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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 17:21
Par Paul Craig Roberts

Via par Comité Valmy

 

 

L’OTAN n’a que trop duré. L’Organisation du Traité de l’Atlantique nord a été créée le 4 avril 1949 en tant qu’alliance défensive dont l’objectif était de défendre l‘Europe occidentale en cas d’invasion soviétique. Comme l’a déclaré le premier Secrétaire général de l’Otan, cette dernière a été instituée pour garder les Russes hors d’Europe et les Américains dedans.

 

L’OTAN a été ressuscitée comme armée impériale de l’Amérique. Au lieu de dissoudre l’OTAN quand l’Union soviétique s’est effondrée en 1991, Washington l’a spectaculairement étendue. En violation des accords passés entre Reagan et Gorbatchev, les régimes Clinton et George W. Bush ont agrégé à l’OTAN des parties constituantes de l’ancien empire soviétique : La Hongrie, la République tchèque, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovénie, la Slovaquie, la Bulgarie et la Roumanie. La France, que le général de Gaule avait retirée de l’OTAN (*), l’a rejointe en avril 2009, dix-huit ans après l’effondrement de l’Union soviétique, en même temps que la Croatie et l’Albanie. Actuellement, le régime Obama travaille à y incorporer deux ex-Républiques soviétiques, l’Ukraine et la Géorgie.

 

On s’efforce actuellement d’étendre cette structure au Japon. Le 15 avril 2013, le Secrétaire général de l’OTAN Rasmussen et le Premier ministre japonais Abe ont signé une Déclaration politique conjointe. Cette Déclaration conjointe reconnaît que le Japon et l’OTAN font face aux mêmes défis sécuritaires et se sont rapprochés du fait des valeurs qu’ils ont en commun. Il apparaît que Washington utilise le Japon pour étendre la menace de l’OTAN sur la Chine.

 

En outre, le régime Bush a instauré le commandement Etats-Unis-Afrique qui est entré en vigueur en 2007. La mission de ce nouveau commandement est de “protéger et défendre les intérêts sécuritaires nationaux des Etats-Unis en renforçant les capacités défensives des Etats africains… afin de dissuader et vaincre les menaces transnationales.“

 

Le complexe militaro-sécuritaire est devenu fabuleusement riche en définissant des menaces pour l’Amérique dans tous les coins du monde et en y installant des centaines de bases militaires américaines.

 

La “guerre contre le terrorisme“ (war on terror) a servi de couverture pour faire d’une grande partie du monde l’Armée de l’Empire américain. L’objectif principal de l’Armée impériale est d’établir l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde. L’hégémonie américaine est l’idéologie des néoconservateurs qui en veulent encore au Président Reagan d’avoir mis fin à la guerre froide par la diplomatie plutôt que d’y avoir mis fin par une victoire militaire. Reagan a déclaré à de nombreuses reprises que son but était de mettre fin à la guerre froide et non point de la gagner. Je le sais. J’y étais. J’y ai pris part.

 

Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, les néoconservateurs ont accentué leur pression en faveur de la suprématie américaine. La sécurité face à une vague “menace terroriste“ devint une nouvelle source d’argent pour le complexe militaro-sécuritaire. Les Etats-Unis et l’Europe, aux prises avec des économies chancelantes, incapables de maintenir leurs infrastructures sociales, leurs systèmes de santé et de pensions, sacrifient tout pour financer une gigantesque armée impériale chargée de se protéger contre quelques terroristes apatrides.

 

Que peut donc signifier la prétention d’exercer une hégémonie mondiale si votre société se désarticule ? L’effondrement de la société occidentale est une menace d’une tout autre dimension que celle que présentent quelques terroristes apatrides. Il est insensé que Washington multiplie les commandements militaires alors qu’elle est incapable de faire face aux dépenses de son système d’assurances maladie (Medicare) et de verser leurs pensions à ses vétérans.

 

La création de l’OTAN est l’un des premiers actes de la guerre froide. Il n’était pas prouvé que l’Union soviétique avait l’intention d’envahir l’Europe occidentale. Bien que Staline eût refusé de soutenir l’insurrection spontanée des communistes grecs en 1948, le Président Truman et ses conseillers imaginèrent que cette insurrection s’inscrivait dans un plan soviétique de domination mondiale, comme les administrations ultérieures américaines l’imaginèrent pour le Vietnam.

 

Staline a enterré toute perspective de révolution mondiale quand il l’a emporté sur l’avocat de cette idée, Léon Trotsky, le fondateur et le chef de l’Armée rouge dans la guerre civile russe, pour qui l’objectif du communisme était la “révolution permanente“ à l’échelle international. Staline s’était prononcé pour “la révolution dans un seul pays“. Mais le mythe de l’Union soviétique poursuivant la révolution mondiale persista de l’administration Truman jusqu’à la première conférence de presse de Reagan, le 29 janvier 1981.

 

L’entretien de ce mythe fut très bénéfique pour les profits et le pouvoir du complexe militaro-sécuritaire américain. Quand l’effondrement soviétique fit disparaître cette menace, le complexe militaro-sécuritaire la remplaça par une nouvelle menace – le terrorisme islamique – et il l’a utilisée pour accroître le budget militaro-sécuritaire et les restrictions aux libertés civiles bien au-delà des niveaux atteints en exagérant la menace soviétique. N’est-il pas évident que des musulmans munis de cutters sont plus terrifiants que les Soviétiques avec des armes nucléaires ?

 

Les Soviétiques, qui n’avaient nul dessein militaire sur l’Europe occidentale, perçurent la création de l’OTAN comme un encerclement anglo-américain de l’Union soviétique. La réplique de l’Union soviétique fut la formation du Pacte de Varsovie avec l’Europe orientale, six ans après la création de l’OTAN. Le Pacte de Varsovie fut immédiatement dépeint à tort par les tenants occidentaux de la guerre froide comme la preuve du dessein militaire soviétique sur l’Europe.

 

A cette époque, les magazines américains d’information étaient remplis de cartes montrant les divisions du Pacte de Varsovie rangées face aux divisions de l’OTAN. La disparité numérique entre les deux camps était tellement favorable aux Soviétiques que le Président Eisenhower désespéra de trouver les ressources financières pour combler l’inégalité en hommes et en armements conventionnels. Optant pour une meilleure efficacité financière, il orienta la doctrine militaire américaine à miser sur les armes nucléaires. Les Républicains de l’époque, comme à présent, étaient obnubilés par les déficits budgétaires et le Président Eisenhower tenait les déficits budgétaires pour plus menaçants que la guerre nucléaire.

 

Il est douteux que l’OTAN  ait jamais poursuivi un objectif commensurable au risque qu’il suscitait. En tout état de cause, l’OTAN a perdu sa raison d’être voici 22 ans quand l’Union soviétique s’effondra. Si l’OTAN existe aujourd’hui, c’est parce Washington l’a retournée et reconstituée pour en faire une alliance militaire offensive au service des guerres américaines pour l’hégémonie mondiale.

 

Le Gouvernement russe comprend bien que l’élargissement de l’OTAN aux anciens pays membres du Pacte de Varsovie, ainsi qu’à des anciennes républiques soviétiques qui faisaient partie de l’Union soviétique, constitue un encerclement. Cet encerclement audacieux et arrogant de la Russie par Washington et ses Etats vassaux de l’OTAN est souligné par l’installation de bases américaines de missiles sur le territoire de l’ancien Pacte de Varsovie. L’objectif de ces bases de missiles est de neutraliser et de dégrader la dissuasion nucléaire de la Russie. Personne ne croit en l’affirmation de Washington que ces bases de missiles anti balistiques sur les frontières de la Russie sont dirigées contre l’Iran. L’encerclement de la Russie décidé par Washington est arrogant et périlleux.

 

La Russie actuelle n’est pas l’Union soviétique, mais elle dispose de suffisamment d’armes nucléaires et de vecteurs pour détruire l’Europe occidentale et les Etats-Unis. Quel objectif poursuit donc Washington en utilisant l’OTAN agressivement contre la Russie ?

 

Cet objectif vaut-il le risque d‘une guerre nucléaire ? Pourquoi Washington a-t-elle fait monter la tension au point que le vice-ministre de la défense de la Russie, Anatoly Antonov, s’est senti obligé de dire publiquement, le 2 juillet 2013, qu’aucun pays ne pourra impunément attaquer les forces stratégiques nucléaires de la Russie.

 

Pourquoi les acteurs politiques de Washington, vautrés dans leur orgueil, ont amené les Russes à percevoir un tel niveau de menace ? La réponse est que l’engagement de Washington dans le complexe militaro sécuritaire place le profit bien au-dessus de la vie. Pour le complexe militaro-sécuritaire, les Américains ne peuvent avoir trop d’ennemis. La protection de la sécurité de l’Amérique est une affaire profitable.

 

Washington a utilisé pour la première fois l’OTAN comme arme offensive pour faire éclater la Yougoslavie en 1993-1995. Les raids aériens et bombardements de l’OTAN ont fait échouer les tentatives du gouvernement yougoslave de prévenir l’éclatement du pays en ses parties constitutives. En 1999, Washington a encore utilisé l’OTAN pour séparer la Serbie de son berceau historique, le Kosovo, et le confier à des Musulmans.

 

En 2001, Washington prétendit que l’attaque du 11 septembre avait été ourdie par l’Afghanistan et elle a forcé l’OTAN à invoquer l’article 5. Cet article dispose qu’une attaque contre un membre de l’alliance constitue une attaque contre tous, obligeant tous les pays membres de l’OTAN à se porter au secours de Washington. En imposant à l’OTAN d’invoquer l’article 5, Washington s’est donné un alibi pour sa guerre d’agression contre l’Afghanistan, actuellement dans sa douzième année. Il est invraisemblable que le Congrès ait autorisé l’exécutif à gaspiller des trillions de dollars dans ses guerres en Afghanistan et en Irak alors que Washington dépend de la Réserve fédérale pour financer ses déficits en imprimant de la monnaie et qu’elle envisage de réduire ses prestations en sécurité sociale, assurances maladie et pensions allouées aux vétérans pour réduire le déficit du budget fédéral.

 

En 2011, le régime  Obama  a utilisé l’OTAN pour renverser le gouvernement de la Libye. Jusqu’à ce qu’il en soit empêché par la Russie et le Parlement britannique, le régime Obama s’est efforcé d’impliquer l’OTAN dans le conflit syrien, lequel avait été amorcé par Washington qui avait obtenu que l’Arabie saoudite et les Emirats pétroliers arment les Islamistes désireux de renverser le gouvernement laïc d’Assad.

 

En 2008, encouragée par Washington, la ci-devant République soviétique de Géorgie attaqua les troupes russes du maintien de la paix et la population de l’Ossétie du sud. En rassurant le Gouvernement géorgien, Washington avait mal calculé la réponse russe. Les militaires russes prirent rapidement le dessus sur l’armée géorgienne, entraînée et armée par les Etats-Unis et Israël, et n’auraient aucune peine à réintégrer la Géorgie à la Russie avec laquelle elle était unie pendant 200 ans et à laquelle beaucoup pensent qu’elle appartient.

 

Méditant une revanche, ce qui paraît avoir été la principale motivation de Washington dans son histoire, les dirigeants des Etats-Unis s’efforcent de convaincre l’OTAN d’admettre en son sein la Géorgie, un Etat situé en Asie, entre la Mer noire et la Mer caspienne, bien à l’écart de l’Océan atlantique. L’appartenance de la Géorgie à l’OTAN ferait de ce pays un protectorat des Etats-Unis et de l’OTAN, ce qui permettrait à Washington de narguer Poutine et de faire savoir à la Russie qu’elle devra consentir à la prochaine agression de la Géorgie ou risquer une guerre générale avec l’Occident.

Washington ne pouvait donner plus clair message de son arrogance et de son désir de risquer la guerre seulement pour des raisons de prestige. Mais, pour les Etats de l’OTAN vassaux de Washington, les enjeux sont extrêmement élevés : ils sont constitués par toutes les capitales d’Europe et par l’existence même de la population européenne.

 

C’est l’OTAN qui permet à Washington d’être arrogante et agressive. Sans l’alibi que lui offre l’OTAN et les bases qu’elle met à sa disposition, Washington devrait troquer son arrogance guerrière contre un comportement de bon voisinage. Les Européens se sont montrés réticents à l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN précisément pour les raisons susmentionnées, mais Washington insiste et généralement elle l’emporte grâce à la corruption, aux menaces et aux pressions politiques.

 

Si tant est que les media américains rendent compte de ces dangereux développements, ils le font sur le ton d’un commentateur sportif partisan qui applaudit aux victoires de son équipe. L’utilisation agressive que fait Washington de l’OTAN contre la sécurité de la Russie peut facilement déraper sur une erreur de calcul.

 

Washington utilise l’OTAN pour incorporer les forces militaires des 27 pays membres dans son Armée impériale. Par exemple, les navires de la marine espagnole sont dotés de sytèmes d’armement américains tels que AEGIS et sont intégrés aux forces américaines sous la rubrique “interopérabilité entre les nations membres de l’OTAN“. Autrement dit, les Gouvernements européens perdent peu à peu le contrôle de leurs propres forces armées qui sont progressivement inaptes à opérer en dehors de la structure de l’OTAN dominée par les Etats-Unis.

 

Ensuite de leur défaite lors de la IIe Guerre mondiale, l’Allemagne et le Japon se sont vu interdire toute capacité militaire offensive. A présent, l’une et l’autre sont en train d’être incorporés dans les forces au service des guerres de Washington pour l’hégémonie mondiale.

 

En tant que facilitateur de l’agression américaine, l’OTAN est coûteuse. Les budgets militaires des pays de l’OTAN représentent 70% des dépenses militaires mondiales. En raison de contestations quant au critère de souveraineté, le nombre de pays dans le monde ne peut être déterminé avec précision. Mais des frontières séparent entre 190 et 206 pays.

 

Si nous retenons le nombre le plus bas, ces 70% sont le fait de seulement 15% des pays du monde. Inversement, 85% des pays du monde, y compris la Chine, l’Inde, l’Iran et la Russie ne sont responsables que de 30% des dépenses militaires mondiales. Manifestement, Washington a affûté l’OTAN en un outil d’agression militaire.

 

L’Europe ne peut se permettre de combattre pour Washington au Moyen-orient, en Afrique, et en Asie. L’Europe n’a pas les moyens de résoudre ses problèmes d’endettement public et elle doit se résoudre à imposer à ses populations une sévère austérité. Elle voit croître le chômage et la pauvreté. Néanmoins, les pays européens, qui n’arrivent plus à payer leurs policiers, leurs enseignants et leurs services médicaux, dépensent de l’argent qu’ils n’ont pas afin de combattre pour l’hégémonie américaine dans de lointaines régions du monde où ils n’ont nul intérêt national à défendre.

 

Les Polonais, les Hongrois et les Tchèques se sont révoltés contre leurs maîtres soviétiques. Washington évite la révolte en soudoyant les gouvernements européens. En jouant son rôle de facilitateur pour Washington, l’OTAN pave la voie à la IIIe Guerre mondiale. La décision de la Pologne d’accepter des bases de missiles américains sur sa frontière avec la Russie pourrait bien être le pas décisif vers la IIIe Guerre mondiale.

 

De nos jours, les Etats-Unis ne sont en butte à aucune puissance hostile. Bien que la Russie et la Chine disposent de capacités militaires substantielles et que leurs gouvernements respectifs soient tous deux qualifiés d’autoritaires par les propagandistes occidentaux, ni l’une ni l’autre ne représente une idéologie communiste hostile à l’Occident. Les gouvernements de ces deux pays s’efforcent d’éviter des conflits avec les Etats-Unis et d’améliorer le bien-être de leurs citoyens.

 

La seule idéologie dangereuse dans le monde d’aujourd’hui est l’idéologie néoconservatrice de Washington. Cette idéologie proclame que les Etats-Unis sont la “nation indispensable“ qui a le droit et la responsabilité d’imposer au monde son système économique et politique. Claes Rijn voit dans le néoconservatisme “le nouveau jacobinisme“, une reprise de la Révolution française, visant cette fois non seulement l’Europe mais le monde entier.

 

Le néoconservatisme est une idéologie agressive qui suscite l’autojustification et le militarisme. Témoigne de cette agressivité le Rapport du Pentagone au Congrès en date du 19 juin 2013, Rapport qui définit la stratégie de guerre nucléaire des Etats-Unis. Ce Rapport atteste que plus de deux décennies après l’effondrement de la “menace soviétique“, les Etats-Unis continuent à se préparer à une guerre nucléaire.

 

Le Rapport s’efforce d’endormir la Russie en déclarant “nous n’avons nullement l’intention de contester la dissuasion stratégique nucléaire de la Russie ni de déstabiliser notre relation stratégique militaire avec la Russie“. Toutefois, ce Rapport revient sur l’Examen 2010 de la stratégie nucléaire qui fixait l’objectif de limiter la raison d’être des armes nucléaire des Etats-Unis à la dissuasion d’une attaque nucléaire.

 

Le Rapport de 2013 déclare : “Nous ne pouvons adopter une telle politique aujourd’hui“.

 

L’excuse avancée par Washington pour garder le droit de prendre l’initiative d’une attaque nucléaire est la menace de “terrorisme nucléaire“ que présenteraient “Al-Qaïda et ses alliés extrémistes“. Al-Qaïda n’est pas un Etat ni un pays. Le Rapport ne précise nullement comment une attaque préventive américaine pourrait être utilisée contre Al-Qaïda. En vérité, l’extrémisme d’Al-Qaïda est le résultat de l’impérialisme de Washington. Si Washington se désintéressait des musulmans, l’extrémisme se résorberait entre Sunnites et Chiites et entre laïcs et Islamistes.

 

Si les Etats-Unis renonçaient à leur politique interventionniste, la menace terroriste diminuerait.

 

En dépit de l’hostilité élevée qu’ils vouent aux Américains, les terroristes tchétchènes collaborent avec Washington dans leurs efforts de déstabiliser la région russe du Caucase septentrional.

 

L’utilisation par Washington de l’extrémisme musulman date de l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Lorsque Gorbatchev devint Secrétaire général, il informa Washington qu’il retirait les troupes soviétiques d’Afghanistan. Dans leur livre The Untold History of the United States, (L’histoire cachée des Etats-Unis), Oliver Stone et Peter Kuznick relatent que, au lieu de faciliter la fin du conflit, les Etats-Unis s’efforcèrent de fixer les forces soviétiques en Afghanistan aussi longtemps que possible en fournissant armes et argent à Ben Laden et Al Zawahiri, et en bloquant les tentatives onusiennes de négocier un arrangement.

 

Les néoconservateurs sont amers du fait que la Guerre froide ne s’est pas terminée par un triomphe militaire des Etats-Unis sur la Russie. Un triomphe, tel est l’objectif que ces dangereux bellicistes persistent à poursuivre.

Paul Craig Roberts
(Publié le 28 août 2014 par : worldpeacethreatened)

 

“No Need for Nato“, How America was Lost, From 9/11 to the Police Warfare State, Clarity Press, Inc., Atlanta, USA, 2014, publication or. dans Trends Journal, décembre 2013. traduit par Ivo Rens.

(*) A l’initiative du général de Gaulle, la France n’a nullement quitté l’OTAN, elle s’est seulement retirée de la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. (Note du trad. IR)

***

OTAN : pays membres, forces armées, évolutio

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 18:09

Association des Amis de Léo Figuères

Malakoff, 21 novembre 2014

 

Intervention d’Anicet Le Pors Ancien Ministre

 

Enregistrement  de la conférence :

 

Je remercie l’Association des Amis de Léo Figuères de m’avoir invité à parler de la souveraineté nationale et populaire.

Parce que c’est l’occasion d’évoquer une nouvelle fois le souvenir et la personnalité de Léo Figuères, incontestablement souverain de sa propre personnalité.

Je l’ai fréquenté de près puisque j’étais son voisin de travée au Conseil général des Hauts de Seine et que ses interventions ne pouvaient être ignorée à un mètre de lui, pour leur fond, leur forme et leur tonalité.

Nous nous sommes beaucoup fréquentés également ailleurs et en particulier à Malakoff où j’ai de nombreuses attaches.

J’ai toujours beaucoup apprécié sa libre pensée et sa capacité à combiner l’engagement du militant et la légitimité de l’élu. Exercice difficile dans lequel il faut faire preuve de souveraineté dans sa propre conduite.

Léo s’est toujours clairement positionné sur la question de la souveraineté, en particulier lors du traité de Maastricht où, sans une adresse à la population de Malakoff il montrait que ce traité était annonciateur de chômage, de précarité, de soumission à la finance et à des autorités supranationale susceptible d’affecter gravement la liberté d’action de la France, sa souveraineté.

Les questions de la nation, de la souveraineté et de la citoyenneté sont liées. Elles ont émergé dans le temps long, et c’est à l’échelle de l’histoire qu’il convient d’aborder ces questions.

1. La sécularisation du pouvoir politique

L’idée de souveraineté émerge de notre histoire à travers un processus de sortie de la religion, d’affranchissement de la monarchie absolue et d’affirmation simultanée de l’existence de l’État-nation et de la communauté des citoyens ; le processus correspond à trois ruptures ou mutations depuis la fin du Moyen Âge soit sur quelque sept siècles, ce que le sociologue Marcel Gauchet a appelé « Le désenchantement du monde.

Première mutation. Philippe Le Bel, fin XIII° siècle crée le Conseil d’État du Roi entrainant une franche distinction public-privé, Installe le pape Clément V en Avignon pour signifier qu’il’ est moins monarque « par la grâce de Dieu » que par son autorité propre, il fait décapiter ses créanciers et bruler les Templier. Dans le même esprit François 1er par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 impose le français comme langue administrative officielle contre le latin, langue du sacré, et s’approprie le droit d’asile en matière civile qui était jusque-là le monopole de l’Église. Le souverain, ce n’est plus tellement Dieu, c’est le ; Roi.

Deuxième mutation sous Louis XIV durant son long règne de 72 ans, commencé par l’affirmation « l’État c’est moi » et qui se termine par « Je meurs, mais il reste l’État ». L’établissement d’un appareil d’État a abouti à son autonomisation, à sa séparation même de la personne du monarque. Cela pose la question du lieu et de la nature de la souveraineté. Quoi qu’il en soit, ce n’est déjà presque plus la personne du monarque. C’est au sein même de l’État que siège la souveraineté si l’on parvient pas encore à identifier le souverain.

Troisième mutation préparée par les Lumières au XVIII° siècle et formalisée par Jean-Jacques Rousseau, notamment dans Du Contrat Social en 1762. Il propose que ce soit une abstraction : le concept de Peuple qu’il conçoit comme la communauté des citoyens mais distincte de l’ensemble des citoyen qu’il définit ainsi : « À l’égard des sociétés, ils prennent collectivement le nom de Peuple, et s’appellent en particulier citoyens comme participant à l’autorité souveraine ».
Il annonçait ainsi le transfert de la souveraineté du monarque au peuple.
La nation sera introduite par l’article 2 de la Déclaration des droits de 1789 : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ». La constitution de 1793 ajoutera en son article 7 : « Le peuple souverain est l’universalité des citoyens français ». Dès lors le souverain est le peuple et/ou l’État-nation, ce qui dès le départ introduit les notions à la fois proches et distinctes de souveraineté populaire et de souveraineté nationale ;

Non seulement l’histoire n’est pas finie mais elle s’accélèrera au XIX° siècle mettant en confrontation les citoyens et l’appareil d’État. Au plan européen s’affirment les nationalités. Se combineront alors les luttes pour la République, pour le socialisme, pour la laïcité, pour de grandes conquêtes sociales, débouchant sur le XX° siècle « prométhéen », ses expressions totalitaires, son échec ouvrant sans doute la voie à une nouvelle mutation, « métamorphose » selon Edgard Morin), mais « Pendant la mue le serpent est aveugle », titre d’un livre que j’ai écrit en 1993 pour caractériser cette phase de transition délicate et dangereuse. La souveraineté doit désormais s’analyser dans le cadre d’une bipolarisation (une quatrième mutation) entre d’une part une revalorisation de la responsabilité individuelle, le citoyen étant appelé à tirer la leçon de l’échec du siècle prométhéen et de la persistance de « religions séculières et, d’autre part le mouvement de mondialisation qui n’est pas seulement celle du capital mais qui affecte tous les aspects de l’activité du genre humain : le genre humain comme souverain à venir.

Comment, dans ces conditions situer la souveraineté de la nation et du peuple ?

2. La problématique actuelle de la souveraineté

La souveraineté est une en ce qu’elle légitime l’exercice du pouvoir politique et de ses instruments (création monétaire, État de droit, politiques publiques, relations internationales …). La France, dans cette recherche a connu 15 constitutions en deux siècles.. Il est courant d’en distinguer deux aspects, la souveraineté nationale et la souveraineté populaire. La première ne prétend pas à la seule représentation des citoyens existants, mais veut aussi traduire les aspirations de la continuité des générations, elle privilégie la démocratie représentative. La seconde tend à privilégier la démocratie directe dans une conjoncture déterminée.
Le programme du CNR était fortement imprégné de l’idée de souveraineté nationale et populaire La constitution de la IVème République retiendra la notion de souveraineté nationale et populaire que l’on retrouve dans la constitution de la V° République en son article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et la voie du référendum ».

La souveraineté ne saurait être déléguée si certaines compétences peuvent l’être. C’est dans le contexte très particulier du lendemain de la deuxième guerre mondiale que le préambule de la constitution de 1946 a prévu que, sous réserve de réciprocité, « La France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l’organisation et à la défense de la paix. ». Restera constante, par ailleurs, la règle selon laquelle « Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois » (article 55 de la constitution). J’ai connu un ami qui voyait là un moyen juridique le l’internationalisme prolétarien (mais c’était dans une époque lointaine et pour une échéance indéterminée …).

La souveraineté ne saurait cependant être préservée par le seul respect formel des règles du droit positif. On a vu comment le gouvernement est parvenu à contourner par la voie parlementaire le rejet par le peuple français, en 2005, du traité constitutionnel de l’Union européenne pour aboutir à ses fins avec le traité de Lisbonne.

Au-delà de ces manœuvres juridiques, il y a aussi perte de souveraineté sur le plan économique. La France a abandonné à la Banque centrale européenne son pouvoir monétaire. Avec l’inscription dans les traités européens de la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire sous peine de sanctions, elle perdrait aussi son pouvoir budgétaire, c’est-à-dire la conduite de l’ensemble des politiques publiques et, par là, serait mise en cause l’existence même de ses services publics et la notion d’intérêt général qui fonde leur existence. Y compris en ce qui concerne le problème de la dette, la France perdrait la maîtrise de sa gestion sous couvert de coordination des politiques budgétaires et financières soumises aujourd’hui au diktat des marchés financiers mondiaux et de leurs agences de notation dépourvus de toute légitimité politique.
La souveraineté, c’est donc aussi la reprise en mains par la nation de sa politique économique : le Japon est deux fois et demie plus endetté que la France et pourtant il ne connaît pas les tourments européens pour la simple raison que les titres de la dette japonaise sont possédés, non par les marchés financiers mondiaux, mais par … les Japonais.

L’abandon de la souveraineté c’était aussi, pour le pouvoir sarkozyste, l’occasion de mettre la France aux normes exigées par l’ultralibéralisme prévalant au sein de l’Union européenne. La souveraineté nationale et populaire a permis : un service public occupant un quart de la population active, un système de protection sociale basé sur la solidarité, un principe de laïcité fondant la responsabilité civique, un modèle d’intégration établi sur le droit du sol, une démocratie locale aux multiples foyers. C’était, pour le ce pouvoir d’alors, autant d’ « anomalies » qu’’il voulait supprimer. Comme l’a écrit le philosophe Marcel Gauchet : « Le programme initial du sarkozysme, c’est un programme de banalisation de la France ».

La nouvelle majorité présidentielle ne rompt pas vraiment avec cette démarche si on doit relever ce qui en diffère néanmoins. Une plus grande prudence concernant les politiques publiques et une tentative de donner le change (MAP, CGSP) ; la conservation du statut général des fonctionnaires malgré un manque total d’ambition (30° anniversaire, loi Lebranchu, rapport Pêcheur) ; une politique de l’immigration et de l’asile qui change peu si elle est moins ostentatoirement hostile. En revanche on peine à faire la différence sur l’Acte III de la décentralisation et même sur la laïcité (en dépit de la Charte Peillon).
L’option libérale conduit le pouvoir actuel à faire allégeance à une union européenne en crise économique et politique défavorable à la souveraineté nationale sans profit pour le peuple.

3. La mise en perspective universelle de la souveraineté nationale

À l’inverse, la défense de la souveraineté nationale c’est, pour le peuple français, le moyen de se réapproprier son histoire, la démarche rationnelle et la morale républicaine. C’est aussi le moyen de s’inscrire dans une autre conception de l’histoire qui prend appui sur la montée de l’ « en commun », privilégie l’universalisme sur la politique des blocs, participe à l’émergence de valeurs universelles. Le monde à venir est celui des exigences d’interdépendances, de coopérations, de solidarités qui conduisent à l’idée d’un XXI° siècle « âge d’or » du service public.
Cela contribue activement à la création des moyens d’une mondialisation qui ne soit pas seulement celle du capital, s’inscrit dans une dynamique qui établit une dialectique progressiste entre le monde, les grands continents et la nation. Ernest Renan dans sa célèbre conférence à la Sorbonne du 11 mars 1882 : « Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel, elles ont commencé, elle finiront […] La confédération européenne probablement les remplacera. Mais telle n’est pas la loi du siècle où nous vivons ». C’était il y a 132 ans …

Cela nous apprend que l’on ne bouscule pas les créations de l’histoire par décret. Qu’il ne suffit pas que le traité de Maastricht ait décrété en 1992 : « Il existe une citoyenneté de l’Union. Est citoyen de l’Union toute personne de l’Union ayant la nationalité d’un État membre », pour que cette citoyenneté existe. Elle n’existe pas à l’évidence. Elle n’existe pas davantage lorsqu’elle se subordonne aux dogmes religieux ou partisans. Tirant les leçons du siècle passé, la citoyenneté est appelée à se définir sur la base des engagements propres et responsables des individus caractérisés pour chacun d’eux par leur « génome » de citoyenneté.

Entre mondialisation et cette individuation, c’est la nation qui est, par son histoire et la réflexion sur cette histoire, la créatrice d’universalité. La nation est et demeure le niveau le plus pertinent d’articulation du particulier et de et du général.

Anicet Le Pors

Source : pcf bassin d’Arcachon via comité Valmy

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 17:45
Par Serguei F. Tcherniakovski

Publié lundi 1er décembre 2014, par Comité Valmy

 

Peinture de N. Osenev « Première parole du pouvoir soviétique ».

 

« Octobre », ou encore, quelle majorité
soutient aujourd’hui le pouvoir en Russie ?

 

Serguei Felixovich Tcherniakovski participa à la fondation du Club d’Izborsk. Professeur à la Faculté d’Histoire et à la Chaire Unesco de l’Université d’État des Sciences humaines de Moscou, spécialisé dans la période soviétique, politologue, publiciste, membre de l’Académie des Sciences.
L’article qu’il a écrit, et publié dans les pages de « Zavtra » le 13 novembre 2014, a le mérite, entre autres, de fournir une image instantanée d’une réalité socio-politique de la Russie de 2014 sans doute fort différente de celle qui prévaut dans l’imaginaire occidental.

« De l’identification historique de la Russie par elle-même en période de défis géopolitiques. »

 

Le pouvoir actuellement en place en Russie commence, avec difficulté, à comprendre la nécessité de restaurer l’unité de l’histoire de la patrie : en premier lieu, l’unité des périodes pré- et post-soviétiques. En cela, Poutine s’est positionné à plusieurs reprises comme précurseur, accordant du respect à l’étape soviétique de l’histoire de la patrie. Mu, peut-être par des convictions morales propres, ou encore par la compréhension d’une chose simple : une grande partie de la société en Russie demeure plus ou moins pro-soviétique, se souvenant, bien entendu, des échecs catastrophiques de la tournure anti-soviétique des années ’90.

 

L’hystérie et la doctrine anti-soviétique et anticommuniste de la fin des années ’80 et du début des années ’90, d’une part, entrèrent en contradiction extrême avec la mémoire historique de la société et d’autre part, de par leurs résultats catastrophiques en termes politiques et économiques, discréditèrent leurs propres postulats de départ.

