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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 15:56
Note de Bruno Arfeuille

mardi 20 août 2013, par Comité Valmy

Pour Schäuble, la Grèce aura besoin d’un troisième plan d’aide.


Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré mardi que la Grèce aurait besoin d’un nouveau plan d’aide international.

"Il faudra qu’il y ait un autre plan en Grèce", a-t-il dit lors d’un meeting électoral dans le nord de l’Allemagne.

Il a toutefois réaffirmé l’opposition du gouvernement à une nouvelle décote ("haircut") sur la dette grecque.

Jusqu’à présent, Wolfgang Schäuble avait déclaré que les créanciers internationaux d’Athènes pourraient devoir envisager un nouveau plan d’aide pour succéder au plan actuel, qui arrive à échéance fin 2014. Mais il n’avait jamais affirmé que cette issue était inévitable, ce qu’il a semblé reconnaître mardi.

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00543680-pour-schauble-la-grece-aura-besoin-d-un-troisieme-plan-d-aide-596494.php

 

En clair :


- Les deux premiers plans d’aide ont déjà coûté 240 milliards d’euros aux contribuables européens, mais la Grèce est toujours en faillite.

Donc maintenant, les Etats européens qui sont déjà surendettés vont emprunter des dizaines de milliards d’euros supplémentaires, et ensuite ils vont prêter cet argent à la Grèce : ce sera le troisième plan d’aide.

 Dans deux ans, la Grèce sera toujours en faillite.

Donc dans deux ans, les Etats européens qui sont déjà surendettés vont emprunter des dizaines de milliards d’euros supplémentaires, et ensuite ils vont prêter cet argent à la Grèce : ce sera le quatrième plan d’aide.

 Dans quatre ans, la Grèce sera toujours en faillite.

Donc dans quatre ans, les Etats européens qui sont déjà surendettés vont emprunter des dizaines de milliards d’euros supplémentaires, et ensuite ils vont prêter cet argent à la Grèce : ce sera le cinquième plan d’aide.

Etc, etc.

L’Union Européenne, c’est des pays surendettés qui se surendettent encore plus, pour pouvoir prêter de l’argent à des pays en faillite qui ne les rembourseront jamais.

 

L’Union Européenne, c’est un suicide collectif.


 

euro_suicide.png

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 10:09

 

APPEL des ASSISES du COMMUNISME - 30 juin 2013


Les communistes (*) dans leur diversité réunis à Gemenos  (13),  les 28-29-30 juin 2013, dans l’usine occupée des FRALIB s’adressent au peuple de France et aux salariés en lutte.

 

L'union Européenne: une constructio impérialiste faite par et pour le capital


Notre peuple connaît les dégâts causés par l’Union Européenne : A plus de 60%, il exprime un rejet profond, un sentiment de défiance et de colère à l’égard de cette « Europe » et de son Euro, confirmant le vote populaire contre le traité constitutionnel de 2005.

 

Depuis plus d’un demi-siècle, l’UE supranationale est une machine de guerre contre les salaires et les droits des salariés; elle aggrave la course au profit capitaliste et à l’exploitation par la suppression des barrières douanières en faveur du libre marché, la destruction des services publics, dans le contexte mondial de la multiplication des guerres, de la destruction d’Etats souverains, de nouvelles courses aux armements technologiques, des dominations transnationales sur les enjeux vitaux de la santé, de l’alimentation, de l’environnement, qui marquent la vie des travailleurs sur toute la planète.

 

L’Euro est son arme pour imposer que la seule variable d’ajustement soit le coût du travail, infliger l’austérité et la déréglementation sociale (salaires, retraites, droits sociaux..). On ne peut agir contre l’austérité et rester dans l’Euro. Il faut donc en sortir, mais par la porte de gauche, refusant tout repli nationaliste, toute aggravation de la guerre de tous contre tous, en inventant de nouvelles coopérations entre les peuples, débarrassées de la domination des marchés, des multinationales.

 

Cette U.E. « prison des peuples » n’est pas réformable.
Un grand débat populaire est nécessaire pour ouvrir une alternative progressiste

  • Sortir unilatéralement de l’UE, dénoncer tous les traités européens imposés contre le peuple.
  • Sortir de l’Euro, monnaie unique, carcan pour des économies nationales diversifiées.
  • Refuser la recentralisation des métropoles et super régions, qui s’attaquent au socle démocratique des communes et des départements dans la république, au profit d’une Europe fédérale des länder, éloignant les citoyens de la démocratie locale.
  • Refuser tout accord commercial transatlantique, qui approfondit la casse de l’Etat-Nation sous la loi des marchés, qui remet en cause même la démocratie,  en décidant sans consulter les parlements nationaux, et même contre l’avis des peuples..

Nous affirmons l’urgence d’un processus de réappropriation de la souveraineté nationale


L’histoire nous confirme que la Nation est le cadre permettant la souveraineté pour le peuple.

  • La nation française doit retrouver son indépendance monétaire, fiscale, douanière pour reconquérir la maîtrise de ses richesses par l’appropriation collective des grands moyens de production et d’échange dans des formes diversifiées.
  • Elle doit établir de nouveaux rapports de coopérations et d’échanges, dans la libre administration des hommes sur leurs ressources et le respect absolu de la non-ingérence.
  • Elle doit sortir de l’Otan et de l’Alliance atlantique. Nous refusons d’être un des « bras-armés » des Etats-Unis pour le nouveau (re)-partage du monde.

Il y a urgence à ouvrir une réponse populaire au nationalisme, à la fascisation

Marine Le Pen joue de sa place médiatique pour faire croire à une extrême droite démocratique et sociale. Mais elle est la face polie d’un courant politique de fascisation qui marque tous les pays européens, des identitaires en France, jusqu’aux Nazis de l’Aube Dorée en Grèce. L’extrême droite a toujours été l’arme du capitalisme pour poursuivre la guerre économique derrière l’affrontement des nationalismes. Les travailleurs ont tout à y perdre, alors que l’urgence est de renforcer leurs luttes, au plan national comme international, contre la mondialisation capitaliste. Elle propose une fausse sortie de l’UE par la porte de droite, celle des régressions sociales, des violences, de la concurrence !

 

L’enjeu des convergences des luttes pour le travail, seul créateur de valeur

C’est la classe ouvrière, les salariés des entreprises en lutte qui ont relancé l’enjeu des nationalisations et de l’appropriation sociale comme condition du développement industriel et de la recherche, de la relocalisation des productions, du maintien des droits sociaux. C’est dans des luttes longues et dures (Fralib, Sanofi, Psa, Goodyear, Florange, Pilpa, Veninov, Kem One, Gardanne, Ford, M’Real, Doux, Fraisnor, Renault…) que les salariés cherchent des leviers d’interventions à leur portée, et font émerger leurs objectifs politiques, non seulement pour leurs salaires et leurs besoins vitaux, mais pour affirmer le rôle essentiel du travail pour faire reculer la capacité du capital à spéculer et diriger la société.

L’Union Européenne de la concurrence « libre et non faussée », est renforcée par Hollande, l’UMP et tous les forces politiques gouvernementales (de gauche, de droite et écologistes), comme en Grèce, au Portugal, en Espagne ou en Italie. Elle est un obstacle au progrès social.

 

La CES, le PGE, les directions des confédérations syndicales Françaises, du PCF, les partis socialistes d’Europe prétendent qu’une « autre Europe », «sociale » est possible dans le cadre des lois du marché. Mais le capitalisme n’a plus de « grain à moudre » pour des compromis sociaux. Tous oublient que les aménagements à sa marge sont impossibles. L’accompagnement de sa crise ne corrige plus ses excès, et ne peut encore moins engager un début de rupture pour une autre société.

 

Leurs contre-réformes (retraites, droit du travail…) de Juppé à  Hollande, obéissent aux mêmes objectifs préconisés par l’U.E. et appellent à une confrontation sociale « tous ensemble » urgente.

 

Face à la réalité de la nocivité de cette Europe supranationale, nous sommes sans illusion. Communistes, nous analysonsle caractère mondialisé du capitalisme, sa course vers le marché mondial, sa concurrence permanente qui utilise les Etats et leur ancrage dans le cadre national pour une guerre de classe qui le rend incapable de répondre aux exigences légitimes des peuples.

 

Arrêtons les dégâts !
Brisons le carcan de l’Union Européenne, de la mondialisation capitaliste
En France, cassons un premier maillon de la chaîne !


Syndicalistes, militants politiques, organisés ou non, mais convaincus de la nécessité d’une sortie de l’UE pour pouvoir s’engager dans une politique nationalement souveraine en faveur des travailleurs et du peuple, nous avons décidé de nous exprimer collectivement en direction des salariés afin de mener avec eux un vaste débat. Nous vous appelons à soutenir l’Appel des Assises du Communisme.

  • Dénonciation des traités européens de Rome, Maastricht et Lisbonne
  • Retour à la monnaie nationale, renationalisation de la Banque de France permettant d’assurer l’indépendance monétaire, économique et douanière
  • Sortie de l’OTAN et de l’Alliance Atlantique
  • Arrêt des aventures militaires françaises en Afrique et au Moyen-Orient

Les signataires et participants aux Assises : venus de toute la France, organisés ou inorganisés, animateurs de blog et/ou militant de terrain avec Rouge Vif 13, Faire Vivre et Renforcer le PCF, le Pôle de Renaissance Communiste en France, le Rassemblement des Cercles Communistes, Rouge Vifs Ile de France, Action Communiste de Normandie, la gauche communiste, le collectif communiste polex, Colère et Espoir, des jeunes communistes, des communistes des sections PCF de Béziers, Marseille, Aubagne, Vénissieux, Arcachon, La Courneuve,...

 

Nota : la direction  du PCF n’était pas représentée.

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 08:55

23 juillet 2013 |  Par Martine Orange

MEDIAPART

 

Les banques, qui convoitaient l’épargne du Livret A, ont enfin réussi. Le gouvernement leur offre aujourd’hui 30 milliards d’euros supplémentaires en provenance de l’épargne réglementée, en attendant plus. Un cadeau fait aux banques sans la moindre contrepartie.

 

L’annonce a été faite le plus discrètement possible, par un simple communiqué du ministère des finances et de la Caisse des dépôts, samedi 20 juillet au matin. Mais qu’a donc à cacher le gouvernement pour faire une communication qui ne peut passer qu’inaperçue dans la touffeur d’un matin d’été ? Rien de moins qu’un énorme fric-frac sur l’épargne la plus partagée des Français : le Livret A. Les banques, après avoir pris en otages l’État et les contribuables, sont en train de faire main basse sur une partie de l’épargne des Français.

 

Comme nous l’avions annoncé la semaine dernière (voir Banques : l’entente cordiale avec le gouvernement), les banquiers ont obtenu, à l’issue de leur rencontre avec François Hollande vendredi19 juillet, de pouvoir garder pour eux une partie des sommes collectées par l’intermédiaire du Livret A et du livret de développement durable, et non de les remettre à la Caisse des dépôts, comme cela se faisait jusqu'ici. Officiellement, il s’agit de mieux utiliser les excédents de l’épargne réglementée, inutilisée pour le financement du logement social ou la politique de la ville, en les remettant à la disposition des banques.

Le brouillard est soigneusement entretenu autour de l’avenir du Livret A. Tout semble appelé à changer tant sur l’utilisation que sur la sécurité de ce placement, mais tout est fait pour persuader les Français que leur épargne reste intouchée.

Le silence est organisé au plus haut niveau politique. Bien que la Caisse des dépôts, dès sa création en 1816, ait été constituée comme une entité indépendante, placée sous le contrôle du Parlement, le gouvernement n’a prévu aucune communication, encore moins un projet de loi, à l’Assemblée nationale et au Sénat pour expliquer aux élus les évolutions majeures auxquelles est promis le Livret A. Les changements d’utilisation de quelque 364,2 milliards d’euros – encours du Livret A et du livret de développement durable au 30 juin dernier – sont tranchés par un simple décret, sans que cela semble émouvoir un seul élu.

 

Tout est donc laissé à la discrétion de Bercy. Et là, il y a tout à craindre. Cela fait des années que la haute administration des finances, alliée objective du monde bancaire, milite pour la fin du Livret A, de l’épargne réglementée, et entend d’une façon ou d’une autre avoir la haute main sur cette manne d’épargne qui lui échappe. Pour elle, ces dispositifs pour le logement social datent d’un autre temps. Les marchés sont censés pourvoir à tout.

 

Dans un rapport de 2010, la Cour des comptes s’inquiétait pourtant des tensions existantes dans le fonds d’épargne, qui gère l’ensemble de l’épargne centralisée à la Caisse des dépôts. Elle parlait de la concurrence d’autres produits d’épargne qui avaient détourné les Français du Livret A, de la difficulté à financer certains de programmes de logement sociaux même sur le très long terme, et des risques portés par le fonds d’épargne, sollicités bien au-delà de sa mission, pour le financement des PME ou la recapitalisation de Dexia – 480 millions d’euros totalement perdus depuis lors.

 

Elle recommandait alors de créer une structure totalement indépendante pour mieux isoler les engagements du fonds d’épargne, d’éviter de le solliciter pour des questions hors de sa mission, de baisser les taux et les commissionnements de collecte afin de faciliter les opérations de logement social mais de centraliser en retour 100 % de l’épargne collectée dans le cadre du Livret A afin de garantir à la fois l’épargne et le financement social.

 

Le ministère des finances n’a retenu que deux recommandations : la baisse des taux du Livret A et des frais de collecte. Pour le reste, elle a fait totalement l’inverse. Elle entretient le mélange et l’opacité, redonne encore plus d’épargne aux banques que ne leur avait concédé le gouvernement Sarkozy.

 

Combien ? La semaine dernière, Bercy évoquait la somme de 25 milliards d’euros supplémentaires pour les banques. Le communiqué du ministère des finances parle de 30 milliards d’euros. Lundi, Les Échos avançait la somme de 50 milliards d’euros. Une somme que dément une porte-parole de la Caisse des dépôts, mais sans pouvoir en dire plus. 

 

Car bien des inconnues, bien des mystères persistent. La Caisse des dépôts se dit aujourd’hui dans l’incapacité d’indiquer le niveau de ressources qu’elle pourra conserver par rapport à ses emplois. C’est juste le ratio prudentiel destiné à garantir la politique du financement social et garantir l’épargne ! Le ministère des finances nous avait indiqué  las emaine dernière le maintien  d'un ratio de 135 % des ressources sur emplois. Il nous l'a confirmé ( voir boîte noîre)


Ce qui paraît n’être qu’un détail technique est lourd de conséquences. Car c’est l’équilibre fragile entre une épargne disponible à tout moment et des financements à très long terme pour le logement social, la politique de la ville ou des missions d’intérêt général, qui a fait ses preuves depuis plus de cinquante ans qui est remis en cause.

 

Alors que les besoins en logements sociaux sont immenses – il manque environ 100 000 logements sociaux par an –, les opérations ont déjà beaucoup de mal à voir le jour, tant les conditions financières sont tendues. Qu’adviendra-t-il demain si la caisse des dépôts voit capter une partie de ses excédents, qui lui servaient justement par d’autres placements financiers à compenser des taux d’intérêts bonifiés et à garantir des opérations engagées à très long terme ? Le risque est grand que seuls les programmes, soutenus par ailleurs par les collectivités locales, puissent voir le jour. Compte tenu de la situation des finances locales, les opérations de logement social pourraient se réduire comme peau de chagrin .

 

Qu’en dit le ministère du logement et de l’aménagement des territoires, dirigé par Cécile Duflot ? Bien que directement concerné par la question, il est curieusement très silencieux sur le sujet. Il n’a pas répondu à nos questions pour savoir s’il avait été associé à la concertation sur le Livret A. Bercy semble avoir décidé seul que les financements pour le logement social étaient largement excédentaires.

Dérivation

C’est que le ministère des finances a d’autres vues sur cette manne. Tant d’argent ne saurait dormir dans des mains publiques. Il convient de le remettre dans le circuit monétaire, de le transmettre aux banquiers. Officiellement, il s’agit d’aider au financement des PME, objet de toutes les attentions politiques.

 

Mais en quoi ces quelques dizaines de milliards d’euros supplémentaires vont-ils faciliter l’augmentation des crédits des entreprises ? Des dispositifs, comme Oseo, sollicitant des milliards d’euros d’argent public, y compris du fonds d’épargne, ont été instaurés depuis des années. De leur côté, les banques gèrent déjà des centaines de milliards d’épargne des Français – la deuxième du monde – par le biais des assurances vie et des OPCVM. Pourtant, les entreprises ont toujours autant de mal à lever de l’argent, à trouver des capitaux, à augmenter leurs fonds propres et à obtenir des crédits.

 

Alors que font les banques de tout cet argent ? Selon Alternatives économiques, la distribution de crédit aux entreprises et ménages – c’est-à-dire les métiers traditionnels de la banque – représente 27 % de leurs activités. Pour le reste, il y a des activités de couverture et la spéculation sur les marchés.

 

Le financement des PME risque donc de n’être à nouveau qu’un prétexte. Mais l’important n’est pas là. Le pli est pris : la dérivation de l’épargne du Livret A est en place. Aujourd’hui, le ministère des finances peut dire qu’il ne s’agit que de 30 milliards d’euros. Demain, compte tenu de la fragilisation du système de financement du logement social qui sera mis en place, il sera aisé de dire que les excédents sont encore plus élevés, donc que plus d’argent encore doit aller aux banques. Simple vue de l’esprit ? Lorsque la distribution du Livret A a été accordée à toutes les banques en 2009, le gouvernement avait alors juré que le taux de centralisation de l’épargne collectée était de 70 %, et que tout était inscrit dans le marbre. On mesure aujourd’hui ce qu’il en est.

 

Ces changements sont tout sauf anodins pour les épargnants aussi. Pour l’instant, un épais silence entoure le statut futur de l’épargne conservée par les banques. Dans l’esprit des Français, les sommes placées sur le Livret A bénéficient de la garantie implicite de l’État. Mais ce ne sera plus le cas à l’avenir, pour une part d’entre elles. L’argent qui ne sera plus centralisé par la Caisse des dépôts mais conservé par les banques dépendra des banques elles-mêmes. Les montants déposés seront-ils inclus dans la garantie générale des dépôts fixée à 100 000 euros dans toute l’Europe ? Où y aura-t-il une extension de garantie particulière ?

 

Depuis la mise en faillite de Chypre en mars dernier, ces questions juridiques ne sont pas que des simples cas d’école. Les déposants des banques ont été mis directement à contribution lors du renflouement des banques chypriotes en faillite.

Ce qui devait être une exception est appelé à devenir la règle. Si les responsables européens n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur l’union bancaire, ils se sont entendus au moins sur une chose : à l’avenir, le modèle de résolution bancaire mis en œuvre à Chypre doit être la référence. Les actionnaires, les créanciers, et les déposants s’il le faut, doivent être appelés pour le renflouement. Cela change tout dans les rapports entre les clients et les banques. Compte tenu de l’opacité qui entoure le monde bancaire en France, qui peut être sûr que sa banque ne fera jamais faillite ? Dès lors, le Livret A, censé être sûr et rémunéré comme tel, ne peut plus être considéré comme un produit sans risque.

 

Se cachant derrière la technicité, le gouvernement feint d’ignorer ces bouleversements majeurs. Pire : ce nouveau cadeau fait aux banques – car il s’agit de mettre à leur disposition une liquidité qui leur fait cruellement défaut – n’est accompagné d’aucune exigence, d’aucune contrepartie.

 

Aucun contrôle ne semble être prévu sur l’utilisation par les banques de  l’épargne du Livret A. La leçon de la crise de 2008 aurait pu pourtant être retenue : à l’époque, 16 milliards d’euros, puisés déjà dans le Livret A, avaient été mis à leur disposition, pour assurer déjà le financement des PME. Comment a été utilisé cet argent ? Mystère. Mais à l’époque, les crédits aux PME se sont effondrés. Jamais les chefs d’entreprise n’ont autant parlé de leurs difficultés pour trouver des financements.

