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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 08:54

Par Amin Samir source afrique-asie.fr

 

Malgré le handicap de l’âge et de la santé, Bouteflika a été soutenu par la majorité des électeurs. Ceux-ci ont par ailleurs rejeté catégoriquement la tentative de l’Islam politique de faire son retour sur la scène en se présentant sous les habits neufs de la « réconciliation nationale ».

 

Les deux expériences de l’Algérie et de l’Égypte partagent beaucoup de caractères communs. La classe politique dirigeante dans les deux pays, qui s’était construite dans les cadres du boumediénisme et du nassérisme, était fondamentalement semblable. Leurs projets étaient identiques et méritent de ce fait d’être qualifiés de la même manière : il s’agissait de projets authentiquement nationaux et populaires (et non « populistes démagogiques ») bien que fort peu démocratiques. Il n’est pas important qu’ils se soient l’un et l’autre auto-qualifié de « socialistes » – ce qu’ils n’étaient pas et ne pouvaient pas être. Dans les deux expériences les réalisations ont été importantes, au point qu’elles ont véritablement transformé de fond en comble le visage de la société pour le meilleur, et non le pire. Mais aussi, dans les deux pays ces réalisations ont atteint rapidement les limites de ce qu’elles pouvaient donner et, s’enlisant dans leurs contradictions internes – identiques – se sont interdites de préparer la radicalisation et la démocratisation qu’imposait leur poursuite. Mais, au-delà de ces analogies, les différences méritent d’être signalées.


La société algérienne avait subi avec la colonisation des assauts destructifs majeurs. L’État et le pouvoir de l’ancienne aristocratie précoloniale algérienne avaient été éradiqués. La nouvelle société algérienne, issue de la reconquête de l’indépendance, n’avait plus rien en commun avec celle des époques précoloniales. Elle était devenue une société plébéienne, marquée par une très forte aspiration à l’égalité. Et la guerre de libération en Algérie avait produit, naturellement, une radicalisation sociale et idéologique. Cette aspiration à l’égalité ne se retrouve – avec la même force – nulle part ailleurs dans le monde arabe, ni au Maghreb (pensez à la force de la tradition archaïque de respect de la monarchie au Maroc !) ni au Mashrek. En contrepoint l’Égypte moderne a été construite dès le départ (à partir de Mohamed Ali) par son aristocratie, devenue progressivement une « bourgeoisie aristocratique » (ou une « aristocratie capitaliste »), quand bien même cette nouvelle classe dirigeante avait-elle fini par accepter sa soumission à la domination impérialiste, britannique puis étasunienne. Le nassérisme vient en fin de la période d’essor du mouvement d’avancée sociale et nationale, initié par la révolution de 1919, qui se radicalise en 1946. Le coup d’État ambigu de 1952 vient donc en réponse à l’impasse du mouvement. De ces différences en découle une autre, d’une importance évidente, concernant l’avenir de l’Islam politique. L’Islam politique algérien (le FIS), qui avait dévoilé sa figure hideuse, a été véritablement mis en déroute par l’Armée et l’État, soutenus par la nation. Cela certes ne signifie pas que cette question soit définitivement dépassée


Chadli Benjedid, le successeur de Boumediene, s’était engagé dans la voie néolibérale extrême, à la manière de « l’infitah » de Sadate et Moubarak : privatisations généralisées à toute l’économie nationale, participation des hauts officiers au pillage des biens de l’État, démantèlement du contrôle national du secteur pétrolier, ouverture incontrôlée aux multinationales, corruption. Mais après la défaite de la tentative du FIS d’imposer son projet de théocratie réactionnaire, simultanément soumis aux exigences du néolibéralisme, le Président Bouteflika avait amorcé une politique économique corrective, allant jusqu’à la re-nationalisation de certaines grandes entreprises. Bouteflika a également mis en déroute le projet occidental de création d’un « Sahelistan », qui aurait été constitué au détriment de l’Algérie, du Mali et du Niger. Cet « État », para-islamique, à l’image des États du Golfe, aurait confisqué la rente extraite de l’exploitation du pétrole, de l’uranium et d’autres minerais au bénéfice exclusif de ses « Émirs ». Le projet convenait parfaitement aux objectifs de la stratégie de domination des États Unis. Simultanément le régime a fait des concessions aux revendications démocratiques et sociales comme aux revendications des Amazighs sans pareilles ailleurs dans le monde arabe. Mais il ne s’agit encore que de corrections timides, et le peuple algérien, même lorsqu’il fait confiance aux promesses de Bouteflika, attend probablement davantage.


Pour ces raisons, et malgré le handicap de l’âge et de la santé, Bouteflika a été soutenu par la majorité des électeurs. Ceux-ci ont par ailleurs rejeté catégoriquement la tentative de l’Islam politique de faire son retour sur la scène en se présentant sous les habits neufs de la « réconciliation nationale ». Mais les électeurs n’ont pas fait ce choix dans l’enthousiasme, comme en témoigne la participation – 51 % seulement contre 67 % à l’élection présidentielle précédente.


Le modèle algérien avait donc donné des signes évidents d’une plus forte consistance que celui de l’Égypte, ce qui explique qu’il ait mieux résisté à sa dégradation ultérieure. De ce fait la classe dirigeante algérienne demeure composite et divisée, partagée entre les aspirations nationales encore présentes chez les uns et le ralliement soumis à la compradorisation chez les autres (parfois même ces deux composantes conflictuelles se combinent chez les mêmes personnes !). La ré-élection de Bouteflika fait gagner du temps et permet d’éviter le chaos que produiraient les conflits au sein de la classe dirigeante. En Égypte par contre, cette classe dominante est devenue intégralement, avec Sadate et Moubarak, une bourgeoisie compradore, ne nourrissant plus aucune aspiration nationale. Des réformes économiques, politiques et sociales maîtrisées de l’intérieur semblent avoir encore leurs chances en Algérie. La question de la politisation démocratique constitue, dans tous les cas, ici, en Algérie et en Égypte, comme ailleurs dans le monde, l’axe central du défi.


