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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 10:37

Résistance

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 13:37

La République sous la menace du «coucou» islamiste

Par:

Fatiha Boudjahlat
Secrétaire nationale du Mouvement Républicain et Citoyen.

 

«Pourquoi Tariq Ramadan veut-il obtenir la nationalité d'un pays dont le mode de vie et les valeurs lui répugnent autant?», s'interroge Fatiha Boudjahlat, secrétaire nationale du Mouvement républicain et citoyen et membre du collectif Le Printemps républicain, dans cette tribune libre.

 

Etude de cas. En France, le document qui justifie de la nationalité d’une personne est délivré par le Tribunal de grande instance et se nomme le certificat de nationalité. Sa particularité : il justifie le droit par lequel on est français. Figure donc dans mon certificat que je suis française par… le droit du sang. Amusant, parce que ma mère vit depuis une quarantaine d’années en France avec une carte de résidence. Le même document précise que ma nationalité par droit du sang est liée au fait que ma mère soit née en Algérie avant 1962, donc en territoire français, avant son indépendance. Ma mère, personnage considérable, a entamé depuis plusieurs années une démarche pour devenir française. Il ne s’agit pas pour elle d’une naturalisation, mais d’une réintégration dans la nationalité française, dans les faits les deux procédures étant aussi contraignantes l’une que l’autre. Facéties du droit de la nationalité. Je suis donc française par le droit du sang, descendante de « Charlie » Martel, et je vous le dis : comment que je kiffe mes ancêtres les Gaulois !

 

Moins amusant, et pas amusant du tout. Les services de la préfecture du Doubs ont refusé la réintégration de ma mère dans la nationalité française. Au motif que deux de mes sept frères, qu’elle a élevés seule après l’abandon rocambolesque de mon père, ont eu maille à partir avec la police et la justice. La préfecture en a déduit que l’autorité parentale de ma mère, je cite, n’avait donc pas été effective. Anecdote : la fonctionnaire de la préfecture de Besançon qui a reçu ma mère, lui a demandé si elle fêtait Noël, si elle installait un sapin à cette occasion (il faudra m’expliquer le rapport entre être français et fêter la nativité avec un sapin), quel était le surnom de Louis XIV… Ce à quoi ma mère, fan des émissions historiques d’Arte mais paniquée, a répondu : le Roi Lion ! Nous avons fait appel de cet ajournement. Et j’apprends la volonté de Tariq Ramadan, non de devenir français et de rejoindre la communauté nationale, mais d’obtenir la nationalité, qu’il réduit à un statut juridique plus confortable. Soulignons le mercenariat consumériste qui consiste à solliciter la nationalité des pays où l’on travaille. Ma mère, elle, a vécu en continu trente-huit ans en France.

 

Ramadan ne veut pas entrer dans la nation française, il veut faire de l’entrisme

Patrick Weil définit la nationalité comme ce qui relie en droit un Etat à sa population. Cette définition est juridique et se décline en procédures administratives, à l’appréciation des préfectures. Tariq Ramadan se réfère à ce seul processus administratif pratico-pratique. Or, réagissant à cet aspect trop neutre, l’Etat a instauré des cérémonies « d’accueil dans la nationalité française », plus solennelles et au terme d’une formation et d’une évaluation de la maîtrise de la langue et de la connaissance des symboles et de l’histoire de France. Avec notre maladie de l’évaluation, nous sommes encore passés à côté de l’essentiel.  Il ne s’agissait pas d’évaluer une connaissance scolaire de ces éléments, mais de susciter un sentiment d’appartenance à la nation accueillante. M. Ramadan, si beau parleur, réussira sans peine l’épreuve scolaire. Il est d’ores et déjà disqualifié pour ce qui est de ce sentiment d’appartenance à  la France. M. Ramadan ne veut pas entrer dans la nation française, il veut faire de l’entrisme, en vue, selon ses propres mots, de concrétiser « un projet de société » islamique.  Son allégeance va aux Frères musulmans, dont on connaît la compétence une fois arrivés au pouvoir. Car celui que les médias paresseux ou accommodants présentent à tort comme un islamologue, un producteur de sens, est en fait un prédicateur islamiste, producteur de norme religieuse. Pourquoi vouloir entrer dans un corps civique dont le mode de vie, les valeurs, l’occidentalité lui répugnent autant ? Pour lui substituer un modèle de société culturellement et religieusement islamique.

M. Ramadan est le nom de la condamnation morale, historique et religieuse  de l’Occident. M .Ramadan est le non à notre modèle qui reste le plus universel, celui de la liberté et du pluralisme politique, celui de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Il  travaille à l’établissement d’un parti islamiste en France, tel que celui qui a remporté des sièges à la municipalité de Bruxelles ou de Molenbeek. La demande de ces élus censés représenter toute la population ? L’établissement de la charia, la loi islamique. Si les Français ne vont pas à la charia, la charia ira à eux… Ma mère n’a pas, pour l’heure, été jugée digne d’entrer dans le corps national. J’enragerais que cet homme, ennemi de la France et de notre modèle républicain, puisse l’être. Je réclame que soit tenue ma promesse de l’aube républicaine pour ma maman si digne de mon beau pays.

Si sa demande est ajournée, il en prétextera la preuve de l’islamophobie ambiante

La tactique, comme l’homme, est habile. S’il est naturalisé, il prendra pied électoralement en France. Si sa demande est ajournée, il en prétextera la preuve de l’islamophobie ambiante pour jouer les martyrs. Dans ce jeu gagnant-gagnant pour M. Ramadan, l’Etat doit, à l’image d’Elisabeth Badinter, oser endosser l’accusation d’islamophobie, car dans les deux cas, naturalisation ou refus,  son procès en islamophobie sera instruit, mais au moins, il arrivera à la barre en position de force en ayant  fait preuve d’autorité.

M. Ramadan est le non au politique, c’est-à-dire au choix éclairé et réfléchi. M. Ramadan, et les affidés du PIR, sont le nom de l’essentialisation des êtres et des rapports sociaux : la religiosité commandera toutes les décisions, d’abord politiques, les individus seront abolis pour être réduits à des fonctionnements grégaires confessionnels. Tariq Ramadan est le non à tout ce que ma mère a fait. Son émancipation de femme, qui a travaillé et  qui a passé le permis à plus de 40 ans, mobile et libre de ses mouvements, sa réussite matérielle de propriétaire de son logement. Je n’en ai pas l’habitude, mais face aux spécialistes de rien complaisants avec ce tueur d’espoir, je vais vous confier quelque chose de pathétiquement personnel. En 1991, mes parents nous ont emmenés, leurs huit enfants, en vacances en Algérie. Mon père nous a volé nos documents d’identité et nous a laissé à la rue. Il avait déjà versé les arrhes de sa deuxième épouse. Il en est à sa septième consécutive. Mais barbu, la pilosité tenant lieu de vertu et « hadj 3 étoiles » (ayant effectué trois fois le pèlerinage à La Mecque), il est respecté comme un saint. Personne ne lui a jamais reproché ce qu’il avait fait. Ma mère a réussi à nous ramener en France, nous a élevé aussi bien qu’elle a pu, a dû travailler pour six sociétés de nettoyage professionnel en même temps pour arriver à gagner un salaire correct. Que dirait M. Ramadan de mon père ? Lui qui ne demande qu’un moratoire sur la lapidation des femmes, validant sa légitimité dans le droit musulman et donc le droit tout court. M. Ramadan est le non à ce parcours admirable qu’est celui de ma mère. Je n’ose croire que l’Etat oppose à cette vie de courage le non de sa réintégration dans la nationalité française.

 

Combien de voiles portés en guise de gilets de protection ?

M. Ramadan est le nom de ce système sans éthique de la loi du plus fort et du plus barbu. Je partage ces choses avec vous parce que derrière la célébration morbide de la coexistence avec les islamistes, il y a des réalités déjà vécues par d’autres, ailleurs mais aussi dans les quartiers. La réalité de l’oppression de tout un sexe, de la moitié du genre humain. Ce n’est pas de ce M. Ramadan, barbu faussement mondain, que les habitants des quartiers doivent supporter le joug, mais celui de prédicateurs virulents, agressifs, qui ont déjà pris le contrôle de certains territoires. Combien de voiles portés en guise de gilets de protection ? Et quelle souffrance personnelle quand je vois que les mères arabes, qui avaient abandonné leurs fichus à mesure qu’elles prenaient pied et liaient langue en France, couvrent  de nouveau leur tête avec ce foulard islamique si étranger, et ce, sous la pression de leurs plus jeunes enfants. Ma mère était une bonne musulmane sans avoir lu le Coran, et je vois mon frère lui donner à présent des leçons d’orthodoxie religieuse…

 

M. Ramadan est le non à la territorialité et à l’universalité des lois. Il est le nom du retour à  la personnalité des lois. Au VIème siècle, à l’époque de Clovis, différents systèmes juridiques coexistaient, tout particulièrement dans le domaine du droit pénal. Le droit romain coexistait alors  avec les coutumes des peuples dits barbares. On parle de « personnalité des lois ». Un droit différent s’appliquait en fonction de l’origine de la personne. En cas de litige, le juge interrogeait donc les justiciables : « Sous quelles lois vis-tu ? » En fait, quel est ton peuple ? Pour que leurs actes soient jugés à l’aune de la loi du peuple auxquels ils appartenaient. Nous allons vers un retour à la personnalité des lois. Sur une base confessionnelle. A force de lâcheté et de recul, l’Etat incite aux revendications de plus en plus fortes et de mieux en mieux relayées. Jean-Claude Casanova disait que la droite n’aimait pas les Arabes et que la gauche n’aimait pas les musulmans. La situation a bien changé entre récupération électorale et lâcheté se prévalant d’un odieux relativisme culturel. La toile des lâchetés est dense. Des médecins complices fournissant sans question des certificats d’allergie au chlore pour les jeunes filles refusant de se montrer en maillot de bain devant les garçons pendant les cours d’EPS. Des féministes qui, à l’inverse de leurs aînées, réclament pour les femmes islamistes le droit de se couvrir jusqu’à n’être plus qu’ombres uniformes, accomplissant la prouesse de les tenir enfermées même dehors. Les élus qui, avant les élections, promettent mosquées et emplois aidés dans les quartiers, encore de l’assignation à résidence.  Partout, acheter la paix sociale, nulle part respecter le pacte républicain. Comment s’étonner d’une allégeance revendiquée envers la confession religieuse ou le pays d’origine ?

 

Comme l’écrivait Jules Renard dans son Journal, « la liberté a des limites que lui impose la justice ». La justice repose sur la territorialité du droit. Et en France, c’est le territoire de l’Etat-nation.  Alors que la nation désignait par sa racine latine une communauté dont les membres partageaient la même origine, elle a acquis au XVIIIème siècle son sens moderne, un sens politique, associée à des actes et à un vouloir, et non à une essence, ethnique ou religieuse. C’est pour cela que la nation est associée à l’exercice de la citoyenneté.  L’Abbé Sieyès dans Qu’est-ce que le Tiers-Etat  définissait la nation comme un « corps d’associés vivant sous une loi commune et représentés par une même législature », aboutissant ainsi à une « communauté des Egaux ». C’est en raison de ce principe que moi, française, j’ai des ancêtres qui sont gaulois, parce que le périmètre de la nation est dans l’horizontalité du territoire, mais aussi dans la verticalité historique. J’espère pour la France qu’elle saura accueillir dans son corps civique Yamina, ma mère, et rejeter cet ennemi intime et public qu’est M. Ramadan.

 

« La femelle du coucou choisit pour pondre le nid d’un autre oiseau »

M. Ramadan agira avec la République comme le coucou. Je reprends ici la description présentée sur l’encyclopédie Larousse en ligne, et vous en savourerez sans doute comme moi l’étendue et la validité de l’analogie : « La femelle du coucou [le salafisme] ne construisant pas de nid ni ne couvant, choisit pour pondre le nid d’un autre oiseau. Elle agit très rapidement, (…) quand la couveuse est absente [Et la République moins vigilante…]. Si celle-ci ne l’est pas, elle fait le guet en attendant patiemment qu’elle s’éloigne. Puis elle pond un seul œuf (…). Quand l’œuf éclot, le jeune coucou [M. Ramadan et consorts] s’active pour vider le nid en éliminant les œufs ou les tout jeunes oisillons [tous ceux qui ne sont pas dans la mouvance islamiste]. Si ses “parents adoptifs” le surprennent en action, ils se montrent indifférents… et parfois même coopératifs, allant jusqu’à l’aider dans sa tâche ! »« Indifférents… et parfois même coopératifs, allant jusqu’à l’aider dans sa tâche » ? Edwy Plenel, Caroline De Haas, Clémentine Autain ne doivent surtout pas se sentir visés…

Tariq Ramadan est le non à cette déconnection de l’épiderme et des actes publics. Tariq Ramadan est le non à l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Tariq Ramadan est le non au parcours admirable de ma maman. Tariq Ramadan est le non aux libertés individuelles et collectives. L’Etat, la nation, chacun d’entre nous doit opposer à sa demande de naturalisation un non ferme et puissant.

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 18:01

Par Jacques Sapir repris sur comité valmy : l’article en direct  http://russeurope.hypotheses.org/4714

 15 février 2016

 

Notre pays avait approuvé, de très peu, lors du référendum du 20 septembre 1992 sur le traité sur l’Union européenne, dit aussi Traité de Maastricht, le principe de la monnaie unique. Cette dernière est entrée en service d’abord en 1999 (pour ce qui est des transactions bancaires), puis en janvier 2002, pour ce qui est de l’Euro fiduciaire. Cela fait donc aujourd’hui plus de 17 ans que nous vivons sous le régime de l’Euro, dont 14 années très concrètement. En fait, il faut même remonter au début des années 1990 car la volonté de « qualifier » la France pour la monnaie unique a pesé lourdement sur la politique économique et ce bien avant le 1er janvier 1999.

 

Il est temps aujourd’hui d’en tirer le bilan. Le discours en faveur de l’Euro prétend se fonder sur des bases scientifiques. Regardons donc ce qu’il en est. Mais, le discours officiel sur l’Euro prétend que ce dernier aurait amélioré la situation globale de la France. Vérifions donc aussi cette affirmation. Et surtout, posons nous la question des conséquences politiques de l’introduction de l’Euro sur la société française.

La « bonne nouvelle » des économistes et l’imposture

Des économistes avaient préparé, dans leurs travaux, la venue de la monnaie unique. Ils sont nombreux mais nous ne présenterons ici que les trois principales contributions, celles de Robert Mundell, de R. McKinnon et de Peter Kennen. Ces économistes, tels les trois rois mages des évangiles, sont donc venus porter la « bonne nouvelle », et leurs travaux ont eu une influence considérable sur les autres économistes, non pas tant en les convaincant de la nécessité d’une monnaie unique mais en les persuadant que la flexibilité du taux de change était désormais superflue. Pourtant, des travaux récents montrent le contraire. Il faut, alors revenir sur ces travaux théoriques pour tenter de discerner le vrai du faux.

 

La théorie des zones monétaires optimales (ou ZMO) fut énoncée par l’économiste Robert Mundell en 1961[1]. Deux ans plus tard, c’est R. McKinnon qui apporta sa pierre à l’édifice théorique des ZMO[2]. Dans son papier, il explique que plus l’ouverture d’une économie sur l’extérieur est importante et plus l’importance du taux de change s’en trouve réduite. En conséquence l’intérêt d’un ajustement par le taux de change est faible. Quant à Peter Kennen[3], il montrait que si l’économie d’un pays était diversifiée, cette diversification réduisait l’ampleur de ce que les économistes appellent des « chocs exogènes », et permettait à ce pays d’être lié à d’autres par un taux de change fixe. De ces travaux, on pouvait donc déduire qu’un pays a intérêt à se lier à d’autres par une monnaie unique sous réserve que le capital et le travail soient parfaitement flexibles (ce que montre Mundell), qu’il soit très ouvert sur le commerce international (McKinnon) et que son économie soit largement diversifiée (Kennen). De plus, les mouvements monétaires extrêmement importants qui s’étaient produits de 1975 à 1990 n’avaient pas induits de changements spectaculaires dans les balances commerciales. Certains économistes en avaient alors déduit que la sensibilité des exportations (et des importations) au prix de ces produits était en réalité faible dans l’économie moderne. S’était alors développée l’idée que le commerce international se jouait essentiellement sur la qualité des produits. Le fait qu’un économiste ait formulé cette hypothèse dans les années 1950[4] était alors perçu comme la vérification théorique d’un fait validé empiriquement.

 

D’autres économistes sont venus démontrer, du moins le croit-on, que des pays tireraient des avantages économiques importants d’une monnaie unique. Cette dernière était censée donner naissance à une augmentation très forte des flux commerciaux entre les pays de la zone monétaire ainsi constituée et donc faire croître la production. A l’origine on trouve des travaux tant théoriques qu’empiriques d’Andrew K. Rose[5]. Ces travaux, fondés sur un modèle de gravité[6], devaient donner naissance à ce que l’on a appelé « l’effet Rose » ainsi qu’à une littérature extrêmement favorable aux Unions Monétaires. Ces travaux décrivaient les monnaies nationales comme des « obstacles » au commerce international[7]. L’intégration monétaire devait provoquer une meilleure corrélation du cycle des affaires entre les pays[8], et l’intégration monétaire devait conduire à une accumulation des connaissances conduisant à une forte augmentation de la production et des échanges potentiels[9]. L’Union monétaire européenne, ce que l’on appelle l’UEM, allait créer – si ces travaux étaient validés par la réalité – les conditions de réussite de la « Zone Monétaire Optimale »[10], dans un mouvement qui semblait devoir être endogène[11]. D’où les déclarations de divers hommes politiques, aujourd’hui fameuses, affirmant que l’Euro allait conduire, de par sa seule existence, à une forte croissance pour les pays membres. Jacques Delors et Romano Prodi ont ainsi affirmé que l’Euro allait favoriser la croissance européenne de 1% à 1,5% par an et ce pour plusieurs années[12]. On sait aujourd’hui ce qu’il faut en penser

Fausse et vraie science

Seulement, il y avait un hic. Ces travaux étaient fondés sur des visions fausses des processus économiques. D’autres recherches, basées sur des bases de données plus complètes, aboutissaient alors à une forte réduction de l’ampleur des effets positifs de l’Union Monétaire[13]. Les travaux initiaux de Rose et consorts furent ainsi fortement critiqués, en particulier sur la méthode économétrique utilisée[14], qui ne semblent pas être adaptés à l’analyse d’une zone à plusieurs pays. Une critique plus fondamentale fut que ces modèles ne prenaient pas en compte la persistance du commerce international[15] qui s’explique par différents phénomènes, dont les asymétries d’information. Enfin, ces modèles négligent l’existence de facteurs endogènes au développement du commerce, facteurs qui ne sont pas affectés par l’existence – ou la non-existence – d’une Union Monétaire.

