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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 09:20

L’État dévasté


Repris sur Comité Valmy

 

 

Par Robert Charvin

 

Un constat fait consensus : la privatisation du monde anéantit la capacité normative des États. Les gouvernements et plus encore les parlements sont mis sous tutelle. Les élections sont le plus souvent vidées de leur sens. Les institutions publiques perdent leur pouvoir régulateur. Les frontières n’ont de signification que pour les pauvres de la planète : l’économie de marché est transnationale.

 

L’État s’est désarmé face au chômage ; il ne maîtrise plus les politiques de croissance ; il perd ses ressources fiscales et ne peut plus assurer la survie des systèmes de protection sociale. Ces pertes le délégitiment aux yeux du plus grand nombre : « elles ne sont compensées par aucun équivalent fonctionnel », souligne Habermas.

 

L’État n’est plus en mesure de maintenir une « communauté de volontés impures », selon la formule de Kant : les instincts et les perversions individuels, destructeurs de la société, ne sont plus contrecarrés par l’éthique de l’intérêt général et d’une quelconque solidarité sociale.

Aux yeux des citoyens, la valeur de l’État s’approche de zéro[1]. Ils ont peur de l’insécurité sociale et des violences ponctuelles, telles que les attentats terroristes ; ils ne sont plus libres. Seuls les marchés financiers « surfent » sur un système socio politique frappé d’anémie et en voie de démantèlement.

 

1. Ce processus de démolition de l’État entraînant une décomposition au moins partielle de la société civile (ce qui contredit ceux qui y placent toutes leurs espérances) est le fruit de la logique du capitalisme financier : il est de nature complexe, relativement lent, car il est le fait de tous, à des degrés divers, bien que les acteurs principaux soient les grands groupes financiers.

 

Nombre de citoyens acceptent de redevenir sujets, en espérant par leur docilité un servage sécurisé. Le discours et la pratique des syndicats réformistes les y encouragent. A défaut d’émancipation et de participation aux décisions, la démission et la passivité sont des « refuges » !

 

La dévastation de l’État occidental suit ainsi un cours apparemment « naturel », avec un minimum de heurts et de réactions sociales et politiques. Cet État a néanmoins besoin d’ennemi pour exister encore ; il s’affirme avant tout « sécuritaire » et le politique se restreint de plus en plus à une surenchère dans le domaine de la surveillance, du renseignement et de la répression policière. Le terrorisme islamiste, issu d’une confessionnalisation du vieil affrontement des pauvres contre ceux qui le sont moins et qui expriment le délire du religieux lorsqu’il s’empare du politique, permet, un temps encore, à cet État déclinant de trouver une justification, appelant à une « union sacrée » droite-gauche, stratégie « classique » des temps de « guerre » !

 

Ce sont les oligarques qui mènent le jeu : ils sont « apolitiques », s’affirmant les simples transcripteurs des « lois » qui gouvernent le devenir économique et social de l’Humanité. Leur obscurantisme prétend à la rationalité et toute idéologie (autre que la leur) est récusée. Ils ne sont ni du Nord, ni du Sud, et ne se rattachent à aucune école de pensée : la puissance et l’argent sont leurs seules raisons d’être.

 

Leur « éthique » est la domination par tous les moyens : leurs enfants en font l’apprentissage dans quelques grandes écoles discriminantes comme dans leurs partouzes à Ibiza ou à St Barth, avant de prendre en main à leur tour les rênes des grands pouvoirs privés dont ils hériteront.

 

Par contre, il subsiste dans le monde des États réticents vis-à-vis de la mondialisation. Leur mode de production, leur régime politique, leur niveau de développement sont différents, mais ils ont en commun le défaut majeur de constituer des espaces de « manques à gagner » pour les prédateurs que sont les grandes firmes privées et les Puissances qui les assistent, en premier lieu les États-Unis.

 

Ces Obstacles, qualifiés souvent « d’Etats-voyous », constituant « l’axe du Mal » dans le monde, sont durement sanctionnés : les grands médias les discréditent, les embargos les paralysent, les ingérences de toutes sortes les déstabilisent, dont certaines consistent à assister les opposants ou à acheter des gouvernants.

 

Si ces méthodes ne suffisent pas, le recours à la force armée est utilisé : l’armée chilienne « stimulée » par les États-Unis a ainsi liquidé en 1973 le pouvoir socialiste de S. Allende ; les armées occidentales et l’OTAN ont détruit les États arabes « non fiables » (l’Irak, la Libye, la Syrie, etc.) avec la complaisance d’Israël[2] et de la Turquie.

 

Cette destruction des États « non fiables » n’est pas suivie d’une politique de reconstruction : le chaos est, soit par volonté délibérée soit par indifférence, maintenu. Sans État organisé, les fractures internes de la population s’intensifient, se confessionnalisent, et les pouvoirs privés occidentaux « récupèrent » : par exemple, le pétrole libyen est vendu par certaines milices à bas prix (environ 10 dollars le baril) aux grandes compagnies privées, notamment italiennes et américaines, privant l’économie nationale de recettes vitales [3].

 

Les promesses occidentales de « démocratie » et de développement rapide ne sont pas tenues : le chaos à la libyenne ou à l’irakienne est lui-même très rentable, tout comme le servilisme instrumentalisé style Tchad, Gabon ou Côte d’Ivoire « ouattarisée »[4] !

 

La société internationale est ainsi aujourd’hui composée de Grandes Puissances dont les principaux pouvoirs privés économiques déterminent l’essentiel des politiques étatiques, d’États satellisés, d’espaces (de plus en plus nombreux au Moyen Orient et en Afrique) où règne le chaos. Quelques États cependant surnagent en se refusant à la mondialisation sauvage qu’imposent quelques oligarques, leurs firmes et leurs auxiliaires publics.

 

2.L’État ayant la volonté de sauvegarder sa souveraineté (ce qui est parfaitement conforme aux dispositions fondamentales de la Charte des Nations Unies, que nul n’ose réviser) n’a que deux options face à la volonté dévastatrice des pouvoirs privés et publics occidentaux. A l’exception de la Chine dont l’hyperpuissance la rend libre et invulnérable.

 

La première possibilité est la capitulation. C’est la voie, à court terme, la moins perturbatrice du désordre international établi : « l’alignement » (ouverture du marché, privatisations, paiement de la dette, quelle qu’en soit la nature, pluralisme de façade,…) sur le modèle occidental est devenu, depuis la disparition de l’URSS, la position la plus communément adoptée, particulièrement par les États du Sud.

 

Cette subordination n’est pas nécessairement impopulaire. Les bourgeoisies locales se sentent protégées dans leurs privilèges. La caste politique de même échappe à ses responsabilités devant les citoyens, pour ne les assumer que devant les maîtres du monde (firmes transnationales et Grandes Puissances). La pénibilité pour les gouvernants est limitée ; la soumission, malgré l’humiliation, peut rapporter quelques prébendes. Elle assure la stabilité et n’est pas incompatible avec une façade souverainiste, mettant en cause « l’étranger » lorsqu’on s’adresse au peuple ! Une partie de la jeunesse, y compris la plus démunie, rêve de la consommation « à l’occidentale », elle est séduite par l’american way of life mise en scène en permanence par les grands réseaux médiatiques. Certaines couches populaires croient au miracle économique et social pour peu que le pays s’intègre au marché mondial, dans le sillage des Grandes Puissances, c’est-à-dire avant tout des États-Unis. Enfin, la corruption largement « démondialisée » offre des solutions de sortie individuelle à la misère de masse.

 

La seconde option est la Résistance. Elle est le fait de quelques pays dont les modes de production, le système et la culture politique, le niveau de développement peuvent être très différents.

 

Cette Résistance peut s’appuyer sur le nationalisme, une forme de socialisme, telle ou telle religion, etc. afin de créer la cohésion sociale nécessaire pour affronter les Grandes Puissances. Mais la gestion de cet affrontement est très complexe. Elle exige des gouvernants à la fois la mise en œuvre d’une stratégie radicale (donnant naissance dans l’ordre interne à une opposition sans concession) et d’une tactique très souple dans l’ordre international pour contourner les obstacles que les grands intérêts privés leur opposent[5]. La promesse d’une émancipation sociale pour le plus grand nombre, qui est souvent faite, se heurte à des réalités difficilement surmontables tant les rapports de forces sont inégaux ! Elle se paie d’un prix très lourd, particulièrement pour les petits États. L’État russe lui-même est en permanence accusé et sanctionné, comme il l’était à l’époque soviétique [6] !

 

La surveillance de masse des communications et la surveillance « ciblée » organisée par les services américains rendent « transparents » tous ceux qui sont définis comme étant les adversaires des Occidentaux. L’argent versé en soutien aux oppositions permet le développement d’actions de déstabilisation : des ONG, sous couvert de « défense des droits de l’Homme », qui reçoivent des fonds occidentaux, sont en fait des partis d’opposition recevant des fonds de l’étranger[7]. Ce que ces oppositions font dans l’ordre interne est largement médiatisé à l’international afin de bénéficier d’un appui de l’opinion. Cette pression extérieure s’exerce aussi sur les personnalités les plus « fragiles » du pays visé : les pouvoirs occidentaux sont en mesure d’acheter des éléments « utiles » de l’appareil d’État résistants et ne s’en privent pas !

 

Aussi, l’État qui refuse « l’alignement » est conduit à se constituer en « citadelle », ce qui favorise la critique qui lui est portée. En effet, le pluralisme et les liberté facilitent les ingérences des puissances riches qui les instrumentalisent à leur profit. La démocratie libérale favorise un « désarmement » idéologique et politique incompatible avec le refus d’être « mondialisé » par des intérêts étrangers[8]. Les réformes économiques radicales telles que les nationalisations (qui ne sont qu’une étape dans le processus parfaitement conforme à la légalité internationale consacrant le libre choix du régime socio-économique et de l’édification d’un mode de production non capitaliste), provoquent des sanctions de toutes natures, notamment financières et d’embargos faisant obstacles à cette mutation. Ces représailles illicites étranglent l’économie nationale et rendent la vie des citoyens difficile [9], ce qui conduit à un mécontentement social à l’encontre de l’État ! Les gestionnaires de la Résistance sont alors accusés d’incompétence, d’inefficacité économique, et comble de l’iniquité de « totalitarisme » par les Puissances qui sont en fait les premiers responsables de la situation !

 

Le paradoxe, c’est que les progressistes occidentaux sont nombreux à porter des critiques sévères sur ces États-Résistants, joignant ainsi leur voix « moralisatrice » aux critiques des observateurs occidentalistes au service des grands intérêts privés dominants.

 

Pour ce « occidentalistes », donneurs de leçons, au premier rang desquels se trouvent ceux qui sont inspirés par la social-démocratie, ces États ne répondent pas aux « canons » abstraits qu’ils ont élaborés dans leurs bureaux confortables. Ils semblent n’être prêts à être solidaires que d’un État doté de toutes les vertus, champion de toutes les libertés, exempt de toute corruption, ayant surmonté toutes les crises. Or, cet État n’existe évidemment pas. L’intelligentsia occidentaliste peut donc rester attachée au système qui la fait vivre sans problème de conscience[10] !

