Si les profits escomptés sont au rendez-vous, que ce soit dans l’économie réelle ou dans la spéculation, les bourses flambent, à défaut la chute s’amorce d’autant plus que la solvabilité des pays
les plus endettés (et des entreprises) devient douteuse.
Les détenteurs de fonds transfrontières et autres banquiers apatrides, tentent alors et réussissent toujours à ajouter au vent de panique qui s’installe dans l’opinion par médias interposes pour
inciter la classe politique à prendre les mesures d’austérité nécessaires à la reconstitution de leurs marges.
La Grèce¹ est aujourd’hui en première ligne, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie, la France, l’Angleterre presque tous les pays d’Europe sont dans le collimateur. Le chômage
augmente, le pouvoir d’achat baisse, le système de retraite par répartition est remis en cause, les vieux devraient travailler plus longtemps alors que les jeunes sont sans emploi…Les peuples
sont sommés d’accepter de nouveaux sacrifices pour que les spéculateurs puissent poursuivre leur Monopoly boursier au bénéfice des nantis et des financiers.
Les tenants de l’Union Européenne, du capitalisme mondialisé dans la concurrence dite libre et non faussée, qui hier nous promettaient la lune, dans un Univers d’abondance,
jurent aujourd’hui la main sur le cœur qu’ils n’y sont pour rien que la crise n’est que la conséquence de l’incontournable loi du marché qui fait son œuvre et qu’il n’y a pas d’alternative
possible, au mieux quelques replâtrages de façade.
Les gens qui nous gouvernent ou aspirent à nous gouverner nous incitent à persévérer dans la voie de la guerre économique en attendant la prochaine conflagration à armes réelles en
prévision de laquelle des sommes considérables sont stérilisées alors alors qu'elles pourraient être utilisées pour faire œuvre de vie et relancer la croissance.
Lors des deux élections précédentes, européennes et régionales une majorité d’électrices et d’électeurs n’a pas jugé utile de se déplacer, c’est avec certitude la preuve qu’ils ne se
reconnaissaient pas dans les propositions qui leur étaient faites. Faudra-t-il attendre que ces gens là, d'autres encore, dérapent vers l’Extrême droite pour que les tenants du
libéralisme, y compris social, acceptent de prendre le pouls de l’opinion et arrêtent de seriner aux dindons de la farce que nous sommes: « Vous ne voulez plus de cet
Euro de la vie chère, du chômage… ne vous en déplaise vous en aurez encore…vous n’avez rien compris nous allons vous expliquer pourquoi il faut en rester là… ».
La gauche qui se veut radicale n’a pas mobilisé elle appelle à réformer les traités qu’elle jugeait inamendables il y a seulement quelques années mais comme sœur Anne nous ne
voyons rien venir et ne verrons rien venir d’autre, dans un avenir proche, que les nuées de la rigueur programmée ce qui est logique dans le cadre du rapport des forces politiques en
présence dans l’Europe des vingt-sept.
Nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à constater que déclin social rime avec construction européenne et mondialisation sans contrôles ni frontières, du moins pour les capitaux et
les produits manufacturés. Selon les sondages 68 % des habitants de notre pays regrettent le franc, 38 % souhaitent abandonner l’Euro, ça signifie quand même quelque chose!
Nous laisserons nous encore longtemps berner par des propositions, d’où qu’elles viennent, dont certaines sont irréalistes ou partielles, ce qui revient au même, d’autres aggravantes, pour
nous en prendre à la racine du mal et à ceux qui le propagent ou ne proposent que l’équivalent d’une thérapie sur une jambe de bois².
Il nous faut retrouver notre libre arbitre, en nous émancipant des contraintes de l’Union Européenne du FMI et de l’OMC pour être à même d’abord de balayer devant notre porte, ne dit-on pas aides
toi le ciel t’aidera, pour construire ensuite, sur d’autres bases, de vraies solidarités en Europe et dans le monde avec tous les peuples qui partagent cette démarche.
Un référedum doit être organisé afin que nous puissions exprimer notre volonté d'en finir avec le marasme économique et le déclin social.
Sans Nations et ce qu’elles représentent l’internationalisme prolétarien devient un non sens.