 

De même, le gouvernement n’a posé aucune condition au secteur bancaire pour l’obliger à diminuer sa taille et renforcer sa solidité. L’addition des bilans des trois premières banques françaises – BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole – représente trois fois et demi le PIB de la France. Mais officiellement, elles n’ont aucun problème ni d’exposition, ni de taille, ni de fonds propres, ni d’engagements. Alors que, pour renforcer leur bilan, les banques allemandes ou britanniques font des augmentations de capital, à prix bradé s’il le faut, les banques françaises, elles, n’ont aucunement besoin de solliciter leurs actionnaires. Quand la Deutsche Bank annonce sa volonté de diminuer ses effets de levier d’un cinquième d’ici à 2015 – sur injonction discrète semble-t-il de la Bundesbank et du gouvernement allemand –, les banques françaises n’ont officiellement aucun besoin de diminuer leur bilan. Pourquoi le feraient-elles d’ailleurs ? Le gouvernement n’exige rien. Mieux : il leur offre l’épargne des Français.

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 08:41

lundi 22 juillet 2013, par Comité Valmy

 

Georges Corm, ancien ministre libanais des Finances et spécialiste du Proche-Orient * : « Il pourrait y avoir de la violence en Egypte, mais point de guerre civile ouverte »


L’Egypte n’arrête pas de surprendre. Et pour cause, révolution et contre-révolution cohabitent. Tantôt le pouvoir paraît être tombé entre les mains des militaires, tantôt entre les mains du peuple de la place Tahrir. Le pays est entré brutalement en ébullition, faisant ainsi craindre le pire. Ce qui se passe ne peut laisser indifférent, vu l’influence de l’Egypte sur le reste du monde arabe et musulman, et ce, depuis les temps les plus reculés. Pour comprendre les évènements qui se déroulent dans ce grand pays arabe et africain, nous nous sommes adressés à M. Gorges Corm, l’un des plus grands spécialistes des questions de la mondialisation et du Proche-Orient.


Reporters : En Egypte, l’armée est intervenue pour destituer un président islamiste élu après une année de pouvoir au sommet de l’Etat. Selon vous, ce scénario était-il prémédité ?


Georges Corm : Non, je ne le pense pas du tout. L’armée était loin d’être hostile aux Frères musulmans après la chute de Moubarak. Le président de la Commission de réforme de la Constitution nommé par elle, Tarek Bichri, était proche de ces milieux. Je pense qu’ils ont vu dans l’arrivée des Frères en dernière minute dans la première vague révolutionnaire un élément de stabilité face aux demandes libertaires. Par la suite, ils se sont aperçus qu’ils avaient été bernés par eux (limogeage du maréchal Tantaoui et du général Annan) et que les Frères investissaient l’Etat de toutes parts et probablement tentaient d’infiltrer l’armée. L’ampleur du mouvement populaire de révolte contre ce mouvement des Frères a précipité l’intervention de l’armée à leur côté pour chasser le président Morsi qui n’avait guère montré de souplesse.

 

Reporters : Pour certains observateurs de la scène égyptienne, la guerre civile a déjà commencé dans ce pays. Partagez-vous cet avis ?


Georges Corm : Non. La longue histoire de l’Egypte n’est pas caractérisée par des mouvements populaires violents de contestation. Même la révolte de 2011 est restée totalement pacifique, tout comme celle de la Tunisie. Par contre, le mouvement des Frères musulmans a toujours eu un double visage : celui d’un mouvement politique moderne ouvert au dialogue en apparence et celui d’un mouvement clandestin fascisant pouvant pratiquer la violence, comme il l’a souvent fait au cours des décennies précédentes : assassinats de personnalités politiques, tel le président Sadate, ou tentatives d’assassinat comme par exemple sur le président Nasser ou sur le célèbre écrivain Najeeb Mahfouz, prix Nobel de littérature (et bien d’autres), ou encore attaques sanglantes de groupes de touristes étrangers. Il pourrait donc y avoir de la violence en Egypte, mais point de guerre civile ouverte.

 

Reporters :Qu’est-ce qui aurait pu se passer si l’armée égyptienne s’était gardée de ne pas faire le coup contre le président Morsi ?


Georges Corm : Je pense qu’en tout état de cause, l’armée serait intervenue, car la mise sous contrôle de l’Etat et de la société d’un parti politique à référent religieux massif, s’érigeant en seul interprète de l’islam, aurait été intolérable pour l’armée égyptienne, gardienne de la stabilité politique de l’Egypte depuis le coup d’Etat des officiers libres en 1952 et l’appui populaire massif dont a pu jouir le président Gamal Abel Nasser.

Reporters : Qu’en est-il des anti-Morsi ? Les masses qu’ils représentent font-elles partie d’un même camp idéologique ?

 

Georges Corm : Oui, je pense que le mouvement Tamarroud porte bien son nom. Il rassemble vraiment tous les Egyptiens qui veulent en finir avec le règne de la gabegie et de la corruption, la confiscation des libertés individuelles par des mouvements théologico-politiques, les profondes inégalités sociales et une politique étrangère qui a mis l’Egypte à la traîne sur le plan régional. Le parti salafiste Al Nour n’a fait, en principe, alliance avec lui que pour marquer son opposition aux Frères musulmans et non parce qu’il serait dans une mouvance libertaire. Il a d’ailleurs refusé de participer au nouveau gouvernement. Cela dit, il y a dans la coalition Tamarroud des sensibilités très différentes : des libéraux et néo-libéraux, des nationalistes nassériens, des tendances socialisantes en économie.

 

Reporters :La chute de Morsi illustre-t-elle l’incapacité de l’islam politique à gérer les affaires de la cité comme l’avancent certains analystes ?


Georges Corm : Cette chute illustre surtout l’échec du mouvement des Frères musulmans à coexister avec les autres nombreuses forces politiques de l’Egypte, mais aussi avec les Coptes qui se sont vus encore plus minorisés qu’avant ; en sus de leur échec à mieux gérer les problèmes socioéconomiques et financiers aigus de l’Egypte. Par ailleurs, ces présupposés doctrinaires n’ont pris de l’importance que dans le cadre de la lutte anticommuniste et antinationaliste arabe où la coalition des Etats-Unis, du Pakistan et de l’Arabie saoudite a pratiqué une instrumentalisation scandaleuse de la religion musulmane qui dure hélas jusqu’aujourd’hui et qui sème des discordes violentes dans beaucoup de pays arabes et musulmans entre les pratiques différentes de l’Islam par diverses communautés se réclamant de cette religion.

 

Reporters : Quelles sont, aujourd’hui en Egypte, les forces susceptibles d’assurer une transition sans heurt ?


Georges Corm : Il faut espérer que la coalition actuelle restera soudée et qu’elle pourra rapidement faire du bon travail économique et social, car la situation est vraiment très mauvaise. Cette coalition représente massivement la classe moyenne, les syndicats ouvriers et toutes les forces de la société civile à tendance laïque.

 

Reporters : Sitôt le président Morsi tombé, certaines monarchies du Golfe n’ont pas hésité à venir à la rescousse des nouvelles autorités. Comment analysez-vous ce fait ?


Georges Corm : Il est effectivement intéressant de noter que l’Arabie saoudite, première puissance musulmane au monde exportatrice de radicalisme religieux, les Emirats arabes unis et le Koweït ont immédiatement apporté leur soutien au changement survenu en Egypte. C’est une chose que de soutenir des mouvances islamiques clientes, c’en est une autre de les voir arriver au pouvoir et par les urnes dans le plus grand pays arabe ! Ce qui pourrait à terme menacer les régimes monarchiques conservateurs et usés de la Péninsule arabique. Je pense que le changement survenu de façon abrupte à la tête de la principauté de Qatar (retrait du pouvoir de l’Emir et de son cousin Premier ministre, tous les deux hyperactifs sur la scène arabe par leur soutien aux diverses mouvances islamiques, y compris les plus radicales et les plus violentes, notamment en Syrie) doit s’interpréter dans ce contexte et dans celui de la rivalité du Qatar et de l’Arabie saoudite dans la prééminence hégémonique sur le monde arabe.

 

Reporters :L’Egypte est au centre du Monde arabe, quel impact aura la crise que ce pays connaît sur l’avenir de cet ensemble géopolitique ?


Georges Corm : L’Egypte traverse une période difficile, mais fertile de son histoire contemporaine, dont le déroulement futur influencera largement le reste du Monde arabe. Les manifestants contre le pouvoir des Frères ont eu des slogans très hostiles aux Etats-Unis. Le rétablissement de la dignité nationale égyptienne, ce n’est pas seulement des élections et plus de libertés individuelles, c’est aussi une révision du traité inégal de Camp David qui limite la souveraineté égyptienne sur le Sinaï (ce qui permet aux mouvances radicales islamistes d’y sévir à leur aise) et le droit naturel de l’Egypte d’aider les Palestiniens à résister efficacement à la poursuite scandaleuse de la colonisation de la Cisjordanie contraire au droit international et du blocus économique de la population asphyxiée et misérable de la bande Gaza. L’avenir dira si le mouvement révolutionnaire laïc en Egypte pourra aller jusqu’au bout de sa logique, ce qui pourrait contribuer de façon fondamentale à sortir le monde arabe de sa stagnation et de son sous-développement.

 

Reporters :Comment peut-on expliquer la réaction défavorable de l’Occident à la destitution du chef de l’Etat, Morsi, alors qu’il semblait avoir d’excellents rapports avec l’oligarchie militaire égyptienne ?


Georges Corm : Comme à l’accoutumée, notamment en janvier 2011, il y a eu beaucoup de tergiversations, et les médias occidentaux ont adopté le verdict du « coup d’Etat » militaire. L’ambassadrice américaine en Egypte s’est faite copieusement conspuer par les manifestants en raison de la sympathie ouverte qu’elle a exprimée à Morsi et aux Frères musulmans. De façon générale, depuis le début des révolutions arabes, l’Occident a manifesté une très grande sympathie pour les mouvances islamiques et panislamiques. Leur cauchemar serait le retour au nationalisme arabe laïc des années cinquante et soixante que les anciennes puissances coloniales, tout comme les Etats-Unis, ont férocement combattu. Ce type de nationalisme s’il revenait au pouvoir mettrait en danger les intérêts politiques et économiques et l’hégémonie de l’Occident sur cette région stratégique du monde, ainsi que, entre autres, la scandaleuse colonisation de la Cisjordanie par Israël en infraction patente au droit international, de même que le blocus de la bande de Gaza qui fait de sa population une des plus miséreuses au monde. Aussi, les Etats occidentaux ont-ils toujours eu beaucoup de tendresse et d’affection pour les différentes formes d’islam radical cosmopolite qui considère le nationalisme arabe comme impie et à combattre.

 

Par Farid Allouache Algérie
reporters.dz

22 juillet 2013

 

* Natif d’Alexandrie et de nationalité libanaise, Georges Corm est ancien ministre des Finances du Liban. Docteur en droit de la Faculté de droit et des sciences économiques de Paris (1969) et diplômé de l’Institut d’Etudes politiques de Paris - section économique et financière (1961), M. Corm a consacré à aux thèmes de la mondialisation et du Proche-Orient de nombreux ouvrages. On peut citer, entre autres, Le nouveau désordre économique mondial (La découverte, 1993, 1994) ; Histoire du pluralisme religieux dans le bassin méditerranéen (L.G.D.J., 1972 et Geuthner, 1998) ; L’Europe et l’Orient. De la balkanisation à la libanisation. Histoire d’une modernité inaccomplie (La Découverte, 1988, 2002, 2004) ; Le Proche-Orient éclaté (Folio/histoire, 1983, 1988, 1997, 1990, 1999 – prix de l’Amitié franco-arabe, 2002, 2004, 2005, 2007) ; Orient-Occident : la fracture imaginaire (La Découverte 2002, 2004) ; Histoire du Moyen-Orient. De l’Antiquité à nos jours (La Découverte, 2007, 2008) ; L’Europe et le mythe de l’Occident. La construction d’une histoire (La Découverte, 2009).

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 16:28

 

Intervention aux Assises  de Jean-Claude Delaunay  Jean-Claude Delaunay le samedi 29 juin 2013 matin à propos de l’économie capitaliste aujourd’hui.

 

Bien que vous m’ayez fait l’amitié de me demander de dire quelques mots d’introduction à cette discussion du samedi matin sur la crise, je ne vais pas en profiter pour faire un cours sur « la crise ».

 

D’abord la plupart d’entre vous, ceux des Fralib en premier lieu, mais aussi toutes celles et tous ceux qui luttent aux côtés des travailleurs malmenés dans ce pays par le grand Capital, connaissent ce sujet. Inutile d’en rajouter.

 

En même temps, je pense qu’on ne peut éviter d’en débattre et de confronter réflexions, observations, expériences et conclusions pour contribuer, si c’est possible, à l’unification des luttes. Aussi ai-je choisi de vous présenter 4 Fiches, orientées par le thème que je crois central pour expliquer la crise actuelle de la société française et pour la combattre : la mondialisation capitaliste. La mondialisation capitaliste, choisie par le grand capital comme solution à ses problèmes de rentabilité à la fin des années 1970, a entraîné l’économie française (et l’économie mondiale) dans la crise. Pour en sortir en fonction de leurs propres intérêts, ils accroissent encore la crise qu’ils ont engendrée. Le socialisme est bien la véritable issue à cette situation de plus en plus douloureuse et dégradée.

 

Ces quatre fiches ont un titre provocateur. Je souhaite montrer que l’élément faisant la différence entre la provocation propre à chacun de ces titres et la réalité sociale que nous, communistes, cherchons à comprendre pour la transformer, c’est la mondialisation capitaliste.

 

Finalement, je cherche à montrer que la mondialisation capitaliste devrait être, sur chacun des sujets concernés, le thème dont nous aurions à nous saisir pour convaincre de la nécessité du socialisme.

 

 Fiche n°1) François Hollande après tout n’est pas pire que Guy Mollet.

 Fiche n°2) Si on s’oppose à la mondialisation, on est comme le Front National.

 Fiche n° 3) Lutter contre la mondialisation, c’est être aussi réactionnaire que les « luddistes ».

 Fiche n°4) La nation n’est plus opérationnelle aujourd’hui.


Au moment où je mets ces notes au propre, je suis très en retard. Je vais donc seulement rédiger la fiche n°1 pour mettre immédiatement cette rédaction sur les sites concernés, avant la coupure de la mi-juillet. J’espère compléter ma rédaction dès que possible.


Fiche n°1 : François Hollande, après tout, n’est pas pire que Guy Mollet

 a) Présentation générale du problème


Le sujet de cette fiche m’est venu à la suite d’une discussion avec un ami sur le gouvernement actuel. Cet ami, qui a connu la guerre d’Algérie, me disait : « Hollande, après tout, ce n’est pas pire que Guy Mollet ». D’une certaine manière, c’est vrai. Les socialistes ont toujours été les socialistes. Léon Blum a refusé de soutenir la République espagnole, les députés socialistes ont voté les pleins pouvoirs à Pétain, Guy Mollet a donné à la guerre d’Algérie une impulsion nouvelle alors qu’il avait été élu pour faire la paix, Mitterrand s’est résolument engagé dans l’Union européenne et a fait voter Maastricht, et ainsi de suite.

 

Mais la situation générale actuelle est profondément différente de celle de la fin des années 1950. C’est cette différence qui, à mon avis, fait que Hollande est pire que Guy Mollet, contrairement à ce que disait mon ami. Or je crois que si on analyse bien cette différence, on est mieux à même, au plan de la lutte des idées, de corriger certaines incompréhensions populaires relativement aux socialistes.

 

Cette différence, c’est la mondialisation capitaliste. Elle s’est manifestée de manière simple à comprendre, au moins rétrospectivement. Guy Mollet a mené la guerre en Algérie mais en même temps les salariés, les ouvriers ont pu, alors qu’il était au gouvernement, satisfaire un certain nombre de revendications. D’où l’idée que, avec les socialistes, il faut s’attendre au pire mais que, si on lutte, on peut les contraindre à faire du social.

 

Ce que chacun peut observer, c’est que, avec Hollande, il n’est même plus possible de faire du social. Qu’est-ce qui bloque ? Que faut-il comprendre ? Dans quelle direction faut-il se battre ?

 

 b) Qu’y avait-il avant la mondialisation capitaliste ?


Je voudrais d’abord mettre en lumière le fait suivant. La mondialisation n’est pas la mondialisation capitaliste. La Chine, par exemple, est si grande que son économie est nécessairement mondialisée. Mais le fait qu’elle soit mondialisée, que la moindre de ses actions influence le monde entier, qu’elle soit tenue d’avoir des relations économiques avec les pays du monde entier, que ce soit pour acheter ou pour vendre, ne signifie pas qu’elle obéisse aux lois et aux contraintes de la mondialisation capitaliste. Qu’est-ce donc que la mondialisation capitaliste ?

 

Pour répondre à cette question de manière précise, je préfère effectuer un détour historique. Au cours des années 1970, le système capitaliste est entré en crise profonde, sur tous les plans de la politique, de la culture et de l’économie. Pour m’en tenir à l’économie, je dirai que l’on a pu observer partout la tendance à la baisse du taux général de profit, celui que l’on mesure à l’échelle de tout le pays. On sait que cette tendance est très critique pour le système capitaliste, surtout quand les agents qui le dirigent, les capitalistes, ne savent plus quoi faire pour l’arrêter.

 

Or c’est ce qui s’est produit. Pendant une dizaine d’années, ils ont « merdoyé » dans le marécage de solutions qui ne faisaient qu’aggraver POUR EUX AUSSI les dérèglements de la situation. Jusqu’au jour où, sous la conduite du gouvernement américain, ils ont pris le taureau par les cornes et se sont engagés dans la recherche et la mise en place d’un système régénéré, toujours capitaliste évidemment, mais néanmoins en partie renouvelé. Le renouvellement a consisté à faire porter sur les couches populaires TOUTES LES DIFFICULTÉS, tout le poids de la crise.

 

Pour comprendre ce nouveau système, je vais le comparer au précédent, celui qu’il a remplacé. A cette époque, le Parti communiste français prenait appui sur une théorie économique originale, selon laquelle, depuis la crise des années 1930, le système capitaliste avait profondément évolué par rapport à celui qu’avait théorisé Lénine. Certes, le concept de capitalisme monopoliste d’État figurait déjà dans les écrits de Lénine. Mais la théorie qu’élaborait alors la section économique du PCF et que les communistes reprenaient à leur compte, était différente sur quelques points essentiels. Cette théorisation me semble avoir été convenable. Elle a été quasiment oubliée car l’inculture théorique est devenue la règle. Mais elle a plutôt bien décrit la situation d’après la deuxième guerre mondiale.

 

En très gros, dans un contexte mondial marqué par : 1) l’affirmation de la puissance soviétique, 2) l’affirmation du rôle des classes ouvrières et paysannes partout en Europe pour lutter contre les nazis, 3) la défaite des impérialistes japonais et l’accession de la Chine à l’indépendance nationale, avec instauration du socialisme et du communisme, 4) l’éclatement progressif des empires coloniaux, 5) le besoin de reconstruire les économies dévastées pendant la guerre de 1939-1945, fut réalisée la mise en place, d’intensité et de profondeur variable selon les pays, d’un système socio-économique mondial où, dans chaque nation développée, une place effective était accordée au Travail relativement au Capital.

 

Le système a été conçu mondialement comme en témoignent les accords monétaires de l’époque (Bretton Woods). Une sorte de trame mondiale a été mise en place. Je ne développe pas. Mais sa réalisation concrète a été nationale et fonction des luttes de classes. C’est dans ce contexte aussi que l’État américain a remplacé l’État britannique comme État dominant au sein du système capitaliste mondial.

