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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 15:16
Ca va se passer à New York !

 

Les journalistes parisiens sont, parfois proprement désopilants ! La petite Isabelle Lasserre du Figaro, qui nous annonçait régulièrement une chute imminente et souhaitable de Bachar al-Assad depuis plusieurs années, ose écrire, le 16 septembre dernier : « en décidant de rejoindre la coalition en Syrie, la France, ENFIN, a nettement infléchi sa position… » Gonflée ! Sans fausse honte ni la moindre pudeur, et comme plusieurs de ses collègues qui appelaient la France éternelle à bombarder la Syrie en septembre 2013, voilà les mêmes qui aujourd’hui se félicitent du revirement de François Hollande. Revirement, oui ! Il y a quelques mois encore, le président de la République répétait à qui voulait l’entendre qu’il était absolument exclu de bombarder Dae’ch en Syrie parce que « cela pourrait aider le boucher de Damas… »

 

Que s’est-il passé ? Deux événements ayant totalement échappé à la sagacité de nos plumitifs parisiens, ces « résistants » de la dernière heure, « ENFIN » convertis à une participation à la Coalition en Syrie… Le 28 avril dernier, François Hollande recevait en catimini le patriarche maronite libanais Bechara Boutros Rahi. Celui-ci pouvait « ENFIN » lui répéter ce qu’il avait eu l’occasion de dire à Laurent Fabius en 2013 et 2014, à savoir les viols collectifs, les décapitations, l’amputation des seins, des mains et des pieds des femmes des villages chrétiens conquis par Dae’ch en Syrie. Tranchant singulièrement avec les descriptions de la gentille rébellion syrienne « laïque et modérée », relayées par le conseiller « arabe » de l’Elysée Emmanuel Bonne (aujourd’hui ambassadeur à Beyrouth), les informations du Patriarche auraient littéralement ébranlé François Hollande, peu habitué à entendre ce genre de vérités… d’autant que les notes de la DGSE allant dans le même sens étaient systématiquement poubellisées par la cellule diplomatique présidentielle ! Regard tourné vers l’horizon 2017, le Président a immédiatement compris que ce dossier évoluerait vite comme une question de politique intérieure. La crise des migrants lui a donné raison et il a dû littéralement botter les fesses de Laurent Fabius pour que ce dernier daigne organiser, le 8 septembre à Paris, une conférence internationale pour la protection des Chrétiens d’Orient et des autres minorités. Sans surprise, cela n’a rien donné de concret, mais il s’agissait surtout de produire un affichage susceptible de préparer l’opinion au « revirement ».

 

Le 29 juin dernier, le patron des services spéciaux syriens – le général Ali Mamlouk (numéro deux du régime) – s’est rendu à Riyad à bord d’un avion russe pour y rencontrer son homologue saoudien en présence du vice-prince héritier Mohammad Ben Salman. Après l’accord sur le nucléaire iranien et encouragés tant par Moscou que par Washington, Saoudiens et Iraniens sont condamnés à instaurer une espèce de « Yalta oriental » entre le pôle sunnite (autour de l’Arabie saoudite et de l’Egypte) et le pôle chi’ite (Iran, Syrie, Hezbollah libanais et factions irakiennes). De plus, et depuis six mois, le nouveau représentant du secrétaire général des Nations unies pour la Syrie, le merveilleux Staffan de Mistura, ne cesse de répéter que « Bachar al-Assad fait partie de la solution… »

 

Dans ce conteste, l’engagement affiché de l’armée russe en Syrie à la veille de la prochaine Assemblée générale des Nations unies (où Vladimir Poutine doit parler cette année), complète le changement de la donne. Sur le plan militaire, la présence de chasseurs, de ravitailleurs en vol et d’avion de renseignement américains (britanniques et ENFIN français), russes et syriens, nécessite un minimum de coordination. Celle-ci est d’ores et déjà en action, étant assurée par un état-major commun américano-russe baptisé « FX-34 ». Bien évidemment Paris ne pouvait rester en retrait, n’en déplaise à Laurent Fabius qui continue d’affirmer qu’ « il n’est pas question d’aider Bachar… » Aux dernières nouvelles, celui-ci pourrait ENFIN passer à la trappe à l’issue du prochain remaniement ministériel qui devrait normalement suivre le désastre des prochaines élections régionales et le résultat mitigé de la COP-21 sur le climat.

 

Depuis plusieurs jours, les couloirs de l’Assemblée générale des Nations unies bruissent de trois rumeurs insistantes : Poutine arriverait avec des propositions (soutenues par la Chine) pour la formation d’un conseil militaire syrien susceptible d’associer l’ « opposition de l’intérieur » à l’ouverture d’une négociation sur la base des acquis de Genève I et II. Pour l’instant : pas question de sacrifier Bachar al-Assad, puisqu’il continue à incarner le gouvernement légal de Damas ! Cette approche rejoindrait celle de Staffan de Mistura qui, ces derniers mois, a multiplié rencontres et échanges avec les représentants de l’ « opposition de l’intérieur » et la plupart des ministres des Affaires étrangères de la région.

 

Sans partager l’ensemble de cette convergence russo-onusienne, le secrétaire John Kerry n’émettrait pas d’opposition majeure afin de laisser s’enclencher le processus, tout en cherchant à consolider un « leadership américain » des opérations militaires contre Dae’ch. Enfin, et c’est une autre des conséquences induites par l’accord sur le nucléaire iranien, Téhéran pourrait être pleinement associé à cette double avancée diplomatique et militaire. Les grands perdants – Ankara et Tel-Aviv – devraient avaler la couleuvre…

 

L’engagement militaire russe et son calendrier anticipent parfaitement la préparation de cette étape newyorkaise. Contrairement à ce que prétendent quelques « experts militaires » – dont l’ancien porte-parole des Forces libanaises (extrême-droite), reconverti dans un improbable Observatoire de pays exotiques -, les soldats russes ne vont pas se contenter de « sécuriser » le réduit alaouite de Tartous et Lattaquié. Cette fantasmagorie, très Wishful thinking, tablant déjà sur la fin du régime syrien et la partition du pays, ne correspond ni à l’état réel des forces sur le terrain, ni aux discussions newyorkaises. Russes, Américains, Britanniques et, ENFIN Français, sont désormais décidés à lutter sérieusement contre Dae’ch en évitant la répétition du désastre des implosions étatiques et territoriales afghane, irakienne, yéménite et libyenne !

 

La mission des forces russes (terre, air, mer) engagées en Syrie est nettement plus large : appuyer l’armée gouvernementale syrienne dans sa défense du « pays utile » – Damas et l’axe Homs, Hama, Alep) – avant d’aider à une stabilisation territoriale complète du pays incluant Deir ez-Zor (à l’est ), la région de Deraa (au sud) et les zones frontalières de la Jordanie, ainsi que Jisr al-Choughour (au nord-ouest), le long de la frontière turque. Vladimir Poutine l’a répété à plusieurs reprises : la stabilisation territoriale et politique de la Syrie constitue l’une des articulations majeures d’une pacification du Caucase et de la Tchétchénie ainsi que d’une lutte efficace contre les factions terroristes qui menacent Moscou et d’autres villes de Russie.

 

Evidemment, à New York tout ne se passe jamais comme initialement prévu, mais cette 70ème session de l’Assemblée générale de l’ONU devrait marquer une étape très importante pour la lutte contre Dae’ch et la résolution de la crise syrienne.

 Richard Labévière
21 septembre 2015

 http://prochetmoyen-orient.ch/editorient-du-21-septembre-2015/

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