 

Ces différents éléments ont ainsi conduit à une remise en cause fondamentale des résultats de A.K. Rose. Capitalisant sur près de vingt ans de recherches sur le commerce international et les modèles dit « de gravité »[16], Harry Kelejian (avec G. Tavlas et P. Petroulas) ont repris les diverses estimations des effets d’une union monétaire sur le commerce international des pays membres[17]. Les résultats sont dévastateurs. L’impact de l’Union Economique et Monétaire sur le commerce des pays membres est estimée à une croissance de 4,7% à 6,3% du total, soit très loin des estimations les plus pessimistes des travaux antérieurs qui plaçaient ces effets à un minimum de 20%, et ceci sans même évoquer les travaux initiaux de Rose qui les situaient entre 200% et 300%. En dix ans, on a donc assisté à une réduction tout d’abord de 10 à 1 (de 200% à 20%[18]) réduction qui est survenue rapidement, puis à une nouvelle réduction ramenant la taille de ces effets de 20% à une moyenne de 5% (un facteur de 4 à 1)[19]. Les effets de persistance du commerce international ont été largement sous-estimés, et inversement les effets positifs d’une union monétaire tout aussi largement surestimés, et ce à l’évidence pour des raisons politiques. On ne peut manquer de remarquer que les annonces les plus extravagantes sur les effets positifs de l’Union Économique et Monétaire (avec des chiffres d’accroissement du commerce intra-zone de l’ordre de 200%) ont été faites au moment même de l’introduction de l’Euro. Le mensonge était effectivement très gros… Ces annonces ont clairement servi de justification aux politiques et aux politiciens de l’époque.

 

Les mêmes arguments servent cependant aujourd’hui à accréditer l’idée qu’une dissolution de l’Euro serait une catastrophe, car on utilise toujours à des fins de propagande, les mêmes chiffres mais cette fois de manière inversée pour « prédire » un effondrement du commerce international des pays concernés et donc une chute du PIB dans le cas d’une sortie de l’Euro. Or, si l’effet sur le commerce international créé par une zone monétaire est faible, il faut en déduire qu’inversement l’effet des prix (ce que l’on appelle la « compétitivité coût ») est nettement plus important que ce qu’en dit le discours dominant[20]. Ceci redonne toute son importance aux dévaluations pour restaurer la compétitivité de certains pays.

 

L’impact de dépréciation ou d’appréciation du taux de change sur les flux commerciaux et les balances commerciales était connu. La rapidité du « rebond » de la Russie en 1999 et 2000 en particulier, à la suite d’une dévaluation massive, était l’un des principaux arguments allant dans le sens d’un effet positif d’une dépréciation de la monnaie. Les économistes du FMI ont réalisé une étude assez systématique sur une cinquantaine de pays et ont retenu 58 « cas » de dépréciations[21]. Ils ne trouvent aucun signe de la fameuse « déconnexion » tant citée entre les flux du commerce international et les taux de change, bien au contraire. L’étude montre qu’en standardisant les résultats, on obtient en moyenne pour une dépréciation du taux de change de 10% un gain de 1,5% du PIB pour le solde de la balance commerciale. L’internationalisation des « chaînes de valeur » a bien un effet modérateur sur ces gains[22]. Mais, le développement de ces chaînes de valeur est très progressif dans le temps et ne peut venir contrarier les effets positifs d’une forte dépréciation du taux de change[23].

 

On constate ainsi que l’Euro fut vendu aux populations (et aux électeurs) sur la base de mensonges répétés, mensonges qui ont été enrobés dans un discours se donnant pour scientifique, mais qui ne l’était nullement. A chaque fois que l’on examine en profondeur un argument dit « scientifique » avancé pour défendre l’Euro on constate que soit les bases théoriques sont inexistantes, soit les résultats ont été obtenus par des manipulations des bases de données, soit qu’une comparaison avec la réalité détruit le dit argument, et parfois on assiste à ces trois effets réunis ! Ceci soulève un double problème de méthode. D’une part, on comprend bien qu’il y a eu manipulation, non pas tant des économistes concernés que des politiques qui se sont servis de leurs travaux. Ici, on voit que construit de cette manière, sur ce qu’il faut bien appeler un mensonge, l’Euro ne pouvait avoir de bases démocratiques. D’autre part, ceci implique une nécessaire méfiance envers des travaux économiques, mais qui ne doit pas tourner à la défiance. Qu’une monnaie unique ait des avantages potentiels pour les pays y participant est une évidence. Mais, ces avantages d’une part ne se concrétisent que si certaines conditions sont réunies et d’autre part ne sont pas nécessairement supérieurs aux désavantages, tout aussi évidents, qu’entraîne l’adoption de cette monnaie unique. Ce qui est frappant est que les économistes en faveur de l’Euro ont raisonné comme si les conditions permettant la matérialisation de ces avantages étaient nécessairement réunies et comme si les avantages potentiels de l’euro devaient toujours l’emporter sur les désavantages. C’est là que se situe la responsabilité de ces économistes.

 

Le coût économique de l’Euro pour la France

L’Euro a joué un mauvais tour à l’économie française. D’une part, liant la parité de sa monnaie à celle des autres pays européens, il l’a défavorisée (par rapport à l’Allemagne ou au Pays-Bas) alors même qu’il avantageait l’Allemagne qui, sans l’Euro, aurait eu à affronter une forte hausse de son taux de change. C’est ce qui explique largement le fort excédent commercial de ce pays. Mais, de plus, l’Euro s’appréciant par rapport au Dollar étatsuniens à partir de 2002, il a fait subir à l’économie française un fort choc de compétitivité vis-à-vis des pays extérieurs à la zone Euro. En France, les gouvernements successifs ont cependant choisi de maintenir une politique budgétaire fortement expansionniste pour compenser l’impact de l’Euro sur la croissance. Ceci a permis à la France de ne pas trop souffrir de la mise en place de l’Euro mais avec pour conséquence un envol de la dette publique. Et pourtant, en dépit de cela, l’économie française a néanmoins souffert.

 

La croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) qui était en moyenne supérieures à 2,5% à la fin des années 1990 baisse autour de 2% dans les années qui suivent l’entrée en vigueur de l’Euro puis, même en tenant compte de l’effet de la crise de 2008-2010, tombe vers 1%. Il est clair que l’Euro a placé l’économie française dans un contexte de très faible croissance. Or, la France, qui maintient des gains de productivité importants et qui se trouve dans une situation démographique plus expansive que ses voisins, à besoin d’un taux de croissance d’environ 1,4% pour créer des emplois.

Graphique 1

 

(La courbe rouge indique une moyenne mobile sur trois ans)

Source : INSEE

Si nous prenons maintenant la production de l’industrie, on constate que les efforts pour amener la France dans les critères de la Monnaie Unique ont coûté une dépression importante. Le niveau de janvier 1990 ne fut retrouvé qu’à l’été 1997. La croissance de la production industrielle de 1997 à l’été 2001 fut modérée, et largement due à des exonérations de prestations sociales accordées par le gouvernement. Ces exonérations passent de 6,3% du montant total en 1998 à 9% en 2002. Elles ne cesseront d’augmenter par la suite, preuve que la France connaît bien un problème de compétitivité, pour atteindre à la veille de la crise financière plus de 10% et près de 24 milliards d’euros. Or, la production industrielle n’évolue plus de 2002 à 2007. De fait, en juillet 2008, à la veille du déclenchement de la crise des « subprimes »[24], l’indice de la production industrielle n’a progressé que de 3 points (de 111,5 à 114,5) par rapport à 2001. Fortement affectée par la crise financière de 2008-2010, elle s’effondre de fin 2008 à l’été 2009 et n’a toujours pas retrouvé son niveau de 1990 à la fin de 2015.

 

Graphique 2

 

Source : INSEE

Nous avons là l’une des explications du chômage de masse qui sévit dans notre pays. Non seulement la faible croissance de l’économie et la stagnation de l’industrie entraînent un chômage important qui, si l’on calcule la somme des catégories « A », « B » et « D » de la DARES s’établit à 4,5 millions de personnes (et non pas aux seuls 3,5 millions de la catégorie « A », catégorie largement utilisée dans la presse), mais nous avons aussi l’une des explications des déficits budgétaires récurrents que notre pays connaît.

 

Graphique 3

 

Source : DARES

Les exemptions de cotisations, mais aussi les recettes manquantes du fait de la stagnation de la production, et la nécessité de constamment stimuler une économie qui sans cela sombrerait dans la récession, expliquent pourquoi les dépenses sont constamment supérieures aux recettes. Cette situation se justifie quand des événements extérieurs viennent perturber l’économie, ce qui fut le cas de la crise de 2008-2010. Mais, de 1999 à 2007, rien ne le justifiait. Rien, si ce n’est l’effet dépressif qu’exerçait l’Euro sur l’économie française. Les gouvernements successifs de cette période ont cherché à masquer l’impact récessif exercé par la monnaie unique par une stimulation budgétaire permanente. Nous en payons le prix en termes de dette publique aujourd’hui.

 

Cependant, un autre aspect de l’Euro se révèle si l’on y regarde bien. Le salaire moyen a continué d’augmenter en France. Mais, une moyenne n’a pas grand sens dès que la répartition des salaires est très inégale. Le salaire médian, c’est à dire le salaire qui correspond à ce que gagnent 50% des salariés, est resté stable depuis le début des années 2000. Cela signifie que la majorité des salariés ont vu leurs salaires stagner depuis près de 15 années, alors que les salaires d’une minorité, entre 10% et 15% de la population, ont eux fortement augmenté. Ces salaires correspondent aux professions liées à la financiarisation de la société, que ce soit directement (salaires et revenus des professions de la finance) ou indirectement (salaires des services liés à cette haute finance). On se rend compte, alors, que l’Euro n’a pas seulement exercé un effet récessif sur l’économie française ; il l’a aussi déformé. Cette déformation porte un nom : la financiarisation. Bien entendu, les tendances au développement de la financiarisation sont antérieures à l’Euro. Mais celui-ci a donné un coup d’accélérateur décisif à cette transformation. Il a établi la prééminence des banques (et des banquiers) dans la société française ; il a mis les logiques de la production au service de cette finance et de ces financiers. On comprend alors pourquoi tout ce beau monde des banques et des institutions financières se retrouve pour communier dans l’adoration de ce nouveau veau d’Or. Derrière les figures religieuses il y a des intérêts réels et concrets.

 

Le coût social de l’Euro

Dans les 17 ans qui nous séparent de l’introduction de l’Euro nous avons vu se développer la logique d’une économie où des sommes toujours plus importantes sont accaparées par un petit nombre d’individus au détriment des conditions d’existence du plus grand nombre. L’Euro pousse l’économie réelle à réduire sans cesse ses coûts. C’est l’Euro qui conduit les agriculteurs au suicide, en les forçant à travailler à pertes. C’est l’Euro qui organise l’abandon des campagnes et des territoires dits « périphériques ».

 

Mais un autre problème apparaît. Pour soit disant « sauver l’Euro », on met en œuvre des politiques qui ne font qu’aggraver les problèmes. Depuis le printemps 2011, sous l’effet des politiques d’austérité mises en œuvres par François Fillon, la courbe du chômage ne cesse d’augmenter. Ces politiques d’austérité, il faut le souligner, ont été décidées dans le cadre de la zone Euro et avec pour objectif le maintien de la France dans la zone Euro. Ce n’est pas par hasard si François Fillon a décidé de ces politiques, mais bien contraint et forcé par l’existence de la zone Euro. Cette dernière provoque alors un accroissement direct de 700 000 demandeurs d’emplois. Les effets de ces politiques se font sentir environ un an après l’élection de François Hollande. Mais, ce dernier ne revient nullement sur les mesures décidées par François Fillon. Il fait d’ailleurs voter, en septembre 2012, ce que l’on appelle le traité « Merkozy » (ou Merkel-Sarkozy) qui avait été négocié dans l’hiver 2011-2012. Cette continuité de la politique économique, mais cette fois sous un gouvernement se disant « de gauche », a provoqué une nouvelle hausse de 400 000 demandeurs d’emplois. Directement, c’est bien 1,1 millions de personnes qui se sont retrouvées dans les catégories « A », « B » et « D » du fait l’attachement fanatique de nos dirigeants à l’Euro. En réalité, on peut penser qu’une large part de l’accroissement de 2008 à 2010 aurait pu être évité, voire rapidement effacé, si la France n’avait pas fait partie de la zone Euro et si elle avait pu largement déprécier sa monnaie tant par rapport au Dollar que par rapport à ses partenaires commerciaux et en particulier l’Allemagne. La progression régulière du chiffre des demandeurs d’emplois constitue donc une pente néfaste sur laquelle la France est engagée depuis quatre années et demie. Cette progression est le fruit amer du consensus de fait qui existe entre la politique du centre-droit et celle de la « gauche », un consensus dont les effets sont aujourd’hui dramatiques sur les individus[25].

 

Ont voit ici surgir des problèmes immenses. L’inégalité croissante de la société met en cause indirectement la démocratie et ceci que la concentration d’une pouvoir monétaire et financier immense entre les mains de quelques uns, alors que le plus grand nombre en est exclu, leur donne la possibilité de truquer et de fausser le procès démocratique. Ce dernier repose sur l’hypothèse que la voix d’un banquier et celle d’un prolétaire, qu’il soit ouvrier, petit employé vivant dans les périphéries abandonnées de la société française, agriculteurs, voire fonctionnaire, pèsent du même poids. Mais le banquier peut rameuter des journalistes, des publicistes, des artistes qu’il entretient et qui ne vivent que des prébendes qu’il distribue, pour élaborer et diffuser une histoire qui semble lui donner raison. Et l’on voit, ici, que l’accumulation de la richesse entre les mains de quelques-uns met l’idée de démocratie en crise.

 

L’Euro et la crise politique

Mais, il faut ici aller plus loin et se poser la question de la compatibilité directe de l’Euro avec un système démocratique. L’Euro a imposé à la France de céder sa souveraineté monétaire à une institution non élue, la Banque Centrale Européenne. En fait, ce processus avait déjà commencé dans la période antérieur (de 1993 à 1999) avec l’établissement d’un statut d’indépendance de la Banque Centrale. Il faut cependant souligner que ce statut ne faisait sens qu’en raison de la mise en place à venir de l’Euro. De ce point de vue, il est clair que l’indépendance des Banques Centrales n’a pu se concrétiser dans un certain nombre de pays qu’en raison de l’engagement de ces pays dans le processus de mise en place de l’Euro. Mais, ce qu’implique ce premier abandon de souveraineté est encore plus important que cet abandon lui-même. Une fois que vous avez laissé à d’autres le choix de la politique monétaire, vous devez admettre que ces « autres » vont déterminer par leurs actions les règles budgétaires que vous devrez suivre.

 

En effet, une fois privé de sa liberté de faire varier les paramètres de la politique monétaire, le gouvernement perd l’un des principaux instruments de politique économique. Mais, il perd aussi en partie le contrôle de ses ressources fiscales, car les ressources fiscales sont étroitement liées au niveau d’activité économique ainsi qu’au taux d’inflation. En effet, les ressources fiscales sont des grandeurs nominales (et non des grandeurs réelles). Plus élevé est le taux d’inflation et plus grandes seront les ressources fiscales. Notons, enfin, qu’une partie du déficit public constitue bien une « dette » similaire à celle des agents privés qui empruntent pour pouvoir commencer une activité productive. Se pose alors la question de son rachat, en tout ou partie par la Banque Centrale. Mais, dans les règles de l’Union Economique et Monétaire, ceci est interdit. Ne pouvant donc plus ajuster la politique monétaire aux besoins de l’économie, le gouvernement découvre qu’il doit se plier à des règles strictes dans le domaine budgétaire et fiscal. Si un pouvoir extérieur fixe désormais la politique monétaire, il faudra à terme que le même pouvoir fixe les règles budgétaires et fiscales. C’est ce que le TSCG, ou traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance qui fut adopté en septembre 2012, a, de fait, institutionnalisé. Si le processus budgétaire échappe au contrôle du gouvernement il en va de même pour le processus fiscal. Or, le fondement de TOUTE démocratie réside dans le fait que la représentation du peuple, le Parlement, doit avoir – et lui seul – le dernier mot en matière de budget et d’impôt. Nous sommes donc revenus à un état de la situation d’avant 1789. Le lien entre le citoyen et le contribuable a été rompu.

 

Ceci aggrave la crise de la démocratie dans notre pays, une crise dont l’Euro est par ses conséquences tout comme son existence largement responsable. Elle se manifeste d’abord par une abstention importante lors des différents scrutins. Mais, elle se manifeste aussi par un repli vers différentes communautés et la montée de ce que l’on appelle le « communautarisme ». Les français, se sentant désormais de moins en moins citoyens, et ce d’autant plus que l’on a de cesse de galvauder ce mot dans des emplois qui sont autant de contre-sens, tendent à se replier sur ce qui semble leur offrir un semblant de protection : communautés religieuses, communautés d’origines…Mais, ce faisant ils se précipitent vers la guerre civile. Et c’est peut-être là la critique la plus radicale que l’on peut faire à l’Euro : celle de déchirer de manière décisive le tissu social et de dresser, à terme, les français les uns contre les autres. Ceci doit nous rappeler qu’il n’est dans la logique d’une monnaie d’autre avenir que celui décrit par Hobbes : la guerre de tous contre tous.

 

Si l’on prend donc en compte tous les aspects tant économiques, sociaux, fiscaux, mais aussi politiques, il est alors clair que l’Euro a eu, depuis maintenant près de 17 ans, un rôle extrêmement négatif. Retirant aux gouvernements le moyen d’agir, il accrédite l’idée de leur impuissance. De cela, nous n’avons visiblement pas fini de payer le prix.

 

Notes [1] Mundell R., (1961), « A theory of optimum currency areas », in The American Economic Review, vol. 51, n°5,‎ 1961, pp. 657-665.

[2] McKinnon R.I., (1963), « Optimum Currency Area » in The American Economic Review, Vol. 53, No. 4 (Sep., 1963), pp. 717-725

[3] Kenen, P.B. (1969). “The Theory of Optimum Currency Areas : An Eclectic View, ” in Mundell R.A. et A.K. Swoboda (edits) Monetary Problems of the International Economy, Chicago, Ill., Chicago University Press.

[4] Machlup, F, “Elasticity Pessimism in International Trade.” In Economia Internazionale. Vol. 3, (Février 1950), pp. 118-141.

[5] Rose, A.K. (2000), « One money, one market : the effect of common currencies on trade », Economic Policy Vol. 30, pp.7-45 et Rose, Andrew K., (2001), “Currency unions and trade : the effect is large,” Economic Policy Vol. 33, 449-461.

