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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 16:27

ORDRE DU JOUR

I Approbation du Procès verbal de la séance du Conseil Municipal du 18 juin 2015.

Il Décisions prises par Le Maire en intersession.

lll Points nouveaux soumis au Conseil Municipal :

1. Modification de la désignation des membres des commissions municipales.

2. Modification du représentant au CCAS suite à la démission d'un membre.

3 Modification des désignations des représentants du Conseil Municipal au SIVOA et au CLIC du Val d'Orge.

4 Désignation des représentants suppléants du Conseil Municipal au SIREDOM.

5 Approbation de l'arrêté de périmètre du nouvel Etablissement Public de Coopération Intercommunal.

6 Sollicitation d'une subvention départementale dans le cadre du plan de relance de l'investissement des collectivités essonniennes..

7. Modification des droits de voirie et occupation du domaine public.

8. Mise en vente d'une partie du bien immobilier communal sise 22 impasse Pasteur section AE56.

9. Autorisation donnée au maire de signer une demande de .déclaration préalable de division foncière de la parcelle AE56.

10. Compte-rendu d'activité relatif à l'exercice 2014 de la SORGEM. '

11. Abattements de la taxe d'habitation (part communale).

12. Suppression de l'indemnité de conseil du Trésorier Principal. ' *

13, Convention avec le C.l.G. relative au remboursement des honoraires des médecins de la Commission lnterdépartementale de Réforme.

14 Convention avec le C.l.G. relative à la mise à disposition d'agents de catégorie A pour effectuer des missions de remplacement ou de renfort au sein de la commune. _,

15. Délibération fixant la liste des emplois et les conditions d'occupation des logements de fonction.

16. Revalorisation du tarif de vacation du psychologue du Multi Accueil et augmentation du nombre d'heures au bénéfice de l`ALSH.

IV Points d'information :

  • Signature du PC de la maison médicale.
  • Retrait du recours contre le PLU. ' _
  • Avancement du dossier d'aménagement^de la Coulée Verte.
  • Remise en état des vestiaires foot.
  • Installation du CLAS au sein du RDC du bâtiment Pablo Neruda.
  • Prise de fonction du responsable Régie des services techniques.

VI Questions diverses :

Vous trouverez jointes à la présente convocation et, en application de l'article L.2121-12 du CGCT. les projets de délibération accompagnés des notes de synthèse nécessaires à votre information.

Je compte sur votre participation et vous prie d'agréer, Mesdames, Messieurs, Chers (es) collègues, l'assurance de mes salutations les meilleures.

Signé Le Maire Lamarre Leroux

Commentaires de JF

Il va de soi que les notes de synthèse et, éventuellement les textes de références sont strictement confidentiels et réservés aux seuls élus.

Par ailleurs les procès verbaux n’étant publiés sur le site de la commune que plusieurs mois après la date du conseil, sans qu’aucun élu n’y trouve à redire, alors que les décisions prises sont immédiatement exécutables, il ne reste aux villiéraines et aux villiérains qu’à en honorer les conséquences financières en tant que contribuables ou utilisateurs des prestations servies par la commune, les associations étant contraintes de majorer le montant de leurs cotisations et le coût de leurs prestations pour équilibrer leurs comptes.

A propos de la publicité des séances du conseil municipal, préparation, notes de synthèse, documents de références, convocations, ordre du jour, déroulement, compte rendu, Pv…

(R) Appel au règlement:

Le compte rendu de la séance doit être affiché sous huit jours en application de l'article L. 2121-25 du CGCT. Il appartient au maire de préparer ce compte rendu et il a la responsabilité de faire procéder à son affichage à la porte de la mairie. Ce compte rendu plus succinct que le PV retrace les décisions prises par le conseil municipal sur les affaires inscrites à l'ordre du jour, sans détailler les débats. Les noms des conseillers ayant pris part aux délibérations peuvent être mentionnés, afin de vérifier le respect des dispositions de l'article L. 2131-11 du CGCT visant à interdire la participation aux délibérations des conseillers personnellement intéressés aux l'affaire qui font l'objet. des délibérations…

L’affichage du compte rendu constitue une formalité de publicité, nécessaire au déclenchement des délais de recours contentieux à l'encontre à toute personne en vertu de l'article L. 2121-26 du CGCT.

Par conséquent il semble logique que tous les documents inclus dans le compte rendu, y compris les textes de références, d’un conseil municipal deviennent, dès affichage, dans les délais, librement et gratuitement accessibles, surtout par Internet, ce qui n’augmenterait pas la charge de travail du personnel communal, par toute personne souhaitant soit les consulter soit en obtenir copies.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 16:11

Un résumé d'Histoire contemporaine, pour découvrir qui tire les ficelles  par Bassam Tahhan

 

 

 

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 15:16
L’OTSC arrive en Irak et en Syrie

par Thierry Meyssan réseau Voltaire

 

L’intervention de l’OTSC contre le terrorisme en Irak et en Syrie peut être le début d’un ordre mondial fondé sur la coopération et la défense des populations ou, au contraire, d’une période d’affrontement Est-Ouest dans laquelle l’Occident soutiendrait ouvertement le terrorisme. Contrairement à une idée reçue, ce déploiement militaire vise moins à défendre l’Irak et la République arabe syrienne que les États-membres de l’OTSC eux-mêmes. Il n’est donc pas négociable. Les débats de l’Assemblée générale de l’Onu et du Conseil de sécurité du 30 septembre permettront de connaître la réponse de Washington et de ses alliés à l’OTSC. Quoi qu’il en soit, plus rien ne sera comme avant.

 

Alors que la presse occidentale persiste à discuter d’un possible soutien militaire russe au président Bachar el-Assad, l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) a décidé de lutter contre le terrorisme en Irak et en Syrie.

Il semble que les Occidentaux n’ont toujours pas compris les conséquences de leur politique.

 

Une question existentielle pour l’OTSC

Rappelons que l’OTSC est une alliance militaire classique de six anciens États membres de l’Union soviétique : la Biélorussie, la Russie, l’Arménie, le Tadjikistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan. À la différence de l’Otan et du Pacte de Varsovie, dans lesquels les États membres perdent leur souveraineté (au profit des États-Unis et du Royaume-Uni dans l’Otan, de l’URSS dans le Pacte de Varsovie —ce qui contrevient à la Charte des Nations unies—), les États membres de l’OTSC conservent leur pleine souveraineté, ne placent pas leurs armées sous le commandement de la principale puissance de leur alliance, et peuvent se désolidariser à tout moment de cette alliance . L’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ouzbékistan se sont ainsi retirés librement de cette organisation pour se tourner vers le Guam et l’Otan.

 

Depuis les années 80, —avant même que n’existent les États membres de l’OTSC— les États-Unis et l’Otan déploient un système de missiles, d’abord tourné contre l’URSS, aujourd’hui encerclant l’OTSC. Ces missiles, censés détruire les missiles intercontinentaux adverses dans leur phase de décollage, ne peuvent en réalité que détruire des aéronefs évoluant à faible vitesse et en aucun cas les missiles hypersoniques russes. Présentés par le Pentagone comme une arme défensive —ce qu’il était peut-être à l’origine—, ce « bouclier anti-missiles » ne peut donc avoir qu’un usage offensif. L’OTSC est le seul groupe d’États au monde à être ainsi directement menacé par des missiles pointés sur lui à ses frontières.

 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’URSS puis les États membres de l’OTSC, assistent au recrutement des Frères musulmans par la CIA et à l’emploi de certains de leurs membres ou ex-membres par les États-Unis

 

pour les déstabiliser. Ainsi les hommes d’Oussama Ben Laden (formé par le frère de Sayyid Qutb) et d’Ayman al-Zaouahiri (qui avait rejoint la Confrérie un an avant l’arrestation et l’exécution de Sayyid Qutb) combattirent-ils l’URSS en Afghanistan, puis la Russie en Yougoslavie et enfin sur son propre territoire dans le Caucase .

 

En 2011, les États membres de l’OTSC ont assisté à une opération de l’Otan, le « Printemps arabe », visant à renverser des régimes ennemis aussi bien qu’amis au Moyen-Orient au profit des Frères musulmans (Tunisie, Égypte, Libye, Syrie). Et depuis 2014, ils assistent au triomphe de l’idéal des Frères musulmans avec la proclamation d’un califat remettant en cause à la fois le droit international et les droits de l’homme. Actuellement, ce califat a confié ses postes d’officier majoritairement à des islamistes venus de l’ex-URSS, parfois même de pays membres de l’OTSC.

 

Le 1er août, l’Ukraine et la Turquie (membre de l’Otan) ont annoncé la création d’une « Brigade islamiste internationale », formée de combattants d’Al-Qaïda et de Daesh, et stationnée à Kherson (Ukraine) [5]. Cette Brigade se propose de combattre la Russie en Crimée.

En d’autres termes, sauf à intervenir maintenant contre le terrorisme, l’OTSC devra bientôt affronter à la fois un ennemi extérieur, l’Otan et ses missiles, et un ennemi intérieur, les islamistes initialement formés par l’Otan.

 

La réunion de l’OTSC à Douchanbé

Le 15 septembre, l’OTSC a tenu la réunion annuelle de ses chefs d’État à Douchanbé (Tadjikistan). Comme je l’avais annoncé il y a un mois , le président russe, Vladimir Poutine, a présenté à ses collègues les études réalisées par ses armées sur la possibilité de combattre dès à présent le califat, avant qu’il n’entre massivement dans le territoire de l’OTSC.

 

Le président Poutine était parvenu à convaincre préalablement ses partenaires qu’il ne les engageait pas à soutenir les ambitions de la Russie en Syrie, mais bien de répondre à une menace directement dirigée contre l’OTSC.

 

En définitive, l’OTSC décida de se déployer en Irak et en Syrie pour combattre l’ensemble des jihadistes, qu’ils se réclament ou qu’ils soutiennent Daesh ou al-Qaïda. Cette opération est légale en droit international car elle répond aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies relatives à la lutte contre le terrorisme. Elle prolonge d’ailleurs l’opération, elle aussi légale, de la Coalition formée par les États-Unis contre le seul Daesh.

 

Cependant, à la différence de cette Coalition, l’OTSC entretient de bons rapports à la fois avec les gouvernements irakien et syrien ce qui lui permet d’envisager une bien plus grande efficacité.

 

De manière à préparer l’intervention de l’OTSC, un couloir aérien a été installé entre l’Organisation et la Syrie. Il devait au départ passer au dessus des Balkans, mais les alliés des États-Unis s’y sont opposés à l’exception de la Grèce. Ce couloir a donc été installé au dessus de l’Iran et de l’Irak. En moins d’une semaine, de très importantes quantités de matériel et plus de 2 000 hommes ont été acheminés. Techniquement, l’OTSC dispose de la capacité de déployer jusqu’à 50 000 hommes en moins de deux semaines.

 

Le forum des Nations unies

Par souci d’efficacité et sans préjuger de la bonne ou de la mauvaise foi occidentale, les chefs d’État de l’OTSC ont prévu d’intervenir devant l’Assemblée générale de l’Onu (à partir du 28 septembre) pour appeler la communauté internationale à unir ses efforts contre le terrorisme.

 

En outre, la Russie présidant le Conseil de sécurité pour le mois de septembre, Vladimir Poutine —qui n’est pas venu à l’Onu depuis une décennie— présidera la séance du 30 septembre consacrée à la lutte contre le terrorisme en Irak et en Syrie.

 

Dans le cas où la Coalition et l’OTSC trouveraient un accord, elles pourraient mener des actions communes ou se répartir le travail (l’Irak pour la Coalition et la Syrie pour l’OTSC). Dans le cas contraire, les deux organisations conduiraient des campagnes distinctes en essayant de ne pas se gêner mutuellement.

 

Du point de vue atlantiste, la campagne de l’OTSC profitera à la République arabe syrienne et garantira la poursuite du mandat du président élu Bachar el-Assad que l’Otan souhaitait renverser. Cependant, il est faux de prétendre que cette intervention a été conçue pour sauver la Syrie de l’Occident. En effet, lors de la préparation de la Conférence de Genève, en juin 2012, le président Poutine avait envisagé de déployer l’OTSC comme force de paix . Le général Hassan Tourekmani, alors président du Conseil de sécurité national syrien, avait entrepris diverses démarches pour l’accueillir. Cependant, ce déploiement n’avait pas eu lieu d’une part parce que l’Organisation n’avait pas encore signé d’accord avec l’Onu et d’autre part parce que deux membres de l’OTSC ne se sentaient pas alors directement menacés par la situation en Syrie.

 

Du point de vue de l’OTSC, la proposition faite aux Occidentaux les contraindra à clarifier leur politique. En effet, jusqu’à la signature de l’accord entre Washington et Téhéran, le 14 juillet, la Coalition anti-Daesh, loin de combattre le terrorisme, a parachuté régulièrement et à grande échelle des armes aux jihadistes. Cependant, au cours des dernières semaines, la Coalition a effectivement combattu Daesh. Ainsi, a-t-elle lancé, fin juillet, un bombardement massif en coordination avec l’Armée arabe syrienne et ses milices (le YPG kurde et le Conseil militaire syriaque) pour défendre Hassaké. Cette opération, que la Coalition n’a pas publicisée, permit d’éliminer environ 3 000 jihadistes.

 

En outre, la Maison-Blanche a d’ores et déjà indiqué qu’elle était ouverte « à des discussions tactiques et pratiques avec les Russes ». Le Foreign Office a déclaré ne plus s’opposer à ce que « le président syrien reste au pouvoir pour une période de transition si cela peut contribuer à résoudre le conflit ». Rejoignant le mouvement, le ministre français des Affaires étrangères a laissé entendre qu’il accepterait de laisser le président el-Assad terminer le mandat que son peuple lui a confié en déclarant : « Doit-on dire au peuple syrien que M. Bachar al-Assad détiendra le pouvoir exécutif au cours des quinze prochaines années ? Si on dit cela, il n’y a pas de solution possible. Entre dire cela et exiger le départ immédiat de M. Bachar al-Assad, il y a une marge. Cela s’appelle la diplomatie. » .

 

Conséquences de l’intervention de l’OTSC

Contrairement à une idée fausse répandue dans la presse atlantiste, la lutte contre le terrorisme en Irak et en Syrie n’est pas une affaire de décennies, mais de quelques mois pourvu que tous les États cessent leur soutien clandestin aux jihadistes.

 

Dans le cas d’un désaccord à l’Onu, la presse occidentale devrait dénigrer l’action de l’OTSC en mettant en valeur les pertes civiles. En effet, malgré toutes les précautions, il n’est pas possible de bombarder les terroristes sans « dommages collatéraux ». Chaque chef islamiste dispose de trois « épouses » et, suivant leur exemple, des jihadistes de plus en plus nombreux ont fait des prisonnières qu’ils ont réduit en esclavage et « épousées ».

 

Dans le cas contraire, on ne devrait jamais entendre parler de ces victimes et la guerre devrait être finie en Syrie pour la Noël orthodoxe, même s’il faudra une bonne année avant que la situation ne soit complètement stabilisée sur tout le territoire.

À retenir :
L’OTSC interviendra à partir d’octobre 2015, à la fois en Irak et en Syrie, contre les individus classés comme « terroristes » par l’Onu, à savoir al-Qaïda, Daesh et tous les groupes qui se sont alliés à eux.
L’OTSC ne cherche pas à venir en aide à Haïder al-Abadi ou à Bachar el-Assad, mais est directement menacée par les jihadistes.
Les jihadistes ne sont pas en mesure de résister longuement à une alliance internationale si celle-ci inclut l’Irak et la Syrie.
Les États-Unis, qui ont déjà mené secrètement une vaste opération conjointe avec l’Armée arabe syrienne à Hassaké, sont prêts à un accord avec l’OTSC. Leurs alliés britanniques et français sont prêts à renoncer à renverser la République arabe syrienne.

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 16:06
Par Jean Lévy et Claude Beaulieu

Origine  par Comité Valmy

 

 

KKE : La stratégie Papariga-Koutsoúmbas de "classe contre classe" et de la "nécessité du socialisme maintenant" est-elle pertinente ?

 

(note de JF: Même si l'interrogation est légitime mieux vaut attendre les prolongements avant de trancher, d'ailleurs je ne suis pas convaincu que le KKE se soit pour l'instant enfermé dans une stratégie classe contre classes, de nombreux indices montrent qu'il recherche des alliances pour mettre fin au pouvoir sans partage du Capital. D'ailleurs autre questionnement ou commence ou se termine le socialisme? Est-ce une transition vers une société plus évoluée ou une nouvelle version de la fin  de l'histoire?) 

 

Ce vote est salué par François Hollande, Bernard Guetta et Martin Schulz, comme une victoire de la social-démocratie. Exit, pour ces derniers du Pasok, leur ex-parti frère, relégué au magasin des accessoires.

 

 

Le PS joue Tsipras et Syriza.

Pour le chef de l’État « C’est un succès important pour Syriza, pour Tsipras et pour la Grèce qui va connaître une période de stabilité avec une majorité solide et avec des dirigeants, et notamment Alexis Tsipras qui a courageusement défendu ses positions et notamment l’accord conclu au Conseil européen le 13 juillet », a déclaré François Hollande, qui se rendra à Athènes « sans doute dans les prochaines semaines ». « Avec Alexis Tsipras, nous avons convenu de travailler ensemble avec d’autres pour que cette idée de la gauche puisse être promue en Europe »

 

L’hommage appuyé ainsi réservé par le président de la République, au parti qui se voulait, il y a six mois encore, révolutionner la politique grecque en renversant la table de l’austérité, chasser la troïka du pays et redonner à celui-ci indépendance et souveraineté, a de quoi surprendre ceux qui, encore aujourd’hui, placent en Syriza et Tsipras le renouveau de la gauche européenne…

 

Mais si Syriza a remporté la mise, peut-on dire qu’il s’agit d’une victoire ?

Examinons les chiffres.

Le premier enseignement de ce premier scrutin grec est celui de la lassitude. Le niveau de l’abstention (près de 45 %) est le principal fait de la soirée. C’est dix points de plus qu’en janvier et si l’on ajoute les bulletins blancs ou nuls (2,5 % des suffrages contre 0,5 % en janvier), on peut prendre la mesure du désaveu de la politique en Grèce.

 

Ces chiffres réduisent d’autant la popularité apparente de Tsipras : moins d’un Grec sur cinq est resté fidèle à son mouvement, alors que près d’un sur deux a refusé de mettre un bulletin dans l’urne. Pourtant un porte-parole de Syriza a annoncé dans la soirée que le parti mettrait en œuvre le plan conclu avec les créanciers internationaux tout en continuant à négocier sur les conditions de son application...

 

Le sentiment dominant demeure la désaffection de la population grecque vis-à-vis de la politique, et plus encore de la « gauche » et de ceux qui en revendiquent l’héritage.

 

Cette désespérance a touché en premier les candidats de l’Unité populaire, autour des vingt-cinq députés qui avaient quitté Syriza s’estimant trahis du fait de la capitulation de sa direction. Ils recueillent moins de 3% des suffrages. D’autres listes issues, elles aussi de Syriza n’atteignent pas 1%. Un vote en faveur des listes dissidentes aurait signifié une confiance en l’avenir.

 

Or, c’est la résignation qui règne.

Ce sentiment touche les électeurs de Syriza : ceux qui s’en sont détournés comme ceux-ci qui ont estimé que Tsipras serait « moins pire » que la droite revenue au pouvoir. On connaît la chanson en France. Et on sait ce que cela a donné !

 

Le KKE obtient lui, 5,5%, loin des 8,48 réalisés par Aléga Papariga en mai 2012. Il perd 37 582 voix mais conserve ses 15 députés (contre 26 en 2012). Ces élections sont un avertissement. Sa stratégie « Classe contre classe », de rejet de toutes les autres sensibilités, systématiquement considérées comme étant au service du Capital, l’a isolé. Cette démarche stratégique a démontré son inefficacité et l’on peut estimer que la recherche d’un rassemblement anti-oligarchique, mettant en avant la reconquête de l’indépendance nationale, aurait été plus adaptée à la lutte contre l’euro dictature.

 

Les autres partis ont également pâti de la désaffection populaire. « Nouvelle démocratie », le mouvement traditionnel de la droite, qui a gouverné la Grèce en alternance avec le Pasok, durant des décennies, obtient 28, 1%.

 

« Aube doré » qui regroupe les nostalgiques de la dictature des colonels, totalise 6,96% et conforte sa position de troisième force du pays, tout en perdant aussi des voix.

 

Quelle leçon à tirer de la situation grecque ?

En terre hellène comme en France et sur tout le continent soumis, aucun changement démocratique ne peut être envisagé dans le cadre de l’Union européenne. Les financiers tiennent non seulement les cordons de la bourse, mais ils tirent les ficelles politiques des gouvernements qu’ils se proclament de « gauche » ou qu’ils se revendiquent de droite. Le grand patronat ne s’est pas, depuis des lustres, investi dans la construction européenne pour permettre à quelque peuple insolent de déroger à la règle : la dictature des marchés. Ceux qui, au PCF entre autres, nous chantent le grand air de l’Europe sociale, trompent les Français.

 

L’expérience grecque nous en démontre la triste actualité.

 

 

 

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19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 14:13

Depuis le début de la « guerre colonialiste » contre la Syrie, nombre de journalistes et d’organes de presse se sont comportés en récepteurs et consommateurs de la propagande occidentale et sioniste, si bien que le panorama médiatique actuel est envahi par une sémiotisation mise au service de cette agression, au point que même certains de nos collègues arabes participent candidement à la promotion des mythes fabriqués à cet effet et dont voici les derniers :

1. Le mythe des migrants fuyant le régime syrien

Un mythe tombé devant le fait que la majorité de ceux qui sont prouvés faire partie de l’exode de citoyens syriens venait des zones contrôlées par les groupes terroristes.

Ainsi, depuis que le père de l’enfant Aylan a déclaré que sa famille fuyait l’enfer de DAECH, la fièvre de l’exploitation médiatique de son petit corps étendu sur une plage deTurquie s’est relativement calmée d’elle-même, sans la moindre enquête sérieuse pour mettre un terme à la désinformation première, sans jamais admettre que ces gens fuyaient les terroristes takfiristes soutenus par les États occidentaux et, à plus forte raison, sans jamais mettre en lumière les millions de déplacés qui ont préféré rester dans leur pays en rejoignant les zones contrôlées par l’État syrien accusé de tous les maux.