Notre époque n’est pas celle d’avancées démocratiques, mais au contraire de reculs dans ce domaine. Dans les périphéries la démocratie embryonnaire, quand elle existe, toujours associée à des régressions sociales encore plus violentes que dans les centres du système, perd sa crédibilité. Ce recul de la démocratie va de pair avec la dépolitisation de la société. Car celle-ci implique l’affirmation sur la scène de citoyens capables de formuler des projets de société alternatifs, et non seulement d’envisager, par des élections sans portée, « l’alternance » (sans changement !). Le citoyen capable d’imagination créatrice disparu, l’individu dépolitisé qui lui succède est un spectateur passif de la scène politique, un consommateur modelé par le système qui se pense (à tort) individu libre. On ne sera pas étonné, dans ces conditions, de voir l’obscurantisme, déguisé en adhésion d’apparence religieuse, avancer partout, au Nord comme au Sud. Le transfert du débat, des aires de la gestion politique, économique et sociale aux domaines de la « religion », entendue comme identité majeure – en fait fausse identité, réduite au ritualisme – permet au capital des monopoles impérialistes, à ses serviteurs (l’aristocratie financière, les clergés politiques et médiatiques) et à ses alliés locaux (bourgeoisie compradore, islamistes et autres) de poursuivre leurs objectifs sans rencontrer de résistance efficace de leurs victimes. On ne sera pas étonné de voir que les revendications démocratiques et culturelles, parfaitement légitimes, puissent néanmoins être l’objet de manipulations par ces mêmes forces réactionnaires. Mais avancer sur les chemins difficiles de la démocratisation des sociétés et de la re-politisation des peuples sont indissociables. À défaut d’avancées visibles dans ces directions le monde s’engagera, comme il l’est déjà, dans la tourmente chaotique associée à l’implosion du système. Le pire est alors à craindre.


Car les puissances occidentales craignent une évolution démocratique, nationale et populaire de l’Algérie. Aussi n’ont-elles pas renoncé à leur projet de destruction de l’État et de la société par un pouvoir prétendu « islamiste » quelconque. Le soutien qu’elles apportent à son candidat battu à l’élection présidentielle du 17 avril, en constitue le témoignage. Elles n’ont pas renoncé à leur projet de démantèlement de l’Algérie, en soutenant une éventuelle sécession du Sahara algérien et de la Kabylie. Leur rhétorique de « promotion de la démocratie et de respect des différences culturelles » est destinée à faire oublier les objectifs réels de leur stratégie.


L’histoire récente de l’Algérie et de l’Égypte illustre l’impuissance des sociétés concernées jusqu’à ce jour à faire face au défi. L’Algérie et l’Égypte sont les deux pays du monde arabe qui sont des candidats possibles à « l’émergence ». La responsabilité majeure des classes dirigeantes et des systèmes de pouvoirs en place dans l’échec des deux pays à le devenir est certaine. Mais celle des sociétés, de leurs intellectuels, des militants des mouvements en lutte doit tout également être prise en sérieuse considération. Les uns et les autres parviendront-ils à relever le défi, ensemble et à travers leur conflit ?

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 08:16

radio Iran : Table ronde du 19 avril 2014, animée par Ahmad Nokhostine, Bassam Tahhan, syrien d'origine, professeur d'arabe et géopoliticien, Pierre Dortiguier, philosophe politologue sont interviewés au téléphone, à propos du récent accord de Genève entre la Russie, Etats-Unis, , l'Ukraine et l'Union .européenne.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:45

Par Bruno Guigue
22 avril 2014 Source  site de Silvia Cattori (relayé par comité Valmy)

 

En politique internationale, dès qu’il s’agit de l’essentiel, les socialistes ont toujours fait le choix des puissances dominantes. Serviteurs zélés, ils ont l’art de se placer du côté du manche. Mais à quoi bon, si c’est pour finir dans les poubelles de l’histoire ?

 

Voici l’exposé des neuf erreurs historiques du "parti socialiste".

 

A l’aube de la Première Guerre mondiale, Jean Jaurès appelle les nations à refuser la boucherie qui se prépare. Son assassinat lève le dernier obstacle qui interdisait le ralliement de ses camarades socialistes à cette « Union sacrée » au nom de laquelle la jeunesse française sera massacrée entre 1914 et 1918.

 

Dans les années 1930, le parti socialiste SFIO est l’ardent partisan d’une « politique d’apaisement » face à la montée des périls nazi et fasciste. Lorsque le gouvernement Daladier signe les accords de Munich qui cautionnent l’expansionnisme allemand en Europe centrale, les socialistes l’approuvent majoritairement.

 

En 1936, le nouveau président du conseil issu de la majorité de Front Populaire, Léon Blum, livre l’Espagne républicaine aux franquistes massivement soutenus par Hitler et Mussolini : contre les communistes français, il opte pour la "non-intervention" dans la guerre civile, offrant aux nazis un formidable terrain d’expérimentation.

 

En 1940, le maréchal Pétain est investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale pour signer l’armistice et instaurer un nouveau régime. La majorité des députés socialistes votent pour. Grâce à cette investiture, le chef de l’Etat français peut engager le pays dans la voie de la collaboration avec l’occupant.

 

De 1946 à 1958, les socialistes sont les principaux responsables des guerres coloniales qui, de Madagascar à l’Algérie, font des centaines de milliers de morts. Président du conseil en 1956, le secrétaire général du parti socialiste SFIO, Guy Mollet, envoie le contingent en Algérie et couvre l’usage de la torture.

 

En 1949, avec la signature du traité atlantique, les socialistes sont les artisans de l’alignement de la France sur les USA. En 1966, François Mitterrand reproche au général de Gaulle la sortie des forces françaises du commandement intégré de l’OTAN. Nicolas Sarkozy y met fin en 2007. François Hollande, aujourd’hui, s’en félicite.

 

Après François Mitterrand, François Hollande est le deuxième président français à effectuer une visite d’Etat en Israël, seul Etat de la planète qui colonise en toute impunité une terre qu’il veut vider de ses habitants. Il y proclame son « amitié éternelle » avec l’occupant-colonisateur.

