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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 12:35

Par Jacques Sapir 16 juin 2013

 

La revue « officielle » du PCF sur l’économie, Economie et Politique, vient de publier un article d’une rare nullité sur la question de l’Euro[1]. Il ne vaudrait pas la peine d’être cité s’il ne contenait de telles erreurs qu’il en devient un bon exemple d’un discours d’aplatissement complet devant Bruxelles et la BCE. Cet article, sans les citer, se veut une « réponse » aux différentes notes qui ont été publiées sur le carnet « RussEurope ». C’est une deuxième raison de l’analyser.

 

Il commence tout d’abord par une affirmation : « Le commerce extérieur de la France, souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au Franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25 % par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations. »


Visiblement les auteurs de cet article qui se prétendent économistes semblent manifestement ignorer la notion d’élasticité-prix qui est pourtant fondamentale dès que l’on parle de dévaluation ou de réévaluation d’une monnaie. Cela signifie que, sauf pour les produits pour lesquels il n’existe pas de substituts directs ou indirects, une hausse des prix (dans le cas d’une dévaluation) va provoquer un changement plus ou moins importants des quantités importées. Ce changement s’explique par le fait que les consommateurs vont se tourner soit vers le même produits, mais fabriqué en France, soit vont se tourner vers des produits légèrement différents dont le coût est moindre mais dont l’usage procure une satisfaction équivalente, ce que l’on appelle l’effet de substitution. La hausse des prix ne concerne pleinement QUE les produits considérés comme non-substituables (par exemple les carburants). Cependant, là, il faut savoir que le prix à l’importation (hors taxes) ne représente que 25% du prix du produit. Donc, une dévaluation de 25% n’augmentera d’un quart que le quart du prix, soit de 6,25%. Par ailleurs, ces produits non-substituables ne représentent qu’environ 30% de nos importations. Croyez vous que l’on trouvera de tels chiffres dans l’article ? Que nenni ! Messieurs les économistes du PCF sont bien au-dessus de ces considérations qui leurs semblent terre à terre.

 

Par ailleurs, la question des élasticités-prix doit être aussi évalué non seulement pour les importations mais pour les exportations. Nos produits, dans le cas d’une dévaluation, coûteraient 25% de moins. Les volumes consommés par les clients étrangers augmenteraient et ceci même en économie stationnaire. En fait, ces élasticités ont été calculées par de nombreuses sources (dont l’équipe de recherche économique de NATIXIS[2]) et tous les résultats sont très favorables pour la France dans le cas d’une dévaluation. En réalité, la valeur de l’élasticité totale du commerce extérieur (importations et exportations) dépend du montant de la dévaluation (ou de la réévaluation). Si l’on postule une dévaluation de 25% par rapport au Dollar mais de probablement 35% par rapport au « nouveau » Deutschmark on obtient des élasticités encore plus favorables dans le cas de la France.

 

L’article affirme ensuite la chose suivante : « C’est ne pas comprendre à quel point le surcroît de compétitivité-prix que cela prétendrait donner aux exportations françaises se ferait surtout au détriment de nos partenaires d’Europe du sud, l’Allemagne voyant au contraire son excédent commercial gonflé par une dévalorisation du travail des Français qui rendra meilleur marché ses importations en provenance de son principal partenaire commercial. Tout cela dans un contexte de spéculation déchaînée. »


Ici encore on combine les approximations avec la mauvaise foi. La compétitivité-prix ne se ferait pas au détriment des pays de l’Europe du Sud, dont toutes les estimations montrent qu’il auraient intérêt à dévaluer plus que nous. Les gains quant aux exportations se feraient essentiellement au détriment de l’Allemagne qui verrait son excédent commercial de 5% du PIB se transformer en un déficit de -3% du PIB. La situation de l’Italie serait en réalité plus favorable que celle de la France. C’est ce que l’on a montré dans une note publiée sur RussEurope[3]. Ensuite, on prétend que l’excédent commercial de l’Allemagne sera gonflé, ce qui est une affirmation contraire non seulement à toutes les estimations mais au simple bon sens économique. En réalité, l’Allemagne verra son excédent se transformer temporairement en déficit, mais devrait bénéficier d’un effet de baisse des prix non négligeable[4]. Enfin, et c’est là où les auteurs de l’article ne sont pas simplement de mauvais économistes mais sont aussi d’une mauvaise foi remarquable, c’est quand ils affirment que Tout cela [se passerait] dans un contexte de spéculation déchaînée. Or, il est très clair qu’une dévaluation, autrement dit une sortie de l’euro, ne pourrait avoir lieu que dans le cas où l’on aurait un contrôle des capitaux des plus stricts, comme celui existant actuellement pour Chypre. On a dit et répété que la crise chypriote avait été l’occasion de vérifier la possibilité matérielle d’un contrôle des capitaux au sein de la zone Euro et en contradiction avec le Traité de Lisbonne. Non seulement nos auteurs de l’article d’Économie et Politique sont aveugles mais à l’évidence, ils sont sourds !

 

Troisième point, et c’est là ou éclate toute la mauvaise foi des auteurs de cet article, on trouve l’affirmation suivante : « Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au Franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelques 1140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France ». Rappelons ici que le problème n’est pas dans le statut de l’opérateur mais dans le lieu d’émission du contrat. C’est un fait de droit international que nos auteurs soit ignorent superbement (et ils devraient d’urgence aller suivre des cours) soit cachent à leurs lecteurs, et donc font de la désinformation. En réalité, 85% des montants de la dette française est émise dans des contrats de droit français. Ces contrats stipulent que la dette sera remboursée dans la monnaie ayant cours dans notre pays. Cela signifie qu’en cas de sortie de l’Euro cette dette sera re-libellée en Francs pour les mêmes montants qu’en euro. L’effet de réévaluation de la dette ne portera que sur les 15% restant. Ici encore 15% augmenté de 25% ne représentent que 3,75% du total et non de 25% comme il est affirmé. Il est clair que les auteurs jouent sur la méconnaissance de leurs lecteurs, et cherchent à provoquer un effet de peur afin d’écarter toute discussion sérieuse sur une sortie de l’Euro. C’est bas, et c’est lamentable !

 

Les affirmations qui suivent ne sont qu’une manière de farder la vérité. Croire que l’on peut faire changer la structure de la zone Euro sans en passer par une crise majeure et par une dissolution de la monnaie unique est une vue de l’esprit, qui sied peut-être à des discussions de café du commerce mais certainement pas à un débat raisonné sur les alternatives à la crise actuelle. Les auteurs de cet article n’ont pas seulement commis un mauvais coup contre les peuples de France et des pays de l’Europe du Sud, ils ont, par les inexactitudes et fausseté répétées que cet article contient, déshonoré le nom d’économiste qu’ils se donnent à des fins de pur et simple propagande.

 


[1] Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI, Denis DURAND, Jean-Marc DURAND, Catherine MILLS, « Contre l’austérité en Europe luttons pour un autre euro » , 16 juin 2013, http://www.economie-politique.org/41453

[2] Artus P., (rédacteur) « Quels pays de la zone euro profiteraient d’une dépréciation de l’euro ? », NATIXIS, Flash-Economie n° 148, du 13 février 2013.

[3] Sapir, J., Quels scénarii pour une dissolution de la Zone Euro ? , note publiée le 21 mai 2013 sur RussEurope, URL :
http://russeurope.hypotheses.org/1254

[4] Sapir, J., Excursions allemandes, note publiée le 24 mai 2013 sur RussEurope, URL :
http://russeurope.hypotheses.org/1278

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 12:20

 

Pour une République sociale, souveraine et fraternelle, ensemble défendons et actualisons le programme du Conseil national de la Résistance !