La vérité a quand même explosé devant les caméras des chaînes européennes quand des réfugiés syriens ont ouvertement déclaré que leur tragédie était la conséquence du terrorisme, certains allant jusqu’à dire que les États occidentaux avaient détruit leur pays en leur expédiant les terroristes qui les avaient poussés à l’exil et qu’en conséquence, ils avaient le droit d’exiger accueil et assistance pour leur propre sécurité. Un état d’esprit qui n’a pas pu échapper aux observateurs et qui pourrait expliquer le revirement de certains États européens en direction de Damas.

2. Le mythe d’une discrimination de la part du régime Syrien

Un mythe fondé sur l’idée que cet exode, concernant une certaine catégorie de Syriens résidant dans les campagnes et favorables aux terroristes, allégerait le fardeau de l’État syrien ; idée scabreuse, pour ne pas dire raciste, en totale contradiction avec la réalité syrienne.

L’État syrien continue à assumer, autant que possible, toutes ses obligations dans toutes les régions du pays, même celles qui sont actuellement sous le contrôle des organisations terroristes, prenant à sa charge une vaste opération de secours et de soutien aux millions de déplacés à l’intérieur du pays. C’est la conception même du président Bachar al-Assad qui, depuis le début des événements, a donné ses instructions et veille à ce que les salaires et les produits subventionnés continuent à être régulièrement distribués à tous les citoyens, notamment à ceux qui sont piégés dans les zones où sévissent les terroristes, et s’acharne à poursuivre les réconciliations [Mousalaha] pour récupérer ceux qui se sont compromis dans la « rébellion armée » selon une vision globale axée sur la libération de toute la Syrie du fléau terroriste.

3. Le mythe de la Syrie « utile »

Un mythe censé s’appliquer aux régions densément peuplées, pour nourrir sciemment un autre mythe tournant autour de la partition prétendument inévitable du pays, en régions dites « utiles » contrôlées par l’État syrien et régions supposées « inutiles » dont les territoires et les habitants seraient livrés aux terroristes takfiristes.

Un mythe qui a pour objectif de faire croire aux habitants des régions supposées « inutiles », qu’ils sont eux-mêmes inutiles afin qu’ils se résignent à l’idée d’avoir été abandonnés par leur État, leur Armée et leur Président, qui n’ont jamais cessé de résister et se battent pour récupérer chaque pouce du territoire, quel que soit le coût de la victoire.

Un mythe qui est d’autant plus criminel lorsqu’il est repris par des Syriens inconscients du piège tendu par la propagande colonialiste et du service rendu à l’ennemi.

Un mythe qui est d’un non-sens absolu lorsqu’il s’agit d’une patrie et que c’est justement dans les régions supposées « inutiles » que se concentrent les ressources agricoles et pétrolières, ainsi que d’importants centres industriels, sans parler des joyaux de l’histoire de l’humanité et de la civilisation, ni de la mémoire de leurs habitants qui ont contribué à l’histoire de la Syrie libre, indépendante et souveraine.

4. Le mythe d’une participation militaire accrue de la Russie et de l’Iran

Ces dernières semaines la presse sioniste a lancé une campagne d’informations « fuitées » concernant l’augmentation du niveau de soutien militaire de la Russie et de l’Iran à l’Armée arabe syrienne [1][2], le but évident de la manœuvre étant de fournir à la diplomatie étatsunienne une carte politique susceptible de faire pression lors des futures négociations internationales et régionales.

Mais au bout de bientôt cinq années d’une guerre mondiale au cours de laquelle :

  le chef d’État-Major des armées des États-Unis, le général Martin Dempsey, a été dépêché à Istanbul, à la base d’Incirlik en Turquie, à Aman en Jordanie et ailleurs, pour diriger les cellules des opérations militaires contre Damas ;

  une centaine de pays menés par les États-Unis, notamment par Hillary Clinton suivie de John Kerry, ont mobilisé leurs capacités politiques, financières et militaires pour abattre la Syrie qui luttait seule contre le terrorisme international qu’ils nourrissent encore ;

  tous les gouvernements de cette alliance mondiale notamment ceux des États-Unis, de la France, de la Grande Bretagne, d’Israël, d’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, de la Jordanie, ont dépassé toutes les limites au mépris de toutes les règles et de toutes les chartes internationales, envoyant secrètement des unités spéciales de leurs armées pour encadrer les terroristes sur le terrain, en plus de les soutenir ouvertement ;

qu’est-ce qui devrait empêcher les alliés russes et iraniens d’expédier des unités combattantes pour soutenir l’Armée arabe syrienne, étant donné que l’Occident colonialiste et ses agents tenteront de pousser le terrorisme dans leur direction à partir de leurs deux laboratoires en Irak et en Syrie, comme ils l’ont déjà réorienté d’Afghanistan vers les pays arabes sous couvert du cadeau printanier empoisonné par la confrérie islamiste ?

Ghaleb Kandil
11/09/2015

Source : New Orient News
http://www.neworientnews.com/index.php/news-analysis/17581-2015-09-11-08-04-28

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Russian jets in Syrian skies : Russia has begun its military intervention in Syria, deploying an aerial contingent to a permanent Syrian base, in order to launch attacks against ISIS and Islamist rebels ; US stays silent.
Alex Fishman
Published : 08.31.15, 15:34 / Israel News

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4696268,00.html

[2] Moscou n’a pas entamé d’opération militaire en Syrie, contrairement aux dires des médias israéliens
http://francais.rt.com/international/6343-moscou-pas-doperation-syrie

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 17:09
et quelques autres...

dimanche 6 septembre 2015 repris sur Comité Valmy

 

A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Palmiro Togliatti, Domenico Losurdo est revenu sur son apport et ses liens avec Antonio Gramsci. Où il est aussi question d’Hegel, d’Adam Smith, de Lénine...

Domenico Losurdo est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université d’Urbino

L’année 2014 est celle du cinquantenaire de la mort Palmiro Togliatti, qui fut un dirigeant prestigieux du Parti communiste italien. Dans notre pays, PalmiroTogliatti est plutôt tombé dans l’oubli, contrairement à son compagnon de lutte, Antonio Gramsci, et il faut espérer que cet anniversaire permette de revenir sur sa vie et son rôle. Pour l’heure, quand on mentionne son nom c’est parfois pour l’opposer à Gramsci. C’est ainsi ce que fait Martin Rueff dans un recueil de textes de Gramsci édité récemment par un éditeur de grande diffusion. Dans sa présentation, il s’en prend à un « mythe qui a la vie dure », celui qu’aurait créé Togliatti selon lequel Gramsci était « avant tout un homme de parti ». Il y a là quelque chose d’affligeant quand on pense aux efforts passionnés de Togliatti pour faire connaître l’œuvre de Gramsci, efforts sans lesquels elle serait peut-être tombé dans l’oubli. Domenico Losurdo faisait déjà état de ces tentatives d’opposer les deux hommes dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique, en considérant qu’elles étaient sans fondement. Il utilisait dans ce livre le terme « groupe ordinoviste », du nom du journal L’Ordine nuovo durant le mouvement turinois des conseils d’usine, ce qui est déjà une façon de réfuter la vision d’un Gramsci comme penseur isolé, auteur d’analyses certes géniales mais inappliquées ou incomprises. Il revient dans cet entretien sur l’apport de ces deux personnalités qu’on ne peut séparer, Togliatti et Gramsci.
Eric Le Lann

Commençons par le rapport de Gramsci et Togliatti au libéralisme. Tu cites à ce sujet Togliatti : « la fonction de libération » des libéraux « est passée à d’autres », écrit-il.

 

Domenico Losurdo. Je voudrais faire d’abord une considération générale, bien sûr Togliatti et Gramsci sont des personnalités différentes mais ils ont une caractéristique commune, je vais le dire en langage philosophique, c’est l’évaluation qu’ils font de l’universalité. Tous les deux sont d’accord sur la signification universelle de la Révolution d’Octobre, mais tous les deux pensent que l’universalité n’exclue pas les caractéristiques particulières de chaque nation, de chaque situation déterminée. Pour eux, il ne s’agit donc pas de reproduire une expérience mais de la traduire dans une culture nationale. Et ce n’est pas un hasard s’ils discutent avec les grandes personnalités de la culture italienne de leur temps telles que Croce et Gentile, et pas seulement avec celles de l’Internationale socialiste ou de l’Internationale communiste.

 

Tous deux ont appris de Lénine cette thèse d’Hegel : « l’universalité est telle dans la mesure où elle est capable d’embrasser le particulier concret » (le désir d’émancipation des classes subalternes, des peuples opprimés, des femmes), et de se traduire dans une culture nationale déterminée.

 

C’est dans ce cadre que se pose la question du libéralisme. Le marxisme est pour eux le résultat d’un long processus. Il y a longue tradition derrière Gramsci et Togliatti. Déjà Engels avait écrit que le prolétariat était l’héritier de la philosophie classique allemande. Chez Lénine il y a une affirmation plus forte encore : il évoque les trois sources et même les trois parties constitutives de la théorie de Marx, je souligne les mots, trois parties constitutives : la Révolution française, la philosophie classique allemande et l’économie politique classique.

 

Gramsci va plus loin. Il considère que le problème de l’héritage est un problème permanent. Le marxisme doit se développer, non dans l’isolement mais en discutant, en polémiquant avec les autres courants philosophiques et culturels. Gramsci a souligné plus fortement que personne ce thème de l’héritage mais ce thème de l’héritage, ce thème est commun à Gramsci et Togliatti. Dans la revue dirigée par Gramsci, Togliatti a aussi écrit beaucoup de choses sur la nécessité pour les communistes de reprendre l’héritage du libéralisme [1].

 

Tu insistes aussi sur la position commune de Gramsci et Togliatti face à l’héritage de la Révolution française. Tu évoques par exemple le fait que Gramsci publie dans L’Ordine nuovo un essai où l’historien Albert Mathiez compare jacobins et bolcheviks, ou le fait qu’il se démarque de Sorel.

 

Au début Gramsci n’a pas compris la fonction révolutionnaire du jacobinisme. Peut-être est-ce après la Révolution d’Octobre qu’il évolue. Pour Gramsci et Togliatti, la théorie de Marx n’est pas le « continent nouveau » dont parle Althusser, ni la révélation d’une prophétie religieuse, mais l’aboutissement d’un long processus historique où l’on ne peut négliger le rôle de la révolution bourgeoise, et notamment de la révolution bourgeoise française porteuse d’une radicalité, une révolution à laquelle ont participé des larges masses et qui a produit quelque chose qui va au-delà de la bourgeoisie.

 

Togliatti déclare, en 1925, « nous sommes arrivés (au marxisme) par la voie suivie par Marx, c’est-à-dire en partant de la philosophie idéaliste allemande (…) la voie royale par rapport à toute autre ». Tu rappelles qu’il avait entrepris dans sa jeunesse une traduction de la Phénoménologie de l’esprit d’Hegel. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet, et plus particulièrement quant au rapport des deux hommes à Hegel ?

 

Togliatti raisonne ainsi : il se pose la question « Quel est le parcours qui a conduit Marx à élaborer sa théorie ? » Il répond : Marx part d’Hegel et il en conclut c’est peut-être le meilleur parcours pour arriver au marxisme. Nous ne trouvons ni chez Gramsci ni chez Togliatti l’interprétation présentant Hegel comme un philosophe de la réaction. Je pense que ceux qui avancent cette interprétation n’ont rien compris à Hegel. Hegel est l’expression théorique de la Révolution française. Nous ne trouvons pas la réflexion la plus mûre sur la Révolution française chez les protagonistes de cette révolution mais dans la philosophie classique allemande et surtout chez Hegel.

 

Quels sont les points les plus importants de ce rapport de Togliatti et Gramsci à Hegel ?

 

D’abord l’histoire. Je cite la grande thèse d’Hegel dans la Philosophie du droit : la philosophie doit apprendre son temps dans le concept. Apprendre son temps, mais dans le concept, ce qui implique un effort de conceptualisation, de catégorisation.

 

Deuxième point, la catégorie d’Aufhebung (dépassement). Le dépassement, ce n’est pas la négation abstraite et totale, c’est hériter de quelque chose. Le dépassement de l’ordre bourgeois n’exclue pas l’héritage des meilleurs choses de la révolution bourgeoise

 

Troisième point, que je considère comme très important : chez Hegel, il n’y a jamais de logique binaire, de vision manichéenne, il y a toujours le conflit entre un droit et l’autre, tous les deux légitimes mais pas dans la même mesure. Et ce conflit, je l’appelle le conflit des libertés. Pour illustrer mon propos, je vais évoquer Adam Smith lorsqu’il réfléchit sur l’esclavage dans les colonies anglaises en Amérique à la veille de la révolte des colons contre le gouvernement de Londres. L’abolition de l’esclavage, dit Adam Smith, n’est pas possible sous un « gouvernement libre » mais plutôt sous un gouvernement despotique. Le « gouvernement libre » (les organismes représentatifs qui déjà existaient dans les colonies anglaises en Amérique) est alors monopolisé par les propriétaires d’esclaves et il n’abolira jamais l’esclavage. La liberté des esclaves noirs ne peut être réalisée qu’avec la répression des propriétaires d’esclaves. Pour Adam Smith, les amis de l’humanité doivent donc dans ce cas se prononcer pour le gouvernement despotique. Adam Smith ne dit pas ça parce qu’il est contre la liberté mais parce que dans cette situation la liberté des esclaves ne peut advenir sous le « gouvernement libre », sous le pouvoir d’organismes monopolisés par les propriétaires d’esclaves. La liberté des esclaves était plus importante que le self-government de la communauté blanche.

 

Ce conflit des libertés, on le retrouve dans toutes les grandes crises historiques. Hegel le voit dans la monarchie absolue. Celle-ci est despotique et critiquable en se sens mais elle a réprimé l’aristocratie féodale qui avait elle-même réduit la grande majorité de la nation dans l’esclavage. La monarchie absolue était d’un côté despotisme, de l’autre libération des serfs.

 

Hegel lit de cette façon la question sociale : « Un homme qui risque de mourir d’inanition a le droit absolu de voler le morceau de pain qui assure sa survie. » Pour Hegel, nous ne devons pas choisir alors entre le droit et la violation du droit, mais choisir entre la violation la plus grave du droit, qui est de condamner un homme à la mort, et une violation moins grave. Nous devons dépasser une situation dans laquelle le respect du droit peut comporter la mort par inanition. Il y a le droit de propriété, qu’Hegel ne remet pas en cause, et le droit à la vie. Pour Hegel, les deux droits dont on parle ici sont toux les deux légitimes, mais le second est bien plus important.

Voilà pourquoi, je crois qu’on ne peut négliger la grande leçon d’Hegel.

 

Venons-en à l’expérience du mouvement turinois des Conseils d’usine. Quelles leçons Gramsci et Togliatti, qui animaient durant ce mouvement le journal L’Ordine nuovo, tirent-ils de ce moment historique ?

 

Gramsci et Togliatti affirment la valeur universelle de la Révolution d’Octobre, mais pour eux on doit traduire cette universalité dans une situation nationale déterminée. Et pour eux, quelque chose en Italie peut ressembler aux soviets et ce sont les conseils d’usine. C’est une création spontanée des masses mais il faut faire l’effort de lui donner une formulation mûre sur les plans théorique et politique.

 

Pour Gramsci, les conseils d’usine ne doivent pas seulement organiser la grève pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, mais être le noyau du nouvel ordre, de la nouvelle société, des nouveaux rapports de production. Gramsci est très polémique avec le mouvement anarchiste, incapable de faire tout ça. Pour comprendre la rupture radicale de Gramsci avec l’anarchisme, qui était présent même dans le mouvement révolutionnaire, on doit penser à la lecture que Gramsci fait de la Révolution d’Octobre, et plus précisément à la réponse qu’il apporte à la question « de quelle façon la Révolution d’Octobre a-t-elle triomphé ? ». Gramsci voit les bolcheviks comme une « aristocratie d’hommes d’Etat » (c’est une citation du journal L’Ordine nuovo) - et c’est peut-être là sa plus grande originalité – il voit en Lénine « le plus grand homme d’Etat » de son époque. Cela parce qu’après l’infâme guerre impérialiste la nation russe était menacée de disparition et de balkanisation. Dans cette situation, Lénine et les bolcheviks ont triomphé bien sûr parce qu’ils ont exprimé les sentiments de la classe ouvrière mais aussi parce qu’étaient porteurs d’une solution à la crise nationale, à la catastrophe nationale qui en avait été la conséquence.

 

Pour Gramsci, les conseils d’usine doivent démontrer qu’en exprimant les intérêts immédiats et stratégiques de la classe ouvrière, ils sont en mesure de donner une solution révolutionnaire, mais en même temps une solution pour la nation italienne tout entière, sortie dans une situation dramatique de la guerre. Il a une vision des conseils d’usine qui est loin du « trade-unionisme », pour reprendre cette catégorie de Lénine. Les conseils d’usine sont, toujours selon Gramsci, à la fois l’expression des intérêts du prolétariat et le noyau du futur Etat à construire.

 

Pour George Hoare et Nathan Sperber, auteurs d’une excellente Introduction à Antonio Gramsci, l’analyse du fascisme est un angle mort de la pensée de Gramsci. A l’opposé, Palmiro Togliatti semble un acteur majeur de la riposte du mouvement communiste au fascisme. Dans le livre, A l’ombre des deux T, Ceretti évoque la polémique de Togliatti avec Bordiga (qui fut secrétaire général du Parti communiste avant Gramsci) et plus précisément le discours de Togliatti lors d’une conférence clandestine du PCI à Florence prédisant "des années difficiles nécessaires au regroupement des forces prolétariennes afin de faire éclater les contradictions du fascisme et le renverser", contrairement à la position de Bordiga qui juge alors la révolution imminente. Il évoque aussi Stato operaio où Togliatti combat la thèse de Bordiga "fascisme = capitalisme". Y a-t-il divergence de ce point de vue ?

 

Nous ne pouvons pas comparer des personnalités dans des situations historiques différentes : Togliatti a eu plus de temps pour réfléchir au fascisme. Mais j’ajoute qu’il y a chez Gramsci une formulation que je ne partage pas : il parle parfois du fascisme comme d’une « révolution passive », où il y aurait des éléments de « plan ». L’application au fascisme de ce concept ne me semble pas convaincante. Mais il faut aussitôt relever que Gramsci a conduit la lutte contre Bordiga, qui portait une vision abstraite de l’universalité, une universalité incapable d’embrasser la particularité. Bordiga n’a jamais compris l’importance de la question nationale. Lorsque Gramsci est condamné par le tribunal fasciste, il est d’une grande lucidité : le fascisme, dit-il, conduira l’Italie à la ruine et la tâche des communistes sera de sauver la nation italienne [2].

 

Avec l’avènement d’Hitler, Gramsci écrit des choses importantes sur le nazisme. Il n’évoque pas seulement la brutalité de l’hitlérisme et la honte qu’il représente. Dès le début du IIIe Reich, en soulignant que le nazisme démontre la « fragilité de la civilisation moderne », Gramsci avait compris la catastrophe que représentait le nazisme pour la civilisation.

 

L’apport de Togliatti va au-delà de l’analyse : Togliatti est partie prenante de l’élaboration d’une réponse du mouvement communiste au fascisme. Ceretti raconte l’épisode de Thorez remarquant que Togliatti a utilisé l’expression "ami des travailleurs" dans un article sur un député socialiste italien et se demandant s’il fallait y voir le signe d’une évolution de l’Internationale communiste face à la menace d’Hitler, en clair d’une rupture avec la phraséologie renvoyant dos-à-dos socialiste et fascistes. "Ercoli (il s’agit du nom que Togliatti utilisait), écrit-il aussi, m’avait expliqué que le destin de l’Allemagne (...) conditionnait le cours de l’histoire". "Le désastre essuyé par la classe ouvrière allemande hantait les militants", poursuit-il. Ce désastre suivait celui essuyé par les forces progressistes italiennes...

 

Tu abordes là la question du social-fascisme. Bien sûr la théorie du social-fascisme a été une sottise et une catastrophe. On peut cependant relever que ce genre de choses était aussi agité par les sociaux-démocrates contre les communistes. C’est le cas de Kautsky pour qui le pouvoir soviétique était semblable ou pire que le fascisme. La sottise était des deux côtés. Togliatti comprenait que cette identification était une sottise, et déjà la lutte de Togliatti et Gramsci contre Bordiga était une lutte contre cette théorie : pour Bordiga, le fascisme était un changement de gouvernement comme les autres, alors que pour Gramsci et Togliatti c’était une chose qualitativement nouvelle et il n’y avait pas d’identification entre fascistes et socialistes. Ensuite, après l’assassinat de Matteotti, voire même avant, le Parti Communiste Italien appelle à l’unité d’action des communistes et des socialistes mais les socialistes sont plus réservés à ce sujet. Par la suite, Togliatti sera, avec Dimitrov, un des protagonistes du 7ème congrès de l’Internationale communiste. Mais lorsque, durant ce congrès, Dimitrov polémique avec le « nihilisme national », ce n’est pas une nouveauté pour lui, car il a déjà polémiqué au côté de Gramsci sur ce thème.

 

Le témoignage de Ceretti est aussi utile pour éclairer le rapport à l’Union soviétique. Il écrit : "un des rares jours où Togliatti était en veine de confidence, il m’avoua qu’il n’avait pas été facile de s’orienter dans cette lutte sans merci", qui a lieu au sein du parti bolchevik. Il signale aussi un épisode où Gramsci, alors à Moscou pour l’Internationale communiste, disparaît : il s’est en fait enfermé dans la pièce où l’on peut tout lire des débats internes au sein du parti bolchevik...