 

Aujourd’hui, le principe même de l’unité des périodes pré- et post-soviétiques de l’histoire est admis formellement. Il est admis, mais n’est pas pleinement réalisé. Car l’histoire, ce ne sont pas seulement des souvenirs. L’histoire, c’est la Mémoire, porteuse de sens, de valeurs, et des finalités qui en découlent. Une histoire déchirée signifie une société divisée. La division de la société amène inévitablement l’affaiblissement du pays. Si le pouvoir n’admet ni l’affaiblissement du pays, ni celui de sa propre position en termes de stabilité à l’intérieur du pays et de sécurité dans le cadre des relations internationales, il doit faire preuve d’une vision de l’histoire qui relie les différentes étapes fondamentales ainsi que les différents secteurs de valeur de la société. Mais il ne convient pas de « relier » ces périodes en les opposant les unes aux autres ou les éloignant les unes des autres par des ruptures.

 

De façon implicite ou explicite, les élites supérieures et en partie, les médias officiels soutiennent la doctrine spécifique selon laquelle « il y avait le grand Empire de Russie. Les méchants bolcheviques l’ont détruit. Mais le grand Staline l’a restauré ». Au même titre que n’importe quel pas en avant par rapport à la qualification de la période soviétique comme « trou noir dans l’histoire de la patrie », il s’agit évidemment d’un progrès. Mais, sans s’appesantir sur les questions de la réelle grandeur de cet empire sous le règne de Nicolas II, de la raison pour laquelle l’opposition à ce dernier réunissait en 1917 quasi toutes les forces politiques significatives du pays, des monarchistes aux bolcheviques et des nationalistes aux anarchistes, du fait que Staline et son entourage étaient des bolcheviques convaincus dans la période prérévolutionnaire, il n’en demeure pas moins qu’exclure de la doctrine de « l’unité historique » Octobre et la Révolution détruit cette unité même. Celle-ci étant également rompue par la coalition politico-sociale qui s’est dessinée lors de la tentative de révolte de la Place Bolotnaya, à l’hiver 2011-2012 et dans les situations de la crise ukrainienne et de l’union retrouvée avec la Crimée.

 

Aujourd’hui, la répartition des sympathies historico-politiques dans la société ressemble à ceci : les partisans du système politique russe actuel rassemblent 19% des citoyens, les partisans du modèle de système occidental en réunit 21%, et les partisans du système soviétique atteignent 39%. (http://www.levada.ru/24-02-2014/luchshaya-politicheskaya-i-ekonomicheskaya-sistema). On compte également 10 à 11 % de partisans de la tradition monarchiste prérévolutionnaire.

(http://wciom.ru/index.php ?id=459&uid=113775)

 

Le pouvoir actuel repose donc sur l’union de 19% de tricolores, 11% de blancs et 39% de rouges, face à une opposition de 21% de bleus. En outre, près de 60% jugent positivement Lénine et la révolution d’Octobre, et plus de 50%, Staline, alors que ceux qui considèrent Nicolas II comme une victime innocente rassemblent 23%.

(http://www.levada.ru/16-05-2013/rossiyane-o-nikolae-ii)

 

Dans le bloc social de 69% soutenant le pouvoir, plus de la moitié, 39%, sont des « rouges ». Sans eux, le pouvoir ne peut compter que sur le soutien de moins du tiers de la société. Formellement, si l’on ajoute à ce tiers les 21% de bleus, partisans de l’Occident, on obtient une majorité de 51%. Mais d’une part, l’équilibre est réduit au minimum disponible, et d’autre part, c’est irréalisable du point de pratique dans la mesure où, l’union des bleus avec les tricolores entraînera inévitablement la défiance des blancs, pour lesquels les partisans de l’Occident sont plus détestables que ceux des soviets.

 

Mais en ne parvenant pas à unir en une seule valeur la reconnaissance de la période pré-soviétique et celle de la période soviétique, on souligne ainsi ce qui les unit en réalité, la révolution d’Octobre. En particulier parce que pour les partisans des soviets, la figure culte n’est pas Staline, mais Lénine et Octobre. Staline se prête plus facilement à la constitution d’une synthèse, en tant que dirigeant de « l’Empire Rouge » disposant d’un plus grand pouvoir que le vieil empire de Russie à n’importe quelle période de son histoire.

 

Selon l’institut FOMA, 42% de la population considère qu’Octobre a engendré des conséquences plutôt positives, et 21% des conséquences plutôt négatives (http://fom.ru/Proshloe/10685). Il s’agit des conséquences pour le pays. Ceux qui considèrent qu’Octobre a occasionné des dommages à leur famille réunissent 15%. A la question « Lors de la guerre civile, de quel côté étaient vos ancêtres ? », 39% répondent qu’ils ont combattu du côté des rouges et 3%, du côté des blancs.

(http://fom.ru/Proshloe/10685)

 

Si les personnes devaient décider aujourd’hui de quel côté elles se seraient trouvées lors de la confrontation, 36% seraient du côté des rouges, et 32% auraient combattu, contre 9% avec les blancs, et 6% les armes à la main.Il est malaisé de dire à quoi pensait Medvedev quand il a déclaré que le 7 novembre était jour de tragédie pour la Russie, et à qui il s’identifiait. Visiblement, c’est à ceux qui furent renversés à ce moment-là, précisément à ce moment, c’est-à-dire à Kerenski et le Gouvernement Provisoire, dépourvu de toute volonté, et non pas à la monarchie russe.

 

Il est malaisé de dire à qui pensait Mikhalkov, quand il imagina la finale du « Coup de Soleil », au cours de laquelle des « commissaires rouges perfides » noient des officiers distingués et intelligents de l’armée de Wrangel. Il s’agit clairement d’une confusion avec l’épisode pendant lequel des députés arrêtés, de l’Assemblée constituante dissoute, furent noyés dans le fleuve par des membres de l’armée de Koltchak. Il s’agit d’évidentes tentatives de semer la division au sein d’une majorité qui s’est développée ces dernières années et sur laquelle s’appuie le pouvoir actuel. Et qui est indispensable, dans les conditions voyant s’intensifier les attaques contre la Russie de la part de ses « concurrents géopolitiques » extérieurs, qui mènent la lutte non contre la « Russie rouge », ni même contre la « Russie blanche », mais contre toute Russie voulant être forte, compter sur sa propre volonté et défendre ses intérêts nationaux.

 

Dans ce contexte, attaquer aujourd’hui Octobre et les bolcheviques, politiquement et dans l’information diffusée, cela signifie rompre l’unité de la société, et aider les opposants extérieurs de la Russie. De même que leurs partisans de l’intérieur. L’autorité au pouvoir ne pourra garantir sa stabilité et les capacités de la Russie face à l’agression internationale dont elle est l’objet de la part des opposants si elle n’écarte pas la menace de division de cette majorité sur laquelle elle s’appuie. Strictement parlant, Octobre est ce moment de base de l’histoire de la patrie, qui confère légitimité et assise au fondement de l’architecture constitutionnelle actuelle de la Russie. Octobre et Lénine résolurent trois questions, arrivées à maturité mais non-encore résolues à cette époque, suite à des demi-mesures et à l’indécision de Stolypine : la question agraire, la question ouvrière et la question nationale. En matière d’objectifs de base, la Révolution d’Octobre accomplit des tâches de caractère « purement démocratique ». La chrestomathie de ces trois tâches, et celle des trois décrets (la Terre, le Pouvoir des Soviets et la fin de la guerre), qui sous plusieurs aspects revêtirent un caractère général démocratique, et même un caractère de démocratie bourgeoise, réalisèrent pleinement ce que la Révolution de février n’avait pas trouvé en elle la force d’accomplir.

 

Bien sûr, certains diront qu’il n’était pas utile de mettre fin à la guerre, car ce faisant la Russie avait laissé passer la chance d’être du nombre des vainqueurs de l’Allemagne. Dans ce cas, la Russie aurait été le seul vainqueur de cette guerre, car trois opposants à son empire avaient cessé d’exister et ceux qui se déclarèrent vainqueurs furent seulement des participants à un pillage qui eut pour résultat la seconde guerre mondiale. Certains diront que « les bolcheviques ont trompé les paysans, leur arrachant leurs terres en 1929 ». Mais la terre fut donnée aux paysans, et en même temps la possibilité de réaliser eux-mêmes le « partage noir » dont ils rêvèrent pendant le dernier tiers du XIXe siècle. Elle ne fut pas donnée par le biais du formulaire du programme agraire du parti social-démocrate, mais selon la manière exigée par les paysans. Cela répondait aux intérêts et besoins de 80% de la population, et pas de 300 000 bolcheviques (leur nombre en Octobre), mais se souvenir de cela, c’est ennuyeux. L’année ’29 fait clairement référence à cette période que le pouvoir actuel est quasiment prêt à réhabiliter, admettant que sans sa fermeté, la Russie n’aurait pu parvenir à la Victoire en 1945. Sans compter que la collectivisation, l’introduction de mesures de gestion de la terre, offrit la possibilité de créer une économie de très grand format, en l’absence de laquelle il eut été impossible d’augmenter la quantité de pains, en termes de masse commerciale, comme ce fut le cas avant la révolution. Et comme ce l’est aujourd’hui. C’est la vérité. Finalement, il y a ceux qui pensent et sentent selon la caricature de Maïakovski : « On peut mourir pour sa propre terre, mais pourquoi mourir pour la terre commune ? »

 

Certains pourront dire que les bolcheviques n’ont pas apporté la paix au pays, la guerre civile intérieure ayant succédé à la guerre extérieure. Toutefois, ce reproche, ce n’est pas à eux qu’il faut l’adresser, mais aux généraux blancs et aux hésitations des socialistes-révolutionnaires blancs et rouges. Ceux qui commencèrent la guerre, ce furent ceux qui refusèrent les décisions de la deuxième session du Soviet, le Décret sur la Terre, le Décret sur la Paix. Ceux qui ne voulurent pas reconnaître au peuple le droit de décider de son destin, ni que le peuple est l’unique source du pouvoir et de la souveraineté : « Constitution de la République Fédérale, article 3.1 Le porteur de la souveraineté et l’unique source du pouvoir en Fédération de Russie est son peuple aux multinational ».

 

Certains diront que les bolcheviques ont trompé les travailleurs ; au lieu de leur donner les usines, ils les ont nationalisées. Mais ces nationalisations signifiaient que ces usines passaient sous le réel contrôle des travailleurs, éliminant la possibilité qu’elles fussent vendues ou achetées. Et ces nationalisations furent réalisées à l’appel et suite à l’exigence des travailleurs, et sous le contrôle de ceux-ci. Ces tâches furent historiquement centrales car elles apportèrent des réponses aux attentes de la grande majorité de la société.

 

La proclamation du pouvoir des Soviets et la déclaration de la Russie en tant que République Soviétique signifia formellement l’établissement d’un système politique dans le cadre duquel non seulement le pouvoir exécutif tombait sous le contrôle du pouvoir représentatif (le rêve des libéraux russes du début du XXe siècle)(…), mais était construit selon une verticale, du bas vers le haut, des organes d’administration locale vers le pouvoir central. En fait, si nous nous en tenons à la formule, il s’agissait du transfert de tout le pouvoir de l’État aux représentants des gouvernements locaux, avec le droit de contrôle des organes inférieurs sur les supérieurs, et la possibilité de rappeler les délégués n’accomplissant pas la volonté du bas de l’échelle.

 

Suppression de la nomenclature des couches officielles de la société par voie légale, garantie des droits civils pour les femmes, séparation de l’Église et de l’État et reconnaissance du droit de choix de confession, autonomie de l’Église, début de l’aide sociale aux indigents, etc., dans le vaste inventaire des libertés civiles obtenues suite à la victoire de la coalition des parties révolutionnaires et démocratiques en Octobre, il est pratiquement impossible d’en trouver une qui ne soit pas considérée de nos jours comme naturelle et commune. Cela signifie que les tous droits et les garanties sociales de la Russie d’aujourd’hui remontent à la source d’Octobre 1917. Où et comment cela est-il le plus respecté et mis en œuvre, c’est une autre question, très intéressante. On ajoutera que la première constitution de Russie fut adoptée suite aux événements d’Octobre. Qu’elle soit dite bonne ou mauvaise, elle fut la première et fut adoptée à cette époque par la IIIe session des Soviets, déclarée plénipotentiaire par les autorités d’Octobre.

 

On peut réagir de façon variable au film de Mikhalkov, il alimente assez bien la contradiction. Mais Mikhalkov a raison en ce que la question centrale est la bonne question : comment et pourquoi tout cela est-il arrivé ? Comment et pourquoi une romantique journée ensoleillée de 1907 est-elle devenue ces tragiques jours d’automne de 1920 ?

 

Ce n’était pas évident de répondre : parce que les gens très rares qui vécurent une journée ensoleillée en 1907 ne voyaient ni ne comprenaient que pour l’immense majorité, ces journées n’étaient ni romantiques, ni ensoleillées. C’étaient des journées épuisantes de 12 heures dans des usines qui ne leur appartenaient pas, ou des journées encore plus éreintantes de 24 heures de travail, sans week-end, sur des lopins de terre qui ne produisaient pas de quoi vivre.

 

Quand l’élite se détache du peuple et cesse de comprendre de quoi et comment il vit, lui qui la nourrit par son travail, alors le peuple, disons-le ainsi, se sent offensé, et, au minimum, cesse de soutenir cette élite, ou alors, il expédie l’élite à la suite du « vieux monde » qui sombre jusqu’au fond dans la finale du film de Mikhalkov. Le pouvoir se maintien aujourd’hui en s’appuyant sur la majorité constituée par ceux qui le soutiennent dans sa lutte contre « la révolte de la Place Bolotnaia ». Et qui sont prêts à lui maintenir leur soutien dans la résistance à l’agression initiée par certaines puissances mondiales contre la Russie. Plus des deux tiers de cette majorité sont formés de ceux pour qui la période soviétique et la révolution d’Octobre sont le début de leur sacralité. Si même ceux-là font un pas de côté et interrompent leur soutien au pouvoir, cela se terminera en tragédie pour celui-ci. D’autant plus que 26 % des citoyens sont en principe prêts à prendre les armes pour défendre « l’étendard d’Octobre ». Seulement 6% sont prêts à s’y opposer.

 

C’est pourquoi, afin de prendre les mesures nécessaires au renforcement du pays et à la production de modèles de base servant le développement humain, il est important d’admettre que la Révolution d’Octobre fut un événement historique gigantesque pour la Russie. Il convient de la considérer comme un élément colossal du bagage positif de l’histoire de Russie. D’autant plus que selon les sondages répétés, le nombre de citoyens considérant la révolution d’Octobre de façon positive contient plusieurs fois le nombre de ceux qui l’évaluent négativement. Il est inefficace, anti-historique et non constructif de s’opposer à cela. Voici un siècle, Octobre a vaincu ; aujourd’hui, cet événement renferme une énergie d’une puissance énorme. Cette énergie, ce modèle, doit contribuer positivement à l’image et au prestige de la Russie, et pas négativement. Elle doit créer des modèles de comportement positifs, et pas nuisibles. Il faut parvenir à considérer cet événement comme un succès national.

Serguei F. Tcherniakovski

Sources :
Russie Conservatisme
29 novembre 2014

Article original : Zavtra

Mise en ligne CV ; 30 novembre 2014

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 12:04

Un rappel Historique mais rien n'a changé

 

préface de  Claude Beaulieu: Nous estimons souhaitable de contribuer à la diffusion de ce texte excellent de René Gallissot. Nous rappellons en même temps, que 1965, l’année de l’assassinat de Mehdi Ben Barka, fut également celle du massacre en masse des communistes et des patriotes indonésiens. Depuis les années 50 le PKI etait l’un des plus importants du Monde. En 1965, son influence progressait rapidement au travers d’une politique populaire de Front Uni National à la fois progressiste, démocratique et anti-impérialiste. L’impérialisme américain en utilisant leur agent Suharto et des milliers d’officiers indonésiens "formés" aux USA, organisa alors un coup d’Etat qui se traduisit notamment par le massacre de plus d’un million de communistes et de progressistes patriotes. ( Dans les années 60, le chiffre de deux millions de victimes était souvent retenu pour cette tuerie parrainée par la CIA et dont l’"oubli" médiatique a été organisé.)

 

Mehdi Ben Barka et la Tricontinentale

Par René Gallissot, texte de 2009 republié  sur le site du Comité Valmy

 

Lors de son enlèvement à Paris, le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka préparait la conférence tricontinentale, qui s’est tenue à La Havane en janvier 1966.

 

L’année 1956 fut vertigineuse : secousses du bloc communiste, expédition franco-britannique de Suez. Le 26 juillet, en Egypte, le président Gamal Abdel Nasser a nationalisé la Compagnie du canal de Suez. On attend l’effondrement de l’Egypte ; c’est le contraire qui se produit, avec la poussée des luttes d’indépendance. La conférence de Bandung, en avril 1955 (1), avait annoncé l’essor des mouvements d’émancipation nationale d’Asie et d’Afrique avant que l’embrasement ne se propage en Amérique latine, puis gagne les colonies portugaises d’Afrique et, à terme, l’Afrique du Sud.

 

Qui se souvient aujourd’hui du 14 juillet 1958, quand la République est proclamée à Bagdad, éclatante, sans voiles religieux, renouvelant la déclaration de 1789, séculière, fédérant les minorités, promettant le pluralisme de pensée et d’expression ? La guerre française d’Algérie n’en finit pas, mais la lutte algérienne tient jusqu’au bout. Pour l’Afrique, le centre de gravité se situe au Congo, qui sort de la domination de la Belgique. La Tricontinentale existe d’abord de fait.

 

C’est pour mettre en convergence les mouvements de libération du tiers-monde que Mehdi Ben Barka (2), au moment de son assassinat, en octobre 1965, préparait la conférence tricontinentale, qui devait se tenir à La Havane du 3 au 13 janvier 1966. L’Organisation de solidarité des peuples d’Afrique et d’Asie (OSPAA) s’était réunie pour la première fois à Accra, au Ghana, dès 1957. Près de cinq cents délégués venus de trente-cinq pays représentaient les mouvements de libération et les partis plus que les Etats – une sorte de mouvement international. Ismaël Touré, frère du président de la Guinée (Conakry) Ahmed Sékou Touré, présidait le conseil gérant le fonds de solidarité, assisté de trois vice-présidents, dont Ben Barka. La question posée dans les réunions de l’OSPAA était de savoir si le mouvement afro-asiatique devait s’élargir à Cuba, aux Caraïbes et à l’Amérique latine. Elle fut de nouveau posée au Caire, en mars 1961, par la nouvelle commission, intitulée commission sur le néocolonialisme, présidée par Ben Barka.

 

L’institutionnalisation des régimes issus des indépendances soulève de nouveaux problèmes et amène à établir une différence entre ce qui relève d’une stratégie de pouvoirs étatiques et ce qui relève d’une internationale de mouvements de libération. En 1961, face aux gouvernements « modérés », le groupe de Casablanca réunit les Etats dits progressistes : l’Egypte, le Ghana (qui pousse à l’unité africaine sous l’impulsion de Kwame Nkrumah), la Guinée, le Mali, la Libye (comme lieu de rencontre ou refuge) et le Maroc, au bénéfice du gouvernement de gauche d’Abdallah Ibrahim, qui vient cependant d’être renvoyé.

 

Ce groupe disparaît à la proclamation en 1963 de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui se dote, au congrès d’Addis-Abeba, d’une charte liant les Etats. Sa mission impérative est de préserver « l’intégrité territoriale » : un Etat, un peuple, un territoire. Parler au nom de l’Etat, c’est parler au nom du peuple et se l’approprier. Le populisme d’Etat est donc le fondement idéologique de l’organisation. L’action de l’OSPAA vise, en revanche, à donner aux indépendances un projet national de développement et à rompre l’enfermement nationaliste par la solidarité.

 

En raison de deux condamnations à mort au Maroc, Ben Barka se trouvait en exil entre Le Caire et Genève. Durant les quelque six mois passés à Alger en 1964, il s’emploie à donner une perspective internationaliste à la conjonction des luttes de libération nationale. L’inspiration ne fait pas seulement écho aux éclats de colère de Frantz Fanon (3) ; elle vient de plus loin, du Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire, de l’ouvrage d’Albert Memmi Portrait du colonisé, précédé de Portrait du colonisateur (1957). Elle s’est nourrie dans les échanges avec la pensée contestatrice de la puissance impériale britannique en Afrique (Jomo Kenyatta, Kwame Nkrumah, Julius Nyerere).

 

La capitale algérienne était devenue le foyer intellectuel de la contestation révolutionnaire internationale. On y retrouvait les dirigeants des mouvements de libération et, en premier lieu, après les troubles en Angola (1961), en Guinée-Bissau (1963) et au Mozambique (1964), les exilés des colonies portugaises. Métis et minoritaires, les intellectuels capverdiens, notamment Amilcar Cabral (4), faisaient écho aux courants libérateurs venus du continent américain. L’une des figures les plus puissantes du mouvement noir aux Etats-Unis, Malcolm X, séjournait à Alger en 1964 ; Ernesto Che Guevara, avant d’aller au contact des maquis du Congo, y passe également au printemps 1965.

 

Rompre le sous-développement est non seulement un projet national, mais aussi une action concertée contre la dépendance du système capitaliste, dont les pôles dominants sont divers tout en étant liés à l’hégémonie économique et politique des Etats-Unis. « L’Afrique est l’Amérique latine de l’Europe », répète Ben Barka. Travailler à fédérer le Maghreb et l’Afrique prend une dimension anti-impérialiste. On sort du national-développementalisme, qui va murer la gauche dans le cadre des nouveaux Etats et la lier à leur service tant par nationalisme que par élitisme technocratique. Le mouvement tricontinental n’appartient pas à la mouvance soviétique, ce qui provoque des frictions avec les partis communistes, pas plus qu’il ne sacrifie au maoïsme. Ben Barka entend développer une dynamique autonome ; son tour de force est de trouver le point d’équilibre entre la Chine et l’URSS pour s’assurer leur aide.

 

Assassinats politiques et coups d’Etat

Ben Barka veut lancer à Alger une publication d’information, d’agitation et de réflexion de la commission anticolonialiste de l’OSPAA, sous le titre La Revue africaine.La vision s’élargit à la révolution cubaine et à l’Amérique latine. Ce qui l’enthousiasme à Cuba, c’est le succès de la campagne d’alphabétisation dont il rêve pour le Maroc. Il s’emploie à mettre sur pied un Centre d’études et de documentation sur les mouvements de libération nationale, et, pariant sur le potentiel révolutionnaire de la jeunesse du tiers-monde, il trace l’esquisse d’une université tricontinentale.

 

Parallèlement, à Alger, Henri Curiel (5) active son réseau Solidarité. A l’époque, il a deux préoccupations : aider les déserteurs américains qui refusent d’aller au Vietnam, et ouvrir des centres de formation pour des militants de l’African National Congress (ANC), interdit depuis 1960, qui luttent contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Curiel signe peut-être ainsi son arrêt de mort : il sera assassiné en 1978.

 

Depuis Cuba, après l’échec de l’expédition de la baie des cochons, décidée par le président John F. Kennedy pour renverser M. Fidel Castro, ce dernier défie les Etats-Unis et déclare, lors d’un discours à La Havane, le 16 avril 1961 : « Les idées socialistes sont les idées révolutionnaires de la présente époque historique. » Washington décrète le blocus de Cuba (qui n’est toujours pas levé). La Havane se rapproche alors de Moscou, et la crise des missiles, à la suite de l’installation de fusées soviétiques sur l’île, entraîne les deux blocs au bord d’une confrontation militaire. En février 1962, Cuba est exclue de l’Organisation des Etats américains (OEA). M. Castro réplique en demandant « aux peuples de se mettre en mouvement ».C’est l’objectif de la Tricontinentale. Le 3 octobre 1965, au cours d’une conférence de presse préparatoire au congrès de La Havane, Ben Barka déclare que « les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d’Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ».

 

C’est dans cet élan révolutionnaire de la Tricontinentale que se trouve la cause profonde de l’enlèvement et de l’assassinat de Ben Barka. Dans l’exécution du crime, la part marocaine, au sommet de l’Etat, est certes majeure. Au Maroc, les lycéens et les étudiants protestent, les 22 et 23 mars 1965, contre les quotas scolaires et sont rejoints dans les rues par leurs parents. Une manifestation de masse est réprimée, à Casablanca, par le général Mohammed Oufkir, ministre de l’intérieur. L’état de siège est décrété. Second volet, Hassan II laisse entendre à l’adresse de Ben Barka qu’une ouverture vers un gouvernement d’union nationale est possible. En exposant les conditions d’une transition démocratique qui ne sont pas réalisées, Ben Barka donne sa réponse politique dans la présentation qu’il rédige alors pour son rapport, au IIe Congrès de l’Union nationale des forces populaires de 1962, et qui prendra le titre d’Option révolutionnaire au Maroc (6). Dès juin, la fausse fenêtre se referme. La concertation entre le Palais et les services spéciaux ainsi que la diplomatie des Etats-Unis est devenue plus étroite.

 

Pour l’essentiel, Ben Barka se consacre à la préparation de la Conférence tricontinentale. Le IVe Congrès de l’OSPAA, réuni à Accra (Ghana) du 6 au 19 mai 1965, a enfin décidé d’intégrer l’Amérique latine et de tenir compte de la conférence fondatrice à La Havane en janvier 1966. Ben Barka préside le comité préparatoire. En juillet, il s’assure du concours des Soviétiques et des Chinois. Il définit les objectifs : aide aux mouvements de libération nationale – notamment au mouvement palestinien ; intensification des luttes, y compris armées, sur les trois continents ; soutien à Cuba ; liquidation des bases militaires étrangères ; opposition aux armes nucléaires, à l’apartheid et à la ségrégation raciale. La finalité est la « libération totale ». Fin septembre, Ben Barka se rend à La Havane afin de mettre au point l’ouverture de la conférence pour le 3 janvier 1966.

 

Eliminer Ben Barka était devenu une exigence majeure dans la répression internationale des insurrections du tiers-monde. Or le 19 juin 1965, à Alger, le coup d’Etat du colonel Houari Boumediène privait Ben Barka et le projet de Tricontinentale du soutien du président Ahmed Ben Bella. Par ailleurs, le 30 septembre, le président Sukarno avait perdu, de fait, son pouvoir en Indonésie, qui était une des premières bases du mouvement.

 

Pour comprendre la finalité du crime, il suffit de relever la série d’assassinats politiques et de coups d’Etat qui, à la même époque, visent à rétablir l’ordre réactionnaire. En cette seule année 1965 : le premier ministre d’Iran, Ali Mansour, est tué le 21 janvier ; un des chefs de l’opposition portugaise, Humberto Delgado, le 13 février ; Malcolm X, le 21 février ; le vice-ministre de la défense du Guatemala, Ernesto Molina, le 21 mai, etc. Che Guevara sera abattu en 1967, Martin Luther King en avril 1968, Cabral en janvier 1973…

 

C’est en recourant à la force armée et aux commandos de l’ombre, en imposant des dictateurs ou en déclenchant des guerres d’intervention que s’est exercée, à cette époque, entre la fin de la guerre d’Algérie (1962) et la fin de la guerre du Vietnam (1975), une sorte de « lutte de classes mondiale ». La recherche d’une véritable émancipation poussait alors en avant les mouvements de libération, dont le mouvement tricontinental s’efforçait de capter le potentiel progressiste. C’est cette perspective de libération mondiale qu’on a voulu tuer en assassinant Ben Barka.

 

René Gallissot.Colonialisme, Impérialisme, Nord-Sud, Tiers-monde, Est-Ouest, Algérie, Maroc, Cuba

 

René Gallissot
Historien, ancien enseignant à l’université d’Alger, ancien directeur de l’Institut Maghreb-Europe de l’université Paris-VIII, professeur émérite.

(1) Lire Jean Lacouture, « Bandung ou la fin de l’ère coloniale », Le Monde diplomatique, avril 2005.

(2) Mehdi Ben Barka (1920-1965) fut l’un des dirigeants du mouvement anticolonial qui mena le Maroc à l’indépendance en 1956. Il fonda, en 1959, l’Union nationale des forces populaires (UNFP). Accusé de complot, il dut s’exiler. Les autorités marocaines le condamnèrent à mort par contumace en 1964. Il fut enlevé à Paris le 29 octobre 1965 ; son corps n’a jamais été retrouvé. L’« affaire Ben Barka » provoqua une grave crise dans les relations franco-marocaines. La pleine vérité reste à établir. Se reporter à : Abdellatif Jebro, Mehdi Ben Barka, Al Maghribia, Casablanca, vol. 1986-1995 ; Zakya Daoud et Maâti Monjib, Ben Barka, Michalon, Paris, 1996 ; René Gallissot et Jacques Kergoat (dir.), Mehdi Ben Barka. De l’indépendance marocaine à la Tricontinentale, Karthala - Institut Maghreb-Europe (Paris) et Eddif (Casablanca), 1997.

(3) Frantz Fanon (1925-1961). Psychiatre, écrivain et militant martiniquais ; auteur, entre autres, de Peau noire, masques blancs (1952) et Les Damnés de la terre (1961).

(4) Fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée portugaise et des îles du Cap-Vert (PAIGC), et l’un des principaux théoriciens de la libération en Afrique. il sera assassiné en 1973.

(5) Gilles Perrault, « Henri Curiel, citoyen du tiers-monde », Le Monde diplomatique,avril 1998. Lire Didar Fawzy, « Ben Barka, Curiel, la Tricontinentale et Solidarité », dans Mehdi Ben Barka. De l’indépendance…, op. cit.

(6) Mehdi Ben Barka, Option révolutionnaire au Maroc, Maspero, coll. « Cahiers libres », Paris, 1966. Repris dans Mehdi Ben Barka, Ecrits politiques. 1957-1965, Syllepse, Paris, 1999. Édition imprimée — octobre 2005 — Page 21

Mise en ligne CV le 9 février 2009

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 09:48

Par Valentin Martin et Jacques Maillard article originel repris sur Comité Valmy

Rafale, Mistral, et autres vents...
Les origines

En 1952, l’armée américaine implanta un commandement permanent en Europe (EUCOM). Plusieurs centaines de milliers d’hommes furent déployés de façon permanente sur le territoire européen. Mais après la « destruction » de l’URSS et jusqu’à ce jour, l’EUCOM resta implanté en Europe. Une de ses missions affichée était la vente d’armes à l’étranger (1).

 

 

Les industriels de l’armement étatsuniens n’ont jamais caché leur volonté d’hégémonie totale sur l’industrie européenne (2) . Néanmoins, au lendemain de la guerre froide, ils comprirent vite qu’un monopole total dans ce secteur n’était pas sans danger et qu’il pouvait entraîner un phénomène de rejet de la part de certains pays européens eux-mêmes dotés d’industries indépendantes. Ils mirent aussi en place un système plus subtil de dite « coopération » avec les industriels européens. Un cadre politique particulier leur permit de conserver leur domination, sous l’apparence d’une concurrence libre et non faussée entre Europe et Etats-Unis. En 1991, ils mirent en place le Conseil de la Coopération Nord-Atlantique (NACC), auquel succéda en 1997 le Conseil pour le Partenariat Euro-Atlantique (EAPC). Celui-ci faisait de la coopération en matière d’armement une priorité. Il était admis, tacitement puis explicitement, que les projets de coopération devaient être dirigés par les Etats-Unis, lesquels jouaient le rôle de « pays dirigeant » (« pilot nation »)(3) .

 

 

Au même moment, à travers l’intégration supranationale européenne, véritable corollaire politique de l’OTAN, avec le traité de Maastricht, une « Europe de la défense » biaisée voyait le jour : elle devait s’inscrire, selon son traité de fonctionnement, dans le « respect de l’alliance atlantique(3) », ce qui ne fut jamais démenti par la suite. En 1992 furent créés les Eurocorps, présentés comme une « force d’intervention spéciale de l’OTAN », structure ayant elle-même systématiquement été sous commandement américain.