 

En effet, la souveraineté nationale n’est pas à la mode. Le nationalisme ne l’est pas davantage bien qu’il tende, dans les pays menacés par les grandes puissances, à s’identifier au progressisme, par exemple, dans le monde arabe face à l’envahissement islamiste et à l’impérialisme étasunien.

 

Pourtant, c’est la conjugaison d’un nationalisme et du socialisme (mêlés aux valeurs de la civilisation locale) qui a permis par exemple à Cuba et à la Corée du Nord de subsister malgré un blocus de plus d’un demi-siècle ! C’est le réveil du patriotisme russe qui participe de la reconstruction de la puissance russe.

 

Chez les progressistes occidentaux, on préfère la mort héroïque de S. Allende et l’élimination de la tentative socialiste chilienne, voire même soixante-dix ans de défaites palestiniennes : les vaincus ont meilleure presse, on ne peut leur reprocher trop d’abus de pouvoir.

 

Ce pseudo-romantisme exprime surtout qu’en Occident, des contradictions profondes neutralisent une radicalité jugée trop « coûteuse » pour ceux qui y adhéreraient. Il y a en effet volonté révolutionnaire à condition qu’il n’y ait pas de révolution, goût pour un certain socialisme sous réserve de ne pas mettre en cause le mode de production capitaliste, rejet de la tyrannie sans vouloir les moyens de la détruire, solidarité avec les opprimés mais indifférence vis-à-vis des démunis ! Cette intelligentsia relevant de la pseudo « gauche moderne » est très éloignée d’un catholicisme conservateur comme le lucide Léon Bloy lorsqu’il écrit : « Le riche est une brute inexorable qu’on est forcé d’arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre » (Le sang des pauvres. Arlea. 1995).

 

Les partis « socialistes » sont dans le coma dans toute l’Europe, mais leur esprit contamine le monde de la pensée. La sacralisation de l’individu est désincarnée : l’individu est aujourd’hui atomisé, isolé, déterminé par des contraintes extérieures dont il n’est pas toujours conscient car les rapports marchands sont partout et nulle part. Ce n’est plus celui conçu par les Lumières et la Révolution Française dont l’héritage est souvent renié.

 

Alors que règne le capitalisme financier, ceux qui rejettent l’État-Résistant et acceptent le démantèlement du leur, en fait, ne veulent rien si ce n’est un statu quo confortable pour eux-mêmes. Ils sont les adeptes d’une apathie généralisée en refusant les moyens nécessaires aux objectifs « humanistes » qu’ils prétendent poursuivre.

 

Doit-on attendre que l’Homme change pour tenter d’édifier un autre monde ? Les droits de l’Homme surgiront-ils spontanément dans les sociétés lourdement sous développés ? Quelle « société civile », armée de quelles ONG, est en mesure de faire comparaître le capitalisme financier devant un éventuel nouveau Tribunal de Nuremberg ?

 

Changer la vie ne peut être une fête. Ce ne peut être qu’un processus historique douloureux, difficile, ponctué d’erreurs, de contradictions, voire de crimes. C’est la sueur et le sang des peuples qui bousculent l’Histoire. C’est un phénomène riche que la recherche dans divers pays de méthodes nouvelles, de structures inédites à construire pour mener le combat politique. Mais ce désir « d’horizontalité », comme l’exprime dans une certaine mesure le Forum Social Mondial ou plus modestement le mouvement « Nuit Débout » n’exclut pas la capacité organisationnelle des partis et la « verticalité » du pouvoir d’État.

 

L’État qui n’est évidemment pas une réalité éternelle n’a pas épuisé son rôle historique. Il reste une arme vitale dans l’ordre interne comme dans le désordre international contre le capitalisme financier, pourvu qu’il participe à la lutte des classes internationale contre les maîtres actuels du monde.

Robert Charvin
23 août 2016 Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Notes :

[1]Voir J. Ziegler. Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent. Fayard. 2002 (notamment le chapitre sur « la mort de l’État ») p. 117 et s.

[2]Les hôpitaux israéliens, par exemple, soignent les blessés syriens appartenant à la rébellion armée contre le régime de Damas !

[3]Les forces spéciales américaines, françaises et italiennes développent leur politique en territoire libyen en servant avant tout les intérêts des grandes compagnies pétrolières occidentales.

[4]Les gouvernants français, très préoccupés de « légalité » … formelle, réclament toujours aux pays qu’ils contrôlent l’organisation d’élections légitimatrices, quelles que soient les conditions dans lesquelles elles se déroulent, pourvu que les résultats leur conviennent (ce qui n’avait pas été le cas lors de la réélection de L. Gbagbo en Côte d’Ivoire, ce qui a entraîné son élimination par la force !).

[5]Les États que l’Occident tente d’isoler sont amenés à conclure des accords qui sont parfois contre nature (voir par exemple, le rapprochement Russie-Turquie en 2016).

[6]Voir R. Charvin (préface M. Collon, postface P. Lévy). Faut-il détester la Russie ? Vers une nouvelle guerre froide ? Edition Investig’action. Bruxelles. 2016.

[7]Certains États, se sentant menacés par l’intrusion de cet argent étranger dans leur vie intérieure, exigent l’enregistrement de ces ONG comme « organisations étrangères ».

[8]Dans certains pays du Sud refusant la subordination aux États-Unis, comme le Nicaragua par exemple, les grands médias nationaux sont sous la tutelle de la bourgeoisie locale, soutenue par les États-Unis. Selon D. Ortega, le leader de l’opposition nicaraguayenne « c’est l’ambassadeur des États-Unis » !

[9]La Corée du Nord subit un embargo quasi-total depuis près de 70 ans pour des motifs différents selon les époques. Cette tentative d’asphyxie est accompagnée d’un dénigrement systématique de la politique qui en résulte.

[10]Il apparaît que ces intellectuels à « l’avant-garde de la liberté » soulèvent en 2016 la problématique des mains sales de Jean-Paul Sartre qui remonte à 1948. Le héros principal de la pièce de Sartre est Hoederer qui accepte par nécessité de payer le prix qu’impose la révolution, ce qui n’est pas le cas de Hugo qui veut garder les mains « propres », mais qui en fait n’a pas de mains du tout !

25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 14:29

Interview de sergei Glaziev conseiller du Président poutine par konstantin semine juillet 2014

repris sur Histoire et sociétés

 

Glaziev, qui est né en Ukraine et qui est économiste, a une superbe compréhension des jeux de pouvoir dans les coulisses en Ukraine et en Russie. Cet homme vraiment * sait * ce qui se passe. En outre, il est l’un des principaux « souverainistes eurasien » et il est donc absolument détesté par les cercles de pro-US en Russie. Il est tout aussi détesté aux USA qui l’a mis sur leur liste récente des sanctions pour aucune autre raison, alors le fait qu’ils n’aiment pas ce qu’il a à dire.

 

Vidéo sous titrée en français

 

 

Nous sommes tous concernés, rattrapons le temps perdu.

19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 16:20

Burkini: Le choc des civilisations à l’heure du pastis,

Par Bruno Guigue


Curieux pays que la France. Ses dirigeants tentent d’abattre depuis cinq ans, par tous les moyens, le seul régime non confessionnel du Moyen-Orient. Ils livrent des armes aux djihadistes au nom de la démocratie et des droits de l’homme. Ils bombardent les populations civiles en prétendant lutter contre le terrorisme qu’ils soutiennent par ailleurs. Ils distribuent des médailles honorifiques et vendent des avions de chasse aux sponsors saoudiens de la terreur planétaire. Mais cette absurdité permanente de notre politique étrangère n’offusque personne. Elle ne suscite dans les médias dominants que des débats feutrés. Aucun mouvement de foule n’en dénonce la nocivité. Pour peu elle passerait inaperçue, faisant place à d’autres préoccupations.

 

Car ce ne sont pas les événements d’Alep qui passionnent les foules. Ces affrontements exotiques auxquels on ne comprend rien n’intéressent personne. Loin de nous, ils sont comme frappés d’insignifiance. Le vrai sujet est ailleurs, son urgence saute aux yeux. Son extrême gravité nous pétrifie d’angoisse. Le burkini ! Ce costume de bain ne devrait provoquer, au pire, qu’un sourire narquois ou désabusé. Il ne devrait susciter, au mieux, qu’une souveraine indifférence. Mais voilà qu’il se transforme en casus belli pour estivants déchaînés, qu’il devient le motif extravagant d’une bataille de parasols. Portée à l’incandescence par l’atmosphère corse, la discorde frôle même le paroxysme, à coups de jets de canettes et de fléchettes de harpon.

 

Aurait-on tort de ne pas prendre au sérieux cette invraisemblable querelle ? Oui, nous dit-on, car elle serait symboliquement décisive. Elle serait lourde de signification implicite, grosse d’une menace existentielle. A croire certains, elle s’élèverait même au rang du combat suprême pour la défense de nos valeurs. Menacée de submersion, l’identité européenne jouerait son va-tout dans cette rixe saisonnière aux relents de pastis. Congédiant la pétanque et les épuisettes, elle reléguerait les passions vacancières au magasin des accessoires. Alors que dans les piscines allemandes on s’en moque, ce maudit vêtement émeut l’opinion, chez nous, avec une singulière intensité.

 

On a parfaitement le droit, bien sûr, de ne pas aimer cette tenue de bain pour ce qu’elle représente. Car cette version balnéaire du voile intégral n’est pas étrangère à un rigorisme qu’il est légitime de combattre sur le plan des idées. Mais la vie en société implique aussi l’acceptation de la différence culturelle. Dès lors qu’elle n’entrave la liberté de personne, une pratique sociale, vestimentaire ou autre, ne peut faire l’objet d’une interdiction que si elle déroge à un principe fondamental. Mais dans le cas d’espèce, lequel ? On peine à le trouver. Et l’on interdit la pratique des uns parce qu’elle ne plaît pas aux autres. Ce qui soulève cette question : dans un Etat laïc, les prohibitions légales ont-elles vocation à épouser les aversions subjectives des uns et des autres ?

 

Effet collatéral du climat créé par les attentats, cette interdiction, en réalité, renvoie sans le dire à la lutte contre le terrorisme. Que le burkini entretienne un rapport de connivence implicite avec l’idéologie wahhabite, au demeurant, n’est pas faux. Que cette idéologie soit la matrice originelle du djihadisme non plus. Mais les femmes qui adoptent cette tenue par conviction religieuse ne sont pas pour autant des adeptes du terrorisme. Et le motif de l’interdiction, il faut le reconnaître, demeure juridiquement faible, puisqu’on ne peut même pas invoquer le fait que le visage est masqué, contrairement à la burqa.

 

Il n’empêche que pour une partie de la population française cet argument est de peu de poids. A ses yeux, cette lutte symbolique est le baroud d’honneur de l’Occident en proie aux barbares. La guerre du maillot intégral, c’est le choc des civilisations mis à la portée des plagistes, le grand frisson identitaire à l’heure de l’apéro aux olives. On croit combattre le fanatisme en faisant la chasse au burkini, mais on ne poursuit que des ombres, sans voir la diversion à laquelle on prête la main. Nourrie par des médias rapaces, cette bataille dérisoire, une fois de plus, détourne de l’essentiel. Cette vaine dispute est un écran de fumée dont des politiciens véreux font leur miel. Et elle montre notre incapacité politique à prendre au sérieux l’islamisme radical pour mieux le combattre.