 

Il y a le fameux épisode de la lettre que Gramsci écrit en 1926 au Bureau Politique du PCUS. Il y a alors débat entre Gramsci et Togliatti. Togliatti serait pour une prise de position plus nette en faveur de la majorité, c’est-à-dire en faveur de Staline. Mais l’attitude de Gramsci va dans le même sens. Il espère que la contradiction ne va pas devenir « antagonique » mais il critique l’opposition trotskiste et parle avec ferveur de la NEP [3]. Elle est extaordinaire, la page que Gramsci consacre, en 1926, à l’analyse de l’URSS et du phénomène « jamais vu dans l’histoire » qui est implicite dans le pénible processus de construction d’une société socialiste ou postcapitaliste : une classe politiquement « dominante » en vient « dans son ensemble » à se trouver « dans des conditions de vie inférieures à des éléments et des couches déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires, qui continuent à supporter une vie de privations, sont désorientées par le spectacle du « nepman en fourrures et qui a à sa disposition tous les biens de la terre » ; et toutefois, cela ne doit pas constituer un motif de scandale en ce sens que le prolétariat, de même qu’il ne peut conquérir le pouvoir, ne peut pas non plus le maintenir, s’il n’est pas capable de sacrifier des intérêts particuliers et immédiats aux « intérêts généraux et permanents de la classe » [4]. Pour Gramsci, il n’y a pas d’identification entre situation politique et économique. La classe du prolétariat a conquis le pouvoir mais sur le plan économique elle n’a pas exproprié totalement la classe défaite, celle qui s’enrichit avec la NEP.

 

Il reproche à l’opposition de ne pas prendre en compte cette nouvelle situation historique. Il considère qu’il faut parfois faire des sacrifices économiques, mais garder le pouvoir.

 

En 1927, lorsqu’il visite la Russie, Walter Benjamin fait le même constat qu’il n’y a pas de correspondance entre richesse économique et pouvoir politique.

 

Venons-en aux Cahiers de prison écrits par Gramsci entre 1927 et 1937. Pour la petite histoire, Ceretti raconte dans son livre la colère de Togliatti lorsqu’il apprend que les malles où étaient gardés les manuscrits de Gramsci sont égarées lors du déménagement du Komintern, en 1941. Tout cela au moment où les Allemands sont aux portes de Moscou !

 

Il n’y a pas de doute sur le fait que Togliatti, et même l’Internationale communiste dans son ensemble avaient compris l’importance de l’élaboration de Gramsci. Togliatti a contribué non seulement à sauver les cahiers mais à leur publication. Sans son apport organisationnel, on ne peut comprendre la fortune immédiate de la publication des cahiers de prison. Togliatti était conscient de la grandeur de Gramsci, de son élaboration théorique.

 

Est-il exagéré de dire que les initiatives majeures prises par Togliatti à la Libération, je pense notamment à ce qu’on appelle le « tournant de Salerne » [5] trouvent leurs racines dans ces réflexions communes ?

 

Je veux tout d’abord évoquer une polémique qui s’est développée à propos du « tournant de Salerne ». Certains présentent cette intervention comme une initiative de Staline. Le discours de Togliatti à son arrivée à Naples est intéressant de ce point de vue. A l’époque, il y a encore la guerre, l’Italie n’est pas encore complètement libérée. Togliatti part de la révolution napolitaine de la fin du XVIIIe siècle ! Il n’est pas sur l’immédiateté politique, il reconstruit l’histoire de la révolution italienne, et pas seulement du mouvement révolutionnaire d’orientation socialiste ou communiste puisqu’il part de la révolution napolitaine de 1799 ! Cette réflexion sur la révolution italienne dans son ensemble est un grand thème de Gramsci, dont on sait qu’il a beaucoup réfléchi sur le Risorgimento [6] et ce n’est pas un hasard si Togliatti a publié un livre sur les réflexions de Gramsci à ce sujet. La définition de la résistance antifasciste comme « second Risorgimento », trace une ligne de continuité, avec bien sûr des discontinuités, entre le Risorgimento et la révolution antifasciste.

 

Qu’il s’agisse de Gramsci ou de Togliatti, la révolution sociale n’est jamais le nihilisme national, elle peut vaincre dans la mesure où elle fait appel à la plus grande partie de la nation.

 

Si l’opposition des deux personnages n’a pas de réalité historique ou politique, ne s’agit-il pas pour ses promoteurs de minorer le rôle du Parti communiste italien, comme intellectuel collectif pesant sur l’histoire ? L’oubli de Togliatti ne participe-t-il pas de cette vision ?

 

J’ai écris dans mon livre sur Gramsci que nous avons affaire à une attitude plus générale. Dans la gauche radicale, on dit qu’il faut retourner à Marx, et délaisser Lénine. Marx joué contre Lénine. Gramsci joué contre Togliatti. Pour Cuba, on choisit Che Guevara mais pas Fidel Castro. Pour l’Allemagne, on choisit Rosa Luxembourg mais pas Ernst Thälmann. J’ai appelé cette attitude “fuir l’histoire”. C’est une vision de la théorie détachée du mouvement réel, du mouvement communiste.

 

Chaque fois, on privilégie la personnalité qui, pour des raisons chaque fois différentes, n’a pas joué un rôle dans l’exercice du pouvoir d’Etat ou du pouvoir dans le parti. Comme Togliatti a été beaucoup plus longtemps que Gramsci secrétaire du PCI, qui a été arrêté, cette logique se met à l’œuvre.

 

Après la défaite de 1989 dans l’Europe de l’Est, la bourgeoisie essaie de diaboliser le mouvement communiste et Marx. Une tendance du mouvement communiste accepte cela et essaie de sauver quelque chose de Gramsci, de Che Guevara ou Rosa Luxembourg, en sacrifiant tout le reste.

 

Pour quelqu’un qui connaît mal l’Italie, il est difficile de saisir ce qui subsiste de cette expérience historique dans la réalité italienne. Je fais abstraction, bien sûr, de l’empreinte générale du mouvement communiste sur l’histoire de l’Europe et du monde. Peux-tu nous donner ton sentiment à ce sujet ?

 

Honnêtement, il subsiste très peu. Peut-être quelque chose au plan théorique mais au plan politique la situation italienne est catastrophique.

 

Pour conclure, quelle est selon toi l’actualité de la démarche de Togliatti et Gramsci dans la situation contemporaine ?

 

D’abord, je veux dire que je n’aime pas la façon dont cette question de l’actualité est posée le plus souvent. Ainsi dire que les thèses de Marx ont la même actualité qu’à l’époque où elles ont été formulées, ce serait dire que Marx n’a joué aucun rôle dans l’histoire, ce serait comme si Marx n’avait jamais contribué à modifier le monde qu’il a critiqué. L’actualité serait alors non pas un titre de mérite mais plutôt le contraire, la preuve d’un manque total d’efficacité sur le plan historique. Or, pour ne prendre que ces exemples, la condition ouvrière reste terrible mais personne ne nie aujourd’hui les droits politiques de la classe ouvrière pour lesquels Marx et Engels ont lutté ; Marx et Engels ont eu le mérite de souligner la question de l’émancipation de la femme, et la situation de la femme n’est plus aussi catastrophique qu’elle l’était en leur temps.

 

Pour en venir à Gramsci et Togliatti, il y a un fort élément d’actualité avec la lutte contre le néo-libéralisme et contre néo-colonialisme. Mais aujourd’hui le néo-colonialisme se présente sous une forme différente, les guerres contre la Libye, contre la Syrie, les campagnes contre la Chine ou Cuba se mènent au nom des droits de l’homme. Nous devons souligner qu’avant même de devenir communiste, Gramsci a toujours lié la question sociale dans les pays capitaliste à la question du réveil des peuples coloniaux. Nous ne sommes plus dans la situation que Lénine définissait comme « annexion politique » (la domination coloniale classique), en la distinguant de l’« annexion économique » avec une indépendance politique formelle (c’est le néo-colonialisme). Les pays qui ont conquis l’indépendance politique essaient de conquérir l’indépendance économique. Devant ce problème, il y a un grand retard du mouvement de la gauche et même du mouvement communiste, qui ne comprennent pas que la lutte de la Chine, de Cuba, de l’Amérique latine est la lutte pour passer de la phase politique de la lutte anticolonialiste à la phase économique. En ce sens Gramsci, Togliatti, mais aussi Lénine ou Mao, sont certainement d’une grande actualité, mais on ne peut pas négliger l’aspect tout à fait nouveau de la situation actuelle.

Février 2014

Notes :

[1] Signalons qu’en Italie le terme utilisé pour désigner le libéralisme politique (liberalismo) est distinct de celui utilisé pour le libéralisme économique (liberismo). Note de la rédaction

[2] « Je pense, Monsieur le Général, que toutes les dictatures de type militaire finissent tôt ou tard par être renversées par la guerre. Il me semble évident, dans ce cas, qu’il revient au prolétariat de remplacer la classe dirigeante, en prenant les rênes du Pays pour soulager le sort de la Nation (…) Vous conduirez l’Italie à la ruine, et à nous communistes reviendra de la sauver ». Cité par Domenico Losurdo, dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique.

[3] Selon les initiales russes de la Nouvelle Politique Economique, menée à partir de 1922, liquidée à partir de 1927. Note de la rédaction.

[4] Référence italienne : La Costruzione del Partito Communista 1923-1926, Torino, Einaudi, 1971.

[5] Du nom de la ville, au sud de Naples, où Togliatti, en février 1944, avait appelé à l’union de tous les italiens, qu’ils soient républicains et monarchistes, pour participer aux côtés des Alliés à la guerre contre le nazisme. Note de la rédaction

[6] Période du XIXème siècle durant laquelle l’unité italienne se réalise. Note de la rédaction.

Origine  la faute à Diderot.net

 

 

 

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 10:35

Jean-Michel Vernochet a reçu, Valérie Bugault, docteur en droit, spécialiste des questions européennes, pour un entretien sur la situation de la Grèce, à trois jours du référendum organisé par Tsipras. Que faut-il penser de la situation économique de ce pays, de sa dette publique, et des dettes de tous les pays occidentaux. Bien des idées fausses vont tomber à l’écoute de ce dialogue passionnant.

 

 

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 17:12

Par maria Lucia Fattorelli source CADTM

 

La Grèce est confrontée à l’énorme problème de la dette et à une crise humanitaire. La situation est maintenant pire que ce qu’elle a connue en 2010, lorsque la troïka – le FMI, la Commission européenne et la BCE – a imposé son « plan de sauvetage », justifié par la nécessité de soutenir la Grèce. En fait, ce plan a été un désastre complet pour la Grèce, qui n’a tiré aucun avantage des conventions d’emprunt douteuses mises en œuvre depuis.

 

Ce dont personne ne parle est qu’un autre plan de sauvetage réussi a effectivement eu lieu à ce moment-là en 2010, mais pas au bénéfice de la Grèce, mais au profit des banques privées. Derrière la crise grecque, il y a un énorme plan de sauvetage illégal pour les banques privées. Et la façon dont il est mené représente un risque immense pour l’Europe.

 

Après cinq ans, les banques ont obtenu tout ce qu’elles voulaient. La Grèce, d’un autre côté, est entrée dans une véritable tragédie : le pays a vu son problème de la dette considérablement alourdi, ses biens perdus en raison du processus de privatisation qui a été accéléré, ainsi que son économie qui s’est énormément réduite. De surcroît, il y a eu un coût social incalculable perceptible pour des milliers de personnes désespérées qui ont vu leur subsistance et leurs rêves touchés par les sévères mesures d’austérité imposées depuis 2010. La santé, l’éducation, le travail, l’assistance, les pensions, les salaires et tous les autres services sociaux ont tous été touchés de façon destructive.

 

La répartition du budget national grec montre que les dépenses de la dette l’emportent sur toutes les autres dépenses de l’État. En fait, les prêts, les autres titres de créance, intérêts et autres frais, couvrent 56% du budget : budget annuel national de la Grèce en 2013 (Source : Εισηγητική Έκθεση Απολογισμού και Ισολογισμού 2013 - p. 90. Élaboré par Stavros Papaioannou).

En mai 2010, en même temps, toutes les attentions se sont focalisées sur les multiples annonces autour de l’ingérence de la Troïka en Grèce, avec son curieux « plan de sauvetage » ; un autre plan de sauvetage efficace et un ensemble de mesures illégales pour sauver les banques privées était également sur le point d’être approuvé.

 

En un seul coup, justifiée par la nécessité de « préserver la stabilité financière en Europe », des mesures illégales ont été prises en mai 2010. But de la manoeuvre : fournir les structures nécessaires qui permettraient aux banques privées de se débarrasser de la « bulle » dangereuse, à savoir la grande quantité d’actifs toxiques – des actifs essentiellement dématérialisés et non négociables – qui a chargé leurs comptes de patrimoine hors-bilan |1|. L’objectif principal était d’aider les banques privées à transférer ces actifs problématiques aux pays européens.

 

Une des mesures adoptées pour accélérer l’échange d’actifs des banques privées et de régler la crise bancaire était le programme de titre de marché ou Securities Markets Programme SMP |2|, qui a permis à la Banque Centrale Européenne (BCE) de faire des achats directs de titres de créance publics et privés sur les marchés primaire et secondaire. L’opération liée aux titres de la dette publique est illégale en vertu de l’article 123 du traité de l’Union Européenne |3| Ce programme est l’un parmi plusieurs « mesures non conventionnelles », prises par la BCE à ce moment-là.

 

La création d’une société Special Purpose Vehicle (SPV) basée à Luxembourg a été une autre mesure très importante pour aider le transfert dématérialisé d’actifs toxiques des banques privées dans le secteur public. Croyez-le ou non, les pays européens |4| sont devenus « partenaires » de cette société privée, une « société anonyme » appelée Fonds européen de stabilité financière (FESF) |5|. Les pays se sont engagés avec des garanties de milliardaire, qui a été initialement mis en place sur le montant de 440 milliards d’euros |6| ; puis en 2011, le capital a été porté à 779 780 000 000 EUR |7|. Le but réel de cette société a été d’éclipser par des annonces le fait que cette société fournirait des « prêts » à des pays, basés sur des « instruments de financement », et non pas de l’argent réel. La création du FESF était clairement imposée par le FMI |8|, qui lui a donné un appui de 250 milliards d’euros |9|.

 

Ensemble, le SMP et le FESF représentent un schéma complémentaire essentiel de sauvetage des actifs |10| dont les banques privées avaient besoin pour conclure le soutien du public qui avait été lancé au début de la crise bancaire de 2008 aux États-Unis et aussi en Europe. Depuis le début de 2009, les banques ont postulé pour davantage de soutien public afin de se décharger de la quantité excessive de leurs actifs toxiques qui alourdissaient leurs comptes hors-bilan. Les solutions peuvent être soit les achats directs du gouvernement, ou le transfert des actifs à des sociétés de gestion de patrimoine indépendantes. Les deux outils ont été fournis par le SMP et le FESF, et les pertes liées aux actifs toxiques sont à la charge des citoyens européens.

 

L’échange d’actifs toxiques des banques privées à une entreprise par simple transfert, sans paiement et sans opération adéquate d’achat / vente serait illégal selon les règles de reddition de comptes [12]. EUROSTAT a changé ces règles et a permis « les opérations de liquidité menées par l’échange d’actifs », justifiant ce changement par les « circonstances particulières de la crise financière ».

 

La principale raison du fait que le FESF a été basé au Luxembourg était d’éviter d’avoir à se soumettre aux lois internationales. En outre, le FESF est également financé par le FMI, dont la collaboration serait illégale, selon ses propres statuts. Cependant, le FMI a revisité ses règles pour fournir les 250 millions d’euros au FESF [13].

 

Conformément à la loi |11| autorisant sa création, la société luxembourgeoise FESF pourrait déléguer la gestion de toutes les activités de financement. Le conseil d’administration pourrait déléguer ses fonctions et ses États membres associés pourraient déléguer des décisions concernant les garants de l’Eurogroup Working Group (EWG). À ce moment-même l’EWG n’a même pas un président à plein temps |12|. C’est le Bureau de la gestion de la dette allemande qui dirige réellement le FESF |13|, et de concert avec la Banque européenne d’investissement fournit un soutien pour la gestion opérationnelle du FESF. Le manque de légitimité du fond est évident, car il est effectivement géré par un organisme différent. Aujourd’hui, le FESF est le plus grand créancier de la Grèce.

 

Les instruments de financement gérés par le FESF sont les plus risqués et restreints, dématérialisés, non négociables : tels les billets à taux flottant (Floating Rate Notes) réglés comme pass-through, de change et d’arrangements de couverture et d’autres activités de co-financement qui implique la fiduciaire Britannique Wilmington Trust (Londres) Limited |14| en tant qu’instructeur pour la délivrance de type restreint d’obligations non-certifiés, qui ne peuvent être commercialisées dans un marché légitime des actions, parce qu’ils ne respectent pas les règles pour les obligations de la dette souveraine. Cet ensemble d’instruments de financement toxiques représentent un risque pour les États membres dont les garanties peuvent être appelées à payer pour tous les produits financiers de la société luxembourgeoise.

 

Un grand scandale de proportion aurait eu lieu en 2010 si ces agissements illégaux avaient été révélés : la violation du traité de l’UE, les changements arbitraires dans les règles de procédure de la BCE, EUROSTAT et le FMI, ainsi que l’association des États membres à la société Luxembourgeoise à but spécial privé. Tout cela juste pour le sauvetage des banques privées et au détriment d’un risque systémique pour l’ensemble de l’Europe, en raison de l’engagement d’États avec des garanties de milliardaires qui couvriraient actifs toxiques problématiques, dématérialisées et non négociables.

 

Ce scandale n’a jamais eu lieu, parce que la même réunion extraordinaire des affaires économiques et sociales de l’UE |15| qui a discuté de la création du « Special Purpose Vehicle » qu’est la société du FESF en mai 2010 a donné une importance particulière au « soutien du package pour la Grèce », ce qui fait croire que la création de cette structure était pour la Grèce et que, ce faisant, elle assurerait la stabilité financière dans la région. Depuis lors, la Grèce a été le centre de toutes les attentions, occupant constamment les grands titres des principaux de médias partout dans le monde, tandis que le régime illégal qui a effectivement soutenu et profité les banques privées reste dans l’ombre, et presque personne ne parle de ce sujet.

 

Le rapport annuel de la Banque de Grèce montre une immense augmentation des comptes « hors bilan » liées aux valeurs mobilières en 2009 et 2010, sur des montants beaucoup plus important que l’actif total de la Banque, et cette tendance se poursuit sur les années suivantes. Par exemple, sur le bilan de la Banque de Grèce de 2010 |16|, le total des actifs au 31/12/2010 a été 138,64 milliards d’euros. Les comptes hors bilan sur cette année ont atteint 204,88 milliards d’euros. Le 31/12/2011 |17|, alors que le solde du total des actifs additionnés est à 168.44 milliards d’euros ; les comptes hors bilan a atteint 279.58 milliard d’euros.

 

« Ainsi, le transfert des actifs toxiques des banques privées dans le secteur public a été un grand succès pour les banques privées. Et le système de la dette |18| a été l’outil pour dissimuler cela. »

 

La Grèce a été mise sur ce scénario après plusieurs mois de pression persistante de la Commission de L’Union Européenne sur les allégations d’incohérences sur les données statistiques et l’existence d’un déficit excessif |19|. Étape par étape, une grosse affaire a été créé sur ces questions, jusqu’en mai 2010, lorsque le Conseil d’Affaires Économiques et Financières, a déclaré : « dans le sillage de la crise en Grèce, la situation sur les marchés financiers est fragile et il y a un risque de contagion » |20| . Et ainsi la Grèce a été soumise à un package comprenant l’ingérence de la Troïka avec ses mesures sévères en vertu des plans d’ajustement annuels, un accord bilatéral surprenant, suivis par des « prêts » de la société FESF, soutenus par des instruments de financement à risque.

 

Les économistes grecs, des dirigeants politiques, et même certaines autorités du FMI ont proposé que la restructuration de la dette grecque pourrait fournir des résultats bien meilleurs que ce package. Cela a été tout simplement ignoré.

 

Les critiques qui ont dénoncé la surestimation du déficit grec - qui avait été la justification de la création de la grosse affaire autour de la Grèce et de l’imposition de du package de 2010 - ont également été ignorées.

 

Les dénonciations graves faites par des spécialistes grecs |21| au sujet de la falsification des statistiques n’ont également pas été prises en considération. Ces études ont montré que la quantité de 27,99 milliards d’euros a surchargé les statistiques de la dette publique en 2009 |22|, en raison de l’augmentation erronée sur certaines catégories (comme les DEKO, les arriérés des hôpitaux et SWAP Goldman Sachs). Les statistiques des années précédentes avaient également été touchées par 21 milliards d’euros de swaps Goldman Sacks distribués ad hoc en 2006, 2007, 2008 et 2009.

 

Malgré tout cela, sous une atmosphère d’urgence et de menace de « contagion », de curieux accords ont été mis en œuvre depuis 2010 en Grèce ; non pas comme une initiative grecque, mais comme une injonction des autorités de l’UE et le FMI.

 

« L’analyse des mécanismes |23| insérées dans ces accords montre qu’ils ne bénéficient pas du tout la Grèce, mais qu’ils ont servi les intérêts des banques privées, en parfaite conformité à l’ensemble des mesures de sauvetage illégales approuvés en mai 2010 ».

 

Premièrement, le prêt bilatéral a utilisé un compte spécial à la BCE par lequel les prêts consentis par les pays et la Banque allemande de développement, les prêteurs, iraient directement aux banques privées qui détenaient des titres de créance avec des valeurs nominales bien en deçà. Donc, cet accord bilatéral étrange a été organisé pour permettre le paiement intégral au profit des détenteurs d’obligations tandis que la Grèce n’a obtenu aucun avantage. Au lieu de cela, les Grecs auront à rembourser le capital, les taux d’intérêt élevés et tous les coûts.

 

Deuxièmement, les « prêts » du FESF ont abouti à la recapitalisation des banques privées grecques. La Grèce n’a pas reçu un véritable prêt ou un soutien du FESF. À travers les mécanismes insérés dans les accords du FESF, l’argent réel n’est jamais parvenu en Grèce. Le pays a donc été forcé de réduire les dépenses sociales essentielles afin de rembourser, en espèces, les taux d’intérêt élevés et tous les frais abusifs. Et devra également rembourser le capital qu’il n’a jamais reçu.

 

Nous devons chercher la raison pour laquelle la Grèce a été choisie pour être dans l’œil de la tempête, soumis à des accords et mémorandums illégaux et illégitimes, siégeant en tant que décor pour couvrir le plan de sauvetage illégale scandaleux des banques privées depuis 2010.

 

Peut-être que cette humiliation est liée au fait que la Grèce a été historiquement la référence mondiale pour l’humanité, car elle est le berceau de la démocratie, le symbole de l’éthique et des droits humains. Le système de la dette ne peut pas admettre ces valeurs, car il n’a aucun scrupule à endommager les pays et les peuples afin d’obtenir leurs profits.