[6] Anderson, J., (1979), “The theoretical foundation for the gravity equation,”

American Economic Review Vol. 69, n°1/1979 106-116. Deardorff, A., (1998), “Determinants of bilateral trade : does gravity work in a neoclassical world ?,” in J. Frankel (ed.), The regionalization of the world economy, University of Chicago Press, Chicago.

[7] Rose, A.K., Wincoop, E. van (2001), « National money as a barrier to international trade : the real case for currency union », American Economic Review, Vol. 91, n°2/2001, pp. 386-390.

[8] Rose, A.K. (2008), « EMU, trade and business cycle synchronization », Paper presented at the ECB conference on The Euro of Ten : Lessons and Challenges, Frankfurt, Germany, 13 et 14 novembre

[9] De Grauwe, P. (2003), Economics of Monetary Union, New York : Oxford University Press. Frankel, J.A., Rose A.K. (2002), « An estimate of the effect of currency unions on trade and output », Quarterly Journal of Economics, Vol. 108, n°441, pp. 1009-25.

[10] On consultera à ce sujet le mémoire de Master 2 écrit par l’un de mes étudiants, Laurentjoye T., (2013), La théorie des zones monétaires optimales à l’épreuve de la crise de la zone euro, Formation « Économie des Institutions », EHESS, Paris, septembre 2013.

[11] Frankel, J.A., Rose A.K. (1998), « The endogeneity of the optimum currency area criteria », Economic Journal, Vol.108, 449, pp.1009-1025. De Grauwe, P., Mongelli, F.P. (2005), « Endogeneities of optimum currency areas. What brings countries sharing a single currency closer together ? », Working Paper Series, 468, European Central Bank, Francfort.

[12] Sapir J. (2012), Faut-il sortir de l’Euro ?, Le Seuil, Paris.

[13] Bun, M., Klaasen, F. (2007), « The euro effect on trade is not as large as commonly thought », Oxford bulletin of economics and statistics, Vol. 69 : 473-496. Berger, H., Nitsch, V. (2008), « Zooming out : the trade effect of the euro in historical perspective », Journal of International money and finance, Vol. 27 (8) : 1244-1260.

[14] Persson T. (2001), « Currency Unions and Trade : How Large is the Treatment Effect ? » in Economic Policy, n°33, pp. 435-448 ; Nitsch V. (2002), « Honey I Shrunk the Currency Union Effect on Trade », World Economy, Vol. 25, n° 4, pp. 457-474.

[15] Greenaway, D., Kneller, R. (2007), « Firm hetrogeneity, exporting and foreign direct investment », Economic Journal, 117, pp.134-161.

[16] Flam, H., Nordström, H. (2006), « Trade volume effects of the euro : aggregate and sector estimates », IIES Seminar Paper No. 746. Baldwin R. (2006) « The euro’s trade effects » ECB Working Papers, WP n°594, Francfort. Baldwin R. et al. (2008), « Study on the Impact of the Euro on Trade and Foreign Direct Investment », Economic Paper, European Commission, n° 321.

[17] Kelejian, H. & al. (2011), « In the neighbourhood : the trade effetcs of the euro in a spatial framework », Bank of Greece Working Papers, 136

[18] Du travail initial de A.K. Rose datant de 2000 mais réalisé en fait entre 1997 et 1999 « One money, one market : the effect of common currencies on trade », Economic Policy 30, op.cit., au travail de R. Glick et A.K. Rose, datant de 2002, « Does a Currency Union Affects Trade ? The Time Series Evidence », op. cit..

[19] Bun, M., Klaasen, F. (2007), « The euro effect on trade is not as large as commonly thought », Oxford bulletin of economics and statistics, op.cit., vont même jusqu’à estimer l’effet « positif » de l’UEM à 3%, ce qui le met largement dans l’intervalle d’erreurs de ce genre d’estimations.

[20] C’est d’ailleurs le sens d’une note rédigée par P. Artus, « C’est la compétitivité-coût qui devient la variable essentielle », Flash-Économie, Natixis, n°596, 30 août 2013.

[21] Leigh, D, W Lian, M Poplawski-Ribeiro et V Tsyrennikov (2015), “Exchange rates and trade flows : disconnected ?”, Chapitre 3 in World Economic Outlook, IMF, Octobre 2015.

[22] Ahmed, S, M Appendino, and M Ruta, “Depreciations without Exports ? Global Value Chains and the Exchange Rate Elasticity of Exports,” World Bank Policy Research Working Paper7390, World Bank, Washington DC, 2015.

[23] Voir Johnson, R C, and G Noguera, “Fragmentation and Trade in Value Added over Four Decades.” NBER Working Paper n°18186, Harvard, NBER, 2012 et Duval, R, K Cheng, K. Hwa Oh, R. Saraf, and D. Seneviratne, “Trade Integration and Business Cycle Synchronization : A Reappraisal with Focus on Asia,” IMF Working Paper n° 14/52, International Monetary Fund, Washington DC, 2014.

[24] Sapir J., « D’une crise l’autre », note publiée sur la carnet RussEurope le samedi 16 janvier 2016,
http://russeurope.hypotheses.org/4640

[25] Voir, sur l’impact du chômage sur le nombre des suicides, : Dr Carlos Nordt, PhD, Ingeborg Warnke, PhD, Prof Erich Seifritz, MD PD, Wolfram Kawohl, MD, « Modelling suicide and unemployment : a longitudinal analysis covering 63 countries, 2000–11 », in The Lancet Psichatry, Volume 2, No. 3, pp. 239–245, Mars 2015.

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16 février 2016 2 16 /02 /février /2016 20:28
"Si l'Occident veut nous aider, qu'il nous aide à rester chez-nous"

Selon sputnitnews

En 2015, le Vieux Continent s'est retrouvé confronté à un défi inattendu: près d'un million de réfugiés sont entrés en Europe, un record depuis l'époque de la Seconde Guerre mondiale. Et pendant que les pouvoirs européens peinent à trouver une solution, la voix d'un évêque s'élève à Alep. Son message est simple: aidez-nous... à rester en Syrie.

Ces dernières semaines, la ville syrienne d'Alep est de nouveau en tête des bulletins d'informations: tandis que les autorités syriennes, dont les troupes poursuivent leur progression dans le nord, définissent la prise du contrôle de cette ville comme leur priorité stratégique, l'Occident dénonce les victimes civiles et la Turquie voisine enregistre un nouvel afflux de réfugiés. La voix des habitants de la ville, de ceux qui vivent la guerre depuis près de quatre ans au jour le jour se perd derrière tous ces enjeux. A quoi aspirent-ils? Retrouver la paix et rester dans leur pays, confie Monseigneur Jeanbart, archevêque d'Alep, dans un entretien accordé à Sputnik.

 

"Si l'Occident veut nous aider, si quelqu'un veut nous aider, qu'il nous aide à rester chez-nous, qu'il pousse vers la paix, vers une solution à cette crise", a indiqué l'archevêque.

 

D'ailleurs, aider les gens sur le terrain, prévenir les nouvelles vagues de réfugiés coûterait à l'Occident, "1.000 fois moins chers", estime-t-il. Et de rappeler que l'Allemagne avait octroyé cinq milliards d'euros à la Turquie pour que cette dernière s'occupe des réfugiés syriens. Et pourtant, selon l'homme d'Eglise, un à deux milliards pourraient suffire à aider les Syriens de toutes les confessions à rester au pays.

 

Mais c'est surtout la bonne volonté d'arrêter les combats qui aurait suffi pour venir en aide aux Syriens, juge-t-il. "Avec très peu d'argent et un peu de bonne volonté pour arrêter les batailles, empêcher ceux qui envoient des mercenaires de les financer, les choses iraient bien et il n'y aurait pas besoin d'envoyer des milliards pour s'occuper des réfugiés", indique-t-il.


Excédés par des années de guerre et incapables de gérer la crise par eux-mêmes, les Syriens placent tout leur espoir dans le succès des négociations internationales, tout en réalisant que le chemin menant à l'entente sera épineux. Mais leur reste-t-il un autre espoir?

 

"J'attends beaucoup et je souhaite qu'elles (les négociations, ndlr) réussissent, même s'il y a eu quelques difficultés en chemin", confie Mgr. Jeanbart, avant de rajouter: "Tout le monde a besoin de la paix: que ce soit le gouvernement, que ce soit l'opposition, et surtout les citoyens. Ce sont les pauvres citoyens qui paient, c'est nous qui payons les frais de ces batailles".

 

En attendant, il vit dans l'espoir qu'un jour son pays, que les Syriens aiment comparer à une "mosaïque de confessions et d'ethnies", renaisse des cendres pour redevenir la terre de la paix, de la multiculture et de la tolérance. "Je demande au Seigneur de faire en sorte que cette guerre finisse le plus tôt possible, qu'il y ait un dialogue et que l'on retrouve la Syrie que nous avons toujours connue: une Syrie où vivent ensemble chrétiens, musulmans, druzes, alaouites, où nous vivons en frères", rêve aujourd'hui l'archevêque d'Alep.

 

Regardant au-delà de la pensée binaire, l'archevêque tente de trouver un signe, un sens profond dans l'épreuve à laquelle sont confrontés son peuple et son pays. Ne serait-ce qu'"une rencontre œcuménique, historique, tant attendue entre l'Eglise de Russie et l'Eglise Catholique", s'interroge-t-il, se référant à l'entrevue entre le Pape François et le patriarche Cyrille prévue le 12 février à Cuba.

 

"J'ai beaucoup d'espoir, un grand espoir, que j'attends de la rencontre du St-Père François Ier et du Patriarche Cyrille, je crois que cela va beaucoup aider à pousser vers une solution. Cela va pousser l'Occident, la Russie, la Syrie et tout le monde à faire un supplément d'efforts pour réaliser la paix", a conclu Mgr. Jeanbart.

 

Resté à l'abri des troubles au cours des premiers mois suivant le début de la crise, Alep semblait être un des rares havres de stabilité en Syrie. Des tensions éclataient çà et là, mais rien ne se passait à Alep. La donne a changé en 2012: premiers attentats-suicides, premières manifestations, et voilà qu'à l'été 2012 la deuxième ville du pays figurait dans tous les bulletins d'informations comme le "Benghazi syrien" (en référence au fief de l'opposition libyenne). Quatre années de combats et de destruction ont suivi…

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 22:43
L’Académie française contre toute réforme
de l’orthographe -
 
 
Le Monde   via Comité Valmy

Voir en ligne : 80% des Français opposés à l’introduction de la réforme de l’orthographe dans les manuels scolaires - Atlantico

 

La position de l’Académie française est claire : elle s’oppose à toute réforme de l’orthographe. Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’institution, est venue le rappeler dans une interview publiée dans Le Figaro ce samedi 13 février.

 

« La position de l’Académie n’a jamais varié sur ce point : une opposition à toute réforme de l’orthographe mais un accord conditionnel sur un nombre réduit de simplifications qui ne soient pas imposées par voie autoritaire et qui soient soumises à l’épreuve du temps. »

 

Et l’historienne spécialiste de la Russie d’enfoncer le clou, insistant sur le fait que l’Académie française n’avait eu « aucune part » dans cette réforme, « à l’inverse de ce que l’on a voulu faire croire ».

 

En 1990, un travail de révision du français avait en effet été mené par le Conseil supérieur de la langue française, un groupe de travail mis en place par le premier ministre d’alors, Michel Rocard. Ce groupe de travail composé d’« experts de grande valeur, professeurs, grammairiens, linguistes, correcteurs, éditeurs de dictionnaire » avait notamment proposé des harmonisations lexicales (« charriot » avec deux « r » pour être similaire à « charrette »), le regroupement de noms composés (« portemonnaie » plutôt que « porte-monnaie ») et la suppression de certains particularismes, dont l’accent circonflexe.

 

Maurice Druon, alors secrétaire perpétuel de l’Académie, était certes président du Conseil supérieur de la langue française et rapporteur devant l’Académie de ses propositions, mais c’est bien ce groupe de travail qui les avait formulées, et non l’Académie. Une nuance importante aux yeux de Carrère d’Encausse.

« Un élève sur cinq quitte l’école sans savoir lire »

Reste que les éditeurs de manuels scolaires ont décidé d’appliquer à la rentrée cette réforme élaborée en 1990 et mise en place depuis 2008, provoquant une vive polémique. Ce que l’académicienne a encore plus de mal à comprendre.

 

« Je n’ai pas compris les raisons qui expliquent l’exhumation d’une réforme de l’orthographe élaborée il y a un quart de siècle », s’étonne ainsi Carrère d’Encausse, pour qui la situation est « radicalement différente » en 2016.

 

Avec un système éducatif qui « s’est écroulé » au point « qu’un élève sur cinq quitte l’école sans savoir lire », elle estime que « le problème n’est donc plus d’offrir des facilités aux élèves, de conserver ou non l’accent circonflexe, mais de revoir totalement notre système éducatif ».

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:38

Pour quelle orientation ?

Contribution de Jean lévy

 

Là, en effet, est toute la question.

 

Depuis deux décennies, en fait depuis la grande grève de l’automne 1995 qui a fait reculer Alain Juppé - si on excepte la lutte menée contre contre le CPE - les gouvernements successifs, de droite comme de "gauche", ont réussi à appliquer les "revendications" du Medef, tel le « détricotage » systématique du Code du travail enrichi des acquis des luttes - celles imposées au lendemain de la Libération, émanant du programme du CNR, mais bien au-delà, comme le repos hebdomadaire du dimanche, obtenu au-début du dernier siècle, les droits syndicaux issues des grandes grèves de 1936 et en 1968.

 

Depuis les années 80, les syndicats sont sur la défensive. Il ne s’agit plus de conquérir de nouveaux droits, mais tenter de conserver les acquis, et, de plus en plus, le droit au travail, face aux délocalisations de nos industries et au démantèlement de notre économie.

 

Quelles luttes d’envergure nationale les syndicats, la CGT en particulier, ont-ils entrepris contre cette politique, dont la France et son peuple sont victimes ? Et d’abord, en faisant la lumière sur les raisons de l’offensive tout azimut du Capital ?

 

Notre confédération n’a pas seulement fait silence sur la responsabilité de l’Union européenne dans la contre-révolution sociale qui s’est développée dans notre pays depuis trente ans, mais elle s’est fourvoyée dans la collaboration de classe au sein de la CES, la Confédération Européenne des Syndicats, véritable courroie de transmission de la politique menée à Bruxelles par BusinessEurope, le Medef européen.

 

A partir ce cet abandon des fondamentaux traditionnels de la CGT, celle-ci a freiné des quatre fers refusant d’organiser la riposte de masse des salariés, retraités et privés d’emploi. Faut-il rappeler la réponse de Bernard Thibault, lors des mouvements de 2003 sur les retraites, à une volonté d’élargir l’action vers une grève générale : "La CGT n’a pas vocation à bloquer l’activité de notre pays". Et à l’automne 2007, n’a-t-on pas vu le secrétaire général de la CGT courir à l’Elysée pour stopper l’immense gève générale des cheminots, qui venait de débuter ?

 

Ces prises de position ne sont que l’expression concrète de la volonté de rompre fondamentalement avec la lutte de classes, qui s’est traduite dans les statuts confédéraux par la suppression l’article appelant à "la collectivisation des moyens de production et d’échange".

 

Il s’en est suivi, année après année, à un simulacre de mobilisation syndicale, par les appels répétés à des manifestations, au mieux, trimestrielles, défilés devenus convenus auxquels les militants n’y adhéraient - de moins en moins - que par discipline...

 

Or, pendant ce temps-là, le Medef et ses gouvernements accentuaient la pression sur le salariat, d’abord sur l’emploi, par un chômage mois après mois renforcé, par des conditions de travail inhumaines, des salaires et des retraites en berne, une répression antisyndicale dans les entreprises.

 

Garder son "job" est devenu la priorité, face aux patrons qui en font un moyen de pression sur le salaire et la vie au quotidien dans l’entreprise, qui se détériorent jour après jour.

 

Pourtant, dans des entreprises de plus en plus nombreuses, le ras-le-bol est tel que des grèves éclatent, le plus souvent à l’appel de militants de la CGT.

 

On sent comme un vent de révolte qui couve, comme une braise qui ne veut pas s’éteindre...

 

Et c’est dans cette ambiance que se prépare le congrès confédéral de la CGT. Il ne reste que quelques semaines pour faire de cet évènement l’élément déclencheur d’un incendie social mettant en déroute l’oligarchie financière qui, depuis des années et des années, a fait main basse sur la France et son peuple.

 

Cela suppose que syndiqués et syndicats disent : "Halte-là : ca suffit, tous ensemble il faut agir, et en premier, se (re)donner à travers la CGT, l’instrument de lutte nécessaire à la contre-offensive ouvrière, une Confédération revenue aux principes sans concession de lutte de classes et de masse, telle qu’elle l’était en 1936, en 1945, en 1968.

 

Le dernier communiqué confédéral appelant la France à sortir de l’Otan devrait, dans la foulée, conduire la CGT à mener campagne contre l’Union européenne, instrument de domination économique et politique des multinationales, pour briser les peuples, en supprimant leur souveraineté.

 

Car redonner confiance aux salariés, aux privés d’emploi, aux retraités, passe par un langage de vérité et de fermeté, condition de l’émergence d’un vaste mouvement populaire de contestation, qui bouscule l’oligarchie financière, politique et médiatique, qui a pris en otage notre pays.

 

Le congrès de la CGT, sa préparation de masse, pourraient constituer la première marche de la remontée ouvrière.

Jean LEVY Militant CGT depuis 1944

Ancien responsable national CGT du Crédit du Nord

Ancien membre du bureau de la FD des Employés

(Banque-Commerce-Sécurité Sociale-Assurance)

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 08:42

1934, dialogue  entre un Bolchevik et un intellectuel occidental

 

Une leçon d'Histoire comme  si la lutte des classes  nous était contée

 

WELLS.—Je vous suis très reconnaissant, monsieur Staline, d’avoir bien voulu me recevoir. Il n’y a pas longtemps je suis allé aux Etats-Unis, j’ai eu un entretien prolongé avec le président Roosevelt et j’ai essayé de savoir en quoi consistaient ses idées directrices.
Maintenant je suis venu vous voir afin de vous questionner sur ce que vous faites pour changer le monde.

    
STALINE. -Ma foi, pas tant que ça...
    
WELLS.—J’erre parfois à travers le monde et, comme un homme ordinaire, je regarde ce qui se passe autour de moi.
    
STALINE.—Les personnalités éminentes comme vous ne sont pas des « hommes ordinaires ».
Evidemment, l’histoire seule pourra montrer combien fut importante telle ou telle personnalité éminente, mais, en tout cas, vous ne regardez pas le monde en « homme ordinaire ».
    
