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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 18:27
La révolte des masses - par James Petras

Repris sur  Comité Valmy

 

Introduction : Les élections présidentielles de 2016 ont plusieurs caractéristiques uniques qui défient la sagesse ordinaire concernant les pratiques politiques aux États-Unis au 21ème siècle.

Clairement les mécanismes politiques établis – les élites des partis politiques et leurs soutiens du grand capital - ont (en partie) perdu le contrôle du processus de nomination et sont confrontés à des candidats « indésirables » qui font campagne avec des programmes et des déclarations qui polarisent l’électorat.

Mais il y a d’autres facteurs plus spécifiques, qui ont mobilisé l’électorat et évoquent l’histoire récente des É-U. Ils présagent et reflètent un réalignement de la politique dans ce pays.

Dans cet essai, nous décrirons ces changements et leurs conséquences les plus larges pour l’avenir politique des E-U.

Nous examinerons comment ces facteurs affectent chacun des deux principaux partis.

La politique de parti Démocrate :

Le contexte du réalignement

« La monté et le déclin » du Président Obama ont sérieusement détérioré l’attirance de la « politique identitaire » – l’idée que des identités liées à l’ethnie, la race et le genre, peuvent modifier la puissance du capital financier (Wall Street), des militaristes, des sionistes, des fonctionnaires de l’état-policier. Clairement la désillusion manifeste des électeurs avec la « politique d’identitaire » a ouvert la porte à une politique de classe, d’un type spécifique.

 

Le candidat Bernie Sanders fait directement appel aux intérêts de classe des ouvriers et des employés. Mais le « thème de classe » surgit dans le contexte d’une polarisation électorale et, en tant que telle, ne reflète pas une vraie « polarisation de classe », une lutte croissante dans les rues, les usines ou les bureaux.

 

En effet, la polarisation électorale de « classe » reflète les récentes importantes défaites syndicales du Michigan, Wisconsin et Ohio. La confédération syndicale (AFL-CIO) a presque disparu comme facteur social et politique, et ne représente plus que 7% des travailleurs du secteur privé. Les électeurs de la classe ouvrière sont bien conscients que les dirigeants syndicaux qui reçoivent en moyenne des salaires de $500,000 [448.168€] par an, plus d’autres avantages, sont profondément calfeutrés parmi l’élite du parti Démocrate. Alors que des travailleurs individuels et les syndicats locaux sont des défenseurs actifs de la campagne de Sanders, ils le font comme membres d’un mouvement électoral multi-classe amorphe et pas comme un « bloc de travailleurs » unifié.

 

Le mouvement électoral Sanders n’est pas le produit d’un mouvement social national : Le mouvement de paix est virtuellement moribond ; les mouvements des droits civiques sont faibles, fragilisés et localisés ; le mouvement « Black lives matter » [les vies noirs importent] après avoir culminé s’est écroulé, alors que le « Occupy Wall Street Movement » [Mouvement pour l’occupation de Wall Street] n’est qu’un souvenir distant.

 

En d’autres termes, ces mouvements récents, au mieux, fournissent quelques activistes et une certaine impulsion à la campagne électorale de Sanders. Leur présence rehausse quelques-uns des thèmes que le mouvement électoral de Sanders promeut dans sa campagne.

 

En fait, le mouvement électoral de Sanders « n’a pas ses racines » dans les mouvements de masse actuels, bien qu’il comble le vide politique qui résulte de leur démise. L’insurrection électorale reflète les défaites des dirigeants syndicaux alliés aux politiciens Démocrates en exercice, aussi bien que la limitation des tactiques « d’action directe » des mouvements Black lives matter et Occupy Wall Street.

 

Étant donné que le mouvement électoral de Sanders ne met pas en cause directement et immédiatement les profits capitalistes ainsi que les attributions budgétaires publiques, il n’a pas été réprimé par l’état. Les autorités répressives estiment que ce « bourdonnement » d’activité électorale ne durera que quelques mois, puis régressera dans le parti Démocrate ou l’apathie électorale. De plus elles sont contrariées par le fait que des dizaines de millions d’adeptes de Sanders soient actifs dans tous les états et ne soient pas concentrés dans une région particulière.

 

Le mouvement électoral de Sanders rassemble des centaines de milliers de luttes micro-locales et permet l’expression de la désaffection de millions de personnes ayant des doléances de classe, sans risque ni coût (comme la perte de son emploi ou la répression policière) pour les participants. Ce qui est en contraste total avec la répression sur les lieux de travail ou dans les rues urbaines.

 

La polarisation électorale reflète les polarisations sociales horizontales (de classe) et verticales (inter-capita-listes).

