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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 10:06

Par Guillaume Berlat 19 septembre 2016

Texte sans les annotations à retrouver sur Proche moyen-orient

 

« Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ». Traditionnellement utilisée sur le mode ironique, cette phrase, devenue proverbiale, s’applique à propos de quelqu’un qui se dispense d’appliquer les conseils qu’il donne à autrui, selon une acception couramment admise. S’il y a bien un État dans le monde auquel cet adage va comme un gant, c’est bien aux États-Unis d’Amérique. Il convient parfaitement à leur politique étrangère, à leur diplomatie, à leur approche évolutive de la vérité, à leur conception originale du droit, à leur interprétation unilatérale de la mondialisation, à leur morale à géométrie variable, à leur manichéisme redoutable … Toutes choses que les faits objectifs révèlent depuis plusieurs années à celui qui veut voir et entendre.

 

La réalité comporte un réservoir d’exemples au cours des décennies et sur tous les continents dans lequel chacun peut puiser selon son bon plaisir pour alimenter un dossier à charge contre l’Amérique du nord, toutes administrations confondues. « La folie, c’est de recommencer les mêmes choses et en attendre des résultats différents » nous rappelle à bon escient Albert Einstein. Les Américains sont experts en ce domaine (Vietnam, Irak, Afghanistan, Libye…). Il faut le leur concéder bien volontiers cette qualité de constance dans l’erreur. A quelle conclusion parvient-on avec un minimum de bon sens au regard de l’expérience accumulée ? Qu’à trop vouloir jouer le justicier du monde, les États-Unis transforment le monde en injustice.

 

LES ÉTATS-UNIS OU LE JUSTICIER DU MONDE

La vision américaine du vaste monde est simple, pour ne pas dire simpliste. A l’instar des westerns, les Américains se présentent comme le juge partial des relations internationales qui les conduit à en être le cow-boy intraitable.

Le juge partial des relations internationales : les nouveaux Lucky Luke

Aux États-Unis, il n’y a souvent qu’un pas entre leur théorie originale et leur pratique assez peu orthodoxe des relations internationales.

 

Une théorie originale. Oints par le Tout puissant, l’Amérique caracole sur le char de l’histoire affublée d’une « destinée manifeste », d’une mission universaliste : diffuser le bonheur et la paix éternelle au monde entier par son « soft power » (sa langue dominante, ses idées baroques comme « la fin de l’histoire », sa cuisine indigeste, son mode de vie particulier, son cinéma hollywoodien et ses séries télévisées de quatre sous) mais aussi et surtout par son « hard power » surtout contre la volonté des récalcitrants au progrès « made in USA » (Cf. le concept de « Grand Moyen-Orient » développé en son temps par l’administration de George W. Bush). Les Américains pensent que l’histoire du monde, c’est l’occidentalisation (donc pour eux l’américanisation par un raccourci conceptuel) du monde. Le passé ne les intéresse guère. Le présent leur suffit tant il est chargé d’imprévus pour les absorber. Au diable les leçons de l’histoire, y compris les plus récentes.

 

Une pratique peu orthodoxe. Dans une posture morale, les États-Unis décrètent, du haut du Capitole, quels sont les Etats infréquentables devant être mis au ban de la société internationale pour leurs errements er leur refus de se soumettre à leurs Diktats. Ils sont qualifiés du terme peu flatteur « d’États voyous » (« Rogue States ») et sont accusés de former « l’Axe du Mal ». Rien de moins ! Aucun de ces concepts ne figure bien évidemment dans la Charte des Nations unies, étant empruntés au langage religieux et participant d’une approche manichéenne et morale opérant une distinction binaire entre le Bien et le Mal. Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, que Washington ne consulte aucun de ses chers alliés de l’OTAN (ses idiots utiles) pas plus que les membres du Conseil de sécurité de l’ONU (ces empêcheurs de tourner en rond) pour qualifier et tancer ces États. À quoi bon lorsqu’on est omnipotent et omniscient ?

 

Le cow-boy intraitable du « Rest of the World » : les nouveaux Reagan

Tous les États sont logés à la même enseigne ou presque. Il n’y a que la méthode qui change selon qu’on est gratifié du vocable d’ami ou d’ennemi de l’Amérique.

 

Les amis trompés. S’il est normal d’espionner ses ennemis, il est assez peu élégant de le faire pour ses plus proches alliés. C’est bien ce que fait la NSA qui d’écoute sans vergogne une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement, y compris en utilisant les ambassades américaines à l’étranger (à Berlin et à Paris) pour tout entendre et tout savoir. La curiosité n’est-elle pas un vilain défaut ? Où sont les excuses et autres mots de compassion ? Vous repasserez dans la mesure où c’est pour votre Bien et pour vous protéger, à l’insu de votre plein gré, du Mal. Mais comment réagissent les dirigeants concernés ? Par quelques borborygmes incompréhensibles. Mais comment réagit l’Union européenne, si fière d’être porteuse de valeurs ? Au pire par un silence assourdissant de sa Commission, au mieux par une résolution dénuée de toute valeur contraignante de son Parlement. Même en prêtant une oreille attentive, le mot sanction est absent de la vulgate à 28. A l’OTAN, les alliés se prosternent servilement !

 

Les ennemis malmenés. L’Amérique a toujours besoin d’un ennemi, d’un diable (la Russie et la Corée du nord) pour cimenter une OTAN moribonde. « Le chaos ambiant est un effet d’aubaine ». Il ne fait pas bon contredire, résister aux États-Unis par les temps qui courent, les temps de la « guerre totale contre le terrorisme ». C’est une vision morale du monde aveugle face à la réalité. Quand on est différent, on attire la suspicion. Comme aurait dit Coluche : « il y a trop d’étrangers dans le monde ». La coercition la plus brutale suit de très peu le rappel à l’ordre peu diplomatique. La démarche coopérative n’est pas dans les habitudes de Washington. Injonction, sanction, punition – le plus souvent sans la moindre autorisation préalable du Conseil de sécurité – sont les trois mantras du remède classique américain aux maux de la terre ! Iraniens, Russes et autres Syriens en savent quelque chose. Ils finiront bien un jour par rendre gorge comme l’EIIL, après Al-Qaïda.

 

A l’usage, on voit bien les dangers d’une vision aussi manichéenne du monde. La vérité apparaît forcément un jour et elle est plus que dérangeante.

 

LES ÉTATS-UNIS OU LE MONDE DE L’INJUSTICE

Rendons à César ce qui est à César. L’Amérique du nord excelle, depuis plusieurs décennies au moins, dans l’art consommé de la manipulation du fait et du droit mais également dans la pratique de l’exportation hors de ses frontières des crises et de la guerre avec le soutien de quelques « idiots utiles » adeptes de la théorie de la servitude volontaire chère à La Boétie.

Le manipulateur du fait et du droit : une grande expertise

 

Une certaine idée des faits. La frontière jusque-là naturelle de la virtualité et de la réalité, du faux et du vrai est abolie. Mais il y a pire encore. Le mensonge est élevé au rang de sport national et plus c’est gros, plus ça passe.  Les États-Unis sont les meilleurs adeptes du mentir-vrai. Chez eux, « les mots mentent comme ils respirent », pour reprendre la formule de Romain Gary. Il faut attendre plusieurs années pour que Colin Powell reconnaisse, confus, que les preuves de la présence d’armes de destruction massive en Irak n’ont jamais existé en dépit de ce qu’il déclarait devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Il faut attendre un rapport accablant de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe pour que les États-Unis admettent l’existence des vols secrets de la CIA pour transporter des prisonniers vers quelques contrées disposant d’une réelle expertise en matière de torture. Il faut attendre les révélations d’un grand quotidien américain pour que la Maison Blanche reconnaisse le versement d’une rançon en contrepartie de la libération d’otages détenus en Iran alors même que la position officielle est que Washington ne verse jamais de rançons. Il faut attendre la publication d’études indépendantes pour que les Américains reconnaissent qu’ils ne pouvaient avoir tué plus de djihadistes qu’il n’en existait en Irak et en Syrie. Et cette liste n’est pas exhaustive, mais tout simplement indicative ! On croit rêver s’agissant d’un pays qui donne des leçons à la terre entière. Mais, ce n’est pas tout !

 

Une certaine idée du droit. Là encore, on peut dire que les Américains ne manquent pas d’air, eux qui se présentent comme des parangons de vertu en matière juridique tant leur Constitution s’apparenterait aux tables de la loi. Pour faire simple, on peut dire que la conception juridique du droit laisse rêveur les tenants d’un droit international fondé sur le principe de l’égalité souveraine entre États tel qu’énoncé par la charte de l’ONU. D’un côté, le droit américain s’applique en dehors du territoire, jouissant d’une forme d’extra-territorialité. Cela leur permet d’écarter des concurrents commerciaux étrangers trop bien implantés dans un pays. De l’autre, les Américains ont toujours été et sont toujours réservés à l’idée que le droit leur soit applicable comme au vulgum pecus qu’il s’agisse de la Cour pénale internationale, de l’interdiction des essais nucléaires, du droit international humanitaire, du climat…. Cela leur permet de procéder à des assassinats ciblés de terroristes aux quatre coins du monde, de bombarder des hôpitaux de MSF en Afghanistan en toute impunité. Par une curieuse ironie de l’Histoire, l’Amérique récuse aujourd’hui les principes cardinaux de la mondialisation qu’elle a mise sur pied hier dans la mesure où elle ne leur apporterait plus aujourd’hui les dividendes qu’elle en escomptent sur le plan économique, financier et social (Cf. les propositions de Donald Trump et Hillary Clinton). Barack Obama va jusqu’à faire la leçon aux Chinois en matière de droit maritime international !

 

L’exportateur de crises et de guerres et les idiots utiles : une grande expérience

Une exportation des crises. La vie internationale est fondée sur le respect de règles communes souscrites volontairement par les États. Hors, les Américains s’autorisent à s’exclure du droit commun dont ils exigent l’application par le reste du monde. De facto, si ce n’est de jure, ils seraient hors-la-loi. Que de crises exportées par les États-Unis hors de ses frontières au cours des dernières décennies sans qu’ils n’aient jamais eu à en rendre compte devant un quelconque tribunal pénal international ou une cour pénale internationale ! La plus violente est la crise financière née de la bulle spéculative autour des « subprimes » qui a failli emporter le monde à partir du moment où elle s’est répandue comme des métastases. Où sont les coupables ? Ils ont rarement été poursuivis et condamnés comme cela aurait été normal. Que font-ils ? Ils emploient comme consultant « Brexit », l’ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso sans que personne n’y trouve à redire. Non moins spectaculaire est la crise environnementale qui secoue la planète. Les États-Unis sont, avec les Chinois, les plus gros pollueurs de la terre. Ils ratifient le texte de la COP21 après avoir lutté pour qu’il ne contienne aucun engagement contraignant. Donald Trump annonce qu’il s’en dégagera en cas de victoire à l’élection présidentielle. Ces deux exemples illustrent parfaitement le rôle néfaste joué par les Américains dans la dérégulation et la déstabilisation de la vie internationale.