WELLS.—Je n’ai point l’intention de jouer au modeste. Je veux dire que je cherche à voir le monde avec les yeux d’un homme ordinaire, et non pas avec ceux d’un homme politique de parti ou d’un homme d’Etat responsable.
Mon voyage aux Etats-Unis a produit sur moi une impression saisissante. Le vieux monde de la finance croule, la vie économique du pays se reconstruit sur un mode nouveau.
En son temps Lénine a dit qu’il fallait « apprendre à faire le commerce », qu’il fallait l’apprendre chez les capitalistes.
Aujourd’hui les capitalistes doivent apprendre chez vous, saisir l’esprit du socialisme.
Il me semble qu’aux Etats-Unis il s’agit d’une profonde réorganisation, de la création d’une économie planifiée, c’est-à-dire socialiste. Vous et Roosevelt partez de deux points de vue différents.
Mais n’y a-t-il pas une liaison d’idées, une parenté d’idées entre Washington et Moscou ?
Par exemple, ce qui m’a sauté aux yeux à Washington, c’est ce qui se passe ici également : extension de l’appareil de direction, création d’une série de nouveaux organismes régulateurs d’Etat, organisation d’un service public universel.
Et de même que dans votre pays, il leur manque du savoir-faire dans la direction.

    
STALINE.—Les Etats-Unis ont un autre but que nous, en URSS. Le but que poursuivent les Américains a surgi sur le terrain du désarroi économique, de la crise économique.
Les Américains veulent se défaire de la crise sur la base de l’activité capitaliste privée, sans changer la base économique. Ils s’efforcent de réduire au minimum le délabrement, les préjudice causés par le système économique existant.
Chez nous, au contraire, comme vous le savez, à la place de la vieille base économique détruite, il en a été créé une tout autre, une nouvelle base économique.
Si même les Américains dont vous parlez touchent partiellement à leur but, c’est-à-dire s’ils réduisent au minimum ce préjudice, même dans ce cas-là ils ne détruiront pas les racines de l’anarchie qui est propre au système capitaliste existant.
Ils conservent le régime économique qui doit forcément amener, qui ne peut pas ne pas mener à l’anarchie dans la production.
De cette façon, dans le meilleur des cas, il s’agira non pas de la reconstruction de la société, non pas de l’abolition de l’ancien régime social, engendrant l’anarchie et les crises, mais de la limitation de certains de ses côtes négatifs, de la limitation de certains de ses excès.
Subjectivement, peut-être ces Américains aussi croient-ils reconstruire la société, mais objectivement, la base actuelle de la société demeure chez eux.
C’est pourquoi, objectivement, il n’en résultera aucune reconstruction de la société.
Il n’y aura point non plus d’économie planifiée. Car qu’est-ce que l’économie planifiée ? Quels sont certains de ses indices ?
L’économie planifiée vise à supprimer le chômage. Admettons que l’on réussisse, en conservant le régime capitaliste, à réduire le chômage à un certain minimum.
Pourtant aucun capitaliste ne consentira jamais, et pour rien au monde, à la liquidation complète du chômage, à la suppression de l’armée de réserve constituée par les chômeurs et dont le rôle est de peser sur le marché du travail, d’assurer une main-d’oeuvre à meilleur marché.
Vous voyez là une première faille à l’ »économie planifiée » de la société bourgeoise. L’économie planifiée suppose ensuite que la production s’intensifie dans les branches de l’industrie dont les produits sont particulièrement nécessaires aux masses populaires.
Or vous savez que l’extension de la production, en régime capitaliste, a lieu pour des motifs tout à fait autres, que le capital se précipite vers les branches de l’économie où le taux de profit est plus élevé.
Jamais vous n’obligerez un capitaliste à se faire tort lui-même et à accepter un taux de profit moindre, pour satisfaire aux besoins du peuple.
Sans vous être affranchi des capitalistes, sans vous être défait du principe de la propriété privée des moyens de production, vous ne créerez pas d’économie planifiée.
    
WELLS.—Je suis d’accord avec vous sur de nombreux points. Mais je voudrais souligner que si le pays, dans son ensemble, accepte le principe de l’économie planifiée, si le gouvernement, peu à peu, pas à pas, commence à appliquer de façon conséquente ce principe, l’oligarchie financière sera en fin de compte abolie, et le socialisme, tel qu’on le conçoit dans le monde anglo-saxon, s’instituera.
Les mots d’ordre de Roosevelt relatifs à l’ »ordre nouveau » ont un effet prodigieux et, à mon avis, sont des mots d’ordre socialistes.
Il me semble qu’au lieu de souligner l’antagonisme entre les deux mondes, il faudrait, dans la situation actuelle, chercher à établir une communauté de langage entre toutes les forces constructrices.
    

STALINE.—Quand je parle de l’impossibilité de réaliser les principes de l’économie planifiée en conservant la base économique du capitalisme, je ne veux, ce faisant, diminuer en aucune mesure les éminentes qualités personnelles de Roosevelt, son initiative, son courage, sa résolution. Sans aucun doute, de tous les capitaines du monde capitaliste moderne Roosevelt est la plus forte figure.
C’est pourquoi je voudrais souligner encore une fois que ma conviction de l’impossibilité d’une économie planifiée, dans les conditions du capitalisme, ne signifie pas du tout que je doute des capacités personnelles, du talent et du courage du président Roosevelt.
Mais le capitaine le plus talentueux, si la situation ne lui est pas favorable, ne pourra atteindre le but dont vous parlez.
En théorie, évidemment, il n’est pas exclu que l’on puisse, dans les conditions du capitalisme, peu à peu, pas à pas, marcher au but que vous appelez le socialisme dans l’acception anglo-saxonne de ce mot.
Mais que signifiera ce « socialisme » ?
Dans le meilleur des cas, un certain refrènement pour les représentants les plus effrénés du profit capitaliste, un certain renforcement du principe régulateur dans l’économie nationale.
Tout cela est bien. Mais, dès que Roosevelt ou quelque autre capitaine du monde bourgeois moderne voudra entreprendre quelque chose de sérieux contre les fondements du capitalisme, il essuiera inévitablement un échec complet.
Car les banques ne sont pas à Roosevelt, car l’industrie n’est pas à lui, car les grandes entreprises, les grandes exploitations agricoles ne sont pas à lui.
Car tout cela est propriété privée.
Et aussi les chemins de fer, et la marine marchande, tout cela est entre les mains des propriétaires privés. Enfin, l’armée du travail qualifié, les ingénieurs, les techniciens, eux aussi, ne dépendent pas de Roosevelt, mais d’intérêts privés ; ils travaillent pour eux. Il ne faut pas oublier les fonctions de l’Etat du pays, de l’organisation de la défense dans le monde bourgeois.
C’est l’institution de l’organisation de la défense de l’ »ordre », un appareil pour la perception des impôts. Quant à l’économie proprement dite, elle concerne peu l’Etat capitaliste, elle n’est pas entre ses mains.
Au contraire, c’est l’Etat qui se trouve entre les mains de l’économie capitaliste.
C’est pourquoi je crains que Roosevelt, malgré toute son énergie et ses capacités, n’arrive pas au but dont vous parlez, si tant est qu’il vise à ce but.
Peut-être d’ici quelques générations pourrait-on quelque peu se rapprocher de ce but, mais cela aussi je le considère, pour ma part, comme peu probable.
    
WELLS.—Je crois peut-être encore plus que vous à l’interprétation économique de la politique.
Grâce aux inventions et à la science moderne, des forces énormes ont été mises en action, conduisant vers une meilleure organisation, vers un meilleur fonctionnement de la collectivité humaine, c’est-à-dire vers le socialisme.
L’organisation et la régulation des actions individuelles sont devenus une nécessité mécanique, indépendamment des théories sociales.
Si l’on commence par le contrôle de l’Etat sur les banques, pour passer ensuite au contrôle des transports, de l’industrie lourde, de l’industrie en général, du commerce, etc., un tel contrôle universel équivaudra à la propriété de l’Etat sur toutes les branches de l’économie nationale.
Ce sera là justement un processus de socialisation.
Car le socialisme, d’une part, et l’individualisme, de l’autre, ne sont pas aux antipodes comme le noir et le blanc.
Il existe entre eux beaucoup de stades intermédiaires.
Il y a individualisme touchant au banditisme, et il y a esprit de discipline et esprit d’organisation équivalant au socialisme. La réalisation de l’économie planifiée dépend à un degré considérable des organisateurs de l’économie, des intellectuels techniciens qualifiés que l’on peut, pas à pas, gagner aux principes socialistes de l’organisation. Et c’est là l’essentiel.
Car, d’abord l’organisation, ensuite le socialisme. L’organisation est le facteur le plus important. Sans organisation, l’idée du socialisme n’est en somme qu’une idée.

    
STALINE.—Entre l’individu et la collectivité, entre les intérêts d’un particulier et les intérêts de la collectivité, il n’est pas et il ne doit pas y avoir de contraste inconciliable.
Il ne doit pas y en avoir, puisque le collectivisme, le socialisme ne nie pas, mais combine les intérêts individuels avec les intérêts de la collectivité.

Le socialisme ne peut pas s’abstraire des intérêts individuels.
Seule la société socialiste peut assurer la satisfaction la plus complète de ces intérêts personnels.
Bien plus, la société socialiste offre l’unique garantie solide de la défense des intérêts de l’individu.
Dans ce sens, il n’y a point de contraste inconciliable entre l’ »individualisme » et le socialisme. Mais peut-on nier le contraste entre les classes, entre la classe des possédants, la classe des capitalistes, et la classe des travailleurs, la classe des prolétaires ? D’un côté, la classe des possédants qui détiennent les banques, les usines, les mines, les transports, les plantations dans les colonies. Ces gens ne voient rien que leur intérêt, que le profit auquel ils aspirent.
Ils ne se soumettent pas à la volonté de la collectivité, ils cherchent à soumettre toute collectivité à leur volonté.
D’un autre côté, la classe des pauvres, la classe des exploités qui n’ont ni fabriques, ni usines, ni banques, qui sont contraints de vivre de la vente de leur force de travail aux capitalistes, et sont privés de la possibilité de satisfaire à leurs besoins les plus élémentaires.
Comment peut-on concilier des intérêts et des aspirations aussi opposés ?
Autant que je sache, Roosevelt n’a pas pu trouver le moyen de concilier ces intérêts. Cela est d’ailleurs impossible, comme l’atteste l’expérience. Au reste, vous connaissez la situation des Etats-Unis mieux que moi, car je n’ai jamais été aux Etats-Unis et je suis les affaires américaines surtout d’après ce qu’on en écrit.
Mais j’ai quelque expérience en matière de lutte pour le socialisme, et cette expérience me dit : Si Roosevelt essaie de satisfaire vraiment les intérêts de la classe des prolétaires aux dépens de la classe des capitalistes, ces derniers le remplaceront par un autre président. Les capitalistes diront : les présidents viennent et s’en vont, tandis que nous, capitalistes, demeurons ; si tel ou tel président ne défend pas nos intérêts, nous en trouverons un autre.
Qu’est-ce que le président peut opposer à la volonté de la classe des capitalistes ?
    
WELLS.—Je m’élève contre cette classification simpliste de l’humanité en pauvres et riches.
Evidemment, il est une catégorie de gens qui aspirent exclusivement au profit.
Mais ces gens-là ne sont-ils pas considérés, de même qu’ici, comme un obstacle ?
Est-ce qu’en Occident il y a peu de gens pour lesquels le profit n’est pas un but, qui possèdent certaines ressources, veulent les investir, en tirent profit, mais ne voient nullement là le but de leur activité ?
Ces gens considèrent l’investissement de fonds comme une nécessité incommode.
Y a-t-il peu d’ingénieurs, d’organisateurs de l’économie, talentueux et dévoués, dont l’activité est mue par des stimulants tout autres que le lucre ?
A mon avis, il existe une classe nombreuse de gens simplement capables, ayant conscience du caractère peu satisfaisant du système actuel et qui sont appelés à jouer un grand rôle dans la société future, socialiste.
J’ai beaucoup étudié ces dernières années, et j’ai beaucoup réfléchi à la nécessité de propager les idées du socialisme et du cosmopolitisme dans les larges cercles d’ingénieurs, d’aviateurs, dans les cercles de techniciens militaires, etc. Il est inutile d’aborder ces cercles avec la propagande directe de la lutte de classes.
Ces cercles comprennent la situation où se trouve le monde, qui se transforme en un marais sanglant, mais ces cercles tiennent votre antagonisme primitif de la lutte de classes pour un non-sens.

    
STALINE.—Vous vous élevez contre la classification simpliste des gens en riches et pauvres.
Evidemment, il y a des couches moyennes, il y a aussi ces intellectuels techniciens dont vous parlez et parmi lesquels il existe des gens très braves et très honnêtes.
Il existe aussi dans ce milieu des hommes malhonnêtes, des hommes mauvais. Il y en a de tout genre. Mais, avant tout, la société humaine se divise en riches et pauvres, en possédants et exploités, et s’abstraire de cette division fondamentale et de la contradiction entre pauvres et riches, c’est s’abstraire du fait fondamental.
Je ne nie pas l’existence de couches moyennes intermédiaires qui, ou bien se placent aux côtés de l’une de ces deux classes en lutte entre elles, ou bien occupent dans cette lutte une position neutre on semi-neutre.
Mais, je le répète, s’abstraire de cette division fondamentale de la société et de cette lutte fondamentale entre les deux classes fondamentales, c’est méconnaître les faits. Cette lutte se poursuit et se poursuivra.
L’issue de cette lutte, c’est la classe des prolétaires, la classe des travailleurs qui en décide.
    
WELLS.—Mais y a-t-il peu de gens non pauvres, qui travaillent, et travaillent avec fruit ?
    
STALINE.—Evidemment, il y a aussi des petits propriétaires terriens, des artisans, des petits commerçants. Seulement ce ne sont pas ces gens-là qui décident des destinées des pays, mais les masses travailleuses qui produisent tout ce qui est indispensable à la société.
    
WELLS.—Mais les capitalistes diffèrent beaucoup entre eux. Il en est qui ne pensent qu’au profit, qu’au lucre ; il en est aussi qui sont prêts à des sacrifices.
Par exemple, le vieux Morgan : celui-là ne pensait qu’au lucre ; il était simplement un parasite sur le corps de la société, il ne faisait qu’accumuler les richesses dans ses mains.
Mais prenez Rockefeller : c’est un brillant organisateur, il a donné un exemple de l’organisation de l’écoulement du pétrole, digne d’être imité.
Ou bien Ford : évidemment, Ford a son idée, il est égoïste ; mais n’est-il pas l’organisateur passionné de la production rationnelle, des leçons duquel vous profitez, vous aussi ?
Je voudrais souligner que depuis quelques temps, dans les pays anglo-saxons, un revirement sérieux s’est opéré dans l’opinion publique à l’égard de l’URSS.
Cela tient, tout d’abord, à la position prise par le Japon et aux événements en Allemagne.
Mais il est encore d’autres raisons, qui ne découlent pas de la seule politique internationale.
Il existe une raison plus profonde : la conscience qu’ont prise des milieux de plus en plus larges du fait que le système reposant sur le profit privé croule.
Et dans ces conditions, il me semble qu’il ne faut pas faire ressortir l’antagonisme entre les deux mondes, mais s’efforcer de combiner tous les mouvements constructifs, toutes les forces constructives, dans la mesure du possible.
Il me semble que je suis plus à gauche que vous, monsieur Staline, que je considère que le monde s’est déjà approché de plus près de la fin du vieux système.

    
STALINE.—Lorsque je parle des capitalistes qui ne visent qu’au profit, qu’au lucre, je ne veux point dire par là qu’ils sont les derniers des hommes, incapables de quoi que ce soit d’autre.
Beaucoup d’entre eux ont, indéniablement, de grandes capacités d’organisation que je ne songe même pas à nier.
Nous, soviétiques, nous apprenons beaucoup des capitalistes.
Et Morgan même, auquel vous donnez une caractéristique aussi négative, était à coup sûr un bon organisateur, un organisateur capable.
Mais si vous parlez des hommes prêts à reconstruire le monde, il est évident qu’on ne peut les trouver parmi ceux qui servent le lucre avec foi et amour. Nous et ces gens-là, nous nous trouvons à des pôles opposés. Vous parlez de Ford.
Evidemment, c’est un organisateur capable de la production.
Mais ne connaissez-vous pas son attitude à l’égard de la classe ouvrière ? Ignorez-vous combien d’ouvriers il jette inutilement à la rue ?
Le capitaliste est enchaîné au profit, aucune force ne peut l’en arracher.
Et le capitalisme sera anéanti, non par les « organisateurs » de la production, non par les intellectuels techniciens, puisque cette couche ne joue pas un rôle indépendant, mais par la classe ouvrière.
Car l’ingénieur, l’organisateur de la production ne travaille pas comme il le voudrait, mais comme on le lui ordonne, comme le commande l’intérêt du patron.
Il existe, évidemment, des exceptions ; il existe des gens appartenant à cette couche, qui se sont libérés de l’opium capitaliste.
Les intellectuels techniciens peuvent, dans des conditions déterminées, faire des « miracles », être pour le genre humain d’une immense utilité.
Mais ils peuvent aussi lui causer un grand préjudice.
Nous, soviétiques, nous avons notre expérience, qui n’est pas mince, des intellectuels techniciens.
Après la Révolution d’Octobre, une partie déterminée d’intellectuels techniciens refusa de participer à l’édification de la société nouvelle, s’opposa à cette édification, la sabota.
Nous avons cherché par tous les moyens à entraîner les intellectuels techniciens vers cette édification, nous les avons sollicités de toutes les façons.
Bien du temps s’est écoulé avant que nos intellectuels techniciens ne se soient engagés dans la voie d’un concours actif au nouveau régime.
Aujourd’hui la meilleure partie est aux premiers rangs de l’édification de la société socialiste.
Forts de cette expérience, nous sommes loin de sous-estimer les côtés tant positifs que négatifs des intellectuels techniciens, et nous savons qu’ils peuvent aussi bien nuire que faire des « miracles ».
Certes, les choses en iraient autrement si l’on pouvait d’un seul coup arracher moralement les intellectuels techniciens au monde capitaliste.
Mais c’est là une utopie.
Se trouvera-t-il beaucoup d’hommes parmi les intellectuels techniciens qui se résoudront à rompre avec le monde bourgeois et à s’atteler à la reconstruction de la société ?
A votre avis, y a-t-il beaucoup de ces gens-là, disons, en Angleterre, en France ?
Non, il se trouvera peu d’amateurs pour rompre avec leurs patrons et commencer la reconstruction du monde !
    En outre, peut-on perdre de vue que pour refaire le monde, il faut avoir le pouvoir ? Il me semble, monsieur WELLS, que vous sous-estimez fort la question du pouvoir ; que, d’une façon générale, elle n’entre pas dans votre conception.
Car, que peuvent faire des gens, eussent-ils les meilleures intentions du monde, s’ils ne sont pas capables de poser la question de la prise du pouvoir et s’ils n’ont pas en main le pouvoir ?
Ils peuvent, dans le meilleur des cas, prêter concours à la nouvelle classe qui prendra le pouvoir, mais ne peuvent eux-mêmes retourner le monde.
Pour cela il faut une grande classe, qui remplace la classe des capitalistes et devienne un maître tout aussi puissant qu’elle. La classe ouvrière est cette classe-là. Certes, il faut accepter l’aide des intellectuels techniciens et il faut, à son tour, lui prêter aide.
Mais il ne faut pas penser que les intellectuels techniciens pourront, eux, jouer un rôle historique indépendant.
La refonte du monde est un vaste processus complexe et douloureux.
Pour cette grande entremise, il faut une grande classe.
Aux grands navires les grands voyages.
    