Extraitsd’un texte de Samir Amin un éminent professeur
d’économie politique du développement. Il est le directeur du Forum du Tiers Monde, président du forum mondial des alternatifs il a beaucoup publié sur le droit, la société civile, le
socialisme, le colonialisme et le développement, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe et islamique…
…Le capitalisme est parvenu à un stade de son développement où sa victime n’est plus constituée exclusivement par la classe des
prolétaires dont il exploite le travail mais par l’humanité tout entière dont il menace la survie. Cette évolution signifie que le sujet historique porteur des transformations souhaitables doit
désormais se conjuguer au pluriel. La pluralité grandissante des domaines d’intervention des mouvements et des luttes de résistance et de protestation témoigne de cette multiplicité des sujets
historiques à vocation anticapitaliste. Mais cette pluralité à travers laquelle s’exprime une puissance potentielle invincible du mouvement social est en même temps, par sa fragmentation, la
manifestation de la faiblesse immédiate de ce même mouvement.
Pour l’Europe, le défi s’articule autour de la question centrale des institutions européennes. Ces institutions ont annihilé
les pouvoirs souverains des États, fondement sans lequel l’exercice de la démocratie, faute de prise sur le réel, tourne à la farce, sans leur
substituer la construction d’un pouvoir fédéral pour lequel les conditions d’existence ne sont d’ailleurs pas réunies.
C’était évidemment réduire l’Europe réellement existante à n’être que le volet européen du projet politique américain
(l’atlantisme et le rôle décisif de l’OTAN, dirigé par Washington, dans la politique extérieure réelle de l’Europe). L’Europe sera de gauche – engagée sur la voie de la longue transition
socialiste – ou ne sera pas. Déconstruire l’Union européenne pour la reconstruire autrement constitue l’option stratégique incontournable d’une gauche authentique.
Les peuples des trois continents (Asie, Afrique, Amérique latine) sont confrontés aujourd’hui au projet d’expansion du système
impérialiste dit néolibéral mondialisé, qui n’est rien de moins que la construction de l’« apartheid à l’échelle mondiale ». Le nouvel ordre impérialiste en place sera-t-il remis en question? Par
qui peut-il l’être ? Et que produira cette remise en question ?
Sans doute, l’image de la réalité dominante ne permet-elle pas d’imaginer une remise en question immédiate de cet ordre. Les
classes dirigeantes des pays du Sud, défaites, ont largement accepté de s’inscrire dans leur rôle decompradoressubalternes; les peuples désemparés, engagés dans la lutte pour la survie quotidienne, paraissent souvent accepter leur sort ou même – pis –se nourrir des illusions
nouvelles dont ces mêmes classes dirigeantes les abreuvent (l’islam politique en est l’exemple le plus dramatique). Mais, d’un autre côté, la montée des mouvements de
résistance et de luttes contre le capitalisme et l’impérialisme à travers les cinq continents, les succès remportés – jusqu’à leurs termes électoraux – par les gauches nouvelles en Amérique
latine (quelles que soient les limites que comportent ces victoires), la radicalisation progressive de beaucoup de ces mouvements, l’amorce de positions critiques prises par les gouvernements du
Sud au sein de l’OMC constituent le gage qu’un « autre monde », meilleur, devient effectivement possible. La stratégie offensive nécessaire de reconstitution du front des peuples du Sud exige la
radicalisation des résistances sociales face à l’offensive du capital impérialiste.
