoi, encore et toujours, éluder la question du Franc CFA ?


Est-ce que l’intention de mettre un terme aux relations néocoloniales est compatible avec le fait de garder la mainmise sur la monnaie de l’Afrique francophone ?


Nous pensons que les rédacteurs du programme du Front de Gauche ne se sont pas encore assez "affranchis", eux, des cogestions désastreuses avec les Partis Socialistes européens depuis 40 ans, et que ce programme en porte encore les plaies. L’enthousiasme de certains militant(e) s, sincères, fera donc encore place à de cruelles déceptions, mais c’est peut-être ça "le programme"...


Approfondir le sujet :  http://www.citoyen-lambda.fr/monnaie-mdcf.html

 

 


Voir les 0 commentaires - Par citoyen lambda - Publié dans : Présidentielles 2012, le libre échange et l'UE - Ecrire un commentaire
Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 10:41

Au verbe facile, doté du sens de la répartie, objet d’éloges de la part de nombreux commentateurs pour sa prestation télévisuelle du 12 janvier 2012, Mélenchon est-il pour autant un bon candidat de gauche, ses propositions sont-elles de nature à mettre fin au marasme qui nous environne, à nous sortir de la mouise ? Je serais plus tempéré.

Il est certes brillant, en apparence, mais  n’oublions pas que c’est le fond qui prime et non la forme, les effets de manches ne peuvent remplacer la logique et l’argumentaire, le meilleur outil pédagogique ne peut gommer les lacunes d’un programme, quel qu’il soit, qui transparaissent dès que l’on se donne la peine de gratter le vernis dont il est enrobé, reproche que l’on peut adresser à la quasi-totalité des candidats en présence qui nous promettent toujours monts et merveilles la veille des élections pour nous inciter à la patience le lendemain du scrutin. Ainsi le travaillez plus de Sarkozy pour gagner plus et alimenter le chômage est devenu travaillez plus pour gagner moins, le chômage explose. Chirac disait vouloir réduire la fracture sociale, elle s’est accentuée, Mitterrand et Jospin ne nous ont laissé que la droite et l’austérité en héritage.

Même paré des plumes d’un paon Mélenchon ne reste qu’un paon et  n’a d’autre soucis  que de faire le meilleur score possible pour réintégrer le bercail réformiste en bonne position lors de la  répartition des strapontins.

Le Programme Populaire Partagé du Front de Gauche n’est pas de nature à nous faire retrouver notre souveraineté monétaire dont l’abandon, en 1973, loi Pompidou Giscard dite loi Rothschild, reprise par le traité de Maastricht, a démultiplié la dette au travers des intérêts versés  au profit du capital privé (il faut lire et relire Eric Toussaint). Ce que l’on dénomme aujourd’hui la crise c’est l’abondance pléthorique pour quelques-uns, les sacrifices pour les peuples.

 Il faut dévoiler et dénoncer les responsabilités successives, désobéir à l’UE jusqu’à en sortir, revenir au Franc pour inverser la tendance. Il n’y aura pas de croissance possible sans souveraineté monétaire. Le M’PEP en a clairement énoncé la méthodologie, les délais : Six mois, les conséquences prévisibles. Il faut faire ce que ne prévoient ni le Front de gauche ni Mélenchon qui renvoient à un éventuel référendum, et une modification de la constitution, pour l’après deuxième tour. L’écrire en exergue du PPP eut été plus mobilisateur au premier tour. Si la démarche n’était pas sans arrière pensée pourquoi refuser l’entrée du M’PEP au sein du Front de Gauche? Il ne l’a pas voulu car il est européiste, Hollande ne le fera pas non plus pour la même raison, mais ils ne sont pas les seuls à refuser de s’affranchir des traités européens. Dans ces conditions leurs marges de manœuvre sont  réduites  à peu de choses. En attendant, « Billancourt », les exclus ou en voie de l’être désespèrent certains iront se réfugier dans l’abstention d’autres rejoindre le camp Lepéniste.

J’ai déjà là une première raison de ne pas accorder mon suffrage au candidat du Front de gauche.