WELLS.—Oui. mais pour un grand voyage il faut un capitaine et un navigateur.
    
STALINE.—C’est juste, mais pour un grand voyage il faut avant tout un grand navire. Qu’est-ce qu’un navigateur sans navire ? Un homme sans occupation.
    
WELLS.—Le grand navire c’est l’humanité, et non une classe.
    

STALINE.—Vous partez, visiblement, monsieur WELLS, de la prémisse que tous les hommes sont bons. Et moi, je n’oublie pas qu’il y a beaucoup d’hommes méchants.
Je ne crois pas à la bonté de la bourgeoisie.
    
WELLS.—Je me souviens de ce qu’étaient les intellectuels techniciens il y a quelque dizaine d’années.
Les intellectuels techniciens étaient alors peu nombreux ; par contre, il y avait beaucoup à faire et chaque ingénieur, technicien, intellectuel trouvait une application à ses connaissances.
C’est pourquoi ils étaient la classe la moins révolutionnaire.
Or, aujourd’hui, on observe un excédent d’intellectuels techniciens, et leur état d’esprit a changé radicalement.
L’intellectuel qualifié qui, auparavant, n’aurait pas même prêté l’oreille aux propos révolutionnaires, s’y intéresse beaucoup maintenant. Récemment, j’ai été invité à un dîner de la Société royale, notre plus grande société scientifique anglaise.
Le discours du président fut un discours en faveur de la planification sociale et de la gestion scientifique.
Il y a une trentaine d’années, on n’aurait même pas écouté ce que je dis.
Et maintenant, cette société est dirigée par un homme aux conceptions révolutionnaires, qui insiste sur la réorganisation scientifique de la société humaine.
Votre propagande de lutte de classes n’a pas tenu compte de ces faits. L’état d’esprit change.

    
STALINE.—Oui, je le sais ; et cela s’explique par le fait que la société capitaliste est acculée actuellement dans une impasse.
Les capitalistes cherchent et ne peuvent trouver une issue à cette impasse, qui soit compatible avec la dignité de cette classe, avec les intérêts de cette classe.
Ils peuvent partiellement se tirer de la crise en rampant à quatre pattes, mais ils ne peuvent trouver une issue qui leur permette de sortir la tête haute, qui n’atteigne pas à la racine les intérêts du capitalisme.
Ceci, évidemment les larges cercles d’intellectuels techniciens le sentent. Une partie considérable de ces derniers commence à prendre conscience de la communauté de leurs intérêts avec ceux de la classe capable de trouver une issue à cette impasse.
    
WELLS.—Vous savez, monsieur Staline, mieux que quiconque, ce. que c’est que la révolution, et encore dans la pratique.
Les masses se soulèvent-elles jamais d’elles-mêmes ?
Ne considérez- vous pas comme une vérité établie le fait que toutes les révolutions se font par la minorité ?

    
STALINE.—Pour la révolution il faut une minorité révolutionnaire dirigeante ; mais la minorité la plus capable, la plus dévouée et la plus énergique sera impuissante, si elle ne s’appuie pas, ne serait-ce que sur le soutien passif de millions d’hommes.
    
WELLS.—Ce soutien n’est-il que passif ? ou aussi subconscient?
    
STALINE.—Disons semi-instinctif et semi-conscient, mais sans le soutien de millions d’hommes, la meilleure minorité est impuissante.
    
WELLS.—Je suis de près la propagande communiste en Occident, et il me semble que cette propagande, dans les conditions actuelles, agit de façon très démodée, car elle est la propagande d’actes de violence.
Cette propagande du renversement par la violence du régime social, était de mise alors qu’il s’agissait de la domination sans partage de telle ou telle tyrannie.
Mais dans les conditions actuelles, alors que le système dominant croule de toutes façons et se décompose de lui-même, il faudrait porter l’accent non pas sur l’insurrection, mais sur l’efficacité, sur la compétence, sur la productivité.
La note insurrectionnelle me paraît vieillie.
De l’avis des hommes à la manière de pensée constructive, la propagande communiste en Occident constitue un obstacle.

    
STALINE.—Evidemment, le vieux système croule, se décompose. C’est exact.
Mais il est également exact que de nouveaux efforts sont faits pour défendre, pour sauver ce système en perdition, par d’autres méthodes, par tous les moyens.
D’une constatation juste vous tirez une déduction erronée. Vous constatez avec raison que le vieux monde croule.
Mais vous avez tort lorsque vous pensez qu’il croule de lui-même.
Non, le remplacement d’un ordre social par un autre ordre social est un processus révolutionnaire complexe et de longue haleine.
Ce n’est pas simplement un processus spontané ; c’est une lutte, c’est un processus qui implique la collision des classes.
Le capitalisme est pourri, mais on ne saurait le comparer simplement à un arbre qui pourrit au point qu’il doit de lui-même tomber par terre.
Non, la révolution, le remplacement d’un régime social par un autre, a toujours été une lutte, une lutte douloureuse et atroce, une lutte à mort. nouveau arrivaient au pouvoir, il leur a fallu se défendre contre les tentatives du vieux monde pour ramener par la force l’ancien ordre de choses ; les hommes du nouveau monde, eux, ont toujours dû se tenir sur leurs gardes, être prêts à riposter aux attentats du vieux monde contre l’ordre nouveau.
    Oui, vous avez raison, quand vous dites que le vieil ordre social croule, mais il ne s’écroulera pas de lui-même.
Par exemple, à ne prendre que le fascisme. Le fascisme est une force réactionnaire qui tente de maintenir le vieux monde par la violence.
Qu’allez-vous faire des fascistes ? Leur faire entendre raison ? Les convaincre ?
Mais cela n’agira sur eux d’aucune manière. Les communistes n’idéalisent pas du tout la méthode de la violence.
Mais les communistes ne veulent pas, eux, se trouver pris au dépourvu, ils ne peuvent compter que le vieux monde quittera de lui-même la scène ; ils voient que le vieux régime se défend par la force, et c’est pourquoi les communistes disent à la classe ouvrière : préparez-vous à répondre à la force par la force, faites tout pour que le vieux régime périssant ne vous écrase pas, ne lui permettez pas de mettre les fers à ces mains avec lesquelles vous renverserez ce régime.
Comme vous voyez, le processus de remplacement d’un ordre social par un autre n’est pas pour les communistes un processus simplement spontané et pacifique, mais un processus compliqué, durable et violent.
Les communistes ne peuvent pas ne pas compter avec les faits.

WELLS—Mais regardez de plus près ce qui se passe actuellement dans le monde capitaliste. Car ce n’est pas simplement l’écroulement d’un régime.
C’est une explosion de la violence réactionnaire, qui dégénère en un franc gangstérisme.
Et il me semble que lorsqu’il est question de conflits avec ces oppresseurs réactionnaires et inintelligents, les socialistes doivent en appeler à la loi et, au lieu de considérer la police comme un ennemi, la soutenir dans la lutte contre les réactionnaires.
Il me semble que l’on ne peut pas agir simplement par les méthodes du vieux socialisme insurrectionnel et sans souplesse.

    
STALINE.—Les communistes partent de la riche expérience historique, qui enseigne que les classes ayant fait leur temps ne quittent pas volontairement la scène historique.
Rappelez-vous l’histoire de l’Angleterre du XVII° siècle.
N’étaient-ils pas nombreux ceux qui disaient que le vieil ordre social était pourri ?
Néanmoins, n’a-t-il pas fallu un Cromwell pour l’achever par la force ?
    
WELLS.—Cromwell agissait en s’appuyant sur la Constitution et au nom de l’ordre constitutionnel.
    
STALINE.—Au nom de la Constitution il recourait à la violence, il a exécuté le roi, il a dissous le Parlement, il arrêtait les uns, il décapitait les autres !
    Mais empruntons un exemple à notre histoire. N’était-il pas clair, durant une longue période de temps, que l’ordre tsariste pourrissait, qu’il croulait ?
Et cependant combien de sang a-t-il fallu pour le renverser !
    Et la Révolution d’Octobre ? Etaient-ils peu nombreux les gens qui savaient que nous seuls, bolchéviks, indiquions la seule issue juste ? Ne comprenait-on pas que le capitalisme russe était pourri ?
Mais vous savez combien la résistance fut grande, combien de sang fut versé pour défendre la Révolution d’Octobre contre tous les ennemis, intérieurs et extérieurs ?
Ou bien prenons la France de la fin du XVIII° siècle. Longtemps avant 1789, nombreux étaient ceux qui voyaient clairement à quel point étaient pourris le pouvoir royal, l’ordre féodal.
Mais on n’a pu se passer, on ne pouvait se passer d’un soulèvement populaire, d’une collision des classes.
    Qu’est-ce à dire ?
C’est que les classes qui doivent quitter la scène historique, sont les dernières à se convaincre que leur rôle est fini.
Il est impossible de les en convaincre.
Il leur semble que l’on peut boucher les crevasses de l’édifice pourri du vieux régime, que l’on peut réparer et sauver l’édifice croulant de l’ancien ordre de choses. C’est pourquoi les classes périssantes prennent les armes et commencent à défendre par tous les moyens leur existence de classe dominante.
    
WELLS.—Mais à la tête de la Grande Révolution française, il y avait bon nombre d’avocats.
    
STALINE.—Est-ce que vous niez le rôle des intellectuels dans les mouvements révolutionnaires ?
Est-ce que la Grande Révolution française a été une révolution d’avocats, et non une révolution populaire qui a vaincu après avoir soulevé d’énormes masses populaires contre le féodalisme, et en défendant les intérêts du tiers état ?
Les avocats parmi les chefs de la Grande Révolution française agissaient-ils selon les lois de l’Ancien Régime ? N’ont-ils pas institué une légalité nouvelle, la légalité révolutionnaire bourgeoise ?
    La riche expérience historique enseigne que jusqu’à présent, pas une classe n’a cédé volontairement le chemin à une autre classe. L’histoire mondiale ne connaît pas de tel précédent.
Et les communistes se sont assimilé cette expérience historique.
Les communistes salueraient le départ volontaire de la bourgeoisie.
Mais, comme l’atteste l’expérience, il n’est pas croyable que les choses prennent une telle tournure.
C’est pourquoi les communistes veulent être prêts au pire et appellent la classe ouvrière à la vigilance, à se tenir préparée au combat.
Qui a besoin d’un capitaine qui émousse la vigilance de son armée, qui ne comprend pas que l’adversaire ne se rendra pas, qu’il faut l’abattre ?
Etre un tel capitaine, c’est tromper, trahir la classe ouvrière. Voilà pourquoi je pense que ce qui vous paraît démodé est, en réalité, une mesure d’utilité révolutionnaire pour la classe ouvrière.
    
WELLS.—Je ne nie pas du tout la nécessité de la violence, mais j’estime que les formes de lutte doivent se rapprocher au maximum des possibilités qu’offrent les lois existantes, qu’il s’agit de défendre contre les attentats réactionnaires.
Il ne faut pas désorganiser le vieux régime, ne serait-ce que pour la raison qu’il se désorganise de lui-même dans une mesure suffisante.
Précisément pour cette raison, il me semble que la lutte contre l’ordre, contre la loi, est quelque chose de désuet, de démodé.
Au reste, j’exagère à dessein pour mieux mettre en lumière la vérité.
Je puis formuler mon point de vue de la façon suivante : premièrement, je suis pour l’ordre ; deuxièmement, j’attaque le système existant parce qu’il n’assure pas l’ordre ; troisièmement, j’estime que la propagande des idées de la lutte de classes peut isoler du socialisme justement les cercles instruits qui sont nécessaires au socialisme.

    
STALINE.—Pour accomplir une grande, une sérieuse œuvre sociale, il faut qu’il y ait une force principale, un appui, une classe révolutionnaire.
Il faut ensuite que l’aide à cette force principale soit organisée par la force auxiliaire, en l’occurrence le Parti, dans lequel entrent aussi les meilleures forces parmi les intellectuels.
Vous venez de parler des « cercles instruits ».
Mais quels hommes instruits aviez-vous en vue ?
Y avait-il peu d’hommes instruits du côté de l’Ancien Régime, et au XVII° siècle en Angleterre, et à la fin du XVIII° siècle en France, et à l’époque de la Révolution d’Octobre en Russie ?
Le vieux régime avait de son côté, à son service, beaucoup d’hommes hautement instruits, qui défendaient le vieux régime, qui marchaient contre le régime nouveau.
Car l’instruction est une arme dont l’efficacité dépend de savoir qui la détient, et qui est celui que l’on veut frapper avec cette arme. Evidemment, les hommes hautement instruits sont nécessaires au prolétariat, au socialisme.
Car il est clair que ce ne sont pas les sots qui peuvent aider le prolétariat à lutter pour le socialisme, à bâtir la nouvelle société.
Je ne sous-estime pas le rôle des intellectuels ; au contraire, je souligne leur rôle.
La question est simplement de savoir de quels intellectuels il s’agit, car il y a intellectuels et intellectuels.
    
WELLS.—Il ne peut y avoir de révolution sans un changement radical du système de l’instruction publique.
Il suffit de citer deux exemples : l’exemple de la République allemande, qui n’a pas touché à l’ancien système d’instruction et qui, pour cette raison, n’est jamais devenue une République, et l’exemple du Labour Party anglais, qui manque de décision pour insister sur le changement radical de l’instruction publique.

    
STALINE.—Cette remarque est juste.
    
Permettez-moi maintenant de répondre à vos trois points.
Premièrement, l’essentiel pour la révolution, c’est l’existence d’un appui social. Cet appui pour la révolution est la classe ouvrière.
Deuxièmement, une force auxiliaire, ce qui chez les communistes s’appelle le Parti, est indispensable.
Ici seront compris et les ouvriers intellectuels, et ceux des intellectuels techniciens qui sont étroitement liés à la classe ouvrière.
Les intellectuels ne peuvent être forts que s’ils s’unissent à la classe ouvrière. S’ils marchent contre la classe ouvrière, ils deviennent néant. Troisièmement, il faut le pouvoir, comme levier de transformation.
Le nouveau pouvoir crée une nouvelle légalité, un nouvel ordre qui est l’ordre révolutionnaire. Je ne suis pas pour n’importe quel ordre.
Je suis pour un ordre correspondant aux intérêts de la classe ouvrière. Et si certaines lois de l’Ancien Régime peuvent être utilisées dans l’intérêt de la lutte pour l’ordre nouveau, il convient d’utiliser aussi la vieille législation.
Contre votre thèse suivant laquelle il faut attaquer le système existant, pour autant qu’il n’assure pas l’ordre nécessaire au peuple, je ne puis rien objecter.    Et, enfin, vous avez tort si vous pensez que les communistes sont épris de violence. Ils renonceraient avec plaisir à la méthode de la violence si les classes dominantes consentaient à céder la place à la classe ouvrière.
Mais l’expérience de l’histoire témoigne contre une telle hypothèse.
    
WELLS.—L’histoire de l’Angleterre, cependant, connaît un exemple de transmission volontaire du pouvoir par une classe à une autre.
Dans la période comprise entre 1830 et 1870, s’est opéré, sans aucune lutte acharnée, le passage volontaire du pouvoir de l’aristocratie, dont l’influence à la fin du XVIII° siècle était encore très grande, à la bourgeoisie qui était le soutien sentimental de la monarchie.
Ce passage du pouvoir a abouti, par la suite, à l’instauration de la domination de l’oligarchie financière.

    
STALINE.—Mais vous voici passé imperceptiblement des problèmes de la révolution aux problèmes de réforme.

Ce n’est pas la même chose. Ne pensez-vous pas que le mouvement chartiste a joué un grand rôle dans le domaine des réformes en Angleterre, au XIX° siècle ?
    
WELLS.—Les chartistes n’ont pas fait grand’chose et ont disparu sans laisser de trace.
    
STALINE.—Je ne suis pas d’accord avec vous. Les chartistes et le mouvement gréviste organisé par eux ont joué un grand rôle ; ils ont contraint les classes dominantes à faire une série de concessions dans le domaine du système électoral, dans le domaine de la liquidation de ce qu’on appelait les « bourgs pourris », de la réalisation de certains point de la « Charte ».
Le chartisme n’a pas joué un mince rôle historique : il a incité une partie des classes dominantes à faire certaines concessions, des réformes, afin d’éviter de grandes perturbations.
En général, il faut dire que de toutes les classes dominantes, les classes dominantes d’Angleterre, et l’aristocratie, et la bourgeoisie, se sont montrées les plus intelligentes, les plus souples du point de vue de leurs intérêts de classes, du point de vue de la conservation de leur pouvoir.
Ainsi, prenons un exemple tiré de l’histoire moderne : la grève générale de 1926 en Angleterre.
N’importe quelle bourgeoisie, en face de ces événements, alors que le Conseil général des Trades-Unions avait lancé un appel à la grève, aurait avant tout fait arrêter les leaders des Trades-Unions.
La bourgeoisie anglaise ne l’a pas fait, elle a fait preuve d’intelligence du point de vue de ses intérêts.
Ni aux Etats-Unis, ni en Allemagne, ni en France, je ne vois une stratégie de classe aussi souple de la part de la bourgeoisie.
Dans l’intérêt de la consolidation de leur domination, les classes dominantes d’Angleterre ne se sont jamais interdit les petites concessions, les réformes.
Mais ce serait une erreur de croire que ces réformes représentent la révolution.
    
WELLS.—Vous avez des classes dominantes de mon pays une plus haute opinion que moi. Mais la différence est-elle grande, en général, entre une petite révolution et une grande réforme ? Les réformes ne sont-elles pas une petite révolution ?
    
