Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : Villiers sur Orge- La Vie en Blog
  • : Economie, social, environnement, éducation, santé, sciences et techniques, vie dans la cité...Et leurs prolongements politiques, tout peut être sujet d'échanges pour le commun des mortels...Un seul objectif, le dépassement du présent.
  • Contact

Recherche

3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 20:46

 

Ou pourquoi nous devons quitter l’euro pour retrouver la croissance.

LE MONDE | 09.05.2013

 

Par Jean Pierre Vespérini (Professeur agrégé des facultés de droit et des sciences économiques)

 

Certes, le premier problème de la France est le chômage, dont la cause tient à l’absence de croissance. Dans le cadre actuel de l’euro, qui l’a privée de ses souverainetés monétaire et budgétaire, le pays ne dispose plus des leviers qui lui permettraient de retrouver la croissance. La France en est donc réduite à demander à l’Allemagne de mettre en oeuvre une action de relance dont elle serait la bénéficiaire. Pour que l’action de Berlin soit vigoureuse, elle devrait consister à la fois en une politique budgétaire moins rigoureuse et en une politique salariale plus généreuse. Etant donné les contraintes que l’euro fait peser sur l’économie française, la France est donc parfaitement fondée à demander à l’Allemagne d’appliquer cette politique de relance.

 

Le problème est que le gouvernement allemand ne peut pas appliquer cette politique pour deux raisons : tout d’abord, les Allemands ne comprendraient pas qu’après avoir accompli d’importants efforts pour revenir à l’équilibre budgétaire, le gouvernement décide de s’en écarter délibérément.

 

Ensuite, parce que le gouvernement n’est pas maître de la politique salariale, qui dépend des partenaires sociaux. Or patronat et syndicats ne souhaitent pas un relâchement de la discipline salariale qui se traduirait par une perte de compétitivité, donc par une diminution des marges des entreprises et une réduction de l’emploi. L’Allemagne est donc parfaitement fondée à refuser les demandes de la France.

 

De son côté, que demande Berlin à Paris ? L’Allemagne se rend compte que le déficit public et le déficit extérieur de la France ne se réduisent pas. Elle redoute de devoir financer d’une manière ou d’une autre ces déficits auxquels s’ajouteraient ceux des autres pays déficitaires. L’Allemagne est donc parfaitement fondée à demander à la France de réaliser des réformes (économies budgétaires, baisse des prestations sociales, baisse des salaires) afin de réduire son déficit public et son déficit extérieur.

 

Le problème est ici que le gouvernement français ne peut pas réaliser des réformes de cette ampleur dans une société française au bord de la crise de nerfs. Croire que l’on peut réformer en profondeur la société et l’économie françaises sans croissance est une illusion. La France est donc elle aussi parfaitement fondée à refuser les demandes de l’Allemagne.


Parler dans ces conditions de tension ou de confrontation entre les deux pays est encore inexact et insuffisant. Comme dans une tragédie, Paris et Berlin sont prisonniers d’une situation inextricable qu’ils n’ont pas créée, où chacun est dans son droit, à la fois dans ses exigences et dans ses refus.

 

Comment cette tragédie peut-elle se dénouer ? Il est vain d’espérer, comme certains veulent le croire, que la France et l’Allemagne vont trouver un compromis : des réformes de ce côté-ci du Rhin et une relance de l’autre côté. Les inerties sont trop grandes, les intérêts trop opposés et les évolutions trop divergentes pour qu’on puisse espérer aboutir à un compromis durable à long terme. Ou les réformes seront insuffisantes pour faire vraiment diminuer les déséquilibres français, ou la relance allemande sera trop faible pour accélérer substantiellement la croissance de la France de façon à lui permettre de réaliser ses réformes. Nécessairement, l’une ou l’autre finira par imposer ses vues.

 

Ou l’Allemagne imposera les siennes, obligeant le gouvernement français à réformer en dépit de l’absence de croissance, et, dans ce cas, le risque est de provoquer une crise sociale grave pouvant conduire à la sortie de la France de la zone euro. Ou le gouvernement allemand cédera et acceptera d’être le payeur en dernier ressort des pays déficitaires de la zone euro. Mais, dans ce cas, le risque est que l’hostilité de l’opinion allemande à cette solution n’amène l’Allemagne à quitter finalement la zone euro. On voit donc que, quelle que soit la branche de l’alternative que suivront les événements, la tragédie franco-allemande se dénouera de la même manière : par la fin de l’euro.

 

Il est d’ailleurs logique que la fin de l’euro constitue le dénouement de la tragédie franco-allemande puisque c’est la création de l’euro elle-même qui est à l’origine de cette tragédie. En effet, en faisant perdre à chaque Etat de la zone euro d’abord sa souveraineté monétaire, et maintenant sa souveraineté budgétaire, l’euro aboutit à ce qu’aucun Etat ne puisse suivre la politique économique qui est adaptée à son économie. L’euro empêche la correction des déséquilibres.