 

Une exportation des guerres. Dans ce domaine, les Américains disposent d’une expertise incontestable et incontestée. C’est d’abord la guerre au sens militaire que Washington apporte en présent aux peuples ombrageux, peu portés à la servitude volontaire. Une fois l’ordre remis, les États concernés ont le plus grand mal à s’en remettre (Irak, Afghanistan, Libye…) tant les traumatismes y sont profonds. Avec les Américains, il y a une grande chance que le remède soit pire que le mal tant ils ne comprennent rien aux pays dans lesquels ils interviennent. Nous en mesurons aujourd’hui tous les effets négatifs sur la sécurité internationale. C’est ensuite la guerre au sens financier du terme. Les guerres financières Ce sont de vraies guerres qui tuent et paupérisent les peuples, comme on l’a vu en Grèce. Cette situation stratégique inédite s’explique par la nouvelle puissance des acteurs financiers : banques d’affaires, fonds d’investissements, nombreux milliardaires issus de Wall Street. Depuis les années 1980, une finance dérégulée, mondialisée et en partie toxique s’est bâti de vastes principautés immatérielles, surplombant les économies et lançant des raids sur des États captifs et des populations tétanisées. Malgré sa responsabilité dans la crise de 2008, la finance-puissance continue d’étendre son emprise, usant de stratégies empruntant à l’art de la guerre. C’est enfin, le concept de « guerre des civilisations » dont ils sont les exportateurs à travers les thèses culturalistes de Samuel Huntington.

 

Les « idiots utiles ». Le tableau présenté ci-dessus a simplement valeur d’exemple. Il ne prétend pas à l’exhaustivité tant la liste des errements de l’Amérique au cours des dernière années est impressionnante pour celui qui observe la réalité quotidienne avec distance tout en ne méconnaissant pas les succès d’Outre-Atlantique dans les domaines les plus variés. Être allié loyal des États-Unis ne signifie pas nécessairement être son « idiot utile », être aligné sans la moindre réserve, sans la moindre interrogation sur les faits et sur leurs motivations, parfois les plus cyniques ! A cet égard, le retour dans la « famille occidentale » et la réintégration de la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique par Nicolas Sarkozy (que le général de Gaulle avait décidé de quitter) n’ont ni grandi, ni rendu plus forte la France sur la scène internationale. Au contraire ! Elle a affaibli son crédit diplomatique dans nombre de pays du sud. « Pour l’heure, la brouette transatlantique accompagne, en queue de convoi, les pyromanes américains partout où il leur prend l’envie de mettre le feu : le Kosovo, l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Ukraine. Leurs voyages sont nos voyages ; leurs conflits sont nos conflits, leurs aventures, nos aventures. C’est la définition même d’un protectorat ».

 

En définitive, sommes-nous conscients de la vacuité des discours américains sur les grandes crises internationales actuelles et passées ? Les seuls discours qu’ils soient capables de tenir pour cacher leur incapacité à comprendre le monde et à agir sont les discours éclairés rédigés par leurs communicants (« spin doctors »). Ceci constitue le signe manifestes de l’emprise de l’empire de la com sur leur politique étrangère et leur diplomatie.

***

« LE MONDE MALADE DE L’AMÉRIQUE »

« Même un égal, lorsqu’il atteint son objectif, cherche à devenir plus fort et, dès qu’il l’est devenu, cesse d’être fiable ». Les lecteurs avertis de Machiavel, Clausewitz et autres Sun Tzu ne trouveront peu de nouveauté dans l’analyse de la position américaine dans le concert des nations, tout juste la confirmation qu’à Washinton la politique a toujours été envisagée avec une méthode froide, cynique, débarrassée de toute morale. En ce début de XXIe siècle, les Américains n’échappent pas à la règle et commencent, lentement mais sûrement, à payer la facture de leur désamour par le « Rest of the World » comme ils le qualifient avec dédain et supériorité. Et cette facture risque d’être lourde lorsque le monde découvrira, le jour venu avec effroi (Horresco referens), qu’il est « malade de l’Amérique ». Comment l’Histoire jugera l’Amérique ? La réponse la plus récente de son vice-président, Joe Biden à cette question est faible, voire risible.

 

Sommes-nous conscients de cet état de choses ou sommes-nous des somnambules ? Sommes-nous disposés à engager un authentique débat sur le sujet ? Pouvons-nous y changer quelque chose individuellement (en tant que France) ou collectivement (en tant qu’Union européenne) ? Le voulons-nous ? Est-ce faisable et envisageable dans un monde frappé au seau du conformisme et du panurgisme médiatique ? En dernière analyse, les États-Unis sont atteints d’un phénomène bien connu des psychologues et autres psychiatres, à savoir celui du transfert dont l’un des deux mécanismes constitutifs se nomme projection. Elle consiste à attribuer à autrui des caractéristiques qui lui sont propres et qu’il refuse en lui. Sans nul doute, et même s’il y a une part d’exagération dans ces paroles, le fond en est juste : États-Unis ou États voyous ?

24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 08:27

Elections : La farce est prête

 

Par Bruno Guigue

Mondialisation.ca, 20 septembre 2016

Arrêt sur Info 17 septembre 2016

 

Le mouvement des idées a toujours un train de retard sur le mouvement des choses, disait Marx. Conquête révolutionnaire, le suffrage universel a été vidé de sa substance. Que l’élu du 8 novembre, par exemple, soit le candidat qui aura dépensé le plus pour sa campagne électorale est une loi d’airain de la « démocratie américaine ». Elle se vérifie pour toutes les élections présidentielles depuis les années 50. On peut toujours voter, mais à quoi bon, puisque les dollars vont couler à flots, décidant à l’avance du résultat ?

La Cour suprême, en 2010, a déplafonné les dons pour les campagnes électorales. Avec cette incitation à la générosité, Obama avait déjà dépensé un milliard de dollars en 2012. On imagine quel nouveau pas de géant la démocratie va accomplir en 2016 ! L’issue du scrutin ne dépendra pas de la volonté majoritaire du peuple américain, mais du rapport de forces au sein d’une oligarchie mondialisée trans-partisane. Donner la parole au peuple sur son propre avenir, appliquer la souveraineté populaire ? Ne cherchez plus cette idée saugrenue. Elle a été retirée du marché, c’est le cas de le dire.

La démocratie, si elle existe, signifie le pouvoir du peuple. Mais pour que le peuple exerce le pouvoir, il faut réunir les conditions d’un débat démocratique. Or la concentration capitaliste dans les médias a précisément pour finalité de supprimer ces conditions. Rendre la parole au peuple est une bonne idée, mais où la prendra-t-il, cette parole ? Le verrouillage de l’espace médiatique le lui interdit, il sape la délibération collective. Cet espace est livré à la pensée unique, il est saturé de bêtise, crétinisé à l’extrême. La télévision française, par exemple, atteint des sommets de veulerie, et ses journalistes feraient rougir des tapineuses. Querelle débile sur un maillot de bain, exégèse du dernier vomi de Zemmour : tout ce qu’elle sait faire, c’est jouer son rôle de machine à décerveler.

La démocratie, pour les élites mondialisées, n’est qu’une foire d’empoigne destinée à faire croire au bon peuple qu’il a son mot à dire. Sous le régime clownesque exigé par la domination des marchés, le peuple est une chambre d’enregistrement. Il est convoqué, périodiquement, pour dire amen au candidat de l’oligarchie. Il ne décide de rien, il avalise docilement. Le peuple, d’ailleurs, ne sait pas ce qui est bon pour lui. Tenté par le populisme, c’est un géant sourd et aveugle que des élites, éclairées à la lueur de leur compte en banque, sauront guider dans l’obscurité.

Si le jeu démocratique est une pitrerie, c’est parce que le capital mondialisé maîtrise totalement le processus électoral et les médias qui en parlent. Aux USA, où la presse est moins monolithique, c’est l’avalanche de dollars déversée par les donateurs qui décide de l’élection. En France, c’est la presse phagocytée par neuf milliardaires qui nous dit pour qui voter. Si DSK n’avait pas tenté de saillir le personnel d’un établissement hôtelier, il serait à la place d’Alain Juppé : les médias au service de l’oligarchie l’avaient déjà choisi.

Pour les élections à venir, la farce est prête. il ne reste plus qu’à l’enfourner. Mais pour les dindons, inutile de chercher : c’est nous. Le dispositif est au complet : la corruption des partis d’un côté, l’assommoir médiatique de l’autre. Ce double tour de serrure garantit que rien de périlleux pour l’ordre établi ne sortira du scrutin. On aura beau dire que la démocratie bourgeoise est une démocratie frelatée. On aura beau constater que la souveraineté populaire a été sacrifiée sur l’autel d’une monnaie. On aura beau rappeler qu’aucune transformation sociale n’est jamais sortie d’une élection. Cela ne sert à rien. Inutile, non plus, de bourrer les urnes, les dindons s’en chargeront.

Bruno Guigue

17 septembre 2016

 

Bruno Guigue, ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

La source originale de cet article est Arrêt sur Info

Copyright © Bruno Guigue, Arrêt sur Info, 2016

 

23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 16:43

Par Naram Sargon écrivain syrien résidant en Syrie

Repris sur  Comité Valmy

À chaque fois que la situation devient trop angoissante pour les Syriens, Naram Sargon est là pour éclairer en insufflant courage et optimisme. À le lire, on se réjouirait presque que la trêve respectée par la Syrie et la Russie avec, pour la première fois depuis le début de la guerre, des frappes meurtrières de la Coalition internationale menée par les USA sur les positions de l’Armée syrienne à Deir ez-Zor, soit aujourd’hui suspendue [1] jusqu’à nouvel ordre et respect de la parole donnée contraint ou forcé… À savoir que 135 soldats syriens sont tombés depuis le début de cette trêve, sans compter les blessés et les civils [NdT].

 

Vu toutes les preuves en notre possession, ce serait perdre notre temps que de prêter attention aux déclarations du ministre américain de la Défense, et du commandant en chef de l’Armée américaine, insulter notre intelligence en nous expliquant le pourquoi et le comment de leurs « tirs amis » sur Deir ez-zor.

 

Ce serait tout aussi inutile que de chercher à convaincre du lien évident entre Daech et le projet américain : Daech, le Front al-Nosra et les islamistes étant les troupes terrestres de l’armée des USA au Moyen-Orient depuis la guerre en Afghanistan ; les Forces aériennes US étant les troupes aériennes de Daech, du Front al-Nosra et des islamistes…

 

Car la question est : que signifient les frappes aériennes de la Coalition internationale menée par les USA au nord-est de la Syrie, opération manifestement préméditée pour permettre aux troupes de Daech d’avancer et ainsi de mélanger les cartes, tandis que dans le même temps l’Armée de l’air israélienne assurait une couverture aérienne au Front al-Nosra à Quneitra, au sud du pays [2] ?