Par la faute des gouvernements successifs qui, depuis plusieurs décennies, ont engagé la France dans la funeste « construction » européenne, notre pays vit une situation potentiellement mortelle à moyen, voire à court terme :

  • attaques incessantes contre la protection sociale (retraites, assurance-maladie, etc.), les salaires et les revenus du travail, asphyxie des services publics (école, hôpital, Poste, Équipement, SNCF, EDF, etc.), liquidation rampante du droit du travail et précarisation généralisée des travailleurs, destruction du « produire en France » au nom de la « concurrence libre et non faussée ouverte sur le monde » prescrite par les traités européens EN ALLEGEANCE AU LIBRE-ECHANGE malgré l’opposition croissante du peuple français (cf. la manière dont le Non français à la constitution européenne en 2005 a été contourné par l’UMP, le « centre » et le PS) ;
  • liquidation accélérée de l’indépendance nationale (politique, monétaire, budgétaire…), cette base inaliénable de la souveraineté du peuple, au nom de l’« Europe fédérale » et de l’« Union transatlantique » ; subordination croissante de la diplomatie et de l’armée françaises à la stratégie mondiale belliqueuse de Washington, notamment au Proche-Orient, et aux diktats financiers et institutionnels de Berlin ;
  • démantèlement de la République une, laïque, sociale et indivisible issue de la Révolution française et de la Libération par la mise en place insidieuse d’une « Europe des régions » et des « métropoles » qui porte en germes l’éclatement du territoire national, l’inégalité des citoyens devant la loi et la montée des revendications sécessionnistes ;
  • destruction des repères patriotiques et républicains les plus élémentaires, de la conscience historique du peuple français, et même de la langue française (« langue de la République » selon la Constitution), assiégée par le tout-anglais impérial. Parallèlement, poussée symétrique de la xénophobie d’État et de l’auto-phobie nationale que porte une large partie de nos prétendues « élites » fascinée par l’Oncle Sam.
Une politique décidée par les classes possédantes

Cette décomposition de la République n’est pas une fatalité résultant de « la » mondialisation des échanges. Elle résulte d’une POLITIQUE voulue par l’oligarchie financière « française » inféodée à l’oligarchie euro-atlantique. Non seulement les maîtres du CAC 40 s’affirment prêts, pour « sauver l’euro », à déléguer à Berlin le pilotage de l’Union européenne, mais le MEDEF revendique ouvertement, dans un Manifeste intitulé Besoin d’airE, de nouveaux « transferts de souveraineté » vers Bruxelles. Il préconise ainsi « une langue pour l’Europe » (l’anglais), la « reconfiguration des territoires  » et, cerise sur ce gâteau antinational, « une nouvelle patrie : les États-Unis d’Europe ». Bref, applaudis par le Parti Maastrichtien Unique (le PMU-bis) composé de l’UMP, du PS, du « Centre », d’Europe-Écologie-Les-Verts et de leurs satellites, l’oligarchie capitaliste a mis le cap sur la mort de la France. Son seul objectif : permettre aux grands privilégiés de pressurer sans limite les citoyens, ouvriers et employés, paysans et artisans, enseignants, chercheurs et étudiants, petits entrepreneurs et professions libérales, retraités et travailleurs privés d’emploi. Déjà nos concitoyens subissent par millions la misère, le chômage, les conditions de travail et de logement insupportables, la confiscation de l’avenir pour les jeunes, le manque total d’idéal et de perspectives pour notre pays et pour l’humanité…

 

Face à cette politique mortifère, les partis représentés à l’Assemblée ne portent aucune véritable alternative. Le PS et l’UMP ainsi que leurs satellites mènent la même politique de casse sociale et nationale. Le FN n’a d’autre fonction que de dévoyer la colère sociale dans l’impasse explosive du racisme et du « choc des civilisations » (sic). Les responsables du Front de gauche continuent de prétendre que « l’Europe est à nous  » (!) et que « l’euro est notre monnaie  » (! !), alors que de nombreux militants de ce Front de gauche, qui aspirent à unir le drapeau tricolore au drapeau des luttes sociales, rejettent déjà l’Union européenne et l’euro.

Sortir de l’Otan, de l’Union européenne et de l’euro

Pour sauver notre pays, pour le tourner à nouveau vers l’indépendance nationale, le progrès social et la coopération internationale, une solution existe pourtant. C’est celle qui consiste à sortir la France du piège mortel de l’euro, de l’UE et de l’OTAN pour faire vivre les principes du CNR dans les conditions de notre temps : indépendance nationale, lutte contre le racisme et la xénophobie, coopération fraternelle entre tous les peuples, nationalisation du crédit et des grandes industries monopolisées par l’oligarchie, « rôle central » du monde du travail dans la vie de la nation, relance de la protection sociale et des services publics, plein-emploi, démocratie participative... Déjà, l’Amérique latine s’affranchit de la tutelle de Washington. Sous le nom d’Alternative Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – Traité de commerce des peuples (ALBA – TCP), plusieurs États de la région coopèrent à égalité et étendent la protection sociale. Notre pays n’a nullement à choisir entre le « repli national » et la dissolution dans la mondialisation du capital financier.

 

Associant le patriotisme républicain à un véritable internationalisme, la France peut et doit s’émanciper de cette prison des peuples qu’est l’UE pour échanger avec tous les continents tout en rassemblant, sur le territoire français lui-même, les citoyens et les résidents de toutes origines et de toutes sensibilités. Sur de telles bases républicaines, on pourra réindustrialiser la France, donner du travail à tous, ouvrir la voie à un développement écologique délivré du tout-profit, stopper les guerres menées en notre nom au Proche-Orient et au Sud de la Méditerranée, réconcilier la nation française avec sa devise révolutionnaire : « liberté, égalité, fraternité » !

S’unir comme il y a 70 ans avec le Conseil national de la Résistance

Pour cela, les forces franchement progressistes, patriotiques et internationalistes doivent s’unir. Face à une oligarchie « française » qui fait à nouveau le « choix de la défaite » et qui collabore sans vergogne à la mise en place de l’Empire euro-atlantique, il faut que s’unissent les républicains fidèles à Valmy et à Jean Moulin, les syndicalistes respectueux de leurs revendications, les socialistes dignes de l’héritage patriotique et internationaliste de Jaurès, les communistes qui continuent le combat de la Commune et des Francs-Tireurs et Partisans (FTPF et FTP-MOI), les gaullistes fidèles à l’esprit du 18 Juin 1940, les chrétiens laïques, héritiers d’Estiennes d’Orves, les amis de la paix qui refusent que le nom français serve à couvrir des guerres pour la domination, sans oublier les résidents étrangers qui ont au cœur la Révolution française et le combat de Manouchian.

 

Unies dans leur diversité, ces forces doivent débattre publiquement car l’émancipation de notre peuple ne peut être que son œuvre propre. C’est pourquoi nous invitons les citoyens tout à la fois à se rassembler sur ce qui les unit, à débattre sereinement de ce qui fait discussion et à engager l’action sur les plans social, civique et politique.

C’est à ces conditions que, porté par le rassemblement populaire, émergera le jour venu un nouveau Conseil national de la Résistance digne de son illustre devancier. Seule cette alliance pluraliste pourra faire vivre la France Indépendante et la République Sociale pour que reviennent des « Jours heureux ».

 

Par l’action unie et le débat des citoyens, construisons les bases d’un nouveau Conseil national de la Résistance préparant la renaissance républicaine de notre pays !
Multiplions les initiatives à l’occasion du 70e anniversaire du Conseil national de la Résistance !

Réveillons la mémoire collective anesthésiée par la propagande des grands médias inféodés aux groupes financiers qui les ont accaparés !