STALINE.—Sous l’effet d’une poussée venant d’en bas, d’une poussée des masses, la bourgeoisie peut parfois consentir telles ou telles réformes partielles, tout en restant sur la base du régime économique et social existant.
Agissant ainsi, elle estime que ses concessions sont indispensables dans l’intérêt de la conservation de sa domination de classe.
C’est là l’essence des réformes.
Quant à la révolution, elle signifie le passage du pouvoir d’une classe à une autre.

C’est pourquoi l’on ne peut appeler une réforme quelconque une révolution.
Voilà pourquoi l’on ne saurait espérer que la succession des régimes sociaux puisse s’opérer par le passage insensible d’un régime à l’autre au moyen de réformes, au moyen de concessions faite par la classe dominante.
    
WELLS.—Je vous suis très reconnaissant de cet entretien qui a pour moi une importance énorme.
En me donnant vos explications, vous vous êtes à coup sûr souvenu du temps où, dans les cercles clandestins d’avant la révolution, il vous fallait expliquer les principes du socialisme.
A l’heure actuelle, il n’existe dans le monde entier que deux personnalités à l’opinion, à chaque parole desquelles des millions d’hommes prêtent l’oreille : vous et Roosevelt.
Les autres peuvent prêcher autant qu’il leur plaira, on ne les imprimera pas, on ne les écoutera pasJe ne puis encore apprécier ce qui a été fait dans votre pays, où je ne suis arrivé qu’hier.
Mais j’ai déjà vu les visages heureux d’hommes bien portants et je sais qu’il se fait chez vous quelque chose de très significatif.
Le contraste avec l’année 1920 est frappant.

    
STALINE.—On aurait pu faire encore plus si nous, bolchéviks, étions plus intelligents.
    
WELLS.—Non, si, en général, les êtres humains étaient plus intelligents.
On ne ferait pas mal si l’on inventait un plan quinquennal pour la reconstruction du cerveau humain, qui manque manifestement de nombreuses parcelles nécessaires à l’ordre social parfait. (Rires.)

    
STALINE.—N’avez-vous pas l’intention d’assister au Congrès de l’Union des écrivains soviétiques ?
    
WELLS.—Malheureusement, j’ai diverses obligations et je ne puis rester en URSS qu’une semaine.
Je suis venu pour vous rencontrer, et je suis profondément satisfait de notre entretien.
Mais j’ai l’intention de parler avec les écrivains soviétiques que je pourrai rencontrer pour envisager la possibilité de leur adhésion au Pen-Club.
C’est une organisation internationale d’écrivains, fondée par Galsworthy auquel, après sa mort, j’ai succédé comme président.
Cette organisation est encore faible, mais néanmoins elle possède des sections dans de nombreux pays et, ce qui est encore plus important, les interventions de ses membres sont largement commentées dans la presse.
Cette organisation défend le droit de la libre expression de toutes les opinions, y compris celles de l’opposition. Je compte parler à ce sujet avec Maxime Gorki. Toutefois, je ne sais si une aussi large liberté peut être accordée ici.

    
STALINE.—Cela s’appelle chez nous, bolchéviks, l’ »auto-critique ».

Elle est largement appliquée en URSS. Si vous désirez quelque chose, je vous aiderai volontiers.
    
WELLS. -Je vous remercie.

STALINE.- Je vous remercie pour l'entretien.

 

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 17:08

Pourquoi Pujadas attribue des images de frappes russes en Syrie à la coalition?

 

 

 

Une fois n'est pas coutume, lorsque les informations touchent la Russie, la machine politico-médiatique tourne bien. Mais là, nous sommes tombés très très bas, dans les bas-fonds peu fréquentables de la propagande bon marché. Cette fois-ci, France 2 et son journaliste vedette David Pujadas ont franchi la ligne rouge en montrant des images truquées de frappes russes en Syrie contre l'état islamique et en les attribuant à la coalition, dans le 20 h présenté par Julian Bugier ce jour là.

 

Ceux qui ont vus le JT de France 2 le 4 février 2016 ont dû être agréablement surpris: contrairement à ces barbares russes qui frappent n'importe où et n'importe comment, massacrant la population civile et les gentils terroristes opposants au passage, les pays civilisés de la coalition américaine, eux, font des frappes chirurgicales, certes moins nombreuses, mais dont la précision remplace la quantité. 

 

C'est à ce moment du discours que les membres du Parti doivent tous comme un seul homme, se lever, la larme à l'oeil, pour applaudr bien fort.

 

Voici en substance le message, pas vraiment subtile, diffusé au JT de David Pujadas sur France 2 et présenté ce jour-là par Julian Bugier. Et pour illustrer tout cela, des images évidemments. Mais des images de frappes russes présentées comme portées par la coalition. Or, pour des frappes russes, donc devant tuer un bon millier de civils (chiffre sorti d'un joli chapeau), celles-ci sont extrêmement précises, je dirais même "chirurgicales", bizarre. Pas si barbares ces russes, finalement ... Seulement, pour pouvoir les attribuer à la coalition, les sous-titres en cyrillique ont été gommés, et près netoyage et maquillage, elles furent resservies à nos/vos yeux ébahis d'admiration. Nous sommes forts, quand même? Nous frappons bien! Le bon peuple doit être rassuré. Le bon peuple est rassuré. Les affaires peuvent continuer.

 

Rien à voir avec les déclarations de Kerry ou de Merkel, demandant instamment à la Russie de cesser les frappes pour protéger la population civile et les gentils terroristes, certainement ceux qui vendent le pétrole à la Turquie ou qui sont formés par des instructeurs payés par le Congrès américain, qui n'a d'ailleurs pas apprécié les résultats et remet en cause le programme de financement de cette "opposition" qui recule devant la Russie et Assad.

 

A propos des Etats Unis. Il faut rendre à César ce qui est à César: France 2 n'a pas innové. Et, oui, ici aussi, il a fallu copier une technique déjà utilisée outre-Atlantique. Puisque en novembre dernier, la chaîne PBS avait déjà utilisé des images de frappes russes pour les attribuer à l'aviation américaine.

 

A partir de deux fois, cela n'est plus une erreur, c'est une politique. Toutefois, l'ambassadeur russe à Paris, A. Orlov, déclare à l'agence d'information russe Ria Novosti, qu'il y a peu de chances que la Russie ne donne de suite judiciaire à cette manipulation, car il s'agit avant tout d'un problème éthique. Et ce serait faire trop de publicité à une chaîne qui ne le  mérité  pas.

 

Certes, cette position est respectable et force le respect. Mais encore faudrait-il que les responsables de cette "farce" ait une conscience. Toutefois, la manipulation a été volontairement faite, car il a bien fallu "nettoyer" les images. Soit le journaliste vedette D. Pujadas n'était pas courant et l'on peut se demander en fait quel est son rôle. Car il se rapprocherait alors plus d'un perroquet, répétant, sans avoir la possibilité de s'interroger, un texte pré-digéré. Soit il était au courant et c'est une faute professionnelle grave. Dans les deux cas, il n'a plus sa place au JT. A moins, qu'il n'ait exécuté des ordres.

 

Mais voyons, la France, patrie des droits de l'homme, de la liberté, etc, etc, etc. Serait-il possible que la télévision d'état ne soit devenue qu'un simple instrument de propagande?

 

Comme disait Coluche:

"Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent. C'est pire."

 

David Pujadas, reporter incontournable, présente le JT de 20H sur France 2 depuis 2001, il est le journaliste des Présidents, de formation à Sciences Po et qualifié de "bagarreur" par certains de ses collègues. Remplacé parfois, pas de chances. Personnellement, il y a quelque chose qui m'échappe. On a envie de demander: tout ça pour ça? Lorsqu'il est devenu journaliste, c'était vraiment pour finir comme ça, comme simple caution propagandiste? Quitter l'Espagne de la dictature dans les années 60 pour la liberté et finalement contribuer à instaurer une dictature de la pensée. Triste destin.

 

Publié par Karine Bechet-Golovko

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 18:24
La fin de l’Union bancaire ?

par Jacques Sapir ·

9 février 2016

Dans le mouvement de baisse que l’on observe sur les principales places boursières européennes, les sociétés les plus attaquées sont les banques. Ceci n’est pas étonnant car une crise bancaire larvée est en train de se développer au sein de la zone Euro. Cette crise peut avoir des causes techniques très différentes, d’un pays à l’autre, voire d’une banque à l’autre. Mais, la simultanéité de ces crises est un signe qui ne trompe pas. De même, la réaction des autorités nationales, passant sur le ventre des règlements européens de « l’Union bancaire », est elle aussi un signe révélateur.

 

Cette crise a commencé au Portugal, et s’est ensuite propagée en Italie. Dans ce dernier pays, 4 établissements sont en grave difficulté. Le montant des mauvaises dettes (soit des impayés) dans leur bilan dépasse les 15%. Les raisons sont diverses. Pour certaines de ces banques, c’est la situation des petites et moyennes entreprises, auxquelles elles avaient prêté, qui est la cause de la montée des « mauvaises dettes ». Pour d’autres, il s’agit d’opérations hasardeuses sur les marchés financiers. Dans un cas comme dans l’autre, le problème de fond reste le même : la dépression de l’économie italienne, ou le PIB par habitant est aujourd’hui au niveau des années 2000-2001. Et l’on voit bien l’origine du problème : l’Euro.

 

Plus intéressant encore, la crise s’est étendue à l’Allemagne, avec les difficultés rencontrées par Deutsch Bank, dont les CDS (des assurances de crédit ou « Credit Default Swap ») ont fortement augmenté ces derniers jours. Cette hausse des CDS indique l’inquiétude des opérateurs.

Graphique 1

Evolution des CDS pour Deutsch Bank

 

Source : Bloomberg

La direction de cette banque a multiplié depuis lundi les déclarations rassurantes sur la santé de cette banque. Mais, on sait bien que si la situation de cette banque ne posait pas de problèmes, ces déclarations ne seraient pas nécessaires. On sait aussi que, quelque soit le montant des réserves de liquidités de la banque, si les partenaires de cette dernière perdent confiance, ou ont simplement un doute, sur sa liquidité, l’interruption du crédit interbancaire sera immédiate. Rappelons qu’en 2008 la banque Bear Stearns a été mise en faillite en 24h sur un problème de ce type.

 

Il est clair que l’importance de Deutsch Bank est incommensurablement plus importante que celle de Bear Stearns. Deutsch Bank est ce que l’on appelle une « banque systémique ». Le gouvernement allemand ne pourra la laisser faire faillite.

 

Le problème est que dans le cas du Portugal et dans celui de l’Italie, ce sont les autorités nationales qui ont dû agir. Les sauvetages bancaires, dont on prétendait qu’ils seraient désormais réalisés par la BCE sont en réalité fait par les autorités nationales. L’Union bancaire, annoncée à cors et à cri par les européistes de tout poil ne fonctionne tout simplement pas. On risque de le voir à nouveau avec le cas de Deutsch Bank en Allemagne. La re-nationalisation des sauvetages bancaires sera un clou supplémentaire dans le cercueil de l’Euro.

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:53

par Jacques Sapir ·

 

J’ai participé le vendredi 5 février 2016 à l’émission de France-2, Ce Soir (ou Jamais). Cette émission est un débat, parfois court et chaotique, entre 8 personnes sous la houlette de l’animateur, Fréderic Taddei. Ceux qui ont vu l’émission[1] , et l’on annonce 422 000 spectateurs (soit 6,1% de «part du marché »), ont pu constater que plusieurs accrochages m’avaient opposé à M. Philippe DOUCET, député du PS, élu de la 5ème circonscription du Val-d’Oise. De ces accrochages, je retire que, dans un débat, c’est bien souvent l’inconscient qui parle. En voici trois exemples.

 

 La justice, monsieur, et non la bienveillance !

Doucet a parlé de la « bienveillance » que les politiques devaient avoir envers les classes populaires. Ce mot, issu du vocabulaire de l’Education Nationale, révèle l’abominable mépris latent qu’a ce député, et avec lui on s’en doute une partie du P « S », pour ces classes dites populaires. Ces dernières ne réclament pas de l’amour, ou quelque sentiment qui provienne de l’affection, mais, bien plus simplement de la justice[2]. La justice sociale, bien sûr, mais aussi la justice économique et la justice dans le droit du travail, que la loi Macron veut mettre à mal en ce qui concerne les prud’hommes. Rappelons donc que le thème de l’émission était de savoir si la gauche était toujours au pouvoir. La gauche, celle qui se définit par un programme et non par des sentiments, ne le fut jamais depuis 2012. Il fallait être bien fou ou bien sot, et peut-être les deux, pour croire que François Hollande incarnait si peu que ce fut, l’idée de gauche. Du moins pouvait-on espérer qu’il fasse preuve de justice. Nous savons aujourd’hui où nous en sommes : dans le registre méprisant du maître qui s’adresse à l’élève. Cette « bienveillance », on ne doute nullement qu’elle s’applique aux agriculteurs qui crèvent littéralement sur place. On compte deux suicides par jour dans les exploitations agricoles, rappelons-le. Cette « bienveillance », on ne doute nullement qu’elle s’exerce envers les travailleurs de Goodyear ou d’Air France, condamnés à des peines de prisons fermes, alors que tant de fraudeurs millionnaires échappent à la moindre peine. C’est cela, sans doute, la « bienveillance » pour un gouvernement de prétendus « socialistes ».

 

Mais le terme de « bienveillance » a une autre implication. La défense de M. Doucet fut à cet égard lumineuse dans ce qu’elle révélât. Pour répliquer à mon attaque, il se fendit d’un long développement sur « l’écoute » dont il ferait preuve. Il ne se rendit pas compte que c’était les mots d’un prêtre qu’il utilisait. Un prêtre donc, apportant aux miséreux non des solutions mais des « consolations ». Et l’on ne pouvait mieux dire le glissement de la fonction politique, désormais vide de sens puisque l’Etat a abdiqué, au moins en partie, sa souveraineté, à la fonction religieuse ou de communication. Ici encore, l’inconscient – politique – parle. Il nous dit cet abandon du politique qui caractérise les « démocraties » européennes au profit de la technocratie, abandon qui ne laisse place qu’à l’affairisme (et l’affaire Cahuzac le montre entre d’autres) ou à la compassion. Mais il est clair qu’il n’y a plus de place pour la démocratie, c’est à dire le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple selon la célèbre formule de Lincoln. Il est à cet égard frappant et révélateur, que M. Doucet fasse de manière récurrente au « réel » comme si ce dernier constituait la seule explication possible et surtout autorisait une lecture simple et univoque. La réalité, qui n’est pas le « réel » des positivistes et autres sottises factualistes, s’avère stratifiée, contradictoire, et ne permet pas de référence directe et simple pour en tirer des « leçons ». Ce qui se cache derrière la formule du « réel » c’est la haine de la pensée et de ceux qui s’y essaient. Et cela fut, toujours, l’une des marques claires de l’extrême-droite.

 

 L’euro ou l’austérité

Cette fin de la démocratie résulte de l’abandon de la souveraineté car, s’il peut y avoir des nations souveraines qui ne soient pas des démocraties on n’a jamais vu dans l’histoire de démocratie qui ne soit pas souveraine. On a fort peu – et je le regrette – parlé de souveraineté dans cette émission, mais il en fut fait mention. Mes deux interlocuteurs, Renaud Dely, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur renommé l’Obs dans un effort aussi désespéré que pathétique de regonfler ses ventes, et le député du parti dit socialiste, M. Doucet, y ont fait allusion à plusieurs reprises pour dire qu’il n’y avait pas d’autres choix entre la politique du gouvernement et le « souverainisme ». Celui-ci était accablé de tous les maux, dont celui de vouloir détruire ‘Europe.

 

Holà, messieurs, que d’emportements et que de mensonges. Car, ce qui détruit l’Europe, c’est au contraire le fonctionnement de l’Union européenne et de l’Euro. Mais, revenons un peu sur les propos qui furent tenus. Le départ, il n’y a pas d’alternative à la politique du sieur Macron et du ci-devant Gattaz si ce n’est la sortie de l’Euro, est vrai. Que ce soit M. Dely ou M. Doucet, tous le reconnaissent. Mais, c’est immédiatement pour annoncer le cataclysme en cas de sortie de l’Euro. Et en particulier, la « fin de l’Europe » qui est ici assimilée à l’Union européenne. Or, l’Euro n’est pas la monnaie de l’UE mais de certains pays de cette dernière. Si d’autres, et non des moindres, comme la Suède, la Pologne, ou la Grande-Bretagne peuvent vivre, et pas si mal, sans l’Euro tout en restant dans l’Union européenne, pourquoi pas d’autres ? Dire que la fin de l’Euro précipiterait la fin de l’union européenne ne tient pas.

 

Mais, il faut revenir sur l’assimilation entre l’Union européenne et l’Europe. L’existence de cette dernière est une réalité culturelle et politique à laquelle l’UE a tenté de donner une expression et a échoué. On voit bien, aujourd’hui, que l’Europe est un cadre autrement plus vaste que l’UE. Ce cadre inclut la Russie à l’évidence. On voit aussi que cette civilisation européenne peut prendre des formes multiples et ne se laisse pas enfermer dans le carcan d’un ordre technocratique qui ne ronfle que contraintes et réglementations. L’expression que l’UE a voulu donner de l’Europe est en train de la mettre à mal.

 

Au-delà, l’Euro est en train de tuer l’UE elle-même par la montée désormais irrémédiable d’antagonismes révélés par les politiques austéritaires décidées à Berlin ou Bruxelles et appliquées d’Athènes à Rome en passant par Madrid et Paris. Il faut ici rappeler les mots utilisés par Pablo Iglésias, le dirigeant de PODEMOS, lors du discours qu’il a prononcé comme candidat du groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE) à la présidence du Parlement Européen le 30 juin 2014: « la démocratie, en Europe, a été victime d’une dérive autoritaire (…) nos pays sont devenus des quasi-protectorats, de nouvelles colonies où des pouvoirs que personne n’a élus sont en train de détruire les droits sociaux et de menacer la cohésion sociale et politique de nos sociétés ». Ce sont des mots forts, des mots terribles. Ils décrivent un processus de domination politique qui est de type quasi-colonial, établi sur les pays européens par les institutions européennes pour le plus grand profit de l’Allemagne et, sans doute, des Etats-Unis. C’est de cela que l’idée européenne, à laquelle nous avons tous tant de raisons d’être attachés, et l’Union européenne, sont en train de mourir. Que cette mort soit accélérée par l’incohérence des réponses apportées à la crise des réfugiés est une évidence. Mais, si l’Union européenne avait un taux de chômage de 4% ou 5%, pensons nous sérieusement que cette question des réfugiés prenne une telle dimension ?