 

Et pourquoi cette « bavure aérienne » et ces tirs amis sur Deir ez-Zor et le Golan, après les échecs des tentatives US cherchant à convertir la trêve à Alep en un hiatus militaire et la route du Castello en un cordon secret reliant le chorion turc aux groupes armés du Front al-Nosra ?

Cette opération n’est pas un message ordinaire posté par les USA dans la boîte aux lettres du mont de Tharda, mais le premier aveu indubitable de leur impuissance face à l’Armée syrienne et ses alliés du nord au sud du pays ; leurs propres alliés au sol titubant à Alep, dans la Ghouta de Damas et à Idleb.

 

Tout indique que l’« Armée islamiste US » n’est plus en mesure de provoquer ses chocs sur le terrain et que Daech n’est plus cette force invincible capable d’avancer sur n’importe quel front, aussi faible soit-il, sans le secours de l’une ou l’autre des grandes puissances parmi les États de la Coalition menée par les USA.

 

Tout indique que la prétendue bavure US a été exécutée en réponse aux avancées de l’Armée syrienne sur plusieurs fronts à Deir ez-Zor, lesquelles ont démontré la baisse des performances des attaques daechiennes, tout comme le siège des meutes du Front al-Nosra [devenues, par une entourloupe grotesque, Fatah al-Cham pour profiter de la trêve dont il est exclu selon l’accord américano-russe du 9 septembre ; NdT] à Alep, a démontré leur corrosion en dépit de leur mobilisation et de leur surarmement en préparation de la « mère des batailles » depuis plus de deux ans.

 

En effet, les batailles d’Alep ont révélé les capacités de manœuvres désormais limitées du Front al-Nosra, dont les vagues déferlantes successives ont accumulé des pertes l’ayant transformé en une masse molle telle qu’il n’est plus capable d’exécuter la moindre attaque dans le sud du pays sans l’assistance publique et explicite des Israéliens.

 

Ce qui signifie que nous sommes entrés dans une étape de ramollissement du noyau dur des forces islamistes terroristes, surgies depuis la guerre US sur l’Afghanistan, et que nous affrontons directement les forces qui se dissimulaient derrière et qui manipulaient, les mains couvertes de leurs gants de terroristes, les marionnettes islamistes sur la scène des prétendus révolutionnaires syriens.

 

En d’autres termes, Israël et les USA sont sortis des coulisses une fois que les Turcs ont trébuché pour se retrouver face à face avec la Russie, les USA tentant désespérément de couvrir le Front al-Nosra sous l’habit des derviches soufis, pendant que l’armée israélienne lui offrait son gilet de fer [3] pour lui éviter de mourir.

 

En s’attaquant à Deir ez-Zor, les USA ont avoué ouvertement qu’ils avaient réalisé que la bataille d’Alep ne tournait plus en leur faveur et que toutes leurs tactiques, ou ruses humanitaires, n’exauceraient plus leur espoir de sauver les milices armées sur lesquelles ils ont misé. Et ceci, parce qu’ils les ont entendues jouer leur oraison funèbre et ont compris que leur effondrement à Alep bouleverserait leur projet au nord de la Syrie, s’il était suivi de leur chute probable à Idleb avant celle d’Obama. D’où leur décision de pénétrer l’est du pays sous le prétexte de « tirs amis », juste pour suggérer ce qu’ils sont encore capables de faire et qu’ils referont, peut-être.

 

Le projet US n’a pas changé. Seule la carte d’approche a été modifiée du fait des difficultés insolubles rencontrées. Si le régime syrien qui tient la « porte de la Méditerranée » ne tombe pas, autant le transformer en un régime inutile à la Russie, à la Chine, à l’Iran et à leur profondeur asiatique, en l’emprisonnant entre la mer Méditerranée et le fleuve Euphrate, ce qui fermerait l’immense corridor entre la porte occidentale et la « porte orientale », autrefois gardée par Saddam Hussein selon la rumeur.

 

C’est parce que le projet US consiste désormais à ce que l’une de ces deux portes soit hermétiquement fermée par un verrou US, ou que les deux soient séparées par une barrière hostile à l’une des portes, que les États-Unis cherchent clairement à installer n’importe quelle entité fragile entre la Syrie et l’Irak, de sorte que sa frontière naturelle soit l’Euphrate et qu’elle soit peuplée par n’importe quelle organisation ou bloc militaire hostile à l’État syrien dans la région est du pays. D’où, la promotion de l’idée d’une partition inévitable de la Syrie.

Une partition censée se concrétiser par un « arc de combats » allant de Idleb à Abou Kamal via Alep, Raqqa et Deir ez-Zor, lequel arc serait coupé par la ligne horizontale d’une entité kurde, également fragile, créée dans sa partie nord.

 

 

 

C’est ce qui explique que les États-Unis avaient déployé Daech le long du fleuve Euphrate, pendant un court laps de temps, avant de veiller au déploiement du Front al-Nosra sur une ligne allant vers Idleb, lequel a tenté d’atteindre la côte afin d’achever l’enclave géographique projetée, entre la mer et le fleuve.

 

Pour ceci, les prétendus révolutionnaires, dits « modérés » du Front al-Nosra et apparentés, étaient censés s’approprier Alep, Idleb et la côte, puis se ruer vers Raqqa, Deir ez-Zor et Abou Kamal sous prétexte de les libérer de Daech qui devait docilement reculer vers la région d’Al-Anbar en Irak, sans combat, exactement comme il avait docilement reculé à Jarablus afin de laisser place aux turcs, pour lesquels entrer dans la place Taksim, à Istanbul, fût beaucoup plus difficile et plus coûteux que d’entrer dans Jarablus massivement occupée par les Daechiens et les terroristes suicidaires.

 

Mais ce énième projet, destiné à compenser l’échec de la mainmise US sur toute la Syrie, puis la moitié de la Syrie, a échoué à son tour, à cause de la résistance de Deir ez-Zor et de la ville de Hassaké où l’Armée syrienne veillait.

 

De ce fait, Il était donc très clair que l’Armée syrienne n’abandonnerait pas Deir ez-Zor, devenue la Stalingrad de l’Euphrate, et que la libération prochaine d’Alep signifiait que l’arc de combats, dessiné par les planificateurs US et leurs complices, allait partir en miettes, les Forces syriennes étant susceptibles d’avancer à grande vitesse d’Alep libérée vers Raqqa et Deir ez-Zor ; un trajet tactique plus avantageux que celui allant de Raqqa libérée vers Alep.

 

Or, les USA ont tout tenté pour empêcher l’avancée de l’Armée syrienne selon la ligne Alep libérée-Raqqa-Deir ez-Zor, notamment en poussant les Kurdes et lesdites Forces Démocratiques Syriennes [FDS] à s’étendre pour contrôler « l’arc de combats » de l’Euphrate jusque Raqqa.

 

Mais les Kurdes ont rechigné à descendre vers le sud avant d’avancer vers l’ouest, vu qu’ils se seraient confrontés à un environnement hostile à leur idéologie et à leur psychologie ; ce qui a fini par réveiller le monstre démographique kurde du sud-est de l’Anatolie craint par les Turcs, lesquels ont menacé de se retirer du projet.

 

Entretemps, n’ayant pas réussi à libérer le Front al-Nosra assiégé à Alep par l’Armée syrienne, par la création d’une brèche sur la route de Ramoussé au sud de la ville, la route nord du Castello étant fermée à toute subvention venue de Turquie, les USA ont décidé de braver les Russes et les Syriens en éliminant la barrière de Deir ez-Zor par cette opération ignoble d’une prétendue bavure, aidés en cela par les Turcs qui se sont généreusement proposés pour « libérer » Raqqa aux côtés de la Coalition internationale, comme nous les avons tous entendus l’expliquer récemment.

 

Ils ont donc lancé leurs « tirs amis », suivis immédiatement par les assauts de Daech sur Deir ez-Zor, lequel Daech n’a même pas eu peur du regard inquisiteur de l’aviation US censée frapper tout ce qui bouge à l’ouest de ses bases irakiennes. N’y voyez surtout aucun paradoxe !

 

Selon ce plan, si Deir ez-Zor tombait, les Turcs se rueraient vers Raqqa et Deir ez-Zor, tandis que Daech se retirerait selon le même scénario qu’à Jarablus, sous prétexte de l’énorme pression militaire ; les Turcs ayant convenu avec les USA que la ligne de l’Euphrate serait une région internationale neutre du fait que c’est une zone de guerre contre Daech, lequel risque de la reprendre si la Coalition internationale se retirait. Il faudra donc que Daech reste assiégé en Irak, pour empêcher son expansion.

 

Et c’est ainsi que la Turquie briserait les reins des Kurdes en les coupant en deux moitiés assiégées au nord de la Syrie. C’est ainsi que les USA couperaient la Syrie en deux moitiés de part et d’autre de l’Euphrate, lequel deviendrait la frontière d’une entité quelconque née du fait accompli comme, peut-être, celle qui s’édifierait autour des sbires de Al-Joulani [fondateur du Front al-Nosra et actuel chef de Fatah al-Cham] après lavage de sa barbe ruisselante du sang des Syriens. C’est ainsi que l’immense corridor vers l’Asie serait coupé entre la porte de la Méditerranée et la porte orientale à la frontière de l’Irak.

 

 

C’est pour toutes ces raisons que ces « tirs amis » étaient dirigés contre la Russie et la Syrie à la fois, pour imposer le point de vue des USA concernant Alep, c’est-à-dire l’ouverture de la route de Ramoussé conformément à leurs conditions de passage des convois « humanitaires » librement et sans inspection. Ce qui serait revenu à vider l’exploit militaire de l’encerclement du Front al-Nosra de tout bénéfice et à contourner le contenu de l’accord américano-russe sur Alep, étant donné que cet accord leur a imposé de reconnaître cette organisation terroriste comme « l’ennemi commun » au même titre que Daech.

