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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 15:20

Dans le cas où le Front de gauche ne s’ouvrirait pas à d’autres forces politiques de la gauche radicale, qu’il ne clarifierait pas sa position sur la crise de l’Union européenne, et n’engagerait pas un large débat sur la nécessaire sortie de l’euro, laissant ainsi le chemin libre au Front national et à des gaullistes de droite, le M’PEP n’écartera pas l’hypothèse de présenter ses propres candidates et candidats aux élections présidentielle et législative de 2012. Il prendra la décision lors d’un congrès extraordinaire début 2012.

La lutte pour la sortie de l’euro est la suite logique du « non » de gauche au référendum sur le traité de Maastricht en 1992 qui avait notamment pour but d’adopter le principe de la monnaie unique. Elle est également dans la continuité du « non » de gauche au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005 qui a donné le traité de Lisbonne. Toutes les raisons qui avaient justifié le « non » de gauche à l’euro en 1992 se confirment aujourd’hui : remise en cause de la souveraineté populaire et nationale, l’euro n’avait pas qu’une vocation monétaire mais il était aussi un prétexte pour forcer la main aux États et les contraindre à s’engager dans une voie fédéraliste ; nivellement par le bas des salaires, de l’emploi et de la protection sociale ; accélération de la circulation des capitaux, alimentant le développement de la bulle financière au détriment de l’économie réelle ; complication dans la mise en œuvre de politiques de gauche ; retrait de la politique et des institutions monétaires du champ de la sphère politique et leur remise entre les mains des marchés financiers au motif de leur « indépendance »…

Dix ans après la mise en place de l’euro, son bilan est accablant. Les plans d’austérité qui frappent la quasi-totalité des pays membres de l’Union européenne, particulièrement dans la zone euro, sont présentés pour « sauver » la monnaie unique alors que cette dernière devait être un « bouclier » contre la spéculation. Jamais le niveau de vie des populations n’avait été si brutalement attaqué.

Face à cette situation lourde de menaces sur les plans social, économique, environnemental, démocratique, la gauche de gauche reste ambigüe vis-à-vis de l’Union européenne. Elle ne propose que de « changer les statuts de la Banque centrale européenne » pour, notamment, lui permettre d’acheter des titres des États sur le marché primaire obligataire. Cette perspective n’est pas réaliste ni crédible, en tout cas dans un délai bref. Car pour changer les traités européens il est nécessaire d’obtenir l’accord unanime des vingt-sept pays membres de l’Union européenne. Comment imaginer un seul instant que ces pays, dirigés pour la plupart par la droite ou la « gauche » social-libérale, se transmutent brutalement pour mener une politique monétaire de gauche à l’échelle européenne alors qu’ils mènent une politique très à droite dans leurs pays respectifs ? Il est particulièrement démobilisateur de faire croire que la seule issue à la crise de l’Union européenne serait une modification des traités, en refusant par principe et sans débat toute initiative nationale unilatérale comme, par exemple, la désobéissance européenne.

Le M’PEP ne laissera pas la bataille pour la sortie de l’euro dans les seules mains de l’extrême droite et des gaullistes de droite. Le Front de gauche doit combattre clairement et frontalement l’Union européenne qui fait partie des piliers de l’ordre néolibéral mondial, au même titre que l’OTAN, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Organisation mondiale du commerce et l’OCDE. La sortie de l’euro est une revendication de gauche, elle permet de sortir de l’ordre monétaire néolibéral et de restaurer la souveraineté monétaire. Il existe en effet des politiques monétaires de gauche et des politiques monétaires de droite. En cas de victoire électorale de la gauche - quel que soit le pays -, il n’y a aucune raison de laisser la politique monétaire aux mains de la droite et des marchés financiers en épargnant la Banque centrale européenne et son « indépendance ». Il faudra au contraire s’émanciper de la Banque centrale européenne et renationaliser la politique monétaire autour de la Banque de France.

Mais il y a plus, car si la sortie de l’euro est un acte politique fondateur nécessaire, ce n’est pas suffisant. Une véritable politique de gauche, s’engageant dans la perspective d’un socialisme du XXIe siècle, doit également mener la lutte sur trois autres fronts principaux :

1.- La gravité de la crise a rendu obsolète la simple revendication de la « régulation » des marchés financiers ou de taxes sur les transactions financières. Il faut, aujourd’hui, s’attaquer réellement à la domination des marchés financiers et organiser leur démantèlement, arrêter le financement des États par les marchés financiers en supprimant le marché obligataire, organiser le dépérissement de la Bourse, etc. Le M’PEP dispose de propositions solides qu’il met à la disposition du débat public.

2.- Aucune politique salariale ambitieuse, ni le redressement de la protection sociale, ne seront possibles dans un univers qui restera dominé par la guerre commerciale et la concurrence entre les travailleurs qu’est le libre-échange. Des mesures protectionnistes aux frontières de l’Union européenne, telles qu’elles sont parfois évoquées, seraient inefficaces puisque les deux tiers du commerce de l’Union européenne sont intra-européens, l’ « élargissement » ayant précisément été décidé pour offrir des bases de délocalisations à des pays comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni… Il faut des mesures protectionnistes unilatérales, dans le cadre universaliste de la Charte de La Havane de 1948. La gauche doit le dire clairement et se libérer du tabou du protectionnisme.

3.- La suppression du chômage et de la précarité, et non leur simple diminution, doivent devenir des perspectives crédibles. C’est en effet pour rediscipliner le salariat des pays occidentaux, après les grandes luttes syndicales des années 60 et 70, que les classes dirigeantes ont organisé consciemment le chômage et la précarité de masse. Le M’PEP met en débat le droit opposable à l’emploi. Ce n’est pas le travail qui manque, c’est l’emploi. Il existe en effet suffisamment de besoins individuels et collectifs non satisfaits pour y répondre par la création d’emplois, en particulier dans le secteur non-marchand : éducation, santé, culture, transports, logements, environnement, agriculture, sport, loisirs… Grâce à la mise en place de tuteurs en entreprise, ces emplois seront notamment un moyen efficace d’insérer socialement et professionnellement les centaines de milliers de jeunes sortis du système éducatif sans diplôme ni qualification et qui végètent sans aucun espoir. Dans le secteur marchand, il faudra interdire les délocalisations et généraliser la relocalisation industrielle et agricole de la France, tout en organisant la mutation écologique du mode de production de ces secteurs. Le financement de ces emplois reposera sur un partage plus juste des richesses : ce sont dans un premier temps 10% du PIB qui devront être mobilisés (170 milliards d’euros chaque année) pour financer au moins 4 millions de salaires.

Malgré toutes ses réticences vis-à-vis des institutions de la Ve République et particulièrement de l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, le M’PEP n’écartera donc pas l’hypothèse de présenter ses propres candidates et candidats aux élections présidentielle et législative de 2012 si le Front de gauche ne s’ouvre pas à d’autres forces de la gauche radicale et ne clarifie pas sa position sur la crise de l’Union européenne et la nécessaire sortie de l’euro. Le M’PEP prendra la décision lors d’un congrès extraordinaire au premier trimestre 2012. Il conduira une réflexion approfondie sur une nouvelle République.

Le M’PEP rappelle qu’il est favorable à la construction d’une grande force politique de gauche, rassemblant toutes les sensibilités de la gauche de gauche. Il se veut un partenaire du Front de gauche dans la mesure où ce dernier préfigurera cette grande force politique, ouverte, pluraliste, démocratique, efficace, dynamique.

Résolution adoptée par le Congrès du M’PEP le 29 janvier 2011.

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