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  • : Villiers sur Orge- La Vie en Blog
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 19:18
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 16:40

Un autre regard sur l'actualité locale...

Echec et réussite scolaire...

Ou en est la réouverture de la maison des jeunes...

 

La municipalité annonce fièrement avoir fait le choix d’externaliser la conception du bulletin, pour des raisons de coûts, cela va sans dire, si le fond est à l’identique des précédents, du genre tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sur la  forme c’est encore pire.

 

Madame le maire et ses commensaux donnent toujours dans l’autosatisfaction :

 

A Brossolette l’ensemble des bâtiments rendent la vie des tous petits et grands beaucoup plus agréable. Nous serions très nombreux à apprécier le nouvel espace médiathèque, quid de son contenu culturel et informationnel. La soupe est bonne puisque c’est nous qui l’avons faite.

 

Pour ce qui concerne  la  réforme Peillon, qui ne s’imposait pas, nous apprenons ce que nous savions déjà, c'est-à-dire qu’elle été mise en œuvre sans les mesures d’accompagnements prévues par le gouvernement, du fait des travaux à l’école primaire et de l’absence de moyens financiers correspondants ce qui n’empêche pas  madame le maire de nous assurer de sa volonté de nous offrir, dans tous les domaines   un service à la hauteur de nos attentes. Comment fera-t-elle ? Mais il est vrai que ses compétences se réduisent comme peau de chagrin.

 

Par contre  les embouteillages à l’entée et à la sortie des classes  permettent de réaffirmer que le choix d’agrandir n’était pas  le plus pertinent, mieux aurait valu créer un troisième,  voire un quatrième groupe scolaire. En outre l’utilisation de la rue Guy Môquet par les personnes à mobilité réduite (PMR) n’a pas été facilitée. A partir de la rue Pierre  Sémard jusqu’à la Place de la Libération il faut utiliser alternativement un trottoir puis l’autre du fait des pentes et contre pentes  et de l’absence de remise en état après les travaux annoncés, page 7, comme étant terminés. Il faut croire que la législation PMR ne s’applique pas à la voirie de desserte.

 

Page 4, stop et re stop accompagnés de menaces coercitives, rien sur l’éducation et la prévention alors que, là même ou il y a association de stop et de gendarme couché, le plus souvent l’arrêt n’est pas marqué. Mais les élus dits de proximité ont d’autres préoccupations, à l’égal de nos gouvernants nationaux qui entendent ramener la  vitesse de 90 à 80 km/h sur quelques tronçons de routes secondaires plutôt que de créer des zones de  dépassements sécurisées.  

 

Pendant ce temps là notre plus  grand voyageur devant l’Eternel fait repentance sur l’esclavage et la traite des noirs  mais omet soigneusement de parler de cet esclavage plus actuel, qu’il encourage au sein des entreprises, y compris individuelles, qui fait que deux millions de travailleurs sont atteint de burn out ( épuisement professionnel), certains jusqu’au suicide, dont la charge équivaudrait à  près de trois milliards d’euros pour la sécurité sociale pris en charge , mais pas toujours, au titre des accidents ou maladies professionnelles. La législation est inexistante ou reste très floue en ce domaine.

 

Enfin, nous apprenons à la fin du pavé que le nombre de places de stationnements du Clos de Brinvilliers, conçu et  aménagé récemment  par la municipalité sortante réélue est insuffisant, 7 sont en cours d’aménagement.

 

Page 5, nous savions que le Petit Casino avait changé de gérance mais non  pas, ainsi que l’entrefilet le donne à penser, que la commune propriétaire des lieux les avait cédés. Souhaitons beaucoup de réussite aux nouveaux gestionnaires, qui sont de bon accueil, ainsi qu’une fréquentation plus importante , au vu de l’étiquetage somme toute raisonnable compte tenu de leurs conditions d’approvisionnements bien loin de celles des grandes surfaces.

 

Page 6 ou  Projet jeunesse: Ou en en est-il ?

 

Tous ceux et celles qui se sentent concernés par les problèmes d’accompagnement scolaire savaient depuis longtemps que la « maison des jeunes » battait de l’aile et qu’elle devait être refondée. Elle est aujourd’hui fermée, les personnels auraient été réaffectés.

 

Sa réouverture interviendra –t-elle en tant que prolongement de la réforme Peillon, avec des activités de loisirs culturels venant , éventuellement en tant que soutien scolaire complémentaire  qui, il faut le souligner,  n’est pas de la compétence de la commune…, la gestion de la structure sera-t-elle pluraliste, associant prioritairement les parents dont les enfants sont en échec , les premiers concernés par une refonte du système éducatif 

 

Une étude diagnostic - territoire – populations - besoins- aurait été lancée en septembre 2014 par le biais d’un questionnaire élaboré par le personnel communal. Il  aurait été ensuite adapté aux différentes classes d’âges.

Huit mois plus tard les réponses  seraient en cours d’étude alors que le  "programme éducatif local" aurait pu servir de document de référence s’il n’était   vide de sens.

 

Sur quelles bases ce document a-t-il été élaboré, quel est son contenu ? Comme à l’habitude nous le  sauront lorsque les décisions auront été prises et encore ce n’est  pas certain, alors que, parents, tous, pas simplement ceux du système associatif dont l’audience est relativisée par une participation minoritaire, un bon tiers seulement, aux élections annuelles de représentativité, grands parents,  simples citoyens soucieux du devenir d’un  système éducatif qui se délite,  contribuables, nous sommes tous concernés ne serait-ce qu’en termes de solidarités inter générationnelles.

 

A  ne pas nous interroger sur les raisons de l'échec scolaire qui aboutit à la reproduction à identique  des élites dirigeantes à tous les niveaux, administratifs, politiques (1), économiques par ce qu'on dénomme aujourd'hui les  "Young leaders " ou apparentés,  programmés dès leur plus tendre enfance pour  prendre la relève de leurs géniteurs, nous n’apporterons pas les bonnes réponses aux vraies questions pour la bonne et simple raison qu’elles n’auront jamais été posées avec suffisamment de force pour être entendues par le  plus grand nombre à commencer par les parents des élèves en difficultés qui les premiers sont mis sur la touche de la «société de consommation».

 

Ainsi, progressivement, la majorité des générations futures en sera réduite à survivre de petits boulots et d’expédients. Seuls quelques uns réussiront à s’approprier un strapontin à la remorque des nouveaux Seigneurs pour se satisfaire d’aller ovationner les mercenaires à leur solde dans les grands stades, ou les visionner, via  les étranges lucarnes, sur les champs de batailles, en Afrique, au moyen prient, en Asie, en Europe centrale, ou en Amérique  pour tenter d’amener les récalcitrants et les contestataires à résipiscence.

 

Attention au retour du boomerang.

 

Prendre conscience des limites de système éducatif (1) pour y remédier est la condition première du redémarrage de l’ascenseur social en panne depuis des décennies malgré les rodomontades des gouvernements successifs dont les mesurettes  en trompe l’œil n’ont fait, au mieux, que perpétuer les inégalités cultuelles d’origine, voire même les aggraver compte tenu de la masse de connaissances accumulées par l’Humanité dans le même laps de temps.

 

Mais il  serait vain de prétendre permettre à chacun, chacune  d’accéder à l’emploi sans un niveau de culture offrant la possibilité de procéder à des reconversions ultérieures, compte tenu de la nécessité  d’adopter les savoirs faire à la perpétuelle évolution des sciences et des techniques ou de reprendre, si nécessaire, des études  pour sortir de l’impasse.

 

Cette seconde mesure resterait elle-même inopérante si nous n’agissions   pour ouvrir une perspective de plein emploi, avec des revenus  correctement rémunérés, à la mesure des besoins non satisfaits en France,  en matière d’éducation, de santé, de production industrielle et manufacturière et de loisirs. Le raisonnement vaut en tous lieux.

 

Alors que de tous  les pays d’Europe, c’est en France que le temps consacré à l’éducation de la citoyenneté est le plus important du primaire au lycée, on peut douter de l’efficience du système en place.

 

Mais là encore quel contenu, les valeurs de la république du moins ce qu’il en reste, la laïcité, le communautarise qui lui est opposé,  la citoyenneté européenne qui est un mythe, la libre circulation des échanges qui met notre économie à mal,  détruit l’emploi et la protection sociale ? Le champ des mauvaises intentions est vaste…

 

En l’absence de  prise de  conscience des enjeux et de la nature des Bastilles à renverser, ainsi  que du fait de  l’impuissance de  l’individualisme, il n’y aura pas d’issue positive  possible.

 

Page 11 l’article sur le haut débit  nous laisse bien seuls face à Tutor et aux nouveaux opérateurs. Dém… nous pour imaginer la suite…

 

Les édiles mettent l’accent sur la chasse  aux déjections canines, mégots et autres détritus, pour faire bon poids nous pouvons y ajouter  le sophisme,   les scories intellectuelles d’où qu’elles viennent.

 

Honni soit qui  mal y pense, bénis soient les autres.

 

                                                                                                                     Jack Freychet

 

(1) Consulter http://www.education.gouv.fr/cid66583/conditions-de-scolarisation-et-facteurs-de-reussite-scolaire.html y sont abordées toutes les lacunes relevées à Villiers sur Orge, mais ce sont des sujets que Najat Vallaud - Belkacem, Valls, Hollande, n’abordent pas et pour cause, les autres non plus d’ailleurs pour se satisfaire de criailleries dans les hémicycles.

 

Voir en particulier sur le site :

Performances scolaires, orientation et inégalités sociales d’éducation

Évolution en France en quatre décennies par :

 

Mathieu Ichou             CNRS & Sciences Po

Louis- André Vallet    CNRS & Laboratoire de Sociologie quantitative

 

Court extrait : « En quatre décennies, l’inégalité devant l’école a partiellement changé de nature et est devenue apparemment davantage « méritocratique … Avant la réforme, les victimes de la sélection pouvaient en rendre responsable le système, qui ne leur avait pas donné leur chance. En leur donnant apparemment leur chance, sans pour autant combattre efficacement les pesanteurs sociologiques, la réforme des collèges a rendu les élèves responsables de leur échec ou de leur succès. Elle a transformé en mérite ou en incapacité personnelle ce qu’on aurait auparavant imputé aux hasards de la naissance. La charge des inégalités devant l’école n’incombe plus à la société mais aux individus. »

 

Note complémentaire de JF : Mais ce n’est évidemment qu’un des aspects du dossier, car c’est par  la source  des inégalités socioculturelles d'origine, qui s’aggravent, qu’il faut commencer, puis continuer au niveau des écoles maternelles et surtout primaires, le maillon faible. Au collège, c'est plus difficile car, pour l’essentiel, les jeux sont faits. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, ce sont ceux qui ont le plus intérêt au changement qui devraient en être le moteur. Les candidats une fois élus ont d’autres  préoccupations.

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 17:02

Article repris sur Comité valmy

 

Président de la République et ministres de droite ou de gauche issus des programmes franco-américains, franc-maçonnerie dans les rang de l’Assemblée et du Gouvernement qui défend "sa" conception républicaine, d’autant plus fortement que la "mondialisation républicaine" se trouve, par hasard et par accident ralentie ... On se croirait dans un mauvais film d’espionnage. L’on est simplement dans la France moderne et contemporaine. Cette France qui n’est plus française, qui en a même semble-t-il honte, comme d’un parent pauvre que l’on veut cacher. Et l’on comprend beaucoup mieux pourquoi la politique menée par les élites, de droite comme de gauche, ne défend pas les intérêts de notre pays.

 

Comme le processus de destruction de ce qui reste de l’identité française allait bien, la construction européenne aidant, l’on n’entendait pas trop les membres de la franc-maçonnerie française, il n’était pas nécessaire de faire du bruit. La multiplication des conflits au Moyen Orient, la crise économique et financière importée en Europe de celle des subprimes aux Etats Unis, les printemps arabes sanglants et déstructurants , ont jeté vers les pays européens une foule de population aux aboies. Une foule que les pays européens ne peuvent assumer, surtout en période de crise et parce que de toute manière il n’est pas possible pour l’Europe, sauf à se détruire, d’ingérer tout le malheur du monde. C’est une politique irresponsable et inefficace, notamment pour les pays en conflits concernés. Or, maintenant que la tension monte, l’on voit se réactiver les réseaux. Cela est d’autant plus facile lorsqu’ils sont au Gouvernement, dans le sens direct du terme. Comme l’écrit le Figaro, sans en être pour le moins choqué :

 

"En mai 2012, le GODF, traditionnellement orienté à gauche, a vu d’un bon œil la victoire de François Hollande et l’arrivée de frères au gouvernement, qu’il s’agisse de Manuel Valls, qui a fréquenté les loges durant huit ans, de Jean-Yves Le Drian, Victorin Lurel, Frédéric Cuvillier ou Jérôme Cahuzac - ce dernier étant finalement suspendu du GODF après le mensonge avoué sur son compte bancaire à l’étranger. De plus, la charte de la laïcité et les projets d’enseignement de « morale laïque » mis en avant par le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, qui n’est pas initié, ont séduit les frères du GODF."

 

Et si l’on se demandait pourquoi des lois impopulaires passaient, sans qu’un réel débat social ait eu lieu sur des questions aussi importantes que le mariage pour tous ou la laïcité, c’est parce que, en plus du Gouvernement, les rangs de l’Assemblée sont également pris d’assaut. Volonté affichée ouvertement par le Grand Maître José Gulino dès 2012. Et ça marche.

 

"Le GODF a aussi repris fin 2012 le contrôle de la Fraternelle parlementaire (Frapar), en faisant élire l’un des siens, le député socialiste du Nord Christian Bataille à la tête de cette amicale des francs-maçons de l’Assemblée nationale et du Sénat. Celle-ci compte plus de 400 membres, dont 150 élus, soit 15 % du total des parlementaires. Christian Bataille sait s’y prendre pour pousser ses pions : il a déjà présidé la Frapar et il professe une foi de charbonnier dans les valeurs maçonniques. Celles-ci le conduisent à se transformer en avocat de causes aussi controversées que la lutte contre les langues régionales, au nom du jacobinisme, et en faveur de l’exploration des gaz de schiste, au nom de la science. Cette première offensive liée au retour de la gauche au pouvoir a produit quelques résultats, que ce soit pour promouvoir le mariage pour tous, défendre les réformes fiscales ou contrer la récupération du thème de la laïcité par l’extrême droite."

 

Ainsi, la Fraternelle parlementaire, qui rassemble des députés et des sénateurs s’est largement emparée du thème de prédilection de la laïcité. L’on comprend mieux pourquoi aujourd’hui elle se traduit en montée de la haine pure et simple contre le christianisme, cette religion qui a le malheur d’avoir posé les bases de la société française.

 

Pour compléter le tableau, en restant dans la même ligne idéologique, l’on voit également l’affermissement des intérêts américains dans la gouvernance française. En 1981, la French American Foundation a créé le programme Young Leader, financé par AIG, Lazard et Footprint consultants. Sorte de version moderne, plus neutre, moins marquée et connue dans la société que la franc-maçonnerie. Aujourd’hui, il comprend plus de 400 dirigeants issus de la haute fonction publique, du monde de l’entreprise, des médias, de la recherche et même de l’armée. Chaque année 20 français et américains sont sélectionnés. En 2014, Alain Juppé, lui même ancien Young leader, a organisé le séminaire à Bordeaux pour la promotion 2014 avec des anciens comme le directeur général d’Alcatel Lucent Michel Combes, par exemple.

 

La formation 2014 comprend :

French Young Leaders

Gwenhaël Le Boulay, Partner and Managing Director au Boston Consulting Group
Nicolas Escoulan, Directeur de la Rédaction d’Europe 1
Frank Gervais, Président-Directeur Général de Thalys International Dr Pierre-Antoine Gourraud, PhD MPH, Professeur Assistant en charge de la médecine digitale translationnelle, Faculté de Médecine, Département de Neurologie de l’Université de Californie à San Francisco
Fatima Hadj, Associate Director à Standard & Poor’s
Cyril Kammoun, Managing Partner and CEO d’Aforge Degroof Finance
Julia Minkowski, Associée du Cabinet Temime et Associés
Le Lieutenant-Colonel Jean de Monicault, Rédacteur du Chef d’Etat-Major des Armées en charge des affaires stratégiques au Ministère de la Défense
Alexis Morel, Directeur de la Stratégie de Thales
Abdel Malek Riad, Conseiller économique du Président de l’Assemblée Nationale
Lubomira Rochet, Chief Digital Officer et membre du Comité Exécutif de L’Oréal
Alexandre Zapolsky, Fondateur et Président de Linagora

American Young Leaders

Elizabeth Askren, Freelance Conductor (Théâtre du Châtelet, Théâtre de St Quentin), Cultural Attaché, Fondation des Etats-Unis
Major Jordan Baker, Defense Policy Advisor, United States Mission to NATO
Emma Fuerst Frelinghuysen, Senior Director, Private Brands, FreshDirect
Guy Mounier, Chief Executive Officer, CustomerMatrix
Anna « Anya » Neistat, Associate Director, Program/Emergencies, Human Rights Watch
Reshma Saujani, Chief Executive Officer and Founder, Girls Who Code
Dana Stroul, Senior Professional Staff member, Middle East and North Africa, U.S. Senate Foreign Relations Committee
Joseph « Jay » Truesdale, Chief of Staff, U.S. Embassy, Islamabad

Dans cette France américaine, on retrouve des hommes et des femmes, de droite comme de gauche, cela n’a plus strictement aucune importance, formés à composer avec l’intérêt national. Car il y a semble-t-il plus important. Et ils détiennent les rênes du pouvoir. Comme l’écrit très justement Atlantico :

"Exit Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab... Place à François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Aquilino Morelle (plume du Président), etc. « Enfin des têtes nouvelles ! » entend-t-on ici ou là. Nouvelles ? Tout est relatif, quand on sait décrypter la liste ci-dessus : en fait, tous ces « Young Leaders » de l’UMP ont laissé la place à des « Young Leaders » du Parti socialiste.
Car François Hollande et Pierre Moscovici depuis 1996, Marisol Touraine et Aquilino Morelle depuis 1998, Arnaud Montebourg depuis 2000 et Najat Vallaud-Belkacem depuis 2006, sont tous des « Young Leaders »."
Et la notion de clan joue directement lors de la composition des équipes gouvernantes, même si l’information n’est manifestement pas trop diffusée en France :

"sur les 8 socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, 6 rentrent dans son gouvernement cette semaine.

(Ne restent sur la touche, pour le moment, que Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », etOlivier Ferrand, l’ambitieux président du think-tank Terra Nova ayant permis l’élection de François Hollande aux élections primaires ; deux candidats impatients de rejoindre leurs camarades Young Leaders au gouvernement). Beau tir groupé, comme s’en enorgueillit à juste titre le site américain (« The French-American Foundation is proud to have five Young Leader in the cabinet of President François Hollande, himself a Young Leader in 1996”), tandis que le site français n’en dit pas un mot. "

Comme le souligne très justement A. Latsa, même si quelques hommes politiques de droite sont favorables à de bons rapports avec la Russie, la plupart sont focalisés sur un axe exclusivement américano-centré :

 

"En effet, environ 25% de nos députés sont membres du groupe d’amitié France-Amérique. Dans ce groupe relativement discret qui est dirigé, c’est tout un symbole, par Louis Giscard d’Estaing, fils de l’ancien président français Valery Giscard d’Estaing, on trouve un bon nombre de députés de droite, en compagnie de députés socialistes."

Trois conclusions principales en découlent toutes seules, logiquement.

Sur le plan de la politique intérieure, on comprend mieux les sources de cette dissociation croissante entre les élites et la population. Fossé qui oblige à une radicalisation des élites, d’une minorité dirigeante, qui doit, pour faire imposer ses points de vues, discréditer ceux des autres. Autrement dit, il ne peut plus y avoir de pluralisme d’idées, car il n’y a plus de respect de l’autre. Par exemple, celui qui défend la famille traditionnelle est un extrémiste, et l’on ne parle pas avec les extrémistes.

 

Lorsque le pluralisme d’idées est mis à bas, il ne peut y avoir de pluralisme politique, car les différents partis politiques doivent justement représenter et défendre des visions différentes de la société. Ce qui est inconcevable aujourd’hui. "L’autre politique" est hors du champ démocratique, donc hors du champ du débat politique. Pour autant, il est tout autant inconcevable de déclarer l’instauration du parti unique, car la politique serait morte. La France ne peut pas encore l’accepter, s’enterrer vivante tant qu’il reste un souffle, donc il faut maintenir les apparences. Et pour maintenir les apparences, il faut maintenir une alternance entre des personnes, qui ont été plus ou moins canalisées et formatées au préalable pour ne pas prendre de risques. Le changement de visage, s’interroger sur Cécilia et ensuite passer à Valérie, permet de donner l’impression d’un changement politique. Et l’essentiel est préservé : le cap, lui, est gardé.

 

Enfin, il en découle que la politique étrangère française ne peut être, dans ce contexte, autre chose que ce qu’elle est. La France ne peut que soutenir, contre toute logique, contre ses valeurs et son histoire, les sanctions contre la Russie parce qu’un Gouvernement d’extrême droite massacre sa propre population civile sur les terres d’Ukraine. Parce que la France et l’UE se moquent de l’Ukraine et de sa population comme de leur première liquette. La France ne peut qu’aller vers une ratification du traité transatlantique TTIP qui lui retire sa souveraineté économique, notamment. La France ne peut que se dissoudre dans une Union européenne qui détruit ce qui reste de culture européenne. La France ne peut avoir de politique étrangère, elle ne peut qu’être un pays aligné ou satellite, selon la terminologie préférée.

Dans ce contexte, la France américaine ne peut que trahir la France.