Mais malgré ce coup terriblement douloureux à Deir ez-Zor, en comprendre les raisons amène à découvrir que le projet US titube, tout autant que ses armées islamistes terroristes, et que les USA sont désormais convaincus que le peuple syrien et ses alliés pourraient bien être la raison qui démolirait leurs projets et leurs armées…

 

Sources : Al-Thawra [Syrie]
http://www.thawraonline.sy/index.php/selected-articles-list/108150-2016-09-19-08-39-11

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Le Commandement général de l’armée : Expiration du régime de calme en Syrie
http://sana.sy/fr/ ?p=70224

[2] U.S. aircrafts target Syrian Army position in Deir Ezzor paving way for ISIS attack, while the Zionist entity targets position in Quneitra
https://syrianfreepress.wordpress.com/2016/09/17/usa-terrorists-kill-62-saa/

[3 ] Tsahal utilise le système de défense ‘Dôme de Fer’ dans le Golan
http://koide9enisrael.blogspot.fr/2016/09/tsahal-utilise-le-systeme-de-defense.html

22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 07:30

Par Valentin Martin et Jacques Maillard
membres du Bureau national du Comité Valmy

mardi 20 septembre 2016, par Comité Valmy

 

"La France est en guerre", "les jeunes Français doivent s’habituer à vivre avec le terrorisme". Terreur et guerre, sur fond de crise économique, voici le noir tableau dans lequel Président de la République et Premier ministre entendent nous plonger durablement. Récemment Emmanuel Macron a jugé que la société française, trop fermée, "portait une part de responsabilité dans les tueries".

 

Ce n’est pas la première fois que dans l’histoire du peuple français que despotes, traîtres et tyrans mus par leur rapacité et leur démesure l’entraînent dans des catastrophes. Mais à chaque fois, le peuple a su traverser ces épisodes douloureux et se relever grâce à une arme redoutable qui le caractérise : la raison.

 

Cette raison, si bien défendue par Rabelais, Descartes, Diderot et tant d’autres Français, lui a permis de défendre ses propres intérêts et de sortir vainqueur et uni de nombreux tourments passés : guerres civiles, guerres de religion, invasions ou occupations. Les révolutionnaires de la Première République firent même de la Raison le socle de leurs actions.

 

Aujourd’hui alors que les passions, maquillées en "identités", se déchaînent du Nord-Pas-de-Calais à la Corse, et que le piège de la haine semble se refermer sur le peuple français, il nous faut à nouveau faire appel à la raison, faire appel à sa raison.

 

La raison, c’est tout d’abord exercer la volonté du peuple en restaurant la primauté de la loi et les principes de la république. Cela exige la reconquête de la souveraineté, par la sortie de l’UE, de l’OTAN, et du TAFTA en gestation. En effet, le mépris de la loi manifeste un pourrissement général de la société, depuis le climat d’impunité pour les délinquants dénoncé par le général Soubelet, jusqu’aux cercles dirigeants qui de fraudes en hautes trahisons, ne cachent plus leur irresponsabilité et leur immunité.

 

Cette libération ne sera possible que si les Français parviennent à réaliser un compromis historique entre des intérêts divergents pour lutter contre un ennemi commun, comme le firent les membres du Conseil National de la Résistance.

 

La raison c’est ensuite défendre sa propre qualité de vie, comme le préconisait le CNR dans son programme "Le Retour des jours heureux". Il s’agit de favoriser le progrès interne du pays face au modèle de l’expansion impérialiste. Le modèle du développement international prôné par les multinationales et la haute finance est en contradiction ouverte avec une tradition française du développement économique. Il entraîne appauvrissement, violences et régression technique.

 

Depuis le XVI eme siècle la France hésite entre la politique de croissance externe, promue par divers milieux intellectuels, d’affaires, militaires et religieux (colonies, extensions guerrières, agressivité mercantile, rapines et prédations diverses pour survivre...) et la politique de croissance interne (grands travaux d’aménagements, manufactures, urbanisme, instruction populaire...) pour, notamment, satisfaire aux besoins du « pauvre peuple » (Vauban). Le modèle de croissance externe fut mis en place par les autres puissances européennes. Colbert chercha à retrouver une indépendance financière et à rendre la balance commerciale excédentaire en substituant les importations par des productions nationales. Vauban tout en fortifiant les frontières du pays a encouragé le développement de l’agriculture, de l’industrie, des transports.

 

Le projet communiste du "socialisme dans un seul pays" consiste à développer l’économie nationale pour et par le peuple. Hitler, quant à lui, dans Mein Kampf prône le "développement colonial et commercial" et rejette "le modèle français" ou russe de développement interne, fondé sur le progrès technique et social et sur la maîtrise de la natalité. Hitler écrit que "la nature ne connaît pas de frontières politiques". Seul ce développement interne, autrefois mis en place par les gaullistes et les communistes, permettra de renouer avec la prospérité des Trentes Glorieuses, et d’éviter les pièges des aventures coloniales et impériales promues par une partie de l’élite française.

 

Cette réindustrialisation ne peut se faire que grâce à un Etat prenant le contrôle et la propriété des secteurs stratégiques de l’économie, et planifiant les efforts des grandes, petites et moyennes entreprises. Le développement des technologies de pointe (nucléaire, automatisation...) permet d’éviter d’avoir recours au pillage de matières premières et de main d’oeuvre. Les auteurs et profiteurs du bradage des biens de l’Etat doivent être traduits en justice.

 

La raison, c’est aussi vivre en paix avec ses voisins. Le développement interne s’accompagnant généralement d’un commerce gagnant-gagnant réduit le risque de conflit, alors que les politiques coloniales engendrent, elles, pillages, et souvent représailles et terrorisme. Cette politique anti-coloniale exige la sortie de l’UE et de l’OTAN. Le même Hollande qui déclare que "la France est en guerre" répète que "l’Europe c’est la paix", alors qu’aujourd’hui la guerre fait rage à l’est comme au sud de l’Europe (Ukraine, Syrie, Libye), et qu’elle a fait rage en son sein même (Yougoslavie). La position de la France au conseil de sécurité de l’ONU, sa force de dissuasion, et sa présence géographique mondiale lui permettent d’appuyer cette politique de paix. Il faut lever les sanctions envers la Russie, renouer avec la "politique arabe" française et rétablir les relations diplomatiques avec la Syrie. Les responsables de ces guerres criminelles, y compris les dirigeants français de l’époque, devraient pouvoir répondre de leurs actes devant la justice. Cette politique de paix doit se faire sans naïveté, en gardant la possibilité de se protéger contre les actions des puissances hostiles (agents, espions, propagandistes, financements toxiques, sabotage).

 

La raison, c’est enfin être en mesure de refuser toute forme d’aliénation, qu’elle soit d’ordre économique, culturelle ou religieuse. Le modèle de consommation imposé par les Etats-Unis d’Amérique et reproduit dans l’Union Européenne favorise toutes sortes d’addictions et de dépendances, légales ou illégales. Le préalable pour pouvoir vendre n’importe quoi, à n’importe qui, est la destruction de la culture, scientifique, littéraire et artistique. Le but est d’empêcher le marché de consommateurs ciblé de créer ses propres biens de consommation, mais aussi de détruire toute forme de goût et d’esprit critique. Sur le plan de la pensée, la destruction de la raison favorise le pouvoir de toutes sortes de marchands de bonheur, imposteurs, charlatans, clercs et autres gourous, dont on mesure aujourd’hui tout le pouvoir de nuisance.

 

La reconstruction de l’Education nationale doit à ce titre être une priorité. L’approche morale du savoir doit être définitivement remplacée par une approche rationelle. Il faut réapprendre à parler, lire et écrire le français. La langue française doit être rétablie partout en France comme langue de travail, notamment dans les entreprises, la recherche, l’enseignement supérieur et l’armée. Il faut restaurer les heures supprimées des disciplines littéraires, scientifiques et artistiques. L’histoire doit enseigner les faits au lieu d’enseigner les idéologies et le "fait religieux". Les sciences doivent enseigner les lois de la nature, avant d’enseigner le respect de la nature etc.

 

En plus de former des travailleurs et des citoyens en mesure de faire prospérer une société indépendante, cet esprit rationnel seul est à même de lutter contre le fanatisme et la barbarie. Il est aussi ce qui a fait et continue de faire la force et le prestige de la France dans le monde. Il est ce qui lui donne tant d’admirateurs au sein des peuples, mais aussi ce qui lui donne un certain nombre de farouches ennemis au sein des oligarchies les plus réactionnaires, dont la nôtre.

Finalement pour le peuple de France, faire appel à la raison c’est appeler à l’union pour reconstruire une république française une, indivisible, souveraine, prospère et pacifique.

19 septembre 2016

Valentin Martin et Jacques Maillard,
Mise en ligne 19 septembre 2016

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 15:41

stade ultime du capitalisme

Source  L'orient le jour

 

Entretien avrc Richard Labévière  Propos recueillis par Lina KENNOUCHE | OLJ 16/09/2016

 

Dans son livre Terrorisme : remonter aux causes à paraître début novembre aux éditions Pierre-Guillaume De Roux, Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, écrivain et rédacteur en chef de prochetmoyen-orient.ch, analyse la logique même du terrorisme transnational comme dernier avatar du capitalisme néolibéral. Dans cet entretien, l'auteur revient sur la thèse centrale de son ouvrage : le système capitaliste a fini par produire une marchandisation de la violence extrême, devenue secteur à part entière de l'économie.

 

Dans ce livre, vous tentez de tirer les leçons des attentats et de remonter aux causes premières du terrorisme. Une histoire du terrorisme est-elle possible ?


Non. L'histoire est complexe et la définition impossible parce que l'étude du terrorisme suppose toujours la nécessité d'une anthropologie politique. La qualification de « terroriste » est souvent produite par ceux qui ont le pouvoir et défendent des intérêts particuliers. Un exemple emblématique qui parle aux Français est celui de Jean Moulin. Patron du Conseil national de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, il était considéré comme terroriste par les Allemands et héros de la Résistance par les Français. Il faut donc éviter systématiquement de réduire les questions de terrorisme à une histoire linéaire et chronologique, et plutôt les penser dans leur anthropologie politique ; sinon, conceptuellement, une définition claire sur les plans juridique et morale restera impossible.

 

Vous distinguez plusieurs grandes phases dans l'évolution du terrorisme et sa mobilisation comme mode opératoire. Quelles sont-elles ?


L'usage du terrorisme a d'abord été le fait, au Proche-Orient, des groupes israéliens : la Haganah et l'Irgoun avec, notamment, l'attentat de l'hôtel King David (22 juillet 946), l'assassinat du comte Folke Bernadotte et le massacre de Deir Yassine. Après la Nakba (1948), la réaction de défense de la résistance palestinienne va, elle, mobiliser l'action terroriste selon différentes modalités. Il y a d'abord la première phase avec des mouvements de libération nationale et des sous-produits de services plus ou moins manipulés comme Carlos et Abou Nidal.
La deuxième période, qui va du début des années 1990 à 2001, est caractérisée par la nébuleuse el-Qaëda et son développement « rhizomatique » après les attentats de septembre 2001, c'est-à-dire un développement non centralisé et inorganisé.