 La seconde est motivée par le feu vert donné par le parti de gauche à l’intervention de l’OTAN en Libye, sous l’autorité de l’ONU, pour une nouvelle aventure coloniale à visée planétaire. Il est à noter que les trois députés européens membres du PCF se sont à cette occasion « courageusement » abstenus. Le  PS a applaudi.

La troisième pour son approche du développement durable au travers des thèses fallacieuses du GIEC, l’abandon  du nucléaire civil alors que les réacteurs de quatrième génération, plus sûrs, nous mettraient à l’abri de toute pénurie d’électricité pour plusieurs génération dans des conditions économiques optimales pour les consommateurs individuels et l’appareil productif. Si l’électricité ne peut actuellement être stockée, elle peut être utilisée pendant les heures creuses, de nuit principalement, pour le chauffage par accumulation  et le rechargement des bassins en amont,  alors que les réacteurs ont des disponibilités, restituée ensuite en périodes de plus forte charge.

Beaucoup de scientifiques s’interrogent sur la réalité du réchauffement climatique, ses origines. Mélenchon qui n’est pas un scientifique a tranché, sans preuve, ou ses conseillers pour lui, c’est l’Homme qui serait  responsable, nous plaçant, comme dans le domaine de la santé, devant l’alternative ou payer plus des énergies alternatives aléatoires ou nous chauffer (soigner) moins mais cela il ne l’écrit pas. Si le réchauffement n’est pas d’origine anthropique qui stoppera la dérive des continents et les rayonnements cosmiques ? Les hollandais se sont adaptés en aménageant des polders la planète n'a pas toujours été ce quelle est devenue, essentiellement par la force des éléments. Ne trouve-t-on pas des fossiles marins un peu partout?

Quatrièmement, que Mélenchon réussisse un bon score le rendrait plus exigeant vis-à-vis de ses alliés du premier tour. Nous assisterions dans cette hypothèse à un étouffement encore plus rapide du PCF, qui abandonne déjà ses fondamentaux, et sa transformation définitive en force d'appoint  de  la  social démocratie, jusqu’à la fusion pure et simple. Un bide de sa part pourrait à contrario provoquer une réaction salutaire à la condition d’apporter les bonnes réponses aux vraies questions que se posent les habitants de notre pays. Après tout le PCF, interdit en 39, ses militants pourchassés, internés, déportés, fusillés, était devenus trois années plus tard un acteur politique majeur  incontournable pour la libération, y compris économique, du pays.

L’Union européenne et l’euro sont à l’origine du marasme actuel. Raison suffisante pour nous en débarrasser, rechercher de nouvelles alliances avec les forces de progrès où qu’elles se trouvent dans le monde, nous ne les trouverons pas seulement en Europe ou la gauche, malade, a besoin de se ressourcer.

Cette élection présidentielle offrait la possibilité d’avancer quelques propositions réalistes, l’absence d’un candidat représentatif de la vraie gauche l’interdit et pèsera négativement sur la teneur des débats lors des législatives qui suivront et  resteront, par la force du suffrage universel, à dominante réformiste. Nous avons déjà donné.

Il y avait une opportunité à saisir le Front de gauche, le PCF et leurs alliés ne l’ont pas voulu.

Il faudra alors, dans le meilleur des cas, préparer le grand soir en révisant les fondamentaux, le pire serait d’attendre les élections suivantes, cinq années perdues,  l’arme aux pieds. Tant pis pour les jeunes, les plus vieux seront morts.

Chacun devant agir en son âme et conscience tout ce qui précède n’est en aucun cas une consigne de vote mais un point de vue personnel. Si je me rends aux urnes, en l’état de propositions des uns  et des autres,  ce sera uniquement pour éliminer Le Pen et  éjecter Sarkozy sans illusion, aucune, sur celui qui prendra la succession. Le seul candidats ayant à mes yeux un préjugé favorable est Dupont-Aignan lorsqu’il écrit : L’euro, les banquiers et la mondialisation L’ARNAQUE DU SIECLE mais hélas le PCF n’a plus ni les forces ni la volonté nécessaires pour imposer un compromis social plus favorables au peuple, à l’image, en son temps, du programme du Conseil National de la Résistance dont les acquis sont en cour de détricotage.