Karine Bechet-Golovko  
jeudi 30 avril 2015

Russie politics

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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 16:15

RETABLISSONS LA VERITE HISTORIQUE 

Par Michel ETIEVENT, 11 mai 2015

           

Prenons les devants.... Lors de l'hommage national du 70ème anniversaire de la sécu (si jamais il est rendu!!!!!...), attendez vous encore et ceci malgré l'énorme travail fait pour rétablir l'histoire, à ce qu'ils disent que la sécu a été fondée par Pierre Laroque. ( Ainsi qu’il est  dit souvent…). Ce qui est curieux c'est que lorsque l'on évoque une loi, on lui donne toujours généralement le nom du ministre qui l'a promulguée et non du fonctionnaire qui a participé à sa mise en place: Ainsi dit-on : Loi Macron, Loi Juppé ou Loi Weil par exemple. Et bien non, là on vous dira loi Laroque qui n'était que le fonctionnaire de Croizat ( directeur de la sécu). Ben, tiens, on ne va pas donner à une institution enviée dans le monde entier et que socialistes, patrons et droite s’évertuent à casser, le nom d'un ministre communiste.

 

Et pourtant c'est lui, lui le bâtisseur de ce beau conquis social de janvier 1946 à juillet 1946 alors qu'il est ministre du travail et de la Sécurité Sociale ( de novembre 1945 à mai 1947) , On vous parlera encore d’une création de De Gaulle... oui mais, voilà,  De Gaulle avait déjà démissionné ( 15 janvier 1946) lorsque Croizat, après avoir conçu les lois ( de création de la sécu ( mai, juin 1946) ) , mit en place les 138 caisses avec la CGT et le peuple de France. (Malgré l’opposition violente de la droite, des assurances privées, des médecins, des patrons, des notables mutualistes, de la CFTC.)

 

De plus De Gaulle sera le premier à la casser en octobre 1967 avec les ordonnances Jeanneney qui suppriment les élections démocratiques des caisses, divisent la sécu en trois branches et établissent le paritarisme qui donne la gestion aux patrons.

 

Juste une petite vérité a rétablir: Pierre Laroque n'est que le commis d'écriture qui mit en forme l'ordonnance portant création de la sécu du 4 octobre 1945. Cette ordonnance est une émanation directe du CNR et de la réflexion et conception collective menée sous la maîtrise d'oeuvre de Croizat dès sa nomination comme président de la Commission du Travail à l'assemblée consultative ( juin 1943) du Gouvernement provisoire à Alger. Et ceci en lien très actif avec les services du ministère de la Santé dirigé par François Billoux, autre ministre communiste, jamais évoqué lorsque l’on parle de la sécurité sociale. 

 

Pierre Laroque ne prendra d’ailleurs ses fonctions qu’en septembre 1944. C'est sûr qu’il est difficile d'admettre la réalité de l’Histoire et surtout l'actualité brûlante et la modernité d'un homme comme Ambroise Croizat à l'heure où droite, patronat  et socialistes veulent privatiser ce bien national qu'est notre belle sécurité sociale.

 

Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Ambroise Croizat et pour ce 70eme anniversaire est de nous battre sans cesse partout pour que la securité sociale ne soit pas une coquille vide livrée au privé mais qu’elle reste ce que Croizat et le peuple de France qui l’ont bâtie ont voulu qu’elle soit : un vrai lieu de solidarités, un rempart au rejet, à la  souffrance et à l’exclusion

Amities a tous

                                                                                                                         MICHEL ETIEVENT

Merci de partager abondamment

 

 

                                                                

" Rien ne pourra se faire sans vous" clamait-il à l'adresse des travailleurs le 12 mai 1946, " la sécurité sociale n'est pas qu'une affaire de lois et de décrets. Elle implique une action concrète sur le terrain, dans le lutte, dans l'entreprise, elle réclame vos mains".

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 16:59

Le 9 mai 2015 à Moscou

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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 14:09
A l’occasion de la commémoration des 8 et 9 mai 1945

Par Jacques Sapir

Texte repris sur Comité valmy

 

Les commémorations du 70ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale les 8 et 9 mai prochain ont une très forte charge symbolique. Elles nous invitent à regarder notre propre histoire, mais aussi ce que nous en faisons. La Première Guerre Mondiale, dont les commémorations du centenaire vont se poursuivre jusqu’en 2018 a marqué la fin du XIXème siècle. Elle contenait, ainsi que les autres guerres du début du siècle calendaire, des éléments que l’on va retrouver dans le second conflit mondial. Ainsi, les « camps de reconcentration », imaginés par Kitchener lors du second conflit Anglo-Boer[1] ou encore le génocide des arméniens, commis par les autorités ottomanes en 1915. Ceci est aussi vrai pour les formes de la guerre ; la « guerre des tranchées » a été imaginée lors du siège de Port-Arthur lors du conflit Russo-Japonais de 1904-1905. On doit donc reconnaître que le premier conflit mondial a signifié le basculement de l’Europe, et au-delà du monde, dans un nouvel univers fait de violence industrialisée, avec un effacement progressif de la distinction entre civils et militaires. Mais, le second conflit mondial a construit largement nos imaginaires et nos références politiques. Il n’est pas, il n’est plus, le « continuation de la politique par d’autres moyens » pour reprendre la formule de Clausewitz. La Seconde Guerre Mondiale est le premier conflit où l’idéologie à progressivement pris le dessus sur le calcul rationnel.

 

Causalités

Il n’est plus de bon ton, dans l’enseignement, d’évoquer la question des causes des conflits. On préfère se complaire dans une victimisation générale. Non que le point de vue du « soldat de base » ou du simple civil ne soit pas important. Mais, il ne doit pas obscurcir la question des responsabilités du conflit. Et pour comprendre cette question des responsabilités, il faut nécessairement enseigner les causes mais aussi le déroulement du conflit. A cet égard, les nouveaux programmes d’histoire en Collège et en Lycée sont largement fautifs.

 

On ne peut traiter de la Seconde Guerre Mondiale sans aborder la question des accords de Munich, et en particulier le fait que les franco-britanniques se séparèrent des russes pour traiter avec Hitler [2]. On peut discuter longuement si la France et la Grande-Bretagne avaient réellement besoin de ces accords. On sait aujourd’hui toute la dimension du bluff d’Hitler dont l’aviation n’est nullement prête, même si elle aligne des matériels plus modernes que ceux des britanniques et des français. Les manœuvres de début septembre 1938 se solderont d’ailleurs par un taux incroyable d’accidents. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’aide que l’Union soviétique était prête à apporter, en particulier par la livraison d’avions modernes (I-16) à la France. Enfin, l’armée tchécoslovaque était loin d’être négligeable. Il faut ici signaler que les chars tchèques équipaient deux divisions blindées allemande en mai 1940. Mais, l’importance de ces accords est qu’ils ont convaincu Staline, dont la paranoïa suspicieuse était déjà naturellement en éveil, que les français et les britanniques ne voulaient pas la guerre contre Hitler. En Grande-Bretagne, seul Winston Churchill eut des mots forts et prémonitoires sur la guerre à venir [3].

 

Il fut conforté dans cette pensée par l’accord entre l’Allemagne et la Pologne (qui profita de l’accord de Munich pour s’approprier un morceau de territoire tchécoslovaque) qui aboutit au dépeçage de la Tchécoslovaquie restante en mars 1939. Il faut ici souligner la stupidité du gouvernement polonais (et son aveuglement). Il s’allie avec l’Allemagne alors qu’il est le prochain sur la liste des victimes.

 

Cela éclaire le pacte Germano-Soviétique d’août 1939. De ce pacte, une partie est pleinement justifiée. Comprenant que les britanniques et les français ne sont pas fiables, Staline cherche à mettre l’URSS hors de danger. Une autre partie éclaire cependant les tendances impérialistes de Staline, celle où il négocie en secret avec Hitler l’annexion des Pays Baltes et d’une partie de la Pologne. En déduire cependant à une « alliance » entre Hitler et Staline est allé vite en besogne. Les troupes soviétiques qui entrent en Pologne le 17 septembre 1939 ont ordre, si les troupes allemandes ne respectent pas leur « zone d’occupation » de les « balayer ».

 

Staline face à Hitler.

En fait, Staline sait qu’une guerre avec l’Allemagne nazie est inévitable. Il espère simplement en retarder le déclenchement le plus longtemps possible. L’interruption du programme naval du 3ème plan quinquennal en septembre 1940, et le transfert de l’acier vers la construction de chars supplémentaires, est  bien la preuve que Staline sait un affrontement inévitable. Mais, il commet l’erreur de prendre Hitler pour une personne rationnelle. Persuadé que l’Allemagne n’attaquera pas l’URSS tant que se poursuit la guerre contre la Grande-Bretagne, Staline, et avec lui la direction soviétique, se laisse surprendre par la décision d’Hitler de l’attaquer en juin 1941.

 

En janvier 1941 se tinrent deux « jeux de guerre » (Kriegspiel) au Kremlin, le premier du 2 au 6 janvier et le second du 7 au 14 janvier [4]. Le premier fut un jeu défensif dans lequel les forces soviétiques furent confiées au maréchal Pavlov et les forces allemandes (ou « bleues » dans la terminologie soviétique) au général G.K. Zhukov. Ce dernier encercla les forces soviétiques et déboucha vers l’Est rapidement. Les cartes de ce premier « jeu » sont intéressantes car elles se révèlent très proches de la manœuvre faite dans la réalité par les forces allemandes. Notons déjà que, si Staline avait réellement cru en la parole d’Hitler, on ne voit pas la nécessité de ce « jeu », tenu sur son ordre, et sous sa présence, au Kremlin. Le second « jeu » avait pour but de tester une contre-offensive et vit les adversaires de hier échanger leurs camps respectifs. Zhukov, à la tête désormais des forces soviétiques non seulement stoppa l’avancée allemande mais mena une contre-offensive qui devait le mener aux portes de la Roumanie et de la Hongrie.

 

Un troisième « jeux », qui nous est encore plus mal connu, se tint toujours au Kremlin au début de février 1941. Ce nouveau « jeu » testa une offensive allemande qui serait lancée depuis la région de Bobrouïsk vers Smolensk et l’important « pont de terre » entre la Dvina et le Dniepr qui commande l’accès à Moscou. Il implique donc que Staline s’était résolu à l’idée d’une pénétration en profondeur des armées allemandes sur le territoire de l’URSS. Dans ce « jeu », Zhukov appliqua une défense échelonnée pour épuiser d’abord le potentiel des divisions blindées allemandes, puis passa à une contre-offensive à partir des deux ailes. Ceci correspond au scénario qui sera appliqué à Koursk en juillet 1943. Ce « jeu » démontra la supériorité d’une bataille d’arrêt, suivie d’une contre-offensive, sur une offensive préemptive. Il démontre qu’à cette date on ne peut plus douter du sérieux avec lequel la possibilité d’une attaque allemande était envisagée.

 

Mais Staline reste persuadé que cette guerre n’éclatera pas avant 1942 ou 1943. Ce en quoi il se trompe. Et, dans l’atmosphère de terreur et de suspicion qui règne au Kremlin, cela suffit à discréditer les informations qui remontent dès mars-avril 1941 sur les préparatifs allemands. Ajoutons que l’Armée Rouge était au milieu de ce que l’historien militaire américain David Glantz a appelé une « crise institutionnelle »[5], à laquelle s’ajoute la perte des transmissions avec les échelons avancés. Ce fut, en effet, l’une des principales raisons de la confusion qui régna dans les premiers jours de l’attaque à Moscou.

 

Ajoutons que Staline acquiesça aux demandes de Zhukov du mois d’avril et de mai 1941[6], à l’exception de la mise en alerte des districts frontaliers, qui fut jugée comme pouvant apparaître comme une « provocation » par les Allemands. La phrase par laquelle Vassilevski réveilla Zhukov au matin du 22 juin, « cela a commencé »[7], montre bien que les chefs de l’Armée savaient à quoi s’en tenir.

 

Les trois guerres d’Hitler.

Il faut aussi rappeler que dans ce conflit, et si l’on met de côté les affrontements de Chine et du Pacifique, trois guerres se sont superposées. Cette superposition donne aussi à ce conflit sa nature profonde.

 

La première des guerres est une guerre pour la domination européenne. Quand Hitler attaque la Pologne, puis se tourne contre la Grande-Bretagne et la France, il ne fait que reprendre à son compte les rêves de Guillaume II et de l’Allemagne impériale. Mais, en gestation dans cette guerre, contenu dans les atrocités encore limitées certes que l’armée allemande commet en Pologne, mais aussi dans le nord de la France ou des soldats britanniques et de l’infanterie coloniale française sont sommairement exécutés, se trouve la seconde guerre des nazis. Il faut donc ici rappeler que les violences et les crimes de l’armée allemande ne furent pas que le fait des troupes nazies, et qu’ils commencèrent très tôt dans le conflit.

 

Cette seconde guerre se déploie totalement lors de l’attaque contre l’Union Soviétique en 1941. C’est une guerre d’asservissement des populations slaves, et en particulier – mais non exclusivement – de la population russe. La France commémore avec horreur et tristesse la mémoire du massacre commis en juin 1944 par la Das Reich à Oradour-sur-Glane ; mais c’est par centaines que se comptent les villages martyrisés par l’armée allemande, et pas nécessairement les unités de la SS, en Biélorussie, en Russie et en Ukraine orientale. La sauvagerie de la soldatesque allemande envers la population, mais aussi de la population allemande envers les travailleurs, hommes et femmes, raflés et traités en esclave sur le territoire du Reich n’a pas connue de bornes. La violence de cette guerre arme le ressort d’une haine inexpiable qui s’abattra sur le peuple allemand en 1945.

 

La troisième guerre commence au même moment, mais va prendre une signification particulière au moment où les perspectives de victoire de l’Allemagne s’effondrent, c’est la guerre d’extermination contre les populations juives. La question de ce qui est connu sous le non de « Shoah par balles » montre que toute l’armée allemande collabore, à des rares exceptions, à ces massacres. Mais, la « Shoah par balles » met aussi en lumière la participation des supplétifs, essentiellement ukrainiens, dans ces massacres où périrent entre 1,3 millions de personnes. Cependant, c’est à la suite de la défaite subie devant Moscou que cette troisième guerre se radicalise avec la volonté avérée du régime nazi d’exterminer tous les juifs des territoires qu’il contrôle. Cette guerre va prendre un tournant obsessionnel comme en témoigne l’allocation de moyens de transport dont l’armée allemande avait pourtant désespérément besoin au programme d’extermination. A l’été 1944, alors que l’armée allemande bat en retraite sous le coups des offensives des l’armée rouge, que ce soit Bagration ou l’opération Iassy-Kichinev, le pouvoir nazi réquisitionne des centaines de trains, dépense des centaines de tonnes de carburant, pour conduire à la mort plus de 400 000 juifs hongrois. En cela, la guerre d’extermination et son symbole, les chambres à gaz, est tout sauf un détail.

 

Une guerre idéologique.

De fait, cette troisième guerre devient la « vrai » guerre pour Hitler et ses séides, la seule qu’ils espèrent gagner. Elle sert aussi au régime nazi à souder autour de lui la population allemande, et les alliés de circonstances qu’il a pu trouver, en raison de l’horreur des crimes commis. Si la guerre d’asservissement menée contre les populations slaves rendait peu probable une paix de compromis à l’Est, la guerre d’extermination, dont le principe fut connu des soviétiques dès le début de 1942 et des britanniques et des américains dès la mi-1942, eut pour effet de durcir jusqu’à l’inimaginable le conflit à l’Ouest. Du fait de ces deux guerres, l’Allemagne nazie ne pouvait que vaincre ou périr et, dès le début de 1943, Hitler lui même est convaincu qu’il ne peut plus triompher militairement.

 

Il ne lui reste plus qu’à organiser, sous des prétextes divers, le gigantesque bucher funéraire que fut la Bataille de Berlin. Aucune des actions militaires entreprises après Koursk ne fait sens militairement. On peut même s’interroger sur la réalité de la croyance des nazis dans les « armes secrètes » qui constituent certes un fort noyau de la propagande, mais dont l’efficacité militaire se révèle en réalité très faible. La réalité est que, ayant commis l’irréparable, le régime nazi a coupé les ponts avec le monde du calcul rationnel, de la logique clausewitzienne de la guerre. Cette dernière n’a plus de sens hors le sens idéologique du darwinisme social qui est consubstantiel à l’idéologie nazie.

 

La guerre d’asservissement et surtout la guerre d’extermination transforment la nature du second conflit mondial. Ce dernier n’est pas la répétition, en plus violente, de la guerre impérialiste de 1914. Quand les troupes soviétiques libèreront Maïdanek[8] à la fin du mois de juillet 1944, le monde – horrifié – aura les preuves du projet meurtrier de l’Allemagne nazi. On doit signaler qu’il faudra attendre plusieurs mois pour que la presse britannique et américaine reprenne de manière large ces informations. En fait, il faudra attendre que les troupes britanniques et américaines libèrent à leur tour des camps de concentration. Mais, la totalité des camps d’extermination fut libérée par les troupes soviétiques.

 

Le tribunal de Nuremberg prit acte de la spécificité du second conflit mondial. En créant la notion de « crimes contre l’humanité » et en déclarant leur nature imprescriptible, il a voulu signifier la différence fondamentale entre le premier et le second conflit mondial. Mais, la guerre froide empêcha cette logique d’être pleinement reconnue.

 

Commémoration et politique

La commémoration de la victoire sur le nazisme n’est donc pas celle d’une victoire d’un pays (ou d’un groupe de pays) sur un autre, parce que la Seconde Guerre mondiale n’est pas une guerre comme une autre. La dimension de la victoire est ici bien différente. Les guerres d’asservissement et d’extermination ont donné à cette victoire une portée universelle, celle d’une libération. C’est ce que cherche à nier le pouvoir de Kiev avec le projet de loi 2538-1 mettant sur un pied d’égalité les bourreaux et les victimes. Cela a suscité des protestations d’historiens du monde entier[9]. Cette victoire, compte tenu de sa signification, ne peut pas, et ne doit pas, être instrumentalisée à des fins politiciennes.

 

L’Union soviétique porta le fardeau le plus lourd, et eut à faire face, jusqu’en novembre 1943 à près de 70% des troupes hitlériennes. Il serait normal, il serait juste, que, au-delà des conflits qui peuvent opposer les dirigeants français et russes, le Président français, ou à tout le moins son Premier-ministre, se rende à Moscou pour le 9 mai. Il y va de l’honneur de l’honneur et de la crédibilité de la République.

 

Note de jack Freychet : Est-ce bien le sens que lui donneront tous ceux qui se trouveront  demain 8 mai 2015 au pied des stèles des monuments aux morts de France.

 

Notes

[1] Farwell, Byron (1976). The Great Anglo-Boer War. New York : Harper and Row.

[2] Michel Winock, Nora Benkorich, La Trahison de Munich : Emmanuel Mounier et la grande débâcle des intellectuels, CNRS éditions, 2008.

[3] « They had to choose between war and dishonor. They chose dishonor ; they will have war. » Hyde, Harlow A. (1988). Scraps of paper : the disarmament treaties between the world wars. page 307 : Media Publishing & Marketing,

[4] B. Fulgate et L. Dvoretsky, Thunder on the Dnepr, Presidio Press, 1997, 2001.

[5] D. Glantz, Before Stalingrad : Barbarossa, Hitler’s Invasion of Russia 1941, Tempus, 2003.

[6] En particulier le rappel de 800 000 réservistes et le transfert de 4 armées des districts militaires de l’intérieur du pays vers les frontières occidentales. Voir Général S.P. Ivanov (ed.) Nachal’nyj Period Vojny, [La période initiale de la guerre] – Moscou,Voenizdat, 1974, chap.8

[7] En russe « Eto natchalo ».

[8] Jozef Karszalek, Maïdanek, histoire et réalité du camp d’extermination, Rowohlt, Hambourg, 1982

[9] http://krytyka.com/en/articles/open-letter-scholars-and-experts-ukraine-re-so-called-anti-communist-law

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 15:06

L' austérité conjuguée au plan local

 

Le 14 avril dernier la majorité municipale a adopté les différents budgets pour l’année en cours  sans augmenter la pression sur les ménages autrement qu’au travers une hausse du coût des prestations servies par la commune adoptée en décembre dernier.

 

Les propositions de madame le Maire ont été entérinées sans la moindre modification de la part de ses  colistiers : Logique ils sont programmés pour être aux ordres. Les membres de opposition se sont  montrés satisfaits des quelques maigres précisions qui leur ont été apportées.

 

Aucune motion de protestation contre l’étranglement financier des collectivités territoriale n’a été proposée.

 

Pourtant, point n’est nécessaire d’être grand clerc  en la matière pour constater, eu égard aux BP 2013 et 2014, que les ouvertures de crédits inscrites en dépenses ne font que traduire l’accélération de la politique d’austérité imposée aux collectivités territoriales par l’Union Européenne, relayée par le gouvernement et les différents échelons administratifs que sont la Régions et le Département.

 

 A Villiers sur orge la majorité, Renouveau solidaire et  l’Union pour Villiers (la mouvance social libérale) ont validé ces dispositions lors du mandat précédent  au travers du système dit de « critérisation » des subventions qui n’a jamais été sérieusement contesté ni par la droite ni par les différentes composantes de la gauche.

 

De cet aspect madame le maire en a appelé à  la  majorité départementale,  nouvellement élue,  qui  ne pourra cependant y mettre fin que dans le mesure ou elles disposerait de l’allocation  des moyens  nécessaires ce qui est impensable dans le cadre des contraintes budgétaires imposées par l’Union Européenne. Augmenter les taxes Départementales, et Régionales en cas de changement de majorité en fin d’année, équivaudrait à un suicide  politique de la part de L’UMP et de ses alliés avant l’élection présidentielle, après celui du PS. La belle aubaine pour le Front National.

 

Ainsi cette année les crédits destinés à l’entretien du patrimoine sont une nouvelle fois rognés en attendant le prochain tour de vis alors que dans les quartiers anciens  l’environnement se dégrade, ce que les élus ne peuvent constater puisqu’ils ne vont pas sur le terrain ou si peu.

 

244 509 euros, l’excédent de fonctionnement de 2014, ont été réservés pour faire face aux urgences mais ils seront utilisés d’autant plus parcimonieusement qu’ils sont prévus pour    dégager un excédent de fonctionnement en fin d’exercice car 2016 sera pire encore que 2015 en particulier pour ce qui concerne la charge de la dette.