 

 

La « coopération »

Les industries nationales de défense, notamment françaises, étaient alors considérées comme des industries excessivement politiques par les Américains. Souvent nationalisées, elles étaient contrôlées par l’Etat, dans le but d’équiper la Défense de la patrie et des nations alliées. En 1996, l’Union Européenne se dota d’une Organisation de coopération conjointe d’armement, l’OCCAR, afin de développer des projets d’armement dans un cadre européen. A une époque où la France était encore en dehors de l’organisation intégrée militaire de l’OTAN, cela permettait de renforcer les liens entre l’industrie de l’armement et l’OTAN. L’OCCAR développa plusieurs projets, comme le COBRA, le TIGRE ou l’A400M en coopération directe avec l’agence spécialisée de l’OTAN (NSPA (4) ).

 

 

En 2000, les grandes entreprises nationales d’aéronautique furent fusionnées en une société européenne, (European Aeronautic Defence and Space Company, EADS). Cela permit de marginaliser la production d’avions de chasse français. En effet, dans les années 80, 80% du budget de Dassault était consacré au militaire, aujourd’hui, 75% de son budget est consacré à la fabrication de jets privés destinés aux Etats-Unis ou aux Pays du Golfe. A plusieurs reprises la direction d’EADS manifesta un alignement sur les positions américaines, indépendamment des choix des dirigeants français (levée de l’embargo de vente d’arme à la Chine)(5) . En 2000, l’entreprise française d’électronique Thomson CSF devint Thales à l’occasion de son alliance avec l’américain Raytheon. L’armée américaine put tirer profit de nos systèmes électroniques et particulièrement de nos systèmes de détection sous-marine. Thalès Brest a produit presque tous ses sonars Flash pour l’armée américaine. Thales Underwater Systems a travaillé en collaboration avec Raytheon(6) .

 

 

En 2010, c’est DCNS qui se met « à l’heure européenne ». Un des cadres qui s’était occupé de l’intégration européenne d’EADS est nommé à la « Stratégie et Perspective ». Celui-ci préside une association réunissant les industriels de l’aéronautique américains et europeéns (USAIRE). Un poste des Affaires Européennes de DNCS fut créé à Bruxelles, siège de l’UE et de l’OTAN. Nouvel « Airbus naval », DCNS internationalisa la fabrication de ses navires et de ses sous-marins, en s’alliant avec la Grande-Bretagne (BAE Systems), laquelle constitue un des cinq yeux (« five eyes ») du Pentagone. Au choix qui aurait dû s’imposer, tant du point stratégique, qu’industriel et écologique, de construire un deuxième porte-avions à propulsion nucléaire, DCNS préféra payer des centaines de millions d’euros d’études aux Anglais, pour fabriquer un porte-avions à propulsion classique. De même pour les sous-marins : les Barracudas sont construits en collaboration avec les équipementiers anglais. Rappelons que le SNA « HMS Astute » s’était distingué en 2011 par une tuerie survenue à son bord. A cause des locaux de vie trop petits, trop chauds et trop humides, en dépit de l’augmentation du tonnage du bâtiment et de son automatisation, un des sous-mariniers était devenu fou.

 

 

Les importations outre-atlantiques

 

La constitution de l’Europe de l’armement a permis aux industriels américains d’y exporter leurs produits et de réduire la part de l’industrie des pays d’Europe dans les exportations mondiales (7). Les missiles sol-sol MILAN furent remplacés par les Javelin de Lockheed pour les troupes françaises en Afghanistan. Les avions JSF de Lockheed envahirent le marché européen. La vieille tradition de lobbying de la compagnie qui avait débuté dans les années 70 avec l’affaire Lockheed culmina. Neelie Kroes commissaire européen à la concurrence vient du directoire de Lockheed. Pourtant, les F35 sont très contestés, même au sein de l’armée américaine. L’armée française s’approvisionna en drônes MALE Reapers exclusivement auprès de Lockheed. Enfin, tous les projets dits « européens » qui firent doublon avec ceux de l’industrie américaine, comme Galileo, connurent des déboires, un surcoût et un retard important.

 

 

La recherche

 

 

Aujourd’hui, tous les corps de l’US Army ont leurs services de recherche chargés de « surveiller » (« monitoring ») la recherche en Europe. Pour la Marine, c’est l’Office of Naval Research, dont les bureaux sont à Londres et à Prague (ouvert en 2010). Les envoyés de l’ONR multiplient les visites dans les écoles publiques françaises comme l’Ecole Navale où elle finance des projets (NICOP), ou dans les industries en lien avec l’armement. Il existe les mêmes antennes européennes pour l’armée de terre (European Research Office) et l’armée de l’air (EOARD). Des agents de l’armée américaine, chargés de surveiller la recherche en France et dans les pays voisins, sont attachés au ministère de la défense. La nouvelle stratégie (8) du Department of Defence est la suivante : au lieu de financer des recherches nationales aux Etats-Unis, il faut tirer profit des découvertes à l’étranger, et pour se faire, accroître son emprise (« authoritative awareness ») sur les centres de recherche. C’est sans doute pourquoi le CNRS a vu la création de « zones à régime restrictif » militarisées dans la quasi-totalité de ses départements.

 

 

L’affaire des Mistral

 

 

 

Les choix d’exportation de matériel militaire ne constituent plus des décisions souveraines. Ainsi du refus de livraison des Mistral. Pour la France, il s’agit d’une aberration technologique car le savoir-faire est déjà transmis, économique puisque nous risquons de perdre 6 milliards d’euros à minima, et diplomatique. Six milliards d’euros, c’est cent euros environ par français, c’est la moitié du budget de la recherche et de l’université. Le précédent de la vente annulée de missiles de DCA S300 de la Russie à l’Iran porte à réfléchir : le contrat initial portait sur 800 millions de dollars, et l’indemnité que devait recevoir l’Iran était de 4 milliards de dollars, selon l’agence russe Novosti. De plus une partie des Mistral est construite en Russie : devrons-nous le couper à nouveau en deux pour le rendre aux Russes ? Enfin, nous risquons de perdre les contrats de Rafales avec l’Inde, qui attend pour signer le contrat définitif de constater la fiabilité de la signature de la France.

 

 

La destruction actuelle

 

 

Le cas des Mistral s’insère dans la destruction de notre « base industrielle et technologique de défense ». Par exemple :

 

 

1) en 2015, malgré les protestations au sein de l’Etat-major, nos chaînes satellitaires de télécommunications (COMSAT NG, ex-Syracuse) seront privatisées.

 

 

2) nous fermons les manufactures d’armes pour l’armée de terre, et les appels d’offre pour les futurs fusils d’assaut sont rédigés de manière à exclure les fabricants français (9).

le nouveau fusil d’assaut de l’armée, remplaçant du FAMAS, a peu de chances d’être français

 

 

3) La fabrication de chars lourds (Nexter) est stoppée, et la fusion-absorption par les industriels allemands est mise en place. Le GIAT privatisé ne sera plus qu’une succursale allemande (rêve d’outre Rhin).

 

 

4) La fermeture des hôpitaux militaires a pour effet, en dehors de faciliter la privatisation de notre appareil de santé national, livré aux compagnies privées telle General Electric (PDG Mme Gaymard), de détruire et vendre par appartement le patrimoine national, mais aussi d’affaiblir une part essentielle du système de défense.

 

 

5) L’abandon systématique de la langue française imposé par le gouvernement et l’Europe dans nos laboratoires, nos universités et nos écoles a pour but de faciliter notre intégration dans le système guerrier occidental et de supprimer notre autonomie intellectuelle scientifique et technique, capitale pour élaborer une souveraineté militaire.

 

 

6) Il est clair que la destruction ou la mise sous tutelle de l’appareil de production industrielle, agricole, accompagnée de celle des systèmes de transports et de communication, passant sous contrôle étranger, renforce cette politique d’intégration atlantique strictement militaire.

 

 

7) Le Traité transatlantique UE-USA (TAFTA), en cours de négociation secrète par la Commission de Bruxelles et qui jusqu’ici, a reçu à cet égard un chèque en blanc des gouvernements, imposerait sous hégémonie étasunienne, des appels d’offre, des normes, et donc des politiques industrielles de défense totalement intégrées aux pays signataires du TAFTA. Cette même réalité de renoncement national s’imposerait également, aux pays signataires de l’Accord de Partenariat Trans pacifique (Japon, Taiwan et Corée).

 

 

Conséquences

Cette politique a quatre conséquences immédiates :

 

 

1) Création de conditions matérielles devant empêcher le peuple français de pouvoir se défendre face à un coup d’état ou une invasion aidée par un pouvoir traître. Ceci est renforcé par l’abandon de la conscription. C’est aussi empêcher face à des troubles (guerre civile incitée par l’étranger mettant en cause communauté ou territoire), la capacité de répondre d’un gouvernement souverain. Sans armes, la notion de souveraineté est vidée de son contenu. Ainsi la limite des eaux souveraines fut autrefois fixée à 3 milles nautiques, distance qui correspondait à la portée d’un canon.

 

 

2) Empêcher la possibilité pour le peuple français de conserver son indépendance de décision, en particulier de refuser d’entrer dans un conflit qui n’est pas le nôtre (Irak, Syrie, Russie, Iran...).

 

 

3) Provoquer une perte importante d’emplois, de compétences, de savoirs et de savoir-faire. En particulier, les savoirs les plus importants concernent la synthèse des informations et l’intégration des compétences. En abandonnant la construction de systèmes complets (ex. Rafale, Famas) et en s’intégrant dans un « grand système mondial d’armement », même si le nombre d’emplois peut augmenter dans un premier temps, à terme c’est une perte sèche qui se produit.

 

 

4) Cette « vente par appartement » permet de briser toute synergie entre les acteurs français, et d’annihiler la liberté de recherche et d’expression dans les laboratoires concernés. Ainsi s’explique sans aucun doute la création de « Zones à Régime Restrictifs » dans tous nos laboratoires civils, publics et universitaires, imposant sous le prétexte ridicule de « protection du patrimoine », un régime de couvre-feu et de secret paranoïaque incompatible avec toutes les traditions et principes académiques et scientifiques.

 

 

Prospectives

 

De nombreuses personnes, pensent que le démantèlement du « complexe militaro-nucléaro-industriel français » est une politique pacifique et anti-impérialiste.
Il s’agit exactement du contraire .

 

 

1) Si le système actuel n’est pas sans défaut, il permet encore de refuser un conflit. Le peuple français peut, par exemple grâce à référendum prendre des décisions. En Suisse les Grippen, le concurrent du Rafale, ont été renvoyés en Suède par un tel référendum suite à la constatation de surcoût de maintenance inacceptable. Si les conditions politiques ne sont pas actuellement réunies, nous ne devons pas pour autant supprimer les conditions matérielles de la souveraineté populaire qui existent encore.

 

 

2) Le système français n’est pas aussi puissant que le système US (heureusement), et donc il est ouvert à des coopérations sur un plan plus égal avec la Russie, le Brésil ou d’autres. Toute coopération non atlantique éloigne la politique française de la politique de l’OTAN. Toute coopération atlantique, et en particulier avec les USA, engage la France dans la politique des USA. C’est la raison pour lesquels les atlantistes français, déclarés (UMP, PS, Modem) ou cachés (Verts, trotskystes) dénigrent systématiquement l’appareil industriel français, par exemple quand le ministre Hervé Morin dénigrait le Rafale lors de sa visite officielle au Maroc.

 

 

3) Aux gouvernements des nations occidentales, ou dans leur très proche entourage, se trouvent un certain nombre de personnages désirant ouvertement la guerre, pour maintenir leur prédominance. George Soros aux côtés de Moscovici, Lamy, Piketty, Verhoefstadt, et Enrico Letta a récemment développé la thèse suivante :
la guerre avec la Russie permettra de redonner une « nouvelle vie » à l’Union Européenne en crise (10). La nouvelle « guerre froide » ou « guerre hybride »(11) déclarée à la Russie dans l’est de l’Europe par les USA, l’OTAN et l’UE permettrait de mettre en place cette « économie de guerre ». Le problème de la dette se résoudrait par des investissements massifs dans la production d’armes, les profits en retour étant assurés et massifs car la guerre, même hybride ou froide, ne permet pas de restriction. Par contre, ceux qui sont en dehors de cet effort n’ont aucun droit, et perdront tout.

 

 

4) Au sud, parallèlement c’est le chaos qui règne, en Afrique et au Proche-orient, et si possible en Amérique Latine (Colombie, Mexique...). La France perd toute autonomie politique, au nom de la destruction de la « Françafrique », pour ne devenir qu’un acteur à la fois prédateur et compassionnel de la politique atlantiste. L’armée française devient essentiellement une armée d’accompagnement de l’impérialisme US. La politique énergétique, qui transforme AREVA en fournisseur mondial de minerais (pour les chinois en particulier) tout en abandonnant des parties cruciales de notre indépendance énergétique (l’enrichissement de l’uranium en France, contrat URENCO, est fait par des boites noires US...) est une pierre angulaire de cette politique néocoloniale néfaste pour la France et pour l’Afrique.

 

 

5) Il faut en dernier lieu signaler que la guerre froide dans l’est de l’Europe peut se transformer en guerre chaude, voire très chaude :

 

a) Un exercice de l’OTAN se déroule en Estonie, sur le thème : « défense de l’Estonie par l’OTAN en application de l’article 5, suite à une attaque de la Russie ».



b) Un exercice de « défense civile » a été fait en Russie du 4 au 8 octobre mobilisant la moitié de la population (60 millions) et 300 000 sauveteurs (préparation aux bombardements, éventuellement nucléaires).

 


-c) La Russie, avec l’accord de 80 % de la population, augmente de 30 % son budget militaire l’année prochaine.



d) de multiples incidents ont lieu entre l’OTAN et la Russie, incidents qui peuvent à tout moment dégénérer.

 

 

L’utilisation de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord contre la Russie impliquerait la guerre généralisée en Europe. A terme (4-6 mois), ce serait la mobilisation générale de tous les jeunes, garçons et filles recensés. En Ukraine la mobilisation a été déclarée pour tous les hommes entre 18 et 60 ans. Les gares sont bloquées par la police qui rafle tous les jeunes pour les envoyer au front. La guerre moderne n’est pas la guerre de 14 ou de 40. Les soldats seraient d’abord formés, en particulier au grand jeu vidéo (12) , pendant que l’industrie se reconvertirait en quelques mois de la fabrication de voitures, d’Airbus, d’électroménager, en celle de missiles, avions de chasse, pièces détachées, etc. Dans le cas d’une guerre sous contrôle de l’OTAN, cela permettrait, comme sous l’occupation allemande entre 1940 et 1944, que l’industrie et l’économie française passe sous contrôle total et exclusif des maîtres du moment, à savoir les Allemands et les USA aujourd’hui.
Les jeunes partiraient au front, pas forcément pour une année, mais peut-être pour quelques jours, ou quelques semaines, et ce n’est qu’une fois le processus engagé que le peuple verrait dans quelle horreur les démagogues et les traîtres (13) l’auraient emmené.

 

Notes :

(1) Voir les déclarations de Kapstein, Johnson (vice-président de l’Aerospace Industry Association).
(2) Guide pour la coopération en matière d’armement
(3) 17.1 alinéa 3 TUE
(4) OCCAR
(5) « Les menaces américaines …. montrent clairement que nous devons tenir compte des Etats-Unis pour ce qui touche à la Chine et Taïwan. Nous sommes dépendants et vulnérables. » (Rainer Hertrich, co-président du directoire d’EADS).
(6) Projet AN/AQS-22

(7) Selon une étude parue en 2013, de 1992 à 2008, les Etats-Unis ont livré aux pays de l’UE : 1663 chars de combat, 857 véhicules blindés de combat, 321 pièces d’artillerie de gros calibre, 324 avions de combat, 94 hélicoptères d’attaque, 6 navires, 6903 missiles et lanceurs. Inversement, les industriels européens n’ont quasiment rien livré aux Etats-Unis. En Europe, les avions de chasse européens sont quasiment trois fois moins nombreux que les avions de chasse américains. Quant aux exportations européennes, de 2003 à 2008, elles chutèrent de 35% des parts de marché mondial à 14% en direction des pays en voie de développement, et de 34% à 16% en direction des pays développés. Les parts des Etats-Unis, elles, restent constantes à plus de 40%.

(8) Strategic Engagement in Global S&T :: Opportunities for Defense Research » (2014)
(9) DSI, septembre 2014
(10) Paris Match et Nouvel Obs
(11) déclaration du SACEUR, commandement militaire de l’OTAN en Europe
(12) Voir l’utilisation militaire du jeu Call of Duty
(13) Code Pénal article 411-2 et 411-3

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 17:36

Cent ans après le début de ce  « meurtre collectif  » ainsi que le qualifiait Paul Vaillant Couturier l’Arac tient à souligner les analogies de la situation politique et économique actuelle avec celles du début des années vingt du siècle précédent.

 

L’entrée en guerre eut pour cause la volonté  des pays impérialistes d’accaparer les ressources naturelles de la planète et d’ouvrir de nouveaux débouchés pour leurs industries sur la base du principe vieux comme l’humanité « ôtes- toi de là que je m’y mette ».

 

Il faudra des millions de morts  pour enfin parvenir à un compromis qui ne réglera rien, mais provoquera  plus tard des hécatombes encore plus importantes.

 

Elle permit de s’opposer aux avancées sociales et démocratiques des peuples, notamment en Europe, jetés les uns contre les autres en une effroyable mêlée.

 

Contrairement à la légende les poilus n’étaient pas partis la fleur au fusil, les inconscients peut être, mais la peur au ventre. Nombre d’entre eux, devant  des combats conduisant à des centaines  voire à des milliers de morts à chaque assaut, ont tenté à juste titre de réagir.

 

Jugés sommairement, fusillés pour l’exemple, l’ARAC a demandé en vain leur réhabilitation collective et morale en tant que soldats citoyens, ils ne le seront qu’au coup par coup, d’autres ne le seront jamais.

 

Depuis sa création en 1917, l’ARAC a multiplié inlassablement ses efforts afin de tenter de prémunir les nouvelles générations de la résurgences du  fléau qui, sous les mêmes prétextes fallacieux,  fait encore aujourd’hui s’allonger la longue liste des victimes cette fois par mercenariat interposé financé insidieusement par ceux là même qui en espèrent un profit.

 

Les pays membre de l’Union Européenne en sont tous plus ou moins partie prenante  dans l’indifférence quasi générale des opinions publiques  qui le plus souvent ne s’éveillent à la réalité qu’au retour des cercueils.

 

Mais prenons garde, si rien ne vient ne vient y mettre un terme, les armes de destructions massives dont disposent les belligérants actuels ou en puissance pourraient faire en sorte  qu’il n’y ait demain ni vainqueur ni vaincu mais le néant.

 

Comme  Jean Jaurès nous pouvons affirmer  que si pour faire preuve de courage l’Humanité est  condamnée à tuer éternellement, elle   sera maudite.

 

Ce n’est pas par  la force des armes que l’on doit résoudre les conflits d’intérêt mais par l’appel  à la raison.

 

N’oublions  pas que ce sont des démissions politiques et morales qui ont conduit les SS à Oradour, les Juifs,  les  roms, tous ceux qui refusaient le crime à  la mort.

 

Les néo nazi font régner la terreur en Ukraine, l’obscurantisme tente d’imposer sa loi et multiplie les atrocités sur tous les continents, les droits fondamentaux des peuples sont bafoués au mépris de la Charte de l’ONU,  la désinformation est devenus la norme, l’Histoire la portion congrue de notre système éducatif.

 

Les voies du pétrole et du gaz sont hélas toujours ignorées par le plus grand nombre.

 

 

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 17:47

Par Salim Lamrani

Panama pourra compter sur la présence de Cuba, ostracisée depuis le triomphe de la Révolution de 1959 par les Etats-Unis avec son expulsion de l’Organisation des Etats américains (OEA) en 1962. La Havane n’avait pas pu participer aux précédentes éditions de 1994, 1998, 2001, 2005, 2009 et 2012. Cette septième rencontre, qui réunit les 34 pays membres de l’OEA tous les trois ou quatre ans, fait suite au Sommet de Carthagène (Colombie), d’avril 2012, où des débats virulents avaient opposé les Etats-Unis (soutenus par le Canada) et l’Amérique latine qui n’acceptait pas l’absence de Cuba. Les nations du continent avaient unanimement convenu qu’aucune autre réunion ne pourrait avoir lieu sans la présence du gouvernement de La Havane, isolant ainsi Washington.

 

            Durant des décennies, Cuba s’est retrouvée isolée suite aux pressions de la Maison Blanche. Ainsi, en 1962, toutes les nations, du Canada à l’Argentine, avaient rompu leurs relations avec La Havane, à l’exception notable du Mexique. Aujourd’hui, tous les pays du continent disposent de relations diplomatiques et commerciales normales avec Cuba, à l’exception des Etats-Unis.

 

            Washington a multiplié les pressions sur le Panama afin que Cuba ne soit pas invitée en avril 2015. En plus des intenses tractations diplomatiques directes, les Etats-Unis ont émis plusieurs déclarations publiques s’opposant à la participation de La Havane au prochain Sommet des Amériques. Le Département d’Etat, par le biais du secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’hémisphère occidental, Roberta Jacobson, a réitéré son opposition à la présence de l’île[1].

 

            Juan Carlos Varela, Président du Panama, n’a pas cédé aux pressions étasuniennes et a réaffirmé sa volonté d’accueillir Cuba. « L’Amérique est un seul continent et inclut Cuba. Il faut respecter cela. La ministre des Affaires étrangères, Isabel de Saint-Malo, l’a notifié au secrétaire d’Etat John Kerry lors de sa visite à Washington […]. Tous les pays doivent être présents. […] La participation de Cuba est importante car elle pourrait apporter beaucoup au débat sur les situations politiques. Par exemple, les négociations pour la paix en Colombie se déroulent à La Havane[2] ».

 

            Le Panama a même symboliquement dépêché Isabel de Saint Malo, Vice-présidente de la République et également ministre des Affaires étrangères, à Cuba pour faire part de l’invitation au Président Raúl Castro[3]. « La famille américaine serait incomplète sans Cuba. En tant qu’hôte, le Panama a fait part de son souhait de compter avec la présence de tous les pays. Puisque le Sommet est celui des Amériques et que Cuba est un pays des Amériques, pour la participation soit totale, la présence de Cuba est nécessaire. Si vous invitez votre famille à déjeuner et que vous mettez de côté un membre, la famille n’est pas complète. », a déclaré Isabel de Saint Malo. De son côté, Martín Torrijos, Président du Panama de 2004 à 2009, a salué le « triomphe collectif » de l’Amérique latine qui a su résister aux pressions en provenance du Nord[4].

 

            Même Miguel Insulza, secrétaire général de la très docile Organisation des Etats américains, a fait part de son souhait de voir Cuba au Sommet : « Il n’y a aucun motif légal » qui empêche la participation de La Havane. Insulza a rappelé qu’il était temps pour les Etats-Unis « d’essayer autre chose » après plus d’un demi-siècle de politique hostile vis-à-vis de l’île de la Caraïbe, et d’opter pour le « dialogue »[5].

 

            Lors du dernier Sommet de 2012, plusieurs pays tels que l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua, avaient conditionné leur participation à l’édition de 2015 à la présence de Cuba. En mai 2014, les membres de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), qui regroupe 12 nations, a rendu publique une déclaration exprimant « sa volonté que la République sœur de Cuba soit présente au prochain Sommet des Amériques de façon inconditionnelle et sur un plan d’égalité[6] ». De la même manière, Haïti et le Nicaragua ont partagé ce point de vue. Selon Managua, « un Sommet des Amériques sans Cuba n’est pas un sommet des Amériques[7] ».

 

L’Equateur avait déjà boycotté le Sommet de Carthagène de 2012. Son Président Rafael Correa en avait expliqué les raisons : « Un Sommet des Amériques sans Cuba est inadmissible, tout comme était inadmissible une Organisation des Etats américains sans Cuba ». En 2009, l’OEA avait décidé d’abroger la résolution relative à l’exclusion de l’île. « L’Amérique latine ne peut tolérer cela. J’ai décidé que tant que je serai Président de la République d’Equateur, je n’assisterai plus à aucun Sommet des Amériques », sans la présence de Cuba, a-t-il ajouté[8]

 

La solidarité exprimée par l’Amérique latine vis-à-vis de Cuba est emblématique de la nouvelle ère que traverse le continent depuis une quinzaine d’années, marquée par une volonté d’émancipation, d’indépendance et d’intégration et le refus de l’hégémonie étasunienne. Elle illustre également l’isolement total dans lequel se trouve Washington et le rejet que suscite sa politique désuète et cruelle de sanctions économiques contre La Havane, lesquelles affectent les catégories les plus vulnérables de la société, à commencer par les femmes, les enfants et les personnes âgées.        

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 16:45

Discours de Jacques Nikonoff

Porte-parole national du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP)

lors du Forum européen de 2014 organisé par la Coordination nationale de la gauche italienne contre l’euro

Assise (Italie) du 20 au 24 août 2014

 

Mesdames, messieurs, chers amis et camarades,

 

À mon tour je veux remercier les organisateurs du Forum européen de 2014, la « Coordination nationale de la gauche italienne contre l’euro ». Trop rares sont les initiatives de ce genre à l’échelle de l’Union européenne. Trop rares aussi sont les forces progressistes qui osent mettre en cause la dette publique, l’euro et le système lui-même de l’Union européenne. Je forme des voeux pour que nous puissions, à l’issue de ce forum, nous rassembler, nous coordonner, et agir en commun dans nos pays respectifs et au niveau de l’Union européenne et de la zone euro.

Je voudrai intervenir rapidement sur quatre points :

 

- Une courte présentation du Mouvement politique d’émancipation populaire (le M’PEP).

- Notre analyse sur l’Union européenne et l’euro.

- La faillite de la gauche française.

- Le double jeu du Front national.

 

I.- UNE COURTE PRESENTATION DU MOUVEMENT POLITIQUE D’EMANCIPATION POPULAIRE (LE M’PEP)

 

Le M’PEP, que je représente ici comme porte-parole national, avec Joël Périchaud qui est secrétaire national à l’organisation, Forum européen de 2014 est un mouvement politique créé en France en mai 2008. Deux raisons expliquaient la création de notre Mouvement.

 

La première raison était de renforcer la lutte contre le système de l’Union européenne à la suite du référendum qui s’était tenu en France le 29 mai 2005 sur la constitution européenne. Le peuple français avait rejeté cette constitution en votant « non » à 55%. Pourtant les dirigeants des grands partis politiques français n’ont tenu aucun compte du vote des Français et ont ratifié le traité de Lisbonne qui n’est qu’un résumé de la constitution européenne. C’est le cas des grands partis de droite, du Parti socialiste et des écologistes. Nous considérons que ces dirigeants politiques ont bafoué la souveraineté du peuple et que désormais le système européen est une tyrannie.

 

La seconde raison qui a justifié la création du M’PEP est la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 et la débâcle de la gauche française. Ségolène Royal, candidate pour le Parti socialiste, avait développé une argumentation et un programme d’inspiration parfaitement néolibéral. Elle n’avait obtenu au 1er tour que 25,8% des voix. Les 3 partis trotskistes avaient obtenus 4,1% pour Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire) ; 1,3% pour Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) ; 0,3% pour Gérard Schivardi (Parti ouvrier indépendant). Marie-George Buffet pour le Parti communiste français avait obtenu 1,9%, le plus faible score depuis la création du PCF en 1920. Ce que l’on appelle en France la « gauche de gauche » avait obtenu au total 7,6%.

 

Nous avons constaté que la gauche était en « haillons », qu’elle n’avait plus de « repères idéologiques solides ». Nous avons donc considéré qu’il fallait reconstruire une pensée, une pratique et un programme favorables aux intérêts des classes populaires et des classes moyennes, ce que la gauche était incapable de faire. Les éléments clé, pour nous, sont :

 

- La suppression totale du chômage et de la précarité.

- La nationalisation des grandes féodalités industrielles,

financières, de services et médiatiques.

- Le démantèlement des marchés financiers.

- L’annulation et la restructuration de la dette publique.

- Des mesures protectionnistes nationales dans le cadre universaliste de la charte de La Havane de 1948.

- Une mutation écologique du mode de production.

- La sortie des institutions supranationales qui maintiennent l’ordre néolibéral mondial : OTAN, FMI, Banque mondiale, OMC, Union européenne et euro.

 

Nous appelons cela la démondialisation, pour construire un socialisme du XXIe siècle. Toute la séquence politique qui a suivi depuis 2007 n’a fait que confirmer notre analyse. Le coeur de notre stratégie et de notre programme, ce qui surplombe tout ce que nous faisons, c’est de revendiquer et d’assumer la nécessité de la reconquête de la souveraineté nationale pour la France et pour tous les pays. C’est-à-dire la lutte décisive pour conserver à notre pays – et à tous les autres - leurs caractéristiques de société authentiquement politique, où le peuple dispose des moyens juridiques et institutionnels pour décider et mettre en oeuvre ce qu’il estime correspondre à l’intérêt général.

 

Les accusations de « repli national », « nationalisme », « souverainisme », « populisme », vont bon train contre nous et tous ceux qui pensent comme nous de la part de la « gauche de gauche », sans parler des grands médias, du MEDEF, le grand patronat français, de l’UMP et du Parti socialiste. Toute idée de mettre des entraves au libre-échange serait, particulièrement pour la « gauche » et la « gauche de gauche », refuser l’internationalisme en favorisant de manière égoïste les intérêts des peuples exportateurs. Ces expressions sont lancées à tout propos, et fonctionnent comme des insultes dès lors qu’il s’agit de sortir de l’ordre néolibéral mondial. Ce dernier, avec ses firmes multinationales géantes, industrielles, financières, de services et de médias, et avec ses institutions supranationales (OMC, FMI, Banque mondiale, OTAN, UE, OCDE), possède une caractéristique principale : agir avec persévérance pour dissoudre la souveraineté des peuples. C’est en effet le meilleur moyen de laisser se développer sans limites la domination du grand capital. Faire cesser cette domination et Forum européen de 2014 cette aliénation passe donc par la restauration de la souveraineté du peuple. Et ce peuple – ces peuples – sont rassemblés, constitués dans le seul territoire et totalité institutionnelle pertinents où ils peuvent encore peser sur les décisions : la nation.

 

La condition de la démocratie, c’est la souveraineté nationale, et la souveraineté nationale est la condition de la démocratie. C’est une véritable guerre idéologique qui est menée par les classes dominantes consistant à faire de l’idée de nation une idée négative, une idée du passé. A cela s’ajoute un impérialisme culturel qui consiste à imposer la langue des affaires, l’anglais, comme langue « naturelle ». La nation est devenue un cadre bien trop gênant et « étroit » pour l’expansion de leurs profits. Détruire la nation et combattre sa restauration est la garantie pour les classes dominantes que l’on ne puisse pas revenir sur les « réformes » néolibérales par un rapport de force politique. Elles ont en effet compris depuis longtemps que la nation constituait le seul et unique espace de souveraineté des peuples et que c’était là qu’il fallait frapper. Il ne peut pas exister de souveraineté populaire sans souveraineté nationale. Par conséquent, faire disparaître la nation c’est faire disparaître la démocratie… C’est supprimer la capacité d’action des peuples à décider de leur avenir. Les classes dominantes s’y emploient donc activement.

La gauche française les regarde sans réagir, elle-même empêtrée dans un rêve « alter » mondialiste (qu’elle confond avec son idéal internationaliste) où la nation est remplacée par une hypothétique et totalement dépolitisée « gouvernance mondiale ». Pour mettre en oeuvre leur stratégie de « mondialisation » qui consiste à réorganiser la production à l’échelle de la planète afin de maximiser les profits, les classes dominantes doivent détruire les espaces qui ont permis les conquêtes sociales. En effet, l’Histoire nous apprend qu’aucune lutte sociale n’a jamais abouti en dehors des cadres nationaux. Aucune conquête sociale n’est possible sans indépendance nationale.

 

Il faut se réapproprier l’idée, politique, de la nation. Il faut comprendre que le capitalisme n’a aucun intérêt à voir les nations, dans leur sens politique contemporain, continuer à exister tout simplement parce que leur existence contrecarre sa propre expansion. Nous voulons briser la folie de l’idéologie postnationale qui n’est que l’autre nom du post-démocratique et du post-politique.