 

C’est ce système, mis en place après les années 1945 que, au plan national, les puissances capitalistes et les grandes firmes capitalistes ont, à la fin des années 1970, décidé de « faire sauter ». Il s’est agi de neutraliser et d’éliminer ce que, après la guerre et au plan national, le Travail avait pu conquérir comme droits et avantages. Même s’il y a eu d’autres aspects très importants, je ne les développe pas et me centre sur le travail. Car c’est ainsi que les capitalistes résolvent leur crise, sur le dos des travailleurs et au bénéfice des capitalistes.

 

Certes, les capitalistes n’ont pas, spontanément, la conscience innée et claire du mouvement des choses. Mais ils détiennent le pouvoir économique. Ils exercent le pouvoir politique, directement ou indirectement. Ils ont la richesse et la puissance. Ils vont dans les écoles de haut niveau. Ils ont la capacité d’accéder aux commandes de l’État et de disposer d’une vue générale beaucoup plus facilement que les prolétaires. Enfin, ils ont l’expérience de l’exploitation du travail. Ils savent ce que s’approprier du temps de travail veut dire.

 

 c) La mondialisation capitaliste


Elle est la conséquence de la situation que je viens d’évoquer. A l’époque, fin des années 1970-début des années 1980, on a parlé de « crise du capitalisme monopolistes d’État ». Ensuite, les concepts de CME et de crise du CME ont disparu dans les sables. Mais peu importe.

 

La mondialisation capitaliste est un mouvement, un processus. Je veux dire par là que ça ne s’est pas réalisé en un seul coup, que ce n’est pas fini, et que l’on peut distinguer des sous - périodes. Cela bouge et c’est contradictoire, comme aurait pu le chanter Claude François. Certains prétendent que la mondialisation a toujours existé, que le capitalisme est par essence, mondial. Moi, je veux bien. Mais à condition de voir les étapes et ce qui change de l’une à l’autre. Car si tout existe depuis le commencement des temps, pourquoi s’inquiéter et pourquoi réfléchir ?

 

Par conséquent, la mondialisation capitaliste d’aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ? En résumé (on pourra se reporter à l’annexe 1 pour une analyse un peu plus détaillée), c’est un processus de libération du capital sous toutes ses formes par rapport aux contraintes sociales et territoriales qui lui étaient imposées dans le cadre du capitalisme monopoliste d’État.

Avec la mondialisation capitaliste, les capitalistes d’un territoire donné sont à peu près complètement libérés des contraintes qui existaient auparavant sur ce territoire relativement au capital et à l’exploitation capitaliste. En tant qu’entité économique, le territoire ne les intéresse plus vraiment. Leur territoire, désormais, c’est le monde entier, enfin, la partie du monde qui a de l’argent.

 

Puisque ce territoire ne les intéresse plus vraiment, ils sont prêts à prendre de l’argent versé par l’État de ce territoire mais ils ne voient pas de raisons de lui en verser en retour. Les dépenses publiques doivent être reportées sur les petits producteurs nationaux et sur les consommateurs. Pour illustrer mon propos, je dirai que, pour une grande firme mondiale contemporaine, ses laboratoires de recherche tendent à ne plus avoir de sous bassement national. La stratégie de recherche de ces grandes firmes est une stratégie directement mondiale. Alors, pourquoi financer par des impôts la recherche dans le territoire français ?

 

La conséquence de ce processus est qu’il n’y a plus de politique économique nationale. Cela n’a plus de sens. L’État national s’est dépossédé de ses moyens d’action antérieurs. Il a été privatisé dans tous les sens du terme et mis au service très étroit du grand Capital en même temps que la production des grands groupes était dénationalisée. La production nationale devient un territoire de chasse des grands groupes (extérieurs), qui viennent faire librement leur marché sur le territoire national. En même temps, un nombre important de grands groupes (français) s’en va ailleurs.

 

 d) Retour à Hollande et conclusions


Dans ce nouveau, comment apprécier l’action gouvernementale ? C’est simple, rien n’est possible qui ne satisfasse les intérêts du grand Capital. Avec Guy Mollet, les travailleurs pouvaient gagner quelque chose de durable. Avec Hollande, ce qui est gagné d’un côté est un mistigri qu’il faudra caser ailleurs.

 

Quand Hollande promettait quelque chose pendant sa campagne, il mentait consciemment. Aujourd’hui, un système de rapports sociaux s’impose aux travailleurs, en France ou ailleurs. Ce sont les rapports sociaux de la mondialisation capitaliste. Cela il l’accepte et ne voit aucune raison de le changer. Les gesticulations de Montebourg sur la « démondialisation » ne mettent pas en cause le bloc nouvellement construit de la mondialisation capitaliste.

 

Les travailleurs produisent la richesse. Non seulement ils n’ont absolument aucune maîtrise sur elle. Mais le moindre morceau qu’ils ou elles en réclament est inévitablement excessif. Leur nation est devenue ouverte à tous les vents du capitalisme mondial. Il ne faut pas faire peur aux capitaux qui arrivent (car sinon ils ne vont pas venir) et il ne faut pas faire peur aux capitaux qui sont là (car ils risquent de partir).

 

Mon propos ne vise pas à conclure que la lutte des travailleurs est désormais inutile. Mais, si ce que je viens de dire est exact, il en résulte plusieurs conséquences que nous devrions aider les travailleurs de ce pays à comprendre pour agir en conséquence. J’en vois cinq.

 

1) Il n’est plus possible de croire que l’on peut faire du social dans le système actuel. Le social, ou la redistribution d’une partie des richesses, est une étape désormais dépassée dans cette société si rien ne change.

 

2) Les socialistes ne peuvent faire que du sociétal et ils ne peuvent promettre que du social car, comme ils disent, ce sont des partenaires loyaux du capitalisme. Mais en tant que partenaires loyaux du capitalisme financier mondialisé, toute promesse de leur part d’œuvrer pour du social est nécessairement une tromperie. Il faut en tirer les conséquences.

 

3) D’abord relativement à la droite et à l’opinion conservatrice. Cette fraction de l’opinion sera sollicitée pour soutenir les intérêts du grand capital mondialisé sous les prétextes les plus divers. Je crois que le cœur théorique de la lutte contre les conservateurs de ce pays doit être constitué par la lutte contre la mondialisation capitaliste, ses causes, ses conséquences. Je suis convaincu que notre argumentation peut contribuer, sur le fondement de la vérité et de la franche discussion, à faire réfléchir un certain nombre d’entre eux et, pourquoi pas, à les rallier à notre combat, si nous savons en définir les termes convenables. Le combat actuel n’est pas celui de l’anticapitalisme. C’est celui du socialisme. Or dans le socialisme, il y a, il y aura des capitalistes. Ils auront la possibilité de faire du profit et de déployer leur énergie conformément à leur compréhension du monde. Mais ils ne seront plus dominants. Ils ne feront plus la loi.

 

4) Ensuite, relativement à celles et ceux qui se nourrissent encore « des illusions socialistes ». Il doit être clair que le sociétal ne suffit absolument pas à régler les problèmes de cette société. Il doit être clair également que le social ne sera pas satisfait par la reconduite au pouvoir des « élites socialiste ». Celles-ci doivent être chassées du pouvoir, mais par d’autres moyens que l’abstention ou le Front national. Il doit être clair enfin, que le social ne sera satisfait que dans d’autres rapports sociaux de production, le socialisme. La juste appréciation de la mondialisation capitaliste est ce qui devrait nous conduire le plus directement à l’exigence du socialisme. Aujourd’hui, la bataille n’est plus seulement et de loin celle du social. Elle est simultanément celle de la souveraineté nationale et celle du socialisme.

 

5) Le combat contre la mondialisation capitaliste n’est pas un combat de type altermondialiste. La mondialiste capitaliste est un processus de destruction des nations. Lutter contre la mondialisation capitaliste supposer de rétablir la nation dans ses droits et simultanément de lutter pour le socialisme.

 

De la même manière, lutter contre la mondialisation capitaliste ne peut consister à opposer quelques digues à la fureur de ses flots. Comme Carthage autrefois, la mondialisation capitaliste doit être détruite. Le combat pour le socialisme doit être un combat national, évidemment situé dans les conditions mondiales du fonctionnement économique et politique de notre époque. Mais ce ne peut être un combat aboutissant à l’acceptation de ce que les classes dominantes ont réussi à imposer, sous le prétexte que « cela est ».

 

Au contraire, nous devons réaffirmer que la nation est la réalité sociologique, économique, politique et culturelle de notre temps. C’est une réalité, certes contradictoire, certes évolutive, mais adaptée au combat des classes populaires et dans laquelle les travailleurs de toutes sortes, scientifiques, administratifs, médicaux, de l’éducation, peuvent et doivent trouver leur place. Que les maîtres actuels de ce monde, les bourgeois du capital mondialisé, ricanent lorsque nous, communistes, leur parlons de nation et nous traitent de réactionnaires, est normal. Nous n’attendons rien d’autre de leur part. Nous savons ce qu’est la mondialisation capitaliste.

 

Pour lutter contre celle-ci, en fonction des possibilités politiques et des aptitudes économiques, le combat doit être national, socialiste et communiste. Aujourd’hui, à Gémenos, nous ne participons pas seulement aux assises du communisme. Nous participons en réalité aux assises du socialisme et du communisme pour contribuer à arrêter l’intolérable décadence de la France et la souffrance de son peuple.

 

Jean-Claude Delaunay


Annexe 1

Analyse de la mondialisation capitaliste

J’ai reporté à la fin de mon texte ces éléments d’analyse de la mondialisation capitaliste car ils alourdissent la fiche n°1. Les lira qui veut.

 

Voyons les acteurs du processus.


Ce sont, d’abord, les grandes entreprises, bancaires et industrielles, de taille mondiale, ce que les communistes, à la suite de Lénine, appellent les monopoles. Ce qui a changé à ce niveau est notamment la taille des monopoles. Le géant américain du commerce de détail, Wall Mart, salarie environ 1.300.000 salariés dans le monde. La concurrence entre ces titans du capitalisme en est évidemment modifiée par rapport à ce qu’elle était il y a un siècle. Pour participer à la concurrence mondiale, il faut se muscler en permanence, disent les managers. C’est un refrain connu des travailleurs. Il faut, disent ces managers, mener la guerre économique. Jusqu’au dernier de leurs salariés, cela va de soi.

 

Ce qui a également changé, dans chaque nation, est l’origine des grandes entreprises mondialisées. Elles viennent de plus en plus de l’extérieur. Il se produit un croisement plurinational intensif des capitaux. Enfin, parmi ces grandes entreprises mondialisées, on observe un nombre croissant d’investisseurs institutionnels, par exemple des « fonds de pension ». Les liens entre capital bancaire et industriel se complexifient.

Ce sont, ensuite, les États nationaux. Avec la mondialisation capitaliste, ces derniers n’ont pas disparu, loin de là. Ce sont les États qui, par exemple, ont mis en place l’infrastructure législative et administrative de la mondialisation capitaliste. Ils continuent de le faire. Ce sont eux qui mènent la bagarre contre les salariés en général pour réduire les prestations sociales et accroître d’autant la part du revenu national attribué aux capitalistes. Enfin, les États capitalistes deviennent des aménageurs systématiques de l’implantation, dans chaque nation, d’intérêts capitalistes étrangers (extérieurs ou externes, car quelle est l’exacte nationalité d’un groupe ?), tout comme ils organisent et soutiennent les capitaux qui veulent s’en aller ailleurs, les fermetures d’entreprises, « les dégraissages ».

 

Ce sont, enfin, les superstructures mondiales et la direction impérialiste, actuellement nord-américaine. Je reviendrai sur ce point.

 

La finalité du processus, ensuite.


Cette finalité est bien sûr, la rentabilité capitaliste, le profit maximum. Mais elle a un nom, celui de la liberté. Tel est le principe idéologique général du capitalisme, à savoir la liberté. Il s’agit en réalité et surtout de la liberté économique de chaque centre de décision, de chaque unité propriétaire d’une parcelle de pouvoir économique et donc de capital technique et financier. Comme chacun le sait, la liberté économique propre au capitalisme, c’est la liberté des plus gros, des plus forts, des plus puissants, des plus musclés, c’est la liberté d’exploiter le travail salarié.

 

Avec la mondialisation capitaliste, les capitalistes se sont sentis enfin libres ! Libres des pressions exercées sur eux par « les salauds de pauvres », libres de la pression fiscale étatique, libres de la législation nationale en matière écologique, libres du droit du travail !

 

Avec la mondialisation capitaliste, toutes les formes du Capital ont été libérées, qu’il s’agisse du capital marchandise (réduction et suppression des droits de douane), du capital argent (liberté complète de circulation des capitaux courts et longs), du capital productif (liberté complète de rachat d’entreprises en France par des capitalistes extérieurs et liberté d’exportation dans d’autres pays de capitaux nationaux). Le capital variable (son substrat, la force de travail) a été soumis à de nouvelles modalités de fonctionnement au premier rang desquelles la flexibilité et la précarité. Quant au capital public, il est lui aussi « libéré » grâce aux privatisations.

 

Pour organiser au mieux la liberté du Capital en général, les États capitalistes et les agents du système capitaliste ont considérablement développé le moyen d’information et le moyen de transport le plus adapté à cette liberté complète, à savoir les marchés financiers. Je ne développe pas ces points, l’important étant, à mon avis, de comprendre que LA FINANCE, comme on dit, est un élément dans un mécanisme plus global, celui de la mondialisation capitaliste.

 

En raison de cette extension qualitativement nouvelle, certains radicaux ont choisi de parler d’ultra libéralisme pour décrire et critiquer le monde capitaliste contemporain. Oui, sans doute. Encore convient-il de ne pas oublier que cet ultralibéralisme est la forme actuelle de fonctionnement du capitalisme monopoliste financier mondialisé. Autant nommer les phénomènes plutôt que de faire des contorsions. La critique sociale des communistes ne devrait pas porter, selon moi et à titre principal, sur l’ultralibéralisme. Elle devrait porter d’abord et avant tout sur le capitalisme monopoliste financier mondialisé, dans sa phase actuelle.

Voyons maintenant quelques contradictions de la mondialisation capitaliste.

La mondialisation capitaliste a, si l’on peut dire, démarré sur les chapeaux de roues. En Grande Bretagne et aux États-Unis, par exemple, le mouvement syndical a été réduit momentanément au silence. Au cours des années 1980-1990 la concentration du capital ayant résulté de l’ouverture des frontières et de la déréglementation des opérations de toutes sortes a stimulé les taux de rentabilité. C’est dans cette ambiance euphorique que le socialisme de type soviétique a été mis à mort (fin des années 1980).

 

Cela dit, les contradictions propres au système capitaliste n’ont pas disparu. Elles ont eu pour effet l’accroissement de l’exploitation ouvrière. Tous les salariés ont eu tendance à être touchés. Je note cinq contradictions majeures propres à ce processus. Il y en a d’autres.

 

 a) La première contradiction vient de ce que, le Capital se « libérant » pour s’ébattre dans le champ mondial, les entreprises capitalistes se sont libérées des obligations sociales de l’État, de la politique économique et de ses contraintes fiscales. La notion de politique économique a disparu ou s’est évanouie, en même temps que l’importance de la nation s’estompait. La première contradiction est donc celle entre nation et monde, avec la polarisation suivante. Les catégories ouvrières ou étatiques sont plutôt liées au territoire national. Alors que les catégories capitalistes, surtout chez les plus gros, se déploient dans le monde. Pour elles, la demande mondiale a remplacé la demande nationale. La contradiction entre nation et monde capitaliste est la forme territoriale de la contradiction accrue avec la mondialisation capitaliste entre Capital et Travail. Comme les idées dominantes sont celles de la classe dominante, la mondialisation capitaliste est « bien » par principe, alors que l’attachement à la nation est considéré comme « rétrograde », stupide, réactionnaire.

 

 b) La deuxième contradiction est la suivante. Bazarder les nations, c’est une chose. Cela dit, au plan mondial, les entreprises capitalistes et par conséquent les économies du monde entier ne disposent plus des filets de sécurité que représentaient les États lorsque le capitalisme fonctionnait dans un cadre national. On observe une contradiction forte entre le périmètre mondialisé du fonctionnement du système capitaliste et sa stabilité.

 

La fragilité du système capitaliste dans son entier s’est accrue. Aujourd’hui, les dirigeants capitalistes parlent de moraliser « le système ». Je pense que c’est de la rhétorique, pour les raisons suivantes. 1) On ne peut pas d’un côté « libérer » le comportement des agents et prétendre simultanément le contrôler. 2) Il n’existe pas d’État ou de superstructure mondiale pour réaliser ce contrôle.

On observe une contradiction entre l’échelle, croissante, du business capitaliste et la stabilité, décroissante, de ce business. Car, à l’échelle mondiale, le business n’a plus de filets de sécurité. Les sociétés sont entrées dans un processus de régression, relativement au critère de la sécurité. Les idéologues de la bourgeoisie capitaliste mondialisée ne manquent jamais une occasion de vanter « la beauté du risque ». Bien sûr, le risque est « pour les autres ».

 

 c) La troisième contradiction est liée au rôle joué par les marchés financiers et à la relation qu’ils entretiennent avec les marchés réels et la force de travail.

 

Les marchés financiers sont indispensables au fonctionnement du capitalisme mondialisé. Or les marchés financiers ont eu d’une part, de nouvelles fonctions dans la gestion des affaires capitalistes. Mais d’autre part, ils ont accru la probabilité que le système entre en crise.

 

De nouvelles fonctions ? Certainement. Il n’existe pas de service mondial de planification et d’évaluation des rentabilités. Les marchés financiers ont donc pour fonction d’informer les capitalistes sur les taux de rentabilité ici et là. Ils ont ensuite pour fonction de centraliser mieux « l’épargne mondiale », c’est-à-dire toutes ces fractions de plus-value transformées en monnaie et disponibles ici et là. Cela dit, cette épargne mondiale doit être rémunérée. Ces marchés financiers ont « aidé » à la privatisation des secteurs publics, consécutive de la mondialisation capitaliste. Ils ont un peu aidé au financement des investissements des entreprises partant à la conquête de nouveaux marchés. Mais surtout, ils ont été la garantie de la mobilité généralisée du capital. Il existe environ 35 places financières dans le monde. Ces places financières permettent au capital de se déplacer partout, plus loin, plus vite, plus rapidement. Ce sont les instruments de la mobilité mondiale du capital.

 

Simultanément, les marchés financiers ont accru l’exploitation du travail et les risques du système.

D’abord, les marchés financiers ont été des facteurs de surexploitation du travail. En effet, après les années 1980, l’arrivée massive de l’épargne sur les marchés financiers (épargne devant être rémunérée) s’est ajoutée au capital ordinaire pour la quête du profit. Or cette arrivée massive ne s’est pas traduite par un nouveau partage au sein de la plus-value existante. Elle s’est traduite par l’exigence d’extraire une quantité plus grande de plus-value.

 

Ensuite, les marchés financiers sont devenus des lieux de rentabilité « en eux-mêmes ». Les risques du système ont alors été accrus de manière considérable car ces marchés ne se conduisent pas de la même façon que « les marchés réels ».

Au premier rang des risques du système figure la suraccumulation. Dans le langage des marxistes, la suraccumulation désigne une situation caractérisée par une double limite. La limite du marché : ce qui a été produit ne peut pas être vendu, la limite de l’exploitation directe, les capitalistes n’arrivent plus à extraire le travail en quantité suffisante. Au total, il y a trop de capital à la recherche du profit.

 

C’était déjà le cas auparavant. Mais avec la mondialisation capitaliste, ces phénomènes ont pris, grâce aux marchés financiers, une ampleur considérable. Une nouvelle catégorie de marchandises (nouvelle en tant que quantités car ces marchandises existaient quoique en petit nombre) est apparue, aujourd’hui de manière massive, démesurée, celle des marchandises financières.

 

A partir du moment où les marchés financiers sont les clés du fonctionnement mondial capitaliste, non régulé et non contrôlé, ils nourrissent des facteurs permanents et intensifiés de suraccumulation du capital.

 

Pour illustrer le propos, supposons que l’on observe la production de melons en France, charentais cela va de soi car ce sont les meilleurs. Pour produire des melons, il faut du travail, du capital, et beaucoup d’amour. Mais voilà qu’un inventeur génial invente une nouvelle catégorie de melons, le cyber-melon, ou « melon produit en ordinateur ». Les cyber-melons sont des melons produits par ordinateur et qui seront consommés dans un an, deux ans, vingt ans. En théorie, ils ont toujours un rapport avec le melon réel. En réalité, ce rapport devient de plus en plus ténu. Car produire des cyber-melons est relativement facile. Il suffit d’un double clic et on a 30 millions de tonnes supplémentaires de melons. Mais si ces 30 millions de melons seront produits dans 20 ou 30 ans, leur rapport avec « le melon réel » est faible.

 

A l’échelle mondiale, la spéculation risque de n’avoir aucune limite. Il est clair, également, que la production de cyber-melon n’a plus de lien avec un quelconque territoire. On peut produire des cyber-melons sur les pentes de l’Himalaya.

 

Cela dit, ce sont des marchandises. Ces trente millions supplémentaires de cyber-melons, qui viennent d’être produits en un seul double clic, sont des marchandises financières. Elles s’achètent et se vendent. Et il y a du profit derrière. Il y a donc des acheteurs et des vendeurs de cyber-melon. Comment ce marché peut-il fonctionner ? Des techniques appropriées d’achat/vente sont mises en place. Mais en plus, ce qui permet la poursuite de cette sarabande est le système bancaire. La création monétaire participe du financement de cette production fantastique. Le résultat de tout ce processus, via les marchés financiers alimentés en carburants monétaire par les banques, est une immense accumulation de marchandises fictives relativement aux possibilités réelles de production du profit et d’écoulement des melons. Cette immense accumulation tend donc à se transformer en surexploitation et en suraccumulation.

 

Je ne vais pas développer ce point davantage. Cependant on peut retenir que la mondialisation capitaliste accroît la contradiction, via les marchés financiers, entre la production réelle et « la production financière ». Cette dernière devient motrice de l’ensemble productif. Elle engendre de la fiction qui n’en demande pas moins du profit réel et donc de la production réelle.

 

 d) La quatrième contradiction est celle existant entre l’extension du périmètre mondial du capitalisme et la capacité de ce système à préserver la paix entre les États.

En effet, que s’est-il passé ? La mondialisation capitaliste n’a pas pu aboutir à la formation d’un État mondial. Les capitalistes ne l’ont même pas cherché. On le voit lorsque la crise éclate, gigantesque. Ils se réunissent ici ou là, en faisant semblant de se lamenter sur « l’immoralité des agents », sur le besoin de moraliser les comportements.

Il y aurait des brebis galeuses. Mort aux brebis galeuses, entend-on glapir dans ces réunions rocambolesques ! Il faut surveiller les brebis galeuses ! Tous les grands de ce monde se lamentent que n’existe pas un État ou une superstructure pour définir ces règles de morale et les appliquer. C’est tout simplement grotesque. Ils ne sont pas capables de s’entendre pour mettre en place une structure commune de contrôle de leurs propres agents. Ils sont là pour en défendre les intérêts et non pour les contrôler.

 

Cela dit, la société est comme la nature. Elle a horreur du vide. Il n’y a pas d’État mondial, mais il faut quand même quelques règles mondialement reconnues et suivies. Il faut au moins un gendarme mondial. C’est pourquoi la mondialisation capitaliste des années 1980 a été suivie par le renforcement du rôle mondial de l’État capitaliste le plus puissant, le capitalisme américain. A l’ombre de la faillite du socialisme de type soviétique, l’impérialisme américain est devenu la clé de voûte renforcée non seulement politique, mais économique et culturelle de la mondialisation capitaliste.

 

C’est au cours des années 1970 que se mettent en place les mécanismes économiques par l’intermédiaire desquels le dollar US devient véritablement une monnaie mondiale. Mais les mécanismes politiques vont de pair. Le traité de l’Otan ne devient pas caduc avec la fin de l’union soviétique. On peut être certain que l’impérialisme américain et ses acolytes de l’impérialisme chercheront à empêcher, par tous les moyens, toute atteinte portée à ce qu’ils considèrent comme « la liberté économique mondiale », ou encore « la concurrence libre et non faussée ». La quatrième contradiction que je note est donc celle existant entre, d’une part, les intérêts économiques et politiques directeurs de la mondialisation capitaliste, et d’autre part les États, les nations et les peuples qui voudraient s’en extraire ou qui ne joueraient pas le jeu. La mondialisation capitaliste n’est pas porteuse de paix. Elle est porteuse de guerre.

 

 e) La cinquième contradiction que je retiens est celle existant entre la mondialisation capitaliste et la force fragmentée et dispersée des capitaux issus des États européens. Avec la mondialisation capitaliste, les bourgeoisies capitalistes ont été confrontées à l’existence de grandes nations, celle des États-Unis au premier chef. Mais elles savent que, dans un avenir proche, elles devront au moins faire face à ces autres grandes nations que sont l’Inde et la Chine. A mon avis, la mondialisation capitaliste a donné une impulsion nouvelle, un contenu renouvelé, à la construction de l’Union européenne par rapport à ce que ce projet pouvait être après la deuxième guerre mondiale.

 

A mon avis, l’Union européenne et son pivot qui est la monnaie unique, l’euro avec une tendance à la surévaluation de cette monnaie, est à la conjonction de trois séries de sous - contradictions, si l’on peut dire.

 

a) La contradiction Capital/Travail, classique. Définir une monnaie unique avec des règles strictes de préservation de la valeur de cette monnaie, cela revient à imposer au Travail des règles et des contraintes fortes. L’euro ne doit pas être dévalué. Donc le travail ne doit pas obtenir plus de rémunération que cette contrainte ne le permet. Je pense, par exemple, que la fraction « française » de la bourgeoisie mondialisée a dû considérer que la monnaie unique était une bonne façon de contrôler les possibles excès revendicatifs de la main-d’œuvre française.

 

b) La contradiction entre fractions de la bourgeoisie mondialisée des différents pays européens eux-mêmes. Au sein de l’Union européenne, ces fractions se sont aménagées une place en fonction de leurs objectifs stratégiques, avec tout un ensemble de petits satellites autour (pays de l’Est, pays du Sud).

La fraction britannique, plutôt financière, agit pour que l’Europe demeure « un grand marché » morcelé. Son avenir est plus dans la finance que dans l’industrie et elle est accrochée aux États-Unis. Elle est le porte-avion européen des puissants capitaux américains.

La fraction allemande agit pour sa suprématie économique au sein de l’Europe. Sa classe ouvrière est soumise. La monnaie unique surévaluée est pour elle un moyen de réduire le prix relatif de ses importations sans nuire à ses exportations, eu égard aux produits qu’elle vend et au niveau élevé de productivité de son industrie.

La fraction française a bénéficié de la contrainte pesant sur les revendications de sa main-d’œuvre grâce à la monnaie unique. Mais elle a de la peine à suivre et sa main-d’œuvre manque de docilité.

 

c) La contradiction entre les différentes fractions de la bourgeoisie mondialisée européenne et la bourgeoisie mondialisée des États-Unis. Ce que l’on observe aujourd’hui est la domination à peu près complète de l’Union européenne par les États-Unis. La contradiction est donc très faible. Au plan économique, il n’existe pas encore de marché européen financier unifié qui permettrait de rivaliser avec les grandes places américaines. Quant au niveau élevé du taux de change de l’euro, il permet aux capitalistes d’Europe d’accéder à moindre coût à la technologie américaine. Pas besoin, d’avoir une recherche européenne. La mise en place d’un marché atlantique va dans le même sens. Cela dit, les fractions de bourgeoisies mondialisées propres à ces deux zones doivent rechercher leur articulation et peuvent entrer en contradiction.

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 09:10

Salim Lamrani, journaliste et maître de conférences : « De nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire »

Source "Reporters".

« De nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire »

 

Développement de l’idéologie des droits de l’Homme, servant comme faire-valoir pour légitimer l’hégémonie occidentale sur le monde, thématique à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, et lecture sur le modèle de développement adopté par certains pays d’Amérique du Sud, et qui est à même, selon lui, de constituer une alternative pour les peuples du tiers-monde, notamment, Salim Lamrani, docteur ès Etudes ibériques et latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, maître de conférences à l’Université de La Réunion, et, également, journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, nous livre dans cet entretien un éclairage sur ces questions.

 

Entretien réalisé par Boudjemaa Medjkoun et Mehdia Belkadi 

Reporters : Le département d’Etat américain vient de publier son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde dans lequel il s’évertue, comme à son accoutumée, à distribuer les bons points aux pays amis et critique ceux jugés récalcitrants, au moment même où les services secrets américains, la NSA et la CIA, ainsi que les services britanniques, sont épinglés par les révélations d’Edward Snowden, qui font état de l’existence de vastes programmes d’espionnage systématique et massif, qui constituent une violation du droit fondamental à la vie privée et à la confidentialité de la correspondance. De quelle crédibilité peut se prévaloir un tel rapport et quel degré d’objectivité peut-on lui accorder ?

  

Salim Lamrani : La problématique des droits de l’Homme est bien souvent politisée et utilisée à l’encontre des nations ciblées par les Etats-Unis. Les déclarations de Washington à ce sujet ne sont pas crédibles dans la mesure où ses meilleurs alliés en Amérique latine sont les nations qui présentent la pire situation des droits de l’Homme tels que le Mexique, la Colombie ou le Honduras. Au Moyen-Orient, les pays disposant des meilleures relations avec les Etats-Unis sont les pires théocraties de la région tels que le Qatar ou l’Arabie saoudite. Ces rapports servent uniquement à justifier auprès de l’opinion publique l’hostilité à l’égard de certains pays.

 

Sur le continent latino-américain, le pays le plus stigmatisé à propos de la question des droits de l’Homme est Cuba. Cependant, je vous invite à prendre le dernier rapport d’Amnesty International et de comparer la situation des droits de l’Homme à Cuba et aux Etats-Unis par exemple. On sera grandement surpris par les découvertes. Même chose pour l’Union européenne, prenez le rapport sur Cuba et comparez-le aux rapports sur les 27 pays membres et vous verrez que l’UE ne dispose absolument d’aucune autorité morale pour disserter sur la question des droits de l’Homme.

Tout comme les grandes puissances, les médias manipulent également la question des droits de l’Homme. Je vous invite à jeter un œil sur mon ouvrage qui sortira en septembre 2013 que j’ai intitulé : «Cuba : les médias face au défi de l’impartialité ».

 

Reporters :En Europe, la législation de plusieurs pays, dont la France, interdit le financement d’organisations qui peuvent influer sur l’opinion et la changer. Au même moment, ces pays ne se gênent pas, à travers des organismes spécialisés créés à cet effet de financer et d’encadrer des associations et ONG à travers le monde, avec l’objectif d’agir sur l’opinion et de la canaliser en fonction de leurs intérêts. Comment expliquer cette duplicité et sa justification ?

 

Salim Lamrani : Tous les pays du monde sanctionnent par le biais de leur Code pénal le fait d’être stipendié par une puissance étrangère. En France, l’article 411-4 du Code pénal prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. En réalité, de nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire.

 

Reporters : Pour aborder un autre sujet, quelle lecture faites-vous de la situation en Amérique du Sud, notamment avec l’ouverture amorcée à Cuba, la disparition du président Chavez et le ralentissement remarqué dans l’élan des projets d’intégration régionale ? Et avec l’émergence, ces dernières années, de dirigeants de gauche à la tête de plusieurs pays, pensez-vous qu’un processus de changement global puisse prendre corps à partir de l’Amérique du Sud ?

 

Salim Lamrani : L’avenir se trouve dans la nouvelle Amérique latine dont font partie des nations telles que le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Nicaragua, l’Uruguay, sans oublier la présence historique de Cuba. Ces nations ont élu à leur tête des dirigeants progressistes qui ont choisi de placer l’humain au centre du projet de société et les résultats sont spectaculaires. On note partout un recul de la pauvreté, une amélioration de l’indice de développement humain, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. Le cas le plus spectaculaire reste le Venezuela d’Hugo Chávez qui a quasiment éradiqué l’extrême pauvreté, s’est débarrassé de l’analphabétisme et fait désormais partie des nations à IDH élevé. Tous ces pays ont en quelque sorte atteint une seconde indépendance et adoptent ensemble des politiques d’intégration régionale, avec l’Alliance bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) et la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui regroupe pour la première fois de l’histoire les 33 pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe. L’Amérique latine a réussi à s’émanciper de l’ombre tutélaire des Etats-Unis et n’a jamais été aussi unie de son histoire.

 

Reporters :  51 ans après, quelle est, aujourd’hui, la réalité de l’embargo américain sur Cuba ? Et quelle est la nature de l’ouverture opérée ces derniers temps, avec l’arrivée aux commandes de Raul Castro ? Est-elle une évolution contrôlée ou une réalité imposée par le contexte régional et mondial, et quel sera son impact sur le développement des rapports de force en Amérique du Sud ?

 

Salim Lamrani : Comme je le souligne dans mon livre Etat de siège, les Etats-Unis imposent à Cuba des sanctions économiques unilatérales depuis 1960. Elles ont été établies en pleine Guerre froide dans le but de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, dont les réformes économiques et sociales n’étaient guère appréciées par l’administration Eisenhower de l’époque. Plus d’un demi-siècle plus tard, alors que l’Union soviétique a disparu et que la Guerre froide n’est plus qu’un vieux souvenir, Washington persiste à maintenir un état de siège économique qui asphyxie toutes les catégories de la population cubaine et qui affecte en premier lieu les secteurs les plus vulnérables, à savoir les femmes, les personnes âgées et les enfants.

 

Il faut savoir que la rhétorique diplomatique pour justifier l’hostilité étasunienne vis-à-vis de Cuba a fluctué selon les époques. Dans un premier temps, il s’agissait des nationalisations et leurs indemnisations. Par la suite, Washington a évoqué l’alliance avec l’Union soviétique comme principal obstacle à la normalisation des relations entre les deux pays. Puis, dans les années 1970 et 1980, l’intervention cubaine en Afrique, plus précisément en Angola et en Namibie, pour aider les mouvements de libération nationale à obtenir leur indépendance et pour lutter contre l’Apartheid en Afrique du Sud, a été pointée du doigt pour expliquer le maintien des sanctions économiques. Enfin, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, Washington brandit l’argument de la démocratie et des droits de l’Homme pour maintenir l’étranglement économique sur la nation cubaine. Les sanctions économiques contre Cuba constituent le principal obstacle au développement du pays et tous les secteurs de la société en sont affectés. Il faut savoir que les Etats-Unis ont toujours été le marché naturel de Cuba pour des raisons historiques et géographiques évidentes. La distance qui sépare les deux nations ne dépasse pas les 150 km. En 1959, 73 % des exportations cubaines étaient destinées au marché étasunien et que 70 % des importations en étaient issues. Il y avait donc une forte dépendance à l’égard du Voisin du Nord. Entre 1960 et 1991, les relations avec l’URSS avaient permis d’atténuer l’impact des sanctions, mais ce n’est plus le cas désormais.

Concrètement, Cuba ne peut rien vendre aux Etats-Unis, qui reste le premier marché du monde, et ne peut rien acheter hormis quelques matières premières alimentaires depuis l’année 2000, mais à des conditions drastiques telles que le paiement des marchandises à l’avance dans une autre monnaie que le dollar – donc Cuba doit assumer les frais de taux de change – et sans possibilité de contracter un prêt. Cela limite donc énormément les possibilités commerciales de l’île, qui doit se fournir auprès de pays tiers à un coût bien supérieur.

 

Depuis 1992 et l’adoption de la loi Torricelli, les sanctions s’appliquent également aux pays tiers qui feraient du commerce avec Cuba, ce qui constitue une grave violation du droit international qui prohibe à toute législation nationale d’être extraterritoriale – c’est-à-dire de s’appliquer au-delà du territoire national. En effet, la loi française ne peut pas s’appliquer en Espagne tout comme la loi italienne ne peut pas s’appliquer en France. Néanmoins, la loi étasunienne sur les sanctions économiques s’applique à tous les pays qui font du commerce avec Cuba.

 

Ainsi, toute embarcation étrangère qui accosterait à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois. Cuba étant une île, elle est fortement tributaire du transport maritime. La plupart des flottes commerciales opérant dans le détroit de Floride réalisent logiquement la plus grande partie de leurs activités avec les Etats-Unis au vu de l’importance du marché. Donc, elles ne prennent pas le risque de transporter des marchandises à Cuba et lorsqu’elles le font, elles exigent un tarif bien supérieur à celui appliqué aux pays voisins tels qu’Haïti ou la République dominicaine, afin de pallier le manque à gagner découlant de l’interdiction d’accoster à un port étasunien. Ainsi, si le prix habituel du transport de marchandises est de 100 pour la République dominicaine, il passe à 600 ou 700 lorsqu’il s’agit de Cuba. Depuis l’adoption de la loi Helms-Burton en 1996, tout entrepreneur étranger qui souhaiterait investir à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 se voit menacé de poursuites judiciaires aux Etats-Unis et ses avoirs risquent d’être gelés. Cette loi est une aberration juridique dans la mesure où elle est à la fois extraterritoriale et rétroactive – c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la loi – ce qui est contraire au droit international. Prenons le cas de loi anti-tabac en France. La loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Mais si on a fumé dans un restaurant le 31 décembre 2007, on ne peut pas être condamné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive. Or, la loi Helms-Burton s’applique pour des faits survenus dans les années 1960, ce qui est illégal.

 

Un constructeur automobile allemand, coréen ou japonais – peu importe sa nationalité en réalité – doit démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Donc, Cuba ne peut pas vendre ses ressources et ses produits aux Etats-Unis, mais dans ces cas précis, elle ne pourra pas les vendre à l’Allemagne, la Corée ou le Japon. Ces mesures extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux marchés à travers le monde.

 

Reporters : Avec la disparition du président Hugo Chavez, le Venezuela a perdu un leader dont l’action, que ce soit sur le front interne ou sur le plan international, a permis, dans une certaine mesure, de contrer, voire de neutraliser les plans de l’impérialisme US et mondial, à défaut d’arrêter son expansion. Qu’en sera-t-il désormais ? Le nouveau président, Nicolas Maduro, peut-il prétendre jouer le même rôle ? Sera-t-il en mesure de relever le défi et de maintenir le cap impulsé par son prédécesseur, et sur le plan interne et sur le plan international ?

 

Salim Lamrani : Hugo Chávez a joué un rôle fondamental dans l’intégration et l’émancipation de l’Amérique latine. Il a fait du continent un acteur majeur des relations internationales et s’est fait en quelque sorte le porte-parole du Tiers-monde. Son successeur Nicolás Maduro est son plus fidèle disciple et saura répondre aux défis qui attendent le Venezuela, avec sa propre méthode, son propre style et ses propres caractéristiques. Il n’y aura qu’un Hugo Chávez dans l’Histoire du pays, comme il n’y aura qu’un Simón Bolívar.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano (à paraître en septembre 2013).

