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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 18:12

la «route de la mort» libérée par l’armée arabe syrienne

Repris sur réseau international

Photo: Des officiers et des ambulances dans un couloir humanitaire réservé aux civils près de la route du Castello  

 

 

L’armée arabe syrienne a libéré la route stratégique du Castello, considérée par de nombreux médias comme la «seule voie» pour fournir de l’aide humanitaire à Alep. Dans la ville, les unités du génie s’emploient à reconstruire les infrastructures vitales.

 

«À la suite des actions efficaces menées par les forces gouvernementales syriennes, la route du Castello est maintenant complètement libérée. Ainsi, il n’y a plus aucun obstacle à l’acheminement de l’aide humanitaire à la population d’Alep», a annoncé le 30 novembre le lieutenant-général Sergueï Rudskoï, chef du Commandement opérationnel des Forces armées russes.

 

L’annonce de la libération de la route a également été exposée par Vitali Tchourkine, l’ambassadeur de la Russie aux Nations Unies : «Suite aux récents développements, la route du Castello peut être utilisée pour les livraisons d’aide à Alep-Est sans aucune restriction, négociation spéciale ou accord. Dès lors que les travailleurs humanitaires sont prêts, ils peuvent utiliser la route.»

 

La route stratégique du Castello, qui reliait les quartiers d’Alep occupés par la rébellion à la Turquie, a été surnommée «la route de la mort» par les médias occidentaux. Le contrôle de cet axe était cité comme l’un des principaux obstacles pour l’acheminement de l’aide humanitaire dans Alep.

 

Des unités du génie déjà en action dans les quartiers libérés 

Selon le ministère russe de la Défense, la situation dans les zones d’Alep reconquises par le gouvernement syrien est terrible. En quittant les quartiers, les rebelles ont saboté les systèmes de communication et autres infrastructures vitales, laissant les civils sans eau ni électricité.

 

Le lieutenant-général Sergueï Rudskoï a indiqué que des unités du génie de l’armée arabe syrienne ont «immédiatement» commencé à déminer la zone. Le ministère russe de la Défense a également précisé que des militaires russes avaient été déployés pour réparer les infrastructures vitales.

 

Selon le responsable militaire russe, le service public d’approvisionnement en eau a déjà été remis en marche dans certains quartiers. Le ministère russe a ajouté qu’il cherchait à fournir des installations pour permettre un retour à une vie paisible le plus tôt possible.

 

Sergueï Rudskoï a par ailleurs précisé : «En réponse à une demande des autorités syriennes, des spécialistes du ministère russe de la Défense examineront les zones de production et d’entrepôt d’armes chimiques dans les districts d’Alep libérés des terroristes.»

 

Ces deux derniers jours les forces gouvernementales syriennes ont beaucoup progressé à travers les quartiers libérés des djihadistes à Alep.

Origine: https://francais.rt.com/international/29929-responsables-russes-route-mort-syrie

Published by jack Freychet - dans Syrie
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 17:45

L’armée arabe syrienne annonce que la ville  sera libérée d’ici la fin de l’année

origine Réseau international  par Valentin Vasilescu

 

 

Au cours des deux dernières semaines, l’armée nationale syrienne a réussi à libérer la majeure partie de la ville d’Alep, occupée par des mercenaires islamistes Jaish al-Fatah (l’ancien al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaïda). Les actions de l’offensive de l’armée arabe syrienne ont mené à l’encerclement d’un groupe islamiste de 7000 mercenaires dont les possibilités de résistance sans renforts ne peuvent excéder deux ou trois semaines.

 

A l'adresse suivante il est possible d'agrandir cette carte,

http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2016/11/2811-50-aleppo-city2-1024x689.jpg

 

L’Etat-major de l’armée arabe syrienne a déployé des forces supplémentaires à l’est de la ville d’Alep pour pouvoir exécuter des manœuvres d’enveloppement des dispositifs de défense des mercenaires islamistes afin de faire céder l’ensemble de leur ligne défensive. Une nouvelle opération offensive est en cours et son axe principal vise à couper en deux la poche créée par l’encerclement des mercenaires islamistes à l’est d’Alep. Dans cette opération terrestre, un soutien aérien est assuré par l’aviation syrienne et les bombardiers légers russes de la base de Hmeymim.

 

En même temps que cet objectif principal, une avance considérable a été réalisée sur un axe secondaire dans le Nord de la poche d’encerclement où sont concentrées les principales forces rebelles, par des attaques en direction du quartier de Handariyah. Les attaques sont exécutées par des groupes tactiques de la 42ème Brigade blindée de l’armée arabe syrienne renforcée par le 102ème bataillon de la garde républicaine iranienne et deux bataillons palestiniens (Liwa al-Qods et le Hezbollah). À la suite de ces attaques, plusieurs groupes de mercenaires islamistes ont préféré cesser les combats, certains se rendant, d’autres essayant de se mêler à la foule des réfugiés civils. Ces succès importants obtenus par l’armée arabe syrienne sont le résultat de son processus de modernisation, lancé conjointement par des experts militaires russes et iraniens, basé sur l’expérience  du combat du Hezbollah [[1]].

 

Une fois que la moitié nord de la poche encerclée sera  neutralisée, les lignes de défense des mercenaires islamistes dans la moitié sud de la poche, désormais soumis à des attaques concentriques, devront succomber. Toute la partie Est de la ville d’Alep sera libérée par l’armée arabe syrienne dans les 5-7 jours maximum.

 

Simultanément à ces attaques contre cette poche à l’Est de la ville d’Alep, les groupes tactiques de la 40ème brigade chars de l’armée arabe syrienne, renforcés par les bataillons des forces spéciales Guépard et des blindés légers appartenant aux Forces de défense (NDF), ont déclenché des attaques contre les lignes de défense des mercenaires islamistes à la périphérie du nord-ouest et à l’ouest de la ville d’Alep. Ces attaques bénéficient du soutien aérien de l’aviation russe embarquée sur le porte-avions Amiral Kuznetsov et des missiles lancés depuis le porte-avions, le croiseur Pierre le Grand, les destroyers et frégates du groupe naval russe déployé en Méditerranée orientale. Le groupe naval russe a, en effet, pour mission d’empêcher les mercenaires islamistes d’apporter des renforts dans la ville d’Alep depuis la zone de concentration du gouvernorat d’Idlib, située à 30-40 km de la ville d’Alep. [[2]]. Après la liquidation de la poche de l’Est d’Alep, prévue le 3 ou 4 Décembre 2016, toutes les unités de l’armée arabe syrienne et de ses alliés, se déploieront à l’ouest d’Alep pour la libération complète de la ville des mains de mercenaires islamistes.

Valentin Vasilescu

Traduction AvicRéseau International


En savoir plus sur http://reseauinternational.net/larmee-syrienne-annonce-que-la-ville-dalep-sera-liberee-dici-la-fin-de-lannee/#bk7Xpq8CMzOHu8Si.99

Published by - dans Syrie
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 13:52

la Russie sur ses gardes
Par MK Bhadrakumar repris sur
Comité Valmy

Ironie du sort, c’est maintenant au tour du président russe Vladimir Poutine de reprendre ce que feu Ronald Reagan avait un jour conseillé à propos des relations soviéto-américaines : « Faire confiance, mais vérifier ». Poutine pourrait cependant introduire une légère modification : « Faire confiance, mais prudemment ». Reagan a prononcé ces mots célèbres après avoir décidé qu’il pouvait faire des affaires avec Mikhaïl Gorbatchev – en fait pour insister spécifiquement auprès de ce dernier sur les procédures étendues de vérification qui permettraient aux deux parties de surveiller la conformité du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire signé le 8 décembre 1987.

 

Gorbatchev aurait répondu : « Vous répétez cela à chaque rencontre », à quoi Reagan a répliqué : « J’aime ça. » Poutine doit avoir un échange jovial de ce genre avec le président élu américain Donald Trump, mais l’ambiance est frappante.

 

Poutine doit jauger que Trump fait juste des déclarations correctes à propos des liens avec la Russie, la dernière étant son interview avec le New York Times jeudi, où il a dit :

 

« J’aimerais pouvoir bien m’entendre avec la Russie et je pense qu’ils aimeraient bien s’entendre avec nous. C’est dans notre intérêt mutuel. Et je n’y vais pas avec une idée préconçue, mais je vous dirai, je dirais – quand on disait pendant la campagne que Donald Trump aime Poutine, et Poutine aime Donald Trump, j’ai dit, ouais, ce serait bien, je l’ai dit face à des milliers de gens, ne serait-ce pas bien que cela se passe vraiment comme on l’a dit, ne serait-ce pas bien si nous nous entendions effectivement avec la Russie, ne serait-ce pas bien si nous nous attaquions ensemble à ISIS, qui en plus d’être dangereux, coûte très cher, et d’ailleurs, ISIS n’aurait jamais dû être autorisé à exister, et que les gens se lèvent et me donnent un coup de main massif. Vous savez qu’on pensait que c’était mal que je m’entende avec Poutine ou que je croie fermement ce serait positif si nous pouvions nous entendre avec la Russie. C’est une grande chose que nous puissions nous entendre non seulement avec la Russie mais avec d’autres pays. »

 

Mais ensuite, Trump n’a pas osé appeler cela une saine remise à zéro, plaidant que la réticence est admise « après ce qui s’est passé auparavant » (sous l’administration Obama). Trump a réussi à donner une impression de bonhomie, d’alchimie personnelle et de lutte contre ISIS – rien de plus, rien de moins.

 

En tout cas, Moscou vient de faire deux annonces importantes, qui vont dans le sens de renforcer la dissuasion stratégique de la Russie contre tout mouvement militaire belliciste des États-Unis. Premièrement, Moscou a annoncé mardi dernier le déploiement de missiles sol-air de pointe S-400 et de missiles nucléaires Iskander à Kaliningrad en réponse au renforcement des capacités militaires de l’OTAN aux frontières occidentales de la Russie.

 

Les analystes militaires considèrent le système Iskander comme supérieur à tous ses analogues américains ou étrangers en termes de mobilité stratégique, de furtivité, de mission de vol et de capacité à remplir des missions de combat sous le feu et les contre-mesures électroniques. Effectivement, toute l’Europe devient maintenant une cible facile. La durée de vol d’un Iskander de Kaliningrad à Berlin sera à peu près de trois minutes.

 

Sur le plan politique, la Russie surveille l’OTAN, ce qui signifie surveiller l’administration étasunienne. Poutine a laissé entendre récemment dans une interview avec Oliver Stone que les décisions de l’OTAN sont prises à Washington.

 

Deuxièmement, mardi, les médias russes ont révélé le déploiement de systèmes de missiles côtiers sol-mer dernier modèle, dénommés Bal et Bastion dans les îles Kouriles contestées de l’Extrême-Orient. Le Bal a une portée de 130 kilomètres et le Bastion de 300 kilomètres.

 

Moscou maintient que le déploiement ne devrait pas nuire aux pourparlers avec Tokyo pour la signature d’un traité de paix. En effet, le déploiement aux Kouriles doit être vu dans le contexte de l’essai par les États-Unis d’un missile intercepteur conçu avec l’aide de la technologie japonaise, ainsi que de l’essai du missile standard SM-3 américain et du système de défense antimissile AEGIS.