L’européisme et le mondialisme entraînent avec eux l’inéluctabilité indéfinie des régressions sociales, politiques et démocratiques. La démocratie, la souveraineté du peuple, ne peut avoir de réalité qu’à l’échelle de la nation. Affaiblir la nation, au sens constitutionnel et politique de ce terme, et renvoyer les décisions à des échelons supérieurs, toujours contrôlés par les classes  dominantes, signifie la destruction de la démocratie et celle des peuples en tant que communauté politique. En outre, et très logiquement, toutes les politiques européistes et mondialistes se sont intégralement soldées par une aggravation tragique du sort des peuples. C’est en fait la fin du caractère politique de nos sociétés, c’est-à-dire le fait de reconnaître que le cadre institutionnel qui fait société, autrement dit l’Etat, et le contenu essentiel des normes contraignantes qui en découlent, sont des choix collectifs inhérents à cette même société. Pour le M’PEP, la mondialisation, dans son sens récent, celui des dernières décennies, est la stratégie des classes dominantes pour imposer l’ordre néolibéral à l’échelle mondiale.Elles s’attaquent aux processus démocratiques qui ont pris des siècles à se construire, en retirant aux nations leurs prérogatives pour les confier à leurs agents, gardiens de leurs intérêts privés. Les classes dominantes se mettent à l’abri en créant des institutions et traités supranationaux néolibéraux. Leur réussite la plus emblématique est l’ « Union » européenne, c’est-à-dire l’union des classes dominantes européennes contre leurs peuples. Cela leur permet d’assurer la prédominance de l’économie et de la finance sur le politique, vieux rêve libéral auquel elles ont fini par donner une pleine réalité.

 

Les personnes intéressées pourront consulter notre site Internet qui est l’un des sites politiques les plus fréquentés de France. Nous avons publié probablement le premier livre en Europe, en avril 2011, traitant de la sortie de l’euro, il s’intitule « Sortons de l’euro ! Restituer la souveraineté monétaire au peuple », il y en a quelques exemplaires ici. Notre ligne politique consiste à construire un rassemblement du type de celui qui a été créé en 1944, pendant la guerre, et qui s’appelait le Conseil national de la Résistance (CNR) pourassurer la libération nationale. Il rassemblait les communistes, les gaullistes, les socialistes, les démocrates-chrétiens, la droite modérée, les syndicats, différents groupes de résistants. Il a élaboré un programme qui a été mis en oeuvre entre fin 1944 et mi-1947, qui a donné notamment les nationalisations, le droit de vote des femmes, les comités d’entreprise et les libertés syndicales, la Sécurité sociale, etc.

 

Toutes proportions gardées, nous avons mis en place avec des partenaires le Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne (CNR-RUE) qui rassemble différents groupes issus du Parti communiste français, des gaullistes, des syndicalistes, des intellectuels. Nous avons mené, avec ce Comité, une campagne très active pour le boycott de l’élection européenne de mai 2014.

 

II.- NOTRE ANALYSE SUR L’UNION EUROPEENNE ET L’EURO

 

Nous considérons qu’il existe une « essence » de cette « construction » européenne. Celle-ci est en effet dotée de caractéristiques fondamentales, d’un caractère propre, surplombant et irrigant ses manifestations concrètes. Elle possède des forces propulsives internes qui en indiquent la

direction prévisible. Ce sont les valeurs et les intérêts des classes dominantes occidentales :

 

- Européisme.

- Atlantisme.

- Capitalisme.

- Autoritarisme.

- Fédéralisme.

- Christianisme, car il faut bien vaporiser un peu d’eau bénite sur tout cela de temps à autre pour tenter de donner un semblant de morale.

 

L’impulsion initiale vient des Etats-Unis, dès 1942-1943, avec une accélération à partir de 1945. Le but : reconstruire le capitalisme après la Seconde Guerre mondiale, sous leadership américain pour faire face à l’URSS. Dans ce cadre, pour les dirigeants américains, des formes d’union européenne étaient indispensables pour : - Acheter la production de masse américaine.

 

- Aider l’Europe à produire ses propres armements contre l’URSS.

- Contrecarrer le communisme intérieur, particulièrement enFrance et en Italie.

 

Voilà ce que dit le pape du néolibéralisme, Friedrich von Hayek, dès 1939 :

« La fédération [européenne] devra posséder le pouvoir négatif d’empêcher les Etats individuels d’interférer avec l’activité économique ».

 

Il ajoute :

« Une fédération signifie qu’aucun des deux niveaux de gouvernement [fédéral et national] ne pourra disposer des moyens d’une planification socialiste de la vie économique ».

 

C’est très clair, il fallait briser les souverainetés nationales pour empêcher tout risque de socialisme. Un tel système, chers amis et camarades, ne peut pas changer d’essence. Il ne peut pas s’améliorer de l’intérieur. Il faut le démanteler et bâtir quelque chose de radicalement nouveau.

L’Union européenne est le système le plus sophistiqué au monde qui repose sur la tentative de construire une civilisation par le marché. Toute l’idéologie européenne s’appuie sur la croyance insensée que l’on peut résoudre les problèmes du monde en établissant un ordre quasi-intégralement marchand.

C’est l’effacement de toute volonté devant le marché total. Le système européen ne sert qu’à cela. Aucune véritable volonté européenne issue des Européens eux-mêmes n’existe et n’a jamais existé pour faire une Europe indépendante, démocratique et prospère. L’Union européenne est un monstrueux système de domination et d’aliénation des peuples dont il faut s’émanciper. Le système de l’Union européenne a pour but de s’affranchir des mécanismes démocratiques au nom de la bonne « gouvernance » économique. Il vise à vider les nations de toute substance et à les remplacer par un appareil postnational et post-étatique régulé par une conception du droit à l’anglosaxonne faisant disparaître le droit public sous le droit privé, et l’économie remplaçant la démocratie. Cette évolution est présentée comme une nécessité et même comme une fatalité.

Les élites se complaisent dans ce système qui est fait par elles et pour elles. L’impuissance supposée des nations et des Etats est donc entièrement fabriquée, car elle est la condition, pour les élites, de continuer à exercer seules et sans contre-pouvoir les premiers rôles.

 

Il faut, aux yeux du M’PEP, annuler et restructurer les dettes publiques, sortir unilatéralement de l’Union européenne et del’euro, les deux à la fois. Sortir unilatéralement signifie que des pays, individuellement, en fonction de leur agenda politique et des mobilisations sociales, décident de se libérer et sortent de l’UE et donc de l’euro. La sortie unilatérale de l’euro et de l’Union européenne, c’est l’avenir, cela va dans le sens de l’histoire. Il n’y a pas de solution à la crise systémique, principalement si l’on veut bâtir un nouveau type de plein-emploi, que de sortir de l’Union européenne et de l’euro. Une rupture franche et unilatérale est nécessaire. Annoncée à l’avance et constituant un objectif politique émancipateur. Pas une fausse rupture comme le slogan hypocrite et ambigu de « désobéissance européenne ». Ce dernier permet à peu de frais de simuler une attitude de combat contre les conséquences sociales du néolibéralisme, sans pour autant exiger le démantèlement de ses institutions. Institutions qui provoquent pourtant l’inéluctabilité de ces conséquences sociales qu’on déplore avec des larmes de crocodile.

 

La nécessité impérative de sortir de l’euro, unilatéralement, se justifie à nos yeux pour les raisons suivantes :

 

 La zone euro n’était pas optimale au moment de sa création, elle l’est encore moins aujourd’hui, les déséquilibres s’aggravent entre pays. Une zone monétaire « optimale » signifie que plusieurs conditions de réussite sont réunies : accord politique entre les pays sur la politique macrocro économique à suivre, proximité des structures économiques des pays concernés, budget central qui permet des transferts financiers entre pays, mobilité des facteurs de production… Ces déséquilibres et divergences aggravés, ne suscitant aucune réaction efficace des oligarques européens, provoquent l’austérité, la montée de l’extrême droite et des tensions politiques croissantes entre pays.

 

L’euro est une arme de destruction massive contre l’emploi. Le cumul de l’interdiction de la limitation des mouvements de capitaux, du principe général de concurrence libre et non faussée et du libre-échange accélère les destructions d’emploi notamment par délocalisations.

L’impossibilité de dévaluer maintient les déficits de balances commerciales et empêche le retour à l’équilibre. L’objectif de la politique monétaire étant la lutte contre l’inflation et non le plein-emploi, le système fonctionne pour protéger le rendement des capitaux en maintenant de façon permanente et volontaire un taux élevé de chômage. Ajoutons que la stratégie des dirigeants allemands, de déflation salariale et de délocalisation de la production dans les pays de l’Est, afin de gagner en compétitivité, écrase les autres pays en enfonçant leurs balances commerciales. L’euro « fort », contrôlé par la classe dominante allemande, interdit le progrès des exportations hors de la zone euro.

 

 L’euro est un piège pour les salaires. La pression permanente exercée sur le coût du travail par le principe de concurrence libre et non faussée et le libre-échange, couplée à l’obsession anti-inflationniste des traités européens, et la mainmise des marchés financiers sur les budgets publics éliminant toute politique publique contra-cyclique, empêche le progrès du niveau de vie et du pouvoir d’achat.

 

 Les soubassements théoriques de la création de l’euro sont exposés dans l’article 120 du traité de Lisbonne : « Les États membres et l’Union agissent dans le respect du principe d’une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, favorisant une allocation efficace des ressources... » On retrouve dans ces termes la théorie de l’ « efficience des marchés financiers » qui constitue en effet la justification théorique de la mise en oeuvre de l’euro et de la politique monétaire appliquée par la Banque centrale européenne, en conformité avec les traités qui contiennent ses statuts. Selon cette théorie, rien n’est plus urgent que de développer les marchés financiers et de les faire fonctionner sans « entraves », c’est-à-dire avec le minimum de réglementation. La raison ? Ils seraient (contrairement à l’État) le seul mécanisme d’ « allocation » efficace du capital. Autrement dit, ils seraient capables de distinguer les « bons » projets à financer (ceux qui rapportent le plus) en évitant à coup sûr les gaspillages de ressources financières. Toutes les politiques menées par l’Union européenne reposent sur cette affirmation, que toute la réalité des processus économiques concrets vient contredire. A vrai dire il ne s’agit pas d’une affirmation scientifique, mais d’un dogme fait pour déconstruire pseudo théoriquement la pertinence de toute politique économique, et vieille comme le libéralisme économique. C’est pourquoi la « libéralisation » des marchés de capitaux a été organisée en Europe afin de construire un marché financier mondialement intégré et libre de toute entrave étatique, et donc politique. Les élites europiomanes persistent à croire – ou font semblant de croire -, malgré les crises à répétition, que les marchés financiers sont toujours le seul mécanisme efficace d’allocation du capital. Inutile d’aller chercher ailleurs une réponse simple à la cause de leur aveuglement ou de leur duplicité : pour elles, les marchés financiers ont la primauté absolue sur toutes les autres politiques, notamment sociales. Tel est leur crédo. Les traités, en interdisant aux banques centrales de prêter directement aux États les ont livrés, en toute connaissance de cause, aux marchés financiers. Du coup la zone euro attire la spéculation, l’euro étant devenu la variable d’ajustement du système monétaire international : c’est la monnaie dont on se débarrasse en fonction de la conjoncture. Conséquence : une volatilité accrue de l’euro qui perturbe les agents économiques. Quelle belle confirmation du marché comme allocation optimale des ressources, s’il en fallait encore une, après plus de deux siècles de démenti continuel !

III.- LA FAILLITE POLITIQUE, IDEOLOGIQUE ET ELECTORALE DE LA GAUCHE FRANÇAISE

L’élection européenne du 25 mai 2014 s’est traduite par une déroute de la gauche française, après sa première déroute, deux mois avant, aux élections municipales. L’abstention est restée à un très haut niveau : 26,7 millions de Français ne sont pas allés voter, soit 57,6%.

 

 Le Front national arrive en tête avec 24,9% des voix exprimées, soit 4,7 millions de voix.

 On trouve ensuite la droite UMP avec 20,8% et 3,9 millions de voix.

 Vient après le Parti socialiste avec 14% et 2,6 millions de voix.

 Le centre obtient 9,9% et 1,8 million de voix.

 Les écologistes font 8,9% et 1,7 million de voix.

 Le Front de gauche arrive 6e avec 6,3% et 1,2 million de voix.

 

Comme l’élection européenne ne sert à rien, et que beaucoup d’électeurs l’ont parfaitement compris, ils l’utilisent comme un instrument pour sanctionner, avertir, protester, envoyer des messages… Sans frais bien entendu, car quel que soit le résultat rien ne changera dans les politiques menées par l’Union européenne.

Si l’élection européenne de 2014 a confirmé le profond manque de légitimité du « Parlement » européen, le même phénomène frappe la plupart des partis qui ont présenté des listes à ces élections. C’est le cas, particulièrement, de ceux qui se réclament de la gauche, du PS à l’extrême gauche. La notion même de gauche ne semble plus avoir qu’une signification résiduelle et romantique. Elle n’est plus incarnée et semble avoir perdu son sens. François Hollande et le Parti socialiste lui ont donné le coup de grâce. Quant au Front qui se qualifie de « gauche », il est dans une telle impasse stratégique qu’il se trouve au bord de l’agonie, tandis que l’extrême gauche se voit réduite à néant.

 

Les listes du Front de gauche recueillent ainsi 1,2 million de voix, soit 2,58% des inscrits. C’est mieux qu’en 2009 lorsque le Front de gauche avait réuni 1 million de voix et 2,37% des inscrits. Mais par rapport à la présidentielle de 2012, la chute est vertigineuse, puisque le Front de gauche faisait quasiment 4 millions de voix et 8,7% des inscrits. En 2014 il perd 3 millions de voix.

Le record d’abstention est détenu par l’électorat qui avait voté Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle 2012. Les deux tiers de son électorat (66%) ne sont pas allés voter aux européennes de 2014. Ceci nous réjouit puisque nous avions appelé au boycott de l’élection européenne.

On peut faire cinq constats :

 

1.- Premier constat : le Parti socialiste est le parti le plus efficace au service du néolibéralisme et des classes dominantes

Les évolutions doctrinales du PS durent maintenant depuis plus d’une trentaine d’années. Notons, parmi celles-ci, deux moments d’anthologie. En décembre 1991, lors de son congrès tenu à l’Arche de la Défense, le PS affirme dans une déclaration :« le capitalisme borne notre horizon historique».

Le courant de Jean-Luc Mélenchon à l’époque à l’intérieur du PS – Gauche socialiste – se rononce pour « l’économie sociale de marché », une formule inventée par la CDU allemande, à la base de la conception idéologique de la construction européenne… En 2012, dans un document intitulé Un horizon pour la France et le socialisme le PS confirme « oui, nous pensons que l’économie de marché constitue le moyen de production et d’échange le plus efficace. Non, nous ne croyons plus à une rupture avec le capitalisme ». Telle est en effet la question fondamentale.

Dix-sept années d’exercice du pouvoir pour le PS en France depuis 1981, permettent désormais de dresser le bilan du principal parti de gouvernement à gauche.

 

Ce bilan est accablant. Il va encore en s’aggravant. Voter pour le PS ou s’allier avec lui, c’est voter ou s’allier avec le parti principal des classes dominantes. C’est maintenir la clé de voute du blocage démocratique que nous subissons depuis le virage néolibéral entamé en France par le PS dès 1982.

 

Le PS a été conçu au début des années 1970 par François Mitterrand comme une machine de guerre visant la conquête du pouvoir à gauche en s’alliant avec le PCF tout en le paralysant. Son contenu politique était donc logiquement parfaitement opportuniste, composé d’éléments tout à fait hétéroclites et notamment d’éléments de langage et de concessions programmatiques pour séduire l’électorat communiste et pour pouvoir conclure un accord électoral avec le PCF, accord rendu célèbre par le Programme commun de gouvernement de la gauche signé en juin 1972.

Cette stratégie opportuniste ayant été couronnée de succès grâce aux talents manoeuvriers de Mitterrand et aux divisions de la droite, le PS arrive au pouvoir en 1981. La majorité des cadres du PS, et pour commencer Mitterrand lui-même, n’avaient pas l’intention de procéder aux ruptures structurelles nécessaires si on voulait réellement appliquer avec succès le Programme commun.

 

Les éléments les plus libéraux du PS exploitèrent ainsi la supposée « contrainte extérieure » pour intégrer la France dans le système néolibéral qui se mettait en place dans le monde entier sous l’impulsion des Etats-Unis de Ronald Reagan (puis de l’Angleterre de Margaret Thatcher). C’est alors que s’installe le système que nous connaissons aujourd’hui, basé sur le néolibéralisme économique et institutionnel, ainsi que sur le bipartisme devenu le tripartisme, complété et verrouillé par le FN.

L’évolution du PS comme un parti ouvertement néolibéral, n’essayant même plus de se donner des airs ne serait-ce que vaguement socialistes, ni de faire semblant de vouloir défendre les classes populaires, devra pourtant attendre François Hollande. Depuis 2012, le gouvernement socialiste ne tente même pas de donner le change. Aussitôt élu, les trahisons des rares promesses sont tombées. Hollande inaugure sa présidence par l’adoption sans renégociation du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), qui fait sombrer la souveraineté budgétaire.

Baisse massive des dépenses publiques, déflation salariale, baisse des cotisations sociales patronales, la recette qui nous envoie droit dans le mur depuis le tournant socialiste de 1983 est donc confirmée et accélérée par le gouvernement socialiste. Le discours présidentiel des années post-2012, ouvertement calibré pour séduire les grandes entreprises et la droite, anticipe l’impossibilité d’une victoire du PS aux prochaines échéances nationales, la présidentielle et les législatives de 2017. Il prépare le terrain pour un gouvernement de grande coalition à l’allemande (un gouvernement réunissant PS et UMP), si la montée savamment entretenue du FN ne suffit pas à réarmer une ixième fois le piège usé du vote utile. Ou si cette montée se fait au contraire trop menaçante, risquant d’évacuer le PS au premier tour.Trente longues années de politiques néolibérales instaurées par les « socialistes » depuis le début des années 1980 nous permettent donc de faire le bilan du PS. Ceux qui se cantonnent dans l’idéologie se perdent dans la question cornélienne et métaphysique de savoir si le PS français est à gauche ou pas, butant sur l’impossible définition de la gauche, ou de la « vraie gauche ».

 

C’est à vrai dire une question dont on a tout intérêt à se dispenser. Non pas que le clivage opposant les classes dominantes aux classes populaires ait le moins du monde disparu, puisqu’au contraire il s’avive d’année en année. Mais il est très mal représenté par le très flou clivage gauche-droite d’aujourd’hui en France. Non seulement rien d’essentiel ne sépare l’UMP du PS, mais même une bonne partie de la gauche non socialiste, y compris ceux qui se disent anticapitalistes, se refusent de revenir sur les principales mesures socialistes. Ce sont celles de la mondialisation commerciale, monétaire, bancaire, financière et surtout institutionnelle, celle qui verrouille politiquement toutes les autres et donc la plus stratégique. Les principaux piliers du capitalisme néolibéral ne sont même pas les cibles de ceux qui sont supposés être à l’extrême gauche. Ils refusent le protectionnisme national, y compris sous sa forme coopérative et internationaliste, seule alternative démocratique au libre-échange généralisé. Ils refusent aussi l’annulation de la dette publique et la suppression des marchés financiers. Plus encore, ils rejettent la sortie des institutions cardinales du néolibéralisme en Europe : la sortie de l’euro et de l’Union européenne. Dès lors, que peut bien signifier le concept de « gauche »  aujourd’hui pour les classes populaires en France ? Rien. La bonne question pour analyser la position politique du PS (et aussi de ses alliés), est donc : pour qui travaille-t-il efficacement ? Pour les classes populaires ou pour les classes dominantes ? La réponse est évidemment dans la question au vu du bilan accablant de ce parti. Mais il faut aller plus loin. Non seulement le PS et ses satellites, tout comme l’UMP, est au service exclusif des classes dominantes, mais il en est même, contrairement aux autres, la pièce maîtresse, le parti organique, le plus important, le plus stratégique. C’est le seul jusqu’à présent à pouvoir imposer sans beaucoup de résistances collectives, politiques et syndicales, le gigantesque train de mesures nécessaires pour passer de l’économie mixte fordiste adossée à la souveraineté nationale et ses processus démocratiques imparfaits mais toujours mobilisables, à l’ordre antidémocratique supranational du capitalisme néolibéral. Ce fait massif et désormais indéniable, est beaucoup plus important que de se demander s’il est encore à gauche ou s’il est à droite. Plus aucune force politique organisée possédant une visibilité publique n’est là pour défendre les intérêts structurels des classes populaires en France. Personne ne suscite une dynamique de reconquête des processus démocratiques en restaurant la souveraineté nationale. Personne ne vise à détruire les piliers du capitalisme néolibéral érigés par le parti organique des classes dominantes, le PS, flanqué de ses alliés.

 

Deux périodes peuvent être évoquées : celle qui a suivi la victoire de François Mitterrand à la présidentielle de 1981 et celle de la « gauche plurielle » de 1997 à 2002. Toutes deux s’articulent à l’évolution de la doctrine du PS sur l’Union européenne et à sa radicalisation néolibérale. En juin 1982, à peine un an après l’élection de Mitterrand, c’est le « tournant de la rigueur » qui ouvrira la « parenthèse libérale », jamais refermée. La vraie rigueur aurait consisté à tout faire pour tenir les engagements de campagne et ne pas décevoir les classes populaires qui avaient amené la victoire pour la gauche. En fait de rigueur, c’est en réalité l’instauration en France, par le PS, du néolibéralisme.

 

C’est le début d’une stratégie dans laquelle nous sommes toujours pour l’essentiel, celle nommée alors de « désinflation compétitive », centrée sur la lutte contre l’inflation salariale, sur la politique monétaire du franc fort, tentant de coller au mark, entraînant comme conséquence directe l’accélération significative du chômage de masse.

La mesure la plus emblématique de ce virage essentiel est le blocage des salaires, plus tard suivi par la fin de l’indexation des salaires sur les prix, que l’on appelait « l’échelle mobile des salaires et des prix ». Elle est désormais rendue illégale par les « socialistes ». Le tout était déjà justifié par la supposée contrainte extérieure, la construction européenne qui commence à être présentée comme un objectif majeur, l’aide aux entreprises qui créent supposément les emplois, les « charges » patronales jugées excessives, le poids de l’Etat, la nécessité de la compétitivité et de la primauté du commerce extérieur, la « rigueur » courageuse mais régénératrice qui produira ses effets bénéfiques sur l’emploi plus tard, la politique de l’offre, la flexibilité, les profits d’aujourd’hui qui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain, la baisse de l’impôt car « trop d’impôt tue l’impôt »…

 

Bref, toute la verroterie idéologique du néolibéralisme est déballée, reprise en coeur par des médias enthousiastes. Ils sont ravis que l’on abandonne les fondamentaux de la gauche « archaïque » et que l’on allie libéralisation à tout va, modernisme sociétal et bons sentiments.

La « crise », en fait un changement de régime capitaliste, sera alors présentée comme une opportunité de « modernisation ». On rejouera l’éternelle comédie des Anciens contre les

Modernes, et on verra poindre des convergences entre les élites « modernisatrices » de droite et de gauche, partisanes des réformes contre les étatistes, jacobins et autres populistes, totalitaires en puissance.

 

Désormais, la seule voie soutenue par le PS pour sortir du chômage de masse est la compétitivité et donc un régime permanent de basse pression salariale. Si l’inflation passera de 12% à 2%, et si la part des salaires dans la valeur ajoutée baissera de 10 points sous les régimes socialistes en 30 ans, le plein-emploi ne sera jamais retrouvé, et le chômage de masse s’aggravera et s’amplifiera régulièrement.

 

C’est sous le gouvernement du Premier ministre Fabius à partir de 1984 que se réaliseront deux des transformations les plus structurantes et déterminantes pour le pays : l’accélération de la « construction » européenne, décisive pour la déconstruction des institutions politiques nationales afin de court-circuiter les processus démocratiques orientant la politique économique et sociale ; et la financiarisation de l’économie et des budgets publics.

Jacques Delors, « socialiste » qui, pour les classes dominantes, vaut effectivement de l’or, sous l’impulsion de François Mitterrand lors du sommet de Fontainebleau (1984), commence à préparer, avec comme acolyte un autre socialiste impressionnant de socialisme, Pascal Lamy, l’Acte unique européen. Ce sera un traité européen essentiel signé en 1986, mettant en place le marché unique européen, basé sur la concurrence et ouvrant celle-ci aux importations mondiales et aux marchés financiers mondiaux.

Il donnera à la fois un coup de fouet à la mondialisation commerciale et financière, ainsi qu’à la construction d’un ordre institutionnel brisant tous les processus démocratiques, soustrayant ainsi l’économie de la pression de ces derniers. C’est donc l’organisation méthodique à l’échelle du continent par ces deux membres du PS des piliers de la mondialisation néolibérale. Ils en deviendront d’ailleurs des dirigeants essentiels dans les institutions cardinales de cette dernière,

Delors à la présidence de la Commission européenne et Lamy à la présidence de l’OMC (qui succèdera en 1994 au GATT). Rajoutons un autre socialiste fameux, Dominique Strauss-Kahn, bien plus tard à la tête du FMI. Nous voyons que nous pouvons compter sur les socialistes pour nous protéger de la mondialisation et de la finance !

 

De 1997 à 2002, la « Majorité plurielle » (ou « Gauche plurielle ») rassemble au gouvernement le Parti socialiste (PS), le Parti radical de gauche (PRG), le Mouvement des citoyens (MDC), les Verts et le Parti communiste français (PCF). Le Premier ministre est Lionel Jospin, le président de la République est Jacques Chirac. Jean-Luc Mélenchon est ministre de l’Enseignement professionnel de 2000 à 2002.

Rares sont les réalisations du gouvernement Jospin qui répondent aux intérêts des classes populaires.

En 2002 le passage à l'Euro est avalisé par la direction du PCF en contradiction avec son vote négatif lors du référendum sur le traité de Maastricht en 1992.Au total, les réalisations du gouvernement Jospin ont été un mélange de petites réformes sociales, économiques et sociétales bâclées, et de contre-réformes néolibérales directement empruntées au « consensus de Washington ». Le cas le plus accablant est celui des privatisations, opérées avec l’aval de la direction du PCF. Lionel Jospin, en effet, a mis en oeuvre un programme de privatisations nettement plus important en valeur que celui des gouvernements de droite. Il a ainsi achevé de démanteler ce qui restait du secteur public élargi sous Mitterrand et Mauroy en 1982. Le PCF participera ainsi au grand lancement européen du démantèlement des services publics décidé lors du sommet de Barcelone en 2002, avalisé par le Premier ministre socialiste Lionel Jospin.

 

Entre 1997 et 2002, le nombre de mesures prises contre le peuple, contre la nation et la République est impressionnant. Ce gouvernement a été la meilleure formule, avec les gouvernements socialistes des années 1980, pour permettre la plus grande adaptation du capitalisme depuis un siècle. La participation communiste au gouvernement a freiné la résistance et les luttes populaires. Le PCF a payé le prix fort de ces trahisons lors des élections qui ont suivi. Aux municipales de 2001 le PCF a perdu la direction de 30% des villes de plus de 15.000 habitants qu'il dirigeait. A la présidentielle de 2002, le candidat communiste Robert Hue ne réalisait que 3,37% des voix. Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, avec 16,86% passait devant Lionel Jospin qui n’obtenait que 16,18% des voix et se trouvait éliminé du second tour.

 

2.- Deuxième constat : le PCF est devenu un satellite du Parti socialiste

La direction du PCF pense que ce parti n’a plus d’avenir. Il ne peut donc vivre que des miettes que lui jette le Parti socialiste.

Pour le PCF : « il est vain d’enfermer toute tentative de changement dans la seule nation ». Il est vrai que toute lutte sociale, toute perspective politique nationale doit s’inscrire dans un cadre internationaliste. Faut-il pour autant, comme le PCF y incite subrepticement, suspecter toute forme de lutte au niveau national ? D’autant que c’est seulement à l’échelle nationale que des changements peuvent être enclenchés, et non à l’échelle internationale ou européenne.

 

La position du PCF sur la question européenne est proprement tragique. Pour ce parti, qui avait joué un rôle essentiel dans la lutte contre « l’Europe des monopoles » au moment du Marché commun, puis en 1992 lors du référendum sur le traité de Maastricht et encore en 2005 lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, l’effondrement est vertigineux.Aujourd’hui, le PCF considère que la « finalité même de la construction européenne doit être redéfinie ». Comme si cette « finalité » avait été un jour conforme aux intérêts des peuples, qu’elle aurait ensuite dévié et qu’il faudrait la remettre sur les rails. Comme s’il était souhaitable et possible de « redéfinir » le capitalisme à l’européenne ! Comme si cette « construction » avait eu un jour le moindre objectif social ou démocratique !

 

On atteint un sommet avec la position du PCF sur l’euro. Le PCF, qui avait fait campagne contre la monnaie unique au moment du traité de Maastricht a fait une conversion complète. Voilà ce qu’il dit : « là où des forces actent l’impuissance à changer l’Europe, prônant une dissolution de la zone euro qui renverrait d’une autre manière chaque peuple à la même guerre économique, nous pensons indispensable de lutter contre les divisions et les nationalistes ».Il est particulièrement choquant de voir le PCF reprendre les slogans anxiogènes déversés par les adorateurs de l’euro. Ce n’est pas parce que les pays de la zone euro retourneraient à leurs monnaies nationales qu’ils se feraient une « guerre économique ». Au contraire, l’euro monnaie unique oblige à mettre en concurrence – aujourd’hui ! - les systèmes sociaux et fiscaux des pays membres sans craindre frottements et ajustements des taux de change. Les pays de la zone euro s’y livrent donc une guerre économique particulièrement meurtrière, à base de surenchères dans la réduction de la fiscalité et des cotisations sociales des entreprises, des droits sociaux et des salaires, tandis que l’abaissement des barrières vers l’extérieur induit les délocalisations et le chômage de masse. C’est pourquoi rien n’est plus urgent que de lutter pour la sortie de l’euro, c’est-à-dire la sortie de l’ordre monétaire néolibéral afin de respecter l’indépendance des nations et leur permettre de coopérer librement.Prétendre transformer l’Union européenne et l’euro de l’intérieur est un conte pour enfants. Recouvrer sa souveraineté monétaire par des décisions nationales unilatérales est un impératif décisif pour les forces politiques qui souhaitent transformer la société.

 

Tous ces renoncements ont un prix. Désormais le PCF ne gère plus qu’une seule ville de plus de 100.000 habitants (Saint-Denis) mais en a perdu le député en 2012. Aux élections municipales de 2014 le PCF a perdu 25% du nombre de ses communes de plus de 3.500 habitants. Il en conserve 137, en gagne 12 et en perd 47.

 

3.- Troisième constat : le Parti de gauche est le parti du flou artistique, celui de l’embellissement littéraire de la politique Le Parti de gauche (PG) est le champion du radicalisme verbal.

 

Le PG est très net en apparence à propos de François Hollande, il dit : « nous ne sommes pas dans sa majorité ». Cela n’empêche pas Jean-Luc Mélenchon, président du PG, de déclarer qu’il est prêt à être Premier ministre de… François Hollande !

 

Le PG a des mots très durs pour l’Union européenne. Il insiste cependant sur le caractère supposément nouveau des nuisances de l’Union européenne. Les mesures qu’il préconisesont confuses, inefficaces et parfois même dangereuses. Quant à son programme européen, il est faible et illusoire. Jean-Luc Mélenchon a une position obscure sur l’euro et le système de l’Union européenne. Il déclare par exemple que « prôner la sortie de l’euro relève du maréchalisme », c’est-à-dire d’une politique digne du maréchal Pétain, le collaborateur des Nazis pendant l’Occupation entre 1940 et 1944. Pendant sa campagne présidentielle de 2012 il a répété sans cesse « l’euro est à nous », « l’euro est à nous » !

Si le Parti de gauche et Jean-Luc Mélenchon avaient adopté une attitude cohérente sur la question de l’euro en proposant des voies de sortie qui ne soient pas purement propagandistes et en proposant des formes de maintien d’une coordination minimale entre les nations, une fois dissoute la zone euro, ils auraient gagné une crédibilité importante. Ils auraient pu alors être l’un des pôles de recomposition de la vie politique française. Faute de l’avoir fait, ils se condamnent à n’être que les spectateurs de cette crise au lieu d’en être les acteurs.

 

4.- Quatrième constat : le Front de gauche est en voie de mort clinique

 

La stratégie du Front de gauche, composé de 6 partis dont les deux principaux sont le PCF et le PG, est de considérer que le PS n’est pas assez à gauche et qu’on pourrait faire pression sur

lui pour le faire pencher « vraiment à gauche ». Dans cette démarche, le Front de gauche considère que l’appui de la gauche du PS est indispensable. Le Front de gauche ne veut pas revenir sur l’abandon de la souveraineté nationale comme cadre de la politique, il ne veut

pas rompre avec la mondialisation néolibérale. Dès lors, étant  mondialisation -compatible et euro-compatible, le Front de gauche est pour le dépassement de l’Etat-nation et de la souveraineté nationale.

Le Front de gauche, au-delà de déclarations pouvant être tonitruantes, reste du coup fondamentalement dépendant du Parti socialiste. Les dirigeants du Front de gauche ont fait ce

choix, rien ne les fera changer hormis une révolte des adhérents de leurs partis. C’est pourquoi, aussi, les résultats électoraux du Front de gauche sont tellement décevants. Le Front de gauche ne parvient pas à susciter une dynamique populaire atour de lui et n’y parviendra pas tant qu’il ne définira pas clairement ce qu’il entend par « gauche », tant qu’il ne rompra pas avec le PS, et tant qu’il ne s’engagera pas dans la voie de la démondialisation, et principalement la remise en cause de la participation de la France à l’Union européenne et à l’euro. Nul ne doit se laisser abuser par la flamboyance du discours anticapitaliste des dirigeants du Front de gauche, particulièrement de Jean-Luc Mélenchon. Ni par les nombreuses références aux pages glorieuses du mouvement ouvrier français. Cette rhétorique n’est qu’un rideau de fumée servant à masquer le vide de l’analyse et des propositions, principalement sur la question européenne et sur ce qui

constitue le coeur du néolibéralisme. Un cas d’école mérite d’être cité. C’est la proposition faite par le Parti de la gauche européenne (PGE), dont sont membres le PCF et le PG, de présenter la candidature d’Alexis Tsipras, le leader grec de Syrisa, à la présidence de la Commission européenne. Elle a eu des conséquences très négatives en France. Cette candidature légitimait la Commission européenne, et laissait entendre qu’un nouveau président pouvait changer le

cours de la politique européenne. C’est parfaitement faux, car le rôle de la Commission est de faire respecter les traités européens. Ses marges de manoeuvres sont étroites et de toutes manières encadrées par le Conseil.

 

Ainsi, après avoir combattu le traité constitutionnel européen en 2005, les partis qui composent le Front de gauche se sont proposés en 2014 comme candidat à l’application du traité de Lisbonne qui en est la copie conforme ! De nombreux électeurs du Front de gauche ont considéré que ce n’était pas admissible et se sont abstenus (les 2/3). Le Front de gauche est dans une profonde impasse stratégique et organisationnelle. S’il veut continuer à exister, trois changements radicaux doivent intervenir dans sa stratégie et son programme, proposés depuis quatre ans par le M’PEP sans succès. En premier lieu, le Front de gauche doit rompre avec le PS. Ce parti doit être analysé pour ce qu’il est réellement : le meilleur parti de défense des intérêts des classes dominantes.

 

C’est loin d’être gagné, car André Chassaigne, président communiste du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale, affirme « est-ce que la stratégie c’est front contre front contre le Parti socialiste en considérant que, nous, on est la gauche vertueuse, la bonne gauche, et que le Parti socialiste est perdu pour toujours ou est-ce qu’on considère que l’on peut faire bouger l’ensemble de la gauche ? » (Le Monde, 18 et 19 mai 2014). Une telle analyse

est purement et simplement suicidaire pour le Front de gauche. Ensuite, le Front de gauche doit montrer qu’il aime la France et qu’il croit en l’avenir de notre pays. Car le Front de gauche

apparaît comme rejetant la Nation, refusant la lutte pour la reconquête de la souveraineté nationale. Enfin, le Front de gauche devra prendre clairement position pour la sortie de l’Union européenne, de l’euro et en faveur de la démondialisation. Seuls ces changements, à condition qu’ils interviennent très rapidement, peuvent donner encore une chance au Front de gauche. Mais ce sera la dernière.

 

5.- Cinquième constat : la gauche rejette la souveraineté nationale et se trouve engluée dans l’idéologie postnationale.

 

La victoire du FN à l’élection européenne a pour contrepartie l’effondrement intellectuel des gauches (PS et satellites, Front de gauche, extrême gauche) qui ont abandonné ce qu’il ne fallait surtout pas abandonner : la nation. Ces forces créent le contexte politique qui construit l’effet de niche perpétuel dont bénéficie le FN, elles permettent l’assimilation progressive de la nation avec sa définition essentiellement ethnoculturelle ou à tout le moins historique qui est celle d’une partie de la droite et de toute l’extrême droite. Alors que notre définition de la nation est strictement constitutionnelle et politique. Le seul détenteur légitime de la souveraineté, c’est la nation, c’est-à-dire tout simplement le peuple de cet Etat en tant que corps politique unitaire, détenteur du monopole de la souveraineté constituante, de la décision politique de la forme du régime, et des décisions essentielles.

 

Depuis que le roi n’est plus le souverain de l’Etat, c’est le peuple de cet Etat qui est souverain, et son nom dans cette fonction éminente est la nation. C’est pour cela que toutes nos Constitutions en France affirment la souveraineté nationale. Laisser ce concept politique central aux partisans de la définition identitaire de la nation comme le FN, est donc doublement irresponsable, et signe le fait que tous ces partis abandonnent le principal, les conditions même d’existence de la

politique et de la démocratie. La faillite de la gauche contemporaine se cristallise dans son

rejet absolu de la souveraineté nationale. C’est bien ce rejet qui constitue le coeur du changement idéologique qui a frappé la plupart des mouvements et partis qui se réclament de la gauche.

Si la gauche était restée sur ses bases de 1944-1947, elle aurait pu lutter efficacement pour constituer un puissant contrepoids aux évolutions futures visant à instaurer le néolibéralisme à la place de l’économie mixte d’après-guerre.

 

Ce système ne doit certes pas être idéalisé après-coup, mais on ne doit pas non plus oublier qu’il était indéniablement plus favorable au progrès social et à la lutte fondamentale contre le

capitalisme que le système d’accumulation néolibéral qui lui a succédé. Quel autre régime d’accumulation capitaliste et d’équilibre politique a-t-il permis trois décennies continues de

progrès social massifs, durables et substantiels ?

 

Le compromis temporaire, fragile et bancal d’une partie du XXe siècle qui avait permis à la gauche de passer pour le camp des classes populaires a disparu depuis longtemps, depuis désormais plusieurs décennies. Il serait temps de le reconnaître et d’en tirer toutes les conséquences. Surtout que nous neserions pas les seuls à le faire, puisque c’est la majorité de la population, par ses propres moyens, qui en est arrivée à cette conclusion lucide - mais désespérée - tant que l’on ne dessine pas d’alternative claire et motivante, ce qu’avait su faire le socialisme en son temps.

 

Avec le recul de plus d’un siècle sur ce qui constitua la gauche – ou les gauches -, il est désormais temps d’en faire le bilan critique. Le coeur du problème depuis cinquante ans est bel et,bien le rejet de la souveraineté nationale vécue comme un mal absolu et central. C’est aussi, corrélativement, la méfiance fondamentale envers l’Etat, vu comme la matrice du totalitarisme (en acceptant d’ailleurs que ce concept idéologique, celui de totalitarisme, ait une valeur historique rigoureuse).

Les dirigeants des partis « de gauche » ont ainsi progressivement, tournant absolument majeur et pourtant très peu souligné, abandonné la souveraineté nationale. Aucun parti de la gauche actuelle disposant d’une visibilité médiatique, en effet, n’est favorable à une restauration de la souveraineté

nationale. Cette situation est paradoxale, alors même que la souveraineté nationale est si manifestement l’objet central des attaques de la mondialisation néolibérale et de son relais

européen afin d’empêcher les classes populaires de disposer de  ce levier cardinal, en théorie comme en pratique, pour peser dans la détermination des normes collectives contraignantes, et pour commencer la loi. Comment la gauche a-t-elle pu arriver à cette conclusion stupéfiante pour un mouvement politique censé auparavant exprimer les intérêts structurels des classes populaires ?

 

L’enjeu contemporain est de rendre l’Etat démocratique et non de détruire l’Etat. Car la démocratie est inconcevable dans une société non politique. Et l’espoir d’une société intégralement unitaire, plane et transparente à elle-même, n’ayant plus besoin d’institutions pour médier ses rapports de force la traversant, est un songe creux et a abouti à de graves impasses.

L’Etat, sa souveraineté, sa puissance et son autonomie sont les seuls garants de ce qui rend une société politique. Deux erreurs majeures sont donc à éviter si l’on veut réellement redonner de la force aux classes populaires : croire que l’on peut se passer de l’Etat et du concept de souveraineté nationale, et confondre la République libérale avec la démocratie.

En fond de scène, en effet, se trouve toujours le refus de remettre au centre la souveraineté nationale, qui implique celle de l’Etat, afin de la mettre au service de la résolution de la question sociale. Il est à noter d’ailleurs, entre mille conséquences négatives, que c’est de ce refus que naît l’impasse écologique, victime collatérale de la démission des partis dominants de la gauche. Lorsque c’est le capital qui décide arbitrairement des choix et des modes de production et d’échange, sur la base bien sûr du profit maximal, on ne saurait attendre quoi que ce soit de déterminant face aux défis écologiques désormais gigantesques et toujours croissants.

 

Lorsque c’est le peuple souverain qui décide en dernier ressort, par un biais politique, des modes de production et d’échange, on peut alors espérer des changements radicaux pouvant relever le défi écologique. Accepter les trois piliers du capitalisme renouvelé : libre-échange, financiarisation et traités supranationaux, tout en se proclamant écologiste, c’est se condamner à être un écologiste d’opérette, de la parole, à tout jamais impotent. C’est évidemment encore plus vrai pour les questions sociales, enjeu déterminant et surplombant tous les autres.

Les positions de la « gauche de gauche » - ne parlons même pas de la « gauche » - sur ces questions sont très inquiétantes.

Elle est engluée dans ce discours idéologique dominant. Ainsi, pour certains dirigeants du Front de gauche, une éventuelle explosion de l’Union européenne et de la zone euro conduirait à « un retour des nationalismes en Europe ». Mais c’est déjà le cas, et de la faute même des institutions européennes et de l’euro ! La montée des partis d’extrême droite au sein des pays membres de l’UE en témoigne !

Les causes principales sont les politiques d’austérité pour les classes populaires et moyennes qui jettent les peuples dans la misère et les mettent davantage en concurrence. Est-ce le fait que les peuples retrouvent demain leur souveraineté qui constitue un risque de guerre, ou bien le fait que l’Union européenne continue à exister et à imposer ses politiques d’austérité ? Ces inquiétudes reposent en réalité sur une chimère idéologique construite par les classes dominantes, contre-vérité énorme mais ressassée à longueur de temps dans les grands médias et qui pourrait se résumer ainsi : « l’Union européenne c’est la paix, le retour aux nations c’est la guerre ».

Comment la plus grande entreprise de suppression de la démocratie depuis le fascisme, comment l’accumulation unilatérale de traités intégralement néolibéraux et atlantistes et d’institutions supranationales, donc antidémocratiques, pourraient nous garantir la paix sur le continent ?

Comment peut-on même oser penser une telle absurdité ?

Ces partis de gauche renvoient à l’échelle européenne, c’est-à-dire au long terme, et à une structure qui a provoqué la crise (l’UE), les actions à entreprendre pour, paradoxalement, sortir de la crise. Très rares sont les actions et les mesures unilatérales envisagées à l’échelle nationale, c’est-à-dire dans le court terme. Nous ne sommes pas du tout opposés à imaginer des mesures à l’échelle européenne. Nous disons simplement que toute politique à l’échelle européenne, à plus forte raison si elle porte sur la modification des traités comme le statut de la Banque centrale européenne, est irréaliste et paradoxale. Il faut en effet l’accord unanime des Vingt-Huit. Si des décisions efficaces étaient prises à cet échelon, nous serions les premiers à nous en réjouir.

Mais pourquoi ne pas articuler leurs analyses et leurs propositions entre les niveaux européen et national, afin d’inscrire leur action dans le court, moyen et long terme. Pourquoi, par principe, sans l’expliquer, limiter l’action politique, syndicale et associative au cadre défini par l’UE, et renoncer à toute action à l’échelle nationale ? L’ampleur de la crise exige des réponses rapides, qui ne sont possibles qu’au niveau national. Si les enjeux sont européens et même mondiaux, les outils sont nationaux. Pourquoi faire reposer la totalité de la lutte pour la transformation sociale sur l’échelon de l’Union européenne, alors que toute l’expérience depuis 1957 montre que c’est une impasse ?

Rien n’est envisagé par ces organisations en termes d’initiatives nationales unilatérales fortes et décisives portant sur l’essentiel, et donc sur la démondialisation, qui pourraient créer une dynamique entraînante dans les autres pays. Tout attendre d’une hypothétique réécriture des traités européens est particulièrement démobilisateur, comme nous le prouvent les bientôt dix années qui viennent de s’écouler depuis le signal, majoritaire, de 2005. La victoire du « non » offrait la possibilité d’une rupture enfin décisive. Nous avons connu au contraire une régression sociale et politique continue, des offensives déchaînées du néolibéralisme de droite et de gauche. La crise spécifiquement européenne des dettes publiques et de déflation généralisée suite à la crise financière du néolibéralisme aurait dû être l’ultime signal de réveil des forces de gauche, et même du gaullisme résiduel. Mais rien ne vient. Les partis visibles campent sur leur position perdante, forcément perdante du postnational européiste et mondialiste.

Cette stratégie – pensée ou impensée - bouche toute perspective politique et offre en revanche un boulevard aux forces d’extrême droite, nationalistes, xénophobes, racistes…

 

Les militants des organisations concernées doivent impérativement se ressaisir et doivent substituer à une stratégie européiste profondément contradictoire avec des objectifs officiellement antilibéraux, des propositions nationales pour des ruptures unilatérales avec le néolibéralisme à l’européenne. C’est alors, et alors seulement, que des coopérations à l’échelle européenne et mondiale deviendront possibles autrement qu’en discours et en rêve. L’internationalisme, tant qu’il se pense en contradiction avec la souveraineté nationale, se condamne à n’être qu’un internationalisme abstrait, de la parole, moralisant et utopique, ne satisfaisant que la bonne conscience de ses partisans et désespérant les classes populaires. Il s’oppose en tout point à l’internationalisme pragmatique et réaliste du seul territoire où le combat politique obtient des résultats encourageants et structurels, déconstruisant partiellement l’ordre néolibéral : en Amérique du Sud. L’internationalisme abstrait du post national, n’a lui aucun résultat à faire valoir en sa faveur, n’ayant jamais, ni maintenant ni dans l’histoire, obtenu aucun résultat significatif, et pour cause puisqu’il nie la réalité des processus politiques et sociaux concrets.

 

Ces organisations se sont en fait installées dans l’ordre idéologique, monétaire et institutionnel néolibéral. Elles n’envisagent à aucun moment de sortir de l’euro et de l’Union européenne.

La gauche doit se poser une seule question et y répondre clairement : croit-elle possible, de retour au pouvoir, de mener une politique favorable aux intérêts des classes populaires et moyennes en France, alors que la politique monétaire restera néolibérale ? Si la « gauche de gauche », ou la « vraie gauche » ne parvient pas depuis des années à progresser dans l’opinion publique, c’est précisément parce qu’elle reste muette, ambiguë ou consensuelle avec la gauche de gouvernement et la droite sur la question cruciale qui est celle de l’Union européenne et de l’euro.

 

IV.- LE DOUBLE JEU DU FRONT NATIONAL

 

Alors que quasiment toute la droite et l’ensemble de la gauche sont devenues mondialistes et européistes, que les gaullistes ont quasiment disparu, que le Parti communiste n’ose plus associer le drapeau tricolore au drapeau rouge, le Front national peut s’approprier à lui seul l’idée et les symboles de lanation. Et inversement l’idée de nation finit par être assimilée…au Front national. Or le FN défend une vision étriquée de la nation réduite à sa seule dimension identitaire.

D’où la profonde irresponsabilité politique des dirigeants de la gauche qui assimilent désormais la conception politique de la nation, liée précisément au concept de souveraineté nationale issu de la Révolution française (et américaine d’ailleurs), à la xénophobie et au FN. Là aussi cette position est prise dans la plus complète contradiction avec la réalité et à contresens de l’histoire.

Ceux qui veulent découpler nationalité et citoyenneté rendent un service indirect mais insigne au FN, crédibilisant ainsi la  conception identitaire de la nation de l’Allemagne, de l’UE, et du FN. Du coup l’idée est désormais largement répandue que l’Etat ne serait qu’une addition artificielle de divers groupes sociaux, ethniques, communautaristes, agissant comme autant de tribus revendiquant leur identité particulière, leurs droits particuliers, individuels et collectifs. L’Union européenne encourage ces phénomènes au motif de débarrasser le continent des « égoïsmes nationaux ».

 

L’extrême droite ne veut rien entendre de la signification hautement politique et démocratique de la souveraineté nationale, qui n’a aucun rapport avec ses fumeuses théories identitaires.

Ce discours identitaire sert avant tout à dresser les citoyens les uns contre les autres pour éviter de pointer les véritables responsables de la crise et de la profonde impasse politique actuelle. L’instrumentalisation du Front national dans la vie politique française a clairement pour objectif d’achever de diaboliser l’idée de nation, de masquer les vrais problèmes et de diviser le peuple. Loin d’être un parti antisystème, comme il prétend l’être, il est en réalité un agent indirect au service du système et des classes dominantes. Il n’empêche que la montée du vote Front national est bien réelle. Par exemple aux élections européennes de 2014 le FN a gagné 6 villes, dont une dès le premier tour dans l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais. L’insécurité sociale et psychologique dans laquelle sont plongés les citoyens (une insécurité permanente organisée par les classes dominantes) les amène à rechercher des repères, des « valeurs sûres » et des débouchés politiques apparemment en dehors du système en place et de l’idéologie dominante post nationale. La nation fait partie de ces repères. Il y a donc toutes les chances pour que le FN continue de progresser en se faisant le champion de la défense de la nation – identitaire -, et en se camouflant derrière un pseudo discours social. Le FN a donc tout d’un leurre politique, et constitue, derrière les apparences, la clé de blocage idéale d’un système verrouillé de toutes parts. Le FN est naturellement le pire des partis pour ce qui est de ses objectifs politiques et de sa cohérence idéologique et programmatique. Si c’est le plus véhément envers la droite et la gauche européistes, c’est aussi le plus nauséabond sur son versant xénophobe, chauvin et hostile aux syndicats et à toutes les organisations qui défendent collectivement les intérêts des classes populaires.

Il ne propose pas une sortie unilatérale de l’UE, même pas de l’euro, ses déclarations sont donc très clairement, pour ceux qui pourraient encore en douter, une tartufferie strictement tactique, opportuniste et électoraliste. Sa montée et son niveau électoral extravaguant ne s’expliquent que par le vide abyssal d’une alternative équivalente représentant réellement les intérêts des classes populaires mais qui soit anticapitaliste, démocratique et honnête.

Après leur « tournant de la rigueur » de 1982-1983, François Mitterrand et le Parti socialiste, pour faire face au mécontentement grandissant qu’ils suscitaient dans le pays, ont décidé de diviser la droite. Le but était de tenter de conserver la majorité à l’Assemblée nationale, et de se refaire un positionnement de gauche à bon compte alors qu’ils instauraient parallèlement le néolibéralisme dans le pays. Pour y parvenir, ils ont ouvert à Jean-Marie Le Pen les grands médias qu’ils contrôlaient, et ont introduit le scrutin proportionnel à la place du scrutin par circonscription aux élections législatives. Ils ont ainsi fait entrer le FN à l’Assemblée nationale. Le Front national est une créature de François Mitterrand et du PS. Le FN, qui obtenait 90.422 voix aux législatives de 1981 (0,35%), obtient 2,2 millions de voix aux européennes de 1984 (10,95%). Que s’est-il passé pendant ces trois années pour susciter un tel bouleversement électoral ? La « rupture » est très nette entre 1981 et 1984. Il y a eu la victoire du Parti socialiste en mai 1981 (élection de François Mitterrand à la présidence de la République), puis le « tournant de la rigueur » en 1982-1983 qui abandonne des politiques plutôt favorables au monde du travail. Trente ans après, nous sommes entrés à notre corps défendant dans l’âge de la politique du « moins pire ». Nous avons assisté, lors de l’élection européenne de 2014, à une répétition générale de l’élection présidentielle de 2017 où le FN doit jouer un rôle majeur. Le piège va-t-il se refermer sur le mouvement populaire ? Le M’PEP estime qu’il faut mettre les pieds dans le plat en dévalorisant l’élection présidentielle, peut-être en appelant au boycott, et en revalorisant l’élection à l’Assemblée nationale.

 

Lors de l’élection européenne de 2014, l’abstention (57,57%), les blancs et nuls (1,17%) et le vote en faveur du FN (10,12% sur les inscrits et 25% sur les exprimés) ont été utilisés par des millions de citoyens comme instruments permettant de sanctionner la politique du gouvernement socialiste, rejeter l’Union européenne et se distinguer de tous les autres partis. Le score relatif du Front national est aussi le résultat de la campagne insidieuse menée en sa faveur par les grands médias et toutes les forces politiques qui le diabolisent et le mettent au centre de la vie politique, soit par naïveté, soit pour préparer l’élection présidentielle de 2017. Car au sein de l’élection européenne de 2014 se cachait l’élection présidentielle de 2017. Ce journal Le Monde l’a bien compris qui titre le 26 mai 2014 : « Européennes : le PS et l’UMP menacés d’un séisme présidentiel ». Le journal avait déjà titré sur la largeur d’une page : « Le FN profite des européennes pour préparer 2017 » (Le Monde, 21 mai 2014).

Le FN, aidé de fait par le PS, l’UMP et les grands médias, est en train de devenir le pivot du tripartisme. C’est pourquoi, de plus en plus, il abandonne tous les signes visibles de ce qui peut l’identifier à l’extrême droite. Il a besoin de continuer à s’ouvrir et rassembler, notamment à un ancien électorat de gauche qui ne trouve plus son compte au PS ou au Front de gauche.

Ni le PS, ni l’UMP, n’ont en 2014 la certitude d’être présents au second tour de l’élection présidentielle de 2017, condition absolue et évidente pour prétendre emporter l’élection.

Les résultats de l’élection européenne de 2014, à cet égard, s’ils traduisaient un rapport de force électoral qui avait vocation à être durable, ne laissent planer aucun doute. Sauf « retournement » imprévu de l’opinion publique, on ne voit pas comment le PS pourrait se qualifier à coup sûr pour le second tour de l’élection présidentielle. Même chose pour l’UMP. Ces deux partis auront besoin d’une large union dans chacun de leur camp pour les soutenir dès le premier tour.

Les grands partis attendent beaucoup du scrutin majoritaire à deux tours de l’élection présidentielle. Ce système, en effet, nécessite des alliances pour être dans les deux premiers au premier tour et se qualifier ainsi pour le second. Or le FN ne peut et ne veut pas d’alliances. Sans alliances, sa probabilité d’accession au pouvoir est quasi-nulle. On ne voit pas comment

le FN pourrait obtenir seul plus de 50% au deuxième tour de la présidentielle et gagner ensuite aux élections législatives, toujours seul, une majorité de députés. Tel est le raisonnement des dirigeants du PS et de l’UMP. C’est pourquoi ils veulent affronter Marine Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle, croyant alors l’emporter facilement. En vérité, PS et UMP s’arrachent Marine Le Pen !

PS et UMP ont donc besoin de diaboliser le FN pour que leur stratégie fonctionne. Ils ont besoin de faire un chantage à la peur en agitant l’épouvantail du FN devant les électeurs. Nouvelle Donne, EELV, le Front de gauche, accepteront-ils de ne pas présenter de candidat en 2017 et d’appeler à voter, dès le premier tour, par exemple pour… monsieur Valls, monsieur Hollande, madame Royal ? A droite, le MoDem et l’UDI feront-ilspareil ? D’où le besoin de faire monter le FN et de dramatiser sa progression pour que l’électorat accepte le choix du vote utile et du « moins pire ». Tous ces partis sont d’accord sur l’essentiel, à savoir l’horizon indépassable du postnational et des institutions supranationales néolibérales. Ils travaillent ainsi tous objectivement pour le maintien de l’essentiel de ce qui fait la force des classes dominantes. Ils n’en sont pas moins en concurrence électorale réelle, vitale pour les revenus et les carrières de chacun, ce qu’il serait totalement irréaliste de négliger.

 

Il y aura déchaînement médiatique contre tous ceux qui refuseront ce chantage en persistant à vouloir sortir du système eurolibéral. Le PCF et le Front de gauche jouent déjà ce jeu, ils ont commencé pendant les élections européennes en attaquant les partisans du boycott.

Cependant, le PS et l’UMP jouent avec le feu. Car le frein à l’égard du vote FN continue de s’affaiblir. Et rien n’indique que l’élection de Marine Le Pen en 2017 soit impossible. Pour faire face à cette hypothèse, PS et UMP ont un plan « B », c’est celui d’une « grande coalition » à l’allemande ou d’un gouvernement d’ « unité nationale » à la française. Une « grande coalition »

PPE-PSE existe déjà de fait au « Parlement » européen et dans 13 pays de l’UE sur 28…

Pour rendre l’austérité permanente, il faut un gouvernement PS-UMP, et quelques satellites autour.

La question qui se pose dès maintenant à tous ceux qui refusent ce chantage sera de savoir pour qui voter en 2017 dans le cadre de la Ve République et de l’Union européenne. Ou pour qui ne pas voter, car la question du boycott de l’élection présidentielle se pose, au premier comme au second tour. Le M’PEP, le moment venu, organisera le débat sur cette question et prendra une décision. La voie est ainsi ouverte à autre chose, et c’est ainsi que le FN est en train de s’installer comme troisième acteur du jeu politique dans un système qui passe du bipartisme au tripartisme. Avec le tripartisme, c’est le FN qui porte la dynamique de changement exigée par une partie croissante de la population.

 

C’est une forme d’insurrection civique qui promet que des secousses sont à venir. Le Front de gauche a disparu des radars, il n’apparaît pas comme une alternative crédible. La raison est très simple à comprendre. Quand la direction du PCF multiplie les signes de soumission au PS, masqués derrières des rideaux de fumée rhétoriques sur la lutte contre l’austérité, et qu’elle appelle dans le même temps à des listes communes avec le PS au premier tour des municipales, elle fait fuir la population qui rejette la politique d’austérité menée par les socialistes. Quand Jean-Luc Mélenchon propose d’être le Premier ministre de François Hollande et qu’il répète inlassablement « l’euro est nous », « l’euro est nous », et que la sortie de l’Union européenne et de l’euro seraient « catastrophiques », il fait fuir la population qui a compris quelle était la véritable nature du système de Bruxelles.

 

Depuis deux siècles, la vie politique française, comme dans beaucoup d’autres pays, a été scandée par l’opposition entre deux forces : la gauche d’un côté et la droite de l’autre. Un camp était censé représenter le progrès et la modernité, et l’autre le conservatisme et la tradition. Désormais, lors des élections à deux tours (municipales, cantonales, législatives, présidentielle), la probabilité de la présence du FN au second tour, faisant plus ou moins jeu égal avec le PS et l’UMP au premier, est considérablement renforcée. Le PS, qui a « fabriqué » le FN depuis 1982 pour diviser la droite et gagner les législatives dans des triangulaires, se trouve désormais pris au piège. Cette « tactique » cynique, en effet, ne peut fonctionner qu’à la condition que le « front républicain » fasse l’objet d’un consensus entre forces politiques et parmi les électeurs. Autrement dit il faut que l’électorat de droite (une partie) vote lors de la triangulaire plutôt pour le candidat du PS que pour celui du FN qui aura été consciencieusement diabolisé. Or les exemples se multiplient qui montrent la perméabilité des électorats de droite et du FN. Le boycott des élections par une partie de l’électorat de gauche ne permet plus au PS d’espérer gagner autant qu’il pourrait l’espérer. D’autant que l’UMP est loin d’être certaine de se trouver en situation plus favorable que le PS.

L’autre fonction stratégique du FN, dont est responsable cette fois toute la gauche, était de diaboliser à bon compte toute une série de thématiques, abandonnées par elle, et reprises par le FN en lui constituant un confortable effet de niche. On peut commencer par la souveraineté nationale, désormais incroyablement assimilée au nationalisme, qui est son contraire. On peut logiquement continuer par le protectionnisme, la critique radicale de l’UE et de l’euro, bref tous les piliers institutionnels du néolibéralisme. Cette tactique, afin de verrouiller le débat et de donner une caution de lutte antifasciste à toute une série de renoncements stratégiques (et qui n’ont aucun rapport, si ce n’est un rapport inverse avec le fascisme), désormais se retourne contre tous ces apprentis sorciers de la politique politicienne. Le vote FN, de protestataire, devient un vote d’adhésion, le FN étant crédité d’une volonté de rupture radicale dont sont maintenant dépourvus tous les partis qui soutiennent l’accord médiatique et politique soutenant à bouts de bras l’air du temps de l’idéologie dominante, et pour commencer l’unanimité étouffante sur le refus de la sortie de l’ordre européiste.

 

Le Front national développe le racisme, la xénophobie, divise gravement les Français. Néanmoins, le FN, comme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale toute la droite, se situe dans l’espace républicain, même si l’on peut douter de la réalité de ses convictions républicaines. On ne peut pas traiter le FN comme s’il était interdit. Aucun argument sérieux n’a jamais été avancé pour en justifier la nécessité. D’ailleurs, les plus virulents en apparence contre le FN, comme le Parti socialiste, à qui il rend de grands services, ne demandent pas son interdiction. Ils savent que la justice ne se prononcerait pas en ce sens. Il faut s’attaquer aux causes qui contribuent à faire grandir le FN. Dès lors, les tentatives de racolage de l’électorat du FN, les leçons de morale, les injonctions, les condamnations n’ont aucun poids.

Le Front national, parmi toutes les organisations étudiées, parle aussi de la sortie de l’euro, mais celle-ci, toutefois, devrait être « groupée, maitrisée et rapide ». Une telle proposition n’est que posture – et même imposture – car le temps de trouver des partenaires pour sortir de l’euro – si on en trouve – aura laissé le terrain libre aux spéculateurs. Il y a urgence économique et sociale. C’est donc de manière unilatérale que les États doivent sortir de l’euro. La position du FN relève de la politique politicienne. Même chose pour le soi-disant protectionnisme du FN qui n’est envisagé qu’au niveau de l’Union européenne. C’est ridicule puisque l’UE commerce assez peu avec l’étranger (environ 30%), sans compter l’aspect surréaliste d’une telle perspective. Elle contredit en effet l’intégralité des traités et institutions européennes censées prendre cette décision unanimement, alors que beaucoup de délocalisations sont faites vers les pays de l’Union dont les salaires sont les plus faibles.

Le FN parle de « dissolution progressive et organisée de l’euro pour une sortie de crise par le haut ». Quelle plaisanterie ! Il faudrait pour y parvenir que les oligarques européens se mettent d’accord pour liquider l’euro. À 28 ! Autant dire que la proposition du FN, là encore, de vouloir transformer l’Union européenne de l’intérieur, est parfaitement démagogique. Elle montre bien la duplicité du FN sur cette question. Marine Le Pen, en vérité, ne veut sortir ni de l’euro ni de l’Union européenne, qui constituent toutes deux la véritable source de leur effet de niche, sans lequel le FN se verrait réduit à solliciter un soutien électoral sur ses seules bases idéologiques de départ, et donc un retour inexorable dans le caniveau insignifiant de l’extrême droite véritable.

Le FN est un instrument au service du système oligarchique. Rappelons que lors du mouvement contre la réforme de 2010 sur les retraites, Marine Le Pen affirmait que « les syndicats jettent la France dans le chaos... La tolérance zéro doit s’appliquer à tous ces émeutiers ». De façon générale sur la question sociale, le FN s’est toujours aligné sur les positions du grand patronat : soutien aux « allégements » de cotisations sociales patronales, suppression de l’âge légal pour le départ à la retraite, renvoi de la prise en compte de la pénibilité aux négociations branche par branche, etc. L’incompétence totale du FN s’est révélée lors de sa gestion calamiteuse des municipalités qu’il a dirigées (Toulon, Orange, Marignane, Vitrolles). Ses affinités vont à ce qu’il y a de pire en Europe sur le plan idéologique et démocratique : FPO autrichien de Haider, parti flamand Vlaams belang, Ligue du Nord en Italie, Jobbik en Hongrie… Le Front national n’a pas l’intention de rompre avec le capitalisme. Il hait les organisations de travailleurs. Ses leaders ont tenu des propos insultants contre les grévistes au moment de la bataille sur les retraites. Le Front national oppose entre eux les Français, les Français issus de l’immigration et les immigrés dans la compétition pour l’emploi... Le rôle historique des organisations qui prétendent défendre les intérêts des classes populaires, lui, est de mettre fin à la compétition entre travailleurs pour l’emploi. Le Front national veut que la France devienne compétitive dans la guerre économique mondiale. De notre côté nous voulons mettre fin à la guerre économique – dont les responsables sont les détenteurs de capitaux et les victimes les salariés – pour lui substituer un système de coopération entre les nations.

 

Conclusion

L’idéologie néolibérale postnationale est composée de trois camps (la droite, la social-démocratie et la gauche radicale), et d’un leurre (le FN). Nous dénonçons et combattons ces trois camps, et l’illusion sur le vrai rôle du FN.L’enjeu de la période est de faire germer une forme politique qui succède au mouvement ouvrier né au XIXe siècle, qui a connu son épanouissement au XXe et son déclin au XXIe. C’est dans cette perspective que se place le M’PEP. L’élément unificateur, celui qui peut rassembler les forces les plus diversifiées, celui duquel tout dépend pour résoudre la crise est la lutte pour la souveraineté nationale. Car il s’agit aujourd’hui de se battre pour la survie de la France comme nation indépendante, même chose dans tous les autres pays. La défense de la France n’a rien à voir avec du nationalisme. C’est aussi un enjeu international pour faire vivre les valeurs des Lumières et des coopérations solidaires entre les peuples et entre leurs pays.__

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 15:18

Article repris sur Comité Valmy

 

 

Sur l’une de ces photographies diffusée en mai 2013, on voit le sénateur McCain discuter avec Ibrahim el-Baghdadi, celui-là même qui est à la tête de l’Etat Islamique (DAECH) et s’est autoproclamé nouveau calife. Note Comité Valmy)

 

Par Alain Corvez

Conseiller en stratégie internationale

Le monde dans lequel nous vivons, avec le développement inouï des moyens de télécommunication, est désormais dirigé par l’information qui décide du bien et du mal et oriente les choix des citoyens. Les forces qui possèdent les médias, essentiellement la finance internationale, sont en mesure de justifier les politiques menées par les états, leurs interventions militaires étant présentées comme nécessaires à la défense de la démocratie et des droits de l’homme, dissimulant sous de faux prétextes moraux les ambitions stratégiques des grandes puissances.

 

Les citoyens désormais ont de plus en plus le sentiment, en France et en Europe, que leurs votes n’influent pas sur la direction des affaires qui semble dépendre de forces obscures qui les dépassent. D’où le champ libre laissé aux solutions extrêmes. La démocratie est pervertie par les pouvoirs des médias qui mettent sur le devant de la scène ceux qu’ils ont élus avant le vote et écartent les indésirables. Un rejet des politiques traditionnels, de gauche comme de droite dont la distinction devient de plus en plus ténue, se fait jour dans l’opinion qui paraît désemparée et cherche une issue sans la trouver, sinon dans des programmes irréalistes ou sectaires. Le drame vient de l’incapacité des responsables politiques à se remettre en question, quelles que soient leur intelligence et leur culture, car le système a fabriqué un carcan intellectuel dont ils ne peuvent sortir sans briser leur carrière.


Il en est de même en politique internationale où les médias sont aux ordres des pouvoirs pour justifier dans l’opinion une stratégie décidée sous influence. En dehors de quelques exceptions ridiculisées par les médias, aucune voix audible ne s’est élevée dans la classe politique en France pour dénoncer le retour dans l’organisation militaire de l’OTAN qui, pourtant, nous privait de notre indépendance diplomatique, et presque tous acceptent les décisions de Bruxelles allant dans le même sens comme la signature de traités transatlantiques contraire aux intérêts des Européens. Je ne détaillerai pas l’absurde de notre politique antirusse pour accompagner l’offensive américaine visant à affaiblir notre immense voisin européen, alors que tout devrait nous pousser à nous rapprocher de lui pour construire une coopération économique et stratégique en direction de l’Asie.

 

Pour parler de la situation en Irak et en Syrie où des crimes atroces sont commis tous les jours, j’ai voulu prendre un peu de recul pour remonter aux origines de ces situations désastreuses et les replacer dans une géopolitique internationale plus vaste, car nous sommes en réalité dans l’affrontement entre les intérêts stratégiques de puissances régionales et mondiales en compétition.


Mais avant d’essayer de tracer un tableau des facteurs qui nous ont amené à la situation en réalité paradoxale où nous sommes arrivés, je voudrais vous citer l’observation d’un philosophe italien contemporain qui m’avait frappé lors de la conférence de Carême qu’il avait prononcée à ND de Paris en 2009. Il réfléchissait à la notion du temps, au sens du chronos grec et constatait son impact sur notre civilisation. Rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger un cours de philosophie mais l’extrait que je vais citer me semble essentiel, même s’il faut s’accrocher pour comprendre car ce n’est pas le style ni le sujet d’un roman de gare et vous ne direz pas « merci pour ce moment » !

 

« Au fur et à mesure que la perception de l’économie du salut dans le temps historique s’estompe dans l’Eglise, on voit l’économie étendre sa domination aveugle et dérisoire sur tous les aspects de la vie sociale.

 

Du même coup, l’exigence eschatologique que l’Eglise a délaissée revient sous une forme sécularisée et parodique dans les savoirs profanes, qui semblent rivaliser pour prophétiser dans tous les domaines des catastrophes irréversibles. L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Eglise. A l’éclipse de l’expérience messianique de l’accomplissement de la loi et du temps, correspond une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit par un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd’hui il n’y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Eglise. »(1)

 

L’équilibre de la terreur nucléaire qui a suivi la deuxième guerre mondiale, une guerre classique étant devenue impossible, a conduit les deux blocs antagonistes à s’affronter dans des conflits asymétriques en utilisant des alliés. Les Etats-Unis ont compris dès 1945 l’intérêt qu’ils pouvaient tirer d’une entente avec l’Arabie Séoudite et l’on sait que le retrait d’Afghanistan des soviétiques en 1979 a été considéré comme sa victoire par le royaume wahhabite, qui avait financé et formé les moudjahidines, avec l’aide des services pakistanais et américains. Si certains de ces moudjahidines sont restés en Afghanistan, beaucoup ont essaimé en Tchétchénie et dans plusieurs pays arabes qui les accueillirent plus ou moins volontairement, mais n’eurent aucune prise sur les pays laïques qu’étaient par exemple l’Irak et la Syrie.


Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les années 90 virent le développement de l’ubris des Etats-Unis qui crurent sincèrement, du moins leurs dirigeants, qu’ils avaient la mission sinon divine, en tout cas hautement morale, d’apporter à l’ensemble de la planète la démocratie, le respect des droits de l’homme et le mode de vie américain, intervenant militairement dans ce but contre la volonté de populations médusées : l’Afghanistan, l’Irak, plus récemment la Libye. Nous en connaissons les résultats désastreux sur lesquels je ne m’étendrai pas mais il est important de comprendre que l’alliance américaine avec l’islam rigoriste du wahhabisme ne s’est jamais démentie, même si c’est au nom de cette doctrine d’un autre âge qu’est né Al Qaïda qui ne s’attaquait qu’aux musulmans qui ne partagent pas leur croyance, en dehors des attentats du 11/9.

 

Nous savons désormais que le terrorisme islamiste est soutenu depuis le début par les Séoudiens, puis les Qataris qui virent là une possibilité de jouer un rôle régional grâce à leur richesse pétrolière sans commune mesure avec leur importance politique. Par opportunisme, la Turquie, dirigée par un parti islamiste, a cru pouvoir s’imposer dans le monde arabe en s’associant à ce soutien, se faisant la tête de pont des assauts contre la Syrie laïque dont elle pensait renverser le gouvernement rapidement.


Grâce à ces appuis, ces financements et ces soutiens, la nébuleuse djihadiste s’est étendue en Syrie et en Irak. Dans ce dernier pays, la démocratie apportée par les Etats-Unis a porté logiquement au pouvoir les chiites dont le chef du clan le plus important devenu Premier Ministre a mené une politique sectaire, ostracisant les sunnites et même certains chiites rivaux. Mais il avait la majorité. Après le départ des troupes américaines il a dû faire face à une rébellion sunnite largement soutenue par l’Arabie qui a provoqué des attentats et des meurtres réprimés avec une fermeté extrême, et l’Irak, à son tour, est entré en chaos. Peut-être la faute principale de Maliki a-t-elle été de cesser de payer les miliciens sunnites qui avaient brillamment lutté contre Al Qaïda sous la conduite intelligente du général Petraeus dans l’opération Saha (Réveil.Sursaut). Les chefs des tribus sunnites qui avaient fourni ces contre-terroristes voulaient le départ de Maliki et trouvèrent opportun de conclure une alliance de circonstance avec les djihadistes du nord irakien, de même que les anciens résistants à l’occupation américaine, baasistes et anciens cadres de l’armée de Saddam Hussein qui luttaient contre le pouvoir de Bagdad.

 

Le 20 juin dernier j’écrivais dans un court billet (2) que l’offensive éclair de DAESH (Daoulat al Islamiyah fi al Irak wa al bilad al Sham) était sous contrôle des services de renseignement américains qui avaient des agents parmi eux et parmi les baasistes et que le but était, soit de renverser Maliki ou au moins de l’amener à des concessions importantes qu’il persistait à refuser, pour établir un gouvernement de consensus. J’ajoutais que le but n’était pas de prendre Bagdad et que l’alliance paradoxale entre une organisation islamiste et un parti d’idéologie laïque n’était que de circonstance. Les prises d’importants territoires et de grandes villes comme Mossoul du nord et de l’ouest de l’Irak en quelques jours par l’Etat Islamique, EI, s’étaient faites pratiquement sans combats, les portes étant ouvertes aux djihadistes par les membres des forces de sécurité irakienne qui n’attendaient que le signal pour le faire. Les ouvertures de Maliki vers la Russie et la Chine n’étaient pas non plus pour plaire aux Etats-Unis et il devenait important pour Washington de reprendre un contrôle à Bagdad qui commençait à lui échapper. On sait que ce sont surtout des compagnies pétrolières chinoises qui exploitent l’or noir irakien.

 

La nomination de Chuck Hagel à la Défense et John Kerry aux Affaires Etrangères lors du deuxième mandat d’Obama laissait clairement comprendre que le Président américain et son équipe avaient compris le monde multi polarisé qui était désormais en place et voulaient s’y adapter en instaurant de nouvelles relations avec tous les états et les organisations internationales, reconnaissant à chacun sa juste place sur l’échiquier mondial. (3) Les Etats-Unis sont la première puissance militaire mondiale et de loin mais la Chine, dont le PIB est encore loin de celui des Etats-Unis, surtout par habitant, comble ses lacunes rapidement et se dote d’une économie ambitieuse ; avec d’autres pays comme l’Inde ou la Russie en reconstruction rapide qui n’entendent pas se laisser dominer, sans parler de nombreux pays d’Amérique Latine. On voit que le gouvernement américain a pris en compte cette nouvelle donne et s’efforce de s’y adapter, notamment dans sa volonté de régler la question iranienne en reconnaissant à ce pays de vieille civilisation son rôle essentiel de modération et d’équilibre dans une région à feu et à sang. Mais le gouvernement est l’objet de pressions énormes de groupes d’influence très puissants qui peuvent empêcher des décisions ou en forcer d’autres.

 

Ainsi la finance internationale dirigée par Wall Street et la City défend sa stratégie d’un monde sans barrières pour ses prises de position et éventuellement sans frontières étatiques, et cherche surtout à maintenir la domination du dollar comme monnaie mondiale contre les pays « non-alignés » qui s’organisent pour organiser leurs échanges dans d’autres devises.

 

Ensuite les puissants industriels de l’armement qui vivent de la domination mondiale des Etats-Unis et voient d’un bon œil les guerres se succéder dans le monde, entretenant d’après eux leur suprématie.

 

Enfin les soutiens de la politique d’Israël qui encouragent les dissensions entre les arabes et voient dans les guerres entre chiites et sunnites un bon moyen d’assurer la pérennité de leur protégé, le gouvernement actuel de Jérusalem ne s’imaginant pas autrement qu’en guerre permanente avec ses voisins, eux-mêmes déchirés par des luttes intestines qu’il convient d’encourager.

 

Les mêmes acteurs se retrouvent d’ailleurs dans ces trois groupes mais de nombreux signes indiquent que les uns comme les autres seront amenés à prendre des positions plus modérées, car les affrontements mondiaux entre les intérêts stratégiques de l’Amérique, de la Chine, de la Russie atteignent parfois des paroxysmes de crise qui, à l’heure du « village mondial » et de l’arme nucléaire susceptible de détruire la planète, ne peuvent être réglés par la guerre et la raison doit revenir aux plus ardents partisans des actions armées. Mais ces groupes de pression sont puissants financièrement et alimentent les campagnes électorales ; ils peuvent agir sur le Sénat et la Chambre des Représentants pour empêcher les décisions contraires à leurs intérêts qui sont de prolonger la domination américaine du monde, notamment par le dollar, contre la réalité du monde multi polarisé. Ce sont eux, finalement, qui dirigent les Etats-Unis et le gouvernement doit en permanence composer pour parvenir à appliquer sa stratégie.

 

En réalité pour lutter contre le terrorisme de DAESH il faut d’abord commencer à tarir ses financements et ses soutiens venant principalement de l’Arabie et du Qatar, et ensuite aider les états sur lesquels ils sévissent à les éliminer au sol, avec sans doute l’appui de frappes aériennes. C’est ce que la France fait en Iraq et c’est bien. Elle devrait le faire en Syrie et cesser de parler du dictateur Bachar el Assad car, quand même, si en dépit des assauts énormes de l’étranger depuis plus de trois ans et demi le régime est toujours en place c’est qu’il doit y avoir des Syriens qui le soutiennent, sans compter avec ses indéfectibles appuis extérieurs. La connaissance de la mouvance djihadiste de ses services est en outre incomparable et nous devons échanger avec eux pour surveiller nos ressortissants qui sont partis la rejoindre et qui reviendront un jour chez nous.


Les islamistes de DAESH, ou de toute autre appellation comme Al Nosra sont tous les mêmes, en Syrie comme en Irak et participent aux mêmes cruautés barbares. Il faut cesser de se voiler la face sous prétexte d’une obsession qui devient paranoïaque de vouloir renverser un régime qui n’a pas en face de lui des « islamistes modérés » qui n’existent pas sur le terrain ni d’ailleurs des laïques opposants démocratiques qui n’existent que dans les capitales européennes. Enfin, il est totalement incohérent de vouloir combattre les djihadistes en Irak et de prétendre les armer en Syrie (ou dans des camps d’entraînement en Jordanie) car ce sont les mêmes ! Et une fois lâchés en Syrie bien équipés et armés ils iront rejoindre la mouvance que nous voulons détruire.

 

Comme l’a dit le Président Rouhani à la tribune des Nations Unies en septembre dernier prêchant la modération dans les relations internationales en proposant au Secrétaire Général de remplacer l’attitude actuelle qui semble être : « l’option militaire est sur la table » par « la paix est toujours possible », rappelant au passage qu’aucune culture n’est unique et supérieure aux autres et qu’on s’enrichit plutôt de la diversité des autres.

 

Dans le combat contre le terrorisme de l’EI, l’Iran peut et doit jouer un rôle stabilisateur car il est incontournable dans la région. Les signes d’un rapprochement avec les Etats-Unis et l’Arabie Séoudite sont un bon augure.


La Turquie qui est embarrassée à juste titre dans l’actuelle situation, elle qui a favorisé les djihadistes, non seulement en Syrie mais aussi en Irak pour faire pièce aux Kurdes avec lesquels elle avait pourtant un accord avec Massoud Barzani, est en position délicate car sa diplomatie annoncée de « pas d’ennuis avec les voisins » a échoué complètement et ses 18 millions de Kurdes pourraient devenir remuants. Les attaques de l’EI sur les régions kurdes de Syrie, notamment sur la ville syrienne frontalière avec la Turquie de Aïn el Arab, Kobane en kurde, font suite au refus du chef du PYD, Saleh Muslim, de rompre avec le régime syrien, démontrant ainsi clairement que la Turquie dirige l’EI dans cette région, d’ailleurs depuis le début de la guerre de Syrie. Pour enlever toute ambiguïté, le Président Erdogan a déclaré le 1er octobre, après avoir tardivement rejoint la coalition contre l’EI : « la guerre contre le régime syrien est notre priorité ».

 

En conclusion, la coalition internationale que les Etats-Unis ont réussi à constituer pour combattre le terrorisme de l’EI repose avant tout sur la volonté américaine d’en finir avec cette créature de ses services qui a échappé à son créateur et ils ont les moyens de le faire par des frappes aériennes, -et de nombreux « conseillers militaires » sur le terrain-, mais surtout par l’action de leurs services secrets et de leur diplomatie envers les anciens pourvoyeurs de ce terrorisme. Il semble qu’ils se soient orientés dans cette voie. Avec l’appui aux gouvernements arabes concernés directement par cette menace qui devront aller déloger les djihadistes dans leurs derniers repaires, le terrorisme sera long à combattre mais la victoire devrait être au bout. Il ne faudrait toutefois pas que cette coalition soit un paravent pour, sous couvert de lutte contre le terrorisme, le but soit en réalité de contourner l’opposition internationale à des frappes de septembre 2013, fédérée autour de la Russie, pour parvenir par un autre moyen à renverser le pouvoir légal de Damas. Une déclaration la semaine dernière au journal de 20 h de France 2 du Ministre français des Affaires Etrangères pourrait susciter des doutes. Pour l’instant il ne semble pas que ce soit le but de Washington dont les frappes, bien qu’elles aient violé la souveraineté d’un pays membre de l’ONU sans protestation véhémente de Damas, ni de Moscou, servent les intérêts de la Syrie en détruisant des sanctuaires djihadistes dont on peut même se demander si les localisations précises n’ont pas été fournies par les services de renseignement syriens.

 

(1)L’intégralité de l’intervention de Giorgio Agamben, réflexion d’un très haut niveau philosophique sur la structure du temps est consultable dans le petit recueil des conférences de Carême à ND de Paris en 2009, édité par « Parole et Silence ».
(2) Billet. Irak 20 juin 2014, publié par la Revue de Défense Nationale.
(3)Voir mon analyse : La crise syrienne, révélateur tragique d’un nouvel ordre mondial, publié le 30.06.2013 par la RDN.

Mise en ligne CV : 10 octobre 2014

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 09:56

Jack Freychet                                                                                     le 03 octobre 2014

Ancien maire de Villiers sur Orge

                                                                                         

          Lettre ouverte à Madame le Maire restée sans réponse ce 13 octobre 2014

                                                                                              

 

Suite vraisemblablement à un malaise (jusqu’à preuve du contraire), un employé communal en service commandé a perdu le contrôle du véhicule qu’il conduisait qui a heurté violemment une clôture rue Guy Môquet le 02 octobre 2014 vers 16 h 00.

 

Il n’y avait pas de trace de freinage au sol, la rue était déserte, il n’y a donc pas eu de victime collatérale. Imaginons quelles auraient pu être les conséquences en d’autres circonstances, à l’entrée ou à la sortie des écoles par exemple.

 

Compte tenu des antécédents de santé de la personne concernée, que vous n’ignorez pas, un accident de cette nature avait de fortes probabilités de se produire, son dossier médical a-t-il été transmis à la médecine du travail qui  aurait du formuler, à minima,  des réserves pour ce qui concerne la conduite des véhicules automobiles et des machines outils? 

 

Son médecin traitant vous avait-il alerté ?

 

J’ajoute que la « rumeur »,  j’utilise ce terme entre guillemets car il appartient à ceux qui la font courir d’infirmer ou de confirmer cette assertion. La rumeur, qui n’est pas sans fondements, fait état de pressions subies par l'intéressé dans l’exercice de ses fonctions qui ont conforté de toute évidence un mal être psychologique consécutif aux stigmates de sa pathologie originelle.

 

Cette déplorable affaire, qui aurait pu être encore plus dramatique, intervient apparemment dans le cadre du climat délétère qui s’est instauré insidieusement entre les élus, la hiérarchie, et le personnel communal qui n’a pas su, collectivement,  agir pour qu’il soit remédié à cette situation.

 

Citons par exemple la sanction que vous avez infligée à la responsable de la maison des jeunes pour une erreur d’appréciation, une vétille justiciable d’un simple rappel au règlement. Aujourd’hui vous avez fermé cette structure au motif d’un encadrement défaillant et de la baisse de fréquentation mais vous n’empêcherez nul de penser qu’il s’agit plutôt d’une amorce en vue de redéployer les moyens en personnel pour tenter de faire face à l’asphyxie financière des collectivités locale par le pouvoir central.  Il serait préférable de l’énoncer ouvertement. 

 

En tant que Maire, il vous devez prendre conscience du fait que vous portez la responsabilité politique de cette situation et qu’il vous appartient de nouer un véritable dialogue avec le personnel communal dont les membres doivent également admettre qu’en ce domaine l’individualisme n’est pas la solution.

 

Madame le Maire veuillez ne trouver dans cette missive que l’intérêt que je porte à la commune que j’ai dirigée durant 16 années ainsi mes sincères salutations.                                                              

                                                                           

                                                                                                            

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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 09:06

Par Jacques Sapir

 

Une importante table ronde s’est tenue  lundi 1er septembre à Paris, sous les auspices du Dialogue Franco-Russe, pour tenter d’évaluer les solutions politiques à la crise en Ukraine, et sortir de la spirale de l’escalade. Cette table ronde a réuni des responsables politiques de premier plan russes et des représentants des différentes forces politiques françaises, mais aussi des milieux d’affaires (Total, GDF-Suez), des milieux culturels et scientifiques.

 

Les participants

Étaient ainsi présents, sans qu’il soit possible de les citer tous, et l’on s’excuse d’avance auprès de ceux qui auraient été oubliés :

◦M. Narychkine, Président de la Douma d’État

◦M. Puchkov, Président de la commission aux Affaires Étrangères de la Douma
◦M. Sloutsky, Président de la Commission à la CEI et à l’intégration eurasiatique de la Douma
◦M. Orlov, Ambassadeur de la Fédération de Russie en France

Du côté français, étaient présents, entre autres :

◦M. Mariani, député UMP, représentant les Français de l’étranger, co-Président du Dialogue Franco-Russe
◦M. Chevènement, sénateur, Président du MRC, envoyé spécial pour la Russie du Président de la république
◦M. Pozzo de Borgo, sénateur UDI de Paris, membre de la commission aux affaires étrangères du Sénat, membre de l’assemblé parlementaire de l’OSCE
◦Mme Garriaud-Maylam, sénatrice représentant les Français de l’étranger (UMP)
◦M. Dupont-Aignan, député de Yerres, Président de Debout la République
◦M. Myard, député UMP (Maison-Lafitte)
◦M. Mignon, député UMP, Ancien Président de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
Pour les milieux d’affaires, on comptait aussi :

◦M. de Margerie Président de Total SA
◦M. Cirelli, Directeur de la branche Europe de GDF-Suez
◦M. Serge Dassault.

La discussion

Les échanges, qui ont duré deux heures, ont permis de mesurer d’une part l’attachement réciproque à l’amitié franco-russe, mais aussi la commune préoccupation devant la tournure prise par les événements en Ukraine, et leurs conséquences sur la politique mais aussi sur l’économie européennes. La situation des populations civiles est dramatique. Il faut ici signaler que, pour la revue américaine Foreign Policy, les bombardements de la population civile auxquels ont eu recours systématiquement les forces de Kiev pourraient être qualifiés de « crimes de guerre »1. Les chefs d’entreprises présents ont insisté sur le caractère profondément destructeur, et politiquement injustifié, des sanctions réciproques (tant européennes que russes) qui ont été prises jusqu’à présent. Ces échanges se sont prolongés pendant plus de deux heures, et les responsables russes ont répondu aux questions des participants français. L’un des principaux thèmes a été, bien entendu, la position de la Russie dans cette crise.

La position de la Russie

Sur ce premier point, M. Sergey Narychkine a été très clair, et il a déclaré que le conflit dans le Sud-Est de l’Ukraine était un conflit interne entre le gouvernement de Kiev et les insurgés. Il ne pourra donc y avoir qu’une solution ukrainienne à cette crise. Mais, la crise interne de l’Ukraine menace aujourd’hui de bloquer le développement des relations entre la France et la Russie. Or ces relations sont importantes non seulement pour les deux pays mais pour l’avenir de l’Europe. Il y a un problème avec des pays qui cherchent à « démoniser » la Russie, pour leur intérêt spécifique. Les médias de masse en France et dans certains pays européens ont pris partie contre la Russie. On notera cependant que l’on commence à avoir, en particulier dans la presse britannique, des points de vue plus mesurés2.

 

Il aussi ajouté qu’il y a un problème massif de réfugiés en Russie (plus de 150 000) et qu’il est plutôt rare que les populations civiles fuient chez leur « agresseur ». Ces réfugiés fuient les bombardements des troupes gouvernementales sur des objectifs civils, bombardements dans lesquels des lance-roquettes « Grad » et « Uragan » ont été employés ainsi que des obusiers automoteurs. Des dizaines de milliers d’habitations ont été détruites. Il faut aussi s’opposer à l’hystérie russophobe de certains.

 

A propos de l’exclusion temporaire de la Russie de l’assemblée parlementaire de l’Europe, il a rappelé que la tradition parlementaire européenne est une tradition de démocratie. L’exclusion est étrangère à cette tradition. Jean-Claude Mignon, ancien Président de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a abondé dans le même sens, précisant qu’il avait voté contre cette exclusion.

La discussion s’est alors déplacée sur les réactions de la Russie depuis le mois de mars. Les référendums de Crimée et du Sud-Est ont été décrits par Serguey Narychkine comme des réactions au comportement agressif des dirigeants de Kiev. Mais il faut ici remarquer la différence de traitement par la Russie de ces référendums. La Russie a reconnu celui de Crimée, mais n’a pas reconnu ceux qui se sont tenus dans l’Est de l’Ukraine. Serguey Narychkine a réaffirmé qu’un dialogue est nécessaire si l’on veut aboutir à une désescalade. Il y a une nécessité d’arriver à un consensus entre les différentes parties de cette crise.

 

La question des sanctions

La question des sanctions a été abordée en particulier par Christophe de Margerie ainsi que par le dirigeant de GDF-Suez. De Margerie a déclaré que l’importance des relations économiques était centrale dans le dialogue entre nos deux pays. Les entreprises françaises sont très soucieuses quant aux échanges économiques, qui se sont largement développé depuis ces vingt dernières années entre les deux pays, mais aussi à l’échelle de l’Europe, à l’économie de laquelle la Russie est en partie intégrées. Il faut donc éviter une escalade des sanctions. Le rôle de la presse est ici important. Il a ainsi été remarqué que ce rôle est, en général, néfaste en France. Aujourd’hui, certaines sociétés ont tendance à anticiper de nouvelles sanctions. Ceci n’est pas sain. Il ne faut pas faire de surenchère.

Serguey Narychkine a répondu à ces interventions en précisant que, en effet, la question des sanctions rend le règlement de la crise ukrainienne compliqué. La Russie ne veut pas rentrer dans ce jeu, mais elle est obligée de répliquer, ce qu’elle a fait avec l’embargo sur les produits alimentaires. Elle l’a fait avec beaucoup de mesure. La question des relations économiques entre l’UE et la Russie est en cause.

La dynamique de la crise

Ce troisième volet de la discussion a mobilisé beaucoup d’attention. M. Puchkov a déclaré que la situation en Ukraine était de fait très complexe. L’hypothèse de la fédéralisation était possible, et c’était celle que soutenait la Russie. Mais, aujourd’hui, il y a eu un changement du fait de la violence même de l’action de Kiev contre les populations civiles. Kiev a toujours refusé les négociations. De fait, on a refusé ce qui a été accepté au Québec et en Belgique. Il faut en priorité demander aux insurgés ce qu’ils pensent. La Russie soutient l’idée de pourparlers directs et sans conditions entre Kiev et les insurgés. Elle soutient le principe d’une « statut spécial » pour les populations du Sud-Est, quel qu’il soit. Elle soutient aussi l’idée de la fédéralisation si cette idée est acceptée par les insurgés. Mais, les insurgés ne sont pas des marionnettes, a-t-il tenu à rappeler.

 

Jean-Pierre Chevènement est alors intervenu, et il a remarqué que l’on était en présence d’un engrenage lié aux processus de décision propres à l’Union Européenne, point sur lequel était déjà intervenu Nicolas Dupont-Aignan. La position de l’Union Européenne est prise en otage par certains pays, la Pologne en particulier, qui ne font rien en faveur du règlement de cette crise. Jean-Pierre Chevènement a ainsi qualifié d’« engrenage de la bêtise » ce qui était en train de survenir, et dans lequel certains, en particulier dans l’UE et dans l’OTAN, portent une lourde et historique responsabilité. Il est clair que la France devrait s’émanciper de l’UE et de l’OTAN pour retrouver la capacité de faire entendre ce que l’ancien ministre a qualifié de « voix de la Raison ». Il faut ici rappeler les enchaînements dramatiques de 1914, même si la situation n’est pas aussi dramatique qu’elle l’était alors. C’est l’un des enseignements de l’Histoire. Jean-Pierre Chevènement a confirmé que les gouvernements russe et français maintenaient un dialogue étroit et constant pour empêcher que cette crise ne dégénère, et que les Présidents Hollande et Poutine se parlaient régulièrement par téléphone. C’est un point important, et en un sens rassurant. Mais cela ne saurait suffire. Il faut une initiative forte de la diplomatie française et allemande sur ce sujet.

Les solutions possibles

On peut ici faire plusieurs remarques sur la dynamique de cette crise. La crise ukrainienne est en fait le produit de la destruction du cadre du droit international que l’on a connu depuis le milieu des années 1990 et qui s’est manifesté au sujet du Kosovo (1998 et 1999), de l’Irak (2003) dont on mesure aujourd’hui l’ampleur des conséquences, et plus récemment de la Libye. Nous mangeons aujourd’hui les fruits amers de cette destruction des règles du droit international, destruction dont les États-Unis et l’OTAN portent la responsabilité. Il n’est pas possible de trouver un cadre de résolution de cette crise sans règles qui soient reconnues par tous. Le Droit international reste fondé sur deux règles, qui sont profondément contradictoires, le respect de la souveraineté des États ET le droit des peuples à décider d’eux-mêmes. Les médiations entre ces deux principes ont été dramatiquement et durablement affaiblies par l’action des pays de l’OTAN et des États-Unis depuis la fin des années 1990. Ce sont ces médiations qu’il nous faudra reconstruire. On est ainsi passé d’une crise intérieure à l’Ukraine à une crise internationale et ceci largement par le degré de violence employé par le gouvernement de Kiev. Sur ce point précis, il y a une nouvelle contradiction entre la position adoptée au sujet de la Libye, où la protection des populations a justifié une intervention étrangère, et l’Ukraine. Il faut en avoir conscience.

 

Ceci pose la question d’un éventuel cessez-le-feu, et de ses garanties. Un cessez-le-feu s’impose dans les plus brefs délais. La poursuite des combats ne peut que rendre encore plus insurmontable le mur de haine en Ukraine, et rendre plus difficile la solution politique qu’il faudra pourtant bien trouver à cette crise. Il est clair que ce qui était possible encore au début du mois de juin ne l’est plus maintenant. Plus les combats dureront et plus il sera difficile d’aboutir à une solution politique. C’est pourquoi, la France et l’Allemagne devraient exercer des pressions fortes sur le gouvernement de Kiev pour le contraindre à accepter un arrêt des combats, charge à la Russie de faire pression sur les insurgés pour que cet arrêt des combats soit accepté. De ce point de vue, il faut une action commune avec la Russie, que cela plaise ou non à certains. Ce cessez-le-feu devra être vérifié et contrôlé. Il faudra donc des troupes d’interposition entre l’armée de Kiev et les forces insurgées. Il convient de commencer à réfléchir à cette question, en sachant que les forces russes seront inacceptables pour Kiev, et celles de pays de l’OTAN et de l’UE pour les insurgés.

 

Cette solution politique sera difficile à trouver. M. Naryshkine a fait allusion au « fédéralisme asymétrique » qui existe au Canada pour le Québec3. C’est une solution possible, mais hélas peu probable. Une autre solution serait celle d’une « région autonome » ou d’une « République autonome », dans le cadre de l’État ukrainien, sur le modèle du Kurdistan dans l’Irak actuel. Fors ces solutions, la seule issue possible serait celle d’une indépendance non reconnue par la communauté internationale, comme c’est le cas en Abkhasie et en Ossétie du sud. Les solutions de « fédéralisme asymétrique » ou de « République autonome » devront être garanties tant par les pays de l’UE que par la Russie. Il faudra bien, à nouveau, travailler en commun avec le gouvernement russe. On mesure cependant ce qui a été perdu quand les responsables de Kiev se sont refusés à organiser des élections à une assemblée constituante pour réécrire la constitution de leur pays et mettre en place un système fédéral.

 

Une fois cette solution politique trouvée, il faudra assurer la viabilité économique de l’Ukraine comme des régions autonomes de l’est du pays. Ceci implique de regarder de près la dynamique du développement régional, une fois les taches de reconstruction des infrastructures et des bâtiments détruits lors des bombardements par l’armée de Kiev accomplies. Ces taches impliquent aussi un financement, et il faudra s’entendre sur quels seront les pays donateurs. Laisser la charge à la seule Russie serait, d’un point de vue politique, une erreur tragique car cela signifierait que l’on abdique la possibilité d’avoir une influence sur les dirigeants insurgés. Ici encore, il faudra un accord entre les différentes parties en présence, incluant la Russie et l’UE.


1.Solvgang O., « The Dead and the Living in Luhansk », Foreign Policy, 29 août 2014,
http://www.foreignpolicy.com/articles/2014/08/29/the_dead_and_the_living_in_luhansk_ukraine_russia_war 2.Comme le journal The Guardian,
http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/aug/29/ukraine-putin-sanctions-west-biggest-mistake

3.Banting K. et R.Simeon, edits., And No One Cheered : Federalism, Democracy and the Constitution Act, Toronton, Methuen, 1983. Brown D.M. et M.G.Smith, edits., Canadian Federalism : Global Economic Challenges, Kingston et Halifax, Institute of Intergovernmental Relations & Institute for Research on Public Policy, 1991

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 16:30

Par  Xuan , popularité : 50%

 

Un gouvernement de combat en France et à l’étranger, ou la politique étrangère de Hollande n’est pas étrangère à la situation intérieure de notre pays.

 

Nous avons tous vu ces chiffres qui font état de l’augmentation des dividendes particulièrement élevée en France. Les Echos du 20 août annonçaient

 

« La France [1] se distingue clairement, puisqu’elle est le plus important pays de la zone pour les rémunérations aux actionnaires. Celles-ci atteignent 40,7 milliards de dollars entre avril et juin, en progression de 30 %. Le secteur financier a opéré un retour à la normale avec la reprise des dividendes de Crédit Agricole et une forte hausse pour Société Générale. BNP Paribas, de son côté, a versé des dividendes et indiqué qu’il continuerait malgré la lourde amende infligée aux Etats-Unis. »

 

Au passage on relèvera qu’il s’agit des profits pour les principales entreprises (industrielles, commerciales et financières) et non pour le seul secteur financier. La dénonciation par certains économistes de la financiarisation oublie souvent que les actionnaires industriels ne sont pas plus philanthropes que ceux de la finance. Ce sont parfois les mêmes.

 

Dans le même temps c’est précisément en Europe et tout particulièrement en France que la croissance du PIB avoisine le zéro.

 

La presse économique a signalé la stagnation du PIB en France, l’INSEE relevant au mois d’août que la quasi totalité des moteurs de croissance est en panne.

 

Les investissements sont en recul (-0,8% par rapport au premier trimestre, qui avait déjà vu une baisse de 0,7% et en dépit de l’aide du gouvernement de 40 milliards d’euros en quatre ans).

 

"Le chiffre de l’investissement promet d’être négatif encore un moment. L’objectif du Crédit d’impôt compétitivité et emploi était de le relancer mais jusqu’ici ça ne prend pas"


, constate pour l’AFP Denis Ferrand, directeur général de la société de recherches Coe-Rexecode.

 

Dans ces conditions le chômage n’est pas près de diminuer, mais tant que l’explosion sociale ne menace pas les capitalistes n’en ont cure.

 


Il en résulte que l’orientation du gouvernement socialiste consiste à appliquer la méthode décrite par le futur remplaçant d’Herman Van Rompuy, le premier ministre polonais Donald Tusk :

 

"Mon expérience en tant que Premier ministre montre qu’il est possible d’associer discipline budgétaire d’un côté et croissance économique de l’autre, il est possible de combiner ces deux défis".

 

Evidemment sa nomination relève des menaces européennes envers le peuple ukrainien et envers la Russie, puisque la Pologne est en première ligne du soutien aux USA et au gouvernement fantoche et fasciste de Kiev, voire de l’intervention directe.

 

Mais sur le plan intérieur la combinaison de ces deux défis consiste à augmenter la croissance des profits en exploitant davantage les masses, faisant de la Pologne le pays le plus inégalitaire d’Europe.

 

En France l’offensive réactionnaire se déchaine après la mise au pas du petit chahut des ministres et députés frondeurs :


- Mise en place d’un ministre de l’économie ouvertement anti-social
- Remise en cause des 35 heures et du SMIC
- Démontage de l’encadrement des loyers
- Transformation « de fond en comble » du PS selon le vœu de Cambadélis, évidemment pour en faire un parti discipliné et centralisé.
- Projet de loi d’habilitation à gouverner par ordonnance…

 

On comprend dès lors l’accueil chaleureux de Valls à l’université d’été du MEDEF

 

Cette attitude du gouvernement Hollande est aussi une fuite en avant de la bourgeoisie dont tous les partis ont été compromis dans des scandales et sont déconsidérés dans la population à cause des mesures antisociales appliquées par les uns et par les autres. Au-delà des clivages se dessine nécessairement un front réactionnaire face à nous.


Ecartée du leadership européen et méprisée par l’Allemagne, implorée vainement de faire un geste par Sapin, la bourgeoisie française se montre d’autant plus belliqueuse à l’étranger et se range dans la bande des faucons sous la bannière des USA.

 

Hollande vient de demander l’élévation du niveau des sanctions contre la Russie :

 

« Il y a incontestablement une aggravation de la situation (en Ukraine) : présence de matériels venant de Russie, présence de soldats, c’est probable, en tout cas de séparatistes armés et aidés par la Russie » …« il y a, face à cette aggravation de la tension, de nouvelles décisions à prendre" et "l’Europe doit agir"... "Il n’y a pas de temps à perdre".

 

Se défendant de vouloir la guerre il fait tout pour attiser le conflit.


Nous devrions relier ces deux aspects de la politique bourgeoise : la guerre de classe à l’intérieur et la guerre impérialiste à l’extérieur.

 

Nous devrions aussi nous interroger non seulement sur l’échec de l’Union de la Gauche et ses conséquences (c’est-à-dire sur la stratégie électoraliste), mais également sur le contenu de ses objectifs politiques, objectifs revendiqués par les frondeurs du PS.

 

Par exemple sur le slogan de « la croissance par la consommation », selon lequel le système capitaliste pourrait sortir de la crise selon le modèle du New Deal.

 

La lutte de classe pour les salaires, l’emploi, le logement, la santé, n’a pas besoin de se justifier en promettant que l’économie capitaliste se porterait mieux avec de meilleures salaires.

 

Toute la mobilisation du Front de Gauche et de la CGT s’est faite autour de ce slogan réformiste, et à présent les syndicalistes et les militants se trouvent désemparés.

 

C’est la lutte de classe et l’objectif du socialisme qu’il nous faut promouvoir.

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 09:52

Mardi 21 mai 2013, par  Xuan

Article repris sur un site communiste critique

Comprendre... |

 

On trouve résumée la thèse de la révolution informationnelle dans plusieurs textes de Boccara, Lojkine, Verroust.

 

Par exemple dans le cours 1994/1997 à Paris VIII de Gérard Verroust : Histoire, épistémologie de l’informatique et Révolution technologique, qui retrace un historique très détaillé et instructif du calcul automatisé et de ses applications.

 

Ou bien dans Economie et Politique 626-627 septembre-octobre 2006  :

Dans le cadre des journées d’étude des 19 et 20 mai 2006 sur ’Alternatives, émancipation, communisme’, un atelier a traité le thème, introduit par Paul Boccara : « révolution informationnelle, dépassement du capitalisme et enjeux de civilisation ».

Ou plus récemment dans Une autre façon de faire de la politique, de Jean Lojkine, dont communistes-unitaires fait en février de cette année un résumé sur Mediapart : La révolution informationnelle antichambre autogestionnaire du communisme 2.0 ?

 

Le sparadrap de Boccara

Avant d’aller au fond, cet extrait de l’introduction au thème « révolution informationnelle, dépassement du capitalisme et enjeux de civilisation » en dit long sur le « communisme » de Boccara.

 

Au milieu du jargon embarrassé sur les enjeux de civilisation nouvelle et les transformations démocratiques radicales se promène comme un petit papillon le sparadrap du capitaine Haddock, un sparadrap dont Boccara aimerait bien se débarrasser : le communisme.

 

« L’atelier sur la révolution informationnelle se situe dans le cadre du colloque « alternatives, émancipation et communisme ». Cependant, selon moi il n’y a pas un « a priori » de société communiste, de façon sectaire, mais des enjeux de civilisation nouvelle de nos jours pour toute la société. Et peut-être, alors, y a-t-il un « a posteriori » de l’analyse des potentiels de partage, de mise en commun jusqu’à chacun, et donc des caractéristiques d’un communisme de liberté pour chacun de cette civilisation qui deviendrait possible, face aux conditions nouvelles de l’humanité, vers laquelle on pourrait avancer avec des transformations démocratiques radicales ».

 

Pour résumer

Ces théoriciens développent la théorie d’une révolution informationnelle selon laquelle

« Le Capitalisme a changé de base, il n’est plus le capitalisme de la révolution industrielle mais un capitalisme informationnel aux prises avec les contradictions engendrées par les usages marchands, élitistes, du travail de l’information » (J.Lojkine).

 

Dans la même veine, l’information n’est pas une marchandise, c’est un bien collectif non-rival qui peut être partagé à l’infini. Mais elle est désormais devenue une « marchandise » de plus en plus déterminante alors que l’efficacité informationnelle s’oppose justement à cette logique marchande, d’où l’apparition de nouvelles contradictions au sein du capitalisme.

 

C’est le besoin de partage qui s’opposerait désormais au capitalisme et appellerait cette nouvelle révolution. « Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun »(P.Boccara)

 

Dans la révolution informationnelle, il y a remplacement par des moyens matériels de certaines opérations du cerveau, d’opérations informationnelles, comme avec les ordinateurs. L’aliénation du savoir-faire des informaticiens crée une nouvelle classe révolutionnaire.

 

L’enseignement devient permanent, permis par les gains de productivité et/ou par les périodes d’inactivité (variante en temps de crise), ce qui justifie « des parcours professionnels, à l’opposé de la précarisation. » selon M . G. Buffet.

La disparition quasi-totale du travail aliéné deviendrait alors possible.

 

1 - Approximations et escroqueries conceptuelles

L’expression révolution informationnelle, partant de l’idée initialement généreuse du partage et d’une société libérée des rapports marchands, repose sur deux escroqueries conceptuelles, ou au minimum sur des approximations inacceptables venant d’un « agrégé d’histoire et maître de conférences honoraire en science économique », d’un « sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS », et d’un « directeur de recherche honoraire au CNRS ».

 

La notion de révolution élude par son absence de définition sa nature technique ou sociale et passe allègrement de l’une à l’autre comme si elles pouvaient être indifférenciées.

 

La notion d’informationnel ne caractérise pas l’ensemble des propriétés de la révolution informatique, mais privilégie l’information au détriment du reste sans aucune justification.

 

Disparaissent dans les perspectives de nos théoriciens tout les aspects matériels de la révolution informatique, et avec eux sa fabrication industrielle, ses coûts, les rapports sociaux de sa production et de sa mise en œuvre. On ne parlera pas des suicides des ouvriers de Foxconn ou de France Télécom.

 

Concernant l’information elle-même, ces théories ne considèrent que son échange gratuit, c’est-à-dire sa valeur d’usage. La contradiction entre cette généreuse valeur d’usage et son opposé marchand deviendrait ainsi la principale contradiction du système capitaliste.

Il n’en est rien.

 

2 - L’information invendable

Sous le titre « L’information, produit stratégique et son statut », Verroust écrit :

« Afin de faire comprendre le type de problèmes auquel est confronté le système économique, nous allons examiner le statut de l’information comme marchandise.

 

Nous avons vu qu’aujourd’hui l’homme, au lieu de créer directement des objets avec des outils ou des machines qu’il conduit directement, incorpore des parties de son savoir de production/création dans des machines automatiques de type nouveau sous forme d’information ».

 

A moins de prendre les ouvriers pour des bêtes de somme, le travail productif a toujours incorporé dans la marchandise du travail manuel et du savoir de production /création. La particularité du travail dit manuel est qu’il incorpore les deux et pas seulement du savoir isolé de toute transformation matérielle.

 

« Si cette information qui constitue une partie de lui-même devient propriété de son employeur, celui-ci ne possède pas simplement un produit fabriqué par son salarié mais la force productive de ce salarié, une partie du travailleur lui-même. Il se constitue ainsi un rapport esclavagiste... Rappelons qu’en économie capitaliste sont inaliénables tant les œuvres de l’esprit que tout ou partie de la personne. Et l’introduction récente dans le droit de dispositions dépossédant les salariés de leur production informationnelle au profit de leur employeur, si elle a été motivée par le souci de défendre les intérêts des classes possédantes, pose des problèmes d’éthique graves et crée des contradictions inextricables. Remarquons que cette relation entre travail vivant et travail mort avait déjà été étudiée au XIXe siècle, mais elle ne concernait alors que quelques aspects marginaux de l’incorporation de tours de mains ouvriers dans quelques machines-outils. »

 

Remarquons plutôt que la relation entre le travail mort et le travail vivant est celle entre la matière première et les moyens de production achetés par le capitaliste d’un côté, et la plus-value créée par les ouvriers de l’autre, c’est la contradiction entre le Capital et le travail et non l’incorporation de tours de main (cf Denis Collin : le concept de travail mort).

 

Par contre il est notoire que les tours de main ouvriers n’ont rien de marginal au XIXe siècle. C’est aujourd’hui et dans la grande industrie qu’ils deviennent marginaux non seulement chez les ouvriers mais aussi chez les techniciens, par suite de la standardisation, de l’automatisation, de la généralisation des modes opératoires et des contrôles qualité. A présent les tours de main sont de plus en plus réservés à l’artisanat.

 

Notre distingué « agrégé d’histoire et maître de conférences honoraire en science économique » ne peut pas dissimuler son mépris d’intellectuel pour la classe ouvrière : s’il s’agit d’incorporer quelque réflexion dans une marchandise, c’est le cerveau du programmeur qui est dépouillé.

 

Pour les prolétaires c’est moins grave : juste un tour-de-main.

 

Mais à supposer qu’ils bougent leurs membres comme une grenouille décervelée, l’exploitation ne leur arrache les bras que lors d’un accident du travail et non dans le cours normal de la création de plus-value.

 

Et l’information n’est pas davantage une partie du salarié programmeur que l’effort physique n’est une partie du terrassier. En fait la question traduit surtout l’effroi de certains salariés jusque là privilégiés de tomber dans le prolétariat, au lieu de s’en détacher.

 

La thèse de l’accaparement de la force productive du programmeur suppose que l’information introduite dans une machine ou une marchandise devient une force productive, du travail vivant.

 

A ce titre n’importe quelle machine intégrant une invention, un brevet ou n’importe quelle création de l’esprit pourrait par elle-même créer de la plus-value.

 

En réalité sa valeur initiale est restituée sous forme de marchandise, jusqu’à ce qu’une « information » nouvelle plus pertinente ou plus efficace vienne la remplacer.

 

« Il faut en outre rappeler, qu’en droit et en économie politique l’information n’est pas une marchandise. En effet, une marchandise est une chose possédée qu’on n’a plus lorsque, lors d’une transaction, on l’échange contre de l’argent. Or dans le cas de vente d’information le vendeur reste propriétaire de cet objet qu’il peut continuer à vendre indéfiniment. On comprend les règles souvent étranges de fixation des prix par exemple de logiciels, et l’absurdité de certains chiffres donnés sur le coût du piratage, en fait rigoureusement impossible à chiffrer ». [id.]

 

Verroust joue sur la définition ambigüe de la notion d’information, qui recouvre à la fois les données, leur codage et leur traitement, soit :

 

  • Le BIOS, système d’opérations élémentaires d’une machine
  • Le système d’exploitation permettant l’utilisation d’une machine, comme Windows ou Linux
  • Les progiciels comme Microsoft Office
  • Les applications de ces progiciels, comme une base de données Access dédiée à un usage particulier (budget familial, gestion d’une collection de timbres, suivi de maintenance, gestion d’entreprise type SAP, ou gestion de chambre de compensation internationale).
  • Les données.
  • La transmission des données par liaison directe, réseau industriel, intranet, courrier électronique, internet, etc.

 

Au sens strict ce sont les données qui contiennent l’information, tandis que le logiciel constitue un moyen de stockage, de traitement ou de transmission des données.

 

Verroust maîtrise parfaitement la distinction entre tous ces éléments, qu’il confond volontairement dans le concept d’information.

 

A ce degré de confusion celle-ci peut être étendue à son support matériel :

 

Par exemple un logiciel est un ensemble d’instructions écrit dans un langage évolué de programmation. A l’aide d’un langage encore plus évolué, plus convivial et destiné à l’utilisateur, il permet de traiter les données, par exemple rédiger et mettre en forme un texte.

 

En sens inverse le logiciel n’est utilisable par l’ordinateur qu’à travers sa compilation en langage machine, c’est-à-dire une combinaison d’états électriques. A ce stade le logiciel est évidemment matérialisé. Mais du reste il l’est aussi tout au long de sa création sur une machine, à travers les divers codages et leur enregistrement. Où devient-il immatériel ? Dans le cerveau du programmeur ? Non plus.

 

Poursuivons le raisonnement de Verroust sur la vente fictive de l’information.

 

Chacune de ces créations de l’esprit peut être effectivement vendue tout en restant la propriété de son vendeur. Quel est le mystère de cette escroquerie ?

En fait ce n’est pas le logiciel qui est vendu mais le droit à son utilisation.

La preuve en est qu’à l’exception des logiciels libres le code-source n’est généralement pas rendu ouvertement disponible et modifiable par tous.

D’autre part la vente du même logiciel n’est pas infinie, à cause de la concurrence, de l’obsolescence de tous ces produits, et de la nécessité de vendre de nouvelles versions pour éviter de saturer le parc.

 

3 - Prédominance de l’information ou de l’industrie

Selon Boccara, « A la prédominance des activités industrielles succèderait celle des activités informationnelles, comme la recherche, la formation, l’accès aux données, etc. »

On appréciera à la fois l’absence de données chiffrées et le prudent conditionnel qui en résulte. Mais rien ne permet d’affirmer que les activités informationnelles vont prédominer sur les activités industrielles, à supposer qu’elles se développent séparément de ces dernières.

De quelle prédominance s’agit-il dans ces activités ?

 

Au fond il ne peut être question que de leur prédominance économique, c’est-à-dire de leur valeur ajoutée. Boccara ne le dit pas.

Passons sans insister sur la bulle internet dans la fin des années 90.

 

Matthieu Glachant, (Cours Intelligence Economique CERNA-Ecole des Mines de Paris

2001), dans le document « Economie de l’Information », englobe dans cette économie les biens informationnels numérisables et les technologies de l’information et de la communication (TIC).

Cela représentait alors 8 % du PNB américain et 5 % du PIB en France.

L’observatoire du numérique relevait que la part des TIC dans les principaux pays européens s’établissait entre 3,51 % et 6,31 % en 2009 :

http://www.observatoire-du-numerique.fr/wp-content/uploads/2012/03/PART-DU-SECTEUR-TIC-DANS-LE-PIB-DANS2.jpg

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Plus récemment en 2011, une étude du Medef sur L’impact de l’économie numérique indiquait : « Le secteur des TIC comprend les entreprises de l’industrie, des services et du commerce de gros exerçant leur activité dans les domaines de l’informatique, des télécommunications et de l’électronique. C’est un secteur totalisant en France près de 800 000 emplois, dégageant un chiffre d’affaires de 190 milliards d’euros en 2005 et réalisant 6,2 % de la valeur ajoutée marchande ».

 

La même étude regrettait le manque de données statistiques et relevait l’interpénétration entre les TIC et l’industrie classique.

 

Dans ces études, l’économie des TIC ne se limite pas à l’information au sens strict mais englobe leur support, leur traitement et leur transmission, qui sont bien des activités industrielles.

 

Quant à l’interpénétration avec l’industrie, que la quasi-totalité des entreprises utilisent les TIC ne change pas la nature de leur production.

Dans tous les cas la prédominance des activités informationnelles sur les activités industrielles ne correspond pas aux faits.

Sans développer l’ensemble du sujet, il faut noter que les pays impérialistes et leurs monopoles comme Microsoft sous-traitent pour des miettes des cartes électroniques en Asie et les réimportent pour les vendre cent fois plus cher.

 

Même en comptant que la valeur ajoutée de la R&D, l’ingénierie de la conception et de la mise en œuvre de ces cartes, soit très élevée, la prédominance de l’activité informationnelle sur l’activité industrielle relève ici des rapports de domination impérialistes, et s’apparente au transfert des profits de la sous-traitance au donneur d’ordre, ou bien aux marges arrières réalisées par la grande distribution et l’industrie agricole sur les producteurs.

 

4 – Passage au numérique dans un process industriel

Avant le numérique la forme binaire des commandes simples et des retours d’état existait déjà dans les automatismes industriels : commandes de marche/arrêt, avance/recul, montée/descente, ouverture/fermeture et les retours correspondants des fins de course et capteurs de présence ou de position appropriés aux matériaux ou aux mouvements à détecter.

 

Ces signaux logiques étaient depuis longtemps utilisés au fil des techniques. L’électronique sous forme de composants discrets puis de microprocesseurs a permis d’unifier et de standardiser leur format, et de traduire leur combinaison avec l’algèbre binaire de Boole, inventée en 1854, et dont l’application aux machines fut mise en lumière par Paul Shannon en 1936.

Les bases théoriques existaient donc bien avant l’introduction du numérique dans l’industrie.

 

De même l’exploitation des signaux analogiques existait déjà auparavant et utilisait la conversion des mesures physiques en signaux équivalents : mécaniques, pneumatiques, électriques, hydrauliques, destinés à agir en retour sur le procédé par un actionneur (accélération/décélération d’un moteur, ouverture/ fermeture d’un positionneur de vanne, commande d’un thyristor de chauffage, etc.).

 

Ces techniques de régulation mettaient en jeu une grande quantité et une grande variété de pièces en mouvement, sujettes à des contraintes physiques pouvant les user ou les détruire. Leur fabrication, leur exploitation et leur entretien faisaient appel à des métiers très divers, à de longues expériences et à des qualifications parfois pointues.

 

La conversion de tous les signaux analogiques en signaux électriques puis en en signaux numérisés a permis la traduction binaire de toutes les mesures physiques (vitesse ou fréquence, tension, intensité, déphasage, déplacement, température, humidité, pression, débit, viscosité, couple, niveau, distance, luminosité, couleur, etc.).

 

La précision est améliorée et certains calculs automatiques peuvent être réalisés qui ne l’étaient pas auparavant :

La régulation de la vitesse et du courant existaient déjà sous forme analogique dans les technologies antérieures, mais la numérisation permet des innovations fonctionnelles dans les variateurs de vitesse. Par exemple la commande vectorielle, c’est-à-dire les calculs matriciels sur les courants actif et réactif, permet de modéliser le moteur et de commander avec précision la tension et la fréquence qui lui seront délivrées, y compris à base vitesse.

(NB : le calcul matriciel remonte à 1850)

 

Autre exemple, un régulateur auto-adaptatif injecte un échelon dans la boucle de régulation, mesure le retard et la pente de la réponse, et peut ainsi calculer les actions proportionnelle, intégrale et dérivée de la régulation. Ceci supprime une part de l’activité du régleur.

La miniaturisation des cartes électroniques et leur fabrication industrielle en Asie abaisse les coûts. Le dépannage, que les procédés multicouches rendent impossible dans la plupart des cas, coûte plus cher que le remplacement. L’électronicien peut se recycler.

La standardisation numérique des signaux logiques et analogiques permet de les traiter simultanément dans un automate, qui concentre dans un volume réduit une grande quantité d’opérations tout ou rien, de boucles de régulation et de motorisation, et peut également communiquer avec un poste de conduite, voire avec l’ensemble du réseau de production de l’entreprise. Ceci supprime une très grande partie du relayage dans les armoires électriques.

 

Prenons le cas de la numérisation et de la refonte d’un ensemble motorisé dans une entreprise industrielle, les modifications apportées comprendront notamment :

  • Le remplacement des dynamos tachymétriques par des codeurs optiques
  • Le remplacement des composants électroniques discrets des variateurs de vitesse (composants passifs, diodes, transistors et ampli op) par des microcontrôleurs permettant la modélisation du moteur et sa commande par des calculs complexes.
  • Le remplacement des thyristors par des transistors de puissance.
  • Le remplacement des moteurs continus par des moteurs asynchrones
  • Le remplacement de la plupart des transmissions mécaniques (renvois d’angle, réducteurs, trains d’engrenages, etc.) par des moteurs séparés et synchronisées par fibre optique.
  • Le remplacement du relayage de commande par un automate et ses interfaces.
  • Le remplacement pour l’utilisateur des cadrans à aiguille, du pupitre à voyants et boutons par un clavier et un écran, et un réseau industriel de données process.

 

Comme dans la téléphonie, la bureautique et dans l’informatique grand public, la numérisation dans l’industrie n’existe pas sans support matériel. Elle implique et génère la création de nouveaux matériels et technologies, leur simplification et leur standardisation. L’informatisation fait donc partie intégrante de la production industrielle et ne se substitue pas à elle.

 

Un autre aspect qu’on devine aisément est le prix considérable de cet investissement en matériel, démontage, montage, câblage, programmation, mise au point et en formation des utilisateurs.

 

5 - Conséquences de l’automatisation

L’automatisation et l’informatisation vont du simple vers le complexe dans toutes leurs applications.

Il ne s’agit pas d’intelligence artificielle mais de l’application de scénarios prédéterminés à des variables de commande ou à des conditions environnantes, afin d’obtenir la réponse souhaitée. Ce sont fondamentalement des recettes paramétrables.

La somme et la combinaison de dizaines d’automatismes dans un process industriel, somme qui peut être multipliée par la mise en parallèle de plusieurs chaînes de production, confère à tout l’ensemble une grande complexité.

Cela aboutit à un changement qualitatif, au miracle apparent d’une immense machine obéissant au doigt et à l’œil, dans un laps de temps très réduit, avec précision et reproductibilité.

Mais en même temps la conduite du procédé suit le chemin inverse pour remplacer la grande variété de techniques et de matériels par une interface simple et standardisée, dont l’apprentissage est plus rapide.

Standardisation et simplification des matériel, gain d’espace, de mise en œuvre, diminution des pannes et du stock de pièces détachées.

La suppression de pièces en mouvement entraine la réduction drastique des effectifs mécanos. La maintenance est simplifiée moyennant une formation sommaire des électriciens aux automates programmables, la programmation étant réservée aux informaticiens industriels. Les qualifications des électroniciens ne sont plus utiles et dans une moindre mesures celles des régleurs.

Certaines compétences d’ingénierie restent indispensables notamment au moment de la conception et de la mise en œuvre, mais lorsque l’installation est rôdée elles ne sont plus nécessaires.

Les tâches des ouvriers sont allégées, c’est-à-dire qu’une même dépense d’énergie physique et intellectuelle produit davantage de valeur ajoutée, mais de surcroît leur nombre est réduit. Ce sont d’ailleurs leurs postes de travail – là où est créée la plus value – qui sont les plus réduits.

L’automatisation ne se traduit donc pas par un travail moins pénible mais par des licenciements, et la redistribution des tâches entre ceux qui restent, soit une augmentation de la productivité et une charge de travail individuelle plus élevée qu’avant :

conduite simultanée de plusieurs machines et ajout de tâches annexes (contrôle, prélèvement, compte-rendu, suivi d’incidents, Assurance Qualité, approvisionnement, entretien et nettoyage, dépannage de première intervention, etc.).

Une partie des savoir-faire spécifiques à l’entreprise et liés à l’utilisation d’une grande variété de matériels et de technologies devenus caducs disparaissent avec eux.

Les opérations les plus courantes peuvent être exprimées en modes opératoires, ce qui permet la sous-traitance d’une grande partie de la maintenance par du personnel au forfait (en fait en régie), et l’introduction d’un volant d’intérimaires en fabrication.

L’aliénation des connaissances de l’homme à la machine s’effectuant souvent dans le contexte de licenciements, ceux qui partent ne vont pas révolutionner l’entreprise. Pour ceux qui restent le principal problème est la charge de travail accrue à salaire constant.

L’introduction du numérique n’entre pas en conflit avec le capitalisme mais accentue la contradiction Capital Travail.

Incidence sur la composition organique du capital

Les « informations » transmises au sein du réseau de production et « l’intelligence artificielle » intégrée dans les « capteurs intelligents », les automates et les calculateurs ne sont pas plus gratuites qu’autrefois les mesures de signaux physiques, les relevés et les calculs réalisés manuellement (mis à part le fait qu’une partie d’entre elles étaient déjà automatisées et intégrées dans les matériels).

Auparavant elles nécessitaient du travail vivant, désormais ce travail vivant a été cristallisé dans les matériels et les logiciels et il s’oppose non pas au désir d’échange gratuit mais au travail vivant lui-même comme le Capital s’oppose au travail.

Ce qui les caractérise également est qu’elles ne produisent pas de plus-value mais que leur valeur est restituée dans la marchandise sous la forme d’amortissement.

Les nouvelles technologies permettent d’augmenter la productivité, cela passe par la diminution des postes de travail.

Les gains de productivité réalisés s’accompagnent de la diminution relative du travail vivant et de la plus-value qu’il produit, par rapport à l’investissement du capitaliste dans la refonte de son installation, et on a vu que cet investissement était considérable. Cet accroissement du capital constant relativement au capital variable, et que Marx définissait comme l’origine de la baisse tendancielle du taux de profit, réduit ces gains de productivité.

Certains économistes considèrent que l’accaparement des profits industriels par le capital financier est la cause principale de cette dégradation. Quoi qu’il en soit l’accaparement des profits industriels par le capital financier passe notamment par les investissements, et dans tous les cas les gains de productivité sont dilapidés.

Selon Patrick Castex dans Baisse des taux de profit et d’intérêt en France, les gains de productivité sont anéantis et il y a une baisse réelle des taux de profit industriels :

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6 - L’emploi et la formation

Le parcours de la suppression de poste passe généralement par la case Word-Excel, c’est une bonne occasion pour les entreprises formatrice de tondre la laine sur le dos des licenciés et pour ces derniers de perdre du temps.

Selon M. G. Buffet dans ses propositions pour l’emploi, mises en ligne le 22 janvier 2007, « Il est possible, en utilisant autrement les nouvelles technologies, d’aller vers la disparition du chômage et de la précarité en conciliant sécurité et mobilité. »

 

C’est-à-dire dans les « parcours professionnels, à l’opposé de la précarisation. » de combler les périodes de chômage par des périodes de formation à de nouveaux emplois. 

 

Lors des transformations technologiques liées à l’automatisation et à la conduite informatisée des installations, les capitalistes ont exigé un niveau d’instruction très supérieur pour l’embauche des ouvriers. Tandis qu’un ouvrier bachelier en 1970 était considéré comme un martien, il lui fallait un bac technique voire un BTS en 2000.

 

Mais suite à la dégradation des grilles de classification dans les années 90 et au blocage des salaires, l’ouvrier doté d’un bac ou d’un BTS n’a pas été payé plus cher que son aîné 20 ans plus tôt. 

 

Aujourd’hui il s’avère que les opérations réalisées par ces ouvriers diplômés ne sont pas plus compliquées qu’autrefois. Au contraire, l’aide à la conduite sur écran et la multiplication des modes opératoires aboutit à simplifier son apprentissage, rendant caduc tout le savoir pratique emmagasiné par les anciens.

 

Le surplus de formation n’aboutit donc qu’à garantir au capitaliste une polyvalence sur tous les postes de travail. Tandis que dans le passé les ouvriers pouvaient monnayer chaque changement de poste.

 

Il en résulte que si la formation scolaire ou extrascolaire peut sembler à chaque ouvrier pris isolément une porte de sortie vers une qualification ou une garantie d’emploi, en réalité le système capitaliste fait de cette formation un moyen de pression supplémentaire sur l’ensemble des salaires et des qualifications et lui assure une polyvalence quasi gratuite.


Concernant la formation des ouvriers dans le système capitaliste, Marx notait ceci : 


« …faire apprendre à chaque ouvrier le plus de branches de travail possibles de façon que s’il est évincé d’une branche par l’emploi d’une nouvelle machine ou par une modification dans la division du travail, il puisse se caser ailleurs le plus facilement possible. 
Supposons que ce soit possible :

La conséquence en serait que, lorsqu’il y aurait excédent de bras dans une branche de travail, cet excédent se produirait aussitôt dans toutes les autres branches de la production, et que la diminution du salaire dans une branche entraînerait encore plus fortement qu’auparavant une diminution générale immédiate. » [travail salarié et capital]

La formation des salariés ne constitue donc absolument pas un viatique pour « un meilleur emploi, avec une garantie de droits et de revenus relevés » comme le prétendait M.G.B.

[la question de l’emploi dans arracher la classe ouvrière au révisionnisme moderne

 

7 - Partage des informations bien ordonné …

Boccara écrit : « Au plan économique, ce qui est bouleversé avec le passage de la révolution industrielle fondée sur la machine-outil à la révolution informationnelle, c’est que la première est liée à l’échange, au marché, alors que l’autre implique des partages jusqu’à l’échelle de toute l’humanité.

 

Une machine-outil est ici ou elle est ailleurs, dans un unique endroit. Ce qui est l’une des bases de la propriété privée capitaliste. Mais une information, vous la donnez et vous la gardez encore. Elle peut être partagée indéfiniment, jusqu’à l’échelle de toute l’humanité. Ce serait une des bases d’une société future possible de partage, que l’on pourrait aussi appeler société communiste de liberté de chacun ».

 

Dans le cadre de l’entreprise, l’information ne sort pas de l’intranet et elle est maîtrisée par la direction de l’entreprise. En ce qui concerne le réseau spécifique au procès de production, il relève du secret de fabrication et ne risque pas d’être partagé gratuitement aux confins de la planète.

 

L’esprit de corporation chez certaines catégories intermédiaires de salariés fait aussi que les logiciels ne sont pas plus accessibles aux ouvriers que le magasin d’outillage.

 

Boccara ajoute :

« Déjà, on ne vend pas, on n’achète pas à l’intérieur d’une multinationale, mais on y partage, par exemple les coûts de recherche. »

 

Il est fréquent qu’une grande entreprise se subdivise en entités, leur vend une matière première et leur rachète le produit fini ou semi-fini, afin d’optimiser ses plus-values ou d’échapper à une fiscalité plus contraignante. S’il faut partager les coûts de recherche, la solution consiste à supprimer les services R&D pour n’en conserver qu’un seul.

« Avec la révolution informationnelle … C’est aussi la possibilité de traitement nouveau de tout ce qui est information, pas seulement des écrits, et notamment le fait que chacun peut, en principe, intervenir sur ces informations. Cela pourrait s’opposer à la scission entre lecteurs et auteurs, avec l’imprimerie qui a accompagné la révolution industrielle. » [id.]

Là encore, et à l’image du règlement intérieur, l’intranet des entreprises n’est pas destiné à remettre en cause le pouvoir dictatorial de la classe capitaliste.

Plus encore, la liberté d’expression sur les réseaux sociaux s’arrête aux rapports de domination de classe, les exemples de licenciement qui l’illustrent ne manquent pas.

A l’inverse les possibilités de communication et de réécriture ont largement été mises à profit par le secteur financier dans le cadre des chambres de compensation.

Les nouvelles technologies dans ce cas n’augmentent pas la productivité mais accélèrent le cycle de rotation du capital.

 

Denis Robert raconte avec force détails à propos de l’affaire Clearstream comment la révolution informationnelle a permis de transférer virtuellement les capitaux à grande vitesse (la compensation financière réelle étant réalisée a posteriori), comment la manipulation des bases de données permet d’occulter des opérations, des noms ou des destinations dans l’ensemble du trafic, d’en effacer les traces pour les enquêteurs, voire d’ajouter des opérations fictives, comme dans le cas des faux listings.

Sur les chambres de compensation, voir la série de vidéos l’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewo. Elles sont d’inspiration réformiste mais très instructives.

 

8 - La valeur du travail gratuit

« il y a conflit entre l’usage capitaliste et l’usage ’communiste’ des nouvelles technologies de l’information, comme l’a bien vu Bill Gates, adversaire implacable des ’logiciels libres’ ! Il y a conflit antagonique entre le ’traitement’ capitaliste de l’information selon la logique de la rentabilité, de l’évaluation marchande, et l’essor des services collectifs de formation de l’humain (éducation, recherche, culture, communication, urbanisme, santé, protection sociale), de développement des individus, de création, de coopération. »

[ interview deJean Lojkine sur Mediapart ]

 

La gratuité des logiciels libres s’arrête malgré tout à l’estomac. Comme toute activité bénévole elle ne peut se développer que dans la mesure où les besoins indispensables sont déjà satisfaits.

Mais outre le fait qu’elle ne peut concerner qu’une fraction de la population, parmi les couches déjà nanties, son poids dans les rapports sociaux de production est nul.

D’autre part il est faux d’affirmer qu’à l’opposé de la gratuité les capitalistes veulent vendre l’information le plus cher possible, ceci dépend de leur position monopoliste ou concurrentielle à l’échelle mondiale, et de la saturation du marché.

Chacun des aspects vus précédemment, qu’il s’agisse du code-source, du progiciel, de son application, de la création d’un blog ou du renseignement des données dans un formulaire peut résulter d’un travail gratuit, réduit par conséquent à sa valeur d’usage.

Le travail réalisé possède alors la même valeur d’échange qu’une création tombée dans le domaine public, c’est-à-dire rien.

Que ce travail gratuit soit partagé ou non, qu’il soit répandu aux quatre coins de la terre ou qu’il dorme sur une cassette ou un CD ne change rien au fait qu’il ne participe pas davantage de la production et des rapports sociaux de production que la culture d’un potager ou la passion du philatéliste.

Il s’agit ici du travail individuel et improductif de l’amateur, et non de l’achat du PC, des semences ou des timbres, qui à l’inverse réalise la plus-value de ces différentes marchandises et la transforme en argent.

Mais l’achat et la vente, c’est-à-dire les rapports marchands ont précédé le capitalisme et ne prendront pas fin avec lui.

N’importe forme numérique peut être vendue et comporter une valeur d’échange.

Dans ce cas le partage ne concerne que l’aspect gratuit considéré, même s’il est « étendu à toute l’humanité ».

A supposer que la part commercialisée soit infinitésimale, dans le but de toucher la clientèle la plus large, considérer que ce mouvement tend vers la gratuité ignore que le gain dérisoire multiplié par des milliards de clients devient à terme une somme colossale.

Supposons qu’un logiciel libre soit utilisé gratuitement par un programmeur, rien ne l’empêche d’en commercialiser des applications spécifiques destinées à des particuliers ou à des industriels.

Dans ce cas il vendra à la manière d’un artisan le produit de son travail, additionné à l’usure de sa machine et à la péremption des systèmes d’exploitation qu’il a dû acheter par ailleurs.

Et par la même occasion prend fin l’aventure gratuite et la liberté du logiciel partagé, lesquels ne s’opposent pas davantage au capitalisme que le vol à l’étalage.

Conclusion

Les thèses de la révolution informationnelle privilégient artificiellement l’information dans l’ensemble des transformations récentes de la production. Il s’avère que la production « non matérielle » et la production matérielle se fondent l’une en l’autre, et que l’économie spécifique des TIC ne prédomine pas.

Dans l’industrie, comme dans les autres domaines, les transformations sont essentiellement d’ordre technologique, même si le virtuel et l’immatériel envahissent l’univers de la représentation.

Les principales transformations sociales dans le cadre du capitalisme sont l’accroissement de la productivité et les licenciements, la simplification des tâches et la prolétarisation des catégories intermédiaires, dont le statut privilégié est remis en cause.

Ce déclassement est à l’origine de nombreuses thèses sur l’émergence de nouvelles classes révolutionnaires qui prendraient la place d’avant-garde de la classe ouvrière. La théorie de la « révolution informationnelle » en fait partie.

En fait ces transformations dans les catégories intermédiaires peuvent les rapprocher et en faire des alliés de la classe ouvrière, mais elles ne modifient pas fondamentalement la contradiction principale entre le Capital et le Travail ni celle entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.

Les gains de productivité, comme l’accélération du cycle de reproduction du Capital, n’opposent pas les nouvelles technologies au Capitalisme mais elles accentuent ses contradictions internes.

L’accroissement des profits par rapport aux salaires s’accompagne de l’augmentation de la composition organique du capital et de la baisse tendancielle du taux de profit industriel.

Si on tient compte d’autres aspects inséparables comme la surexploitation, la concurrence sur les salaires, l’accaparement des profits industriels par le capital financier, la propagation rapide des bulles financières et la guerre des monnaies, plusieurs causes sont réunies pour une crise mondiale prolongée.

La théorie de la « révolution informationnelle » déduit les changements de comportement sociaux, voire une révolution sociale des progrès techniques. Mais les progrès techniques servent aussi à faire la guerre tout comme l’enfer est pavé de bonnes intentions.

 

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 08:13
Article pris sur The French Saker original Ukraine : les cinq plus gros mensonges par Virgile Thomas, auteur du blog  vtvirgile

Stephen F. Cohen est un universitaire américain, spécialiste de l’URSS, puis de la Russie. Il est l’auteur de nombreux livres sur les relations entre les États-Unis et la Russie, dont le plus récent est Failed Crusade : America and the Tragedy of Post-Communist Russia (lien vers amazon.fr). Il enseigne à l’Université de Princeton. Il est également membre du Council on Foreign Relations [1]. Il a été pendant près de vingt ans commentateur à CBS News, mais n’est plus très souvent invité dans les médias mainstream aujourd’hui. Vous comprendrez pourquoi en lisant ce qui suit.

 

Je reprends ci-dessous une partie (traduite en français par mes soins) d’un article publié sous sa signature par le magazine américain The Nation et je vous engage à lire l’article lui-même : Patriotic Heresy vs. the New Cold War (thenation.com, anglais, 15-09-2014).

 

« Comme le disait feu le sénateur Daniel Patrick Moynihan, “chacun a droit d’avoir ses opinions propres, mais pas ses faits propres”. La nouvelle guerre froide repose presque entièrement sur des opinions fausses. Cinq de ces mensonges sont particulièrement importants, aujourd’hui.

 

Mensonge N°1 : Depuis la fin de l’URSS en 1991, Washington a toujours traité la Russie post-communiste avec générosité, comme un ami et un partenaire, faisant tous ses efforts pour l’aider à devenir un pays démocratique et prospère, membre du système occidental de sécurité internationale. Incapable de cela ou ne le voulant pas, la Russie a rejeté l’altruisme américain, en particulier sous M. Poutine.

Les faits : A partir des années 90, avec l’administration Clinton, chaque président américain et chaque Congrès a traité la Russie ex-Soviétique comme un pays vaincu, avec des droits inférieurs chez elle et à l’étranger. L’expansion de l’Otan a été le fer de lance de cette approche triomphaliste, accompagnée par des « négociations unilatérales » et maintenant le bouclier anti-missiles dans les zones traditionnelles de sécurité nationale russes, l’excluant de fait du système de sécurité européen. Dès le départ, le but ultime était l’Ukraine et, à un degré moindre, la Géorgie. En 2004, un éditorial du Washington Post expliquait : « L’ouest veut finir le travail commencé avec la chute du Mur de Berlin et continuer la marche de l’Europe vers l’Est… le premier prix sera l’Ukraine. » Neuf ans plus tard, en 2013, à la veille de la crise actuelle, Carl Gersham, le directeur de la Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy) [2], une organisation financée par l’État Fédéral s’en faisait l’écho en déclarant : « L’Ukraine est le plus grand prix ».

 

Mensonge N°2 : Il existe un « Peuple ukrainien » qui se languit d’échapper à des siècles d’influence russe et de rejoindre l’Ouest.

Les faits : Comme le savent toutes les personnes bien informées, l’Ukraine est un pays divisé depuis longtemps par des différences ethniques, linguistiques, religieuses, économiques et politiques, en particulier, mais pas uniquement, les régions de l’Est et de l’Ouest du pays. Lorsque la crise actuelle a commencé en 2013, l’Ukraine était un État, mais pas un seul peuple, ni une nation unie. Certaines de ces divisions ont été accentuées depuis 1991 par une élite corrompue, mais la plupart se sont développées au cours des siècles.

 

Mensonge N°3 : en novembre 2013, l’Union européenne, soutenue par Washington, a offert au président ukrainien M. Viktor Yanukovych une association bienveillante à la démocratie et à la prospérité européenne. M. Yanukovych était prêt à signer cet accord, mais M. Poutine l’a intimidé et acheté pour qu’il rejette cet accord. C’est l’origine des manifestations de Maïdan et de tout ce qui a suivi.

Les faits : La proposition de l’UE était un promesse imprudente, qui visait à forcer le président élu démocratiquement d’un pays profondément divisé à choisir entre la Russie et l’Ouest. Le rejet par l’UE de la proposition de M. Poutine d’un plan russo-américano-européen pour sauver l’Ukraine de la déroute financière était tout aussi irresponsable. La proposition européenne n’était pas, en elle-même, économiquement réaliste. Elle exigeait du gouvernement ukrainien de mettre en place des mesures d’austérité très dures, en échange d’une assistance financière modeste, ce qui aurait pour résultat de couper des relations économiques avec la Russie, à la fois anciennes et essentielles pour le pays. La proposition n’était pas non plus « innocente », puisqu’elle incluait des articles exigeant que l’Ukraine adhère à la politique militaire et de sécurité de l’Europe, ce qui voulait dire, en pratique, mais sans mentionner l’alliance, à l’Otan. En résumé, ce n’est pas une soit-disant agression de M. Poutine qui a provoqué la crise actuelle, mais cette sorte « d’agression douce » de Bruxelles et Washington pour attirer l’Ukraine à l’Ouest, y compris (dans un paragraphe en petites lettres) dans l’Otan.

 

Mensonge N°4 : La guerre civile actuelle en Ukraine a été causée par la réponse agressive de M. Poutine à la protestation pacifique de Maïdan contre la décision de M. Yanoukovych.

Les faits : En février 2014, la manifestation de Maïdan, fortement influencée par des extrêmistes nationalistes et même des forces de rue semi-facistes, est devenue violente. Dans l’espoir d’une solution pacifique, des ministres des Affaires étrangères européens ont négocié un compromis entre des parlementaires représentant les manifestants de Maïdan et M. Yanoukovych. Aux termes de cet accord, ce dernier serait resté président, avec des pouvoirs limités, d’un gouvernement de réconciliation, jusqu’à des élections prévues en décembre de la même année. En quelques heures, la violence de combattants de rue a fait échouer cet accord. Les dirigeants européens et Washington n’ont rien fait pour défendre leur propre accord diplomatique. M. Yanoukovych s’est enfui en Russie. Des partis minoritaires au parlement, représentant Maïdan et surtout l’Ouest de l’Ukraine, parmi lesquels « Svaboda », un parti ultra nationaliste, qui avait par le passé été stigmatisé par le Parlement européen comme incompatible avec les valeurs européennes, ont formé un gouvernement. Ils ont également modifié la constitution en leur faveur. Washington et Bruxelles ont soutenu ce coup d’état et ses conséquences jusqu’à ce jour. Tout ce qui s’en est suivi, de l’annexion de la Crimée par la Russie a la propagation de la rébellion dans le sud-ouest, à la guerre civile et à la « campagne anti-terroriste » de Kiev, a été provoqué par le coup d’État. Les actions de M. Poutine n’ont été que des réactions.

 

Mensonge N°5 : La seule façon de mettre fin à la crise est que M. Poutine cesse son « agression » et rappelle ses agents dans le sud est de l’Ukraine.

Les faits : les causes réelles de la crise sont les divisions internes de l’Ukraine, et non d’abord les actions de M. Poutine. Le facteur essentiel de l’escalade de la crise depuis mai est la campagne militaire « anti terroriste » de Kiev contre ses propres citoyens, principalement, maintenant, autour de Donetsk et Lougansk. M. Poutine influence et aide certainement les « défenseurs du Donbass ».  Si on considère la pression qui s’exerce sur lui, à Moscou, il est très vraisemblable qu’il continuera à le faire, et, peut-être, plus directement, mais il ne les contrôle pas. Si Kiev cesse ses assauts, il est probable que M. Poutine pourra les contraindre à négocier. Mais seule l’administration de M. Obama peut contraindre Kiev de cesser, et elle ne l’a pas fait.

 

En résumé, vingt ans de la politique américaine ont mené à cette confrontation fatale entre la Russie et les États-Unis. M. Poutine peut y avoir contribué en passant, mais son rôle durant ses quelques quatorze ans au pouvoir a presque toujours été réactif, ce que les forces les plus réactionnaires à Moscou lui reprochent souvent. »

 

Je ferai deux commentaires à ce texte (encore une fois je vous engage à aller lire l’article complet sur le site du magazine The Nation).

 

Mon premier commentaire concerne la capacité de M. Obama à contraindre Kiev. Ce sont effectivement les États-Unis et Bruxelles qui sont à l’origine de la crise. Mais, depuis que les combats se sont intensifiés dans le sud, depuis que le nombre de morts civils a tellement augmenté, il semblerait qu’une nouvelle force soit à l’œuvre, derrière le gouvernement de Kiev. Le comportement de M. Porochenko à Minsk en est l’illustration. On le présente souvent (pas dans les médias mainstream évidemment !) comme la marionnette de Washington. Je commence à me demander s’il n’y a pas un autre marionnettiste : M. Kolomoïski, par exemple. Je reviendrai là-dessus dans un prochain article.

 

Le second concerne l’objectif souhaitable de sortie de crise. La Russie le demande depuis des mois, l’Allemagne en a convenu récemment, la seule solution viable qui maintienne l’unité du pays est une fédéralisation de l’Ukraine. A Minsk, M. Porochenko a écarté cette solution. Mais les séparatistes du Donbass la rejettent également. Leurs représentants ont récemment déclaré en conférence de presse qu’il ne voulaient plus d’autonomie, qu’ils ne voulaient plus de fédéralisation. Ils veulent qu’on les laisse décider seuls et indépendamment de leur sort. Ils disposent de ressources suffisantes, sur les plans agricoles et industriels, pour former une entité indépendante.

 

Quand on discute avec des Ukrainiens, on est frappé par le niveau de haine atteint dans le pays entre les différentes composantes de la population. Une solution pacifique ne semble pas proche…

Virgile Thomas

 

Notes

[1] Le Council on Foreign Relations ou CFR est un think tank non partisan américain, ayant pour but d’analyser la politique étrangère des États-Unis et la situation politique mondiale (wikipedia, français)

[2] La Fondation nationale pour la démocratie (National Endowment for Democracy, alias NED) est une fondation privée à but non lucratif engagée dans le renforcement et le progrès des institutions démocratiques dans le monde entier (ned.org, français)

 

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 09:22

21 août 2014 par Par Jacques Sapir

 

Les combats qui se déroulent dans l’Est de l’Ukraine depuis plus de trois mois sont restés largement ignorés de la presse française, à l’exception – évidente – de la destruction toujours pas élucidée du vol MH17. Ces combats sont décrits par le gouvernement ukrainien comme une opération « anti-terroriste », ce qui est une absurdité. Les combattants de l’Ets ukrainien sont des indépendantistes que l’on peut, si on le veut, qualifier de séparatistes, mais ils ne sont certainement pas des « terroristes », et l’usage de ce vocabulaire en dit long sur l’état d’esprit qui règne à Kiev. Les sources d’information sont rares. Les sources officielles ukrainiennes (Ministère de la Défense), à part des communiqués ronflants de propagande ne contiennent pas beaucoup d’informations vérifiables (ou pas…). Les sources des insurgés de l’Est de l’Ukraine sont elles aussi remplies de propagande. Mais, elles contiennent des informations qui, elles, sont (parfois) vérifiables. On citera deux sites internet :

 

http://cassad-eng.livejournal.com/tag/war%20in%20ukraine

http://slavyangrad.org

 

Par ailleurs, on a pu rassembler d’autres sources, essentiellement provenant de journalistes, soit Italiens, soit Russes, qui travaillent actuellement dans l’Est de l’Ukraine.

 

Etat des forces.

Les forces restées loyales au gouvernement de Kiev, et déployées dans l’Est de l’Ukraine se composent de 3 groupes :

  • (a) On a des unités de l’armée régulière, dont la qualité, et la détermination, sont extrêmement variables. Certaines de ces unités se sont débandées, d’autres ont combattu avec ténacité.
  • (b) On a les unités de la Garde Nationale, créée en mars 2014, et qui sont constituées de bataillons formés sur des bases politiques, par des mouvements extrémistes (Pravyy Sektor, Svoboda). Ces unités semblent être déterminées, mais n’ont qu’une faible valeur militaire.
  • (c)  Les oligarques ukrainiens entretiennent des unités constituées à partir des sociétés de sécurité américaines. Ces unités ont été employées en mai et juin, mais depuis ne semblent pas avoir une grande valeur militaire.

Les forces des insurgés se composent de :

  • (a) La milice et les unités d’auto-défense de Lougansk et Donetsk.
  • (b) Des bataillons de volontaires, essentiellement composés de Russes, dont certains ont une excellente pratique du combat.
  • (c)  On a beaucoup parlé ces derniers jours d’unités de l’armée régulière russe. Les « preuves » de leur présence sont, pour l’instant, inexistantes. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de troupes, ou de « conseillers ». Mais, il est curieux que les forces loyalistes ukrainiennes aient été dans l’incapacité de fournir des preuves. Seuls, des journalistes britanniques ont pour l’instant corroboré ces assertions, et dans le cas d’une seule colonne. Or, des journalistes occidentaux travaillent régulièrement, et relativement librement, dans la zone des combats.

Ces forces sont équipées par du matériel saisi sur les bases de l’armée à Donetsk ou Lougansk, mais aussi de matériels capturés (lance-fusées « Grad », mortiers lourds, chars…) abandonnés en grande quantité par l’armée ukrainienne lors de défaites en juillet et en août 2014. Les forces insurgées font ainsi état, photographies à l’appui, de près de 170 chars qui auraient été récupérés dans ces combats.

Situation militaire

La situation actuelle semble marquée, depuis le 18 août, par un épuisement de l’offensive des forces loyales au gouvernement de Kiev, et par une succession de victoires tactiques de la part des insurgés. Les forces de Kiev ont – semble-t-il – échoué à couper le territoire tenu par les insurgés en deux et à reprendre le contrôle de la frontière russo-ukrainienne. Les pertes qu’elles ont subies semblent très lourdes, avec la destruction complète de plusieurs unités[1].

 

 

On peut voir, sur cette carte, les combats de ces derniers jours. Les pertes subies, et la démoralisation des autres unités, tendent à égaliser le rapport des forces, au profit des insurgés. Il est frappant que les manœuvres des forces loyalistes semblent avoir été dictées par

  • (a) Une volonté politique de reprendre au plus vite Lougansk et Donetsk. Cette volonté a conduit à des « poussées », dans des situations où les flancs des unités engagées n’étaient pas sécurisés, ce qui a permis aux insurgés de les couper de leurs bases arrières et de les encercler, puis de les détruire. Par ailleurs, des groupes d’insurgés opèrent dans la région de Kharkov, attaquant la logistique des forces loyalistes.
  • (b) La volonté de « punir » la population en procédant à des bombardements aveugles sur les agglomérations. Ces bombardements, réguliers depuis le mois de juin, expliquent l’ampleur du mouvement de fuite des populations civiles vers la Russie voisine.

Il est ainsi probable que les forces de Kiev vont se cantonner dans des bombardements par l’artillerie. Une source fait état d’un projet de retrait de ces forces sur une ligne Slavyansk-Mariupol.

Situation politique

Si la situation militaire se stabilise, voire si elle tourne à l’avantage des insurgés, le gouvernement de Kiev sera face à un dilemme qu’il ne peut résoudre. Soit, il prend acte de cette situation, mais l’on va s’acheminer vers une partition de fait de l’Ukraine, car, désormais, les populations n’accepteront plus une solution « ukrainienne », soit il maintient le conflit, mais l’Ukraine va se trouver pratiquement privée d’électricité car une bonne partie du charbon utilisé à cette fin provient de Donetsk et de sa région. La poursuite de la guerre durant l’hiver 2014-2015 va la rendre de plus en plus impopulaire dans la population ukrainienne. La première solution est, pour l’heure, inacceptable pour le gouvernement ukrainien. Mais la seconde va provoquer, à terme, la désintégration de l’Ukraine.

Le gouvernement ukrainien va probablement chercher à « internationaliser » la guerre civile, en tentant, par diverses provocations, d’y impliquer les Etats-Unis et des pays de l’Union Européenne. Il est cependant peu probable qu’il y réussisse. Il est donc urgent que les combats cessent au plus vite et qu’un accord soit trouvé entre le gouvernement de Kiev et les insurgés, entérinant l’autonomie de fait des régions de Lougansk et Donetsk, mais les maintenant formellement en Ukraine. Seule la paix peut permettre une réconciliation, mais cette dernière désormais prendra du temps.


[1] http://cassad-eng.livejournal.com/tag/war%20in%20ukraine

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 07:59

par Jacques Sapir

août 19th, 2014

 

Il est maintenant acquis que la croissance en 2014 devrait être de 0,5%, ce qui implique bien entendu une forte hausse du chômage (le niveau de croissance stabilisant le chômage étant de 1,3%) mais aussi du déficit public et de la dette. Les perspectives pour 2015 ne sont pas, elles non plus, des plus brillantes. L’agence de notation Moody’s estime que la croissance sera inférieure à 1%. La menace d’une déflation, de ce que l’on appelle en économie la « spirale déflationniste », est aujourd’hui réelle. Cette spirale, c’est celle qui a frappé l’Europe après la crise de 1929, dont l’enseignement a été retiré des programmes d’Histoire des lycées aux fins d’allègements…

Le ralentissement de l’investissement productif que la France connaît depuis maintenant près de trois ans pèse sur ces perspectives pour deux raisons. La première est que la faiblesse du renouvellement du capital productif pénalise l’efficacité du secteur productif : c’est l’effet offre. Mais, il y a une seconde raison. Si la productivité française augmente moins vite que celle de ses concurrents, nos entreprises « résidentes » se verront évincées des marchés tant internes qu’externes. Pour éviter cela, elle devront réduire encore plus leurs marges, qui sont pourtant à un niveau historiquement faible, ce qui entraînera une nouvelle contraction de l’investissement ; c’est l’effet demande.

Des mesures comme le fameux « Pacte de responsabilité » ne peuvent jouer qu’à la marge. Les fameux 50 milliards, dont le gouvernement nous rabâche les oreilles, seront trop étalés dans le temps pour avoir un effet notable. Par ailleurs, ce « Pacte » va entraîner une pression à la baisse sur les rémunérations des salariés, ce qui va peser négativement sur la consommation. Dans ces conditions, il est plausible –si la situation internationale ne se dégrade pas- que la croissance en 2015 soit de 0,8%. Mais, compte tenu des tendances actuelles à la dégradation, on peut prévoir un taux inférieur, et l’année 2015 pourrait bien être aussi mauvaise que ne le sera déjà 2014. Nous devrions atteindre le cap des 4 millions de demandeurs d’emplois (pour la catégorie « A » seulement…).

 

Ces chiffres, cependant, sont loin de dire toute la réalité. Certes, ils sont nécessaires. Sans ces mesures macroéconomiques, ces raisonnements dépersonnalisés, il est impossible de faire des prévisions sur l’avenir. Mais, derrière ces chiffres, se cache une misère et un désespoir affreux. Le désespoir est aujourd’hui accru par l‘absence totale de perspective pour la France. Un indice nous en est donné par les chiffres des suicides. Si la fréquence des suicides baisse en France (tout en étant élevée pour l’Europe et le monde), cette baisse est due à une meilleure prévention des suicides d’adolescents (et de jeunes) ainsi qu’à une diminution nette chez les plus de 64 ans. La fréquence reste identique dans la tranche d’âge 44-64 ans, celle justement qui est la plus touchée par le chômage, et en particulier le chômage de longue durée. La résignation du gouvernement, celle qui transpire des déclarations d’un Michel Sapin ou d’un Manuel Valls, celle qui se cache sous les oripeaux d’un pseudo « discours de vérité », a, à cet égard, des conséquences catastrophiques. Ce n’est pas la même chose de subir une crise passagère ou de se dire que l’on n’a plus d’avenir. Il ne faut pas aller chercher plus loin les causes de la dépression française, dont on peut mesurer à chaque instant l’ampleur et la profondeur. Oui, messieurs du gouvernement, LE CHÔMAGE TUE ! Ce n’est pas quelque chose que l’on peut soigner par des aides et des subventions (si utiles soient-elles par ailleurs). Et le chômage va tuer de plus en plus, directement et indirectement. De cette misère, de ce désespoir, de ces morts, vous êtes directement responsables, messieurs du gouvernement.

 

Car, une autre politique est possible. Il faut lire ce que des banquiers, parfois saisis d’un accès de lucidité, écrivent : « L’autre cause de la déflation est l’euro dont les erreurs de conception apparaissaient désormais avec effarement. C’est ainsi que la logique des pays du Nord, qui était fondée sur une désinflation compétitive se transforme en déflation récessionnaire. L’euro est devenu une monnaie génétiquement déflationniste »[1]. Il est clair qu’il faut sortir, et sortir vite, de ce piège mortel. Contrairement à ce qu’affirment les prétendus « décodeurs » du Monde[2], le problème est bien moins compliqué que ce que l’on pense. La question de la dette publique se fonde sur une jurisprudence constante, tant internationale que nationale, depuis les années vingt. La dette émise sur le sol français sera remboursées dans la monnaie de la France, quelle que soit cette monnaie. De ce point de vue, les « experts » de la fondation Copernic se trompent, et ne connaissent nullement les pratiques juridiques. Il n’y aura pas de procès en chaîne, car les « plaignants » savent qu’ils les perdraient. Rappelons que, pour un Français achetant de la dette aux Etats-Unis, et qui perd parce que le Dollar baisse par rapport à l’Euro, il n’y a AUCUN recours !

 

 

Pourcentage des dettes émises en droit national et étranger

 

 

Seule, une sortie de l’Euro, réalisée rapidement, d’ici la fin de 2015, est en mesure de redonner du dynamisme à l’économie française, et de permettre de réduire substantiellement le chômage. Je l’ai déjà dit et écrit à de nombreuses reprises, cette sortie de l’Euro, et toutes les mesures connexes qui devraient être prises, ne règlera pas tous les problèmes. Mais, aucun de ceux-ci ne pourra être réglé tant que nous serons dans l’Euro.


[1] Colmant B., « La déflation serait la dernière défaite de l’euro », 19/08/2014, https://blog.degroof.be/fr/article/la-deflation-serait-la-derniere…
81bbb&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

[2]http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/08/18/les-nouveaux-arguments-du-fn-pour-sortir-de-l-euro_4473049_4355770.html


 

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