 

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 08:38

 

Salim Lamrani :

« De nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire »

 

Développement de l’idéologie des droits de l’Homme, servant comme faire-valoir pour légitimer l’hégémonie occidentale sur le monde, thématique à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, et lecture sur le modèle de développement adopté par certains pays d’Amérique du Sud, et qui est à même, selon lui, de constituer une alternative pour les peuples du tiers-monde, notamment, Salim Lamrani, docteur ès Etudes ibériques et latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, maître de conférences à l’Université de La Réunion, et, également, journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, nous livre dans cet entretien un éclairage sur ces questions.

 

Entretien réalisé par Boudjemaa Medjkoun et Mehdia Belkadi 

 

Reporters : Le département d’Etat américain vient de publier son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde dans lequel il s’évertue, comme à son accoutumée, à distribuer les bons points aux pays amis et critique ceux jugés récalcitrants, au moment même où les services secrets américains, la NSA et la CIA, ainsi que les services britanniques, sont épinglés par les révélations d’Edward Snowden, qui font état de l’existence de vastes programmes d’espionnage systématique et massif, qui constituent une violation du droit fondamental à la vie privée et à la confidentialité de la correspondance. De quelle crédibilité peut se prévaloir un tel rapport et quel degré d’objectivité peut-on lui accorder ?

  

Salim Lamrani : La problématique des droits de l’Homme est bien souvent politisée et utilisée à l’encontre des nations ciblées par les Etats-Unis. Les déclarations de Washington à ce sujet ne sont pas crédibles dans la mesure où ses meilleurs alliés en Amérique latine sont les nations qui présentent la pire situation des droits de l’Homme tels que le Mexique, la Colombie ou le Honduras. Au Moyen-Orient, les pays disposant des meilleures relations avec les Etats-Unis sont les pires théocraties de la région tels que le Qatar ou l’Arabie saoudite. Ces rapports servent uniquement à justifier auprès de l’opinion publique l’hostilité à l’égard de certains pays.

 

Sur le continent latino-américain, le pays le plus stigmatisé à propos de la question des droits de l’Homme est Cuba. Cependant, je vous invite à prendre le dernier rapport d’Amnesty International et de comparer la situation des droits de l’Homme à Cuba et aux Etats-Unis par exemple. On sera grandement surpris par les découvertes. Même chose pour l’Union européenne, prenez le rapport sur Cuba et comparez-le aux rapports sur les 27 pays membres et vous verrez que l’UE ne dispose absolument d’aucune autorité morale pour disserter sur la question des droits de l’Homme.

 

Tout comme les grandes puissances, les médias manipulent également la question des droits de l’Homme. Je vous invite à jeter un œil sur mon ouvrage qui sortira en septembre 2013 que j’ai intitulé : «Cuba : les médias face au défi de l’impartialité ».

 

Reporters :En Europe, la législation de plusieurs pays, dont la France, interdit le financement d’organisations qui peuvent influer sur l’opinion et la changer. Au même moment, ces pays ne se gênent pas, à travers des organismes spécialisés créés à cet effet de financer et d’encadrer des associations et ONG à travers le monde, avec l’objectif d’agir sur l’opinion et de la canaliser en fonction de leurs intérêts. Comment expliquer cette duplicité et sa justification ?

 

Salim Lamrani : Tous les pays du monde sanctionnent par le biais de leur Code pénal le fait d’être stipendié par une puissance étrangère. En France, l’article 411-4 du Code pénal prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. En réalité, de nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire.

 

Reporters :Pour aborder un autre sujet, quelle lecture faites-vous de la situation en Amérique du Sud, notamment avec l’ouverture amorcée à Cuba, la disparition du président Chavez et le ralentissement remarqué dans l’élan des projets d’intégration régionale ? Et avec l’émergence, ces dernières années, de dirigeants de gauche à la tête de plusieurs pays, pensez-vous qu’un processus de changement global puisse prendre corps à partir de l’Amérique du Sud ?

 

Salim Lamrani : L’avenir se trouve dans la nouvelle Amérique latine dont font partie des nations telles que le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Nicaragua, l’Uruguay, sans oublier la présence historique de Cuba. Ces nations ont élu à leur tête des dirigeants progressistes qui ont choisi de placer l’humain au centre du projet de société et les résultats sont spectaculaires. On note partout un recul de la pauvreté, une amélioration de l’indice de développement humain, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. Le cas le plus spectaculaire reste le Venezuela d’Hugo Chávez qui a quasiment éradiqué l’extrême pauvreté, s’est débarrassé de l’analphabétisme et fait désormais partie des nations à IDH élevé. Tous ces pays ont en quelque sorte atteint une seconde indépendance et adoptent ensemble des politiques d’intégration régionale, avec l’Alliance bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) et la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui regroupe pour la première fois de l’histoire les 33 pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe. L’Amérique latine a réussi à s’émanciper de l’ombre tutélaire des Etats-Unis et n’a jamais été aussi unie de son histoire.

 

Reporters :  51 ans après, quelle est, aujourd’hui, la réalité de l’embargo américain sur Cuba ? Et quelle est la nature de l’ouverture opérée ces derniers temps, avec l’arrivée aux commandes de Raul Castro ? Est-elle une évolution contrôlée ou une réalité imposée par le contexte régional et mondial, et quel sera son impact sur le développement des rapports de force en Amérique du Sud ?

 

Salim Lamrani : Comme je le souligne dans mon livre Etat de siège, les Etats-Unis imposent à Cuba des sanctions économiques unilatérales depuis 1960. Elles ont été établies en pleine Guerre froide dans le but de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, dont les réformes économiques et sociales n’étaient guère appréciées par l’administration Eisenhower de l’époque. Plus d’un demi-siècle plus tard, alors que l’Union soviétique a disparu et que la Guerre froide n’est plus qu’un vieux souvenir, Washington persiste à maintenir un état de siège économique qui asphyxie toutes les catégories de la population cubaine et qui affecte en premier lieu les secteurs les plus vulnérables, à savoir les femmes, les personnes âgées et les enfants.

 

Il faut savoir que la rhétorique diplomatique pour justifier l’hostilité étasunienne vis-à-vis de Cuba a fluctué selon les époques. Dans un premier temps, il s’agissait des nationalisations et leurs indemnisations. Par la suite, Washington a évoqué l’alliance avec l’Union soviétique comme principal obstacle à la normalisation des relations entre les deux pays. Puis, dans les années 1970 et 1980, l’intervention cubaine en Afrique, plus précisément en Angola et en Namibie, pour aider les mouvements de libération nationale à obtenir leur indépendance et pour lutter contre l’Apartheid en Afrique du Sud, a été pointée du doigt pour expliquer le maintien des sanctions économiques. Enfin, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, Washington brandit l’argument de la démocratie et des droits de l’Homme pour maintenir l’étranglement économique sur la nation cubaine. Les sanctions économiques contre Cuba constituent le principal obstacle au développement du pays et tous les secteurs de la société en sont affectés. Il faut savoir que les Etats-Unis ont toujours été le marché naturel de Cuba pour des raisons historiques et géographiques évidentes. La distance qui sépare les deux nations ne dépasse pas les 150 km. En 1959, 73 % des exportations cubaines étaient destinées au marché étasunien et que 70 % des importations en étaient issues. Il y avait donc une forte dépendance à l’égard du Voisin du Nord. Entre 1960 et 1991, les relations avec l’URSS avaient permis d’atténuer l’impact des sanctions, mais ce n’est plus le cas désormais.

 

Concrètement, Cuba ne peut rien vendre aux Etats-Unis, qui reste le premier marché du monde, et ne peut rien acheter hormis quelques matières premières alimentaires depuis l’année 2000, mais à des conditions drastiques telles que le paiement des marchandises à l’avance dans une autre monnaie que le dollar – donc Cuba doit assumer les frais de taux de change – et sans possibilité de contracter un prêt. Cela limite donc énormément les possibilités commerciales de l’île, qui doit se fournir auprès de pays tiers à un coût bien supérieur.

 

Depuis 1992 et l’adoption de la loi Torricelli, les sanctions s’appliquent également aux pays tiers qui feraient du commerce avec Cuba, ce qui constitue une grave violation du droit international qui prohibe à toute législation nationale d’être extraterritoriale – c’est-à-dire de s’appliquer au-delà du territoire national. En effet, la loi française ne peut pas s’appliquer en Espagne tout comme la loi italienne ne peut pas s’appliquer en France. Néanmoins, la loi étasunienne sur les sanctions économiques s’applique à tous les pays qui font du commerce avec Cuba.

 

Ainsi, toute embarcation étrangère qui accosterait à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois. Cuba étant une île, elle est fortement tributaire du transport maritime. La plupart des flottes commerciales opérant dans le détroit de Floride réalisent logiquement la plus grande partie de leurs activités avec les Etats-Unis au vu de l’importance du marché. Donc, elles ne prennent pas le risque de transporter des marchandises à Cuba et lorsqu’elles le font, elles exigent un tarif bien supérieur à celui appliqué aux pays voisins tels qu’Haïti ou la République dominicaine, afin de pallier le manque à gagner découlant de l’interdiction d’accoster à un port étasunien. Ainsi, si le prix habituel du transport de marchandises est de 100 pour la République dominicaine, il passe à 600 ou 700 lorsqu’il s’agit de Cuba. Depuis l’adoption de la loi Helms-Burton en 1996, tout entrepreneur étranger qui souhaiterait investir à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 se voit menacé de poursuites judiciaires aux Etats-Unis et ses avoirs risquent d’être gelés. Cette loi est une aberration juridique dans la mesure où elle est à la fois extraterritoriale et rétroactive – c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la loi – ce qui est contraire au droit international. Prenons le cas de loi anti-tabac en France. La loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Mais si on a fumé dans un restaurant le 31 décembre 2007, on ne peut pas être condamné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive. Or, la loi Helms-Burton s’applique pour des faits survenus dans les années 1960, ce qui est illégal.

 

Un constructeur automobile allemand, coréen ou japonais – peu importe sa nationalité en réalité – doit démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Donc, Cuba ne peut pas vendre ses ressources et ses produits aux Etats-Unis, mais dans ces cas précis, elle ne pourra pas les vendre à l’Allemagne, la Corée ou le Japon. Ces mesures extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux marchés à travers le monde.

 

Reporters : Avec la disparition du président Hugo Chavez, le Venezuela a perdu un leader dont l’action, que ce soit sur le front interne ou sur le plan international, a permis, dans une certaine mesure, de contrer, voire de neutraliser les plans de l’impérialisme US et mondial, à défaut d’arrêter son expansion. Qu’en sera-t-il désormais ? Le nouveau président, Nicolas Maduro, peut-il prétendre jouer le même rôle ? Sera-t-il en mesure de relever le défi et de maintenir le cap impulsé par son prédécesseur, et sur le plan interne et sur le plan international ?

 

Salim Lamrani : Hugo Chávez a joué un rôle fondamental dans l’intégration et l’émancipation de l’Amérique latine. Il a fait du continent un acteur majeur des relations internationales et s’est fait en quelque sorte le porte-parole du Tiers-monde. Son successeur Nicolás Maduro est son plus fidèle disciple et saura répondre aux défis qui attendent le Venezuela, avec sa propre méthode, son propre style et ses propres caractéristiques. Il n’y aura qu’un Hugo Chávez dans l’Histoire du pays, comme il n’y aura qu’un Simón Bolívar.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano (à paraître en septembre 2013).

 

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 08:52

Communiqué de presse de la fédération CGT des cheminots

L’heure est à la prudence et aux enquêtes !

 

Trois jours seulement après la catastrophe ferroviaire de Brétigny sur Orge, qui a vu le train inter cités Paris – Limoges n°3657 dérailler et causer le décès de 6 personnes et de nombreux blessés, la Fédération CGT des cheminots  renouvelle ses condoléances aux familles et aux proches des victimes et apporte tout son soutien aux blessés.

 

La Fédération CGT des cheminots se doit aussi de souligner une nouvelle fois la réactivité et l’efficacité des secours lors de ce drame et la mise à disposition spontanée de nombreux cheminots en conformité avec les valeurs du Service

Public qui les animent au quotidien.

 

Pour autant, la Fédération CGT des cheminots ne peut que déplorer l’emballement médiatique, autour souvent d’annonces infondées, de spéculations, de contre vérités, ainsi que l’utilisation de l’évènement à d’autres fins ou encore les conclusions hâtives qui ont déferlé en moins de 72h.

 

De ce point de vue, la fédération CGT des cheminots appelle en particulier la Direction de la SNCF à plus de retenue et de prudence lorsqu’elle évoque comme avérées les premières hypothèses faisant de la défaillance d’une éclisse l’origine de cet accident.

 

Comme à la première heure de ce drame, la fédération CGT des cheminots exige que l’ensemble des enquêtes en cours, et en particulier celle des CHSCT, bénéficient de tous les moyens d’investigation nécessaires pour faire toute la lumière sur cette catastrophe.

 

De plus, la fédération CGT des cheminots considère qu’il y aura un avant et un après Brétigny sur Orge et que de ce point de vue, il convient de regarder attentivement la structuration, le fonctionnement, les moyens attribués au

système ferroviaire.

 

Le débat engagé sur l’avenir du système ferroviaire doit impérativement être l’occasion pour le Gouvernement de

réellement remettre à plat l’organisation de la production au regard des exigences de sécurité et de qualité légitimement demandées par les cheminots, les usagers et la collectivité.

 

Montreuil, le 15 juillet 2013 – 17 H

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 08:36

mercredi 10 juillet 2013, par Comité Valmy

 

Depuis plusieurs mois, le débat sur la rupture avec l’Euro et l’Union européenne traverse les organisations communistes. Au sein de l’AKEL, la question est désormais tranchée sur l’Euro.


La politique de casse sociale, d’agression impérialiste, orchestrée par l’Union européenne et le FMI a touché brutalement l’île de Chypre : taxation inédite sur les dépôts bancaires, dissimulant l’ampleur d’une offensive sur les salaires, les retraites et sur le secteur public.

 

Les illusions sur l’Euro et sur l’Union européenne volent en éclats. Désormais, 89% des Chypriotes ne croient plus l’Union européenne et 67% des habitants de l’île se disent partisans d’une sortie de l’Euro.

 

L’AKEL, le parti communiste chypriote, a lui aussi été à faire son auto-critique, à revenir aux fondamentaux de son analyse. Parti de masse, l’AKEL est le premier parti de gauche du pays. Avec 32,7% aux dernières élections législatives, il est le deuxième parti parlementaire du pays

Auto-critique du côté de l’AKEL et retour à l’analyse fondamentale sur l’Union européenne du capital

Critique sur la nature de l’Union européenne, le parti avait néanmoins soutenu avec réserve l’entrée du pays dans l’UE en 2004 puis dans l’Euro en 2008, essentiellement sur la base de la promesse de la résolution de l’épineuse question chypriote.

 

Au pouvoir depuis 2008, le président communiste Demetris Christofias a dû subir l’assaut de l’Union européenne, utilisant cyniquement l’instrument de la monnaie unique. Une offensive à laquelle il a d’abord résisté, cherchant des alternatives au face-à-face avec l’UE.

 

Acculé, l’AKEL a dû entamé les négociations avec la « Troika » en 2012 sans parvenir à un accord, le parti communiste refusant de mettre en œuvre des plans d’austérité salariale ou de privatisation.


L’élection en 2013 d’un président de droite, Nikos Anastasiades, a relancé le plan d’austérité imposé par l’UE. Depuis, le mouvement populaire de rejet d’une UE au service des banques a atteint des niveaux inédits.

 

Du côté des communistes chypriotes, une sévère auto-critique de certaines positions de conciliation sur la question européenne a été entreprise.


Les débats internes à l’organisation n’ont guère filtré, mais dès le mois de mars le Comité central du Parti a entamé les débats sur la question de la sortie de l’Euro.

Du débat à la radicalisation de la position de l’AKEL sur la question européenne

Plusieurs articles du responsable aux questions internationales du parti Costas Christodoulides ont précisé le changement de cap du Parti sur la question européenne.

 

Dans son article du 8 mars publié dans le journal « Haravaghi », il rappelait que « la fonction de l’Union européenne était la maximisation du profit du capital » et que cette position historique de l’AKEL se reflétait dans l’attaque entreprise contre les droits sociaux, le secteur public.

 

Pour le responsables aux questions internationales de l’AKEL, la contradiction entre le processus d’intégration européenne et les intérêts des travailleurs chypriotes était de plus en plus patente.


L’intervention d’un autre dirigeant de l’AKEL, Stavros Evagorou, à la Conférence organisée en avril par le Parti communiste portugais à Lisbonne sur « Une autre Europe des travailleurs et des peuples », allait dans le même sens.

 

Selon le dirigeant communiste chypriote, « les dernières évolutions soulignent bien que l’Union européenne ait sans aucun doute l’option des monopoles et des classes dominantes de nos pays, mais cela n’est pas, et ne peut être, l’avenir de nos peuples ».

 

La position adoptée alors par l’AKEL était de demander un référendum sur la question de l’Euro afin que le peuple chypriote puisse lui-même trancher la question du maintien ou de la sortie de l’Euro.

Du référendum sur la sortie de l’Euro à la proposition de sortie de l’Euro soutenue par le parti

Depuis, la position a été tranchée au sein de l’AKEL et répercutée le 14 mai dernier lors de la Conférence de presse du secrétaire-général Andros Kyprianou, présentant les « propositions de l’AKEL pour l’économie chypriote ».

 

Après avoir analysé les conséquences désastreuses qu’aura le mémorandum de mars, comparant avec la situation dans les autres pays, et les effets néfastes des baisses de salaire, de la casse des systèmes de sécurité sociale ou encore de la privatisation des secteurs-clés, l’AKEL pose comme point de départ la recherche d’ « une alternative qui nous libérerait du mémorandum ».


Sur la base d’une étude réalisée par l’AKEL, avec l’aide d’économistes étrangers, l’AKEL soutient désormais « des négociations avec l’Union européenne afin d’entamer une sortie ordonnée de Chypre de l’Euro, dans le respect du droit international ».

 

Le secrétaire-général de l’AKEL, en rappelant qu’il n’y a aucune « solution facile », rappelle néanmoins les avantages que pourrait tirer Chypre du retour à une monnaie nationale :

 

« renforcement de la compétitivité par la dévaluation de la monnaie ; récupération d’une indépendance nationale, par la fixation de notre propre politique économique ; capacité à gérer la dette publique ; développement de l’économie chypriote ».

 

Selon l’AKEL, la question principale est désormais celle des conditions de la rupture, en proposant un « plan de transition » qui intégrerait les défis en termes de politique monétaire et de change posés par la sortie de Chypre de l’Euro.

Enfin, l’AKEL encourage, toujours dans le cadre de ce plan de transition, la mise en place d’alliances inter-étatiques non seulement au sein de l’UE mais surtout en dehors de ce cadre.

 

Partout en Europe, les travailleurs manifestent un rejet de plus en plus fort des politiques orchestrées par les divers gouvernements, et de l’Union européenne qui les coordonne. A Chypre, comme ailleurs en Europe, les positions de rupture avec cette Europe-là seront désormais portées avec encore plus de résolution par les communistes.

Source :


Article AC pour solidarité internationale-pcf

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 09:04

"...Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas..." Louis Aragon

 

Ci dessous une prise de position de monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse dans une lettre adressée aux fidèles de son archidiocèse et lue telle quelle en chaire dans toutes les églises de son archiparoisse, en plein coeur de la seconde guerre mondiale, le dimanche 23 août 1942. http://news.catholique.org/42449-lettre-de-mgr-saliege-23-aout-1942

 


Mes très chers Frères,

 

Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

 

Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

 

Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?

 

Pourquoi sommes-nous des vaincus ?

 

Seigneur ayez pitié de nous.

 

Notre-Dame, priez pour la France.

 

Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.

 

France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.


Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement.