Pour signer l'Appel, cliquez ci-dessous :
http://www.m-pep.org/spip.php?article3347#outil_sommaire_5

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 08:08

 

 SALLE DU CONSEIL MUNICIPAL (HOTEL DE VILLE)

 

ORDRE DU JOUR

 

I    Approbation du Procès-Verbal de la séance du Conseil Municipal du 26 mars 2013

II   Décisions prises par Le Maire pour la période allant du 26 mars 2013 au 19 juin 2013

III  Points nouveaux soumis au Conseil Municipal :

 

Affaires financières :

 

1.   Approbation du Compte Administratif de la commune relatif à l'exercice 2012

2.   Approbation du Compte de Gestion dressé par le Trésorier Principal relatif au budget communal de   

      l'exercice 2012

3.   Approbation des résultats reportés du compte de gestion 2012 : budget Caisse des Ecoles

4.   Affectation du résultat de l'exercice 2012 dans le cadre du budget communal

5.   Décision Modificative n°1 au Budget Primitif de la Commune de l'année 2013, équilibre budgétaire

6.   Approbation du Compte-rendu Annuel à la Collectivité Locale (CRACL) de la SORGEM - Opération

      « Centre-Ville — 52-54 rue Jean Jaurès », pour l'exercice 2012

7.   Subvention exceptionnelle pour le Club Potager du Collège de Villemoisson-sur-Orge

      Urbanisme! Travaux / Développement durable:

8.   Bilan des acquisitions et cessions foncières 2012

9.   Demande de subvention dans le cadre du contrat de territoire — Dépôt du dossier

      Enfance! Jeunesse:

10. Convention d'objectifs et de financement des Etablissements d'Accueil du Jeune Enfant à gestion

      communale

11. Approbation du Projet de fonctionnement du RAM pour renouvellement d'agrément

 

Affaires Générales :

 

12. Délégation du Conseil Municipal au Maire

13. Convention d'objectif avec Loisirs et Culture

14. Convention d'Objectif avec le Club Omnisport de Villiers-sur-Orge (COV)

 

 Personnels:

 

15. Régime indemnitaire du personnel communal Revalorisation de l'indemnité d'Exercice de Missions des

       Préfectures (IEMP)

16. Modification du tableau des effectifs - création postes promotion interne 2013

 

IV Points d'information:

 

    Avancement procédure de modification du PLU

    Avancement des opérations extension/réhabilitation écoles A. Malraux et P. Brossolette

 

V  Questions diverses:

 

                                                                                                                            Le Maire         

                                                                                                                            Thérèse LEROUX-LAMARE

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 10:09

Repris sur comité Valmy

 

Extrait vidéo: http://www.ina.fr/video/I00012536


En ces temps moroses, un sourire ne  fait pas de mal. On peut revoir la vidéo de quelques secondes où le général de Gaulle, c’était en 1965, déclarait, gestes à l’appui : « Il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe, mais ça n’aboutit à rien et ça ne signifie rien. »


Oh certes, dira-t-on, les temps ont changé, mais depuis la conférence de presse de François Hollande jeudi et sa pétition de principe en faveur d’un gouvernement économique européen appelé à se réunir tous les mois, le cabri gaullien semble bien sauter encore.

 

« Hollande, champion d’Europe », titrait avant-hier le Journal du dimanche, tandis que Libération, au lendemain de la conférence de presse, affirmait que François Hollande avait trouvé un second souffle et que, l’Élysée entendant réaliser une « union politique » pour sortir l’Europe de sa langueur, Berlin était «séduit », ce qui était aller un peu vite en besogne au regard de la sévérité des commentaires de la presse allemande quelques heures après.

 

En réalité, il est tout de même assez singulier que François Hollande sorte cette proposition de sa mallette à outils, juste après avoir accepté, en contrepartie du report de deux ans de l’objectif de trois pour cent de déficit, les contraintes drastiques qui lui ont été imposées par Bruxelles, en matière de retraites et plus largement de services publics. Ce qui signifie aussi que le déficit à bon dos quand c’est le modèle social français ou ce qu’il en reste qui est en cause.

Il est de ce point de vue assez cocasse, ou plutôt navrant, de voir un commissaire européen comme Michel Barnier déclarer que «nous devons revenir vers l’économie sociale de marché, que l’on a abandonnée depuis trente ans au profit d’une ligne ultralibérale ». Ah, bon ! Michel Barnier, après tout, pense peut-être ce qu’il dit, pourquoi pas, mais la réalité, ou les réalités comme le disait de Gaulle, c’est que cette ligne ultralibérale n’est pas tombée du ciel. Elle a été tracée depuis des années, de Maastricht au traité constitutionnel retoqué mais reconduit par le traité de Lisbonne, et la vérité, c’est qu’à chaque fois le PS y a contribué. Faut-il encore rappeler que François Hollande, qui s’était engagé à ne pas approuver le pacte européen de stabilité s’il était élu, l’a tout aussitôt validé en prétextant avoir obtenu en contrepartie un prétendu volet de croissance que l’on attend toujours.

 

Et un gouvernement économique, dont on ne sait d’ailleurs comment il serait composé, par qui il serait désigné, viendrait changer cette donne comme par un coup de baguette magique au simple motif qu’il serait « un gouvernement » ? Une telle instance, à supposer qu’elle voie le jour, ne serait pas autre chose qu’une nouvelle structure appelée à dicter leur politique aux États en court-circuitant aussi bien les Parlements nationaux que le Parlement européen, comme le fait déjà assez bien, du reste, la Commission de Bruxelles, présidée par José-Manuel Barroso. « L’Europe, l’Europe ». Depuis le général de Gaulle, ce n’est pas l’Europe qui a été construite mais un espace faisant passer les marchés avant les peuples. Ce n’est pas à on ne sait quel gouvernement qu’il faut s’en remettre mais à la démocratie et précisément aux peuples. Cela, c’est une idée neuve.

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 20:46

 

Ou pourquoi nous devons quitter l’euro pour retrouver la croissance.

LE MONDE | 09.05.2013

 

Par Jean Pierre Vespérini (Professeur agrégé des facultés de droit et des sciences économiques)

 

Certes, le premier problème de la France est le chômage, dont la cause tient à l’absence de croissance. Dans le cadre actuel de l’euro, qui l’a privée de ses souverainetés monétaire et budgétaire, le pays ne dispose plus des leviers qui lui permettraient de retrouver la croissance. La France en est donc réduite à demander à l’Allemagne de mettre en oeuvre une action de relance dont elle serait la bénéficiaire. Pour que l’action de Berlin soit vigoureuse, elle devrait consister à la fois en une politique budgétaire moins rigoureuse et en une politique salariale plus généreuse. Etant donné les contraintes que l’euro fait peser sur l’économie française, la France est donc parfaitement fondée à demander à l’Allemagne d’appliquer cette politique de relance.

 

Le problème est que le gouvernement allemand ne peut pas appliquer cette politique pour deux raisons : tout d’abord, les Allemands ne comprendraient pas qu’après avoir accompli d’importants efforts pour revenir à l’équilibre budgétaire, le gouvernement décide de s’en écarter délibérément.

 

Ensuite, parce que le gouvernement n’est pas maître de la politique salariale, qui dépend des partenaires sociaux. Or patronat et syndicats ne souhaitent pas un relâchement de la discipline salariale qui se traduirait par une perte de compétitivité, donc par une diminution des marges des entreprises et une réduction de l’emploi. L’Allemagne est donc parfaitement fondée à refuser les demandes de la France.

 

De son côté, que demande Berlin à Paris ? L’Allemagne se rend compte que le déficit public et le déficit extérieur de la France ne se réduisent pas. Elle redoute de devoir financer d’une manière ou d’une autre ces déficits auxquels s’ajouteraient ceux des autres pays déficitaires. L’Allemagne est donc parfaitement fondée à demander à la France de réaliser des réformes (économies budgétaires, baisse des prestations sociales, baisse des salaires) afin de réduire son déficit public et son déficit extérieur.

 

Le problème est ici que le gouvernement français ne peut pas réaliser des réformes de cette ampleur dans une société française au bord de la crise de nerfs. Croire que l’on peut réformer en profondeur la société et l’économie françaises sans croissance est une illusion. La France est donc elle aussi parfaitement fondée à refuser les demandes de l’Allemagne.


Parler dans ces conditions de tension ou de confrontation entre les deux pays est encore inexact et insuffisant. Comme dans une tragédie, Paris et Berlin sont prisonniers d’une situation inextricable qu’ils n’ont pas créée, où chacun est dans son droit, à la fois dans ses exigences et dans ses refus.