 

Les subventions à la vie associative stagnent alors que la population a augmenté,  y compris celle destinée au  Centre communal d’Action Sociale,  ou régressent, seul le montant des indemnités versées aux élus progressent de 10 % : On est jamais si bien servi que par soi même.

 

Les charges de personnels varient peu par rapport à 2014 par contre l’état des effectifs ne fait ressortir qu’un équivalent temps plein de 65,5 agents pour 87 emplois budgétaires alors qu’en 2013 les chiffres respectifs étaient 84 pour 75 ETPT c'est-à-dire  avec présence physique annuelle des agents.

 

De deux choses l’une soit le temps partiel et l’intermittence ont été développés, auquel cas le chapitre budgétaire aurait du baisser à proportion, soit il y une erreur administrative.   

 

Les intérêts de la dette  couverts, la section de fonctionnement   a  été adoptée en équilibre  au prix  de  la quasi disparition de la capacité d’autofinancement.

 

En section d’investissement les recettes proviennent des restes à réaliser de 2014,  546 452, 05 euros, du remboursement de TVA versée l’année précédente 843 1999,05 euros, d’un reste à réaliser sur des cessions à hauteur d 49 375,00 euros et d’un transfert  de la section de fonctionnement pour 99 261 euros soit au total 1 538 288 euros ventilés comme suit en dépenses :

 

Restes à réaliser sur 2014 plus propositions nouvelles 1 057 282,11,  remboursement de l’annuité du capital de la dette 300 000, 00 euros,  provision pour  dépenses imprévues 100 052,52 euros, 10 685,00 euros pour opération patrimoniale, solde d’exécution négatif 70 268,37 total  : 1 582.288 euros.

 

En l’absence de transfert de la section de fonctionnement vers la section d’ investissement l’annuité du capital de la dette sera couverte cette année, procédure inhabituelle,  par  le remboursement au titre du fonds commun TVA. C’est dire l’état de décrépitude des finances communales.

 

Signalons en outre que l’équilibre de la section d’investissement  n’a pu être obtenu qu’à la suite d’un tour de passe-passe qui a consisté à reporter une fraction de la charge de la dette sur 2016. C’était de bonne guerre, pour sauver les apparences. Mais n’est ce pas aussi survivre d’expédients ? Et, en  quelque sorte, sans autre forme de procès, une fuite en avant vers le pire à venir, en attendant la suite…

 

La présente analyse a été réalisée d’après les notes prises lors de la séance du conseil, complétés par les documents, écrits  en très petits caractères, affichées sur les panneaux municipaux, souvent  tagués,    inaccessibles aux handicapés et aux personnes de petites tailles.

 

Elle devra être complétée à partir des  documents consultables sur demande écrite  à conditions d’y retrouver tous les éléments qui, en tant qu’aide à la décision,  ont été à la base de l’élaboration du budget pour servir ensuite d’aide à la gestion.

 

Mais ceci est une autre affaire. D’ailleurs il est permis de douter qu’ils aient été portés à la connaissance de tous les élus y compris ceux appartenant à la majorité.

 

Cependant, madame le Maire, en équilibrant  dépenses et recettes sans augmenter les taxes locale, a gagné son pari, par un heureux concours de circonstances, il faut le souligner, qui ne se reproduira pas. Lorsqu’elle prétend  que des économies étaient possibles, sans nuire à la qualité des services et à la maintenance du patrimoine, soutenue en cela par l’opposition,   nous  pourrions   lui rétorquer que depuis huit années qu’elle occupe la plus haute marche du podium Villiérain elle a beaucoup gaspillé. Alors   que beaucoup des choix qui ont été faits ne s’imposaient pas, des besoins encore plus importants ont été négligés.

 

Le nouveau mandat avance dans la continuité…

                                                                                                        Jack Freychet

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:00
La Banque des Règlements
par Adam LeBor

jeudi 23 avril 2015, par Comité Valmy

 

La tour de Babel : La banque des réglements internationaux

Au cours des siècles, il y a eu beaucoup d’histoires, certaines basées sur des rumeurs, d’autres basés sur des ouï-dire, des conjectures, des spéculations ou des mensonges, à propos des groupes de personnes qui « dirigent le monde ». Certaines de ces histoires sont partiellement exactes, d’autres sont grandement exagérées, mais quand on en vient au rapport historique, rien ne se rapproche plus du stéréotype, que le groupe secret qui détermine le sort de plus de 7 milliards de personnes, la Banque des Règlements Internationaux, qui se cache au vu et au su de tous, et à laquelle peu ont vraiment fait attention. Ceci est son histoire.

Ce qui suit est un extrait de « LA TOUR DE BALE : L’obscure histoire de la Banque secrète qui dirige le monde » par Adam LeBor. Reproduit avec la permission de PublicAffairs.

 » Le club le plus exclusif au monde a dix-huit membres. Ils se réunissent tous les deux mois, le dimanche soir, à 19 heures, dans la salle de conférence E d’une tour circulaire dont les fenêtres teintées donnent sur ​​la gare centrale de Bâle. Leur discussion dure une heure, peut-être une heure et demi. Certains de ceux qui sont présents ont emmené un collègue avec eux, mais les aides parlent rarement au cours de ce conclave des plus confidentiels. La réunion se termine, les aides partent, et ceux qui restent se retirent pour le dîner dans la salle à manger du dix-huitième étage, à juste titre assurés que la nourriture et le vin seront superbes. Le repas, qui se poursuit jusqu’à 23 heures ou minuit, constitue le moment où le travail est réellement effectué. Le protocole et l’hospitalité, rodés depuis plus de huit décennies, sont irréprochables. Tout ce qui se dit à la table de la salle à manger, bien entendu, ne sera pas répété ailleurs. Peu, sinon aucune, de ces personnes jouissant de leur haute cuisine et de leurs grands crus – parmi les meilleurs que la Suisse peut offrir- ne seraient reconnues par les passants, mais ils comprennent un bonne partie des personnes les plus puissantes du monde.

 

 » Ces hommes – ils sont presque tous des hommes – sont banquiers centraux. Ils sont venus à Bâle pour assister au Comité Consultatif Économique (CCE) de la Banque des règlements internationaux (BRI), qui est la banque des banques centrales . Ses membres actuels (en 2013) incluent Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine ; Sir Mervyn King, le gouverneur de la Banque d’Angleterre ; Mario Draghi, de la Banque centrale européenne ; Zhou Xiaochuan de la Banque de Chine ; et les gouverneurs des banques centrales de l’Allemagne, la France (Christian Noyer, aujourd’hui Président du Conseil d’Administration de la BRI – Note du traducteur), l’Italie, la Suède, le Canada, l’Inde et le Brésil. Jaime Caruana, un ancien gouverneur de la Banque d’Espagne, le Directeur Général de la BRI, se joint à eux. – http://www.bis.org/about/orggov.htm Au début de 2013, lorsque ce livre était sous presse, M. King, qui devait démissionner en tant que gouverneur de la Banque d’Angleterre en Juin 2013, préside le CCE.

 

 » Le CCE, plus connu comme la réunion des gouverneurs du G-10, est la plus influente des nombreuses réunions de la BRI, ouverte seulement à un petit groupe sélect, des banquiers centraux des pays économiquement avancés . Le CCE fait des recommandations sur la composition et l’organisation des trois comités de la BRI qui traitent avec le système financier mondial, les systèmes de paiement, et les marchés internationaux. Le comité prépare également des propositions pour la Réunion Économie Mondiale et guide son ordre du jour. Cette réunion commence à 09h30, le lundi matin, dans la salle B et dure trois heures. Ici M. King préside les gouverneurs des banques centrales des trente pays jugés les plus importants pour l’économie mondiale. En plus de ceux qui étaient présents au dîner du dimanche soir, la réunion de lundi sera composé de représentants provenant, par exemple, d’Indonésie, de Pologne, d’Afrique du Sud, d’Espagne et de Turquie. Les gouverneurs de quinze petits pays, comme la Hongrie, Israël et la Nouvelle-Zélande sont autorisés à s’asseoir en tant qu’observateurs, mais ne prennent habituellement pas la parole.


Les gouverneurs du dernier tiers des banques membres, comme la Macédoine et la Slovaquie, ne sont pas autorisés à y assister. Au contraire, ils doivent chercher des bribes d’informations à la pause-café et au repas.

 

 » Les soixante gouverneurs de toutes les banques membres de la BRI bénéficient ensuite d’un déjeuner-buffet dans la salle à manger du dix-huitième étage. Conçue par Herzog & de Meuron, le cabinet d’architecture suisse qui a construit le stade « Nid d’oiseau » pour les Jeux olympiques de Pékin, la salle à manger a des murs blancs, un plafond noir et des vues spectaculaires sur trois pays : la Suisse, la France et l’Allemagne . À 14 heures les banquiers centraux et leurs collaborateurs reviennent à la salle B pour la réunion des gouverneurs pour discuter des questions d’intérêt, jusqu’à la fin de la réunion, à 17 heures. M. King adopte une approche très différente de celle de son prédécesseur, Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque centrale européenne, à la présidence de l’Assemblée Économie Mondiale. Trichet, selon un ancien banquier central, était remarquablement gaulois dans son style : à cheval sur le protocole qui veut que les banquiers centraux parlent par ordre d’importance, en commençant par les gouverneurs de la Réserve Fédérale, la Banque d’Angleterre et la Bundesbank (banque centrale allemande – NdT), jusqu’en bas de la hiérarchie. King, en revanche, adopte une approche plus thématique et égalitaire : en ouvrant les réunions de discussion et invitant les contributions de toutes les personnes présentes. Les conclaves des gouverneurs ont joué un rôle crucial dans la détermination de la réponse du monde à la crise financière mondiale. « La BRI a été un point de rencontre très important pour les banquiers centraux pendant la crise, et la justification de son existence a grandi », a déclaré M. King. « Nous avons dû faire face à des défis que nous n’avions jamais rencontré auparavant.

 

 » Nous avons dû comprendre ce qui se passait, travailler à propos des instruments que nous devrions utiliser lorsque les taux d’intérêt seraient proches de zéro, comment nous communiquerions la politique. Nous en discutons avec le personnel de nos banques centrales, mais il est très important pour les gouverneurs eux-mêmes de se réunir et de parler entre eux. » Ces discussions, disent les banquiers centraux, doivent être confidentielles . « Lorsque vous êtes au sommet, au poste numéro un , vous pouvez parfois vous sentir seul. King poursuit : » Il est utile de pouvoir rencontrer ses pairs et demander : « Ceci est mon problème, comment le géreriez-vous ? » . « Être capable de parler de façon informelle et ouvertement de nos expériences a été d’une valeur inestimable. Nous ne parlons pas dans un forum public. Nous pouvons dire ce que nous pensons et croyons vraiment, et nous pouvons poser des questions et bénéficier les uns des autres « . Les équipes de la BRI travaillent dur pour s’assurer que l’ambiance soit conviviale et chaleureuse tout au long du week-end, et il semble qu’ils y parviennent. La banque organise une flotte de limousines pour ramasser les gouverneurs à l’aéroport de Zürich et les amener à Bâle . Différents petits-déjeuners, déjeuners, et dîners sont organisés pour les gouverneurs des banques nationales qui supervisent différents types et tailles d’économies nationales, afin que personne ne se sente exclu. « Les banquiers centraux sont plus à l’aise et détendus avec leurs pairs qu’avec leurs propres gouvernements », a rappelé Paul Volcker, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, qui a assisté à ce week-end à Bâle. La superbe qualité de la nourriture et du vin participe à l’esprit de camaraderie, a déclaré Peter Akos Bod, un ancien gouverneur de la Banque nationale de Hongrie. « Les principaux sujets de discussion étaient la qualité du vin et la stupidité des ministres des Finances. Si vous n’aviez pas connaissance du vin vous ne pouviez pas participer à la conversation « . Et la conversation est généralement stimulante et agréable, disent les banquiers centraux. Le contraste entre les réunions du Federal Open Markets Committee (FOMC) à la Réserve fédérale américaine et les dîners du dimanche soir des gouverneurs du G-10 gouverneurs est marquant, rappelle Laurence Meyer, qui a servi en tant que membre du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale de 1996 à 2002. Le président de la Réserve Fédérale ne représente pas toujours la Banque au cours des réunions de Bâle, et L. Meyer y a occasionnellement assisté.

 

 » Les discussions de la BRI sont toujours animées , ciblées et appellent à la réflexion. « Lors des réunions FOMC, alors que j’étais à la Fed, presque tous les membres du Comité lisaient des déclarations qui avaient été préparées à l’avance. Ils faisaient très rarement référence à des déclarations d’autres membres du Comité et il n’y avait presque jamais d’échange ou de discussion entre deux membres à propos des perspectives ou des options politiques. Aux dîners de la BRI les gens parlent effectivement aux autres et les discussions sont toujours stimulantes, interactives et axées sur les problèmes graves auxquels est confrontée l’économie mondiale « . Tous les gouverneurs présents à la réunion de deux jours sont assurés d’une totale confidentialité, discrétion, et des plus hauts niveaux de sécurité . Les réunions ont lieu sur plusieurs étages qui ne sont habituellement utilisés que lorsque les gouverneurs sont présents. On fournit aux gouverneurs un bureau dédié, le soutien nécessaire et le personnel de secrétariat. Les autorités suisses n’ont pas de compétences juridiques sur les locaux de la BRI. Fondée par un traité international, et en outre protégée par le Headquarters Agreement de 1987 avec le gouvernement suisse, la BRI bénéficie des protections similaires à celles accordées au siège de l’Organisation des Nations Unies, du Fonds Monétaire International (FMI) et des ambassades diplomatiques. Les autorités suisses ont besoin de l’autorisation de la direction de la BRI pour entrer dans les bâtiments de la banque, qui sont décrits comme « inviolables ».

 

 » La BRI a le droit de chiffrer ses communications et d’envoyer et de recevoir de la correspondance dans des sacs couverts par la même protection que celle des ambassades, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas être ouverts. La BRI est exonérée d’impôts suisses. Ses employés n’ont pas à payer d’impôt sur ​​leurs salaires, qui sont généralement conséquents, conçus pour rivaliser avec le secteur privé. Le salaire du manager général en 2011 était de 763 930 francs suisses, tandis que les responsables de départements ont été payés 587 640 par an, plus de grasses allocations.

 

 » Les privilèges juridiques extraordinaires de la banque s’étendent également à son personnel et aux administrateurs. Les cadres supérieurs bénéficient d’un statut spécial, similaire à celui des diplomates, dans l’exercice de leurs fonctions en Suisse, ce qui signifie que leurs sacs ne peuvent pas être fouillés (sauf s’il existe des preuves d’un acte criminel flagrant), et leurs papiers sont inviolables. Les gouverneurs des banques centrales se rendant à Bâle pour les réunions bimensuelles jouissent du même statut partout en Suisse. Tous les responsables de la banque sont à l’abri de droit suisse, pour la vie, pour tous les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions. La banque est un endroit populaire pour travailler et pas seulement à cause des salaires. Environ six cents employés proviennent de plus de cinquante pays. L’atmosphère est multi-nationale et cosmopolite, bien que très suisse, soulignant la hiérarchie de la banque. Comme beaucoup de ceux qui travaillent pour l’ONU ou le FMI, une partie du personnel de la BRI, en particulier la haute direction, est motivé par un sens de la mission, et considèrent qu’ils travaillent pour un même but céleste plus élevé et sont donc à l’abri de considérations normales de responsabilité et de transparence. La direction de la banque a essayé de prévoir toutes les éventualités afin que l’on ait jamais besoin de faire appel à la police suisse. Le siège de la BRI dispose de systèmes de sprinklers (gicleurs anti-incendie, NdT) de haute technologie redondants, des installations médicales internes, et son propre abri anti-bombes dans le cas d’une attaque terroriste ou d’un conflit armé. Les actifs de la BRI ne sont pas soumis à des poursuites civiles en vertu du droit suisse et ne peuvent jamais être saisis. La BRI garde strictement le secret des banquiers . Les minutes, ordres du jour et la liste de présence effective de la Réunion Économie Mondiale ou de l’ECC ne sont diffusées sous aucune forme. C’est parce qu’aucune minute officielle n’est conservée, même si les banquiers griffonnent parfois leurs propres notes. Parfois, il y aura une brève conférence de presse ou une déclaration approximative, mais jamais rien de détaillé. Cette tradition de confidentialité privilégiée remonte à la fondation de la banque. « Le calme de Bâle et son caractère absolument apolitique offrent un cadre parfait pour les réunions calmes et non politiques », écrit un responsable américain en 1935. « La régularité des réunions et la participation presque ininterrompue de pratiquement tous les membres du conseil d’administration ne déclenche que rarement un mince entrefilet dans la presse. »

 

 » Quarante ans plus tard, peu de choses ont changé. Charles Coombs, un ancien chef de change de la Réserve fédérale de New York, a assisté à des réunions de 1960 à 1975. Les banquiers qui ont été autorisés au sein des réunions à l’intérieur du sanctuaire des gouverneurs s’accordaient mutuellement une confiance absolue, a-t-il rappelé dans ses mémoires. « Peu importe la quantité d’argent impliquée, aucun accord ou protocole d’entente n’ont jamais été signés ou initialisés. La parole de chaque fonctionnaire était suffisante, et il n’y a jamais eu de déceptions « . En quoi cela nous concerne-t-il, nous-autres ? Les banquiers se rencontrent de manière confidentielle depuis que l’argent a été inventé. Les banquiers centraux aiment à se considérer comme les grands prêtres de la finance, comme des technocrates supervisant les rituels ésotériques monétaires et une liturgie financière comprise par une petite élite

auto-proclamée.
Mais les gouverneurs qui se réunissent à Bâle tous les deux mois sont des fonctionnaires . Leurs salaires, billets d’avion, factures d’hôtel, et généreuses retraites sont payées sur les deniers publics. Les réserves nationales détenues par les banques centrales sont de l’argent public, la richesse des nations. Les discussions des banquiers centraux à la BRI, les informations qu’ils partagent, les politiques qui sont évaluées, les opinions qui sont échangés, et les décisions ultérieures qui sont prises, sont profondément politiques. Les banquiers centraux, dont l’indépendance est protégée par la Constitution, contrôlent la politique monétaire dans le monde développé. Ils gèrent l’offre de monnaie pour les économies nationales. Ils fixent les taux d’intérêt, décidant ainsi de la valeur de nos économies et les investissements. Ils décident de se concentrer sur l’austérité ou croissance. Leurs décisions façonnent nos vies.

 

 » La tradition du secret de la BRI remonte à des décennies. Pendant les années 1960, par exemple, la banque a accueilli le London Gold Pool. Huit pays se sont engagés à manipuler le marché de l’or afin de maintenir le prix du métal précieux à environ trente-cinq dollars l’once , en accord avec les dispositions des Accord de Bretton Woods qui régissaient le système financier international après la Seconde Guerre mondiale. Bien que le London Gold Pool n’existe plus, son successeur est le Comité des marchés de la BRI, qui se réunit tous les deux mois à l’occasion de la réunion des gouverneurs pour discuter des tendances du marché. Les fonctionnaires de vingt- une banques centrales sont présents. Le comité publie occasionnellement quelques documents, mais son ordre du jour et les discussions restent secrètes. Aujourd’hui, les pays représentés lors des réunions Économie Mondiale représentent ensemble près des quatre cinquièmes du produit intérieur brut (PIB) mondial – la plus grosse partie de la richesse produite dans le monde selon les propres statistiques de la BRI. Les banquiers centraux désormais « semblent plus puissant que les politiciens », écrit le journal The Economist, « tenant le destin de l’économie mondiale entre leurs mains. » Comment est-ce arrivé ? La BRI, institution financière la plus secrète du monde, ne peut s’en accorder seule le mérite.

 » Dès son premier jour d’existence, la BRI s’est consacrée à promouvoir les intérêts des banques centrales et la construction de la nouvelle architecture de la finance internationale. Ce faisant, elle a donné naissance à une nouvelle classe très unie de technocrates mondiaux dont les membres naviguent entre des postes hautement rémunérés à la BRI, au FMI et au sein des banques centrales et commerciales. Le fondateur de la cabale des technocrates est Per Jacobssen, l’économiste suédois qui a servi comme conseiller économique de la BRI de 1931 à 1956. Le titre discret contredisait sa puissance et ses relations. Très influent, bien connecté, et très apprécié par ses pairs, Jacobssen a écrit les premiers rapports annuels de la BRI, qui étaient et restent des lectures essentielles au sein de l’univers de la finance. Jacobssen était un des premiers partisans du fédéralisme européen.

 

 » Il s’est battu sans relâche contre l’inflation, les dépenses publiques excessives, et l’intervention de l’État dans l’économie. Jacobssen quitté la BRI en 1956 pour prendre en charge le FMI. Son héritage façonne toujours notre monde. Les conséquences de son mélange de libéralisme économique, son obsession pour le contrôle des prix, et le démantèlement de la souveraineté nationale s’affiche tous les soirs dans les bulletins d’information européens de nos écrans de télévision.

 

 » Les partisans de la BRI nient que l’organisation est secrète. Les archives de la banque sont ouvertes et les chercheurs peuvent consulter la plupart des documents qui datent de plus de trente ans. Les archivistes de la BRI sont en effet chaleureux, serviables et professionnels. Le site Web de la banque comprend tous ses rapports annuels, qui sont téléchargeables, ainsi que de nombreux documents d’orientation produits par le département de recherche très apprécié de la banque. La BRI publie des comptes-rendus détaillés des marchés des valeurs mobilières et dérivés, et les statistiques bancaires internationales. Mais ce sont surtout des compilations et des analyses des informations déjà dans le domaine public. Les détails des propres activités de base de la banque, y compris une grande partie de ses activités bancaires pour ses clients, des banques centrales et des organisations internationales, restent secrets.