 

La coopération américano-japonaise dans la défense antimissile est censée être uniquement dirigée contre Pyongyang, mais Moscou rejette cet argument comme spécieux. Bien sûr, le déploiement dans les Kouriles est une rebuffade pour le Japon et un signal à Tokyo que Moscou ne fera aucune concession territoriale, mais sur le plan stratégique, c’est le positionnement américain dans l’Extrême-Orient russe – sous le prétexte de la menace nord-coréenne – et l’alliance du Japon et des États-Unis qui préoccupe la Russie. (Lire un commentaire russe : Russia-Japan Territorial Dispute : Security, Defense Missile Issue Come First.)

 

Fait intéressant, le Kremlin s’est empressé de rechercher la compréhension du Japon. Poutine doit s’y rendre le 15 décembre.

 

Ces déploiements russes dans ses zones frontières occidentales et orientales ont été mis en place même avant que Poutine et Trump ne se rencontrent. À l’évidence, Moscou s’attend à ce que la normalisation des liens avec les États-Unis prenne du temps. Le porte-parole du Kremlin a dit mercredi : « Nos relations bilatérales sont au plus bas donc il est difficile de les rendre pires, mais nous espérons assurément la reprise d’un dialogue (avec la présidence de Trump) et nous allons entamer un processus lent et difficile pour faire reprendre un cours constructif à nos relations. »

 

L’élément important est que Moscou sera prudent. Malgré les signes prometteurs émis par Trump jusqu’à présent – y compris son interview au Times –, il doit vaincre la résistance acharnée des milieux de l’establishment américain dans la politique étrangère et stratégique et dans l’idée même d’améliorer les relations avec la Russie. La timidité de Trump à utiliser le mot de « remise à zéro » pour caractériser ce qu’il a à l’esprit, sera remarquée à Moscou.


– Le 24 novembre 2016
– Source : Indian Punchline

Traduction le Saker francophone

29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 14:25

"La politique économique de François Fillon freinera (encore plus note de JF)) la croissance"

Par Challengesoir Le 25.11.2016 à 16h56

Eric Heyer, économiste à l’institut de conjoncture OFCE, de tendance keynésienne, analyse l’impact du programme économique du favori de  la primaire de droite.  Pour lui, sa politique de rigueur abaisserait la croissance française de 0,7 point chaque année. Un choc détonnant…

 

François Fillon veut couper de 100 milliards dans les dépenses publiques et aussi baisser de 50 milliards les prélèvements, quel impact cela aura-t-il sur l’économie française?

 

Sans la présenter ainsi, Fillon propose une politique d’austérité, puisqu’il veut serrer la vis sur les dépenses, et ne redistribuer que la moitié de l’argent en baisses d’impôts et charges. Son impact s’estime avec les calculs, désormais bien établis, de multiplicateur budgétaire. Ainsi, on sait que la baisse des dépenses publiques (qui implique une moindre consommation des agents publics) a un effet dépressif sur l’économie d'au moins 1, ce qui veut dire que 1 euro en moins dépensé par les administrations publiques est égal à 1 euro de moins apporté au PIB français, soit -100 milliards. De l'autre côté, les baisses de prélèvements (qui rendent de l’argent aux agents privés) ont un effet dynamisant sur l’économie, mais un peu moindre, autour de 0,8. D’autant que là, la baisse de pression fiscale est ciblée, elle ne profite pas à tout le monde. Car Fillon veut alléger massivement les charges et impôts des entreprises, alléger également la note fiscale des ménages aisés (suppression ISF, moindre taxation des revenus du capital, relèvement quotient familial, rétablissement allocations familiales pour les plus riches…) mais, en contrepartie, il veut faire grimper la TVA de 2 points, ce qui frappe le portefeuille de tous les Français, notamment les plus modestes. Or, pour relancer la consommation et donc l'activité, il vaut mieux au contraire redonner du pouvoir d’achat aux classes populaires et moyennes, car les plus riches, quand on les ponctionne moins, ont plus tendance à épargner qu’à consommer! Les expériences passées de relèvement de TVA ont d’ailleurs montré qu’il y a toujours un impact négatif sur la consommation, même s'il s'efface dans le temps. Avec un multiplicateur un peu en-dessous de 0,8, la baisse de prélèvements génèrerait autour de +30 milliards. D’un côté, 100 milliards en moins, de l’autre 30 milliards en plus, cela fait -70 milliards, donc environ -14 milliards par an soit, alors que 1 point de PIB vaut 20 milliards, autour de -0,7 point de PIB retranché à la croissance chaque année. C’est un sacré frein! Or, sous 1,3% de croissance par an, l’économie ne crée pas d’emplois.

 

Pourtant, François Fillon a donné ses prévisions de croissance pour le quinquennat à venir et compte bien redynamiser la croissance grâce à son programme, qu’il anticipe à 1,6% en 2019, 1,9% en 2020, 2,1% en 2021 et 2,3% en 2022…

François Fillon a pris le parti de mener une politique de l’offre volontariste. En favorisant largement les entreprises (baisse de charges mais aussi flexibilisation du marché du travail), il espère les pousser à investir et doper leur compétitivité à l’international. Il compte ainsi faire basculer le modèle de croissance français, pour qu’il soit moins basé sur la consommation (qui pèse pour environ 60% du total aujourd’hui), et plus sur l’investissement et le commerce extérieur. C’est un pari très risqué. D’abord parce que les entreprises n’investissent pas simplement parce que leur santé financière s’améliore grâce aux baisses de charges, et donc qu’elles retrouvent les moyens de le faire. Elles investissent surtout si ça devient nécessaire pour répondre à la demande, si leur carnet de commande gonfle et qu’il y a des débouchés… en bref, c’est surtout le dynamisme de la consommation qui pousse à l’investissement. Ou alors, il faut espérer que, grâce à la baisse des coûts, les produits tricolores soient désormais plus compétitifs et donc plus achetés sur les marchés étrangers, que la demande extérieure supplée la faiblesse de la demande intérieure… Un sacré défi alors que, jusqu’ici, la France n’a fait que perdre des parts de marché à l’international.

 

Cette politique de compétitivité tirant parti de la mondialisation a cependant fait la réussite, célébrée, de l’Allemagne…

C’est exact mais il faut se souvenir que quand l’Allemagne a entamé sa politique de rigueur et de réformes, en 2000, sa croissance en a été dans un premier temps très affaiblie, sous 1% de 2002 à 2005, inférieure de quasi 2 points au reste de l’Europe. Ce n’est que plus tard que l’effet des réformes lui a profité. Ensuite, ce modèle de croissance par les exportations convient bien à l’Allemagne car c’est une Nation avec une industrie puissante, performante, et qui a des points forts dans des secteurs, comme les machines-outils, justement tirés par le dynamisme des pays émergents. Le « made in France » est bien moins prisé. Enfin, le succès de cette stratégie allemande a été rendu possible parce que c’était le seul pays à cette période, à mener cette politique de fourmi alors que ses voisins jouaient les cigales. Du coup, les Européens ont nourri la croissance des Allemands. Mais si tous les pays serrent la vis en même temps, comme cela a été le cas dans la zone euro entre 2011 et 2015, cela ne fait qu’anémier la croissance de la zone sans qu’aucun pays n'en tire vraiment parti.

 

La meilleure chance de réussite, pour le plan de Fillon, c’est peut-être que justement, le FMI et l’Union européenne sont dernièrement revenus sur leur doxa inflexible d’orthodoxie budgétaire. L’Espagne, le Portugal, la Grèce en profitent pour lâcher du lest, alors que l’Allemagne a aussi desserré sa contrainte budgétaire depuis deux-trois ans. Et le Royaume-Uni post-Brexit de Theresa May est également moins dur sur l’austérité que celui de David Cameron. La France peut donc peut-être jouer à son tour au passager clandestin, qui pourra profiter de l’expansionnisme des autres pour mener son austérité à moindre frais. Pour autant, les prévisions de croissance de François Fillon semblent quand même très optimistes…

 

28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 15:45

par Bruno Guigue

Origine Comité Valmy

 

 

Fidel Castro vient de partir dans l’autre monde, et déjà on entend la rumeur mensongère propagée par les calomniateurs de service. Les chacals de la presse bourgeoise tournent autour de sa dépouille avec gourmandise. Ceux qui couvrirent Hugo Chavez de leurs ordures sont là, décidés à repasser à table. Pas de doute. Ces journaleux à la solde de leurs maîtres, ces chiens de garde du capital vont le clamer sur tous les tons : Fidel Castro était un tyran.

 

Un tyran, celui qui risqua sa vie dans la fleur de la jeunesse, balaya la dictature de Batista, restaura la souveraineté nationale, restitua sa fierté au peuple cubain, rendit la terre aux paysans, éradiqua la misère, fit taire le racisme, libéra la femme cubaine des chaînes du patriarcat, créa le meilleur système de santé du Tiers Monde, réduisit la mortalité infantile dans des proportions inconnues dans le reste de l’Amérique latine, élimina l’analphabétisme, offrit l’éducation à tous, et résista victorieusement avec son peuple à l’agression impérialiste ?

 

Ils ne vous diront pas que Fidel Castro était un tyran parce que c’est vrai. Ces affabulateurs vous le diront parce que le castrisme incarne tout ce qu’ils détestent. L’amour de la liberté, l’exigence avec soi-même, la fierté de n’obéir à personne, l’éthique révolutionnaire alliée au sens du réel, l’élan généreux qui triomphe de l’indifférence, la solidarité sans faille à l’intérieur comme à l’extérieur, le patriotisme qui n’éloigne pas de l’internationalisme, au contraire, mais en rapproche. Tout cela, c’est le castrisme. Un illustre combattant de la libération africaine en savait quelque chose.

 

Lorsque Nelson Mandela quitte sa prison sud-africaine, son premier voyage est pour La Havane. Il vient remercier le peuple cubain qui a versé son sang pour terrasser l’apartheid. En vingt ans, 300 000 Cubains combattirent le colonialisme en Afrique. L’armée sud-africaine repoussée à Cuito Cuanavale, l’indépendance de la Namibie arrachée à Pretoria, l’ANC dotée d’une base-arrière et confortée par la solidarité communiste internationale, la chute finale de l’apartheid rendue inéluctable : ces pages de l’histoire africaine ont aussi été écrites avec du sang cubain. Nous l’avons oublié. Les Sud-Africains et les Cubains, eux, s’en souviennent.

Les intellectuels en service commandé, bien sûr, vous diront avec une moue dédaigneuse que Castro était communiste. Il l’était, en effet ! Parce que l’Union soviétique s’était rangée au côté de cette révolution cubaine que les Etats-Unis voulaient étouffer, parce que l’idéologie communiste soulevait les affamés et les humiliés, parce qu’elle signifiait un avenir meilleur que l’enfer capitaliste. Au cours de son histoire, l’URSS a commis de lourdes erreurs, mais elle fut souvent du bon côté de la barricade.


Oui, Castro était communiste, et il avait bien raison. Lénine fut le premier à proclamer le "droit des nations à disposer d’elles-mêmes" (1916).