 

Comment cette tragédie peut-elle se dénouer ? Il est vain d’espérer, comme certains veulent le croire, que la France et l’Allemagne vont trouver un compromis : des réformes de ce côté-ci du Rhin et une relance de l’autre côté. Les inerties sont trop grandes, les intérêts trop opposés et les évolutions trop divergentes pour qu’on puisse espérer aboutir à un compromis durable à long terme. Ou les réformes seront insuffisantes pour faire vraiment diminuer les déséquilibres français, ou la relance allemande sera trop faible pour accélérer substantiellement la croissance de la France de façon à lui permettre de réaliser ses réformes. Nécessairement, l’une ou l’autre finira par imposer ses vues.

 

Ou l’Allemagne imposera les siennes, obligeant le gouvernement français à réformer en dépit de l’absence de croissance, et, dans ce cas, le risque est de provoquer une crise sociale grave pouvant conduire à la sortie de la France de la zone euro. Ou le gouvernement allemand cédera et acceptera d’être le payeur en dernier ressort des pays déficitaires de la zone euro. Mais, dans ce cas, le risque est que l’hostilité de l’opinion allemande à cette solution n’amène l’Allemagne à quitter finalement la zone euro. On voit donc que, quelle que soit la branche de l’alternative que suivront les événements, la tragédie franco-allemande se dénouera de la même manière : par la fin de l’euro.

 

Il est d’ailleurs logique que la fin de l’euro constitue le dénouement de la tragédie franco-allemande puisque c’est la création de l’euro elle-même qui est à l’origine de cette tragédie. En effet, en faisant perdre à chaque Etat de la zone euro d’abord sa souveraineté monétaire, et maintenant sa souveraineté budgétaire, l’euro aboutit à ce qu’aucun Etat ne puisse suivre la politique économique qui est adaptée à son économie. L’euro empêche la correction des déséquilibres.

 

En maintenant et en amplifiant les déséquilibres, l’euro crée une divergence croissante entre les Etats de la zone. Ainsi, en bloquant le taux de change entre la France et l’Allemagne, alors que les salaires ont augmenté deux fois plus vite en France qu’en Allemagne, l’euro nourrit un déficit extérieur croissant de la France vis-à-vis de l’Allemagne. Plus généralement, en imposant à l’économie française un taux de change de l’euro surévalué et à l’économie allemande un taux de change sous-évalué, l’euro crée des déficits extérieurs en France et des excédents en Allemagne. En réduisant ainsi les débouchés extérieurs de la France, il affaiblit son économie, tandis qu’en stimulant les débouchés extérieurs de l’Allemagne il renforce son économie.


Dans ces conditions, l’euro ne peut que favoriser une hostilité croissante de la France à l’égard de l’Allemagne. La fin de l’euro, en faisant retrouver sa souveraineté au gouvernement français, ne l’obligerait plus à demander au gouvernement allemand ce que ce dernier ne peut lui accorder.

 

La disparition de l’euro est donc nécessaire pour deux raisons : d’abord, pour mettre un terme à la lamentable tragédie franco-allemande. Ensuite, pour permettre à la France de retrouver la croissance. Nombreuses sont les voies qui pourront conduire à la fin plus ou moins proche de l’euro. La seule certitude est que cette fin est nécessaire. Nécessaire aux deux sens de ce mot : indispensable et inéluctable.

 

Jean Pierre Vespérini est l'auteur de "L'Euro", Dalloz, 230 pages, 3,50 euros.

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2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 20:02

Par mondialisation.ca

L’Illinois saisit illégalement les abeilles résistantes au Roundup de Monsanto; et tue les reines restantes.

L’ Ag Departement de l’Illinois a saisi illégalement abeilles privées du célèbre naturaliste, Terrence Ingram, sans lui donner un mandat de perquisition et avant que le tribunal soit mis au courant de l’affaire, rapporte « Prairie Advocate News ».

 

Derrière les violations flagrantes de ses droits constitutionnels se trouve Monsanto. Ingram faisait des recherches sur les effets du Roundup sur les abeilles qu’il élève depuis 58 ans. « Ils ont détruit 15 ans de ma recherche », a déclaré l’avocat de « Prairie », en volant la plupart de son élevage.

 

Dans une lettre certifiée du superviseur de l’inspection des ruchers de l ‘Ag Departement, Steven D. Chard a déclaré:

« Au cours d’une inspection de routine de vos colonies d’abeilles par les inspecteurs … Susan Kivikko et Eleanor Balson le 23 Octobre 2011, la maladie bactérienne «loque américaine» a été détecté dans un certain nombre de colonies situées derrière votre maison …. La présence de la maladie dans certains de vos colonies a été confirmée par les résultats des tests du Laboratoire de recherches apicoles USDA à Beltsville, Maryland, qui ont analysé les échantillons prélevés sur votre rucher ….  »

 

Ingram peut prouver que ses abeilles n’ont pas la « loque », et prévoyait de le faire lors d’une audience prévue en Avril, mais l’Etat a saisi ses abeilles à la fin de Mars. Ils ne les ont pas retournées et personne à l’Ag Dept semble savoir où sont ses abeilles.

 

Les abeilles auraient été détruites, ou elles auraient pu être remises à Monsanto pour déterminer pourquoi certaines de ses abeilles sont résistantes au Roundup. Sans les abeilles comme preuve, Ingram ne peut tout simplement pas se défendre contre les fausses accusations de « loque ».

 

Pire encore, tous ses reines sont mortes après que Kivikko et Balson aient « inspecté » sa propriété, en dehors de sa présence et sans mandat.

 

Fait à noter, les apiculteurs Illinois vont dans la clandestinité après l’expérience de Ingram et refusent d’enregistrer leurs ruches, au cas où l’Etat essaie de voler leur propriété privée sur les fausses allégations.

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 15:29

Par  Salim Lamrani

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29149/ong+britanica+e+vitima+das+sancoes+economicas+dos+estados+unidos+contra+cuba.shtml

 

            L’organisation non gouvernementale britannique Cuba Solidarity Campaign a vu ses fonds destinés à l’achat d’un ouvrage sur les sanctions économiques contre Cuba saisis par le Département du Trésor.

 

            The Economic War against Cuba. A Historical and Legal Perspective on the U.S. Blockade a été publié par Monthly Review Press, maison d’édition basée à New York, en avril 2013, traduit du français Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba[1]. L’ouvrage dresse une perspective historique et juridique des sanctions économiques que les Etats-Unis imposent à Cuba depuis 1960 et évalue notamment leur impact dans des domaines tels que la santé, affectant gravement les catégories les plus vulnérables de la population cubaine en empêchant l’île d’avoir accès aux médicaments et équipements médicaux fabriqués sur le territoire étasunien.

Le livre souligne le caractère anachronique, cruel et inefficace d’un état de siège qui date de la guerre froide, qui frappe de manière indiscriminée tous les secteurs de la société – à commencer par les plus fragiles – et qui a été incapable d’atteindre son objectif, à savoir le renversement du gouvernement cubain. De la même manière, il rappelle que les sanctions contre Cuba suscitent le rejet de l’immense majorité de la communauté internationale, avec 188 pays votant pour la 21ème fois consécutive en 2012 contre l’embargo économique, commercial et financier. Par ailleurs, 67% de l’opinion publique étasunienne souhaite une normalisation des relations avec Cuba, car elle ne comprend pas pourquoi elle peut se rendre en Chine, au Vietnam ou en Corée du Nord, mais pas dans la plus grande île de la Caraïbe.

            Un chapitre entier traite du caractère extraterritorial des sanctions économiques, lesquelles violent le droit international. En effet, une législation nationale ne peut pas s’appliquer dans un pays tiers. Par exemple, la loi française ne peut pas s’appliquer en Allemagne et la loi brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. Or, la loi sur les sanctions économiques s’appliquent à tous les pays du monde et un bureau spécial du Département du Trésor, le Office Foreign Assets Control (OFAC), est chargé de cela.