 

Le Parlement grec a déjà installé la Commission de la Vérité sur la Dette Publique et nous a donné la chance de révéler ces faits. Car c’est seulement grâce à la transparence que les pays vaincront ceux qui veulent les mettre à genoux.

 

Il est temps que la vérité l’emporte, il est le temps de placer les droits humains, la démocratie et l’éthique au-dessus des intérêts privés. Ceci est la mission que la Grèce doit prendre en ce moment.

Traduit de l’anglais par Mabrouka M’Barek (co-auteur de la loi pour l’audit de la dette tunisienne)

 

(Article disponible dans le blog de la plateforme de l’audit citoyen de la Grèce http://www.auditamosgrecia.org/en/banks-behind-greek-tragedy/)

Notes

|1| Hors-bilan signifie une section extérieure aux comptes de bilan normal, où les actifs problématiques, tels que les actifs non négociables dématérialisés sont informés.

|2| Securities Markets Programme (SMP) - BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE. Glossaire politique monétaire. Disponible depuis :
https://www.ecb.europa.eu/home/glossary/html/act4s.en.html#696 [Consulté : 4th Juin 2015]

|3| LE TRAITÉ DE LISBONNE. Article 123. Disponible à partir : http://www.lisbon-treaty.org/wcm/the-lisbon-treaty/treaty-on-the-functioning-of-the-european-union-and-comments/part-3-union-policies-and-internal-actions/title-viii-economic-and-monetary-policy/chapter-1-economic-policy/391-article-123.html [Consulté : 4th Juin 2015]

|4| La zone euro des États membres ou actionnaires du FESF : Royaume de Belgique, République Fédérale d’Allemagne, Irlande, Royaume d’Espagne, la République française, la République italienne, la République de Chypre, le Grand-Duché de Luxembourg, la République de Malte, Royaume des Pays-Bas, République d’Autriche, la République portugaise, la République de Slovénie, la République slovaque, la République de Finlande et République hellénique

|5| La société FESF privée a été créée comme un Mécanisme européen de la stabilisation financière (MESF), dans : http://ec.europa.eu/economy_finance/eu_borrower/efsm/index_en.htm

|6| Commission européenne (2010) Communication de la Commission au Parlement européen, le Conseil européen, le Conseil, la Banque centrale européenne, le Comité économique et social et au Comité des régions - Renforcer la coordination des politiques économiques.
http://ec.europa.eu/economy_finance/articles/euro/documents/2010-05-12-com(2010)250_final.pdf - Page 10.

|7| IRISH STATUTE BOOK (2011) Fonds européen de stabilité financière et le Fonds de la zone euro prêt (Amendment) Act 2011. Disponible auprès de : http://www.irishstatutebook.ie/2011/en/act/pub/0025/print.html # s2 [Consulté : 4th Juin 2015].

|8| Déclaration faite par M. Panagiotis Roumeliotis, ancien représentant de la Grèce au FMI, à la « Commission de la vérité sur la dette publique", au Parlement grec, le 15 Juin à 2015.

|9| EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2010) A propos FESF [en ligne] Disponible à partir :
http://www.efsf.europa.eu/about/index.htm et http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf- Question A9 [Consulté le 3 Juin 2015].

|10| Haan, Jacob de ; OSSTERLOO, Sander ; SCHOENMAKER, Dirk. Institutions et marchés financiers - A European Perspective (2012) 2e édition. Cambridge, Royaume-Uni. régimes d’actifs de secours, Van Riet (2010) page 62.

|11| LOI SUR L’European Financial Stability Facility 2010. FESF accord-cadre, l’article 12 (1) a, b, c, d, et (3) ; Article 10 (1), (2) et (3) ; Article 12 (4) ; Article 10 (8).

|12| Seulement à partir d’Octobre 2011, selon une décision du Conseil le 26 Avril 2012, EWG a président à temps plein :
JOURNAL OFFICIEL DE L’UNION EUROPÉENNE (2012) Décision officiel. Disponible depuis :
http://europa.eu/efc/pdf/council_decision_2012_245_ec_of_26_april_2012_on_a_revision_of_the_statutes_of_the_efc.pdf .
La même personne, Thomas Wieser, avait été le président du Comité économique et financier (CEF) de Mars 2009 à Mars 2011 : CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE. Groupe de travail de l’Eurogroupe. Disponible depuis :
http://www.consilium.europa.eu/en/council-eu/eurogroup/eurogroup-working-group/

|13| EUROPEAN FINANCIAL STABILITY FACILITY (2013) FESF questions générales. Disponible depuis :
http://www.efsf.europa.eu/attachments/faq_en.pdf - Question A6. [Consulté : 4th Juin 2015].
Voir aussi : L’agence de gestion de la dette allemande a émis des titres du FESF au nom du FESF.
De EUROPEEN DE STABILITÉ FINANCIÈRE (2010) de l’UE et de financement du FESF plans visant à fournir une aide financière pour l’Irlande. Disponible depuis :
http://www.efsf.europa.eu/mediacentre/news/2010/2010-006-eu-and-efsf-funding-plans-to-provide-financial-assistance-for-ireland.htm [Consulté : 4th Juin 2015]
Accord

|14| Co-financement, PREAMBULE (A) et de l’article 1 - Définitions et « Obligations » d’interprétation. Disponible au http://crisisobs.gr/wp-content/uploads/2012/02/7-co-financing-agreement.pdf [Consulté : 4th Juin 2015]
Ces obligations sont émises sur la forme dématérialisée et non certifiés. Ils ont beaucoup de restrictions parce qu’ils sont émis directement dans un certain but et pas offerts sur le marché, comme les valeurs mobilières lois et règles déterminées par la SEC. Ils sont émis en vertu d’une règle d’exception permise seulement pour les émetteurs privés, pas pour les États.

|15| AFFAIRES ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES Conseil Réunion extraordinaire de Bruxelles, 9/10 mai 2010. CONCLUSIONS DU CONSEIL
https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/Conclusions_Extraordinary_meeting_May2010-EN.pdf

|16| BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2010 BILAN p. A4 http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2010.pdf

|17| BANQUE DE GRECE RAPPORT ANNUEL 2011 BILAN p. A4. http://www.bankofgreece.gr/BogEkdoseis/Annrep2011.pdf

|18| L’expression créé par l’auteur pour vérifier, suite à plusieurs procédures d’audit de la dette dans différentes instances, l’utilisation abusive de l’instrument de la dette publique comme un outil pour prendre des ressources des États, au lieu de les soutenir, en fonctionnant comme un ensemble d’engrenages qui concernent le système politique, le système juridique, le modèle économique basé sur des plans d’ajustement, les grands médias et la corruption.

|19| 24 mars 2009 - Avis de la Commission - http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-05/2009-03-24_el_104-5_en.pdf
27 avril 2009 - Décision du Conseil - http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-06_council/2009-04-27_el_104-6_council_en.pdf
10 novembre 2009 - Conclusions du Conseil - http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ecofin/111025.pdf
8 JANVIER 2010- Rapport de la Commission - http://ec.europa.eu/eurostat/documents/4187653/6404656/COM_2010_report_greek/c8523cfa-d3c1-4954-8ea1-64bb11e59b3a
2 décembre 2009 - Décision du Conseil - https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ecofin/111706.pdf
11 février 2010 - Déclaration des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne. - Http ://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/en/ec/112856.pdf
16 février 2010 - Décision donnant Conseil - http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-09_council/2010-02-16_el_126-9_council_en.pdf

|20| 9/10 mai 2010 - Conclusions du Conseil - Réunion extraordinaire - En vertu de la justification de la « crise grecque », les mesures du régime pour sauver les banques sont mises en œuvre.
https://www.consilium.europa.eu/uedocs/cmsUpload/Conclusions_Extraordinary_meeting_May2010-EN.pdf
10 MAY 2010 - Décision du Conseil -http://ec.europa.eu/economy_finance/economic_governance/sgp/pdf/30_edps/104-09_council/2010-05-10_el_126-9_council_en.pdf

|21| Le professeur Zoe Georganta, professeur d’économétrie appliquée et de la productivité, Ex membre de la contribution du conseil ELSTAT à « La Commission de la vérité sur la dette publique" le 21 mai 2015.

|22| HF international (2011) Georgantas a dit que le déficit de 2009 était délibérément gonflé pour nous mettre dans le code rouge. Disponible à partir : http://hellasfrappe.blogspot.gr/2011/09/shocking-report-official-admist-2009.html

|23| Les mécanismes sont résumés dans le chapitre 4 du rapport préliminaire présenté par la Commission de la vérité sur la dette publique, le 17 Juin 2015. Disponible auprès de : http://www.hellenicparliament.gr/UserFiles/8158407a-fc31-4ff2-a8d3- 433701dbe6d4 / Report_web.pdf

 

Maria Lucia Fattorelli CADTM Brésil est coordinatrice nationale de l’audit citoyen de la dette du Brésil. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque. A participé aussi à l’audit de la dette de l’Équateur en 2008.

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 16:11

Pour un front républicain, anti-impérialiste, patriotique et social !

 

A l’occasion du 70ème anniversaire du Conseil National de la Résistance, peut-être est-il utile de rappeler ce texte ancien qui exprime la vision du Comité Valmy ? Celui-ci dont les racines datent du combat contre la ratification du traité de Maastricht, s’est dès l’origine situé dans la logique et l’esprit de la Résistance et de son type de rassemblement. D’emblée nous nous sommes référés à Jean Moulin, au CNR et à son programme dont les grands axes et les principes gardent une grande modernité.


Cette démarche de libération nationale et ces idées appelant au rassemblement en s’inspirant de la Résistance, du CNR et de son programme, ont manifestement beaucoup progressé. Mais l’essentiel reste à faire. Charles Baulieu Comité Valmy

 

POUR UNE STRATEGIE D’ENDIGUEMENT DE LA MENACE ETASUNIENNE !

Les USA, au-delà de leur contribution au combat anti-nazi, contre des impérialismes rivaux, sont les seuls à être sortis renforcés de la deuxième guerre mondiale. Ils auront même utilisée celle-ci pour construire et imposer leur propre hégémonie sur le monde entier, les autres grandes puissances étant alors historiquement affaiblies.

 

Les pays occidentaux concurrents vont prendre conscience de leur perte d’influence, en particulier à travers la décolonisation en marche. L’Union soviétique quant à elle, avec 23 à 25 millions de morts parmi lesquels beaucoup de ses meilleurs fils - une grande partie de son élite révolutionnaire et patriotique- accompagnés de destructions massives, est dans une situation objective de grande fragilité, exsangue, malgré les succès de l’Armée Rouge.

 

Dès Georges Washington les dirigeants des USA ont tous adopté un postulat qui érige leur Etat nation en suzerain des autres peuples et nations de la planète. Ils revendiquent l’hégémonie commerciale, économique et politique sur le monde et entendent imposer leur mode de vie comme modèle universel.

 

Avec Ulysse Grant cette volonté impérialiste a pris une coloration mystique et religieuse : « le destin de notre grande République, c’est de devenir l’étoile qui guidera les autres…Je crois que le créateur est en train de préparer le monde pour que, le moment venu, il puisse se transformer en une grande nation qui suivra nos pas ».

 

Clinton lors de son installation réaffirma la continuité de la politique hégémonique des USA sous sa conduite : « Il est incontestable que l’Amérique doit persister à guider ce monde qu’elle a tant contribuer à créer ».

 

Avec G W Bush, la traditionnelle menace américaine a empiré avec le recours à des guerres qualifiées de préventives et sa volonté de se référer aux croisades. Il serait persuadé que c’est Dieu lui-même qui lui a suggéré sa candidature à la Présidence des Etats-Unis.

Barack Obama a publiquement affirmé que sa présidence annonçait "une nouvelle aurore du leadership américain".

 

Depuis la deuxième guerre mondiale jusqu’à nos jours, les dirigeants américains qui se sont succédés ont poursuivi cette même stratégie globale de domination mondiale, relancée puissamment dès cette époque. Seuls ont varié, selon les équipes au pouvoir, le degré d’agressivité, l’intensité de la violence utilisée ou le niveau de barbarie atteint. Certaines administrations ont privilégié plus ou moins les guerres dites de basse intensité, d’autres ont eu recours à des bombardements massifs de villes et de populations civiles ou à des massacres par procuration, par exemple, celui de millions d’Indonésiens.

 

L’Histoire l’a démontré, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique Latine et même en Europe, l’impérialisme états-unien est en guerre contre l’ensemble des peuples du monde, dont il est l’ennemi commun. Une guerre qui est permanente, multiforme et globale. Les assassinats ciblés ou collectifs, les tueries, l’utilisation banalisée de la violence, ne représentent qu’un aspect parmi bien d’autres de cette troisième guerre mondiale. Elle est également politique, économique et sociale, idéologique et culturelle.

 

Les dirigeants états-uniens utilisent la manipulation politico médiatique, l’ingérence, le chantage et la corruption à grande échelle. L’exploitation de l’antisoviétisme, leur position dirigeante dans la lutte des classes au niveau international, ont permis aux USA de camoufler auprès de certains et pendant toute une époque leurs objectifs spécifiquement nationalistes et impérialistes, derrière la croisade du « monde libre » contre le communisme. Ils ont su exploiter les erreurs et les fautes du camp socialiste et anti-impérialiste.

 

Ils ont ainsi piégé l’URSS et l’ont entraînée dans une politique de confrontation et une course délétère aux armements, qui conjuguées à d’autres facteurs, allaient, en fin de compte, la conduire à l’échec et l’implosion.

 

Dans un rapport du 20 janvier 2007 sur la nouvelle doctrine militaire russe, le général Makmout Gareev estime que « les intérêts nationaux ne doivent pas être minimisés si on ne veut pas limiter les capacités de développement économique et de réalisation de facteurs géopolitiques. Toutefois, comme l’a montré l’expérience de l’après-guerre, un maximalisme excessif ainsi que le caractère irréaliste des intérêts nationaux et des objectifs proclamés, la volonté de les réaliser implacablement, quoi qu’il en coûte, engendrent une politique extérieure et une doctrine militaire de confrontation, conduisent à miner l’économie et à l’échec total des objectifs nationaux avancés à tort ».

 

Cette analyse du général Gareev mérite réflexion si toutefois, elle ne remet pas en cause insidieusement, la pertinence historique d’Octobre et le socialisme. Cependant, la volonté de faire disparaître l’URSS et l’expérience socialiste est bien antérieure aux années quarante. Il était inéluctable que les Etats-Unis et la haute finance, en position de force, reprennent cet objectif et cette offensive contre l’URSS, après avoir contribué à son affaiblissement, en lui faisant supporter l’essentiel du poids de la guerre en refusant d’ouvrir contre les nazis le second front que Staline réclamait.

 

L’implosion du camp socialiste ne s’est aucunement traduite par l’arrêt de cette politique d’agression et de guerre menée par les Etats-Unis au nom de l’endiguement du communisme. Bien au contraire, avec le déséquilibre géopolitique qu’elle a permis, les guerres américaines se sont multipliées et sont devenues préventives tandis que G. W. Bush menace : « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous ».

 

A la diplomatie de la canonnière, au chantage nucléaire et à l’utilisation de la violence contre-révolutionnaire est venue s’ajouter une coercition idéologique et politico médiatique sophistiquée et systémique.

celle-cci est caractérisée notamment par la domestication de tous les médias importants et leur transformation en instruments de propagande globalisée et de manipulation des peuples, à travers lesquels bien des journalistes agissent comme des mercenaires de la guerre idéologique.

Aujourd’hui, les dirigeants des Etats-Unis aidés par leur ami Sarkozy, préparent psychologiquement l’opinion à des bombardements nucléaires contre l’Iran, tout en continuant leurs autres guerres coloniales et impérialistes, notamment contre l’Irak et l’Afghanistan.

 

Ils encerclent la Russie et la Chine de bases militaires hostiles. Ils continuent la course aux armements car ils entendent acquérir une supériorité militaire absolue afin de contrôler par la guerre, chaque fois qu’ils la jugeront nécessaire, les ressources pétrolières et énergétiques. Le Général Iouri Balouievsky, chef d’Etat-major des forces armées russes, considère que la Russie se trouve actuellement confrontée à des menaces plus graves que pendant la guerre froide.

 

Selon l’agence de presse russe Novosti, Paul Graig Roberts, ancien sous-secrétaire d’Etat de Reagan, avertit aujourd’hui que G. W. Bush envisagerait de décréter l’état d’urgence, et que d’ici un an les Etats-Unis pourraient devenir un Etat policier dictatorial, en guerre contre l’Iran. « Des membres de l’administration Bush et d’éminents propagandistes républicains préparent un nouvel évènement dans la lignée du 11 septembre 2001 ou bien une série d’évènements de ce type », annonce t-il dans un cri d’alarme rendu public.

 

Les dirigeants russes et chinois ont dû réagir et ont créé en juin 2001 avec d’autres pays, l’Organisation de Coopération de Shanghai, afin de préparer solidairement leur autodéfense. Il s’agit d’un facteur d’équilibre nécessaire et d’une structure d’endiguement de la menace américaine, qu’un gouvernement français conséquent devrait soutenir, si la France était libre.

 

Le 19 août 07, le sommet de l’OCS à Bichkek à accéléré la création d’un mécanisme de réponse aux situations menaçant la sécurité. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour les peuples et la défense de la paix. La Chine et la Russie sont en effet des cibles géopolitiques essentielles pour l’impérialisme américain. La décision de Vladimir Poutine relative à la reprise à partir du 17 août, des vols de 14 bombardiers stratégiques apparaît dans ce contexte, comme une mesure symbolique, sage et positive. Dans le monde d’aujourd’hui, bien des anti-impérialistes pensent comme N Nazarbaïev, le président du Kazakhstan, que Vladimir Poutine devrait rester à son poste, pour un troisième mandat présidentiel. « Le président dit-il doit faire ce dont son peuple et son Etat ont besoin ».

 

En même temps que se forge l’OCS, les peuples opprimés s’organisent malgré les difficultés souvent autour de la souveraineté nationale. C’est notamment le cas en Amérique latine ou une dynamique sociale, progressiste et patriotique a été relancée grâce à la pugnacité de Hugo Chavez, à l’apport de Evo Morales et au soutien de Cuba.

 

Au Liban aussi, la question nationale est cruciale. La victoire du peuple sur l’agression israélo- américaine de 2006 est apparue comme celle de la convergence d’une Résistance pluraliste et d’une unité patriotique de fait rassemblant avec le Hezbollah, (qui a été ressenti alors et depuis, plus comme un mouvement de libération nationale que comme une organisation ethnique et religieuse) les Chrétiens patriotes et anti-impérialistes, représentés par le général Aoun et le Parti communiste libanais.

 

« Qui n’est pas avec nous est contre nous » a menacé le croisé paranoïaque et sanguinaire de la Maison Blanche. Tout le problème est là. La France doit-elle mener une politique d’indépendance nationale, définir souverainement ses objectifs économiques et sociaux, politiques, culturels, de défense, ses alliances, sa politique extérieure ?… Ou bien doit elle capituler et se placer sous la suzeraineté belliciste de l’impérialisme américain, dans le cadre de la mondialisation qu’il orchestre ?

 

Dans notre pays, les partisans de l’Europe supranationale et de l’atlantisme, ont choisi en pleine guerre mondiale, puis à la Libération et maintenue ensuite, cette option de vassalité, de renoncement national et républicain avec les conséquences sociales désastreuses qu’elle impose.

 

C’est pour l’essentiel le choix politique des dirigeants socialistes et des démocrates chrétiens. Ils l’ont fait au nom de l’anticommunisme comme d’autres adeptes de la trahison nationale avaient choisi Hitler plutôt que le Front Populaire, par réflexe de classe. Les fédéralistes qui se réclament de la gauche restent prisonniers de ce choix politique et oligarchique d’un autre temps.

 

Pendant la guerre, à la Libération et ensuite, les communistes, les gaullistes et tous les républicains véritables et lucides, attachés à la souveraineté populaire et nationale, au progrès social qui en dépend, sont restés eux naturellement fidèles à l’objectif d’une France libre, républicaine et sociale. Ils défendent aujourd’hui encore, l’indépendance nationale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

Le programme du Conseil National de la Résistance aurait pu à la fin de la guerre et à divers moments cruciaux ultérieurs, servir de plateforme à la continuation de cette politique républicaine, patriotique et progressiste de la Résistance, à travers l’organisation d’un rassemblement populaire majoritaire.

 

C’est ce que le CNR souhaitait et son programme, véritable compromis historique, proposait une économie mixte et planifiée qui aurait pu, tout en défendant la paix dans le monde, contribuer en France à brider les appétits économiques et politiques de la finance internationale sous hégémonie américaine.

 

Dès le 6 juin 1942, dans une note accompagnant des documents et envoyée à Molotov par l’intermédiaire de l’Ambassadeur d’URSS à Londres, de Gaulle démontre que la priorité du combat antinazi ne l’empêche pas de déjà percevoir le danger que le pouvoir américain, représente pour l’indépendance, la souveraineté de la France et pour la paix du monde : « L’impérialisme américain se manifeste sous des formes multiples et diverses. Certains de ses représentants raisonnent en terme de domination des USA sur le monde occidental… D’autres représentants, tenant de l’impérialisme économique, désirent que les USA instaurent un mode de vie pour le monde entier, qu’ils contrôlent et gèrent partout les ressources et le commerce ».

En décembre 1944, de Gaulle et Staline ont élaboré un traité franco-soviétique d’alliance et d’assistance mutuelle, qui a été signé à Moscou le 10 janvier 1944 par Viatcheslav Molotov et Georges Bidault « dans le but d’éliminer toute menace de l’Allemagne et de faire obstacle à toute initiative de nature à rendre possible une nouvelle tentative d’agression de sa part ».

 

Ce pacte dont il était prévu qu’il serait actualisé 20 ans plus tard, ne résistera pas à la politique des blocs et à la guerre froide, dont, en termes de marketing politique, les bombardements de Hiroshima et Nagasaki annoncent le lancement. Pourtant ce pacte et la présence de ministres communistes dans le GPRF à Alger puis dans le second gouvernement du Général de Gaulle, témoignent que des convergences existaient, qui fondaient la recherche d’un Front commun entre les communistes, les gaullistes et l’ensemble des patriotes progressistes et républicains, autour du programme du Conseil National de la Résistance.