 

En maintenant et en amplifiant les déséquilibres, l’euro crée une divergence croissante entre les Etats de la zone. Ainsi, en bloquant le taux de change entre la France et l’Allemagne, alors que les salaires ont augmenté deux fois plus vite en France qu’en Allemagne, l’euro nourrit un déficit extérieur croissant de la France vis-à-vis de l’Allemagne. Plus généralement, en imposant à l’économie française un taux de change de l’euro surévalué et à l’économie allemande un taux de change sous-évalué, l’euro crée des déficits extérieurs en France et des excédents en Allemagne. En réduisant ainsi les débouchés extérieurs de la France, il affaiblit son économie, tandis qu’en stimulant les débouchés extérieurs de l’Allemagne il renforce son économie.


Dans ces conditions, l’euro ne peut que favoriser une hostilité croissante de la France à l’égard de l’Allemagne. La fin de l’euro, en faisant retrouver sa souveraineté au gouvernement français, ne l’obligerait plus à demander au gouvernement allemand ce que ce dernier ne peut lui accorder.

 

La disparition de l’euro est donc nécessaire pour deux raisons : d’abord, pour mettre un terme à la lamentable tragédie franco-allemande. Ensuite, pour permettre à la France de retrouver la croissance. Nombreuses sont les voies qui pourront conduire à la fin plus ou moins proche de l’euro. La seule certitude est que cette fin est nécessaire. Nécessaire aux deux sens de ce mot : indispensable et inéluctable.

 

Jean Pierre Vespérini est l'auteur de "L'Euro", Dalloz, 230 pages, 3,50 euros.

Partager cet article
Repost0

commentaires

seb 04/06/2013 13:21


bin non, justement il n'est pas "nécessaire" que la croissance revienne (et elle ne reviendra pas, crois moi). tout est dans le billet que je t'ai envoyé, je peux pas faire plus complet ^^

jack Freychet 04/06/2013 14:16



Qu'elle est ta lecture de l'extrait que j'ai copié sur le texte à l'adresse dont tu m'as donné l'adresse:


"L’illusion de la relance


Pour Olivier Berruyer, cette disproportion explique beaucoup : le poids de la finance – écrasant – sur le politique, la disparition de visées collectives comme de toute approche à long terme… Des
dérives qui, rappelle-t-il, existaient déjà en 1929 : “Le politique le sait et pourtant, il n’a rien fait pour réguler la finance. Pour rétablir les équilibres.” Une aberration qui, selon lui,
s’explique une fois encore par un choix idéologique. Celui consistant à vouloir “relancer la croissance par la finance” et pour cela, à parier sur un modèle dérégulé. “Or le passé l’a prouvé :
maintenir les équilibres exige un cadre normatif, assène-t-il. On ne peut obtenir de croissance à long terme dans un système dérégulé.”


je suis d'accord, mais il faut d'abord s'entendre sur les mots: Relancer la croissance financière n'est pas relancer l'economie, il faut d'abord en finir avec la dérégulation, c'est à dire
interdire la spéculation et contrôler les mouvements financiers,user des droits de douane à défaut de parvenir à des échanges plus équilibrés. 


il faut tirer les enseignements de la crise 29, et des autres et remettre en place un cadre normatif.


Il y a près de 30 ans, maurice Allais économiste prix Nobel en 1988 écrivait:"Chaque jours 420 milliards de dollars ( 2700 milliards de francs) s'échangent de par le monde. Les flux
correspondants au commerce et ne représentent eux , que 12,4 milliards de dollards. le reste n'est que spéculation à très court terme, dont l'effet est déstabilisateur et nocif."


Rappelé par Le Monde du 30 mai 1989.


C'est bien pire aujourd'hui.


 



seb 04/06/2013 10:55


d'accord avec une bonne partie de ce qui est écris et qui suffis à justifier la sortie de l'euro.


par contre ne révons pas, la croissance ne reviendra pas...il faut plutôt commencer à réflechir à un monde sans croissance.


pour en savoir plus : http://www.les-crises.fr/media-la-grande-illusion/

jack Freychet 04/06/2013 11:52



Alors que bes milliards d'individus n'ont pas accès à l'essentiel pour vivre dignement il est nécessaire que la croissance s'accélère dans les pays insuffisamment développés mais également chez
nous ou la misère s'étale. Je dit même plus, il faut que  la croissance  soit tirée par la satisfaction des besoins humains et non par les dépenses militaires destinées à asservir les
peuples de la planète aux objectifs de l'impérialisme occidental nous devons mettre fin à ces gaspillages.Il faut que nous prenions conscience que nous ne sommes pas encore sortis de la barbarie.