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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 17:03
La Russie revient pour un nouveau round.
par Moon of Alabama

Origine 9 juin 2016, par Comité Valmy

 

L’administration Obama ne veut pas la paix en Syrie. Les Russes ont finalement dû s’avouer que les États-Unis ne collaborerait pas au maintien du cessez-le-feu, ni à une attaque coordonnée contre l’État islamique et al-Qaïda, ni à la paix en Syrie. En effet, comme l’explique Lavrov, les États-Unis ont à nouveau demandé à la Russie de ne pas bombarder al-Qaïda, alors même que deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU exigent son éradication.

 

D’énormes convois de ravitaillement (vidéo) arrivent à nouveau de Turquie pour les « rebelles » qui vont, comme d’habitude, les partager avec al-Qaïda et d’autres terroristes.L’offensive actuelle de l’armée arabe syrienne sur Raqqa est entravée, non seulement par les tempêtes de sable, mais aussi par une attaque opportune d’al-Qaïda, d’Ahrar al Sham et des forces du Parti islamique du Turkestan contre des positions du gouvernement, au sud d’Alep.

 

Plus de 1000 militants ont entamé une offensive contre les positions de l’armée syrienne au sud-ouest d’Alep, a déclaré le centre russe de contrôle du cessez-le-feu en Syrie, dans un communiqué publié samedi.

Le centre a également rapporté que, selon des civils d’Alep, des groupes armés, en partie composés de soldats turcs, avaient fait leur apparition au nord de la ville.

 

C’est exactement le même schéma qu’en mars et avril derniers, quand l’armée syrienne a été obligée de stopper son avancée vers l’est de la Syrie pour éviter de nouvelles pertes dans la lutte contre Al-Qaïda au sud d’Alep. Il semble évident que ces attaques des forces soutenues par les Etats-Unis ont pour but d’empêcher le gouvernement syrien de regagner du terrain à l’est.

Aujourd’hui Lavrov a à nouveau parlé à Kerry :

 

«  Lavrov a exprimé sa préoccupation concernant les tentatives de retarder la reprise des négociations politiques, sous divers prétextes », a déclaré le ministère [des Affaires étrangères russe].

 

Comme les États-Unis ne veulent pas régler le conflit en Syrie, la Russie va devoir reprendre l’initiative.

Est-ce un piège ? Les États-Unis veulent-ils que la Russie s’enlise en Syrie ? C’est tout à fait possible, mais on ne voit pas comment cela pourrait arriver parce que la Russie fait un retour en force et ses attaques sont foudroyantes.

Les frappes aériennes russes contre les terroristes en Syrie ont triplé au cours des derniers jours. Des ressources supplémentaires ont été envoyées discrètement.

Sans faire le buzz comme pour leur première intervention militaire en Syrie, cette semaine les Russes ont débarqué des forces terrestres et des parachutistes dans le port de Tartous pour soutenir les plus de 3000 volontaires russes envoyés dans la région au cours des dernières semaines, dans le but de relancer la coordination avec l’armée syrienne.

...

Des sources syriennes ont annoncé que le personnel de commandement russe qui a coordonné les opérations de soutien aérien à l’automne dernier, était revenu à la base militaire Hmeimim dans la province de Latakia pour entamer la préparation de nouvelles opérations.

 

Il faut espérer que les dirigeants russes ont appris leur leçon ; et qu’ils ne cesseront plus de poursuivre l’ennemi, sans aucun gain politique à la clé, quand ce dernier sera, sans doute bientôt, contraint de s’enfuir à nouveau.

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 17:05

Source Afrique Asie : michel  raimbaud les Etats  unis et le chaos

 

Par : Majed Nehmé, Augusta Conchiglia et Hassen Zenati

 

Ancien ambassadeur français en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, l’écrivain Michel Raimbaud* vient de publier « Tempête sur le Grand Moyen-Orient », un ouvrage qui s’annonce déjà comme un classique de la géopolitique moyen-orientale et eurasienne. Il revient sur ce projet élaboré par les néoconservateurs américains qui a non seulement déstabilisé le monde arabo-musulman, reconfiguré les relations internationales, mais fait désormais des vagues jusqu’en Europe, avec la violence qu’on connaît.

 

Vous avez placé en épigraphe de votre livre cette citation de Voltaire : « Pour savoir qui vous dirige vraiment, il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. » De qui parlez-vous ?


Il suffit de voir autour de soi. La maxime s’applique à ce qu’on appelle le « pouvoir profond »… On ne peut pas critiquer certaines catégories de personnes et les sujets qui vont avec, dont ceux que je traite dans ce livre. Ce sont ces sujets sensibles.

 

Vous dites que l’expression « printemps arabe » n’est pas un concept arabe, mais occidental. Le nouveau président tunisien l’a confirmé. Est-ce cela qui explique ce qui s’est passé dans le monde arabe ?
Tout à fait. La naissance de ce concept est le fait d’intellectuels et de journalistes français. Il se réfère aux printemps démocratiques, celui de 1848 qui a tenté de bousculer les vieilles monarchies européennes vermoulues, le printemps de Prague en 1968, Mai-68 en France… Cette assimilation historique est un peu hâtive. Sans compter qu’en Tunisie, le printemps du jasmin, c’était en hiver !

 

Vous n’avez pas de mots assez durs pour évoquer le printemps arabe : « Une appellation plutôt usurpée pour une saison sinistre n’ayant guère d’arabe, à part le nom, qu’une vague façade en carton-pâte derrière laquelle se tapissent un fanatisme islamiste de la pire espèce, des pompes à finances wahhabites inépuisables », etc. Et j’en passe…
Je le pense depuis le début. Tous les pays arabes ont été touchés sauf les monarchies. Le Bahreïn est une exception à cause de sa « minorité » chiite qui constitue plus de 70 % de la population. Au Yémen, on a découvert à l’occasion de la guerre civile qu’il existe une minorité chiite, les zaydites, représentant 40 % de la population. Il y a des chiites cachés en Turquie, il en existe aussi au Pakistan, entre 20 % et 25 % de la population.

 

Qu’entendez-vous par un Grand Moyen-Orient situé entre l’empire atlantique et l’Eurasie ? Peut-on encore parler, à propos de l’Otan, d’un empire ? Quant à l’Eurasie, elle est encore embryonnaire. N’est-ce pas une anticipation ?
Oui c’est une anticipation. L’expression du Grand Moyen-Orient elle-même est de George Bush. Ce n’est plus un Moyen-Orient dans la mesure où il va de la Méditerranée à la Chine centrale. L’Eurasie est en gestation, certes, mais le changement se produit sous nos yeux. Les Brics sont en formation, surtout son noyau euro-asiatique. Cet ensemble a de l’avenir.

 

Mais le Grand Moyen-Orient n’est-il pas une vue de l’esprit ? On a l’impression, plutôt, d’un monde éclaté…
C’est le monde arabo-musulman d’aujourd’hui qui est éclaté. L’expression Grand Moyen-Orient est concise et couvre une vaste région. L’empire Atlantique se place face au bloc euro-asiatique. Ces blocs existent déjà et le deuxième est en voie d’organisation.

 

Comment expliquer que le mal nommé « printemps » ait pu réveiller la guerre froide ? Et que la Russie et la Chine se soient liguées pour contrer ce projet ?
Cette opposition russo-chinoise est une grande première. Jusqu’en 1991, le monde est bipolaire avec, entre les deux blocs, une Chine qui trouble un peu le jeu. Au milieu se trouvent les pays non-alignés, terre de mission pour les deux camps. En 1991, à la chute de l’URSS, on a cru en l’avènement du monde multipolaire. Ce n’était pas vrai : ce que l’on a vu, c’est l’avènement du monde unipolaire, le monde américain. L’Occident va alors pouvoir gouverner au nom de la « communauté internationale », sans opposition, pendant vingt ans, jusqu’en 2011. Puis il va s’évanouir avec les crises de la Libye et de la Syrie. Tout capote avec ces pays, et nulle part ailleurs.
Avant, les Russes et les Chinois étaient tétanisés, ils étaient dans une période d’attente, hésitaient entre coopération et confrontation. Les deux pays s’abstenaient sur le Darfour, ou sur d’autres résolutions de ce type. La Chine était surtout occupée à assurer son développement et à devenir la deuxième puissance mondiale. Puis, peu à peu, Poutine réalise qu’il n’y a pas de coopération possible. Le coup d’arrêt à ses hésitations, c’est la guerre de Géorgie. L’Occident va trop loin, surtout avec le bouclier antimissiles.
La Chine va se joindre à la Russie lors de la guerre de Libye, le vrai point de rupture. Auparavant, les deux pays avaient été mis en condition pour accepter la résolution 1973, avec l’idée qu’il fallait protéger la population civile. C’est la mise en œuvre de cette résolution qui a fait déborder le vase. Ils se sont rendu compte qu’ils avaient été bernés, et qu’ils avaient fait une erreur en s’abstenant.
Les bombardements commencent le lendemain de l’adoption de la résolution des Nations unies. L’Otan, qui n’y était mentionnée nulle part, entre en guerre, bombarde tout, démolit tout. En toute illégalité. Si on regarde le chapitre 7 de la charte des Nations unies, on constate que toutes les dispositions qui encadrent les interventions ont été violées. Y compris celles au prétexte humanitaire. Pour la Chine et la Russie, il n’y aura plus jamais de résolutions à la libyenne. Elles s’opposent six mois plus tard à la résolution sur la Syrie, apposant quatre fois leur veto. Je ne comprends pas que les Occidentaux n’aient pas compris que la Russie et la Chine ne rejoindraient plus jamais la fameuse communauté internationale pour ce genre d’aventures.

 

La Syrie est donc fondatrice de la nouvelle donne internationale…
C’est l’épicentre d’un conflit global qui dure depuis quatre ans. Si le gouvernement légal de la Syrie était tombé comme les autres auparavant, ou si le régime avait été renversé comme celui de Kadhafi, il y aurait eu d’autres printemps arabes. Mais la Syrie en a été le coup d’arrêt. Les Russes ne voulaient pas tant soutenir la Syrie, mais ils y ont trouvé un partenaire, un point d’ancrage solide. Avant l’Ukraine… Ils ont cultivé l’alliance et rameuté les Bric autour d’eux, à commencer par la Chine. Quatre vetos sur la Syrie : la Chine garde un profil discret, mais ferme. Impressionnant. Au summum de la crise sur les armes chimiques en Syrie, en 2013, il y avait certes les gesticulations russes et américaines, mais il y avait aussi des navires de guerre chinois au large des côtes syriennes. C’est une première et cela devrait faire réfléchir les Occidentaux.

 

Pourquoi l’Occident séculier soutient-il des mouvements islamistes qu’il combat chez lui ?
Par absence de logique. À ce propos, il faut distinguer les États-Unis et ses alliés au Conseil de sécurité, qui ont des traditions de grandes puissances, et les alliés privilégiés des États-Unis, mais qui n’ont pas les mêmes motivations. Globalement, les Américains sont ceux qui commandent et ont mis en œuvre une stratégie du chaos. Ils ont continué à soutenir les gens d’Al-Qaïda, dont ils sont les créateurs avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Puis, quand ils n’en ont plus eu besoin, ils les ont laissé tomber en leur disant « débrouillez-vous ». Mais toute cette affaire s’est retournée contre eux avec les attentats du 11-Septembre.
Les mouvements terroristes internationaux, comme ceux qui sévissent en Syrie et ailleurs dans le Moyen-Orient ou le monde musulman, sont des héritiers d’Al-Qaïda. Les États-Unis n’ont pas de raison de ne pas s’en servir, tout en sachant que ce n’est pas leur modèle social. Ils les utilisent puis, quand ils ne s’en servent plus, ils les bombardent.
Je ne crois pas que les États-Unis aient une sympathie particulière pour les mouvements islamistes, ni pour les Arabes d’ailleurs – cela se saurait. Mais ils peuvent s’accommoder de tout. Leurs meilleurs alliés sont des gouvernements islamistes. Ils ont du mal à trouver des alliés progressistes : ils n’en ont jamais eu dans l’Histoire.

 

Vous étiez en poste en Arabie Saoudite, où l’on vient d’assister à une scène de succession moyenâgeuse. Tous les chefs d’État occidentaux s’y sont rués pour prêter allégeance au nouveau roi d’Arabie. Qu’est-ce qui les fait vraiment courir, à part le brut ?
Le pétrole et les intérêts d’Israël. Dans tout le monde arabe, il existe un terreau favorable à la contestation, mais on n’a pas le droit d’y intervenir et de bombarder sous prétexte que les peuples sont menacés par des tyrans. D’autant qu’on se rend compte que ce type d’opération est menée pour changer le régime ou détruire le pays. Il est plus facile d’exploiter le pétrole avec des pays fragilisés.
Le pétrole détourné d’Irak et de Syrie va notamment vers Israël, sans besoin d’oléoducs. Vendu en contrebande à 15 dollars le baril lorsque celui-ci était à 120 dollars, ce pétrole a rapporté des revenus conséquents : 5 milliards de dollars. Des sommes qu’on ne transporte pas dans des matelas ! Il faut des banques, des complices pour les mettre sur le marché. Les circuits parallèles fonctionnent.

 

Des documents secrets du Pentagone à propos de la Libye viennent de donner une autre explication à cette guerre. Hillary Clinton, conseillée par les Frères musulmans, aurait caché à Obama que Kadhafi était en négociation avec le Pentagone pour passer la main, et que l’histoire du génocide menaçant les habitants de Benghazi était inventée de toutes pièces. L’Occident joue-t-il contre son propre camp ?
Il existe tellement de machinations qu’on finit par se prendre les pieds dans le tapis. Il y a toujours des histoires des services spéciaux, etc. Les renseignements sont pipés. Les services jouent un grand rôle là-dedans. Cela dit, Hillary Clinton n’est pas la finesse même sur la Libye, la façon dont elle rit à l’annonce de la mort de Kadhafi le prouve. Un ambassadeur américain a été tué de la même façon que lui pourtant.