 

Celui-ci fut rapidement sabordé pour estomper cette perspective et la rendre encore plus difficile à concrétiser. La démission de Georges Bidault de sa présidence, en septembre 1944, marque la volonté du camp euro atlantiste qui se structurait depuis les années de guerre, de détruire le potentiel de continuité de la Résistance qu’il représentait.

 

Un temps aveuglé, de Gaulle a cru ou voulu voir dans les communistes de France des séparatistes prêts à livrer notre pays à une Union soviétique dont il paraissait certain qu’elle préparait l’invasion de la France.


Inversement, un peu plus tard Maurice Thorez accusait de Gaulle devant le Comité Central du PCF d’être un fasciste, agent des américains. Ceci devait conduire Marcel Servin, Antoine Casanova et Maurice Kriégel-Valrimont, anciens résistants communistes, à critiquer ce point de vue infondé et à être exclus de leurs responsabilités à la direction du parti. Cette double erreur symétrique, dans une situation complexe, devait avoir des conséquences stratégiques et politiques graves, dont les Français payent encore le prix aujourd’hui.

 

La politique américaine de cette époque jusqu’à nos jours – les bombardements nucléaires du Japon, le Plan Marshall, la promotion de l’Europe supranationale et de l’OTAN, etc., est la continuation au long cours, de la guerre de conquête des USA, qui innovent et développent constamment d’autres moyens modernes pour construire, pérenniser, renforcer et globaliser leur domination impérialiste.

 

Le Péché originel ou plutôt l’erreur stratégique initiale, fondamentale et durable, aura consisté pour les républicains, aux sensibilités diverses mais solidairement attachés à la souveraineté populaire et nationale, à ne pas avoir su se rassembler sur la juste vision politique du programme du CNR, qui garde encore aujourd’hui et pour l’essentiel toute sa pertinence et son actualité quant à ses principes et grandes orientations.

 

Depuis la deuxième guerre mondiale, la lutte de classe dans notre pays, a toujours conservé un caractère national. Ne pas en tenir compte pendant des décennies, et promouvoir une stratégie d’union de la gauche mythique, illusoire et sans principe, a consisté à rassembler des forces aux objectifs en réalité antagonistes, sous la domination d’un parti socialiste atlantiste et dogmatiquement favorable à l’Europe Fédérale des Länder.

 

Cela aura conduit à l’actuelle stérilisation de l’influence du PCF comme force anticapitaliste et contribué à installer au pouvoir – sauf durant les 10 ans de la parenthèse gaulliste – les vassaux des américains, à faire perdurer la politique du pareil au même à travers une alternance au pouvoir des néo-libéraux et des sociaux- libéraux, tous intégristes de l’Europe supranationale néo-libérale et atlantiste.

 

Sortir de la catastrophique situation actuelle d’échec qui découle de cette impasse historique, impose le rejet du fédéralisme néo-libéral européen et le retrait de la France de l’OTAN. La création autour de la République et de la Nation, d’un vaste front uni progressiste, est une nécessité vitale.

 

La stratégie patriotique dite d’union du peuple de France qui, pendant une époque a été envisagée par Georges Marchais et malheureusement jamais concrétisée par le PCF, pourrait seule aujourd’hui, ouvrir une alternative crédible et permettre une politique de progrès social et de restauration démocratique. En politique extérieure, elle contribuerait de manière internationaliste à la convergence du combat anti-impérialiste, anti-mondialisation et pour la paix qui tend à mobiliser les peuples du monde contre leurs ennemis communs.

 

L’oligarchie financière n’a pas de patrie ! La nation, la France républicaine, c’est le peuple qui doit aujourd’hui rétablir sa souveraineté et la maîtrise de son destin !

Claude Beaulieu - 2006
président du Comité Valmy.

- texte légèrement retouché par l'auteur.

 

 

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 14:17

présentaion Par Jacques Sapir · 24 août 2015

 

Pour éclairer le débat qui a été lancé par l’interview que j’ai donné à FIGAROVOX, je publie la traduction de l’article de Stefano Fassina, appelant à la constitution d’une « alliance des fronts de libération nationale », qui a été établie par le Comité Valmy. Ce texte pose clairement le problème. Je rappelle que Stefano Fassina a été membre du Parti Démocrate auquel appartient Matteo Renzi, l’actuel Premier ministre de l’Italie (parti qu’il a quitté le 23 juin dernier), qu’il fut vice-ministre des finances dans le gouvernement d’Enrico Letta, et qu’il fut un chroniqueur réputé de l’Unita. On pourra voir, dans ce texte, que je ne suis nullement l’inventeur de la formule « fronts de libération nationale ». Je reprends néanmoins cette formule et m’associe à l’appel de Fassina.

Texte de Stefano Fassina,

repris de la note publiée le mardi 11 août 2015 sur le site du Comité Valmy (http://www.comite-valmy.org/spip.php?article6218)

 (Les intertitres sont de la responsabilité de RussEurope)

 

Le brulant compte grec a une valeur de politique générale. Commençons par le contenu de la Déclaration du Sommet de la zone Euro tenu le 12 juillet, avant de procéder à des évaluations politiques. Il est impossible de cacher l’aspect non durable des dispositions de perspectives économiques et financières. Malgré les ajustements remportés par la délégation grecque à Bruxelles, les mesures imposées sont brutalement de contraction, ainsi que régressives sur le terrain social.

 

Les mesures de compensation macroéconomique risquent d’être pratiquement inexistantes. Le financement prévu pour le troisième plan de sauvetage est consacré à la recapitalisation des banques et au paiement des dettes de la BCE, du FMI et de prêteurs privés. Rien ne va aux dépenses en capital, tandis que la crédibilité de la Commission Européenne pour aider le gouvernement grec à mobiliser jusqu’à 35milliards d’€ pour les investissements dans les 3 à 5 ans doit être évaluée au vu de son incapacité à trouver le minimum de ressources pour le “Plan Juncker”. Et enfin, l’engagement de la restructuration de la dette publique de la Grèce ouvre une perspective qui en aucun cas ne pourra avoir d’effets réels avant 2023, la fin de la période de grâce accordée par les États Européens pour leurs prêts respectifs.

 

Les leçons de la crise grecque

Quelles leçons pouvons-nous apprendre du cours de la Grèce ? Alexis Tsipras, Syriza et le peuple grec ont le mérite historique indéniable d’avoir arraché le voile de la rhétorique Européiste et de l’objectivité technique visant à cacher la dynamique dans la zone euro. Nous voyons maintenant le pouvoir politique et le conflit social entre l’aristocratie financière et les classes moyennes : l’Allemagne, incapable d’hégémonie, domine la zone euro et poursuit un ordre économique en fonction de ses intérêts nationaux et de ceux de la grande finance.

 

Il y a deux points à relever ici. Le premier : le mercantilisme néo-libéral dicté par et centré sur Berlin est insoutenable. De la dévalorisation du travail, comme alternative à la dévaluation de la monnaie nationale, en tant que principale voie à de vrais” ajustements, découle une insuffisance chronique de la demande globale, la persistance d’un chômage élevé, la déflation, et l’essor de la dette publique. Dans un tel cadre, au-delà des frontières de l’état-nation dominant, l’euro a conduit à vider la démocratie de sa substance, tournant la politique en administration pour le compte de tiers et de divertissements.

 

Peut-on faire marche arrière ?

Cette route est-elle réversible ? C’est le deuxième point. Il est difficile de répondre oui. Malheureusement, les corrections nécessaires pour rendre l’euro durable semblent être impossibles pour des raisons culturelles, historiques et politiques. Les opinions publiques ont des points de vue opposés et positions contradictoires, rendus de plus distants à cause de l’ordre du jour dominant dans la zone euro après 2008. Les opinions et les positions répandues chez les Allemands sont des faits. Le peuple allemand mérite le respect comme tout autre peuple. En Allemagne, comme partout, les principes démocratiques s’appliquent à l’intérieur de la seule dimension politique pertinente : l’état-nation.

 

Les deux premiers points de l’analyse conduisent à une vérité inconfortable : nous devons reconnaître que l’euro était une erreur de perspective politique. Nous devons admettre que, dans la cage néo-libérale de l’euro, la gauche perd sa fonction historique, et est morte en tant que force attachée à la dignité et à la pertinence politique du travail et à la citoyenneté sociale en tant que véhicule de démocratie effective. La non-pertinence ou la connivence des partis de la famille socialiste Européenne sont manifestes. En continuant à invoquer, comme ils le font, les États-Unis d’Europe” ou une réécriture pro-travail des Traités est un exercice virtuel conduisant à une perte continue de crédibilité politique.

 

Que faire ?

Qu’y a-t-il à faire ? Nous sommes à un tournant de l’histoire. D’une part, le chemin de continuité lié à l’euro, c’est l’acceptation de la fin de la démocratie de la classe moyenne et de l’état-providence : un équilibre précaire de sous-emploi et de colère sociale, menacé par des risques très élevés de rupture nationaliste et xénophobe. De l’autre, une décision partagée, sans actes unilatéraux, à aller au-delà de la monnaie unique et du cadre institutionnel lié, surtout pour fixer la responsabilité démocratique de la politique monétaire : une solution mutuellement bénéfique, malgré un chemin difficile, incertain, avec des conséquences douloureuses au moins dans la période initiale.

 

L’Allemagne l’a bien compris et, toujours consciente de son histoire, indique une voie de sortie afin éviter une rupture chaotique de la zone euro et des dérives nationalistes incontrôlables (déjà inquiétantes à la fois chez les Allemands et à leur égard) : un accord multilatéral visant à aller au-delà de la monnaie unique, comme illustré dans la proposition de “Grexit assisté”, écrit par le Ministre des Finances Schäuble et approuvé par la Chancelière Merkel. Cela implique de ne pas abandonner la Grèce à elle-même, mais “une sortie accompagnée par la décote de la dette publique (ce qui est impossible dans le cadre actuel des Traités) et d’aide technique, financière et humanitaire.”

 

Le choix est un choix dramatique. La route de la continuité est l’option explicite des “grandes” coalitions conservatrices et des dirigeants “socialistes” (en France et en Italie, par exemple). La route de la discontinuité peut-être la seule pour tenter de sauver l’Union Européenne, de revitaliser les démocraties bourgeoises et d’inverser la tendance de la dévaluation du travail. Pour une désintégration gérée de la monnaie unique, nous devons construire une large alliance de fronts de libération nationale, à partir des zones euro de la périphérie méditerranéenne, composée de forces progressistes ouvertes à la coopération avec l’aile droite démocratique des partis souverainistes. Le temps disponible est de plus en plus court.

 

(Traduction réalisée par le Comité Valmy)

Publié initialement sur le blogue de Yanis Varoufakis

(Fassina S., « For an alliance of national liberation fronts », article publié sur le blog de Yanis Varoufakis par Stefano Fassina, membre du Parlement (PD), le 27 juillet 2015, http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/27/for-an-alliance-of-national-liberation-fronts-by-stefano-fassina-mp/

 

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 13:21

Par Jacques Sapir vendredi 28 août 2015, sur Comité Valmy

· 27 août 2015

La question de la dynamique interne et des conditions de constitutions des « fronts » a été mise à l’ordre du jour par l’appel de Stefano Fassina. Le débat qui s’engage, s’il est volontairement pollué tant par des acteurs politiques dont on comprend bien qu’il ne va pas dans le sens de leurs intérêts que par des journalistes plus en quête de « buzz » que de véritable information, est un débat essentiel. Il est clair que la logique des « fronts » a une capacité d’attraction très importante. Il est aussi clair que cette formule politique correspond aux problèmes de l’heure, tels qu’ils ont été révélés (mais non créés) par la crise grecque de juin et juillet 2015. Mais il est tout aussi clair que la réflexion, sur ce point comme sur beaucoup d’autres, est encombrée de toute une série d’erreurs et d’approximations.

On ne fait pas un front avec ses « amis » ou ses semblables politiques.

Il peut sembler trivial d’avoir à rappeler cela, mais il est important de s’imprégner de cette évidence. Un « front », et tout particulièrement un « front de libération nationale », implique la participation de courants extrêmement divers. La formule des « fronts de libération nationale » s’applique si l’on considère que le pays est en voie d’assujettissement par une puissance étrangère. Il est évident qu’elle implique des divergences importantes entre ses membres, comme ce fut le cas dans la Résistance.

 

Cette formule politique cependant ne fait pas l’unanimité dans la « gauche radicale ». Elle a été historiquement contestée, dans les années 1930, par Léon Trotski, qui lui opposait une formule bien plus restreinte, celle du « Front Unique Ouvrier ». Mais, cette formule ne vaut que si l’on se situe dans la perspective d’une révolution sociale et si l’on peut discerner ce qui constitue un « parti ouvrier », en sachant que cette définition n’a pas de sens véritablement sociologique. La formule du « Front Unique Ouvrier » est celle d’un front avec ses semblables politiques. On peut s’interroger sur la postérité de cette pensée, ou plus exactement des formules qu’elle a portée, mais hors du contexte tant historique que politique, d’origine. L’une des principales critiques au « Front Unique Ouvrier » est venue de l’expérience politique de la seconde guerre mondiale, que ce soit en Europe (et en France dans le cadre de la Résistance) ou en Asie. L’alliance du Parti Communiste chinois avec le Guomindang dans le « front uni antijaponais » (1936-1937 à 1945) est au contraire un exemple de cette logique des « fronts de libération nationale » et avait impliquée que les communistes dissolvent (du moins formellement…) la « République Soviétique Chinoise » qu’ils avaient constituée[1]. On rappellera que, de 1927 à 1936, la lutte armée avait été féroce entre le Guomindang et les communistes à partir de la rupture de la première alliance entre ces deux mouvements[2]. C’est ici clairement un « front » entre anciens ennemis. Contrairement aux analyses de Trotski, des « fronts » larges, non limités à la formule du « front unique ouvrier », ont pu obtenir des victoires significatives, que ce soit dans la seconde guerre mondiale ou dans la période des luttes anticoloniales. Il est d’ailleurs significatif que le mouvement trotskiste se soit déchiré après-guerre quant à l’analyse des différents fronts de libération nationale.

 

C’est donc implicitement à cette expérience générale, celle de la seconde guerre mondiales et des mouvements anticolonialistes, que fait référence la formule de Stefano Fassina. Inversement, ceux qui contestent la formule politique même du « front » devraient nous dire s’ils reprennent à leur compte l’analyse de Léon Trotski et comment ils intègrent la critique par la réalité de cette dite théorie.

 

L’exemple chinois montre bien que la formule politique des « fronts » n’implique nullement un accord étendu entre les membres du dit « front ». Il implique, par contre, un accord sur l’existence, ou non, d’une priorité. Que la direction du Parti Communiste chinois ait accepté de faire un front avec ceux qui, moins de dix ans avant, jetaient leurs militants dans les chaudières des locomotives, devrait inspirer un peu plus d’humilité (et de réflexion) à ceux qui s’offusquent de cette logique de « front ». On ne fait pas un « front de libération nationale » avec ses seuls amis, il vaut mieux le savoir. Inversement, ceux qui ont voulu à tout prix éviter de se salir les mains ont du le plus souvent se les couper. Ce qui implique cependant de penser, aussi rigoureusement que possible, les conditions dans lesquelles un tel « front » peut s’avérer nécessaire.

 

Le « front » et la question de l’opportunité.

Il est aussi que la formule d’un « front », comprise dans la logique d’un front de libération nationale, implique que l’on considère qu’une question, celle de la souveraineté de la Nation, est devenue dominante par rapport aux autres et que cette question, et sa résolution, est la condition nécessaire à ce que d’autres débats puissent être posés. De ce point de vue, la formule politique du « front » ne peut être dissociée de l’analyse politique de la situation. La formule du « front » n’existe pas en abstraction de cette réalité.

 

Ce qui fait aujourd’hui considérer la nécessité de cette formule c’est la compréhension que la question de l’Euro n’est pas une question seulement économique (elle l’est aussi, à l’évidence) mais qu’elle est devenue le pivot d’une recomposition antidémocratique de la gouvernance au sein de l’Union européenne et que l’Euro est la garantie de la domination de la finance sur la France. Si des pays qui n’ont pas adopté l’Euro peuvent connaître des politiques extrêmement néfastes, il faudrait ici démontrer comment un pays de la zone Euro a réussi à mener une politique alternative. La crise grecque a tranché la question.

 

Un collègue italien, le philosophe néo-marxiste Diégo Fusaro, parle de « l’Euro comme forme de gouvernance »[3]. C’est entièrement juste. La question de l’Euro est le surplomb de l’ensemble des politiques économiques et sociales dans les pays de la zone Euro mais, au delà, elle exprime et justifie la perte de la souveraineté par ces mêmes pays. On en a eu un exemple avec la ratification du TSCG en septembre 2012. C’est dire que cette question de l’Euro est une question éminemment politique. Le fait que ceci soit devenu une « connaissance commune » ou une « évidence » à la suite des événements de juin et juillet 2015, implique un changement dans les formules politiques. C’est le sens de l’appel de Stefano Fassina[4]. La situation créée par les institutions de la zone Euro, qu’elles soient de droit ou de fait (comme l’Eurogroupe) ne date pas de cette crise. Mais, la prise de conscience, et dans de nombreux pays, date en réalité de ce moment. C’est ce qui met la question des « fronts », qu’on les appelle des « fronts de libération nationale » comme Stefano Fassina ou des « fronts anti-Euro » comme je l’ai fait, à l’ordre du jour. Ce qui met cette question à l’ordre du jour est une réalité couplée avec une nécessité. De ce point de vue, la question du positionnement de untel ou untel est en réalité secondaire. C’est la question de l’analyse de la situation politique, et du débat qu’il convient d’avoir à son sujet, qui prime. Mais, il convient de savoir qu’il n’est nullement sûr que les acteurs arrivent à résoudre cette question. Auquel cas, la situation continue d’évoluer et les forces en présence de se transformer. La constitution d’un « front », dans ces conditions est aussi un moyen de chercher à transformer la situation, de la faire évoluer dans un sens positif.

 

Tout discours qui fait de la question de ces « fronts » un problème de principe est donc un discours vain, un discours vide de sens. Il n’y a pas de solution « morale » ou « principielle » a une question qui est politique. Par ailleurs, la question des « fronts » est aussi irréductible à une approche « moraliste ». Et il faut considérer que la domination des catégories morales (le « bien » / le « mal ») sur les catégories de l’analyse politique est le symptôme justement de cet situation d’assujettissement de la souveraineté populaire à un principe de « règles ».

 

Le front n’est pas qu’une question d’opportunité

Mais, la question de la constitution d’un « front » implique que l’on définisse non seulement ce contre quoi on veut lutter mais aussi les conditions de cette lutte. On le voit en particulier dans les « fronts de libération nationale » quand se pose la question de la négociation avec la puissance coloniale : faut-il négocier, quand, et à quelle conditions ? Ces questions sont importantes et elles déterminent la possibilité ou non, d’ouvrir le « front » à certaines forces, voire l’existence même de ces « fronts ». La question politique se pose donc au niveau de la constitution de ces « fronts », et se posera durant toute leur existence.

 

Cette question prend concrètement la forme du rapport à l’Euro ; est-on encore dans une logique de possible accommodements (voire « apaisement » en utilisant le sens « munichois » de ce mot[5]) avec l’Eurogroupe ou non. Il est important que cette base de départ soit rapidement clarifiée.

 

Mais, le rejet de l’Euro ne suffit pas. Il faut qu’il y ait un accord, au moins implicite, sur les mesures qui seront prises par la suite. Car, si l’Euro est aujourd’hui un problème politique son démantèlement implique une dimension technique évidente, et ces mesures techniques ne pourront être mises en œuvre que sur la base d’un accord politique général. C’est la raison pour laquelle j’ai explicitement fait référence au Conseil National de la Résistance, car dans ce cas il était clair que l’objectif ne pouvait être la seule libération du territoire du joug nazi.

 

Cela implique clairement l’abandon pour tout parti qui prendre place dans ce « front » de toute référence à la « préférence nationale » hors, bien entendu, des secteurs régaliens ou nul ne la met en cause. L’idée de préférence nationale, hors le domaine des professions particulières (liées aux fonctions régaliennes de l’Etat qui incluent la sécurité, la justice et l’Education), est en réalité inconstitutionnelle si on regarde le préambule de la Constitution[6]. Il en va de même pour les droits que l’on appelle « sociaux » et qui sont la contrepartie de contributions des salariés et des employeurs. La raison conjoncturelle, liée à l’objectif du « front », est que, dans une logique de sortie de l’Euro, les mécanismes de retour à l’emploi doivent pouvoir jouer sans obstacle. Très concrètement, et au-delà des raisons principielles telles qu’elles sont exposées dans le préambule de la constitution, toute segmentation du marché du travail sous la forme de l’application de la « préférence nationale » conduirait à des pressions inflationnistes importantes qui pourraient compromettre les effets positifs attendus de la sortie de l’Euro.

 

C’est l’une des raisons pour lesquelles la participation du Front National à ce « front » n’est pas aujourd’hui envisageable, alors que celle du mouvement politique de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France, l’est pleinement. Mais, cela veut aussi dire qu’il faut être attentif aux évolutions politiques des uns et des autres et, en fonction de ces évolutions, être prêts à reconsidérer la question de la participation de tel ou tel parti ou mouvement à ce « front ». Ceci, d’ailleurs, vaut tout autant pour des fractions du Parti « Socialiste », si elles abandonnaient leur attachement religieux à l’Euro, et qui seraient naturellement partie prenante d’un tel « front ». Je rappelle ici, et encore une fois, que Stefano Fassina fut membre (et ministre) du parti de centre-gauche de l’actuel Premier ministre italien, Matteo Renzi.

 

[1] P. Van Slyke L., The Chinese Communist movement : a report of the United States War Department, july 1945, Stanford University Press, Hoover institution, San Francisco, 1968.

[2] Dont un rendu littéraire peut être lu dans La Condition Humaine d’André Malraux.

[3] Fusaro D., Il Futuro è nostro. Filosofia dell’azione, Bompiani, Milan, 2014

[4] Voir, http://russeurope.hypotheses.org/4235

[5] L’apaisement étant la politique de conciliation vis-à-vis d’Hitler qui fut celle de la Grande-Bretagne à propos de la Tchécoslovaquie.