La troisième phase débute à partir de la chute de Mossoul et la proclamation du califat, celle de Daech et ses sous-produits. Cette dernière est la conséquence directe de la guerre anglo-américaine en Irak avec la montée en puissance d'Abou Moussab el-Zarqaoui (responsable d'el-Qaëda en Irak) et la question qui reste en suspens : comment un petit délinquant comme Zarqaoui va-t-il rapidement avoir du pouvoir et parvenir à s'imposer comme le représentant d'el-Qaëda en Mésopotamie ? On le retrouvera au Kurdistan après la chute de Bagdad, alors que ce sont des zones contrôlées par les Américains et les services israéliens. La manière dont on l'a laissé prendre du pouvoir et opérer reste très curieuse.

 

Vous soulignez que la violence extrême est devenue un secteur de l'économie, créateur d'emplois, alors que dans le même temps l'agriculture industrialisée tue l'emploi. Pouvez-vous parler de cette évolution ?


Avec la révolution numérique et la robotisation, les filières industrielles des pays européens sont en déclin. Dans le secteur des services, la révolution informatique a créé un phénomène nouveau : ce sont les usagers qui font le tertiaire. Au moment où les secteurs traditionnels fonctionnent à la destruction de l'emploi, la riposte à la violence extrême, c'est-à-dire un terrorisme banalisé, est devenue un secteur à part entière, créateur d'emplois et de richesse. Ce nouveau secteur économique s'installe au cœur même du processus de la mondialisation et fonctionne sur la « casse » des États-nations, des armées nationales et des services publics. Ce processus s'incarne à la fois dans une privatisation de la violence et une privatisation de la sécurité. J'ai défini ce terrorisme comme le stade suprême de la mondialisation, mais je le qualifierais plutôt aujourd'hui de face cachée de la mondialisation, qui est un processus sans sujet, selon les termes du philosophe Louis Althusser. Tout cela ne relève pas d'une conspiration mais d'un développement consubstantiel à la mondialisation. Ce n'est pas un Conseil de sécurité du mal qui va décider que le terrorisme va s'installer au cœur de la mondialisation. Dès lors où il n'y a plus d'État ni de services publics, tout le monde est l'ennemi de tout le monde. La course à l'argent devient la seule règle, elle a nourri et justifié ce que Jean Ziegler appelle la disruption, c'est-à-dire un monde où on impose l'informatique dans tous les aspects de la vie professionnelle, sociale, amoureuse, etc. Cette disruption a permis aux idéologies jihadistes, notamment, de se diffuser sans aucun contrôle.

 

Dans la conclusion de votre ouvrage, vous expliquez que la grande erreur serait de se représenter le terrorisme comme un accident ou une crise, alors qu'il est un processus installé au cœur même des mécanismes de la mondialisation...


Après avoir déposé des brevets sur la biodiversité par exemple, le capitalisme est en train de produire des brevets sur nos affects et sur la violence, qui est l'énergie vitale du capitalisme. Le stade ultime du capitalisme se manifeste justement par la marchandisation de la violence. Celle-ci, que ce soit dans ses expressions terroristes ou dans ses ripostes de contre-terrorisme, devient une marchandise comme une autre.

 

Vous avancez dans ce livre des propositions pour tenter de sortir du terrorisme radical, qui est le produit du capitalisme radical...


Comme dirait le philosophe Alain Badiou, il n'y a pas de réponses programmatiques. On peut simplement indiquer des perspectives et des pistes. Dans ce livre, je consacre un chapitre au financement de l'islam radical depuis 30 ans, ce qui nous ramène toujours à l'Arabie saoudite. Ma première proposition est de commencer par s'attaquer au nerf de la guerre qu'est l'argent, aux dollars de la terreur, de plusieurs façons. On sait que l'argent du crime transite par les paradis fiscaux. Il faudrait, sans doute, commencer par fermer les places offshore et mettre sous contrôle les mouvements d'argent des grandes sociétés, opérateurs, ONG, etc., qui transitent par les banques nationales ou des banques d'échange internationales.


Dans un autre domaine, celui des services de sécurité, je fais une proposition qui concerne plus spécifiquement la France. Rien ne sert de refondre les services, et toujours recréer de nouvelles usines à gaz, car ils ne font, au final, que ce que leur demande le pouvoir politique. Les outils et les lois sont là, il est donc inutile d'en adopter de nouvelles. Depuis 2012, il y a eu 10 lois antiterroristes supplémentaires alors qu'il aurait fallu simplement appliquer les lois existantes et donner les moyens aux services de travailler efficacement. Mais encore faudrait-il que le pouvoir politique donne des ordres clairs et assume ses responsabilités. La seule chose efficace que la France aurait pu faire est de créer un parquet antiterroriste national avec des correspondants régionaux, et non pas faire remonter tous les dossiers au procureur de la République à Paris. Ensuite, d'autres propositions auraient pu faire l'objet d'un débat : un état des lieux de la diplomatie française, dont l'évolution est devenue incompréhensible, ou des opérations militaires qui ne doivent être que ponctuelles avec des objectifs précis, car le traitement du terrorisme n'est pas militaire mais politique.

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 16:44

par Bruno Guigue

Repris  par Comité Valmy avec l’aimable autorisation de l’auteur

 

Dès le lendemain des attentats, une chape de plomb s’est abattue. En guise d’explication, il fallut se contenter d’une sorte de western planétaire. A quoi bon tenter d’expliquer l’événement puisque l’essentiel était de punir les coupables ? Exit l’inquiétante complexité d’un monde que l’on répugne à comprendre, place à l’affrontement binaire du Bien et du Mal. L’événement fut vidé de sens, projeté dans l’imminence d’une croisade dont le président américain, ce justicier mondial, prenait la tête au nom d’une Amérique meurtrie.

 

Bonne conscience

Privée de toute autre option intellectuelle, l’opinion américaine se trouva confortée dans son habituelle bonne conscience : mais pourquoi donc nous veut-on tant de mal, nous qui apportons la prospérité au monde ? Le plus étonnant, au lendemain de l’attentat, fut l’étonnement américain. Cette nation qui impose son hégémonie au reste du monde découvrit alors, stupéfaite, qu’on pouvait la détester. On se demande ce qui a davantage blessé l’opinion d’outre-Atlantique : le nombre des victimes ou l’insoutenable réalité de ce qui aurait dû rester du domaine de la fiction ?

 

Tout, dans la tragédie du 11 septembre, était pourtant de nature à susciter l’autocritique de l’hyperpuissance américaine. Les attentats ont stupéfié le monde par leur caractère spectaculaire et leur terrifiante efficacité. Dotée de moyens dérisoires, une poignée de tueurs a infligé à l’Amérique une humiliation sans précédent. Dans un univers bardé d’électronique de pointe, quelques terroristes ont fait la démonstration que l’ampleur des dégâts ne dépendait pas de la maîtrise des technologies dernier cri : un manuel de pilotage, un solide entraînement et des cutters ont fait l’affaire. Ils ont suffi, en tout cas, à provoquer au sein de la première puissance du monde un véritable cataclysme, ridiculisant les systèmes de protection sophistiqués dont elle s’entourait à coup de milliards de dollars.

 

Un hyper-terrorisme suicidaire

L’objectif de cet hyper-terrorisme suicidaire était d’infliger des pertes humaines considérables en frappant des cibles civiles et militaires. Mais rien ne fut laissé au hasard. En frappant les USA de façon aussi brutale, les terroristes ont voulu délivrer un message sans équivoque. Symboles de la puissance politique, économique et militaire des Etats-Unis, la Maison Blanche, le World Trade Center et le Pentagone ont été choisis avec le même discernement que celui qui présidait aux frappes chirurgicales administrées par l’aviation US au Moyen-Orient.

 

Dans la brutalité des frappes aériennes, les Américains apprécient la rigueur qui s’attache au châtiment, ils goûtent la distance qui rend les opérations invisibles, le côté abstrait d’une lutte où l’éloignement permet d’accréditer l’image d’une guerre aseptisée. Puritain lui aussi, et rejeton d’un capitalisme alimenté par les pétrodollars, l’ex-agent de la CIA Oussama Ben Laden a retourné contre l’Amérique la même violence manichéenne. Comme un boomerang, elle s’est précipitée au visage des apprentis-sorciers qui l’ont fait naître.

 

En inventant l’hyper-terrorisme suicidaire par voie aérienne, Ben Laden a créé le dernier avatar de la barbarie moderne. Mais en retournant le feu céleste contre le « Grand Satan », il a cherché à humilier les Etats-Unis en faisant payer au prix fort, par des milliers d’innocents, la facture de son audace meurtrière. Et en frappant d’abord des civils, il a inversé, au détriment des Américains, leur doctrine hypocrite des frappes chirurgicales et des dégâts collatéraux.

 

Djihadisme made in USA

Les USA portent une écrasante responsabilité dans la montée en puissance du djihadisme. Ce dernier fut l’antidote à l’influence communiste, patiemment distillé par la CIA au temps de la guerre froide. Puis il survécut à la fin de l’affrontement Est-Ouest, au gré d’une stratégie opaque. Cette connivence entre l’Amérique puritaine et l’idéologie fondamentaliste sunnite ne date pas d’hier, et elle est directement liée à un enjeu qui n’a rien de métaphysique : la maîtrise des ressources pétrolières.

 

La découverte des principaux gisements de la péninsule arabique permit de sceller une alliance durable entre les Etats-Unis et la monarchie saoudienne. Les compagnies pétrolières d’outre-Atlantique en furent les principales bénéficiaires. Entre les Américains et les Saoudiens, une convergence d’intérêts économiques explique la permanence de leur alliance à travers les vicissitudes du siècle. Mais la doctrine rétrograde de la monarchie wahhabite présentait aussi un gage de conservatisme face à la double menace qui se profilait à partir des années 1950 : le communisme et le nationalisme arabe.

 

Rempart contre l’influence soviétique, antidote au nationalisme arabe, opportun concurrent de la subversion chiite : les stratèges de la CIA ont prêté à l’islamisme sunnite toutes les vertus. En échange du pétrole, les Américains laissèrent le champ libre à la monarchie wahhabite, qui finança dans l’ensemble du monde musulman un immense réseau d’officines obscurantistes. Une Arabie saoudite ultra-conservatrice sur le plan intérieur et docile sur le plan extérieur constitua, au côté de l’alliance avec Israël, le pivot de la politique américaine au Moyen-Orient.

 

Le bouillon de culture afghan

En soutenant la lutte armée des factions islamistes en Afghanistan, les Américains et leurs alliés wahhabites ont mis le doigt dans l’engrenage. Avant même l’intervention russe, ils livrèrent des armes aux adversaires du pouvoir pro-soviétique. Pendant dix ans, Washington versa une moyenne annuelle de 600 millions de dollars aux adeptes du djihad contre le Satan soviétique. Les USA, au lendemain de l’effondrement russe, persistèrent dans leur appui politique et financier à la nébuleuse djihadiste. Cédant au vertige du succès, Washington s’extasia sur les performances de la guérilla islamiste qui, en Afghanistan, fit vaciller l’Union Soviétique.