 

Pourquoi la Syrie a-t-elle été jusqu’ici l’exception, et comment analyser l’émergence de l’État islamique ?
J’espère que la Syrie restera l’exception, du moins dans ce contexte-là. L’affaire est loin d’être terminée, mais il y a plusieurs raisons. Bachar al-Assad, quoi qu’on en dise, a une légitimité, il est populaire chez la majorité de ceux qui vivent en Syrie. Quels que soient les défauts de son régime, il est perçu dans le contexte actuel comme un rempart contre le démantèlement du pays. Il a des alliés chiites comme le Hezbollah, l’Iran, certainement une vieille alliance qui date du temps du shah. Il a un véritable partenariat avec la Russie : la Russie défend la Syrie, mais la Syrie défend aussi la Russie. Si la Syrie devait subir le sort des autres pays, la Russie le sentirait passer. Et son prestige international s’en ressentirait.

Quel est le jeu d’Israël ? Vous étiez ambassadeur au Soudan. Quel regard jetez-vous sur ce pays éclaté ?
Israël est derrière toutes les crises du monde arabe, toujours à l’affût. La sécession du Sud-Soudan est un triomphe de la diplomatie américaine et de la diplomatie israélienne. Il fallait transformer le Sud-Soudan en base israélienne, pour le complot contre ce qui reste du Soudan. Ils veulent affaiblissement de ce pays non pas parce qu’ils sont islamistes, mais parce qu’ils ont soutenu Saddam. Ils ne veulent pas la peau de Tourabi ou Al-Bachir, ils veulent couper le Soudan en morceaux. Ils ont réussi, et cela continue avec le Darfour.

 

Mais le nouvel État, le Soudan du Sud, n’est pas brillant…
Mais lequel des régimes nés des « printemps arabe » est-il brillant ? L’industrie de production de la démocratie américaine au nouveau Grand Moyen-Orient est un trompe-l’œil qui vient des années 1980-1990. Cela n’a rien à voir avec la démocratie et les droits de l’homme : cette stratégie sert à casser le monde arabo-musulman, comme cela est attesté dans de nombreux documents. Car les Américains font ce qu’ils disent, et disent ce qu’ils font.
Il y a un plan, ce n’est pas de la conspiration. Quels que soient les avatars pour soutenir tel ou tel camp, les options restent ouvertes. Au Bahreïn par exemple, ils soutiennent à la fois la rébellion, ce qui leur permet de dire qu’ils défendent les droits de l’homme et la démocratie, et la monarchie pro-saoudite sunnite. Et ils sont gagnants de toute façon. Ils ont fait la même chose au Yémen, et en Égypte, même chose : d’abord Moubarak, puis les islamistes, puis Morsi et maintenant Sissi. Ce n’est pas logique, c’est la logique du chaos. Et elle est bel et bien là.

Comment expliquer que le savoir-faire français sur le Moyen-Orient s’avère inopérant ? Il y avait une certaine politique arabe de la France qui est aujourd’hui introuvable. La diplomatie française est-elle victime de myopie ou d’une certaine posture idéologique ?


De Gaulle était un grand homme je pense. Il avait bien une politique arabe exemplaire, il a renversé le cours des relations franco-arabes après l’indépendance de l’Algérie et réussi à changer d’alliance après la guerre des Six-Jours. Après les néfastes conséquences de l’expédition de Suez, c’était un exploit. Une politique arabe a persisté dans une espèce de consensus politique en France. Puis, après le coup d’honneur sur l’Irak, en 2003, la France a commencé à rentrer dans le bercail occidental. Fini la récréation. Le bilan est désastreux.
Elle a pourtant un savoir-faire et avait une grande tradition diplomatique. C’est un grand pays, pas dans le sens d’un pays braillard qui manigance à tout prix… Un grand pays au sens positif du terme. Son retrait peut peut-être changer, mais je ne vois pas venir le changement maintenant.

 

Hollande continue de dire que l’État islamique et le régime de Bachar, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, deux ennemis à combattre…
Depuis quatre ans, on continue de dire le pire sur Bachar, qu’il va tomber d’une minute à l’autre… En réalité, ce sont les Américains qui peuvent changer d’avis et sont en train de le faire.
Les alliés privilégiés de la France sont le Qatar, la Turquie et l’Arabie Saoudite. On a vu défiler les six monarques du Golfe à Paris, nos alliés. On soutient à la fois les terroristes modérés et les djihadistes démocratiques. C’est une position difficilement tenable, de la haute acrobatie. Les Américains, eux ne l’ont pas fait en même temps : d’abord alliés d’Al-Qaïda, puis leurs ennemis. Ils changent d’avis sans se gêner.

Fabius a dit qu’Al-Nosra, classée par les Américains comme organisation terroriste, fait du bon boulot en Syrie…
Tous les éléments spécialisés de la diplomatie française ont été dispersés ; les spécialistes de l’Orient, les arabisants ont été envoyés en Afrique du Sud ou ailleurs, avec la volonté de les remplacer par des technocrates. Résultat, les nouveaux diplomates n’ont pas la même carrure, produisent des rapports nuls, n’ont pas d’analyse sérieuse…

 

Les ambassadeurs français en Syrie et en Libye avaient pourtant alerté le gouvernement en le mettant en garde contre tout aventurisme.
Oui, mais celui de Syrie s’est ensuite fait taper sur les doigts et a fini par accepter de s’aligner sur la politique officielle.

 

Pensez-vous qu’on peut revenir à la diplomatie de l’après-Suez ? L’Occident est-il en train de comprendre ses erreurs et de changer ?
Le retour de De Gaulle au pouvoir a brisé un consensus, quand le gouvernement tripartite français, qui a duré douze ans, faisait que la France ne bougeait pas le petit doigt sans en référer à Washington. Cela inclut la période de Suez. Le plan Marshall avait un coût pour l’indépendance nationale française. Et l’Union européenne – conçue par les Américains plus que par les Européens eux-mêmes – a contribué à peser en ce sens. Toute l’histoire de l’atlantisme, l’idée de faire de l’Otan l’armée de l’Europe, n’est pas la conception française de l’Europe.

 

L’État islamique est-il une création indirecte de l’Occident ?
Il est le résultat de l’invasion américaine de l’Irak. On peut dire cela à tous les coups. Les Américains ont cassé toutes les institutions irakiennes (armée, police, gouvernement, parti baath, etc.) et facilité la prise de pouvoir par les chiites et des Kurdes au détriment des sunnites. Quand les officiers baathistes ont été mis en prison où séjournaient déjà les islamistes, les deux groupes ont fait connaissance. La prison a été le centre d’étude et de fusion entre des gens qui ne se seraient pas rencontrés autrement – comme cela arrive ailleurs.

 

L’État islamique aurait profité de la zone d’exclusion aérienne imposée depuis 1991. C’est là que Zarkawi et ses hommes se seraient développés.
En effet, c’est là qu’ils se sont développés. Il n’y avait plus d’État irakien et la porte était ouverte à toutes les aventures. Ce qui a favorisé les événements de juin 2013 ? Une conjonction d’islamistes et d’officiers du Baath irakien, désireux de revanche, pourchassés tous deux par les Américains. Ils ont décidé d’unir leur destin pour des objectifs différents. Peut-être pas pour le long terme.

 

L’Occident semble préférer le chaos aux États souverainistes…

C’est ce qui apparaît. Le chaos, c’est le but des néoconservateurs qui ont une vieille théorie : il fallait maîtriser toute la zone qui ceinturait le monde communiste soviétique et chinois, et d’autre part sécuriser les intérêts occidentaux. Les Américains se sont aperçus que cette zone était entièrement constituée de pays musulmans. C’est la ceinture verte musulmane, ce qui est devenu le Grand Moyen-Orient de Bush, gonflé au fil des pulsions américaines. Il y avait deux catégories de pays dans cette zone : les États forts, comme l’Iran du shah, ou la Turquie entrée dans l’Otan, peut être aussi l’Irak, des régimes amis de l’Occident. Et les autres qu’il fallait affaiblir, où il fallait provoquer des changements de régime, renverser les pouvoirs en place.
Puis des États ont viré de bord, comme l’Iran avec la révolution islamique. Quand la configuration est défavorable, on essaie de changer le régime, et si on n’y arrive pas, on casse l’État – en particulier les armées du monde arabe –, on ruine le pays. Cette stratégie figure dans beaucoup de documents américains ou israéliens. Ça s’est produit avec les armées égyptienne, irakienne, syrienne et sans doute algérienne.

 

Mais le chaos est contagieux et peut toucher les monarchies du Golfe. Celles-ci seraient-elles les grandes perdantes face à l’axe chiite ?
Dans l’esprit de certains dirigeants américains, c’est ce qui va arriver. Un ancien directeur de la CIA a dit qu’il fallait s’occuper des pays comme la Syrie et l’Égypte, déstabiliser huit pays… L’idée, c’est de leur « préparer » un islam qui leur convienne et d’aider les musulmans à accéder au pouvoir. Quand ces pays auront bien été déstabilisés, alors on pourra s’occuper de l’Arabie Saoudite. Le pacte de Quincy signé en 1945 a été renouvelé en 2005 pour soixante ans, mais il ne durera pas.
Les États-Unis n’ont pas aidé le shah à se maintenir au pouvoir. Il n’était plus fréquentable, il a été renversé. Résultat, l’ayatollah Khomeiny a aussitôt pris le pouvoir, et l’Iran est devenu un des ennemis publics numéro un de l’Amérique. Jusqu’en 1979, ce pays était pourtant l’allié stratégique, y compris l’allié nucléaire. Il existait une vraie coopération entre l’Iran et les États-Unis dans ce domaine, avec un traité, des laboratoires, etc.
La question nucléaire a été mise à l’ordre du jour en 2002. Après que l’Iran eut le temps de s’occuper de l’Irak… Avant on n’en parlait pas. Puis les Européens, avec des Américains qui en arrière-plan soutenaient la démarche, se sont benoîtement rappelés du traité de non-prolifération…

 

On est au cœur d’une nouvelle guerre froide avec l’Ukraine. Jusqu’où ce conflit va-t-il reconfigurer le nouvel ordre mondial en gestation ? Quels sont les effets sur le Grand Moyen-Orient ?
En France, on fait rarement un lien entre les différents problèmes, on a tendance à les saucissonner. Cela empêche une compréhension de la situation. J’ai peu entendu les gens établir un rapport entre la crise syrienne et la crise ukrainienne. Pourtant, il est évident. Il n’y aurait pas eu de relance de la crise ukrainienne s’il n’y avait pas eu la crise syrienne. Autrement dit, si la Russie avait laissé tomber Bachar, il n’y aurait pas eu une crise ukrainienne à ce niveau de gravité. On s’en serait accommodés. On a fait la surenchère surtout pour enquiquiner la Russie.

 

Sans la crise ukrainienne, les Brics auraient-ils pris la même importance sur la scène internationale ?
Sans la crise syrienne il faut dire. Car la crise ukrainienne est un développement de la guerre en Syrie. La guerre d’Ukraine s’inscrit dans le grand mouvement qui a déclenché les printemps arabes. En même temps qu’on essaie de contrôler des pays arabes musulmans et d’étendre petit à petit la zone de crise, on tente de casser ce qu’était l’URSS, réduite à la Russie. On veut contrôler la zone d’influence russe et la réduire au strict minimum. La Yougoslavie, en tant que pays communiste indépendant, était la partie la plus exposée ; elle sera dépecée.
Pour permettre l’intégration de toute l’Allemagne réunifiée dans l’Otan, le chancelier Kohl et Bush avaient promis à Gorbatchev que l’élargissement de l’Otan s’arrêtait là. Gorbatchev a reconnu avoir été berné. Cela a sonné la fin de la stabilité internationale. Le pacte de Varsovie a vécu, d’anciens États adhèrent à l’Union européenne et passent à l’Otan. Avec l’entrée des pays baltes dans cette organisation, la Russie est encerclée. Mais c’est la Géorgie qui a été la ligne rouge, puis l’Ukraine. La Géorgie a été le symbole du tournant de Poutine, qui avait au début décidé de collaborer avec les Occidentaux.

 

Les États-Unis admettent avoir contribué au renversement du régime de Kiev…
Les Européens ne sont pas très exigeants sur la légalité internationale. Peu avant que Ianoukovitch ne parte, la France, l’Allemagne, la Pologne… accouraient à Kiev pour signer un accord sur des élections anticipées entre le gouvernement, l’opposition et la Russie. Puis il y a le coup d’État et personne n’a protesté.
Il y a eu une révolution Orange en 2004-2005 en Ukraine, avant la Géorgie, puis les printemps arabes sont arrivés. C’est le rêve américain qui s’est réalisé. Mais après la crise syrienne, Obama a été vexé : on lui avait évité une guerre inutile et dangereuse, chef-d’œuvre diplomatique des Russes, et il était mis en embarras. Le président américain avait une revanche à prendre. En 2013, quand il a vu que la Russie avançait trop, notamment en Syrie, il s’en est pris à l’Ukraine. À partir de ce moment, fini la concertation entre les États-Unis et la Russie sur la Syrie. Washington n’a plus laissé Moscou tenter de régler le problème.

 

Sauf dernièrement
La Russie est revenue au premier plan. Même si je doute que les 100 000 assistants ou coopérants russes présents au début de la guerre en Syrie y soient tous encore. En fait Obama, n’est pas si va-t-en-guerre que cela. Il voudrait une solution d’un autre type, car ce qui se passe en parallèle de la guerre d’Ukraine est dangereux. Du temps des menaces de frappes américaines sur la Syrie, des armes chimiques, Obama a été menacé par une procédure d’impeachment. Sans compter les incertitudes sur les frappes américaines : lors d’un tir américain de deux missiles sur les côtes syriennes, par exemple, l’antiaérienne syrienne a réagi, l’un des missiles a été détruit et l’autre détourné. Et puis la guerre est impopulaire aux États-Unis. Cela dit, l’Ukraine est un chef-d’œuvre d’intox. On vole et on crie au voleur.