Voir les 0 commentaires - Par jack Freychet - Publié dans : présidentielles 2007 premier tour - Ecrire un commentaire
Vendredi 27 janvier 2012 5 27 /01 /Jan /2012 17:42




Domenico Losurdo est professeur de philosophie à l’Université D’Urbino ( Italie). Il est notamment l’auteur de Révisionnisme en histoire problèmes et mythes (Albin Miche), de Fuir l’histoire (Delga), le péché originel du XX ème siècle, Staline Histoire et critique d’une légende noire.


En 2005 vous avez publié votre livre « Fuir l’histoire ? La révolution russe et chinoise aujourd’hui. » Qu’est-ce qui vous a poussé à l’écrire ?


La première édition du livre a été publiée en 1999. C’était à un moment où la fin de la guerre froide était interprétée comme l’impossibilité irrémédiable de toute tentative pour construire une société socialiste, comme le triomphe définitif du capitalisme et de la « fin de l’histoire ». En Occident, cette manière de voir les choses a fait une brèche au sein même de la gauche : même les communistes, bien qu’ils déclarassent vouloir rester fidèles aux idéaux du socialisme, ont cependant ajouté qu’ils n’avaient rien à voir avec l’histoire de l’URSS ou de la Chine, où, disaient-ils, s’était produit la « restauration du capitalisme ». Pour m’opposer à cette « fuite hors de l’histoire » je me suis proposé d’expliquer l’histoire du mouvement communiste depuis la révolution russe d’Octobre jusqu’à la Chine née des réformes de Deng Xiaoping.


A votre avis, pour quelles raisons l’URSS s’est-elle « désintégré » ?


En 1947, quand a été énoncée la politique du containment, son théoricien, George F. Kennan, expliquait qu’il était précieux d’ « augmenter les tensions (strains) que doit subir la politique soviétique », afin de « promouvoir des tendances qui puissent finir par ébranler ou assouplir le pouvoir soviétique ». De nos jours ce n’est pas très différent de la politique U.S. vis-à-vis de la Chine, bien que la Chine ait entre-temps accumulé une grande expérience politique. Mais au-delà de la politique du containment, ce qui a été déterminant dans l’effondrement de l’URSS, ce sont ses graves faiblesses internes. Il faut revenir sur la célèbre thèse de Lénine selon laquelle « il n’y a pas de révolution sans théorie révolutionnaire ». Le parti bolchevique, sans aucun doute, avait une théorie de la prise de pouvoir ; mais si par révolution nous entendons non seulement la destruction de l’ordre ancien, mais également la construction du nouveau, les bolcheviques et le mouvement communiste étaient substantiellement dépourvus d’une théorie révolutionnaire.
De ce point de vue, nous ne pouvons considérer qu’une théorie de la construction d’une société post-capitaliste se réduise à l’espérance messianique d’un monde ou auraient disparu complètement les États, les nations, le marché, l’argent, etc. Le PCUS a commis la grave erreur de ne pas avoir fait d’effort pour pallier cette lacune.


A votre avis, quelles caractéristiques et signification a la révolution chinoise ?