            En avril 2013, l’ONG britannique Cuba Solidarity Campaign (CSC) a décidé d’acheter 100 exemplaires de l’ouvrage The Economic War against Cuba et a demandé à sa banque anglaise, la Co-operative, de régler la facture par virement bancaire auprès du compte de la Monthly Review Press chez la Chase Bank.

            Cependant, la transaction n’a pas eu lieu. En effet, l’OFAC a décidé de bloquer les fonds et a exigé de l’ONG britannique qu’elle explique en détail ses relations avec Cuba. Rob Miller, directeur de CSC, a fait part de son étonnement : « On utilise une législation extraterritoriale sur les sanctions économiques pour empêcher la vente d’un livre au Royaume-Uni qui expose l’ampleur du blocus contre Cuba […]. Le caractère ridicule du blocus américain est une nouvelle fois illustré par cette affaire où l’on essaye d’empêcher les lecteurs britanniques de lire un livre publié par une maison d’édition américaine ».

            A l’évidence, ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis appliquent de manière extraterritoriale les sanctions contre Cuba. A titre d’exemple, si l’entreprise allemande Mercedes souhaite exporter ses voitures aux Etats-Unis, elle doit démontrer au Département du Trésor que ses voitures ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain. De la même manière, si un pâtissier français souhaite vendre ses produits sur le marché étasunien, il doit démontrer qu’ils ne contiennent pas un gramme de sucre cubain. Non seulement, les sanctions économiques contre Cuba constituent le principal frein au développement du pays mais représentent également un obstacle aux relations commerciales de l’île avec le reste du monde. Parfois, avec des conséquences insolites.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 

 


[1] The Economic War against Cuba. A Historical and Legal Perspective on the U.S. Blockade, New York, Monthly Review Press, 2013. http://monthlyreview.org/press/books/pb3409/ (site consulté le 28 mai 2013). Edition française : Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Editions Estrella, 2011

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 10:27

Né en 1939 dans un petit village de la France rurale, à Meunet Planches, dans l’Indre, Daniel Foulatieravait fait  ses premiers pas alors que les nuées  s’amoncelaient sur l’Europe.

 

Elles allaient provoquer l’une des  plus grandes tragédies  de mémoire de l’humanité.

 

Son enfance et son adolescence  furent à n’en pas douter marqués par les récits  de cette époque douloureuse et instable, par l’inquiétude qui  pouvait sourdre des récits des plus anciens.

 

En âge de travailler il se tourna vers l’agriculture, profession qu’il exercera jusqu’à son départ au service militaire en janvier  60. Rattrapé par les affres de la guerre il se retrouvera  en  Algérie dont il sortira heureusement indemne.

 

Démobilisé peu après les accords d’Evian, de retour en France il deviendra chauffeur routier, se rapprochera de la région parisienne qui attirait déjà les jeunes provinciaux en quête d’une vie meilleure.

 

Lassé des longs déplacements qui  laissaient  peu de disponibilité pour la vie familiale, il deviendra ambulancier à l’hôpital de Vaucluse  et se fixera durablement à Villiers sur Orge au début des années 80.

 

Il s’y fera de nombreux amis.

 

Il rejoindra très vite l’Association Républicaine des Anciens Combattants créée par Henri  Barbusse durant la première guerre mondiale, grande dit-on mais surtout  par le sang et les larmes répandues, les souffrances endurées, les ruines accumulées.

 

Il défendra  les intérêts matériels et moraux des victimes de guerre  et de leurs familles toutes générations confondues.

 

Il  militera pour l’avènement d’un monde de paix, pour la solidarité internationale et témoignera des vicissitudes du passé pour en éviter la résurgence.

 

Chaque fois, qu’un camarade  nous quitte c’est un peu de  notre mémoire collective qui pourrait s’estomper si d’autres ne se levait pour  aider à discerner les écueils qui se dressent  sur les chemins d’un futur plus humain.

 

Daniel était de ceux  qui ont permis de faire vivre  les idéaux des fondateurs de l’association républicaine des anciens combattant

 

Dans un monde  ou la violence  perdure ils   conserveront  leur pertinence jusqu’à ce que les peuples de la planète  aient  appris à ne plus se laisser berner par les manipulateurs d’opinion qui attisant  la haine, poussent à des affrontements fratricides sous des motifs plus fallacieux les uns que les autre.

 

La liste est longue des interventions qui ont mis et mettent encore  la planète à feu et à sang, dans les Balkans, en Afrique, en Asie,  au moyen orient ou en Amérique du sud pour imposer un joug de type colonial aux peuples qui aspirent à jouir du fruit de leur travail et des ressources naturelles  dont la nature les a doté.

 

En retour  le terrorisme frappe à nos  portes…

 

Disons en toute humilité qu’à l’échelle de l’humanité nous en resterons à   l’aube de la civilisation tant que ces dérives  n’auront pas disparu.

 

Paradoxe nous commémorons chaque année la fin de la guerre d’Algérie mais qu’avons-nous retenu collectivement de l’hécatombe,   30 000 soldats français, plus  de 1 000 000 algériens en comptant les femmes et les enfants, pour nous laisser aller, aujourd’hui, à cautionner les  mêmes turpitudes qui peuvent demain conduire au pire.

 

C’est cette lutte incessante pour un monde de paix, que partageait avec nous Daniel Foulatier tout en souhaitant qu’un jour vienne, enfin,  ou les peuples sauront dépasser leurs contradictions par la concertations plutôt que par la violence.

 

Pour l’heure ce n’est qu’une utopie, comme beaucoup d’autres, vers lesquelles nous devons tendre.

 

Mais dans une période ou les  politiciens dédaignent notre souveraineté nationale pour adorer le veau d’or¹  Daniel était Porte Drapeau de la commune, l’étendard aux trois couleurs de la république, une et indivisible, le même qui a Valmy, le 20 septembre 1792, flottant au vent, accompagnait les sans culottes qui ont bouté hors de France les émigrés, soutenus par l’Etranger², qui tentaient de revenir au château pour mettre le peuple à la raison et rétablir leurs privilèges de naissance.

 

Daniel joignait ainsi, en toute humilité un acte hautement symbolique à la parole. Qu’il en soit remercié au nom de l’ARAC. Madame le Maire de Villiers sur orge, ici présente, a souhaité que je le fasse en son nom,  je m’en acquitte bien volontiers.

 

Daniel nous ne t’oublierons pas, repose en paix dans la quiétude du devoir accompli.

 

Que sa famille veuille bien trouver en ces quelques mots l’expression  de notre sollicitude à son égard,  et de la tristesse qui nous étreint.

 

Intervention prononcée lors de la cérémonie religieuse en la la Basilique de Longpont

 

 

¹ La mondialisation capitaliste

 

² L’OTAN de l’époque

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 08:02

29 mars 2013

Par Jacques Sapir

 

Jean-Luc Mélenchon, au lendemain du Congrès du Parti de Gauche, et de la mauvaise polémique lancée contre lui à la suite de ses déclarations sur le Ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, a accordé une interview à « Direct Matin ». Il y précise un certain nombre de choses, et en particulier prend position sur l’Euro à la suite de l’accord trouvé sur Chypre. Force est de constater que ses déclarations, derrière des effets de manche, ne vont pas dans le bon sens et ne peuvent qu’accroître la confusion qui règne dans une partie de la gauche sur la monnaie unique.

 

Reprenons donc ses propos :

 

Lors de notre congrès, euro. Le doute est là. Mais si nous renonçons à l’euro, on entre dans le plan de Merkel qui veut expulser l’Europe du Sud après l’avoir détruite. Il faut de la fermeté dans nos décisions en rappelant, qu’en Europe, aucune décision ne peut être prise sans la France.. Nous ne sommes pas à la ramasse, nous sommes la deuxième économie du continent. Nous disposons de moyens d’action si nous avons le courage politique.