 

En 1991, François Mitterrand engage la France au côté des USA dans une guerre contre l’Irak. En 2013, François Hollande soutient la rébellion islamiste en Syrie et prône une intervention militaire contre Damas. Alliés des pétromonarchies obscurantistes, les socialistes combattent le nationalisme arabe laïc, comme en 1956 ils combattaient le président égyptien Nasser.

 

Depuis la signature de l’Acte unique en 1986, de traité en traité, les socialistes sont les partisans enthousiastes d’une « union économique et monétaire » européenne. Cette entité supranationale prive les Etats européens de leur souveraineté et impose le dogme libéral de la libre concurrence. Au nom du « grand marché », la construction européenne conduit à la récession économique et conforte la dictature de la finance mondialisée.

 

Bruno Guigue est un haut fonctionnaire, essayiste et politologue français : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Guigue

 

Voir également en ligne : Les socialistes et l’« American connection » blog de Bernard Gensane -

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05

Table ronde du 19 avril 2014, animée par Ahmad Nokhostine, Bassam Tahhan, syrien d'origine, professeur d'arabe et géopoliticien, Pierre Dortiguier, philosophe politologue sont interviewés au téléphone, à propos du récent accord de Genève entre la Russie, Etats-Unis, l'Ukraine et l'Union .européenne.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05

radio Iran : Table ronde du 19 avril 2014, animée par Ahmad Nokhostine, Bassam Tahhan, syrien d'origine, professeur d'arabe et géopoliticien, Pierre Dortiguier, philosophe politologue sont interviewés au téléphone, à propos du récent accord de Genève entre la Russie, Etats-Unis, l'Ukraine et l'Union .européenne.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05
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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05

radio Iran : Table ronde du 19 avril 2014, animée par Ahmad Nokhostine, Bassam Tahhan, syrien d'origine, professeur d'arabe et géopoliticien, Pierre Dortiguier, philosophe politologue sont interviewés au téléphone, à propos du récent accord de Genève entre la Russie, Etats-Unis,  l'Ukraine et l'Union .européenne.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05

radio Iran : Table ronde du 19 avril 2014, animée par Ahmad Nokhostine, Bassam Tahhan, syrien d'origine, professeur d'arabe et géopoliticien, Pierre Dortiguier, philosophe politologue sont interviewés au téléphone, à propos du récent accord de Genève entre la Russie, Etats-Unis,  l'Ukraine et l'Union .européenne.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 17:05

radio Iran : Table ronde du 19 avril 2014, animée par Ahmad Nokhostine, Bassam Tahhan, syrien d'origine, professeur d'arabe et géopoliticien, Pierre Dortiguier, philosophe politologue sont interviewés au téléphone, à propos du récent accord de Genève entre la Russie, Etats-Unis, , l'Ukraine et l'Union .européenne.

 

 

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 10:08

A 19 h 30 Hôtel de Ville

 

Ordre du jour

 

I /  Approbation du procès verbal de la séance du conseil du 5 avril 2014

 

II /  Approbation du procès verbal de le séance du conseil  du 11 avril 2014

 

III /  Décisions prises par le maire pour la période allant du 11 au 27 avril

 

IV / Points nouveaux soumis au CM

 

1 Election des représentants du conseil municipal au CCAS,

2 Désignation des représentants du CM au sein des instances communuataires,

3 Désignation des représentants du CM à la SORGEM,

4 Vote des taux d'imposition 2014,

5 Approbation du budget primitif 2014,

6 Indemnité de conseil au Trésorier Principal de savigny sur Orge,

7 Attribution d'une   subvention municipale au COV pour  2014,

8 Attribution d'une subvention municipale à Loisirs et Culture pour 2014,

9 Attribution d'une subvention municipale au comité des Fêtes pour 2014,

10 Fixation de la cotisation pour 2014.

 

V / Points d'information:

  • Les rythmes scolaires

VI / Questions diverses

 

 

 

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 17:35

Source le cercle des volontaires

 

Marie-France Garaud était l’une des invitées de l’émission Ce Soir Ou Jamais de Frédéric Taddéï, le 10 mai 2013, notamment pour un débat intitulé « L’Allemagne, ennemie publique n°1 ? ». Le regard qu’elle jette sur les événements qui ont mené à la Construction Européenne et à ses conséquences  actuelles est on ne peut plus réaliste

 

 

Voir également cet article  publié sur le site de l’UPR : « Les États-Unis ont financé la création de l’Union européenne et Jean Monnet ».

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 16:13

Bassam Tahham est franco Syrien, professeur de géopolitique et de géostratégie.

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 17:11

Comment elles manipulent l’opinion

Par Raúl Zibechi

Mondialisation.ca, 20 mars 2014

alainet.org

 

Les récentes manifestations de masses générées par les droites dans les pays les plus divers, montre leur capacité à s’approprier les symboles qu’auparavant elles dédaignaient, semant la confusion dans les rangs des gauches.

 

Le 17 février 2003, Patrick Tyler réfléchissait à ce qui se produisait dans les rues du monde dans une chronique du New York Times. « Les énormes manifestations contre la guerre dans le monde entier cette fin de semaine sont un rappel qu’il existe toujours deux superpuissances sur la planète : les États-Unis et l’opinion publique mondiale. »

 

Regarde autour de toi et tu verras un monde en ébullition” écrivait l’éditeur étasunien Tom Engelhardt, éditeur du site TomDispatch. En effet, 10 ans après le célèbre article du Times, qui fit le tour du monde lors du mouvement contre la guerre, il n’y a quasiment pas un recoin de la planète qui ne soit en ébullition, en particulier depuis la crise de 2008.

 

On peut énumérer le Printemps Arabe qui a mis en déroute des dictateurs et parcourut une bonne partie du monde arabe ; Occupy Wall Street, le plus grand mouvement critique aux Etats-Unis depuis les années 60 ; les indignés grecs et espagnols qui cavalcadent sur les désastres sociaux provoqués par la méga spéculation. Aux mêmes moments, l’Ukraine, la Syrie, le Soudan du Sud, la Thaïlande, la Bosnie, la Turquie et le Venezuela sont affectés par des protestations, des mobilisations et des actions de rues de diverses tendances.

