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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 09:48

Mais que nous devons rembourser

Par Gérard Foucher

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 08:46

Les conséquences par Alain Corvez repris sur Comité Valmy

 

L’accord signé à Vienne entre l’Iran et les 5 + 1 puissances (Chine, Russie, États–Unis, Grande Bretagne, France, Allemagne ) marque une percée diplomatique majeure de l’Iran dont le rôle dans la géopolitique mondiale est ainsi entériné au plus haut niveau. Alors que tout s’organise déjà pour mettre en place de nouveaux rapports entre les puissances, -au Moyen-Orient d’abord mais aussi à l’échelle planétaire, l’Iran devant entrer dans les organisations économiques, financières et stratégiques mises en place par les BRICS et y jouer un rôle essentiel-, on voit mal comment de futurs dirigeants des états signataires pourraient remettre en question cet accord qui s’inscrit dans la logique internationale du retour à sa juste place d’une puissance majeure sur l’échiquier mondial.

 

Le voyage du Ministre des Affaires Etrangères français à Téhéran sitôt l’accord signé, est le signe de l’acceptation par la diplomatie française de ces réalités géopolitiques incontournables. Par ce voyage, la France reconnaît le retour de l’Iran sur la scène internationale et annonce même qu’elle entend inscrire désormais sa politique dans le bouleversement qu’il signifie. Sans renier évidemment ses amitiés sunnites de la péninsule, et israéliennes, qui pourraient d’ailleurs lui être utiles pour jouer un rôle de médiation dans les diverses crises, en rassurant ses amis grands perdants des nouveaux équilibres.

 

Israël et l’Arabie Saoudite, les principaux opposants à cet accord l’ont bien compris, eux qui pensaient tirer avantage du maintien dans l’ostracisme des sanctions du pays qu’ils ont voulu considérer comme leur ennemi et en ont fait le cœur de leur stratégie. Ils devront s’adapter à la nouvelle donne et revoir leurs projets dès lors que leur mentor et parrain l’a fait en concluant cet accord.

 

La Turquie a déjà réalisé que sa diplomatie avait totalement échoué et va s’efforcer de se montrer sous un nouveau jour mais nombreux sont ceux, à l’intérieur et à l’extérieur, qui voudront lui faire payer ses échecs. Les deux axes de sa stratégie : affaiblir les Kurdes et renverser le régime de Damas n’ont pas atteint leurs objectifs, mieux encore, les Kurdes d’Irak et de Syrie sont plus forts qu’ils l’ont jamais étés, tout en conservant leurs rivalités internes, et Bashar est reconnu comme incontournable dans la lutte contre DAESH.

 

Avec le retour de l’Iran, c’est aussi la reconnaissance par les États-Unis du rôle de ses alliés que sont la Russie et la Chine, qui ont toujours prôné une autre politique pour régler la crise syrienne et lutter contre le terrorisme islamique. La Russie surtout, en accord avec l’Iran, doit être un acteur essentiel sur ces deux sujets étroitement liés. D’autant plus qu’elle est indispensable pour permettre le désengagement américain d’Afghanistan vers le nord car elle est aussi directement menacée par la menace islamiste d’Asie Centrale. Son contrôle des frontières avec ses alliés asiatiques est fondamental.

 

Mais les négociateurs iraniens à Vienne ont dit à leurs homologues américains qu’ils avaient une stratégie différente de la leur pour lutter contre DAESH et qu’une éventuelle coopération ne serait envisageable qu’ultérieurement, une fois l’accord appliqué. Ce qui signifie que les Iraniens attendent un changement marqué de l’action américaine en Irak et en Syrie, se rapprochant de la leur.

 

En Afghanistan, l’Iran peut aussi aider les États-Unis car il a de bons contacts avec les Talibans, qui reviendront inéluctablement au pouvoir à Kaboul, leur combat étant devenu une résistance nationaliste qui n’a plus rien à voir avec l’époque Ben Laden et la destruction des bouddhas. Cette proximité s’appuie sur des intérêts géopolitiques partagés qui dépassent donc les différences confessionnelles entre chiites et sunnites.

 

La diplomatie iranienne devrait utiliser sa finesse traditionnelle pour aider l’Arabie Saoudite à sortir du guêpier dans lequel elle s’est mise en attaquant le Yémen avec une brutalité aussi inouïe qu’inefficace : les frappes aériennes ne font que détruire et affamer un pays pauvre, berceau de l’arabisme, mais où les Houthis de confession zaydite, alliés à une partie de l’ancienne armée nationale sont de farouches guerriers qui exigent seulement une meilleure reconnaissance de leur état. Seules de puissantes troupes au sol pourraient envisager de les soumettre, ce que l’Arabie est incapable de produire et que ses alliés pakistanais, égyptiens ou du Golfe n’ont aucune intention de fournir, à juste titre.

 

La France pourrait d’ailleurs s’entendre avec l’Iran pour imposer finement une fin à ce conflit qui n’a d’autre raison d’être que la fièvre obsidionale du nouveau roi et de certains princes de Ryad. Les importantes ressources énergétiques de l’Iran et son énorme potentiel de développement seront convoités par les États-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde et de nombreux pays dans des échanges d’intérêts réciproques. Sans doute Russie et Chine lui fourniront, en premier lieu les armements dont il a besoin, mais des marchés leur seront offerts en rapport avec leurs spécificités, par exemple l’automobile pour la Chine et le nucléaire civil pour la Russie.

 

La France devra montrer ses compétences dans tous ses domaines d’excellence pour se placer dans cette compétition, en surmontant le handicap de l’ancienne politique peu amicale de ses dirigeants politiques mais pas des entreprises qui sont, pour la plupart, restées en contact malgré les difficultés qu’on leur a faites.

 

Les États-Unis ont imposé cet accord aux forceps parce qu’ils voulaient s’adapter au nouvel équilibre du monde. Les Européens qui ne sont que leurs sujets, comme l’a récemment dit Poutine dans un entretien le 27 juillet à la Radio-Télévision Suisse (RTS), ne peuvent que l’approuver et se conformer à la nouvelle stratégie américaine ; mais ils devraient sans doute revoir leur lien avec l’allié hyperpuissant qui est toujours un acteur important mais désormais plus le seul, en particulier sur le continent. Dans un monde multipolaire, l’appartenance à l’OTAN est remise en question, surtout au moment où l’Union Européenne vacille sur ses fondements technocratiques qui l’ont empêché de devenir une puissance politique. Les peuples se montrent de plus en plus réfractaires aux directives de Bruxelles que les oligarchies qui les dirigent suivent aveuglément, alors qu’elles portent parfois atteinte aux intérêts nationaux ; ainsi en est-il des sanctions contre la Russie qui se retournent contre les États membres.

 

Il semblerait que le Général de Gaulle soit en train de remporter une victoire post mortem, tant le sentiment national refait surface en maints pays du vieux continent.

 

Verrons-nous simultanément un apaisement en Ukraine, cela indiquerait que la première puissance mondiale accepte enfin de partager avec les autres puissances l’organisation d’un monde meilleur où les différends ne seront plus systématiquement réglés par l’emploi de la force militaire.

 

Il ne faut pas rêver cependant : de nouvelles relations internationales basées sur des rapports "gagnants-gagnants" ne vont pas s’installer du jour au lendemain mais l’accord du 14 juillet 2015 pourrait être un point de départ dans cette direction

Alain Corvez
3 août 2015

Magistro

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 08:27
Par le capitaine de vaisseau (H) Yves Maillard, ancien attaché naval près l’ambassade de France à Moscou.

lundi 10 août 2015, repris sur Comité Valmy

 

 

Hollande a molli.

Méfiez-vous des marins qui font des phrases, surtout lorsqu’elles concernent ceux que l’on reconnait à ce qu’ils osent tout. Avoir osé casser le contrat Mistral avec la Russie et probablement aussi à brève ou moyenne échéance les bateaux eux-mêmes objets de ce contrat, inutilisables ailleurs et invendables, sauf à la ferraille, bateaux qui sont pourtant des chefs-d’œuvre de notre savoir-faire en matière de construction navale militaire, et alors que ce contrat représentait aussi un des meilleurs exemples de nos capacités commerciales extérieures, il fallait quand même le faire. François Hollande l’a osé, et l’a fait !

 

Il a tout cassé notre nouveau tonton flingueur. Tonton tout court, lui, en son temps, au moins, n’avait rien cassé. Entre la France et la Russie, ce sont des siècles de construction et d’élaboration de relations particulières et quasi affectives, pour le meilleur et pour le pire. Le pire, ce n’est pas la peine d’en parler, Tolstoï l’a suffisamment bien raconté dans Guerre et Paix, ou Fantin des Odoards dans son journal de campagne de capitaine de la Grande Armée. Le meilleur, c’est de Gaulle qui d’une main a construit notre force de dissuasion nucléaire, respectée par tous et qui rendait ses dires crédibles, et de l’autre rappelle qu’il ne saurait y avoir de construction européenne garante de la paix dans le monde sans la participation du grand voisin de l’Est.


Staline ne s’y était du reste pas trompé : il voulait faire participer de Gaulle à Yalta. Il avait préparé à son intention en cadeau un fusil incrusté d’or et de pierreries que l’on vous montre à Moscou, si vous vous tenez bien avec les Russes.


Le meilleur, c’était aussi le marquis de Traversay, héros de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, au commandement de sa frégate il avait détecté au bon moment la position de l’amiral anglais Rodney, ce qui permit à de Grasse d’écraser ce dernier à la bataille de la Chesapeake, tournant décisif de la guerre. Traversay, avec l’autorisation de Louis XVI, se mit au service de la tsarine russe Catherine II. Entre autres, il fit construire les fortifications russes de la ville russe de Sébastopol (nom de l’un des deux Mistral, ce qui n’est pas un hasard), capitale russe de la Crimée russe. Crimée qui a toujours été, est et sera toujours russe, en dépit des caquètements baveux et myopes des conseillers corrompus de François Hollande qui nous mentent effrontément en essayant de nous persuader du contraire.


Le meilleur c’était encore le cuirassé Tsesarevitch construit il y a plus d’un siècle aux chantiers de la Seyne-sur-mer, le nec plus ultra de la construction navale du moment. Il devait être le modèle de la future armée navale russe. A Tsushima, bataille précipitée, il fut malheureusement seul de son calibre. Ne l’eut-il pas été que l’Histoire de tout l’Extrême-Orient eut été différente, et avec elle celle du militarisme japonais. Que de perspectives manquées peut-on entrapercevoir dans cette page trop rapidement fermée ! Non, nous n’avons en tous cas pas à rougir de ce que notre pays a fait par le passé, y compris construire des navires de guerre pour la Russie.

 

Le contrat Mistral s’inscrivait naturellement dans cette lignée d’engagements réciproques, pas seulement industriels ou commerciaux, que le temps a pavée pour nous. Sur ce coup là , aveuglé par des intérêts à courts termes vantés frauduleusement par des mercenaires de la finance internationale qui ne sont pas des nôtres, le petit gougnafier de la reine n’a pas bandé en roi (langage de marins) et a laissé passer une belle opportunité de faire ce que le temps ne nous permet pas tous les jours de faire. C’est une belle occasion que nous avons manquée de faire quelque chose d’utile à la construction d’un grand destin national, diplomatique cette fois. Certes Poutine n’est pas un démocrate modèle, et alors ? François Hollande en est-il un, lui ? Ils passeront tous les deux, nos pays et leur histoire resteront.

 

Pour payer sa forfaiture Hollande a dû emprunter un milliard et quelques d’euros sur les marchés internationaux, via le paravent à peine discret de la COFACE. Là aussi il fallait oser. Jusqu’au dernier moment on a pu croire qu’il ne le ferait pas. Tout le monde n’est évidemment pas perdant dans cette affaire forcément juteuse pour certains. Ceci, dit-on, ne représentera qu’un pouième de plus additionné à notre dette globale de deux mille milliards d’euros. Ben voyons !

 

Qu’importe ! Cet argent n’est pas le sien et ce n’est pas lui qui devra faire face un jour au nécessaire apurement de cette dette. Une barque surchargée finit toujours par chavirer quand on continue follement à la charger. On n’y échappe pas. Il en est de même des dettes abyssales qui viennent d’être ainsi encore aggravées.

 

De plus ce n’était certainement pas le moment de se faire décrédibiliser, en tant que partenaire honorable, fiable et respectable, par la Russie, et c’est probablement le pire de ce que nous avons durablement perdu dans cette lamentable affaire. Qui sait si ce n’est pas d’elle dont nous aurons besoin un jour, avec son formidable potentiel de développement, quand viendra celui inéluctable de la vérité financière. Allez, circulez, il n’y a plus rien à voir, ni plus rien à dire, nous dit-on. Certes l’écume de mer finit toujours par se fondre dans la houle. Mais la houle du large finit toujours, aussi, et en partant souvent de très loin, par venir se briser sur les réalités de la terre ferme.

 

François Hollande ?

 

Souhaitons qu’il remette un jour, peut-être, en se rhabillant ses culottes à l’endroit. En attendant, bon sang, qu’on lui donne un sabre de bois, avant qu’il n’en fasse trop !

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 10:37
par Karine Bechet-Golovko

Origine  Comité Valmy

 

 

Combien les Mistrals vont-ils coûter aux contribuables français ?

La presse française tente désespérément de cacher les chiffres, ou plutôt devrait-on dire le montant du désastre de la diplomatie française. Mais après la publication très claire dans le journal russe Kommersant, l’étendue des dégats et des mensonges est trop évidente, alors il faut encore faire semblant comme si l’honneur était sauf. Mais s’il y a bien une chose que la France a perdu dans cette affaire, c’est bien son honneur.

L’article dans le journal Le Monde est une très belle tentative propagandiste de dire les choses que l’on ne peut plus cacher tout en noyant le poisson au milieu de propos désordonnés et surtout totalement dénués d’analyse. Si l’on tente d’en tirer une idée plus ou moins logique, il en ressort que la France va rembourser moins que les 1,2 milliards du contrat, donc tout va bien. Et que, par ailleurs, pour que cela soit effectif, selon les mots du ministre de la défense Jean-Yves le Drian, encore faut-il que le Parlement adopte une loi de ratification déterminant le montant exacte et les modalités du paiement. Donc la démocratie est sauve.

Légers détails, l’argent est déjà sur les comptes russes et le montant est suprieur à celui de l’avance perçue. Ce qu’est bien obligé de révéler Le Monde après la publication de Kommersant. Bref, mettons les poinst sur les i :

- 1.La France va rembourser plus que l’avance perçue et le montant clamé des 1,2 milliards du contrat abstrait est avant tout une opération de communication. Cela va également concerner tous les frais engagés par la Russie en raison de ce contrat. Ce qui fut estimé par la Russie à plus d’1,1 milliard d’euros. Donc, la France a finalement reconnu le bien fondé de ces exigences.

- 2.D’autant plus que la France voulait au départ rompre le contrat en raison "des actions entreprises par la Russie dans l’Est de l’Ukraine et qui mettent en péril la sécurité de l’Europe". Ce à quoi le Président russe V. Poutine a rappelé que, dans ce cas, la Russie serait obligée de se retourner vers l’arbitrage européen.
Finalement, le fondement droit de l’hommiste n’est pas si solide que ça juridiquement et le contrat est résilié par consentement tacite. Les motifs politiques étant remis au placard, il devient délicat de fonder en droit la rupture unilatérale par la France sans en payer les indemnités dues. Car il s’agit bien de cela.

- 3.La France, qui a perçu une avance de 892,9 millions d’euros va devoir payer 1,163 milliards d’euros, alors qu’au départ elle ne voulait payer que 785 millions d’euros, soit moins que l’avance perçue et demandait encore à la Russie de prouver ces frais. Finalement, en plus du remboursement intégral de l’avance perçue, elle va devoir rembourser les frais engagés par la Russie pour le paiement des 400 matelots, la construction d’infrastructures, le démontage de toute la technique russe qui est montée sur les bateaux etc.

- 4.La Russie va récupérer la technologie qui a été montée par elle sur les bateaux.

- 5.Après tout cela, la France et les contribuables français auront la chance d’avoir la pleine propriété de bateaux qui sont inexploitables et invendables en l’état et coûtent au bas mot 5 millions d’euros par mois, toujours au contribuable. Ce qui est quand même une veine en période de crise. Et ce qui aurait pu être évité si la France avait justement une diplomatie digne de ce nom.

- 6.Pour finir, il semble très étrange d’entendre parler d’une loi de ratification. Car la somme a déjà été versée, secrètement, sur les comptes d’une banque russe. Secrètement pour éviter toute collision avec l’arrêt Yukos et la confiscation des fonds publics russes en France.

Donc que va ratifier le Parlement ? Un montant et des procédures de paiement ? Mais c’est un peu tard ... Cela aurait pu être possible pour sauver les apparences de la démocratie si le journal Kommersant n’avait pas ... fuité. Maintenant c’est simplement ridicule.

L’on pourrait encore parler des effets secondaires, en terme de réputation, dans le domaine politique, social etc. Mais c’est trop tard, le mal est fait. Maintenant, il va falloir se débarrasser au plus tôt de ces monstres des mers bien encombrants. Les Etats Unis ou l’OTAN n’en veulent pas ? Ah non c’est vrai. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ... On peut toujours proposer des promenades dominicales familliales pour expliquer la logique et le prix des choix politiques français. Ce serait intéressant ...

Karine Bechet-Golovko
jeudi 6 août 2015

Russie politics

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 14:58
Des accords politiques visant à  supprimer le modèle démocratique

Interview du professeur Alfred de Zayas,
spécialiste de droit international, Genève source Comité Valmy

Le 26 juin dernier, par un vote, le Sénat a investi le président américain Barack Obama d’un mandat lui permettant de conclure des accords commerciaux internationaux sans consultation ni débat préalables des parlements. Par cet acte, le Sénat et le Congrès se sont privés eux-mêmes, de leurs pouvoirs. Dans le contexte des accords internationaux, il s’agit surtout de ces soi-disant accords de libre échange TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) et TPP (Trans-Pacific Partnership) ayant des conséquences graves pour la souveraineté des Etats adhérents à ces accords. Dans l’interview qui suit, Alfred de Zayas, spécialiste renommé de droit international, en présente toute la complexité du point de vue du droit international.

Horizons et débats : Les accords de libre-échange tels que le TTP, le TTIP ou le TiSA (Trade in Services Agreement), quel impact ont-ils sur la coexistence des peuples, notamment sous les aspects du droit international ?

 

 

Alfred de Zayas : Il y a une « certaine mythologie du marché ». Le prix Nobel d’économie, Joseph Stieglitz, l’appelle « fondamentalisme du marché », un culte autour du marché. C’est presque une affaire de religion où les hommes jurent que le libre échange engendre le bien et le progrès et le développement de l’humanité entière. Jusqu’à présent, personne n’a livré des preuves empiriques et définitives de cela, car il y a bien sûr des exemples de progrès, mais aussi de revers, de crises financières et de chômage. A part cela, on ne peut pas mesurer « le progrès » uniquement par l’argent, mais aussi par le bonheur, la paix et la justice sociale. L’idée de ces accords de commerce et d’investissement est née à l’époque de l’après-guerre froide. La plupart de ces accords bilatéraux d’investissement (BIT), environ 3200, ont été accueillis avec beaucoup d’enthousiasme car les Etats les trouvaient prometteurs. Pourtant, ils n’ont pas remarqué que, dans ces accords, plusieurs chevaux de Troie fussent cachés.

 

 

Comment peut-on comprendre cela ?

Entre temps, on s’est rendu compte que la plupart de ces accords contiennent des conventions d’arbitrage très particulières, créant un nouvel ordre mondial qui ne sera ni démocratique ni transparant et sans recours. Certaines mesures, telles que la réduction des droits de douane sont utiles et pertinentes, mais les droits de douane sont déjà à un niveau très bas.

 

Il s’agit donc de quelque chose de beaucoup plus important que de « quelques accords de libre-échange » ?

 

Il s’agit de la géopolitique et du pouvoir. C’est un coup des entreprises transnationales, qui ont souvent plus d’argent et plus de pouvoir que quelques Etats. Quant aux TPP, TTIP ou TiSA, il ne s’agit pas seulement de refuser ces accords. Il faut réformer entièrement le système qui a été établi ces derniers trente ans, et ceci de fond en comble. Les accords, c’est une chose, l’autre, c’est la perte de l’Etat de droit démocratique qui va de pair.

 

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?

 

Etat de droit veut dire transparence et responsabilité qui présupposent un débat ouvert. Là, on a négocié des accords à huis clos en excluant les syndicats, les spécialistes en matière de droit de l’homme, d’écologie, et de santé : ils n’étaient pas admis aux négociations de l’accord. Et pour éviter tout débat au parlement, le TPP devait passer le parlement par « fasttracking » [procédure accélérée] comme un fait accompli. Il n’y a pas de procédé plus antidémocratique. Cette semaine justement, le Sénat des Etats-Unis a adopté le « fasttracking ». La loi n’a que passé le Congrès et entrera en vigueur au moment où le Président Obama l’aura signée. Ce n’est qu’un acte formel, car il voudrait conclure ces accords de libre-échange le plus vite possible. La loi porte nom de « Trade Promotion Authority ».

 

Quelles sont les conséquences de cette loi ?

 

Au Parlement, elle interdit toute discussion et tout vote sur la détermination du contenu de ces accords. Les motions individuelles sont interdites, il n’y aura qu’un vote « pour » ou « contre ». Ainsi, toute la procédure démocratique sera éliminée. Lorsqu’un parlement « s’émascule » lui-même, c’est un acte totalitaire et une violation de l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Le processus démocratique est mis hors jeu pour donner la priorité à l’économie ?

 

Pas à l’économie, mais aux entreprises transnationales, à l’industrie pharmaceutique, aux géants du pétrole ou de l’énergie nucléaire. Au fond, ce ne sont pas des accords de libre-échange mais des accords politiques dans l’intention de supprimer la souveraineté des Etats en la remplaçant par les dictats des corporations.

 

Comment faut-il comprendre cela ?

 

Les grands groupes internationaux ont entamé une certaine révolution contre la conception de l’Etat de la Paix de Westphalie. L’idée comprend le détournement de l’Etat de droit, laissant de côté la juridiction nationale pour laquelle le monde travaille depuis 200 ans, pour établir la sécurité juridique et pour développer des institutions capables de combattre les violations du droit. L’établissement prévu des tribunaux d’arbitrage dans ces accords, empêchera tout cela et contournera finalement notre système démocratique.

 

Comment faut-il imaginer ces tribunaux d’arbitrage ?

 

En premier, ils sont secrets. Dans ce système, il n’y a ni transparence ni la possibilité de demander des comptes aux « juges ». Les multinationales ont établi une juridiction à part, sans aucune légitimation démocratique et qui exclut le principe de l’Etat westphalien.

 

C’est à dire qu’avec ces accords, on abolit l’Etat national souverain avec son ordre juridique.

 

Oui, il y a deux ontologies qu’il faut prendre en considération. L’ontologie de l’Etat définit la raison d’existence de l’Etat. L’Etat, c’est une société organisée, se légitimant elle-même par le fait que c’est l’Etat qui, pour protéger les intérêts du peuple, défend la législation. La deuxième ontologie est celle du marché, du business, des affaires. Quand je fais des investissements, quand je suis homme d’affaires, quand je travaille pour une société transatlantique, j’attends des profits. Pour cela, je suis prêt à courir des risques. L’ontologie du capitalisme est de courir des risques. Par ce « investor state dispute settlement » mécanisme [règlement des différends entre les investisseurs et l’Etat], ces nouveaux tribunaux d’arbitrage, qui, au fond, ne sont pas de vrais tribunaux, mais des tribunaux d’arbitrage privés, les investisseurs veulent supprimer leur risque, ils veulent une garantie de profit. Donc on veut créer un système anti-ontologique et complètement corrompu.

 

Comment ces tribunaux fonctionnent-ils ?

 

Les juges sont en général avocats des grandes multinationales. Comme je connais le métier, je sais très bien de quoi je parle. Ces avocats de Wall-Street et ailleurs, encaissant 1000 dollars l’heure, conseillent les multinationales et les Etats. C’est une excellente affaire. Aujourd’hui, ils sont arbitres, demain conseillers et après-demain PDG d’une multinationale. Il faut l’imaginer, c’est un système corrompu de fond en comble. Mais ils l’ont établi comme cheval de Troie. Dans les années 90, on n’arrivait pas à imaginer qu’une telle chose soit possible.

 

Par où faut-il commencer ?

 

Le système d’arbitrage secret va entièrement à l’encontre des bonnes mœurs. Le terme de « contra bonos mores » est le terme du droit international désignant des traités ou des contrats qui vont à l’encontre du bonum commune, donc à l’encontre du bien commun, de l’intérêt de la société. De tels traités allant « contra bonos mores » sont nuls, selon l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités.

 

Qu’est-ce que cela implique pour les multiples traités ?

 

Dans mon rapport pour le Conseil des droits de l’homme, je propose d’examiner à la loupe tous les traités, y inclus les bilatéraux. Là, où ils vont à l’encontre du bien commun, il faut les modifier selon l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités. C’est un procédé, qui fait partie du droit international qu’on appelle « severability », dérogation des éléments concernés. Il ne faut donc pas supprimer le traité entier. Il suffit de supprimer les articles ou les passages allant à l’encontre du bien commun sans les remplacer. C’est ancré dans le droit international.

 

On pourrait donc procéder contre tout traité allant à l’encontre du bien commun ? Pourquoi personne ne l’a-t-il fait jusqu’ici ?

 

Parce que les victimes ne s’organisent pas alors que les multinationales sont très bien organisées.

 

Les victimes, ce sont l’Etat concerné et sa population ?

 

Oui, bien sûr. Quand un Etat, tels l’Equateur, la Bolivie ou le Venezuela, doit payer trois milliards ou 5 milliards de compensation à une multinationale, cela veut dire que ces 5 milliards manquent à d’autres domaines afin que l’Etat puisse remplir ses obligations sociales. Cela veut dire que, dans tous les domaines, par exemple, celui des infrastructures, du droit de travail, de la santé et bien sûr aussi dans celui de l’enseignement et de la formation les moyens nécessaires vont manquer. C’est une situation anormale qu’on n’avait pas du tout en vue au moment de la signature de ces traités. On ne doit pas dire que les Etats ont accepté ou ratifié ces traités en connaissance de cause, car ils ne savaient pas qu’il y ait une juridiction contra bonum mores.

 

Comment comprendre cela ?

 

Les arbitres ont effectué et réalisé une interprétation des accords de libre commerce qui va à l’encontre de l’ordre public national et international. Cette interprétation viole les articles 31 et 32 de la Convention de Vienne sur le droit des traités. Aucun homme de bon sens ne pourrait accepter telle chose. Ils ont interprété les termes de confiscation ou d’expropriation de la façon suivante : si le profit que j’attendais est diminué par le fait que l’Etat augmente le salaire minimum ou renforce les mesures de protection écologique, ce qui oblige la multinationale à éviter la pollution de l’eau, les coûts de la multinationale s’élèveront et le profit diminuera. Donc une mesure étatique tout à fait normale et prévisible, ne confisquant aucunement une entreprise étrangère est donc interprétée comme confiscation car « le profit » est diminué.

 

Les Etats n’auraient-ils pas pu prévoir cela ?

 

Jusqu’au moment de la ratification du traité, il n’y avait pas une jurisprudence arbitrale dans ce sens. Personne ne savait qu’on allait interpréter comme expropriation l’augmentation du salaire minimum ou le renforcement de la législation de la protection de l’environnement par l’Etat. Quand un Etat, comme le montre l’exemple de l’Allemagne, veut sortir de l’énergie nucléaire, ce sont des décisions devant être prises démocratiquement au sein d’un Etat. Mais cela diminue le profit des entreprises. Cette diminution du profit est déclarée comme expropriation et comme telle une violation de l’obligation de cet Etat envers la multinationale. C’est l’Etat qui doit payer donc la réduction du profit attendue à la multinationale.

 

Connaissez-vous des exemples concrets ?

 

En ce moment, c’est Vattenfall, ce grand groupe énergétique suédois, qui tente de se faire indemniser par l’Allemagne de 4 milliards à cause de sa sortie de l’énergie nucléaire. Veolia, une entreprise française de service public, spécialisée en alimentation en eau des communes, est en train de procéder contre l’Egypte pour avoir augmenté le salaire minimum.

 

C’est absurde. Qu’est-ce qu’on peut faire ?

 

J’ai deux préoccupations principales. Il faut reconnaître que c’est la Charte de l’ONU qui sert de référence acceptée internationale. La Charte de l’ONU garantie la souveraineté de l’Etat. Au fait, l’ONU a été construite sur le principe de la souveraineté des Etats. La possibilité de l’Etat de décider du taux et de l’emploi des impôts est un devoir ontologique et essentiel de l’Etat. Tout cela est stipulé dans les articles 1 et 2 de la Charte de l’ONU. Les articles 55 et 56 stipulent les droits de l’homme. Lorsqu’un traité viole ces articles ou lorsqu’il est incompatible avec ceux-ci, c’est la Charte qui est prioritaire. En anglais, on dit « it trumps » [cela emporte sur] tous les autres traités. Dans l’article 103 de la Charte de l’ONU est écrit qu’en cas de conflit entre la Charte de l’ONU et un autre traité, c’est la Charte de l’ONU qui doit être appliquée et non pas le traité. Cela doit être consigné par voie de justice nationale et internationale, voir par la Cour internationale de justice, par la Cour européenne des droits de l’homme, par la Cour interaméricaine des droits de l’homme etc.

 

Qu’est-ce que cela veut dire concrètement pour ces traités illicites allant à l’encontre des bonnes mœurs et de la bonne foi, du principe démocratique et avec cela du bien commun ainsi que des droits de l’homme ?

 

C’est au sein de la Cour internationale de justice qu’il faut trouver la solution. Les Etats membres de l’Assemblée générale doivent exiger, auprès de la Cour internationale de justice de La Haye, une expertise reconnaissant cela et disant aux Etats qu’ils n’ont pas le droit de ratifier des traités allant à l’encontre de la Charte de l’ONU. Tous ces accords commerciaux bilatéraux, tels le TTP, TTIP, TISA etc. ainsi que les 3200 accords bilatéraux déjà existants doivent être modifiées, c’est-à-dire supprimés ou bien ces parties allant à l’encontre de la Charte doivent être supprimées (principe de la « severability »). Mais tout cela, il faut l’initier. La Cour internationale de justice n’est active que motu proprio, elle n’intente pas de procès de sa propre initiative. Quelqu’un d’autre doit prendre l’initiative et intenter un procès auprès de la Cour internationale de justice.

 

Qui est-ce qui pourrait le faire ?

 

L’assemblée générale de l’ONU selon l’article 96 de la Charte, mais pas seulement elle. Il y a d’autres organisations ayant exactement le même droit telle l’Organisation internationale du travail (OIT), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et d’autres. Tous ceux qui sont déjà capables d’en reconnaître les conséquences néfastes. Les conséquences de ces accords violent le droit du travail, le droit à la santé, le droit à la protection de l’environnement, le droit à la vie, car très souvent, ces grands projets qui ont pour conséquence que les gens perdent tout, sont poussés au suicide ou meurent de faim, sont effectués par des sociétés internationales. Dans mon rapport au Conseil des droits de l’homme, j’ai présenté tout cela et exigé qu’un débat soit lancé sur ce sujet.

 

Monsieur le professeur, nous vous remercions de cet entretien.

• • •

(Interview réalisée par Thomas Kaiser)

La conversation correspond à l’opinion personnelle du professeur de Zayas et n’a pas été officiellement tenue en sa qualité de Rapporteur spécial. Cf. www.alfreddezayas.com et http://dezayasalfred.wordpress.com

• • •

Charte des Nations Unies
Art. 55
En vue de créer les conditions de stabilité et de bien-être nécessaires pour assurer entre les nations des relations pacifiques et amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes, les Nations Unies favoriseront : a. le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès et de développement dans l’ordre économique et social ; b. la solution des problèmes internationaux dans les domaines économique, social, de la santé publique et autres problèmes connexes, et la coopération internationale dans les domaines de la culture intellectuelle et de l’éducation ; c. le respect universel et effectif des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion.
Art. 56
Les Membres s’engagent, en vue d’atteindre les buts énoncés à l’Article 55, à agir, tant conjointement que séparément, en coopération avec l’Organisation.
[…]
Art. 103
En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront.


Convention de Vienne sur le droit des traités
Art. 53 Traités en conflit avec une norme impérative du droit international général (jus cogens)
Est nul tout traité qui, au moment de sa conclusion, est en conflit avec une norme impérative du droit international général. Aux fins de la présente Convention, une norme impérative du droit international général est une norme acceptée et reconnue par la communauté internationale des Etats dans son ensemble en tant que norme à laquelle aucune dérogation n’est permise et qui ne peut être modifiée que par une nouvelle norme du droit international général ayant le même caractère.

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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 14:32

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a donné le samedi 25 juillet une interview à Marianne[1]. Il justifie sa position au sujet de la Grèce et son soutien à la capitulation consentie par Alexis Tsipras. C’est son droit. Mais, pour se faire, il prend un certain nombre de libertés avec les faits. Et cela est beaucoup plus condamnable. Cette interview est une excellente illustration des illusions d’une partie de la « Gauche Radicale », illusions sur l’Euro et sur l’Europe, dont il semble désormais que le Parti de Gauche commence à se dégager[2].

Un petit florilège des citations de Pierre Laurent permet de voir qu’il entretient de sérieuses illusions, et même qu’il adopte un point de vue « européiste » qui n’est pas éloigné de celui du Parti dit « socialiste ». Mais, il faut aussi savoir que les prises de position de Pierre Laurent sont aujourd’hui fortement critiquées dans de larges fractions de la base comme de l’appareil du PCF. Ces prises de position reflètent bien plus les errances d’un homme et d’un groupe de directiondu PCF qu’une position largement défendue au sein du Parti.

 

Par Jacques Sapir

 

Une analyse tendancieuse du 13 juillet

Tout d’abord, quand il entend justifier la capitulation de Tsipras, Pierre Laurent dit au journaliste la chose suivante :

« Ils ont enfermé la Grèce et ses dirigeants dans une alternative qui était soit le Grexit — souhaité par les Allemands de manière ouverte, Wolfgang Schaüble, le ministre des Finances allemand, a plaidé jusqu’au dernier moment auprès des Grecs pour une sortie ordonnée —, soit le plan d’austérité qui a finalement été imposé. Le choix qu’a fait Tsipras est un choix qui évite la banqueroute bancaire de son pays, une situation qui aurait été terrible pour les Grecs. Je crois qu’il n’avait pas d’autres alternatives »[3].

Si je suis d’accord qu’un effondrement des banques est une catastrophe, je signale à Pierre Laurent que ce que Tsipras a refusé c’est la proposition de Varoufakis de (1) réquisitionner les banques et (2) de réquisitionner la Banque de Grèce. Ce faisant, le gouvernement aurait eu accès aux réserves (sous contrôle de la BCE avant la réquisition) déposées à la Banque de Grèce mais aussi dans les banques commerciales. La réquisition est un mécanisme qui permet à tout gouvernement de la zone Euro de s’affranchir de la tutelle de la BCE. Dire, dans ces conditions, que le choix de Tsipras était entre la banqueroute et la capitulation est faux. La décision de Tsipras a été politique, et non économique. C’était un choix entre s’engager sur une voie, celle que proposait son Ministre des finances Yanis Varoufakis, voie pouvant le conduire à sortir de l’Euro, ou bien d’accepter l’austérité. Présenter cela comme une décision économique est un mensonge éhonté[4]. Les choses sont désormais publiques, et il est triste de voir Pierre Laurent s’enferrer dans le mensonge.

 

Pierre Laurent révolutionne la science économique

Commentant un possible Grexit, Pierre Laurent ajoute alors :

« Et une sortie de la zone euro laisserait n’importe quel pays qui la pratiquerait devant la même pression des marchés financiers, voire une pression décuplée et une dévaluation nationale plus grave encore ».

Il semble ici que Pierre Laurent, qui a pourtant fait des études d’économie à Paris 1, ignore qu’il existe des moyens réglementaires permettant à un pays de faire fortement baisser la pression exercée par les marchés financiers. Cela s’appelle le contrôle des capitaux. Non pas le « contrôle des capitaux » imposé par la BCE à la Grèce, et qui aboutit à empêcher les entreprises grecques de faire des opérations sur l’étranger via les comptes Target2 (et qui s’apparente en réalité à un contrôle des changes), mais les contrôles sur les mouvements de capitaux à court terme non liés à des opérations matérielles. Ces mouvements représentent entre 90% et 95% des flux de capitaux, et sont essentiellement des mouvements spéculatifs. Bien entendu, pour les mettre en œuvre, il faut recouvrer le contrôle sur la Banque Centrale. Ici, soit Pierre Laurent fait la preuve de sa méconnaissance des mécanismes économiques de base, soit il les connaît, et en ce cas il ment en toute connaissance de cause. Je laisse le lecteur libre de son choix.

 

Pierre Laurent est un grand logicien

Pierre Laurent assène alors un argument qui lui apparaît imparable pour écarter une sortie de l’Euro. Cet argument, le voici :

« Il y a d’ailleurs des pays aujourd’hui qui, en dehors de la zone euro, sont également frappés par des politiques d’austérité. Car la pression des marchés s’exerce partout et sur tous les pays ».

On reste sidéré par ce que ce paragraphe implique comme méconnaissance des liens logiques qui relient plusieurs éléments. Bien sûr, il existe des pays qui ont des politiques d’austérité sans appartenir à l’Euro. Nul ne l’a nié. Mais, connaît-on un pays de la zone Euro qui n’applique pas une politique d’austérité ? En fait, on peut montrer que la zone Euro induit un cadre dépressif pour les économies qui y participent[5]. Donc, cet argument ignore ce qu’en logique on appelle des conditions nécessaires et des conditions suffisantes. La sortie de l’Euro est une condition nécessaire à une rupture avec une politique d’austérité, mais ne constitue nullement une condition suffisante. Par contre, par sa méconnaissance de la logique la plus élémentaire, Pierre Laurent nous montre qu’il est suffisant mais pas nécessaire.

 

Pierre Laurent révolutionne la science économique (bis)

On revient à un argument en apparence plus économique avec la citation suivante, qui se révèle, à nouveau, tout à fait catastrophique :

« Oui, mais aujourd’hui, la différence est que tous les avoirs détenus par les Grecs sont en euros. Et le transfert de ces avoirs dans une monnaie nationale qui serait dévaluée par les marchés financiers conduirait, dans un premier temps, à un affaiblissement considérable du potentiel de ressources des Grecs. Alors que pour reconstruire leur pays, ils ont besoin d’un niveau d’investissement important ».

Notons tout d’abord que ce ne sont pas les « marchés financiers » qui transfèrent les avoirs qui sont détenus par les grecs. C’est en réalité le système bancaire, s’il s’agit d’avoirs détenus en Grèce. Pierre Laurent, à l’évidence soit ne connaît pas les règles de fonctionnement de l’économie, soit cherche à nous mener en bateau. Ces avoirs en Euros seront automatiquement re-dénominés en Drachmes. Mais cette redénomination touchera toutes les valeurs de l’économie grecque. Donc, le potentiel d’investissement sur la base de l’épargne (oui, cette chose que l’on apprend en fin de première année d’économie, l’égalité entre l’épargne et l’investissement) sera inchangé par rapport aux valeurs de l’économie grecque. Mais, une partie de ces avoirs ne sont pas détenus en Grèce. Donc, ils resteront en Euros (ou dans une autre monnaie, que ce soit le Dollar ou, peut être, le Mark allemand…). Si la Drachme est dévalué, disons de 25%, cela signifie que ces avoirs seront réévalués de 33%. Donc, le potentiel d’investissement, sur la base des avoirs grecs détenus à l’étranger, sera largement augmenté. Ce qui veut dire que les grecs ayant mis leurs avoirs à l’étranger pourraient les rapatrier avec un effet bien plus positif sur les investissements que si la Drachme n’avait pas été dévaluée. Notons encore que ceci s’applique aussi à l’ensemble des investisseurs étrangers. En fait, une sortie de l’Euro et une dévaluation de 25% de la Drachme constituent la condition pour qu’un flux d’investissement important en drachmes se reconstitue en Grèce.

Mais, il est peu probable que Pierre Laurent ignore à ce point les mécanismes de base de l’économie, ou alors il faut s’interroger sur les conséquences délétères sur le cerveau humain d’années de travail au journal l’Humanité. Il est bien plus probable que Pierre Laurent, ici encore, mente, et qu’il mente avec l’appond d’un arracheur de dents.

 

Quand Pierre Laurent joue au prestidigitateur

Reprenons le cours du raisonnement. Pierre Laurent nous offre une magnifique perle avec la citation suivante :

« Puisque les solutions apportées par Tsipras étaient totalement viables et elles restent praticables dans la zone euro. Ce n’est pas la zone euro qui les empêche mais la décision politique prise par les dirigeants allemands et un certain nombre d’autres dirigeants européens de rendre impossible l’expérience politique de Syriza ».

Ici, Pierre Laurent fait mine de croire que les dirigeants allemands et européens ont été conduits uniquement par leur haine politique de Syriza. Que ces dirigeants n’aient pas apprécié Syriza est certain. Mais, quand bien même l’auraient-ils apprécié, accepter les solutions proposées par Tsipras impliquait, à relativement court terme, faire basculer la zone Euro vers ce que l’on appelle une « union de transfert ». Or, les montants nécessaires pour faire fonctionner la zone Euro sans les politiques d’austérité ont été évalués, et on trouvera l’une de ces évaluations d’ailleurs dans ce carnet. Pour faire court, il faudrait que l’Allemagne consacre entre 8% et 10% de son PIB tous les ans pendant environ dix ans à ces transferts. Il est clair que cela n’est pas possible, sauf à vouloir détruire l’économie allemande. La véritable cause du rejet des options de Syriza se trouve là. Affirmer que « les solutions apportées par Tsipras étaient totalement viables et elles restent praticables dans la zone euro » est un nouveau mensonge. Les solutions proposées par Tsipras impliquaient une refonte totale de la zone Euro, et cette refonte aboutissait à faire peser un poids excessif sur l’Allemagne. Telle est la vérité. Mais, cette vérité gêne Pierre Laurent, qui préfère la faire passer sous le tapis pour sauver l’illusion de la possibilité d’une zone Euro qui ne soit pas austéritaire. Pierre Laurent doit donc mentir quant aux conditions de viabilité de la zone Euro, mais, nous l’avons vu, il n’est pas à un mensonge près.

 

Le dernier mensonge

Il ne reste donc à Pierre Laurent qu’un argument : le point Godwin ou la réduction du dilemme grec à un affrontement avec le Front National. Il suffit de regarder le paragraphe suivant pour s’en convaincre :

« Il y a aujourd’hui trois options en débat. L’option d’une Europe de l’ordre libérale, celle qui existe aujourd’hui. Il y a l’option d’une destruction de l’Europe et d’un retour à la compétition, voire au choc des nations dans la crise que traverse l’Europe, c’est l’option du Front national et des forces qui l’appuient. Et il y a l’option qui est la nôtre, celle de Tsipras, la mienne, celle que nous défendons, qui est l’option de la reconstruction d’une Europe de coopération, de solidarité, d’une Europe de souveraineté qui doit laisser plus de place aux pouvoirs de chaque nation de négocier démocratiquement son insertion dans cette Europe de solidarité. Nous parlons d’une Europe à géométrie choisie… ».

Passons sur le fait que proclamer que l’on vivrait mieux dans le monde des bisounours, la troisième option, na jamais fait avancer le débat. Mais, une sortie de la Grèce de l’Euro, et à terme, une dissolution de l’Euro, entraineraient-ils ce cataclysme que prévoit Pierre Laurent ? En fait, de nombreux économistes soutiennent aujourd’hui qu’une sortie de l’Euro était préférable, certains conservateurs comme Henkel[6], d’autres progressistes comme Kevin O’Rourke[7] ou Stefano Fassina[8], ancien ministre du PD en Italie, et parmi eux des assistants de Varoufakis[9]. C’est donc un nouveau mensonge de Pierre Laurent que de prétendre que l’option d’une sortie de l’Euro serait le fait du seul Front National. Un mensonge de plus dira-t-on. Espérons, en tous les cas, qu’il soit le dernier.

[1] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, entretien avec Bruno Rieth, Marianne, 25 juillet 2015, http://www.marianne.net/pierre-laurent-sortie-zone-euro-n-empeche-pas-pression-marches-100235637.html

[2] Voir le blog de Guillaume Etievant, responsable économique du PG, le 24 juillet 2015,http://guillaumeetievant.com/2015/07/24/soyons-prets-a-sortir-de-leuro/

[3] Pierre Laurent : “Une sortie de la zone euro n’empêche pas la pression des marchés”, op.cit..

[4] Je renvoie à l’article de Jamie Galbraith, qui a travaillé avec Varoufakis publié dans Harper’s,
http://harpers.org/blog/2015/07/greece-europe-and-the-united-states/ ainsi qu’aux explications données par Yannis Varoufakis lui-même sur son blog :
http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/14/on-the-euro-summits-statement-on-greece-first-thoughts/

[5] Voir Bibow, J., et A. Terzi (eds.), Euroland and the World Economy—Global Player or Global Drag ? Londres, Palgrave, 2007.

[6] http://www.conservativehome.com/platform/2015/07/hans-olaf-henkel-mep-greece-must-leave-the-eurozone-for-the-good-of-us-all.html

[7]http://www.socialeurope.eu/2015/07/moving-on-from-the-euro/

[8] http://www.stefanofassina.it/lavoroeliberta/2015/07/19/sono-daccordo-con-schouble-una-grexit-assistita-unica-soluzione/

[9] Munevar D., « Why I’ve Changed My Mind About Grexit », in SocialEurope, 23 juillet 2015, http://www.socialeurope.eu/2015/07/why-ive-changed-my-mind-about-grexit/

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 14:41

Par Jacques Sapir origine  Comité Valmy

18 juillet 2015

La crise grecque, dont on pressent qu’elle est loin d’être achevée, aura eu pour une de ses premières conséquences d’avoir exposé la véritable nature de la zone Euro et d’avoir permis au débat sur l’Euro lui-même de revenir au premier plan.

 

Le diktat pour rien

Il est en effet désormais clair que l’accord extorqué à la Grèce lors de la réunion de l’Eurogroupe et de Conseil européen dans la tragique nuit du 12 au 13 juillet n’a rien réglé. Non seulement le soi-disant « accord » se révèle d’heure en heure inadapté et inapte à traiter le fond du problème, mais on se rend compte que cet accord n’apportera aucun répit[1]. En effet, si lundi 20 juillet les banques grecques vont à nouveau ouvrir leurs portes, les opérations qu’elles feront seront extrêmement limitées. Les retraits de la population ne pourront toujours pas excéder 420 euros par semaines, même si cette somme pourra être retirée en une fois. Les opérations des entreprises grecques resteront toujours très limitées. En fait, cette situation de pénurie de liquidités qui a été organisée par la Banque Centrale Européenne porte un coup fatal à l’économie grecque. Le pourcentage des prêts dits « non-performants » a très fortement augmenté depuis le 26 juin dernier. Les besoins en financement des banques grecques sont passés de 7 à 10 milliards d’euros fin juin à 25-28 milliards au 15 juillet et pourraient atteindre la somme de 35 milliards vers le milieu de la semaine prochaine. En fait, le système bancaire grec a été délibérément détruit par les pressions exercées par la Banque Centrale Européenne à des fins essentiellement politiques. Les montants qu’il faudra accorder à la Grèce simplement pour que le pays ne sombre pas dans un chaos total s’il devait rester dans la zone Euro ne sont plus désormais de 82 à 86 milliards d’euros comme estimé le 13 juillet mais plus probablement de l’ordre de 120 milliards d’euros. La dette de la Grèce n’est aujourd’hui plus « soutenable » et l’accord n’a rien fait pour en assurer la soutenabilité[2]. Si Mme Merkel, M. J-C Juncker et M. Dijsselbloem sont les « vainqueurs » d’Alexis Tsipras, ils sont en train de comprendre ce que signifie l’expression de « victoire à la Pyrrhus ».

 

Le coût politique de cette crise

Mais, le coût principal ne sera pas économique. Il est en réalité politique[3]. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour la dire[4]. En fait, les conditions dans lesquelles les termes de ce véritable diktat ont été imposés a fait exploser la prétention de l’Union européenne d’être un espace de coopération et de solidarité, dénué de conflits. La zone Euro s’est révélée n’être qu’un instrument de domination voulu par l’Allemagne avec l’acquiescement de la France. L’Allemagne va d’ailleurs très vite comprendre le prix politique réel de son apparente victoire. Elle a fait disparaître en quelques jours tout le capital de sympathie relative, et en tous cas de respectabilité, qu’elle avait acquise en plusieurs dizaines d’années. Il est donc désormais très probable que l’on va assister à un aiguisement des conflits au sein tant de l’Eurogroupe (la Zone Euro) mais aussi au sein de l’Union européenne. Il est clair que les dirigeant allemands sont désormais devant l’alternative suivante : soit ils acceptent la transformation de la zone Euro en une Union de transfert, ce qu’ils ont toujours refusé depuis 1999, et ce qu’ils ne peuvent accepter d’un strict point de vue comptable, soit ils organisent la sortie de la Grèce de la zone Euro, mais dans des conditions qui entraîneront bien vite l’implosion de l’ensemble de cette zone. C’est pourquoi ils tentent désespérément de trouver une troisième voie, l’instauration d’un système à deux monnaies en Grèce pour prétendre que celle-ci fait toujours partie nominalement de la zone Euro. Mais, les systèmes bi-monétaires, quand le pays qui les subit n’a plus le contrôle de sa Banque Centrale, se révèlent extrêmement instables.

 

Le débat sur la viabilité de l’Euro

De plus, quelles que soient les différentes tentatives pour résoudre cette crise grecque, il est clair qu’elle ouvre de manière particulièrement violente le débat sur la viabilité de l’Euro. Il est très significatif que l’ancien économiste en chef de la BCE pose ouvertement ce problème[5]. Ici encore, les voix se multiplient. Il est donc clair que ce débat, longtemps supprimé et réprimé, est désormais en train d’éclater. Les arguments d’autorité qui sont souvent avancés, et en particulier en France, ne pourront plus convaincre. L’ouverture d’un véritable débat sur les coûts tant économiques que politiques de l’Euro est le signe évident de sa décomposition. Bien entendu, les facteurs de blocage restent important, ne serait-ce que parce qu’un tel débat remet en cause la légitimité d’une grande partie de la classe politique en France. Mais, cette classe politique désormais ne peut plus mettre son véto sur le débat lui-même et elle devra, dans les semaines qui viennent, faire face à une montée de critiques. C’est le début de la fin. Il n’y a vraisemblablement plus que notre Président, M. François Hollande, pour vouloir l’ignorer .

 

[1] Galbraith J., « Greece, Europe, and the United States », Harper’s Magazine, 16 juillet 2015, http://harpers.org/blog/2015/07/greece-europe-and-the-united-states/

[2] Barro J., « The I.M.F. Is Telling Europe the Euro Doesn’t Work », The New York Times, 14 juillet 2015,
http://www.nytimes.com/2015/07/15/upshot/the-imf-is-telling-europe-the-euro-doesnt-work.html ?_r=1&abt=0002&abg=0

[3] Comme le constate D. Tusk. Voir P. Spiegel « Donald Tusk interview : the annotated transcript », Financial Times, 16 juillet 2015,
http://blogs.ft.com/brusselsblog/2015/07/16/donald-tusk-interview-the-annotated-transcript/

[4] Le Point, « DSK fait encore la leçon », 18 juillet 2015,
http://www.lepoint.fr/economie/grece-dsk-fait-encore-la-lecon-18-07-2015-1949756_28.php

[5] Interview d’Otmar Issing dans Corriere della Sera, 16 juillet 2015,
http://www.corriere.it/economia/15_luglio_16/crisi-greca-l-economista-issing-inutile-illudersi-meglio-fuori-euro-0b802768-2b7d-11e5-a01d-bba7d75a97f7.shtml ?refresh_ce-cp

 

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 13:10
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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 13:21

A part le beau rôle octroyé à l'Union européenne ce n'est pas très éloigné de la réalité

 

 

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 16:07

A propos du référendum

Origine Comité Valmy

 

1. Le KKE salue les membres et amis du Parti et de la KNE [Jeunesse communiste de Grèce], les travailleurs qui se sont érigés contre les dilemmes fallacieux, tendus pour piéger le peuple. Il salue tous ceux qui dans une conjoncture de terrorisme idéologique, de pauvreté, d’angoisse quotidienne pour subsister, à cause des restrictions des opérations bancaires, des non-paiements, des licenciements, ont livré bataille, dans la mesure où le peu de temps alloué le permettait, pour que la position du KKE concernant le référendum soit connue largement, et qui est résumé par le slogan : « NON à la proposition de l’UE- FMI-BCE et NON à la proposition du gouvernement grec. OUI à la sortie de l’UE avec les peuple au pouvoir ».

 

Les processus économiques et politiques qui ont suivi la proclamation du référendum, ont une fois de plus démontré la nature impérialiste antipopulaire de l’UE, ainsi que sa profonde iniquité, ses antagonismes aigus. Ils ont justifié la position du KKE. Dans leurs communiqués communs, tant les forces politiques qui ont appelé à voter « NON » (SYRIZA - ANEL, avec le soutien de l’AD), que celles qui ont appelé à voter « OUI » (ND, POTAMI, PASOK) se servent du vote populaire comme d’une soi-disant approbation pour un nouvel accord antipopulaire - un protocole d’accord ou mémorandum, avec l’UE-BCE-FMI. Ceci, en l’occurrence, était clairement apparu avec les nouvelles propositions mises sur la table de négociation tant par l’eurozone et le FMI, que par le gouvernement SYRIZA - ANEL quelques jours avant la tenue du référendum. Les petits changements aux anciennes et plus récentes versions ne changent guère le caractère antipopulaire des nouvelles et plus douloureuses mesures à venir.

 

Indépendamment des manœuvres et des slogans, là où se rejoignent les partis qui appellent à voter « NON » ou « OUI » est leur acceptation de l’UE et de l’eurozone, ainsi que de l’assujettissement du peuple aux monopoles, sous la bannière de la soi-disant unité nationale.

 

2. Le gouvernement porte la responsabilité du refus de prendre en compte la question proposée par le KKE pour le référendum. Le gouvernement, voulait qu’il n’y ait que la sienne, rédigée en termes vagues, pour avoir les mains libres d’exploiter soit l’une soit l’autre réponse, qu’il interpréterait selon ses préférences politiques. La position du Parti communiste était la seule qui niait le dilemme bidon-piège du référendum, susceptible d’exprimer la volonté du peuple de se débarrasser de tous les mémorandums et non pas de valider l’une ou l’autre réponse.

 

C’est la seule position susceptible d’exprimer, sans ambiguïté ni mésinterprétation, les dispositions radicales parmi le peuple, contestant l’UE, qui peuvent s’identifier avec la proposition globale du KKE, à savoir la sortie de l’UE, l’annulation unilatérale de la dette avec le peuple aux commandes du pouvoir et de l’économie. Cette position du KKE concourt à l’émancipation ouvrière-populaire et répond aux desseins visant à impliquer le peuple dans différents scénarios antipopulaires.

 

Dès le départ, l’attitude du KKE au référendum n’avait pour cible une quelconque influence étroitement partisane. Il s’agissait d’une position de principe, il livrait un message politique au peuple de ne pas succomber au chantage, que ce soit celui de la troïka ou celui du gouvernement et des autres partis politiques bourgeois, pour que son « NON » - quel que soit le contenu – ne soit pas ajouté aux « OUI » pour l’UE, à l’accord, ni avec la proposition des « partenaires »[EE-BCE-FMI – NdT] ou du gouvernement SYRIZA-ANEL.

 

3. Cette position de classe, nette, conséquente a été confirmée dès le lendemain quand tous - sauf le KKE – ont compris le but de l’accord avec ses conditions douloureuses pour le peuple, sous la forme d’un nouveau mémorandum avec de dures mesures antipopulaires.

Le gouvernement a convoqué un Conseil de dirigeants politiques sous la Présidence de la République, avec comme ordre du jour, d’informer les partis politiques. Le KKE a participé et s’est positionné lors de la réunion, au cours de laquelle le Premier ministre a informé quant aux positions et propositions du gouvernement pour les négociations. Le Parti communiste a clairement exprimé ses points de vue au cours de la réunion et immédiatement après fait un communiqué public, aussi bien sur le référendum que sur le cours des négociations et des problèmes qui attendent le peuple ainsi que sur la proposition de la troïka et celle du gouvernement.

Le KKE a exprimé son désaccord global avec le communiqué conjoint, de tous les autres partis. Il a stipulé son désaccord avec les estimations du communiqué commun ainsi que sur l’orientation des négociations qui mènerait à de nouvelles sévères mesures. Il a souligné que le peuple n’a autorisé personne à avancer vers un accord–mémorandum douloureux, avec des mesures antipopulaires.

Le communiqué commun des cinq partis révèle que les forces du « OUI » ainsi que celles du « NON » ont un ciblage stratégique commun, le soutien au développement capitaliste. Ils soutiennent « le sens unique » de l’UE, vêtu du manteau bidon de « l’entente et du consensus national. »

4. Le gouvernement a d’immenses responsabilités, parce qu’avec sa décision de définir les choix posés au référendum il a permis au capital et à ses porte-paroles politiques de renforcer encore plus le chantage et le terrorisme en direction du peuple afin de piéger les forces ouvrières-populaires dans le sens-unique de l’UE et des monopoles, que ce soit comme soutiens du « OUI » ou comme soutiens du « NON », dans un plan déterminé de l’eurozone.

Telle est la contribution de la SYRIZA à la bourgeoisie et à l’Union européenne : avec des manœuvres tacticiennes et aventuristes d’altérer les consciences radicales, pour désamorcer la protestation et la canaliser de manière à ce qu’elle soit indolore.

La Nouvelle démocratie et ses alliés ont utilisé les éléments opportunistes de la politique de SYRIZA pour renforcer les conceptions conservatrices, pour endiguer le courant de protestation de l’UE, et déclencher un nouveau type d’anticommunisme, où Tsipras et SYRIZA ont été dépeints comme des expériences « communistes » échoués. Bien qu’ils n’aient rien à voir avec le socialisme-communisme.

Le gouvernement, pendant toute la période qui a précédé, ainsi que le jour du référendum, a continué à embellir l’UE, cette raillerie selon laquelle le seul choix pour les peuple est la « maison commune européenne », qui aurait soi-disant déviée de ses principes fondateurs de démocratie, de solidarité et de justice sociale, auxquels elle pourrait revenir grâce au « NON » du référendum. Parallèlement, il n’a pris aucune mesure de protection à l’égard du revenu ouvrier-populaire, tant par rapport aux conditions actuelles de blocage en Grèce du fonctionnement du système financier, que dans le cas de faillite de l’État et du passage à la drachme. Et tout cela dans une période où se renforce la tendance parmi les forces populaires de réaliser ou de se rapprocher de la vérité : que l’UE depuis sa création a été et reste une structure réactionnaire du capital, dans laquelle il n’y a pas de politiques en faveur des peuples. Le gouvernement, avec l’apparition de la résistance et de la dignité, n’a fait qu’inviter le peuple à se prosterner devant l’UE.

Le KKE appelle tous ceux qui ont voté « NON » et qui voulaient ainsi exprimer une véritable protestation populaire au memoranda et aux mesures impopulaires, de ne pas s’apaiser, de ne pas consentir à ce que le gouvernement utilise la dite « volonté populaire » pour mettre en place un nouvel accord-mémorandum antipopulaire en coopération avec les autres forces bourgeoises. Le KKE les appelle de ne pas accorder une nouvelle « période de grâce » de tolérance au gouvernement SYRIZA-ANEL, qui durant cinq mois a profité du vote populaire pour légitimer des plans antipopulaires, pour annuler toutes ses promesses électorales.

 

5. Dans tous les cas, un nouvel accord sur la base soit de la proposition Juncker, soit sur celle de Tsipras, donnera un nouveau mémorandum, qui de l’avis de tous sera pire que tous les précédents, avec des mesures et des conditions difficiles, au détriment des couches populaires. Par ailleurs les désaccords avec l’UE-BCE-FMI, qui ont conduit au blocage des négociations, ne concernent pas tellement les mesures antipopulaires et leurs divers équivalents, mais plutôt des contradictions autour de l’aménagement de la dette publique, quelles parties du capital seraient taxées et quelles autres favorisées, la lutte pour la réforme de la zone euro. Dans ces contradictions s’impliquent le FMI, les États-Unis, l’OTAN pour leurs propres intérêts, en antagonisme avec l’eurozone et en particulier l’hégémonie de l’Allemagne.

 

Cette lutte renforce souvent aussi la tendance d’utiliser la Grèce comme une « expérience » pour la reconstruction de l’eurozone, tendance qui reste puissante. En réalité la direction de la Commission et en particulier la classe dirigeante allemande, met les pays lourdement endettés comme la Grèce, devant le dilemme : Le strict respect des règles et des objectifs de l’eurozone ou la sortie forcée. Ce dilemme est un dilemme pour le capital, pas pour les gens, parce que dans l’un comme l’autre cas, il leur est hostile. Bien que parmi la bourgeoisie de notre pays, semble prévaloir le souhait de rester dans l’UE, une section bénéficierait directement de la sortie de l’euro. Dans les deux cas, c’est le peuple qui paiera en s’appauvrissant encore plus avec de sévères nouvelles mesures.

 

6. Le KKE continuera à informer le peuple concernant sa position et invite en même temps les travailleurs, les employés, les couches populaires moyennes, les retraités, les jeunes hommes et les femmes, de tirer les conclusions qui auraient un sens pour le lendemain :

 

 - Il ne peut y avoir de sortie de la crise et des solutions justes avantageuses pour le peuple dans la prison qu’est l’UE et la voie capitaliste de développement.

 - Tout gouvernement qui gère un régime exploiteur ne peut être favorable à la population et aux travailleurs, même s’il professe être de « gauche ».

 - Le gouvernement, ainsi que la bourgeoisie en général, se moquent de nous quand ils parlent de « souveraineté populaire », alors qu’il y a des dominants et des dominés. Ils trompent consciemment, car ils savent que toutes les lois et toutes les institutions en Grèce, en UE, que les accords internationaux sont fabriqués de manière à garantir la dominance de groupes monopolistiques, la dominance de la classe bourgeoise, la manipulation des forces ouvrières-populaires - et leur neutralisation. Ce système est ainsi fait, parce que le gouvernement et la bourgeoisie savent précisément que si le pouvoir ouvrier-populaire réagit, il peut ouvrir la voie au renversement des exploiteurs.

 - Dans son noyau l’UE n’a pas de « démocratie », comme le prétend le gouvernement de SYRIZA-ANEL et d’autres partis, tentant de tromper la majorité populaire. Dans le cœur de l’UE se trouve l’exploitation capitaliste, la concurrence monopolistique, l’inégalité économique, la dictature des monopoles. Voilà ce qu’est la « démocratie » des monopoles, qui s’oppose aux peuples. Par ailleurs, il est connu que l’UE a à plusieurs reprises annulé des référendums qui ont eu un résultat opposé à ce qu’elle voulait, imposant un nouveau vote jusqu’à ce que le « NON » devienne « OUI ».

 

7. Nous nous adressons aux couches ouvrières-populaires, qui dans leur majorité écrasante ont voté « NON », croyant ainsi rejeter les mesures antipopulaires, l’austérité, qui ont cru que la crise économique était due à la mauvaise gestion, que pour l’austérité seuls les gouvernements grecs précédents et leurs alliés européistes étaient à blâmer et non pas le gouvernement actuel. Nous les appelons de ne pas se laisser conduire à la désillusion, ne pas démissionner, à une nouvelle acceptation passive face au gouvernement et ses choix. Nous appelons à la lutte du lendemain, contre la détérioration de la vie du peuple.

 

Nous nous adressons également aux travailleurs qui ont voté « OUI » sous la pression des employeurs, devant la crainte des fermetures des banques pour leur salaire ou leur retraite, leurs petites économies.

 

Nous invitons tout le monde, dès demain, d’organiser ensemble la résistance contre la politique antipopulaire qui continue à mettre en faillite le peuple. Le mouvement ouvrier-populaire doit tracer sa propre ligne ainsi que le ralliement avec une orientation anticapitaliste antimonopolistique. Pour ne pas être pris au piège par les théories de la prosternation et de l’unité qui sont promus, parce que les intérêts de la classe ouvrière sont en contradiction avec ceux des capitalistes.

 

Soutenons tous les nécessiteux, les chômeurs et les faibles. Combinons la solidarité avec la revendication. Organisons la lutte par des Comités lutte, sur les lieux de travail, dans les usines, les hôpitaux, les services par des Comités Populaires dans les quartiers, par des Comités de solidarité et d’aide sociales, par des groupes et des comités de surveillance contre les fraudes, la possibilité de pénuries de produits alimentaires, médicaments et autres produits nécessaires à la survie de la famille populaire. Que les usines, les espaces de travail, les quartiers deviennent des centres de résistance et de solidarité ; personne ne doit être seul dans cette crise ; rejetons la logique du « chacun pour soi ».

 

8. Il reste plus nécessaire que jamais d’exprimer, par le ralliement au KKE, le vrai, le « NON » de classe des ouvriers et des salariés, des couches laborieuses contre tous les gouvernements du capital, leurs alliances impérialistes, les chantages de l’UE et du FMI contre les peuples. Ce qui est nécessaire est un mouvement ouvrier-populaire émancipé des partis et des gouvernements bourgeois avec leur gestion antipopulaire, ainsi qu’une puissante Alliance populaire qui se battra pour une rupture réelle, ce qui mènera le pouvoir ouvrier-populaire, résultat de la rupture avec les monopoles, le capital, leurs alliances, à réaliser la sortie de l’UE, l’annulation unilatérale de la dette, l’organisation de l’économie et de la société sur la base de la propriété sociale, la planification centralisée, le contrôle ouvrier-populaire.

 

Cet objectif, s’il devient une conscience populaire massive, conduira à élever le mouvement ouvrier-populaire, à renforcer l’alliance sociale, à changer et renverser le rapport des forces, pour devenir le pouvoir populaire antimonopolistique-anticapitaliste, impétueuse tempête dans le conflit avec les monopoles, leurs associations transnationales, leurs partis et gouvernements, une tempête de renversement pour la conquête du pouvoir ouvrier-populaire.

 

Seulement ce pouvoir mérite les sacrifices de notre peuple. DANS CETTE VOIE DE LUTTE ET DE CONFLIT LE PEUPLE DEVIENT VRAIMENT DIGNE ET FIER. Le KKE dans cette perspective appelle la classe ouvrière, les travailleurs indépendants, les agriculteurs pauvres, les femmes et la jeunesse à joindre leurs forces. Le KKE donnera dans cette lutte toutes ses forces. Son renforcement est la garantie pour la victoire finale.

Le Comité central du KKE  Athènes 7 juillet 2015

[Traduction Alexandre MOUMBARIS

Relu par Marie-José MOUMBARIS]
 

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 09:35

 

 

Avant, quand on voulait faire plier un pays qui ne se soumettait pas aux exigences du capitalisme, on organisait un putsch. Cela avait le mérite de la franchise et au moins, les choses était claires: le 11 septembre 1973, les chars de Pinochet entraient dans Santiago, le palais présidentiel de la Moneda était bombardé par des avions de combat et Allende mourait les armes à la main après un ultime discours bouleversant.

Chacun pouvait se faire une idée de la brutalité de la chose, même sans connaître  tous les tenants et les aboutissants: les chiffres les plus modérés estiment à trois cents le nombre de disparus dans les deux semaines qui suivirent le putsch et à dix fois plus sur la période où la junte te militaire exerça le pouvoir. On ne parle évidemment pas des partis et des syndicats interdits et de la fin de la liberté de la presse.

Il y eut des gens pour approuver à l’époque comme il y a des gens pour approuver ce que l’on fait subir à la Grèce. Après tout, les USA n’allaient pas laisser s’installer à ses portes un régime de type socialiste, même élu tout ce qu’il y a de plus démocratiquement. Ils n’allaient pas non plus risquer un effet domino. Cuba et les tentatives du Che en Bolivie, c’était déjà largement suffisant. C’est pour cela que Nixon avait demandé dès l’élection d’Allende en 70, selon ses propres termes de «faire hurler l’économie chilienne». On se souvient le plus souvent, en matière de hurlement économique, de la grève des camionneurs financée par la CIA, via le syndicat des routiers américains. Dans un pays  comme le Chili, étroit et très long, c’était la paralysie assurée. Les difficultés d’approvisionnement des commerces et des stations services pour tenter d’exaspérer la population devaient rendre logique et acceptable le coup de force.

Aujourd’hui, pour faire plier la Grèce, la Commission européenne, l’Eurogroupe, la BCE et le FMI ont d’autres moyens. On est dans une époque postmoderne qui n’aime plus les grands récits et sait mieux cacher ses intentions de domination réelle. Les marchés, la propagande unilatérale des «experts» et certains médias ont remplacé les chars et les escadrons de la mort mais le décor est le même. Et peut-être aussi le résultat.

Les faits sont là pourtant : les Grecs ont démocratiquement élu le 25 janvier un parti de gauche radicale, Syriza. Très symboliquement, ce parti a trouvé ses députés d’appoint dans la droite souverainiste des Grecs indépendants   comme pour mieux illustrer La rose et le réséda d’Aragon : «Quand les blés sont sous la grêle/Fou qui fait le délicat/Fou qui songe à ses querelles/Au coeur du commun combat».  Mais cette onction par les électeurs dans un pays qui a inventé la démocratie et où l’on trouve les plus anciennes racines historiques et philosophiques d’un continent que l’UE prétend aujourd’hui représenter dans son intégralité, elle ne signifie rigoureusement rien pour ceux qui jouent le rôle de petits télégraphistes de ces fameux « créanciers ».

Il est vrai que l’on peut estimer que la logique qui préside au putsch larvé qui se déroule sous nos yeux aujourd’hui est là depuis le début de la crise grecque, c’est-à-dire 2010. De mémorandum en mémorandum, la Troïka (UE, BCE, FMI)  se moquait bien de la majorité présente à la Vouli, le parlement hellène : Pasok, conservateurs de la Nouvelle Démocratie ou grande coalition des deux, qu’importe le flacon pourvu que les créanciers obtiennent ce qu’ils veulent et vite. Ce qui a changé avec la victoire de Syriza, c’est que cette fois-ci, ça résiste, ça résiste vraiment.

Ainsi, l’incroyable Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe a pu déclarer deux jours après le scrutin: « Les Grecs doivent comprendre que les problèmes majeurs de leur économie n’ont pas disparu du seul fait qu’une élection a eu lieu. » Ce qui signifie, si l’on y réfléchit bien, que c’est l’économie (ou plutôt une certaine vision de l’économie) qui prime sur tout le reste, et notamment sur le politique alors que le primat du politique est tout de même, précisément, ce qui fonde la démocratie.

Le paradoxe est que l’on accuse aujourd’hui la Grèce de ne pas respecter les traités signés avec l’UE mais que pour qui sait lire les déclarations réitérées de Syriza, il ne s’agit pas tant de sortir de l’euro, ce qui n’a jamais été dans son programme, que de refuser un maintien dans la monnaie unique si celui-ci est assorti de conditions tellement draconiennes qu’elles en deviennent insoutenables. C’est là où se mesure tout l’aveuglement politique de l’UE : pousser un gouvernement élu par un peuple à bout de force, un gouvernement clairement mandaté pour en finir avec l’austérité, dans ses derniers retranchements, sans prendre en compte son opposition à une politique austéritaire et son profond attachement à l’UE qui lui a, jadis, beaucoup apporté.

On pourrait ainsi multiplier à l’infini les citations méprisantes ou carrément insultantes envers la gauche grecque au gouvernement: par exemple Christine Lagarde parlant des négociateurs grecs qui devaient se comporter en « adultes » ou  le ministre des Finances allemand Wolfang Schaüble qualifiant le ministre des Finances Varoufakis de «stupidement naïf». On pourrait multiplier les exemples de présentations médiatiques subtilement biaisées. On explique sur les chaines d’infos continues que le défaut grec, voire le Grexit, coûterait 700 euros par Français. Ce mode de calcul, de toute manière aberrant et démagogique, n’est pourtant jamais utilisé pour dire ce que nous coûte le capitalisme en France: cadeaux au patronat, renflouement des banques-casino, traitement social du chômage dû aux délocalisations boursières et autres plans sociaux…  Ou encore comme dans cet article du Monde du 18 juin où il est dit qu’il faut que « la raison l’emporte sur les tirades politiques. » Evidemment, Tsipras, mandaté par son peuple, est dans la « tirade » et la « raison » du côté de ceux, pour la plupart non élus, qui ont infligé à la Grèce des plans de sauvetage n’ayant rien sauvé du tout comme l’indique un article de Libé ayant obtenu copie d’un document de 2010 du FMI, classé « secret »,  qui reconnait qu’une telle thérapie de choc empêchera au bout du compte la Grèce de retrouver la croissance et de se financer sur les marchés. Bref, une saignée qui ne guérira pas le malade mais servira d’exemple pour ceux qui seraient tentés de prendre des libertés avec l’orthodoxie exigée par les marchés.

On retrouve finalement la vision nixonienne pour le Chili: « Faire hurler l’économie » et tant pis pour les dégâts sociaux qui confinent depuis plusieurs années à la crise humanitaire. L’important est que l’idée ne vienne pas à d’autres de suivre un chemin anti-austéritaire comme l’Espagne qui vient de triompher aux municipales ou le Portugal qui vote pour les législatives à l’automne.

Ce qui se joue donc aujourd’hui, c’est bien une forme de putsch. Mais alors qu’il est sur le point de réussir, il semblerait qu’il y ait un certain flottement du côté de l’UE. Angela Merkel, reine d’Europe, s’est soudain faite plus discrète. C’est que soudain, sans doute, elle mesure les conséquences d’une Grèce qui s’en irait. Pour la zone euro, bien entendu mais aussi sur un plan géopolitique. Alors que l’URSS, finalement, s’était montrée assez peu ferme lors du renversement d’Allende, personnage gênant pour elle puisqu’il était en passe de réussir une expérience socialiste et démocratique, le contexte a changé.  L’URSS est devenu la Russie et ces temps-ci, Tsipras va souvent à Moscou. Il est vrai que son pays partage au moins avec celui de Poutine le même alphabet et la même histoire religieuse.

Alors si vraiment, il n’y avait pas d’autres solutions, autant tenter le tout pour le tout semblent dire les Grecs qui n’iront pas plus loin dans la paupérisation. Et pour Merkel, et avec elle l’UE,  le putsch réussi se transformerait en victoire à la Pyrrhus.

*Photo : Wikicommons.

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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 09:17

Le consensus entre  Syriza et les partis d'opposition  ne laisse présager rien de bon ...  car il faut bien le reconnaitre l'Eurogroupe et la BCE sont bien pire que le FMI et ce n'est pas peu dire 
Maryvonne Leray

 

 

Une réunion des dirigeants des partis politiques s’est tenue au palais présidentiel, le lendemain du référendum du 5 juillet, sous la présidence de P. Pavlopoulos, Président de la République. Y assistaient le premier ministre et président de SYRIZA, A. Tsipras, le président exécutif de ND, E. Meimarakis, le président de POTAMI, S. Theodorakis, le secrétaire général du Comité central du KKE, D. Koutsoumbas, le président d’ANEL, P. Kammenos et le président du PASOK, F. Gennimata. La rencontre a duré 7 heures.

 

Lors de cette rencontre, les partis SYRIZA, ANEL, ND, POTAMI et PASOK sont arrivés à un accord et ont signé une déclaration commune, interprétant le résultat du référendum comme une adhésion de l’euro et de l’UE et pavant la voie à un nouvel accord antipopulaire.

 

Le secrétaire général du CC du KKE, D. Koutsoumbas, a exprimé son désaccord total avec la déclaration commune.

 

Le secrétaire général du CC du KKE, Dimitri Koutsoumbas, a fait la déclaration suivante à la suite de la réunion d’hier des dirigeants des partis politiques : 

 

« Nous avons écouté l’exposé du premier ministre, à la rencontre qui a eu lieu sous la présidence du Président de la République, sur l’état de la poursuite des négociations et des discussions après le référendum.

 

Pour notre part, nous avons exprimé clairement, une fois de plus, les positions du KKE sur la signification du référendum, surtout en rapport avec les problèmes énormes vécus par le peuple grec au sein de l’alliance prédatrice qu’est l’UE. Cette dernière a une ligne politique qui aggrave continuellement les difficultés vécues par les gens, dans leur revenu, qui aggrave la situation du pays et la situation de notre peuple pris globalement. Il a été démontré, une fois de plus, qu’il ne peut y avoir aucune négociation qui se fasse dans l’intérêt du peuple et des travailleurs, à l’intérieur du carcan de l’UE, dans une voie capitaliste de développement.

 

Le KKE est en désaccord avec l’ensemble de la déclaration commune adoptée par les autres dirigeants et partis politiques. Notre désaccord repose sur notre analyse du vote du peuple grec hier. Il porte en particulier sur l’état des négociations et sur les tactiques que propose le gouvernement pour  les poursuivre et que tous les autres partis acceptent, du moins dans le cadre et orientation généraux.

 

 

Personne n’a donné mandat à qui que ce soit pour signer de nouveaux mémorandums, de nouvelles mesures douloureuses pour notre peuple. Et ces mesures seront terribles ».

 

En réponse à une question d’un journaliste qui demandait s’il parlait d’une « solution par la sortie de l’euro », D. Koutsoumbas a insisté : 

 

« Non. Nous nous sommes exprimés clairement sur ce sujet. Cette ligne politique peut aller dans deux directions. Ou bien, comme cela semble le cas et bien prévu – nous le verrons dans les jours qui viennent – ils signent un nouvel accord douloureux, comprenant des mesures dures pour le peuple, un nouveau mémorandum, ou bien nous allons connaître une faillite d’Etat, avec un « Grexit », avec une sortie de l’euro ou l’établissement d’une double monnaie ou encore quelque chose d’autre. Nous entendons parler de cela principalement par nos « partenaires ». Les partis politiques ne l’ont pas évoqué à la réunion des dirigeants politiques. Mais les « partenaires » en parlent. Donc notre peuple doit se préparer. La position du KKE est que ces deux issues possibles, c’est-à-dire un accord avec un nouveau mémorandum et de dures mesures ou bien un grexit ou quelque chose comme ça se feront aux dépens du peuple grec.

 

 

La rupture avec l’UE, avec le capital et leur pouvoir est la condition préalable à une stratégie totalement différente, avec un pouvoir véritablement aux travailleurs et au peuple, allant vers la socialisation des moyens de production, un détachement de l’UE et une dénonciation unilatérale de la dette. C’est la proposition globale, totalement différente, que porte le KKE. Elle n’a rien à voir avec différents points de vue conduisant à une nouvelle paupérisation de notre peuple. Et je veux parler des points de vue qui existent au sein d’autres partis, minoritairement pour l’instant (notamment le parti qui gouverne et pour cela), qui parlent de sortie uniquement de la monnaie unique ».

 

Solidarité Internationale 

Source http://billets-du-temps-perdu.blogspot.fr/2015/07/grece-et-si-le-kke-avait-raison.html

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 16:24

 

Par Descartes

 

Les grecs ont donc voté « non ». Ne sous-estimons pas le courage que ce geste implique : pendant la courte campagne, on n’a pas compté les déclarations péremptoires de telle ou telle sommité européenne menaçant les grecs des foudres de l’enfer aux cas où ils feraient le mauvais choix. Et ces gens ont le pouvoir de rendre la vie de la Grèce très, très difficile. On aurait pu comprendre si, malgré leur désir de dire « non » aux propositions des créanciers, les grecs avaient fait le choix « raisonnable » du moindre risque. Ce ne fut pas le cas : a une majorité écrasante, proche des deux tiers, les grecs ont préféré le choix de la souveraineté plutôt que celui de la sécurité.

 

Certains pisse-copie bien connus se sont précipités pour diminuer la portée du vote. L’angle d’attaque est classique : le référendum serait juridiquement contestable. La campagne était trop courte, la question trop vague, la proposition européenne à laquelle le texte faisait référence n’était plus sur la table à la date du référendum. Il est drôle de constater combien ceux-là même qui n’ont pas hésité à faire revoter l’Irlande jusqu’à ce qu’elle donne la bonne réponse – ce qui « juridiquement » est fort contestable, la logique interdisant de reposer la même question sans qu’un changement des circonstances de fait ou de droit ne le justifient – deviennent tout à coup les gardiens du droit. Curieusement, ces juristes passionnés ne s’interrogent guère sur la question de savoir par exemple si le président de la Commission européenne n’a violé les devoirs de sa charge en prenant position pour le « oui » alors que le gouvernement grec avait pris la position contraire. Ce qui tendrait à montrer que dans cette affaire les appels au droit ne servent qu’à déguiser les manipulations politiques.

 

La victoire du « non » a aussi provoqué quelques réactions dans notre chère « gauche radicale ». Et certaines d’entre elles ont de quoi laisser perplexe. Ainsi, par exemple, on trouve sur le site du PCF un communiqué signé « Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du PGE » qui vaut son pesant en drachmes (1). Je cite : « Le peuple grec vient de refuser, avec un "OXI" écrasant (59,7%) l’ultimatum lancé par les créanciers. C’est la deuxième fois en 6 mois qu’il rejette l’austérité. La deuxième fois qu’il dit en même temps son attachement à l’Europe. »

 

Ainsi, en votant « oxi », le peuple grec aurait « dit son attachement à l’Europe ». On se demande bien par quel étrange raisonnement Pierre Laurent à pu parvenir à cette conclusion. D’abord, elle comporte une contradiction logique. Si l’on admet qu’en votant « oxi » le peuple grec a exprimé un attachement à l’Europe, alors il faut admettre aussi que le vote « nai » en exprimait le rejet, ce qui est de toute évidence absurde. Et si le vote « oxi » et le vote « nai » sont censés tous deux exprimer l’attachement à l’Europe, comment peut-on tirer la moindre conclusion du résultat ?

 

Que Pierre Laurent se sente obligé de proclamer à chaque pas son attachement total et indéfectible à l’Europe, on peut le comprendre. D’une part, ses militants et son électorat, largement issu des « classes moyennes », ne lui pardonneraient pas le moindre écart souverainiste. Et d’autre part, c’est indispensable pour garder la place de président du PGE à laquelle il semble tenir tellement. Mais vouloir à tout prix déduire du vote des grecs leur attachement indéfectible à l’Europe est une falsification de la réalité. Et falsifier la réalité, c’est s’interdire de l’analyser.

 

D’abord, cela veut dire quoi « l’attachement à l’Europe » ? A quelle « Europe » précisément ? Il serait paradoxal que Pierre Laurent se réjouisse de l’attachement des grecs à l’Europe telle qu’elle est alors que par ailleurs il passe son temps à la dénoncer. Alors, quand il parle de l’attachement des grecs à l’Europe, s’agit-il de « l’autre Europe » avec laquelle il nous bassine les oreilles depuis un certain temps ? Admettons…mais dans ce cas, il ne s’agit pas d’attachement à « l’Europe » mais plutôt à « une Europe », car il y a plusieurs « autres Europes » possibles…

 

Mais surtout, on se demande d’où Pierre Laurent tire sa conclusion. La question posée au peuple grec ne concerne nullement son attachement à « l’Europe », qu’elle soit « autre » ou pas. Et lorsqu’on regarde les images des grecs célébrant dans les rues la victoire du « non », on a vu agiter une légion de drapeaux grecs. On y a vu quelques drapeaux portugais, espagnols, et même un drapeau français. On ne vit nulle part des gens agiter des drapeaux européens. Pour des gens « attachés à l’Europe », avouez que c’est curieux, non ?

 

En fait, s’il faut tirer du résultat du vote une conclusion sur les rapport des grecs à l’Europe, elle irait plutôt dans le sens contraire à celui pointé par Pierre Laurent. En admettant même que les grecs soient attachés à « l’Europe », ils sont de toute évidence prêts à prendre le risque d’en sortir plutôt que d’accepter les conditions posées par les créanciers. Ils sont peut-être « attachés à l’Europe », mais de toute évidence cet « attachement » n’implique pas pour eux qu’on fasse n’importe quoi pour y rester. Si le prix est trop élevé, au diable « l’Europe ». Ce qui relativise fortement « l’attachement » qui ravit tant Pierre Laurent.

 

Ce vote montre d’ailleurs combien il faut traiter avec précaution les résultats de sondages sur des points de principe. C’est un peu comme sur le nucléaire : lorsqu’on pose la question « faut sortir du nucléaire », la réponse est majoritairement « oui ». Mais si on pose la question « êtes vous prêt à payer votre électricité 5% plus cher pour sortir du nucléaire », on obtient 80% de « non ». Conclusion : les français ont une position pragmatique : ils ne sont pas attachés au nucléaire par religion, mais par réalisme économique. Et c’est un peu la même chose avec l’Euro : je ne doute pas qu’une majorité des français répondrait « oui » à la question « voulez-vous garder l’Euro ». Par contre, posons-leur la question « êtes vous prêt à risquer le chômage pour garder l’Euro ? »… je me demande si la réponse justifierait la confiance de Pierre Laurent sur « l’attachement à l’Europe »…

 

On raconte qu’il suffit d’un communiste pour changer une ampoule, mais qu’il lui faut trente ans pour se rendre compte qu’elle est grillée. Le PCF depuis trente ans a pris toutes les modes à contresens : il est devenu soixante-huitard quand la société revenait de soixante-huit, il est devenu « diversitaire » alors que le multiculturalisme commence à se casser la gueule, il devient eurolâtre juste au moment ou l’Europe commence à faire eau de toutes parts. Remarquez, c’est rassurant : on sait déjà que dans trente ans, le PCF sera souverainiste…

(1) http://www.pcf.fr/72848

le 7 Juillet 2015

http://descartes.over-blog.fr/2015/07/pierre-laurent-l-europeen.html


"pro rege saepe, pro patria semper"

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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 08:36
Par Alexandre Douguine

 

 

Ce texte est extrait d’un article publié le 1er juillet sur le site « Le Printemps Russe ». Il est dû à Alexandre Douguine, qui y décode quelques éléments du contexte propres aux jours qui ont précédé le referendum, et insère celui-ci dans la perspective géopolitique globale qui lui est chère. Il est intéressant d’y lire la position adoptée par les médias de Russie vis-à-vis du referendum en Grèce. Le résultat de celui-ci étant connu, les perspectives tracées par Douguine prennent un relief supplémentaire.

 

Être ou ne pas être. La question sera tranchée le 5 juillet. Si la Grèce est, l’Union européenne n’est plus. Si l’Union européenne est, une Grèce souveraine ne peut exister. Si le peuple vote en faveur des mesures que l’Union européenne veut imposer, il ne sera plus question en Grèce ni de souveraineté, ni de politique sociale, ni de pensions, ni d’avantages, ni de droits économiques. Le pays passera sous le marteau. Si le peuple se prononce contre ces mesures, pour la Grèce, et non seulement pour la Grèce mais pour toute l’Europe, et même pour le monde entier, commencera une ère nouvelle ; les règles auront radicalement changé. Certaines portes se refermeront, d’autres s’ouvriront, en Eurasie, en Russie, à l’Est. Cela ne signifie pas que ce sera facile. Ce sera même difficile, mais la Grèce vaincra, tout comme la liberté et la dignité nationale. Dire non à la Troïka c’est dire « la Grèce est ».

 

La bureaucratie de l’Union européenne a eu recours à tous les moyens pour faire pression sur les autorités grecques pour empêcher celles-ci de porter les problèmes au niveau d’un referendum, pour qu’elles acceptent le diktat de la Troïka, dans les coulisses, par-dessus la tête de la nation. Tsipras a refusé de se prêter à ce jeu. En soi, il s’agissait d’un défi au système antidémocratique et totalitaire qui s’installe progressivement et insensiblement en Europe. Les décisions sont prises par ceux à qui elles profitent. Concrètement, il s’agit de l’oligarchie financière mondiale, les Rothschild et Rockefeller, avec l’appui des « bataillons d’assaut » de Soros (des Ong à n’en plus finir, les équipes de la politique des genres, etc…), mais sûrement pas le peuple. Tsipras a enfreint les règles du jeu. Et le referendum du 5 juillet eut lieu. Voyant leurs plans déjoués, les dirigeants mondiaux jouèrent leur va-tout à défaut d’autres moyens. Le 1er juillet, le journal Financial Times, qui entretient des liens étroits avec les services de renseignements britanniques, publie une information fausse à propos d’une soi-disant lettre de Tsipras à la Commission européenne dans laquelle il aurait acquiescé aux exigences de la Troïka. La publication de ce mensonge fut jugée nécessaire afin de discréditer le Premier Ministre grec, alors que celui-ci indiquait clairement sur son compte twitter qu’il appelait les Grecs à préserver leur dignité nationale et à voter « Non ». On s’empressa de passer sous silence le message de Tsipras sur twitter et de gloser à l’infini sur le faux.

 

Tous les coups étaient permis, y compris les sondages falsifiés. Bloomberg épilogua longuement sur les résultats d’un sondage du journal « Ephimerida Ton Syntakton », média financé par l’oligarchie financière transnationale, qui affirmait un pur mensonge, à savoir que le pourcentage de Grecs disposés à voter « Non » était tombé en quelques jours de 57 % à 46 %. Ces chiffres ne correspondaient à rien. Tous les instituts de sondage fiables en Grèce, ainsi que des sociétés indépendantes annonçaient avec assurance que le nombre de ceux qui se disaient prêts à voter contre la Troïka se maintenait fermement autour des 60%, excluant toute variation de plus de 5% dans un sens ou l’autre. Nous étions en présence d’une attaque psychique directe de l’Occident contre la Grèce, d’une tentative d’orienter les résultats du referendum, de maintenir la Grèce dans le camp de concentration européen de la finance libérale, de la pousser à commettre un suicide. Bien entendu une sourde menace se mit à résonner de plus en plus fort : voir se répéter à Athènes le scénario du maïdan ukrainien et plonger le pays dans le gouffre d’une guerre civile sanglante (à l’aide des bataillons-gay de Soros).

 

La lourde maladresse des méthodes en dit long à propos de la panique des dirigeants mondiaux, surpris par la série de démarches et décisions audacieuses des dirigeants grecs.

 

Nous vivons un moment de rupture. Les médias de Russie minimisent clairement la portée des événements qui se déroulent en Grèce, reproduisant souvent de façon irréfléchie et peu critique une propagande ouvertement anti-grecque. Les Russiens doivent apprendre la vérité : si la Grèce décide d’être, l’Europe libérale pro-américaine se dirigera vers sa fin. Cette situation nous donnera, à nous, la Russie, une nouvelle chance d’entrer dans l’histoire en devenant un joueur actif sur l’échiquier de la politique européenne. La Russie fut toujours un pareil joueur, et elle le restera. Nous vaincrons en Grèce, nous vaincrons en Nouvelle-Russie et ensuite en Ukraine, dans le même grand réseau fraternel que nos frères orthodoxes grecs.

 

Aujourd’hui, il y va de la responsabilité de chacun. Il faut contribuer à briser le blocus de l’information autour de la Grèce. Il faut annoncer et répandre sur les réseaux d’information les données de la situation réelle et de ses développements, à Athènes et dans les autres villes de Grèce, à la veille du referendum. Les Grecs doivent savoir que les Russes sont à leurs côtés, que nous ne les laisserons pas tomber dans la pauvreté. Nous leur viendrons en aide et leur apporterons tout le soutien nécessaire. Bruxelles et l’hégémonie libérale tentent de brise la Grèce. Nous voulons la sauver. Nous avons reçu des Grecs leur foi, leurs lettres et leur culture. Nous devons assumer nos responsabilités à l’égard du peuple grec, source historique d’enseignement pour les Russiens, fondateur de notre culture et de nos lettres. Et nous portons aussi des responsabilités envers l’Europe. Nous devons devenir les garants de sa liberté, de son indépendance et de sa souveraineté.

 

Le 5 juillet peut signifier le début du processus fondamental libérant l’Europe de la dictature du nouvel ordre mondial. C’est notre lutte.

 

Sources :
http://rusvesna.su/recent_opinions/1435752375

Russie Sujet Géopolitique

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 16:57

Hommage au patriote, à l’un des animateurs de la campagne contre la ratification du traité de Maastrischt, par Claude beaulieu Comité valmy

 

Avec Philippe Seguin, Georges Marchais, Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers, Charles Pasqua fut l’un des principaux animateurs de la campagne contre la ratification du traité de Maastricht. Tous étaient les adversaires de l’alliance sans principe des tenants du renoncement national, conduite par un Mitterrand revenu à la félonie pétainiste de sa jeunesse, un Jacques Chirac qui trahissait lui, son propre appel de Cochin et un Giscard d’Estaing eurolâtre.

 

Le combat contre la ratification de Maastricht fut admirable à bien des égards. Dans une démocratie libre et non faussée, où – notamment – la liberté de la presse aurait existé, le non l’aurait emporté de façon évidente.

 

Le programme du CNR qui prévoyait d’ « Assurer... la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances de l’argent et des influences étrangères » n’a jamais été appliqué. Au début des années 90, les médias étaient déjà pour l’essentiel aux mains de la finance, même s’ils n’avaient pas encore atteint le stade d’asservissement globalisé et consenti qui, de nos jours, permet à Paul Craig Roberts de parler de presstituée. De fait, les principaux médias furent mobilisés par le camp du renoncement national. Une vaste campagne de manipulation médiatique en faveur du oui au référendum fut orchestrée, en particulier autour du même chantage au chaos que celui utilisé aujourd’hui contre le peuple grec en lutte.

 

L’oligarchie financière et ses chargés d’affaires compradores du parti socialiste au pouvoir, comme de la droite anti nationale et atlantiste, bénéficièrent aussi, de façon non négligeable, du soutien de certains trotskistes installés à la direction du PS. Souvent issus de l’Organisation Communiste Internationaliste et idéologiquement hostiles à la nation, de nombreux trotskistes ont en effet rejoint François Mitterrand et le Parti socialiste dont Lionel Jospin fut à deux reprises le Premier secrétaire (de 1981 à mai 1988, puis d’octobre 1995 à 1997). De nos jours, Jean-Christophe Cambadélis (également formé idéologiquement à l’OCI) occupe cette même fonction, tandis que Pierre Moscovici (provenant quant à lui de la Ligue Communiste Révolutionnaire) s’acharne contre la souveraineté du peuple grec en tant que commissaire européen.


Dans la campagne sur la ratification du traité de Maastricht, Jean-Luc Mélenchon fut du mauvais côté de la barricade. Au Sénat, il prétendait que « la construction de la nation européenne est un idéal » et que « Maastricht est un compromis de gauche. »


En fait, Mélenchon se prononçait pour une nation européenne, une république européenne et une souveraineté populaire à l’échelle de l’Europe.

 

De leur côté, Arlette Laguiller et Lutte Ouvrière ont également joué un rôle délétère en appelant à l’abstention lors du référendum. Interrogée ultérieurement sur la monnaie unique, Laguiller s’y est déclarée favorable « dans une fédération européenne libre des travailleurs » (L’Humanité, 5 avril 1995) .

 

Le Parti socialiste et Mitterrand, peu soucieux de l’intérêt national, furent les principaux responsables de la courte victoire du oui au traité de Maastrischt avec 51,05% des votants contre 48,95% pour le non.

 

Philippe Seguin avait été brillant au cours de la campagne pour le non à la ratification du traité de Maastrischt (à l’exception de son face à face télévisé avec un François Mitterrand exploitant sa maladie). De façon étonnante, il ne jugea pas utile après la victoire du oui de persévérer dans une nouvelle résistance contre l’Europe supranationale sous domination germano-américaine.

 

Inversement, Charles Pasqua (qui était entré à l’âge de 16 ans dans la résistance patriotique et antinazie) poursuivit le combat sur des positions gaulliennes. Ainsi, il créa une organisation nommée Demain la France puis réanima plus tard, une nouvelle version du RPF.


Avec notamment des anciens responsables communistes, j’ai à plusieurs reprises été en contact pour le Comité Valmy avec un représentant de Demain la France, autour d’un objectif commun : travailler à la recherche des possibilités de construction d’une alliance patriotique, républicaine et de progrès, avec comme exemple la Résistance et le programme du CNR.

 

En 1999, à la suite de ces rencontres préparatoires, une délégation du Comité Valmy fut reçue par Charles Pasqua afin de préparer une liste dépassant le clivage gauche/droite, pour les élections européennes de cette année-là. Même si cette tentative échoua, je reste convaincu de la sincérité de Charles Pasqua.


Pasqua était un personnage complexe et controversé. Mais au moment de sa disparition, je souhaite rendre hommage au patriote et au gaulliste authentique, qui malgré l’échec de notre tentative commune a tout de même contribué à démontrer que la stratégie d’alliance du Comité Valmy n’a rien d’utopique.

 

Note de Jack Freychet

 

Charles Pasqua laisse  le souvenir d’un patriote sincère, lucide quant aux dangers du traité de Maastricht, avec qui il eut été souhaitable de faire un bout de chemin vers  des objectifs précis mais  c'était aussi l'homme de la francafrique et du SAC.

Dans le contexte actuel je vois ce texte comme un appel  à tous ceux qui sont restés tant soit peu des gaullistes sincères soucieux e de la souveraineté  nationales.

Après tout des gens de sensibilités différentes, parfois opposées ne se sont-ils pas retrouvés côte à côte, durant la Résistance afin de bouter l’occupant hors de France.

 

Quand les blés sont sous la grêle
    Fou qui fait le délicat
    Fou qui songe à ses querelles
    Au coeur du commun combat…

    La rose et le réséda. ARAGON

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 16:39

Léanalyse de  Jacques Sapir

6 juillet 2015

 

La victoire du « Non » au référendum est un événement historique. Elle fera date. En dépit des pressions nombreuses pour un vote « Oui » tant de la part des médias grecs que de celui des dirigeants de l’Union européenne, en dépit de l’organisation par la BCE des conditions d’une panique bancaire, le peuple grec a fait entendre sa voix. Il a fait entendre sa voix contre les mensonges qui ont été déversés continument sur la situation de la Grèce depuis ces dernières semaines. Nous aurons ici une pensée pour ces éditorialistes qui ont, à dessein, travestis la réalité, et laissés entendre un lien entre Syriza et l’extrême-droite d’Aube Dorée. Ces mensonges ne nous étonnent plus, mais nous ne les oublieront pas. Le peuple a fait entendre sa voix avec une force inaccoutumée, puisque contrairement à ce que laissait penser les sondages réalisés à la sortie des urnes, la victoire du « Non » est obtenue avec un écart important, par près de 60%. Cela renforce bien évidemment le gouvernement d’Alexis Tsipras et devrait faire réfléchir ses interlocuteurs. Nous verrons rapidement ce qu’il en sera. Mais, on doit dire immédiatement que les réactions, que ce soient celles de Martin Schulz au Parlement européen, de Jean-Claude Juncker pour la Commission[1], ou de Sigmar Gabriel, le Ministre de l’économie et l’allié SPD de Mme Merkel en Allemagne[2], ne laissent guère de place à l’optimisme sur ce point.

 

Cette victoire du « Non » a aussi, et c’est une évidence, une résonnance particulière en France. Elle a lieu quasiment dix ans après une autre victoire du « Non », cette fois dans notre pays (ainsi qu’au Pays-Bas). Il s’agissait alors, en 2005, du projet de Traité Constitutionnel Européen. Ce projet fut rejeté dans notre pays par plus de 54% des suffrages. Ici encore la campagne de presse menée par les partisans du « oui » avait passée toute les mesures, franchie toute les bornes. Les partisans du « non » furent enfouis sous les injures et les menaces[3]. Mais ils tinrent bon. De là date le divorce, sans cesse grandissant, entre les français et la caste médiatique, divorce qui se lit à la fois dans les statistiques déclinantes de la presse « officielle » et dans l’explosion de l’audience des blogs, dont celui-ci.

 

Le vote avait marqué la nette différence entre ce que pensaient les électeurs des classes populaires et ceux des classes plus aisées[4]. Je l’avais qualifié de « victoire des prolos sur les bobos »[5]. Il semble bien que l’on ait assisté à un phénomène du même ordre en Grèce, puisque si les banlieues huppées d’Athènes ont voté « Oui » à plus de 80%, c’est dans une proportion inverse que le « Non » l’a emporté dans les quartiers populaires. Le vote « non » des grecs est un écho direct à celui des français. Pourtant, après des manœuvres multiples, un texte presque similaire, le « Traité de Lisbonne », fut adopté au « congrès » quelques années après par le biais d’une alliance sans principe entre l’UMP et le PS. De là date certainement la rupture que l’on constate entre les élites politiques et médiatiques et les électeurs. Ce déni de la démocratie, ce vol d’un vote souverain, est une blessure profonde chez de nombreux français. La large victoire du « Non » grec vient réactiver cette blessure et pourrait pousser les électeurs à demander des comptes pour un passé qui décidemment ne passe pas.

 

Le sens d’un « Non »

Mais, il faut comprendre le sens profond de ce « Non ». Il s’oppose aux comportements très antidémocratiques des responsables tant de l’Eurogroupe que de la Commission européenne ou du Parlement européen. Il discrédite des personnalités comme Jean-Claude Juncker, ou M. Dijssenbloem, ou encore M. Martin Schulz, le Président du parlement. Il s’oppose surtout à la logique qui avait été mis en œuvre depuis le 27 juin, quand M. Dijssenbloem, Président de l’Eurogroupe, avait décidé d’exclure de fait M. Varoufakis, le Ministre des Finances grec, d’une réunion. Ce geste inouï revenait à exclure la Grèce de la zone Euro. On doit alors remarquer l’étonnante passivité du Ministre Français, M. Michel Sapin. En acceptant de rester dans la salle, il fut connivent de l’abus de pouvoir commis par M. Dijssenbloem. Même si le gouvernement français dit actuellement qu’il veut que la Grèce reste dans la zone Euro, le comportement de l’un de ses membres éminent, qui plus est proche du Président de la République, vient apporter si ce n’est un démenti, du moins fait peser un doute sur la réalité de cet engagement. Le gouvernement grec n’a pas pu ne pas le noter et en prendre acte. De fait, nous avons été exclu d’une bataille où l’Allemagne a, que ce soit directement ou indirectement, largement inspirée les positions européennes.

 

Le fait que la BCE ait organisé dans la semaine du 28 juin au 5 juillet l’asphyxie financière des banques grecques, provoquant une émotion très compréhensible dans la population, est bien la preuve que les institutions européennes n’entendaient nullement continuer les négociations avec Alexis Tsipras mais cherchaient à obtenir soit son départ volontaire soit son renversement dans une de ces arnaques d’assemblée que rend possible un régime parlementaire comme le régime grec. Le référendum était aussi une tentative pour s’opposer à ces manœuvres. La victoire du « non » garantit que, pour un temps, le gouvernement Tsipras sera à l’abri de ce genre de tentative.

 

Une reprise des négociations est-elle possible ?

Mais, cela ne signifie nullement que les négociations sur la question de la dette grecque, pourtant nécessaires, pourtant justifiées comme le rappelle un rapport du FMI[6] opportunément publié en dépit des tentatives d’embargo de la part de l’Eurogroupe, pourront reprendre. Tous les économistes qui ont travaillé ce dossier, des personnalités illustres comme Paul Krugman et Joseph Stiglitz (prix Nobel), des spécialistes internationaux comme James Galbraith ou Thomas Piketty, ont expliqué depuis des semaines que sans une restructuration de la dette accompagnée d’une annulation d’une partie de cette dernière, la Grèce ne pourrait retrouver le chemin de la croissance. Il serait donc logique d’accorder à la Grèce ce qui fut, en 1953, accordé à l’Allemagne. Mais il faut faire vite, sans doute dans les 48h, et il n’est pas dit que les institutions européennes, qui ont tenté d’empêcher la publication du rapport du FMI, le veuillent. La déclaration de Martin Schulz, le Président du Parlement européen, ou celle de Sigmar Gabriel disant que les ponts étaient rompus, ne présage rien de bon.

 

La décision de Yannis Varoufakis de démissionner de son poste de Ministre des Finances a beaucoup étonné. Il est en effet l’un des grands vainqueurs du référendum. Mais cette décision est assez logique. Son remplacement par Euclid Tsakalotos va plus loin qu’une simple concession tactique accordée aux « créanciers ». C’est ainsi d’ailleurs que Varoufakis présente d’ailleurs sa démission[7]. Mais le nouveau ministre pourrait aussi signifier l’arrivée d’un homme plus résolu à une rupture. Tsakalotos ne cache pas qu’il est devenu un « Eurosceptique ». On ne l’a pas pleinement mesuré à Bruxelles, mais Varoufakis était en réalité passionnément attaché à l’Euro et à l’idée européenne. Ce n’est pas le cas de Tsakalotos. Ceci pourrait avoir des conséquences importantes dans les prochains jours.

 

En effet, si la BCE ne se décide pas très rapidement à augmenter le plafond de l’accord d’urgence sur les liquidités (ELA), la situation deviendra rapidement critique en Grèce et ces négociations perdront tout sens. C’est ce qu’a dit Alexis Tsipras au soir de la victoire du « Non ». Un accord est peut-être possible, si tant est que les deux parties le veuillent. Mais, justement, on est en droit d’avoir un doute, et même plus que cela, sur les intentions des institutions européennes.

 

Si, donc, la BCE n’augmentait pas le plafond de l’ELA, le gouvernement grec n’aurait plus le choix. Il devrait soit mettre en circulation des « certificats de paiements » qui constitueraient une monnaie parallèle, soit prendre le contrôle de la Banque Centrale par décret (ce que l’on appelle une réquisition) et la forcer à mettre en circulation tant les billets qu’elle conserve en réserve que ceux qui sont conservés dans les banques commerciales sous son autorisation. Si une prise de contrôle de la Banque Centrale serait entièrement justifiée du fait du comportement de la BCE et de l’Eurogroupe qui ont sciemment violé le fond comme la lettre des traités, il est néanmoins probable que ce sera la première solution qui sera choisie. En tous les cas, ce n’était pas la position de Yanis Varoufakis. Nous ne savons pas à l’heure actuelle quelle sera la position de Tsakalotos. Si le gouvernement grec se décide donc à émettre des certificats de paiement, cela conduira rapidement à un système à deux monnaies en Grèce, et d’ici quelques semaines on peut penser que l’une de ces deux monnaies disparaîtra. Nous serions confrontés à la sortie de l’Euro, au « Grexit ». Il convient ici de dire que cette sortie de l’Euro serait totalement et complètement imputable aux institutions européennes.

 

La sortie de la Grèce de l’Euro est-elle en cours ?

On doit rappeler qu’une sortie de l’Euro ne passe pas nécessairement (et obligatoirement) par une décision nette et tranchée. Ce point a été particulièrement bien mis en lumière par Frances Coppola dans un article publié par le magazine Forbes[8]. Elle peut résulter de la logique des circonstances et des réactions du gouvernement grec face au double jeu tant de l’Eurogroupe que de la BCE qui sont en train de l’étrangler financièrement. Il est, là encore, inouï qu’une Banque Centrale comme la BCE, qui a légalement en charge la stabilité du système bancaire dans les pays de la zone Euro, organise en réalité l’étranglement des banques et leur faillite. C’est un fait inouï, mais ce n’est pas un fait sans précédent[9]. Il nous faut ici remonter dans l’histoire tragique du XXème siècle.

 

En 1930, en Allemagne, le Président de la Reichbank (la Banque Centrale de l’Allemagne), M. Hjalmar Schacht, avait fait obstacle à un prêt américain au gouvernement de l’Allemagne de Weimar, provoquant une panique bancaire[10]. Cette panique provoqua la chute de la coalition alors au pouvoir, et la démission du Ministre des Finances, le socialiste Rudolph Hilferding. Ayant obtenu ce qu’il désirait, Schacht leva son obstruction. On voit ainsi que l’action antidémocratique d’une Banque Centrale a un précédent, mais un précédent tragique. Avec l’arrivée du chancelier Brüning l’Allemagne fit le choix d’une austérité insensée qui porta quelques années plus tard les Nazis au pouvoir. Ceci établit le pouvoir de la Reichbank comme un pouvoir parallèle à celui du gouvernement. Le terme de “Nebenregierung” ou « gouvernement parallèle » est d’ailleurs passé dans le discours technique et historique en Allemagne.

 

On est donc en droit de se demander si la sortie de la Grèce de la zone Euro n’a pas commencée depuis maintenant une semaine à l’instigation de la BCE et du poids de l’Allemagne au sein des organismes de la BCE. Mais il est clair, alors, que cette sortie est entièrement du fait de l’Eurogroupe et de la BCE. Il s’agit en réalité d’une expulsion, un acte à la fois scandaleux et illégal, qui légitimerait le recours par les autorités grecques aux mesures les plus radicales.

 

C’est ici que la France pourrait être un frein. Une réunion entre François Hollande et Angela Merkel est prévue pour la fin de journée du lundi 6 juillet. Mais, disons le tout net, pour que cette réunion arrive à changer la position de l’Allemagne, la France devrait mettre tout son poids dans la balance et menacer elle aussi de quitter la zone Euro si l’Allemagne poursuivait ses actions et sa politique. Gageons que François Hollande n’en fera rien. En dépit des déclarations rassurantes faites par des seconds couteaux, notre Président tient beaucoup trop à ce qu’il imagine être un « couple franco-allemand ». Il n’a probablement pas le courage de tirer les conséquences, toutes les conséquences, du comportement dangereux et scandaleux de l’Allemagne. Ce faisant, et à son corps défendant, il conduira l’Euro à sa perte, ce qui n’est rien, mais sans doute aussi l’Union européenne, ce qui est bien plus.

 

La grande crainte des prêtres de l’Euro

Disons le, une chose terrorise totalement les responsables européens : que la Grèce fasse la démonstration qu’il y a une vie hors de l’Euro, et que cette vie peut, sous certaines conditions, s’avérer meilleure que celle que l’on a dans l’Euro. Telle est leur grande crainte, tel est ce qui les remplit d’effroi. Car ceci montrerait à tous, aux Portugais, aux Espagnols, aux Italiens et aux Français le chemin à suivre. Ceci dévoilerait tant l’immense fraude qu’a représenté l’Euro, qui ne fut pas un instrument de croissance ni même un instrument de stabilité pour les pays qui l’ont adopté, que la nature tyrannique du pouvoir non élu de l’Eurogroupe et de la BCE.

 

Il est donc possible, voire probable, que les dirigeants de l’Eurogroupe et de la BCE fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour provoquer le chaos en Grèce. Ils ont d’ores et déjà commencé ce sale boulot depuis la semaine dernière. Il convient donc que le gouvernement grec, tout en cherchant à négocier honnêtement mais fermement, comme il le fit depuis février 2015, se prépare aux mesures qui assureront la stabilité dans le pays et le fonctionnement normal de l’économie et des institutions, fut-il pour cela obligé de prendre des libertés avec la lettre des traités. Peut-être est-ce là le sens du départ de Yannis Varoufakis, qui doit vivre le comportement de l’Allemagne et de l’Eurogroupe comme une tragédie, et son remplacement par Euclid Tsakalotos. Après tout, ce n’est pas la Grèce qui brisa la première les traités, et l’on peut considérer que l’action tant de l’Eurogroupe que de la BCE depuis une semaine ont constitué des actes contraires et en contravention tant avec la fond qu’avec la forme de ces dits traités.

Cette rupture porte en elle la fin de la zone Euro. Quelle que soit la politique décidée par Alexis Tsipras, il est désormais clair que cette fin est l’horizon de la crise actuelle.

 

Notes

[1] http://europa.eu/rapid/press-release_STATEMENT-15-5310_en.htm

[2] L’Obs, « Grèce, un non qui passe mal en Allemagne », 6 juillet 2015,
http://tempsreel.nouvelobs.com/la-crise-grecque/20150706.OBS2132/grece-un-non-qui-passe-mal-en-allemagne.html

[3] On se reportera aux archives du site ACRIMED,
http://www.acrimed.org/article1980.html et http://www.acrimed.org/article2014.html ainsi qu’à Lordon F., « La procession des fulminants », texte installé sur le site ACRIMED,
http://www.acrimed.org/article2057.htm

[4] B. Brunhes, « La victoire du non relève de la lutte des classes », propos recueillis par François-Xavier Bourmaud, Le Figaro, 2 juin 2005.

[5] Sapir J., La Fin de l’Eurolibéralisme, Paris, Le Seuil, 2006.

[6] The Guardian, « IMF says Greece needs extra €60bn in funds and debt relief », 2 juillet 2015, http://www.theguardian.com/business/2015/jul/02/imf-greece-needs-extra-50bn-euros ?CMP=share_btn_tw<.a>

 

[7]http://yanisvaroufakis.eu/2015/07/06/minister-no-more/

[8] Coppola F., « The Road To Grexit », Forbes, 3 juillet 2015,
http://www.forbes.com/sites/francescoppola/2015/07/03/the-road-to-grexit/print/

[9] Je remercie un de mes correspondants, Christoph Stein, qui a porté mon attention sur ce point.

[10] Müller H., Die Zentralbank – eine Nebenregierung Reichsbankpräsident Hjalmar Schacht als Politiker der Weimarer Republik, Westdeutscher Verlag, Opladen, 1973.

 

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