 

 » Les Réunions Économie mondiale et les autres rassemblements financiers cruciaux qui ont lieu à Bâle, tels que le Comité des Marchés, restent fermés aux étrangers. Les particuliers ne peuvent pas détenir de compte à la BRI, sauf s’ils travaillent pour la banque. L’opacité de la banque, le fait qu’elle n’ait aucun compte à rendre, et son influence toujours croissante soulèvent de profondes questions – pas seulement à propos des politiques monétaires, mais également concernant la transparence, la responsabilité et comment le pouvoir s’exerce dans nos démocraties. * * *

 

 » Quand j’ai expliqué à des amis et connaissances que j’écrivais un livre sur la Banque des Règlements Internationaux, la réponse habituelle était un regard perplexe, suivie par une question : « La banque de quoi ? » Mes interlocuteurs étaient des gens intelligents, qui suivent l’actualité .


Beaucoup avaient un certain intérêt et une certaine compréhension de l’économie mondiale et de la crise financière. Pourtant, seule une poignée d’entre eux avait entendu parler de la BRI. Étrange, puisque la BRI est la banque la plus importante dans le monde et précède à la fois le FMI et la Banque mondiale. Pendant des décennies, elle s’est tenue au centre d’un réseau mondial d’argent, de pouvoir et d’influence secrète de niveau mondial. La BRI a été fondée en 1930. Elle a été ostensiblement mise en place dans le cadre du plan Young pour administrer le paiement des dettes de guerre allemandes à titre de réparations pour la Première Guerre mondiale. Les principaux architectes de la banque étaient Montagu Norman, qui était le gouverneur de la Banque d’Angleterre, et Hjalmar Schacht, le président de la Reichsbank qui a décrit la BRI comme « sa » banque. Les membres fondateurs de la BRI ont été les banques centrales de la Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie, Belgique, et un consortium de banques japonaises. Des parts en actions ont été également proposées à la Réserve fédérale, mais les Etats-Unis, soupçonneux de tout ce qui pourrait porter atteinte à sa souveraineté nationale, les a refusé. Au lieu de cela un consortium de banques commerciales s’en est emparé : JP Morgan, la First National Bank de New York, et la First National Bank of Chicago.

 

 » Le but réel de la BRI a été détaillé dans ses statuts : « Promouvoir la coopération des banques centrales et fournir des installations supplémentaires pour les opérations financières internationales ». Elle a constitué la concrétisation du rêve, de plusieurs décennies, des banquiers centraux, d’avoir leur propre pouvoir bancaire, indépendant et libre des interférences des politiciens et de ces fouines de journalistes. Cerise sur le gâteau, la BRI est auto-suffisante financièrement et le sera à perpétuité. Ses clients étaient ses propres fondateurs et actionnaires – les banques centrales. Durant les années 1930, la BRI était le lieu de rencontre central pour une cabale des banquiers centraux, dominé par Norman et Schacht.

 

 » Ce groupe a aidé à reconstruire l’Allemagne. Le New York Times décrit Schacht, largement reconnu comme le génie derrière l’économie allemande renaissante, comme « la volonté de fer pilote des Finances nazie. » Pendant la guerre, la BRI est devenu un bras de facto de la Reichsbank, acceptant l’or pillé par les nazis et réalisant des opérations de change pour l’Allemagne nazie. L’alliance de la banque avec Berlin était connue à Washington-DC, ainsi qu’à Londres. Mais la nécessité pour la BRI de continuer à fonctionner, de garder les nouveaux canaux de financement internationaux ouverts, était à peu près la seule chose à propos de laquelle toutes les parties étaient d’accord. Bâle était l’endroit idéal, car perché sur la frontière nord de la Suisse et se trouvait presque sur les frontières françaises et allemandes.

 

 » A quelques miles de là, les militaires nazis et les alliés se battaient et mouraient. Rien de tout cela n’importait à la BRI. Les réunions du Conseil avaient été suspendues, mais les relations entre le personnel de la BRI des nations belligérantes sont restées cordiales, professionnelles et productives. Leur nationalité importaient peu. Leur loyauté primordiale allait à la finance internationale. Le Président, Thomas McKittrick, était américain. Roger Auboin, le directeur général, était français. Paul Hechler, le directeur général adjoint, était un membre du parti nazi et signait sa correspondance « Heil Hitler « . Rafaelle Pilotti, le secrétaire général, était italien. Per Jacobssen, conseiller économique influent de la banque, était suédois. Son adjoint et celui de Pilotti étaient britanniques. Après 1945, cinq administrateurs de la BRI, y compris Hjalmar Schacht, ont été accusés de crimes de guerre . L’Allemagne a perdu la guerre, mais a remporté la paix économique, en grande partie grâce à la BRI .

 

 » L’envergure internationale, les contacts, les réseaux bancaires, et la BRI a fourni sa légitimité, d’abord à la Reichsbank, puis à ses banques successeur, et ainsi contribué à assurer la continuité d’intérêts financiers et économiques extrêmement puissants de l’époque nazie à nos jours. * * *


Pendant les quarante-sept premières années de son existence, de 1930 à 1977, la BRI se trouvait dans un ancien hôtel, près de la gare centrale de Bâle. L’entrée de la banque était cachée par une boutique de chocolat, et seul un petit panneau confirmait que la porte étroite s’ouvrait sur la BRI. Les dirigeants de la banque estimaient que ceux qui avait besoin de savoir où la BRI était, trouverait, et que le reste du monde n’avait certainement pas besoin de savoir. L’intérieur du bâtiment a peu changé au fil des décennies, a rappelé Charles Coombs. La BRI a fourni les « les hébergements spartiates d’un ancien hôtel de style victorien dont les chambres simples et doubles avaient été transformées en bureaux simplement en enlevant les lits et en installant des bureaux. » La banque a emménagé dans son siège actuel, au 2, Centralbahnplatz, en 1977. Elle n’a pas été loin et donne maintenant sur la gare centrale de Bâle.

 » Aujourd’hui la mission principale de la BRI, selon ses propres mots, est triple : « Servir les banques centrales dans leur quête de stabilité monétaire et financière, favoriser la coopération internationale dans ces domaines, et agir comme une banque pour les banques centrales . « La BRI est également l’hôte d’une grande partie de l’infrastructure technique et pratique dont le réseau mondial de banques centrales et leurs homologues commerciaux ont besoin pour bien fonctionner. Elle détient deux salles de marché connectées entre elles : Au siège de Bâle et au bureau régional de Hong Kong. La BRI achète et vend de l’or et des devises pour ses clients .

 

 » Elle assure la gestion de l’actif et fournit du crédit à court terme aux banques centrales en cas de besoin. La BRI est une institution unique : une organisation internationale, une banque très rentable et un institut de recherche fondé, et protégés par des traités internationaux. La BRI est responsable envers ses clients et ses actionnaires – les banques centrales, mais oriente également leurs opérations. Les principales tâches d’une banque centrale, déclare la BRI, sont de contrôler le flux du crédit et le volume de la monnaie en circulation , ce qui contribuera à assurer un climat d’affaires stable et de gérer les taux de change pour assurer la valeur d’une monnaie et fluidifier les mouvements internationaux de marchandises et de capitaux. Ceci est crucial, en particulier dans une économie mondialisée, où les marchés réagissent en microsecondes et où la perception de la stabilité économique et de la valeur sont presque aussi importante que la réalité elle-même.

 

 » La BRI contribue également à surveiller les banques commerciales, même si elle n’a pas de pouvoirs juridiques sur elles. Le Comité de supervision bancaire de Bâle, basé à la BRI, réglemente les exigences de fonds propres et de liquidité des banques commerciales. Il impose aux banques d’avoir un capital minimum de huit pour cent des actifs risqués pondéré lorsqu’elles prêtent, ce qui signifie que si une banque a des actifs risqués pondérés de 100 millions $, elle doit maintenir un capital d’au moins 8 millions de dollars. Le comité n’a pas de pouvoirs de police, mais il a une énorme autorité morale. « Ce règlement est si puissant que le principe de 8% a été fixé dans les législations nationales », a déclaré Peter Akos Bod. « C’est comme la tension. La tension a été fixé à 220V. Vous pourriez décider de 95V, mais cela ne fonctionnerait pas. « En théorie, la gestion raisonnable et la coopération mutuelle, supervisées par la BRI, vont conserver le bon fonctionnement du système financier mondial. En théorie. La réalité est que nous sommes passés au-delà de la récession dans une crise structurelle profonde, alimentée par la cupidité et la rapacité des banques, qui menace l’ensemble de notre sécurité financière.

 

 » Tout comme dans les années 30, certains pays européens faisaient face à l’effondrement économique. La Bundesbank et la Banque centrale européenne, deux des membres les plus puissants de la BRI, ont initié le dogme austéritaire qui a déjà forcé un pays européen, la Grèce, au bord du gouffre, aidée par la vénalité et la corruption de la classe dirigeante du pays. D’autres pourraient bientôt suivre. L’ordre ancien grince, ses institutions politiques et financières se corrodent de l’intérieur. D’Oslo à Athènes, l’extrême droite est renaissante, alimentée en partie par la flambée de la pauvreté et du chômage . La colère et le cynisme corrodent la confiance des citoyens dans la démocratie et la primauté du droit. Une fois de plus, la valeur des biens et avoirs est vaporisée sous les yeux de leurs propriétaires . La monnaie européenne est menacé de dégradation, tandis que ceux qui ont de l’argent cherchent refuge dans les francs suisses ou l’or. Les jeunes, les doués, et les mobiles à nouveau fuient leurs pays d’origine pour une nouvelle vie à l’étranger.

 

 » Les puissantes forces du capital international qui ont donné vie à la BRI, et qui ont accordé à la banque son pouvoir et son influence, sont à nouveau triomphante. La BRI se trouve au sommet d’un système financier international qui tombe en lambeaux, mais ses fonctionnaires déclarent qu’il n’ont pas le pouvoir d’agir comme un régulateur financier international. Pourtant, la BRI ne peut pas échapper à sa responsabilité pour la crise en zone euro. Dès les premiers accords à la fin des années 1940 sur les paiements multilatéraux, à la mise en place de la Banque Centrale Européenne en 1998, la BRI a été au cœur du projet d’intégration européenne, fournissant une expertise technique et les mécanismes financiers pour l’harmonisation de la monnaie. Durant les années 1950, elle gérait la réunion des systèmes de paiement au sein de l’Union Européenne, ce qui a internationalisé le système de paiement du continent.

 

 » La BRI a accueilli le Comité des gouverneurs des banques centrales de la Communauté économique européenne, créé en 1964, qui a coordonné la politique monétaire transeuropéenne. Durant les années 1970, la BRI gérait le « serpent monétaire », le mécanisme de contrôle des changes des monnaies européennes. Pendant les années 1980, la BRI a accueilli le Comité Delors, dont le rapport établi en 1988 a ouvert le chemin de l’Union monétaire européenne et de l’adoption d’une monnaie unique. La BRI a mis au monde l’Institut monétaire européen (IME), le précurseur de la Banque centrale européenne. Le président de l’IME était Alexandre Lamfalussy, l’un des économistes les plus influents du monde, connu comme le « père de l’euro. » Avant de rejoindre l’IME en 1994, Lamfalussy avait travaillé à la BRI pendant dix-sept ans, d’abord comme conseiller économique, puis comme directeur général de la banque.

 

 » Pour une organisation secrète guindé, la BRI s’est avérée étonnamment agile. Elle a survécu à la première dépression mondiale, la fin des paiements de réparations et de l’étalon-or (deux de ses principaux motifs d’existence), la montée du nazisme, la Seconde Guerre mondiale, l’Accord de Bretton Woods, la guerre froide, les crises financières des années 1980 et 1990, la naissance du FMI et de la Banque mondiale, et la fin du communisme . Comme l’a souligné Malcolm Knight, gestionnaire la période 2003-2008, « Il est encourageant de voir qu’en restant petit, souple et sans ingérence politique, la Banque a, tout au long de son histoire, remarquablement réussi à s’adapter à l’évolution des circonstances. » La banque s’est érigée comme le pilier central du système financier mondial.

 

 » En plus des Réunions Économie Mondiale, la BRI accueille quatre des comités internationaux les plus importants traitant de la banque mondiale : le Comité de supervision bancaire de Bâle, le Comité sur le système financier global, le Comité sur les systèmes financiers de paiement et de règlement, et le Comité Irving Fisher , qui s’occupe des statistiques des banque centrale. La banque accueille également trois organisations indépendantes : deux groupes s’occupant d’assurance et le Conseil de stabilité financière (CSF). Le FSB, qui coordonne les autorités financières nationales et les politiques de réglementation, est déjà désigné comme le quatrième pilier du système financier mondial, après la BRI, le FMI et les banques commerciales. La BRI est maintenant titulaire trentième rang mondial de réserves d’or, avec 119 tonnes métriques, soit plus que le Qatar, le Brésil ou le Canada. L’adhésion à la BRI reste un privilège et non un droit. Le conseil d’administration est responsable de l’admission des banques centrales jugées « apporter une contribution substantielle à la coopération monétaire internationale et aux activités de la Banque. » La Chine, l’Inde, la Russie et l’Arabie saoudite l’ont rejoint seulement en 1996.

 

 » La banque a ouvert des bureaux à Mexico et à Hong Kong, mais reste très eurocentrée. L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Macédoine, la Slovénie et la Slovaquie (population totale de 16,2 millions) ont été admis, au contraire du Pakistan (169 millions de population). Pas plus que le Kazakhstan, qui est un géant de l’Asie centrale. En Afrique, seule l’Algérie et l’Afrique du Sud sont membres – Le Nigeria, qui possède la deuxième plus grande économie du continent, n’a pas été admis. (Les défenseurs de la BRI disent qu’elle exige des normes de nouveaux membres et lorsque les banques nationales des pays comme le Nigeria et le Pakistan atteindront ces normes, leurs candidatures seront à nouveau considérées.) Considérant le rôle central de la BRI dans l’économie transnationale , sa discrétion est remarquable. En 1930 un journaliste du New-York Times a noté que la culture du secret à la BRI était si forte qu’il n’était pas autorisé à regarder à l’intérieur de la salle de réunion, même après que les administrateurs l’aient quitté.

 

 » Peu de choses ont changé. Les journalistes ne sont pas autorisés à l’intérieur du siège pendant la Réunion Économie Mondiale. Les fonctionnaires de la BRI parlent rarement ouvertement, et à contrecœur, aux membres de la presse. La stratégie semble fonctionner. Le mouvement Occupy Wall Street, les altermondialistes, les manifestants de réseaux sociaux ont ignoré la BRI. Centralbahnplatz 2, Bâle, est calme et tranquille. Il n’y a pas de manifestants rassemblés devant le siège de la BRI, aucun des manifestants n’ont campé dans le parc à proximité, aucun comité d’accueil animés pour les banquiers centraux du monde. Alors que l’économie mondiale vacille de crise en crise, les institutions financières sont examinées comme jamais auparavant. Des légions de journalistes, blogueurs et journalistes d’investigation guettent le moindre mouvement des banques. Et pourtant, en dehors de brèves mentions dans les pages financières, la BRI a largement réussi à éviter un examen critique. Jusqu’à maintenant.

Adam LeBor
13 avril 2015

Adam LeBor est un écrivain, journaliste et essayiste britannique. Né en 1961, il a également travaillé (entre autres) comme correspondant étranger pour The Times ou The Independant.

Traduit de :http://www.zerohedge.com/news/2015-04-11/meet-secretive-group-runs-world

 

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 08:12
Par Descartes

repris sur  Comité Valmy

 

Merci monsieur le président !

Cette ouverture pourra surprendre ceux de mes lecteurs qui connaissent mon opinion sur François Hollande. Il n’empêche que, dans un éclair de franchise, notre président de la République a par inadvertance ouvert une porte sur l’histoire politique récente qui reste d’habitude, et pour des raisons qui apparaîtront évidentes dans ce qui suit, soigneusement fermée.

 

Qu’a fait donc notre président ? Participant à une émission d’info-divertissement (1) il s’est permis, en réponse à une question, le commentaire suivant :

 

« Mme Le Pen parle comme un tract du Parti communiste des années 70, parce que c’est ça en réalité, en pensant qu’on peut fermer les frontières, qu’on peut nationaliser les industries, qu’on peut sortir un certain nombre de capitaux de notre pays sans qu’il y ait de risque (…). Sauf que le Parti communiste, il ne demandait pas qu’on chasse les étrangers, qu’on fasse la chasse aux pauvres, parce que même les pauvres finissent par penser qu’il y a plus pauvre qu’eux qui leur prennent le peu qu’ils ont. »

 

La lecture de ce paragraphe est nécessaire. Elle devrait être rendue obligatoire. Elle montre combien la gauche a changé en quarante ans, et combien sa mémoire sur sa propre histoire est fragmentaire. Hollande a tout simplement oublié que dans les années 1970 le PCF n’était pas seul à croire qu’on pouvait « fermer les frontières », « nationaliser les industries », « sortir des capitaux sans qu’il y ait de risques ». Tout ce qu’il est convenu d’appeler « la gauche » y croyait à l’époque. Y compris le Parti Socialiste. Toutes ces mesures figuraient dans le Programme Commun que socialistes, communistes et radicaux de gauche ont ratifié en 1972 et défendu devant les électeurs jusqu’en 1977. C’est bien Mitterrand qui proclame au congrès d’Epinay, en juin 1971, « Celui qui n’accepte pas la rupture - la méthode, ça passe ensuite -celui qui ne consent pas à la rupture avec l’ordre établi - politique, ça va de soi, c’est secondaire- avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ». En 1981 encore le PS y croyait suffisamment pour chercher à mettre en œuvre « la fermeture des frontières » et « les nationalisations ». C’est bien le Parti socialiste au pouvoir qui a instauré en 1981 le contrôle des changes, qui instaure des barrières à l’importation (souvenez-vous du dédouanement des magnétoscopes à Poitiers…) et qui nationalise par la loi du 13 février 1982 l’ensemble du secteur bancaire non encore nationalisé ainsi que les plus importantes compagnies industrielles.

 

Ce qui fait froid dans le dos dans le discours de Hollande, c’est de constater à quel point la gauche a changé en quarante ans. Combien elle stigmatise avec dégout et horreur les idées qu’elle considérait comme allant de soi il y a seulement quarante ans. Et je dis bien « la gauche » et non pas le PS, car cette attitude est également partagé par la « gauche radicale ». Trouverait-on beaucoup de gens à gauche pour soutenir aujourd’hui les idées-force du programme commun – idées qui, rappelons-le, ont attiré en son temps la moitié du corps électoral ? Qui trouverait-on aujourd’hui pour s’opposer à l’Europe maastrichienne ?

 

Vous me direz que changement ne veut pas dire dégradation. Qu’il est tout à fait normal que le temps fasse son œuvre. Admettons. Mais alors venons-en à la première partie de la phrase présidentielle. Pourquoi tous ces cris d’orfraie devant la comparaison du discours de Mme Le Pen en 2015 avec celui du PCF des années 1970 ? Si la gauche d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de l’époque, pourquoi s’en formaliser ? Pourquoi en faire tout un fromage ? En quoi le « nouveau PCF » peut-il se sentir concerné par les attaques contre « l’ancien PCF » ?

 

Parce que la mémoire de la gauche en général et celle du PCF en particulier n’est pas tant mauvaise que sélective. Le « nouveau PCF » est très soucieux de toucher le capital politique de son ancêtre, et cela suppose de réaffirmer à chaque instant sa filiation. Mais dans les faits, le « nouveau PCF » a trahi la filiation dont il se réclame : pour le dire vite, le PCF tel qu’il est aujourd’hui n’a rien à voir avec celui de 1940-1990. De ce PCF « ancien », il a tout renié : l’organisation, le marxisme, l’attachement à la nation, au progrès, à la vision humaniste des lumières, à la logique jacobine de la Révolution, à la subordination du syndical au politique et aussi, à une vision bienveillante des expériences socialistes et, last but not least, à son rôle de représentation des couches populaires. Il est aujourd’hui comme ces magasins du Marais qui ont conservé le décor et l’enseigne d’une ancienne boucherie, pour vendre des téléphones portables. Or, la mémoire a cela de terrible qu’elle met les choses en perspective. Rappeler ce que fut « l’ancien PCF », c’est mettre en évidence combien le « nouveau PCF » en a tourné le dos non seulement les principes, mais aussi ses électeurs. Et ce n’est guère mieux au PS, ou l’on se revendique en permanence de l’héritage d’Epinay alors qu’on piétine quotidiennement les principes qui y ont été proclamés. La « trahison » des principes socialistes en 1983 était réelle, et pour beaucoup de dirigeants socialistes de l’époque ce fut une tragédie personnelle avant de devenir une question politique. Aujourd’hui, les dirigeants socialistes font des choses infiniment plus éloignées de l’héritage qu’ils revendiquent, et tout cela sans le moindre état d’âme.

 

C’est pour toutes ces raisons que les cris d’orfraie de la « gauche radicale » sur cette affaire me laissent perplexe. Voire Clementine Autain sur une demie-page du « Monde » (2) prendre sa lance pour défendre le PCF, non pas celui d’aujourd’hui mais celui de toujours, a quelque chose de surréaliste. Mais l’article en question vend assez vite la mèche. Il ne s’agit pas de l’honneur perdu du PCF. Ce qui intéresse Clémentine, c’est de se placer du côté des victimes, elle qui « n’a jamais été membre du PCF », en faisant du commentaire présidentiel une attaque « qui vise tous les tenants d’une gauche de transformation sociale ». Comme si la « transformation sociale » telle que la conçoivent Clémentine Autain et consorts avait le moindre rapport avec ce qu’était vraiment le PCF des années 1970.

 

Quant à Pierre Laurent, il s’est fendu d’une déclaration pour demander à François Hollande des « excuses publiques ». Mais s’excuser de quoi, exactement ? D’avoir dit la vérité ? Parce que cela plaise ou non à Pierre Laurent, le FN a effectivement repris le discours économique qui était celui du PCF dans les années 1970. Et si l’on regarde bien, cette reprise est un hommage du vice à la vertu. Pensez donc : dans les années 1970 le PCF avait si bien analysé les besoins et les intérêts de l’électorat populaire pour construire son discours, que lorsqu’un autre parti, un parti dont que tout oppose au PCF, souhaite s’adresser à ce même électorat il n’a de meilleur choix que de reprendre ce discours. N’est là un hommage rendu à la qualité de la réflexion du PCF, surtout si l’on tient compte du fait que ce discours tient encore la route plus de quarante ans après avoir été inventé ?