 

 

 

Bruno Guigue, ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Traduit en anglais par Marcel Baranghttp://arretsurinfo.ch/burkini-clash-of-civilizations-at-pastis-time/

Source: http://arretsurinfo.ch/burkini-le-choc-des-civilisations-a-lheure-du-pastis-par-bruno-guigue/

 

18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 16:06

Poutine : Non au néo-libéralisme, Oui au développement national

Par William Engdahl

 

 

 

Après plus de deux ans d’aggravation de la croissance économique et une économie en difficulté avec un taux d’intérêt des banques centrales à 10,5%, l’attribution de nouveaux crédits qui pourraient stimuler la croissance est pratiquement impossible. Le président russe Vladimir Poutine a finalement brisé un bras de fer entre des factions internes. Le 25 juillet, il a exigé que le groupe économique appelé le Stolypine Club prépare des propositions pour stimuler la reprise de la croissance. Ce plan sera présenté au gouvernement au quatrième trimestre de cette année. Ce faisant, Poutine a rejeté deux factions économiques libérales ou néolibérales influentes qui avaient amené la Russie dans une récession politiquement et économiquement dangereuse avec leur idéologie de marché libre “à l’occidentale”. Ceci est un développement majeur que j’avais attendu depuis le dernier forum annuel de Saint-Pétersbourg sur l’économie mondiale en juin.

 

Il y a quelques jours et avec une grande discrétion, la presse russe a publié une note qui pourrait avoir une signification positive pour l’avenir de l’économie nationale. Le blog russe en ligne, Katheon, a rendu public le court préavis suivant : « Le président russe Vladimir Poutine a chargé le groupe Stolypine de finaliser son rapport et de préparer un nouveau programme de développement économique, qui soit une alternative au plan économique de Koudrine. Ce programme doit être rendu au Bureau du Conseil économique au dernier trimestre de 2016. »

 

Le blog Katheon souligne l’importance majeure de la décision d’abandonner l’approche néo-libérale du marché (free market) clairement destructrice de l’ancien ministre des Finances, Alexeï Koudrine : « Le rapport du club Stolypine conseille d’augmenter les investissements, d’injecter de l’argent dans l’économie provenant du budget de l’Etat et de la Banque de Russie. À l’opposé, le concept du Centre pour la recherche stratégique (Alexeï Koudrine) suggérait que les investissements devraient être privés et que le rôle de l’État est d’assurer la stabilité macroéconomique, une faible inflation, et la réduction des déficits budgétaires ».

 

Alexeï Koudrine a échoué

Dans la situation actuelle des sanctions économiques et financières occidentales contre la Russie, les flux des investissements privés dans l’économie, conseillés par les partisans du camp Koudrine, sont plutôt rares, pour le dire poliment et gentiment. Tailler dans un budget tout à fait minimal ne fait qu’augmenter le chômage et aggraver la situation.

 

Le président Poutine a clairement réalisé que « l’expérience » néo-libérale a échoué. Sous la pression des libéraux, Poutine a probablement été forcé d’accepter la réalité économique jusqu’au point où il était devenu évident qu’il fallait de toute urgence prendre un autre chemin. La Russie, comme n’importe quel pays, a des intérêts opposés. Maintenant que les intérêts des néo-libéraux sont suffisamment discrédités par les mauvaises performances du groupe Koudrine, le président a les mains libres pour choisir une nouvelle stratégie. Dans les deux cas, le développement autour du groupe Stolypine est très positif pour la Russie.

 

En convoquant la nouvelle réunion du Présidium du Conseil économique le 25 mai, après une interruption de deux ans, le président Poutine, notant que le groupe était constitué de points de vue opposés, a déclaré: « Je propose aujourd’hui que nous commencions à identifier les sources de croissance possibles pour l’économie de la Russie au cours de la prochaine décennie … la dynamique actuelle nous montre que les réserves et les ressources qui ont servi de forces motrices pour notre économie au début des années 2000 ne produisent plus les mêmes effets. Je l’ai dit dans le passé et je veux aujourd’hui à nouveau insister sur ce point, la croissance économique ne va pas progresser d’elle-même. Si nous ne trouvons pas de nouvelles sources de croissance, nous allons voir le PIB stagner autour de zéro ; nos possibilités dans le secteur social, la défense et la sécurité nationale, et dans d’autres domaines, seront très inférieures à ce qui est nécessaire pour le développement. »

 

Maintenant, à peine deux mois plus tard, Poutine a évidemment décidé de la nouvelle orientation de l’économie russe. Il a aussi un œil sur les prochaines élections présidentielles russe en mars 2018. Ce faisant, il a choisi l’un des trois groupes du Conseil économique qui croit que l’État a un rôle positif à jouer dans le développement de l’économie nationale.

 

A bien des égards le groupe Stolypine nous ramène à Friedrich List, économiste allemand de génie qui a mis en œuvre le « miracle économique » allemand après 1871. Les idées de List ont créé la croissance économique la plus impressionnante dans toute l’Europe en seulement trois décennies. Les seuls autres pays à se rapprocher de la réussite économique allemande sont les États-Unis après 1865, et la République populaire de Chine après 1979, avec le « socialisme aux caractéristiques chinoises » de Deng Xiaoping. Le nouveau modèle de développement de l’économie russe est basé sur les théories de Friedrich List au 19ème siècle.

 

Les Trois Camps

Dans les années 1990, pendant les années de thérapie de choc de Boris Eltsine, des économistes de Harvard comme Jeffrey Sachs, financés par le méta-pillard George Soros, ont été les conseillers d’Eltsine. Son équipe économique, alors dirigée par Igor Gaïdar, a mis en œuvre la privatisation en masse des biens de l’Etat a des prix ridicules défiants toute concurrence. Des investisseurs occidentaux, dont Soros, ont raflé la mise. Le budget de l’Etat a été drastiquement réduit, le niveau de vie a régressé ainsi que les pensions des travailleurs âgés. Tout ceci a été fait au nom de la « réforme du marché libre. » En 1999, après ce traumatisme, Poutine a commencé sa première Présidence et la Russie a vécu une reprise économique lente et douloureuse, non pas grâce à la thérapie de choc Gaïdar-Harvard, mais malgré elle. C’est un hommage à la détermination du peuple russe.

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les idéologues du libre marché et les adeptes de Gaïdar, ont eu jusqu’à présent un quasi-monopole sur les politiques des ministères de l’Economie et des Finances.

 

Soulignons qu’ils ont été aidés par le chef du camp monétariste, dont la stratégie est légèrement différente mais tout aussi destructrice. Elvira Nabiullina, gouverneur de la Banque centrale de Russie, ne semble obsédée que par le contrôle de l’inflation et la stabilisation du rouble.

 

En mai dernier, Poutine a donné le premier signe de son désaccord à propos des rapports toujours rassurants provenant des ministères des finances et de l’économie quant à « la reprise à venir qui est juste au coin. » (comme Herbert Hoover l’aurait dit au début de la Grande Dépression américaine en 1930). Le président russe a convoqué le Présidium du Conseil économique, un groupe qu’il n’a pas rencontré une seule fois en deux ans, les accusant de venir avec un plan pour résoudre les problèmes économiques de la Russie. Le présidium se composait de trente-cinq membres représentant chacun des trois principaux camps économiques.

 

L’ancien ministre néo-libéral des Finances, Alexeï Koudrine, a dirigé le camp soutenu par le ministre actuel des Finances Anton Siluanov et le ministre de l’Economie Alexey Ilyukayev. Ce groupe exige le recours à un « laissez-faire occidental » habituel tels que la réduction drastique du rôle de l’État dans l’économie via la privatisation en masse des chemins de fer, des compagnies d’énergie comme Gazprom, et d’autres biens de valeur. Koudrine a également été nommé par Poutine à la présidence d’un groupe de stratégie économique de vingt-cinq membres réorganisé en mai dernier. De nombreux économistes nationaux craignaient le pire lors de sa nomination, à savoir une reprise de la thérapie de choc Gaidar, Mach II. Ce ne sera pas le cas puisque Koudrine et son approche ont été rejetées comme non efficaces.

 

Le deuxième groupe était représenté par le chef de la banque centrale, Elvira Nabiullina. Ils étaient les plus conservateurs, affirmant qu’aucune réforme ni stimulus n’étaient nécessaires. Selon eux, il suffit de tenir le cap avec les taux d’intérêt à deux chiffres des banques centrales et l’inflation disparaîtra, le rouble se stabilisera. Ces gens pensent que c’est la clé pour ouvrir le potentiel de croissance économique de la Russie.

 

Le Groupe Stolypin

Le troisième groupe représenté, est celui que les observateurs occidentaux ont le plus ridiculisé et rejeté. Stratfor qui est lié au Pentagone américain parle d’eux comme un « collectiétrange. » Je les ai personnellement rencontrés et parlé avec eux et ils ne sont guère étranges pour toute personne ayant un esprit moral clair. Ce groupe a vu le jour avec le mandat de Vladimir Poutine qui les a chargés d’exposer leurs plans pour stimuler la croissance en Russie.

 

Le groupe dans son essence suit les traces de l’économiste allemand du 19ème siècle Friedrich List et de sa stratégie pour « une économie nationale ». L’approche historique de l’économie nationale de List se situait à l’opposé de l’école dominante britannique d’Adam Smith de libre-échange.

 

Les vues de List ont été de plus en plus intégrées dans la stratégie économique du Reich allemand en commençant sous le Zollverein allemand ou union douanière en 1834, qui a unifié le marché intérieur allemand. Il a créé les bases dans les années 1870 de l’émergence de l’Allemagne comme rival économique dépassant la Grande-Bretagne dans tous les domaines en 1914.

 

Ce troisième groupe, le groupe Stolypine, était composé à la réunion de mai 2016 de Sergei Glaye et Boris Titov, co-président du commerce en Russie et « ombudsman d’affaires » de la Russie depuis la création de ce poste en 2012. Titov et Glazyev, un conseiller de Poutine sur l’Ukraine et pour d’autres questions, sont membres fondateurs du Club Stolypine. En 2012 Glazyev a été nommé par Poutine, alors Premier ministre, de coordonner les travaux des organismes fédéraux dans le développement de l’Union douanière de la Biélorussie, du Kazakhstan et de la Russie, aujourd’hui « Union économique eurasienne ». Titov, également leader du parti « Juste Cause », est aussi un entrepreneur russe à succès qui, ces dernières années, a travaillé à l’avancement des diverses politiques économiques au sein de l’État, souvent en opposition directe aux idées libérales de libre-marché de Kurdin. A signaler encore que Titov est également co-président du conseil pour le commerce Russie-Chine.

 

Une indication générale du genre de propositions que le groupe Stolypine proposera pour relancer la croissance économique substantielle en Russie et faire face aux importants déficits d’infrastructure de base qui entravent la productivité est contenu dans une série de propositions que Glazyev a faite en septembre 2015 au Conseil de sécurité russe, organe consultatif clé du président.

 

Glazyev a proposé une « feuille de route » de cinq ans pour conduire la Russie à la souveraineté économique et à une croissance à long terme. Il avait pour but la construction d’un système économique immunisé contre les chocs extérieurs et l’influence étrangère, et d’amener la Russie au cœur du système économique mondial.