 

Passons rapidement sur la rodomontade sur laquelle se conclut cette citation. L’allusion à un plan de l’Allemagne, et de Mme Merkel, visant à une «expulsion » des pays de l’Europe du Sud de l’Euro est un contresens complet sur la position réelle adoptée outre-rhin. L’Allemagne, on le sait, est le pays qui tire, et de loin, les plus gros avantages de la zone Euro. Cette dernière explique environ 3% du PIB annuel de ce pays. Comment un pays qui profite autant d’une zone monétaire voudrait-elle en expulser d’autres ? Il faudrait alors en déduire que les dirigeant allemands sont masochistes. La réalité est bien plus simple. L’Allemagne est prise dans la contradiction suivante : elle profite largement de la zone Euro, qui empêche les autres pays de réajuster leur compétitivité par rapport à elle, mais elle ne veut pas faire les sacrifices qu’imposerait un réel fédéralisme budgétaire au niveau de la zone Euro. Le coût de ce fédéralisme a été calculé[1]. Pour assurer la simple survie des quatre pays de l’Europe du Sud, et permettre à leurs économies de se mettre au niveau de l’Allemagne, il faudrait dépenser 257,7 milliards d’Euros par an. L’Allemagne supporterait, quant à elle, très probablement 90% du financement de cette somme, soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an soit entre 8% et 9% de son PIB. Elle devrait maintenir cette contribution pour une période d’au moins 8 à 10 ans. D’autres estimations font apparaître des montants qui sont même plus élevés[2]. On comprend, alors, le refus intransigeant des dirigeants allemands d’accepter quoi qui pourrait engager leur pays dans la voie d’une union de transferts.

 

Et ce refus est d’ailleurs justifié. Du fait de sa démographie, l’Allemagne ne peut pas se permettre une telle ponction sur sa richesse. Ces faits sont connus, qu’il s’agisse de ce que tire l’Allemagne de la zone Euro ou de ce qu’elle devrait contribuer pour la faire fonctionner, et Jean-Luc Mélenchon ne peut les ignorer. La position de l’Allemagne est donc de chercher à conserver les avantages que la zone Euro a pour elle mais en n’en payant pas le prix. On appelle cela en théorie des jeux et en économie une stratégie de « passager clandestin ». C’est pourquoi elle a adopté cette politique qui consiste à faire payer chaque pays en crise pour son plan de sauvetage, ce dont on a eu un exemple encore avec le cas chypriote, et elle justifie cette politique par des commentaires toujours plus désobligeants pour les habitants de l’Europe du Sud. Prétendre ainsi publiquement qu’il y aurait un « plan secret » de l’Allemagne visant à l’expulsion des pays de l’Europe du Sud n’est pas simplement une contre-vérité factuelle. C’est un mensonge politique dont il faut chercher les racines.

Les racines du mensonge

Pourquoi prétendre donc qu’il existe un « plan de Mme Merkel » en réalité inexistant (du moins sous cette forme et avec ce contenu) ? Essentiellement pour cristalliser une opinion française, aujourd’hui plutôt anti-allemande (et non sans quelques bonnes raisons) et présenter une position qui revient en fait à accepter les conditions de l’Allemagne comme constituant une résistance à cette dernière. Par une présentation d’un plan imaginaire, Jean-Luc Mélenchon peut ainsi se draper dans une posture avantageuse qui masque une position largement incohérente. Il propose tout une série de mesures qui sont strictement incompatibles avec l’existence même d’une monnaie unique. C’est aussi très clair dans le livre de jacques Généreux Nous on peut. Il est évident que si des mesures de réquisition de la Banque de France étaient mises en œuvre, la France serait immédiatement confrontée à un « blocus » monétaire de la BCE. En deux ou trois semaines la logique de la crise ainsi créée aboutirait à faire exploser la zone Euro. C’est d’ailleurs notre intérêt[3], ainsi que celui de pays comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

 

Tableau 1

 

A

B

C

D

E

 

 

Croissance par effets directs (corrigée)

Effet multiplicateur sur la croissance par diminution des impôts ou accroissement des dépenses (e=1,4)

Taux de croissance induit par l’accroissement de la FBCF (effet demande)

Gains totaux en effets indirects (B+C)

Taux de croissance final (A+D)

Réduction du chômage (en pourcentage de la population active)

T

2,60%

1,25%

0,75%

2,00%

4,60%

-1,50%

T1

3,82%

1,16%

1,41%

2,57%

6,40%

-2,00%

T2

2,82%

1,11%

1,82%

2,93%

5,75%

-1,75%

T3

2,33%

0,79%

1,44%

2,23%

4,56%

-1,50%

T4

0,51%

0,51%

1,14%

1,65%

2,16%

0,50%

T5

0,14%

0,00%

0,37%

0,37%

0,52%

0,00%

 

Source : Jacques Sapir, “L’impact d’une sortie de l’Euro sur l’économie française”, billet publié sur le carnet Russeurope le 05/03/2013, Évaluation de la réduction du chômage à partir des données de la DARES et du Ministère du Redressement Productif

Il serait ainsi bien plus intéressant de dire d’emblée que, oui, la zone Euro nous étrangle (ainsi que les autres pays de l’Europe du Sud[4]), que, oui, une dévaluation serait un moyen bien moins coûteux de rétablir notre compétitivité, et que, oui, nous avons intérêt à ce que la zone Euro, dans sa forme actuelle, disparaisse.

 

                                                                                  Graphique 1

 

Infla-salar-ZE-500x311.jpg

 

 

On pourrait ajouter que, dans la lutte des classes qui oppose aujourd’hui les financiers (au sens le plus général) aux producteurs, l’Euro constitue un point de verrouillage qui garantit la pérennité des politiques de financiarisation de l’économie. Provoquer l’éclatement de l’Euro c’est aussi remettre en cause ce verrouillage, et pouvoir alors penser à nouveau une économie qui ne soit plus sous l’emprise de la finance. Mais, et c’est un grand « mais », il faudrait pour cela dire adieu, au moins temporairement au rêve fédéraliste. Et c’est bien ce qui fait blocage pour Jean-Luc Mélenchon. Il est à ce point terrorisé qu’on le prenne pour un autre que lui-même qu’il s’empêtre dans ses propres contradictions, allant ainsi un jour jusqu’à dire qu’entre la souveraineté populaire et la souveraineté de l’Euro il choisit la première, et un autre faisant cette interview réellement calamiteuse.

Une erreur stratégique et tactique

La position de Jean-Luc Mélenchon, et hélas à travers lui celle du Parti de Gauche, est ainsi une double erreur, à la fois stratégique et tactique.

 

C’est une erreur stratégique à deux niveaux. D’une part parce qu’elle désarme les Français dans la lutte contre l’austérité et la politique de dévaluation interne que mène actuellement le gouvernement avec l’appui du MEDEF. À chaque fois que l’on avance que cette politique est un désastre annoncé, on nous répond qu’elle est nécessaire compte tenu de nos « engagements européens », c’est-à-dire de l’Euro. D’autre part parce que cette le discours de Jean-Luc Mélenchon ne voit pas que le plus grand danger aujourd’hui en Europe vient justement de l’existence de l’Euro qui pousse les pays à s’affronter, pour l’instant indirectement dans des surenchères de politiques de dévaluation interne et demain plus directement en se déchirant et en déchirant l’Europe. Il faut dire ici que ce que nous reprochons à l’Allemagne n’est pas de suivre une politique patrimoniale, qui est nécessaire à sa démographie, mais de l’imposer aux autres et en particulier à la France par le biais de l’Euro. En fait, sous le masque d’un « internationalisme » de façade, la politique de Jean-Luc Mélenchon va faire le lit des pires replis nationalistes.