 

L’URSS liquida le nazisme au prix de 20 millions de morts, elle joua un rôle décisif dans la décolonisation de l’Asie du sud-est, elle aida les Arabes face à l’agression sioniste en 1967 et 1973, elle soutint la lutte pour les indépendances africaines et donna le coup de grâce à l’apartheid en fournissant un appui décisif à l’ANC. Ce n’est pas si mal. Ennemis jurés de Castro, les USA ont tué Lumumba et Allende, destitué Mossadegh, massacré deux millions de Vietnamiens et un million d’Irakiens, soutenu l’agression sioniste, livré Mandela, assassiné Che Guevara et créé Al-Qaida.

 

Fidel Castro avait vu juste. Fidèle à ses idéaux, Fidel le bien-nommé est désormais entré dans l’Histoire par la grande porte.

Bruno Guigue, ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

 

 

26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 17:22

Origine réseau Voltaire

 

L’armée de l’Air russe avait été contrainte par le président Vladimir Poutine de stopper ses bombardements des jihadistes d’Alep-Est durant la fin de la campagne électorale états-unienne ; étant entendu que toute intervention russe aurait pu favoriser l’élection d’Hillary Clinton. L’Otan en a profité pour tenter d’envoyer des renforts en provenance d’Idleb vers Alep-Est. Le Hezbollah, pris en tenaille entre les deux groupes jihadistes est parvenu —seul— à tenir sa position et à empêcher la jonction.

 

Très impressionné par cette victoire, l’armée russe a demandé à rencontrer le Hezbollah pour étudier ses techniques de combat. Un premier contact entre Russes et Libanais avait déjà eu lieu lors de la bataille de Deraa.

 

Outre le fait que ces techniques seront désormais enseignées dans les académies militaires russes, une coordination permanente devrait être mise en place entre l’armée russe et la Résistance libanaise.

 

Ce rapprochement tardif pourrait avoir à terme un impact au Liban où est stationné le chef régional de la diplomatie russe, Alexander Zasypkin, et en Iran dont les liens avec le Hezbollah se distendent.

 

Actuellement, la Russie n’entretient aucun contact permanent avec des partis politiques libanais, à l’exception du Parti démocratique du prince Talal Arslane —un allié du Hezbollah—. La vie politique libanaise est partagée entre l’Arabie saoudite, les États-Unis, la France et Israël.

Published by jack Freychet
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 16:42

par Jacques Sapir

Extrait

 

...C’est donc sur le versant économique que le projet politique de François Fillon pêche le plus. Il n’y a eu aucune autocritique sur les politiques qu’il a conduites en tant que Premier-ministre, si ce n’est pour exprimer des regrets de ne pas avoir fait plus d’austérité. Pire, son programme nous annonce un renforcement de ces mesures néfastes. Prenons ainsi les 5 premières mesures de son programme :

 

  1. 100 milliards d’euros d’économies en 5 ans sur les dépenses publiques.
  2. 40 milliards de baisse des charges pour les entreprises et 10 milliards d’allégements sociaux et fiscaux pour les ménages.
  3. Fin des 35 heures dans le secteur privé et retour aux 39 heures dans la fonction publique.
  4. Suppression de l’ISF pour aider au financement des entreprises,
  5. Recul de l’âge de la retraite à 65 ans et unifier tous les régimes de retraite pour maintenir le pouvoir d’achat des retraites
  6.  

La première de ces mesures pose la question de la croissance. De telles réductions des dépenses publiques, environ 1% du PIB par an en moyenne, cela est maintenant admis par une majorité des économistes, y compris les économistes du Fond Monétaire International[1], auront un impact très négatif sur la croissance, et donc sur l’emploi. On ne demande certes pas à un homme politique de lire des travaux d’économistes. Mais, à tout le moins, ceci prouve qu’il est fort mal conseillé, et surtout qu’il n’a tiré nulle leçon de sa précédente expérience du pouvoir. D’ailleurs, le programme de François Fillon est en complet décalage avec ce que proposent les conservateurs anglais avec Mme Theresa May, ou ce que promet Donald Trump. Et cela, pour le coup, on est bien fondé à le lui reprocher. Non qu’il ne faille réviser l’orientation des dépenses. Le budget de l’Etat délaisse l’investissement de compétitivité du territoire au profit de dépenses clientélistes. Il faut donc réallouer une partie des dépenses publiques et non supprimer.

 

La « baisse des charges », qui est la deuxième mesure, est en réalité une baisse des cotisations. Il faudra donc baisser d’un même chiffre les prestations sociales OU faire payer aux salariés (ou aux contribuables) ce qui ne le sera plus par les entreprises. Ce qui exercera, là encore, un effet profondément dépressif sur la croissance et l’emploi. L’effet dépressif de ce choc fiscal, que François Fillon veut faire passer par la TVA, l’emportera sur les aspects positifs d’une baisse de la contribution des entreprises. Ici encore, c’est l’investissement qui sera la première victime, car les entreprises, pour construire leurs prévisions d’investissements, se fondent sur les perspectives de la consommation.

 

La troisième mesure est la fin des 35 heures, ce qui représente une des « vaches sacrées » de la Droite en France. Mais, faire travailler à 39h dans toutes les professions, cela se traduira par une diminution des heures supplémentaires et donc une baisse du revenu des ménages, avec par conséquence une baisse de la croissance et de l’emploi.

 

La quatrième mesure, la suppression de l’ISF, est elle aussi une des « vaches sacrées » de la Droite. Non que ce dernier impôt soit parfait. Il est évident qu’il nécessite des modifications. Mais, là aussi, Fillon jette le bébé avec l’eau du bain.

 

Quant à la cinquième mesure, elle porte non seulement sur le recul de l’âge de la retraite à 65 ans mais aussi sur l’unification des régimes de retraites, et donc la fin des régimes spéciaux. Cette dernière mesure à l’apparence de la « justice » pour elle ; mais l’apparence seulement. En effet, dans les régimes spéciaux, on a des fonctionnaires dont les conditions de travail se sont profondément aggravées depuis une vingtaine d’années, et en particulier les fonctionnaires qui sont « au contact du public » comme on dit, et qui sont constamment en buttes aux incivilités, quand ce n’est pire. Retirer les droits particuliers dont ils bénéficient aujourd’hui ne peut que conduire à une profonde démotivation de ces fonctionnaires, que ce soit les policiers, les personnels de santé ou les enseignants, au moment même où ces fonctionnaires donnent des signes inquiétants d’épuisement. Soit on remontera de manière très significative (au moins 30%) leurs rémunérations, et l’on s’engagera à embaucher plus dans ces secteurs, soit il faut s’attendre à un effondrement de ces services fondamentaux, sur lesquels l’Etat et la République s’appuient. Ces mesures, en apparence dictée par la « justice » contiennent en réalité une injustice si criante qu’elles pourraient bien aboutir à une crise majeure de l’Etat. François Fillon prend ici, et l’on pèse ces mots, le risque d’être – s’il est en mesure d’appliquer son programme – l’homme qui aura détruit la République et l’Etat.

 

Un européisme fondamental

Fondamentalement, François Fillon est conscient du déficit de compétitivité qui s’est établi entre la France et ses principaux partenaires. Mais il raisonne « comme si » on pouvait parler de cette question sans aborder le problème des parités de change, c’est à dire le problème de l’Euro. La cécité dont il fait preuve à cet égard est assez étonnante. Il le fait parce qu’il ne veut sous aucun prétexte remettre en cause la monnaie unique. Or, l’existence d’un écart lié à la fois à la sous-évaluation de la monnaie allemande dans le cadre de l’Euro et à la surévaluation de la monnaie française est indéniable. Une étude du FMI, encore lui, l’évalue à 21%[2]. On peut considérer cette évaluation comme juste, tout comme on peut considérer qu’elle tend à sous-estimer l’ampleur du problème.

 

En fait, sans un écart du taux de change d’au moins 25% entre l’Allemagne et la France (et sans doute plus, de l’ordre de 30%), la France n’est pas compétitive. Mais, comment peut on obtenir un tel écart dans un régime qui fixe les parités monétaires, tout comme l’étalon-Or des années vingt et trente du vingtième siècle le faisait ?

 

Alors cet écart peut, bien sûr, être obtenu en faisant baisser les salaires en France et en espérant que ces mêmes salaires augmentent en Allemagne. Mais, même en espérant, ce qui est en réalité illusoire, une hausse réelle de 10% en Allemagne, cela implique une baisse de 15% en France, avec les effets dévastateurs qu’aura une telle politique sur l’économie française, et ce d’autant plus que nous sommes, et selon les propres mots de François Fillon, dans une situation grave, avec un très fort chômage et une baisse de l’investissement.

 

L’autre solution, qui serait non seulement incontestablement moins coûteuse, mais aussi dont la garantie de succès est considérablement plus élevée, consisterait à sortir de l’Euro, à laisser le « nouveau » Franc se déprécier d’environ 10% tandis que l’Euro allemand (et plus certainement encore le DM, car une sortie de la France ferait exploser la zone Euro) se réapprécierait d’environ 20%. Cette solution est en réalité la seule qui permette à la fois de résorber une partie du chômage de masse que nous connaissons (entre 1,5 et 2,0 millions à court terme), et de rééquilibrer nos comptes sociaux (moins de chômage signifiant plus de cotisations et moins de prestations) mais aussi nos comptes publics.

 

On a donc le sentiment que François Fillon promet à la France une politique qui va s’avérer extrêmement douloureuse et ceci sans aucune garantie de succès, alors qu’il pourrait proposer une autre politique dont le succès, lui, est garanti. On est bien ici en présence d’un aveuglement idéologique, d’une clôture autistique, qu’il partage – il faut l’ajouter – avec ses adversaires de la primaire de la Droite et du Centre, mais aussi avec les candidats potentiels de la gauche traditionnelles.

 

François Fillon, de Gaulle et Jean Monnet

La raison en est que François Fillon n’arrive pas à couper les ponts avec l’européisme, qu’il a pourtant critiqué que ce soit aujourd’hui ou dans le passé. Il reste soumis à cette idéologie et incapable de voir qu’elle détruit non seulement la France mais aussi l’Europe toute entière. L’aveuglement de François Fillon sur ce point a des conséquences extrêmement profondes et graves sur le reste de son programme. Il ôte toute cohérence à l’effort qu’il veut faire pour restaurer la souveraineté de la France, et assurer les conditions de sa véritable indépendance. François Fillon prétend parler comme de Gaulle, mais il pense comme Jean Monnet.

 

Derrière le discours gaullien qu’il affectionne et derrière la posture d’héritier qu’il se donne, il faut reconnaître la réalité de la soumission aux règles européennes, une soumission qui, en définitive, détruira ce que la coopération avec les autres nations a pu construire de positif. Car, la coopération ne se construit jamais dans la soumission, et cette vérité historique, François Fillon semble l’avoir décidément oubliée.

 

[1] Blanchard O. and Daniel Leigh, Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers, IMF Working Paper, Janvier 2013, Washington DC. Voir aussi, Baum A., Marcos Poplawski-Ribeiro, and Anke Weber, Fiscal Multipliers and the State of the Economy, IMF Working Paper, décembre 2012, Washington DC.