Au début du XXème siècle, la Chine faisait partie du monde colonial et semi colonial, soumise par le colonialisme et l’impérialisme. La révolution d’Octobre fut un tournant historique, qui a déclenché et impulsé une vague anticolonialiste de dimension planétaire. A la suite de cela, le fascisme et le nazisme ont été la tentative de revitalisation de la tradition coloniale. En particulier, la guerre déclenchée par l’impérialisme hitlérien et japonais, respectivement, contre l’Union Soviétique et la contre la Chine, ont été les plus grandes guerres coloniales de l’histoire. De sorte que Stalingrad en Union soviétique, la Longue Marche et la guerre de résistance contre le Japon en Chine ont été de grandioses luttes de classe, qui ont empêché l’impérialisme le plus barbare d’imposer une division du travail fondée sur la réduction des grands peuples à une masse d’esclaves au service de la supposée race des seigneurs.
Mais la lutte d’émancipation des peuples en situation coloniale et semi coloniale ne s’achève pas avec l’obtention de l’indépendance politique. Dès 1949, alors qu’il allait s’emparer du pouvoir, Mao Zedong avait insisté sur l’importance de l’édification économique : Washington voudrait que la Chine se contente « de vivre de la farine états-unienne », dans ce qui serait « une colonie américaine ». Il va sans dire que sans la victoire dans la lutte pour la production agricole et industrielle, la victoire militaire finira par être fragile et vaine. D’une certaine manière, Mao avait prévu le passage de la phase militaire à la phase économique de la lutte pour la révolution anticolonialiste et anti-impérialiste.
Que se passe-t-il de nos jours ? Les États-Unis sont en train de déplacer le gros de leur arsenal militaire en Asie. L’agence Reuter, le 28 octobre 2011, écrivait qu’une des accusations de Washington à l’égard des dirigeants de Pékin étaient de fomenter ou d’imposer un transfert de technologie occidentale à la Chine. C’est clair : les États-Unis prétendent conserver le monopole de la technologie pour continuer à exercer leur hégémonie, y compris une domination néocoloniale indirecte ; en d’autres mots, de nos jours encore, la lutte contre l’hégémonie se déroule également au niveau de développement économique et technologique. C’est un aspect que, lamentablement, la gauche occidentale n’arrive toujours pas à comprendre. Nous devons réaffirmer avec force : non seulement la longue lutte avec laquelle le peuple chinois a mis un terme au siècle d’humiliation et fondé la République populaire est révolutionnaire, la construction économique et sociale à travers laquelle le Parti communiste chinois a libéré de la faim des centaines de millions d’hommes n’est pas révolutionnaire à elle toute seule, mais également sa lutte pour briser le monopole impérialiste de la technologie. Marx nous l’a enseigné. S’il nous a enseigné que la lutte pour dépasser, au sein de la famille, la division patriarcale du travail, est une lutte révolutionnaire, il serait très étrange que la lutte au niveau international pour casser la division du travail imposée par le capitalisme et l’impérialisme, que la lutte pour achever et liquider définitivement ce monopole occidental de la technologie - qui n’est pas un don de la nature, mais le résultat de siècles d’oppression et de domination - ne soit pas une lutte d’émancipation.


En 2005 vous avez publié votre livre « Une contre-histoire du libéralisme » qui a eu un grand succès (en un an il a été réédité 3 fois et à été traduit en diverses langues). Que signifie ce titre ?