 

C’est une erreur tactique ensuite. Elle rend inaudible le Front de Gauche et en son sein le Parti de Gauche. Elle le condamne à végéter électoralement. Elle pousse alors à une surenchère, soit verbale (comme à propos de Moscovici, même si sur le fond les propos étaient entièrement justifiés) soit politique qui est une impasse. Il y a à gauche un débat qui s’est amorcé sur l’Euro, et qui touche à la fois le Parti Socialiste, où les doutes se font jour dans certains secteurs, mais encore la gauche « hors-parti » (on le voit dans un mouvement comme le M’PEP) et aussi le Front de Gauche. Ce débat dépasse par ailleurs largement ce que l’on nomme la gauche. Si le Parti de Gauche et Jean-Luc Mélenchon avaient adopté une attitude cohérente sur la question de l’Euro en proposant des voies de sortie qui ne soient pas purement propagandistes et en proposant des formes de maintien d’une coordination minimale entre les nations, une fois dissoute la zone Euro, ils auraient gagné une crédibilité importante qui leur permettrait d’être l’un des pôles de recomposition de la vie politique française. Faute de l’avoir fait, ils se condamnent à n’être que les spectateurs de cette crise au lieu d’en être les acteurs. Il faut à cet égard méditer sur l’élection législative partielle de l’Oise qui a vu la candidate du Front National arriver à plus de 48%. On estime que plus de 40% des votes des électeurs du Parti Socialiste se sont reportés sur elle.  C’est une leçon dont il convient de se souvenir.


[1] Jacques Sapir, “Le coût du fédéralisme dans la zone Euro”, billet publié sur le carnet Russeurope le 10/11/2012, URL: http://russeurope.hypotheses.org/453

[2] Patrick Artus, « La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l’Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui », NATIXIS, Flash-Économie , n°508, 17 juillet 2012.

[3] Jacques Sapir, “L’impact d’une sortie de l’Euro sur l’économie française”, billet publié sur le carnet Russeurope le 05/03/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/987

[4] Et l’on pourra se reporter aux graphiques de Jacques Sapir, Quelques commentaires sur le rapport du FMI “World Economic Report”, octobre 2012, note publiée sur le carnet RussEurope, 9 octobre 2012, http://russeurope.hypotheses.org/253

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 15:20

Communiqué des Clubs « Penser la France », Du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).

Le 19 avril 2013.


Après tant d’autres affaires impliquant de hauts personnages de l’établissement politique, l’affaire Cahuzac est emblématique de la décomposition morale et civique des « élites » qui dirigent ce pays depuis trente ans. Tout y est : relations incestueuses de la politique, de la finance et de la grande industrie pharmaceutique, mensonge d’État, affichage indécent des liens entre la « gauche » établie et l’argent, mensonge d’État, etc.

 

Ni l’UMP, dont l’ex-chef de file est cité dans plusieurs affaires explosives, ni le Front national, qui participe du verrouillage politique de la France en imposant au peuple un choix mortel entre le Parti Maastrichtien Unique (PS, UMP, Europe-Écologie, « centre ») et le bloc réactionnaire en formation sur le thème faisandé du « tous pourris », ne sont à même d’apporter une réponse progressiste qui permette au peuple de France de reprendre le chemin du civisme, de l’indépendance nationale, du progrès social et de la coopération internationale.

 

Le Front de gauche de son côté, comme le montre son échec lors de l’élection législative partielle de l’Oise, n’apparaît pas comme une alternative. En refusant obstinément de lutter pour la sortie de l’Union européenne et de l’euro, il démontre sa volonté de ne pas vouloir remettre en cause le système. Quant à la « moralisation de la vie politique » prônée par François Bayrou, elle ne peut être qu’un emplâtre sur une jambe de bois, même si évidemment, toute mesure, même superficielle, visant à prévenir les plus gros abus, est bonne à prendre.

 

En effet, l’interpénétration de l’argent et de la politique n’est pas liée aux « dérives » d’un homme. Elle est structurelle dans un pays et dans une Union européenne où, sous couvert de « libéralisme » et de « social-libéralisme », les groupes de pression industriels et financiers tendent à former un mécanisme unique avec la puissance publique, qu’il s’agisse des gouvernements « nationaux » ou des organismes dirigeants de la « construction européenne » et de la mondialisation financière. La tricherie fiscale, révélée à propos de l’affaire des paradis fiscaux, est systématiquement organisée par et pour les classes dirigeantes.

 

En réalité, ce sont les mécanismes structurels du capitalisme mondialisé, c’est la « construction » européenne en tant qu’elle transforme la démocratie institutionnelle en vitrine trompeuse des institutions supranationales et de la finance, qui doivent être radicalement mis en cause. Tôt ou tard elles seront balayés par l’insurrection citoyenne du peuple français dépossédé et gravement humilié : qu’on se souvienne seulement à ce sujet de la manière dont le « non » français à la constitution européenne a été contourné et violé par Sarkozy et par les députés PS et UMP, avec l’aide de tant de « consciences » médiatiques qui jouent aujourd’hui aux Pères-la-vertu !

 

C’est pourquoi nos trois organisations appellent plus que jamais les travailleurs en lutte, les citoyens en désespérance, les patriotes progressistes qui ne veulent pas abandonner leur pays aux conjurés du Parti Maastrichtien Unique et du bloc réactionnaire en formation, à rejoindre le combat patriotique et progressiste et à se rassembler. Il faut que naisse en France une large alliance républicaine s’inspirant, dans les conditions d’aujourd’hui, des principes et du programme du Conseil national de la Résistance. Ce sera le moyen de sortir notre pays du broyeur de l’Union européenne et de l’euro, constituer la République sociale, laïque, souveraine, une et indivisible, sur des bases réellement démocratiques, reconstruire l’appareil productif industriel et agricole, réduire les inégalités et relancer le progrès social, nouer de nouveaux traités progressistes internationaux non limités à l’Europe.

 

Ce rassemblement pour la France indépendante et la République sociale est la seule voie ouverte pour conjurer la décomposition de notre pays, rendre au peuple français sa fierté, reconstruire la nation républicaine et « mettre le monde du travail au centre de la vie politique », conformément aux engagements plus vivants que jamais du programme du Conseil national de la Résistance.

 

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 15:51

Emmanuel Todd

Un an après l’élection présidentielle, l’intellectuel, coauteur du « Mystère français » dresse pour Marianne un bilan des espoirs trahis. Entretien avec Aude Lancelin et Laurent Neumann.(Texte  repris sur comité valmy)

 

Marianne : Lorsque nous nous sommes vus, il y a six mois, vous évoquiez encore l’hypothèse qu’au bout de son quinquennat François Hollande puisse avoir mué en une sorte de géant à la Roosevelt... Aujourd’hui, un an presque jour pour jour après son élection, considérez-vous qu’il a d’ores et déjà échoué ?


Emmanuel Todd : On n’a pas besoin de moi pour le savoir. Hollande a eu sa chance, peut-être en aura-t-il une deuxième. J’aime assez la notion américaine d’une « deuxième chance ». Pour la première, c’est réglé. Je peux vous dire ce qui m’a fait accepter l’évidence.

D’abord, l’incapacité à imposer la taxation à 75 %. Un président de la République française a l’arme du référendum, mais il s’est couché. Deuxième chose : la réforme du marché du travail qui place Hollande à la droite de Sarkozy. Troisième chose : la réforme bancaire a été vidée de son contenu. Quelques modifications cosmétiques sont en cours, mais, en gros et en pratique, l’Etat va rester garant de la spéculation des quatre grandes banques systémiques françaises.

Vient l’affaire Cahuzac. J’ai d’abord trouvé cette histoire idéologiquement géniale. Le garant de l’austérité budgétaire est donc un pourri : une ruse de l’histoire pour mettre à nu le système ! Si on réfléchit, en effet, ses alter ego européens ont également des liens troubles avec le système bancaire. L’Italien Mario Monti, qu’on a essayé de nous vendre comme un père la vertu, était par exemple en liaison avec Goldman Sachs. Cahuzac n’était pas un atome solitaire de corruption, mais une pièce dans un système.

 

Et quelle est, selon vous, la nature de ce système ?