 

Le drame des européistes, et la preuve de leur schizophrénie politique, est qu’ils ne veulent pas admettre que c’est l’ensemble du projet européen, au-delà de l’UE, qui est aujourd’hui mis en cause par l’existence de l’Euro. Il s’accroche à l’institution de la monnaie unique avec une ferveur religieuse tout en reconnaissant les problèmes qu’elle suscite. Comment ne pas penser, alors, à cette phrase fameuse de Bossuet : « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance »[3].

 

L’état d’urgence et la pente vers la tyrannie

Il reste un dernier point sur lequel je me suis accroché avec ce représentant du « socialisme » de portefeuilles, qu’ils soient ministériels ou autres…(Cahuzac, Cahuzac…). C’est, bien entendu, l’état d’urgence. Je redis ici ce que j’ai déclaré sur le plateau de Ce soir (ou jamais). Oui, face à la menace terroriste et aux attentats du 13 novembre, la proclamation de l’état d’urgence était justifiée. Mais, l’état d’urgence, comme tout « état d’exception », ne fait sens que s’il permet de rétablir le fonctionnement normal des institutions de la République. Si l’on considérait que notre système législatif présentait des manques dans la défense de la sécurité des citoyens, on avait trois mois pour y remédier. Par contre, vouloir installer l’état d’urgence dans la durée, même avec un contrôle parlementaire renforcé, c’est dénaturer l’état d’urgence. C’est en faire le remplaçant d’un état de guerre. Or, si nous sommes en guerre, il faut le dire, et en tirer toutes les conséquences. Clémenceau, lorsqu’il occupa les fonctions de Président du Conseil, tint le 8 mars 1918 un discours à la Chambre des Députés, qui est resté dans les annales : « … Je dis que les républicains ne doivent pas avoir peur de la liberté de la presse. N’avoir pas peur de la liberté de la presse, c’est savoir qu’elle comporte des excès. C’est pour cela qu’il y a des lois contre la diffamation dans tous les pays de liberté, des lois qui protègent les citoyens contre les excès de cette liberté.

 

Je ne vous empêche pas d’en user. Il y a mieux : il y a des lois de liberté dont vous pouvez user comme vos adversaires ; rien ne s’y oppose ; les voies de la liberté vous sont ouvertes ; vous pouvez écrire, d’autres ont la liberté de cette tribune ;(…). De quoi vous plaignez-vous ? Il faut savoir supporter les campagnes ; il faut savoir défendre la République autrement que par des gesticulations, par des vociférations et par des cris inarticulés. Parlez, discutez, prouvez aux adversaires qu’ils ont tort et ainsi maintenez et gardez avec vous la majorité du pays qui vous est acquise depuis le 4 septembre. Voilà la première doctrine que j’ai à établir.

 

La seconde, dans les circonstances actuelles, c’est que nous sommes en guerre, c’est qu’il faut faire la guerre, ne penser qu’à la guerre, c’est qu’il faut avoir notre pensée tournée vers la guerre et tout sacrifier aux règles qui nous mettraient d’accord dans l’avenir si nous pouvons réussir à assurer le triomphe de la France. (…)Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique étrangère, je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. [4]»

 

Si nous ne le sommes pas, prétendre à tort nous mettre, et nous mettre par fraude, par une utilisation abusive de l’état d’urgence, dans une situation « de guerre » est une lourde faute. Cela peut être le début d’une tyrannie.

 

[1] Que l’on peut revoir sur http://www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais

[2] Voir : https://www.youtube.com/watch?v=6HCQaz9d0vg

[3] Bossuet J.B., Œuvres complètes de Bossuet, vol XIV, éd. L. Vivès (Paris), 1862-1875, p. 145. Cette citation est connue dans sa forme courte « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ».

[4] http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/georges-clemenceau-je-fais-la-guerre-8-mars-1918

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:46

Par Jean-Rémi Girard

 

 

Manifestation le 26 janvier 2016 Crédits photo : DOMINIQUE FAGET/AFP

 

FIGAROVOX/ANALYSE - Une réforme de l’orthographe décidée en 1990 prendra effet à la rentrée 2016. Jean-Rémi Girard estime que cette réforme ne répond pas aux problèmes d’orthographe remarqués chez les écoliers, et sera inapplicable.

Le coup de gueule d’un prof

C’était en 1990. Cette année-là, on propose des rectifications orthographiques. L’Académie elle-même les accepte (sans en faire une obligation : l’Académie est prudente…). 26 ans se sont écoulés, et rien de tout cela n’est appliqué. Personne n’écrit « weekend », « aout » ou « révolver ». L’Empire ne « contre attaque » pas. Peu de gens sont des « globetrotteurs ». En bref, on s’en passait très bien. Il était donc urgent de les imposer de toute force dans les programmes et les manuels scolaires : nul doute qu’on n’avait rien d’autre à faire de mieux.

 

« Et c’est bien là l’un des problèmes majeurs de ces recommandations : personne n’est capable de les appliquer sans relire trois fois son texte »

 

Et nous voilà, nous professeurs, avec des programmes rédigés en orthographe rénovée et l’injonction d’y faire référence dans l’enseignement du français. Chose amusante, les rédacteurs des programmes eux-mêmes ne sont pas parvenus à appliquer la réforme en intégralité, laissant passer de temps en temps un accent circonflexe sur « connaître » ou « maîtrise », ou bien parlant, en géographie, des « territoires ultra-marins » (en nouvelle orthographe, c’est « ultramarins »).

 

Et c’est bien là l’un des problèmes majeurs de ces recommandations : personne n’est capable de les appliquer sans relire trois fois son texte et faire de fastidieuses vérifications avec un ordinateur à portée de main. En effet, ces nouvelles règles sont remplies d’exceptions, qui vont jusqu’à l’absurde. Ainsi, on supprime l’accent circonflexe sur le « i » et sur le « u » (et tant pis pour le latin, que la ministre cherche de toute manière à éradiquer). SAUF dans les terminaisons verbales. SAUF dans certains mots afin de pas les confondre avec d’autres, comme « mûr » et « sûr ». SAUF qu’on le supprime quand même au féminin et au pluriel : un fruit mûr, des pommes mures ! Je suis sûr, elle est sure ! De même, on harmonise la conjugaison des verbes en -eler et -eter. SAUF pour jeter et appeler. Il étiquète (pratique, alors qu’on écrit « une étiquette »…), mais il jette ! Et l’on multiplierait les exemples.

 

« Cette réforme n’est pas une réforme : ce sont des recommandations qui n’invalident pas pour autant l’orthographe classique »

 

D’autre part, cette réforme n’est pas une réforme : ce sont des recommandations qui n’invalident pas pour autant l’orthographe classique. Ainsi, on en arrive à faire coexister deux états de la langue, et l’on risque fortement de donner à chacun une valeur particulière (car distinguer, c’est toujours à un moment ou à un autre établir une classification entre supérieur et inférieur, dans ce genre d’affaires). Et tandis que certains professeurs consciencieux enlèveront les accents circonflexes, de méchants réactionnaires qui dirigent au plus haut niveau se feront un plaisir de faire de cette distinction un critère de jugement, voire un marqueur social inratable ou presque. Et bizarrement, ce sont certainement ceux qui écriront « paraître » et « a priori » qui gagneront, à ce petit jeu…

 

Dernier point, mais non des moindres : mais quelle est donc l’utilité de la chose ? Pourquoi se torture-t-on depuis un quart de siècle avec ces recommandations qui ne répondent en rien aux réels problèmes orthographiques que connaissent nos élèves et les adultes qu’ils deviennent ? La question n’est pas d’écrire « nénufar » ou « millepatte », mais plutôt de stopper la multiplication des « il mangé », des « je l’a veu », des « elles vous avez chantaient » et autres joyeusetés. Mais comme il est devenu criminel d’enseigner de façon structurée la grammaire (mot que mon syndicat, le SNALC, a permis de réintroduire in extremis dans les futurs programmes), on n’en prend pas le chemin.

4 février 2016

Jean-Rémi Girard est professeur de français et vice-président du SNALC-FGAF.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:07

Par Pépé Escobar

 

 

Le médiateur de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura © Denis Balibouse / Reuters

 

Le prétendu processus de paix en Syrie s’apprête à arriver au stade de la mascarade genevoise, qui pourrait se prolonger pendant des mois. Attendez-vous à des doses massives de cabotinage et de fanfaronnades capables de faire rougir Donald Trump lui-même.

 

L’idée même de toutes ces pantomimes en costard-cravate cherchant à personnifier Damas à Genève est d’un ridicule consommé. L’envoyé de l’ONU, le très élégant Staffan de Mistura, reconnaît lui-même que la tâche à accomplir est sisyphéenne, même si tous les acteurs qui comptent étaient réunis autour de la table.

 

Voilà maintenant que la figure de l’opposition George Sabra annonce qu’il n’y aura pas de délégation du Haut comité des négociations, basé à Riyad, à la table des négociations. Comme si les Syriens avaient besoin d’une opposition instrumentalisée par l’Arabie saoudite.

 

Pour remettre les choses dans leur contexte, voici donc une récapitulation extrêmement concise des faits décisifs observés récemment sur le territoire syrien, que la nouvelle capitale Genève pourrait ignorer à ses risques et périls.

 

Remontons à l’été dernier, lorsque le commandant iranien et superstar de la Force Al-Qods, Qasem Soleimani, déterminé à se faire entendre, s’est rendu en personne à Moscou pour présenter crûment la gravité de la situation dans l’ensemble du théâtre des opérations en Syrie.

 

Pour l’essentiel, Soleimani a dit au Kremlin et aux services secrets russes qu’Alep pourrait prochainement tomber, que le Front al-Nosra était aux portes de Damas au sud, qu’Idlib était tombé et que Lattaquié, où se trouve une base de l’armée russe, allait suivre.

 

On peut facilement imaginer l’effet de cet électrochoc de realpolitik dans l’esprit du président Poutine. D’où sa résolution d’empêcher que la Syrie ne s’écroule et devienne une nouvelle Libye, version remixée.

 

La campagne de l’Armée de l’air russe était devenue le dernier moyen pour modifier les règles du jeu. Elle est en passe de sécuriser l’axe Damas-Homs-Lattaquié-Hama-Alep, la zone urbaine et développée dans l’ouest de la Syrie où vit 70 % de la population du pays. Daesh et le Front al-Nosra (alias al-Qaïda en Syrie) n’ont aucune chance de s’emparer de ce territoire. Le reste est en grande partie désertique.

 

Jaysh al-Islam, une bande armée hétéroclite équipée par l’Arabie saoudite, occupe encore quelques positions au nord de Damas. La menace peut être contenue. Les péquenauds se trouvant dans la province de Daraa, au sud de Damas, ne pourraient foncer vers la capitale que dans le cadre d’une impossible reprise de l’opération Tempête du désert (1991).

 

Les rebelles modérés, une concoction préparée à l’intérieur du périf de Washington, ont bien tenté de garder Homs et Qousseir en coupant le réapprovisionnement de Damas, mais ils ont été repoussés. Quant à la bande de rebelles modérés qui ont pris toute la province d’Idlib, elle se fait bombarder sans relâche, depuis maintenant quatre mois, par l’Armée de l’air russe. Le front au sud d’Alep est également sécurisé.

 

Ne bombardez pas nos rebelles !

Il est facile de pointer du doigt ceux que les actions des Russes rendent livides : l’Arabie saoudite, la Turquie et, dernier acteur et non le moindre, l’Empire du Chaos, qui sont tous à la table des négociations à Genève.

 

Le front al-Nosra, qui est commandé à distance par Ayman al-Zawahiri, est intimement lié aux salafo-djihadistes de l’Armée de la conquête, parrainée par les Saoudiens, en plus d’être allié tactiquement à une myriade de groupes symboliquement liés à l’Armée syrienne libre (ASL), qui n’existe pratiquement plus que de nom.

 

La CIA, qui se sert des Saoudiens comme déni plausible, a armé jusqu’aux dents des éléments de l’ASL jugés sûrs en leur fournissant, entre autres, des missiles antichars TOW. Devinez qui a intercepté pratiquement toutes les armes ? Le front al-Nosra.

 

La suite était hilarante. Washington, Ankara et Riyad se sont mis à dénoncer furieusement Moscou parce qu’il bombardait leurs rebelles modérés plutôt que Daesh.

 

Lentement mais sûrement, l’Armée arabe syrienne (AAS), parallèlement à l’offensive russe, a repris l’initiative. Les 4+1 – la Russie, la Syrie, l’Iran (ses forces spéciales, dont bon nombre viennent de l’Afghanistan) et l’Irak, plus le Hezbollah – ont commencé à coordonner leurs efforts. La province de Lattaquié, où se trouvent non seulement Tartous, mais aussi la base aérienne de Khmeimim, est maintenant entièrement sous le contrôle de Damas.

 

Ce qui nous amène à parler des cauchemars d’Ankara. L’Armée de l’air russe a réduit en cendres la grande majorité de ses mandataires turkmènes (largement infiltrés par des fascistes turcs [Les loups gris, NdT]) au nord-ouest de la Syrie. C’était la principale raison expliquant le geste désespéré du sultan Erdogan d’abattre le Su-24.

 

Il est maintenant clair, à l’heure qu’il est, que les gagnants sur le terrain sont les 4+1, et que les perdants sont l’Arabie saoudite et la Turquie. Il n’y a donc pas de quoi s’étonner si les Saoudiens veulent voir au moins une partie de leurs mandataires à la table des négociations à Genève, et si la Turquie cherche à changer de sujet en bloquant la présence des Kurdes syriens, accusés d’être des terroristes bien pires que Daesh.

 

C’est à Jerablus que ça se passe, pas à Genève !

Comme si les choses n’étaient pas assez confuses, tous ces think tanks formant le royaume du baratin aux USA nous rabâchent maintenant qu’il y a une entente entre Washington et Ankara pour ce qui sera, à toutes fins utiles, une invasion turque au nord de la Syrie, sous le prétexte d’écraser Daesh au nord d’Alep.

 

C’est de la foutaise. Le jeu d’Ankara comprend trois volets : soutenir ses mandataires turkmènes lourdement meurtris ; assurer le maintien des activités dans le corridor menant à Alep (où passe la cruciale autoroute djihadiste liant la Turquie à la Syrie) ; et surtout empêcher par tous les moyens les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) de relier Afrin à Kobané et d’unir ainsi les trois cantons des Kurdes syriens à proximité de la frontière turque.

 

Tout cela n’a rien à voir avec la lutte contre Daesh. Le plus dingue, c’est que Washington aide actuellement les Kurdes syriens en leur fournissant un appui aérien. Le Pentagone doit ou bien soutenir les Kurdes syriens, ou bien soutenir Erdogan dans son invasion du nord de la Syrie. La schizophrénie n’a pas sa place ici.

 

Un Erdogan au désespoir pourrait être assez cinglé pour affronter l’Armée de l’air russe pendant sa supposée invasion. Poutine a dit officiellement que la réponse à toute provocation sera immédiate et fatale. Pour couronner le tout, les Russes et les Américains coordonnent maintenant leurs sorties aériennes au nord de la Syrie.

 

C’est donc là que ça va chauffer, en plus d’éclipser la pantomime de Genève. Les YPG kurdes et leurs alliés planifient une attaque majeure afin de saisir la bande de cent kilomètres le long de la frontière entre la Syrie et la Turquie encore sous le contrôle de Daesh, qui assurerait ainsi l’union des trois cantons.

 

Erdogan a été catégorique. Si les YPG passent à l’ouest de l’Euphrate, ce sera la guerre. Il semble bien que ce soit la guerre alors. Car les YPG se préparent à attaquer les villes stratégiques de Jerablus et de Manbij. La Russie va sûrement aider les YPG à reconquérir Jerablus. Ce qui dressera (de nouveau) la Turquie contre la Russie sur le terrain.

 

Genève dites-vous ? C’est pour les touristes. La capitale de l’horreur syrienne, c’est maintenant Jerablus.

 

 

 29 janvier 2016 – Source Russia Today

 

Traduction : le Saker francophone

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 16:39

Les Good year ne sont pas seuls

 

La répression syndicales bas tous les records et la condamnation de classe est très bien organisée par le patronat et les serpillières gouvernementales. La mobilisation doit se poursuive et s'amplifier

 

https://www.facebook.com/ddffgdgffg22/videos/450574331798000/

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 11:11
Paix sur la Terre

Une déclaration confédérale de la CGT

 

En réponse aux actes terroristes sur le sol français, le chef de l’Etat et son gouvernement ont fait le choix de la mise en place de différentes mesures dont l’état d’urgence est le paroxysme. Il se caractérise par le déploiement d’une force militaire en action sur le territoire métropolitain, et s’inscrit dans leur logique de déclaration officielle de la guerre en France.

 

Est-ce la réalité ? Force est de constater que non.

Si les actes terroristes perpétrés et les revendications de leurs acteurs sont effroyables, ils ne peuvent être assimilés dans le cas précis à une situation de guerre en France.

 

C’est parce que les mots ont une importance qu’il convient de les utiliser à bon escient et usité en l’espèce « déclaration de guerre » est loin d’être anodin de leur part. Il vise à ne pas répondre aux vraies questions sur l’analyse des causes qui engendrent cette situation. C’est précisément un bilan sur les politiques menées depuis des années qu’il conviendrait de mener. Ainsi La France est engagée, sans aucun véritable débat national, dans plusieurs conflits armés au-delà de ses frontières et poursuit inlassablement le rôle que différents traités lui ont assignés avec l’aval de "ses partenaires", celui de "gendarme du Monde".

 

La France s’est rendue disponible pour proposer et accepter cette mise à disposition expéditionnaire, ce qui lui confère une responsabilité écrasante dans la situation mondiale tendue.


François Hollande ne disait pas moins en préfaçant le livre blanc pour la Défense et la sécurité nationale de 2013, livre blanc commandé par ses soins, avec ces termes choisis : "une volonté claire est affichée au bénéfice de capacités autonomes et réactives de projection reposant sur des forces bien entraînées, bien équipées et bien renseignées. Elles devront être en mesure d’avoir un impact décisif dans les régions où les menaces sont les plus grandes sur nos intérêts et ceux de nos partenaires et alliés. Elles démontrent que la France est prête à assumer ses responsabilités, comme elle l’a fait au Mali".


Cette déclaration est connue du monde entier. Chacun peut ainsi mieux comprendre pourquoi la France est particulièrement visée par de tels actes que ceux que nous avons connus puisque notre France s’est placée comme « la guerrière de service ».

 

Cette politique de gendarmerie du Monde s’accompagne d’une politique de ventes tout azimut de matériels militaires. Par son implication directe dans le commerce des armes (3ieme exportateur mondial) elle participe activement à l’instabilité mondiale.