 

L’avenir du projet du Grand Moyen-Orient ?
Le projet démocratique certainement, même si, à mon avis, il n’y aura pas de démocratie ni printemps arabes. Le projet de domination reste, même s’il ne va pas forcément se réaliser. L’enjeu est toujours là pour les Américains. La ceinture verte est toujours utile pour encercler le postcommunisme. Même si la Chine est un régime aménagé, il est prudent de le « contenir » en quelque sorte. Les Occidentaux parlent toujours d’une opposition modérée en Syrie, je ne sais pas où ils la voient, mais c’est leur discours. Ils arment une opposition qui est en fait celle des djihadistes… L’alliance qui s’est forgée progressivement entre la Turquie, l’Arabie Saoudite et les Occidentaux, notamment États-Unis, France, Angleterre, alliance de circonstance s’il en est, résiste encore.

 

La Syrie peut-elle reprendre son autorité sur l’ensemble du territoire ?
Si on la laisse faire, je pense que oui. Le discours sur la démocratie est de moins en moins crédible. On n’a pas à intervenir dans les pays, même pas en Arabie Saoudite qui doit évoluer toute seule.

 

Le problème est que l’Arabie Saoudite exporte son idéologie, qu’elle en a une vision universaliste…
Elle exporte son idéologie pour éviter d’être attaquée à son tour. Mais celui qui a une vision universaliste, c’est Erdogan. Les projets qu’il concoctait avant le printemps arabe étaient différents. Il était proche de la Syrie et de la Libye. Maintenant, il est le soutien des Frères musulmans. Il reçoit les visiteurs étrangers dans le palais du Sultan avec une garde d’honneur de vingt-huit soldats représentant les vingt-huit provinces ottomanes. Ce gouvernement islamiste est nostalgique.

* Auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient qui vient de paraître, (Éd. Ellipses, 576 p.,24 euros).

 

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7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 19:05
le coup de gueule de Jean-Paul Brighelli
Par Alexandre Devecchio

Repris sur  Comité Valmy

 

FIGAROVOX. - La langue arabe pourra être choisie comme langue vivante 1 dès le CP au même titre que l’anglais, le portugais, l’italien, l’espagnol, l’allemand, le turc ou le serbe par exemple. Que cela vous inspire-t-il ?

Ce n’est plus de l’apprentissage linguistique ou culturel, c’est du bourrage de crâne.

 

Jean-Paul BRIGHELLI. - Il faudrait savoir : soit l’anglais est essentiel dans le monde économique contemporain, comme on nous le serine sans cesse, soit n’importe quelle langue est susceptible d’être enseignée concurremment au français — et sans doute faudrait-il enseigner d’abord le français, dont la disparition est programmée depuis vingt ans par les eurocrates béats et les pédagogues complices. Mais l’arabe ou le turc, enseignés aux tout-petits dans le cadre de l’ELCO, ne sont pas n’importe quelle langue, et elles ne sont pas enseignées par n’importe qui. Depuis les années 1970, des accords bilatéraux nous lient aux pays d’origine, qui envoient leurs propres formateurs. Quand on sait ce que sont les fondamentalistes algériens, qui co-gèrent le gouvernement de Bouteflika, ou quand on voit ce que le sultan Erdogan fait dans son pays, les journalistes révélant ses liens avec des organisations terroristes, on peut craindre légitimement que l’apprentissage linguistique ou culturel s’accompagne d’un bourrage de crâne.

 

« Si les professeurs ne sont pas en mesure de le faire, nous ferons appel à des professeurs étrangers comme pour d’autres langues », a déclaré Najat-Vallaud Belkacem. Quelles peuvent être les conséquences d’une telle mesure ?

 

Des enseignants d’arabe littéraire, il y en a très peu — quatre postes à l’agrégation de la discipline cette année, et autant au CAPES : cela donne une idée de la demande actuelle. On fera donc appel à des bonnes volontés (bonjour, les « grands frères ! »), ou on titularisera les enseignants envoyés par les pays avec lesquels nous avons des conventions. Enseigner l’arabe ou le turc dès les petites classes, et le faire enseigner par des gens qui ne seront pas passés par le filtre des concours républicains, c’est faire entrer le loup fondamentaliste dans notre bergerie laïque.

 

Que répondez-vous à ceux qui estiment que les grands arabisants français, dont le renom est international, participent au prestige de notre pays ?

 

Mais je suis à fond pour l’enseignement de l’arabe littéraire — celui que pratiquaient Antoine Galland, au début du XVIIIème siècle (premier traducteur des Mille et une nuits) ou Joseph-Charles Mardrus au début XXème (premier traducteur de l’intégralité du même roman). Tout comme je suis un fervent admirateur de la grande culture arabe — celle d’Haroun al-Rachid (VIIIème siècle) ou celle d’Abd al-Rahman II (IXème siècle). Celle de Malek Chebel, de Tahar Ben Jelloun ou de Kamel Daoud. Pas celle de l’Etat islamique, qui est une anti-culture, comme je l’explique dans mon dernier livre, Voltaire ou le Jihad (éditions de l’Archipel). Pas celle des salafistes, des fondamentalistes et de tous les fanatiques. Nous avons en France une remarquable école de langues orientales, avec des universitaires tout à fait compétents — mais ce ne sont pas eux, ni leurs élèves, qui enseigneront aux enfants. Ce qui se prépare sous couleur d’ouvrir le choix linguistique — au moment même où la réforme du collège détruit ce choix dès la Sixième, et barre l’accès à tout ce qui n’est pas anglais à des centaines de milliers de collégiens à la rentrée prochaine —, c’est la communautarisation du pays, l’éclatement en tribus antagonistes : on le voit bien avec les aberrantes déclarations de Benzema ou Debouzze sur le « racisme » supposé de Deschamps en particulier et du pays en général. À terme, la guerre civile. Voilà ce qui est en germe dans les décisions partisanes de Mme Vallaud-Belkacem, si nous n’y prenons garde.

 

Jean-Paul Brighelli est enseignant à Marseille et essayiste. Spécialiste des questions d’éducation, il est ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint- Cloud, et a enseigné les lettres modernes en lycée et à l’université. Il est l’auteur de La fabrique du crétin (2005, Jean-Claude Gawsewitch éditeur).

Son dernier livre, Voltaire ou le Jihad, le suicide de la culture occidentale, vient de paraître aux éditions de l’Archipel.

Origne Figarovox

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 17:43
et puçage de masse : vers la dictature intégrale.

A côté de la société de demain, le cauchemar d’Orwell risque fort de ressembler à une aimable plaisanterie. Dans l’indifférence générale, l’oligarchie est en train de dresser les plans d’un monde totalement transparent où nul citoyen ne pourra échapper au regard intrusif de l’État. Et ses deux piliers sont déjà en place : la puce RFID sous-cutanée et le paiement digitalisé.

 

Vivre avec une puce électronique sous la peau, c’est désormais possible et même recommandé à en croire ses promoteurs. Le stockage de données personnelles  permettrait d’améliorer nos capacités d’êtres humains par la biotechnologie et d’optimiser notre rapport à l’environnement, en bref  nous faciliter la vie et nous rendre plus efficaces. Plus besoin de badge pour s’identifier, de code pour déverrouiller son smartphone ou son ordinateur ni de carte bancaire pour payer.

 

Le paiement sans contact qui acte de la disparition programmée des espèces est vanté par des arguments du même type : commodité et économie. Epargner les frais de la traque de la fausse monnaie ou les coûts de fonctionnement des distributeurs de liquidités, entraver les opérations illicites (drogue, prostitution, commerce des armes, évasion fiscale et travail au noir) et faciliter les paiements sont les principales raisons avancées par les décideurs financiers et politiques.

 

Mais, dans les deux cas, il s’agit surtout de préparer les esprits à ce qui sera demain la norme quand les pouvoirs publics rendront le puçage obligatoire, interdiront tout paiement en liquide ou rendront impossible le stockage personnel d’espèces tandis que les établissements bancaires taxeront les dépôts ou ponctionneront les comptes des particuliers.

 

Pratiqué aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années, le puçage cutané s’étend rapidement en Europe. Certaines entreprises suédoises proposent déjà l’implant de puces à leurs employés afin de les rendre plus productifs et en Espagne elles servent de moyens de paiement dans certaines discothèques. Mais l’affichage promotionnel du procédé cache mal sa finalité réelle. Les volontaires de ce marquage électronique dernier cri sont en réalité les cobayes d’un projet d’envergure qui vise ni plus ni moins qu’à rendre l’individu totalement transparent et à le livrer pieds et poings liés aux dispositifs de surveillance et de contrôle.

 

Identifier et suivre les objets

La technologie RFID (Radio Frequency Identification) permet d’identifier un objet ou un être vivant, d’en connaître les caractéristiques et d’en suivre le cheminement, le tout à distance et sans contact, grâce à une étiquette émettant des ondes radio, attachée ou incorporée à l’objet. Les informations sont stockées sur le produit où l’étiquette est collée ou implantée, et transmises au lecteur RFID par ondes radio. La RFID est utilisée pour la traçabilité de certains produits ou objets, l’identification des animaux d’élevage (remplaçant le tatouage) ou des individus (par stockage des données biométriques dans les badges électroniques, passeports, cartes d’identité, de paiement ou d’assurance maladie, titres de transport ou permis de conduire). De plus en plus présentes dans la vie quotidienne, leur usage est amené à s’étendre toujours plus car il est encouragé par les pouvoirs publics. Plusieurs pays européens imposent ainsi la pose de puces sous-cutanés pour l’identification des animaux domestiques et, en France, des maternités proposent des bracelets électroniques visant à prévenir l’enlèvement des nourrissons.

 

Une technologie à hauts risques

Certains dangers liés à l’usage de la RFID ont déjà été relevés. Si elle ne permet pas théoriquement la surveillance continue des individus, contrairement aux GPS dont sont pourvus les smartphones, l’ensemble des données à caractère personnel contenues dans les puces RFID que nous utilisons, souvent à notre insu, pourrait permettre par recoupement une identification à distance des personnes et de leur pratiques de consommation. De plus, le piratage est toujours possible : ces ondes étant rarement cryptées, il est très facile de les intercepter et même de les copier sur un autre support, et ainsi d’usurper l’identité d’autrui. Et rien n’interdit d’y placer des “cookies”, comme ceux qu’envoient les sites web, afin de suivre à la trace le trajet des objets ou des personnes ainsi identifiés. Le risque de traçabilité des individus et le faible niveau de protection de leurs données personnelles ont suscité l’inquiétude de la CNIL.

 

L’aspect sanitaire pose également problème, la dangerosité des ondes électromagnétiques émises par ce nouveau procédé s’ajoutant à celle des ondes déjà présentes dans la téléphonie mobile et les systèmes Wi-Fi. Ainsi, un rapport de l’AFSSET déconseille une exposition continue aux ondes de la RFID et préconise une distance minimale d’au moins 20 centimètres, deux recommandations bafouées par le procédé de l’implantation cutanée. De fait, de nombreuses études révèlent déjà un lien entre implant et survenue de cancers et au vu de leurs résultats on peut légitimement penser que cette nouvelle technique sera l’un des prochains scandales sanitaires.

La société sous l’oeil des puces

Mais le danger principal est surtout d’offrir aux récents projets de surveillance généralisée des populations un outil parfaitement adapté et efficient. Implanté dans le corps de l’individu, la RFID devient l’instrument de contrôle social sans doute le plus redoutable jamais conçu. Le stockage quasi-illimité des données personnelles permet de l’identifier à distance, de savoir (presque) tout de lui et de le suivre dans tous ses déplacements. Le gouvernement anglais confronté à la surpopulation des prisons étudie la possibilité de remplacer le bracelet électronique, jugé encombrant, par un implant pour surveiller les personnes sous contrôle judiciaire. En France, la surveillance électronique par RFID viendra compléter les dispositifs de surveillance numérique prévus dans la loi sur le renseignement en facilitant le profilage électronique et la géolocalisation des personnes jugées à risque, ainsi que les dispositifs de surveillance de l’espace public, notamment l’usage de la vidéosurveillance intelligente permettant d’identifier les individus dans une foule par reconnaissance faciale et de repérer les comportements « suspects ».

 

Soumission au lobby bancaire

Ce n’est évidemment pas le fuit du hasard si la Suède, le pays européen le plus avancé dans le projet d’implantation des puces sous-cutanées est aussi le premier à interdire le paiement en espèces.  Et ce n’est évidemment pas un cas isolé : à l’échelle de l’Europe, le paiement par le procédé du Near Field Communication (NFC) dérivé des puces RFID prend peu à peu le relais des transactions en espèce et de nombreux établissements commerciaux n’accepte,t plus le paiement en liquide. Même si 70% des paiements se font encore en espèces, il est fort probable que le cash disparaisse purement et simplement en Europe d’ici la prochaine décennie, entièrement remplacé par le paiement via smartphone ou carte bancaire. Au total, près de deux milliards de transactions sans contact ont été enregistrées en 2015 en Europe, où l’on compte désormais près de 3 millions de terminaux de paiement compatibles avec cette technologie, soit la moitié du parc total. En France, pas moins de 100 millions de transactions sans contact ont été enregistrées en 2015, soit 5 fois plus que l’année précédente, et plus de 30 millions de cartes sans contact sont en circulation. On recense désormais 500 000 terminaux compatibles avec la technologie sans contact dans l’hexagone, soit plus du tiers du parc total, et d’ici à 2020, la totalité du parc français devrait être compatible avec cette technologie. Et avec la généralisation du paiement sans contact, la société sans cash que le gratin de l’oligarchie appelle de ses voeux devient possible. Comme l’affirment les acteurs du paiement sans contact : « la révolution est en marche et rien ne saurait l’arrêter ».