Mon livre ne nie pas les mérites du libéralisme, qui met en évidence le rôle du marché dans le développement des forces productives et souligne la nécessité de limiter le pouvoir (bien que seulement à la faveur d’une communauté réduite de privilégiés). Ma contre-histoire du libéralisme s’oppose à l’auto-congratulation et la vision apologétique auxquelles s’abandonnent le libéralisme et l’Occident libéral. C’est une tradition de pensée dans laquelle l’exaltation de la liberté va de pair avec de terribles clauses d’exclusion au détriment de la classe ouvrière et, surtout, des peuples colonisés.
John Locke, père du libéralisme, légitime l’esclavage dans les colonies et est actionnaire de la Royal African Company, l’entreprise anglaise qui gère le trafic et le commerce d’esclaves noirs. Mais au-delà des personnalités individuelles, ce qui est important c’est le rôle des pays qui incarnent le mieux la tradition libérale. Un des premiers actes de politique internationale de l’Angleterre libérale, née de la Glorieuse Révolution de 1688-1689, est de s’assurer le monopole du trafic d’esclaves noirs.
Le rôle de l’esclavage dans l’histoire des États-Unis est encore plus important. Durant 32 des premiers 36 ans de la vie des États-Unis, la présidence du pays a été occupée par des propriétaires d’esclaves. Et ce n’est pas tout. Durant plusieurs décennies le pays s’est consacré à l’exportation de l’esclavage avec le même zèle avec lequel ils exportent aujourd’hui la « démocratie » : au milieu du XIXe siècle ils ont réintroduit l’esclavage au Texas, récemment arraché au Mexique par la guerre.
Il est vrai que l’Angleterre d’abord et les États-Unis ensuite se sont vus obligés d’abolir l’esclavage, mais la place que les esclaves noirs avaient, a été occupée par les coolies chinois et indiens, à leur tour soumis à une forme à peine déguisée d’esclavage. De plus, après l’abolition formelle de l’esclavage, les afro-américains ont continué à subir une oppression si féroce que l’éminent historien américain, George M. Fredrickson, a écrit : « Les efforts pour préserver la “pureté de la race” dans le Sud des États-Unis furent le prélude de certains des aspects de la persécution faite par le régime nazi contre les juifs dans les années 30 du vingtième siècle ».
Quand commence alors à se fissurer, aux États-Unis, le régime de suprématie blanche, d’oppression et de discrimination raciale ? En décembre 1952 le ministre américain de la justice envoie à la Cour Suprême, en pleine discussion sur l’intégration dans les écoles publiques, une lettre éloquente : « La discrimination raciale donne de l’eau au moulin à la propagande communiste, y sème également des doutes auprès des nations amies à propos de notre dévotion envers la démocratie ». Washington, observa l’historien américain qui a mis à jour cet épisode (C. Vann Woodward), risquait de s’aliéner les faveurs des « races de couleur », non seulement à l’Est et dans le Tiers-Monde, mais aussi dans leur propre pays. C’est alors seulement que la Cour suprême a décidé de déclarer inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Il y a dans cette histoire un paradoxe. Aujourd’hui Washington ne cesse de reprocher à la Chine son manque de démocratie ; mais il convient de signaler qu’un élément essentiel de la démocratie, le dépassement de la ségrégation raciale, n’a été possible aux États-Unis que grâce au défi représenté par le mouvement anticolonialiste dont la Chine faisait et reste partie intégrante.
À mon avis, parmi les nombreuses éditions italiennes du Manifeste du Parti communiste, il y en a trois qui se détachent : celle d’Antonio Labriola, de Palmiro Togliatti et la vôtre de 1999. A votre avis, quel sens a ce chef d’œuvre de Marx et d’Engels pour les marxistes d’aujourd’hui ?
Dans l’introduction de l’édition italienne du Manifeste du Parti Communiste, j’ai tenté de reconstruire le siècle et demi d’histoire parcourue depuis la publication en 1848 de ce texte extraordinaire. Une comparaison peut nous permettre de comprendre sa signification. Huit ans auparavant, une autre grande personnalité de l’Europe du XIXe siècle, Alexis de Tocqueville, publiait le second livre de La démocratie en Amérique, et dans un chapitre central, il affirmait dans le titre que « les grandes révolutions seront de moins en moins fréquentes ». Mais si nous regardons le siècle ou siècle et demi postérieur à l’année (1840) durant laquelle le libéral français fait cette affirmation, nous voyons que c’est probablement le siècle le plus abondant en révolutions de l’histoire universelle.
Cela ne fait aucun doute : ayant prévu la rébellion contre le capitalisme, contre un système qui comporte « la transformation en machines » des prolétaires et leur dégradation en « instruments de travail », en « accessoires de la machine », comme appendices « dépendants et impersonnels » du capital « indépendant et personnel », ayant prévu la rébellion contre ce système, le Manifeste du parti communiste a su voir plus loin. Quand Marx et Engels décrivent avec une extraordinaire lucidité et clairvoyance ce que nous appelons aujourd’hui globalisation, ils savent bien qu’il s’agit d’un processus contradictoire, caractérisé (au sein du capitalisme) par de colossales crises de surproduction qui conduisent à la destruction d’énormes quantités de richesse sociale et à la misère de masses indigentes d’hommes et de femmes. C’est également un processus lourd de conflits qui peuvent même déboucher sur une « guerre d’extermination entre les nations industrielles ». Ce qui nous amène à penser à la Première Guerre mondiale.
Contre ce monde, le Manifeste communiste évoque autant les révolutions prolétariennes que les « révolutions agricoles » et de « libération nationale ». Marx et Engels sont ainsi en avance sur ce qui va plus tard se produire dans le Tiers-Monde, comme en Chine par exemple.
A propos de la Chine, nous pouvons faire une dernière remarque. Le Manifeste du parti communiste prévoit l’émergence d’une économie globalisée caractérisée par « de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui ne produisent plus de matières premières locales, mais des matières premières en provenance des régions les plus éloignées, et dont les produits sont consommés non seulement à l’intérieur du pays mais partout dans le monde ». Par conséquent, bien que le regard se concentre en Europe, le texte de Marx et Engels nous donne des indications précieuses pour les pays du Tiers-Monde qui veulent atteindre un développement économique indépendant.