 

Au-dessous de l’élite de 10% et particulièrement parmi la jeune classe moyenne, la polarisation politique favorise le mouvement électoral de Sanders. Les patrons syndicaux, l’ensemble des membres noirs du Congrès et du pouvoir établi latino épousent tous le choix oint par l’élite politique du parti Démocrate : Hilary Clinton ; alors que les jeunes Latinos, les travailleuses et les syndicalistes de base soutiennent le mouvement électoral insurgé. Les secteurs significatifs de la population afro-étasunienne, qui ont échoué à avancer (qui ont en réalité régressé) sous le président Démocrate Obama, ou ont constaté l’augmentation de la répression policière sous « le premier président noir », se tournent vers la campagne insurgée de Sanders. Les millions de Latinos désenchantés de leurs dirigeants liés à l’élite Démocrate qui n’a rien fait pour empêcher les déportations massives sous Obama, sont potentiellement une base de soutien à « Bernie » [Sanders].

 

Cependant, le secteur social le plus dynamique dans le mouvement électoral de Sanders, sont les étudiants excités par son programme d’enseignement supérieur gratuit et la fin du péonage postuniversitaire dû à l’endettement.

 

Le malaise de ces secteurs trouve son expression dans « la révolte respectable de la classe moyenne » : une rébellion des électeurs, qui a déplacé temporairement l’axe du débat politique au sein du parti Démocrate vers la gauche.

 

Le mouvement électoral de Sanders soulève les questions fondamentales d’inégalité de classe et d’injustice raciale dans le système juridique, policier et économique. Il accentue la nature oligarchique du régime politique – même lorsque le mouvement dirigé par les Sanders essaye d’employer les règles du système contre ses propriétaires. Ces tentatives n’ont pas été très réussies dans l’appareil du parti Démocrate, où les patrons de l’appareil ont déjà coopté des centaines de soi-disant « méga-délégués » « non élus » à Clinton – en dépit des succès de Sanders au début des primaires.

 

La force même du mouvement électoral contient une faiblesse stratégique : il est dans la nature des mouvements électoraux de se coaliser pour des élections et de se dissoudre ensuite.

La direction de Sanders n’a fait aucun effort pour établir un mouvement social national de masse qui pourrait poursuivre les luttes de classe et sociales, pendant et après les élections. En fait, l’engagement de Sanders de soutenir la direction établie du parti Démocrate s’il perdait contre Clinton, conduirait à la profonde désillusion de ses supporteurs et à la dissolution du mouvement électoral. Le scénario qui suivrait le choix de candidat, particulièrement dans le cas où les « super-délégués » couronneraient Clinton en dépit de la victoire populaire de Sanders, aura un effet très disruptif.

 

Trump et la « Révolte de la droite »

La campagne électorale de Trump a plusieurs caractéristiques d’un mouvement national-populiste latino-américain. Comme le mouvement péroniste argentin, elle combine des mesures économiques protectionnistes et nationalistes qui attirent les propriétaires de petites et moyennes entreprises ainsi que les travailleurs industriels déplacés imbus d’un « chauvinisme ‘grande nation’ » populiste de droite.

 

Ceci se reflète dans les attaques de Trump contre la « mondialisation » – un « antiimpérialisme » péroniste de circonstance.

 

L’attaque de Trump contre la minorité musulmane des é-u est une étreinte légèrement voilée du fascisme clérical de droite.

 

Là où Perón faisait campagne contre « les oligarchies financières » et l’invasion « d’idéologies étrangères », Trump dédaigne les « élites » et dénonce « l’invasion » d’immigrés mexicains.

 

L’attrait de Trump est enraciné dans la colère amorphe profonde de la classe moyenne en déclin, dépourvue d’idéologie… mais regorgeant de ressentiment concernant la baisse de son statut, l’effritement de sa stabilité, ainsi que l’affliction des familles par la drogue (Voire les inquiétudes ouvertement exprimées des électeurs blancs au New Hampshire lors de la récente primaire).

 

Trump projette une puissance personnelle aux travailleurs qui sont freinés par des syndicats impuissants, des groupes civiques désorganisés, ainsi que des associations d’entrepreneurs locales marginalisées, tous incapables de parer au pillage, au pouvoir de la corruption de grande échelle des escrocs financiers qui circulent entre Washington et Wall Street dans une impunité totale.

 

Ces classes « populistes » ont des frissons en voyant Trump casser et gifler aussi bien des politiciens de carrière que des élites économiques, tout en paradant son succès capitaliste.

Ils prisent son défi symbolique de l’élite politique en exhibant ses propres qualifications d’élite capitaliste.

 

Pour beaucoup de ses appuis banlieusards il est le « grand moralisateur », qui dans sa ferveur excessive commet, de temps en temps, par exubérance ardente, des gaffes « pardonnables » – une sorte de rustre « Oliver Cromwell » du 21ème siècle.

 

En effet, il pourrait y avoir un autre attrait ethno-religieux moins manifeste à la campagne de Trump : Son identité blanche-anglo-saxonne-protestante (WASP) attire ces mêmes électeurs confrontés à leur marginalisation apparente. Ces « Trumpistes » ne sont pas aveugles au fait qu’il n’y a pas un seul juge WASP qui siège à la Cour suprême et qu’il y a peu, sinon pas, de WASPs parmi les hauts officiels économiques du Trésor, du département du Commerce, ou de la Réserve fédérale (Lew, Fischer, Yellen, Greenspan, Bernancke, Cohen, Pritzker etc.). Alors que Trump ne met pas en avant son identité – cela soulage son attrait électoral.