 

Ses objectifs étaient l’augmentation de la production industrielle de 30-35 pour cent sur une période de cinq ans, la création d’une « économie du savoir » par le biais de transfert de ressources économiques à l’éducation, les soins de santé et le domaine social, la création d’instruments visant à accroître l’épargne a un pour cent du PIB, et d’autres initiatives, y compris la transition vers une politique monétaire souveraine.

 

En 1990, la première priorité de Washington et du FMI était de faire pression sur Eltsine et la Douma pour « privatiser » la Banque d’État de Russie, en vertu d’un amendement constitutionnel qui a mandaté la nouvelle Banque centrale de Russie, à l’image de la Réserve fédérale ou de la Banque centrale européenne, d’être une entité purement monétariste dont le seul mandat est de contrôler l’inflation et de stabiliser le rouble. En effet, la création monétaire en Russie a été retirée de la souveraineté de l’Etat et liée au dollar américain.

 

Le plan de Glazyev en 2015 a également proposé d’utiliser les ressources de la Banque centrale pour fournir des prêts ciblés pour les entreprises et les industries en leur proposant des taux d’intérêt subventionnés bas, entre 1-4 pour cent, rendu possible par la mise à disposition de 20 milliards de roubles sur une période de cinq ans. Le programme a également suggéré le soutien de l’État des entreprises privées par la création « d’obligations réciproques » pour l’achat de produits et services à des prix convenus. De même Glazyev a proposé que le rouble se positionne comme une alternative au dollar par l’achat d’or en tant que monnaie support. Il a proposé que la Banque centrale soit mandatée pour acheter toute la production d’or des mines russes à un prix donné, afin d’augmenter le soutien du rouble. La Russie est aujourd’hui le deuxième plus grand producteur d’or du monde.

 

Il est évident que Poutine a réalisé que malgré le progrès impressionnant fait par la Russie dans le domaine de la politique étrangère, le pays peut être fatalement affaibli par une économie défaillante. L’annonce faite le 25 juillet par Poutine a le potentiel d’inverser cette tendance si les reformes économiques sont menées avec résolution à tous les niveaux. Poutine a la responsabilité d’établir une stratégie claire sur cinq ans – un laps de temps idéal pour juger des résultats économiques et n’ayant rien à voir avec les vieux plans quinquennaux des soviétiques.

 

En donnant à la population une vision claire de leur avenir, Poutine peut puiser dans les remarquables ressources humaines russes pour accomplir littéralement l’impossible et transformer l’économie en une véritable prospérité fondée sur des bases plus solides que celle de la politique monétariste de l’Ouest aujourd’hui de facto en faillite.Un grand bravo à la Russie !

Par F. William Engdahl

F. William Engdahl est consultant sur les risques stratégiques et conférencier, il est titulaire d’un diplôme en politique de l’Université de Princeton et est un auteur best-seller sur le pétrole et la géopolitique, exclusivement pour le magazine en ligne “New Eastern Outlook”

Article original: Journal-Neo.org

Traduit de l’anglais par Michael Rubin pour Arret sur Info

15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 16:20

lors de  la bataille d'Alep (ndjf: Les civils pris en otages par daech et ses complices)

 

 



Alors que toute la machine occidentale s'est mise en marche pour "sauver Alep des forces d'Assad et de l'aviation russe", une étrange Fondation pour les droits des prisonniers exige la fin des combats à Alep et la libération de prisonniers dans les geôles d' Assad pour rendre les corps des soldats russes tués lors du crash de l'hélicoptère humanitaire dans les environs d'Alep. Leurs revendications et l'appellation  de cette "Fondation" ressemblent à s'y méprendre à une opération de com. Mais qui irait beaucoup trop loin. La cause étant désespérée.

 

Alep est un point stratégique dans la lutte contre Assad. Si les groupes extrémistes formés, armés et soutenus par l'Occident perdent à Alep, cette pseudo opposition risque de perdre la Syrie et Assad en ressortira vainqueur. Ce qui est inacceptable dans le jeu américain, tant le Président Obama que le Secrétaire d'état Kerry l'ont suffisamment répété.

 

Or, les pauvres "rebelles" sont en train de perdre du terrain contre les forces d'Assad. La machine médiatique tourne pourtant à la limite de la surchauffe. Sans revenir sur ce monument de journalisme que fut le JT de France 2, l'on appréciera également, par exemple, l'opération de réhabilitation et d'humanisation de ces terroristes lancée par BFM et le journal Le Monde.

 

Si l'on prend BFM, un reportage nous explique ceci:

Les quartiers de la ville d'Alep contrôlés par les rebelles, sont cernés par les forces du régime depuis deux semaines. Les opposants armés tentent par tous les moyens de desserrer le siège mais leur avancée est freinée par les bombardements du régime et les raids aériens de l'aviation russe. Conséquence, les civils se retrouvent pris au piège. Face à cette situation, l'Organisation des Nations unies s'est dit "très préoccupée par la situation de 250.000 personnes piégées à Alep". Ce dimanche, les habitants sont descendus dans la rue pour protester contre le siège de leur ville.

 

Dans la même veine, l'on notera un magnifique article du journal le Monde, toujours très en forme, intitulé: Bataille d’Alep : comment la rébellion syrienne joue sa survie 

 

Pour ceux qui auraient des doutes, ces "rebels" sont très fréquentables, pour preuve ils viennent le 28 juillet de quitter Al Quaïda ... certes pour des raisons stratégiques. Même le Secrétaire d'état américain a déclaré que ça ne change rien, ils restent la liste des organisations terroristes. Au fait, il s'agit des groupes islamistes:

La majeure partie sont islamistes, comme le groupe salafiste nationaliste Ahrar Al-Sham, et le Front Fateh Al-Sham, nouveau nom du Front Al-Nosra. 

Mais c'est vrai que Al-Nosra fait du bon travail, comme le rappelait L. Fabius alors ministre des affaires étrangères. Détail intéressant, ces "rebels" sont dans la région d'Idlib, vous savez, la région dans laquelle l'hélicoptère russe apportant l'aide humanitaire est tombé, descendu par ces "rebelles modérés" d'Al-Nosra. Rappelons aussi que les très modérés et fréquentables combattants de l'armée syrienne libre les avaient justement appelés à s'unir pour lutter contre Assad. 

 

Et tous ces modérés ont descendu l'hélicoptère humanitaire russe. 5 morts, 5 corps. C'est alors que l'agence d'information Reuters lance une information particulièrement choquante: un groupe appelé en anglais General Foundation for Prisoners' Affairs accepte de rendre les corps des 5 russes tués en échange de prisonniers d'Assad (sans préciser encore lesquels ni combien) et de l'arrêt des combats à Alep.

 

Cela ressemble à une mauvaise plaisanterie. Une organisation de défense des droits de prisonniers qui débarque, dans la droite ligne des scénarios bien connus d'implantation de la démocratie. Sauf qu'ils négocient des corps de soldats étrangers, corps détenus par Al-Nosra.

 

Information dérangeante. C'est certainement pour cela qu'à part Reuters, cette information n'a pas été reprise. Le raté est trop évident, le coup a été mal préparé. Un organisme dit de cette fameuse et sacro sainte "société civile" qui défend évidemment les droits des détenus, mais faisant du chantage aux cadavres, négociant des corps détenus par un groupe terroriste, pour obtenir des résultats correspondant aux revendications de la "coalition américaine démocratique" et de l'ONU. Un mariage contre nature. Quoi que ...

 

Laissons encore quelque temps aux médias pour nous faire oublier que ce sont ces barbares qui décapitent, violent, massacrent, réduisent à l'esclavage. Qu'ils ne sont pas plus d'opposition - sinon à la démocratie - qu'ils ne sont modérés. A nous de ne pas oublier.

 

Publié par Karine Bechet-Golovko  

Published by jack Freychet - dans Syrie
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 16:41

Par Alexis Feertchak  origine http://www.lefigaro.fr

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Après le coup d'Etat manqué en Turquie, Erdogan se rapproche de Poutine tandis que Moscou et Washington semblent avoir trouvé un équilibre en Syrie. Pour le général Pinatel, les Etats européens devraient tenir compte de cette nouvelle donne.

Le général (2S) Jean-Bernard Pinatel est expert en géostratégie et en intelligence économique. Il tient le blog Géopolitique - Géostratégie. Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages, dont Carnets de guerres et de crisesaux Éditions Lavauzelle en 2014.

 

FIGAROVOX. - Recep Erdogan devrait rencontrer Vladimir Poutine en août dans la capitale russe. La Turquie est historiquement la base avancée du Sud de l'Alliance atlantique. Dans quelle mesure la nouvelle alliance entre Moscou et Ankara pourrait perturber l'OTAN?

 

Général (2S) PINATEL. - L'OTAN est une organisation issue de la Guerre froide entre l'URSS et l'Occident démocratique. Son maintien et son extension aux anciens pays de la CEI procède de la volonté des Etats-Unis de conserver ouvert le fossé entre l'Europe et la Russie. En effet si l'Europe et la Russie étaient alliées, elles leur contesteraient la primauté mondiale qu'ils ont acquise en 1990 à l'effondrement de l'URSS et qu'ils veulent conserver à tout prix. Mais la menace islamique a changé la donne. Cette menace, présente en Russie depuis les années 1990, s'est étendue à l'Europe en juin 2014 avec la proclamation du Califat par l'irakien Al Bagghadi puis récemment en Turquie quand Erdogan a dû fermer sa frontière à Daech après les attentats commis en France et les pressions que les américains ont du faire sur Ankara pour ne pas perdre le soutien de l'opinion européenne.

 

Si l'Europe et la Russie étaient alliées, elles contesteraient aux Etats-Unis la primauté mondiale.

 

Dans ce contexte d'actes terroristes meurtriers, la déstabilisation du régime syrien et son remplacement par un régime plus favorable aux intérêts américains, européens, saoudiens et qataris passe au second plan face à l'urgence de maîtriser ce nouveau Califat qui menace la stabilité du Moyen-Orient et favorise la montée en puissance des partis nationalistes anti-atlantistes en Europe. Par ailleurs, l'intervention massive et victorieuse de la Russie en septembre 2015 pour soutenir son allié syrien contraste avec les hésitations ou le double jeu des Etats-Unis qui essaient de ménager tout le monde. Ils se condamnent ainsi à une faible efficacité opérationnelle qui, finalement, inquiète leurs alliés traditionnels et les poussent à ménager la Russie. Enfin les liens et les enjeux économiques entre la Russie et la Turquie sont très importants malgré une opposition géopolitique historique.

 

Contrairement à la guerre que mène la Russie en Syrie, l'OTAN ne sert à rien face à la menace islamique.

 

Plus que le rapprochement entre Moscou et Ankara, ce qui fragilise cette organisation, ce sont ces récents événements. Ils font la démonstration éclatante aux yeux des Français et des Européens que l'OTAN ne sert à rien face à la menace islamique. En revanche, la guerre efficace que même la Russie contre l'Etat islamique fait penser à de plus en plus de français et d'hommes politiques que la Russie est notre meilleur allié. Et cette évidence, acquise dans la douleur de nos 234 morts et de nos 671 blessés depuis 2012, devrait non seulement perturber l'Otan mais conduire à sa disparition ou à son européanisation complète car son maintien en l'état ne sert que des intérêts qui ne sont pas ceux de la France.