Les classes dirigeantes de certains pays du Sud ont visiblement opté pour une stratégie qui n’est ni celle de la
soumission passive aux forces dominantes dans le système mondial ni celle de l’opposition déclarée à celles-ci : une stratégie d’interventions actives sur lesquelles elles fondent leurs espoirs
d’accélérer le développement de leur pays. La Chine, par la solidité de la construction nationale que sa révolution et le maoïsme ont produite, par son choix de conserver le contrôle de sa
monnaie et des flux de capitaux, par son refus de remettre en question la propriété collective du sol (principal acquis révolutionnaire des paysans), était mieux équipée que d’autres pour faire
ce choix et en tirer des résultats incontestablement brillants. L’expérience peut-elle être poursuivie ? Et quelles sont ses limites possibles ? L’analyse des contradictions portées par
cette option m’a conduit à la conclusion que le projet d’un capitalisme national capable de s’imposer à égalité avec celui des puissances majeures du système mondial se nourrissait largement
d’illusions. Les conditions objectives héritées de l’histoire ne permettent pas la mise en oeuvre d’un compromis social historique capital/ travail / paysannerie garantissant la stabilité du
système qui, de ce fait, ne peut à terme que soit dériver à droite (et être alors confronté à des mouvements sociaux grandissants des classes populaires) ou évoluer vers la gauche en construisant
le « socialisme de marché » comme une étape de la longue transition au socialisme. Les options apparemment analogues choisies par les classes dirigeantes d’autres pays dits « émergents » sont
encore plus fragiles.
Ni le Brésil ni l’Inde – parce qu’ils n’ont pas accompli de révolution radicale comme la Chine – ne sont capables de
résister avec autant de force aux pressions conjuguées de l’impérialisme et des classes locales réactionnaires.
VERS UNE VE INTERNATIONALE?La
mondialisation des stratégies du capital dominant appelle celle de la riposte de ses victimes. Alors pourquoi ne pas concevoir qu’une nouvelle Internationale puisse fournir un cadre efficace pour
la construction des convergences nécessaires au succès des luttes engagées par les peuples contre le capital ?
La réponse que je fais à cette question est positive, sans hésitation, mais à condition que l’Internationale
envisagée soit conçue comme le fut la première, et non la deuxième, la troisième ou la quatrième. Autrement dit, une Internationale socialiste-communiste ouverte à tous ceux qui veulent
agir ensemble pour construire la convergence dans la diversité. Le socialisme (ou le communisme) est, dans cet esprit, conçu comme le produit du mouvement, non déduit d’une définition préalable.
Dans cet esprit, je suggérerai que soient définis les objectifs immédiats communs suivants.
1. Mettre en déroute le libéralisme à tous les niveaux, du national au
mondial. Cet objectif implique la restauration des droits souverains des peuples, la condamnation de la conception impérialiste- coloniale de la gestion libérale mondialisée. Des
propositionsd’objectifs à terme immédiat sont concevables dans cette pers p e c t ive, comme l’exclusion de l’agriculture de l’agenda de l’OMC,
l’abrogation des décisions imposées par les puissances impérialistes concernant les droits de propriété intellectuelle et industrielle, l’abrogation des décisions qui entravent le développement
de méthodes de gestion non marchande des ressources naturelles et des services publics, l’abrogation des interdictions de régulation concernant les mouvements de capitaux, la proclamation du
droit des États à répudier les dettes qui, après audit, se révéleraient immorales ou odieuses, etc.
2. Mettre en déroute le programme de contrôle militaire de la planète par les forces militaires des Etats-Unis et/ou de
l’OTAN. Cet objectif implique la condamnation sans réserve de la répudiation du droit international par les États-Unis, de l’« autorisation » qu’ils
se sont donnée de conduire les guerres préventives de leur choix, la restauration de l’ONU dans ses fonctions
3. Mettre en déroute en Europe les conceptions libérales et atlantistes qui constituent le fondement des institutions de
l’Union européenne. Cela implique la remise en question de fond en comble de toute la construction institutionnelle européenne et la dissolution de
l’OTAN.
Des initiatives ont déjà été prises dans le sens de la précision des objectifs de stratégies de convergence qui correspondent à la
vision générale du défi proposée ici. La journée du 18 janvier 2006, organisée à Bamako à la veille de l’ouverture du Forum social mondial polycentrique 2006 (Bamako et Caracas), a été consacrée
précisément à débattre de ces propositions de stratégie de lutte et de construction de la convergence dans la diversité. L’objectif de la Ve Internationale suggérée, ou plus modestement et en
attendant des propositions de stratégies d’action de l’Appel de Bamako auxquelles je renvoie ici, est de contribuer à la construction de l’internationalisme des peuple.