 

Jules-Géraud Saliège

Archevêque de Toulouse

23 août 1942

A lire dimanche prochain, sans commentaire

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:46

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2640

 

Véritable pierre angulaire du rapprochement de la Résistance intérieure avec la Résistance extérieure (la France Libre), la « Déclaration aux mouvements de Résistance » fut rédigée à Londres par de Gaulle en avril 1942, au fil de nombreuses discussions avec des résistants venus de France, puis ramenée en France par Christian Pineau et publiée dans les journaux clandestins au mois de juin. Ce texte méconnu, eu égard à son immense importance, trace les grandes lignes de ce que devait être la France à sa Libération et est de ce fait à la fois le repère qui permît que la confiance puissent naître entre Résistances intérieure et extérieure et la première amorce d’un programme politique de la résistance, une esquisse préfigurant le programme du CNR. François Bunner

 

Beaucoup s'en réclament encore tout en trahissant sa pensée; mais toutes proportions gardées ce qu il disait en 1942 peut  à nouveau nous guider afin de retrouver notre libre arbitre. Aujourd'hui les envahisseurs sont les transnationales et la finance mondialisée. Jack Freychet

 

Les derniers voiles, sous lesquels l’ennemi et la trahison opéraient contre la France, sont désormais déchirés. L’enjeu de cette guerre est clair pour tous les Français : c’est l’indépendance ou l’esclavage. Chacun a le devoir sacré de faire tout pour contribuer à libérer la patrie par l’écrasement de l’envahisseur. Il n’y a d’issue et d’avenir que par la victoire.

Mais cette épreuve gigantesque a révélé à la nation que le danger qui menace son existence n’est pas venu seulement du dehors et qu’une victoire qui n’entraînerait pas un courageux et profond renouvellement intérieur ne serait pas la victoire.


Un régime, moral, social, politique, économique, a abdiqué dans la défaite, après s’être lui-même paralysé dans la licence. Un autre, sorti d’une criminelle capitulation, s’exalte en pouvoir personnel. Le peuple français les condamne tous les deux. Tandis qu’il s’unit pour la victoire, il s’assemble pour une révolution.

 

Malgré les chaînes et le bâillon qui tiennent la nation en servitude, mille témoignages, venus du plus profond d’elle-même, font apercevoir son désir et entendre son espérance. Nous les proclamons en son nom. Nous affirmons les buts de guerre du peuple français.

 

Nous voulons que tout ce qui appartient à la nation française revienne en sa possession. Le terme de la guerre est, pour nous, à la fois la restauration de la complète intégrité du territoire, de l’Empire, du patrimoine français et celle de la souveraineté complète de la nation sur elle-même. Toute usurpation, qu’elle vienne du dedans ou qu’elle vienne du dehors, doit être détruite et balayée. De même que nous prétendons rendre la France seule et unique maîtresse chez elle, ainsi ferons-nous en sorte que le peuple français soit seul et unique maître chez lui. En même temps que les Français seront libérés de l’oppression ennemie, toutes leurs libertés intérieures devront leur être rendues. Une fois l’ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée Nationale qui décidera souverainement des destinées du pays.

 

Nous voulons que tout ce qui a porté et tout ce qui porte atteinte aux droits, aux intérêts, à l’honneur de la nation française soit châtié et aboli. Cela signifie, d’abord, que les chefs ennemis qui abusent des droits de la guerre au détriment des personnes et des propriétés françaises, aussi bien que les traîtres qui coopèrent avec eux, devront être punis. Cela signifie, ensuite, que le système totalitaire qui a soulevé, armé, poussé nos ennemis contre nous, aussi bien que le système de coalition des intérêts particuliers qui a, chez nous, joué contre l’intérêt national, devront être simultanément et à tout jamais renversés.

 

Nous voulons que les Français puissent vivre dans la sécurité. A l’extérieur, il faudra que soient obtenues, contre l’envahisseur séculaire, les garanties matérielles qui le rendront incapable d’agression et d’oppression. A l’intérieur, il faudra que soient réalisées, contre la tyrannie du perpétuel abus, les garanties pratiques qui assureront à chacun la liberté et la dignité dans son travail et dans son existence. La sécurité nationale et la sécurité sociale sont, pour nous, des buts impératifs et conjugués.

 

Nous voulons que l’organisation mécanique des masses humaines, que l’ennemi a réalisée au mépris de toute religion, de toute morale, de toute charité, sous prétexte d’être assez fort pour pouvoir opprimer les autres, soit définitivement abolie. Et nous voulons en même temps que, dans un puissant renouveau des ressources de la nation et de l’Empire par une technique dirigée, l’idéal séculaire français de liberté, d’égalité, de fraternité soit désormais mis en pratique chez nous, de telle sorte que chacun soit libre de sa pensée, de ses croyances, de ses actions, que chacun ait, au départ de son activité sociale, des chances égales à celles de tous les autres, que chacun soit respecté par tous et aidé s’il en a besoin.

 

Nous voulons que cette guerre, qui affecte au même titre le destin de tous les peuples et qui unit les démocraties dans un seul et même effort, ait pour conséquence une organisation du monde établissant, d’une manière durable, la solidarité et l’aide mutuelle des nations dans tous les domaines. Et nous entendons que la France occupe, dans ce système international, la place éminente qui lui est assignée par sa valeur et par son génie.

 

La France et le monde luttent et souffrent pour la liberté, la justice, le droit des gens à disposer d’eux-mêmes. Il faut que le droit des gens à disposer d’eux-mêmes, la justice et la liberté gagnent cette guerre, en fait comme en droit, au profit de chaque homme, comme au profit de chaque État.

 

Une telle victoire française et humaine est la seule qui puisse compenser les épreuves sans exemple que traverse notre patrie, la seule qui puisse lui ouvrir de nouveau la route de la grandeur. Une telle victoire vaut tous les efforts et tous les sacrifices.

 

Nous vaincrons !

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 08:25

« Personne n'a vu arriver un mouvement d'une telle ampleur »

Le rédacteur en chef du quotidien SoL et membre du Comité central du Parti communiste de Turquie, Kemal Okuyan, a répondu aux questions concernant la lutte de Gezi Park qui a débouché sur un grand mouvement. Okuyan a apporté son éclairage sur des questions actuellement débattues : « Où va la Turquie », « est-ce une situation révolutionnaire », « S'agit-il du printemps turc ? »


Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


Q: S'attendait-on à un mouvement social de cette ampleur ?

 

R: Ce qu'on apprend de l'histoire, c'est que les grands mouvements sociaux sont généralement des mouvements qui ne peuvent être prévus. Si on pouvait prévoir quand un système atteint ses limites, les acteurs en question pourraient se préparer en conséquence. Que cela débouche sur quelque chose de positif ou non, ils tentent d'en contrôler l'issue. Quand cela se passe comme ça, la fiction l'emporte sur le mouvement réel. Le rapport de force ne peut pas bouger et par conséquent, ce grand mouvement social ne voit pas le jour. Personne n'a été capable de prévoir l'ampleur de ce que nous connaissons en ce moment. Le gouvernement ne le pouvait pas. L'opposition officielle non plus, ni la gauche d'ailleurs. Il y a eu quelques signes avant-coureurs, certains ont été capables de réaliser que l'affrontement pourrait aller loin et personne n'a été capable de prévoir ce qui se passe maintenant. C'est important. Le climat politique et idéologique en Turquie est désormais bien différent que celui d'il y a 4-5 ans. Pas complètement différent mais à une échelle qui ne peut pas être minimisée.  

 

Que se cache derrière l'importance et la profondeur du mouvement ?  

 

Si je le disais de façon directe, crue, c'est la culmination de la riposte, même de la haine, envers le gouvernement AKP et en particulier envers Erdoğan, qui atteint un niveau incroyable. Nous étions bien conscient de cela. Mais ce que nous avions oublié, c'est que ce sentiment de haine envers Erdoğan s'était renforcé, accumulé dans les mêmes proportions qu'Erdogan devenait de plus en plus arrogant, se gonflait de son sentiment d'impunité. D'autre part, tout le monde prenait cette haine comme quelque chose qui faisait partie du décor, mais qui était sans incidence pratique ou, on avait l'impression que cela ne débouchait sur rien. Mais la haine ne peut pas rester contenue. Si elle trouve un débouché, elle éclate. Tayyip Erdoğan peut être fier, il est devenu un point de convergence de haines, comme rarement on en a connu dans l'histoire.  

 

Est-ce aussi simple, en d'autres termes, tout peut-il être réduit à la rage contre Erdoğan?  

 

Bien sûr que non. Mais il faut lui donner l'importance que cela a. Par exemple, si il n'y avait pas une telle figure dominante, disons, que c'est Abdullah Gül qui serait à la tête de l'AKP, le niveau de la riposte aurait été bien plus canalisé à un niveau normal. Erdoğan est un catalyseur aux effets démultiplicateurs. Mais le mouvement compte régler des comptes avec les traits fondamentaux de la mentalité qu'a incarné l'AKP … l'exception étant sa base de classe … l'esprit réactionnaire et la collaboration de classe a été l'arrière-plan idéologique et Erdoğan s'est placé au premier plan. Le premier ministre dit : « Ce n'est pas une question d'arbres » … je ne peux pas croire qu'il ait dit cela … En fin de compte, ce n'est plus une question d'arbres ou de parc Gezi. C'est un comble ! Il ne réalise pas le niveau de rage et de haine qu'il a suscité.  

 

Le trait dominant de l'AKP, c'est son adoption de l'économie de marché … quel lien avec les événements ?  

 

Bien, vous ne pouvez pas vraiment esquiver la question en disant tout simplement qu'il s'agit d'une réaction de la classe moyenne. Si la réaction de la classe moyenne a atteint un tel niveau en Turquie, vous devez commencer à penser à d'autres choses. OK, le mouvement a pu prendre une nature d'un mouvement des classes moyennes mais il y a eu une mobilisation sérieuse dans les quartiers ouvriers, en particulier à İstanbul et Ankara. Si nous oublions notre grille d'analyse pour adopter un raisonnement superficiel, nous ferons des erreurs. Premièrement, la question de la réception des idéologies, qu'elles soient bourgeoise ou socialiste, doit surmonter l'obstacle des classes moyennes. La lutte pour l'hégémonie doit ici être prise très sérieux. Si on pose une étiquette qu'il nous convient sur ce groupe, alors on fait une grosse erreur. La Gauche a pendant des années méprisé ces couches moyennes, en les qualifiant de « Turcs blancs » … La rigueur idéologique, c'est important, tout comme l'instinct de classe. Mais nous devons éviter toute simplification excessive. Deuxièmement, c'est la structure de la classe ouvrière en Turquie. Il y a des limites à l'organisation sur le lieu de travail d'une masse de travailleurs précaires, toujours obligés de migrer pour faire face au chômage. Il est temps de regarder à la localisation des travailleurs d'une autre façon. Nous avons laissé la classe ouvrière aux structures syndicales mais il n'y a aucune base solide. Le pays se soulève et les syndicats sont introuvables. Aucun outil qui mobilisera la classe ouvrière pour en faire la force dirigeante du mouvement, la force dominante ! Dans les incidents précédents, c'était le rôle de structures politiques, et c'était un succès. Des dizaines de milliers de personnes, qui étaient étiquetés comme de « classe moyenne » ont en fait posé les bases d'un axe anti-capitaliste. La raison en est que la plupart des ces gens vivent désormais l'exploitation.  

 

Est-ce si innocent ou il y a-t-il des plans « plus profonds » dans ce mouvement ?  

 

Certains médias dominants prétendent que des forces malintentionnées se sont mobilisées pour un soulèvement organisé. Si cela avait été le cas, le résultat aurait été bien différent. Ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Il s'agit tout simplement d'une explosion de rage. Les acteurs politiques qui partagent cette rage ont bien entendu été capables de se greffer sur cette rage générale, et ils ont répondu présent dans les secteurs où ils étaient déjà ancrés. Mais cela ne doit pas être exagéré. Les théoriciens de la conspiration doivent aller regarder ailleurs. Et plus exactement parmi eux-mêmes. Il est très clair qu'il y a depuis un moment une tentative de changer à la marge la politique de Tayyip Erdoğan. Les Etats-unis pour certaines raisons, la secte de Fethullah Gülen pour d'autres raisons. A la fois sur le plan de la politique intérieure comme étrangère, ils essaient de rendre Erdogan à nouveau contrôlable. Erdogan est quelqu'un qui n'accepte pas facilement les choses … il a du mal à maintenir une ligne cohérente. Il y a eu Reyhanli, mais ce n'était pas suffisant. Sur la question de Gezi Park, les Etats-unis, le grand capital et la secte de Gülen, en le laissant vulnérable et sans défense lui ont montré la conséquence de l'affaire de Reyhanli. Je ne suis pas sûr si je me fais comprendre. La semaine dernière, le nom de Sarıgül a été constamment mentionné comme candidat pour la mairie d'Istanbul (Sarıgül est le maire d'un district d'Istanbul, un social-démocrate avec de forts liens avec certaines fractions de la classe capitaliste). La nouvelle relation entre le CHP (le principal parti d'opposition) et la secte de Gülen est systématiquement mentionnée dans les médias. 

 

Est-ce qu'on peut parler de « printemps turc » ici ?  

 

La référence au « printemps turc » dans les médias impérialistes est un message envoyé à Erdogan. En dernière analyse, ils sont contents d'Erdogan et ils ne prévoient pas de le remplacer mais ils lui rappellent aussi ses limites. Après les derniers événements, la ligne d'Erdogan sur la Syrie et l'Irak doit changer. Je pense que sa présidence personnelle arrive aussi à son terme. Une des possibilités, c'est que la relation entre Erdoğan et la secte de Gülen s'améliore, et qu'en faisant front contre le mouvement qui a émergé, ils travaillent ensemble … cela prendra du temps, naturellement. D'un autre côté, la colère d'Erdogan peut durer plus longtemps et puisse l'emmener à l'animosité, y compris face à la secte de Gülen. Cela donnerait des résultats intéressants. Mais on ne peut pas attendre d'Erdogan qu'il agisse en politicien rationnel, puisqu'un Erdogan admettant sa défaite n'est bon pour personne.

 

Est-ce cela la signification historique de ces événements ?  

 

Absolument pas … on ne doit pas dénigrer ce mouvement. C'est un soulèvement populaire. Les gens sont en colère. Ceux qui sous-estiment l'opposition à Erdogan et à l'AKP doivent commencer à reconsidérer leur vision des choses. Ceux qui pensent qu'il y aura la paix et la démocratisation avec Erdogan doivent faire de même. Tous leurs plans ont échoué. N'en restez pas à l'analyse. C'est un mouvement social. Certaines forces politiques essaient d'utiliser ce mouvement non pas pour construire un autre avenir mais juste pour intimider le gouvernement. Mais cela ne s'arrêtera pas là. Ces événements ont contribué à l'émergence d'un mouvement populaire organisé. Ils ont fait en sorte d'isoler Erdogan, pour éviter d'attirer la colère contre eux. Ils ont été très prudents. Ils ont même pu utiliser certains éléments pour les retourner contre le pouvoir, par exemple cette violence déchaînée des forces de police …

 

La Gauche turque était-elle prête ?  

 

La question de savoir ce qu'est la gauche en Turquie est toujours controversée. Certains groupes gauchistes n'ont pas de préoccupations politiques. Certains groupes ne sont pas intéressés ou méprisent les événements. Je ne compte pas parler vraiment d'eux. Les forces politiques, qui ont de sérieuses préoccupations politiques, n'étaient pas prêtes à prendre la direction des événements. Mais ce mouvement n'est pas étranger à la gauche. Comme je l'ai déjà dit, dans de nombreuses villes, la gauche organisée a conduit le mouvement populaire.  

Certains ne sont pas contents que la gauche soit présente. Les identités politiques, les drapeaux de parti ou les banderoles les agacent.  

Ce n'est pas surprenant si vous considérez la spontanéité du mouvement. D'autre part, dans la plupart des villes, le peuple demande une forme d'organisation, de coordination. Si vous prenez en considération l'ampleur des événements, la contribution directe de la gauche organisée est limitée mais la détermination du peuple dépend des forces de gauche. Il y a également un ego intellectuel allergique à l'idée d'une gauche organisée. Ils veulent monopoliser la scène. Nous ne les prenons pas au sérieux. Nous avons des intellectuels honnêtes qui résistent contre ce gouvernement. La gauche doit les soutenir, eux, mais pas ceux qui sont hostiles aux idées de gauches et à l'idée même d'une organisation politique.  

 

Il y a deux autres éléments dans ce mouvement : les supporters de football et l'alcool ...  

 

La participation des supporters de football a donné de l'élan au mouvement. Elle doit toutefois être analysée à l'aune d'autres facteurs … Ce dynamisme a aussi causé certains problèmes. La pratique des insultes, des jurons lors de manifestations politiques, ce qui n'est pas commun en Turquie peut être donné comme une illustration de ces problèmes. Je l'ai observé moi-même : mes amies féminines qui critiquent certains de nos textes ou articles de journaux comme étant porteurs d'un « discours masculin », criaient des injures sexistes. Cela peut s'expliquer naturellement par l'ampleur de la colère mais le mouvement socialiste doit imposer sa propre culture. Sur la question de l'alcool pareil … Puisqu'Erdogan tente d'interdit les boissons alcoolisées, l'alcool est devenu un symbole de liberté. Mais cela doit être politisé. Vous ne pouvez pas lutter contre l'oppression en tentant des bouteilles de bières dans vos mains. C'est pourquoi je pense que la décision du TKP de ne pas boire de boissons alcoolisées pendant les manifestations est très importante.  

 

Comment définiriez-vous ces incidents ? S'agit-il d'une crise révolutionnaire ?

 

Non. Bien sûr, c'est une explosion d'une énorme énergie sociale. C'est un mouvement puisant, dans ses dimensions et ses conséquences. Mais il y a certains critères marxistes  pour définir une crise révolutionnaire. Nous en sommes loin. Tout du moins, pour le moment ...

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 17:14

  

Par Alain Corvez analyste article repris sur Comité Valmy

 

" La crise syrienne n’est pas une guerre civile entre syriens mais une guerre entre grandes puissances au travers des syriens."

C’est ainsi que présentait la crise syrienne de façon magistralement synthétique un homme qui ne peut être accusé d’être un suppôt du régime de Damas, lui qui dénonça en son temps l’occupation militaire de son pays par Damas. Je veux parler du Patriarche maronite du Liban et de tout l’Orient, Béchara El Raï lors de la venue du pape Benoît XVI à Beyrouth en septembre 2012.

 

Cette affirmation est chaque jour  vérifiée un peu plus. Le nombre de combattants « takfiristes » de nationalités étrangères, notamment européennes, soutenus et armés principalement par le Qatar et l’Arabie Séoudite avec le soutien de la Turquie, de la Jordanie et des services occidentaux ayant atteint des dizaines de milliers de non syriens, prouve que nous sommes en présence d’un complot international pour renverser le régime en place à Damas, jugé indésirable par les monarchies du Golfe dont la doctrine féodale wahhabite est à l’opposé de l’islam sunnite modéré qui a toujours caractérisé la Syrie, comme la cohabitation harmonieuse entre de nombreuses confessions religieuses différentes.

 

Bien sûr, une frange irréductible de Syriens sunnites proches ou membres des Frères Musulmans, héritiers des insurgés de 1982 à Hama, ajoutés à ceux de la révolte commencée il y a deux ans sont décidés à renverser le pouvoir par les armes, moins pour établir la démocratie, déjà proposée dans les nouveaux textes constitutionnels, mais par hostilité fondamentale à Bachar El Assad.

 

Il faut en effet prendre un peu de recul pour porter un regard serein et objectif sur cette crise dramatique qui continue à tuer de nombreux innocents en plus des combattants des deux bords, souvent de façon inhumaine et odieuse, et remonter aux origines.

