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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 17:10

 

                                                                       Châteaubriant, le 22 octobre 1941

 

Ma petite maman chérie,

Mon tout petit frère adoré,

Mon petit papa aimé

 

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier petite maman, c’est d’être très courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés devant moi. Certes j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose .Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères et René ¹. Quant à mon véritable ², je ne peux le faire, hélas ! J’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elle pourrons servir à Serge qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour.

 A toi petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman bien des peines, je te salue pour la dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée ;

 

 Un dernier adieu à tous mes amis, à mon petit frère qu j’aime beaucoup, qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.

 

17 ans et demi ma vie aura été courte, je n’ai aucun regret si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels ³ ; Maman ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.

 

Je ne peux en mettre d’avantage, je vous quitte tous, toutes, toi maman, Séserge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d’enfant. Courage !

 

                                                                               Votre Guy qui vous aime.

 

¹ Jean Mercier, Roger Sémat, Rino Scolari ;

² Serge frère de Guy Môquet

³ Jean Pierre Timbaud, ami de Guy Môquet et Charles Michel, trente huit ans, député communiste de Paris, fusillés à la Sablière le 22 octobre 1941

 

Un court extrait de cette lettre avait été lu lors de la cérémonie commémorative du 8 mai 2006 à Villiers sur Orge.

 

Guy Môquet naît à Paris en 1924.Il poursuit des études secondaires au lycée Carnot lorsque surviennent la déclaration de guerre et l’internement de son père, Prosper Môquet, député communiste du dix septième arrondissement de paris. Militant de la jeunesse communiste, il monte, dès l’été 1940, avec ses camarades des groupes d’impression, de distribution de tracts clandestins et de collage de papillons. Arrêté le 13 octobre 1940 à la gare de l’Est par la police française, il est interné à la santé puis à Fresnes. Libéré le 24 janvier 1941,  il est cependant gardé au dépôt puis transféré, comme interné administratif, à la Santé, à Clairvaux et enfin, en mai 1941, au camp de Choisel (Châteaubriant ). Désigné comme otage, il est fusillé le 22 octobre au matin à la carrière de la sablière, avec vingt-six autres otages.

 

Guy Môquet devient un symbole pour de nombreux groupes de Résistance. Louis Aragon lui consacre, sous son  pseudonyme de  « François la Colère », un chapitre du Témoin des Martyrs, brochure publiée clandestinement. Le poète dédie aussi La Rose et le Réséda, paru dans la clandestinité, à «  Gabriel Péri et Honoré d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru »

 

Extraits de l’ouvrage  LA VIE A EN MOURIR- Lettre de  Fusillés 1941-1944 Ed Taillandier

Présentation par Guy Krivopissko. Préface de Jean Marcot.

L’ouvrage a été réédité en 2006 par les éditions Points-Seuil avec un avant propos de Jean Jack Goldman.

 

« Ce qu’ils incarnent- a déclaré le Président de la République- est invincible. Ils ont dit NON à la fatalité, à la soumission, au déshonneur, à ce qui rabaisse la personne Humaine.Ce NON continuera d’être entendu bien après leur mort, parce que NON, c’est le cri éternel que la liberté humaine oppose à tout ce qui menace de l’asservir. »

 

Même si le plus lourd tribu fut payé par le parti communiste, le parti des fusillés, il y eut « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas, fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat » des hommes et des femmes de toutes obédiences.Cependant, contrairement à une idées très répandue, cet hommage officiel à Guy Môquet, entré en résistance dès 1940 comme nombre de ses camarades, fusillé en 41, vient à propos rappeler que les communistes ne furent pas des résistants de la dernière heure. Les chemins de l’histoire sont parfois imprévisibles.

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commentaires

arnodu 22/10/2007 16:28

En ces temps où démagogie rime souvent avec sensiblerie, voici un article qui replace
les événements douloureux de notre histoire dans leur véritable contexte.
http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=582&Itemid=60