[2] IMF, 2016 EXTERNAL SECTOR REPORT, International Monetary Fund, juillet 2016, Washington DC, téléchargeable à : http://www.imf.org/external/pp/ppindex.aspx

24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 17:25

  explication pour les nuls

Par Pepe Escobar 24 novembre 2016

 

Bienvenue dans le meilleur des mondes politico-économiques de Trump.

 

Cela ne signifie pas la cessation du racket des changements de régime de Soros, ni celle du déploiement de ses multiples tentacules, parallèlement à la domination du Parti Démocrate par Clinton via le DNC. Le plan A – un Maïdan made in USA – n’est pas exactement populaire parmi les masses. Ainsi, le plan B – un harcèlement à long terme – a-t-il été décidé le week-end dernier, lors d’un sommet dans un hôtel de Washington.

 

Les pleurnicheries incessantes des bisounours immaculés – nous avons perdu l’élection présidentielle à cause des vilains FBI, WikiLeaks, Russes, etc. – était prévisible. Pourtant, parmi les DNC [bureaucrates du Parti démocrate] corrompus jusqu’à la moelle, il semble qu’aucun apparatchik n’ait jamais lu la Société du spectacle de Guy Debord ou soit familier avec la façon dont le showbiz – et les débats radiophoniques – fonctionnent.

 

Paris est sans doute la capitale mondiale de la pensée critique. Les cercles intellectuels parisiens perplexes ont au moins constaté que la crise pan-occidentale actuelle ne concerne pas seulement l’économie, la politique, les finances, la sécurité et l’immigration. C’est le discours politique lui-même qui est en cause.

 

Le diagnostic facile – style café chic – veut que la victoire de Trump soit le symptôme de la distorsion de la réalité par le langage, en manipulant les émotions. Il est vrai que le discours rationnel complexe ne paye plus. Les masses ne lisent pas des articles de 3 000 mots. C’est réservé aux élites et aux experts auto -proclamés. Mais ils répondent à des tweets outrageants. Plus que jamais, la perception est en effet devenue réalité.

 

D’où l’amalgame entre Trump et le Front National (FN) en France, dirigé par Marine Le Pen, elle aussi communicante magistrale, capable de transformer les émotions primaires en réalités politiques. Pas étonnant si le site internet «suprématiste blanc» Breitbart News – le ministère informel de l’information de Trump – va augmenter son exposition en France et soutenir Le Pen.

 

Là où le débat parisien a raison, c’est que l’isolationnisme nationaliste en Occident – en utilisant l’amalgame et les raccourcis terminologiques intelligents – est devenu une solution crédible pour soigner l’identité nationale. Ainsi l’attrait, pour de nombreux Européens, d’abandonner l’UE comme alternative crédible au chômage et pour accroître la sécurité. C’est un syndrome Trump remixé. Le barbelé – métaphorique ou autre – comme choix possible pour relancer la croissance économique.

 

En analysant la victoire de Trump comme une défaite du discours politique, ou une victoire de la subversion des mots, le débat de Paris a tout faux. Il avance, comme seule solution, de nobles exhortations à «se réconcilier avec la complexité». Le défi est de savoir comment nuancer et aborder la complexité avec des slogans.

 

Paroles, paroles, paroles…

Ce que les analyses intellectuelles sophistiquées ne comprennent  pas, c’est que l’équipe de Trump a élaboré une stratégie de mise en scène mettant en avant – quoi d’autre ? – une marque. Le dialogue a été maintenu à un minimum absolu – le tweet. Trump lui-même l’a dévoilé : «Ce ne sont que des mots». La machine à sous de Clinton est tombée dans le piège et a pris ces mots à la lettre. Ceux-ci étaient en fait des métaphores – compréhensibles par un écolier de CM2 et délivrées par un adulte personnifiant un écolier de CM2.

 

Dans son interview sur CBS dimanche dernier, Trump a admis l’évidence. Il a gagné à cause de la puissance des réseaux sociaux, en dépit de la machine à sous de Clinton «qui a dépensé beaucoup plus d’argent que moi». Trump a plus de 28 millions de followers combinés sur Twitter, Facebook et Instagram. Cette soi-disant «minorité cachée» a déjoué tous les modèles de sondages disponibles. Et en dehors de Washington et de Hollywood, ils étaient partout.

 

Trump a perfectionné l’art du discours politique simplifié, court-circuitant les intermédiaires, tout en réduisant les médias de masse, dans le processus, à n’être plus qu’un bruit de fond pathétique. Le New York Times – qui ne contient  «que les nouvelles dignes d’être imprimées» – a fourni un spectacle désolant en soi, promettant publiquement de «relater plus précisément les nouvelles du monde».

 

Ce n’est pas que Trump n’avait pas, officiellement, envoyé un avertissement : «Je suis très instruit. Je connais les mots. J’ai les meilleurs mots.» Et il sait comment obtenir le maximum d’effet d’un investissement minimal en mots. Le méga-investisseur Peter Thiel a tout pigé, en expliquant au National Press Club à Washington, comment «les médias prennent toujours Trump au pied de la lettre».

 

Thiel a souligné, peu de temps avant les élections, que «beaucoup d’électeurs qui votent pour Trump le prennent au sérieux, mais pas littéralement, alors quand ils entendent des choses comme le commentaire sur les musulmans ou le mur, leur question n’est pas ‘Ce mur sera-t-il comme la Grande Muraille de Chine ?’ ou bien : ‘Comment exactement allez-vous renforcer les contrôles ?’ Ce qu’ils entendent, c’est que nous aurons une politique d’immigration plus saine et plus judicieuse.»

 

Et alors, où est le problème si Trump tuait la syntaxe par ses tirades puissantes et inarticulées ? Le sens était toujours clair. L’accumulation de dispositifs rhétoriques explosifs visait toujours à exploiter l’émotion brute. Ainsi, l’avalanche de «nous et eux», d’«énoooormes» superlatifs – «incroyable», «immense potentiel», «merveilleux» – toutes sortes d’hyperboles, de répétition sans arrêt, un bégaiement calculé pour améliorer sa marque de commerce d’«improvisateur»,  et une mer d’euphémismes – «attraper les femmes par la chatte ?» Nah, tout simplement le vieil «argot de vestiaire».

 

Les bisounours immaculés ont sans cesse été  réconfortés par leur interprétation standard d’un Trump escroc inventé par les médias, qui a d’abord excellé dans la télé-réalité et a ensuite transformé la politique en un cirque. Ils ne l’ont pas vu capitaliser sur l’attractivité de son monstrueux ratio d’efficacité publicitaire par rapport aux dollars dépensés. Ils ne voyaient pas que, plus les médias – détestés – l’attaquaient, plus il cherchait la minorité invisible. Ils n’ont pas vu comment la marque Trumpienne de «réalisme magique» a joué toutes sortes de manigances avec la réalité.

 

Le darwinisme social [que le meilleur gagne] devenu fou furieux

Zygmunt Bauman, le meilleur conceptualisateur de la modernité nomade – qui a exercé une énorme influence sur mon livre de 2007 Globalistan – a correctement observé comment Trump a offert une condamnation unique et sans appel – à vivre une fois dans sa vie – de tout le système politique.

 

Bauman se rend compte de la façon dont des mécanismes traditionnels, tels que la répartition du pouvoir entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire de type Montesquieu, ainsi que les contrôles et les équilibres anglo-saxons de type checks and balances, peuvent être de plus en plus privés de sens, au profit d’une agrégation de puissance en mode autoritaire.

 

Bauman a parfaitement compris comment Trump a marié l’angoisse de l’identité à l’angoisse économique – condensant tous les aspects de l’angoisse existentielle, qui consume ce qui reste de la classe ouvrière et de la classe moyenne. D’où le succès de la solution éclair rapide – l’expulsion de la diversité ethnique.

 

L’électorat américain qui a pris la peine de voter – massivement, 43% d’abstention – peut avoir apprécié, selon Bauman, un homme fort non pas comme un poison mais comme un antidote. Un battant, capable de déployer des solutions instantanées avec des effets immédiats. Si, et comment il sera capable de l’assurer, est une autre histoire.

 

Ce qui est certain, c’est que la balançoire en Occident entre les conservateurs et la social-démocratie n’est plus une scie. Lorsque celle-ci était au pouvoir, tout le monde reproduisait de légères variations du néolibéralisme.

 

Maintenant, comme on l’a vu, le libéralisme a reçu un sérieux coup au corps,  même si la soi-disant gauche progressiste a totalement échoué à vendre aux masses une critique sérieuse et historique du néolibéralisme.

 

Pendant ce temps, la guerre civile – nationale et mondiale – est maintenant âpre, partout. Le darwinisme social se déchaîne. Nous avons un mur atlantique – du Brexit au Rio Grande – en voie d’érection contre le Sud global. Nous avons l’homme blanc en déclin contre les minorités qui, dans bien des cas, sont devenues majoritaires. Nous avons des élites occidentales opposées à l’islam – une absurdité, parce que le véritable ennemi est le djihadisme-salafiste, une déviation du wahhabisme. Et finalement, nous avons l’Ultime Prédateur – l’Homme – décimant sans relâche la nature.

 

Au sens de Gramsci, l’ordre ancien s’est complètement effondré, mais le nouvel ordre n’est pas encore né. Il pourrait s’agir d’un nouvel ordre basé sur les BRICS, principalement la Russie, l’Inde et la Chine. La gauche progressiste doit trouver la feuille de route conceptuelle pour en faire partie – et l’influencer.

 

Pendant ce temps, nous vivrons parmi la myriade de débris provenant de l’Engin explosif improvisé que seront les politiques de Trump. L’Amérique a inventé le politiquement correct. Trump a bombardé le politiquement correct. L’Amérique est fière des médias de masse. Trump a bombardé les médias de masse. Ce sont déjà deux victoires importantes.

 

Trump a lancé une OPA sur la Maison Blanche. Maintenant, il est le PDG. Si – et c’est un si important – il parvient à la gérer comme une entreprise saine, cela peut être une bonne affaire, non seulement pour les États-Unis, mais pour la planète entière.

Pepe Escobar

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan : How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues : a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009), Empire of Chaos (Nimble Books) et le petit dernier, 2030, traduit en français.

Traduit et édité par jj, relu par nadine  pour le Saker Francophone

Article original paru dans Strategic-Culture

source: http://lesakerfrancophone.fr/trump-et-la-politique-explication-pour-les-nuls

23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 17:47

Sur le terrorisme, les responsabilités des uns et des autres

 

A voir et revoir, à chacun de juger

21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 14:43

 Pourquoi l'Europe refuse-t-elle de se battre contre la glorification du nazisme?

Publié par Karine Bechet-Golovko sur russiepolitics

J'aimerais beaucoup savoir pourquoi la France n'a pas voté la résolution présentée par la Russie à l'assemblée générale de l'ONU contre la glorification du nazisme? J'aimerais que l'on m'explique quelles sont ces valeurs soi-disant européennes qui sont portées par l'Union européenne conduisant tous les pays de cette Tour de Babel à s'abstenir face au nazisme? Comment peut-on s'abstenir sans le soutenir? J'aimerais beaucoup que nos dirigeants me l'expliquent.