 

Mais pour prolonger la réflexion, il faut se poser une question bien plus intéressante : quelle serait la réaction de Pierre Laurent, de Jean-Luc Mélenchon, de Clémentine Autain si une organisation politique « de gauche » venait à reprendre les positions qui étaient celles du PCF dans les années 1970 ? Et bien, je pense qu’ils seraient les premiers à dénoncer là des positions « racistes », « nationalistes », « xénophobes » et autres termes du même acabit. Prenons par exemple la politique migratoire. Dans les années 1970, le PCF était bien loin de la vision irénique qui est la sienne aujourd’hui. Oui, le PCF a défendu une politique de contrôle strict de l’immigration, de fermeture de l’immigration légale et de répression de l’immigration clandestine. Pas parce que le PCF fut « raciste » ou « xénophobe », mais parce qu’il avait correctement analysé le fait que les flux migratoires permettaient de pousser les salaires et les avantages sociaux dont bénéficient les couches populaires à la baisse, en changeant le rapport de force à l’avantage du patronat, et que le sort des couches populaires était pour lui prioritaire par rapport aux bonnes consciences des « classes moyennes ». Le patronat avait d’ailleurs fait la même analyse, et c’est pourquoi il était, lui, unanime pour réclamer au contraire des politiques d’ouverture des frontières à l’immigration légale et une moindre répression du travail clandestin. En d’autres termes, la position de la « gauche de la gauche » en 2015 est proche de celle du CNPF des années 1970 (remarquez, c’est la même que celle du MEDEF aujourd’hui). Quel dommage que notre président de la République ait omis de le rappeler…

 

Oui, le PCF pouvait en 1970 imprimer des affiches dont la formule serait impensable aujourd’hui : « soutenez le Parti communiste français, parti de la classe ouvrière, du peuple, de la nation ». Comment les Laurent, Mélenchon, Autain et consorts réagiraient-ils devant une telle affiche ? Certainement en critiquant son « nationalisme ». Quelle serait leur réponse à un maire qui agirait comme le fit Paul Mercieca le fit a Vitry-sur-Seine le 24 décembre 1980 avec le plein appui de son Parti ? Il serait certainement taxé de « racisme et xénophobie ». Quelle est leur réponse à ceux qui proposent une sortie de l’Euro ? C’est une position « maréchaliste ». En d’autres termes, s’il avaient à juger « à l’aveugle » les positions du PCF de l’époque, ils le jugeraient certainement un parti « nationaliste », « raciste » et « maréchaliste »… ca ne vous rappelle pas quelque chose ?

 

De cette époque, on ne voit que les documentaires-fleuves de Moati sur la gauche au pouvoir, visite du Panthéon rose en main à l’appui. On oublie une face beaucoup plus sombre, celle du « deuxième McCarthysme français », qui commence avec la rupture du programme commun en 1977 et connaît son apogée dans la période 1981-86. Période au cours de laquelle rien n’a été épargné pour dépeindre le PCF sous les traits d’un parti stalinien, dictatorial, populiste. Rien n’aura été alors épargné à la direction de l’époque, ni par les socialistes – y compris les gauchistes nouvellement ralliés, comme Mélenchon – ni par les « ennemis de l’intérieur », « juquinistes », « rénovateurs » et autres « refondateurs » dont Ensemble est le lointain héritier. Entendre ces gens-là – n’est ce pas, n’est ce pas Jean-Luc Mélenchon, n’est ce pas Roger Martelli ? – défendre l’honneur perdu du PCF « Marchaisien » des années 1970 tout en se scandalisant que le FN lui ait « volé » son discours… franchement, mieux vaut être sourd.

 

Que cela vous plaise ou pas, camarades, le FN a repris le discours du PCF des années 1970, ce même discours qui matérialisait politiquement la défense des intérêts des couches populaires. Et si le FN a pu le faire, c’est parce que vous l’avez laissé tomber, fascinés que vous étiez par le discours « sociétal ». Il est temps d’assumer.

 

(1) « Supplement » sur Canal+, le dimanche 19 avril 2015.

(2) « Le Monde » daté du jeudi 23 avril 2015

 

Ajout de jack Freychet

Ci après page de couverture du proramme commun ratifié le 12 juillet 1972 par:

 

Georges Marchais                                 Françoid Miterrand                   Robert Fabre

Pour le Parti                                          pour le parti socialiste            Pour les Radicaux

communiste français                                                                                 de gauche

 

 

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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 16:08

 

D’une civilisation capitaliste industrielle vers une barbarie ploutocratique 

Ou allons nous?

 

Par Alberto Rabilotta et Michel Agnaïeff – Le 20 avril 2015

 

La mondialisation appauvrit plus qu’elle n’enrichit, la concentration de la richesse s’accentue, les inégalités se creusent, les ménages et les pays s’enfoncent dans l’endettement, l’automatisation ravage les emplois et l’exploitation débridée de la nature se poursuit. Parallèlement, la politique se vide de son contenu, les institutions perdent de leur sens et la sphère financière s’hypertrophie pendant que la dynamique du capitalisme s’étouffe. Une satrapie oligarchique pire que le capitalisme se profile à l’horizon. Vers quelle forme d’organisation sociale, politique et économique faut-il s’orienter pour s’éviter ce basculement dans un univers qui nierait foncièrement les valeurs éthiques et morales qui nous définissent en tant qu’êtres sociaux?

 

Ce bref essai tente de poser les balises d’une approche cohérente d’un tel défi. Il le fait en s’interrogeant d’abord sur le capitalisme d’où nous émergeons et sur la résurgence du libéralisme pur et dur, ensuite sur le capitalisme dans lequel nous nous retrouvons et finalement sur les possibilités qui s’offrent en vue d’une défense plus efficace des intérêts vitaux de toute la société et de la planète. Cet essai porte principalement sur les sociétés du capitalisme dit avancé, soit le centre du système.

 

Deuxième partie : A quel capitalisme sommes nous arrivés?

Le nouveau visage du capitalisme est défini par une succession de changements institutionnels et autres qui sont venus limiter graduellement la capacité de l’État de maintenir l’équilibre des pouvoirs au sein de la société. L’influence déjà exercée par le capital sur les processus politiques nationaux et internationaux en est sortie considérablement renforcée.

 

La mondialisation financière, fruit elle-même de ces changements, apparaît comme le facteur premier de la réinstauration de la pleine liberté d’action du capital. Elle a puissamment contribué à faire définitivement voler en éclats le cadre régulateur dans lequel le capital opérait dans la phase précédente, celle de l’État providence dans le cas des pays du centre ou du développement national dans celui des pays de la périphérie.

 

Le capital n’étant pas une entité homogène, les effets de ces changements se sont modulés de façon différente dans les diverses régions du monde. Des facteurs comme la situation géographique des pays, l’importance de leurs secteurs économiques, l’échelle des activités de ces derniers et leur degré d’ouverture au marché international ont fortement joué dans ce sens. Dans un ouvrage consacré au nouveau capitalisme dans leur pays1, Ayse Bugra et Osman Savaskan, deux universitaires turcs, insistent cependant sur la nécessité de tenir compte aussi de facteurs reliés au positionnement politique ou à l’identité culturelle des acteurs du milieu des affaires. La variété de formes de capitalisme, pour eux, est tributaire tout autant de facteurs politiques et culturels que de facteurs purement économiques.

 

Des traits communs se sont précisés toutefois. Le marché s’est étendu à de plus en plus de domaines de l’activité humaine et continue de le faire. Les activités industrielles ont migré et migrent encore du centre vers les régions moins développées de la périphérie. La gamme des choix de politique économique nationale s’est restreinte en raison de la mobilité des capitaux et de la pression de la compétition internationale. La crainte des crises fiscales et de la fuite des capitaux a créé un contexte incitateur à l’adoption répétitive de politiques d’austérité budgétaire. Comme le soulignent, Bugra et Savaskan, en s’inspirant de Polanyi, la place de l’économie a changé dans toutes les sociétés du monde2.

 

Si le fondement idéologique des décisions menant à cette succession de changements était la pensée néolibérale et sa thèse centrale de «l’État minimal», ces décisions ont été d’abord commandées par une dégradation des principaux indicateurs économiques (inflation, chute des taux de croissance, chômage) en 1974-1975. Cette dégradation annonce l’entrée des pays industrialisés dans une longue période de dérèglement du système économique, une longue crise qui ne porte pas son nom. Wolfgang Streeck, directeur de l’Institut Max Planck pour l’étude des sociétés (Allemagne), considère que dans les faits elle durera près de quatre décennies pour déboucher finalement sur la débâcle financière et économique de 20083. Cette débâcle viendra aggraver la situation financière et économique mondiale, soulevant la question de la survie du système socioéconomique en place maintenant depuis deux siècles.

 

Plus précisément, à partir des années 1970, «trois solutions ont été successivement mises en œuvre pour dépasser la contradiction entre démocratie politique et capitalisme de marché. La première fut l’inflation; la deuxième, la dette publique; la troisième, la dette privée. A chacune de ces tentatives correspond une configuration particulière des rapports entre les puissances économiques, le monde politique et les forces sociales. Mais ces arrangements furent l’un après l’autre mis en crise, précipitant le passage au cycle suivant. La tempête financière de 2008 marquerait donc la fin de la troisième époque, et le probable avènement d’un nouvel agencement, dont la nature demeure incertaine4

 

Les notions de croissance régulière, de monnaie saine et de minimum d’équité sociale sont maintenant reléguées aux oubliettes, même si elles ont déjà constitué le fondement de la légitimité dont le capitalisme avait besoin. Une deuxième question se trouve ainsi posée, celle du caractère indépassable du déséquilibre du capitalisme dit démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la Seconde Guerre mondiale5.

 

Le capitalisme auquel nous sommes arrivés n’est déjà plus le capitalisme dit démocratique du passé et il n’est pas encore ce nouvel agencement qui s’annonce, mais dont la nature demeure toutefois incertaine. Que peut-on dire de son évolution au centre du système?

 

Un capitalisme financiarisé

Imposées par les bouleversements sociaux et la menace révolutionnaire suscités par la Grande Dépression des années 1930, les réformes du New Deal aux États-Unis et les réformes sociales démocrates en Europe réduisirent provisoirement la taille et l’influence des grandes entreprises et des puissants intérêts financiers.

 

Alors que ces réformes ont permis au capitalisme occidental d’échapper à des changements sociaux plus radicaux, elles ont également fourni les raisons de sa régénération et de son expansion. Dès les années 1970, le capital financier, emmené par les grandes banques américaines, était revenu, une fois encore, à ses niveaux de concentration d’avant la Dépression, pour contrôler la majeure partie des ressources nationales et façonner la politique économique6».

 

Au début des années 1980, le tournant néolibéral se confirme et la sphère financière impose graduellement sa propre logique à l’activité économique et finit par régenter sa régulation même. Le taux de profit se rétablit pendant cette période, mais les profits supplémentaires sont toutefois utilisés à autre chose qu’à l’investissement productif. Une partie croissante des richesses produites est accaparée par les profits bancaires et les dividendes. Il s’agit là d’un trait constitutif du capitalisme financiarisé. Comme le souligne Michel Husson, chercheur à l’Institut d’Études économiques et sociales (IRES), les profits non investis se transforment ainsi en revenus financiers, et c’est là que se trouve la source du processus de financiarisation. «La différence entre le taux de profit et le taux d’investissement est d’ailleurs un bon indicateur du degré de financiarisation. On peut aussi vérifier que la montée du chômage et de la précarité va de pair avec la croissance de la sphère financière. Là encore, la raison est simple: la finance a réussi à capter la majeure partie des gains de productivité au détriment des salariés, en modérant les salaires et en ne réduisant pas suffisamment, voire en augmentant, la durée du travail7.» Il ajoute aussi qu’une des conséquences du fonctionnement du capitalisme contemporain est la montée des inégalités sociales (à l’intérieur de chaque pays et entre zones de l’économie mondiale).

 

L’autre grand trait découle de la mondialisation et de la grande force du capital d’ignorer les frontières géographiques et sectorielles. Les flux de capitaux peuvent désormais se déplacer rapidement. Un simple clic sur une souris d’ordinateur permet de déplacer des fonds d’un bout de la planète à l’autre. La concurrence sur les marchés financiers s’en retrouve durcie. Le déplacement des capitaux boursiers entre les pays devient ainsi une tendance lourde en constante accélération.

 

La différence de situation entre le travail plus localisé, inévitablement plus lent, et le capital facilement mobile entraîne des politiques gouvernementales qui visent à rendre chaque territoire national «attractif» pour les capitaux. Les mains d’œuvre nationales se retrouvent mises en concurrence, avec comme conséquence des politiques de rigueur salariale pour les travailleurs et des allègements fiscaux pour les entreprises. Le tout se fait au nom du «théorème» énoncé par le chancelier allemand Helmut Schmidt en 1974: «Les profits d’aujourd’hui sont des investissements de demain et les emplois d’après-demain.» Une belle formule pour résumer la désinflation compétitive dont le but était de restaurer les marges de profit des entreprises. Une des conséquences directes de la concurrence fiscale entre les pays développés, qui entraîne une baisse de recettes fiscales, est un endettement public infini. Organisé pour durer, il met les États sous la coupe de la finance et des financiers et condamne les populations à subir des politiques d’austérité. Vue dans cette perspective, «la mondialisation capitaliste est fondamentalement la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle planétaire à travers des mouvements de capitaux8».

 

À partir de ces deux traits rapidement esquissés, on peut avancer, avec Michel Husson, que la caractéristique principale du capitalisme contemporain est dans la dévalorisation du travail et dans l’hyperconcurrence entre capitaux individuels auxquelles conduit la financiarisation. À la lumière de l’évolution constatée au cours des dernières décennies, autant dire que la régression sociale est devenue la principale condition de réussite du système. «Dans ce cadre, la finance n’est pas seulement la contrepartie d’une exploitation accrue des travailleurs, elle est aussi un déversoir pour les capitaux à la recherche de la rentabilité maximale. Les exigences démesurées de rentabilité qu’elle impose à l’économie réelle renforcent à leur tour le faible dynamisme de l’investissement et les inégalités sociales comme condition de reproduction du système.9»

 

La phase actuelle de l’évolution du système se distingue également par le recours à des «innovations financières», comme les produits dérivés de plus en plus sophistiqués et la titrisation des créances bancaires. Conçues pour mieux gérer le risque dans un contexte d’instabilité financière croissante, ces innovations sont devenues aussi des moyens de contourner la réglementation ou les contrôles publics et de puissants outils de spéculation. Elles constituent ainsi des facteurs aggravants de l’instabilité financière et reflètent la capacité du régime d’accumulation de se mettre lui-même en échec.

 

Dans son ouvrage intitulé Extreme Money10, Satyajit Das, un spécialiste du risque bancaire de renom mondial, présente cette économie financiarisée comme deux boîtes empilées l’une sur l’autre: l’économie réelle originale sous l’économie de l’argent extrême, avec sa dette et sa spéculation excessives. Il décrit cet argent extrême comme une réalité éviscérée, l’ombre monétaire de choses réelles.

 

«Utilisé autrefois pour estimer et échanger les produits ordinaires, l’argent est devenu le principal moyen de gagner de l’argent. Pour gagner un milliard de dollars, il n’est plus nécessaire de produire quelque chose. La règle de l’argent extrême est que tout le monde emprunte, tout le monde économise, tout le monde devient supposément riche. Pourtant, seuls les initiés habiles s’enrichissent, en dirigeant le jeu et en trichant11

 

Son analyse de l’alchimie financière des trente dernières années et de ses conséquences destructrices l’amène à écrire que «nous vivons et travaillons dans un monde de l’argent extrême – des jeux spectaculaires et dangereux avec l’argent qui créent de nouveaux sommets artificiels en croissance, prospérité, raffinement et richesse12». Un peu plus loin, il précise que «l’argent et les manœuvres qui se jouent sont immatériels, irréels et de plus en plus virtuels. Les affichages électroniques qui reflètent des signaux de prix en rouge ou en vert sont l’essence distillée du monde financier. Les opérateurs de marché n’ont pas directement contact avec la réalité sous-jacente, il n’est question que de bénéfices ou de pertes13».

 

Cette alchimie financière s’est répandue dans le monde. La financiarisation a permis aux États-Unis de «maintenir leur position prédominante qui semblait pourtant menacée lors de l’écroulement du régime fordiste. Ils l’ont fait principalement grâce à leur position de force au sein de la finance mondiale, qui leur a permis de compenser la perte de leur avantage productif par le contrôle qu’ils exercent sur la masse mondiale de capital monétaire et sur les marchés financiers au sein desquels cette masse monétaire se valorise14». C’est désormais l’hégémon qui, par la force fulgurante de son capital, occupe le centre du système, lui imprime sa propre dynamique et attire une bonne partie des flux de valeur créée mondialement. Il jouit ainsi du privilège de pouvoir s’endetter dans sa propre monnaie et de faire marcher la planche à billets à son avantage. Il n’est donc pas surprenant de voir les États-Unis se comporter en bras politique et militaire de la financiarisation de l’économie mondiale.

 

Dette et servitude

Michael Hudson, expert financier et professeur à l’Université du Missouri, Kansas City, qualifie le retour du balancier favorable aux banques de «rétrogression». Dans les conditions crées par cette rétrogression, peut-on vraiment encore recourir au mot léthargie pour décrire la situation économique présente, comme le fait la narration dominante? Ne faudrait-il pas plutôt parler de l’implantation d’une économie de rente à l’échelle planétaire? Depuis un bon moment, Michael Hudson soulève le fait que la domination du capital financier et des monopoles se traduit par l’instauration graduelle d’un «néo-féodalisme» qui mène directement à un régime de servitude.

 

Hudson explique cette rétrogression de la façon suivante. Au XIXe siècle, la thèse était que les banques contribuaient à créer du nouveau, en accordant des prêts productifs à l’industrie. L’idée était que ces investissements généreraient des bénéfices qui permettraient à la fois le paiement des intérêts dus aux banques et le remboursement graduel du prêt. L’évolution a cependant joué dans un sens différent.

 

Les banques ont eu tendance à s’allier avec les monopoles et les secteurs immobilier, pétrolier et gazier, tous assis sur des rentes de situation, plutôt qu’avec le secteur industriel. En somme, au lieu de chercher à obtenir une part des bénéfices des entreprises, elles ont choisi plutôt de prêter contre des rentes. Elles ont ainsi glissé vers un fonctionnement parasitaire. Les banques n’ont considéré les entreprises et les individus que sous l’angle de l’extraction maximale de richesse possible de chacune de ces catégories, au lieu de fournir le capital nécessaire à la croissance et à l’efficacité économique. Elles l’ont fait en chargeant des frais et des intérêts, en exploitant à fond les allègements fiscaux, et en canalisant le crédit bancaire surtout vers les achats de biens et de privilèges existants de création de rentes.

 

Les marchés boursiers ont emboîté le pas aux banques. Censés fournir des capitaux d’investissement, ils ont été transformés en véhicule pour extraire des profits sans passer par la production. C’est le cas dans le rachat par une entreprise de ses propres actions, en vue d’en accroître leur valeur, ou encore dans l’achat d’une entreprise financé par un endettement bancaire ou obligataire remboursable par cette dernière. L’entreprise se retrouve alourdie d’une dette qui ne lui procure aucune contrepartie en matière d’investissement. Il se crée ainsi une situation financière qui pousse à la réduction des effectifs, à l’externalisation des opérations et au resserrement budgétaire, en vue de dégager un gain en capital, après avoir payé les banques et les détenteurs d’obligations. Un tel processus favorise l’extraction de rentes aux dépens de la production, dès que les flux de trésorerie de l’entreprise se transforment en flux d’intérêt, au détriment des fonds propres et de la santé financière de l’entreprise. On peut bien qualifier le point d’arrivée de toute cette évolution d’économie postindustrielle, mais il s’agit en réalité d’une économie de péage rentier qui, à terme, condamne des individus et des sociétés au péonage

 

Comme le rappelle un document de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) de Montréal, le fait têtu est que «pour continuer de croître, la finance doit créer davantage de monnaie (en octroyant des prêts) et transformer de nouveaux flux d’argent en actifs financiers (par exemple en transformant des dettes en titres revendables sur les marchés). Ce faisant, étudier, travailler, consommer, épargner, prendre sa retraite, diriger une entreprise, etc. sont autant de réalités qui tendent à être financiarisées. Loin d’être deux sphères déconnectées, les flux d’argent associés à cette «économie réelle» (la production, le rapport salarial, la consommation et l’épargne) tendent à être captés par la finance:

 

* Les entreprises se financent par le biais des marchés financiers (plutôt que par l’intermédiaire des banques commerciales). De plus, le développement des firmes cotées en bourse est orienté par l’exigence de faire augmenter la valeur actionnariale de l’entreprise.

* De leur côté, les travailleurs sont appelés à devenir des investisseurs: tandis que les caisses de retraite sont soumises aux fluctuations de leur portefeuille d’actifs, on encourage les travailleurs à avoir recours à des régimes d’épargne-retraite individualisés (…) pour compenser l’insuffisance des fonds de retraite de l’employeur et des régimes publics.

 

* La stagnation des salaires est compensée par le recours au crédit à la consommation, qui devient un pilier de la croissance économique.

 

* L’augmentation des frais de scolarité, présentée comme une condition essentielle du maintien de la qualité de l’enseignement supérieur, a fait exploser l’endettement étudiant, notamment aux États-Unis, où le volume des prêts dépasse celui des encours sur carte de crédit.

 

Bref, la relation financière se diffuse pour faire croître l’économie, mais, ce faisant, elle rend cette dernière beaucoup plus instable et donc toujours plus fragile15».

 

À ce sujet, Michael Hudson juge que le niveau d’endettement actuel des sociétés dans leur ensemble, sans rapport avec celui de leurs revenus, a été permis, organisé et recherché par les banques. Ces dernières ont été uniquement préoccupées de s’assurer ainsi une manne de revenus et sont demeurées parfaitement indifférentes à la crise majeure que leur comportement rendait inévitable. Pour les banques, «la stratégie rencontrant la moindre résistance consiste à entretenir l’illusion suivante: il n’y aurait aucune nécessité qu’elles soient tenues d’accepter de subir des pertes sur les dettes qu’elles ont créées, même si leur poids les rend irrécouvrables. Les créanciers affirment en tout temps que la charge de la dette est supportable à condition que les gouvernements réduisent tout simplement leurs dépenses, en augmentant dans le même temps les impôts des ménages et des entreprises non financières16

 

Accepter de pressurer les sociétés pour rembourser une masse de dettes privées, devenues publiques avec la crise, n’a aucune justification morale ni économique, évalue Michael Hudson. Alors que les économies se contractent, le secteur financier s’enrichit en transformant leurs titres ou certificats de dette en appropriation de la propriété. En mettant cette tendance dans le contexte des politiques des banques centrales, qui ont servi à gonfler les marchés boursiers et à recapitaliser les banques pour qu’elles continuent à spéculer, Hudson souligne que l’économie est de moins en moins la sphère de la production, de la consommation et de l’emploi, et de plus en plus la sphère de la création du crédit. Ce dernier est mis à contribution pour acheter des actifs, transformer les bénéfices et les revenus en paiements d’intérêts, jusqu’à ce que la totalité de l’excédent économique et la liste complète des propriétés soient gagées pour payer le service de la dette.

 

Emploi, automatisation et impasse

La crise de 2008 n’est pas la première, dans les «pays avancés», où la reprise de l’économie réelle – la production de biens et de services, ou mieux encore de la richesse produite socialement – ne réussit pas à rétablir les niveaux précédents d’emploi, de sécurité de travail et de salaires. En revanche, c’est la première dans laquelle le chômage, en plus de s’être brutalement accru, devient structurel, par un glissement massif vers le chômage de longue durée et la sortie de la vie active. Les statistiques officielles ne donnent d’ailleurs qu’une idée fortement partielle de l’ampleur réelle du phénomène17.

 

Des millions de travailleurs en sont victimes dans ces pays, entraînant une paupérisation de larges secteurs des sociétés respectives. Cette paupérisation est d’autant plus accentuée que ce sont les catégories déjà défavorisées sur le marché du travail — les jeunes, les travailleurs peu qualifiés, les immigrés, les minorités ethniques et, parmi eux, ceux qui occupent des emplois temporaires ou atypiques – qui sont les premières à souffrir de ces suppressions d’emplois.

 

C’est une crise aussi dans laquelle l’inégalité de revenus atteint des niveaux jamais vus depuis longtemps, et à cause de laquelle une grande partie de la nouvelle génération n’aura pas d’emplois stables, vivra dans un monde d’emplois précaires, de salaires médiocres et sous la menace constante du chômage chronique. Il s’agira de la première génération, depuis l’avènement de l’État-providence, qui aura un niveau de vie et un degré de sécurité sociale très inférieurs à celle qui l’a précédée.

 

L’explication de l’impasse du chômage chronique dans pays dits avancés ne se trouve pas seulement dans les politiques de libéralisation qui ont conduit au déménagement de la production dans des pays ou des régions ayant une main-d’œuvre moins chère. Le problème central de cette crise, qui n’en finit pas de durer, est structurel et concerne d’abord la relation fondamentale du capital avec le travail salarié, ainsi que la reproduction même du capital. Les considérations de compétitivité, de rentabilité et de productivité en jalonnent la dynamique. Elles incitent à faire évoluer constamment les moyens de production pour réduire l’emploi de la force de travail humaine en vue d’accroître les profits, augmentant ainsi inévitablement à la fois la production et le chômage.

 

Dans le contexte actuel de la dictature des lois du marché, le nœud gordien se situe dans l’exploitation qui est faite des avancées en matière de science et de technologie. Ces avancées permettent déjà et permettront encore davantage d’éliminer la nécessité de recourir au travail humain dans la production et les services.

 

Martin Ford, dans un ouvrage18 consacré à l’automatisation, au développement implacable des technologies et à l’entrelacement de ces dernières avec la mondialisation et à l’économie du futur, se penche sur les conséquences d’une telle évolution. Elle ne serait contrôlée que par une étroite minorité d’individus et d’entreprises ayant monopolisé les ressources de la nature et de la technique. Il juge qu’elle ne pourra déboucher que sur des sociétés invivables «parce que les 70% à 80% d’humains ayant perdu leur place dans les cycles de production, et transformés au mieux en assistés, ne pourront que se révolter contre les accapareurs du pouvoir technologique et économique. Cela d’autant plus que la raréfaction prévisible des ressources naturelles et l’aggravation des crises climatiques réduiront encore leurs capacités de survie19

 

Cette évolution prend de l’ampleur et s’accélère. Comme le reconnaissent plusieurs analystes et économistes, dont Paul Krugman, Nouriel Roubini20, Yanis Varoufakis21, le moment est venu de penser que dans la relation entre le capital et le travail, ce sont les robots qui gagnent en ce moment la guerre et non les travailleurs.

 

Michael Spence, lauréat du prix Nobel en économie, explique, dans un article récent paru dans Project Syndicate22, que les technologies numériques sont de nouveau en train de transformer les chaînes de valeur mondiales et, avec elles, la structure de l’économie mondiale. La nouvelle vague de la technologie numérique élimine le recours au travail humain dans des tâches de plus en plus complexes. Pour reprendre ses mots, «ce processus de substitution de la main-d’œuvre et de désintermédiation est en cours depuis déjà un certain temps dans les secteurs de services – pensons aux guichets automatiques, aux services bancaires en ligne, à la planification des ressources au sein d’une entreprise, à la gestion de la relation avec les clients, aux systèmes de paiement mobile, et bien plus encore. Cette révolution se propage maintenant à la production de biens, où les robots et l’impression 3D évincent le travail humain23

 

Autrement dit, contrairement à la précédente vague de la technologie numérique, qui avait incité les entreprises à accéder à des réserves de main-d’œuvre sous-utilisée dans le monde, la force motrice de ce nouveau cycle est manifestement la réduction des coûts par l’évincement de la main-d’œuvre salariée.

 

Compte tenu de la nature du système économique, ce processus est inexorable à cause des importants avantages financiers du recours à la technologie numérique. Michael Spence précise à ce sujet que «la grande majorité des coûts est au début, dans la conception de matériel (comme les capteurs), et de façon plus importante encore, dans la création du logiciel qui produit la capacité d’effectuer diverses tâches. Une fois cet objectif atteint, le coût marginal du matériel est relativement faible (et diminue proportionnellement à la hausse de l’échelle), et le coût marginal de reproduire le logiciel est essentiellement zéro. Avec un énorme marché potentiel pour amortir les coûts initiaux fixes de conception et d’essai, les incitations à investir sont irrésistibles24

 

Dans ses conclusions, restreintes cependant au seul domaine économique, Michael Spence souligne que cette seconde vague de la technologie numérique aura des effets structurants majeurs autant sur la production des biens et services que sur la construction ou encore le commerce de détail. Elle frappera aussi de plein fouet les pays en développement qui devront s’ajuster au fait que l’abondance d’une main-d’œuvre compétente, disciplinée et bon marché perdra de son importance comme levier de la croissance économique.

 

Abordant plus largement l’enjeu de l’évincement du travail salarié par la technologie numérique25, le professeur Robert Skidelsky de l’université de Warwick fait remarquer que l’évolution actuelle du capitalisme tient de la folie économique. Au-delà des aberrations d’une civilisation fondée sur le «toujours plus» et des limites naturelles auxquelles la croissance finira bientôt par se heurter, nous ne pourrons pas continuer bien longtemps encore à réduire la part du travail humain dans les activités économiques, sans lui trouver de nouveaux débouchés. Se fermer les yeux à ce sujet, c’est consacrer la voie qui mène à une division de la société en une minorité de producteurs, de professionnels, de superviseurs et de spéculateurs financiers d’une part, et une majorité réduite à l’oisiveté forcée de l’autre.

 

Robert Skidelsky estime qu’une telle société «serait confrontée à un dilemme classique: comment concilier la pression incessante à consommer avec des revenus stagnants? Jusqu’à présent, la réponse a été d’emprunter, ce qui a conduit à l’énorme surendettement actuel dans les économies avancées. De toute évidence, cela n’est pas viable, et ne constitue donc pas la réponse, car elle implique l’effondrement périodique de la machine de production de la richesse».

 

En somme, nous ne pourrons pas nous avancer avec succès sur la voie de l’automatisation de la production, sans reconsidérer des enjeux fondamentaux comme la consommation, le travail, les loisirs et la répartition des revenus. «Sans ces efforts d’imagination sociale, le rétablissement à l’issue de la crise actuelle sera tout simplement un prélude à d’autres calamités fracassantes à l’avenir26

 

Dans cet ordre d’idée, il rappelle que Keynes avait déjà évoqué le chômage technologique, mais qu’il avait associé le progrès technologique à la possibilité de libérer au moins partiellement l’humanité de son fardeau le plus ancien et le plus naturel, le travail, et d’accroître considérablement la production de la richesse avec une fraction du travail requis dans son temps. Keynes avait même imaginé que la semaine de travail serait de 15 heures au début des années 2000, sans nuire pour autant à la croissance de la richesse. Or, dans les économies avancées, cette richesse a effectivement atteint à peu près les niveaux escomptés par Keynes, mais il n’en est pas allé de même pour la semaine de travail. La réalité est loin des rêves et des propos des années 1970 sur l’avènement d’une société de loisirs. Pour Skidelski, cela signifie tout simplement que nous n’avons pas réussi à convertir la croissance du chômage technologique en croissance du temps de loisir volontaire. La principale raison de cet échec est que la part du lion des gains de productivité de ces trente dernières années a été accaparée par les nantis.

 

Tom Streithorts, un journaliste et auteur, met pour sa part en évidence le paradoxe qu’accentue la seconde vague de technologie numérique. Il situe ce paradoxe entre, d’une part, l’abondance et la diversité de l’offre de produits et de services auxquelles le citoyen consommateur est de plus en plus exposé et, d’autre part, la rareté et la précarité en matière d’emploi auxquelles se heurte le citoyen travailleur. Les mises à pied peuvent bien encore continuer à se multiplier, les emplois de qualité à se réduire en peau de chagrin, le temps partiel mal rémunéré à proliférer comme une mauvaise herbe et les profits à grimper en flèche, mais arrivera inéluctablement le moment où se posera la question de qui pourra encore acheter les produits et services offerts sur le marché. Un robot peut bien fabriquer un téléphone intelligent, mais il ne peut pas l’acheter. La demande ne sera tout simplement plus au rendez-vous de l’offre, en quantité suffisante pour permettre à l’économie réelle de ne pas s’enfoncer dans la léthargie, comme c’est déjà le cas à l’heure actuelle27.

 

En d’autres mots, si les pays clés du capitalisme ne vivent plus dans l’ère de la pénurie, ils ont en revanche considérablement réduit les possibilités d’emploi. De plus, contrairement à la période 1945-1973, les gains de productivité ne se traduisent plus en gains salariaux pour les travailleurs et ne jouent finalement qu’à l’avantage des dirigeants des entreprises et de l’actionnariat qui, tous deux, drainent vers eux l’essentiel des acquis.

 

Au cours des quarante dernières années, c’était surtout la classe ouvrière qui avait subi les impacts de la mondialisation et des changements technologiques. Aujourd’hui, c’est l’étiolement des classes moyennes dans les pays avancés qui apparaît comme inéluctable dans cette nouvelle phase de l’évolution. Ces classes moyennes sont en train de s’anémier rapidement tout simplement parce que les conditions qui les ont créées, des emplois stables et des salaires décents, ont cessé d’exister. L’évolution en cours menace maintenant les plus qualifiés et les plus diplômés au sein de ces classes moyennes. Avec le niveau de sophistication actuel des procédés informatiques, il devient même plus facile de les remplacer que des travailleurs manuels. Pensons simplement aux changements que connaissent des domaines comme celui du journalisme, de la comptabilité, de la gestion ou encore celui de la finance.

 

Parallèlement, dans les classes populaires, c’est le moment d’une résurgence d’un sous-prolétariat constitué par la partie la plus défavorisée de ces classes populaires et pour qui chômage et précarité sont devenus le lot quotidien.

 

Bref, l’évolution en cours empêche de générer suffisamment d’emplois et de salaires décents permettant de maintenir une demande finale robuste. Elle place ainsi le système devant un obstacle pratiquement insurmontable, en rapetissant son potentiel de reproduction. Jonglant avec les nouvelles normes de profitabilité imposées par la mobilité presque parfaite acquise par le capital financier grâce aux technologies de l’information de la première vague, le système tend à fonctionner comme si capitalisme était séparable de ce rapport social particulier qu’est le salariat. En excluant un nombre croissant de travailleurs du processus de production, il se retrouve à les exclure du même coup de la consommation, une phase pourtant essentielle à la reproduction du capital. C’est cet aspect de l’évolution qui sans doute explique les regains occasionnels d’intérêt à l’égard de la formule d’une garantie de revenu de base comme solution à long terme, mais aussi comme panacée au fait brutal que le partage de la richesse produite socialement s’est très profondément modifié, au détriment du travail et au profit du capital.

Alberto Rabilotta et Michel Agnaïeff

1 Ayca Bugra, Osman Savaskan, « New Capitalism in Turkey-The Relationship between Politics, Religion and Business », Edward Elgar Publishing Limited, Cheltenham, UK, 2014

2 ibidem

3 Wolfgang Streeck, «La crise de 2008 a commence il y a quarante ans», Le Monde diplomatique, Paris, janvier 2012

4 ibidem

5 ibidem

6 Ismaël Hossein-Zadeh, «New Phase, Not Just Another Recession», CounterPunch, 16 février 2010

7 Michel Husson, «Crise de la finance ou crise du capitalisme?», http://hussonet.free.fr/denkntzf.pdf

8 Michel Husson, art. «Finance, hyper-concurrence et reproduction du capital», http://hussonet.free.fr/finamarx.pdf

9 Michel Husson, art. «Crise de la finance ou crise du capitalisme?», http://hussonet.free.fr/denkntzf.pdf

10 Satyajit Das, «Extreme Money », édition française, Paris, Le jardin des Livres, 2013

11 ibidem

12 ibidem

13 ibidem

14 Philippe Langlois, Les crises structurelles du système capitaliste comme l’écroulement d’un régime d’accumulation: une approche régulationniste , Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, septembre 2010

15 Julia Posca, «Qu’est-ce que la financiarisation de l’économie?», Lexique économique, Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), http://iris-recherche.qc.ca/blogue/quest-ce-que-la-financiarisation-de-leconomie

16 Michel Hudson, entrevue, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6 décembre 2011, reprise et traduite par Contre-info.com, 30 décembre 2011

17 Dépendant du nombre des variables considérées, le taux de chômage peut passer ainsi, dans le cas par exemple des États-Unis, en octobre 2014, de 5.4% (taux officiel largement utilisé par les médias), à 11.5% (en considérant aussi les travailleurs dit découragés à court terme et le travail à temps partiel par défaut) et à 23.0% (en considérant aussi les sorties forcées de la vie active, une catégorie qui n’est plus pris en compte depuis 1994). Source : http://www.shadowstats.com/

18 Martin Ford, The Lights in the Tunnel, Acculant Publishing, 2009

19 Jean Paul Baquiast, «Comment une automatisation inexorable tuera l’emploi. Que devraient faire les États?», 2 juin 2011, http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=664

20 Nouriel Roubini, «Where will all workers go?», Project Syndicate, 31 décembre 2014

21 System Failure, «Already happens: Capitalism destroys human labor and goes to the next phase», http://failedevolution.blogspot.gr/2014/05/already-happens-capitalism-destroys.html et http://www.lifo.gr/team/apopseis/45702,

22 Michael Spence, «Labor’s Digital Displacement», Project Syndicate, 22 mai 2014,

23 ibidem

24 ibidem

25 Robert Skidelsky, «Return to capitalism ‘red in tooth and claw’ spells economic madness», The Guardian, Londres, 21 juin 2012

26 ibidem

27 Tom Streithorts, « The Central Paradox of the 21st Century », 25 juin 2014, www.pieria.co.uk,

Chapitre précédent…De quel capitalisme sortons-nous  ?

A Suivre…À quel capitalisme sommes nous arrivés? [b]

 

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 14:42

Le mélange des genres et  la multiplication des échanges internationaux  ne laissent  que la portion congrue au social… « L’argent » doit cesser d’être objet de spéculations et moyen de corruption pour redevenir un intermédiaire d’échanges utiles. Retour sur la théorie marxiste. Ce qui est valable pour la Russie, pour les BRICS en général, l’est aussi pour nous, comme pour tous les pays de la planète. Pas d’autre solution que de combattre la loi de la jungle … J Freychet

 

Aujourd'hui, tout comme après les trois guerres du XXe siècle, la Russie voit se rétablir sa richesse nationale, estime Timofeï Sergueïtsev, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

 

http://fr.sputniknews.com/club_zinoviev/

 

A vrai dire, j'en ai déjà assez d'entendre des mots étrangers pour désigner l'agression économique que subit actuellement la Russie — "sanctions" tout particulièrement. Non, ces sanctions n'existent pas et ne peuvent tout simplement pas exister car il n'y a aucune violation de normes juridiques et aucunes compétences. La conception de William Kristol sur l'hégémonie morale américaine dans le monde, qui sert actuellement d'arme pour la politique étrangère de la Maison blanche et du département d'État, non seulement n'exige pas de telle norme juridique internationale mais se base sur l'inexistence du facteur de droit dans la "realpolitik" internationale. Ainsi, la tentative d'instaurer l'isolation économique de la Russie et ce terrorisme financier ne peuvent pas plus être considérés comme des "sanctions" que le célèbre amendement Jackson-Vanik. La pression sur la Russie a commencé parce que cette dernière a commencé à se rétablir après le cauchemar et le désordre des années 1990, parce qu'elle pourrait très bien renoncer à la politique économique de privatisation totale et au programme de dérèglement, considéré comme la seule voie juste — voire possible. Il s'agit en réalité d'une lutte pour la répartition des richesses mondiales. Ce qui soulève la question du rétablissement de la richesse nationale russe, comme après les trois guerres du XX siècle.

 

Quelles étaient les faiblesses principales de la propriété populaire, fondement économique de l'URSS? Suite à la Seconde Guerre mondiale, la critique trotskiste compréhensive de Tony Cliff considérait — de manière très persuasive — le système économique soviétique comme un capitalisme d'État, c'est-à-dire la concentration maximale du capital, le monopole étatique maximal (dans le cadre d'un seul pays, même le plus grand du monde). Le monopole et la concentration avaient été les objectifs concurrentiels principaux du capital pendant les XIXe et XXe siècles, et l'URSS les a atteints. Vers les années 1970 la compétition entre l'URSS et les États-Unis s'est soldée par la victoire économique convaincante de l'Union soviétique, alors que les USA ont mis le cap sur la détente et le désarmement car ils étaient incapables de maintenir le rythme de la course aux armements. Mais ce triomphe de l'URSS s'est avéré une victoire à la Pyrrhus. Le capitalisme a changé de manière radicale: à vrai dire, il a cessé d'être le capitalisme.

 

Nous n'allons pas nous arrêter sur les défauts de la centralisation soviétique, qui sont une erreur possible de Moscou. Il s'agit notamment du refus conscient d'élargir l'éventail des produits de consommation au nom de la psychologie sociale ou de développer les transports individuels au détriment de ceux en commun. Est-ce vraiment une erreur? Car l'essentiel est la stratégie et la structure générale du système. Nous n'allons pas non plus analyser en détails la trahison de l'état-major bien que cette dernière ait évidemment eu lieu. Mais est-ce que nous renonçons au cerveau en faveur de la moelle, à la conscience en faveur des instincts, parce que le dernier est plus ancien que le premier et assure mieux la survie de l'individu? L'évolution rejette catégoriquement cette idéologie. A quel problème la Russie fait-elle donc face en réalité? Quel problème a provoqué, dans les années 1990, son dépouillement qui persiste encore aujourd'hui?

 

Pour comprendre la situation il faut savoir faire la distinction entre l'économie et la production, établie par Alexandre Zinoviev dans les meilleures traditions de l'"économie de pensée", si aimée par nos collègues philosophes américains. D'après Zinoviev, l'économie est la monétisation des relations sociales, alors que la production regroupe toute activité nécessaire pour libérer la reproduction humaine des conditions naturelles. Reprenant Lyndon LaRouche: la production est l'"économie physique" destinée à surmonter les limites de la croissance de la population humaine (ces limites apparaissent quand la croissance de plus en plus rapide de l'humanité se heurte au caractère fini des ressources — c'est l'icône principale de l'écologie). La production devient de plus en plus économique et passe sous le contrôle de l'argent, ce qui constitue la version classique du capitalisme. Mais au XXe siècle l'économie a de loin dépassé les limites de production. C'est donc la raison de la crise systémique actuelle — pas la surproduction classique.

 

A l'époque capitaliste classique les procédés économiques principaux — la production, la distribution (y compris le transport), l'épargne et la croissance — ne faisaient que se refléter dans le miroir de l'argent, alors que les rapports entre les marchandises et l'argent se fondaient sur le principe d'équivalence. La richesse résidait dans la masse de marchandises, l'épargne dans les infrastructures territoriales fixées (tout d'abord les villes), le développement — dans la révolution scientifique et la distribution — dans la politique sociale des États. L'argent n'était qu'une mesure relative de tous ces facteurs. Mais cette logique de la réflexion et de l'équivalence de l'argent est aujourd'hui obsolète. D'une part à cause du développement de l'économie. La révolution industrielle a fait exploser la masse de marchandises et privé l'or et ses dérivés de leur statut de standard de coût, de bien le plus important. L'or ne peut évidemment pas servir de nourriture, et son utilité industrielle est très limitée (par rapport notamment aux ressources énergétiques). Qui plus est, il a perdu son image sacrée à cause de la décadence de toutes les choses sacrées. L'argent papier est devenu de plus en plus populaire bien que ce dernier se soit longtemps fondé sur la couverture or ou similaire.