Elle concerne donc tous les peuples, du Nord et du Sud, puisqu’elle fait référence non au seul prolétariat, mais à l’ensemble des
classes et couches populaires victimes du système, à l’humanité dans son ensemble, menacée dans sa survie. Cet internationalisme n’exclut pas le renforcement de la solidarité des peuples des
trois continents (Asie, Afrique, Amérique latine) contre l’agression de l’impérialisme de la triade. Au contraire, ces deux internationalismes ne peuvent que se compléter et se renforcer. La
solidarité des peuples du Nord et du Sud ne peut être fondée sur la charité, mais sur l’action commune contre l’impérialisme. Le renforcement de l’internationalisme des peuples créera des
conditions favorables facilitant des avancées dans trois directions qui, conjuguées, en association étroite et non dissociées, construisent l’alternative : le progrès social, l’approfondissement
de la démocratisation, l’affermissement de l’autonomie nationale dans une mondialisation négociée.
Ceux qui attendaient du G20 des mesures concrètes pour résoudre la crise économique mondiale en sont pour leurs frais. Il ne s'agissait ici que de parler finance et de donner des moyens accrus au
FMI et à la Banque mondiale pour poursuivre leur politique d'exploitation du tiers-monde. En brisant les résistances, la crise offre une « opportunité » inespérée aux tenants du
capitalisme pour accélérer a globalisation du système. Damien Millet et Éric Toussaintdressent leur bilan de ce sommet.
Les effets d'annonce ne manquent pas autour du sommet des 20 pays industrialisés et émergents (G20) réuni à Londres les 1er et 2 avril pour apporter des solutions à la crise. Mais bien avant la
clôture du sommet, les conclusions sont connues : le G20 ne sera pas à la hauteur de l'enjeu.
Au-delà de la publication dans la presse spécialisée d'un projet de communiqué final très insuffisant, la raison en est simple : le sommet du G20 n'a pas été mis en place pour apporter de
véritables solutions, il a été convoqué à la va-vite une première fois en novembre dernier pour sauver la mise des puissants et tenter de colmater les brèches d'un capitalisme en pleine crise.
Impossible, dès lors, qu'il apporte aux peuples du monde entier des alternatives suffisamment radicales pour inverser la tendance. Initié par ceux qui profitent du rapport de forces actuel, le
sommet du G20 est structurellement incapable de choisir des pistes de nature à modifier en profondeur ce rapport de forces. Quand un chef d'État ou le directeur d'une institution internationale
est arrivé à son poste grâce au soutien des grands créanciers et des multinationales, il ne va pas chercher à fragiliser le pouvoir de ses précieux soutiens.
Comme la situation est intenable du fait de la crise financière internationale, le G20 va chercher à limer les dents de ce système prédateur au lieu de le mettre hors d'état de nuire. L'opinion
publique va donc être priée de regarder dans deux directions qui doivent servir à cristalliser l'exaspération : les paradis fiscaux et les rémunérations des dirigeants de grandes
entreprises.
Il faut abolir les paradis fiscaux, cela va de soi. C'est facile à décider. Il suffit d'interdire aux entreprises et aux résidents d'avoir des actifs dans ou d'entretenir des relations avec des
partenaires situés dans des paradis fiscaux qui sont tout à fait identifiables. Les pays de l'Union européenne qui fonctionnent comme des paradis fiscaux (Autriche, Belgique, Grande-Bretagne,
Luxembourg...) et la Suisse, qui est signataire des accords de Schengen, doivent lever le secret bancaire et mettre fin à leurs pratiques scandaleuses. Mais telle n'est pas l'orientation prise
par le G20 : quelques cas emblématiques seront sanctionnés, des mesures minimales seront demandées aux pays concernés, et une liste noire des territoires « non coopératifs »
soigneusement épurée (la City de Londres, le Luxembourg ou l'Autriche ont obtenu de ne pas y figurer sera dressée. D'ailleurs, une telle liste existait déjà, mais au fil du temps, la
quasi-totalité des pays en avait été rayée. On va donc reprendre les mêmes et recommencer.