Quels ont été, à votre avis, les apports d’Antonio Gramsci à la théorie marxiste ?


Je pense que les apports de l’œuvre de ce grand penseur ont été au moins au nombre de quatre :


a. Gramsci a mis en évidence l’importance de l’ « hégémonie » pour la conquête et la conservation du pouvoir politique. Dans un texte de 1926 il explique que le prolétaire atteint une conscience de classe mature lorsqu’il se sent membre de sa classe et en même temps considère sa classe d’appartenance (le prolétariat) comme le noyau dirigeant d’un bloc social beaucoup plus vaste, appelé à conduire la révolution à la victoire.


b. En deuxième lieu, Gramsci se montre pleinement conscient de la complexité qu’entraîne le processus de construction du socialisme. Au début ce sera « le collectivisme de la misère, de la souffrance ». Mais vous ne pouvez pas vous arrêter là, vous avez à entreprendre le développement des forces productives. Dans ce contexte il faut situer l’importance de la position de Gramsci concernant la NEP (Nouvelle politique économique mise en place à la fin du « communisme de guerre »). La réalité de l’URSS de l’époque nous met en présence d’un phénomène « jamais vu dans l’histoire » : une classe politiquement « dominante » vit, « dans son ensemble », dans des « conditions de vie globalement inférieures à celles de certains éléments et des couches de la classe dominée et soumise ». Les masses populaires, qui continuent à faire face à une vie de privation, sont déconcertées par le spectacle du « nepman [l’homme de la NEP] porter son manteau de fourrure, ayant à sa disposition tous les biens de la terre », mais cela ne doit pas être motif à scandale ou rejet ; pour le prolétariat, la conservation du pouvoir est impossible, s’il est incapable de sacrifier ses intérêts immédiats de « l’intérêt général et permanent de la classe ». C’est, bien sûr, une situation temporaire. Ce que Gramsci a suggéré ici peut être utile à la gauche occidentale pour comprendre la réalité d’un pays comme la Chine d’aujourd’hui.


c. Gramsci nous donne quelques indications précieuses sur un autre aspect. Devrions-nous penser le communisme comme la disparition totale des antagonismes de classe, mais aussi du pouvoir d’État et politique, ainsi que des religions, des nations, de la division du travail, du marché, de toute source potentielle de conflit ? En questionnant le mythe de la disparition de l’État et sa dissolution dans la société civile, Gramsci note que la société civile elle-même est une forme d’État et relève également que l’internationalisme n’a rien à voir avec la négation des particularités et les identités nationales, qui subsisteraient longtemps après la chute du capitalisme ; quant au marché, Gramsci considérait qu’il serait utile de parler de « marché déterminé » plutôt que de marché abstrait. Gramsci nous aide à surmonter le messianisme, qui entrave gravement la construction de la société post-capitaliste.


d. Enfin. Tout en condamnant le capitalisme, les carnets de prison évitent d’interpréter l’histoire moderne et des révolutions bourgeoises comme un traité de « tératologie », c’est-à-dire un traité qui a pour objet des monstres. Les communistes doivent savoir critiquer les erreurs, parfois graves de Staline, Mao et d’autres dirigeants, sans réduire ces chapitres de l’histoire du mouvement communiste à une « tératologie », une histoire de monstres.


29 novembre 2011. Entretien réalisé par Tian Shigang
Texte traduit de la version espagnole de l’entretien par Daniel Zamora.
Traduction revue par l’auteur
Lu sur le site "La faute à Diderot


Voir les 0 commentaires - Publié dans : Histoire - Ecrire un commentaire
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés