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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 14:58

Près de 62 % de NON au référendum, à l’occasion d’un scrutin dont nul ne conteste la légitimité, avec un taux de participation plus important que les consultations précédentes,  ce que même les plus optimistes n’aurait pu espérer,  plaçaient le gouvernement Grec en position de force pour négocier l’allègement de la dette voire obtenir un  effacement qui ne serait pas le premier de l’Histoire, y compris récente.

 

Ce résultat  témoignait de l’évolution en cours des opinions des pays membres de l'UE et de la zone euro, tendance confirmée par un sondage du Parisien, récupéré le même jour vers 18h00,  ou à la question : Et vous si vous étiez à la place des grecs comment voteriez vous, sur 15000 personnes environ, ce n’est pas négligeable, 70 % ont répondu NON.

 

Patatras, Veroufakis, le ministre le plus résolu à faire plier les créanciers  vient de démissionner, on ne sait si c’est sous la pression des créanciers ou celle de Stipras, les premiers  recherchant peut être un alibi avant éventuellement de lâcher du lest, le second restant   européiste   pour demander simplement un allègement et un étalement de la dette, ce qui dans ces conditions risque  d’être   illusoire.

 

Rappelons qu’il est impossible,  pour un Etat, de  retrouver sa souveraineté monétaire et regagner en compétitivité sans quitter la zone euro.

 

Les pays du sud, l’Espagne avec Podemos, l’Italie, le Portugal, la France, d’autres encore,  pouvaient s’engouffrer dans la brèche. Hélas la porte à peine entre ouverte est entrain de se refermer. Tout est à recommencer à moins d’un « joker surprise » qui pourrait venir des BRICS, mais Tsipras  semble négliger cette possibilité par ailleurs les USA toujours en piste ne manqueront pas de tenter de  déborder l’UE pour s’imposer en grèce, ce serait une autre histoire, sans  doute pire encore, avec la possiblté d'une Ukraine bis.

 

Désaccords, manœuvres,  manipulations, ou coup de pied de l’âne afin de ne pas porter la responsabilité d’un échec des négociations ? L’avenir le dira mais les grecs en feront les frais car aujourd’hui c’est la troïka qui se retrouve, jusqu’à preuve du contraire, en position de force pour imposer sa loi.

 

Notons que dans ce cadre, si la Grèce obtenait satisfaction, ne serait-ce que partiellement, pour sauver les apparences, l’Union Européenne, les banques, les organismes financiers en général exigeront que nous comblions le trou.. Ces gens là ne sont pas des philanthropes, nous nous retrouverons à la case départ  encore plus en difficulté. 

 

Les  bobos, politiques ou non,  qui crient  « victoire » pour se placer dans la perspective des prochaines présidentielles devraient pourtant savoir qu’il ne faut jamais vendre la peau de la bête encore sur pieds et que  croissances économiques nationales et monnaie unique sont incompatibles, à part il est vrai pour l’Allemagne qui en tire profit car l’euro a été taillé  à sa mesure. 

 

Mais, autre hypothèse,  entre les dits et les non-dits des uns et des autres le gouvernement grec ne cherche-t-il pas à faire porter la responsabilité de la rupture à l’Union européenne via la Troïka, ce qui permettrait de dédouaner  Merkel, Hollande et tutti quanti…

 

Ne nous hâtons pas de trancher et soutenons le peuple grec.

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 09:15
5 juillet peut être un nouveau 14 juillet pour la Grèce et l’Europe toute entière Par jean Levy       origine Comité Valmy

 

Les fondés de pouvoir du capital européen, Juncker, Merkel, Hollande et beaucoup d’autres, sont scandalisés qu’un gouvernement ose dire NON à l’ultimatum lancé au peuple grec par l’Union européenne et le FMI. D’habitude, de Rome à Paris, de Madrid à Lisbonne, les dirigeants des pays de l’UE - en fait les porte-paroles des financiers de BusinessEurope (le Medef européen) - obtempèrent toujours aux oukases de Bruxelles...

 

D’où la fureur non contenue des maîtres à penser de la construction européenne.

 

Ils s’étaient déjà étranglés de rage quand les Français et les Irlandais avaient dit NON à leur prétention hégémonique en 2005. Ces politiciens sans scrupule s’étaient aussitôt évertués à annuler la décision démocratique de ces deux peuples.

 

Et aujourd’hui, rebelote, une autre nation est appelée à décider souverainement de son avenir !

 

Aussitôt, c’est la mobilisation générale dans le camp de l’oligarchie financière. Il lui faut une réponse positive du peuple grec pour que le FMI et la BCE retrouvent les milliards placés dans les banques d’Athènes, car les fonds versés n’avaient pas pour objectif de pourvoir aux besoins vitaux de la population. Au contraire, il était imposé à celle-ci de se serrer de plus en plus la ceinture, pour rembourser les banquiers. On connaît le bilan de ce casse du siècle : la misère généralisée, la santé en péril, le petit peuple contraint de faire les poubelles...

 

Le gouvernement de Syriza, après de mois de « négociation » avec Bruxelles, sans pouvoir changer une virgule au plan d’asservissement « proposé » en appelle au peuple pour trancher. D’où la colère des financiers. D’où les pressions intenses exercées sur les Grecs par les autorités financières et politiques de l’Union européenne, pour que ceux-ci répondent OUI, Berlin comme Paris s’estiment en droit de dicter la « bonne » réponse au peuple hellène. C’est ça l’Europe !

 

Les dirigeants de Syriza, Tsipras en tête, croyaient (croient peut-être toujours), pouvoir convaincre Bruxelles du bon droit des Grecs, au prix de nouveaux sacrifices...Mais ceux-ci étaient insuffisants aux yeux des dirigeants européens, qui exigeaient tout. C’était trop ! D’où l’appel au peuple pour trancher...

 

Une première leçon à tirer de cette crise : c’est une illusion d’espérer modifier la philosophie de la construction européenne, de faire de celle-ci un jardin d’Eden, une Europe sociale ! L’UE est une machine de guerre conçue dès l’origine pour établir un ensemble politique unifié au service du capital pour permettre à celui-ci de circuler librement, sans douane et sans frontière, avec à son service une main-d’œuvre, sans droit, corvéable à merci, et des peuples soumis, sans lois particulières qui les protégeraient, sans souveraineté pour garantir leur destin. En un mot, l’Union européenne ne doit être qu’un espace commercial voué à la concurrence libre et non faussée.

 

C’est pour cela qu’elle a été, pas à pas, crée.

 

Les mafias ne peuvent être métamorphosées en ONG.

Dimanche 5 juillet 2015, la réponse du peuple grec peut ouvrir la voie à l’espérance d’une nouvelle libération, non seulement au pays de la première démocratie, mais chez tous les peuples d’Europe.

Jean LÉVY

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 09:08
Par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Économie.

 

Le crescendo d’amertume et de querelles en Europe pourrait faire croire aux étrangers à une sorte de fin de partie plutôt amer entre la Grèce et ses créanciers. En réalité, explique Joseph Stiglitz dans un article paru sur Project Syndicate, les dirigeants européens commencent juste à révéler la vraie nature de la controverse sur la dette actuelle, et la réponse n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

 

L’économie derrière le programme que la « Troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce voilà cinq ans a sombré dans un gouffre, avec une chute vertigineuse de 25% du PIB. Aucune dépression n’a eu des conséquences aussi catastrophiques, commente Stiglitz, rappelant un simple fait : le taux de chômage parmi les jeunes dépasse aujourd’hui les 60%. Il est surprenant, poursuit le Prix Nobel, que la troïka refuse de reconnaitre ses échecs. Mais ce qui est encore plus surprenant est que les dirigeants européens n’en aient rien retenu.

 

Stiglitz rappelle que les énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce ont terminé leur course dans les caisses des créanciers du secteur privé – y compris les banques allemandes et françaises. Le FMI et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est réclamé aujourd’hui. S’il s’agissait d’un scénario de « Business as usual », cet argent serait très probablement à nouveau prêté à la Grèce.

 

Mais, encore une fois, ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les échéances pour contraindre la Grèce à se soumettre, à accepter l’inacceptable – non seulement des mesures d’austérité, mais aussi des politiques punitives de régression.

 

Mais pourquoi donc l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils de prolonger de quelques jours l’échéance du 30 juin pour le remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas synonyme de démocratie ? En fait, c’est antithèse de la démocratie, répond Stiglitz : de nombreux dirigeants en Europe voudraient voir la chute du gouvernement de gauche emmené par Alexis Tsipras. Il n’est pas simple de conseiller les Grecs sur comment voter le 5 juillet, continue Stiglitz. Aucune des deux alternatives  – approbation ou refus des conditions imposées par la troïka – ne sera facile, et chacune comporte des risques énormes. Voter « oui » signifierait une dépression sans fin. Il est possible qu’un pays – qui aurait vendu tous ses biens et dont les jeunes auraient émigré – pourrait finalement obtenir l’annulation de sa dette ; peut-être qu’alors la Grèce pourrait obtenir l’assistance de la Banque mondiale. Tout ceci pourrait se produire pendant la prochaine décennie, ou la suivante.

 

A l’inverse, voter « non » laisserait au moins ouverte la possibilité pour la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de décider de son destin. Les Grecs pourraient saisir l’opportunité de construire ainsi un futur qui, même s’il n’est pas aussi prospère que par le passé, serait bien plus prometteur que la torture totalement déraisonnable qu’elle subit actuellement.

« Moi je saurais quoi voter, » conclut le Prix Nobel d’Économie.

paru sur L’antidiplomatico, le 29/06/2015
Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 08:01

Ci après un texte récupéré sur Syrisa France, écrit initialement en grec la traduction est loin d'être parfaite mais néanmoins révélatrice des positions respectives de  Syrisa  et du parti communiste grec KKE.

 

Tout d'abord je ne connais  aucun parti communiste qui n'ait dit la nécessite de phases transitoires,  de transformations progressives,  pour aller vers le communisme qui est encore une lointaine perspective: L'URSS s'est adapté au contexte d'autant plus qu'elle y a été contrainte d'une part par l'état des lieux in situ , d'autre part par l'environnement extérieur et les multiples ingérences qui n'ont d'ailleurs pas cessé depuis son implosion, puisque c'est et c' était, surtout, un problème de domination de l'économie mondiale. Chaque jour qui passe nous en apporta confirmation tout en nous montrant que nous sommes majoritairement les dindons de la «farce ». 

 

N’oublions pas non plus que sans la détermination de Staline et du peuple soviétique la bête immonde n’aurait pas été abattue, les Etats-Unis ne sont intervenus que marginalement.

 

Ce qui m'amène à poser deux questions:

 

- Un changement progressiste transitoire est-il possible dans le cadre des traités européens et de la monnaie unique pour s'avancer vers des sociétés moins inégalitaires?

 

 Syrisa-Tripras répond OUI, comme les trotskistes en général, Mélenchon en particulier et  le PCF, pour faire court je ne cite pas les autres.

 

 Le KKE  répond NON et comme les russes d’aujourd'hui qui ne crachent pas dans la soupe stalinienne, du moins ce qu’il en reste, mais sont inquiets du sort que leur réserve l’impérialisme occidental tout en stigmatisant Gorbatchev et Eltsine. Ce n’est pas un hasard si Poutine bénéficie de près de 90 % d’opinions favorables

 

- Qui ferait  les frais d'un éventuel compromis avec la Toïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international)  défavorable pour la Grèce?

 

 Réponse l'ensemble des peuples de l'Union Européenne y compris le peuple grec alors  que les financiers,   décideurs et leurs valets médiatique ou non, applaudiront.  Les bobos et les couches moyennes supérieurs  opinant béatement persuadés qu’ils seront épargnés.

 

C' est notre devenir, celui des plus jeunes générations qui se jouera en Grèce dimanche prochain, un peu plus ou un peu moins d'austérité....Jack Freychet

 

http://syriza-fr.org/2015/05/03/et-si-le-parti-communiste-de-grece-kke-avait-raison-par-christos-laskos/

Comment peut-on changer le monde, lorsque l’espoir est tellement absent ?

Source : Le journal des rédacteurs

 

Il est connu que la distance entre la gauche radicale et le Parti communiste de Grèce est énorme et elle n’est pas liée au sectarisme du Parti communiste, comme le considèrent souvent les défenseurs de Syriza. Au contraire, le sectarisme est la conséquence d’autres caractéristiques, plus profondes et beaucoup plus importantes.

 

Tout d’abord, il s’agit de deux conceptions concernant le socialisme ouvertement concurrentielles. Ce que le Parti communiste invoque comme le socialisme est une institutionnalisation sociale, qui, pour la gauche radicale constitue de l’échec historique énorme au véritable cauchemar.

 

D’autre part, l’attachement du KKE au stalinisme s’oppose à la perception que « le socialisme sera démocratique ou il n’en sera pas de socialisme», qui apparaît comme anticapitaliste puisque il dénonce le capitalisme, entre autres, pour sa faiblesse à coexister pendant des longues périodes avec des formes limitées de démocratie.

 

Compte tenu de la gravité des plus hauts mentionnés, il y aurait peut-être une importance minime sur la relation des deux partis concernant le passé et l’avenir. Beaucoup plus, en fait, étant donné que le Parti communiste ne perd pas l’occasion de proclamer que SYRIZA « exprime la volonté de la classe dirigeante capitaliste du pays ».

 

Je crois, cependant, que cette conclusion est erronée. Je pense que les deux partis ont des choses à dire dans la mesure où ils se perçoivent comme opposants au système et, du point de vue social, sur le même côté du spectre  idéologique. En effet, dans la mesure où Syriza apparaît comme un facteur compétent de la « partialité de classe » tandis que le Parti communiste apparaît comme  le principal représentant politique des intérêts de la «famille populaire », ils ont objectivement des choses à partager et à discuter.

 

En entrant dans ce débat, je veux dire que l’idée stratégique fondamentale, contribuée actuellement par le Parti communiste, est qu’il n’y a aucune condition des changements importants dans le monde moderne, sauf dans la mesure où les travailleurs prendront le pouvoir politique. De ce point de vue, chaque effort de gouvernance, comme celui qui est mis en œuvre aujourd’hui en Grèce, est  condamné à l’échec. Chose qui, selon le Parti communiste, signifierait le retrait des travailleurs, et probablement un désastre complet.

 

Ce que le Parti communiste dit est que, même si le gouvernement avait les meilleures intentions –qu’il ne les dispose pas, comme un représentant d’une partie des capitalistes ! – son échec serait assuré. Ce qui signifie: soit un conflit directement révolutionnaire, soit le dur présent capitaliste, avec peu des nuances.

 

Evidement, le concept stratégique de SYRIZA se trouve aux antipodes. Les jours après le 25 janvier sont une sorte de mise en  œuvre de ce concept, soit dans la voie démocratique du socialisme soit avec un programme transitoire. L’idée essentielle est qu’on peut réaliser des choses, dans le sens de la transformation sociale et radicale, avant le socialisme. Des choses cruciales qui changent la vie des gens d’aujourd’hui et qui forment les termes et les convictions, pour un plus grand changement de demain. Des choses qui permettent de former des associations, sans lesquelles la transformation sociale radicale, absolument opportune et nécessaire, restera  un rêve irréalisable.

 

Parce que, s’il n’est pas possible de changer le présent, il ne viendra jamais le nécessaire avenir socialement transformé.

 

C’est-à-dire, l’avenir appartient au présent. Ou bien il n’y a pas d’avenir, et le «reste de l’histoire » sera un type de présent éternel.

 

Autrement, si on ne le reconnaisse pas, on tombe dans le messianisme et la postérieure attente nécessaire. A quoi sert-il de lutter pour le salaire journalier et les libertés, si ton analyse dit que le capitalisme actuel – réellement totalitaire – ne permet pas la moindre fissure pour les objectifs des classes exploitées et opprimées de la population, pour la majorité du monde?

Voici donc, la grande différence.

Et si le Parti communiste avait raison, nous ne pourrions qu’accepter que l’avenir sera pire que le passé. Nous ne pouvons qu’être rigoureusement pessimistes. Et il ne s’agira pas d’un pessimisme gramscien de la connaissance, mais aussi celle de la volonté.

 

Comment peut-on changer le monde, lorsque l’espoir est tellement absent ?

 

PS: Il est intéressant de noter que la tradition communiste initiale était principalement «volontaire» contre les «lois de l’histoire». Karl Kautsky a insisté que nous devrions être « juste à temps » – en l’attendant de venir.

Traduction : Athina Vlachaki

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:08
Parade US contre l’Eurasie : ISIL (Islamic State of Iraq ans the Levant), les nazis de Kiev,

Avant-propos

Alors que le révisionnisme historique a le vent en poupe, la France ne peut que se féliciter des lois votées en 1990 sous le nom de lois Gayssot, qui criminalisent la contestation de crimes contre l'humanité, protégeant ainsi la mémoire de l'Holocauste. Pour le reste, on attendra que les crimes contre l'Histoire deviennent des crimes contre l'humanité.

Le Saker Francophone

Par  Andrew Korybko – Le 4 mai 2015 – Source thesaker.isLes  supplétifs régionaux des États-Unis au  Moyen-Orient et en Ukraine sont engagés dans un saccage de leur propre histoire, faisant tout ce qu’ils peuvent pour enterrer le passé de leurs pays afin de construire plus facilement leur version d’un avenir utopique. Cette tendance à la guerre contre l’histoire est endémique suite à la militarisation de la mémoire historique que les États-Unis déploient partout en Eurasie. Avec ISIL saturant les manchettes mondiales des journaux après la saisie de Palmyre et la menace urgente que cela pose sur ce site du patrimoine mondial de l’UNESCO, il est intéressant de revoir comment la croisade anti-historique du groupe terroriste est identique à ce que les nazis de Kiev font en Ukraine, et comment toutes ces destructions sont liées au nouveau type de guerre asymétrique que les États-Unis pratiquent à travers l’Eurasie.Rompre (physiquement) avec le passé

 

ISIL et les nazis de Kiev sont acharnés à éliminer tous les liens vers le passé qui ne correspondent pas à leurs idéologies radicales respectives du wahhabisme et du fascisme. Voici une brève vue du carnage historique qu’ils ont mené jusqu’à présent :

 

L’ISIL

CNN a rendu compte en avril des traces de destructions historiques que ISIL a laissées dans son sillage. Leur liste complète, étonnamment détaillée, des dommages causés aux anciennes villes de Nimrud, Khorsabad, et Hatra, ainsi que la destruction du musée de Mossoul (où seraient maintenant des répliques), la Bibliothèque de Mossoul, et le tombeau de Jonas. Pourtant, ce ne sont que des exemples pour représenter la plupart des attaques de grande envergure que le groupe a réalisées sur les objets historiques, comme il est assuré qu’ils ont fait beaucoup plus de dégâts à des artefacts de relativement moindre importance ou de moindre renommée.

 

Alors que certains de leurs exploits ont été utilisés à des fins de propagande, ils ne nuisent pas à la sincérité de l’intention des terroristes de forcer à réécrire l’histoire. L’objectif de ISIL semble évidemment être l’élimination de tous les symboles civilisationnels fédérateurs qui datent d’avant l’aube de l’Islam afin de créer la fausse impression que les terres qu’ils occupent actuellement n’avaient pas d’antécédents pour les occuper avant cette période. Le groupe estime apparemment que leur militantisme contre des objets historiques renforce en quelque sorte leur légitimité et les rend plus attrayants (et craints).

 

Les nazis de Kiev

Le régime pro-occidental à Kiev participe aussi pour sa part au révisionnisme historique physique, ayant renversé plus de cinq cents monuments de Lénine à travers le pays dans la dernière année seulement. Cette obsession violente contre Lénine est tragiquement ironique puisque c’est lui qui a effectivement créé l’Ukraine moderne. Mais pour un fasciste ukrainien, il ne représente rien de plus qu’un supposé contrôle russe sur la région et, par conséquent, doit être éliminé de la vue et de l’esprit.

 

Allant plus loin, Kiev a banni les symboles communistes et changé à la fois la date et la manière dont le Jour de la Victoire [sur l’Allemagne nazie] sont célébrées. Le pays force maintenant à utiliser le symbole du pavot à la place du ruban de St. George et commémore l’événement (appelé le Jour du Souvenir et de la réconciliation) un jour avant la Russie, en conformité avec les Européens de l’Ouest. Quel est le but de Kiev ? Créer une distorsion dans la continuité historique entre le Banderistes [les fascistes ukrainiens] et le post-coup d’État en Ukraine, en éliminant de manière sélective des éléments de son histoire, datant de l’ère soviétique, qui malencontreusement se dressent sur le chemin de ce mythe, sans évoquer bien sûr la création de l’Ukraine moderne par les Soviétiques.

 

Manipulation de l’avenir

Les attaques physiques de ISIL et Kiev sur l’histoire sont dirigées autant contre l’avenir que contre le passé. La lustration historique à laquelle les deux participent à pour objet de pousser les populations qu’ils contrôlent à réinterpréter le passé pour faciliter des ambitions futures très spécifiques. En changeant l’histoire, ils changent l’identité des personnes, et avec elle, le cours de leur développement. Ainsi, ils utilisent l’outil de la mémoire historique afin de modifier, par la force, le destin des territoires qu’ils administrent, peu importe la durée de leur emprise sur eux.

 

Ceci est possible car la guerre qu’ils mènent est terriblement inégale, en ce que les agresseurs sont capables d’attaquer un monument historique ou de créer un événement de leur choix, tandis que les défenseurs n’ont rien d’équivalent pour riposter. Il s’agit essentiellement d’une guerre défensive sans fin qui doit être combattue par la vérité sur l’histoire, tandis que les révisionnistes militants sont libres de choisir quand et où ils lancent leur prochaine offensive. Dans le cas de Kiev, le gouvernement contrôle la plupart de l’État ukrainien et peut donc se présenter à l’Occident avec une carte blanche [pour agir chez lui comme il l’entend, NdT], mais ISIL ne contrôle pas l’ensemble de la Syrie ou de l’Irak, donnant ainsi aux deux États, et civilisations, la possibilité de défendre au moins certaines parties de leur patrimoine physique.

 

Il faut souligner que peu importe combien de temps ISIL ou Kiev règnent sur leurs territoires, ils ont déjà commis des dommages historiques irréparables sur ce point. La destruction par ISIL d’anciens sites millénaires parle par elle-même, alors que la campagne de Kiev, en dépit de ne pas être aussi grande que celle de son homologue du Moyen-Orient, a réussi à rendre schizophrénique l’identité de l’État retrouvé. Même s’ils sont finalement vaincus, il est impossible pour chaque territoire affecté de retourner au statu quo ante bellum, démontrant ainsi que les assassins éphémères (et potentiellement périodiques) wahhabites et fascistes sont capables de réaliser d’immenses dommages historiques dans une très brève période de temps. On devrait malgré tout se souvenir que ce n’est pas totalement sombre, car la résistance du peuple dans la lutte contre ces maux peut constituer la base d’une nouvelle mémoire historique qui pourrait aider à aplanir les clivages du passé si le conflit se termine en leur faveur.

 

Similitudes frappantes

Les similitudes de ISIL et Kiev ne se résument pas à leur révisionnisme violent et à leurs manipulations futures, car ils partagent aussi quelques autres détails essentiels :

 

Asymétrie

ISIL et les nazis Euromaïdan sont arrivés au pouvoir, dans leurs domaines respectifs, par des moyens asymétriques, avec une préférence pour le terrorisme urbain. Après avoir atteint leurs positions actuelles, ils ont alors commencé à mettre en œuvre des tactiques conventionnelles hybrides; ainsi, ISIL a saisi des véhicules militaires américains et irakiens, tandis que Kiev réquisitionnait l’ensemble des Forces armées ukrainiennes. On peut donc constater, comme un état de fait, que les deux entités ont des motivations militaires dans la poursuite de leurs objectifs, et ce n’est pas une coïncidence non plus de constater que ces deux objectifs, renverser le gouvernement syrien et affaiblir l’Irak d’un côté, expulser d’Ukraine les Russes et leur influence, recouvrent exactement les objectifs stratégiques des États-Unis, et ont obtenu le soutien américain direct dès l’origine.

 

Patronage américain

Cela met en évidence le fait que les deux groupes ont été créés par les États-Unis, même si parfois ils finissent par échapper à leur contrôle direct. Beaucoup a déjà été écrit sur le soutien des États-Unis, de $5 Mds, pour les opérations ukrainiennes de changement de régime et la participation active de Victoria Nuland dans l’Euromaïdan, mais les connexions de ISIL avec l’establishment états-unien n’ont pas attiré l’attention des médias traditionnels. Cependant, la Russie n’a pas gardé le silence sur le lien entre les deux, avec Lavrov dénonçant la stratégie US des bons et des mauvais terroristes, et même le directeur du GRU s’en prenant à Washington pour la création du terrorisme islamique. Peu importe la manière dont on essaie de bricoler les faits,  ISIL et le fascisme ukrainien doivent leur forme actuelle aux graines semées par les Américains, peu importe la honte que ce fait peut provoquer chez les contribuables du pays qui paient pour ça.

 

«Révolution»

Les wahhabites et les fascistes se dédient avec véhémence à renverser les gouvernements stables et établis qui sont venus avant eux, qu’ils soient républicains laïcs ou simplement pragmatiques (mais loin d’être parfaits) en équilibrant leurs rapports avec l’Est et l’Ouest. Ils envisagent d’imposer le contraire de ce qui existait avant eux, respectivement une dictature wahhabite et un État occidental-vassal fasciste. Grâce à leurs campagnes de propagande dans les médias sociaux, les deux mouvements radicaux tentent de se vendre eux-mêmes comme des révolutionnaires romantiques à la masse de la jeunesse rebelle et vulnérables qui constitue leurs recrues de base. Ils ont manipulé le Zeitgeist [esprit du moment] semi-globalisé de la suspicion anti-gouvernementale, conçue et diffusée par l’Occident dans le but de promouvoir les Révolutions de Couleur [ironiquement par le détournement du dégoût des gouvernements provoqué par Wikileaks et Snowden] pour légitimer leur changement de régime et leurs tentatives révisionnistes forcenées d’attaquer la mémoire historique.

 

Réflexions pour conclure

La promotion par les États-Unis du révisionnisme historique militant au Moyen-Orient et dans l’Est de l’Europe est extrêmement importante pour signaler le début d’une dangereuse escalade des tactiques guerrières postmodernes. L’utilisation de la mémoire historique comme une arme physique sur le champ de bataille pour gagner les cœurs et les esprits dépasse ce que la société a connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien que de telles tactiques soient occasionnellement apparues depuis l’Antiquité jusqu’en 1945, il semblait que le monde était enfin sur le point de réaliser combien elles sont inutiles et nuisibles à la civilisation humaine; c’est le moment que choisissent ISIL et les nazis ukrainiens pour commencer leurs campagnes anti-historiques (en détruisant des vestiges qui avaient survécu pendant des milliers d’années à l’antagonisme d’une multitude d’ennemis). La plus grande honte est que la complicité et le soutien des États-Unis aux deux groupes pourraient annoncer une sauvagerie historique, où aucun des monuments ou objets ne sera plus considéré comme sacré pour la mémoire historique de la civilisation dans son ensemble. L’ouverture de ces vannes ne présage rien de bon pour le destin de tout ce que l’humanité a accompli au cours des 70 dernières années, mais en gardant à l’esprit que les États-Unis créent le chaos pour maintenir leur emprise sur l’Eurasie, il est facile de prévoir que d’autres assassins historiques apparaîtront dans les années à venir, pendant la nouvelle guerre froide.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:35
Par Alain Corvez

mardi 23 juin 2015,  Comité Valmy

 

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2013, le président iranien Hassan Rouhani a dit des choses essentielles pour améliorer les relations entre les nations du monde. Invitant à instaurer la modération dans les revendications des Etats, il a suggéré de supprimer « l’option militaire est sur la table » et d’adopter l’attitude « la paix est toujours possible », proposant enfin la formule : «  Le monde contre la violence et l’extrémisme. »

 

Le monde, a-t-il dit, n’est plus le résultat d’un équilibre entre deux blocs, ni dominé par une seule puissance, mais désormais multipolarisé et tous les Etats dont la base du pouvoir est dépendante des urnes, c’est-à-dire représente l’expression de la volonté du peuple, ont droit au même respect de leurs particularismes et de leurs intérêts légitimes. Aucune culture n’est supérieure aux autres et ne doit chercher à s’imposer.

 

Ce programme frappé au coin du bon sens et de l’humanisme universel ne semble pas être appliqué puisque des conflits incessants éclatent partout, notamment au Moyen-Orient, mais aussi au centre de l’Europe avec l’Ukraine, ou en Asie qui voit monter la tension entre les États-Unis et ses alliés et la Chine. L’affrontement nucléaire direct entre les puissances qui détiennent l’arme fatale étant impossible du fait de la dissuasion, toujours active quoi que certains en disent, elles poursuivent leurs objectifs stratégiques en entretenant des crises régionales avec leurs féaux par procuration.

 

En 2007 à Munich, le président Poutine avait fait un discours remarquable lors d’une réunion de l’OSCE, affirmant qu’un nouvel équilibre du monde se mettait en place avec la fin des hégémonies et qu’il fallait s’y adapter. Il ajoutait que la démocratie devait s’imposer partout mais qu’elle devait respecter les différences de races, de cultures et d’opinions et qu’elle ne consistait pas à l’oppression de la ou des minorités par une majorité autoritaire et dominatrice, mais à la prise en compte par celle-ci de l’ensemble des aspirations des populations.

 

Plus récemment, une résolution des Nations unies a appelé la communauté internationale à s’engager dans de nouveaux rapports entre les Etats, reconnaissant les différences et les respectant, invitant les nations à défendre leurs intérêts justifiés avec modération et à rejeter les extrémismes porteurs de violence. Cette résolution [1] reprenant les propositions du président Rouhani a été adoptée par l’Assemblée générale le 18 décembre 2013. Elle encourage les nations à défendre leurs intérêts par le dialogue et le respect des différences afin de bâtir « un monde contre la violence et l’extrémisme » où les inévitables rivalités seront apaisées par une concertation internationale équitable et non par des guerres.

 

Il faut noter le peu d’écho que cet important événement a eu dans les médias occidentaux.

 

C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu car les hommes ont désormais une puissance qui leur permet de faire exploser notre planète par un coup de folie. La dissuasion a fonctionné jusqu’à maintenant, nous préservant d’un cataclysme, l’équilibre de la terreur retenant jusqu’ici celui qui aurait eu envie de détruire son ennemi en lançant une salve nucléaire parce qu’il savait qu’il serait anéanti au même moment par la représaille automatique, mais on sent bien que certains bellicistes veulent nous persuader que les États-Unis possèdent un bouclier anti-missile qui les protège de frappes nucléaires en retour, rendant leur suprématie militaire à nouveau totale et annihilant le concept de dissuasion. Ceci est évidemment faux puisqu’aucun bouclier ou « dôme de fer » n’est entièrement étanche et ne le sera pas à moyenne échéance. En outre, les nouvelles puissances spatiales inventent chaque jour des armes nouvelles qui anéantissent la suprématie d’un quelconque adversaire.

 

Les peuples du monde, quelles que soient leurs richesses économiques ou culturelles doivent être égaux en droit. Aucune culture ne peut s’attribuer la prééminence et se croire le phare du monde. La liberté dont la statue éclaire le monde à l’entrée de la baie d’Hudson est l’apanage de toutes les nations, sans que l’une d’entre elles puisse se prévaloir à cet égard d’une supériorité éthique quelconque, même si elle possède momentanément une supériorité économique et militaire sur les autres.

 

La France ferait bien de se souvenir de son héritage intellectuel des « Lumières », et du niveau de prestige mondial où la politique du général de Gaulle l’avait portée en refusant l’alignement sur aucun bloc — à une époque où il était bien plus difficile que maintenant de sortir de l’OTAN — défendant le droit des peuples à décider eux-mêmes de leurs destins, prônant l’entente entre toutes les nations du globe qui l’acclamaient lors de ses nombreux tours du monde, car il connaissait les différentes cultures et proposait partout, en Asie, en Afrique, en Amérique latine de respecter les hommes avec leurs différences. C’est ce qui le guidait aussi dans sa volonté de construire une Europe de nations gardant leurs particularismes et leur souveraineté, qui devait, à ses yeux, s’ouvrir à une grande coopération avec la Russie et au-delà. Pour nous Français, qui possédons la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) mondiale grâce à nos territoires ultra-marins répartis sur les cinq continents, tout doit nous pousser à avoir une politique de citoyens du monde en entretenant avec toutes les nations des rapports de respect, de confiance et de coopération.

 

À cet égard, le choix diplomatique de notre pays de s’appuyer pour son action sur des monarchies arabes sunnites niant totalement les droits de l’homme, et d’attaquer des pays qui luttent contre le terrorisme islamique que ces mêmes monarchies soutiennent, est totalement aberrant et contraire à notre tradition historique, sans compter que tous les experts s’accordent pour reconnaître que ces régimes rétrogrades n’ont plus pour longtemps à subsister, menacés qu’ils sont par leurs querelles internes, les oppositions qui se redressent, et l’éloignement de leur protecteur américain : quand des dirigeants élus démocratiquement prendront les rênes de la péninsule arabique , quel jugement porteront-ils sur notre connivence actuelle avec leurs anciens oppresseurs. Si Israël est devenu leur allié objectif aujourd’hui, c’est parce qu’il craint lui aussi l’éloignement des États-Unis qui veulent mettre un terme à la « fitna », dispute entre chiites et sunnites, et tire aussi profit du terrorisme de Daesh qui ne l’a jamais menacé. La vente d’avions, navires et systèmes d’armes ne justifie pas une telle mésalliance. Les États-Unis, justement, sont en train de modifier leur stratégie au Moyen-Orient en se rapprochant de l’Iran et ils pourraient enfin décider de lutter plus utilement contre Daesh dont ils connaissent bien les commanditaires. On peut comprendre l’inquiétude d’Israël et des wahhabites de la péninsule ainsi embarqués dans le même bateau qui prend l’eau.

 

Le souhait d’un monde apaisé avait été exprimé maintes fois par le général de Gaulle, qui alimentait ses visions prophétiques dans une profonde réflexion philosophique, ce qui l’amenait à délivrer des messages au monde entier que les grands d’alors n’appréciaient pas toujours, mais qui emportaient l’adhésion des peuples. S’adressant aux universitaires mexicains lors de son voyage au Mexique en mars 1964, il délivra un message philosophique et politique, d’une frappante actualité cinquante ans après, dont j’extrais ce court passage significatif :

 

"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."

 

Le Général a donc été le premier à défendre une autre organisation du monde, à une époque où les deux blocs rivaux dominaient pourtant le monde et ne laissaient guère de place à la contestation de leur hégémonie. Lors d’une conférence de presse à l’Elysée le 9 septembre 1965, il n’hésita pas à proposer un nouveau système monétaire international :

.…

"C’est ainsi que, tenant pour bon qu’un système international aménage les rapports monétaires, nous ne reconnaissons à la monnaie d’aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l’or, qui est, qui demeure, qui doit demeurer, en l’occurrence, le seul étalon réel. C’est ainsi qu’ayant été, avec quatre autres puissances, fondateurs de l’ONU et désirant que celle-ci demeure le lieu de rencontres des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats, nous n’acceptons pas d’être liés, fût-ce dans l’ordre financier, par des interventions armées contradictoires avec la Charte et auxquelles nous n’avons pas donné notre approbation. D’ailleurs, c’est en étant ainsi ce que nous sommes que nous croyons le mieux servir, en définitive, l’alliance des peuples libres, la communauté européenne, les institutions monétaires et l’Organisation des nations unies… En effet l’indépendance ainsi recouvrée permet à la France de devenir, en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses, malgré les passions et les préventions des races, par-dessus les rivalités et les ambitions des nations, un champion de la coopération, faute de laquelle iraient s’étendant les troubles, les interventions, les conflits, qui mènent à la guerre mondiale".


Il ajoutait dans cette même conférence de presse sa vision de l’avenir du monde :

…"La même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est, pour la période historique que nous traversons, indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes ses races, tous ses régimes et tous ses peuples, à moins d’aller, tôt ou tard à sa propre destruction. Il se trouve, en effet, que les cinq Etats, dont dépend en définitive le destin de l’Asie du Sud-est et qui, d’ailleurs, sont ceux qui détiennent les armes atomiques, ont fondé en commun, il y a vingt ans, l’Organisation des nations Unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité. Ils pourraient demain, s’ils le voulaient, et dès lors naturellement qu’ils y seraient ensemble, faire en sorte que cette institution, au lieu d’être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies, devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s’affirmerait, par-là, la conscience de la communauté humaine. Il va de soi qu’un tel projet n’a actuellement aucune chance de voir le jour. Mais s’il devait jamais apparaître que le rapprochement, puis l’accord, des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin, la France serait, pour sa part, toute disposée à y aider".

 

Imprégné de ces visions, nous observons évidemment d’un œil intéressé et sympathique les efforts que les BRICS et, au-delà, les émergents, font pour s’organiser dans le sens d’accords « gagnant-gagnant ».

 

Le grand projet de Nouvelle route de la soie et les innombrables projets d’infrastructure qui lui sont liés, la création par la Chine de la Banque asiatique d’investissement et d’infrastructure (BAII) ouverte à tous et sans droit de veto d’aucun participant, la création de l’Union économique eurasienne par la Russie, UEE, qui pourrait déboucher sur une union monétaire eurasienne sont des indications concrètes que le monde s’est affranchi de la tutelle américaine.

 

Car enfin, les Etats-Unis et ses alliés qu’on a coutume d’appeler l’Occident ne représentent qu’environ 800 millions à 1 milliard d’habitants, suivant qui on inclut dans cette désignation de plus en plus imprécise sur ses soi-disant valeurs, et le reste du monde est dans la logique internationale quand il s’organise en fonction de son poids démographique, économique et même militaire : les BRICS représentent un cinquième de l’économie mondiale et n’ont au FMI que 11 % de voix. Il est bien normal que le monde se rééquilibre sur des bases plus réalistes et justes.

 

Dans ce nouvel ordre mondial, l’Europe ferait bien de revoir où est son intérêt : il est de s’associer à l’organisation du continent en coopération avec la Russie au lieu d’accompagner l’affrontement que développent les Etats-Unis contre elle. L’hostilité de l’Union européenne dessert les intérêts de ses membres et ne fait que repousser Moscou vers l’Asie et notamment vers Pékin.

 

L’UE, de plus en plus inexistante au plan politique, vacillant économiquement dans des structures paralysantes, ne semble pas réaliser les nouvelles donnes géopolitiques. Seules la France et l’Allemagne ont montré leur souhait de calmer le jeu en Ukraine, mais il faudrait des initiatives beaucoup plus volontaristes pour parvenir à un accord qui donnerait des assurances aux deux camps qui s’opposent. La crise ukrainienne pourrait être le catalyseur d’un ébranlement durable de cette organisation supranationale qui rend les grands pays fondateurs esclaves des petits pour toute décision concernant les relations internationales. Les sanctions sont contre-productives et plusieurs pays ont exprimé leur ferme opposition à leur prolongation, comme l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Grèce et Chypre, parfois de façon virulente.

 

La France et l’Allemagne, prisonnières de leurs positions de moteur de l’UE hésitent à s’engager trop pour un allègement ou une suspension, mais on sait que de nombreux groupes économiques dans ces pays font pression pour un changement de politique vis-à-vis de la Russie. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le refus de livrer les BPC Mistral comme une rupture de contrat inadmissible et une tâche sur la parole de la France. Les relations extérieures des États membres sont subordonnées à une politique décidée à Bruxelles sous influence clairement américaine, influence très générale mais qui trouve un écho particulièrement en Pologne et dans les Etats baltes. Combien de temps encore les grands pays fondateurs accepteront cette sujétion qui leur fait adopter des positions contraires à leurs intérêts ? Je ne ferai pas de pronostic mais il est désormais évident que les dissensions internes de cette UE exigent de la refonder sur la base d’une Europe de nations souveraines qui reprendront avec la Russie une coopération et un dialogue interrompu pour déboucher un jour sur un partenariat économique et stratégique.

 

L’avenir de l’humanité est dans la coopération équilibrée entre les Etats du monde pour développer des projets « gagnant-gagnant », en respectant les particularismes et les cultures de tous dans l’intérêt général. La guerre ne doit plus être le moyen de régler les différences ou les rivalités entre nations qui doivent le faire par des échanges diplomatiques et un désarmement général équilibré doit être engagé, auquel la France devrait se joindre quand les grands détenteurs d’armes de destruction massive auront entamé le démantèlement de leur arsenal fatidique.

 

En conclusion, reprenons la formule du président Rouhani : « La paix est toujours possible » au lieu de la menace belliciste : « L’option militaire est sur la table. »

Alain Corvez
juin 2015.
Texte reçu de l’auteur par comité Valmy pour publication

Mise en ligne CV : 22 juin 2015

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:14

Par Jacques Sapir ·

27 juin 2015

 

Alexis Tsipras avait décidé de convoquer un référendum le 5 juillet, demandant au peuple souverain de trancher dans le différent qui l’oppose aux créanciers de la Grèce. Il avait pris cette décision devant les menaces, les pressions, et les ultimatums auxquels il avait été confronté durant les derniers jours de la négociation avec ce que l’on appelle la « Troïka », soit la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fond Monétaire International. Ce faisant, et dans un geste que l’on peut qualifier de « gaullien », il avait délibérément renvoyé au domaine politique une négociation que les partenaires de la « Troïka » voulaient maintenir dans le domaine technique et comptable. Ce geste à provoqué une réaction de l’Eurogroupe d’une extrême gravité. Nous sommes en présence d’un véritable abus de pouvoir qui a été commis ce 27 juin dans l’après-midi, quand l’Eurogroupe a décidé de tenir une réunion sans la Grèce. Ce qui se joue désormais n’est plus seulement la question du devenir économique de la Grèce. C’est la question de l’Union européenne, et de la tyrannie de la Commission et du Conseil, qui est ouvertement posée.

 

La déclaration d’Alexis Tsipras

Le texte de la déclaration faite par Alexis Tsipras dans la nuit du 26 au 27 juin sur la télévision d’Etat grecque (ERT), est de ce point de vue extrêmement clair :

 

« Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. (…) Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité »[1].

 

Ce texte court, empli de gravité et de détermination, entrera vraisemblablement dans l’Histoire. Ce texte est prononcé par un homme jeune, qui a été confronté à la mauvaise fois, aux manipulations, à ce qu’il faut bien appeler toutes les bassesses de la politique, depuis 5 mois. Il dit aussi sa colère, froide et déterminée. Et c’est peut-être là l’échec principal de l’Eurogroupe et des institutions européennes : avoir transformé un partisan de l’Europe en un adversaire résolu des institutions européennes. Tsipras n’était pas il y a cinq mois de cela un opposant à l’idée européenne. Mais, la multiplication des humiliations, des tentatives de coup de force, l’ont obligé à réviser nombre de ses positions, qui pour certaines d’entre-elles relevaient de l’illusion. Tsipras et Varoufakis sont aujourd’hui sur une trajectoire de collision avec l’Eurogroupe et l’UE non pas de leur fait, mais de celui des « institutions européennes ». Ceci est d’une immense importance pour la suite.

 

Les leçons de la déclaration de Tsipras

On peut découvrir dans cette courte déclaration trois points importants.

 

Le premier est que le désaccord entre le gouvernement grec et ses partenaires a été d’emblée politique. La BCE et la Commission Européenne n’ont eu de cesse que de rechercher une capitulation du gouvernement grec, ce que Tsipras appelle « l’humiliation de tout un peuple ». Ce qu’a cherché l’Union européenne, par le biais de l’Eurogroupe, c’est à cautériser le précédent ouvert par l’élection de janvier 2015 en Grèce. Il s’agit de faire la démonstration non seulement en Grèce, mais ce qui est en fait bien plus important en Espagne, en Italie et en France, qu’on ne peut « sortir du cadre de l’austérité » tel qu’il a été organisé par les traités. Il faut ici se souvenir de la déclaration de Jean-Claude Juncker pour qui il ne peut y avoir de choix démocratique allant contre les traités.

 

Le deuxième point important de cette déclaration est que, pour la première fois un dirigeant légalement élu et en fonction déclare que les institutions européennes font des propositions qui, dans leur fond comme dans leur forme « violent absolument les acquis européens ». C’est une accusation très grave. Elle revient à dire que les institutions européennes qui sont censées être des garants de la démocratie agissent au contraire de celle-ci. Elle revient aussi à dire que ces mêmes institutions, dont la légitimité n’existe que par délégation de la légitimité des Etats membres ont des comportements qui violent la légitimité et la souveraineté de l’un des dits Etats membres. Cela revient donc à dire que les institutions de l’Union européennes se sont constituées en Tyrannus ab exercitio soit en un pouvoir qui, quoi qu’issu de procédures légitimes, se conduit néanmoins en Tyran. Cela revient à contester radicalement toute légitimité aux instances de l’Union européenne.

 

Le troisième point se déduit des deux premiers. Il est contenu dans la partie du texte qui dit : « Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec ». Il place désormais les enjeux non plus au niveau de la dette mais à celui des principes, de la démocratie comme de la souveraineté nationale. Et c’est en cela que l’on peut parler d’un véritable « moment gaullien » chez Alexis Tsipras. Si l’on veut pousser l’analogie historique jusqu’à son terme, alors que Paul Raynaud en 1940 ne soumet pas au Conseil des Ministres la question de faut-il continuer la guerre, Alexis Tsipras a osé poser la question de l’austérité et du référendum, et a reçu un soutien unanime, y compris des membres de l’ANEL, le petit parti souverainiste allié à SYRIZA. Il s’est ainsi réellement hissé à la stature d’un dirigeant historique de son pays.

 

La réaction de l’Eurogroupe, qui avait qualifié de nouvelle « triste » (sad) ce référendum[2], confirme bien les options antidémocratiques qui ont cours aujourd’hui au sein de l’Union européenne. Mais, cette réaction a elle-même était dépassée par une décision d’une importance réellement dramatique.

 

Le coup de force de l’Eurogroupe et la Tyrannie européenne

La réaction de l’Eurogroupe, qui se réunissait ce samedi à Bruxelles, a en effet consisté en un acte qui conjugue l’illégalité la plus criante avec la volonté d’imposer ses vues à un Etat souverain. En décidant de tenir une réunion en l’absence d’un représentant de l’Etat grec l’Eurogroupe vient de décider d’exclure de fait la Grèce de l’Euro. Ceci constitue à l’évidence un abus de pouvoir. Et il faut ici rappeler plusieurs points qui ne sont pas sans conséquences tant juridiquement que politiquement.

 

1.Aucune procédure permettant d’exclure un pays de l’Union Economique et Monétaire (non réel de la « zone Euro ») n’existe actuellement. S’il peut y avoir une séparation, elle ne peut avoir lieu que d’un commun accord et à l’amiable.

 

2.L’Eurogroupe n’a pas d’existence légale. Ce n’est qu’un « club » qui opère sous couvert de la Commission Européenne et du Conseil européen. Cela signifie que si l’Eurogroupe a commis un acte illégal – et il semble bien qu’il en soit ainsi – la responsabilité en incombe à ces deux institutions. Le gouvernement grec serait donc fondé d’attaquer la Commission et le Conseil à la fois devant la Cour Européenne de Justice mais aussi devant la Cour Internationale siégeant à La Haye. En effet, l’Union européenne est à la base une organisation internationale. On le constate par exemple dans le statut, et les exemptions fiscales, des fonctionnaires européens. Or, la règle dans toute organisation internationale est celle de l’unanimité. Le traité de Lisbonne a bien prévu des mécanismes de majorité qualifiée, mais ces mécanismes ne s’appliquent pas à l’Euro ni aux questions des relations fondamentales entre les Etats.

 

3.Le coup de force, car il faut l’appeler par son nom, que vient de faire l’Eurogroupe ne concerne pas seulement la Grèce. D’autres pays membres de l’Union européenne, et l’on pense au Royaume-Uni ou à l’Autriche, pourraient eux-aussi attaquer devant la justice tant européenne qu’internationale la décision de fait prise par l’Eurogroupe. En effet, l’Union européenne repose sur des règles de droit qui s’appliquent à tous. Toute décision de violer ces règles contre un pays particulier constitue une menace pour l’ensemble des membres de l’Union européenne.

 

4.Il faut donc ici être clair. La décision prise par l’Eurogroupe pourrait bien signifier, à terme, la mort de l’Union européenne. Soit les dirigeants européens, mesurant l’abus de pouvoir qui vient d’être commis, se décident à l’annuler soit, s’ils persévèrent dans cette direction ils doivent s’attendre à une insurrection des peuples mais aussi des gouvernants de certains Etats contre l’Union européenne. On voit ainsi mal comment des Etats qui ont juste recouvré leur souveraineté, comme la Hongrie, la République Tchèque ou la Slovaquie, vont accepter de telles pratiques.

 

Il est alors symptomatique que la crise induite par un pays ne représentant pas plus de 2% du PIB de l’UE ait pris cette tournure. En fait, cela révèle au grand jour la nature fondamentalement antidémocratique des institutions de l’UE et le fait que cette dernière soit en train de se constituer en Tyrannie.

 

Le spectre de la démocratie dans les couloirs de Bruxelles

On ne peut, et on ne doit, préjuger du résultat de ce référendum. Il est même possible que, devenu sans objet, il ne se tienne pas. Mais on doit souligner qu’il représente le retour de la démocratie dans un espace européen dont elle était absente. De ce point de vue, l’initiative prise par Alexis Tsipras représentait la dernière chance d’introduire de la démocratie dans le système européen.

 

Il est aussi probable que les partis d’opposition, que ce soit Nouvelle Démocratie ainsi que le Parti de centre-gauche La Rivière (To Potami) protestent et cherchent à empêcher par divers recours légaux ce référendum d’avoir lieu. On ne peut plus exclure le fait que ces partis, avec l’aide des nervis fascistes d’Aube Dorée, ne tentent de déstabiliser le gouvernement grec. Ces réactions sont exemplaires des comportements antidémocratiques qui s’épanouissent aujourd’hui en Europe. Ils apportent de l’eau au moulin d’Alexis Tsipras. On sent comment les acteurs européistes de ce drame sont aujourd’hui terrorisés par le spectre de la démocratie.

 

En France même, on ressent très distinctement le malaise que provoque l’initiative d’Alexis Tsipras. Que ce soit au Parti Socialistes ou chez les « Républicains », on ne peut ouvertement s’opposer à une telle décision sans contredire immédiatement et brutalement tous les discours qui ont été tenu sur la démocratie. Mais, en réalité, le référendum grec fait planer le spectre d’un autre référendum, celui de 2005 sur le projet de traité constitutionnel en Europe. La manière dont la classe politique française, dans sa large majorité, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, de l’UMP au PS, avait été désavouée par la victoire du « Non », mais avait fait passer en contrebande à peu de choses près le même texte lors du Traité de Lisbonne qui fut ratifié par le Congrès à Versailles, est l’un des épisodes les plus honteux et les plus infamants de la vie politique française. Les acteurs de cette tragique mascarade sont toujours parmi nous. Il y a une continuité de projet, si ce n’est une continuité d’action, entre la décision de ne pas respecter un vote, celui des électeurs français mais aussi néerlandais, et le coup de force inouï de l’exclusion de la Grèce de l’Eurogroupe.

 

Tsipras ne doit ainsi pas s’attendre à un quelconque soutien de la part de François Hollande, renvoyé sans ménagement à sa propre médiocrité et à ses basses compromissions, ni de celle d’Angela Merkel dont la politique est la véritable cause de cette crise. Mais il peut s’attendre au soutien de tous ceux qui, en Europe, se battent pour la démocratie et la souveraineté.

 

[1] Traduction de Vassiliki Papadaki, sur le site de SYRIZA-France,
http://syriza-fr.org/2015/06/27/allocution-du-premier-ministre-a-tsipras-au-peuple-grec-la-choix-au-peuple-souverain-referendum/

[2] Déclaration du Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, samedi 27 juin,
http://www.france24.com/en/20150627-eurogroup-says-sad-greece-referendum-closes-door-talks ?ns_campaign=reseaux_sociaux&ns_source=twitter&ns_mchannel=
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Mise en ligne CV : 27 juin 2015 par comité Valmy

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 12:47

Par jacques Chirac

6 décembre 1978

 

Il est des heures graves dans l’histoire d’un peuple où sa sauvegarde tient toute dans sa capacité de discerner les menaces qu’on lui cache.

 

L’Europe que nous attendions et désirions, dans laquelle pourrait s’épanouir une France digne et forte, cette Europe, nous savons depuis hier qu’on ne veut pas la faire.

 

Tout nous conduit à penser que, derrière le masque des mots et le jargon des technocrates, on prépare l’inféodation de la France, on consent à l’idée de son abaissement.

 

En ce qui nous concerne nous devons dire NON.

 

En clair, de quoi s’agit-il ? Les faits sont simples, même si certains ont cru gagner à les obscurcir.

L’élection prochaine de l’Assemblée européenne au suffrage universel direct ne saurait intervenir sans que le peuple français soit directement éclairé sur la portée de son vote. Elle constituera un piège si les électeurs sont induits à croire qu’ils vont simplement entériner quelques principes généraux, d’ailleurs à peu près incontestés quant à la nécessité de l’organisation européenne, alors que les suffrages ainsi captés vont servir à légitimer tout ensemble les débordements futurs et les carences actuelles, au préjudice des intérêts nationaux.

 

1. Le gouvernement français soutient que les attributions de l’Assemblée resteront fixées par le traité de Rome et ne seront pas modifiées en conséquence du nouveau mode d’élection. Mais la plupart de nos partenaires énoncent l’opinion opposée presque comme allant de soi et aucune assurance n’a été obtenue à l’encontre de l’offensive ainsi annoncée, tranquillement, à l’avance. Or le président de la République reconnaissait, à juste raison, dans une conférence de presse récente, qu’une Europe fédérale ne manquerait pas d’être dominée par les intérêts américains. C’est dire que les votes de majorité, au sein des institutions européennes, en paralysant la volonté de la France, ne serviront ni les intérêts français, bien entendu, ni les intérêts européens. En d’autres termes, les votes des 81 représentants français pèseront bien peu à l’encontre des 329 représentants de pays eux-mêmes excessivement sensibles aux influences d’outre-Atlantique.

 

Telle est bien la menace dont l’opinion publique doit être consciente. Cette menace n’est pas lointaine et théorique : elle est ouverte, certaine et proche. Comment nos gouvernants pourront-ils y résister demain s’ils n’ont pas été capables de la faire écarter dans les déclarations d’intention ?

 

2. L’approbation de la politique européenne du gouvernement supposerait que celle-ci fût clairement affirmée à l’égard des errements actuels de la Communauté économique européenne. Il est de fait que cette Communauté — en dehors d’une politique agricole commune, d’ailleurs menacée — tend à n’être, aujourd’hui, guère plus qu’une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre des concurrences inégales, sauvages ou qui se gardent de nous accorder la réciprocité. On ne saurait demander aux Français de souscrire ainsi à leur asservissement économique, au marasme et au chômage. Dans la mesure où la politique économique propre au gouvernement français contribue pour sa part aux mêmes résultats, on ne saurait davantage lui obtenir l’approbation sous le couvert d’un vote relatif à l’Europe.

 

3. L’admission de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté soulève, tant pour nos intérêts agricoles que pour le fonctionnement des institutions communes, de très sérieuses difficultés qui doivent être préalablement résolues, sous peine d’aggraver une situation déjà fort peu satisfaisante. Jusque-là, il serait d’une grande légèreté, pour en tirer quelque avantage politique plus ou moins illusoire, d’annoncer cette admission comme virtuellement acquise.

 

4. La politique européenne du gouvernement ne peut, en aucun cas, dispenser la France d’une politique étrangère qui lui soit propre. L’Europe ne peut servir à camoufler l’effacement d’une France qui n’aurait plus, sur le plan mondial, ni autorité, ni idée, ni message, ni visage. Nous récusons une politique étrangère qui cesse de répondre à la vocation d’une grande puissance, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et investie de ce fait de responsabilités particulières dans l’ordre international.

 

C’est pourquoi nous disons NON.
NON à la politique de la supranationalité.
NON à l’asservissement économique.
NON à l’effacement international de la France.

 

Favorables à l’organisation européenne, oui, nous le sommes pleinement. Nous voulons, autant que d’autres, que se fasse l’Europe. Mais une Europe européenne, où la France conduise son destin de grande nation. Nous disons non à une France vassale dans un empire de marchands, non à une France qui démissionne aujourd’hui pour s’effacer demain.

 

Puisqu’il s’agit de la France, de son indépendance et de l’avenir, puis qu’il s’agit de l’Europe, de sa cohésion et de sa volonté, nous ne transigerons pas. Nous lutterons de toutes nos forces pour qu’après tant de sacrifices, tant d’épreuves et tant d’exemples, notre génération ne signe pas, dans l’ignorance, le déclin de la patrie.

 

Comme toujours quand il s’agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. Français, ne l’écoutez pas. C’est l’engourdissement qui précède la paix de la mort.

 

Mais comme toujours quand il s’agit de l’honneur de la France, partout des hommes vont se lever pour combattre les partisans du renoncement et les auxiliaires de la décadence.

 

Avec gravité et résolution, je vous appelle dans un grand rassemblement de l’espérance, à un nouveau combat, celui pour la France de toujours et l’Europe de demain.

 

Note de jack Freychet le 25 juin 2015 : Avertissement prémonitoire.  Regrettons que les prolongements du Président  Chirac n’aient pas eu, tous, la même hauteur   malgré en plusieurs occasions une prise de distance avec les décisions  des Etats-Unis dans lesquelles se sont par contre,  engoufrés allant parfois jusqu’à les devancer,   ses successeurs Sarkozy et Hollande représentants  du parti de l’Etranger à un point tel que la NASA sait ce  qu’ils vont exprimer avant même qu’ils aient ouvert la bouche, nous aussi d’ailleurs.

Cette affaire d’espionnage est véritablement une tentative d’enfumage qui ne devrait tromper personne.

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 10:02

Par Sthatis Kouvelakis

 

Le journal Le Monde a publié le 31 mai une tribune d’Alexis Tsipras sous le titre : « L’Europe est à la croisée des chemins » (titre changé le 1er juin en « Non à une zone euro à deux vitesses »). Cette tribune est à bien des égards importante. Elle signale qu’un seuil qualitatif a été franchi dans la situation grecque, et cela pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il permet de lister pour la première fois, y compris pour le lecteur grec, les concessions que le gouvernement grec a déjà accepté au cours des « négociations ». Et la liste est impressionnante : excédents budgétaires, abandon de fait de le revendication d’effacement de la dette.

 

(il n’est même pas mentionné dans ce texte) hausse de la TVA, report à plus tard de la hausse du SMIG et du rétablissement des conventions collectives, réformes des retraites visant à faire des économies, taxes sur le foncier entérinées.

 

A cela il faut ajouter un point essentiel : comme le précise la version grecque, le « renforcement de l’indépendance des agences publiques » ne vise pas seulement l’institut des statistiques, il concerne avant tout le secrétariat d’Etat chargé des recettes publiques. Cela signifie que le coeur de l’appareil économique de l’Etat échappe au contrôle des gouvernements élus et fonctionne en réalité sous la supervision directe des institutions de l’UE.

 

Soyons clairs : tout d’abord ces reculs, pour la première fois reconnus par Alexis Tsipras, n’ont jamais été discutés publiquement à quelque niveau que ce soit, ni dans le parti, ni au parlement, ni même au sein du gouvernement au sens d’une délibération collective. Ils sont tout simplement imposés, après avoir été concoctés dans l’opacité la plus totale des « négociations » avec l’UE.

 

Deuxièmement, dans ce texte, Alexis Tsipras ne reprend pas ce qu’il a déclaré ailleurs à plusieurs reprises, à savoir que la Grèce est depuis février soumise au chantage à la liquidité exercé par la BCE.

Seul est mentionné l’arrêt du versement des prêts, ce qui a contraint le gouvernement grec à assumer le remboursement des créanciers avec ses seules ressources propres, ce qui a conduit à la situation actuelle des caisses vides. Ce faisant il se prive de l’argument majeur qui lui aurait permis de dévoiler vraiment les agissements de l’UE, mais l’aurait du même coup conduit à admettre l’affaiblissement de sa position et le caractère néfaste de l’accord du 20 février dont il continue de se réclamer.

 

Troisièmement, il est clair que, quelle que soit la façon dont on pose la question, le cadre que propose Tsipras est celui d’une austérité atténuée, en aucun cas d’une rupture avec l’austérité. L’édifice des mémoranda est intégralement reconduit, juste adouci à la marge. A l’inverse, il ne reste pas grand chose du « programme de Thessalonique », qui était, ne l’oublions pas présenté comme un « programme d’urgence », applicable de façon immédiate et indépendamment de l’issue des négociations. Pire même : les quatre « lignes rouges » qu’Alexis Tsipras lui-même avait posée le 16 avril lors d’une déclaration solennelle à l’agence Reuters (sur les retraites, la TVA, les privatisations et les conventions collectives) ont TOUTES, à des degrés divers, été franchies.

 

On peut dès lors se demander où se trouve le blocage et pourquoi Alexis Tsipras recherche-t-il la dramatisation, comme l’indiquent le titre de l’article et certains passages ? Tout simplement parce que les responsables européens ne se contentent pas de la gestion du cadre austéritaire/mémorandaire existant. Ils demandent une reconduction aggravée dans le but de briser Syriza. Et Tsipras leur renvoie la balle en leur disant : « c’est vous qui recherchez la rupture, pas moi. Moi, vous voyez, je suis prêt à gérer l’austérité et à reporter sine die le programme pour lequel j’ai été élu, mais en plus de cela vous me demander d’aller au-delà même de ce que vous aviez demandé à Samaras ». Et là il brandit le spectre de la « division de l’Europe » et en appelle au respect de ses « valeurs », comme si l’enterrement des engagements de Syriza cinq mois à peine après son élection était un sacrifice acceptable pour préserver cette « unité » de l’Europe ; comme si l’acceptation du « deal » qu’il propose pouvait représenter un pas vers « l’Europe de la solidarité, de l’égalité et de la démocratie » dont il se réclame, qui n’est qu’une phraséologie creuse et qui a rarement sonné de façon aussi sinistre.

Je m’abstiendrai, pour ma part, de jouer au prophète et de prédire à quoi tout cela va nous conduire. Je constate simplement l’état où sont actuellement les choses :
 

1. que le gouvernement grec est entré dans une véritable spirale de reculs, où une concession mène à une autre, et il n’y a aucune raison de penser que cela va s’arrêter.
2. Que tout cela était parfaitement prévisible dans la mesure où une ligne de confrontation n’avait pas été préparée et adoptée (je déteste me citer mais tout cela figure dans de très nombreux textes et interventions des derniers mois et même des dernières années, qui émanent de toute la gauche de Syriza ).
3. Que bien évidemment persister après tout cela à parler d’une rupture avec l’austérité et les politiques néolibérales dans le cadre européen actuel ne peut que relever de l’inconscience ou de l’escroquerie.

 

Une dernière chose, plus personnelle : je milite depuis 35 ans dans les rangs de la gauche radicale en Grèce et en France. J’ai notamment combattu sans relâche les reniements et les lâchetés de l’ère Mitterand, puis Jospin, avec ou sans participation du PCF (dont j’ai fait partie dans les années 1980) au gouvernement. J’ai également refusé toute concession au système PASOK et au bourbier nauséabond dans lequel il s’est enfoncé lui-même et a entraîné la société grecque.

 

Il est fort peu probable que je change maintenant. Et je ne suis pas le seul dans Syriza à penser comme cela. Ceux qui pensent que tout cela passera comme une lettre à la poste se font des idées.

Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

Stathis Kouvelakis enseigne la philosophie politique au King’s College de l’université de Londres, est membre du comité central de Syriza et du Courant de gauche de ce parti.
Membre de la rédaction de la revue Contretemps, il a dirigé l’ouvrage Y a t il une vie après le capitalisme ? (Le Temps des Cerises, 2008) et il est l’auteur de La France en révolte : Luttes sociales et cycles politiques (Textuel, 2007) et de Philosophie et révolution, De Kant à Marx (PUF, 2003). Il est membre du comité central de la Coalition de gauche grecque SYRIZA -EKM.

Sources :

https://www.facebook.com/stathis.ko...

http://cadtm.org/L-opinion-de-Stathis-Kouvelakis

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 17:21
Lettre à un ami par Charles Hoareau

Repris sur Comité valmy

 

Cher ami,


tu me demandes pourquoi les Fralib ont accepté que Hollande vienne leur rendre visite et pourquoi il n’y a pas eu de manif ? En gros tu as l’impression qu’ils se sont faits avoir (volontairement ?) par un coup de pub d’un président en mal de sondages…

 

Alors reprenons les choses :

 

• D’abord c’est Hollande qui était demandeur. Les copains ont appris la nouvelle de la visite quelques jours à peine avant celle-ci et il leur a été demandé le plus grand secret au risque que la visite soit annulée.

 

• Quand ils l’ont su ils avaient deux choses en tête : leur dossier où des points de blocage importants subsistaient et leurs camarades de combat des autres entreprises en lutte. Ils ont donc posé leurs conditions pour accepter cette visite en prenant en compte ces deux éléments.

 

• Sur leur dossier, la mise à disposition des locaux et du terrain par la communauté urbaine de Marseille n’était toujours pas réglée. D’autres points de blocage, face à UNILEVER notamment et sur lesquels nos camarades butaient depuis des mois, y compris depuis la signature de l’accord, étaient en jeu. Les camarades, ont donc mis comme première condition que les derniers verrous soient levés : cela a été le cas en quelques jours et le matin même de la visite pour le dernier. Cela fera dire à Olivier « c’est la preuve que quand le pouvoir veut, il peut » : c’est le moins que l’on puisse dire et cela est de nature à donner des arguments ailleurs pour d’autres luttes.

 

• En ce qui concerne les camarades des autres boites en lutte, il a été décidé en accord avec eux (et je sais que tu mesures ce que ces mots veulent dire) qu’un point de chaque dossier (TOTAL, Moulins Maurel, NEXCIS, SNCM….) serait fait en tête à tête avec le président sur la base d’un dossier remis par chaque entreprise en lutte : c’est ce qui a été fait. Et peut-être que cela permettra des avancées sur l’un ou l’autre de ces dossiers. On verra bien…

 

Ceci dit fallait-il, dans l’état actuel du rapport des forces, refuser la visite et prendre le risque que les derniers acquis arrachés en 48h et qui mettent définitivement SCOP-TI sur les rails soient encore l’enjeu d’un long combat avec les banques, UNILEVER et la communauté d’agglomération marseillaise ? Ou au contraire, accepter (comme leur ont aussi conseillé leurs autres camarades en lutte) en toute lucidité et dire, comme ils l’ont dit, tant à la presse que dans leurs interventions qu’ils savaient bien quels étaient par ailleurs les choix politiques mis en œuvres et leurs désaccords avec ceux-ci ? Vu du banc de touche on peut toujours discuter, mais c’est sur le terrain que se gagnent les matchs !! Comme le dit l’un des acteurs privilégiés de ce combat que se livrent le capital et le travail à Fralib et ailleurs : « Ce n’est pas la guerre mais la guérilla » et nous savons toi et moi que celle-ci est faite d’avancées, de replis tactiques, de prises d’usines et de compromis…sans jamais lâcher l’objectif !

 

Juste une question : c’est Léon Blum qui par un accès de grandeur d’âme a donné aux français les congés payés ou Pompidou par une soudaine générosité qui a augmenté le SMIC de 35% ou, comme nous le savons toi et moi, c’est dans ces deux cas, comme dans tant d’autres, la lutte qui a imposé aux gouvernants de donner force de loi à une revendication portée par tout un peuple ? Les fralibs doivent leur succès à eux-mêmes et à toutes celles et tous ceux qui les ont soutenus dans leur lutte.

 

Si François Hollande, qui est président de la république (ce qui lui donne des responsabilités devant lesquelles on doit le mettre) est venu voir les Fralib après avoir vu les camarades de La Belle Aude, c’est que dans ces deux boites la lutte acharnée, les multiples initiatives ont rendu ces conflits populaires au point que le journal La Provence publiait deux jours avant la visite du président, un sondage qui faisait ressortir que 91% de ses lecteurs disaient vouloir acheter du thé 1336 !!

 

Sa visite est d’abord le signe que ce conflit a gagné la bataille de l’opinion et qu’il ne peut l’ignorer. Qu’il cherche à en tirer avantage c’est sûr, il n’est ni le premier ni le seul [1] mais les fralib, celles et ceux qui les ont soutenus de près et plus largement le pays, personne n’est dupe. Hollande le sait et il sait où il a mis les pieds témoin son commentaire sur la couleur rouge de certains équipements de travail… Et quand je vois que le contrat de Rim, notre camarade qui fait pleurer la salle à chaque représentation de la pièce sur le conflit, celle qui dit que c’est la CGT qui l’a embauchée à UNILEVER, car elle a été la dernière intérimaire à qui le syndicat a réussi à faire avoir un CDI, celle qui a animé avec enthousiasme un des débats de Rouge Midi le 30 mai, quand je vois donc que c’est ce président-là que nous combattons et combattrons encore, qui a paraphé son contrat de travail, je me dis que c’est un sacré pied de nez de l’histoire !!

 

Dernier élément. Tu t’es réjoui comme moi du fait que le même Hollande ait cru bon d’aller à Cuba et même de serrer la main de celui que naguère il traitait, comme nombre de chefs d’états avec lui, de dictateur : crois-tu que cela soit le signe que Fidel Castro s’est renié ou qu’au contraire c’est Cuba qui a fait plier ses adversaires ? A une échelle bien sûr plus modeste c’est la même chose pour les Fralib.

 

Et puisqu’on parle de Cuba, l’entretien en privé sur les autres boites en lutte et la remise des dossiers a eu lieu dans la salle rebaptisée par les scoptistes, salle Guevara. C’était ça ou celle juste à côté, la salle Tchae (du nom d’une des marques d’UNILEVER) rebaptisée depuis le 26 mai salle Castro…

 

T’inquiètes pas, nos amis coopérateurs, frères et sœurs de combat, sont bien toujours aussi rouges, et même… vivement rouges !

 

Charles Hoareau

http://www.rougemidi.org/spip.php?article8928

 

[1] à la télé ce samedi le représentant local du MEDEF saluait la lutte des fralib (sic !).
20 ans après la mairie de La Ciotat se félicitait de la lutte des ouvriers qui ont sauvé les chantiers (resic !!) et s’en attribuait presque le mérite !!

 

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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 16:28
La nouvelle Bataille du Rail
par Jacques Maillard

mercredi 3 juin 2015, origine Comité Valmy

La nouvelle Bataille du Rail

Le rapport que vient de présenter un député socialiste, le rapport de la cour des comptes, préconisant la fermeture de nombreuses lignes de trains, les déclarations de Messieurs Pepy et Janaillac, PDG de la SNCF et de Transdev, vantant les articles de la loi Macron organisant la destruction de la SNCF au profit de compagnies d’autocar et de trains privés, ainsi que les lois et traités européens obligeant notre pays à démanteler le système de transport public, la création de grandes régions ayant pour but de se voir transférer les systèmes de transport nationaux, sont des éléments d’une nouvelle « bataille du Rail »

 

Détruire la SNCF, détruire les transports publics de voyageurs et de marchandises, détruire les liaisons ferroviaires, c’est l’objectif de cette guerre contre un service public essentiel, un pilier de notre civilisation moderne. Ce service public s’insère dans, implique, une certaine conception de la vie ensemble, du voyage, de la ville et de l’aménagement du territoire. Il nécessite des travailleurs qualifiés, responsables, organisés. Il permet à la population de s’organiser, et éventuellement de résister contre une tyrannie venant de l’intérieur ou de l’extérieur.

 

Cette guerre explique cette nouvelle « bataille du Rail » que doivent livrer les citoyens et les travailleurs de notre pays, pour maintenir et développer notre système ferroviaire. Il faut résister contre ces barbares rapaces qui dirigent notre pays, en invoquant d’ailleurs ces traités illégaux que le peuple avait refusé en 2005 et qu’ils ont imposé par la force.

 

 

Pourquoi Monsieur Jean-Marc Janaillac
ne devrait surtout pas se sacrifier...

Dans un entretien publié dans le Monde du 1er avril 2015, le PDG de Transdev, Monsieur Jean-Marc Janaillac, déclare qu’il se sacrifie en ayant refusé des salaires 3 fois plus élevés que le sien à l’étranger... Vraiment il aurait du accepter, car nous ne pouvons qu’être plus que sceptique sur l’intérêt général de sa fonction et de sa politique de PDG de Transdev, entreprise en partie publique par son capital. Il glorifie la concurrence tout azimut, contre la société nationale SNCF. Il réclame à la fois des trains privés et le remplacement de lignes ferroviaires par les liaisons « low cost » par autocars. Il se vante que, la loi Macron une fois adoptée (vu la nature du parlement cela ne fait en effet guère de doute, le cheval de Caligula y aurait très bien figuré), il mettra 40 villes françaises en relation par autocar, autocars qu’il aurait déjà commandés (où d’ailleurs ?).

 

Son collègue Pepy, PDG de la SNCF, est d’ailleurs sur la même longueur d’onde : son rêve est de supprimer toutes ces « petites liaisons » transversales (ex : Bordeaux Nantes, …). En effet chaque saison est accompagnée de la fermeture de lignes « non rentables », que l’on fait d’ailleurs préalablement disparaître des cartes dans les trains, des programmes d’ordinateurs, des correspondances avec les « lignes principales » : essayez Caen Nantes, par exemple... Il proclame sa volonté de transformer la SNCF en « multinationale faisant 30 % de son CA à l’étranger ». Il veut fermer les bars/restaurant dans les TGV, ces derniers devant être réservés aux cadres et aux plus aisés, payant un repas à la place comme en première dans les avions. Dans les brochures de la SNCF, bus et covoiturages anti-trains exhibent leurs publicité...

 

Soulignons que la fermeture de ces lignes « secondaires » permet, dans certains cas, de réserver les lignes aux transports ferroviaires privés de marchandises, qui, par miracle, redeviennent rentables une fois bradés aux « grands opérateurs » (ex : Bolloré). De plus le report de recettes par les péages sur les autoroutes des co-voitures et autocars au détriment des trains de voyageurs permettra de « renflouer » les compagnies d’autoroutes...

 

Il s’avère que les usines d’Alstom, celles qui n’ont pas encore été bradées aux intérêts étrangers , à savoir celles de construction de TGV, trains et Tramways, voient simultanément leur carnet de commande se réduire, et leur-savoir faire transférés à l’étranger, sous prétexte de « compétitivité » : depuis quelques jours les ateliers d’Alstom à La Rochelle sont en grève (Sud Ouest du 24 avril 2015) car, notamment, « il y en a marre de former ici les personnels qui vont construire les tramways et TGV à l’étranger », selon un syndicaliste...La charge de travail diminue, comme les salaires, les sous-traitants et intérimaires pointent au pôle-emploi.

 

Parallèlement la Chine a regroupé ses usines de fabrication de matériel ferroviaires en une seule entité publique de capitalisation 50 milliards de dollars, pour proposer à tous les pays du monde de couvrir leurs territoires de trains, rapides ou classiques (agence Xin Hua), comme ils sont en train de le faire chez eux (toutes les capitales régionales devront être à moins de 8 heures en train de Pékin, 130 000 km de lignes viennent d’être construites, dont 13000 de TGV).

 

Les « élites » anglo-saxones du monde occidental, et leurs marionnettes locales, veulent depuis plus de cinquante ans la fermeture des lignes de trains : un ami brésilien, chef d’entreprise, m’expliquait devant les gares et les voies désaffectées entre Rio et Bel Horizonte, que lors de la dictature (contrôlée par les USA) , les responsables militaires expliquaient à « l’élite entrepreneuriale », dans des « écoles de guerres » du soir, la nécessité , l’intérêt, de fermer les lignes de trains, en premier lieu de voyageurs.

 

C’est ce système de transport hideux, dangereux, polluants, anti économique , anti civilisationnel, d’autobus et de camions qui détruit paysages, ressources, périphérie urbaine, santé des gens, démocratie (l’énergie utilisée vient pour une très grande partie des pires dictatures féodales) qui a triomphé au Brésil en particulier, et dans le monde occidental en général. C’est ce système que nos dirigeants, en particulier les « Youngs leaders » choisis et formés par ce pays qui selon le Président Mitterand « nous a déclaré une guerre totale », veulent nous imposer. Le choix de système est, pour notre pays, dénué de toute rationalité économique, de tout principe de solidarité territoriale et sociale, de respect de l’environnement. La mise en place de ce système au détriment de la SNCF, mise en place encadrée, soutenue, et imposée par l’UE grâce à la « concurrence non faussée », est un élément essentiel de la destruction de notre pays et de sa civilisation.

 

 

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 07:02

 

LE MONDE | 31.05.2013

François Hollande est sous pression pour accepter la panthéonisation de Pierre Brossolette (1903-1944), ce héros de la Résistance qui s’est tué en se jetant par la fenêtre pour ne pas parler à la Gestapo. Un comité de soutien, présidé par l’historienne Mona Ozouf, est apparemment convaincant. S’il en acceptait les arguments, le président de la République infligerait un nouvel affront à Jean Moulin (1899-1943), qui, à la fin de sa vie, a subi les assauts d’un Brossolette désobéissant au général de Gaulle. Il nierait son rôle déterminant dans la victoire de ce dernier contre le général Giraud (1879-1949), alors soutenu par Roosevelt et Churchill.

 

Les deux cercueils au Panthéon rendraient illisible l’histoire de cette dramatique période. Pour installer celui de Brossolette, il faudrait d’abord retirer celui de Moulin, en considérant a posteriori que "Max" n’aurait pas dû imposer l’unification de la Résistance intérieure sous sa houlette contre tous ceux qui la contestaient. La haine entre les deux hommes était si forte de leur vivant qu’il serait indécent de leur imposer une cohabitation post mortem. Faire entrer Brossolette au Panthéon, ce serait donner raison à tous ceux qui, depuis février 1943, n’ont pas accepté la nomination de Jean Moulin comme le seul représentant du général de Gaulle en France occupée. Et n’ont cessé de le salir, en le traitant notamment d’agent soviétique.

 

Engagé dans les Forces françaises libres fin 1941, le brillant intellectuel qu’est Brossolette devient, lui, un militant socialiste, puis un gaulliste inconditionnel, et a tôt fait de s’imposer comme une personnalité marquante de la France libre. Il se lie d’amitié avec le tout-puissant colonel Passy (1911-1998), le patron du BCRA (services secrets). Intransigeant et cassant, il n’hésite pas à bousculer le général de Gaulle sur sa façon de traiter les problèmes et les hommes.

 

S’il accepte au début le statut de "Rex"-Moulin, tout en le critiquant, à l’automne 1942, il intrigue pour devenir le pendant de Jean Moulin pour la zone nord, soit le "délégué spécial en zone occupée". Passy réussit à faire accepter le projet au général de Gaulle dans le cadre de la mission "Brumaire" (unifier les mouvements de résistance de la zone occupée). Au lieu d’attendre l’arrivée de Moulin et du général Delestraint (1879-1945), le patron de l’Armée secrète, concernés par la mission "Brumaire", Brossolette quitte précipitamment Londres. "Il est (...) permis de penser que la perspective d’avoir les mains libres en l’absence de Jean Moulin n’a pas été étrangère à cette rapidité", écrit l’historien Henri Noguères.

 

L’arrivée de Moulin à Londres anéantit les espoirs de Brossolette. Il reçoit d’abord la croix de la Libération des mains du général de Gaulle. Lequel signe, le 21 février, de nouvelles instructions qui contredisent de facto la mission "Brumaire". Celles-ci créent le Conseil de la Résistance (CR) et font de Moulin le seul représentant du Général pour l’ensemble du territoire. Moins d’un mois après la rencontre d’Anfa (Casablanca, Maroc), en janvier 1943, entre de Gaulle et Giraud, sous le patronage de Roosevelt, le général s’est laissé convaincre par Moulin à propos de l’intégration des anciens partis dans un organisme qui le reconnaît pour chef. Ce qui constitue un atout déterminant dans le combat qu’il mène contre Giraud et Roosevelt.

 

Contrairement à Giraud, il pourra alors se présenter au nom de la France, et non pas seulement au nom des mouvements de résistance, dont l’importance est difficilement mesurable pour les Alliés. Le CR va ainsi devenir "la pierre angulaire de l’entreprise gaulliste de conquête de la légitimité démocratique". Moulin a gagné contre Passy, Brossolette et tous ceux, nombreux, qui se battaient contre le retour des anciens partis. C’est qu’il a tout simplement offert au général de Gaulle les moyens de prendre le pouvoir.

 

Ces nouvelles instructions ne règlent pas pour autant tous les problèmes sur le terrain. Avec une extraordinaire fébrilité, les deux patrons du BCRA semblent vouloir casser ce que Moulin a proposé et que de Gaulle a entériné dans ses instructions du 21 février.

 

Les adversaires, ou les ennemis, se rencontrent le 1er avril, au bois de Boulogne, puis le 2, dans un appartement de l’avenue des Ternes, à Paris. Leur altercation, en présence de témoins, dont Passy, vont être d’une violence inouïe. Lors de la seconde rencontre, Moulin se met à hurler : "Je vois clair dans votre jeu ! Vous n’avez jamais cessé de me contrer. Vous avez essayé d’empêcher le général de Gaulle de me confier la représentation en zone nord, car vous la vouliez pour vous-même. C’est vous, et non moi, l’ambitieux ! Mais j’ai triomphé, car je reviens de Londres, où j’ai été secrètement nommé membre du Comité national."

 

Passy essaie en vain d’intervenir pour calmer la discussion, car des Allemands habitent l’immeuble. Au moment où Moulin ne se maîtrise plus, il se retourne, baisse son pantalon et exhibe son cul à Brossolette en s’écriant : "Voilà comment je vous considère !"

 

Rentrés à Londres, Passy et Brossolette continuent leur travail de sape. L’ancien résistant Claude Bouchinet-Serreules (1912-2000) écrit dans son journal, à la date du 19 avril 1943 : "A l’entendre, Moulin ne vaut pas un clou. C’est un homme de la zone non occupée (aux yeux de Brossolette, c’est tout dire...) qui pendant un an a manoeuvré, plus ou moins bien, avec les mouvements de la ZNO, et puis c’est tout."

 

Moulin a donc contre lui le BCRA et les principaux chefs qui contrôlent la Résistance intérieure. Six semaines avant son arrestation à Caluire, Moulin décide de se confier au général de Gaulle, car il se sent traqué. Sans attendre la première réunion du CR, et au risque de mettre en difficulté Moulin, Londres diffuse l’information sur l’existence de ce conseil.

 

Le 27 mai 1943 se tient, rue du Four, la première réunion du Conseil national de la Résistance. Moins d’un mois plus tard, Moulin est trahi à Caluire. Quant à Brossolette, il fait tout pour prendre la succession de Moulin et détruire son oeuvre. Son étoile pâlit. Mi-novembre, il est rappelé à Londres et arrêté par la Gestapo. Pour ne pas parler, il saute par la fenêtre.

Pierre Péan

Il est l’auteur de "Vies et morts de Jean Moulin", réédition Pluriel, 800 pages, 12 euros

Mise en ligne CV : 17 août 2013

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 09:29

Le sort en était jeté

 

 

A suivre...

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 08:48

Par François Ruffin

 

 

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 14:20

Par Pyotr Iskanderov – Le 1er mai 2015 – Source Le Saker francophone

 

 La progression du nazisme en Europe ces dernières années, l’augmentation des activités de groupes fascistes, la culture de l’idéologie fasciste de la part de certains dirigeants d’États et les tentatives répétées de réviser l’issue de la Seconde Guerre mondiale, tous ces événements ont des causes profondément enracinées.

 

On trouve, au cœur de ce phénomène, le désir des architectes occidentaux d’un nouvel ordre mondial d’utiliser le nazisme moderne comme un instrument de l’intégration européenne qui a déjà, elle-même, plus ou moins fusionné avec l’intégration euro-atlantique.

 

Dans la pratique, cela prend forme par la mobilisation de l’opinion publique dans différents pays et dans des régions entières avec des slogans euro-atlantistes et russophobes, tout en provoquant des opposants qui puissent porter le chapeau pour la déstabilisation.

 

Ces méthodes ont d’abord été tentées dans les années 1990 lors de l’effondrement de la Yougoslavie. A cette époque ont été d’abord visés les partis et organisations nationalistes et ouvertement fascistes en Croatie, puis en Bosnie-Herzégovine et enfin parmi les Albanais du Kosovo. Ils ont servi de catalyseurs du sentiment anti-serbe. Ce fut la première phase dans l’utilisation du nazisme pour l’intérêt géopolitique de l’Occident. La transition vers la deuxième phase a eu lieu après la réaction logique de Belgrade, que l’on a accusé de promouvoir un empire serbe. Cela a permis à l’Occident de réaliser la troisième phase de son intervention dans les Balkans, c’est à dire justifier une action militaire sous les auspices de résolutions de l’ONU (Bosnie-Herzégovine), ou sans ces résolutions (la Yougoslavie en 1999).

 

Un scénario similaire est mis en place en Ukraine. Il est naïf de penser que les dirigeants occidentaux ne disposent pas d’informations sur la nature fasciste de Pravy Sektor et d’autres groupes similaires avec lesquels le régime ukrainien partage le pouvoir. Surtout depuis que les activités de ces groupes font peser une menace directe envers des minorités ethniques liées étroitement aux populations de Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Grèce et un certain nombre d’autres pays membres de l’UE. Le scénario qui se joue exige cependant de l’Union européenne
qu’elle ferme les yeux sur ce danger. Cela lui permet de mobiliser les forces nationalistes d’Ukraine opposées à la Fédération de Russie et anti-russes sous la bannière euro-atlantique. Dans cette approche, les nazis sont positionnés comme les champions de la démocratie et des valeurs européennes tandis que leurs adversaires, les résidents de l’Est de l’Ukraine sont dépeints comme les supporters du totalitarisme, de la cinquième colonne russe et des terroristes. Dans le même temps, le soutien politique et humanitaire légitime de la Russie à la
population du Donbass est qualifié d’anti-ukrainien, s’agissant d’une ingérence dans les affaires intérieures de l’Ukraine.

 

Quelque chose de semblable se produit dans d’autres territoires de l’ex-Union soviétique. Depuis le début des années 1990, les États-Unis et l’UE ont fermé les yeux sur les activités des mouvements fascistes et des organisations néo-nazies dans les républiques baltes. Ils ont par la même occasion réagi vivement à toute tentative de la Russie d’attirer l’attention du public et des organisations internationales face à la renaissance du nazisme dans les pays baltes et à la violation des droits de la population russe. La Russie se faisant toujours accuser d’ingérence dans les affaires internes.

 

À une époque où l’idée de l’intégration européenne est largement en perte de vitesse aux yeux des Européens, et alors que progressent les conflits et les signes d’un schisme interne au sein de l’UE elle-même, il serait naïf d’espérer que Washington et Bruxelles renoncent à utiliser le nazisme comme soutien à la propagande en faveur du processus d’intégration européenne.

 

Dans le même temps, la déception croissante d’États membres de l’UE vis-à-vis de
la bureaucratie de Bruxelles oblige déjà certaines capitales occidentales à ajuster quelque peu leurs positions. C’est renforcé lorsque les néo-nazis échappent au contrôle de leurs mentors et protecteurs. Ainsi, la République tchèque a déjà demandé des explications aux autorités ukrainiennes concernant la loi adoptée par la Verkhovna Rada sur la glorification de l’OUN-UPA, menaçant sinon de ne pas ratifier l’accord d’association UE-Ukraine. «Avant le sommet de Riga, le ministre des Affaires étrangères ukrainien Klimkin doit venir à Prague pour expliquer quelle est la situation au sujet de la loi concernant les Banderistes, etc.», a déclaré le ministre des Affaires étrangères tchèque Lubomír Zaorálek.

 

Évidemment, on aurait pu s’attendre à des mots plus durs de la part du ministre des Affaires étrangères d’un pays qui, en 1938, fut la victime des Accords de Munich entre l’Occident et Hitler. En particulier pour ce qui concerne la décision des autorités de Kiev de considérer l’URSS, à l’instar de l’Allemagne hitlérienne, toutes deux responsables du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Cela a été exprimé de manière particulièrement claire par le directeur du Centre Simon Wiesenthal en Israël, Efraim Zuroff : «La promulgation d’une loi sur l’interdiction du nazisme et du communisme met sur le même pied le régime le plus génocidaire dans l’histoire humaine avec le régime qui a libéré Auschwitz et aidé à mettre fin au règne de terreur du Troisième Reich.» 1.

 

Des constats objectifs [timides, NdT] concernant l’issue de la Seconde Guerre mondiale de la part des médias d’Europe occidentale apparaissent. Le journal
suédois Aftonbladet rappelle qu’«il y a une chose qui ne peut être enlevée aux dirigeants et au peuple de l’Union soviétique – leur désir de détruire le régime d’Hitler… L’Armée rouge a vraiment combattu pour libérer l’Europe de l’Est du fascisme».

 

Toute perte de contrôle des organisations néo-nazies en Ukraine risque de provoquer des conflits armés non seulement à l’Est mais aussi à l’Ouest du pays. Si cela se produit, les gouvernements des États de l’UE, voisins de l’Ukraine, ne pourront plus se tenir à l’écart. Il va de soi que les intérêts de leurs compatriotes d’Ukraine sont plus importants à leurs yeux que de jouer à des jeux géopolitiques avec les néo-nazis pour le plaisir de voir triompher l’euro-atlantisme.

 

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 13:41

14 mai 2015

Par Jacques Sapir

 

On parle beaucoup d’un possible référendum sur le maintien de Grèce dans la zone Euro actuellement. Même le Ministre allemand des finances, M. Schäuble, s’est prononcé en faveur d’une telle consultation. Cette soudaine passion pour les référendums, survenant pratiquement dix années après le référendum français sur le projet de traité constitutionnel, est touchante. Les mêmes qui avaient tout fait pour que la parole du peuple français (55% de « non » ne l’oublions pas) soit oubliée se découvrent subitement une âme référendaire. S’il n’y allait pas du sort de la Grèce, et des principes démocratiques, que l’Union européenne ne cesse de fouler aux pieds, il y aurait de quoi rire aux éclats. Et d’ajouter, à l’encontre de tous ces partisans nouveaux de la pratique référendaire, de ces hommes politiques qui viennent avec un grand sourire nous présenter leur nouvelles bonnes résolutions, « pas ça, pas vous ». Car, cette question des référendums est sérieuse. Il convient d’en clarifier les tenants et aboutissants. 

 

Une option inapplicable.

En réalité, l’option d’un référendum sur une sortie de l’Euro est inapplicable. Dans un texte posté sur un site de la gauche américaine, Stathis Kouvelakis écrit ainsi « Le temps est venu d’expliciter le contenu et d’expliquer la viabilité de la stratégie alternative, qui commence avec la double initiative de la suspension des remboursements de la dette et de la nationalisation des banques, et qui se poursuit, si nécessaire avec le choix d’une monnaie nationale approuvée par le public au cours d’un référendum populaire »[1]. De fait, c’est aussi, entre autres, la position de Schäuble. Mais il convient de considérer deux facteurs qui – dans le cas de la Grèce – rendent justement le recours à une procédure référendaire inapplicable :

 

  1. Un référendum exige un minimum de campagne, d’une durée de 6 semaines (au plus juste) et plus probablement de 12 semaines. Or, les mécanismes de la spéculation monétaire se déclenchent à l’horizon de minutes, voire d’heures. La temporalité d’élections, aussi souhaitables soient elles, n’est tout simplement pas compatible avec le spéculation monétaire. Cette spéculation se manifestera avec une force extrême, sauf si l’on décide de fermer les marchés financiers grecs, et pas seulement les marchés obligataires mais aussi les marchés d’action. On est en présence d’un cas extrême de la spéculation, qui ne pourra être réduit par l’application d’un simple contrôle des capitaux. Il faudra fermer les marchés financiers. Mais, si la fermeture de tous ces marchés est possible, elle ne l’est que pour quelques jours ou l’on change progressivement de système économique. Si la Grèce (et n’importe quel autre pays) devaient laisser l’ensemble des marchés financiers fermés pour plusieurs semaines, on prend le risque de voire l’économie changer de nature, et les investisseurs déserter le pays. La conclusion s’impose alors d’elle-même : il n’est pas possible de tenir un référendum sans déclencher un spéculation massive, et cette spéculation non seulement sera très destructrice pour l’économie ou alors impliquera que le gouvernement ait recours à des modes de contrôles allant bien au-delà d’u simple contrôle des capitaux. Mais, cela aura alors des conséquences politiques importantes, qui sont de nature à fausser le résultat d’un tel référendum.
  2. Un référendum ne fait sens que dans la mesure où il permet une validation démocratique. Mais, un référendum qui se tiendrait en plein milieu d’une spéculation déchaînée ne permettrait pas aux règles de la démocratie de s’appliquer. On serait loin du débat ouvert que l’on est en droit d’attendre avant un référendum, et qui eut lieu dans le cas des deux référendums de 1993 (Maastricht) et de 2005 (sur le projet de traité constitutionnel). Dès lors, privé du débat serein (même s’il est passionné) un référendum n’est plus une procédure démocratique. Cette dernière nait de la combinaison du débat (dans le cadre de la campagne) et du vote. Or, il faut craindre que dans cette campagne, qui sera par nécessité relativement courte, s’expriment non pas des idées mais des pressions, sous la forme justement de la spéculation. Les conséquences politiques de cette dernière vont fausser le débat, et par voie de conséquences vicier l’ensemble de la nature démocratique de la procédure référendaire.
  3.  

On le constate, un tel référendum n’est pas praticable sauf à considérer que le référendum n’est là que pour légitimer une décision déjà prise. Mais, l’argument d’impraticabilité du référendum n’est pas le seul que l’on puisse invoquer. Il est douteux que, sur une telle question (la Grèce, ou un autre pays, doit elle rester dans l’Euro ou quitter la zone Euro) un référendum soit la procédure adaptée.

 

La logique des procédures référendaires et l’action gouvernementale.

Les procédures référendaires sont destinées à redonner de la légitimité à un système démocratique en mobilisant une forme directe de souveraineté populaire. En cela, elles sont un instrument irremplaçable des systèmes démocratique. Mais, la souveraineté populaire doit être mobilisée pour trancher de questions politiques et non des questions techniques ou des questions de société. Sinon, on transforme une procédure de légitimation démocratique en un instrument politique divisant profondément la société et visant en réalité à introduire des normes techniques (ou morales) dans l’espace politique.

 

La tradition tant française qu’internationale fait du référendum l’instrument pour trancher des questions de souveraineté (comme l’indépendance) ou des traités. Or, la question de l’Euro est en partie une question de souveraineté, mais en partie aussi une question technique, qui est susceptible de connaître de multiples réponses. De ce point de vue, si la question de l’appartenance ou non à l’Union européenne peut parfaitement être tranchée par un référendum, il est douteux qu’il en soit ainsi sur la question de l’Euro. Car, à quelles questions les citoyens auraient-ils à répondre ? Faudrait-il dire « êtes-vous pour ou contre l’Euro », ou « êtes-vous pour l’Euro au prix de politiques d’austérité renforcées ou contre ces politiques », ou enfin « êtes vous pour un Euro avec un mécanisme de solidarité et de transfert entre les pays membres ou contre l’Euro » ? On ne peut multiplier les questions posées sous peine de vider la procédure référendaire de son sens et de son esprit.

 

En fait, il faut reconnaître la légitimité de l’action gouvernementale à traiter de problèmes qui peuvent être très fortement contextualisés. La question qui se pose en Grèce (ou qui se poserait dans un autre pays) n’est pas celle de l’Euro en général mais celle de l’Euro dans le contexte de la logique de l’austérité et plus précisément de l’affrontement entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec. Nous sommes ici dans une situation qui peut être assimilée à un état de guerre économique, qui empêche le fonctionnement normal des institutions dans le cadre normal. En cela, cette question relève de la décision exceptionnelle, celle que le gouvernement peut prendre dans le cas d’un état d’exception et où il peut s’affranchir temporairement du respect de la lettre de la loi et des traités afin d’assurer la survie de la Nation et de reconstituer le cour normal des événements. De ce point de vue, il faut reconnaître que l’état d’exception se caractérise par la suspension de certaines normes de la légalité dans le but de reconstruire les conditions d’exercices de ces mêmes normes. Le fait de prendre des mesures dites exceptionnelles traduit le fait que le gouvernement est bien souverain.

 

Ainsi, ce serait une erreur d’abdiquer la responsabilité gouvernementale et de se réfugier derrière l’argument du « choix démocratique » (qui n’en serait pas un) à travers la mise en place d’une procédure référendaire. La situation de la Grèce (mais ceci pourrait être transposable dans d’autres pays) est celle d’une urgence économique qui interrompt le cours normal des règles et des lois. Pour rétablir ce cours, ce qui est l’essence même de la démocratie, on ne peut agir suivant les règles et les lois mais il faut avoir recours à des mesures d’exception dont la finalité sera de ramener la situation à la normale. Ceci, dans l’esprit même de la démocratie, est le propre de l’action du gouvernement, et qui plus est d’un gouvernement récemment élu de manière parfaitement démocratique, qui est censé être le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ce gouvernement doit, maintenant, assumer ses responsabilités.

 

[1] www.jacobinmag.com/2015/05/kouvelakis-syriza-ecb-grexit/ (http://www.jacobinmag.com/2015/05/kouvelakis-syriza-ecb-grexit/)

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