Pour le pur profit des industriels, la France arme des pays dont la démocratie, la liberté, les droits de l’Homme et plus particulièrement ceux de la femme sont largement bafoués. Cela s’opère même en prélevant sur le stock de nos propres armées, à l’image des frégates multi-missions ou même de "l’emblématique" avion Rafale.


Par ce choix, nos dirigeants assurent notre insécurité nationale.
Mais la France a également engagé un vaste mouvement de privatisation et de restructurations des industries d’armement pour les faire entrer la logique de profitabilité des entreprises et du commerce mondial.

 

Une réunion d’urgence d’une conférence mondiale pour la Paix, sous l’égide de l’ONU (dont le rôle doit être revalorisé) ne peut plus attendre. La situation actuelle, qui inverse le rôle des uns et des autres, au point de faire passer des syndicalistes pour des criminels pendant que les vrais, eux, s’enrichissent du chaos qu’ils créent, incite le mouvement syndical dans son ensemble à tout faire pour mettre au centre des préoccupations les réels besoins humains.


Ces besoins ne sont donc pas des besoins en armes.
Ces besoins sont avant tout des besoins fondamentaux comme l’accès à une alimentation correcte, l’accès à l’eau, au logement, aux services de santé, à l’éducation, à l’emploi durable, à un salaire décent, mais aussi à la démocratie, la Paix ...


Réfléchir et faire réfléchir c’est déjà agir, mais la situation exige d’avantage !

Agissons ensemble, gagnons des logiques de Paix, de progrès social.


Le gouvernement français serait particulièrement avisé en suivant ce principe fondateur de la Nation française issue des lumières, celle des droits de l’Homme et qui a fait sienne comme devise « Liberté, Egalité, Fraternité. »

Montreuil, le 2 février 2016

- 263, rue de Paris 93 516 Montreuil cedex - 01 55 82 80 00

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 09:20

Le 4 janvier, à l’initiative du futur président du Conseil constitutionnel, l’heureux Fafa, le Conseil des Sinistres a discrètement adopté un projet de loi qui vend la souveraineté de la France aux États-Unis, via l’OTAN. C’est grave.

 

Les mecs nous amusent avec une modification de la Constitution sur les déchéances de nationalité, sujet sans application, ou des débats sur des conceptions ésotériques de la laïcité, alors que dans le même temps ils refourguent en loucedé la souveraineté de la France à l’OTAN. Ce gouvernement est une pure catastrophe.  

 

Sur le plan technique, le projet s’appelle : « loi autorisant l’accession de la France au Protocole sur le statut des quartiers généraux internationaux dans les pays de l’Alliance ». Pas de quoi passionner les foules… Et pourtant…

 

 

Le Protocole

Ce Protocole, signé à Paris le 28 aout 1952 – un acte d’application du Traité de l’Atlantique Nord – c’est ça. Il définit le cadre juridique du stationnement des quartiers généraux de l’OTAN et de leurs personnels au sein des pays de l’Alliance. C’est en quelque sorte le décret d’application du traité de l’OTAN.

 

Le traité de l’OTAN

Le traité de l’OTAN, c’est la marque de la guerre froide : « Il y a deux blocs, et tu dois choisir ton camp. Si tu viens chez moi, je te protégerai et tu vas limiter tes dépenses militaires. Sinon, tu seras de l’autre camp. »

La France de la IV° République s’était couchée, comme tant d’autres pays, s’en remettant à l’Oncle Sam (Amérique du Nord, Territoire Indien occupé). Comme si l’Oncle Sam se souciait de l’indépendance des Etats européens, alors que seul l’intéresse ses propres intérêts, lesquels passent par la fidélité de ses valets.

 

 

De Gaulle 1966

On doit à de Gaulle d’avoir mis fin à cette domination militaire et diplomatique, le 7 mars 1966, annonçant à Lyndon Johnson le retrait de la France de l'OTAN : « La France considère que les changements accomplis ou en voie de l’être, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l’évolution de sa propre situation et de ses propres forces ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d’ordre militaire prises après la conclusion de l’Alliance. Aussi, la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN ».

 

La surpuissance US

Depuis 20 ans, les enjeux sont encore plus forts qu’en 1966. L’écroulement du mur de Berlin a conduit à la surpuissance États-Unis, une démocratie d’opérette dominée par son lobby militaro-industriel.

Ce petit pays qui ne compte que 5 % des habitants de la planète, une invention qui date d’à peine plus de deux siècles – rien face à l’Iran, la Syrie ou la Palestine, assis sur cinq ou six millénaires de civilisation – assure 45% des dépenses militaires dans le monde, pour causer des guerres dont le but est d’exploser les peuples pour assoir sa puissance économique.

Tout détruire pour imposer la loi étasunienne, quel que soit le coût pour les populations. La France qui, comme les autres pays européens, subit l’importation du terrorisme, sait ce qu’elle doit aux crimes de guerre commis par les États-Unis pour avoir détruit la Palestine, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie… Imaginons un instant que tous ces Etats soient restés stables dans leurs frontières…

 

 

Sarko et Hollande renoncent

« Entier exercice de sa souveraineté » disait de Gaulle. Les duettistes Sarkozy et Hollande (le roi des faux-culs) ont choisi de renoncer à cette souveraineté. Ces frères de lait admirent le leadership US, et ne voient d’avenir que dans la soumission.

Sarkozy a assuré la première étape, en réintégrant en 2009 la structure de commandement de l'OTAN. La France a recommencé à accueillir du personnel de l’OTAN dans ses quartiers généraux militaires, qui ne bénéficient toutefois d’aucun statut international.

 

Le personnel de l’OTAN en France comme chez lui

D’où l’idée de rejoindre ce Protocole, pour simplifier et harmoniser des règles et procédures administratives liées à l’accueil de personnel de l’OTAN. Une série de mesures techniques – fiscalité, statut social, liberté d’aller et venir, privilèges et immunités – qui permet une vraie intégration. Les dirigeants et personnels de cette structure internationale sont désormais chez eux en France. Les mecs nous font un cirque sur les fonctionnaires de Bruxelles qui voudraient diriger la France, alors qu'ils installent le personnel de l’OTAN et lui donnent les moyens d’exercer au quotidien.

 

Une préparation opaque et mensongère

Le projet a été engagé au début de l’année 2014 par une discrète consultation interministérielle, et devant le consensus des ministères, la France a alors saisi le Conseil de l’Atlantique Nord d’une demande de ré-adhésion… qui trouve avec ce projet de loi son épilogue. « Mieux vaut co-diriger que subir » : Hollande peut utiliser le vocabulaire de Sarko.

 

En toute tranquillité, le projet de loi fait référence à un rapport rédigé par Hubert Védrine en 2012,… à ceci près que le rapport était critique sur ce projet, estimant que voir la France « se fondre » dans la pensée de l’OTAN était « un risque à terme, pas immédiat, mais réel, à prendre en compte ». A force de « s’en remettre » aux structures internationales, l’armée française pourrait perdre « sa capacité propre d’analyse des menaces, de réflexion et de prévision sur les scénarios et même de planification ».

Certes. Mais, après tout il nous reste les « valeurs de la République… » et la « laïcité à la française » et autres falbalas franchouillards, autant de phares dans un monde troublé…

 

 

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 18:33
Par Nasser Kandil repris sur Comité Valmy

 

Bachar al-Assad, le 6 janvier 2013 à Damas

L’Initiative du Président syrien, Genève 3 et le gibet de potence de l’Histoire

Il y a trois ans, le 6 janvier 2013, le président Bachar al-Assad a exposé devant les comités et organisations populaires syriennes sa vision de la solution politique à ladite « crise syrienne » [1].

Trois ans durant lesquels la Syrie s’est vue envahir par des dizaines de milliers de terroristes venus des quatre coins de la planète en préparation d’une invasion militaire concrétisée, l’été 2013, par le positionnement de la VIe flotte des États-Unis devant les côtes syriennes [2], suivi de l’instauration de l’EIIL [État Islamique en Irak et au Levant ou DAECH], puis du parrainage ouvertement déclaré du Front al-Nosra [branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie] par la Turquie, l’Arabie saoudite et Israël…

 

En bref : toutes les options ennemies de mise sous tutelle ou d’invasion de la Syrie ont été testées. Mais le temps a passé et les projets étatsunien, turc, saoudien et israélien s’appuyant sur une solution politique fondée sur la destitution du président syrien avec remise du pouvoir à une prétendue opposition syrienne inféodée à l’étranger ont échoué. La Syrie a résisté. En conséquence, ses alliés ont résisté aussi. L’accord sur le nucléaire iranien a quand même été ratifié. La Russie s’est décidée à intervenir militairement et la contre-attaque de la Syrie et de ses alliés a commencé.

 

C’est ainsi que les concepts de « la solution politique à la crise syrienne » sont passés de celui adopté dans le communiqué final communément désigné par « Genève 1 » [3], à ceux de Vienne 1 et de Vienne 2 [4] , puis à celui de la Résolution 2254 [5] ; Genève 3 se préparant à accueillir pour la deuxième fois des pourparlers entre une délégation du gouvernement syrien et une délégation de l’opposition ; [Genève 1 s’est tenue en l’absence de représentants du gouvernement syrien ; NdT].

 

Une délégation de l’opposition ressemblant fortement à celle qui a participé à la réunion de « Genève 2 » [6] en janvier 2014, cramponnée au Communiqué final de la réunion de Genève 1, du 30 juin 2012 ; lequel communiqué fut approuvé par les ministres des Affaires étrangères des USA et de la Russie, mais dont la mesure de mise en place d’un organe de « gouvernement transitoire qui aurait les pleins pouvoirs exécutifs » était suffisamment imprécise pour suggérer à certains qu’elle impliquait implicitement le départ ou la destitution du président syrien.

 

Ceci, alors que la Résolution 2254 du Conseil de sécurité [adoptée à l’unanimité le 18 décembre 2015 ; NdT] se fonde sur un appel au dialogue censé aboutir à un accord sur le cessez-le-feu, le retour des personnes déplacées, la formation d’un gouvernement d’union nationale chargé de l’élaboration d’une nouvelle Constitution, suivie de nouvelles élections.

 

Données que le Secrétaire d’État, John Kerry, a dû préciser aux membres de l’opposition [notamment ceux qui se sont réunis le 9 décembre 2015 à Riyad sous la férule des Saoudiens, des Qataris et d’Erdogan ; NdT] en leur expliquant qu’il s’agit d’une transition politique conduite et prise en main par les Syriens, [laquelle souscrit au Communiqué de Genève 1 et avalise les Déclarations de Vienne ; NdT] ; autrement dit, de la formation d’un gouvernement de transition avec maintien du président actuel et de ses prérogatives constitutionnelles, les futures élections devant décider qui gouvernera la Syrie [7].

 

Ci-dessous le texte de la solution politique proposée par le président Bachar al-Assad il y a trois ans. Le lecteur sera surpris de constater que sa vision et son vocabulaire semblent constituer la principale source de la résolution 2254 et des Déclarations de Vienne, avec cependant plus de clarté et de détails sur les différentes étapes du processus politique et davantage de tolérance politique et humaine par son appel au pardon et à la réconciliation :

 

« Partant de nos constantes de principe ; à savoir, la souveraineté de l’État, l’indépendance de sa décision, les principes et objectifs de la Charte des Nations Unies, le Droit international ; lesquels confirment tous, la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale des États, ainsi que la non-ingérence dans leurs affaires internes. Et, étant donné que nous sommes convaincus de la nécessité du dialogue entre les enfants de la Syrie, sous direction syrienne, pour rétablir la sécurité et la stabilité ; la « solution politique en Syrie » se fera comme suit :

Première étape :

1. Les États concernés, régionaux et internationaux, s’engagent à cesser de financer, armer, et héberger les combattants armés ; parallèlement à l’arrêt des opérations terroristes de ces derniers. Ceci, facilitera le retour des Syriens déplacés vers les lieux de leur résidence d’origine, dans le calme et la sécurité. Ce n’est qu’ensuite que nos forces armées mettront fin à leurs opérations militaires, tout en se réservant le droit de riposter au cas où la sécurité de la patrie, des citoyens, des entreprises publiques et privées, serait menacée de n’importe quelle attaque.

 

2. Trouver une procédure pour s’assurer que toutes les parties respectent le précédent engagement avec, en particulier, le contrôle des frontières.

 

3. Le gouvernement en exercice se charge d’initier directement les prises de contact avec toutes les catégories de la société syrienne, les partis, et les organisations pour permettre les échanges et préparer à une « Conférence de dialogue national », à laquelle participeront toutes les forces extérieures et intérieures, désireuses de trouver une solution en Syrie.

 

Deuxième étape :

1. Le gouvernement en exercice invite à tenir une conférence de dialogue national et global, pour décider d’une « Charte nationale » qui affirme la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, le rejet de toute ingérence dans ses affaires, ainsi que le renoncement au terrorisme et à la violence sous toutes ses formes. C’est cette charte qui tracera l’avenir politique de la Syrie et qui dessinera le système constitutionnel et judiciaire, les caractéristiques politiques et économiques, et les projets de lois issus du consensus, concernant les partis, les élections, l’administration locale etc.

 

2. La charte devra être soumise à référendum national.

 

3. Elle sera suivie de la formation d’un gouvernement élargi à toutes les composantes de la société syrienne, chargé de la mise en œuvre des dispositions de la « Charte nationale ».

 

4. Organisation d’un référendum sur la Constitution. Après son adoption, le gouvernement élargi adoptera les lois consensuelles issues de la « Conférence du dialogue national » conformément à la nouvelle constitution, dont celles portant sur la loi électorale qui permettra de tenir de nouvelles élections législatives. Ceci dit, tout ce qui concerne la Constitution et les lois pourrait être précédé du conditionnel « si », autrement dit en cas d’accord lors de la « Conférence du dialogue national », une conférence permettra de débattre des nouvelles lois ou de la nouvelle constitution ; le gouvernement travaillant à sa visibilité.

 

Troisième étape :

1. Formation d’un nouveau gouvernement conformément à la Constitution adoptée selon les modalités précédentes.

 

2. Tenue d’une « Conférence de Réconciliation Nationale », et déclaration d’une amnistie générale pour ceux qui ont été emprisonnés en raison des événements, avec maintien de leurs droits civils.

 

3. Travaux préparatoires pour la réhabilitation des infrastructures, la reconstruction, et l’indemnisation des citoyens pour les dommages subis du fait des événements.

 

Concernant l’amnistie générale, elle se fera en effet avec la conservation des droits civils, car l’État a le droit d’accorder la grâce dans le domaine du Droit public, alors qu’il ne dispose pas de cette possibilité dans le domaine du Droit des personnes… Je pense que lorsque nous serons arrivés à ce stade, il faudra que le pardon soit l’affaire de tous, non seulement par amnistie de l’État. Ce n’est qu’alors que nous parviendrons pratiquement à la « Réconciliation nationale », tout un chacun ayant pardonné à tous » !

 

Après tout ce qui s’est passé en Syrie, l’opposition qui refusera de participer aux pourparlers de Genève 3 devra assumer, devant les Syriens et le monde, la responsabilité d’avoir transformé la Syrie en foyer et couloir de passage à la pire espèce de terroristes ensauvagés, d’avoir été sourde aux avertissements et d’avoir vendu son âme au Diable.

 

Quant à l’opposition qui participera à ces mêmes pourparlers de Genève 3, elle devra expliquer, aux Syriens et au monde, pourquoi elle accepte maintenant ce qu’elle a refusé il y a trois ans, pourquoi ce qui est devenu halal aujourd’hui était haram hier, et qui sont les responsables du sang versé et de la dévastation du pays tout au long de ces années.

 

La seule différence entre ces deux types d’opposants, ceux qui refusent de participer et ceux qui acceptent, réside dans l’identité de ceux qui les exploitent et les financent. Ils sont dans la position de l’esclave obéissant ; avec d’une part, un maître qui ne cherche que le chaos et la destruction ; d’autre part, un projet où la Syrie est devenue l’arène de toutes sortes de pressions et de marchandages. Mais leurs effets sont désormais inopérants et leur fardeau est devenu plus lourd que les intérêts que leurs maîtres pouvaient en attendre.

 

Aucun de ces opposants n’a le droit de parler de trahison ou de coup dans le dos. Tous savent qu’ils ont ruiné leur pays et détruit sa civilisation, assouvissant la haine qui habite les dirigeants des Pays du Golfe, d’Ankara et de Paris [8] envers la Syrie pour ce qu’elle représente d’un point de vue historique et géographique. Tous savent que rien de ce qu’ils ont fait n’était syrien et que rien de ce qu’ils feront ne le sera, qu’ils participent aux pourparlers de Genève 3 ou pas.

 

Une telle opposition ne mérite que le gibet de potence de l’Histoire !

Nasser Kandil
28/01/2016
Mise en ligne CV : 29 janvier 2016

Source : Al-Binaa
http://www.al-binaa.com/ ?article=93669

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Le président al-Assad lance une solution politique de la crise en Syrie.
Texte intégral du discours du 06/01/2013
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article3119

[2] La vraie bataille pour la Syrie, celle dont les médias ne vous parleront jamais
http://reseauinternational.net/la-vraie-bataille-pour-la-syrie-celle-dont-les-medias-ne-vous-parleront-jamais/

[3] Communiqué final de la Réunion du Groupe d’Action pour la Syrie, à Genève le 30 juin 2012.
http://discours.vie-publique.fr/notices/122001263.html

[4] Syrie : de Vienne 1 à Vienne 2, un champ de mines ?
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article6554

[5] Résolution 2254 (2015). Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7558e séance, le 18 décembre 2015
http://www.un.org/fr/documents/view_doc.asp ?symbol=S/RES/2254%282015%29

[6] Syrie / Genève 2 : Nous sommes venus vous mettre face à vos responsabilités !
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article4263

[7] Encore et toujours, l’impasse pour l’opposition syrienne
https://www.lorientlejour.com/article/966856/encore-et-toujours-limpasse-pour-lopposition-syrienne.html

Plusieurs membres du CNS ont dénoncé, ces derniers jours, les propos de Kerry concernant la formation d’un gouvernement d’union nationale et la candidature d’Assad aux élections futures…

[8] Communiqué final de la réunion des « forces de la révolution et de l’opposition syriennes » (10 décembre 2015)
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/la-france-et-la-syrie/actualites-2015/article/communique-final-de-la-reunion-des-forces-de-la-revolution-et-de-l-opposition

NB : Aux dernières nouvelles de cette nuit sur Al-Mayadeen TV, les membres du haut comité des négociations [HCN] de ces « forces de la révolution et de l’opposition syriennes » dont le négociateur en chef est Mouhamad Allouche du groupe terroriste armé Jaïch al-Islam, auraient déclaré qu’ils ne participeront pas aux pourparlers de Genève 3.

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