 

Dès son arrivée au pouvoir en 2000 alors qu’il ne l’avait pas cherché, le jeune Président Bachar El Assad s’est attelé à la tâche énorme de moderniser son pays pour l’adapter au monde présent, gêné par la conjoncture internationale qui le confrontait à d’autres priorités, comme l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005 puis la guerre entre Israël et le Liban à l’été 2006, et par une « vieille garde », lucide contrairement à ce qui a été dit, mais obnubilée par la crainte que les libertés accordées trop vite dans divers domaines ne débouchent sur une « perestroïka » qui entraînerait le même écroulement qu’en URSS.

 

Le « printemps arabe » qui éclata en Tunisie puis en Egypte fin 2010 ne devait pas se produire en Syrie qui ne présentait pas le même immobilisme dictatorial que ces pays. Pourtant en mars 2011 des manifestations pacifiques au nom de la démocratie se produisirent à Deraa, ville aux confins jordano-israéliens, rapidement instrumentées afin de tuer manifestants et forces de l’ordre et provoquer l’enchaînement de la violence.

 

Conscient de la gravité des évènements le régime engagea alors un train de réformes accélérées pour déboucher sur une nouvelle Constitution totalement démocratique avec la suppression du parti unique et l’attribution des libertés dans tous les domaines. Ces réformes furent noyées par ceux qui n’étaient pas intéressés par la démocratisation de la Syrie mais par le renversement d’un régime qui défend depuis longtemps la cause arabe face à Israël, accueillant des réfugiés palestiniens et iraquiens par millions.

 

Paradoxalement, ce sont les états les moins démocratiques au monde qui sont le fer de lance des attaques pour renverser le pouvoir de Damas, états qui se voient encouragés par un Occident semblant avoir perdu ses repères, armant ou facilitant l’armement de djihadistes qu’il combat partout ailleurs dans le monde, notamment au Mali.

Mais le régime a montré sa force et sa cohésion en résistant depuis plus de deux ans à ces attaques brutales. L’Armée constituée majoritairement de sunnites est, dans son immense majorité, restée fidèle et disciplinée, aux ordres de ses chefs et avec le soutien de la population qui l’appelle souvent pour la protéger des exactions des rebelles ; quant au monde politique et diplomatique il est aussi globalement resté à son poste.

 

Les takfiristes dominant depuis des mois les mouvements rebelles, et l’opposition politique extérieure, créée et soutenue par les occidentaux, ne parvenant ni à s’entendre ni à s’organiser, de nombreux opposants déposent les armes depuis quelques semaines, conscients que l’islam prôné par les rebelles n’est pas celui qu’ils souhaitent pour leur pays et ne veulent plus être associés à ces extrémistes.

 

D’autant plus qu’il existe maintenant une quinzaine de partis politiques qui proposent des programmes inspirés par la démocratie et les libertés fondamentales, et qu’un ministère de la réconciliation nationale sous l’égide duquel un dialogue constructif s’est installé est à l’œuvre depuis plus d’un an.

 

Le caractère international de la crise syrienne est renforcé par les soutiens extérieurs de Damas, Russie et Chine ayant clairement signifié qu’elles n’accepteraient pas un changement de régime provoqué en Syrie, jugeant que le nouvel ordre mondial multi polarisé imposait la fin de ces affrontements par une solution négociée entre les grandes puissances. Après avoir cru possible une chute rapide du régime, l’Amérique en a convenu depuis peu et nous nous dirigeons désormais vers cette issue pacifique.

 

Il faut enfin que cesse la désinformation propagée par les médias d’un tyran sanguinaire qui prendrait plaisir à tirer sur son peuple, et même à employer les armes chimiques, pour aller plus vite ou plus loin dans son œuvre. La vérité est que le régime se défend contre un complot international visant à le renverser et qu’il combat des forces militaires commettant des exactions souvent insoutenables, avec l’appui de la majorité de son peuple, toutes confessions et ethnies confondues.

 

La « paix des braves » a été déjà proposée aux rebelles syriens et, comme je viens de le dire a été acceptée par certains ; mais reste à régler le sort des milliers de combattants islamistes étrangers qui pourraient transporter ailleurs dans le monde leur soif de sang et de massacres odieux, au nom d’un dévoiement pervers des principes de l’Islam, alimentant dramatiquement les haines pour la noble religion des fidèles du Coran.

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 15:48

I    Conforme aux échanges le procès verbal du conseil municipal du 26 mars a été approuvé à l’unanimité.

 

II  Madame le maire a ensuite énuméré les décisions qu’elle avait prises en fonction des délégations de pouvoirs qui lui avaient été concédées par le conseil municipal.

 

III Points nouveaux

 

Affaires financières :

 

      1 Compte administratif 2012 :

 

L’analyse présentée  par la municipalité fait ressortir une lente mais inexorable détérioration de la situation financière de notre commune. De 2010 à 2012 les recettes de fonctionnement ont diminué de 3,3% alors que les dépenses ont progressé de  2,83 %. Il est aisé d’en conclure que l’érosion des participations de l’Etat et autres organismes a été compensée par une hausse des impôts locaux au travers de la revalorisation des bases d’impositions décidées chaque années par  lois des finances et par l’augmentation du produit des prestations servies par la commune (restauration scolaire, ALSH, accueil de la petite enfance…).

 

Ainsi, après  les stigmates de l’austérité version Sarkozy notre  commune comme les autres subit de plein fouet les restrictions du gouvernement  Hollande relayées par le département et la région. Sans changement d’orientation l’embellie n’est pas pour demain mais pour après un éventuel changement de majorité parlementaire.

 

En outre, en 2014 et surtout 2015 les inévitables emprunts destinés au financement des équipement destinés à faire face à la croissance  démographique  viendront encore à minima doubler  la charge de la dette et rendre l’équilibre budgétaire plus douloureux.

 

J’avais décidé de m’abstenir lors du vote sur les résultats en matière de fonctionnement car la sincérité des comptes n’est pas en cause et de voter contre le compte administratif de la section d’investissement par  opposition à plusieurs des projets retenus qui ne sont, dans le domaine scolaire et de la petite enfance, que des objectifs de fin de mandat qui laisseront le problème entier sur le plus long terme.

 

Le vote ayant été globalisé je me suis de même abstenu. 

 

     2 Le compte de gestion dressé par le Trésorier principal dont les chiffres concordent avec ceux du compte administratif de la commune a été approuvé à l’unanimité.

 

     3  Caisse des écoles :

 

Les résultats reportés des années précédentes l’ont été encore une fois à l’unanimité.

 

 L’adjoint au scolaire aurait déclaré, paraît-il,   qu’il  lui faudrait un mandat supplémentaire pour réaliser ce qu’il n’a pu faire depuis 2008, c'est-à-dire réactiver la caisse des écoles.

 

     4 Les résultats de 2012, en fonctionnement et en investissement ont été reportés sur 2013 à   l’unanimité.

 

     5 Décision modificative n°1 au BP 2013 :

 

Il s’agissait de transférer 360 391 euros de la section de fonctionnement vers la section d’investissement, sur cette dernière de permettre un remboursement de TLE   d’un montant de 2375 euros et de finaliser en écriture une opération ancienne sans incidence financière pour la commune : décision approuvée à l’unanimité.

 

      6 Approbation du compte rendu annuel 2012 de la SORGEM relative à l’opération dite de centre ville 52-54 jean Jaurès :

 

Etant opposé dès l’origine à la réalisation de cet ensemble immobilier  qui a nécessité le reclassement d’une parcelle espace vert en zone constructible pour équilibrer financièrement l’opération je me suis abstenu. Il est également à souligner que plutôt que de densifier les groupes scolaires actuels il eut été préférable d’étudier la possibilité d’y implanter une nouvelle école ainsi d’ailleurs que rue de la Seigneurie en lieu et place des 25 logements sociaux prévus sur l’ex espace de jeu.

 

         7 Octroi d’une subvention exceptionnelle pour le club potager du CES Blaise Pascal de Villemoisson sur Ogre à été approuvé à l’unanimité.

 

Urbanisme- Travaux- développement durable :

 

          8 Les élus ont pris acte des acquisitions et cessions foncières en 2012

 

          9 Demande de subvention de l’aménagement d’une salle d’éveil et de motricité à l’école maternelle pierre Brossolette et d’une salle de danse (espace Colette) :

 

Cette demande a été  examinée dans le cadre des nouvelles dispositions  définies par le Conseil général par ses délibérations des 2 juillet et 18 décembre 2012 relatives au nouveau partenariat avec les territoires essonniens selon des critères de bonus malus les uns pertinents les autres destinés à réduire le montant des subventions, voire à les rendre impossible. Le versement étant par ailleurs reporté jusqu’à l’achèvement et la réception  des travaux et non plus  en fonction de leur avancement.

 

  Le 5 février 2013 le conseil avait, par délibération, adhéré, à la majorité, à ce nouveau système de contractualisation, je m’étais abstenu.

 

 Conscient du fait que persister dans cette démarche pénaliserait la commune j’ai néanmoins été contraint  d’approuver cette délibération.

 

Enfance - Jeunesse

 

           10 Convention d’objectifs et de financement des établissements d’Accueil des  jeunes enfants à gestion communale :

 

Si le document présenté stipule page 3 que le département s’engage à apporter son concours financier sur la durée de la convention il y est précisé à la suite que l’aide financière sera dégressive sur la durée de la convention (trois ans) et que la dégressivité s’appliquera sur les places créées postérieurement  à la signature de la convention. Autre dossier, autre diktat, il est grand temps que la protestation grandisse et que dans les assemblées élues les majorités changent.

 

La non participation au vote n’étant pas comptabilisée je me suis encore abstenu.

 

           11 Rapport sur le fonctionnement du relais assistantes maternelles pour le renouvellement de l’agrément :

 

Renouvellement nécessaire sans aucun doute mais le document soumis aux élus comportait 29 pages dactylographiées pour justifier 700 heures de travail annuel,  soit approximativement un mi temps- annuel. Par un rapide calcul, le ratio multiplié par le nombre d’agents communaux nécessiterait 4300 pages. Que de paperasserie !

 

Affaires Générales :

 

           12 Délégation du conseil municipal au maire :

 

Par principe ne je suis pas opposé à l’octroi de délégation de pouvoir au maire ainsi qu’à leur actualisation en fonction de l’évolution de la législation par contre, ainsi que le propose le texte ci après en italiques,  rappeler à un maire qu’il lui est loisible de  passer  d’un taux fixe à un taux variable est un risque dont de nombreuse commune ont déjà eu à pâtir, allonger la durée de remboursement d’un prêt c’est augmenter à coup sur les intérêts. Enfin 5 millions d’euros pour certaines communes représentent  une goutte d’eau mais à Villiers c’est l’équivalent de  la dette actuelle. Madame le maire n’a pas hérité d’emprunts toxiques ; elle ne s’y est pas non plus laissée prendre.

 

Je ne pouvais approuver le texte, ci après en italiques car il est des décisions lourdes de conséquences qui sont du ressort d’un collectif, c’est à dire du conseil municipal en l’occurrence, et non pas d’une seule personne quelle que soit sa compétence. Cette délibération  a été adoptée par les autres membres du conseil présents et réprésentés.

 

« Le maire reçoit délégation aux fins de procéder à la réalisation des emprunts destinés au financement prévus par le budget et aux opérations de refinancement d’emprunts, dans la limité de 5 millions d’euros( par un ou plusieurs contrats) pour des durées limitées à 25 ans, en taux fixe ou variable indexé sur le T4m,le TAM, le TME, l’euribor, en taux fixe, les taux des livrets bancaires réglementés et l’inflation et de passer à cet effet les actes nécessaire ;

 

En outre le contrat de prêt pourra comporter une ou plusieurs des caractéristiques ci-après :

  • la faculté de passer d’un taux variable à un taux fixe ou inversement ;
  • la faculté de modifier une ou plusieurs fois l’index relatif au(x)  calcul (s) du ou des taux d’intérêts ;
  • des droits de tirages échelonnés dans le temps avec faculté de remboursement anticipé et/ou de consolidation par mise en place de tranches  d’amortissements ; 
  • la faculté de modifier la périodicité et le profil de remboursement.

Par ailleurs le maire pourra à son initiative exercer les options prévues par le contrat de prêt et de conclure tout avenant destiné à inclure dans le contrat initial une ou plusieurs caractéristiques définies ci-dessus. »

 

          13 et 14 Les conventions d’objectifs avec Loisirs et Culture et le Club omnisports de Villiers sur Orge, d’une durée de trois ans, ont été adoptées à l’unanimité.

 

Personnel :

 

         15 Mise à parité du régime indemnitaire des agents des collectivités territoriales avec celui des agents de l’Etat dans le cadre de la législation et de texte réglementaire en vigueur:

 

Le dispositif ne concerne que les catégories B et C. Un agent restera à situation inchangée, pour les autres l’augmentation pourra aller jusqu’à 26 euros mensuellement.

 

La délibération a été adoptée à l’unanimité.

 

           16 Modification du tableau des effectifs pour tenir compte des avancements de grades dans le cadre  de la promotion interne :

 

Sept agents sont concernés. Le personnel compte 78 agents dont 6 à temps non complets.

 

La délibération a été approuvée à l’unanimité.

 

IV Points d’information :

 

Madame le maire a déclaré que l’enquête publique en cours relative à la modification du Plan Local  d’Urbanisme ne mobilisait pas les foules et en réponse à mon questionnement sur le désamiantage à l’école pierre Brossolette  que le chantier  débuterait pendant les vacances, le 8 juillet ; un sas de décontamination ave douche sera installé pour le personnel intervenant. Les enfants iront déjeuner à malraux.

 

Une réunion d'information aura lieu le 28 juin avec la participation d'un conseiller technique spécialisé. 

 

Par contre aucune mesure particulière ne semble prévue pour les personnels du centre de la petite enfance, les enfants qui y sont accueillis et leurs parents ou accompagnants. 

 

Question diverse :

 

Motion proposée par madame le maire pour la préservation des moyens alloués aux collectivités territoriales :

 

Début février j’avais adressé un projet de déclaration sur le thème qui est passé à la trappe.

 

Après une période  de réflexion, le 15 juin madame le Maire   adressait le texte suivant à l’ensemble des élus :

 

« Le gouvernement a annoncé des réductions deux fois plus fortes des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales notamment pour faciliter le financement du crédit d’impôts pour la compétitivité et l’emploi.

 

A ces diminutions des dotations de l’Etat vien(en)t s’ajouter les changements de règles d’attribution de subventions de la région et du département aussi bien pour l’investissement que pour le fonctionnement, règles qui ont fait perdre à la commune des sommes importantes.

 

Si nous sommes parfaitement conscients de la nécessité de réduire le déficit public et l’endettement  qui ont atteint un niveau record aux cours de ces dix dernières années  et de conduire l’effort collectif indispensable pour y parvenir, les mesures annoncées constituent néanmoins un recul historique des dotations et subventions, risquant  de conduire à une réduction des investissements locaux porteurs d’emplois.

 

Nous voulons souligner le rôle essentiel joué par les collectivités territoriales pour amortir les effets de la crise sur les ménages. Ces dernières participent pour plus de 70 % à l’effort d’investissement de la Nation.

Il nous semble opportun de soutenir la capacité d’investissement des collectivités qui en l’espace de dix ans sont devenues les principaux maîtres d’ouvrage des équipements structurants à fort effet de levier et valeur ajoutée sur les économies locales.

 

Il nous semble inopportun que ce soit les ménages dont les revenus stagnent voire baissent qui doivent supporter les transferts de charge dus aux désengagements de l’Etat, de la région, du département sans compter les réformes comme par exemple celle des rythmes scolaires qui vont coûter aux communes sans contrepartie. »

 

Il est à noter que c’est la première fois, malgré des approximations, qu’un texte faisant le lien entre  l’austérité,  la montée en puissance du chômage et la récession était soumis aux élus par la majorité municipale. Néanmoins, malgré ses insuffisances, il eut été possible d’y trouver matière à compromis acceptable par les différentes composantes du conseil municipal. Pour gagner du temps je l’avais retourné après  y avoir inséré mes commentaires (non exhaustifs) en italiques rouge ou  barré voir ci après:

 

« Il faut d’abord noter que ce texte ne traite que de  l’'impact de l’austérité sur les collectivités territoriales mais n’aborde pas l’aspect beaucoup plus vaste de la casse de l’emploi, de la protection sociale et de la réduction du pouvoir d’achat des salaires retraites et pensions sous prétexte de réduire le déficit et de rembourser le dette

 

Le gouvernement a annoncé des réductions deux fois plus fortes des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales notamment pour faciliter le financement du crédit d’impôts pour la compétitivité et l’emploi. Notons que les exonérations et les baisses de cotisations patronales n’ont pas ralenti la montée en puissance du chômage.

 

A ces diminutions des dotations de l’Etat vien (en)t s’ajouter les changements des règles d’attribution de subventions de la région et du département au travers d’un dispositif dit de critérisation (que j’ai été le seul à ne  pas approuver) aussi bien pour l’investissement que pour le fonctionnement, règles qui ont déjà  fait perdre à la commune des sommes importantes.

 

Si nous sommes parfaitement conscients de l’importance la nécessité de réduire le  du déficit public et de l’endettement qui ont atteint des niveaux records aux cours de ces dix dernières années ( et de conduire l’effort collectif indispensable pour y parvenir ): A supprimer car  cela revient à écrire qu’il faut payer mais qui, les plus riches ou les autres qui tirent déjà le diable par la queue ?. Les mesures annoncées constituent néanmoins un recul historique des dotations et subventions, qui conduiront risquant de conduire à une réduction des investissements locaux porteurs d’emplois.

 

Nous voulons, par la présente motion, souligner le rôle essentiel joué par les collectivités territoriales pour amortir les effets de la crise sur les ménages. Ces dernières participent pour plus de 70 % à l’effort d’investissement de la Nation.

 

Il nous semble opportun de soutenir la capacité d’investissement des collectivités qui en l’espace de dix ans sont devenues les principaux maîtres d’ouvrage des équipements structurants à fort effet de levier et valeur ajoutée sur les économies locales. C’est ça le transfert de charges sans moyens correspondants

 

Il nous semble inopportun que ce soit les ménages dont les revenus stagnent voire baissent qui doivent supporter les transferts de charge dus aux désengagements de l’Etat, de la région, du département sans compter les réformes comme par exemple celle des rythmes scolaires qui vont coûter aux communes sans contrepartie.

 

Nous rappelons :

 

 Que l’envol de la dette publique date de la loi adoptée en 1973 dite loi Rothschild  qui a incité l’Etat à  recourir à des emprunts bancaires  au taux du marché plutôt qu’à des financements auprès de la  banque centrale à taux faibles voire nuls.

 

(A cette loi, s’ajoute en 1993 l’indépendance de la Banque de France décidée par le gouvernement Balladur. Enfin, les traités européens enfoncent le clou : l’article 123 du traité de Lisbonne stipule qu’il est interdit à la BCE et aux banques centrales des Etats membres (…) d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit” à toute institution publique. La situation s’est encore aggravée avec  le gouvernement Hollande.)

 

Que la croissance de la dette, qui est à ce jour  presque égale aux intérêts versés depuis 1973 va  de pair avec la décroissance économique qui diminue encore le potentiel de  rentrées fiscales ce qui accroît le déficit et   appelle à de nouveaux sacrifices pour les ménages.

 

Que les mesures d’austérités successives réduisent les débouchés sur le marché

 

Que la dette c’est l’argent que les riches ont accumulé à la suite le la réduction des prélèvements  sur les foyers fiscaux les plus élevés comme sur les grandes entreprises.


La Commission du droit international de l’ONU  dit : « On ne peut attendre d’un Etat qu’il ferme ses écoles, ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement pour disposer de l’argent nécessaire au remboursement de ses créanciers étrangers et nationaux. Il y a des limites à ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un Etat. »

Ajoutons aussi qu’il brade notre patrimoine économique, immobilier, et culturel, l’exception culturelle  dont il est fait grand bruit aujourd’hui, n’y changera rien.