 

Pourquoi cette fuite en avant ? La raison en est simple : il s’agit d’empêcher les ménages de retirer, de stocker et d’utiliser des espèces quand les établissements financiers taxeront les dépôts bancaires, voire ponctionneront les comptes des particuliers en ças de crise grave. C’est-à-dire très prochainement. En effet, la politique monétaire décidée par les banques centrales (faire baisser les taux d’intérêts à un niveau proche de zéro, voire négatif) conduit inéluctablement les établissements financiers à appliquer un taux d’intérêt négatif sur les dépôts bancaires des entreprises et des ménages. Les raisons avancées d’une telle politique sont connues : inciter ces agents à utiliser la monnaie disponible pour tenter de relancer la consommation et contenir la déflation rampante, l’austérité budgétaire érigée en dogme privant les États nationaux des autres leviers.

 

Supprimer les billets et les pièces tout en taxant les dépôts afin de doper la croissance réelle est la dernière folie imaginée par les banquiers centraux. Les conséquences pour les populations ainsi livrées pieds et poings liés au lobby bancaire et au regard intrusif des États nationaux seront dramatiques. La société sans cash qu’on nous promet grâce à la révolution numérique donnerait aux décideurs financiers  les moyens de contrôler tout le système au détriment des particuliers qui n’auraient alors plus aucune porte de sortie. Le verrouillage récent des retraits de cash en Grèce est un avant-goût de ce qui attend désormais les européens en cas de faillite bancaire.

 

La RFID et la fin du cash, armes de destruction massive des libertés

Puce RFID ou suppression du cash, l’objectif est le même : contraindre les populations à se soumettre aux diktats de la finance. Et le moyen aussi : leur laisser le moins de liberté possible, ce à quoi s’emploient activement les gouvernements successifs depuis une quinzaine d’années en promulguant une série ininterrompue de lois qui réduisent toujours plus les libertés publiques sous couvert de « guerre contre le terrorisme ». La RFID et le paiement électronique, comme les autres outils technologiques de surveillance, de contrôle et de traçabilité, servent le projet totalitaire d’une société d’individus dans laquelle toute notion de vie privée aura été abolie et placée sous la domination totale et permanente de l’appareil d’État et de l’oligarchie financière.

Source Nicolas Bourgoin  https://bourgoinblog.wordpress.com/2016/05/26/disparition-de-largent-liquide-et-pucage-de-masse-vers-la-dictature-integrale/#more-5483

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 17:28

La haine de classe sous le vernis social. Par Bruno Guigue

 

En faisant grève, le monde ouvrier se bat pour la défense des droits de tous les salariés. Il utilise le seul moyen légal dont il dispose pour combattre un projet imposé par le dogmatisme libéral de l’Union européenne. Face à cette crise, que fait le Front national ? Il salue le courage de ces compatriotes attachés à un modèle social conquis de haute lutte ? Il soutient le combat difficile de ces ouvriers et de ces employés appauvris par la crise et menacés dans leur emploi ? Il affirme une solidarité sans faille avec des Français qui défendent leurs intérêts contre le rouleau compresseur de la mondialisation capitaliste ?

 

Non, le FN fait chorus avec les chiens de garde de la presse bourgeoise. Il dénonce la CGT. Il réclame qu’on rétablisse l’ordre. « Certains représentants syndicalistes, qui ne représentent qu’eux-mêmes et qui sont toujours aux abonnés absents quand il s’agit de combattre les vrais problèmes portent une lourde responsabilité dans le chaos que connaît aujourd’hui le pays », écrit Marine Le Pen. Et Marion Maréchal-Le Pen en rajoute : « Ces syndicalistes, ultimes adeptes d’une lutte des classes périmée, n’ont aucun scrupule à infliger à leurs concitoyens des difficultés supplémentaires dans leur quotidien. » (pages fb officielles).

 

Sans vergogne, le FN exige à la fois le retrait du projet gouvernemental et la répression contre ceux qui le combattent. « Que Manuel Valls cesse d’avoir la main qui tremble et assume son autorité en faisant cesser cette stratégie du chaos alors que nous vivons sous état d’urgence », exige Marion Maréchal-Le Pen. Ce parti prétend protéger le peuple français de la jungle libérale ; il se veut la seule alternative au système oligarchique ; il se rêve en ultime recours contre la décadence de la nation. Mais à la première escarmouche avec l’oligarchie financière, le FN détale comme un lapin. Héroïque en paroles contre les diktats de l’Europe libérale, il prend la poudre d’escampette dès il s’agit de passer aux actes.

 

Ainsi prône-t-il la restauration de la souveraineté nationale, mais il la range au vestiaire lorsque Bruxelles veut liquider le modèle social français. Quand les conquêtes historiques du salariat français sont menacées par la finance, le FN jette le masque et se range du côté du manche. Lorsque les droits des travailleurs sont en cause, il se précipite de l’autre côté de la barricade. Comme si l’abandon des prérogatives nationales était condamnable en matière monétaire et acceptable en matière sociale, le FN joue de l’accordéon. Il fustige le libre-échangisme mondial côté cour, et il crache sur les travailleurs qui le combattent côté jardin. Il est contre l’alignement de la France sur les standards libéraux de l’UE, mais il couvre d’insultes ceux qui s’y opposent en faisant grève.

 

Au fond, la crise actuelle agit sur le FN comme un révélateur chimique. Elle fait craquer le vernis social d’un parti dont la ligne « anti-système » n’est que poudre aux yeux. En décrétant l’urgence sociale, la grève ouvrière réactive son fonds de commerce réactionnaire. L’inspiration sociale que Florian Philippot prétend incarner ne pèse pas lourd lorsque les vieux réflexes de classe prennent le dessus. Sous l’effet de la mobilisation populaire, l’écran de fumée de la rhétorique frontiste se dissipe. Projetée par les événements au cœur du débat, la question sociale provoque le réalignement du parti sur son ADN.

 

Grâce aux travailleurs en lutte, le voilà donc dénudé, le roitelet lepéniste : il nous montre ce qu’il a dans le ventre, exhalant mépris de classe et anticommunisme de bas étage. Loin d’être surannée, la lutte des classes est un fil à plomb redoutable. Le conflit en cours rappelle à ceux qui l’auraient oublié ce qu’enseigne l’expérience historique : une barricade n’a que deux côtés, et l’extrême-droite n’a jamais été du côté des travailleurs. Dès demain, elle enfourchera à nouveau son cheval de bataille identitaire à seule fin de les diviser, avec la complicité d’un parti socialiste qui s’est vendu au plus offrant.

Bruno Guigue | 29/05/2016

 

Normalien, énarque, Bruno Guigue est aujourd’hui professeur de philosophie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident (L’Harmattan, 2002).

Source: http://arretsurinfo.ch/le-fn-et-la-greve-la-haine-de-classe-sous-le-vernis-social-par-bruno-guigue/

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 19:39

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 17:11

De quoi Philippe Martinez est-il le nom?

Par Bruno Guigue le 26 mai 2016

 

Prétendre que la classe ouvrière organisée prend en otage le peuple français quand elle défend ses droits menacés, comme le répète la presse, restera sans doute dans les annales. Comme si ces travailleurs en lutte, hier chauffeurs-routiers, aujourd’hui salariés des raffineries, représentaient une minorité de nantis prêts à immoler l’intérêt général sur l’autel de leurs revendications catégorielles ; comme si une grève qui leur impose des sacrifices personnels était pour eux une partie de plaisir ; comme si leur combat n’était pas un combat pour tous, y compris pour ceux qui ont fait vœu de soumission à leurs maîtres et crachent sans vergogne sur leurs défenseurs.

 

Il faut croire que le capital soumet le prolétariat médiatique à des exigences de rentabilité aussi impératives que celles qu’il impose au prolétariat ouvrier. Car, à l’évidence, il lui ordonne de jeter le discrédit sur la mobilisation populaire ; il lui extorque cet invraisemblable tissu de mensonges comme une vulgaire plus-value ; il met les médias en concurrence, comme si chacun devait emporter la palme de la haine contre la CGT, ce syndicat honni parce qu’il est à la fois le plus ouvrier et le plus combatif. Cette résistance syndicale parfaitement légitime, le capital réclame à cor et à cri qu’on la couvre de calomnies. La presse quasi unanime s’y emploie.

 

Contrairement à la classe ouvrière, la cohorte de plumitifs dont le capital s’est attaché les services, il est vrai, ne risque pas de s’insurger contre un système dont elle a pour vocation de chanter les louanges. Comment cette presse française soumise aux sept milliardaires qui en détiennent la propriété et déterminent sa ligne éditoriale, de BFM/TV à « Libération », du « Monde » à « L’Express » et de TF1 au « Figaro », pourrait-elle se comporter autrement que sur le mode d’une servilité à toute épreuve ?

 

Cette sujétion des médias, en effet, pousse un journaliste à prendre parti pour les détenteurs de capitaux et leurs valets comme si ses propres intérêts de classe étaient en jeu ; elle le range aussitôt du côté de la caste privilégiée qui rémunère ses services. Ce journaliste a beau être un salarié, le voilà qui crache son venin sur la classe ouvrière, comme si, piteusement assigné à la fonction expresse de combattre ses propres défenseurs, ce mercenaire devait aussi se faire renégat.

 

Mais ce constat de la servilité médiatique n’est pas le seul. Le gouvernement socialiste trahit tous ses engagements électoraux, mais ce n’est pas suffisant. Il entreprend aussi à la demande expresse du capital une démolition que la droite n’avait pas osé entreprendre. Redoublant de zèle pour satisfaire leurs maîtres, les socialistes entendent mener aussi loin que possible la mise en cause des conquêtes sociales, chaque régression, même si elle n’aboutit pas, permettant de franchir un nouveau seuil symbolique. A force de porter le fer contre les droits des travailleurs, espère-t-on, on finira bien par les persuader que leurs droits ne sont pas légitimes et qu’ils auraient tout à gagner à y renoncer. Pour les salariés, le droit du travail est un système immunitaire. Le parti socialiste, lui, est son virus.

 

Pour ceux qui ont la mémoire courte, il faut rappeler que les principaux acquis des travailleurs français ont été conquis de haute lutte ; que sans les massives occupations d’usines de l’été 36, les travailleurs ne partiraient jamais en congés payés ; que sans les combats héroïques de la Résistance et de la Libération, la Sécurité sociale et les comités d’entreprise n’auraient jamais vu le jour ; que sans les puissantes grèves ouvrières de juin 68, la revalorisation des bas salaires exigée par la croissance des Trente Glorieuses serait restée un vœu pieux ; que sans l’alliance avec un parti communiste français à 15-20% les conquêtes initiales de 1981 seraient restées lettre morte.

 

Mais le parti socialiste, historiquement, n’a jamais accompli la moindre réforme en faveur des travailleurs de ce pays. Il a pris acte d’un rapport de forces en 1936 ; il n’a joué qu’un rôle secondaire à la Libération, où le général de Gaulle confia les postes-clé aux communistes ; en 68 le PS était aux abonnés absents ; quant aux avancées de 1981, il les a reniées, en même temps qu’une souveraineté nationale dont il est avec la droite française l’un des fossoyeurs. En revanche, il réprima dans le sang les grèves des mineurs en 1947, faisant appel à l’armée contre cette avant-garde des luttes ouvrières depuis le XIXème siècle. C’est ainsi que les socialistes rendirent hommage aux héros de Germinal : en les faisant fusiller.

 

L’expérience historique nous l’a appris : le rôle des socialistes français, c’est d’accréditer la fiction d’une opposition entre la droite et la gauche qui n’existe que dans les représentations collectives, et non dans la réalité des rapports sociaux. C’est d’organiser au nom de cette opposition artificielle une alternance politique dont le principal résultat est d’empêcher une véritable alternative à la tyrannie de la finance mondialisée. C’est de substituer à la véritable question, celle de la répartition effective du produit de l’activité sociale et de l’exercice de la souveraineté populaire qui en est la condition, toute une série de contre-feux et de querelles grotesques, de la théorie du genre à l’antisémitisme, et du voile islamique à la réforme de l’orthographe.

 

Quoiqu’il advienne de la crise sociale actuelle, on peut dire qu’elle a déjà manifesté une vertu pédagogique des plus précieuses. Car elle révèle, s’il en était besoin, que l’agitation qui se donne en spectacle à la surface du marécage politicien est l’expression voilée d’une réalité plus profonde ; que le véritable clivage social ne passe pas entre la droite et la gauche, mais entre ceux qui vivent de leur travail et ceux qui se contentent d’en toucher les dividendes. Dans cette division fondamentale de la société, la dignité du peuple français est d’un seul côté. A la Libération, le général de Gaulle nomma des communistes aux postes-clé. Parmi eux, Ambroise Croizat, modeste ouvrier français, créa la Sécurité sociale. En 2016, la dignité du peuple français a un nom : c’est Philippe Martinez.

Bruno Guigue | 26 mai 2016

 

Normalien, énarque, Bruno Guigue est aujourd’hui professeur de philosophie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident (L’Harmattan, 2002).

Source: http://arretsurinfo.ch/de-quoi-philippe-martinez-est-il-le-nom/

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 13:48
Poutine est poussé à abandonner son approche conciliante envers l’Occident et à se préparer à la guerre.
Par Alastair Crooke

samedi 28 mai 2016, repris sur  Comité Valmy

 

Quelque chose d’important s’est  passé au cours des derniers jours d’avril, mais il semble que la seule personne à l’avoir remarqué soit Stephen Cohen, professeur émérite d’études russes à l’Université de New York et à l’Université de Princeton.

Dans une interview enregistrée, Cohen fait remarquer qu’une partie de la direction russe montre des signes d’agitation face à certaines décisions du président Vladimir Poutine. Nous ne parlons pas des manifestants de rue. Nous ne parlons pas de coups d’État contre Poutine – sa popularité reste au-dessus de 80 % et il n’est pas sur le point d’être destitué. Mais nous parlons de pressions sérieuses exercées sur le président, pour qu’il descende de la corde d’équilibriste qu’il a prudemment arpentée jusqu’à présent

 

Poutine porte, à une extrémité de son balancier, les diverses élites orientées vers l’Occident et le Consensus de Washington et, à l’autre extrémité, les personnes inquiètes du fait que la Russie doit faire face à la fois à une véritable menace militaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et à une guerre hybride géo-financière. Poutine est poussé à pencher de ce côté du balancier, et à retirer des mains des occidentalistes, le pouvoir économique qu’ils détiennent toujours étroitement.