 

Que se passe-t-il aujourd'hui en Syrie? Russes et Américains semblent se rapprocher ou à tout le moins se coordonner davantage, notamment sur la question du Front Al-Nosra, très présent près d'Alep. Un nouvel équilibre dans la région est-il en train de se constituer?

 

Dès leur intervention en septembre 2015 sur le théâtre syrien, les Russes ont proposé aux Américains de coordonner leurs frappes contre Daech et Al Nostra. Mais les Américains ont refusé car au niveau politique, Obama voulait maintenir la fiction qu'il existait encore un potentiel de forces modérées sur le territoire syrien qui n'avaient pas été absorbées ou qui ne s'étaient pas alliées à Al-Nostra et qui ainsi pourraient prétendre, un jour, à être partie prenante à la table de négociation. C'est clairement une fiction contestée non seulement par la Russie, mais par d'autres voix y compris aux Etats-Unis. Ces experts affirment que les unités qui existent encore en Syrie servent d'interface avec Al Nostra à qui elles revendent les armes qu'elles reçoivent via la CIA. C'est le bombardement d'une de ces bases en Syrie par la Russie, qui a eu l'habileté de prévenir les américains à l'avance pour qu'ils puissent retirer en urgence les agents de la CIA présents, qui a permis ce rapprochement opérationnel. Il est clair qu'un nouvel équilibre est en voie de se constituer au Moyen-Orient. La Russie qui y a été historiquement présente est de retour en force. La Chine, et c'est une nouveauté, y pointe plus que son nez et la France qui y avait une position privilégiée de médiation, l'a perdue par suivisme des Etats-Unis.

 

Quelle pourrait être la place de l'Europe dans les relations avec ces deux grands pays que sont la Russie et la Turquie? Peut-on imaginer un nouvel équilibre sécuritaire aux marches de l'Europe?

 

C'est vrai, nos portes orientales sont verrouillées par la Russie et la Turquie.

Avec la Russie nos intérêts économiques et stratégiques sont totalement complémentaires. La France a une longue histoire d'amitié avec la Russie que symbolise à Paris le pont Alexandre III et plus récemment l'épopée de l'escadrille Normandie Niemen que le Général de Gaulle avait tenu à envoyer en Russie pour matérialiser notre alliance contre le nazisme. Je rappelle aussi que c'est parce que l'armée allemande était épuisée par trois ans de guerre contre la Russie et la mort de 13 millions de soldats russes et de 5 millions d'allemands que le débarquement de juin 1944 a pu avoir lieu. Ce rappel ne veut en aucun cas minimiser le rôle des Etats-Unis et le sacrifice des 185 924 soldats américains morts sur le sol européen. Mais la volonté des Etats-Unis de restaurer un climat de Guerre froide en Europe qui se développe notamment au travers de l'OTAN ne sert que leurs intérêts et ceux des dirigeants européens qui sont soit des corrompus soit des incapables.

 

La volonté des Etats-Unis de restaurer une Guerre froide en Europe au travers de l'OTAN ne sert que leurs intérêts et ceux des dirigeants européens qui sont soit des corrompus soit des incapables.

 

Avec la Turquie, c'est l'Allemagne qui a des relations historiques comparables aux nôtres avec la Russie. La Turquie et l'Allemagne étaient des alliés au cours des deux guerres mondiales car les allemands espéraient avec leur aide couper la route du pétrole aux alliés. Les Turcs de leur côté espéraient ainsi récupérer le contrôle du Moyen-Orient et notamment celui de l'Irak et de la Syrie.

 

Ce rappel historique met en évidence l'importance du couple franco-allemand pour définir une politique européenne commune face à ces deux puissances et éviter de revenir à des jeux du passé comme a semblé le faire récemment Angela Merkel avec l'affaire des réfugiés en négociant directement avec Erdogan sans se concerter avec ses partenaires européens.

Alexis Feertchak

8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 13:33

 Repris sur  Comité Valmy

 

10 mars 2007 Les partisans de Slobodan Milosevic font la queue devant la tombe de l’ancien président à Pozarevac pour lui rendre hommage. © Marko Djurica/Reuters

 

Aujourd’hui Milosevic est disculpé
mais rien n’arrête la machine de guerre de l’OTAN

Par Neil Clark, RT

 

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) vient d’innocenter Slobodan Milosevic, l’ancien président défunt de Yougoslavie, des crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie. Cela prouve, une fois de plus, que nous ne devons pas seulement en prendre et en laisser dans les allégations de l’OTAN concernant ses « ennemis officiels », mais pratiquement tout laisser.

 

Pendant les vingt dernières années, les commentateurs néo-conservateurs et autres sommités « libérales interventionnistes » n’ont pas cessé de nous répéter que Milosevic (un dirigeant démocratiquement élu dans un pays où plus de 20 partis politiques fonctionnaient librement) était un dictateur diabolique génocidaire responsable de TOUTES les morts survenues dans les Balkans, dans les années 1990. Répétez après moi avec la voix d’un robot (tout en faisant des mouvements de bras saccadés) : l’agression génocidaire de Milosevic », « l’agression génocidaire de Milosevic ».

 

Mais le récit officiel, tout comme celui qu’on nous a servi, en 2003, -que l’Irak avait des armes de destruction massive qu’il pouvait déployer en 45 minutes -, était entièrement mensonger et avait été fabriqué pour justifier une opération de changement de régime que les élites occidentales voulaient faire depuis longtemps.

 

L’affirmation du TPIY, selon laquelle l’un des personnages les plus diabolisés de l’ère moderne était innocent des terribles crimes dont on l’accusait, aurait dû faire la Une des journaux à travers le monde entier. Mais ça n’a pas été le cas. Même le TPIY l’a enterrée, tout au fond de la page 2590 de son verdict sur le procès du chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, qui a été condamné en mars pour génocide (à Srebrenica), crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

 

Il n’y a pas eu de conférence de presse ni d’annonce officielle concernant l’exonération de Milosevic, il faut remercier le  journaliste d’investigation  Andy  Wilcoxson qui nous l’a signalée,

Les choses étaient bien différentes quand le procès du soi-disant « boucher des Balkans », s’est ouvert en février 2002 ! A l’époque, il aurait fallu être enfermé dans une armoire pour ne pas être au courant de ce qui se passait.

 

La CNN a couvert de bout en bout ce qui a été décrit comme « le procès le plus important depuis Nuremberg. » Bien sûr, la culpabilité de Milosevic était un fait acquis. « Quand la peine serait prononcée, il disparaîtra dans cette cellule, et personne n’en entendra plus jamais parler », a déclaré l’avocate étasunienne Judith Armatta, de la Coalition pour la justice internationale, une organisation dont l’ancien ambassadeur des États-Unis en Yougoslavie, Warren Zimmerman, faisait partie en tant que membre consultatif du Conseil d’administration.

 

Tous ceux qui osaient contester la ligne de l’OTAN étaient aussitôt qualifié de « défenseur de Milosevic », ou pire encore, de « négationniste », par les « Gardiens de la Vérité de l’Empire ».

 

Mais au milieu de tout le bla bla bla et de tout le battage médiatique qui entourait le « procès du siècle », il est vite apparu que l’accusation avait de gros et même de très gros problèmes. Le Sunday Times a cité un expert juridique qui a affirmé que « 80% des déclarations préliminaires de l’accusation auraient été rejetées par un tribunal britannique comme étant de simples ouï-dire. » Et je crois que l’estimation de 80% était déjà très généreuse.

 

Le problème, c’est que ce procès était un simulacre de procès, un procès dans lequel la géopolitique était plus importante que les preuves réelles. Il faut se rappeler que l’acte d’accusation initial contre Milosevic concernant les soi-disant des crimes de guerre/génocide du Kosovo avait été publié en mai 1999, au plus haut de la campagne de bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie, et à un moment où la guerre ne se passait pas exactement comme l’auraient souhaité les États-Unis et leurs alliés.

 

L’acte d’accusation a été clairement rédigé pour mettre la pression sur Milosevic et correspondre aux exigences de l’OTAN.

 

Le problème pour l’OTAN était qu’au moment où le procès de Milosevic devait commencer, la narrative sur le Kosovo était déjà éventée. Les sinistres accusations des États-Unis et de leurs alliés concernant un génocide et des centaines de milliers de personnes assassinées, étaient fausses comme l’a montré le grand John Pilger ici. En septembre 2001, un tribunal de l’ONU a officiellement statué qu’il n’y avait pas eu de génocide au Kosovo.

 

Donc, pour renforcer leur cas contre Milosevic, qui prenait l’eau de toutes parts, les procureurs de La Haye ont dû apporter de nouvelles charges liées à la guerre en Bosnie, en accusant « Slobo » de faire partie d’une « conspiration criminelle collective » pour assassiner/nettoyer ethniquement les Croates et des musulmans de Bosnie pour mettre en place son projet de « Grande Serbie ».

 

Dans les procédures pénales normales, les preuves sont recueillies et ensuite, si elles sont jugées suffisantes, on engage des poursuites. Mais c’est le contraire qui est arrivé dans le cas de Milosevic : il a été inculpé pour des raisons politiques et la chasse aux preuves a suivi.

 

L’ironie est que l’ancien président yougoslave avait été précédemment loué par le président Clinton pour son rôle dans la négociation d’un accord de paix en Bosnie en 1995, qui avait été signé à Dayton, dans l’Ohio.

 

La vérité est que Milosevic n’était pas du tout un nationaliste serbe pur et dur mais un socialiste de toujours qui avait toujours voulu une Yougoslavie multi-raciale et multi-ethnique.

Son but, lorsqu’il était au pouvoir, n’a jamais été de construire une « Grande Serbie », mais d’essayer de garder unie la Yougoslavie fédérale, comme le TPIY vient de le reconnaître tardivement.

 

Non seulement Milosevic n’était pas responsable du nettoyage ethnique qui avait eu lieu en Bosnie, il l’avait même dénoncé. Le TPIY a noté « les critiques répétées de Milosevic et sa désapprobation des politiques menées par l’accusé (Karadzic) et par la direction des Serbes de Bosnie. » Milosevic, un homme qui avait en horreur toutes les formes de racisme, insistait sur le fait que toutes les ethnies devaient être protégées.

 

Mais pour punir Milosevic et pour prévenir les autres de ce qui leur arriverait s’ils osaient s’opposer aux Etats-Unis, l’histoire devait être ré-écrite. Le socialiste pro-Yougoslavie qui s’était opposé à la politique des dirigeants serbes de Bosnie devait être présenté, rétrospectivement, comme le méchant de la guerre de Bosnie et même blâmé pour tout le sang qui avait été versé dans les Balkans. Par contre, l’ambassadeur américain Warren Zimmerman déjà mentionné, dont l’intervention scélérate a fait capoter la solution diplomatique et a permis le déclenchement du conflit bosniaque, lui, n’a pas été le moins du monde inquiété.

 

Pendant la campagne « tout est de la faute de Slobo », les faits réels ont été tout simplement jetés par la fenêtre. Un article écrit, je ne vous raconte pas de blague, par un professeur d’études européennes de l’Université d’Oxford prétendait même que Milosevic était le leader de la Yougoslavie en 1991 (l’année où la Slovénie a fait sécession). En fait, c’était le Croate bosniaque, Ante Markovic, qui était le leader du pays à l’époque.