 

Un pays qui depuis des décennies n’avait plus connu de protestations sociales comme le Brésil s’attend à des manifestations pendant le Mondial après que 350 villes aient vu des troubles qui gagnaient les rues. Au Chili un puissant mouvement de la jeunesse étudiante s’est mis en place qui ne montre pas de signes de fatigue, et au Pérou un conflit autour de l’extractivisme, qui ne s’apaise pas, dure depuis des lustres.

 

Quand l’opinion publique atteint la force d’une superpuissance, les gouvernements ont comme pratique de l’écouter pour la surmonter, la manipuler, la canaliser dans des directions où elle sera plus maniable que dans la conflagration des rues, conscients de ce que la répression à elle seule n’obtient pas grand-chose. C’est pour cela que des savoirs qui avant étaient le monopole de la gauche, depuis les partis jusqu’aux syndicats, à présent se rencontrent chez des concurrents capables de mouvoir les masses à des fins opposées à celles auxquelles aspire la gauche.

 

Campement en Uruguay (2010) sous les auspices de l’Open Society Institute.

 

Du 20 au 26 mars 2010 s’est réalisé dans le département uruguayen de Colonia un “Campement Latino-Américain de Jeunes Activistes Sociaux », dans la convocation duquel était annoncé “un espace d’échange horizontal” pour travailler à “une Amérique Latine plus juste et solidaire”. Parmi la bonne centaine d’activistes qui y participèrent aucun ne suspectait l’origine des fonds pour payer leur voyage et séjour, ni qui était en réalité derrière cette invitation. (Alai, 9 avril 2010, voir résumé en fin de texte Cómo el imperio expropia los saberes sociales)

 

Un jeune militant décida de mener une enquête pour savoir qui étaient ces Jeunes Activistes Sociaux qui organisaient une rencontre participative pour « commencer à construire une mémoire vive des expériences d’activisme social dans la région, apprendre les difficultés, identifier les bonnes pratiques locales utilisables au niveau régional, et maximiser l’étendue de la créativité et liens entre les protagonistes ».

 

Le résultat de ses investigations à travers les sites web lui permit de démontrer que le campement s’était déroulé sous les auspices de l’Open Society Institute de Georges Soros et d’autres institutions liées à celui-ci. Sa surprise fut grande parce que dans le campement se réalisèrent des réunions en cercles et des travaux collectifs avec de grandes feuilles de papier, ayant pour fond deswhipalas (bannière indigène aux carrés de 7 couleurs des peuples andins. NdT) et autres bannières indigènes. Un décor et un style qui donnaient à penser qu’il s’agissait d’une rencontre de même nature que les Forums Sociaux et tant d’autres activités militantes qui emploient des symboles et manières de faire similaires. Certains des ateliers utilisaient des méthodes identiques à celle de l’éducation populaire de Paulo Freire (pédagogue Brésilien, auteur de Pédagogie de l’Autonomie, ayant une grande pratique de l’alphabétisation des adultes dans le but de leur donner des outils de résistance à l’oppression. NdT) qu’habituellement, les mouvements anti systémiques sont les seuls à employer.

 

Ce qui est certain, c’est que ces quelques militants furent utilisés “démocratiquement” – puisque tous assurèrent qu’ils purent exprimer librement leurs opinions - pour des objectifs opposés à ceux pour lesquels ils avaient été convoqués. Cette formation de la fondation fut appliquée dans plusieurs ex républiques soviétiques, durant la « révolte » au Kirghizstan en 2010 et pendant la révolution orange en Ukraine en 2004.

 

Il est tout aussi certain que de nombreuses fondations et les plus diverses institutions envoient des fonds et des instructeurs à des groupes en affinité pour qu’ils se mobilisent et travaillent à faire tomber des gouvernements opposés à Washington. Dans le cas du Venezuela, ont été dénoncées à diverses reprises, des agences comme le Fond National Pour la Démocratie (NED sigle en anglais), crée par le Congrès des Etats-Unis pendant la présidence de Ronald Reagan. Ou la Fondation espagnole d’analyse et études sociales (FAES) sous égide de l’ex président José Maria Aznar.

 

Nous sommes face à une réalité très complexe : comment l’art de la mobilisation de rue, en particulier celle destinée à faire tomber des gouvernements, a-t-il été récupéré par des forces conservatrices ?

 

L’art de la confusion

Le journaliste Rafael Poch décrit le déploiement des forces de la place Maidan de Kiev : “Dans les moments les plus massifs, on pouvait compter quelques 70 000 personnes dans une ville de 4 millions d’habitants. Parmi eux, il y avait une minorité de quelques milliers, peut-être 4 ou 5 mille, équipés de casques, barres de fer, boucliers et battes pour affronter la police. Et dans ce collectif, il y avait un noyau dur de 1000 à 1500 personnes purement paramilitaires, disposés à mourir et à tuer qui représentaient une autre catégorie. Ce noyau dur a fait usage d’armes à feu ». (la Vanguardia, 25 février 2014)

 

Venezuela: Groupe violent en pleine action. Foto: AVN

 

Cette disposition de forces pour le combat de rues n’est pas nouvelle. Au cours du temps, elle a été utilisée par des forces différentes, antagoniques, pour parvenir à des objectifs tout aussi différents. Le dispositif que nous avons pu observer en Ukraine se répète en partie au Venezuela, ou des groupes armés s’infiltrent dans des manifestations plus ou moins importantes, avec l’objectif de faire tomber un gouvernement, en générant des situations d’ingouvernabilité, et le chaos jusqu’à la réalisation de  leur objectif.

 

La droite a tiré les leçons de la grande expérience insurrectionnelle de la classe ouvrière, principalement européenne, et des soulèvements populaires qui se sont succédé en Amérique Latine depuis le Caracazo de 1989. Une étude comparative entre ces deux moments devrait rendre compte des énormes différences entre les insurrections ouvrières des premières décennies du 20ème siècle, dirigées par des partis solidement organisés, et les soulèvements des secteurs populaires des dernières années de ce même siècle.

 

Dans tous les cas, les droites se sont montrées capables de créer un dispositif « populaire » comme celui que décrit Rafael Poch pour déstabiliser des gouvernements populaires en donnant l’impression que nous étions face  à une mobilisation légitime qui finissait par faire tomber des gouvernements illégitimes malgré que ceux-ci aient été élus et conservent le soutien de secteurs importants de la population. A ce point, la confusion devient un art aussi décisif, que l’art de l’insurrection dominé auparavant par les révolutionnaires.

 

Surfer sur la vague. 

Un art fort similaire fut celui dont firent preuve les groupes conservateurs du Brésil durant les manifestations de juin. Alors que les premières marches ne reçurent quasiment aucune couverture médiatique, sauf pour mettre en évidence le « vandalisme » des manifestants, à partir du 13, quand des centaines de mille descendirent dans la rue, une inflexion se produit.

 

Les manifestations obtinrent les grands titres mais il se produit ce que la sociologue brésilienne Silvia Viana définit comme « une reconstruction de la narration” vers d’autres fins. Le thème du prix des transports fut relégué au second plan, les drapeaux du Brésil furent mis en avant ainsi que le slogan « A bas la corruption » qui ne figurait pas dans les rassemblements du départ (le Monde Diplomatique, 21 juin 2013). Les médias de masse firent aussitôt disparaître les mouvements qui avaient appelé à manifester et mirent en leur lieu et place les réseaux sociaux, allant jusqu’à criminaliser les secteurs les plus militants pour leur supposée violence, pendant que la violence policière restait au second plan.

 

De cette façon, la droite, qui au Brésil n’a pas de capacité de mobilisation, a tenté de s’approprier la mobilisation qui avait des objectifs (la dénonciation de la spéculation immobilière et des mega chantiers du mondial) qu’elle était loin de partager. « Il est clair qu’il n’y a pas de lutte politique sans conflit pour des symboles » assure Viana,Dans ce conflit symbolique, la droite, qui à présent emballe ses coups d’états de prétextes comme la « défense de la démocratie » apprend plus rapidement que ses adversaires.

Raúl Zibechi

 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 16:12

Par John Pilger

Mondialisation.ca, 19 avril 2014

 

Photo: Paul Weinberg photographe sud-africain

Sur un de mes murs de Londres, j’ai mis ma photo préférée d’Afrique du Sud, une photo toujours vibrante à contempler, cette photo de Paul Weinberg d’une femme seule, debout entre deux véhicules blindés, les tristement célèbres “hippos”, alors qu’ils roulaient dans Soweto. Ses bras sont levés, les poings serrés, son corps fin à la fois invitant et défiant l’ennemi.

 

 

C’était le 1er Mai 1985. La dernière des grandes révoltes contre l’apartheid commençait. Douze ans plus tard, mon interdiction d’entrer en Afrique du Sud pendant 30 ans levée, il y eut un moment de “pince-moi je rêve” alors que j’atterissais à l’aéroport Jan Smuts et que je tendais mon passeport à l’agent de l’immigration sud-africaine noire. “bienvenue dans notre pays”, me dit-elle.

 

Je découvrais alors rapidement que l’esprit de résistance personnifié par cette femme sur la photo prise à Soweto avait survécu, avec un ubuntu vibrant qui réunit l’humanité africaine, la générosité et l’ingénuité politique, comme par exemple dans la décision toute de dignité de ceux dont je fus témoin, qui firent un cordon humain autour de la maison d’une veuve à qui on avait menacé de couper l’électricité et dans le rejet par les gens de ces “habitations” qu’ils appelaient “clapiers” et dans ces manifestations sociales de masse palpitantes, qui sont parmi les plus sophistiquées et les plus dynamiques au monde.

 

Au 20ème anniversaire du premier vote démocratique le 27 Avril 1994, c’est cette résistance, cette force pour la justice et le véritable progrès démocratique qui devrait être célébré, tandis que sa trahison et son gaspillage devraient être compris et gérés en conséquence.

 

Le 11 février 1990, Nelson Mandela sortait sur le balcon de la mairie de Cape Town avec le leader des mineurs Cyril Ramaphosa le soutenant. Finalement libre, il parla à des millions de sud-africains et de gens autour du monde. Ce fut le moment, cette seconde historique aussi rare et puissante que toutes les luttes universelles pour la liberté. Le pouvoir moral et le pouvoir de justice pouvaient triompher de tout, de toute orthodoxie il semblait. “Maintenant est venu le moment d’intensifier la lutte,” a dit Mandela dans un discours fier et revanchard, peut-être son meilleur ou le dernier de ses meilleurs.

 

Le lendemain il apparut pour se corriger lui-même. La règle de la majorité ne rendrait pas les noirs “dominants”. La retraite se précipita. Il n’y aurait pas de repossession publique des mines, des banques et des industries monopolistes rapaces, pas de démocratie économique, comme il l’avait promis avec les mots: “un changement ou une modification de nos vues à cet égard sont inconcevables”. Réassurant ainsi l’establishment blanc et ses alliés commerciaux étrangers, en ce que l’orthodoxie et le cronisme qui s’étaient construits, maintenus et avaient renforcé le fascisme de l’apartheid, devinrent alors l’agenda politique de la “nouvelle” Afrique du Sud.

 

Des accords secrets ont facilité tout cela. En 1985, l’apartheid avait souffert de deux désastres: la bourse de Johannesbourg s’était effondrée et le régime avait fait défaut sur sa dette étrangère croissante. En septembre de cette année là, un groupe emmené par Gavin Relly, PDG del’Anglo-American Corporation, rencontra Oliver Tambo, le président de l’ANC et d’autres officiels de la libération, à Mfuwe en Zambie.

 

Le message de Relly était qu’une “transition” de l’apartheid à une démocratie électorale gouvernée par les noirs était possible seulement si “l’ordre et la stabilité” étaient garantis. Ceci est l’expression codifiée pour un état capitaliste dans lequel la démocratie économique et sociale ne sera jamais une priorité. Le but était de séparer l’ANC entre les “modérés” avec lesquels ils pourraient faire des “affaires” (Tambo, Mandela, et Thabo Mbeki) et la majorité qui consituait le Front Uni Démocratique et qui se battait dans les rues.