 

En bref, la question qui chiffonne le Kremlin est de savoir si la Russie est suffisamment prête à contrer les efforts des Occidentaux, pour qu’elle ne gêne ou ne menace pas l’hégémonie américaine. La Russie peut elle soutenir une agression géo-financière, si celle-ci devait être lancée ? Une telle menace est-elle réelle ou simplement une posture occidentale pour impressionner ?

 

L’important vient du fait que si ces événements sont mal interprétés en Occident, qui a déjà tendance à voir tout acte défensif russe comme offensif et agressif, les conditions sont prêtes pour l’escalade. Nous avons déjà eu une première guerre pour repousser l’OTAN en Géorgie. La seconde guerre est en cours en Ukraine. Quelles pourraient être les conséquences d’une troisième guerre ?

 

À la mi-avril, le général Alexandre Bastrykine, le chef du Comité d’enquête de la Russie (une sorte de super procureur général, comme Cohen le décrit), a écrit que la Russie – malgré son rôle en Syrie – est militairement mal préparée à faire face à une nouvelle guerre, que ce soit dans le pays ou à l’étranger, et qu’en plus, l’économie est dans une mauvaise passe. La Russie est également mal préparée à résister à une guerre géo-financière. Il a poursuivi en disant que l’Occident se préparait à une guerre contre la Russie, et que les dirigeants russes ne semblent pas être au courant ou alertés du danger auquel le pays est confronté.

 

Bastrykine ne dit pas expressément que Poutine est à blâmer, même si le contexte rend clair que c’est ce qu’il veut dire. Mais quelques jours plus tard, explique Cohen, l’article a suscité une discussion plus approfondie entre ceux qui approuvent Bastrykine et vont mentionner Poutine par son nom. Puis, Cohen note, un général russe à la retraite est entré dans la mêlée pour confirmer que l’Occident se prépare en effet à la guerre – il a souligné les déploiements de l’OTAN dans les pays baltes, la mer Noire et la Pologne, entre autres – et relevé à nouveau l’impréparation militaire de la Russie pour faire face à cette menace. « C’est un acte d’accusation grave contre Poutine, dit Cohen au sujet des révélations de cette analyse. Et c’est maintenant fait devant tout le monde »

 

Qu’est-ce que tout cela veut dire ? Depuis quelque temps, il y a des indications montrant qu’une faction clé au sein du Kremlin, qu’on pourrait très librement appeler nationaliste, est devenue profondément déçue par la tolérance de Poutine envers le Consensus de Washington et ses partisans à la Banque centrale de Russie et à d’autres postes économiques importants. Les nationalistes demandent qu’ils en soient évincés, avec le Premier ministre Dimitri Medvedev, perçu comme favorable à l’Occident. Poutine peut être très populaire, mais le gouvernement de Medvedev ne l’est pas. La politique économique du gouvernement est critiquée. La faction adverse veut voir une mobilisation immédiate de l’armée et de l’économie pour la guerre, conventionnelle ou hybride. Ils ne veulent pas évincer Poutine ; ils veulent seulement le pousser à manier le couteau – et à couper en profondeur.

 

Que veut cette faction en dehors du fait que la Russie doit se préparer la guerre ? Ils veulent une ligne plus dure en Ukraine et demandent à Poutine de refuser les pièges tendus par le secrétaire d’État américain John Kerry en Syrie. Car Kerry est encore en train de pousser au retrait d’Assad et continue de faire pression pour un soutien supplémentaire des États-Unis à l’opposition. Le gouvernement américain continue aussi à vouloir trouver des modérés chez les djihadistes. Le point de vue des nationalistes est que l’Amérique n’est pas sincère dans sa coopération avec la Russie pour un règlement du conflit et a surtout comme objectif de piéger Poutine en Syrie. Peut-être est ce exact, comme Gareth Porter et Elijah Magnier l’ont décrit.

 

Ce que cela signifie à un niveau fondamental, est que Poutine est poussé à prendre parti pour les nationalistes et à contrer les internationalistes alignés sur le Consensus de Washington, en les retirant du pouvoir. Rappelons, cependant, que Poutine est arrivé au pouvoir précisément pour tempérer cette polarité au sein de la société russe, en se positionnant au-dessus pour guérir et reconstruire une société multiple, récupérant des profondes divisions et crises qu’elle subissait depuis la chute du l’URSS. Il lui est demandé de renoncer à cet équilibre, car, lui dit-on, la Russie est menacée par un Occident qui se prépare à la guerre.

 

La perspective de inéluctabilité apparente d’un conflit n’a rien de nouveau pour Poutine, qui a souvent parlé sur ce sujet. Il a, cependant, décidé de réagir en mettant l’accent sur le gain de temps permettant à la Russie de se renforcer et en essayant de coincer l’Occident dans une sorte de coopération ou de partenariat sur un règlement politique en Syrie, par exemple, qui aurait pu dévier la dynamique de guerre pour prendre un aspect plus positif. Poutine a, en même temps, habilement amené quelques Européens à fuir l’escalade de l’OTAN.

 

Mais face à ces deux objectifs, l’administration Obama fait tout pour affaiblir Poutine et Lavrov, et renforcer ainsi la main de ceux qui, en Russie, appellent à une mobilisation générale pour préparer la guerre. Ce n’est pas une coïncidence si l’article alarmiste de Bastrykine arrive maintenant, alors que le cessez-le-feu en Syrie est délibérément violé. Est-ce bien compris à la Maison Blanche ? Si oui, faut-il conclure que l’escalade contre la Russie est souhaitée ? Comme le fait remarquer Cohen, « le Washington Post [dans ses pages éditoriales] nous dit régulièrement que jamais, jamais, jamais […] en aucune circonstance, un criminel tel que Poutine ne peut être un partenaire stratégique des États-Unis ».

 

Est-ce que le sort en est déjà jeté ? Est-ce que Poutine est voué à l’échec ? Le conflit est il inévitable ? En surface, cela peut paraître le cas. Le cadre est certainement déjà en place. J’ai écrit, il y a quelque temps, à propos du « pivot déjà en place à l’intérieur de la propre administration Obama, dans les départements de la Défense et du Renseignement » pour appliquer ce qui est souvent appelé la doctrine Wolfowitz, un ensemble de politiques élaborées par les États-Unis dans les années 1990 et au début des années 2000. L’auteur d’une de ces politiques, dans le Guide de planification pour la Défense des États-Unis de 1992, a écrit que ce guide, en substance, cherche à :

… Empêcher l’émergence de la bipolarité, d’un autre rival mondial comme au temps de la guerre froide, ou l’émergence de la multipolarité, un monde avec de nombreuses grandes puissances, comme cela existait avant les deux guerres mondiales. Pour ce faire, le truc est d’empêcher une puissance hostile de dominer une zone critique, définie comme ayant les ressources, les capacités industrielles et la population qui, une fois contrôlées par une puissance hostile, pourraient poser un défi mondial.

Dans une interview avec Vox, le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, a confirmé que cette doctrine dirigeait encore largement le Pentagone. Et puis il y a le fait assez évident qu’au lieu du pivot militaire tant vanté des États-Unis vers l’Asie, le pivot réel est celui de l’OTAN, dirigé vers l’Europe centrale, aux frontières de la Russie. Et l’OTAN est, a la vue de tout le monde, en train de pousser aussi fort qu’elle le peut les frontières de la Russie.

 

Puis il y a la rhétorique, celle de l’agression russe. Celles des ambitions russes pour récupérer l’ancien Empire soviétique. Celles des tentatives russes pour diviser et détruire l’Europe. Etc.

 

Pourquoi ? Il se peut que l’OTAN suppose tout simplement que ces exercices d’encerclement n’aboutiront jamais à une guerre, que la Russie ne va faire que reculer. Que piquer l’ours sans arrêt servira l’intérêt des États-Unis à garder une Europe unie et une raison de vivre à l’OTAN, avec des sanctions en place, pour isoler la Russie. L’OTAN doit se réunir à Varsovie au début de juillet. Peut-être, alors, la rhétorique occidentale à propos de l’agression Russe n’est-elle qu’une stratégie étasunienne pour contrer toute révolte européenne envers les sanctions en agitant une pseudo-menace russe ; que les Russes interprètent mal les véritables intentions américaines, qui ne franchiront pas les limites de la rhétorique.

 

Ou les franchiront-ils quand même ?

L’amertume et autres réactions émotionnelles avec lesquelles l’establishment américain a réagi à la nomination probable de Donald Trump comme candidat à la présidence, suggère que l’establishment étasunien est loin d’avoir renoncé à la doctrine Wolfowitz. Alors la stratégie de Poutine de tenter de coopter l’Amérique au Moyen-Orient est-elle vraiment l’échec que la faction Bastrykine estime ? En d’autres termes, est-il vrai que la politique de coopération a échoué et que Poutine doit maintenant aller au-delà, parce que l’Amérique ne veut pas coopérer et, au contraire, continue sa politique de harcèlement de la Russie ?

 

Comme le journal Texas Tribune l’a rapporté le 4 mai dernier, « Pour la première fois depuis sa présidence, George H.W. Bush envisage de rester silencieux au sujet de la course pour le Bureau ovale – et son fils, l’ancien président Bush, envisage de rester silencieux lui aussi. »

Pour avoir une idée de la guerre au sein du Parti républicain (les démocrates ne sont pas moins en conflit), lisez les réactions à cette histoire par le candidat présidentiel républicain Pat Buchanan, deux fois candidat déçu. En voici une petite sélection :

Le triomphe de Trump exprime un rejet radical du républicanisme bushien par le même parti qui les a nommés quatre fois à la présidence. Non seulement le fils et frère, Jeb Bush, a été humilié et chassé de la course dès le début, mais Trump a remporté sa nomination en dénonçant comme pourris jusqu’à la moelle les fruits récoltés de la politiques des Bush […] C’est une sévère mis en accusation de l’héritage Bush. Et l’électorat républicain, avec le plus grand taux de participation de l’histoire des primaires, acquiesça en disant : « Amen à tout cela, frère ! »

Buchanan continue, dans une autre déclaration : « L’hubris ici est étonnant. Un establishment républicain ayant été battu aussi totalement que Carthage dans la troisième guerre punique, est en train de vouloir poser ses conditions à Scipion l’Africain et aux victorieux romains » – une référence aux tentatives de Paul Ryan pour que Trump adhère au républicanisme des Bush. « C’est difficile à avaler. »

 

Mais ici, dans cette crise, se cache une opportunité. Il se pourrait bien que l’Amérique se dirige vers une récession, les bénéfices des entreprises sont en baisse, d’énormes pans de la dette sont suspects, le commerce mondial est en train de couler et les outils de la politique américaine pour contrôler le système financier mondial ont perdu leur crédibilité. Et il n’y a pas de solution facile à un excédent global de dette de plus en plus pourrie.

 

Mais un Trump président – si cela devait se produire – pourrait rejeter la faute de toute tempête économique sur l’establishment. L’Amérique est complètement ligotée à l’heure actuelle, comme la bataille de la nomination aux présidentielles l’a clairement montré. Certains nœuds vont être difficile à défaire, mais d’autres pourraient être plus faciles, et il semble que Trump comprend bien cela. Il pourrait commencer par une initiative diplomatique fracassante.

 

Historiquement, la plupart des projets radicaux de réforme ont commencé de cette manière : retirer un élément clé de la pensée conventionnelle, qui déboulonnera l’ensemble de la machine politique – l’élan acquis permettant au réformateur de renverser les résistances les plus ardues – dans notre cas, Wall Street et l’oligarchie financière – en faisant des réformes.

 

Trump peut tout simplement dire que les intérêts de sécurité nationale de l’Amérique, et de l’Europe, passent directement par la Russie – ce qui est clairement le cas –, que la Russie ne menace pas l’Amérique – ce qui est manifestement le cas –, et que l’OTAN est, a tous points de vue, obsolète, comme il l’a déjà dit. Il est parfaitement logique de coopérer avec la Russie et ses alliés pour encercler et détruire l’État soi-disant islamique.

 

Si on écoute attentivement, Trump semble être à mi-chemin d’une telle initiative. Il pourrait couper beaucoup de nœuds, peut-être même dénouer l’impasse politique. Est ce qu’il prévoit de le faire ?

Alastair Crooke
– Le 17 mai 2016 – Source Huffington Post

Traduction :
le Saker Francophone

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 09:59

La résistance contre la déferlante du commerce sans limites commence à trouver un écho chez les parlementaires américains, qui ont rechigné devant la ratification accélérée du traité de partenariat transpacifique voulue par le président Barack Obama. Après deux décennies, le bilan accablant de l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) ne devrait guère les inciter à persévérer dans cette voie.

Par Lori M. Wallach 

Origine : le Monde diplomatique

 

Conclu entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada, l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) est entré en vigueur, le 1er janvier 1994, au milieu d’un flot de promesses. Ses promoteurs l’avaient répété : il allait permettre de développer les échanges commerciaux, doper la croissance, créer des emplois, réduire l’immigration clandestine. Tandis que le Washington Post s’émerveillait devant la « liste des nouvelles chances et des avantages » qu’il offrait (14 septembre 1993), le Wall Street Journal se réjouissait à l’idée que les consommateurs puissent bientôt bénéficier « de prix plus bas sur une vaste gamme de produits » (7 août 1992). Quant au Los Angeles Times, il assurait : « L’Alena générera beaucoup plus d’emplois qu’il n’en détruira » (29 mai 1993).