 

Comme de bien entendu, Milosevic a été comparé à Hitler. « C’était comme si on voyait l’arrogant démon Adolf Hitler en pleine action », a écrit le rédacteur en chef de News of the World, lorsque Milosevic a eu la témérité de se défendre devant le Cour. « On avait des flashs glaçants du monstre nazi de la Seconde Guerre mondiale quand le tyran serbe déchu haranguait la Cour. »

 

Pour être certains que les lecteurs comprenaient bien que Milosevic = Hitler, les News of the World ont illustré leur diatribe avec une photo d’Hitler, « le boucher de Berlin », devant un camp de concentration, et une photo de Milosevic « Le boucher de Belgrade », en surimpression sur un camp de concentration en Bosnie. Avec lequel, en fait, il n’avait rien à voir.

 

Au grand soulagement de l’accusation, Milosevic est mort subitement dans sa cellule en mars 2006.

 

Etant donné ce que nous avions vu au procès jusqu’à ce moment-là, il était tout à fait inconcevable qu’il soit jugé coupable. Une longue liste de témoins « irréfutables » s’étaient révélé des pétards mouillés les uns après les autres.

 

Comme je l’ai mentionné dans un article antérieur :

Il s’est avéré que le témoin principal, Ratomir Tanic, était à la solde des forces de sécurité occidentales, tandis que le chef de la police secrète ex-yougoslave Rade Markovic, l’homme qui allait enfin cracher le morceau sur Milosevic et révéler comment son ancien maître avait ordonné l’expulsion des minorités ethniques Albanais du Kosovo, a fait finalement tout le contraire et a déclaré qu’il avait menti sous la torture et que sa déclaration écrite avait été falsifiée par l’accusation.

 

En outre, comme je l’ai noté ici, l’ancien chef de la sécurité de l’armée yougoslave, le général Geza Farkas (un Hongrois ethnique), a déclaré que tous les soldats yougoslaves au Kosovo avaient reçu un document leur expliquant le droit international humanitaire, et qu’ils avaient reçu l’ordre de désobéir aux ordres qui le violaient. Farkas a également déclaré que Milosevic avait ordonné qu’aucun groupe paramilitaire ne soit autorisé à opérer au Kosovo.

 

Lorsque Milosevic est mort, ses accusateurs ont affirmé qu’il « avait trahi la justice ». Mais en fait, comme le TPIY l’a maintenant confirmé, c’est la justice qui a trahi Milosevic.

 

Pendant qu’il se défendait contre des accusations à caractère politique à La Haye, les États-Unis et leurs alliés ont lancé leur brutale agression illégale contre l’Irak, une guerre qui a fait près d’un million de morts. L’an dernier, un rapport de Body Count a révélé qu’au moins 1,3 million de personnes avaient perdu la vie du fait de la « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

 

Ces chiffres nous aident à remettre le Kosovo en perspective. Même si on pense que Milosevic et le gouvernement yougoslave étaient responsables d’une partie des morts là-bas, en 1999, (dans une guerre que l’Occident avait clairement voulue et provoquée), il n’y a aucune, mais alors aucune comparaison possible avec la mort et la destruction causées par les pays qui ont été les plus déterminés à mettre le président de Yougoslavie dans le box des accusés. Comme John Pilger l’a noté en 2008, le bombardement de la Yougoslavie a été un « véritable avant-goût des bains de sang d’Afghanistan et d’Irak. »

 

Depuis, nous avons également eu la destruction par l’OTAN de la Libye, le pays qui avait le niveau de vie les plus élevés de toute l’Afrique, et le soutien de violents « rebelles » pour obtenir un « changement de régime » en Syrie.

 

Il ne faut pas être Sherlock Holmes pour voir se dessiner ici un schéma répétitif.

 

Avant de lancer une guerre ou une « intervention humanitaire » contre un État donné, les Etats-Unis accusent son leader et son gouvernement de toutes sortes de choses épouvantables. Ces accusations sont relayées par les médias qui les répètent ad nauseam, pour qu’à force les gens se mettent à les croire.

 

Plus tard, il apparaît que les accusations étaient soit entièrement fausses (comme celles des armes de destruction massive en Irak), soit non corroborées, soit fort exagérées. Mais les médias sont passés à autre chose : révéler aux lecteurs la fausseté des accusations portées contre « l’Hitler » précédent ne les intéresse plus, ils sont tout entier occupés à vilipender le « nouvel Hitler », tout aussi « agressif et génocidaire » que le précédent. En 1999, c’était Milosevic ; maintenant c’est Assad et Poutine.

 

Et vous l’avez deviné, cher lecteur, ce sont, bien sûr, les personnes qui défendent la guerre en Irak et les autres interventions militaires occidentales sanglantes basées sur des mensonges, des affirmations non corroborées ou de fortes exagérations, qui se répandent en accusations tous azimuth la fois d’après, exactement les mêmes personnes.

 

Comme le dit ce vieil adage plein de sagesse : Quand vous montrez quelqu’un du doigt, trois doigts se retournent vers vous*.

Neil Clark
2 août 2016

Note du traducteur :
• Comme disent les enfants : « Celui qui l’dit, c’est celui qui l’est ! »

Neil Clark est journaliste, écrivain, présentateur et blogueur. Il a écrit pour de nombreux journaux et magazines au Royaume-Uni et dans d’autres pays, comme The Guardian, le Morning Star, le Daily et Sunday Express, le Daily et Sunday Mail, le Daily Telegraph, le New Statesman, The Spectator, The Week et The American Conservative. Il publie régulièrement sur RT et on l’a vu également à BBC TV et BBC radio, Sky News, Press TV et la Voix de la Russie. Il est co-fondateur de la Campagne pour Public Ownership@PublicOwnership. L’adresse de son blog qui a été primé est : www.neilclark66.blogspot.com. Ses tweets portent sur la politique et les affaires mondiales @NeilClark66

Published by jack Freychet - dans Histoire
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 09:43

Par Dmitry Orlov

Repris sur  Comité Valmy

 

 

[Ci-dessus, une photo de Kerry parlant à Poutine et à Lavrov à Moscou il y a environ une semaine. Leurs expressions faciales sont tout à fait expressives. Kerry est dos à la caméra, babillant comme à son habitude.] Le visage de Lavrov montre : « Dire que je suis obligé de rester ici écouter de nouveau ses incohérences ». Le visage de Poutine dit : « Oh le pauvre idiot, il ne peut se résoudre à accepter que nous allons de nouveau juste dire ‘Niet’ ». Kerry est rentré chez-lui avec un autre « Niet ».


États-Unis

ICH – ClubOrlov, 27.7.2016 – Voici la manière dont les choses sont censées fonctionner sur cette planète : aux États-Unis, les structures de pouvoir (publiques et privées) décident ce qu’elles veulent que le reste du monde fasse. Elles communiquent leurs vœux par les canaux officiels et officieux, et comptent sur une coopération automatique. Si la coopération n’intervient pas immédiatement, elles appliquent des pressions politiques, économiques et financières. Si cela ne produit toujours pas l’effet escompté, elles tentent de changer de régime par une révolution de couleur, un coup d’état militaire ou en organisant et finançant une insurrection conduisant à des attaques terroristes et à la guerre civile chez la nation récalcitrante. Si cela ne fonctionne toujours pas, ils bombardent le pays le réduisant à l’âge de pierre. C’est ainsi que cela fonctionnait dans les années 1990 et 2000, mais dernièrement une nouvelle dynamique a émergé.

 

Au début, elles se concentraient sur la Russie, mais le phénomène s’est depuis répandu dans le monde et est même prêt à engloutir les États-Unis eux-mêmes. Il fonctionne comme ceci : les États-Unis décident ce qu’ils veulent que la Russie fasse et communiquent leurs souhaits dans l’expectative d’une coopération automatique. La Russie dit « Niet ». Les États-Unis alors entreprennent toutes les étapes ci-dessus à l’exception de la campagne de bombardement, à cause de la puissance de dissuasion nucléaire russe. La réponse reste « Niet ». On pourrait peut-être imaginer qu’une personne intelligente au sein de la structure du pouvoir étasunien dirait : « Sur la base des preuves que nous avons devant nous, dicter nos conditions à la Russie ne fonctionne pas ; nous allons essayer de négocier de bonne foi avec elle, comme des égaux ». Et puis tout le monde applaudirait disant : « Oh ! C’est génial ! Pourquoi n’y avions-nous pas pensé ? » Mais au lieu de cela, cette personne serait le jour même virée parce que, voyez-vous, l’hégémonie mondiale étasunienne est non négociable. Et donc ce qui se passe à la place est que les étasuniens déconcertés, se regroupent et essayent de nouveau ; ce qui donne un spectacle tout à fait amusant.

 

L’ensemble de l’imbroglio Snowden était particulièrement amusant à suivre. Les États-Unis exigeaient son extradition. Les Russes ont répondu : « Niet, notre constitution l’interdit ». Et puis, de manière hilarante, quelques voix en Occident ont demandé alors que la Russie change sa constitution ! La réponse, ne nécessitant pas de traduction, était « ha-ha-ha-ha-ha ! ». L’impasse sur la Syrie est moins drôle : les étasuniens ont exigé que la Russie aille de pair avec leur plan pour renverser Bachar al-Assad. L’immuable réponse russe a été : « Niet, les Syriens décideront de leurs dirigeants, pas la Russie ni les États-Unis ». Chaque fois qu’ils l’entendent, les étasuniens se grattent la tête et ... essayent de nouveau. John Kerry était tout récemment à Moscou, pour engager une « session de négociations » marathoniennes avec Poutine et Lavrov.

 

Ce qu’il y a de pire est que d’autres pays entrent dans ce jeu. Les Étasuniens ont dit aux Britanniques exactement comment voter, cependant ceux-ci ont dit « Niet » et ont voté pour le Brexit. Les Étasuniens ont dit aux Européens d’accepter les conditions désastreuses que voulaient imposer leurs grandes transnationales, le Partenariat pour le commerce et l’investissement transatlantique (TTIP), et les Français ont dit « Niet, ça ne passera pas ». Les États-Unis ont organisé un nouveau coup d’état militaire en Turquie pour remplacer Erdoğan par quelqu’un qui ne tentera pas d’essayer de faire le gentil avec la Russie. Les Turcs ont dit « Niet » à cela aussi. Et maintenant, horreur des horreurs, c’est Donald Trump qui dit « Niet » à toutes sortes de choses : l’OTAN, la délocalisation des emplois étasuniens, l’entrée à des vagues de migrants, la mondialisation, les armes pour les ukrainiens nazis, le libre-échange …

 

L’effet psychologiquement corrosif du « Niet » sur la psyché hégémonique étasunienne ne peut être sous-estimé. Si vous êtes censé penser et agir comme un hégémon, mais où seule fonctionne la partie penser, le résultat est la dissonance cognitive. Si votre travail est d’intimider les nations tout autour, et que les nations refusent de l’être, alors votre travail devient une blague, et vous devenez un malade mental. La folie qui en résulte a récemment produit un symptôme tout à fait intéressant : quelque membres du personnel du Département d’état étasunien, ont signé une lettre - rapidement fuitée - appelant à une campagne de bombardement contre la Syrie pour renverser Bachar al-Assad. Voilà des diplomates !

