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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 16:24

 

Par Descartes

 

Les grecs ont donc voté « non ». Ne sous-estimons pas le courage que ce geste implique : pendant la courte campagne, on n’a pas compté les déclarations péremptoires de telle ou telle sommité européenne menaçant les grecs des foudres de l’enfer aux cas où ils feraient le mauvais choix. Et ces gens ont le pouvoir de rendre la vie de la Grèce très, très difficile. On aurait pu comprendre si, malgré leur désir de dire « non » aux propositions des créanciers, les grecs avaient fait le choix « raisonnable » du moindre risque. Ce ne fut pas le cas : a une majorité écrasante, proche des deux tiers, les grecs ont préféré le choix de la souveraineté plutôt que celui de la sécurité.

 

Certains pisse-copie bien connus se sont précipités pour diminuer la portée du vote. L’angle d’attaque est classique : le référendum serait juridiquement contestable. La campagne était trop courte, la question trop vague, la proposition européenne à laquelle le texte faisait référence n’était plus sur la table à la date du référendum. Il est drôle de constater combien ceux-là même qui n’ont pas hésité à faire revoter l’Irlande jusqu’à ce qu’elle donne la bonne réponse – ce qui « juridiquement » est fort contestable, la logique interdisant de reposer la même question sans qu’un changement des circonstances de fait ou de droit ne le justifient – deviennent tout à coup les gardiens du droit. Curieusement, ces juristes passionnés ne s’interrogent guère sur la question de savoir par exemple si le président de la Commission européenne n’a violé les devoirs de sa charge en prenant position pour le « oui » alors que le gouvernement grec avait pris la position contraire. Ce qui tendrait à montrer que dans cette affaire les appels au droit ne servent qu’à déguiser les manipulations politiques.

 

La victoire du « non » a aussi provoqué quelques réactions dans notre chère « gauche radicale ». Et certaines d’entre elles ont de quoi laisser perplexe. Ainsi, par exemple, on trouve sur le site du PCF un communiqué signé « Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du PGE » qui vaut son pesant en drachmes (1). Je cite : « Le peuple grec vient de refuser, avec un "OXI" écrasant (59,7%) l’ultimatum lancé par les créanciers. C’est la deuxième fois en 6 mois qu’il rejette l’austérité. La deuxième fois qu’il dit en même temps son attachement à l’Europe. »

 

Ainsi, en votant « oxi », le peuple grec aurait « dit son attachement à l’Europe ». On se demande bien par quel étrange raisonnement Pierre Laurent à pu parvenir à cette conclusion. D’abord, elle comporte une contradiction logique. Si l’on admet qu’en votant « oxi » le peuple grec a exprimé un attachement à l’Europe, alors il faut admettre aussi que le vote « nai » en exprimait le rejet, ce qui est de toute évidence absurde. Et si le vote « oxi » et le vote « nai » sont censés tous deux exprimer l’attachement à l’Europe, comment peut-on tirer la moindre conclusion du résultat ?

 

Que Pierre Laurent se sente obligé de proclamer à chaque pas son attachement total et indéfectible à l’Europe, on peut le comprendre. D’une part, ses militants et son électorat, largement issu des « classes moyennes », ne lui pardonneraient pas le moindre écart souverainiste. Et d’autre part, c’est indispensable pour garder la place de président du PGE à laquelle il semble tenir tellement. Mais vouloir à tout prix déduire du vote des grecs leur attachement indéfectible à l’Europe est une falsification de la réalité. Et falsifier la réalité, c’est s’interdire de l’analyser.

 

D’abord, cela veut dire quoi « l’attachement à l’Europe » ? A quelle « Europe » précisément ? Il serait paradoxal que Pierre Laurent se réjouisse de l’attachement des grecs à l’Europe telle qu’elle est alors que par ailleurs il passe son temps à la dénoncer. Alors, quand il parle de l’attachement des grecs à l’Europe, s’agit-il de « l’autre Europe » avec laquelle il nous bassine les oreilles depuis un certain temps ? Admettons…mais dans ce cas, il ne s’agit pas d’attachement à « l’Europe » mais plutôt à « une Europe », car il y a plusieurs « autres Europes » possibles…

 

Mais surtout, on se demande d’où Pierre Laurent tire sa conclusion. La question posée au peuple grec ne concerne nullement son attachement à « l’Europe », qu’elle soit « autre » ou pas. Et lorsqu’on regarde les images des grecs célébrant dans les rues la victoire du « non », on a vu agiter une légion de drapeaux grecs. On y a vu quelques drapeaux portugais, espagnols, et même un drapeau français. On ne vit nulle part des gens agiter des drapeaux européens. Pour des gens « attachés à l’Europe », avouez que c’est curieux, non ?

 

En fait, s’il faut tirer du résultat du vote une conclusion sur les rapport des grecs à l’Europe, elle irait plutôt dans le sens contraire à celui pointé par Pierre Laurent. En admettant même que les grecs soient attachés à « l’Europe », ils sont de toute évidence prêts à prendre le risque d’en sortir plutôt que d’accepter les conditions posées par les créanciers. Ils sont peut-être « attachés à l’Europe », mais de toute évidence cet « attachement » n’implique pas pour eux qu’on fasse n’importe quoi pour y rester. Si le prix est trop élevé, au diable « l’Europe ». Ce qui relativise fortement « l’attachement » qui ravit tant Pierre Laurent.

 

Ce vote montre d’ailleurs combien il faut traiter avec précaution les résultats de sondages sur des points de principe. C’est un peu comme sur le nucléaire : lorsqu’on pose la question « faut sortir du nucléaire », la réponse est majoritairement « oui ». Mais si on pose la question « êtes vous prêt à payer votre électricité 5% plus cher pour sortir du nucléaire », on obtient 80% de « non ». Conclusion : les français ont une position pragmatique : ils ne sont pas attachés au nucléaire par religion, mais par réalisme économique. Et c’est un peu la même chose avec l’Euro : je ne doute pas qu’une majorité des français répondrait « oui » à la question « voulez-vous garder l’Euro ». Par contre, posons-leur la question « êtes vous prêt à risquer le chômage pour garder l’Euro ? »… je me demande si la réponse justifierait la confiance de Pierre Laurent sur « l’attachement à l’Europe »…

 

On raconte qu’il suffit d’un communiste pour changer une ampoule, mais qu’il lui faut trente ans pour se rendre compte qu’elle est grillée. Le PCF depuis trente ans a pris toutes les modes à contresens : il est devenu soixante-huitard quand la société revenait de soixante-huit, il est devenu « diversitaire » alors que le multiculturalisme commence à se casser la gueule, il devient eurolâtre juste au moment ou l’Europe commence à faire eau de toutes parts. Remarquez, c’est rassurant : on sait déjà que dans trente ans, le PCF sera souverainiste…

(1) http://www.pcf.fr/72848

le 7 Juillet 2015

http://descartes.over-blog.fr/2015/07/pierre-laurent-l-europeen.html


"pro rege saepe, pro patria semper"

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