Par ailleurs, les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises, incluant parachutes dorés et bonus divers, sont proprement scandaleuses. En période de croissance, le patronat affirmait
qu'il fallait récompenser ceux qui prenaient des risques et apportaient tant de profits aux sociétés (nous ne parlons pas là des travailleurs, vous l'aurez compris !) afin qu'ils ne partent
pas ailleurs. Maintenant que la crise est solidement installée et que les entreprises creusent leurs pertes, les mêmes continuent de justifier des revenus faramineux. Le G20 va
« encadrer » ces rémunérations, pour une durée limitée (jusqu'à fin 2010 en France). La logique elle-même n'est pas remise en cause, on en gomme juste l'aspect insupportable pour la
faire perdurer.
Au-delà des questions des paradis fiscaux et des super-bonus des patrons, pour lesquelles aucune sanction éventuelle n'est spécifiée, les pays du G20 vont continuer de renflouer les banques,
mais sans en prendre le contrôle pour imposer d'autres orientations que celles qui ont échoué depuis plusieurs décennies et qui ont conduit à la crise actuelle.Le G20 ne manque pas de
rappeler qu'il va lutter contre le protectionnisme, comme s'il était inadmissible de vouloir protéger les secteurs vitaux de son économie. Le libre marché et la dérégulation forcenée ont conduit
au fiasco, le G20 en tire des conclusions que les populations ne peuvent accepter : il cherche à sauvegarder coûte que coûte ce libre marché, apanage des puissants qui ne veulent rien lâcher
de leur domination face aux plus faibles.
Peu importe au G20 si le FMI a été un acteur central dans l'imposition des politiques d'ajustement structurel depuis les années 1980, au contraire, le G20 veut le remercier d'avoir été le grand
ordonnateur des privatisations à outrance, de la libéralisation de l'économie, de l'ouverture des marchés et de la réduction drastique des budgets sociaux. Le FMI, bien que discrédité et
délégitimé au niveau mondial, va être remis au centre du jeu politique et économique grâce à un apport de fonds d'ici 2010.Source:
Un petit coup de peinture sur un monde en ruines, voilà la démarche du G20. Seule une forte mobilisation populaire pourra permettre de bâtir des fondations solides pour construire enfin un monde
dans lequel la finance est au service des êtres humains, et non l'inverse. Les manifestations du 28 mars furent importantes : 40 000 personnes à Londres, des dizaines de milliers à Vienne,
Berlin, Stuttgart..., sur le thème « Que les riches paient pour la crise ! ». La semaine d'action mondiale convoquée par les mouvements sociaux du monde entier lors du Forum
social mondial (FSM) de Belem en janvier a donc eu un écho de tout premier ordre. Ceux qui ont annoncé la fin du mouvement altermondialiste se sont trompés, celui-ci démontre qu'il est
parfaitement capable de réussir de grandes mobilisations. En France, les 29 janvier et 19 mars derniers, les salariés, les sans-emplois, les jeunes ont affirmé avec force qu'ils veulent d'autres
solutions à la crise que celles qui consistent à sauver les banquiers et à obliger ceux d'en bas à se serrer une fois de plus la ceinture.
En contrepoint du G20, le président de l'Assemblée générale des Nations unies, Miguel d'Escoto, a convoqué une réunion générale des chefs d'Etat pour le mois de juin et a demandé à l'économiste
Joseph Stiglitz de présider une commission qui fera des propositions pour répondre à la crise globale. Selon certains documents préparatoires, les solutions proposées sont inappropriées, mais
elles auront le mérite d'être soumises à la discussion de l'Assemblée générale des Nations unies. Pourquoi la presse fait-elle le silence autour de cette démarche ? Pourquoi le quotidien
Le Monde participe-t-il à une campagne de discrédit international à l'encontre de Miguel d'Escoto qui a eu le courage de saluer l'importance du FSM de Belem, qui a pris activement parti
pour la défense du peuple palestinien et s'est prononcé contre toute attaque contre l'Iran sous prétexte de mettre fin à son programme nucléaire ? [1] Poser la question, c'est y répondre.