 

Le 17 novembre, la Russie et 40 pays ont déposé devant le 3e comité de l'assemblée générale de l'ONU une résolution visant à la lutte contre la glorification du nazisme. Face à la résurgence des manifestations d'anciens SS dans les pays baltes, de la glorification ouverte des "héros" nazis en Ukraine, de la montée en puissance de partis et mouvements politiques reprenant cette rhétorique raciste et xénophobe, il est important de ne pas oublier ce qu'était le nazisme. La "tolérancce" doit avoir des frontières. Il s'agit aussi de ne pas laisser réécrire l'histoire, se souvenir qui était dans quel camp. Et c'est manifestement ici que le bas blesse. Depuis 10 ans que la Russie introduit cette résolution chaque année.

 

131 pays ont voté pour. L'Ukraine a évidemment voté contre. Les Etats Unis, qui soutiennent leur "projet" également. Sans oublier les Palaos, qui ont obtenu leur indépendance des Etats Unis le 1er octobre 1994. Se sont abstenus 48 pays, dont tous les membres de l'Union européenne et notamment le Canada ou encore la Suisse. Autrement dit, les pays des droits de l'homme se refusent systématiquement de soutenir la lutte contre la glorification du nazisme, puisque l'année dernière ils avaient également refusé de voter cette résolution, 

 

La fracture de notre monde est flagrante. Ce qui ne la rend pas plus acceptable. Et aucune discussion ne sera possible à ce sujet dans nos sociétés, car le sujet n'est simplement pas traité par la presse qui soit le considère comme insignifiant, soit comme allant de soi.

 

Or, cette abstention n'est ni insignifiante, ni allant de soi. L'on ne peut, en passant, jeter de hauts cris de jeune fille effarouchée face à la radicalisation du discours en matière de racisme, de xénophobie et accepter de fermer les yeux sur la glorification du nazisme. Il n'est pas "normal" dans une société soutenant les "valeurs européennes" de ne pas se battre contre ces phénomènes de plus en plus fréquents dans nos pays. Le fait de ne pas en parler ne les rend pas pour autant inexistant.

 

Mais il est vrai, qu'alors, comment soutenir cette hystérie politique anti-russe, que Obama tente à bout de bras de maintenir en Europe dans sa tournée d'adieu? Car elle repose sur des pays comme les pays baltes, plus que coopératifs avec les nazis, sur l'Ukraine qui se cherche des héros nationaux distincts de la Russie et ne les trouve que dans les rangs des collaborateurs nazis. 

 

L'hystérie anti-russe est censée justifier toute politique, tous les moyens. Pour quelle fin? Revoir des marches aux flambeaux dans nos rues? Elles ont déjà lieu à Kiev, depuis que le pays s'est déclaré pro-européen.

 

Si c'est ça l'Europe, c'est l'Europe des années 30. Ce n'est pas mon Europe.

20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 16:48

Par Pierre Levy samedi 19 novembre 2016

Repris sur Comité Valmy

 

 

Admettre ses erreurs, c’est bien ; en tirer les leçons, ça serait mieux. Faute de quoi, la candidature Mélenchon risque de s’avérer plus dangereuse que toutes les autres, car elle peut réanimer des illusions que MM. Hollande, Juppé, Sarkozy et consorts ne sont plus capables – et c’est tant mieux – de porter

 

Combien de Tsipras faut-il à l’« insoumis » Mélenchon pour abandonner l’illusion qu’on pourrait faire tourner l’Europe dans l’intérêt des peuples ?

 

L’Union européenne connaît la plus profonde crise de son histoire. Mais, par delà les drolatiques péripéties pré-électorales françaises, tant le PS que Les Républicains continuent de partager ce mantra qui leur sert de programme commun subliminal : « l’Europe est notre avenir ». Dans la perspective des scrutins du printemps prochain, ils s’efforcent cependant de rester discrets sur ce thème tant il devient de plus en plus repoussoir.

 

Le Front national, quant à lui, cultive pour l’heure l’ambiguïté. Alors que beaucoup d’électeurs pensent utiliser ce vote pour exprimer leur refus de Bruxelles, des responsables de ce mouvement plaident pour adoucir une image « trop anti-européenne » jugée susceptible d’effrayer certains électeurs.

 

Or qui prétendrait conduire des choix tranchant avec les orientations actuelles sans rompre avec l’intégration européenne est soit un naïf, soit un imposteur. La remarque vaut pour tous les candidats. Arnaud Montebourg développe ainsi une certaine schizophrénie en proposant de désobéir à l’UE... en payant des amendes plutôt que d’imaginer quitter la galère.

 

Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon lançait le 16 octobre sa nouvelle mouvance baptisée La France insoumise. Une formulation d’apparence prometteuse. Encore faut-il s’assurer de sa portée concrète, car rien n’est pire que de se payer de mots. Or le candidat libre redoublant à la magistrature suprême propose de « sortir des traités européens ». Mais pourquoi ne pas dire tout simplement « sortir de l’UE » ?

 

L’eurodéputé n’a-t-il pas quelque mal à lâcher les rêves qu’il a nourris des décennies durant ? Car il reprend désormais la formule mi-chèvre mi-chou : « l’Europe, on la change ou on la quitte »... ce qui redonne une once de crédibilité à l’hypothèse « on la change ». Pourtant, depuis des lustres, il n’a pas manqué de responsables politiques pour aligner les rodomontades promettant de « changer », d’« infléchir », de « réorienter », de « refonder » l’Europe... Sans autre résultat que de soumettre toujours plus les peuples au carcan communautaire.

 

François Hollande s’était ainsi engagé, en 2012, à « renégocier » immédiatement le traité imposant la gouvernance économique, pour finalement y renoncer dès sa deuxième rencontre avec Angela Merkel ; le Grec Alexis Tsipras était arrivé au pouvoir en janvier 2015 après une campagne promettant de tenir tête à Bruxelles – on connaît la suite.

 

Combien de Tsipras faut-il à l’« insoumis » Mélenchon pour admettre cette réalité : l’Europe n’a été conçue et ne peut fonctionner que dans l’intérêt de l’oligarchie ; et pour abandonner l’illusion qu’on pourrait la faire tourner dans l’intérêt des peuples, alors que son but fondamental est d’aliéner la liberté de ceux-ci ?

 

Il continue imperturbablement de suggérer un « plan A » visant une « sortie concertée » ; et un « plan B » menaçant d’une sortie unilatérale, sortie qu’un forum européen (où Jean-Luc Mélenchon côtoie notamment... Yanis Varoufakis) caractérisait ainsi en septembre 2015 : « si l’euro ne peut pas être démocratisé, s’ils persistent à l’utiliser pour étrangler les peuples, nous nous lèverons, nous les regarderons dans les yeux et nous leur dirons : ‘essayez un peu, pour voir !’ »...

 

Mais dans quel monde vit l’ex-président du Parti de gauche ? Laisser entendre qu’il pourrait se dessiner une coalition européenne de gouvernements – actuels ou futurs – susceptibles de s’inscrire dans le sillage de cette « France insoumise », c’est ignorer la réalité politique et juridique de l’UE.

 

« L’Europe de nos rêves est morte » se désole le candidat. Il devrait revenir sur terre : les Français – les classes populaires en particulier – n’ont jamais majoritairement rêvé d’Europe. Lui-même en revanche fut un farouche défenseur du traité de Maëstricht en 1992, avant d’admettre s’être trompé ; il fut un supporter fervent de Syriza, avant de prendre quelques distances...

 

Admettre ses erreurs, c’est bien ; en tirer les leçons, ça serait mieux. Faute de quoi, la candidature Mélenchon risque de s’avérer plus dangereuse que toutes les autres, car elle peut réanimer des illusions que MM. Hollande, Juppé, Sarkozy et consorts ne sont plus capables – et c’est tant mieux – de porter.

 

Par son refus d’énoncer un objectif facilement intelligible par tous – « Frexit veut dire Frexit » pour paraphraser nos amis anglais – le vote proclamé « insoumis » pourrait bien, fût-ce involontairement, apporter une nouvelle caution « de gauche » au principe de l’intégration.

Et constituer ainsi l’ultime roue de secours de Bruxelles en déroute.

Pierre LEVY

Éditorial paru dans l’édition du 25/10/16 du mensuel Ruptures

 

Published by jack Freychet - dans Présidentielle 2017
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 09:56

Par Thierry Meyssan

Pendant que la presse atlantiste persiste à projeter sur Donald Trump les débats artificiels qu’Hillary Clinton a imposés durant la campagne et que se multiplient les appels à assassiner le président élu, celui-ci se prépare à changer de paradigme, à renverser l’idéologie puritaine qui domine son pays depuis deux siècles. Mais peut-il réussir ?

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 15 novembre 2016

Donald Trump et le général Michael T. Flynn

 

La presse internationale tente de nous persuader que les électeurs de Donald Trump ont exprimé une révolte des Petits Blancs face aux élites. Elle ne fait en réalité que prolonger le discours d’Hillary Clinton que, précisément, ces électeurs ont rejeté. Elle refuse d’envisager que le clivage actuel n’ait aucun rapport avec les thèmes qu’elle a traités durant cette campagne.

 

Pourtant, nous avons tous vu une nouvelle ligne de fracture apparaître non pas entre les deux grands partis, mais en leur sein. De nombreux leaders républicains ont soutenu Clinton et quelques leaders démocrates Trump. Bernie Sanders vient même de lui proposer ses services. De même, l’analyse des votes en fonction des appartenances communautaires (femmes, hispaniques, noirs, musulmans, gays, etc.) n’a pas plus de sens. Bien que l’on nous ait rabâché que voter Trump, c’était voter pour la haine des minorités, au moins un tiers des minoritaires a voté pour lui.

 

 

Quelques journalistes tentent de s’appuyer sur le précédent du Brexit, alors même qu’ils avaient été identiquement surpris par celui-ci et incapables de l’expliquer. Si l’on analyse en fonction des précédents étrangers, on doit au moins tenir compte des élections surprises de Narendra Modi en Inde et de Rodriguo Dutertre aux Philippines (une ancienne colonie états-unienne).Malgré la propagande, les Britanniques n’ont pas voté contre les Européens, les Indiens contre les musulmans, et les Philippins contre les Chinois. Au contraire, chacun de ces trois peuples cherche à sauver sa propre culture et à vivre en paix. Bien que responsable des émeutes anti-musulmanes du Gujarat, en 2002, Narendra Modi a tendu la main au Pakistan, persuadé que les problèmes entre les deux pays ont été organisés et entretenus par les puissances coloniales. De même, Rodriguo Dutertre a-t-il provoqué la stupeur en se rapprochant de l’« ennemi » chinois.

 

J’expliquais, il y a quelques semaines, dans ces colonnes [1] que le clivage qui divise les États-Unis n’est déterminé ni par les appartenances ethniques, ni par les classes sociales, mais par l’idéologie puritaine. Si cette explication est juste, nous devrions assister à une lutte existentielle des partisans de cette idéologie face à l’administration Trump. Tout ce qu’entreprendra le nouveau président sera systématiquement saboté. D’ores et déjà, les manifestations sporadiques contre le résultat de l’élection attestent que les perdants ne respecteront pas les règles de la démocratie.