[6] Article 5 du préambule : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances ».http://www.legifrance.gouv.fr/Droit-francais/Constitution/Preambule-de-la-Constitution-du-27-octobre- 1946

***

Ce qu’a dit Jacques SAPIR sur FRANCE-INTER le 27 août 2015


Jacques Sapir : "A terme, la question de la... par franceinter

Jacques Sapir : "A terme, la question de la participation du Front national sera posée"

 

Pour ma part, en accord avec jacques Sapir, je suis convaicu qu'elle se posera à terme à moins que le FN ait éclaté ou disparu mais son électorat ne doit pas être abandonné. JacK Freychet.

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 10:55

Un texte de Norman Pollack origine http://www.alterinfo.net

Norman Pollack  écrit sur le populisme. Il s’intéresse à la théorie sociale et à l’analyse structurelle du capitalisme et du fascisme. Il peut être joint à pollackn@msu.edu.

 

La psychiatrie s’occupe des individus, mais pourquoi n’y aurait-il pas une psychiatrie sociale qui s’occuperait des comportements, valeurs, et mentalités collectifs, ceux d’une nation avec son histoire propre, ses structures sociales, son comportement, dans ce cas mesuré à partir des guerres, des interventions, des politiques d’assassinats ciblés par des drones, de la torture et de la sous-traitance de la torture, de l’opposition à la démocratie dans le monde et chez soi, des différenciations de classe considérables par la disparité des revenus et du pouvoir, de la dérégulation du système financier, commercial et industriel, de la surveillance massive pour étouffer la dissidence et la résistance ? En bref, pourquoi n’y aurait-il pas une psychiatrie sociale pour traiter une société fasciste émergente ?

La psychiatrie sociale (à la différence de la psychologie sociale) peut bien ne pas être une discipline académique et médicale reconnue. Mais comment appréhender autrement la conscience politique et même l’Inconscient réprimé d’un peuple lié, activement ou par complicité, à un ensemble commun d’institutions et à un cadre cohérent de pouvoir (par rapport auquel aucune résistance ne semble émerger ou même en voie d’émerger) ?

Les questions sont faciles à formuler, mais les réponses plus difficiles. Pourtant le dossier est sous nos yeux, avec les menaces politiques actuelles, visibles en Irak, en Afghanistan, en Ukraine, à Gaza, qui font partie d’une posture militaro-économique globale de contre-révolution dirigée en fin de compte contre la Russie et la Chine, une posture dirigée au passage contre l’industrialisation et la modernisation croissante du tiers-monde (dont le Brésil, devenu une acteur intermédiaire du pouvoir mondial).

La domination est effrayante, particulièrement lorsqu’elle agit de façon si institutionnalisée à fabriquer le système social, qu’elle en devient une seconde nature, indiscutée, au point que les politiques américaines sont dans toutes leurs intentions et objectifs bonnet blanc et blanc bonnet : c’est une fuite en avant consensuelle du capitalisme avancé, en tant que fondation de l’ordre social domestique américain et de ses métastases à l’étranger, unilatéral, en vue de de gouverner l’ordre politico-économique mondial. Nouvelles du jour : Obama et Clinton provoquent des étincelles dans un bocal hermétiquement fermé, chacun surpassant l’autre pour développer une confrontation, comme élément d’une nouvelle Guerre froide, afin de stopper le déclin de l’Amérique impériale. Les opposants républicains, novices dans le jeu, bredouillant leur belligérance, ne font pas le poids face au « droitdel’hommisme libéral », en tant qu’instrument de conquête.

Gaza symbolise où nous en sommes : l’éradication des aspirations humaines par des forces de procuration, ici Israël, là l’Ukraine, résidus fascistes de la Seconde Guerre mondiale, ou bien en Amérique latine, les lauréats avec « mention bien » de Fort Benning’s School of the Americas [1], des gens expérimentés dans les techniques sadiques d’assassinat. Le fait est là. Où que l’on regarde, on ne voit que les destructions et les souffrances humaines dues à ceux que nous soutenons, alors que, pendant ce temps, les USA agissent, de leur côté, pour mettre en place l’architecture militaire d’un modèle global dévoué au commerce, à la finance, et au pouvoir, avec son industrie de guerre fonctionnant à plein régime. L’Irak et l’Afghanistan ne sont pas des événements accidentels par rapport au grand dessein, ni, en l’espèce, des incidents, car l’Amérique, insatisfaite de son influence prépondérante en Europe, cherche une tête de pont et une sphère d’influence au Moyen-Orient (déjà aidée par les liens les plus proches possibles avec le renseignement militaire israélien). Bien que le pétrole soit une évidente super-priorité dans la région, une priorité géopolitique et géostratégique potentiellement aussi importante est à l’oeuvre en Asie (marquée là-bas par la stratégie d’Obama orientée en priorité vers le Pacifique d’abord et son partenariat Trans-Pacifique) pour contenir, isoler et affaiblir la Chine. On a du boulot, non ? La domination n’en exige pas moins.

La froideur, ce par quoi je nomme la bulle solipsiste [2] qui entoure et engaine l’Amérique, avec ses caractères respectivement associés de xénophobie et d’ethnocentrisme, la peur de l’étranger, la relation dichotomique du nous-eux fondant l’idéologie de l’Exceptionnalisme. Et ses conséquences : un autoritarisme prépondérant, structurellement enraciné dans la personnalité américaine, ayant beaucoup à voir avec la rigidité, qui unifie et intègre l’élaboration de la politique actuelle du gouvernement des USA ; la communauté du monde des affaires toujours à portée de sa main droite, bien que, elle aussi, avec ses conseillers à la sécurité nationale exprimant une dimension de pureté idéologique, anticommunisme réifié d’une époque apparemment disparue (bien qu’infectant encore les processus de pensée contingents aux aspirations hégémoniques).

Nous sommes devenus figés dans notre comportement de défense-réaction, de manière compréhensible, sachant que le projet américain de concentration de la richesse, cantonné dans une élite infinitésimale, se répercute directement, par exemple, sur la pauvreté domestique et sur la politique étrangère globale de stabilisation du monde, dans l’intérêt des USA. La nature inéquitable, telle qu’elle se diffuse, de tous ces groupes dirigeants en Amérique, reliant directement, par exemple, la Maison-Blanche aux enfants ensevelis sous les ruines de Gaza, ou les salles de marché de Morgan, Chase ou Godman Sachs aux récessions, au chômage, aux saisies immobilières, qui en cascade créent des sans-abris, de la malnutrition, des problèmes de santé sur une échelle globale. Tout cela devrait être suffisant pour provoquer un sentiment collectif de CULPABILITÉ. Pourtant, froideur et rigidité, nous sommes au-delà de ça, protégés culturellement, institutionnellement, et politiquement de toute introspection (du retour sur soi) sur les faits que nous commettons ou omettons.

Une preuve par l’absurde : l’Amérique est elle-même sui-generis [par essence] , bien que nécessitant beaucoup d’énergie psychique et d’efforts pour s’y maintenir, la plus grande démocratie que le monde ait connue.

La psychiatrie sociale que j’évoque (à ne pas confondre avec les analyses du caractère national à la mode au milieu du XXe siècle) réside dans la matrice institutionnelle d’une étape avancée du capitalisme, tel qu’il est apparu à l’origine aux USA , un capitalisme qui cherche et promeut la création d’une uniformité politico-culturelle de la personne humaine nécessaire à l’installation de la discipline sociale. Cette uniformité est constamment reproduite et renforcée dans la vie quotidienne par l’entremise de toutes les ressources et de tous les mécanismes sociaux (éducation/endoctrinement, consumérisme, religion, patriotisme, propagande officielle, média, et même le sport comme apprentissage des valeurs de compétition, de victoire, d’esprit martial, et c’est pas tout…) amenés à converger par des signaux subtils de supériorité et d’infériorité présents dans la structure de classes et dans l’affichage de la richesse. Et tout cela en continuant par ailleurs de battre le tambour de la guerre, des interventions, de la supériorité et de l’infériorité dans la hiérarchie des nations.

On n’a pas besoin de l’apport freudien pour explorer l’étiologie de l’esprit malade. Irak, Afghanistan, Ukraine, Gaza, tout exhibe une arrogance systématique, qui fournit une couverture utile à ce que je considère être une carence morale, imperméable à la souffrance humaine, jouissant de l’auto-indulgence de la nation. Cette carence morale contamine le peuple (dont la majeure partie, incapable d’adhérer, apprend à s’ajuster en s’auto-incriminant), enclin à organiser la violence, comme quand on change un régime ou que l’on vient au secours « d’amis et alliés », en maîtrisant les forces sociales et les voies vers la modernisation, parce qu’on pense qu’ils peuvent porter tort, pas seulement aux intérêts américains, mais aussi aux protections qui assurent que nous ne prenions pas conscience de nous-mêmes et de nos crimes dans le monde.

Ci-après, mes commentaires du New York Times ( tous deux d’août 2014 ), qui ont indirectement inspiré cet article, l’un faisant allusion à la querelle Obama-Clinton, l’autre sur la musique américaine, me rappelant une autre époque, lorsque l’Amérique avait une vision anti-fasciste, tout à fait propre, à mon avis, à justifier une fierté nationale. Les articles servant de point de départ sont les suivants : (I) Michael Shear, et. al., « Is This Island Big Enough [Martha’s Vineyard] for Clinton and Obama? », et (II) Anthony Tommasini, « They Heard America Playing: Copland, Thomson and Others in a Fantasy Music Festival ». Commentaires aussi du même jour :

I Pas de plus grand témoignage sur l’étroitesse du spectre idéologique américain. Obama et Clinton favorisent tous deux la guerre, les interventions, la dérégulation, le soutien des grandes banques, la résistance à la démocratisation en Amérique (pour preuve l’écart grandissant des revenus, de la richesse et du pouvoir), Clinton essayant de se créer un espace politique en surpassant Obama dans les politiques pro-guerre et pro-multinationales. Et pourquoi pas ? Son mari nous a donné la politique économique de Rubin [3] et la fin du Glass-Steagall [ fin de la séparation des activités entre banque de dépôts et banque d'affaires, NdT]. La banqueroute morale du Parti démocrate depuis l’époque de FDR [Franklin Delano Roosevelt, NdT] [4] et du New Deal ? Eh oui ! La confrontation avec la Russie et la Chine a remplacé l’élévation du niveau de vie des américains pauvres. Le Vineyard [5] semble un endroit idéal pour l’élite américaine. Cela n’a pas toujours été comme ça.

II Exclu ? Au début des années 70, j’ai accueilli une festivité pour l’Orchestre de chambre anglais qui s’exécuta sur le campus. Après une année à Londres, ayant écouté Peter Maxwell Davies, Harrison Birtwistle…, j’étais assis sur la terrasse, me plaignant de l’état de la musique contemporaine américaine avec Emanuel Hurwitz, lorsqu’il a proprement éreinté notre Elliot Carter. Et il avait raison. [Session (masturbatoire ???), Piston (pompeux ???), sûrement, mais Carter doit aussi recevoir son dû, précisément parce qu'il n'est pas assimilable par une oreille américaine.

Mais je veux faire un appel spécial pour la troisième symphonie de Copland, que, en tant que radical depuis mes plus jeunes années, jusqu'à ce jour, je considère dans son inspiration comme la grande symphonie anti-fasciste, elle-même écrite en temps de guerre et fusionnant l'ambiance du courage et de la solennité. J'aurais souhaité pouvoir remercier Copland. Quelques heures avant d'aller à mes examens généraux (examen de doctorat en civilisation américaine), à Harvard, je marchais (presque défilais) autour de la cour, intégrant la musique, jusqu'à atteindre le summum de l'intensité, lorsque j'entrai dans la pièce à Holyoke House, pour l'examen.

Oui, non seulement la musique peut élever l'esprit humain, mais elle peut, avec la Troisième de Copland, convoquer, depuis les profondeurs, une clarté de la pensée et instiller un esprit de résistance encore plus fort (heureusement) qu'il y a un quart de siècle. Puis-je aussi ajouter la Seconde de Hanson ?

Norman Pollack
Traduit par Jean-Jacques pour vineyardsaker.fr

Notes

[1] Fort Benning est une base de l’US Army située au sud-ouest de la ville de Columbus, en Géorgie (wikipedia, français). La formule ‘Schools of Assassins’ est évoquée dans un article de Russia Today, intitulé Inside the dark legacy of the US ‘School of Assassins’, alias A l’intérieur du sombre héritage de l’École américaine des assassins (Russia Today, anglais, 19-11-2010)

[2] Le solipsisme (du latin solus, seul et ipse, soi-même) est une « attitude » générale pouvant être théorisée sous une forme philosophique et non métaphysique, « […] d’après laquelle il n’y aurait pour le sujet pensant d’autre réalité que lui-même

[3] Robert Edward Rubin, né le 29 août 1938 à New York, aux États-Unis, est un économiste et homme politique américain. De 1995 à 1999, il occupe les fonctions de secrétaire au Trésor des États-Unis dans l’administration Clinton. Depuis 2008, Robert Rubin est membre de l’Africa Progress Panel, une fondation basée à Genève et présidée par Kofi Annan. (wikipedia, français)

[4] Franklin Delano Roosevelt (ˈɹoʊzəvɛlt), né le 30 janvier 1882 à Hyde Park, dans l’État de New York, et mort le 12 avril 1945 à Warm Springs, dans l’État de Géorgie, est un homme d’État américain, trente-deuxième président des États-Unis. (wikipedia, français)

[5] Le vineyard ne fait pas référence ici au site vineyardsaker, mais à l’île de Martha’s Vineyard, située sur la côte sud de la presqu’île du cap Cod, dans l’État du Massachusetts aux États-Unis, surtout connue comme résidence d’été de la jet set américaine et des présidents des États-Unis. (wikipedia, français)

Source : Pathology of Domination, IPathology of Domination, Ideological-Cultural Frigidity/Rigiditydeological-Cultural Frigidity/Rigidity (Counterpunch, anglais, 22-24-08-2014)

 

 

 

 

 

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 10:25

Repris sur Comité Valmy

 

 

 Par Roland Hureaux origine  FIGAROVOX/TRIBUNE -Roland Hureaux est essayiste et élu local. Il revient d’un déplacement en Syrie.

 

Laurent Fabius ne gardera pas un grand souvenir de sa visite à Téhéran de la fin juillet. Elle avait été précédée d’un déchaînement d’attaques personnelles sur le thème du sang contaminé. Il voulait se faire accompagner d’une délégation d’hommes d’affaires . Mais les Iraniens ont fait savoir qu’il n’y aurait que des discussions politiques, très froides au demeurant : de contrats, pas question. Le ministre des Affaires étrangères français s’attendait-il à autre chose après avoir tout tenté pour faire échouer les négociations entre Washington et Téhéran ?

Il fut un temps, sous Mitterrand notamment, où la France suivait les Etats-Unis mais en gardant un profil assez bas pour sauver la mise. Avec Hollande, la France suit les Etats-Unis mais en tentant de faire de la surenchère : cela fut le cas avec l’Iran ; c’est toujours le cas avec la Syrie.

Il fut un temps où la France se démarquait suffisamment de la position des Etats-Unis pour jouer, le jour venu, un rôle d’intermédiaire , ce en quoi Fabius a échoué piteusement en juin dernier entre Israéliens et Palestiniens. Il fut un temps, sous Mitterrand notamment, où la France suivait les Etats-Unis mais en gardant un profil assez bas pour sauver la mise.

 

Avec Hollande, la France suit les Etats-Unis mais en tentant de faire de la surenchère : cela fut le cas avec l’Iran ; c’est toujours le cas avec la Syrie. C’est là le moyen le plus sûr de rester au bord de la route le jour où la notre grand allié décide de changer de cap. C’est ce qui risque de nous arriver en Iran malgré la sympathie que notre pays inspire aux Iraniens.

 

Le décollage économique de l’Iran, imminent une fois les sanctions levées, pourrait se faire sans la France. II est peu probable par exemple que Peugeot récupère jamais le marché de 600 000 véhicules qu’il avait dans ce pays. C’est ce qui nous pend au nez aussi avec la Syrie.

 

« Traiter ses ennemis comme s’ils devaient être un jour nos amis ; traiter ses amis comme s’ils devaient être un jour nos ennemis » . Vieux proverbe arabe ou pas, c’est en tous les cas depuis belle lurette le B.-A.-BA de la diplomatie. Il est clair que ce B.-A.-BA, Fabius l’ignorait quand il est allé dire à la tribune des Nations-Unies en 2012 que le président Assad «  ne méritait pas de vivre ». Un peu plus tôt, Juppé avait prétendu que le même Assad ne tiendrait pas plus de quelques jours. Trois ans et demi après, il est toujours là.

 

Ce n’est pas faute que la France ait engagé des moyens lourds pour le renverser. Fourniture massive d’armes et de matériels aux opposants, assistance technique de plusieurs dizaines de militaires français ( dont plusieurs sont morts ). A la fin du mandat de Sarkozy, un accord entre la France et le gouvernement de la Syrie nous avait permis de récupérer une trentaine de prisonniers faits par l’armée syrienne. A son arrivée, Hollande a relancé la guerre.

 

Aide de la France aux djihadistes

Inutile de dire que nos armes et notre appui logistique sont allés exclusivement aux djihadistes, en particulier au Front al-Nosra , nouveau nom d’al-Qaida, dont les différences avec Daech sont bien minces. Les mêmes qui enlèvent ou massacrent les chrétiens - et d’autres. La soi-disant Armée syrienne libre qui, disait-on , était l’objet de notre sollicitude demeure un fantôme - et un alibi pour aider les islamistes.

Le plus probable est que ce régime pris en grippe par notre diplomatie avec un rare acharnement tiendra. Il paraît certes aujourd’hui sur la défensive mais s’appuie sur un dispositif solide autour de Damas et de la frontière libanaise. La Russie ne le lâchera pas.

Pourtant le plus probable est que ce régime pris en grippe par notre diplomatie avec un rare acharnement tiendra. Il paraît certes aujourd’hui sur la défensive mais s’appuie sur un dispositif solide autour de Damas et de la frontière libanaise. La Russie ne le lâchera pas. La population est mobilisée , notamment les femmes dont bien peu , même chez les sunnites, souhaitent tomber ente les mains des « barbus ». Ceux qui soutiennent les forces rebelles, Israël en tête, ne veulent pas vraiment qu’aucune des deux , Daech ou al-Nosra, remplace le régime de Damas, se contentant de le maintenir en état de faiblesse.

 

La nouvelle politique américaine

Les accords entre Washington et Téhéran prévoient le maintien d’Assad jusqu’à la fin de son mandat et le relâchement progressif de la pression des islamistes, qui pourraient être recyclés contre la Russie.

 

La France qui avait de solides positions en Syrie, son ancien mandat, où on n’a pas oublié que Jacques Chirac fut le seul chef d’Etat occidental à assister aux obsèques d’Assad père (eut-il raison d’y aller ? C’est une autre question), sera-t-elle cette fois encore prise de court par le revirement américain, déjà perceptible ? Ce serait confirmer l’amateurisme dans laquelle a sombré notre diplomatie : Mitterrand qui fut le mentor tant de Fabius que de Hollande doit se retourner dans sa tombe.

 

Les arguments moraux ne sont plus pris au sérieux. Meurtres d’enfants à Homs, utilisation de gaz, lâchage de bidons d’essence sur les populations : au moins ces accusations là , portées à l’encontre du régime syrien, n’ont pas été avérées, ce qui n’en fait pas pour autant un régime tendre.

 

Un premier geste serait d’accorder une reconnaissance officielle au Lycée Charles de Gaulle de Damas que les parents d’élèves syriens ont continué de faire fonctionner en autogestion quand la France l’a fermé en 1991, témoignage émouvant d’ un attachement aujourd’hui rare à la culture française.

 

Le second serait de lever l’embargo sur les produits pharmaceutiques particulièrement odieux quand on sait les dégâts que cette guerre absurde continue de faire dans la population civile.

 

Mais pour renouer le fil d’une relation interrompue, peut-être Hollande devra-t-il trouver un autre ambassadeur que Laurent Fabius ?

 

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 10:30

Entretien inédit de Sthatis Kouvèlakis  pour le site de Ballast repris sur Comité Valmy

 

Stathis Kouvelakis est membre du comité central de Syriza. Il est  également professeur de philosophie politique au King's College de Londres.

 

Résumons à très grands traits. Le 25 janvier 2015, Syriza remporte les élections législatives grecques sur un programme de rupture ; le 5 juillet, c’est un tonitruant « OXI », à 61 %, qui envoie les petits barons de l’ordre européen dans les cordes ; le lendemain, Yánis Varoufákis, ministre des Finances grec, est poussé vers la sortie ; le lundi 13 juillet, le tout-venant apprend que les dix-huit heures de bataille psychologique, à la fameuse « table des négociations », ont eu raison des espoirs mis dans le gouvernement grec : capitulation en rase campagne, entend-on. La couleuvre de l’austérité avalée contre un hypothétique rééchelonnement de la dette. « J’assume la responsabilité d’un texte auquel je ne crois pas », affirme Tsipras à la télévision publique grecque. Mercredi, le comité central de Syriza rejette l’accord et dénonce « un coup d’État contre toute notion de démocratie et de souveraineté populaire ». Les ministères démissionnaires partent en claquant la porte, le texte passe avec les voix de la droite et de la social-démocratie grecques, les grèves générales repartent et la place Syntagma s’enflamme. « Trahison » ; la messe est dite. Pour Stathis Kouvélakis, philosophe francophone, membre du Comité central de Syriza et figure de la Plateforme de gauche, l’équation s’avère toutefois plus complexe, si l’on tient à prendre toute la mesure de ces récents événements. Entretien pour y voir plus clair et, surtout, organiser la riposte.

 

 

 

Vous émettez des réserves quant à la critique de Tsipras en termes de « trahison », qui revient pourtant fréquemment dans les gauches radicales européennes depuis l’accord du 12 juillet. Pourquoi la considérez-vous comme inefficace ?

 

Je ne nie pas que le terme de « trahison » soit adéquat pour traduire une perception spontanée de l’expérience Syriza. Il est évident que les 62 % qui ont voté « non » au référendum et les millions de gens qui ont cru en Syriza se sentent trahis. Néanmoins, je nie la pertinence analytique de la catégorie de trahison car elle repose sur l’idée d’une intention consciente : consciemment, le gouvernement Tsipras aurait fait le contraire de ce qu’il s’était engagé à faire.