 

Ces commentaires lénifiants concernaient un accord commercial d’un genre nouveau. L’Alena ne se contentait pas, comme ses prédécesseurs, de réduire les droits de douane et de relever les quotas d’importation ; il impliquait également un nivellement des normes et prévoyait des mesures très protectrices pour les investisseurs étrangers. Il allait en outre autoriser les entreprises à contester directement des politiques nationales en assignant les Etats devant des tribunaux — des dispositions que l’on retrouve aujourd’hui dans le projet de grand marché transatlantique (GMT) . Examiner son bilan avec vingt ans de recul permet de mesurer le fossé séparant les annonces de la réalité. Et incite à se défier des évangélistes du libre-échange.

 

En 1993, les économistes Gary C. Hufbauer et Jeffrey J. Schott, du Peterson Institute for International Economics, expliquaient que l’Alena allait entraîner un accroissement des échanges commerciaux avec le Mexique et le Canada, suscitant la création de cent soixante-dix mille emplois avant la fin de l’année 1995 (2). Moins de deux ans après ces déclarations fracassantes, Hufbauer reconnaissait lui-même que l’effet sur l’emploi était « proche de zéro ». Il ajoutait : « La leçon pour moi, c’est que je dois me garder de faire des prévisions. » (3) Cet aveu n’empêche pas le Peterson Institute de multiplier désormais les prédictions optimistes au sujet du GMT...

 

Un déficit commercial abyssal

Loin d’avoir offert de nouveaux débouchés aux entreprises américaines et de les avoir poussées à embaucher, l’Alena a favorisé les délocalisations industrielles et l’ouverture de succursales à l’étranger, en particulier au Mexique, où la main-d’œuvre est bon marché. Dans le secteur agricole, une multitude d’entreprises américaines spécialisées dans la transformation de produits alimentaires se sont également installées au Sud. L’affaiblissement des normes sanitaires et environnementales engendré par l’accord leur a permis de profiter des bas salaires mexicains. En effet, avant 1994, de nombreuses denrées alimentaires transformées au Mexique étaient interdites à l’importation aux Etats-Unis, car jugées dangereuses. Une seule usine mexicaine transformant du bœuf était alors autorisée à exporter ses produits au Nord. Vingt ans plus tard, les importations de bœuf mexicain et canadien ont augmenté de 133 %, poussant à la faillite des milliers d’agriculteurs (4).

 

Le déficit commercial des Etats-Unis avec le Mexique et le Canada n’a cessé de se creuser : alors qu’il atteignait tout juste 27 milliards de dollars en 1993, il dépassait les 177 milliards en 2013 (5). D’après les calculs de l’Economic Policy Institute, le déficit commercial avec le Mexique a abouti à une perte nette de 700000emplois aux Etats-Unis entre 1994 et 2010 (6). En 2013, 845 000 Américains avaient d’ailleurs bénéficié du programme d’« aide à l’ajustement commercial » (trade adjustment assistance), destiné aux travailleurs qui ont perdu leur emploi à cause des délocalisations au Canada et au Mexique ou de l’augmentation des importations en provenance de ces pays (7).

 

Non seulement l’Alena a diminué le nombre des emplois aux Etats-Unis, mais il a aussi affecté leur qualité. Les salariés de l’industrie licenciés se sont tournés vers le secteur déjà saturé des services (hôtellerie, entretien, restauration, etc.), où la paie est moins élevée et les conditions plus précaires. Cet afflux de nouveaux travailleurs a exercé une pression à la baisse sur les salaires. Selon le Bureau of Labor Statistics, les deux tiers des ouvriers licenciés pour raisons économiques ayant retrouvé un travail en 2012 ont dû accepter un emploi moins bien rémunéré. La baisse dépassait même 20 % pour la moitié d’entre eux. Sachant que, cette année-là, un ouvrier américain gagnait en moyenne 47 000 dollars par an, cela équivaut à une perte de revenu d’environ 10 000 dollars. Cela explique en partie pourquoi le salaire médian stagne aux Etats-Unis depuis vingt ans, alors que la productivité des travailleurs augmente.

 

Certains promoteurs de l’Alena avaient prévu, dès 1993, ce phénomène de destruction d’emplois et de tassement des salaires. Mais, assuraient-ils alors, l’opération devait demeurer profitable pour les travailleurs américains, qui pourraient acheter des produits importés moins cher et bénéficier ainsi d’une hausse de leur pouvoir d’achat. Sauf que l’augmentation des importations n’entraîne pas nécessairement une baisse des prix. Par exemple, dans l’alimentaire, malgré un triplement des importations en provenance du Mexique et du Canada, le prix nominal des denrées aux Etats-Unis a bondi de 67 % entre 1994 et 2014 (8). La baisse du prix de quelques rares produits n’a pas suffi à compenser les pertes subies par les millions de travailleurs non diplômés, qui ont vu leur salaire réel baisser de 12,2 % (9).

 

Mais les travailleurs américains n’ont pas été les seuls à pâtir de l’Alena. L’accord a également eu des effets désastreux au Mexique. Autorisés à exporter sans entraves, les Etats-Unis ont inondé ce pays de leur maïs subventionné et issu de l’agriculture intensive, engendrant une baisse des prix qui a déstabilisé l’économie rurale. Des millions de campesinos (paysans) expulsés des campagnes ont migré pour se faire embaucher dans des maquiladoras (10), où ils ont pesé à la baisse sur les salaires, ou ont tenté de passer la frontière et de s’installer aux Etats-Unis. L’exode rural a également exacerbé les problèmes sociaux dans les villes mexicaines, conduisant à une montée en intensité de la guerre de la drogue.

 

Selon M. Carlos Salinas de Gortari, président du Mexique au moment de l’entrée en vigueur de l’accord, l’Alena devait permettre de réduire le flux des migrants essayant de passer au Nord. « Le Mexique préfère exporter ses produits que ses citoyens », lançait-il en 1993, assurant que son voisin avait le choix entre « accueillir les tomates mexicaines ou accueillir les migrants mexicains, qui cultiveront ces tomates aux Etats-Unis ». En 1993, 370 000 Mexicains avaient rejoint les Etats-Unis ; ils étaient 770 000 en 2000 ; 4,8 millions d’entre eux y vivaient clandestinement en 1993 ; 11,7 millions en 2012...

 

Ces départs massifs s’expliquent notamment par l’explosion du prix des produits de première nécessité. L’usage croissant du maïs américain pour produire de l’éthanol a fini par engendrer, au milieu des années 2000, une augmentation des prix, lourde de conséquences pour le Mexique, devenu dépendant des importations agricoles américaines.

 

Le prix des tortillas — l’aliment de base dans ce pays — a bondi de 279 % entre 1994 et 2004 (11). En vingt ans, le prix des produits de première nécessité a été multiplié par sept ; le salaire minimum, seulement par quatre. Alors que l’Alena devait leur apporter la prospérité, plus de 50 % des Mexicains vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté. Entre 1994 et 2014, le produit intérieur brut (PIB) par habitant du Mexique n’a augmenté que de 24 %. Entre 1960 et 1980, il avait bondi de 102 % (soit 3,6 % par an). Si le Mexique avait continué de croître à ce rythme, son niveau de vie serait aujourd’hui proche de celui des pays européens...

Les belles promesses se sont envolées, et il serait utile de dresser le bilan de cet échec afin de bâtir un modèle d’intégration économique plus juste. M. Barack Obama a reconnu lui-même les défauts multiples de l’Alena, assurant qu’il en tiendrait compte pour « résoudre certains problèmes » lors des futurs traités de libre-échange. Or, loin de tirer les leçons de ces erreurs, les négociateurs actuels du GMT semblent s’employer à les reproduire.

 

Libre-échange ou juste échange ?

Au sommaire de la nouvelle livraison de « Manière de voir » (en kiosques), retrouvez les éléments-clés du débat et des arguments pour mener le combat.

 

Comprendre les enjeux des accords de libre-échange négociés en secret : grand marché transatlantique, partenariat transpacifique, commerce des services. Des normes sanitaires au droit du travail, de l’écologie à l’agriculture, un panorama des secteurs concernés. Qui négocie quoi, pour le compte de qui et pourquoi ?

 

Situer la question dans son contexte historique et géographique : les transformations du commerce mondial ; les théoriciens du libre-échange ; les tribulations d’un iPhone ; la métamorphose des institutions ; le bilan des précédents accords. Cartographie, infographie, extraits de textes de référence.

Imaginer, résister, agir : les fondemen

ts du juste échange ; le protectionnisme et ses ennemis ; les « maîtres du monde » pris à leur propre piège. Des accords qui ne supportent pas la lumière du débat public. Comment s’organiser concrètement pour tailler en pièces le grand marché transatlantique ?

Lori M. Wallach

Directrice de Public Citizen’s Global Trade Watch, Washington, DC.

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 17:06

Repris sur le Saker francophone

Origine New Eastern Outlook par F. William Engdahl – Le 13 mai 2016 –

 

Depuis que Margaret Mead a organisé une conférence en 1975 pour propager délibérément une campagne non scientifique basée sur la peur, en affirmant frauduleusement que les émissions anthropiques de CO2 mettaient en danger le climat mondial, l’ONU, d’innombrables ONG et de nombreux gouvernements ont dépensé des milliards de dollars pour essayer de trouver les moyens de réduire ces émissions de CO2 artificielles. A l’époque, c’était appelé réchauffement global, jusqu’à ce que les températures mesurées aient commencé à tomber, après quoi, les auteurs de cette colossale fraude scientifique ont modifié le nom en changement climatique. La campagne a largement échoué, heureusement pour l’avenir de la vie sur la planète. Une indication d’un retour à l’honnêteté scientifique vient d’une étude récemment publiée par la NASA sur les effets du CO2, sur toute la planète, depuis les années 1980. 

 

Une nouvelle étude scientifique publiée en avril dans la revue Nature Climate Change, révèle qu’entre 25% jusqu’à éventuellement 50% des terres arborées de la Terre ont montré un verdissement significatif au cours des 35 dernières années. En outre, l’étude indique que ce verdissement est dû en grande partie à la hausse des niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique.

 

L’étude a été réalisée par une équipe scientifique internationale composée de 32 auteurs scientifiques, venant de 24 institutions et huit pays. Ils ont utilisé des données satellitaires du Moderate Resolution Imaging Spectrometer de la NASA et un radiomètre à très haute résolution de la National Oceanic and Advanced Atmospheric Administration Instruments, pour aider à déterminer l’indice de surface foliaire, c’est-à-dire le taux de couverture par les feuilles, sur les régions arborées de la planète. Ils ont constaté que le verdissement mesuré représente une augmentation du nombre de feuilles des plantes et des arbres, équivalente à deux fois la surface continentale des États-Unis. La recherche a déterminé que l’augmentation de la fertilisation par le CO2 représentait presque 70% de l’augmentation de la zone de verdissement de la planète, et l’accroissement des dépôts d’azote un autre 9%. Voici une statistique impressionnante.

 

Une récente étude de la NASA sur le CO2 a remarqué que «les feuilles vertes utilisent l’énergie du soleil, la photosynthèse, pour combiner chimiquement le dioxyde de carbone aspiré de l’air, avec de l’eau et des éléments nutritifs prélevés dans le sol pour produire des sucres, qui sont la principale source de nourriture, de fibres et de combustible pour la vie sur Terre. Des études ont montré que l’augmentation de la concentration de dioxyde de carbone accélère le processus de photosynthèse, ce qui stimule la croissance des plantes».

 

Le principal auteur du rapport, Zaichun Zhu, un chercheur de l’Université de Beijing, a souligné que l’ampleur du verdissement  depuis les 35 dernières années «a la capacité de changer fondamentalement le cycle de l’eau et du carbone dans le système climatique».

 

Qu’est-ce que cela signifie pour la vie sur notre planète?

 

Cela signifie beaucoup pour la vie sur notre planète, et de manière très positive. Au fil des ans, depuis 1804, le phytophysiologiste suisse Nicolas-Théodore de Saussure a d’abord démontré que les pois exposés à des concentrations élevées de C02 ont mieux poussé que des plantes témoins gardées à l’air ambiant; de nombreuses autres expériences ont été réalisées pour déterminer les effets des atmosphères enrichies en CO2 sur les plantes.

 

En 1982, le Dr Bruce A. Kimball, un physiologiste des plantes à l’Agricultural Research Service du département américain de l’Agriculture, a entrepris un examen complet de toutes les études sur les effets des concentrations plus élevées en CO2 sur la croissance des plantes et les rendements de l’agriculture. Kimball a constaté que l’enrichissement en C02 a un effet extrêmement positif sur le rendement. Sur 437 observations indépendantes les unes des autres, seulement 39 ont abouti à des rendements inférieurs à leurs témoins respectifs.

 

En bref, les milliards de dollars des contribuables qui ont été dépensés à étudier les moyens d’enterrer ou d’éliminer du CO2 de notre atmosphère, ne sont guère plus que des tentatives pour diminuer l’un des moteurs essentiels de «la principale source de nourriture, de fibres et de combustible pour la vie sur Terre». Peut-être que l’avenir de notre planète n’est pas aussi sombre que les prophètes apocalyptiques comme Bill Gates ou Al Gore le revendiquent.

F. William Engdahl

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

 

Note de JF : Consulter également l’argumentaire et les info plus détaillées sur le site site http://www.pensee-unique.fr/news.html#extreme en commençant de préférence par le CV de l’auteur. Il n'y a pas le feu au lac

 

 

 

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 07:49
Le grand pari de la Russie et de la Chine

par Ariel Noyola Rodríguez

 

Après les sanctions économiques que les États-Unis et l’Union européenne ont imposées à la Russie, Moscou et Pékin ont tissé de puissants liens dans le domaine de l’énergie, qui ont radicalement transformé le marché mondial du pétrole. En plus d’accroître leur commerce dans les hydrocarbures de façon exponentielle, les deux puissances de l’Est ont décidé de mettre fin à la domination du dollar dans la fixation du prix de l’or noir. Le petroyuan est l’instrument de paiement stratégique qui promet de faciliter la transition vers un système monétaire multipolaire, un système qui prend en compte de multiples devises et reflète la corrélation des forces dans l’ordre mondial actuel.