 

Plutôt que de réfléchir à la manière dont nous pourrions tirer avantage de l’administration Trump, nous devrions nous demander comment nous pouvons l’aider à réussir à libérer son pays de son propre impérialisme, à mettre fin au monde unipolaire et à la « doctrine Wolfowitz » ; comment nous pouvons substituer la coopération à l’affrontement.

 

Alors que la presse états-unienne spécule sur les nominations possibles de personnalités de l’administration Bush au sein de l’administration Trump, nous devons anticiper le rôle politique que joueront les cadres commerciaux de la Trump Organisation, les seuls en qui il puisse avoir confiance.

 

Nous devons nous appuyer sur le général Michael T. Flynn qui, quoique démocrate, fut le principal conseiller en politique étrangère et de défense durant sa campagne. Commandant du Renseignement militaire, de la Conférence de Genève 1 à la conquête de l’Irak par Daesh, il n’a cessé de combattre le président Obama, la secrétaire d’Etat Clinton, les généraux David Petraeus et John Allen, et Jeffrey Feltman à propos de l’usage des jihadistes et du terrorisme pour maintenir l’impérialisme états-unien. Qu’il soit conseiller de Sécurité nationale, directeur de la CIA ou secrétaire à la Défense, il sera le meilleur allié de la paix au Levant.

Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 17:52

Ou le retour de Jean  Lecanuet

Origine http://www.librairie-tropiques

 

Certains se souviennent que De Gaulle s'offusquait qu'on puisse lui opposer une publicité ridicule en forme de politicien insignifiant, et on mesure à quel point est loin de nous désormais le temps où les barons de la droite pouvaient proclamer qu'il « faut fuir comme la peste les experts en publicité ou autres spécialistes de marketing. Ils n’ont aucune connaissance des phénomènes politiques et s’imaginent que l’on peut “vendre” un candidat comme une pâte dentifrice. ». Pourtant Lecanuet réussit à mettre le Grand Charles "en balottage". Un Lecanuet "centriste et pro-américain" donc déjà bien aidé par "les puissances d'argent" (comme disait le général) des "milieux d'affaire" encore un peu entravés en France à l'époque, mais qui finançaient déjà le marigot centriste et la médiocratie française encore un peu confinée depuis la fin de la 4ème république; et c'est sans doute ainsi qu'on peut expliquer que ce non-événement absolu occupe aujourd'hui la une des médias, tous contrôlés désormais par les dites puissances et de mémoire de français les plus servilement nuls qu'on ait jamais vus.

 

 

Il est vrai qu'en dépit de "l'autoritarisme du régime", il existait encore, à l'époque du Général, une "presse d'opinion" marquée par une diversité de points de vue qui renvoyait elle-même à une réelle diversité d'opinions que dénotait notamment un PCF à plus de 20% de ces opinions.
Il est vrai aussi, qu'aujourd'hui, en dépit du bide complet des "idées neuves et créatives" de son fringuant crâne d'oeuf favori  (les "bus macron" font faillite les uns après les autres, comme le reste des "innovations modernes" supposées "faire bouger les lignes"), le mage Jacte Ali (alias "voit tout, sait tout"), chargé de la campagne publicitaire par les banques d'affaire, nous le vend depuis le début, non plus seulement comme "dent blanche, haleine fraiche" , mais comme un "rénovant" qui de plus... sait faire mousser...

 


 

Précisons quand même que c'est un peu faire injure à ce bon vieux notable provincial de Lecanuet que de l'assimiler à Macron. Je sais "de source sure" qu'il avait un bon fond petit-bourgeois honnête et qu'il souffrait au fond de lui-même de "failles affectives" que jamais ses (très relatifs) succès électoraux ne purent combler. Bref, on  était encore chez les humains et la trans-humanité de zombies smartefaunisés et ubérisés "adonf" n'était pas (encore) au programme.


"à l'époque" il suffisait de se déclarer pro-américain, pro-européen et libéral pour passer pour "moderne" , du moins par rapport au Grand Charles (et aux communistes).


Maintenant ce qui a changé c'est qu'il n'y a plus ni Grand Charles, ni communistes ....

17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 17:40

Mort de la globalisation et renaissance des  nations ?

Par Youssef Hindi http://www.geopolintel.fr/article1913.html

mardi 15 novembre 2016

 

L’une des raisons qui a empêché les grands médias occidentaux de voir venir la victoire de Donald Trump est l’aveuglement idéologique de l’élite oligarchique et globaliste.

En effet, qu’ils appartiennent à la classe dirigeante politique, médiatique ou économico-financière, tous sont acquis à la cause de la globalisation économique dont le centre idéologique et historique est le monde anglo-américain.

L’URSS et le communisme international ont vu leur fin actée par la chute du Mur de Berlin. Peut-on affirmer que la fin de la globalisation économique a quant à elle été signée par l’élection de Donald Trump ?

C’est une interprétation qui fait sens si l’on en croit l’économiste américain James Kenneth Galbraith qui écrivait en 2008 :

« Si le credo soviétique était la planification centralisée, le nôtre était son contraire absolu : le culte du marché libre. Mais aux Etats-Unis la relation entre la théorie et la pratique politique n’est pas simple. A cet égard, la ressemblance avec ce qui se passait dans l’ancienne Union soviétique est troublante : l’action publique américaine n’était pas (et n’est pas) régie par les principes de la doctrine officielle. La doctrine sert plutôt de mythe légitimant – ce qu’on dit et répète aux enfants des écoles, mais que nul ne prend au sérieux au sein des cercles du pouvoir.

Quelle est l’utilité du mythe ? La même ici aujourd’hui qu’hier là-bas : il fixe des bornes à l’opposition, restreint la circulation des idées et réduit la sphère du débat acceptable… L’opposition respectable fait allégeance au système en acceptant son mythe directeur. » [1]

La réussite de Trump tient au fait qu’il n’a pas respecté ce mythe, ce dogme ; au contraire, il a attaqué frontalement le libre-échange généralisé en pointant du doigt ses effets sociaux et économiques désastreux.

 

La globalisation comme outil de domination oligarchique

Ainsi que l’a montré l’économiste James K. Galbraith dans son ouvrage L’Etat prédateur [2], le contrôle de l’économie américaine est passé des mains des industriels à celles des banquiers, remplaçant l’économie réelle par l’économie fictive avec la prééminence d’un capitalisme actionnarial et spéculatif [3] conduisant à une destruction du tissu industriel et à une financiarisation de l’économie américaine, et par suite de celle du monde.

L’Amérique est alors sortie de l’ère du paternalisme bienveillant de type fordien (Henri Ford) – mutuellement profitable aux détenteurs du capital et aux travailleurs – pour entrer dans celle de la rapacité bancaire, dévastatrice et apatride.

L’empire américain, dont l’appareil d’Etat a été investi par une oligarchie multiséculaire et nomade, ne pouvait, comme son prédécesseur anglais, contrôler le monde seulement par une puissante armée (hard power), mais devait s’adapter à un monde de plus en plus vaste (par sa démographie et l’émergence ainsi que la ré-émergence de puissances économiques et militaires), en appliquant les principes du soft power, et notamment en utilisant des relais de pouvoir comme les institutions internationales, les lobbies, les médias internationaux et les réseaux d’influences à caractère occulte, qui se chargeront de soumettre l’Humanité.

Les accords de Bretton Woods de 1944 qui devaient répondre à la crise de 1929 (qui a résulté de la spéculation financière), ont donné naissance à la Banque Mondiale et au Fonds Monétaire International. Ce qui déboucha de ces accords était conforme à la volonté des Etats-Unis, à savoir faire du dollar l’instrument de référence international et imposer la libéralisation des mouvements de capitaux.

Les règles du commerce international furent traitées durant la conférence de la Havane la même année. Les Américains avaient refusé de signer l’accord visant à réglementer le commerce sur des bases nationales et protectionnistes, eux qui étaient partisans du libre-échange.

L’Organisation mondiale du commerce qui née en 1995 se chargera de répondre aux désirs des Etats-Unis en favorisant le système de libre-échange généralisé, lequel a ironiquement frappé l’Amérique par le fléau qu’elle a infligé au reste du monde : la désindustrialisation et le chômage de masse.

Dans la présente séquence historique, il apparaît clairement que l’impérialisme américain ne se maintient que par la menace militaire (hard power) et la politique de subversion (révolutions colorées et guerres civiles)… Un tel système de domination ne peut, à l’échelle de l’histoire, ne durer que le temps d’un éclair ; chose qu’avait compris les empires traditionnels depuis l’Antiquité qui se maintenaient sur une base de légitimité, de « supériorité civilisationnelle », et d’acceptation des populations dominées.

La puissance impériale ainsi que ses institutions internationales se sont essoufflés malgré ou à cause de leurs efforts. Le passage d’un soft power sûr de lui à un hard power nerveux et fébrile est la manifestation d’une réelle et profonde faiblesse morale et matérielle qui touche le cœur même de l’empire.

 

L’échec de la globalisation a fait le succès de Trump

C’est cette catastrophe provoquée par le libre-échange et la financiarisation de l’économie – identifié par le peuple américain – que Trump a dénoncé et à laquelle il a proposé des solutions adéquates (que nombre d’économistes proposent depuis plusieurs années).

Répondre aux attentes du peuple américain, prendre en charge ses préoccupations, c’est de là que vient le succès de Donald Trump, et non pas sa personnalité et ses déclarations « racistes » qui auraient poussé les « petits blancs sous-éduqués de sexe masculin » à voter pour lui.

Une analyse de la sociologie électorale met en évidence que la réalité est bien loin de la propagande médiatique voulant masquer la victoire de la question socio-économique par celle du conflit racial [4].

Le journal Atlantico rapporte l’étude post-électorale qu’a faite le New-York Times et qui a démenti les sondages sur l’électorat de Donald Trump :

« Donald Trump a créé la surprise dans cette élection. Le New York Times analyse les évolutions des groupes sociologiques qui expliquent ce résultat, qui ont confondu les analystes.

  • Chez les blancs, Donald Trump a remporté avec une forte marge ceux qui n’ont pas de diplôme d’enseignement supérieur, et a quand même gagné chez les autres.
  • La base électorale de Trump, c’est la classe ouvrière blanche, définie comme les blancs qui n’ont pas de diplôme d’enseignement supérieur. Ce groupe a voté de manière massive pour Trump. Et si les blancs diplômés ont plus voté pour Hillary Clinton, Trump l’a néanmoins emporté chez eux.
  • La division de classe. Hillary Clinton a surperformé parmi les moins riches (revenus inférieurs à 30 000 dollars par an) et les plus riches (plus de 100 000 dollars de revenus par an). Donald Trump a surperformé chez les classes moyennes : ceux qui gagnent entre 50 000 et 100 000 dollars par ans. (ceux qui sont les premiers touchés par les effets du libre-échange)
  • Des minorités moins présentes que prévu. Si Hillary Clinton a enregistré des scores léonins chez les minorités, ces scores furent néanmoins inférieurs à ceux obtenus par Barack Obama en 2012, qui lui ont permis de l’emporter.
  • Les hommes votent Trump, et les femmes votent (relativement) peu Clinton. Si Donald Trump a surperformé chez les hommes, ce qui était prévu, ce qui l’était moins, c’est le soutien des femmes, étant donné qu’Hillary Clinton aurait été la première femme présidente des États-Unis, et que Donald Trump était vu comme misogyne. Il a fait un score très légèrement inférieur à la normale chez les femmes.  » [5]

L’oligarchie, via sa représentante Hillary Clinton – dont la campagne électorale a coûté trois fois plus chère que celle de Trump, et qui a de surcroît bénéficié du soutien de tout l’appareil médiatique –, a voulu imposer des thèmes sociétaux et raciaux – les noirs qui ont voté en faveur de la candidate de l’oligarchie ne furent pas conscients qu’ils allaient à l’encontre de leurs propres intérêts, notamment économiques [6] – pour contrer les thèmes socio-économiques. Et le fait que cette stratégie ait échoué en Amérique même, pays dont l’histoire et la construction se sont fondées en partie sur la race et un inégalitarisme structurel (héritée de la culture anglaise), est tout à fait significatif de la profondeur de la crise.