 

Parmi les électeurs WASP, qui tranquillement détestent les renflouements de « Wall Street » et la perception de la position privilégiée des catholiques, des juifs et des afro-étasuniens au sein de l’administration d’Obama, la condamnation publique directe par Trump du président Bush d’avoir délibérément trompé la nation avec l’invasion de l’Irak (et l’implication de trahison), lui a donné un grand plus.

 

L’appel national-populiste de l’Trump est assorti de son militarisme belliqueux et de son autoritarisme loubard. Son approbation publique de la torture et des contrôles policiers (« pour combattre le terrorisme ») fait appel à la droite pro-militaire. D’autre part, ses ouvertures amicales en direction du président russe Poutine (« un gars dur prêt à faire face à un autre ») et son appui pour mettre fin à l’embargo cubain, sont attrayantes aux élites parmi les hommes d’affaires ayant l’esprit du commerce. Ses appels à retirer les troupes étasuniennes d’Europe et d’Asie satisfont les électeurs « de la forteresse États-Unis », alors que ses appels de « tapisser de bombes » ISIS fait appel aux extrémistes nucléaires. Est intéressant le soutien de Trump pour la Sécurité sociale et Medicare (Assurance-maladie), ainsi que son appel pour des services vitaux liés au planning familial pour les femmes pauvres ; qui plaisent aux citoyens plus âgés, aux conservateurs compatissants et aux indépendants.

 

L’amalgame gauche-droite de Trump : Ses appels protectionnistes et pro-entreprises, sa ruée contre Wall Street et ses propositions pro-industrielles capitalistes, sa défense des travailleurs étasuniens et ses attaques contre les travailleurs latinos et immigrés musulmans ont brisé les frontières traditionnelles entre la politique populaire et celle de droite du parti Républicain.

Le « Trumpisme » n’est pas une idéologie cohérente, mais un mélange volatil de « positions improvisées », adaptées pour irriter les travailleurs marginalisés, les classes moyennes pleines de rancune (les WASPS marginalisées) et, surtout, pour faire appel à ceux qui ne se sentent pas représentés par les Républicains de Wall Street et les politiciens libéraux-démocrates sur la base d’une politique identitaire (noir, hispanique, femmes et juifs).

 

Le mouvement de Trump est basé sur un culte de la personnalité : il a l’énorme capacité de convoquer des réunions de masse sans organisation ni d’idéologie sociale cohérente.

Sa force fondamentale est sa spontanéité, sa nouveauté et son hostile focalisation sur les élites stratégiques.

 

Sa faiblesse stratégique est l’absence d’une organisation qui pourrait exister au-delà du processus électoral. Il y a peu de cadres et de militants « Trumpistes » parmi ses fans adorateurs. Si Trump perd (ou le résultat est falsifié lors de la nomination, pour un « candidat d’unité » sorti du chapeau, par l’élite du parti, son organisation se dissipera et se fragmentera. Si Trump gagne la nomination républicaine il aura l’appui de Wall Street, particulièrement s’il est confronté à la candidature démocratique de Sanders. S’il remporte l’élection générale et devient président, il cherchera à renforcer le pouvoir exécutif et à s’orienter vers une présidence « bonapartiste ».

 

Conclusion

La montée du mouvement social-démocrate au sein du parti Démocrate ainsi que la montée spontanée d’un mouvement de droite national-populiste au sein du parti Républicain reflète la fragmentation de l’électorat et les profondes fissures verticales et horizontales qui caractérisent la structure ethnique et de classe des États-Unis. Les commentateurs simplifient trop et grossièrement, en réduisant la révolte à des expressions incohérentes de « colère ».

L’éclatement du contrôle de l’élite du pouvoir établi est le produit de profonds ressentiments de classe, ethniques, de groupes anciennement privilégiés dans le déclin, d’hommes d’affaires locaux en faillite à cause de la « mondialisation » (l’impérialisme), ainsi que le ressentiment de citoyens vis-à-vis de la puissance du capital financier (les banques) et de son contrôle extraordinaire de Washington.

Les révoltes électorales à gauche et à droite peuvent s’absorber mais elles auront planté les graines pour une transformation démocratique ou une renaissance de réactionnaire-nationaliste.

James Petras
24 février 2016

The Unz Review
Presidential Elections 2016 : The Revolt of the Masses

[Traduction pour le Comité Valmy Alexandre MOUMBARIS
Relu par Marie-José MOUMBARIS]
democrite@neuf.fr
http://dossiersdubip.wordpress.com/
éditions Démocrite,
6, rue du Haras,
Juvigny /s Andaine
61140 JUVIGNY VAL D’ANDAINE

 

James Petras est professeur émérite de sociologie à l'Université d'État de New York à Binghamton de New York. Il se définit lui-même comme un militant et écrivain « révolutionnaire et anti-impérialiste ». Wikipédia

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