Réseau Voltaire | Mexico (Mexique) | 19 mai 2016

 

Au lieu d’humilier la Russie, la guerre économique que Washington et Bruxelles ont provoquée s’est avérée contre-productive, parce qu’elle a seulement contribué à renforcer l’attelage énergétique de Moscou et Pékin. Rappelons qu’en mai 2014, la société russe Gazprom a promis de garantir la fourniture de gaz à la Chine, jusqu’à 38 000 millions de mètres cubes au cours des trois prochaines décennies (à partir de 2018) en signant un contrat pour 400 milliards de dollars avec la China national Petroleum Corporation (CNPC) [1].

 

Actuellement, les deux puissances coordonnent la mise en œuvre d’un plan stratégique ambitieux, qui inclut la construction de pipelines et l’exploitation en commun de raffineries et de grands complexes pétrochimiques. Involontairement, le rapprochement de Moscou avec Pékin a produit des changements profonds dans le marché mondial du pétrole en faveur de l’Est, ce qui nuit considérablement à l’influence des compagnies pétrolières occidentales.

 

Même l’Arabie saoudite, qui récemment était encore le principal fournisseur de pétrole du géant asiatique, a été assommée par la diplomatie du Kremlin. Alors que, depuis 2011, les exportations de pétrole saoudien vers la Chine se faisaient au rythme de 120 000 barils par jour, celles de la Russie atteindront à terme 550 000 barils par jour, soit près de cinq fois plus. En fait, déjà en 2015, les entreprises russes ont dépassé, en quatre occasions, les ventes de pétrole de leurs concurrents saoudiens à la Chine : Riyad a dû se contenter d’être le deuxième plus grand fournisseur de brut à Pékin en mai, septembre, novembre et décembre [2].

 

Il convient de noter que les pays du noyau européen ont également vu diminuer leur part de marché par rapport à la région asiatique : l’Allemagne, par exemple, a été supplantée par la Chine à la fin de 2015, comme plus gros acheteur de pétrole russe [3]. Ainsi, les grands investisseurs opérant sur le marché mondial du pétrole ont du mal à voir à quel point, en quelques mois, le consommateur mondial le plus important – la Chine — est devenu le client favori du troisième plus grand producteur mondial – la Russie. Selon le vice-président de Transneft — la société russe en charge de la mise en œuvre des pipelines nationaux – Sergey Andronov, la Chine est disposée à importer un volume total de 27 millions de tonnes de pétrole de la Russie en 2016 [4].

 

L’alliance énergétique russo-chinoise se propose d’aller plus loin. Moscou et Pékin ont fait de leurs échanges de pétrole le vecteur de transition vers un système monétaire multipolaire, qui ne se fonde pas uniquement sur le dollar, mais prend en compte de multiples devises et avant tout reflète les rapports de force économiques dans l’ordre mondial actuel. Le fait est, que les sanctions économiques imposées par Washington et Bruxelles ont encouragé les Russes à éliminer les transactions commerciales et financières en dollars et en euros, pour ne pas se trouver trop exposés à souffrir des risques de sabotage, au moment de conclure des transactions avec leurs principaux partenaires.

 

Pour cette raison, depuis mi-2015, la Chine paie le pétrole russe en yuans, et non en dollars ; l’information a été confirmée par les dirigeants de Gazprom Neft, le bras pétrolier de Gazprom [5]. Cela encourage l’utilisation de la « monnaie du peuple » – le renminbi (RMB) – dans le marché mondial du pétrole, tout en permettant à la Russie de neutraliser l’offensive économique lancée par les États-Unis et l’Union européenne. Les fondations d’un nouvel ordre financier, pris en charge par le petroyuan, émergent : la monnaie chinoise est en passe de devenir la plaque tournante du commerce en Asie-Pacifique avec les grandes puissances pétrolières.

 

Aujourd’hui, la Russie fait son commerce de pétrole avec la Chine en yuan, dans le futur ce sera aussi le cas pour l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lorsque la Chine l’exigera. Le culte de l’Arabie Saoudite pour le dollar peut-il lui faire perdre l’un de ses principaux clients ? [6] D’autres puissances géo-économiques ont déjà suivi les traces de la Russie et la Chine, car elles ont compris que pour construire un système monétaire plus équilibré, la dé-dollarisation de l’économie mondiale est une priorité.

 

Il n’est pas moins important qu’après l’effondrement des prix du pétrole de plus de 60% — depuis mi-2014 — les banques chinoises sont devenues un soutien essentiel du financement de l’infrastructure énergétique commune. Par exemple, pour lancer le plus tôt possible le gazoduc russo-chinois « Force de la Sibérie », Gazprom a demandé à la Bank of China un prêt sur cinq ans, pour un montant équivalent à 2 milliards d’euros en mars dernier [7]. Il s’agit du plus grand crédit bilatéral que Gazprom a signé avec une institution financière à ce jour. Un autre exemple est le prêt que la Chine a accordé il y a quelques semaines à la Russie, d’un total de 12 milliards de dollars pour le projet Yamal LNG (gaz naturel liquéfié) dans la région arctique [8]. De toute évidence, la politique étrangère de la Russie dans le secteur de l’énergie ne souffre pas de l’isolement, au contraire, elle connaît un de ses meilleurs moments grâce à la Chine.

 

En conclusion, l’hostilité des dirigeants des États-Unis et de l’Union européenne contre le gouvernement de Vladimir Poutine, a précipité le renforcement de l’attelage énergétique russo-chinois qui, à son tour, ne fait qu’accroître la prépondérance de l’Est dans le marché mondial du pétrole.

Ariel Noyola Rodríguez

Traduction
JJ

site : Le Saker Francophone

Source
Russia Today (Russie)

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 14:27
WikiLeaks : le président du Brésil par intérim était informateur pour le compte des Etats-Unis
Repris sur  Comité Valmy

 

Selon les documents secrets publiés sur le site fondé par Julian Assange, Michel Temer, qui assure la fonction de chef d’Etat du Brésil depuis le 12 mai, a fourni des informations au Conseil national de sécurité des Etats-Unis en 2006.

 

Le document du 11 janvier 2006 témoigne d’une conversation ayant eu lieu le 9 janvier entre des responsables américains et Michel Temer, député fédéral de Sao Paulo à l’époque et président du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) – poste qu’il occupe toujours aujourd’hui.

 

Le sujet principal de l’entretien téléphonique était la situation politique au Brésil et, notamment, les chances du président du pays Luiz Inacio Lula da Silva, plus connu sous le nom de Lula, d’être réélu le 26 octobre 2006.

 

« [Michel] Temer a critiqué la vision étroite de Lula et son attention excessive aux programmes de sécurité sociale qui n’apportent pas de croissance ou de développement économique », peut-on lire dans le compte rendu de la conversation.

 

Il a également souligné que le parti des travailleurs (PT) de Lula n’avait pas tenu ses promesses électorales ce qui est, d’après lui, une « fraude électorale ». Ainsi, il estime que « la désillusion des citoyens envers le président Lula et le PT donne l’occasion au PMDB d’avancer son candidat aux élections présidentielles de 2006 ».

 

Selon le document, les responsables américains analysaient les résultats des sondages témoignant de la baisse de popularité du PT et du principal parti d’opposition, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB). Michel Temer avoue alors que son parti du PMDB est assez divisé, mais laissait entendre qu’il pourrait s’unifier pour les élections.

 

« Si son candidat ne parvient pas au deuxième tour, le parti tentera de négocier une alliance avec l’un des deux finalistes », rapporte le compte-rendu. « Vu son orientation centriste, le PMDB pourrait ainsi équilibrer les votes entre le PT de Lula et le PSDB d’opposition, et a donc besoin d’être surveillé de près dans les mois qui viennent. Fin des commentaires », conclut l’auteur du document au sein de l’ambassade américaine au Brésil.

 

On ignore si d’autres conversations entre Michel Temer et des responsables américaines ont eu lieu, mais Lula a été réélu en 2006 au deuxième tour face à Geraldo Alckim, le candidat du PSDB. Le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) de Michel Temer n’a pas participé aux élections.

 

L’homme a cependant mené une belle carrière politique. En 2009, il est devenu président de la Chambre des députés. En 2010, il gagne les élections présidentielles en compagnie de Dilma Rousseff, en devenant ainsi vice-président de la République brésilienne. Le 12 mai, le Sénat du pays a temporairement suspendu Dilma Rousseff de ses fonctions afin qu’elle passe devant un tribunal pour des accusations de vol des lois budgétaires. Depuis ce jour, la fonction de chef d’Etat brésilien est assurée par le vice-président du pays, Michel Temer.

 

Origine RT, 13 mai 2016,

 

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 15:27

Source RT en français

 

Economiste et écrivain, Jacques Sapir partage, lors d'une interview à RT France, sa vision du traité Transatlantique et ses pronostics concernant la présidentielle française au vu de la réforme de ses règles.

 

 

Sceptique à l'égard du Tafta, l'économiste estime que cet accord va favoriser une domination des grandes entreprises et aboutira à la supériorité du droit de commerce privé par rapport au droit national. Cette mise en cause la souveraineté des Etats devrait être sujette à un référendum pour que «l'ensemble de la population puisse donner son avis». 

 

 

 

Le débat sur le Tafta pourrait constituer un enjeu majeur pour les électeurs.

 

Avec l'adoption par le Conseil constitutionnel de la réforme des règles de la présidentielle qui réduit le temps de parole des «petits candidats» et modifie les conditions du parrainage, le débat risque de se limiter aux trois partis - le Parti socialiste, Les Républicains et le Front national ce qui constitue pour Jacques Sapir une atteinte à la démocratie. Même s'il est encore trop tôt pour faire des pronostics quant à l'issue de la présidentielle - les primaires à droite permettront d'apporter plus de clarté en la matière - pour Jacques Sapir, une victoire de Marine Le Pen n'est pas à exclure dans la situation actuelle du débat.

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 12:24

Destitution de la présidente  brésilienne Dilma Roussef

Entretien avec Pepe Escobar

Source Le cercle des volontaires

 

La présidente brésilienne Dilma Rousseff vient d’être officiellement écartée du pouvoir présidentiel au Brésil. L’annonce fait suite au vote mercredi des sénateurs en faveur de l’ouverture du procès en destitution de la dirigeante, qui est automatiquement remplacée pour une période de 180 jours maximum par celui qui était alors vice-président de la République, Michel Temer. Ce que beaucoup dénoncent comme un « coup d’état institutionnel » met fin à 13 ans de pouvoir de la gauche au Brésil. Vendredi dernier, le Cercle des Volontaires recevait le journaliste et analyste géopolitique brésilien Pepe Escobar afin qu’il nous livre son analyse sur des événements pas forcément faciles à appréhender vus de France.

Mathieu P. et Alexandre Karal

 

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 12:28

Le cercle des volontaires 

Par Alexandre Karal

 

Hier se tenait l’édition 2016 du concours de l’Eurovision. Comme d’habitude, les chansons présentées étaient assez médiocres, presque toutes écrites dans le même anglais d’aéroport, et l’événement en soi avait peu d’intérêt. Pourtant, il s’y est passé quelque chose de notable : les peuples et le jury ont voté très différemment, pour des raisons qui semblent politiques. En effet, le vainqueur désigné fut l’Ukraine, avec un total de 534 votes pour la chanson 1944 de Jamala à propos de la déportation des Tatars de Crimée par l’Union Soviétique au cours de l’année éponyme… dans un contexte de tensions entre l’Ukraine et la Russie autour, précisément, de la Crimée.

 

 

Mais examinons de plus près les résultats :

Haut du classement de l’Eurovision 2016, en fonction du nombre de points attribués par le jury et les téléspectateurs. Source : http://eurovisionworld.com/?eurovision=2016

 

Comme on peut le constater sur ce graphique, si l’Ukraine a bel et bien remporté le plus de points au total, le gagnant du concours par classement populaire est… la Russie ! Celle-ci n’a cependant obtenu que 130 points du jury, tandis que l’Ukraine en a remporté 211. Il est difficile de ne pas voir là un choix politique de la part du jury, qui est d’autant plus cocasse que le pays qui a obtenu le plus de votes (12) de la part des téléspectateurs ukrainiens est… encore la Russie.* Le jury est semble-t-il plus royaliste que le roi. Il a par ailleurs été très généreux envers Israël, et très dur pour la Pologne. Faut-il y voir une réaction à l’accession au pouvoir du parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość) en Pologne, tant décrié en Europe occidentale ? Évidemment, il est difficile de lire dans les pensées des membres du jury (désignés dans chaque pays par la chaîne de télévision disposant des droits de diffusion du concours) mais la disproportion entre le vote des téléspectateurs et celui du jury est tout de même troublante. Il est possible que l’explication soit au moins partiellement à aller chercher de l’autre côté : peut-être les diasporas russe et polonaise se sont-elles montrées plus actives que les autres, et beaucoup plus actives que la diaspora ukrainienne, pour une raison qui nous échappe. Quoi qu’il en soit, cette chanson politique de la candidate ukrainienne a eu beaucoup de succès auprès du jury.

 

Pourtant, les règles du concours stipulent assez clairement que les chansons politiques sont interdites :

  • The lyrics and/or performance of the songs shall not bring the Shows, the Eurovision Song Contest as such or the EBU into disrepute. No lyrics, speeches, gestures of a political or similar nature shall be permitted during the Eurovision Song Contest. No swearing or other unacceptable language shall be allowed in the lyrics or in the performances of the songs. No messages promoting any organisation, institution, political cause or other, company, brand, products or services shall be allowed in the Shows and within any official Eurovision Song Contest premises (i.e. at the venue, the Eurovision village, the Press Centre, etc.). A breach of this rule may result in disqualification.
  •  

Manifestement, les responsables de l’Eurovision ont jugé que cette chanson n’était pas politique. La presse, elle, n’est pas du même avis. Certes, tout ceci est bien trivial, mais c’est aussi l’illustration de la déconnexion entre les peuples et les « élites » désignées. On l’a vu avec le référendum sur le traité constitutionnel de l’Union Européenne comme on le voit dans un concours de chant. La vraie démocratie serait-elle effrayante au point de chercher à la tenir éloignée, même à l’Eurovision ?