 

La trahison du FUD et de ses composants les plus efficaces telle l’Organisation Civique Nationale est aujourd’hui une histoire secrète poignante.

 

En 1987 et 1990, les officiels de l’ANC emmenés par Mbeki, rencontrèrent 20 membres importants de l’élite Afrikaaner dans une demeure d’état près de Bath en Angleterre. Autour de l’âtre de Mells Park House, ils burent des vins fins et du whisky pur malt. Ils firent des plaisanteries au sujet de manger du raisin sud-africain “illégal”, car alors sujet à un boycott, “c’est un monde civilisé ici”, se rappela Moff Terreblanche, un courtier en bourse et grand ami de F.W. De Klerk. “Si vous buvez un coup avec quelqu’un, puis un autre, cela amène une forme de compréhension. Vraiment, nous devinrent amis.”

 

Ces réunions conviviales étaient si secrètes, que personne à part quelques sélectionnés de l’ANC, n’était au courant. Les principaux animateurs étaient ceux qui avaient profité de l’apartheid, comme par exemple le géant minier britannique Consolidated Goldfields, qui payait les factures de Mells Park House. La chose la plus importante discutée autour du feu était qui devrait contrôler le système économique derrière la façade “démocratique”.

 

Au même moment, Mandela conduisait lui-même ses propres négociations secrètes depuis sa prison de Pollsmoor. Son contact principal était Neil Barnard, un puriste de l’apartheid qui était le patron du service de renseignement sud-africain. Des confidences furent échangées, des assurances recherchées. Mandela téléphona à P.W. Botha le jour de son anniversaire; le Groot Krokodil l’invita pour le thé et comme Mandela le nota, servit même le thé à son prisonnier. Mandela sortit en pensant: “je suis sorti en ayant le sentiment que j’avais rencontré un chef d’état chaleureux, créatif, qui m’avait traité avec tout le respect et la dignité auxquels j’aurais pu m’attendre.”

 

C’était l’homme qui, comme Verwoerd et Vorster avant lui, avaient envoyé une nation africaine entière dans un goulag atroce caché du reste du monde. La plupart des victimes n’avait pas droit à la justice ni à la restitution pour ce crime épique de la période de l’apartheid. Pratiquement tous les verkramptes, extrémistes, comme ce “chaleureux et créatif” Botha, échappèrent à la justice.

 

Ironie du sort, ce fut Botha qui dans les années 1980, bien avant l’ANC une décennie plus tard, démantela l’échaffaudage de l’apartheid et, crucialement, fit la promotion d’une classe riche noire qui jouerait le rôle dont Frantz Fanon nous avait averti, comme la “ligne de transition entre la nation et un capitalisme rampant bien que camouflé.”

 

Dans les années 1980, des magazines comme “Ebony, Tribute and Enterprise” célébraient les “aspirations” de la bourgeoisie noire dont les maisons à deux garages de Soweto étaient inclues dans les visites guidées faites aux étrangers que le régime cherchait à impressionner. “Ceci est notre classe moyenne noire”, disaient les guides, mais il n’y avait pas de moyenne: juste une classe tampon qui avait été préparée comme l’écrivit Fanon pour sa “mission historique”. Ceci demeure inchangé aujourd’hui.

 

Le régime de Botha avait même offert de généreux emprunts à la classe d’affaire noire depuis l’Industrial Development Corporation. Ceci leur permettait de lier des contact en dehors des “bantoustans”. Ainsi, une entreprise noire comme New Africa Investments pouvait acheter des parts de Metropolitan Life (NdT: grosse compagnie d’assurance). En une décennie, Cyril Ramaphosa devint le vice-PDG d’une entreprise qui fut de fait créée par l’apartheid. Il est aujourd’hui un des hommes les plus riches du monde.

 

La transition fut dans un sens, bien lisse. “Vous pouvez l’appeler ce que vous voulez, vous pouvez l’appeler thatchérite, mais pour ce pays, la privatisation est une politique fondamentale,” m’avait dit personnellement le président Mandela à Groote Schur.

 

Mais c’est exactement l’opposé de ce que vous avez dit auparavant, avant les premières élections en 1994”, avais-je dit.

 

Il y a un processus”, fut sa réponse indécise, “et chaque processus incorpore des changements”.

 

Mandela réléchissait sur le mantra de l’ANC, qui semblait devenir les obsessions d’un super culte. Il y avait tous ces pélerinages de l’ANC à la Banque Mondiale, au FMI à Washington, toutes ces “présentations” à Davos, toutes ces basses flatteries au G-8 et tous ces conseillers et consultants étrangers qui allaient et venaient, tous ces rapports pseudo-académiques avec leur jargon “néo-libéral” et leurs acronymes. Pour paraphraser l’écrivain comique Larry David: “un ruisseau susurrant de conneries”, engloba les premiers gouvernements de l’ANC, spécifiquement ses ministères des finances.

 

Mettant de côté un moment l’enrichissement des notables de l’ANC bien documenté et les contrats d’armenent juteux, l’analyste de l’Afrique Peter Robbins a eu un point de vue intéressant là-dessus. “Je pense que le leadership de l’ANC avait honte que la vaste majorité de son peuple vive dans le tiers monde,” a t’il écrit ; “ils n’aiment pas se penser comme étant principalement une économie de style africain. Ainsi l’apartheid économique a remplacé l’apartheid légal avec les mêmes conséquences pour les mêmes personnes et pourtant cela est considéré comme un des plus grands succès de l’histoire du monde.

 

La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) de Desmond Tutu, a brossé cette réalité, même brièvement, lorsque les entreprises commerciales furent appelées au confessional. Ces auditions “institutionnelles” furent parmi les plus importantes, mais furent presque toutes dénigrées. Représentant l’industrie la plus mortelle, profitable, vorace et sans pitié au monde, la South African Chamber of Mines résuma un siècle d’exploitation en six pages et demies dérisoires. Aucune excuse pour les vastes étendues d’Afrique du Sud transformées en l’équivalent de Tchernobyl; aucune promesse de compensations pour ces hommes et familles minés par les maladies liées aux pratiques de l’extraction minière comme la silicose et la mésothéliomie. Beaucoup ne purent se payer des bouteilles d’oxygène, beaucoup de familles ne purent même pas payer les enterrements.

