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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 10:00

Extraits d’un texte de Samir Amin  un éminent professeur d’économie politique du développement. Il est le directeur du Forum du Tiers Monde, président du forum mondial des alternatifs il  a beaucoup publié sur le droit, la société civile, le socialisme, le colonialisme et le développement, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe et islamique…


 http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=NF&ID_NUMPUBLIE=NF_007&ID_ARTICLE=NF_007_0204 

 

…Le capitalisme est parvenu à un stade de son développement où sa victime n’est plus constituée exclusivement par la classe des prolétaires dont il exploite le travail mais par l’humanité tout entière dont il menace la survie. Cette évolution signifie que le sujet historique porteur des transformations souhaitables doit désormais se conjuguer au pluriel. La pluralité grandissante des domaines d’intervention des mouvements et des luttes de résistance et de protestation témoigne de cette multiplicité des sujets historiques à vocation anticapitaliste. Mais cette pluralité à travers laquelle s’exprime une puissance potentielle invincible du mouvement social est en même temps, par sa fragmentation, la manifestation de la faiblesse immédiate de ce même mouvement.

 

Pour l’Europe, le défi s’articule autour de la question centrale des institutions européennes. Ces institutions ont annihilé les pouvoirs souverains des États, fondement sans lequel l’exercice de la démocratie, faute de prise sur le réel, tourne à la farce, sans leur substituer la construction d’un pouvoir fédéral pour lequel les conditions d’existence ne sont d’ailleurs pas réunies.

 

C’était évidemment réduire l’Europe réellement existante à n’être que le volet européen du projet politique américain (l’atlantisme et le rôle décisif de l’OTAN, dirigé par Washington, dans la politique extérieure réelle de l’Europe). L’Europe sera de gauche – engagée sur la voie de la longue transition socialiste – ou ne sera pas. Déconstruire l’Union européenne pour la reconstruire autrement constitue l’option stratégique incontournable d’une gauche authentique.

 

Les peuples des trois continents (Asie, Afrique, Amérique latine) sont confrontés aujourd’hui au projet d’expansion du système impérialiste dit néolibéral mondialisé, qui n’est rien de moins que la construction de l’« apartheid à l’échelle mondiale ». Le nouvel ordre impérialiste en place sera-t-il remis en question? Par qui peut-il l’être ? Et que produira cette remise en question ?

 

Sans doute, l’image de la réalité dominante ne permet-elle pas d’imaginer une remise en question immédiate de cet ordre. Les classes dirigeantes des pays du Sud, défaites, ont largement accepté de s’inscrire dans leur rôle de compradores subalternes; les peuples désemparés, engagés dans la lutte pour la survie quotidienne, paraissent souvent accepter leur sort ou même – pis –se nourrir des illusions nouvelles dont ces mêmes classes dirigeantes les abreuvent (l’islam politique en est l’exemple le plus dramatique). Mais, d’un autre côté, la montée des mouvements de résistance et de luttes contre le capitalisme et l’impérialisme à travers les cinq continents, les succès remportés – jusqu’à leurs termes électoraux – par les gauches nouvelles en Amérique latine (quelles que soient les limites que comportent ces victoires), la radicalisation progressive de beaucoup de ces mouvements, l’amorce de positions critiques prises par les gouvernements du Sud au sein de l’OMC constituent le gage qu’un « autre monde », meilleur, devient effectivement possible. La stratégie offensive nécessaire de reconstitution du front des peuples du Sud exige la radicalisation des résistances sociales face à l’offensive du capital impérialiste.

 

Les classes dirigeantes de certains pays du Sud ont visiblement opté pour une stratégie qui n’est ni celle de la soumission passive aux forces dominantes dans le système mondial ni celle de l’opposition déclarée à celles-ci : une stratégie d’interventions actives sur lesquelles elles fondent leurs espoirs d’accélérer le développement de leur pays. La Chine, par la solidité de la construction nationale que sa révolution et le maoïsme ont produite, par son choix de conserver le contrôle de sa monnaie et des flux de capitaux, par son refus de remettre en question la propriété collective du sol (principal acquis révolutionnaire des paysans), était mieux équipée que d’autres pour faire ce choix et en tirer des résultats incontestablement brillants. L’expérience peut-elle être poursuivie ?  Et quelles sont ses limites possibles ? L’analyse des contradictions portées par cette option m’a conduit à la conclusion que le projet d’un capitalisme national capable de s’imposer à égalité avec celui des puissances majeures du système mondial se nourrissait largement d’illusions. Les conditions objectives héritées de l’histoire ne permettent pas la mise en oeuvre d’un compromis social historique capital/ travail / paysannerie garantissant la stabilité du système qui, de ce fait, ne peut à terme que soit dériver à droite (et être alors confronté à des mouvements sociaux grandissants des classes populaires) ou évoluer vers la gauche en construisant le « socialisme de marché » comme une étape de la longue transition au socialisme. Les options apparemment analogues choisies par les classes dirigeantes d’autres pays dits « émergents » sont encore plus fragiles.