 

La résolution du problème des crises de surproduction — du point de vue de la gestion économique (monétaire) — prévoit dans le monde entier la création de systèmes de surconsommation. Il s'agit de former une diversité fictive de marchandises, d'imposer leur éventail excessif, de réduire de manière radicale leur durée de service — notamment grâce aux mécanismes sociaux — de créer la pseudo-modernisation, la pseudo-consommation, la pseudo-épargne sous forme de marchandises etc. La croissance supplémentaire (par rapport à la révolution industrielle) de la masse de marchandises provoquée par l'organisation de la surconsommation a privé la gestion des échanges commerciaux de la possibilité d'utiliser une marchandise-clé comme un étalon universel de coût. Si on ajoute ici le "service intrusif" qui règne dans la vie sociale — les pseudo-services offerts à des prix colossaux — il s'avère que l'argent-or ou même l'argent-énergie dont on parle souvent aujourd'hui, sont tout simplement impossibles dans les conditions actuelles. L'argent s'est totalement débarrassé des restes de son sens producteur et ne constitue désormais qu'un outil de gestion pur et dur.

 

A l'époque actuelle de l'évolution historique le vieux débat scolastique entre les réalistes et les nominalistes sur la primauté des choses-mêmes (les réalistes) ou de leurs noms — les nominalistes — dans le domaine de la circulation de l'argent s'est définitivement résolu en faveur des derniers. Car la nature de l'argent actuel n'est pas réelle, mais nominative. Les financiers américains ont probablement été les premiers à comprendre cette donne, ce qui leur a permis de prendre le contrôle de toute l'économie mondiale (et de son noyau productif), c'est-à-dire d'abuser de leur rôle, devenant l'emprunteur le plus grand et le plus irrémédiable de l'histoire des finances mondiales. Ils ont réuni entre leurs mains l'essentiel des richesses mondiales et tous les moyens nécessaires pour gouverner le monde. L'argent moderne (nominal) assure les liens nominaux (possibles) entre tous les acteurs économiques. On peut tirer ici un parallèle avec les communications téléphoniques. Même au niveau actuel des technologies numériques, tous les abonnés ne peuvent pas s'appeler en même temps. Nous avons la possibilité d'appeler n'importe qui à tout moment, parce que nous n'appelons pas tous les autres abonnés en même temps. Ainsi, l'argent moderne n'a aucune couverture en marchandises privilégiées ou en masse totale de marchandises, même potentielles, pas encore produites. Et il ne s'agit pas d'une conséquence embarrassante de l'accumulation de disproportions dans le système d'échanges, mais du principe de fonctionnement du système.

 

L'argent moderne regroupe non seulement les billets physiques et les fonds numériques, mais aussi tous les titres et autres outils financiers. Même si nous ne tenons pas compte de ces dérivés pour nous concentrer sur le sens strict de l'argent, le volume de ce dernier dépasse la valeur de toutes les marchandises existantes selon les prix actuels. L'émission d'argent est soutenue comme excédentaire et se présente comme l'outil principal de gestion de tous les procédés économiques qui assurent la gestion de l'activité diverse et productive. Dans le cadre de ce système le volume essentiel d'argent doit être stérile par rapport au volume de marchandises, sans toucher ce dernier. Ce procédé est assuré par la circulation spéculative des outils financiers, au sein de laquelle l'agent passe d'une forme à une autre et n'a aucun lien avec le secteur réel. Et cela fait également partie de l'émission.

 

Dans L'Alchimie de la finance, George Soros décrit honnêtement l'économie moderne comme un système principalement déséquilibré. Un tel système ne peut fonctionner qu'à condition d'une gestion profonde et rigoureuse. Il est incapable de s'autoréguler. Et l'émission excédentaire — qui remplace l'émission déficitaire, c'est-à-dire ayant une couverture or ou métallique — permet de transporter de manière ciblée le volume global des marchandises et des ressources de l'activité économique et productive. Le volume excédentaire d'argent s'accumule grâce aux marchandises fausses, aux services inutiles et aux surdépenses. Il ne peut être éliminé qu'à l'aide de l'effondrement des systèmes financiers de pays entiers et d'organisations financières importantes au niveau global. L'expropriation des comptes chypriotes n'est dans ce contexte qu'une goutte d'eau dans l'océan. Car il nous faut s'attendre dans le futur à l'amortissement de la dette européenne et, bien sûr, américaine. Les uns peuvent profiter de l'émission qui reste en même temps un tabou pour les autres. Les uns doivent épargner alors que les autres peuvent dépenser. En vieux termes de réalisme économique il s'agit tout simplement de pillage. Et les victimes vont certainement s'y opposer dans leur politique intérieure et extérieure. Ce qui ne fait que souligner l'importance de l'Otan et de l'activité militaire des États-Unis.


 Une solution juste et constructive de la crise exige évidemment de "déséconomiser" et de démonétiser le secteur nominal excessif des relations sociales, de rendre à la production son rôle-clé dans l'activité économique, de rétablir les objectifs réels de l'économie. Mais cela ne comprend pas que le contrôle de la consommation voire sa réduction: elle a besoin d'une réorganisation compréhensive et systémique. Le rétablissement du statut réel et de la nature productive de l'économie ne signifie pas non plus un retour vers un argent métallique ou réel. Les USA ont réussi à duper le monde entier parce qu'ils avaient été les premiers à comprendre le caractère irréversible de la transition vers l'argent nominal. Mais dans le cadre de l'économie réelle cet argent nominal ne doit être qu'un moyen strictement contrôlé de gestion qui empêche l'argent de "projeter" sa nature nominale sur toute l'économie, de la couper de sa base productive. Cet argent technique est en principe hétérogène: le cash et la monnaie scripturale, des monnaies pour les personnes physiques et morales, pour les transactions intérieures et extérieures — tous ces outils financiers doivent se distinguer l'un de l'autre. Cela a été le cas en URSS. Mais ayant effectué la transition vers l'argent nominal, l'Union soviétique n'a pas pu garder les cadres de l'économie réelle.

 

Les États-Unis ne prendront évidemment aucune des mesures mentionnées ci-dessus. Ils tenteront d'annuler leur surendettement aux frais des créanciers et de fixer leurs revenus à long terme en exploitant le monde. Ces revenus ne résultent pas de leur capital national ou du capital en général, mais du contrôle de la circulation mondiale d'argent nominal. L'économie mondiale et celle des pays isolés ne peuvent pas se détacher complètement de leur noyau productif malgré toute leur croissance non-productive, virtuelle et nominale. Le travail (notamment un travail bon marché) le reste toujours, tout comme les ressources (tout d'abord les aliments et l'énergie), le territoire (la terre est une entité productive), l'infrastructure (notamment les villes et le transport) et la faim. Cette situation provoque toutes sortes de guerres, ouvertes ou secrètes.

Il ne faut pas non plus s'attendre à une issue globale à la crise. La résolution n'est possible qu'au niveau des pays ou de blocs économiques régionaux. Pour la Russie il s'agit des BRICS et de la région Asie-Pacifique. Et même de certains pays européens si ces derniers arrivaient à se débarrasser de la tutelle américaine. Mais cela sera pratiquement impossible si on ne se fonde pas sur sa propre souveraineté économique et productive. Et la souveraineté économique exige un argent national. Le caractère nominal de l'argent moderne ne signifie pas l'absence totale de couverture car sans cette dernière il ne peut tout simplement pas fonctionner, tout comme sans le facteur de confiance. L'argent moderne est couvert — mais pas de manière équivalente — par tout le volume de marchandises qu'on peut acquérir en utilisant l'agent comme moyen de paiement. Dans le monde global il ne s'agit évidemment pas des marchandises qui se trouvent sur le territoire national ou produites par l'économie nationale. En bref, avec les dollars américains on peut acheter n'importe quoi partout dans le monde, alors qu'avec les roubles tout n'est pas accessible, y compris sur tout le territoire russe même si le prix est fixé en roubles. C'est la force de l'agent nominal. Et il faut en profiter. La Russie doit changer radicalement son approche envers les transactions en roubles. Il faut effectuer tous les exportations en roubles, sortir du système GAFI en ce qui concerne les comptes en roubles, libéraliser complètement les échanges dans cette monnaie, y compris la circulation du cash. Mais aujourd'hui la Russie n'a pas encore son propre argent.

 

Les difficultés ne résident pas seulement dans la "faiblesse" russe. Car la Russie n'est pas si faible et ruinée. Le nouveau monde post-capitaliste de l'économie nominale, que ses idéologues décrivent comme un monde post-industriel, se trouve en effet au-delà de la réalité des théories politiques et économiques d'origine marxiste. Mais il n'existe pas aucune autre théorie. Elle est remplacée par une idéologie économique monotone: le marché libre, la croissance, l'économie d'innovations etc. C'est pourquoi ce monde de crise est opaque d'un point de vue épistémologique. Il ne s'agit en aucune façon de complot: il n'est pas nécessaire de se cacher parce que personne ne comprend rien. La Russie devra donc développer sa propre théorie de développement économique et productif. 

 

Timofeï Sergueïtsev, méthodologue, philosophe, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 18:41

L’équipe de Ruptures-BRN s’est associée au site l’Agence Info Libre pour réaliser un reportage vidéo sur le thème « la CGT et l’Europe ». Elle a rencontré pour cela des militants et dirigeants CGT, dont les avis sont parfois différents, voire contradictoires. Nous avons également interrogé l’économiste Jacques Sapir.

Après la grande journée de mobilisation contre l’austérité du 9 avril, une réflexion approfondie sur les relations entre la CGT – et plus largement le syndicalisme – et la construction européenne apparaît particulièrement urgente. D’où viennent ces politiques d’austérité ? Quelles sont les causes de la régression économique et sociale ? Qui demande la destruction des services publics ?

Il faut aussi examiner le rôle et les responsabilités de la Confédération européenne des syndicats (CES) dont le prochain congrès se tiendra en octobre à Paris.

Il est question de tout cela dans cette vidéo que nous vous invitons à regarder et à diffuser si vous jugez qu’elle peut contribuer utilement aux débats d’aujourd’hui et de demain.

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 08:51

Par Jacques Sapir

6 avril 2015

 

Alexis Tsipras, le nouveau Premier Ministre de la Grèce sera le 8 avril à Moscou. Or, le 9 avril, la Grèce doit effectuer un payement au Fond Monétaire International. Les déclarations sur ce point du Ministre des finances de la Grèce ne laissent planer aucune ambiguïté : la Grèce honorera sa créance[1]. Mais, le 14 avril, la Grèce doit simultanément émettre pour 1,4 milliards d’Euros de bons du Trésor, renouvelant la dette à court terme (ce que l’on appelle faire « rouler » la dette) et le gouvernement doit payer 1,7 milliards en pensions et salaires. Or, la Banque Centrale Européenne a « déconseillé » aux banques privées grecques d’accepter de nouveaux bons à court terme émis par l’Etat grec[2]. On voit que cette visite d’Alexis Tsipras à Moscou va donc bien au-delà de la traditionnelle amitié entre la Grèce et la Russie. Elle pourrait signifier, à relativement court terme, l’amorce d’une bascule à l’échelle de l’Europe.

 

I. La situation de la Grèce

On sait que la Grèce a conclu un accord de nature provisoire avec ses créanciers (l’Eurogroupe mais aussi le FMI). Aujourd’hui le pays fait donc face à des difficultés importantes de court terme comme la fuite des capitaux hors du système bancaire (12 milliards d’Euros pour le mois de février) ainsi que l’incertitude financière sur sa capacité à effectuer les remboursements de sa dette. Cette incertitude financière est une arme à la fois politique et économique sur le nouveau gouvernement. Les investissements sont aujourd’hui fortement ralentis en Grèce, et les Investissements Directs Etrangers (IDE) sont au point mort. Dans ces conditions, l’Eurogroupe (i.e. la réunion des Ministres des finances de la Zone Euro) a pris la responsabilité d’exercer des pressions politiques et économiques de plus en plus fortes sur le gouvernement grec.

 

On sait aussi que les politiques d’austérité sont un échec non seulement en Grèce mais dans bien d’autres pays. Les effets destructeurs de ces politiques d’austérité, non seulement dans le cas de la Grèce mais aussi dans celui du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie, sont aujourd’hui évidents et parfaitement avérés. D’un point de vue technique, on peut dire que le multiplicateur des dépenses fiscales, ce multiplicateur qui lie les mouvements du PIB et celui des dépenses budgétaires, a été grossièrement sous-estimé par les autorités de l’Union Européenne, et cela même après la publication de l’étude fameuse de Blanchard, réalisée au FMI, et datant de janvier 2013[3]. Il est évident que les politiques mises en œuvre en Grèce sous le nom de « Mémorandum » ne fonctionnent pas et ont de plus des effets destructeurs très importants sur l’économie. Ces politiques, et il faut insister sur ce point, n’ont pas été mises sur pied pour « aider » la Grèce, mais bien uniquement pour permettre aux pays créditeurs d’être remboursés. Ceci a été reconnu dernièrement dans une note du FMI. Mais, sur ce point aussi, elles se révèlent contre-productives. En effet, il est clair que la Grèce, à la suite des divers Mémorandums, ne pourra pas rembourser sa dette. La politique mise en œuvre pour sortir ce pays de l’insolvabilité l’a, au contraire, fait plonger dans l’insolvabilité.

 

C’est dans ce cadre qu’il faut considérer les politiques mises en œuvre par l’Union européenne, et dont le caractère anti-démocratique, et même fascisant, se révèle chaque jour un peu plus. En coupant l’accès à la liquidité d’urgence qui a été mis en place par la BCE dès le 4 février dernier, en refusant toutes les solutions proposées par Athènes, les dirigeants européens espèrent que la pression va être telle sur Alexis Tsipras que ce dernier sera contraint d’accepter les conditions de ses créanciers. Ces conditions ne sont pas économiques, car on a vu qu’elles ont en réalité aggravée la situation du pays. Ces conditions sont donc bien en réalité politiques. A travers l’acceptation de « réformes » du marché du travail et des pensions qui ne sont pas urgentes sur le plan économique, mais qui permettent de montrer la capacité des institutions européennes « d’annuler » politiquement l’essentiel du programme et du message de Syriza. C’était là l’essentiel et il faut bien le comprendre pour saisir toute la situation. Les dirigeants européens veulent ainsi annuler le résultat des élections du 25 janvier si celui-ci met en péril la politique qu’ils mènent depuis des années. Ils veulent annuler ces élections alors même qu’ils se prétendent de grands défenseurs de la démocratie. On a ainsi la démonstration ainsi irréfutable que « démocratie » n’est qu’un mot dans leur bouche et que, dans la réalité, ils n’ont de cesse que de nier cette dernière et de nier la souveraineté du peuple qui s’est exprimée dans ces élections. Dans cette stratégie, l’Eurogroupe n’a donc cessé de rejeter les propositions de réformes présentées par la Grèce. Mais, ce faisant elle a radicalisé les positions du gouvernement grec. Il faut alors comprendre pourquoi ce dernier n’a pas décidé de rupture franche avec les institutions européennes.

 

II. Les raisons de la politique grecque vis-à-vis de l’Europe

En réalité, Syriza situe son action à l’intérieur de l’Union européenne. Certains le font par idéologie, mais la majorité du parti le fait par réalisme. L’attachement de la population, et des élites grecques, à l’UE est important et il faut en comprendre les raisons. Les raisons de cet attachement sont multiples.

 

Il y a d’abord des raisons d’ordre géopolitique. Les Grecs se souviennent de l’isolement dont leur pays fut victime lors des événements de Chypre en 1973, qui devaient conduire à l’intervention Turque sur l’île (opération ATTILA). Ces événements furent d’ailleurs la cause de la chute de la dictature des « colonels ». Il en reste la mémoire en Grèce des dangers d’un nouvel isolement. C’est ce que les gouvernements successifs, de droite ou de gauche, ont cherché à éviter via l’adhésion de la Grèce au Marché Commun (sous le gouvernement conservateur de Caramanlis) puis le soutien indéfectible aux différentes étapes de la construction européenne. Même l’adhésion de la Grèce à l’Union Economique et Monétaire, c’est à dire à la zone Euro, peut en réalité être interprété comme une expression de cette volonté de ne pas être isolé. On peut penser que cette crainte de l’isolement face à la Turquie puisse désormais être contrebalancée tout autant par des accords militaires et politiques avec la Russie que par l’adhésion à l’Union européenne.

 

Il y a, ensuite, des raisons économiques. La Grèce a beaucoup profité dans la période 1975-2000 des fonds structurels européens, et nombre des investissements publics ont été réalisés grâce aux programmes divers (aides aux zones insulaires, aux zones de moyenne montagne, etc…) de l’aide européenne. Le fait que cette dernière se soit largement réduite depuis 1995, et surtout depuis l’entrée des anciens pays d’Europe de l’est dans l’UE, rend cependant cet argument bien plus faible qu’il y a dix ans. Les Grecs ont mesuré qu’aujourd’hui cette « aide » est de plus en plus faible alors que les contrainte imposées par l’Union européenne sont véritablement meurtrières.

 

Il y a, enfin, une raison idéologique. Les élites modernisatrices de la Grèce, élites dont Syriza fait en réalité partie intégrante, ont toujours considéré que le rattachement à l’Europe occidentale, c’est à dire au noyau initial du Marché Commun, était un gage de mise en œuvre des réformes destinées à libérer la Grèce de l’héritage ottoman. On peut discuter à l’infini de ce qui est, et n’est pas, dans la culture sociale et politique grecque un « héritage » de l’occupation ottomane, mais il n’en reste pas moins que la présence massive du népotisme, de la corruption, et plus généralement d’institutions que l’on peut qualifier de « molles » et qui permettent le maintien de ce népotisme et de cette corruption, est attribuée à cet « héritage ». De ce point de vue, l’adhésion à l’Union européenne était la seule garantie des réformes nécessaires.

 

Ces trois raisons expliquent que Syriza soit un parti viscéralement pro-européen, et que le deuil qu’il doit faire de l’Europe soit un processus douloureux. Les dirigeants de Syriza avaient espéré fédérer autour d’eux des pays qui souffraient tout autant de l’austérité, comme l’Espagne, le Portugal ou même l’Italie et la France. Ils avaient espéré constituer un grand « front uni » contre l’austérité à l’échelle européenne. Mais, ils ont ici pêché par optimisme. Optimisme quant aux positions du gouvernement français, qui s’avère chaque jour un peu plus le laquais de l’Allemagne. Optimisme quant aux positions des gouvernements conservateurs en Espagne et au Portugal, qui voient en réalité en Syriza un danger pour leur propre domination sur leurs peuples. Les dirigeants de Syriza, mutatis mutandis, se sont trouvés dans la même position que les dirigeants bolchéviques persuadés que la révolution en Russie allait provoquer la révolution en Allemagne, et restant en panne de stratégie quand ceci n’arriva pas. On sait que de ce constat naquit la stratégie de développement autonome de l’URSS, avec la NEP, conçue comme une stratégie alternative devant l’échec de la révolution en Allemagne. Autour de cette NEP put se fédérer un bloc implicite allant des bolchéviques aux divers modernisateurs (menchéviques, socialistes-révolutionnaires), bloc qui devait donner d’ailleurs à la NEP sa dynamique économique et sociale extrêmement progressive[4]. De fait, il semble que les dirigeants de Syriza aient anticipé que leur optimisme pourrait être déçu. L’alliance politique qu’ils ont conclue avec les « Grecs Indépendants » (An.El) signifiait bien que les concessions qu’ils étaient prêts à faire pour rester au sein de la zone Euro auraient une limite. Il est aussi possible qu’ils aient sous-estimé le mouvement de résistance nationale qui s’est manifesté après l’élection du 25 janvier.

 

Nous en sommes là. Le gouvernement grec a compris que fors une capitulation sans condition, une soumission abjecte aux diktats européens, il ne trouverait aucun terrain d’accord avec l’Eurogroupe et la BCE. Le fait qu’il ait évolué dans sa position quant à la privatisation du port du Pirée, pour ne pas heurter la Chine, est une indication que le gouvernement grec n’attend plus grand chose de l’Union européenne et se prépare à compter de plus en plus sur la Russie et la Chine.

 

III. Quelle stratégie ?

Il faut alors envisager ce qui pourrait se passer dans les prochains jours, voire les prochaines semaines.

 

Le gouvernement grec a donc décidé d’honorer sa créance au FMI. C’est entièrement compréhensible. Il ne peut se mettre à dos et l’Eurogroupe et le FMI. Un défaut vis-à-vis de ce dernier aurait de plus des conséquences importantes pour la Grèce, des conséquences en fait d’autant plus importantes que la Grèce se trouverait coupée des financements européens et forcée, de fait, de sortir de l’Euro. La décision d’honorer la créance vis-à-vis du FMI laisse à penser qu’une position de rupture est en train d’émerger au sein du gouvernement grec.

 

Cette rupture cependant, le gouvernement grec veut en faire peser l’entière responsabilité sur l’Eurogroupe et l’Union européenne. Il le veut d’une part pour des raisons de politique intérieure et de morale politique. Ayant affirmé durant la campagne électorale qu’il ne voulait pas sortir de l’Euro, il doit agir en sorte d’être expulsé de cette dernière. D’où le fait qu’il ne faut pas s’attendre à des gestes de rupture de la part de la Grèce, mais à une fermeté sur les principes : il n’est pas question de renoncer aux promesse électorales et au programme sur lequel ce gouvernement a été élu. Mais, le gouvernement grec veut aussi que cette rupture soit le fait des institutions européennes pour rendre moins douloureuse la brisure du rêve européen. Le deuil de l’idée européenne, du moins dans sa forme la plus inclusive, aura certainement des conséquences. Si la responsabilité de ce deuil peut reposer sur Bruxelles et Francfort, il peut en découler un surcroît de légitimité pour le gouvernement grec.