 

Avec un accent de l’ère des casques coloniaux, Julian Ogilvie-Thompson, ancien PDG de l’Anglo-American Enterprise, a dit à la Commission: “Sûrement, personne ne veut pénaliser le succès”. L’écoutant se trouvaient d’anciens mineurs qui pouvaient à peine respirer.

 

Les gouvernements de libération peuvent faire part de succès véritables et de longue durée depuis 1994. Mais la liberté plus fondamentale, celle de survivre et de faire mieux que survivre, de vivre décemment, a été refusée à la vaste majorité des Sud-Africains, qui sont parfaitement au courant que si l’ANC avait investi en eux et leur “économie informelle”, ceci aurait sûrement transformé la vie de millions de personnes. De la terre aurait pu être achetée et reprise pour créer de petites fermes pour les dépossédés, gérées dans l’esprit coopératif de l’agriculture africaine. Des millions de logements auraient été construits, une bien meilleure santé et éducation auraient été possibles. Un système d’emprunt à petite échelle aurait ouvert la voie à des biens et des services pour le grand nombre. Rien de tout ceci n’aurait nécessité l’import d’équipement ou de matières premières et l’investissement aurait créé des millions d’emplois. Alors qu’elles seraient devenues plus prospères, les communautés auraient développé leurs propres industries et une économie nationale indépendante.

 

Une hallucination ? L’inégalité violente qui frappe maintenant l’Afrique du Sud n’est pas une illusion elle. Ce fut Mandela lui-même qui a dit après tout: “Si l’ANC ne remplit pas ses promesses, alors les gens devront lui faire ce qu’ils ont fait du régime d’apartheid.

John Pilger

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 17:41

Par Thierry Meyssan

Réseau Voltaire

 

L’opinion publique française a accueilli avec scepticisme la nomination d’un nouveau gouvernement après la défaite électorale des socialistes aux élections municipales. Elle accepte avec résignation les réformes annoncées dans l’intérêt économique général. En réalité, observe Thierry Meyssan, le changement de gouvernement n’a rien à voir ni avec l’échec économique, ni avec l’occasion présentée par cette défaite électorale, mais reproduit un exemple historique permettant au président Hollande de révéler progressivement ses choix politiques personnels. De même la réforme territoriale, telle qu’envisagée, n’a rien à voir avec des économies budgétaires, mais avec le projet de liquidation de la République française.

 

D’anciens ministres de Jean-Marc Ayrault forment le nouveau gouvernement de Manuel Valls. Seuls deux sont remplacés.

Présenté comme une réponse à la défaite socialiste aux élections municipales des 23 et 30 mars 2014, le nouveau gouvernement de Manuel Valls acte en réalité le virage opéré par François Hollande lors de sa conférence de presse du 14 janvier. Le président, élu comme ancien Premier secrétaire du Parti socialiste, ne réfute pas le modèle du colonisateur Jules Ferry dont il s’est inspiré jusqu’ici, mais veut en plus y ajouter le modèle des relations avec les grandes entreprises du chancelier allemand Gerhard Schröder.

 

Lors de son intronisation, le président Hollande plaça son quinquennat sous les auspices de Jules Ferry (1832-1893) qui défendit les intérêts du grand capital français en développant le colonialisme [1]. L’auguste socialiste rendit aussi l’école laïque gratuite et obligatoire pour que les « hussards noirs » (c’est-à-dire les instituteurs et non pas les sergents recruteurs) y forment les jeunes Français afin qu’ils deviennent les soldats de l’expansion coloniale et de la Première Guerre mondiale. Simultanément, Jules Ferry enclencha une lutte contre l’Église catholique, détournant ainsi la colère des classes opprimées de la haute bourgeoisie vers le clergé.

 

La première partie du mandat de François Hollande fut donc marquée par la relance de la guerre en Syrie —dont Nicolas Sarkozy s’était retiré après la chute de l’Émirat islamique de Baba Amr— [2], l’intervention au Mali à la demande du président mis en place par la France [3], puis l’intervention en République centrafricaine [4]. Toutes ces aventures furent coordonnées depuis l’Élysée, souvent contre l’avis de l’état-major interarmes et du ministre de la Défense, par le chef de cabinet militaire, le général traditionaliste Benoît Puga [5].

 

En outre, le président Hollande réalisa une réforme de la législation sur le mariage pour l’ouvrir aux personnes de même sexe, non que cette loi soit une demande des homosexuels, mais parce qu’elle divisa son opposition politique et assimila la droite à une forme d’obscurantisme. Il s’apprêtait à imposer également la théorie du genre de Judith Butler, mais semble avoir reculé niant même l’existence des travaux de la féministe.

 

La seconde partie du quinquennat, annoncée le 14 janvier, soit deux mois et demi avant les élections municipales, se veut « sociale-démocrate », au sens de l’Agenda 2010 du chancelier allemand Gerhard Schröder : il s’agit de redresser la production en facilitant le travail des grandes entreprises. Menée il y a une décennie, cette politique allégea l’État fédéral, rendit les entreprises exportatrices plus compétitives, mais augmenta considérablement les disparités sociales et la pauvreté. François Hollande reçut même à l’Élysée Peter Hartz, l’ancien conseiller du chancelier Schröder, mais nia vouloir en faire son propre collaborateur : l’ancien directeur du personnel de Volkswagen avait été condamné à deux ans de prison pour avoir corrompu les syndicalistes de son entreprise en leur payant pour 2,6 millions d’euros de prostituées et de voyages exotiques. Il n’a pas été précisé si le président Hollande souhaite suivre l’exemple de Peter Hartz jusqu’à sa quatrième réforme qui limite à trois mois la durée des assurances chômage.

 

Le président annonça également son intention de clore l’épisode du « mariage pour tous » qui commençait à menacer l’unité de sa propre majorité parlementaire.