 

Je pense que cette catégorie obscurcit la réalité de la séquence en cours, qui consiste dans la faillite d’une stratégie politique bien précise. Et quand une stratégie fait faillite, les acteurs qui en étaient les porteurs se retrouvent uniquement face à de mauvais choix ou, autrement dit, à une absence de choix. Et c’est très exactement ce qui s’est passé avec Tsipras et le cercle dirigeant du gouvernement. Ils ont cru possible de parvenir à un compromis acceptable en jouant cette carte de la négociation – qui combinait une adaptation réaliste et une fermeté quant à des lignes rouges, dans le but d’obtenir un « compromis honorable ».

 

« La notion de "trahison" empêche d’analyser et de remettre en cause la stratégie ; elle rabat tout sur les "intentions des acteurs" et se fonde sur l’illusion naïve selon laquelle ceux-ci sont maîtres de leurs actes. »

 

Or la Troïka des créanciers n’était nullement disposée à céder quoi que ce soit, et a immédiatement réagi, en mettant dès le 4 février le système bancaire grec au régime sec. Tsipras et le gouvernement, refusant toute mesure unilatérale, comme la suspension du remboursement de la dette ou la menace d’un « plan B » impliquant la sortie de l’euro, se sont rapidement enfermés dans une spirale qui les amenait d’une concession à une autre et à une détérioration constante du rapport de force. Pendant que ces négociations épuisantes se déroulaient, les caisses de l’État grec se vidaient et le peuple se démobilisait – réduit à un état de spectateur passif d’un théâtre lointain sur lequel il n’avait prise. Ainsi, quand Tsipras affirme le 13 juillet qu’il n’avait pas d’autre choix que de signer cet accord, il a en un sens raison. À condition de préciser qu’il a fait en sorte de ne pas se retrouver avec d’autres choix possibles. Dans le cas précis de la Grèce, on assiste à une faillite flagrante de cette stratégie pour la simple raison qu’elle n’avait prévu aucune solution de repli. Il y a un véritable aveuglement de Tsipras et la majorité de Syriza dans l’illusion européiste : l’idée qu’entre « bons européens », nous finirons par nous entendre même si, par ailleurs, demeurent des désaccords importants ; une croyance dure comme fer que les autres gouvernements européens allaient respecter le mandat légitime de Syriza. Et, pire encore, l’idée de brandir l’absence de « plan B » comme un certificat de bonne conduite européiste, qui fut le comble de cet aveuglement idéologique...

 

La notion de « trahison » empêche d’analyser et de remettre en cause la stratégie ; elle empêche de parler en termes d’analyse stratégique et point aveugle idéologique ; elle rabat tout sur les « intentions des acteurs » – qui resteront toujours une boîte noire – et se fonde sur l’illusion naïve selon laquelle ceux-ci sont maîtres de leurs actes. Par ailleurs, elle empêche de saisir le cœur du problème, à savoir l’impuissance de cette politique : la violence de la réaction d’un adversaire a été sous-estimée alors même que le gouvernement Syriza, par son existence même, était allé suffisamment loin pour la déclencher. De plus en plus de voix s’élèvent dans l’Europe du Sud pour dénoncer le carcan de la monnaie unique. Ce débat a-t-il sérieusement eu lieu au sein du gouvernement Tsipras et de Syriza ? Yánis Varoufákis, après avoir démissionné, a affirmé avoir proposé un plan de sortie de l’euro ou, du moins, la mise en circulation d’une monnaie nationale au plus dur des négociations.

 

Ce débat n’a jamais véritablement eu lieu — ou, plutôt, il n’a eu lieu que de façon limitée, au sein de Syriza, pendant les cinq dernières années. Et ce fut toujours contre la volonté de la majorité de la direction du parti, par une sorte d’état de fait créé par le positionnement d’une minorité substantielle en faveur d’une sortie de l’euro, comme condition nécessaire pour la rupture avec les politiques d’austérité et le néolibéralisme. La majorité de la direction du parti n’a jamais vraiment accepté la légitimité de ce débat. La sortie de l’euro n’était pas présentée comme une option politique critiquable avec des inconvénients qui justifiaient un désaccord. Elle était purement et simplement identifiée à une catastrophe absolue. Systématiquement, il nous était reproché que si nous défendions la sortie de l’euro, nous étions des crypto-nationalistes ou que la sortie de l’euro entraînerait un effondrement du pouvoir d’achat des classes populaires et de l’économie du pays. En réalité, c’étaient les arguments du discours dominant qui était repris par nos camarades. Ils ne cherchaient donc pas un véritable débat argumenté mais à nous disqualifier symboliquement, à disqualifier la légitimité de nos arguments à l’intérieur de Syriza et de la gauche radicale. Ainsi, quand Syriza est arrivé au pouvoir, la question s’est posée par la logique même de la situation, puisqu’il est rapidement devenu évident que ces négociations n’aboutissaient à rien. Déjà, l’accord du 20 février indiquait bien que Syriza était contraint de reculer au cours de ce bras de fer. Mais cette discussion s’est déroulée à huis clos : jamais de façon publique et jamais avec le sérieux nécessaire — si l’on excepte bien sûr les prises de position de la Plateforme de gauche de Syriza.

 

Yánis Varoufákis, de son côté, avait posé à divers moments la question d’un plan B. Panayótis Lafazánis et la Plateforme de gauche mettaient régulièrement sur la table ces propositions. Il faut préciser que le plan B ne se limite pas simplement à la reprise d’une souveraineté monétaire. Il met en avant l’interruption du remboursement des créanciers, le placement des banques sous contrôle public et un contrôle de capitaux au moment du déclenchement de l’affrontement. C’était, d’une façon générale, prendre l’initiative plutôt que d’être à la traîne de négociations qui amenaient un recul après l’autre. Le gouvernement n’a même pas fait les gestes minimaux afin d’être en mesure de tenir bon quand les Européens appuyèrent sur le bouton nucléaire, c’est-à-dire en arrêtant totalement l’approvisionnement en liquidité avec l’annonce du référendum. Le référendum lui-même aurait pu être conçu comme le « volet politique » du plan B : il a donné une idée d’un scénario réaliste conduisant à la rupture avec les créanciers et la zone euro. Le raisonnement aurait pu être le suivant : Le mandat initial de Syriza, celui issu des urnes du 25 janvier, était de rompre avec l’austérité dans le cadre de l’euro ; nous avons bien vu que c’était impossible dans ce cadre ; donc nous nous présentons de nouveau devant le peuple ; le peuple confirme son mandat en disant « Non à l’austérité et faites le nécessaire ». C’est effectivement ce qui s’est passé avec la victoire écrasante du « non », lors du référendum du 5 juillet, mais il était déjà trop tard ! Les caisses étaient déjà vides et rien n’avait été fait pour préparer une solution alternative.

 

Vous soulignez les rapports de force qui ont traversé Syriza depuis 2010. Comment expliquer que la frange acquise à l’Union européenne et l’euro l’ait emportée ?

Il faut replacer ces débats dans un cadre plus large : celui de la société grecque, et d’une façon plus générale, celui des sociétés de la périphérie européenne. Avant la crise de 2008-2010, les pays les plus europhiles au sein de l’Union européenne étaient précisément ceux du sud et de la périphérie. Il faut bien comprendre que, pour ces pays, l’adhésion à l’UE signifie une certaine modernité, à la fois économique et politique, une image de prospérité et de puissance que l’euro vient valider à un niveau symbolique. C’est l’aspect fétichiste de la monnaie que Karl Marx a souligné : en ayant la monnaie commune dans sa poche, le Grec accède symboliquement au même rang que l’Allemand ou le Français. Il y a ici quelque chose de l’ordre du « complexe du subalterne ». C’est notamment ce qui nous permet de comprendre pourquoi les élites dominantes grecques ont constamment joué avec la peur de la sortie de l’euro — leur carte maîtresse depuis la début de la crise. Tous les « sacrifices » sont justifiés au nom du maintien dans l’euro. La peur du Grexit est étrangère à la rationalité économique. Elle ne repose pas sur les conséquences éventuelles d’un retour à la monnaie nationale ; par exemple : les difficultés pour les importations ou, à l’inverse, les nouvelles facilitées à l’exportation. Au niveau du « sens commun », la sortie de l’euro charrie une sorte de tiers-mondisation symbolique. Pour le Grec moyen qui résiste à l’idée d’une sortie de la zone euro, la justification de son refus renvoie à la peur d’une régression du pays au rang de nation pauvre et retardataire – qui était effectivement le sien il y a quelques décennies. N’oublions pas que la société grecque a évolué très rapidement et que le souvenir de la misère et de la pauvreté est encore présent dans les couches populaires et dans les générations âgées.

« Une foule enthousiaste s’est formée derrière lui et l’a conduit en triomphateur jusqu’à la marée humaine de la place du Parlement. Quelle a été la réaction de Tsipras ? Il a pris peur et a abrégé les trois quarts du discours qu’il avait préparé. »

Ce que je viens de dire explique aussi l’apparent paradoxe du vote massif du « non » chez les jeunes. Le journal Le Monde fait son reportage en disant : « Toutes ces générations des 18-30 ans qui ont grandi avec l’euro et l’Union européenne, qui ont bénéficié des programmes Erasmus et des études supérieures [le niveau d’accès à l’enseignement supérieur en Grèce est parmi les plus élevés d’Europe], comment se fait-il qu’elles se retournent contre l’Europe ? » La raison est en fait que les jeunes générations ont moins de raisons que les autres de partager ce complexe de la subalternité ! Cet « européisme » ambiant de la société grecque est resté toutefois hégémonique, y compris dans les forces d’opposition aux politiques néolibérales — à l’exception du Parti communiste, très isolé et sectaire. Et cela explique pourquoi Syriza a choisi, dès le début, de s’adapter à l’européisme et d’avoir une stratégie électoraliste à court terme plutôt que d’entrer dans un travail de pédagogie qui consisterait à dire : « Nous ne sommes pas contre l’Europe ou l’euro par principe, mais si eux sont contre nous, et qu’ils nous empêchent d’atteindre nos objectifs, il nous faudra riposter. » C’est un discours qui demandait un certain courage politique, chose dont Tsipras et la majorité de la direction de Syriza s’est révélée être totalement dépourvue.

 

Le référendum n’était donc en rien la possibilité d’une rupture mais un simple mouvement tactique afin de renforcer Tsipras dans les négociations ?

Tsipras est un grand tacticien. Penser que tout ce qui s’est passé est conforme à un plan préétabli serait se tromper lourdement. C’est une gestion au jour le jour de la situation qui a prévalu, sans vision stratégique autre que celle de la recherche de l’illusoire « compromis honorable » dont j’ai parlé auparavant. Le référendum a été conçu, d’emblée, comme un geste tactique, comme une issue à une impasse dans laquelle le gouvernement s’est trouvé à la fin du mois de juin, lorsque le plan Juncker a été présenté sous la forme d’un ultimatum. Mais, en annonçant le référendum, Tsipras a libéré des forces qui sont allées bien au-delà de ses intentions. Il faut ici souligner le fait que l’aile droite du gouvernement et de Syriza ont très bien perçu, elles, le potentiel conflictuel et de radicalisation que comportait objectivement la dynamique référendaire, et c’est pour cela qu’elles s’y sont fortement opposées. Je vais vous livrer une anecdote. Le jour du grand rassemblement du vendredi [3 juillet], une foule immense s’était rassemblée dans le centre-ville d’Athènes. Tsipras est allé à pied de la résidence du Premier ministre à la place Syntagma, séparées par quelques centaines de mètres. C’est une scène de type latino-américaine qui s’est produite : une foule enthousiaste s’est formée derrière lui et l’a conduit en triomphateur jusqu’à la marée humaine de la place du Parlement. Quelle a été la réaction de Tsipras ? Il a pris peur et a abrégé les trois quarts du discours qu’il avait préparé.

 

Vous racontez qu’Euclide Tsakalotos, ministre des Finances grecques après la démission de Yánis Varoufákis, préparait son intervention devant l’Eurogroupe comme un professeur d’université prépare sa contribution à un colloque. Ne pointez-vous pas ici un des problèmes de la gauche radicale : une parfaite analyse des phénomènes mais une incapacité à mener des rapports de force, à établir des stratégies gagnantes, à jouer sur les contradictions de l’adversaire ? Est-ce dû à la promotion des savoirs académiques au sein de la gauche radicale au détriment d’autres profils ?

 

Je suis très réticent par rapport aux explications sociologistes : je ne pense pas qu’elles permettent de comprendre la situation. Dans un entretien à Mediapart¹, Tsakalotos expliquait en effet que, lorsqu’il est allé à Bruxelles, il avait préparé ses argumentaires de façon très sérieuse. Il s’attendait à entendre des contre-arguments et, au lieu de cela, il s’est retrouvé face à un mur de technocrates répétant des règles et des procédures. Il avait été choqué du faible niveau de la discussion – comme s’il s’agissait d’un colloque universitaire où le meilleur argument l’emporte. Or tout en étant moi-même universitaire, et même un ancien camarade de parti de Tsakalotos (nous avons milité dans le Parti eurocommuniste grec dans les années 1980), je n’en suis pas moins en désaccord profond avec lui. Par ailleurs, s’il y avait un reproche à lui faire, c’est justement un défaut d’analyse ! La gauche, dans son ensemble, a considérablement sous-estimé la nécessité d’analyser sérieusement l’Union européenne. Au lieu de cela, nous avons eu droit, pendant des décennies, au recours à une longue litanie de vœux pieux : « l’Europe sociale », « l’Europe des citoyens », « faire bouger les lignes en Europe », etc. Ce genre de discours sont répétés inlassablement depuis des décennies alors qu’ils ont fait la preuve flagrante de leur impuissance et de leur incapacité à avoir la moindre prise sur le réel.

 

Une dernière remarque à propos du statut sociologique du discours européiste : je fais partie d’un département d’Études européennes dans une université britannique. Je peux vous assurer que mes collègues, qui sont du côté mainstream, qui sont donc universitaires mais qui connaissent de façon intime la machine européenne, ont toujours refusé de prendre au sérieux la vision de Syriza. Ils n’arrêtaient pas d’ironiser sur les naïfs qui pensaient qu’à coups de négociations et d’échanges de bons arguments on arriverait à rompre avec le cadre des politiques européennes, c’est-à-dire avec l’austérité et le néolibéralisme. Personne n’a pris ce discours au sérieux chez les gens informés, alors, qu’à l’inverse, il déclenchait une sorte d’extase parmi les cadres et bon nombre de militants des formations de la gauche radicale européenne. Nous avons ici affaire à une question de politique avec un grand « P », à la puissance de l’idéologie dominante et à une déficience d’analyse et de pensée stratégique, loin de toute explication réductrice en termes de position sociologique des acteurs.

 

Slavoj Žižek a écrit le 20 juillet que « Syriza devrait exploiter, en montrant un pragmatisme impitoyable, en pratiquant le calcul le plus glacial, les fêlures les plus minces de l’armure de l’adversaire. Syriza devrait instrumentaliser tous ceux qui résistent à la politique hégémonique de l’Union européenne, des conservateurs britanniques à l’UKIP, le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Syriza devrait flirter effrontément avec la Russie et la Chine, elle devrait caresser l’idée de donner une île à la Russie afin que celle-ci en fasse sa base militaire en Méditerranée, juste pour effrayer les stratèges de l’OTAN. Paraphrasons un peu Dostoïevski : maintenant que le Dieu-Union européenne a failli, tout est permis². » Y souscrivez-vous ?

 

Il y a ici deux questions en une. Tout d’abord, il s’agit de s’interroger sur les contradictions internes à l’Union européenne et, ensuite, de se demander que faire en dehors de ce cadre. Quant à la première, la stratégie du gouvernement Tsipras consistait justement à exploiter ses contradictions internes, réelles ou, surtout, supposées. Ils pensaient pouvoir jouer sur l’axe Hollande-Renzi – vus comme des gouvernements plus « ouverts » à une approche anti-austérité –, Mario Draghi – vu également sur une ligne divergente de l’orthodoxie rigoriste de Wolfgang Schäuble [Ministre allemand des Finances] – et, enfin, sur le facteur américain – perçu comme pouvant faire pression sur le gouvernement allemand. Tout cela s’est révélé une illusion complète. Bien entendu, il ne s’agit pas de nier l’existence de contradictions dans le bloc adverse : le FMI, par exemple, a une logique de fonctionnement et des priorités en partie distinctes de celles de la Commission européenne. Ceci dit, toutes ces forces convergent sur un point fondamental : dès qu’une menace réelle émerge, et Syriza en était une car il remettait en cause l’austérité et le néolibéralisme, toutes ces forces ont fait bloc pour la détruire politiquement. Voyons le numéro de François Hollande. Il essaie d’endosser auprès de l’opinion française un rôle soi-disant amical vis-à-vis des Grecs. En réalité, il n’a été qu’un facilitateur de l’écrasement du gouvernement grec par le gouvernement allemand : ces acteurs-là sont d’accord sur l’essentiel, à savoir sur une stratégie de classe — les divergences ne portent que sur des nuances.

« Hollande n’a été qu’un facilitateur de l’écrasement du gouvernement grec par le gouvernement allemand : ces acteurs-là sont d’accord sur l’essentiel, à savoir sur une stratégie de classe. »

Que faire maintenant, en dehors du cadre de l’Union européenne ?
Penser pouvoir s’appuyer sur l’administration Obama est une fausse bonne idée, on l’a vu. Quant à la Russie, c’était sans doute une carte à explorer. Syriza l’a tentée sans vraiment y croire ; en réalité, la diplomatie russe est très conservatrice. Elle ne vise pas du tout à favoriser des ruptures dans le bloc européen. La Russie, dans ses pourparlers avec Syriza, souhaitait un gouvernement dissonant quant à l’attitude antirusse des Occidentaux suite à l’affaire ukrainienne et aux sanctions économiques. Mais à condition de rester dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro ! En dépit de quelques bonnes paroles, la Russie n’a été, à aucun moment, un allié du gouvernement Syriza : il me semble douteux de croire qu’elle serait disposée à faire davantage si les choses étaient allées jusqu’à la rupture.

 

D’aucuns avancent que Tsipras temporise et attend les élections générales espagnoles de novembre pour avoir le soutien de Pablo Iglesias – en pariant sur une victoire de Podemos. Cela vous semble-t-il crédible ?

Ce genre de propos relève d’une tromperie manifeste. En signant cet accord, la Grèce est soumise à un carcan qui va bien au-delà de celui imposé par les mémorandums précédents. C’est un véritable mécanisme institutionnalisé de mise sous tutelle du pays et de démembrement de sa souveraineté. Il ne s’agit pas simplement d’une liste – comme les naïfs peuvent le croire – de mesures d’austérité très dures, mais de réformes structurelles qui remodèlent le cœur de l’appareil d’État : le gouvernement grec perd en effet le contrôle des principaux leviers de l’État. L’appareil fiscal devient une institution dite « indépendante » ; elle se retrouve en fait dans les mains de la Troïka. Un conseil de politique budgétaire est mis en place, qui est habilité à opérer des coupes automatiques sur le budget si le moindre écart est signalé par rapport aux objectifs en matière d’excédents, fixés par les mémorandums. L’agence des statistiques devient elle aussi « indépendante » ; en réalité, elle devient un appareil de surveillance en temps réel des politiques publiques directement contrôlé par la Troïka. La totalité des biens publics considérés comme privatisables sont placés sous le contrôle d’un organisme piloté par la Troïka.

 

Privé de tout contrôle de sa politique budgétaire et monétaire, le gouvernement grec, quelle que soit sa couleur, est désormais dépossédé de tout moyen d’agir. La seule chose qui reste sous contrôle de l’État grec est l’appareil répressif. Et on voit bien qu’il commence à être utilisé comme avant, c’est-à-dire pour réprimer des mobilisations sociales. Les gaz lacrymogènes déversés sur la place Syntagma du 15 juillet, suivis d’arrestations de militants, de passages à tabac et maintenant de procès devant les tribunaux de syndicalistes, ne sont qu’un avant-goût de ce qui nous attend lorsque la situation sociale se durcira, lorsque les saisies des résidences principales se multiplieront, lorsque les retraités subiront de nouvelles coupes dans leur retraite, lorsque les salariés seront dépossédés du peu de droits qu’ils leur restent. Le maintien du très autoritaire Yannis Panoussis comme ministre responsable de l’ordre public, et qui se voit également confier le portefeuille de l’immigration, est un signal clair du tournant répressif qui s’annonce. Ceux qui évoquent donc une stratégie de « gain de temps » ne provoquent chez moi qu’un mélange de dégoût et de révolte.

 

Vous analysez les résultats du référendum du 5 juillet comme un vote de classe. Pensez-vous, comme Frédéric Lordon en France, que l’Union européenne et l’euro sont l’opportunité historique donnée à la gauche radicale de reconstruire une frontière de classe dans nos sociétés européennes ? Faut-il, d’après vous, profiter des élans d’une sorte de « patriotisme émancipateur » (« Défendre les Grecs contre la Troïka », dit-on) – pour constituer des identités politiques « nationales-populaires » (Gramsci), comme en Amérique latine ?

 

Je me situe, de par ma formation intellectuelle au sein du marxisme, à la convergence de ces deux dimensions : associer la dimension de classe et la dimension nationale-populaire. Cela me paraît d’autant plus pertinent dans le cadre des pays dominés comme la Grèce. Disons-le sans ambages : l’Union européenne est une construction impérialiste – par rapport, certes, au reste du monde, mais aussi en interne, au sens où elle reproduit des rapports de domination impériale en son sein. On peut distinguer au moins deux périphéries : la périphérie Est (les anciens pays socialistes), qui sert de réservoir de main-d’œuvre bon marché, et la périphérie Sud (c’est un sud géopolitique, et non géographique, qui inclut l’Irlande). Ces pays sont soumis à des régimes de souveraineté limitée de plus en plus institutionnalisés via la mécanique des mémorandums. Quant à la force du vote « non » au référendum, elle vient de l’articulation de trois paramètres : la dimension de classe, la dimension générationnelle et la dimension nationale-populaire. Cette dernière explique pourquoi le « non » l’a emporté même dans les départements de tradition conservatrice. Je pense que pour devenir hégémonique, la gauche a besoin de tenir les deux bouts. D’abord, une identité de classe adaptée à l’ère du néolibéralisme, du capitalisme financier et des nouvelles contradictions qui en résultent — la question de la dette et des banques est un mode essentiel (mais non unique) sur lequel repose aujourd’hui l’antagonisme entre Travail et Capital. Par ailleurs, ces forces de classe doivent prendre la direction d’un bloc social plus large, capable d’orienter la formation sociale dans une nouvelle voie. Il devient ainsi bloc historique qui « se fait Nation » , autrement dit, qui assume une hégémonie nationale-populaire. Antonio Gramsci a beaucoup travaillé là-dessus, oui : articuler la dimension de classe et nationale-populaire.