 

La diplomatie est l’art d’éviter la guerre, par la négociation. Les diplomates qui appellent à la guerre ne sont pas tout à fait ... des diplomates. On pourrait dire que ce sont des diplomates incompétents, mais ce ne serait pas suffisant (la plupart des diplomates compétents ont quitté le service pendant la seconde administration Bush, beaucoup d’entre eux à cause du dégoût d’avoir à mentir au sujet de la justification de la guerre en Irak). La vérité est, qu’ils sont malades, des va-t-en-guerre non diplomates mentalement dérangés. Voilà la puissance de ce simple mot russe qui leur a fait perdre littéralement la tête.

 

Mais il serait injuste de mettre en avant le Département d’état. C’est l’ensemble du corps politique étasunien qui a été infecté par un miasme putride. Il imprègne toutes les choses et rend la vie misérable. En dépit de l’augmentation des problèmes, la plupart des autres choses aux États-Unis sont encore un peu gérables, mais cette chose-là : L’incapacité d’intimider l’ensemble du monde, ruine tout. C’est le milieu de l’été, la nation est à la plage. La couverture de plage est mitée et râpée, l’ombrelle trouée, les boissons gazeuses dans la glacière pleines de produits chimiques nocifs et la lecture estivale ennuyeuse ... et puis il y a une baleine morte qui se décompose à proximité, dont le nom est « Niet ». Elle ruine tout simplement toute l’ambiance !

 

Les têtes bavardes des media et des politiciens de l’ordre établi, sont à ce moment, douloureusement conscients de ce problème, et leur réaction prévisible est de blâmer ce qu’ils perçoivent comme la source des maux : la Russie, commodément personnifiée par Poutine. « Si vous ne votez pas pour Clinton, vous votez pour Poutine » est une devise puérile nouvellement inventée. Un autre est « Trump est l’agent de Poutine ». Toute personnalité publique qui refuse de prendre une position favorable à l’ordre établi est automatiquement étiquetée « idiot utile de Poutine ». Prises au pied de la lettre, de telles allégations sont absurdes. Mais il y a une explication plus profonde en ce qui les concernent : ce qui les lie toutes ensemble est la puissance du « Niet ». Le vote pour Sanders est un vote pour le « Niet » : l’ordre établi du Parti démocrate a produit une candidate et a dit aux gens de voter pour elle, et la plupart des jeunes ont dit « Niet ». De même avec Trump : L’ordre établi du Parti républicain a fait trotter ses sept nains et dit aux gens de voter pour l’un d’eux, et pourtant la plupart des ouvriers blancs laissés pour compte ont dit « Niet » et voté pour un outsider, Blanche neige.

 

C’est un signe d’espoir de voir que les gens à travers le monde dominé par Washington, découvrent la puissance de « Niet ». L’ordre établi peut encore apparaître, pimpant de l’extérieur, mais sous la nouvelle peinture brillante, il cache une coque pourrie, qui prend eau à toutes les jointures. Un « Niet » suffisamment retentissant sera probablement suffisant pour le faire couler, permettant quelques changements très nécessaires. Quand cela se produira, je vous prie de vous rappeler que c’est grâce à la Russie ... ou, si vous insistez, Poutine.

Dmitry Orlov

Dmitry Orlov est né à Leningrad et a immigré aux États-Unis en 1970. Il est l’auteur de Reinventing Collapse, Hold Your Applause ! et Absolutely Positive. Il publie toutes les semaines sur le phénoménalement populaire blog www.ClubOrlov.com.

[http://www.informationclearinghouse.info/article45187.htm]

 [Traduction Alexandre MOUMBARIS
relecture Marie-José MOUMBARIS
 

30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 14:38

L’attentat de Nice rappelle l’Opération Gladio
par Paul Craig Roberts

Repris sur  Comité Valmy

 

Information Clearing House, 18/7/16 - Des commentateurs, qui ont appris à se méfier des explications officielles, tels que Peter Koenig et Stephen Lendman, ont soulevé des questions au sujet de l’attentat de Nice.Il semble vraiment étrange qu’une personne seule conduisant un gros camion ait pu accéder à des zones sécurisées où les Français s’étaient réunis pour regarder les feux d’artifice commémorant la prise de la Bastille. Il semble aussi étrange, que cet événement soit qualifié de terroriste lorsque la famille de l’auteur présumé soutien qu’il n’était pas du tout religieux et n’avait aucune motivation religieuse.Le saurons-nous jamais ? Encore une fois l’auteur présumé est mort, ayant laissé, complaisamment, derrière lui sa carte d’identité.

 

Il semblerait qu’une des conséquences pour la France sera l’instauration permanente de l’état d’urgence. Cette mise au pas de la société servira également à la marionnette capitalise Hollande d’évacuer les protestations contre l’abrogation des protections du droit de travail en France. Ceux qui protesteront contre la perte, si durement gagnés, de leurs acquis seront restreints par l’état d’urgence.

 

C’est incroyable de voir comme cette attaque a été commode pour le capitalisme mondial, qui est le principal bénéficiaire de cette nouvelle « réforme » du Code de travail d’Hollande.

 

Les questions soulevées par Koenig et Lendman rappellent l’Opération Gladio, nom de code donné à une opération secrète de l’OTAN, mise en place par Washington après la Seconde Guerre mondiale en réponse à la crainte de l’Europe occidentale quant à une éventuelle invasion de celle-ci par l’Armée rouge. Initialement Gladio consistait en la création de caches d’armes et à celle d’une organisation devant mener la guérilla contre l’armée d’occupation soviétique.

 

Au lieu d’une invasion soviétique, la menace qui a émergé fut la popularité du Parti communiste en France et surtout en Italie. Washington craignait que des partis communistes gagnent suffisamment de voix pour former un gouvernement, que l’Empire de l’Europe occidentale qu’elle dirigeait soit brisé et que ces gouvernements communistes s’alignent avec Moscou.

 

Par conséquent, Gladio a été tourné contre les Partis communistes européens. Le service de renseignement italien en collaboration avec la CIA a commencé à commettre des attentats en Italie dans les lieux publics, comme dans la gare de Bologne où 285 personnes ont été tuées, mutilées ou blessées.

 

L’opérateur du Gladio Vincenzo Vinciguerra fut le premier à révéler l’existence de Gladio lors de son procès de 1984 pour le bombardement de la gare de Bologne en 1980. Interrogé sur l’attentat de Bologne, Vinciguerra a déclaré : « Il existe en Italie une force secrète parallèle aux forces armées, composée de civils et des militaires, qui dans un but antisoviétique, organisent une résistance sur le sol italien contre l’armée russe ... Une organisation secrète, une super-organi-sation, avec un réseau de communication, des armes, des explosifs, et des hommes formés pour les utiliser ... Une super-organisation qui, faute d’une invasion militaire soviétique, qui pourrait ne jamais se produire, a pris pour tâche, au nom de l’OTAN, d’empêcher un glissement de l’équilibre politique du pays vers la gauche. C’est bien ce qu’ils ont fait, avec l’aide des services secrets officiels et les forces politiques et militaires » (https://en.wikipedia.org/wiki/Vincenzo_Vinciguerra)

 

Il a fallu attendre 1990, six ans plus tard ans, pour que le Premier ministre italien, Giulio Andreotti, reconnaisse officiellement l’existence de Gladio.

 

Le général italien Gerardo Serravalie commandait la participation italienne de Gladio dans la première moitié des années 1970. Wikipédia rapporte qu’il a déclaré que les responsables de la planification et la coordination « étaient des officiers responsables des structures secrètes de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de la Belgique, du Luxembourg, des Pays-Bas et d’Italie. Ces représentants des structures secrètes se rencontraient tous les ans dans l’une des capitales ... Aux réunions de ‘stay-behind’ des représentants de la CIA étaient toujours présents. » (https://en.wikipedia.org/wiki/Operation_Gladio)

 

Des années 1960 jusqu’au milieu des années 1980 il y eu beaucoup d’attentats à la bombe avec de nombreuses victimes civiles. Vinciguerra a déclaré : « On était censé attaquer des civils, des femmes, des enfants, des personnes innocentes en dehors de l’arène politique, pour une raison simple : forcer le public italien à se tourner vers l’état, vers le régime et demander une plus grande sécurité…. Telle était la logique politique derrière tous les attentats. Ils restent impunis parce que l’Etat ne peut pas se condamner. » (https://www.youtube.c om/watch ?v=vaMUbCpaRyc).

 

Les attentats ont été imputés à des groupes terroristes communistes, tels que les Brigades rouges et la bande Baader-Meinhof ; des groupes qui auraient pu être réels ou des couvertures inventés par les services secrets pour discréditer des partis communistes européens.

 

En 1984, le juge Felice Casson a rouvert une enquête vieille de 12 ans qui concernait une voiture piégée à Peteano, en Italie. Le juge a conclu que l’affaire avait été falsifiée et le blâme jeté sur les Brigades rouges, mais en fait avait été le travail des services secrets militaires, Servizio Informazioni Difesa (SID) en conjonction avec Ordine Nuovo, une organisation d’extrême droite créée ou cooptée par Gladio. Le responsable de la police qui a falsifié l’enquête a été condamné à la prison. L’enquête du juge Casson a conclu que le bombardement Peteano faisait partie d’une série d’attentats menés par Gladio, qui comprenaient l’attentat de Milano Piazza Fontane ayant tué 16 personnes et en ayant blessé 80 autres et l’attentat à la bombe à Bologne en 1980 qui a fait 85 morts et 200 blessés.

 

Sur la base des révélations italiennes, les gouvernements belges et suisses ont entrepris des enquêtes sur les Opérations Gladio dans leurs pays. Le gouvernement des États-Unis a nié toute participation aux attentats. Cependant, la recherche du juge Casson dans les archives des services secrets militaires italiens a mise au jour des preuves de l’existence du réseau Gladio, et le reliait à l’OTAN et aux États-Unis. (https://wikispooks.com/wiki/Operation_Gladio)

 

Les peuples occidentaux dont les démocraties ont dégénéré en ploutocraties sont inoculés contre la croyance que le gouvernement pourrait tuer ses propres citoyens. Clairement ils ont à apprendre concernant l’Opération Gladio.

 

L’Opération Gladio serait-elle encore bien vivante ? Les événements terroristes d’aujourd’hui sont rejetés sur les musulmans plutôt que sur les communistes. Est-il possible que les attentats terroristes en France et en Belgique soient des Opérations Gladio ?

Paul Craig Roberts

 

Addendum :

Cette grande collection de photos dans le Daily Mail du Royaume-Uni sur l’attentat de Nice ( http://www.dailymail.co.uk/news/article-36 91019/Several-people-injured-truck-c rashes-crowd-Bastille-Day-celebratio ns-Nice.html) ne semble pas montrer le sang dans les rues où le carnage est sensé avoir eu lieu, ou le sang associé aux corps qui ont été photographiés. Le camion blanc signalé comme avoir été l’arme du crime ne semble pas porter des traces de sang ou d’être endommagé. Un collègue avait une fois heurté un cerf, sa voiture a été totalement esquintée. Comment peut-il y avoir 186 personnes touchées et aucun dommage au camion ? En outre, parmi les reportages il y a une vidéo d’un policier exposé aux tirs à quelques mètres de la cabine du camion. Pour que la police s’expose devant un fou, signalé armé, cela implique que soit il n’était pas armé, soit que la cabine du camion était vide. Pourquoi la police n’a pas ouvert la porte pour le saisir ou s’il était armé attendre qu’il épuise ses munitions ? Dans tous ces attentats, l’auteur présumé est toujours abattu. Il est à noter également, qu’il y a déjà les noms et les photos des victimes et une histoire de l’auteur. Comment est-il possible que tant de photos de tant de personnes différentes soient si rapidement collectées et tellement d’informations recueillies à propos de l’auteur ? Les médias ne posent jamais aux autorités publiques de telles questions, ni ne fournissent de réponses. Il semblerait que l’histoire ait été préparée et prête à être déclenchée quand l’événement s’est produit, et que ce sera tout ce que nous n’obtiendrons jamais.