 

C’est ici que prend place la possibilité de créer une nouvelle monnaie qui circulerait en même temps que l’Euro, afin de permettre au gouvernement grec de réaliser les paiements qu’il doit faire pour la population, et de relancer le financement de l’investissement. Il faut dire ici que ceci n’a pas eu d’équivalent. Non que des systèmes de double circulation monétaire n’aient pas existé. Mais, ces systèmes ont été à la fois très instables (une monnaie finissant par évincer l’autre) et il n’y a pas d’exemple de cas où une monnaie supra-nationale ait été contestée par une monnaie nationale nouvellement créée, sauf dans le cas de la rupture d’un pays (Autriche-Hongrie, URSS). Dans ce cas, la double circulation ne dure pas plus que quelques semaines. Si le gouvernement grec décide logiquement, devant l’étranglement financier dont il est l’objet, de créer une nouvelle monnaie, se poseront immédiatement deux problèmes :

 

•Quelle stabilité pour la nouvelle monnaie.
•Quel taux de change entre cette nouvelle monnaie et l’Euro.

 

La stabilité de cette nouvelle monnaie pourrait être garantie par un fond de stabilisation, lui même issu d’un prêt de courte durée (2 ans au maximum). La Russie a déjà dit, par la voix de son Ministre des affaires étrangères, qu’elle était prête à étudier un tel prêt. En fait, on voit bien que ceci est une manière « douce » de sortir de l’Euro. Si cette nouvelle monnaie est stable, elle va rapidement s’imposer dans la circulation monétaire interne face à l’Euro tout en connaissant une dépréciation de 20% à 30%. Cette dépréciation devrait aboutir à une balance commerciale fortement excédentaire dans un délai de 6 mois à un an, garantissant les conditions de remboursement du prêt. De fait, les conditions d’une stabilité à moyen terme de la nouvelle monnaie grecque apparaissent comme bonnes. Ce fond de stabilisation pourrait bien être fourni par la Russie. Cet excédent commercial pourrait d’ailleurs être aussi accru par la levée des « contre-sanctions » prises par la Russie contre les productions agro-alimentaires des pays de l’UE, une levée qui pourrait dans un premier temps concerner la Grèce et la Hongrie. Par ailleurs, la Grèce devra faire défaut sur ses dettes libellées en Euro, ce qui ne sera pas sans poser quelques problèmes aux pays de l’Eurogroupe et à la BCE.

 

Plus généralement, un conflit irrémédiable entre la Grèce et les pays de l’Eurogroupe aboutirait à ce que la Grèce se tourne vers la Russie et la Chine à la fois pour les investissements (IDE) et pour les relations tant politiques qu’économiques.

 

IV. Un grand basculement

Une telle solution impliquerait un basculement dont le sens dépasse de loin le seul cas de la Grèce. Lors de la préparation de son voyage à Moscou qui doit avoir lieu le 8 avril, Alexis Tsipras a donné le ton le 31 mars en affirmant que les « sanctions contre la Russie ne mènent nulle part. »[5]. Cette déclaration était un désaveu très clair de la politique orientale de Bruxelles, en particulier au sujet de l’Ukraine. Voilà qui a de quoi inquiéter la Commission européenne. Athènes pourrait alors se décider à défendre les positions de la Russie au sein de l’UE, et ce en particulier si l’UE se montrait agressive avec la Grèce. Il n’est nullement de l’intérêt de la Grèce de quitter l’UE. Le gouvernement grec serait un bien meilleur allié de Moscou s’il restait membre de l’UE, tout en contestant systématiquement, et en les paralysant, toutes les décisions. Or, si l’on peut en théorie expulser un pays de l’UE, il faut pour cela obtenir l’unanimité des autres membres. Il est clair qu’il y aura toujours un ou deux autres pays qui refuseront de voter cette expulsion, ne serait-ce qu’en raison de la crainte qu’ils pourraient avoir d’être les prochains sur la liste des expulsés.

 

Ce refus d’aller plus avant dans la confrontation avec la Russie, refus qui – il faut le savoir – est très largement partagé en Grèce même par des forces politiques qui ne sont pas au gouvernement, pourrait d’ailleurs faire sortir du bois d’autres pays qui partagent en réalités ces positions : Chypre, la Slovaquie ou la Hongrie, par exemple. Mais, aujourd’hui, l’enjeu de ce voyage est sans doute encore plus grand. Il est clair que le conflit entre la Zone Euro et la Grèce est inévitable, et que ce conflit peut provoquer une sortie de l’Euro de la part de la Grèce. Le voyage à Moscou d’Alexis Tsipras, mais aussi les relations étroites que son gouvernement est en train d’établir avec la Chine et plus généralement avec les pays des BRICS, représente potentiellement un moment historique. Celui du reflux des institutions européennes de l’UE au profit d’une avancée, certes timide, certes prudente, mais néanmoins réelle des puissances émergentes, comme la Russie et la Chine, dans le jeu européen. C’est pour cela qu’il y a bien plus dans ce voyage que ce que l’œil d’un observateur peut voir.

 

La crainte de ce grand basculement doit aujourd’hui commencer à s’immiscer dans les cerveaux quelque peu embrumés des dirigeants européens. Quelles sont alors leurs possibilités ? Ils peuvent céder, tout ou partie, de ce que demande Syriza. On l’a déjà dit, une telle solution porterait en elle la condamnation implicite des politiques d’austérité. Il ne faudrait guère attendre pour que d’autres pays, tels l’Espagne et le Portugal, adorant ce qu’hier ils avaient brulé, ne se décident alors à embrasser les demandes de la Grèce. Le risque est immense de voir la politique établie par l’Allemagne et au profit de l’Allemagne voler alors par dessus les moulins. Le gouvernement allemand en est conscient, et c’est pourquoi il mène un « front de la fermeté » sur ces points. Mais, à tenir une position intransigeante avec la Grèce, ces mêmes dirigeants prennent le risque d’un éclatement de toute la construction politique qu’ils ont accomplie depuis plus de quinze ans. On le voit, et ceci quelle que soit l’issue de cette crise, c’est à la fin de la construction européenne telle qu’elle s’est faite depuis maintenant près de vingt-cinq ans que nous sommes en train d’assister. L’expression « grand basculement » apparaît donc comme bien appropriée. Reste à savoir comment les gouvernants français s’adapteront à cette nouvelle situation.

 

Notes

[1] http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-grece-s-engage-a-rembourser-le-fmi_1668428.html

[2] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-bce-demande banques-grecques-de-ne-plus-acheter-de-dette-d-athenes-463735.html

[3] Blanchard O. et D. Leigh, « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers », IMF Working Paper, n°13/1, janvier 2013.

[4] Sapir J., “Éléments d’une histoire économique de l’URSS : quelques questions sur la croissance”, in Historiens et Géographes, n°351, décembre 1995, pp.191-218. Idem, “La guerre civile et l’économie de guerre, origines du système soviétique”, in Cahiers du Monde Russe, vol. 38, n°1-2, 1997, pp. 9-28.

[5] http://www.theguardian.com/world/2015/mar/31/alexis-tsipras-greece-russiarelations

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 17:43

Communiqué de l’Observatoire des libertés et du numérique (OLN)

 

Organisations membres de l’OLN : Cecil,  Creis-Terminal, LDH,  Quadrature du Net, Saf, SM.

 

Présentant le projet de loi relatif au renseignement adopté en Conseil des ministres ce 19 mars 2015, le Premier ministre a fièrement assuré qu’il contenait « des moyens d’action légaux mais pas de moyens d’exception ni de surveillance généralisée des citoyens » !

 

Certes, ce projet légalise des procédés d’investigation jusqu’à présent occultes. Mais pour le reste, les assurances données quant au respect des libertés relèvent d’une rhétorique incantatoire et fallacieuse. Et, prétendant que ce projet de loi fait l’objet d’un large consensus, le gouvernement soumet l’examen du projet en procédure accélérée, confisquant ainsi le débat parlementaire.

 

« Pas de moyens d’exception » : sonoriser des espaces privés, capter des images, accéder en temps réel aux données de connexion Internet ou installer des dispositifs de recueil des communications couvrant de larges périmètres de l’espace public, suivant la technique du chalutier jetant son filet pour faire le tri ensuite : voilà donc des dispositifs qui ne constituent pas « des moyens d’exception » ! Faudrait-il donc admettre qu’ils relèveront dorénavant du quotidien le plus banal ?

 

« Pas de surveillance généralisée des citoyens » : au prétexte de la lutte légitime contre le terrorisme, le projet déborde largement hors de ce cadre. Il prévoit que les pouvoirs spéciaux de renseignement pourront être mis en œuvre pour assurer, notamment, « la prévention des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ». Au nom de la lutte contre le terrorisme, ce sont donc aussi les mouvements de contestation sociale qui pourront faire l’objet de cette surveillance accrue. L’ensemble des citoyens constituera ainsi la cible potentielle du contrôle, à rebours de ce qui est affirmé.

 

Plus grave, tout le dispositif est placé entre les mains de l’exécutif évitant le contrôle par le juge judiciaire de mesures pourtant gravement attentatoires aux libertés individuelles qu’il est constitutionnellement chargé de protéger.

 

La vérification du respect des critères, particulièrement flous, de mise en œuvre de ces pouvoirs d’investigation exorbitants, est confiée à une commission qui fonctionne selon une logique inversée : pour les autoriser, un seul membre de la commission suffit, sauf en cas d’urgence, où l’on s’en passe. Mais pour recommander d’y renoncer, la majorité absolue des membres de la commission doit se prononcer, l’exécutif demeurant en dernier ressort libre d’autoriser la mesure. Et si la commission ne dit mot, elle consent. L’atteinte à la liberté devient ainsi la règle, la protection l’exception.

 

Ce n’est qu’a posteriori, et seulement si le filtre de la commission est passé, que des recours juridictionnels pourront être formés, exclusivement devant le Conseil d’Etat. Et, secret défense oblige, ils seront instruits sans respect du contradictoire. Ils resteront illusoires quoiqu’il en soit, puisque par définition, le plaignant doit être dans l’ignorance des mesures de surveillance qui peuvent le concerner

 

Enfin, vice majeur du dispositif, aucune limite n’est fixée pour déterminer à quel moment et selon quels critères le régime du renseignement relevant d’une police administrative d’exception doit laisser place à une enquête judiciaire de droit commun, avec les garanties qu’elle comporte pour ceux qui en font l’objet. Le juge judiciaire pourrait donc continuer ainsi de rester à l’écart d’investigations portant sur des délits ou des crimes dont l’élucidation relève pourtant de sa mission.

 

Ce projet de loi installe un dispositif pérenne de contrôle occulte des citoyens dont il confie au pouvoir exécutif un usage quasi illimité. Il est à ce titre inacceptable. Seul un véritable contrôle a priori de techniques de renseignement proportionnées et visant un objectif strictement défini relevant de la sécurité nationale, restera respectueux des droits fondamentaux.

 

L’Observatoire des libertés et du numérique appelle les citoyens et les parlementaires à se mobiliser pour conduire ce projet vers sa seule finalité légitime : mettre les dispositifs d’encadrement de la surveillance et du renseignement en adéquation avec les exigences de l’Etat de droit.

Paris, le 24 mars 2015

Contacter l’OLN : contact-oln@ldh-france.org

 

Note de JF : La commission des lois de l’Assemblée Nationale, òu tous les partis sont représentés,  a adopté à l’unanimité le projet de loi présenté par le gouvernement par la voix du député socialiste Urvoas.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 15:09

 

Par Salim Lamrani http://espanol.almayadeen.net/Study/2Kml_ddYWEeKIKRbARNhBA/seg%C3%BAn-el-banco-mundial-cuba-es-el-pa%C3%ADs-del-mundo-que-inviert 

 

            Selon la banque mondiale, aucun pays, y compris les plus riches, ne dédie une part aussi élevée de son budget national à l’éducation que Cuba. Les résultats sont exceptionnels. 

 

Cuba est une référence mondiale pour l’éducation. C’est ce que vient de rappeler un rapport de la Banque mondiale qui classe Cuba au premier rang en ce qui concerne l’investissement dans le système éducatif pour la période 2009-2013. Avec près de 13% (12,8%) du PIB investi dans ce secteur, aucun autre pays au monde, y compris les plus développés, n’égale l’île de la Caraïbe, qui a fait de sa politique sociale un modèle pour les nations en voie de développement[1].

 

Le Timor Oriental et le Danemark complètent le podium mondial, avec respectivement 11,3% et 8,7% du PIB dédiés à l’éducation. En guise de comparaison, les Etats-Unis investissent à peine 5,4%, soit deux fois moins que Cuba, et le Canada 5,5%. En Europe, la France consacre 5,9% de son budget national à l’éducation, l’Allemagne - 5,1%, le Royaume-Uni- 6,2%, l’Italie - 4,5% et l’Espagne - 5%. Pour ce qui est du continent latino-américain, la Bolivie occupe le second rang derrière Cuba avec 7,6%. Le Brésil attribue 5,8% de son PIB à ce secteur alors que le Mexique et l’Argentine lui destinent respectivement 5,2% et 5,8%[2].

 

Ce n’est pas la première fois que la Banque mondiale fait l’éloge de Cuba dans ce domaine. Dans un autre rapport publié en 2014, l’organisme international rappelle que l’île dispose du meilleur système éducatif d’Amérique latine et de la Caraïbe, la seule ayant « des paramètres élevés, du fort talent académique, des rémunérations élevées ou du moins adéquates et de l’autonomie professionnelle élevée qui caractérisent les systèmes éducatifs les plus efficaces au monde, comme ceux de Finlande, de Singapour, de Shanghai (Chine), de la République de Corée, de la Suisse, des Pays-Bas et du Canada[3] ».

 

L’éducation – comme la santé, la culture ou le sport – a toujours été une priorité à Cuba et les résultats sont exceptionnels. Avec un taux d’alphabétisation de 99,8%, l’île dispose du taux d’illettrisme le plus bas du continent latino-américain, selon l’UNESCO, qui rappelle également que Cuba a le taux de scolarisation le plus élevé de l’Amérique latine avec 99,7% des enfants disposant d’une éducation gratuite. Un autre rapport de l’UNESCO portant sur l’éducation dans 13 pays d’Amérique latine classe Cuba en tête dans toutes les matières d’enseignement et note qu’un élève cubain dispose en moyenne de deux fois plus de connaissances et de compétences qu’un élève latino-américain[4]

 

            La Banque mondiale, en faisant l’éloge du système éducatif cubain, rappelle d’une certaine manière que les politiques d’austérité et de démantèlement de l’Etat-providence qu’elle préconise sont en réalité préjudiciables à l’intérêt général. En faisant de l’éducation nationale une priorité, Cuba démontre aux yeux du monde qu’il est possible d’offrir à tous les citoyens un accès de haut niveau à la connaissance et à la formation. Les ressources limitées inhérentes à une nation du Tiers-monde et les sanctions économiques extrêmement sévères imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle n’ont pas empêché l’île de la Caraïbe de se doter d’un système éducatif performant, rappelant ainsi que l’humain doit être placé au centre du projet sociétal. 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

 

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel 


[1] World Bank, « Public Spending on Education, Total (% of GDP)”, 2014. http://data.worldbank.org/indicator/SE.XPD.TOTL.GD.ZS (site consulté le 31 décembre 2014).

[2] Ibid.

[3] Barbara Bruns & Javier Luque, Profesores excelentes. Cómo mejorar el aprendizaje en América Latina y el Caribe, Washington, Banco Mundial, 2014. http://www.bancomundial.org/content/dam/Worldbank/Highlights%20&%20Features/lac/LC5/Spanish-excellent-teachers-report.pdf (site consulté le 30 août 2014).

[4] Salim Lamrani, Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Estrella, 2013, p. 38.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 13:43
La fin d’un système politique ou la fin de la gauche ?
par Karine Bechet-Golovko
Copié sur Comité Valmy

Le premier tour des élections départementales nous oblige à réfléchir sur l’organisation de notre système politique français. Le gouvernement arrive bon troisième, et met ainsi fin au bipartisme. Et malgré l’échec patent de sa politique, le Premier ministre lui-même déclarait qu’il resterait en place jusqu’au bout quel que soit le résultat électoral. Bref, la gauche vient de déconnecter la composition des institutions gouvernantes du système électorale, mécanisme qui est au fondement même du principe démocratique depuis la Révolution française.

 

A la suite du premier tour, la droit arrive en tête avec environ 29%, ensuite le FN avec 25% et la gauche ferme la marche avec 21%. Et là, c’est fantastique, le Premier Ministre, qui vient de recevoir en pleine figure un désaveu historique allume un cigare de soulagement : il s’attendait à pire dit-on, il a donc pu se relâcher. Le FN n’est pas le premier parti de France et finalement les résultats sont très mauvais, mais en hausse par rapport aux élections des municipales et des européennes. C’est une logique imparable, comme ce n’est pas aussi mauvais qu’attendu, c’est très bien. En moins d’un mandat présidentiel, ils réussirent tout à la fois à détruire le bipartisme et à remettre en cause le fonctionnement démocratique des institutions.

 

Fin du bipartisme droite / gauche ?

Cette question qui semblait tout à fait déplacée dans le cadre politique français il y a encore peu, a aujourd’hui toute sa place dans le débat politique. Car en arrivant en troisième position, la gauche institutionnalise le FN, qui n’est plus un parti marginal, mais une formation politique dominante.

 

La distinction gauche / droite prend ici même le risque de voler en éclat. Car en appelant au "Front républicain" pour faire barrage au "Front national", les partis "traditionnels" signifient qu’ils ont moins de différences entre eux qu’ils n’en ont avec le Front national. Il est effectivement plus facile de nommer ce rapprochement au nom de la République, qui vient du coup s’opposer à la Nation et créer ainsi un malaise général. Car comment opposer la République à la Nation dans un Etat-Nation ?

 

Donc la barrière qui oppose la droite et la gauche du FN doit s’analyser au regard d’un autre paradigme, dépassant le simple cadre français et émergeant en Europe en général. La ligne de distinction qui fractionne la vie politique n’est plus celle de la droite et de la gauche. Chaque parti politique, qui a une expérience de la gouvernance, est convaincu que globalement la politique doit être libérale mais avec du souci du social, ce qui garantie le contrat social. La différence entre les formations politiques se faisant sur le degré accordé à chacun des éléments de la balance. Ce contrat social vole en revanche en éclat lors de la mise en oeuvre d’une politique de type néolibérale, sous influence anglo-saxonne et répercutée par les instances européennes, ce dont la Grèce est un exemple.

 

Dans cette logique, évidemment, beaucoup plus de facteurs réunissent la droite et la gauche entre eux qu’avec le FN. En d’autres termes, la distinction pour le coup est réellement "nationale" contre une vision globaliste ou atlantiste. Et il est plus facile de faire avaler aux électeurs un Front républicain qu’un Front globaliste, même si la véritable différence aujourd’hui se situe à ce niveau. Fraction qui n’est pas encore réellement représentée par la carte électorale nationale, car les divergences de points de vue font jour à l’intérieur même des partis.

 

Remise en cause des fondements démocratiques

Il est fondamental pour le Gouvernement de minimiser la défaite de la gauche à ces élections. Car dans tout système démocratique, une telle défaite électorale devrait entraîner la démission collective du Gouvernement, qui devrait prendre ses responsabilités.

 

Le message envoyé est clair : les français ne cautionnent pas la politique menée par le Gouvernement. Le Gouvernement doit donc sauter. Et comme le Premier ministre s’est largement investi dans la campagne électorale, il s’agit également de sa défaite personnelle. Autrement dit, malgré son goût plus que prononcé pour le pouvoir, il devrait en tirer les conséquences et partir. Bref, avoir une stature plus qu’une posture.

 

Pourtant, la réponse de M. Valls est que le combat contre le FN a été gagné. Comme si le seul enjeu de la gauche avait été de ne pas faire gagner le FN. Réduire les élections départementales à un plébiscite pour ou contre le Front National est un moyen simpliste de dégager toute responsabilité gouvernementale et personnelle quant à la politique désastreuse menée par le Gouvernement tant sur le plan intérieur qu’international. Car ce n’est pas le bilan de la gauche au pouvoir qui est alors en jeu, il n’ont donc pas à répondre. La seule responsabilité qui est martelée par M. Valls et la gauche en général est de faire front contre le FN : "Tous les républicains font face à leurs responsabilités". Pirouette qui voudrait permettre de déresponsabiliser en masse.

 

L’on parle alors de "score honorable", quand la gauche sera absente de 500 cantons au deuxième tour. Et pour ne donner qu’un exemple, dans le Pas-de-Calais, bastion historique de la gauche, le FN arrive en tête avec 35,6% des voix contre 26% pour le PS.

 

Et le Premier Ministre affirmait que, quel que soit le résultat, il restera en place. Autrement dit, peu lui importe l’opinion des électeurs, de ces français qu’il gouverne, non pas par la volonté divine ou oligarchique, mais par la volonté de ces mêmes électeurs qu’il snobe. Cette dissociation du principe électif et du principe de gouvernance est une atteinte directe aux fondements démocratiques de notre société. Car quelle est alors la légitimité du Gouvernement, des politiques qu’il met en oeuvre et des actes qu’il adopte ? Sur quoi s’appuie-t-elle ?

 

Et cette réthorique gouvernementale donne raison à Marine Le Pen lorsqu’elle affirme :

« Que notre score rassure tout le monde, cela montre que notre normalisation est arrivée à un tel point que certains soufflent quand on fait 27 % ».

 

La seule manière de sauver les apparences serait un remaniement en profondeur du Gouvernement et un changement radical de politique. Mais la gauche en aura-t-elle le courage ? Et, en fait, est-ce à la gauche aujourd’hui en place de mener cette nouvelle politique ?

Karine Bechet-Golovko
lundi 23 mars 2015

Russie politics

 

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