Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : Villiers sur Orge- La Vie en Blog
  • : Economie, social, environnement, éducation, santé, sciences et techniques, vie dans la cité...Et leurs prolongements politiques, tout peut être sujet d'échanges pour le commun des mortels...Un seul objectif, le dépassement du présent.
  • Contact

Recherche

22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 17:29

Dans Le Monde daté du 7 décembre 2010 est paru l’article intitulé « L’économie vaudou du protectionnisme ». Cet article typique de l’idéologie néolibérale veut faire croire qu’une partie de la gauche de gauche est pour le protectionnisme, et qu’elle reprend donc les idées de Le Pen.

D’abord malheureusement, une grande partie de cette gauche reste marquée par l’idéologie du libre-échange, bien qu’il soit incontestable que les idées protectionnistes progressent. Elle ne devrait pas laisser à l’extrême-droite le monopole du protectionnisme économique.

Décryptons les positions du FN : il est pour un protectionnisme aux frontières de l’Union européenne. Mesure démagogique, car les délocalisations se font aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union.

Ensuite, le FN est pour la sortie groupée de l’euro. Ce parti qui se dit nationaliste n’envisage pas que la France puisse seule décider sa sortie de l’euro. En fait il la refuse, car une sortie concertée est du domaine du rêve.

Autre exemple : le FN demande à juste titre que la France retrouve sa souveraineté monétaire, il s’insurge contre la loi inique reprise par une directive européenne qui interdit à l’État d’emprunter à la Banque centrale, l’obligeant ainsi à emprunter sur les marchés financiers. Mais il propose que le contribuable paye les intérêts de cette dette, ce qui augmenterait encore les mesures d’austérité. Le M’PEP veut le défaut sur le capital et les intérêts.

Ainsi le FN se sert de problèmes très réels pour développer un discours dans lequel il se fait passer comme ennemi de la mondialisation. Mais ses propositions concrètes sont volontairement inopérantes ou vont dans le sens de la défense de l’intérêt de l’oligarchie qui dirige le monde, aux dépens de celui des classes populaires.

Revenons à l’article du Monde. Tout en qualifiant le protectionnisme d’économie vaudou, il déplore hypocritement qu’il soit impossible de parler de protectionnisme à Paris, il devrait dire à Paris et à Bruxelles car l’Union européenne a institué le libre-échange en dogme.

L’article reconnaît quand même qu’historiquement il y a eu des gouvernements protectionnistes et d’autres libre-échangistes. En 1914, toute l’Europe continentale était protectionniste, seule la Grande-Bretagne était libre-échangiste. Lors de la guerre de sécession, la bourgeoisie industrielle du Nord des Etats-Unis était protectionniste, alors que la bourgeoisie esclavagiste du Sud était libre-échangiste. Ce fut même la cause de la guerre car le Nord voulait développer son industrie à l’abri de la concurrence anglaise, tandis que le Sud voulait profiter du prix bas de sa main d’œuvre servile pour inonder le monde de son coton. Le Nord protectionniste l’a emporté, et personne n’a jamais prétendu que l’économie américaine devenue en 1918 la première économie du monde était issue d’une économie vaudou.

Pourquoi affirmer « qu’un protectionnisme hexagonal serait une énorme fadaise » ? Serions-nous tombés si bas que nous ne soyons pas capables de reconstruire une industrie derrière des barrières douanières ? Les mesures protectionnistes que propose le M’PEP ne signifient pas l’autarcie. La France de gauche que nous voulons continuerait à faire du commerce, mais elle refuserait que dans les supermarchés, le travail de ses travailleurs soit mis en concurrence avec celui des travailleurs chinois payés 20 fois moins ou des travailleurs roumains payés 5 fois moins, tout cela pour le plus grand profit des multinationales.

Le « plus d’Europe » réclamé par l’article existe déjà : c’est l’application de la directive services anciennement Bolkestein, le droit pour les entreprises des pays de l’Est de faire travailler en Allemagne des travailleurs polonais ou roumains à des tarifs polonais ou roumains. L’auteur veut probablement que cette mesure soit appliquée en France à grande échelle, que des travailleurs expatriés aient des salaires inférieurs à leurs camarades français. Cette Europe, en instaurant le principe du droit du pays d’origine a délibérément choisi la concurrence entre travailleurs et elle fait le lit du Front National.

Il existe un grand nombre de Français qui se demandent pourquoi le gouvernement se couche devant le MEDEF et ne fait rien pour lutter contre les délocalisations et recréer en France une industrie et une agriculture. Pourquoi les peuples devraient-ils accepter pour toujours que leur politique économique soit décidée par l’OMC et l’Union européenne et non par eux-mêmes ?

Ce n’est pas être xénophobe que d’estimer que les pays à fort excédent commercial comme la Chine et l’Allemagne pourraient distribuer cet excédent à leurs populations au lieu d’exiger d’elles « la compétitivité ». Le commerce international doit-il être synonyme de guerre économique alors qu’il pourrait être synonyme de coopération, comme le prévoyait en 1948 le projet mort-né de Charte de la Havane ? Le principe de cette Charte était l’équilibre des balances des paiements. L’application de mesures protectionnistes par les pays déficitaires était un moyen pour atteindre cet équilibre. Le but de telles mesures n’était évidemment pas que les pays excédentaires obtiennent des avantages supplémentaires dans la guerre économique, comme c’est le cas aujourd’hui.

Partager cet article
Repost0

commentaires