Par ailleurs le droit international en vertu duquel le respect et la protection des droits humains, tels qu’ils sont reconnus universellement par les conventions internationales, priment sur les autres engagements, comme le remboursement des dettes et l’application de programmes d’austérité.


Il est  mensonger d’affirmer qu’il n’est pas d’autre possibilité que d’en passer par l’austérité pour sortir de la « crise ».

 

 Nous demandons en conséquence :

A minima un moratoire sur le remboursement de la dette et dans l’éventualité d’un remboursement partiel :

  • Le relèvement de l’IRPP sur les plus hauts revenus à partir d’un seuil à déterminer
  • Le relèvement  du taux de l’impôt  sur les sociétés.
  • Le rétablissement du contrôle des changes, c'est-à-dire de notre souveraineté monétaire, et des droits de douane.
  • Que les responsables, élus ou non, de cette situation de banqueroute, qui s’apparente à de la cavalerie, soient déférés devant les tribunaux pour rendre compte de leurs turpitudes. »

 

D’emblée  messieurs Simons au nom de son groupe l’Elan pour Villiers et Fraysse pour Renouveau solidaire ont refusé toute mise en cause des  Région et des département  au motif  que ces collectivités seraient elles aussi victimes des décisions gouvernementales position ahurissante qui consiste à leur dénier toute influence politique sur les décisions gouvernementale alors que toutes les régions sont à direction socialistes, sauf deux l’Alsace UMP et la Corse PCF et PRG et que  cinquante six Conseils généraux sont présidés par un socialiste.

 

Ainsi messieurs Simons et  Fraysse et leurs amis ont adopté la position qui fut celle de la majorité locale UMP qui a toujours refusé de mettre en cause l’austérité version Sarkozy. C’est ce qu’on dénomme alternance  qui consiste à changer les personnes et à faire la même politique.

 

Il eut fallu une rencontre préalable afin de tenter de rédiger un texte acceptable par tous, dans l’impossibilité d’y parvenir en séance Madame le Maire mit fin aux  échanges. 

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 08:42

 

                   
Quelques compléments ce qui suit n'épuise pas le sujet:
ici et
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 08:12

Par Peter Dale Scott

À l’image de Vladimir Poutine en Russie, la politique syrienne de Barack Obama est attaquée avec virulence, à la fois par les « faucons » et par les « colombes ».


Le 13 juin dernier, Obama concéda deux victoires limitées mais inquiétantes aux faucons : des preuves que les troupes de Bachar el-Assad « ont utilisé des armes chimiques [c’est-à-dire le sarin] contre les forces rebelles », et la décision correspondante « de commencer à fournir pour la première fois aux rebelles des armes légères et des munitions » [1].

Chacune de ces annonces semble particulièrement étrange, pour ne pas dire malhonnête, pour quiconque a suivi de près la crise syrienne. Le conseiller adjoint à la Sécurité nationale Benjamin Rhodes, l’un des principaux conseillers d’Obama en politique étrangère, fut cité dans le New York Times déclarant qu’« il n’y avait aucune raison de penser que la résistance avait accès à des armes chimiques ». Ainsi, comme la plupart des médias grand public aux États-Unis, Rhodes ignora tout simplement les informations parues en mai dernier dans les médias britanniques, selon lesquelles « des enquêteurs de l’ONU en charge des droits de l’Homme ont rassemblé des témoignages de victimes de la guerre civile en Syrie et de personnels médicaux [,] indiquant que les forces rebelles avaient employé du gaz neurotoxique sarin [2] ». Trois semaines plus tard, d’autres informations de ce genre ont été diffusées avant d’être remises en cause. Elles avançaient qu’un cylindre de 2 kg contenant du gaz sarin avait été saisi à des forces rebelles syriennes en Turquie [3]. Comme dix ans plus tôt lorsque l’Irak était en ligne de mire, nous pouvons observer aux États-Unis un nouveau cas où des impératifs politiques conditionnent le renseignement, et non le contraire.

 

La seconde annonce voulant que les États-Unis commencent « à fournir [en armes] les rebelles » est tout aussi peu crédible. Comme le Times l’a révélé il y a trois mois, la CIA a facilité un acheminement aérien de 3 500 tonnes d’armes (ou peut-être plus) en faveur des rebelles – l’Arabie saoudite et le Qatar étant au cœur de cette opération [4].

 

Le rôle d’intermédiaires joué par ces deux pays reproduit un schéma observé en Bosnie en 2003, et plus particulièrement en Libye en 2011 ; et l’Histoire nous enseigne qu’il sera difficile – voire impossible – d’empêcher que des jihadistes ne s’emparent de ces armes, bien que Washington préférerait éviter cette issue [5]. En revanche, il est clair que ces armes amplifieront le massacre sans y mettre fin – un carnage visant plus que jamais les civils, quel que soit le camp d’où provient la violence [6].

 

Avec ces manœuvres prudentes, Obama a fait bien moins de concessions que ne le désiraient les faucons, comme le sénateur républicain John McCain. Dans cette même annonce, Benjamin Rhodes a « tout bonnement exclu l’option d’une zone de non-survol », la stratégie d’« aucun soldat au sol » qui a renversé Kadhafi en Libye. En prenant cette décision, Obama pourrait toujours espérer prévenir la manœuvre russe de fournir à el-Assad des missiles anti-aériens perfectionnés – une démarche qui provoquerait très probablement un engagement militaire israélien, et peut-être même une expansion du conflit vers le Liban et l’Irak.

 

Appuyé par un éditorial dans le New York Times [7], le secrétaire d’État John Kerry a rencontré au début du mois de mai son homologue russe Sergueï Lavrov. Alors qu’un embargo sur les armes de l’Union européenne devait expirer, ils sont tombés d’accord pour organiser une nouvelle conférence internationale à la fin du mois de mai, dans le but de répondre à la crise syrienne. Cependant, cette conférence fut repoussée et sa tenue reste incertaine, en grande partie du fait que les rebelles de l’ASL – clients favoris de l’Occident dans cette rébellion – ont refusé d’y participer, alors qu’ils sont en train de perdre la guerre.

 

Kerry et Lavrov se sont rencontrés de nouveau à Paris à la fin du mois de mai, et l’issue de cette rencontre fut cette fois-ci plus préoccupante. En effet, les médias russes ont de nouveau rapporté – avec un optimisme mesuré – qu’une rencontre était en projet, bien qu’étant retardée [8]. En revanche, les médias états-uniens ont ignoré ou minimisé l’idée d’une conférence. Au contraire, ils ont amplement cité Patrick Ventrell, un porte-parole du département d’État, qui reprocha à Moscou d’avoir annoncé la livraison à la Syrie du S-300, un système sophistiqué de missiles guidés anti-aériens ; et il ajouta que les États-Unis soutiendraient dorénavant l’allègement de l’embargo de l’UE sur les armes [9].

Depuis qu’il a pris ses fonctions, nous avons pu observer deux caractéristiques dans la politique syrienne d’Obama, qui se compensent mutuellement. La première a été son extrême prudence, et son refus de s’engager précipitamment dans des interventions militaires, comme celle où sont actuellement enlisés les États-Unis en Afghanistan. La seconde a été une tendance à justifier ses tactiques dilatoires par des annonces politiques aux buts abstraits, adaptés seulement pour les gros titres. Ce fut par exemple le cas en août 2011, lorsqu’il déclara de façon catégorique qu’el-Assad devait « quitter le pouvoir ». Ainsi, Obama s’est enfermé dans une position politique à laquelle la Russie n’adhèrera pas, sans se donner les moyens de parvenir à cette issue.

 

Dans le même temps, aux États-Unis et ailleurs, de nombreux analystes bien informés sur la crise syrienne ont mis en garde que ce conflit – qui est déjà une guerre par procuration opposant l’Iran à la Turquie et aux pays de la Péninsule arabique –, pourrait s’étendre et devenir encore plus menaçant [10]. Cependant, ces analyses ont tendance à ignorer la brutale réalité des hydrocarbures qui pourrait déterminer la chute d’el-Assad, si cette compétition énergétique n’est pas frontalement dénoncée.

 

En 2010, les réserves pétrolières en Syrie étaient estimées à 2,5 milliards de barils. Plus important encore, la Syrie est la route terrestre la plus évidente pour tout oléoduc ou gazoduc exportant les hydrocarbures du golfe Persique (incluant l’Iran) vers les nations énergivores d’Europe de l’Ouest. Mais l’oléoduc Kirkuk-Bāniyās, qui acheminait le pétrole brut du champ de Kirkuk (Irak) vers la Méditerranée, fut détruit par des frappes aériennes de l’US Army en 2003 et il ne fut jamais rouvert.

En 2009, le Qatar et la Turquie commencèrent à négocier un nouveau pipeline de gaz naturel à travers l’Arabie saoudite et la Syrie, qui serait relié à Nabucco, un projet de gazoduc traversant la Turquie depuis l’Azerbaïdjan [11]. Cependant, un chemin à travers l’Irak semblait de plus en plus problématique, avec la multiplication des conflits dans cette zone.

 

Parallèlement, selon Oilprice.com, l’Arabie saoudite refusa au Qatar l’utilisation de son territoire, ne laissant à cet émirat qu’une route à travers le sud de l’Irak et la Syrie, pour qu’il « sécurise une nouvelle source de revenus. En Turquie, les pipelines sont déjà construits pour recevoir le gaz. Seul el-Assad y fait obstacle [12]. »

 

Depuis, le Financial Times a rapporté que « ces deux dernières années, ce minuscule État riche en gaz qu’est le Qatar a dépensé jusqu’à 3 milliards de dollars pour soutenir la rébellion en Syrie, bien plus que n’importe quel autre gouvernement. […] [S]on soutien financier pour la révolution devenue une guerre civile sournoise éclipse totalement le soutien occidental pour l’opposition [13]. »

 

 

Le site bien informé ZeroHedge.com a commenté que cet investissement considérable était, « comme c’est si souvent le cas au Moyen-Orient, […] encore une fois uniquement motivé par les ressources naturelles [14] » Le champ gazier North Dome du Qatar, situé au milieu du golfe Persique, ne fait qu’un avec le champ South Pars d’Iran, et ils constituent ensemble le plus grand champ gazier du monde. En 2011, el-Assad rejeta un ultimatum du Qatar. Au contraire, il se mit d’accord avec l’Iran et l’Irak pour construire un nouveau gazoduc entre l’Iran et la Syrie, qui transfèrerait le gaz naturel vers la mer Méditerranée depuis le champ iranien South Pars plutôt que depuis le North Dome du Qatar [15]. (N’oublions pas que des défis de cette ampleur contre l’hégémonie du pétrodollar US avaient été lancés par Saddam Hussein puis par Mouammar Kadhafi, avec des conséquences fatales tant pour leurs régimes que pour leurs vies.) [16]

 

Comme Pepe Escobar l’a commenté :

 

« La raison centrale (mais inavouée) de l’obsession du Qatar pour un changement de régime en Syrie est d’anéantir le pipeline [de gaz naturel] de 10 milliards de dollars [projeté par] l’Iran, l’Irak et la Syrie, qui ont conclu cet accord en juillet 2011. Il en va de même pour la Turquie, car ce gazoduc éviterait Ankara, qui s’affiche perpétuellement comme le carrefour énergétique incontournable entre l’Orient et l’Occident. Il est crucial de se rappeler que ce gazoduc Iran-Irak-Syrie est […] une abomination pour Washington. […] La différence est que, dans le cas présent, Washington peut compter sur ses alliés du Qatar et de la Turquie pour saboter intégralement cet accord [17]. »

 

L’un des grands inconvénients des politiques étrangères clandestines est que des décisions cruciales ayant des répercussions mondiales sont confiées à des cowboys va-t-en-guerre. Ces derniers sont peu contrôlés, et ils sont encore moins préoccupés par les conséquences de leurs actions déstabilisantes sur le long terme. Nous avons pu l’observer deux décennies plus tôt, lorsque la CIA aida l’ISI pakistanais – collaborant avec le jihadiste salafiste Hekmatyar – à renverser le gouvernement relativement modéré de Mohammed Najibullah en Afghanistan, qui était resté en place après le retrait des soviétiques. L’Agence avait alors contourné le Département d’État [18].

 

L’ancien ambassadeur Peter Tomsen a écrit des mémoires éloquentes, The Wars of Afghanistan, au sujet de cette tragédie peu admise, de laquelle ont découlé à la fois le 11-Septembre et une guerre que les États-Unis sont encore en train de combattre :

 

« Le sous-secrétaire aux Affaires politiques Robert Kimmitt et moi-même avons tenté de faire disparaître le fossé entre le Département d’État et la Direction des opérations de la CIA sur la politique afghane. J’ai rencontré à deux reprises le directeur adjoint de la CIA Richard Kerr afin de régler nos divergences. Mais l’Agence persista à soutenir les attaques militaires de l’ISI contre Kaboul, qui visaient à remplacer Najib[ullah] par Hekmatyar. […] Chacun de leur côté, le Département d’État et la CIA agissaient pour remplir des objectifs contradictoires. Ce fut une certaine recette vers la paralysie et l’échec politique final [19]. »

 

En l’absence d’un changement significatif, nous pouvons anticiper la répétition de cette tragédie en Syrie – soit le fait que la CIA, avec la complicité de l’Arabie Saoudite et du Qatar, facilite le transfert d’armes à des jihadistes sunnites, tandis que les responsables du département d’État tentent de parvenir à une résolution pacifique de cette crise avec leurs homologues russes.

 

La solution alternative à cette situation serait une nouvelle conférence de Genève, que les diverses factions rebelles soient présentes ou non, mais avec la nécessaire participation du Qatar et de deux autres pays exclus de la précédente conférence : l’Iran et l’Arabie Saoudite. Toutes ces nations sont déjà parties au conflit et, comme le reste du monde, elles ont des intérêts légitimes que la paix serait mieux à même de satisfaire [20].

 

Traduction : Maxime Chaix


Article original : Peter Dale Scott, « Washington’s Battle Over Syrian Foreign Policy : Will Hawks Or Doves Prevail ? », The Asia-Pacific Journal, Volume 11, Issue 24, N°1, 17 juin 2013.

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Notes

[1] « U.S. Is Said To Plan To Send Weapons to Syrian Rebels », New York Times, 14 juin 2013.

[2] « U.N. has testimony that Syrian rebels used sarin gas : investigator », Reuters, 5 mai 2013. Cf. BBC, 6 mai 2013. À cette époque Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, déclara que « Nous sommes très sceptiques devant toute suggestion indiquant que les rebelles aient utilisé des armes chimiques », (Guardian [Londres], 6 mai 2013).

[3] « Turkey finds sarin gas in homes of suspected Syrian Islamists – reports », RT, 30 mai 2013.

[4] C.J. Chivers and Eric Schmitt, « Arms Airlift to Syria Rebels Expands, With Aid From C.I.A. », New York Times, 24 mars 2013.

[5] Peter Dale Scott, « La Bosnie, le Kosovo et à présent la Libye : les coûts humains de la collusion perpétuelle entre Washington et les terroristes », Mondialisation.ca, 17 octobre 2011. Cf. Jason M. Breslow, Can the U.S. Keep Its Weapons From Extremists in Syria ? », FRONTLINE, PBS, 14 juin 2013 : « Dans ce pays, comme l’a rapporté FRONTLINE dans [son documentaire] The Battle for Syria, les rebelles sont devenus de plus en plus islamistes et extrémistes, l’administration craignant ainsi que des armes US puissent tomber dans de mauvaises mains. À l’avenir, le défi serait d’éviter la réalisation un tel scénario, une tâche que la plupart des experts considèrent comme difficile, pour ne pas dire impossible. »

[6] Dana El Baltaji, « Syria Rebels Threaten to Wipe Out Shiite, Alawite Towns », Bloomberg.com, 21 mai 2013 : « Selon des forces rebelles, les localités peuplées par des musulmans chiites et par la minorité alaouite dont est issue le Président Bachar el-Assad seront ‘rayées de la carte’ si la ville stratégique de Qousseir – située au centre de la Syrie – était reprise par les troupes gouvernementales. ‘Nous ne le souhaitons pas, mais ce sera une réalité imposée à tout le monde’ déclara hier sur la chaine de télévision Al-Arabiya le colonel Abdel-Hamid Zakaria, un porte-parole de l’Armée Syrienne Libre en Turquie [, issu de la faction que le Sénateur John McCain a rencontré le mois dernier]. ‘Ce sera une guerre interconfessionnelle brutale et sanglante jusqu’à la fin.’ »

[7] (L’ancien Ambassadeur) Daniel C. Kurtzer, « Obama Can’t Go It Alone in Syria », New York Times, 2 mai 2013 : « Construire une coalition internationale d’États – particulièrement avec la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar – est la seule option stratégique viable pour les États-Unis. Sans une telle coalition, une intervention se soldera par un échec. Et sans une telle coalition, les États-Unis doivent rejeter l’option d’une intervention militaire unilatérale en Syrie. »

[8] « Take two : Lavrov, Kerry working to broker redo of Syria peace conference », RT, 27 mai 2013.

[9] « US supports EU easing of Syria arms embargo », AFP, 28 mai 2013 ; UPI, 29 mai 2013.

[10] Voir par exemple David Bromwich, « Stay Out of Syria ! », New York Review of Books, 20 juin 2013. M K Bhadrakumar pose le problème plus concrètement, son regard tourné vers un conflit entre les États-Unis et la Russie : « En somme, la décision capitale d’Obama visant à intervenir militairement en Syrie – qui pourrait bien lancer une nouvelle guerre froide – est une manœuvre désespérée de diversion, alors que son administration est profondément empêtrée dans le scandale Snowden. L’édifice moral tout entier sur lequel Obama a construit sa présidence, et les valeurs qu’il a placées au cœur de son ‘audace d’espérer’ lorsqu’il commença sa longue marche vers la Maison Blanche il y a 5 ans – transparence, responsabilité, légitimité, multilatéralisme, consensus –, s’avèrent aujourd’hui n’être qu’un tas de mensonges. » (« Obama’s Monica Moment », Asia Times, 14 juin 2013).

[11] « Qatar seeks gas pipeline to Turkey », TheNational.ae, 26 août 2009. Cf. PipelinesInternational.com, mars 2010 : « La Turquie est en négociations pour discuter du développement du gazoduc Qatar-Turquie. Ce pipeline relirait Doha à Istanbul, une distance d’environ 2 500 km. Il acheminerait du gaz qatari vers la mer Méditerranée, traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie, et il pourrait se connecter au gazoduc Nabucco, qui est en projet. »

[12] Felix Imonti, « Qatar : Rich and Dangerous », Oilprice.com, 17 septembre 2012.

[13] Financial Times, 16 mai 2013.

[14] « Mystery Sponsor Of Weapons And Money To Syrian Mercenary “Rebels” Revealed », ZeroHedge.com, 16 mai 2013.

[15] « Islamic Pipeline States Meet in Baghdad », Tehran Times, 14 juin 2013.

[16] Peter Dale Scott, « La guerre en Libye, le pouvoir américain et le déclin du système des pétrodollars », Mondialisation.ca, 1er mai 2011.

[17] Pepe Escobar, « Iran, Pakistan, Syria, Qatar : Pipelineistan at work », RT, 14 avril 2013.

[18] Pour un récit terrifiant, voir Steve Coll, Ghost Wars, pp.173-214.

[19] Peter Tomsen, The Wars of Afghanistan, p.422.

[20] Zbigniew Brzezinski a intelligemment proposé que d’autres nations ayant des intérêts énergétiques dans le golfe Persique – dont la Chine et le Japon – devraient aussi être invitées à participer à cette conférence internationale (PBS News, 14 juin 2013).

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