 

Ni le Brésil ni l’Inde – parce qu’ils n’ont pas accompli de révolution radicale comme la Chine – ne sont capables de résister avec autant de force aux pressions conjuguées de l’impérialisme et des classes locales réactionnaires.

 

VERS UNE VE INTERNATIONALE? La mondialisation des stratégies du capital dominant appelle celle de la riposte de ses victimes. Alors pourquoi ne pas concevoir qu’une nouvelle Internationale puisse fournir un cadre efficace pour la construction des convergences nécessaires au succès des luttes engagées par les peuples contre le capital ?

La réponse que je fais à cette question est positive, sans hésitation, mais à condition que l’Internationale envisagée soit conçue comme le fut la première, et non la deuxième, la troisième ou la quatrième. Autrement dit, une Internationale socialiste-communiste ouverte à tous ceux qui veulent agir ensemble pour construire la convergence dans la diversité. Le socialisme (ou le communisme) est, dans cet esprit, conçu comme le produit du mouvement, non déduit d’une définition préalable. Dans cet esprit, je suggérerai que soient définis les objectifs immédiats communs suivants.

1. Mettre en déroute le libéralisme à tous les niveaux, du national au mondial. Cet objectif implique la restauration des droits souverains des peuples, la condamnation de la conception impérialiste- coloniale de la gestion libérale mondialisée. Des propositions d’objectifs à terme immédiat sont concevables dans cette pers p e c t ive, comme l’exclusion de l’agriculture de l’agenda de l’OMC, l’abrogation des décisions imposées par les puissances impérialistes concernant les droits de propriété intellectuelle et industrielle, l’abrogation des décisions qui entravent le développement de méthodes de gestion non marchande des ressources naturelles et des services publics, l’abrogation des interdictions de régulation concernant les mouvements de capitaux, la proclamation du droit des États à répudier les dettes qui, après audit, se révéleraient immorales ou odieuses, etc.

 

2. Mettre en déroute le programme de contrôle militaire de la planète par les forces militaires des Etats-Unis et/ou de l’OTAN. Cet objectif implique la condamnation sans réserve de la répudiation du droit international par les États-Unis, de l’« autorisation » qu’ils se sont donnée de conduire les guerres préventives de leur choix, la restauration de l’ONU dans ses fonctions

 

3. Mettre en déroute en Europe les conceptions libérales et atlantistes qui constituent le fondement des institutions de l’Union européenne. Cela implique la remise en question de fond en comble de toute la construction institutionnelle européenne et la dissolution de l’OTAN.

Des initiatives ont déjà été prises dans le sens de la précision des objectifs de stratégies de convergence qui correspondent à la vision générale du défi proposée ici. La journée du 18 janvier 2006, organisée à Bamako à la veille de l’ouverture du Forum social mondial polycentrique 2006 (Bamako et Caracas), a été consacrée précisément à débattre de ces propositions de stratégie de lutte et de construction de la convergence dans la diversité. L’objectif de la Ve Internationale suggérée, ou plus modestement et en attendant des propositions de stratégies d’action de l’Appel de Bamako auxquelles je renvoie ici, est de contribuer à la construction de l’internationalisme des peuple.

 

Elle concerne donc tous les peuples, du Nord et du Sud, puisqu’elle fait référence non au seul prolétariat, mais à l’ensemble des classes et couches populaires victimes du système, à l’humanité dans son ensemble, menacée dans sa survie. Cet internationalisme n’exclut pas le renforcement de la solidarité des peuples des trois continents (Asie, Afrique, Amérique latine) contre l’agression de l’impérialisme de la triade. Au contraire, ces deux internationalismes ne peuvent que se compléter et se renforcer. La solidarité des peuples du Nord et du Sud ne peut être fondée sur la charité, mais sur l’action commune contre l’impérialisme. Le renforcement de l’internationalisme des peuples créera des conditions favorables facilitant des avancées dans trois directions qui, conjuguées, en association étroite et non dissociées, construisent l’alternative : le progrès social, l’approfondissement de la démocratisation, l’affermissement de l’autonomie nationale dans une mondialisation négociée.

 

Voir aussi : http://www.medelu.org/spip.php?article233

http://www.dailymotion.com/video/x5i3p1_11-samir-amin-partie-1_news

http://www.dailymotion.com/video/x5i3t3_11-samir-amin-partie-2_news

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