 

Les élections municipales

Jamais dans l’histoire de France des élections municipales ne débouchèrent sur un changement de gouvernement. Il semblait en effet impossible de tirer des conclusions nationales de scrutins exclusivement locaux. Pourtant, si l’on considère les 788 communes de plus de 50 000 habitants (correspondant à 23 % de la population), on observe une abstention record, principalement parmi les électeurs ayant voté deux ans plus tôt pour François Hollande. L’ampleur du désaveu fut telle que de nombreuses mairies traditionnellement ancrées à gauche passèrent à droite, au profit de l’UMP.

 

Transformant cette défaite en occasion pour réaliser sa mue, le président Hollande annonça la nomination d’un nouveau Premier ministre, Manuel Valls, et le chargea de former un nouveau gouvernement « resserré, cohérent et soudé » afin de mettre en œuvre ses annonces du 14 janvier. Le président pense ainsi suivre les pas de François Mitterrand qui, en juillet 1984, congédia son Premier ministre ouvriériste Pierre Mauroy, abandonna ses 101 propositions, et désigna un grand bourgeois, Laurent Fabius, pour conduire une politique plus « réaliste ».

 

De même que les communistes refusèrent de participer au gouvernement Fabius chargé de brader les promesses sociales de l’élection présidentielle, de même les Verts se retirèrent du gouvernement Valls, refusant de partager son échec prévisible. De même que François Mitterrand avait choisi un Premier ministre juif et sioniste pour apaiser l’hostilité d’Israël, de même François Hollande a t-il choisi une des personnalités les plus engagées en faveur de la colonisation de la Palestine. De même que Laurent Fabius était un Premier ministre trop jeune et inexpérimenté pour s’imposer auprès du florentin François Mitterrand, de même Manuel Valls n’a pas eu la capacité de former lui-même son gouvernement et a dû s’accommoder des suggestions présidentielles.

 

Cependant, si François Mitterrand avait opéré un vrai changement de politique et d’hommes en 1984, François Hollande entend poursuivre la politique qu’il a progressivement fait émerger durant sa première année et demie de mandat. Aussi le nouveau gouvernement comprend-il les mêmes hommes que le précédant, à deux exceptions près, la mère de ses enfants, Ségolène Royal, et son vieil ami, François Rebsamen. Nous pouvons en conclure que son objectif n’est pas d’abandonner le sillage de Jules Ferry, mais d’y ajouter l’exemple des relations avec le Grand capital de Gerhard Schröder.

 

Le gouvernement de manuel Valls

Lors de son discours d’investiture à l’Assemblée nationale, le 8 avril, Manuel Valls a repris consciencieusement les directives du président Hollande : « pacte de responsabilité » avec le Medef (syndicat patronal), « transition énergétique » pour les Verts, et « pacte social » pour les classes populaires [6]. C’est-à-dire des choix ciblés pour satisfaire des catégories d’électeurs et non pas un ensemble politique cohérent.

 

Or les besoins de la France sont faciles à établir : depuis de nombreuses années l’État renonce à ses moyens d’intervention, en abandonnant sa monnaie par exemple, tout en multipliant ses strates administratives, ses lois et ses règlements. Au final, le pouvoir est empêtré par sa bureaucratie et a perdu toute efficacité.

 

Si quelques responsables politiques mettent en cause ce processus, très rares sont ceux qui proposent de le changer. En effet, cette direction a été prise sous l’impulsion du suzerain états-unien et un changement de cap supposerait une crise politique internationale majeure, comme celle ouverte en 1966 par Charles De Gaulle lorsqu’il expulsa soudainement l’Otan hors de France.

 

Il n’est donc pas inutile de relever l’annonce par Manuel Valls d’une réforme majeure qui n’avait pas été évoquée auparavant. Après avoir souligné son attachement à la construction européenne et au couple franco-allemand, tout en contestant les options de la Banque centrale européenne, le Premier ministre déclara vouloir réformer en profondeur le « millefeuille territorial ». Au cours des années, aux communes et aux départements se sont ajoutés des communautés de communes, des pays et des régions. Il a proposé de diviser par deux le nombre de régions, de supprimer les départements avec leurs Conseils généraux, et de favoriser les regroupements de communes probablement en vue de la suppression des plus petites. Si tout le monde s’accorde à considérer que ce « millefeuille » était indigeste et coûteux, le choix des strates supprimées ne correspond pas à l’histoire politique française, mais au projet de transition des États-nations à l’Union européenne. Ce projet, instillé par les États-Unis lors du Plan Marshall, substituerait de grandes régions aux États-nations et transférerait les pouvoirs régaliens à une entité bureaucratique, la Commission européenne. Il s’oppose clairement au projet de régionalisation gaulliste de 1969.

 

Il est pour le moins étonnant de voir cette réforme traitée par le Premier ministre comme une simple variable d’ajustement économique alors que sa finalité ultime est la disparition de l’État français, donc de la République française, au profit de la bureaucratie bruxelloise (Union européenne et Otan).

 

Pourtant, Manuel Valls termina son discours par une ode à la République. Il déclara étrangement que « La France, oui, c’est l’arrogance de croire que ce que l’on fait ici vaut pour le reste du monde. Cette fameuse "arrogance française" que nos voisins nous prêtent souvent, c’est en fait l’immense générosité d’un pays qui souhaite se dépasser lui-même ». Deux phrases ambigües qui peuvent signifier une volonté d’exemplarité, mais aussi au contraire rappeler le « devoir de civilisation » invoqué par Jules Ferry pour attaquer la Tunisie et la Chine.

 

Ou va la France ?

Le changement de gouvernement ne répond pas au vote des Français aux élections municipales, mais correspond à la stratégie personnelle de François Hollande qui révèle progressivement ses véritables objectifs politiques : reprise de la colonisation et défense des intérêts du Medef. Ce dernier ne représentant que le Grand capital (seul le cinquième le plus riche des entreprises est affilié à ce syndicat patronal). Nous sommes loin de la République, c’est-à-dire de la recherche de l’intérêt général.

 

Cette politique a sa logique : en temps de crise, il est impossible d’accroître l’exploitation de la classe ouvrière, il faut aller chercher les super profits à l’étranger, chez des peuples qui n’ont pas les moyens de se défendre. Le sang va encore couler en Syrie et en Afrique, tandis que la misère va continuer à s’étendre en France.

Source Al-Watan (Syrie)

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