Et que faisons-nous de ceci :
(http://www.globalresearch.ca/the-paris-bataclan-terror-attack-six-french-military-were-present-instructed-not-to-intervene-people-died/5534527). Pourquoi des soldats français armés sur scène susceptibles d’arrêter le carnage au Bataclan ont reçu l’ordre de se retirer ?

 

Le Dr Paul Craig Roberts était Secrétaire-adjoint du Trésor sur la Politique économique et rédacteur associé au Wall Street Journal. Il contribue à Business Week, Scripps Howard News Service, and Creators Syndicate. Il a eu plusieurs postes universitaires. Ces colonnes sur internet ont attiré un intérêt mondial. Ses derniers livres sont : The Failure of Laissez Faire Capitalism and Economic Dissolution of the West, How America Was Lost, and The Neoconservative Threat to World Order.

29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 09:47

Derrière la tentative désespérée de coup d’état de la CIA en Turquie
par F. William EngdahL

 

Repris sur Comité Valmy

 

Dans la soirée du 15 juillet un groupe d’officiers de l’armée turque annonçait avoir accompli un coup d’Etat et pris le contrôle du pays. Ils prétendaient qu’Erdoğan était en fuite pour sauver sa vie et qu’ils étaient maintenant en train de rétablir l’ordre. Le seul problème de ces officiers et de leurs commanditaires, loin, à Langley [Siège de la CIA – NdT] en Virginie, et à Saylorsburg en Pennsylvanie où l’opérateur politique turc Fetullah Gülen est réfugié protégé par la CIA, est qu’ils n’ont pas réussi. Derrière la tentative de coup, ourdit une histoire beaucoup plus significative, une dramatique évolution géopolitique que l’imprévisible survivant politique qu’est le Président (encore) Recep Erdoğan était en train de fomenter lorsque des loyalistes de Gülen ont amorcés leur tentative de coup d’état désespérée, qui en toute apparence fut raté. Ce qui suit est une série de questions et de réponses sur l’arrière-scène des événements dramatiques qui se déroulent dans ce pays pivot dans l’ordre géopolitique.

 

Q : Quel commentaire feriez-vous sur les événements de vendredi à samedi, quand l’armée a mené une tentative de coup d’État ? Ces événements étaient-ils prévisibles ?

W.E. : Le coup d’État était une réaction à la récente évolution géopolitique dramatique d’Erdoğan. Il a été instigué par des réseaux turcs fidèles à la CIA. C’était clairement un geste désespéré, mal préparé.

 

Q : Qu’elles sont les véritables raisons de cette tentative de l’armée ? Qu’en pensez-vous ?

W.E. : Il s’agissait d’un réseau d’officiers dans l’armée fidèles au mouvement de Fetullah Gülen. Celui-ci est un instrument que la CIA contrôle à 100%. D’ailleurs il vit depuis des années en exil à Saylorsburg en Pennsylvanie, après avoir obtenu une carte verte [carte d’immigration aux é-u - NdT] grâce à d’anciens pontes de la CIA et à l’ancien ambassadeur étasunien à Ankara.

Gülen a été depuis des décennies un projet fou de la CIA d’armer l’Islam politique comme instrument de changement de régime. Rappelons qu’en 2013, il y avait des protestations de masse contre Erdoğan à Istanbul et ailleurs. C’est alors que Gülen, qui auparavant avait conclu une entente avec le Parti de la Justice et du développement [AKP] d’Erdoğan, rompait avec lui et le critiquait dans les médias qu’il contrôlait comme Zaman, le taxant de tyran. Depuis lors, Erdoğan s’est efforcé à déraciner son plus dangereux adversaire interne et ses amis, y compris avec des descentes sur Zaman et d’autres médias contrôlés par lui. Il ne s’agit pas d’une lutte entre le bon et le méchant chevalier. Cela concerne le pouvoir dans la vie politique turque. Si les lecteurs sont intéressés par les détails du projet Gülen et de la CIA je les invite de consulter mon livre, The Lost hegemon (en allemand : Amerikas Heilige Krieg).

 

Q : Pensez-vous que ces événements pourraient conduire à la guerre civile, comme certains commentateurs l’interprètent ?

W.E. : Je doute de cela. Le mouvement Gülen au cours de ces deux dernières années a été sévèrement réduit en influence par Erdoğan et son chef du renseignement — des purges etc.. La prétendue armée traditionnelle d’Atatürk, en tant que gardienne de l’État, est depuis longtemps révolue...depuis les années 1980.

Ce qu’il sera intéressant à observer maintenant est l’évolution de la politique étrangère d’Erdoğan : Rapprochement avec la Russie, réouverture des pourparlers à propos du gazoduc Turkish Stream vers la frontière grecque. Simultanément il y a son rapprochement avec Netanyahu, et celui plus critique, son accord apparent, à une partie des exigences de Poutine pour la reprise des liens, à savoir que la Turquie cesse ses efforts de renverser Assad en soutenant secrètement Daech ou d’autres organisations terroristes en Syrie, en les entrainant en Turquie et en vendant leur pétrole sur le marché noir. C’est une énorme défaite géopolitique pour Obama, probablement le Président le plus incompétent de l’histoire étasunienne (bien qu’il ait une concurrence sérieuse à ce titre de la part de George W. Bush et de Clinton).

 

Q : Croyez-vous qu’Erdoğan pourrait en effet de cette façon être renversé ?

WE : Probablement pas, vu ce que l’on voit actuellement. Même au petit matin lorsqu’Erdoğan a pu dire aux media qu’il s’agissait d’une tentative de coup d’état fomenté par Gülen, j’étais convaincu que ce dernier échouerait. Aujourd’hui, le 16 juillet, il semble qu’il n’ait pas réussi. La CIA a été entartrée et Obama et l’OTAN tentent de se couvrir en étreignant chaleureusement le très démocratiquement élu Erdoğan (sic !) ». Ils ne se souciaient pas en Ukraine, quand la CIA perpétrait le coup d’état de la place Maïdan en février 2014, que Viktor Yanoukovitch était le « Président démocratiquement élu de l’Ukraine ». Regardez le chaos qu’a laissé Washington dans ses efforts de provoquer une scission entre la Russie et l’UE.

 

Q : Comment devrions-nous interpréter l’allégation qu’Erdoğan aurait demandé asile à l’Allemagne, et pensez-vous que celle-ci le lui aurait accordé ?

W.E. : Il y a beaucoup de rumeurs farfelues. Je n’ai aucune information là-dessus.

 

Q : Comment positionnez-vous les États-Unis et la Russie par rapport aux récents événements ?

W.E. : Cela devrait être clair avec ce que j’ai dit. Washington était derrière le coup d’État, manifestation de leur impuissance devant l’évolution géopolitique majeure effectuée par Erdoğan depuis juin, quand il a limogé Davutoğlu son Premier ministre et nommé le loyaliste Binali Yıldırım à sa place. À ce moment Erdoğan s’est simultanément détourné de la stratégie anti-Assad de Washington en Syrie et s’est tourné vers Israël (qui ces jours-ci est en conflit géopolitique aigu avec Washington), vers la Russie et maintenant, même vers Assad en Syrie.

 

Q : Quel sera l’impact des événements sur le fait que la Turquie soit membre de l’OTAN ?

W.E. : C’est difficile à évaluer. Washington pour sa stratégie globale a désespérément besoin de la Turquie dans l’OTAN, en particulier pour le contrôle des flux de pétrole du Moyen-Orient et maintenant son gaz naturel. C’est pourquoi au moment où il est devenu clair que le coup d’État échouerait, Obama et compagnie ont « embrassé » leur « ami » Erdoğan. Dans les milieux du renseignent on appelle cela le « contrôle des dégâts ».

 

Q : Croyez-vous qu’il soit bon pour la Turquie qu’Erdoğan et l’actuel gouvernement perdent le pouvoir de cette façon, plutôt que par des élections ?

W.E. : Au moment où j’écris ceci, il semble qu’il soit toujours fermement au pouvoir, peut-être plus fermement qu’auparavant.

 

Q : Comment estimez-vous que les événements en Turquie pourront affecter l’Union européenne ?

W.E. : Le projet d’UE est en voie de dissolution. Ce projet a toujours été une idée monstrueuse, encouragée dans les années 1950 par Churchill, la jeune CIA et certains de leurs amis européens comme Monnet, pour que les États-Unis contrôlent mieux Europe. Ce fait est devenu une évidence lorsque le président Obama par son intervention effrontée dans la politique britannique, a demandé aux britanniques de ne pas quitter l’Union européenne. L’Union européenne est une monstruosité bureaucratique, sans visage, ubuesque, non élue, n’ayant aucun compte à rendre au peuple, avec des assises à Bruxelles, à côté du siège de l’OTAN.

Le Brexit a commencé la dissolution, qui ira maintenant assez rapidement selon mon sentiment. La Hongrie peut-être suivra, si la CIA n’arrive pas à faire une révolution de couleur contre Orban avant leur référendum d’octobre sur un « Huexit. » La France ? Les partisans de Marine Le Pen et des millions de Français en ont assez des diktats de Bruxelles. Regardez la récente décision criminelle sur le désherbant « glyphosate », le plus largement utilisé en UE. Malgré l’énormité des preuves scientifiques le démontrant comme cancérigène Bruxelles a décidé d’ignorer toutes ces preuves sur la santé et la sécurité provenant des autres gouvernements de l’UE, et approuver arbitrairement l’empoisonnement de l’alimentation de la population pour 18 mois de plus. Ce n’est pas cela que la population européenne ou de n’importe quel autre pays attend de ses fonctionnaires. Elle ne mérite pas cela.

 

Q : Comment pensez-vous que les événements en Turquie pourraient influer sur la crise migratoire, et qu’attendez-vous de la réouverture de la soi-disant route des Balkans pour les réfugiés ?

W.E. : il est encore trop tôt pour le dire. Si Erdoğan et Assad, par l’intermédiaire de Poutine et de la Russie, et peut-être avec la coopération d’Israël, parviennent à établir une véritable paix en Syrie, le flux de réfugiés de la guerre pourrait cesser. Les gens veulent rentrer chez eux, reconstruire leur vie dans leur propre pays.

F. William Engdahl
18 juillet 2016

F. William Engdahl est conférencier et consultant en risques stratégiques, il est diplômé en politique de l’Université de Princeton et auteur de Best-sellers sur le pétrole et la géopolitique, exclusivement pour magazine en ligne New Eastern Outlook.

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http://www.informationclearinghouse

Traduction Alexandre MOUMBARIS
relu Marie-José MOUMBARIS
pour le Comité Valmy]