La créature, toutefois, ne tarda pas à se retourner contre son créateur. Au nom de la lutte contre l’Union Soviétique, les responsables américains ont favorisé les extrémistes. Zbigniew Brzezinski et ses émules croyaient qu’ils pourraient se débarrasser des djihadistes après usage. Ils restèrent passifs devant une radicalisation abolissant toute différence entre l’Est et l’Ouest et laissèrent fermenter le bouillon de culture du djihad afghan. Washington avait enfanté Al-Qaida. Cette querelle de famille fut soldée le 11 septembre.

 

Les ombres du 11 septembre

Mais cette politique n’était pas une erreur. Elle fut délibérée. Selon Peter Dale Scott, une partie de l’appareil sécuritaire des Etats-Unis protégeait deux des auteurs des attentats du 11 septembre, et il est probable qu’elle ait sciemment laissé agir les terroristes. « Permettez-moi de suggérer qu’il existe au moins trois étapes distinctes dans les attentats du 11 septembre : les détournements d’avions, les frappes contre les bâtiments et l’effondrement surprenant des trois immeubles du World Trade Center. Il est possible que le groupe de liaison de l’équipe « Alec Station » (CIA) ait envisagé uniquement la première étape sans envisager les deux suivantes » (« L’Etat profond américain », Editions Demi Lune, 2015).

 

Ainsi il est probable que ces attentats aient bénéficié de la complicité d’un certain nombre d’agents des innombrables services de sécurité qui fourmillent dans le pays, se livrant à d’incessantes querelles et à de téméraires combinaisons au détriment de la sécurité des citoyens. Sur la base de ces faits extrêmement troublants, on ne saurait évacuer la possibilité, dès lors, que les dirigeants du pays eux-mêmes aient couvert ces agissements occultes et accueilli l’événement du 11 septembre comme une formidable opportunité.

 

Offensive néo-conservatrice

L’émotion populaire, en effet, ne pouvait que créer les conditions propices à un basculement du pouvoir vers les zones secrètes de l’Etat profond. Elle ne pouvait que justifier une politique agressive à l’échelle planétaire qui était programmée depuis plusieurs années par ses principaux représentants. On peut toujours hausser les épaules, mais il y a un inconvénient : c’est exactement ce qui s’est passé.

 

Les attentats ont donné le coup d’envoi d’une offensive militaire néo-conservatrice sans précédent. Et cet interventionnisme a eu pour effet de relancer à son tour de façon exponentielle le terrorisme planétaire qu’il prétendait éradiquer. Le 11 septembre 2001 restera dans les annales comme un événement-prétexte qui inaugura, de fait, la mise en œuvre d’une stratégie du « chaos constructif » à grande échelle dans laquelle le cynisme des dirigeants US atteignit des sommets.

 

A côté des terroristes qui servirent de petites frappes, les principaux responsables de ce crime de masse ne sont autres, en réalité, que ces marchands d’armes, ces financiers véreux et ces politiciens sans scrupule qui auront exploité jusqu’au bout, depuis quinze ans, le précieux filon de la guerre contre la terreur. Et cette exploitation est d’autant plus scandaleuse que cette prétendue guerre contre la terreur ne fut jamais autre chose que son contraire.

Bruno Guigue
11 septembre 2016
 

16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 16:01

Berlin et Paris veulent relancer l’intégration militaire européenne

Par Pierre Levy https://francais.rt.com/opinions/26260-berlin-paris-integration-militaire    (RT)

13 sept. 2016

 

 «L’Europe de la Défense», le «Quartier général» européen et l'académie militaire commune : manœuvre politique pour rassurer les peuples européens ou projet prometteur ? Le spécialiste des questions européennes Pierre Lévy  livre son analyse.

 

Les ministres allemand et français de la Défense ont jeté, dimanche 11 septembre, un pavé dans la mare. Ils l’ont fait discrètement, comme c’est souvent le cas en matière européenne, en envoyant une missive commune à Federica Mogherini, le chef de la politique étrangère de l’UE.

 

Le document devrait être présenté aux chefs d’Etat et de gouvernement lors du sommet informel du 16 septembre, à Bratislava. Si la manière est discrète, le contenu n’a rien d’anodin. Il s’agit de donner un brusque coup d’accélérateur à ce qu’il est convenu d’appeler «l’Europe de la Défense», en réalité l’intégration militaire. Depuis des années, on se lamente à Bruxelles des «avancées bien trop lentes» dans ce domaine.

 

Car du côté du Royaume-Uni, la perspective d’une «défense européenne» ne suscitait qu’un enthousiasme très modéré. A Londres, on a longtemps estimé que cette ambition doublonnerait inutilement les structures de l’Alliance atlantique.

 

A Berlin comme à Paris, on s’appuie sur une supposée aspiration des citoyens à un renforcement des outils militaires censés les «protéger»

 

Or le 23 juin, les dirigeants européens ont encaissé l’un des coups les plus rudes du dernier demi-siècle : le peuple britannique décidait de sortir de l’UE, et entendait ainsi reprendre la main sur les décisions déterminant son propre avenir. En plein désarroi, le Conseil européen décidait alors de tenir en septembre un sommet «informel» avec un objectif : tenter de convaincre que l’Union européenne pourra survivre, malgré ce choix britannique potentiellement contagieux.

Le thème général a finalement été choisi : marteler que l’UE est capable «de répondre aux aspirations de sécurité des citoyens». Discourant le 14, le président de la Commission, l’a abondamment répété.

 

Outre la «sécurité intérieure» (un thème sur lequel il y eut déjà  un «papier franco-allemand» en août), c’est donc la «sécurité extérieure» qui est mise en avant. A Berlin comme à Paris, on s’appuie sur une supposée aspiration des citoyens à un renforcement des outils militaires censés les «protéger» ; et on fait de nécessité vertu : puisque le Royaume-Uni s’en va, c’est le moment où jamais d’accélérer en matière de «défense».

 

Le moment est mûr pour un «Schengen de la Défense», ont déclaré les ministres allemand et français D’autant que les Vingt-sept semblent plus que jamais divisés sur de nombreuses questions importantes : économie (plus ou moins d’austérité), réfugiés (qui doit en supporter le poids), institutions (plus ou moins de pouvoir à la Commission)… Sur la défense en revanche, les pays du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie) disent être prêts à une «avancée» européenne – voire à une armée européenne.

 

Bref, le moment est mûr pour un «Schengen de la Défense», ont indiqué les ministres allemand et français, marquant ainsi l’ampleur de leur ambition (de manière au demeurant quelque peu maladroite, tant les accords de Schengen sur la libre circulation sombrent actuellement de toutes parts…).

 

Concrètement, le document signé par Ursula Van der Leyen et Jean-Yves Le Drian propose la mise en place d’un Quartier général permanent européen et d’un commandement médical conjoint, le partage d’un centre logistique pour les équipements stratégiques, de même que le partage du renseignement et de la surveillance satellitaires.

 

L’Eurocorps, à Strasbourg, pourrait contribuer à la planification d’opérations. La capacité de déploiement des «groupements tactiques» (jusqu’ici jamais utilisés) serait facilitée. Et un budget européen unique serait consacré à la recherche militaire commune, ainsi qu’au développement de matériels communs (satellites, drones, cyberdéfense…).

 

Rien ne dit en effet que les bruits de bottes soient de nature à amadouer des peuples toujours plus rétifs à l’intégration européenne. Cerise sur le gâteau, une académie militaire commune serait créée afin de favoriser un «esprit de corps».

 

Ces projets ambitieux pourraient être menés à bien même si certains pays ne souhaitaient pas s’y joindre : le mécanisme dit de « coopération structurée », prévu par les traités, permettrait à un groupe pionnier d’aller de l’avant, même sans unanimité.

 

Il reste que le chemin pourrait être semé d’embûches. Rien ne dit en effet que les bruits de bottes – même affublés du prétexte de «plus de sécurité» – soient de nature à amadouer des peuples toujours plus rétifs à l’intégration européenne, bien au contraire.

 

De nombreux propagandistes de l’UE ont longtemps justifié cette dernière par la nécessité de «faire contrepoids aux Etats-Unis». Hélas pour cette thèse (absurde), il s’avère que le projet franco-allemand a été mis au point en marge… du sommet de l’OTAN tenu à Varsovie en juillet dernier.

 

Et à propos dudit projet, Mme Van der Leyen a confié à Reuters : «c’est ce que les Américains attendent de nous».

 

A défaut d’être rassurant, voilà qui a au moins le mérite de la clarté.

 

Note de JF: "Qui a dit charbonnier doit rester maiître chez lui ?" mais il est vrai que les détenteurs de tous les pouvoirs sont ailleurs !

14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 13:54

Brzezinski et le monde demain
par Hélène Nouaille

La lettre de Léosthène - le 3 septembre 2016, n° 1135/2016

mercredi 7 septembre 2016, repris par Comité Valmy

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

 

L’avenir, dit Brzezinski - il pense aux vingt prochaines années, «  pourrait bien être la dernière phase des alignements traditionnels et familiers dans lesquels nous avons grandi confortablement, et les réponses doivent être construites aujourd’hui » (1). On connaît le vieux géopoliticien américain, 88 ans, conseiller du président Carter (1977-1981) et resté une référence majeure de la pensée stratégique des Etats-Unis. Vision expliquée au public dans un Grand échiquier publié en 1997 et réactualisé en 2004 : la chute de l’Union soviétique en 1991, marquait « l’étape finale de l’ascendance rapide d’une puissance de l’hémisphère occidental, les Etats-Unis, en tant que seule, et en réalité première véritable puissance globale ». Une ascendance qu’il avait anticipée, affirmant - dès les années soixante - que les blocages de la société soviétique ne permettraient pas à l’URSS, en dépit de sa puissance militaire et diplomatique, de rivaliser à terme avec les Etats-Unis.

 

Presque vingt ans plus tard, l’expert reprend la plume avec un constat : «  Comme l’ère d’une dominance globale s’achève, les Etats-Unis doivent prendre la main pour redéfinir l’architecture du pouvoir mondial ». L’objectif ? Eviter le chaos au monde qui vient - en préservant au mieux les intérêts américains.

 

Peu commenté lors de sa parution à la mi avril, son texte est repris et commenté fin août dans Counterpunch par un Mike Whitney qui note : «  Bien que l’article de Zbigniew Brzezinski publié dans The American Interest et intitulé Vers un réalignement mondial ait été largement ignoré des médias, il montre que des membres puissants de l’establishment ne croient plus que Washington puisse l’emporter dans sa quête pour étendre l’hégémonie américaine sur le Moyen-Orient et l’Asie » (2). Avec une question : « Mais pourquoi cette ère » de dominance globale « s’achève-t-elle aujourd’hui ? Qu’est-ce qui a changé depuis 1997 quand Brzezinski se référait aux USA en tant que ’puissance suprême du monde’ ? ». Bonne question. Brzezinski se garde de nous dire en quoi la « puissance suprême », dont « aucun Etat dans le futur proche ne sera vraisemblablement susceptible d’égaler la supériorité économique et financière » est responsable de la situation actuelle. Il dresse simplement un constat en cinq points qu’il appelle «  cinq vérités fondamentales » qui nécessitent une redéfinition de la stratégie d’une Amérique qui n’est (premier point) « plus le pouvoir impérial mondial ».