 

Le moment du choix : la globalisation ou la nation

Dans son ouvrage L’illusion économique [7] (1998), le démographe et historien Emmanuel Todd a mis en évidence la corrélation entre niveau d’éducation et progrès technique et industriel, générateur de la richesse matérielle d’une société. Partant de cette « loi » anthropologique et économique, le recul de l’éducation peut être interprété comme une des causes de la stagnation ou de la régression de la productivité et du progrès technique. Ce qui est le cas des Etats-Unis qui ont vécu un arrêt de leur niveau éducatif à partir du début des années soixante. Le résultat a été aussi brutal que mécanique : le ralentissement du niveau de productivité, suivie d’une décomposition industrielle, le tout faisant le lit de la régression économique.

Cette situation a été aggravée par le système de libre-échange mondialisé qui a mis l’industrie américaine face à des titans de la production quantitative et qualitative comme le Japon et l’Allemagne qui ont, dès les années soixante-dix, accentués – à cause du régime de libre-échange – la destruction de l’industrie Américaine [8].

Le succès de Donald Trump est la réaction à ce lent processus régressif qui a éloignée l’Amérique de son rêve.

Que la question économique se soit combinée à celle de la remise en cause du coûteux et inutile impérialisme est cohérent : le libre-échange est associé à l’impérialisme américain, lesquels s’opposent à l’isolationnisme géopolitique qui est couplé au protectionnisme économique.

C’est cette réalité que Donald Trump a su formuler en langage simple et compréhensif pour la masse.

Mais il ne faut pas s’attendre avec le Président Trump à un démantèlement du système impérial américain et des institutions de la globalisation. Cette énorme machine n’étant pas sous le contrôle de la Maison Blanche.

Toutefois, ce à quoi nous assistons est un tournant idéologique majeure qui aura un impact, d’une manière ou d’une autre, sur la réalité matérielle, car les structures et l’idéologie qui les sous-tend sont interdépendants.

Cette fenêtre historique qui vient de s’ouvrir offre à l’Europe en général et à la France en particulier, une marge de manœuvre (peut-être de courte durée) qui permettra éventuellement au Continent de s’émanciper de la tutelle américaine et ainsi réorienter sa politique (cette fenêtre providentielle, je l’annonçais dans un article de décembre 2015 [9], mais je ne m’attendais pas à la voir s’ouvrir aux Etats-Unis). Mais cela ne sera possible qu’après le balayage pur et simple de la classe politique française.

Les Etats-Unis étant, dans le monde occidental contemporain à l’avant-garde idéologico-politique – puisqu’elle est le centre de la production « culturelle » de l’Occident –, l’élection de Trump peut justement être l’impulsion d’une dynamique « révolutionnaire » ou d’un renversement en Europe de l’ouest. Aujourd’hui les européens exaspérés par une caste politique corrompue et par la dictature technocratique et bancaire du politburo de Bruxelles peuvent se dire « si les américains l’ont fait, c’est possible ».

La politique est l’art du possible.

Youssef Hindi est écrivain et historien de l’eschatologie messianique. Il est l’auteur des ouvrages Occident et Islam – Sources et genèse messianiques du sionisme. De l’Europe médiévale au Choc des civilisations et Les mythes fondateurs du choc des civilisations. 2016, Editions Sigest.

Voir en ligne : arretsurinfo.ch

Notes

[1] James K. Galbraith, L’Etat prédateur, 2008, éd. Le Seuil, 2009, p. 17.

[2] James K. Galbraith, op. cit.

[3] Sur le capitalisme actionnariale voir : Frédéric Lordon, La crise de trop, Fayard, 2009.

[4] Voir l’analyse du sociologue et essayiste Alain Soral au lendemain de l’élection de Donald Trump (9 novembre 2016) : http://www.egaliteetreconciliation....

[5http://www.atlantico.fr/pepites/201...

[6] Voir la conférence qu’Emmanuel Todd a donnée quelques heures avant l’élection américaine*, le 8 novembre 2016 : https://blogs.mediapart.fr/xipetote...

[7] Emmanuel Todd, L’illusion économique : Essai sur la stagnation des sociétés développées, Gallimard, 1998.

[8] Emmanuel Todd, op. cit.

[9] Youssef Hindi, Attentats du 13 novembre, la politique et l’avenir de la France en question, 4/12/2015 : http://www.geopolintel.fr/article99...

16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 16:36

Par Jean marie Bourget dimanche 13 novembre 2016

Repris sur http://oumma.com/223911/france-remet-un-prix-de-journalisme-a-un-adorateur-da

 

Tare professionnelle, les journalistes sont trop modestes. Ce qui compte pour eux ce n’est rien d’autre que le combat pour que la vérité aboutisse, et arrive à temps pour le « 20 heures ». Ainsi la presse a trop peu évoqué le palmarès du dernier Prix Bayeux, des récompenses attribuées aux « correspondants de guerre ». Un vocable désuet qui désignait jadis des journalistes qui tuaient le temps sur les champs de bataille. Je ne comprends pas la pudeur de mes confrères ? Pourtant cette année le jury s’est distingué en récompensant, sans hésiter, un compagnon de route du Djihad mondial. Un choix qui aurait mérité plus de lignes, plus de mots.

 

L’heureux confrère, primé pour un reportage signé en commun avec Clarissa Ward de CNN, porte le nom de Bilal Abdul Kareem. Et ce n’est pas n’importe qui. Né en 1970 à New York, Bilal se rêve d’abord acteur. Plutôt que l’écran, il crève la faim. Dans sa pérégrination, en 1997, il déménage à Brooklyn, par hasard près d’une mosquée, et c’est la révélation. Bilal devient un fou de Dieu. Tant même que certains lui accordent le titre d’imam…

 

Il passe ses jours et ses nuits entre le Coran et la grammaire arabe. L’envie de mieux vivre sa vocation le pousse à s’installer au Soudan, à Khartoum, ville bénite où le Congrès Islamique Mondial a son rond de serviette.

 

Un peu mieux nourri de religion, Bilal part alors pour l’Egypte. A force de pratiquer le Tafsïr, c’est-à-dire l’exégèse du Livre, il poursuit son chemin vers la sainteté. D’une sacristie l’autre, le voilà en contact avec les gardiens des Lieux saints. Une télé saoudienne lui propose un job, il va sans dire dans une chaine très halal qui vit au rythme de la prière. Hélas, sans doute sur un désaccord de doctrine, notre confrère quitte la télé et part au Rwanda pour y tourner un documentaire. Le maniement de la vidéo ne fait pas oublier les voies du Seigneur au converti. Le 5 novembre 2009 quand, à l’intérieur du camp de Fort Hodd au Texas, l’officier Nidal Malick Hasan flingue 13 de ses propres collègues, le vidéaste Bilal -par le biais du site « Révolution Islamique »- poste une auto interview signée AIM Films. Le contenu est simple : il approuve la tuerie texane. Pour Bilal le geste de Hasan est « un acte de guerre et non une action terroriste ou criminelle ». Dans la foulée de son aspiration à un Djihad mondialisé, il soutient les rebelles tchétchènes au point que son nom est cité lors d’un procès lié à un marché d’armes.

 

En 2012 la guerre en Syrie arrive à temps puisque Bilal se sent pousser, à lui seul, les ailes d’une brigade internationale. Il s’installe sur le champ de bataille, et assez vite à Alep. Inutile de se laisser pousser la barbe, il l’a longue depuis des mois.  Là sa maison devient une rédaction tenue par un seul homme-orchestre, notre courageux confrère photographie, écrit, blogue, filme. Bilal a la chance d’être le seul « correspondant » accrédité, supporté par les djihadistes, il a le monopole. Médusé par cet homme protée le monde des médias occidentaux lui passe parfois commande. Avoir des nouvelles fraîches de ces rebelles –forcément modérés – est une chose utile.



En novembre 2015, après les massacres de Paris, en tant que phare de la pensée islamique, Bilal rend son jugement : « Je ne condamne les crimes de Paris que si l’on condamne les crimes commis par les tueurs français contre des musulmans innocents ». Un propos venu du front, assez cohérent, mais peu fait pour enthousiasmer les rescapés du Bataclan ou les actionnaires de CNN. Et c’est ainsi que le Prix Bayeux a été décerné à un compagnon de route de tous les salafistes, sauf ceux de Daech. Amnesty International, l’organisation humanitaire qui patronnait ce « Deuxième Prix catégorie TV », doit être enchantée d’avoir porté des lauriers au front de ce magnifique filleul.

 

Décidément l’automne est la période de grande forme pour notre « correspondant de guerre »… Ne voilà-t-il pas, il y a un an, que Bilal Abdul Kareem, sur Facebook relié en forum, répond à 29 questions posées par le web planétaire. Nous nageons là en pleine onction, les mots sont ponctués de références au Coran et au Prophète. De la rude pensée de Bilal, j’ai extrait le bonus qui va suivre.

 

Nous attaquons par une spéculation sur la composition du futur gouvernement de la Syrie, celui qui sera mis en place par les rebelles qui prendront Damas. Le lauréat du Prix Bayeux répond : « Le danger serait alors l’installation d’un nouveau pouvoir qui ne représenterait pas toutes les forces islamiques ».

 

Pas une syllabe pour les mécréants qui, nous dit-on, se battent pour l’avènement d’une démocratie sans Allah. A propos du comportement du groupe Ahrar Asham -une chapelle composée de barbares dont les chefs sont issus d’Al-Qaïda- notre confrère constate que ses frères-là « ont fait couler plus de sang que ce que l’on peut imaginer ». Mais que, sans eux la Révolution « ne serait pas où elle en est. Sans eux elle serait morte ». Bilal Abdul Kareem, le collaborateur de CNN, apprécie vraiment ces sympathiques guerriers qui forment « un groupe très influent qui a fait beaucoup pour le peuple syrien ».

 

A la question posée sur ceux qu’il considère comme de « vrais moudjahidin », Bilal répond : « Tous les groupes islamiques sauf ISIS (Daech) ont plus de vertus que de torts. Je ne peux en distinguer un seul ».