Une nouvelle crise de la dette est en préparation au Sud, elle est la conséquence de l'explosion de la bulle de la dette privée immobilière au Nord. La crise qui touche aujourd'hui l'économie
réelle de tous les pays du Nord a provoqué une chute des prix des matières premières, ce qui a réduit les recettes en devises avec lesquelles les gouvernements des pays du Sud remboursent leur
dette publique externe. De plus, le credit crunch a provoqué une hausse du coût des emprunts des pays du Sud. Ces deux facteurs provoquent déjà des suspensions de remboursement de la
dette de la part des gouvernements des pays les plus exposés à la crise (à commencer par l'Équateur). D'autres suivront.
La situation est absurde : les pays du Sud sont des prêteurs nets à l'égard du Nord, à commencer par les États-Unis qui ont une dette extérieure totale de plus de 6 000 milliards de
dollars (le double de la dette externe des pays du Sud). Les banques centrales des pays du Sud achètent des bons du Trésor des États-Unis. Ils devraient au contraire former ensemble une banque du
Sud démocratique afin de financer des projets de développement humain. Ils devraient quitter la Banque mondiale et le FMI qui sont des instruments de domination. Ils devraient développer des
relations de solidarités Sud-Sud comme le font les pays membres de l'ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Honduras, Dominique). Ils devraient réaliser un audit des dettes qu'on leur réclame
et mettre fin au paiement des dettes illégitimes.
Le G20 va veiller à préserver l'essentiel de la logique néolibérale : il est déterminé à rétablir la sacro-sainte croissance, dont le contenu n'est jamais interrogé, et à « résister au
protectionnisme ». Les principes erronés sont de nouveau martelés : le G20 réaffirme son attachement à « une économie mondiale ouverte basée sur les principes de marché »,
donc son soutien au dieu marché n'est pas négociable. Le reste n'est qu'illusion.
Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006.
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Éric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale,
CADTM/Syllepse, 2008.
La politique du renard libre dans un poulailler
libre :
L'Union Européenne s'en remet aux banquiers pour régler la crise
Il pourrait sembler évident que les décideurs européens ne demandent pas aux responsables de la crise actuelle les solutions pour en sortir : c'est pourtant ce qu'il font.
Un groupe de "sages" a été nommé par la Commission pour lui donner son avis sur les solutions à mettre en œuvre face à la crise, ce qu'il a fait le 25 février dernier. On trouve dans ce rapport
le florilège des mesures néolibérales qui démontrent chaque jour leur incurie. Il s'agit d'une réforme graduelle de la supervision financière au sein de l'Union européenne : entre autres, la
mise en place d'un conseil européen du risque systémique dirigé par la Banque centrale européenne (on ne change pas une équipe qui perd), avec la mise en place d'un système "effectif" du
risque ; créer un système européen de superviseurs financiers, ainsi que quelques mesures de réformes des institutions. Ces mesures ne sont pas seulement insuffisantes, elles démontrent
qu'aucune leçon n'a été tirée par le milieu bancaire de la crise. Comment s'en étonner ?
Présidé par Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France et ancien directeur général du Fonds monétaire international, ce comité de "sages" comprend, sur huit membres, quatre
qui sont directement impliqués dans la crise financière par leurs fonctions dans les groupes bancaires : Rainer Masera (Lehman Brothers), Otmar Issing (Goldman Sachs), Jacques de Larosière
(BNP Paribas) et Onno Ruding (CitiGroup). Le cinquième, Callum McCarthy, a présidé l'Autorité des services financiers britannique, dont le laxisme dans le contrôle des milieux financiers est
notoire. Le sixième, Leszek Balcerowicz est surtout connu pour s'opposer à toute régulation.
Demander leur avis à certains de ceux qui sont responsables de la crise est symptomatique de cette volonté politique de ne pas y porter remède réellement : non seulement, cet épisode montre
que l'Union européenne fonctionne d'une manière opaque et antidémocratique, mais encore que le système ne compte pas se réformer seul et ne le fera pas spontanément. À l'heure de l'aggravation
constante de la crise, de la succession de "plans de sauvetage" toujours plus colossaux les uns que les autres et visiblement toujours aussi inefficaces, Attac rappelle que la crise que nous
traversons est systémique, qu'elle est en même temps sociale, environnementale, alimentaire et pas seulement financière, et que seules des mesures radicales pourront permettre d'en sortir.
Attac France produira, avant le prochain G20, deux rapports sur les paradis fiscaux et les taxes globales.
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