 

Dans l’ordre, ce qui n’est pas innocent, vient ensuite la Russie qui vit, dit-il «  la dernière phase convulsive de sa dévolution impériale. Un processus difficile ». Sans qu’il soit exclu, «  si elle agit avec prudence et intelligence, qu’elle ne puisse devenir à terme un Etat-nation européen dominant ». Une remarque intéressante, en complète rupture avec les thèses des néoconservateurs et de tous ceux qui voient au contraire, y compris en Europe, Vladimir Poutine chercher à reconstituer l’empire russe. Notons au passage que nous revenons ici, au fond, à l’histoire européenne, y compris, en arrière plan non-dit, à la traditionnelle confrontation entre les intérêts allemands et russes autour des pays de l’est de l’Europe – et à la possibilité d’un rapprochement franco-russe (ce qu’on appelait une alliance de revers). Ajoutons que l’Europe sous sa forme actuelle (point quatre) « n’est pas et ne deviendra vraisemblablement pas une puissance mondiale ». Pour Zbigniew Brzezinski, la messe est dite : telle qu’elle est aujourd’hui, l’Europe est sortie des poids lourds du monde – sauf fonctions utilitaires, en appui des intérêts américains.

 

Mais voyons le point trois, la Chine. Elle « émerge continûment, bien que moins rapidement qu’elle ne l’a fait, comme la future puissance égale de l’Amérique et vraisemblablement sa rivale ; mais, pour le temps présent, elle s’efforce de ne pas lui opposer de défi ouvert. Du point de vue militaire, elle semble chercher à percer avec une nouvelle génération d’armement tout en renforçant patiemment se puissance navale encore très limitée ». Il y a dans ce constat quelque chose d’incontournable : la Chine est et sera. Mais ? Mais « son succès économique demande de la patience et la conscience de ce que la précipitation politique pourra provoquer en matière de dégâts sociaux ». Une allusion aux Royaumes combattants chinois (Ve siècle à 221 av. J.-C) ? Et puis, il y a le chaos issu du Moyen-Orient (point cinq) qui pourrait, s’il n’était pas contenu, «  contaminer les territoires du sud et de l’est russes aussi bien que les parties ouest de la Chine » (on pensera au Xinjiang). Suit un long développement sur les raisons du chaos dans « le monde musulman postcolonial » qui n’est probablement pas de la plume de Brzezinski – mais de celle d’un assistant cité en fin d’article. L’essentiel est que ce chaos s’exporte «  au-delà du monde musulman – et dans le futur possiblement depuis d’autres parties de ce qu’on a coutume d’appeler le Tiers monde ». Et que donc les Etats-Unis, la Russie et la Chine (comme « principal partenaire ») ont intérêt à travailler ensemble à contenir ce désordre, en lien avec les puissances régionales pertinentes, « Turquie, Iran, Egypte et Arabie Séoudite si le pays peut détacher sa politique étrangère de l’extrémisme wahhabite ». Sachant que « nos alliés européens, dominants dans la région par le passé, peuvent aider à cet égard ».

 

Il y a des non-dits dans ce tableau. Relevons avec Mike Whitney que Brzezinski n’aborde pas ce qui pourtant fonde la puissance américaine, le règne du dollar, « les dangers d’un système qui ne serait plus basé sur le dollar progressant dans les pays en développement et les pays non-alignés qui remplacerait l’oligopole de la Banque centrale occidentale. Si cela arrivait, alors les USA perdraient leur mainmise sur l’économie mondiale » (2). Mais il y a aussi ce silence étourdissant sur le chaos interne aux Etats-Unis – et sur les perspectives ouvertes avec l’élection présidentielle. « Malheureusement », constate Mike Whitney, «  l’approche plus prudente de Brzezinski ne sera probablement pas suivie par la favorite Hillary Clinton, qui croit fermement à l’expansion impériale (de son pays) par la force des armes ». Pour Donald Trump, remarquait en février dernier le spécialiste de l’histoire américaine Justin Vaïsse pour le Figaro (3) «  sa position tranche totalement avec l’interventionnisme observé ces dernières années au sein du parti républicain. Il a adopté une realpolitik qui tente de s’accommoder de ceux que l’Amérique désigne habituellement comme ses adversaires, à commencer par Poutine. Depuis les années 1980, Trump a remis en cause le consensus du ‘plus c’est mieux’ (more is better), selon lequel plus intervenir, c’est mieux. Obama lui-même avait déjà pris ses distances avec l’interventionnisme systématique, sinon en se retirant, du moins en changeant de stratégie au Moyen-Orient et au Maghreb ». Sondages contradictoires aidant (4), nous n’avancerons aucune hypothèse. Notons seulement que Zbigniew Brzezinski s’exprime comme si les Etats-Unis échappaient au désordre général, pôle de stabilité dans un monde mouvant – ce qui n’est pas le cas.

 

Néanmoins, l’appel de Brzezinski est impérieux : « L’alternative à une vision constructive, et spécialement la recherche d’une issue militaire et idéologique imposée unilatéralement ne peut que prolonger inanité et autodestruction. Pour l’Amérique, la conséquence peut être un conflit durable, de la lassitude et même possiblement un retrait démoralisant sur un isolationnisme pré-20ème siècle. Pour la Russie, cela pourrait signifier une défaite majeure, augmentant la probabilité d’une subordination, d’une manière ou d’une autre, à la prédominance chinoise. Pour la Chine, cela peut annoncer une guerre, non seulement avec les Etats-Unis mais aussi, peut-être séparément, avec le Japon ou l’Inde, ou les deux. Et, dans tous les cas, une phase longue de guerres ethniques, quasi religieuses, au travers de tout le Moyen-Orient avec un fanatisme auto-justifié qui engendrerait des effusions de sang dans et hors de la région, et une cruauté croissante partout ».

 

Que l’on épouse ou non la vision du grand sachem américain – et qu’en pensent Russes et Chinois ? - son texte donne à réfléchir. Nous aurons une réserve, pourtant – la même que celle de nos confrères de la Vigie (5) dans leur dernière livraison : «  Le monde se défait. Tout se passe comme si l’Occident était ce personnage de Tex Avery, qui court dans le vide sans s’être rendu compte qu’il avait franchi le bord du précipice. L’équilibre n’est plus qu’un souvenir et la notion même de domination ou d’ordre mondial a vécu sous nos yeux ».

Une seule certitude : Zbigniew Brzezinski sait que le monde se défait – celui-là même sur lequel il a pesé. Son repentir est-il trop tardif ?

Hélène Nouaille

 

Notes :

(1) The American Interest, vol.11 n° 6, le 17 avril 2016, Zbigniew Brzezinski, Toward a New Realigment

http://www.the-american-interest.com/2016/04/17/toward-a-global-realignment/

Son livre (The Grand Chessboard) est téléchargeable en anglais :

http://www.takeoverworld.info/Grand_Chessboard.pdf

(2) Counterpunch, le 26 août 2016, Mike Whitney, The Broken Chessboard : Brzezinski Gives Up on Empire

http://www.counterpunch.org/2016/08/25/the-broken-chessboard-brzezinski-gives-up-on-empire/

(3) Le Figaro, le 2 février 2016, Eléonore de Vulpillières, Entretien avec Justin Vaïsse, Zbigniew Brzezinski, le stratège méconnu de l’empire américain

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/02/02/31002-20160202ARTFIG00150-zbigniew-brzezinski-le-stratege-meconnu-de-l-empire-americain.php

(4) Zero Hedge, le 1er septembre 2016, Tyler Durden, Hillary’s Approval Rating Plunges To Record Low, Neck And Neck with Trump

http://www.zerohedge.com/news/2016-09-01/hillary%E2%80%99s-approval-rating-plunges-record-low-neck-and-neck-trump

(5) La Vigie n° 50, troisième année, le 31 août 2016, Craquements d’été

https://www.lettrevigie.com/2016/08/n-50-craquements-dete-options-pour-leurope/

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 16:16

Par Bruno Guigue le 05 septembre 2016

Comme si elle avait les vertus d’un exorcisme incantatoire, une véritable litanie inonde les médias occidentaux. La Russie, dit-on, est une menace pour l’Occident, un péril mortel pour ses intérêts, un ferment corrosif pour ses valeurs. Insensible à la diplomatie, cette puissance aux allures de brute épaisse ne comprend que la force. Hermétique à la négociation, elle est totalement imperméable au code de conduite des nations civilisées. Il faut regarder la réalité en face, et cesser de croire que la Russie a changé, qu’elle n’est pas la réplique d’une URSS dont elle charrie le sinistre héritage. Si l’on veut s’opposer aux ambitions effrénées de l’ogre russe, inutile d’y aller par quatre chemins : il faut réarmer au plus vite et se préparer au pire.

 

Résumé bêtifiant de tous les lieux communs de l’atlantisme vulgaire, ce discours belliciste n’est pas qu’un discours. Il y a aussi des actes, et ils sont lourds de signification. Les USA ont installé chez leurs vassaux d’Europe orientale un bouclier antimissile qui fait peser sur Moscou la menace d’une première frappe et rend caduc tout accord de désarmement nucléaire. L’OTAN multiplie les manoeuvres conjointes aux frontières occidentales de la Fédération de Russie, de la Mer Baltique à la Mer Noire. Colossal, le budget militaire US représente la moitié des dépenses militaires mondiales. En pleine expansion, il équivaut à neuf fois celui de la Russie. A l’évidence, l’essentiel des dépenses nouvelles vise à développer une capacité de projection des forces à l’extérieur, et non à défendre des frontières que personne ne menace.

 

Dans un monde régi par un minimum de rationalité, ces réalités géostratégiques devraient suffire à couvrir de ridicule les gogos de droite et de gauche qui avalent la propagande antirusse comme on boit du petit lait. Mais les idées les plus stupides ont la vie dure, et il y a encore des semi-habiles pour croire que la Russie est une puissance impérialiste au même titre que les Etats-Unis d’Amérique. Si l’impérialisme désigne l’attitude consistant pour une grande puissance à imposer de gré ou de force son hégémonie à d’autres puissances, on se demande en quoi la politique russe relève de cette catégorie. Où sont les Etats envahis ou menacés par la Russie ?