« Je pense que pour devenir hégémonique, la gauche a besoin de tenir les deux bouts : la dimension de classe et la dimension nationale-populaire. »

Le scénario grec a permis de dessiller les yeux des défenseurs de l’« autre Europe ». N’est-ce pas là le grand succès de Syriza : avoir révélé en quelques semaines la nature anti-démocratique des institutions européennes ? Par exemple, le dernier vote au Parlement grec a donné à voir un spectacle ahurissant : des députés qui doivent se prononcer sur un texte de 977 pages, reçu 24 heures plus tôt…

 

Il faut bien que les défaites servent à quelque chose !
Malheureusement, ce que je vois dominer, même maintenant, dans la gauche radicale, ce sont des réflexes d’auto-justification : malgré tout, il faut trouver des excuses à ce que fait Tsipras, tourner autour du pot, laisser croire qu’il ne s’agit que d’un mauvais moment à passer, etc. J’espère que ce n’est qu’un mécanisme psychologique transitoire face à l’étendue du désastre et que nous aurons rapidement le courage de regarder la réalité en face, le courage de réfléchir sur les raisons de ce désastre. Je ne sais pas, pour ma part, ce qu’il faut de plus comme démonstration éclatante de l’inanité de la position selon laquelle on peut rompre avec le néolibéralisme dans le cadre des institutions européennes ! L’un des aspects les plus choquants des développements qui font suite à la signature de l’accord est qu’on est revenu exactement à la situation de 2010-2012, en matière de démocratie, ou plutôt de sa négation ! À savoir que même les procédures formelles de la démocratie parlementaire – on voit d’ailleurs qu’elles ne sont pas que formelles au regard des efforts déployés pour les supprimer – ne sont pas respectées. Les députés n’ont eu que quelques heures pour prendre connaissance de pavés monstrueux qui changent de fond en comble le code de procédure civile : 800 pages, qui faciliteront la saisie des maisons ou renforcent la position juridique des banques en cas de litige avec des emprunteurs. En outre, on trouve dans ce même projet de loi la transposition d’une directive européenne sur l’intégration au système bancaire européen, qui permet, en cas de faillite des banques, de pratiquer ce qu’on appelle un « bail-in », c’est-à-dire un prélèvement sur les dépôts bancaires pour renflouer les banques. Le cas chypriote se généralise à l’échelle de l’Europe. Tout cela a été voté le 22 juillet par les mêmes procédures d’urgence que Syriza n’avait cessé de dénoncer durant toutes ces années, et qu’il est désormais obligé d’accepter puisqu’il a capitulé devant les créanciers. Le mot « capituler » est sans doute faible. J’ai vraiment des réactions de honte quand je vois un parti dont je suis toujours membre être au gouvernement et se livrer à ce type de pratiques, qui tournent en dérision les notions les plus élémentaires du fonctionnement démocratique des institutions.

 

Après le vote par le Parlement grec de l’accord d’austérité et desdites « réformes structurelles », comment se redéfinit l’échiquier politique grec ? Va-t-on vers une scission de Syriza ou, du moins, une recomposition des forces de gauche radicale ? D’autant que les grèves repartent et la place Syntagma se remplit de nouveau...

 

La recomposition est certaine et elle sera de grande ampleur. Il est peut-être trop tôt pour en avoir les contours exacts mais j’aimerais insister sur deux éléments. Le premier est la situation interne de Syriza. Il faut bien comprendre que les choix du gouvernement Tsipras n’ont pas de légitimité au sein du parti. La majorité des membres du Comité central a signé un texte commun, dans lequel l’accord est rejeté et considéré comme le produit d’un coup d’État contre le gouvernement grec. Une convocation immédiate du comité central est exigée — et elle s’est heurtée à une fin de non-recevoir de Tsipras, président du parti élu, lui-aussi, directement par le Congrès. La quasi-totalité des fédérations du parti et des sections locales votent des motions dans le même sens. On est devant une situation de blocage. Du côté des proches de Tsipras, le ton devient extrêmement agressif envers ceux qui sont en désaccord avec les choix qui ont été faits. Il est très choquant de voir que certains membres du parti reprennent mot pour mot les arguments propagés par les médias, jusqu’aux calomnies qui présentent les défenseurs de plans alternatifs, comme Varoufákis ou Lafazanis, comme des putschistes, des comploteurs de la drachme, des alignés sur le Grexit, façon Schäuble. Nous avons donc peu de raisons d’être optimistes quant à l’évolution de la situation interne de de Syriza.

 

Mais l’essentiel est ailleurs. La gauche de Syriza, dans ses diverses expressions (même si la Plateforme de gauche en constitue l’épine dorsale), se fixe à présent comme objectif la traduction et la représentation politique du peuple du « non » aux mémorandums et à l’austérité. La situation nouvelle créée est que le bloc social, avec ses trois dimensions – de classe, de génération et national-populaire –, se retrouve désormais orphelin de représentation politique. C’est à cette construction politique qu’il faut maintenant s’atteler. Il s’agit de rassembler, de façon très large, des forces politiques à l’intérieur et l’extérieur de Syriza. Les premiers signes qui nous parviennent sont positifs. Mais il est vital d’impliquer également dans ce nouveau projet des acteurs non strictement politiques, qui ont mené la bataille du « non » par en-bas, dans le mouvement social. C’est absolument extraordinaire : les initiatives, que ce soit sur les lieux de travail ou dans les quartiers, ont littéralement fusé en l’espace de quelques jours ; d’autres se sont créées dans la foulée du référendum ou se constituent actuellement.

 

L’image que véhiculent les médias, selon laquelle « en Grèce, tout le monde est soulagé, Tsipras est très populaire », est très loin de la réalité. Il y a un très grand désarroi, de la confusion, une difficulté à admettre ce qui s’est passé. Un ami a utilisé le terme de « choc post-traumatique ». Cela signifie qu’une partie de l’électorat du « non » est dans un tel désarroi qu’elle ne sait plus sur quel pied danser et se dit qu’il n’y avait peut-être pas d’autre choix possible. Mais nombreux sont ceux, surtout parmi les secteurs sociaux les plus massivement engagés dans le « non » – à savoir les jeunes et les milieux populaires –, qui sont révoltés et disponibles pour participer ou soutenir un projet alternatif. La Plateforme de gauche tient son premier meeting public au grand air à Athènes, lundi prochain [27 juillet — aujourd’hui]. Le titre de cette manifestation sera : « Le non n’est pas vaincu. Nous continuons. » Il faut construire de façon nouvelle la voix du « non » de classe, démocratique et anti-Union européenne.

 

C’est la stratégie qu’aurait dû entreprendre la gauche radicale française suite à la victoire du « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen en 2005, non ?

Exactement. Et au lieu de ça, elle a régressé et s’est empêtrée dans des luttes de boutique internes. Au lieu de pousser la critique de l’UE plus loin, à partir de l’acquis de la campagne du « non », elle est revenue en arrière et n’a cessé de rabâcher la litanie de « l’Europe sociale » et de la réforme des institutions européennes...

 

Le projet d’une plateforme commune des gauches radicales sud-européennes, afin d’établir un programme concerté de sortie de l’euro, est-il envisageable ?

« Ce qui m’intéresse est une stratégie anticapitaliste pour ici et maintenant, dans un pays européen et dans la conjoncture où nous vivons. »

Depuis 35 ans, j’essaie d’être un militant communiste. Ce qui m’intéresse est une stratégie anticapitaliste pour ici et maintenant, dans un pays européen et dans la conjoncture où nous vivons. Et je considère effectivement que cela serait la médiation nécessaire afin d’établir une stratégie anticapitaliste effective, non pas basée sur un propagandisme abstrait ou sur des velléités de répétition des schémas anciens dont on sait pertinemment qu’ils ne sont plus valides, mais sur les contradictions actuelles ; une stratégie qui tire les leçons des expériences politiques récentes, des luttes, des mouvements sociaux et qui essaie d’avancer dans ce sens, en posant la question du pouvoir et de la stratégie politique. Ce n’est donc pas simplement un projet prétendument « anti-européen », ce n’est d’ailleurs pas un projet limité à l’Europe du Sud, mais un projet authentiquement internationaliste — qui suppose en effet des formes de coordination plus avancées des forces d’opposition au système. Ce qu’il faut, c’est une nouvelle gauche anticapitaliste. Et l’une des conditions, non pas suffisante mais nécessaire pour y parvenir, est d’ouvrir un front résolu contre notre adversaire actuel, c’est-à-dire l’Union européenne et tout ce qu’elle représente.

 

Dans vos interviews, écrits et articles, vous avez pris l’habitude d’écrire systématiquement entre guillemets « la gauche de la gauche » ou « la gauche radicale ». Cette incapacité à se définir clairement – sans ambages ni guillemets – marque-t-elle le signe que les identités politiques héritées du XXe siècle sont, pour partie, devenues obsolètes ?

Le terme de « gauche radicale » est sans doute utile car il correspond à cette situation mouvante. On est dans un entre-deux et les formulations souples sont nécessaires, ou du moins inévitables, pour permettre aux processus de se déployer de façon nouvelle, en rupture avec des schémas préétablis. Ce qui caractérise Syriza sont ses racines très profondes dans le mouvement communiste et la gauche révolutionnaire grecque. En d’autres termes, Syriza est issu de la recomposition de mouvements dont le but commun était la remise en cause, non pas seulement des politiques d’austérité ou néolibérales, mais du capitalisme lui-même. Il y a donc d’un côté un aspect de radicalité réelle, mais de l’autre, on a vu que la stratégie choisie était profondément inadéquate et renvoyait à des faiblesses de fond et, par là même, à des contradictions dans la constitution de Syriza, qui n’a pas résisté à cette épreuve terrible du pouvoir gouvernemental. La contradiction a ainsi fini par éclater. Il s’agit à présent d’assumer ce fait et de passer à une étape suivante pour que cette expérience chèrement acquise par le peuple grec et les forces de la gauche de combat servent au moins à ouvrir une perspective d’avenir.

NOTES 1. Entretien accessible en ligne.
             2. « Le courage du désespoir », accessible en ligne.

Source :
http://www.revue-ballast.fr/stathis-kouvelakis/

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 16:47

Repris sur Le Saker Francophone

Par Paul Craig Roberts – Le 12 août 2015 – Source CounterPunch

 

Il y a peu d’entreprise, pour ne pas dire aucune, qui absorbe la totalité du coût de ses opérations. Les sociétés basculent beaucoup de leurs coûts sur l’environnement, le secteur public, et les tierces parties lointaines. Par exemple, actuellement 3 millions de gallons d’eaux usées toxiques [11 350 m3provenant d’une mine du Colorado ont fui et font tranquillement leur chemin vers le lac Powell dans l’Utah. Les systèmes d’alimentation en eau d’au moins sept villes dépendant des rivières ont été fermés. Les déchets avaient été abandonnés par l’entreprise privée, à la fermeture de la mine, et ont été accidentellement libérés par l’Environmental Protection Agency, ce qui peut-être vrai mais pourrait aussi bien être une dissimulation pour couvrir la responsabilité de la mine. Si le réservoir du lac Powell est pollué, alors il est probable que le coût d’exploitation de la mine, ainsi imposé à des tiers, dépasse la valeur totale de la production de celle-ci sur toute sa durée de vie.

 

Les économistes appellent ces coûts des coûts externes ou coûts sociaux. La mine a fait des bénéfices en fabricant des polluants, dont le coût est supporté par ceux qui n’ont eu aucune part dans les bénéfices.

 

Si c’est ainsi que fonctionne le capitalisme réglementé, alors vous pouvez imaginer ce que ça serait s’il n’était pas réglementé. À ce sujet, il suffit de penser au système financier non réglementé, aux conséquences que nous subissons déjà de ce fait, et à ce qui nous attend.

 

Malgré les preuves massives du contraire, les libertariens s’accrochent fermement à leur conception romantique du capitalisme, qui, libéré de l’ingérence du gouvernement, sert le consommateur avec les meilleurs produits aux prix les plus bas.

 

Si seulement c’était vrai !

 

Les progressistes ont leur propre contrepartie du romantisme des libertariens. Ils considèrent le gouvernement comme le chevalier blanc qui protège le public contre la cupidité des capitalistes.

 

Si seulement, ça aussi, c’était vrai !

 

Tout le monde, et plus particulièrement les libertariens et les progressistes, devrait lire le livre de Jeffrey St. Clair, Born Under A Bad Sky (2008) [Né sous une mauvaise étoile]. St. Clair est un écrivain attachant, et son livre est enrichissant à plusieurs niveaux. Si vous n’avez jamais navigué sur les rivières de l’Ouest américain, ni relevé le défi de rapides dangereux ou campé parmi les moustiques et serpents à sonnettes, vous pourrez découvrir ces facettes grâce à St. Clair, tout en apprenant simultanément comment la corruption du Park Service, du Service des forêts et de l’Administration Territoriale aide les compagnies forestières, les compagnies minières et les éleveurs de bétail à faire de l’argent par le pillage des forêts nationales et des terres publiques.

 

Les subventions publiques prévues pour les mineurs, les bûcherons et les éleveurs sont aussi extravagantes et aussi nuisibles à l’intérêt public que les subventions versées par la Réserve fédérale et le Trésor aux banques too big to fail [trop grosses pour faire faillite].

 

Progressistes et libertariens ont besoin de lire les rapports de St. Clair sur la façon dont le Service des forêts crée des routes dans des forêts vierges, afin de subventionner l’abattage d’arbres séculaires et la destruction de l’habitat des espèces animales rares et menacées. Nos romantiques doivent apprendre comment des terres de faible valeur sont négociées contre des terres publiques de plus grande valeur afin de transférer la richesse du public au secteur privé. Ils ont besoin d’apprendre comment les éleveurs, autorisés à utiliser les terres publiques, détruisent les berges et  l’habitat de la faune et de la flore aquatique. Ils doivent comprendre que les chefs des agences de protection fédérales eux-mêmes sont des opérateurs pour le compte des entreprises privées forestières, minières, et pour les coopératives d’élevage qui travaillent pour elles-mêmes et non pour le public. Les Américains de tous bords doivent comprendre que, tout comme ils sont manipulés par les sénateurs et les députés, achetés, vendus et payés par le complexe militaro-sécuritaire, Wall Street et le lobby d’Israël, ils sont également manipulés par les agences gouvernementales publiques en charge de réglementer les mines, les forêts et l’élevage qui protègent des intérêts privés.

 

L’intérêt public n’apparaît jamais dans le paysage.

 

Les deux plus grands réservoirs, lac Mead et lac Powell, sont à 39% et 52% de leur capacité. Les lacs immenses dont dépend l’ouest des États-Unis se tarissent. Et maintenant, le lac Powell va recevoir 3 millions de gallons [11 350 m3d’eaux polluées contenant de l’arsenic, du plomb, du cuivre, de l’aluminium et du cadmium. Les puits dans les plaines inondables par les rivières polluées sont également en danger.

 

Les polluants, qui ont fait virer l’eau à l’orange, suivent la rivière Animas depuis  Silverton, traversent le Colorado via Durango puis se déversent dans le fleuve San Juan à Farmington, Nouveau-Mexique, une rivière qui se jette dans la rivière Colorado qui alimente le lac Powell et le lac Mead.

 

Tous ces dommages sont causés par une mine capitaliste.

 

En novembre de l’année dernière, US Rep. Chris Stewart (R.Utah) a vu son projet de loi adopté par la Chambre.

 

Stewart est un tueur à gages pour le capitalisme. Son projet de loi est conçu pour empêcher les scientifiques indépendants et qualifiés de conseiller l’Environmental Protection Agency (EPA). Ils seront remplacés par des personnes désignées par l’industrie affiliée, qui peuvent avoir, ou non, l’expertise scientifique pertinente, mais dont les chèques de paie dépendront de la façon dont ils raconteront à l’EPA ce que leurs employeurs veulent entendre .

 

Rep. Stewart affirme qu’il s’agit d’une question d’équilibre entre les faits scientifiques et les intérêts de l’industrie.

 

Paul Craig Roberts est ancien secrétaire adjoint du Trésor américain. Il a été journaliste et rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Son livre  Comment l’économie a été perdue est désormais disponible auprès de Counterpunch en format électronique. Son dernier livre est Comment l’Amérique a été perdue.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 16:23

Un message de Salim Lamrani docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines et spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis

 

Voici mon interview sur Radio Sputnik à propos de la visite historique du secrétaire d’Etat étasunien John Kerry à La Havane.

Merci de diffuser.

 

http://fr.sputniknews.com/analyse/20150721/1017153489.html

 Des sujets épineux entre les Etats-Unis et Cuba

© REUTERS/ Jonathan Ernst

18:03 21.07.2015(mis à jour 18:11 21.07.2015) URL courte

Valérie Smakhtina

La normalisation des relations entre les Etats-Unis et Cuba est censée tourner définitivement la page de la « guerre froide » sur la continent américain. Cependant, les obstacles sont nombreux aussi bien de la part de Washington que de La Havane.

Après 54 ans de rupture, les deux pays ont rouvert leurs ambassades, ce qui constitue une nouvelle étape concrète du rapprochement historique engagé en décembre par les Présidents Barack Obama et Raul Castro et qui met fin à la politique d'hostilité et de non-communication. Désormais, le gouvernement de la Havane et de Washington pourront dialoguer directement sans passer par l'intermédiaire de la Suisse.

 

La réouverture respective des ambassades a également une portée symbolique, affirme Salim Lamrani, enseignant et essayiste français, maître de conférences à l'université de La Réunion, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. « Les Etats-Unis reconnaissent que la politique d'hostilité, d'isolement vis-à-vis de Cuba est un échec, qu'elle est obsolète et contreproductive. Au lieu d'isoler La Havane, elle a isolé Washington, puisque les Etats-Unis sont le seul pays de l'Amérique qui ne dispose pas de relations diplomatiques et consulaires normales avec Cuba. »

 

Ce pas vers le changement de l'époque ne résout portant pas le différend entre Washington et La Havane. Les sanctions économiques constituent un obstacle majeur à la normalisation des relations entre les deux pays. Il reste également la question du camp de Guantanamo, les milliards de dollars d'indemnisation réclamés par les Américains expropriés à la révolution, l'extradition des fugitifs réfugiés à Cuba qui sont recherchés par la justice américaine. Salim Lamrani nous décrypte les sujets épineux point par point.

 

 « Si les comptes sont faits des deux côtés, le compte des Etats-Unis sera largement déficitaire », annonce l'expert en répondant à la question de l'indemnisation pour les biens confisqués après la révolution cubaine. Ainsi, La Havane a exprimé sa disposition à dialoguer sur ce sujet à condition que soit mise sur la table les dommages causés à l'île par les sanctions imposées depuis 1962.

 

En ce qui concerne la question des fugitifs, « la décision d'accorder un asile politique est un point qui relève de la souveraineté d'un Etat, c'est toujours à discuter », témoigne Salim Lamrani. La demande des Américains se heurte, côté cubain, à l'extradition de Luis Posada Carriles qui vit tranquillement à Miami. En 1976, l'ancien agent de la CIA a commis un attentat à la bombe de l'avion de ligne cubain en 1976 qui a fait 73 victimes.

 

Quant au camp de Guantanamo, le différend est facile à résoudre du point de vue juridique, parce que l'accord, signé en 1902, était imposé par la force. Depuis 1959, Cuba refuse d'encaisser le chèque de 4.000 dollars par an en expliquant qu'il s'agit d'une occupation qui se fait contre la volonté du peuple cubain et qu'il s'agit d'une occupation illégitime du territoire souverain. Selon Salim Lamrani, la résolution qui ne peut être que diplomatique dépend de Washington qui, jusqu'à présent, affirmait que cela ne faisait pas parti de l'agenda des négociations.

 

Par ailleurs, le débat sur la levée de l'embargo est intéressant. « Il s'agit de savoir si le rapprochement procédé par Washington est un rapprochement tactique ou s'il s'agit d'un changement stratégique, constate Salim Lamrani. A mon avis, il s'agit d'évolution en tactique. C'est-à-dire que les Etats-Unis n'ont pas renoncé à leur objectif de changement de régime. Pour ce qui est des sanctions économiques, le Président américain Barack Obama a lancé un appel au Congrès l'invitant à adopter des dispositifs nécessaires à y mettre fin. Néanmoins il convient de rappeler qu'Obama dispose de toutes les prérogatives exécutives nécessaires pour détricoter le réseau des sanctions économiques. » Plus précisément, il peut, par exemple, autoriser les entreprises américaines à faire du commerce directement avec les entreprises cubaines, ou autoriser Cuba à utiliser le dollar dans ces transactions internationales, ou encore autoriser les entreprises états-uniennes à acquérir les matières premières cubaines et, vice-versa, autoriser Cuba à utiliser, sur le marché international, des produits contenant plus de 10% de matières premières américaines. La chose est plus compliquée dans le domaine du tourisme « ordinaire », mais il est toujours possible d'élargir la liste de 12 catégories de citoyens autorisés à se rendre sur l'île. Par contre, Barack Obama aura du mal à nommer officiellement l'ambassadeur américain à Cuba sans l'accord du Congrès. Mais il peut toujours nommer le chef de la « section d'intérêt des Etats-Unis », le titre qui, sur le fond, ne changera rien parce que les liens diplomatiques seront rétablis.

 

« Le temps fait son œuvre et l'exil historique tend à disparaître », conclut Salim Lamrani. Reste à savoir, si les Etats-Unis, d'un côté, sont prêts à satisfaire les demandes hypertrophiées de La Havane et si, d'autre part, Cuba, à la croisée des chemins, choisit entre les Etats-Unis, qui l'avait « oppressé » depuis plus d'un demi-siècle, la Russie, partenaire traditionnel de l'île, et la Chine qui projette d'y installer des missiles nucléaires.

 

Pour lire la suite: http://fr.sputniknews.com/analyse/20150721/1017153489.html#ixzz3j3ghT5fS


 

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