 

A un internaute qui s’étonne de ce que les rebelles de Jaish al islam exposent sur les places publiques des familles enfermées dans des cages, le compréhensif confrère répond : « Je ne suis pas d’accord avec eux mais je sais pourquoi ils ont fait ça. Les bombardements d’Assad et de la Russie transformant leurs familles en pudding, ils utilisent comme boucliers humains ceux qu’ils considèrent comme des supporters du régime. Je n’approuve pas mais je comprends. » Vous avez noté je « n’approuve pas ».

 

Et Al-Nosra, autre succursale d’Al-Qaïda n’est pas absente dans le cœur de Abdul Kareem : « Quand ils réussissent, c’est l’ensemble des factions rebelles qui réussit ». L’avenir ? Bilal le voit en vert : « Le Syrie est un pays musulman qui doit être gouverné par des musulmans. Ici la démocratie est une notion étrangère qui ne peut fonctionner. »…

 

Pourtant, en place de Bachar, Hollande, Obama et Camerone nous ont promis la mise en place d’hommes libres et démocrates… Au terme de la Révolution, ce sera donc Allah. Allah, et la charia, bien sûr. Une sainte charia qui n’est pas l’horreur décrite par les Croisés d’Occident. Mais « qui est d’abord le moyen de faire adhérer toute la Oumma, le monde islamique, au futur régime de Damas. Oui les rebelles adoptent et adopteront la charia dès qu’ils auront repris toute la Syrie ».

 

Sur l’organisation des groupes islamistes, notre journaliste-généralissime s’exprime en guerrier. C’est normal. Il se réjouit de la création d’un comité militaire commun sous l’enseigne de Jaysh Al Fateh, un parapluie qui n’accueille que des unités ayant prêté allégeance à Al-Qaïda « c’est beaucoup plus efficace ». Comment les Syriens vivent-ils l’action et la présence de ces groupes armés ? Très bien : « Les Syriens qui vivent avec Ahrar (milice sponsorisée par l’Arabie et le Qatar) supportent Ahrar, les autres, s’ils sont dans un secteur pris en main par Al-Nosra (Al-Qaïda), se comportent de la même façon ».

 

Ainsi, selon le pigiste de CNN, vivre la guerre à Alep, sous la douce et clairvoyante férule des salafistes, c’est un temps de bonheur.Œcuménique, amis de tout barbu, Abdul Kareem a quand même sa préférence. A lui. C’est Al- Nosra, donc le groupe vassal d’Al-Qaïda. Pour Abdul Kareem ces gens sont, si l’on peut dire, des types au poil. « Il gouverne de larges zones de Syrie… Pour différentes raisons il y a des gens qui n’aiment pas Al-Nosra, mais la réalité est que cette organisation est une part importante dans le conflit et qu’elle a rendu un grand service au peuple syrien ». Dommage que Ben Laden ne soit plus là pour lire un entretien aussi revigorant.

 

« Correspondant de guerre », à contre temps, essentiellement quand les canons grondent moins, le vénéré Jean-Claude Guillebaud, prince de la conscience bonne, président du jury de Bayeux versus 2016, a donc eu la main heureuse en distinguant un journaliste qui est un modèle : engagement total, courage, abnégation, publication sur supports multiples, notes de frais ridicules. Finalement ce dont rêve Bolloré (et autres) pour « I Télé ».

15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:30

Repris sur site Librairie Tropiques 12 Novembre 2016

 

 

 

Désormais avéré et notoirement démontré par les circonstances et le contexte de la "surprise" Trump, le formatage idéologique (inepte et servile) de nos médias et de la classe dirigeante qu'ils servent, ce sont les anarchistes "vrais" (donc rationalistes) qui en parlent le mieux. C'est à dire aussi bien que les experts compétents (et généralement de droite) commentant les errements chaotiques et l'amateurisme aveugle de nos élites actuellement "aux affaires", singulièrement  en matière militaire et géopolitique "appliquée".

 

Ainsi devons nous à l'excellent chroniqueur attitré de la coopérative — la plus vieille d'Europe— de Longo Maï, observateur lucide et compétent qui signe "laconique", ce billet, tiré de sa chronique "L"ire des chênaies", qu'il nous a aimablement autorisés à relayer et où il commentait, un peu avant le "coup de tonnerre" électoral américain, les constats alarmants déjà rapportés dans l'article -de Caroline Galacteros-  sur un thème connexe que nous avions reproduit ici, il y a quelques semaines .

 

Story telling et culte de la personnalité en guise d’analyse

Super la soirée théma d’Arte sur les années Obama! Un chef-d’œuvre de documentaire qui remplace avantageusement Nounours, son marchand de sable et son «bonne nuit les petits». Il y était développé trois thématiques, «l’Obamacare», les tensions sécuritaires intérieures (racisme, petits massacres récurrents…) et la situation au Proche-Orient que j’ai suivies avec attention. On y cueille tout de même des indications sur les manières dont les décisions se prennent, mais surtout en creux les informations sur lesquelles il est de bon ton, de faire l’impasse (l’ambition officielle US de «redessiner la carte du Moyen-Proche-Orient»,comme Daech, par ex.), ou de surfer rapidement (les dissensions flagrantes et inquiétantes entre Maison-Blanche et Pentagone), ou d’évoquer comme des certitudes alors qu’elles sont le sujet de très sérieuses controverses, pas mêmes signalées (l’attaque chimique du 13 août 2013 évidemment attribuée «à l’armée de Bachar»).

 

L’infantilisation narrative se joue très sérieusement en une sorte de télé-réalité différée avec une flopée de vrais-faux témoins qui nous racontent dans le détail ce qu’ils ont envie de nous faire savoir des réunions qui se sont tenues dans le bureau ovale avec le président, ses doutes, ses réactions, et ses commentaires. Ils racontent très bien tous ces conseillers, conteurs, raconteurs que l’on ne nous présente même pas (à savoir quels lobbies ils représentent par exemple). En «com» ils sont vraiment très bons, rien à dire. Façonner l’image d’un Obama toujours tiraillé, sympathique, plus humain que ça tu meurs, ça laisse peu de place à la critique, mais ils ne sont pas là pour ça. Inutile d’évoquer ces réunions du mardi matin où Obama et ses conseillers CIA and Co font le listing des suspects à abattre repérés par les drones antiterroristes. Et pourquoi feraient-ils autrement avec des journalistes qui boivent leurs paroles avec la félicité de l’eau bénite? Ça doit faire partie du code d’accès à ces lieux décisionnels, ou prétendus tels.

 

760 milliards de dollars, c’est officiellement le budget militaire US annuel, c’est-à-dire plus que tous les budgets militaires des États du monde réunis, ce qu’un ex-président américain dénonçait comme le lobby militaro-industriel, et que Lavrov nomme «la machine militaire américaine» pour souligner le fait qu’elle ne paraît plus répondre au commandement du président Obama (NTV 26 Sept). D’ailleurs dans une lettre ouverte de 15 anciens responsables du renseignement US adressée à Obama début octobre (site Zéro Hedge) sur la situation explosive en Syrie, l’appelant à «négocier avec la Russie ou les conséquences seront catastrophiques» ces vétérans du renseignement soulignent: «Les différences entre la Maison-Blanche et le Pentagone ont rarement été aussi ouvertement exprimées qu’elles le sont aujourd’hui à propos de la Syrie», «des remarques publiques proches de l’insubordination» de la part de hauts responsables du Pentagone, qu’ils accusent dans leur texte de saboter militairement sur le terrain toutes les négociations russo-américaines. Aussi recommandent-ils à Obama des négociations personnelles directes avec Poutine.

 

Le message semble n’être pas entendu, depuis la crise des missiles de Cuba jamais la tension n’a atteint un tel niveau. Côté américain on déclare que «toutes les options sont sur la table», y compris une guerre totale et meurtrière, côté russe les systèmes de défense anti-aérienne en Syrie ont été très renforcés et le général Igor Konachenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense a mis en garde «les systèmes russes n’auront pas le temps de déterminer «en ligne directe» le trajet précis des missiles et leur appartenance. Et ceux qui prétendent qu’il existe des avions invisibles vont au devant de graves déconvenues». Les milieux d’affaires ont été avertis par le Wall-Street Journal fin septembre informant que le gouvernement américain envisage désormais ouvertement de participer directement à la confrontation armée contre l’armée syrienne et donc la Russie.

 

Caroline Galactéros, docteur en sciences politiques, colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, et directrice du cabinet d’intelligence stratégique «Planeting» dans un article du 11 octobre dans le Figaro, s’interroge sur le projet de résolution au Conseil de Sécurité de l’ONU déposé par la France demandant l’arrêt des combats sur l’est d’Alep. «Ce cinéma diplomatique vient évidemment se solder par un veto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou... Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. «L’Occident» ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle: il le nourrit, le conseille, l’entraîne. Daech, dont la barbarie spectaculaire (...) sert d’épouvantail opportun (…), permet de juger par contraste «respectable» l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’État islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme «légitimes» et «capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré.»

 

Comme Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, «Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter «à la source» le terrorisme qui menace ses marges d’Asie centrale et du Caucase» poursuit-elle.

 

«Dans le Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi -qui observe notre incohérence diplomatique et politique- qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique (…). Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad... tout en prétendant profiter du marché iranien entrouvert... et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu? C’est de l’opportunisme à très courte vue, mais plus encore un hiatus stratégique béant et la manifestation d’une totale incompréhension du réel». Dommage que ce ne soit pas elle, Caroline Galactéros, ce colonel de réserve opérationnelle, qui ait interrogé les conseillers de Obama!

 

Elle finit son article en fustigeant les entretiens de J-M. Ayrault sur LCI le 5 octobre et celui de Hollande sur TMC dans une émission de divertissement franchissant «un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique», et questionne «si Assad (…) était finalement militairement et politiquement mis hors jeu, par qui compte-on le remplacer? (...) Quels individus veut-on mettre au pouvoir? Les pseudo «modérés» qui encombrent les couloirs des négociations en trompe-l’œil de Genève? (…) Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux «patrons» du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences «démocratiques»? (…) Quelle naïveté, quelle ignorance, quelle indifférence en fait!»

 

Et de conclure son long argumentaire dont je vous recommande l’intégral «Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’État syrien devait tomber sous la coupe de Daech ou sous celle d’Al Nostra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissés advenir?»

 

Au-delà du conflit syrien, comme le titrait, page 9, le Monde Diplo de septembre «Washington réarme face à Moscou et Pékin: Scénario pour un conflit majeur», Michael Klare concluait «l’éventualité d’une guerre ouverte entre grandes puissances se diffuse dans les esprits et conduit les décideurs à s’y préparer». L’arrivée d’Hilary la belliqueuse à la Maison-Blanche ne va rien calmer à ce grand jeu de grands malades.

Détourner le regard, courber l’échine, ou refuser les scénarios du pire, à chacun de prendre ses responsabilités, aussi minimes soient-elles. La première pourrait être d’arrêter avec les story telling à dormir debout et le culte de la personnalité. Lâche ton Syrien laïc et révolutionnaire, et arrête de rêver camarade!

L’Ire des Chênaies              26 octobre, n°652

Laconique
 

Heureusement ... Trump nous aura peut-être procuré un petit délai ... de réflexion.