 

Mise à jour du 18 mai 2016 : Dans un article du 13 mai 2016, dont nous venons de prendre connaissance, le Mirror expliquait, citant une source au sein de l’Eurovision, que l’Union européenne de radio-télévision « savait à quel point une victoire de la Russie serait impopulaire, et ferait tout pour aider les autres favoris à remporter la victoire ».

 

* Les téléspectateurs russes ont d’ailleurs (presque) renvoyé l’ascenseur en attribuant 10 points à l’Ukraine. Sans doute faut-il y voir un signe que l’inimitié entre les responsables politiques ne se retrouve pas forcément dans les peuples. Le Telegraph a produit un outil de visualisation des résultats assez utile.

 

 

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 14:42

 

Par Will Summer

Origine Mondialisation.ca, 13 mai 2016

 

 

Photo : La Place de la République à Paris, « Quartier-Général » du mouvement « Nuit Debout », un soir d’avril 2016

 

Un facteur central de la stratégie impérialiste contemporaine implique la création de mouvements « anti-capitalistes » portés par la jeunesse qui serve la mondialisation plutôt que la défier. De tels contre-mouvements reçoivent fréquemment les accolades enthousiastes d’intellectuels gauchistes « radicaux » qui, à travers un amalgame d’orgueil et d’ignorance, accordent l’adoubement à une forme de dissidence en fait conçue pour exacerber les injustices du statu quo.

 

Un article collectif publié dans le journal Le Monde et intitulé « Nuit Debout contribue à la création d’un autre monde », affirme que le mouvement social actuel français, qui prétend s’être formé par opposition à des réformes du droit du travail nuisibles aux intérêts de la classe laborieuse, est l’amorce d’une chose d’une grande ampleur. L’article, curieusement affublé d’un autre titre dans sa version en ligne, est co-signé par plusieurs intellectuels dont les Trotskyistes Tariq Ali et Tony Negri. Donc, quelle est la nature de cette transformation sociale prétendument mise en œuvre par ce nouveau mouvement social?

 

L’article du collectif plaide que le Front National d’extrême-droite joue la carte anti-système tout en refusant de défier la « loi du marché ». Penchons-nous un peu sur ces allégations. Bien qu’il soit assurément vrai que le Front National est un parti de menteurs et de tricheurs qui misent sur le désespoir de la classe laborieuse dans leur quête de pouvoir, – cela a toujours fait partie de leur histoire et de leur mode opératoire – il est inexact de suggérer que le Front National prenne toujours publiquement la défense de politiques propices à l’expansion du capitalisme.

 

Il reviendra à l’esprit des auteurs qu’alors que les terroristes d’al-Qaeda soutenus par les monarchies du Golfe Persique ainsi que par Israël et par l’OTAN décapitaient et lynchaient les Noirs libyens dans les rues de Benghazi en 2011, la tête de file de la « gauche » anti-mondialiste, Jean-Luc Mélenchon, est apparu à la télévision française défendre la campagne de bombardements français en appui aux escadrons de la mort, tandis que Marine Le Pen, la dirigeante du Front National, avait dénoncé cette intervention.

 

Marine Le Pen a décrit l’emprise française sur la finance africaine sous la forme du FCFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) comme une « tragédie » pour les Africains, et elle s’est engagée à abolir ce système financier néocolonial; tandis que Jean-Luc Mélenchon a constamment préféré éviter le sujet. Il est facile de voir pourquoi une proportion de gens des classes laborieuses préfère ladite extrême-droite, à ladite extrême-gauche. Soyons clairs: aucun des deux candidats précités ne sert les intérêts des classes laborieuses. Mais il est possible de pardonner leur confusion dans leur choix pour décider lequel des deux représente l’extrême-droite.

 

Mais qu’en est-il des intellectuels « anti-capitalistes » de « Nuit Debout »? Les auteurs ont-ils pris la défense du Président Laurent Gbagbo de la République de Côte d’Ivoire en 2010, quand l’impérialisme français et sa « loi du marché » ont attaqué son peuple avec des escadrons de la mort après qu’il ait entrepris de mettre un terme à l’esclavage financier de l’Afrique sous le joug du système monétaire du FCFA? Que nenni. Nous pouvons distinguer les contours d’une idéologie gauchiste curieusement similaire au système qu’elle prétend combattre.

 

L’impérialisme a été défini par Lénine comme le capitalisme monopolistique, ou le dernier stade du capitalisme. Le capitalisme monopolistique décadent procède par l’accélération de l’accumulation primaire; c’est à dire, en volant et en pillant, et en envahissant et en bombardant de nouveaux territoires, de nouvelles nations et de nouveaux continents. La guerre est essentielle à la prolongation du mode de production capitaliste. C’est une loi élémentaire de l’économie politique capitaliste, de la « loi du marché » qui ne semble pas avoir été saisie par ces intellectuels enthousiasmés par « Nuit Debout ». Ces guerres se sont perpétuées pendant longtemps, mais elles se sont accélérées depuis la crise financière de 2008.

 

Soutenir la révolution bolivarienne et tous ses adversaires

Les auteurs proclament que le « néo-libéralisme » a été assailli de plusieurs façons depuis la chute du Mur de Berlin. Ils font les louanges du virage à gauche de l’Amérique Latine, illustré par la Révolution Bolivarienne. Ils mentionnent également le Printemps Arabe de 2011. Mais les auteurs ne parviennent pas à démontrer comment une révolution populaire, de gauche et venant de la base au Venezuela, qui a défié le Consensus de Washington et apporté un haut degré de progrès social et de démocratie, peut ressembler à des putschs ochlocratiques fabriqués par les USA en Tunisie et en Égypte suivis par des guerres impérialistes d’agression et de génocide en Libye et en Syrie – criminellement déguisées en interventions humanitaires et en révolutions.

 

Ces intellectuels échouent tout autant à expliquer comment ils parviennent à soutenir le Printemps Arabe tout en chantant les louanges de l’ancien Président du Venezuela, Hugo Chávez, qui entretenait des liens étroits avec Mouammar Qaddafi et Bachar al-Assad, et qui avait dénoncé le Printemps Arabe pour ce qu’il était en réalité: une série de coups d’État néocoloniaux d’extrême-droite contrôlés par des agences étasuniennes contre le développement du Tiers-Monde.


Ces coups d’État appuyés par les USA ont été, comme l’a confirmé l’ancienne Secrétaire d’État US Condoleeza Rice dans ses mémoires, le fruit de la tentative par l’ancien Président US George W. Bush de « démocratiser » et remodeler le Moyen-Orient. Quiconque a soutenu le Printemps Arabe soutient donc l’impérialisme US.

 

L’accession au pouvoir des Frères Musulmans d’ultra-droite en Tunisie et en Égypte n’était pas due à l’échec de ce que les auteurs attestent avoir été des révolutions « anti-néolibérales », mais plutôt à leur réussite. La Banque Mondiale, ainsi que des analystes politiques d’élite, se sont souvent lamentés de la nature fermée de l’économie tunisienne, tout comme de la manière dont Ben Ali favorisait la bourgeoisie nationale aux dépens des compradors au service d’investisseurs étrangers. La rémanence persistante d’un militantisme syndical dans le style français en Tunisie est une autre raison qui a mené les analystes politiques d’élite du Financial Times à dire de la révolution tunisienne qu’elle était « inachevée ».

 

Bien que ce soit peu reconnu, le « Fonds de Solidarité National » de Ben Ali en avait presque autant fait que les politiques de Hugo Chávez pour réduire la pauvreté; le modèle tunisien était sur le point d’être adopté par les Nations Unies dans son programme mondial contre la pauvreté – une politique qui aurait sans doute fait que des milliers d’ONG douteuses auraient dû mettre la clé sous la porte. Le Fonds de Solidarité National fut immédiatement aboli par les « révolutionnaires » du Printemps Arabe.

 

Dans la révolution égyptienne, les travailleurs y ont aussi perdu. L’une des premières mesures appliquées par les adeptes du Printemps Arabe au Caire aurait recueilli l’approbation de la Ministre du Travail française, Mme. El Khomri: ils ont réformé les lois du travail de sorte que les employés ne touchent plus leur salaire s’ils se mettent en grève, et que les patrons n’aient plus à les payer quand la production s’arrête par manque de commandes. Rien de mieux qu’une révolution fomentée par la CIA pour défier la « loi du marché »!

 

Pour ce qui est des autres pays du virage à gauche latino-américain, le Brésil a fait l’expérience d’un début de « Printemps Arabe » en 2013 pendant la « Révolution de Vinaigre » – une autre tentative de coup d’État par flash-mobs interposés, menée par des ONG et dirigée par les USA avec pour objectif de renverser un pays qui se rapprochait de la Russie et de la Chine. Quand à eux, tous ces auteurs anti-mondialistes avaient aussi soutenu cette révolution – tant qu’elle était confortablement revêtue d’un déguisement d’ultra-gauche.

 

Loin d’avoir été un soulèvement contre le néolibéralisme, le Printemps Arabe était une affaire d’expansion et d’approfondissement de l’emprise du capitalisme financier sur les pays en développement, à travers l’éruption d’un chaos « révolutionnaire ». Cette stratégie géopolitique a connu un succès stupéfiant et n’aurait pas pu réussir sans l’adhésion exubérante de l’infanterie prétentieuse et complètement délirante d’universitaires gauchistes, dont l’ignorance de la politique étrangère US et de la géopolitique dégoulinent sans cesse de leurs contributions écrites et orales aux non-débats politiques des médias grand public. Le philosophe marxiste français Michel Clouscard avait souligné, au cours des événements de 1968, que le capitalisme avait viré à gauche au niveau de la culture politique mais à droite au niveau socio-économique. Clouscard était le seul philosophe à comprendre entièrement et à théoriser les conséquences de ce paradoxe.

 

Les auteurs font la louange du mouvement anti-mondialiste parce qu’il défie le néolibéralisme, et en même temps ils reconnaissent que c’est un échec total. Ils ne comprennent pas que ces mouvements anti-mondialistes sont conçus pour échouer; c’est pourquoi des capitaines de la finance les subventionnent copieusement!

 

Les auteurs concèdent que le mouvement « Nuit Debout » est principalement blanc et issu des classes moyennes, et qu’il a échoué à attirer des gens provenant de pays post-coloniaux et/ou qui viennent du militantisme de la classe laborieuse. Citant le philosophe italien Antonio Gramsci, ils avancent que ces problèmes sont en cours de discussion parmi les « intellectuels organiques » de la Place de la République, et que par conséquent ils n’ont besoin d’aucune aide de la part des intellectuels traditionnels de l’intelligentsia – encore une aberration monumentale.

 

Ayant interviewé des douzaines de personnes du mouvement « Nuit Debout » et écouté de nombreux débats, je peux sans conteste affirmer qu’il y en a peu là-bas qui comprennent le capitalisme contemporain. Les activistes du mouvement « Nuit Debout » ne correspondent certainement pas à la conception de l’intellectuel organique de Gramsci.

 

Au contraire, des personnes comme Kémi Seba, un intellectuel français d’origine béninoise ou le rappeur Mathias Cardet, dont le nouveau livre expose l’idéologie réactionnaire et capitaliste du rap contemporain; ou les monologues en vidéo de l’Algérien Aldo Sterone commentant les problèmes de la jeunesse maghrébine en Europe – ces voix des exclus, du prolétariat post-colonial sont, mutatis mutandis, beaucoup plus proches de la notion de l’intellectuel organique de Gramsci que les activistes de « Nuit Debout ».

 

Hélas, si de tels auteurs essayaient de parler au mouvement « Nuit Debout », ils seraient probablement escortés hors de la place sous la contrainte, labellisés de « fascistes ». Le problème, par conséquent, ne se situe pas entre intellectuels organiques et traditionnels, mais plutôt dans l’occupation de l’espace académique et populaire par des pseudo-intellectuels pour celui-ci, en face d’une jeunesse désorientée et manipulée pour celui-là – et ce, au détriment dans les deux cas de ceux qui s’emploient à ériger la théorie sociale et l’action politique positive sur les fondations concrètes d’une analyse basée sur les rapports de classes. Si la classe laborieuse et les minorités ethniques de France ne s’intéressent pas à « Nuit Debout », c’est parce qu’ils comprennent l’internationalisme néocolonial, raciste et bidon de l’idéologie gauchiste petit-bourgeois; ils ne sont pas dupes!

 

Les auteurs redoutent que le mouvement soit submergé par des forces « réactionnaires ». Font-ils référence à ceux qui manifestent contre les guerres fascistes de l’OTAN et les mensonges médiatiques utilisés pour les justifier? Beaucoup de « Nuit-Deboutistes » croient que les authentiques activistes anti-guerre sont, vous l’avez deviné, des fascistes! Et l’un des gourous du mouvement, Frédéric Lordon, a pris la défense de la police de la pensée des fascistes antifascistes se nommant eux-mêmes: les « Antifas »!

 

Le problème n’est pas comment des mouvements sui generis sont repris par des forces réactionnaires, mais plutôt comment des forces réactionnaires du complexe militaire, industriel, médiatique et du renseignement de l’impérialisme préemptent la résistance organique de la base à travers la création de contre-mouvements et de sous-cultures qui trompent, leurrent, démoralisent, découragent, divisent et défont tous les efforts entrepris pour briser le pouvoir du capital sur le travail, de la minorité sur la majorité. Quand l’intelligentsia organique occupera un espace public, produira une analyse concrète des classes et aura expulsé les réactionnaires gauchistes et bourgeois  de nos universités, notre jeunesse pourra dormir la nuit et faire la révolution pendant la journée!

Will Summer

Article original en anglais : http://ahtribune.com/world/europe/888-nuit-debout.html

Traduit par Lawrence Desforges

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