 

L’Ukraine est en proie à une crise intérieure gravissime consécutive au coup d’Etat qui a porté au pouvoir une clique ultra-nationaliste dont la politique n’a cessé d’humilier la population russophone des régions orientales. C’est cette provocation délibérée des autorités usurpatrices de Kiev, soutenues par des groupes néo-nazis, qui a poussé les patriotes du Donbass à la résistance et à la sécession. Mais aucun char russe ne foule le territoire ukrainien, et Moscou a toujours privilégié une solution négociée de type fédéral pour son grand voisin. En témoignent les accords de Minsk I et II, qui ont été bafoués par le gouvernement ukrainien, et non par celui de la Russie. Aujourd’hui, la seule armée qui tue des Ukrainiens est celle de Kiev, cyniquement portée à bout de bras par les puissances occidentales pour intimider Moscou. Dans toute cette région, c’est l’Occident qui défie outrageusement la Russie à ses frontières, et non l’inverse. Que dirait-on à Washington si Moscou menait des manœuvres militaires conjointes avec le Mexique et le Canada, et encourageait à coups de millions de roubles la déstabilisation de l’Amérique du Nord ?

 

Que le terme d’impérialisme s’applique à la politique US, en revanche, ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle est d’ailleurs revendiquée par Hillary Clinton qui vient de rappeler que les USA sont « la nation indispensable du monde », un « pays exceptionnel, champion inégalé de la liberté et de la paix », qui montre le chemin à ces peuplades innombrables qui n’ont pas le bonheur d’être américaines, mais qui savent se montrer reconnaissantes à l’égard de leur sauveur à la bannière étoilée. « Les peuples du monde nous regardent et nous suivent. C’est une lourde responsabilité. Les décisions que nous prenons, ou que nous ne prenons pas, affectent des millions de vies. L’Amérique doit montrer le chemin », proclame la candidate démocrate. On imagine la teneur des commentaires si M. Poutine avait affirmé urbi et orbi que la Russie doit guider le monde et sauver l’humanité. Mais c’est l’Amérique, et elle a une « destinée manifeste ». Investie d’une mission civilisatrice à vocation planétaire, l’Amérique est le « nouvel Israël », apportant la lumière aux nations confites d’émotion et saisies d’admiration devant tant de bonté.

 

Pour le cas où l’enthousiasme des vassaux viendrait à mollir, toutefois, la présence de 725 bases militaires US à l’étranger devrait probablement suffire à y remédier et à entraîner malgré tout l’adhésion des populations récalcitrantes. 725 bases militaires : un chiffre froid et objectif qui donne un minimum de consistance matérielle à ce joli mot d’impérialisme dont abusent les amateurs en géopolitique lorsqu’ils l’attribuent à la Russie de Vladimir Poutine. Car la Russie, elle, n’a pas 725 bases militaires hors de ses frontières. Précisément, elle en a 2, ce qui fait une sacrée différence. La première base est au Kazhakstan, pays allié et limitrophe de la Russie, dont 40% de la population est russophone. La seconde est en Syrie, près de Lattaquié, installée en 2015 à la demande expresse d’un Etat souverain soumis à une tentative de déstabilisation pilotée depuis l’étranger.

 

Il est amusant de constater que l’accusation d’impérialisme proférée contre la Russie est une ânerie partagée par ces officines de propagande quasi-officielles de l’OTAN que sont les médias français et par des groupuscules gauchistes qui ne sont décidément pas guéris des pustules de leur maladie infantile. Vieille répartition des tâches, au fond, dont il y a d’autres exemples. Ce sont les mêmes groupes qui s’imaginent défendre la cause palestinienne tout en soutenant les mercenaires wahhabites en Syrie, lesquels servent surtout de piétaille à l’OTAN et de garde-frontière à l’entité sioniste. Mais demander à ces benêts de comprendre ce qui se passe au Moyen-Orient relève sans doute du vœu pieux, la réalité concrète ayant manifestement perdu à leurs yeux le privilège que Marx lui reconnaissait. « L’impérialisme russe », cette bouteille à l’encre d’un atlantisme presque séculaire, finira sans doute au cimetière des idées reçues, mais il se peut qu’elle continue un certain temps à empoisonner les esprits faibles.

 

En attendant, c’est plus fort que lui, le « pro-Russe » n’en démord pas. Obstiné, il tient à ses chimères. Il croit par exemple que celui qui envahit des pays lointains est impérialiste, tandis que celui qui défend ses frontières ne l’est pas. Il pense que celui qui utilise les terroristes pour semer le chaos chez les autres est impérialiste, et non celui qui les combat à la demande d’un Etat allié. Il a la naïveté de penser que le respect de la loi internationale s’applique à tout le monde, et pas seulement aux pays faibles comme l’Irak, la Libye et la Syrie. Dans son incroyable candeur, il juge absurde le reproche fait à la Russie d’annexer la Crimée quand 95% de sa population le demande, alors même que ses accusateurs ont poussé le Kosovo à la sécession. Têtu pour de bon, le « pro-Russe » préfère un monde multipolaire à ce champ de ruines que la fureur néo-conservatrice d’une Hillary Clinton va continuer à répandre si le complexe militaro-industriel et le lobby sioniste réussissent, comme d’habitude, à imposer leur poulain à la tête de la première puissance militaire mondiale.

Par Bruno Guigue | 05 septembre 2016

6 septembre 2016 2 06 /09 /septembre /2016 15:57

Révélations : Julian Assange promet d’exclure Hillary Clinton de la présidentielle avant le débat du 26 septembre

lundi 5 septembre 2016, par Comité Valmy

 

Le lundi 26 septembre, 2016 Donald Trump et Hillary Clinton se retrouveront à l’université Hofstra à Hempstead, New York, pour expliquer au public américain comment ils vont gérer le pays en tant que président des États-Unis.<P/>

 

Le débat, qui est le premier débat entre les deux candidats en lice pour les élections présidentielles le 8 novembre, devait initialement avoir lieu à l’université d’État Wright dans l’Ohio, mais il a plus tard été déplacé à Hofstra, en raison de problèmes budgétaires.

Cependant, avant que le débat n’ait lieu, Julian Assange, le fondateur et rédacteur en chef de l’organisme journalistique sans but lucratif WikiLeaks, a déclaré que sa prochaine publication sur Clinton la mettra hors de la course présidentielle.

WikiLeaks publie des informations secrètes, des documents « fuités », et des médias classifiés de sources anonymes. La dernière fuite par l’organisation est les emails du Comité national démocrate (DNC), publiés en juillet 2016, révélant comment les hauts responsables du Parti démocratique se sont associés pour faire en sorte que Clinton obtienne la nomination du parti de Bernie Sanders.

La divulgation par Wikileaks a placé le Parti démocrate dans le désarroi. De plus en plus de gens présentent leurs lettres de démission, se retirant du DNC. Avant que le sénateur Sanders ne quitte le Parti démocratique, il a déclaré que la publication par WikiLeaks a montré un DNC corrompu qui n’est pas digne de confiance. Le sénateur du Vermont a ensuite appelé à une refonte totale du DNC.

Dans le même temps Sanders a appelé à un nouveau DNC, alors président de l’organisme à ce moment, Debbie Wasserman Schultz a démissionné. Beaucoup d’autres fonctionnaires subalternes du DNC ont aussi démissionné plus tard.

Politico a rapporté récemment que le directeur financier du DNC, Jordan Kaplan se retire également en raison de son implication dans les e-mails publiés par WikiLeaks.

La révélation par WikiLeaks a provoqué la colère de nombreux partisans de Sanders, qui ont depuis dit qu’ils ne voteront pas pour Clinton parce qu’elle a triché au concours pour devenir candidate du parti.

Bien qu’il ait perdu, Sanders a tiré plus de 12 millions de votes lors du concours avec Clinton. Les commentateurs politiques disent que si beaucoup de ceux qui ont voté pour Sanders refusent de voter pour Clinton dans les élections présidentielles de novembre, elle va perdre le concours avec Trump.

Cependant, il semble que Clinton pourrait même ne pas avoir la chance de figurer sur le bulletin de vote contre Trump. Assange a dit que Clinton a commis une « extorsion » par un battage médiatique autour des craintes sur la possibilité d’une victoire républicaine, afin d’attirer les électeurs de gauche.

 

 

Assange a également affirmé qu’il a en sa possession des emails condamnant la façon dont Clinton a fait des accords secrets avec les sponsors de l’organisation terroriste, l’Etat soi-disant islamique d’Irak et de Syrie (ISIS). Assange a dit que les transactions secrètes de Clinton avec ce commanditaire ISIS ont donné lieu à d’énormes fonds donnés à la Fondation Clinton venant du sponsor.

Il a poursuivi que le Federal Bureau of Investigation ne peut ignorer ces documents accablants qui seront bientôt rendus publics. Assange a fait cette dernière demande dans une interview avec le journaliste britannique, Afshin Rattansi de Russian Today.

« Nous avons plus d’informations et nous publierons tout quand le moment sera venu, certains de ces documents peuvent mettre Hillary Clinton hors concours », a dit Assange à Rattansi dans l’interview.

Assange a ajouté que Bernie Sanders obtiendra la nomination après le départ de Clinton, comme il est celui qui détient le reste des voix des délégués du parti.

Ci-dessous une transcription de l’entrevue de Rattansi qui a eu lieu avec le fondateur de WikiLeaks sur la prochaine divulgation, qui exclura Clinton de la course présidentielle.

Rattansi : « S’il y a une illégalité dans les e-mails en suspens, le président Obama pourrait vraisemblablement agir et porter des charges contre Hillary Clinton ? Indépendamment de si vous êtes sur le point de publier tout courriel qui signifierait que James Comey et le FBI n’auraient pas d’autre choix que d’arrêter Hillary Clinton ? »

Assange : «  Notre point de vue est que le FBI possède déjà la preuve pour qu’un grand jury l’inculpe… Mais un procureur doit demander à un grand jury d’inculper. Et si le procureur ne fait pas la demande, le grand jury ne fera pas la mise en accusation. Mais notre prochaine divulgation peut être importante pour son exclusion car c’est quelque chose que le FBI ne peut pas négliger ! »

Rattansi : « Quelle sera la date à laquelle vous publierez cette divulgation ? »

Assange : « Je ne vais pas révéler la date exacte mais je peux vous promettre que cela mettra Hillary Clinton hors de la course présidentielle avant le débat du 26 septembre. »

Selon les commentateurs politiques, si les documents qui seront publiés par Assange justifient l’acte d’accusation de Clinton, le sénateur Sanders va la remplacer par les règles du Parti démocrate. À l’heure actuelle, tout le monde est tranquillement en attente qu’Assange et son équipe publient cette bombe, l’exclusion de Clinton et son remplacement par le sénateur Sanders.

dimanche 4 septembre 2016

Sources : AnonHQ

Traduction : Anguille Sous Roche

http://fawkes-news.blogspot.fr

Published by jack Freychet - dans Actualité
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