E.T. : Cahuzac nous révèle ce qu’est la dette publique. Le prêt aux Etats est une sécurisation de l’argent des riches, Karl Marx l’avait vu. La dette des Etats est une invention de la finance privée ! L’austérité, le « rétablir les comptes publics », c’est maintenir l’Etat en situation de servir les intérêts et d’incapacité à faire la seule chose qu’il devra faire un jour, inévitablement : le défaut sur la dette. Refuser de payer.

Je suis ici aux antipodes de l’idéologie dominante, dans l’impensable d’une époque dont l’argent est la religion et la divinité, l’euro. Pourtant, l’arrêt des économies développées est bien dû à l’accumulation d’argent inutile en haut de la structure sociale. Pour relancer la machine et refonder la démocratie, il faudra remettre les compteurs à zéro. Partiellement seulement, je ne suis pas un révolutionnaire.

Qu’un type comme Cahuzac se fasse prendre, ça fait donc avancer le schmilblick. Ensuite, j’ai continué à réfléchir. Je suis le contraire d’un fin psychologue, mais même moi j’aurais anticipé qu’un médecin préférant l’implant capillaire à la guérison des gens était un amoureux de l’argent. Hollande l’a choisi. C’est une faute morale. Ce choix suggère chez le président une insuffisance de l’instinct de moralité. Quand j’ai appris que le trésorier de sa campagne, Jean-Jacques Augier, avait un compte aux Caïmans, alors qu’au même moment Hollande faisait son discours antiriches du Bourget, j’ai craqué...

 

A cet égard, la réponse affolée du gouvernement demandant une publication du patrimoine des élus vous a-t-elle semblé pertinente par rapport à la crise ouverte par la fraude et le mensonge de l’ancien ministre du Budget ?


E.T. : C’est le pire, cette tentative d’enfumage sur la transparence. Là, Hollande devient une menace. Cahuzac, qu’il avait lui-même nommé, se fait prendre, et que fait-il ? Il désigne l’ensemble de la classe politique comme suspecte ! C’est un acte antidémocratique majeur.

Nous avons certes échappé à l’ambiance fétide du sarkozysme, antimusulman, antiétrangers, antiroms. La priorité, il y a un an, c’était de faire dégager Sarkozy. C’est pour ça que je ne m’excuserai jamais d’avoir soutenu Hollande ! Mais ce qu’il y a de magique avec les socialistes, c’est que, en arrêtant de désigner des boucs émissaires, stratégie de diversion spécifique du sarkozysme, Hollande et le PS se sont retrouvés à poil.

Ils nous laissent voir les rapports de force réels, entre l’Etat et la banque notamment. Je pense à ce sketch du Café de la Gare : une scène plongée dans le noir, un projecteur s’allume, un mec apparaît éclairé au centre, tout nu. C’est ce qui vient d’arriver à Hollande.

 

Au début de son quinquennat, le bouc émissaire, c’était les riches, et l’ennemi pointé du doigt, la finance. La presse de droite joue d’ailleurs, aujourd’hui encore, sur cette hantise du matraquage fiscal. Le vote de la taxation sur les transactions financières, par exemple, c’est du bluff complet à vos yeux ?


E.T. : Les riches ne sont pas un bouc émissaire, ils sont le problème ! [Rires] L’échec de la réforme des banques a été bien analysé par des économistes comme Gaël Giraud. Ce tournant me mène à la conclusion qu’existe au PS une véritable « tendance bancaire », s’opposant non seulement à la gauche du parti, mais aussi à une majorité de parlementaires implantés dans les régions.

La réforme a été neutralisée par la toute fraîche députée PS Karine Berger, qui, je cite Wikipédia, avait auparavant travaillé pour Euler Hermes, filiale du groupe allemand Allianz, aidée par son associée, Valérie Rabault, venue, elle, de la Société générale et de BNP Paribas. Ensemble, elles ont signé un livre au titre visionnaire : Les Trente Glorieuses sont devant nous.

On pourrait aussi citer des gens comme Emmanuel Macron, jeune secrétaire général adjoint de l’Elysée, venu de la banque Rothschild. Le passé de ces personnes, et sans doute leur avenir, à partir de 2017, quand il n’y aura plus qu’une poignée de députés PS à l’Assemblée, sont dans le système bancaire. L’opération « mains propres » est donc un scandale.

Devons-nous savoir combien de Mobylette possède la ministre de la Jeunesse et des Sports ? Ce qui serait décisif, ce serait d’avoir l’organigramme des interactions entre les banques et l’Inspection des finances ou la Cour des comptes. En termes de science politique, le pouvoir réside dans ces liens entre la haute finance d’Etat et la haute finance privée.

Partant de cette question, on peut dérouler l’histoire du « néolibéralisme » à la française depuis les années 80. Le pouvoir financier, détenu à l’origine par des hauts fonctionnaires gaullistes, honnêtes et patriotes, est passé dans le secteur privé. La seule chose qui ait été conservée, c’est le caractère hyperconcentré du système.

 

Un peu sur le modèle de ce qui s’est passé avec les oligarques dans les années 90 en Russie, après la chute du Mur...


E.T. : Bien sûr. L’Etat était tout en Russie et, après la fin de l’URSS, les mêmes personnes sont restées aux commandes de ce qui a été privatisé. L’incarnation totémique du système français, c’est Michel Pébereau, devenu le parrain de ce petit monde. Je cite là encore sa fiche Wikipédia : « Michel Pébereau quitte l’administration pour rejoindre le Crédit commercial de France en 1982. Il mène à bien la privatisation de deux banques dont il sera le PDG : le Crédit commercial de France, de 1986 à 1993, puis la Banque nationale de Paris (1993), devenue BNP Paribas en 2000, qu’il préside de 1993 à 2003. »

Quant aux jeunes qui sortent le mieux classés de l’ENA - non pas les meilleurs, mais les plus aptes, moralement et socialement, à fayoter -, on les retrouve à l’Inspection des finances, à la Cour des comptes, puis dans les cabinets ministériels, et bien sûr au ministère des Finances. Les ministres importants n’ont pas la liberté de choisir leur directeur de cabinet et vivent sous leur surveillance.

Ces jeunes gens, leur avenir est dans le privé. Ils payent donc d’avance ! Ils enterrent la réforme des banques. Ils passeront dans ces banques et les grandes boîtes privées, cooptés par leurs parrains. C’est de transparence sur cette mécanique dont nous avons besoin. La vérité aujourd’hui révélée - le hollandisme, par ses bourdes, reste révolutionnaire ! -, c’est que les banques contrôlent l’appareil d’Etat.

 

Ce que vous décrivez, c’est exactement le reproche majeur qu’on faisait déjà à Nicolas Sarkozy. Au moment de la grande crise de 2008, on a ainsi pointé le fait qu’il a inventé la sortie de crise avec les banquiers. Ces reproches, ce sont aussi les mêmes qui sont aujourd’hui adressés à Obama...


E.T. : La crise met à nu l’oligarchie. Si l’on va au bout de l’analyse, ce n’est plus l’exécutif qui attaque le Parlement en exigeant la transparence, c’est le système bancaire. Patrick Weil a raison : cessons de pourchasser le cumul des mandats, cumul qui, en assurant aux députés des bases régionales, les aide à résister au pouvoir exécutif et bancaire.

 

Compte tenu de la dégradation spectaculaire du crédit accordé à François Hollande en moins d’un an, quelles sont les ressources dont il dispose désormais ?


E.T. : Si nous restons dans la zone euro, toute prétention à l’action est une blague. Hollande, c’est un président local dans la zone mark. La réalité, c’est que nous sommes revenus à la situation où la Banque de France était l’affaire des 200 familles. Sauf que, maintenant, ce ne sont même plus 200 familles françaises qui font la loi, c’est l’Allemagne !

 

Vous souscrivez donc à cette idée de bras de fer nécessaire avec la chancelière Angela Merkel, pour sortir de l’ornière économique, retrouver la croissance et ressouder la gauche ?


E.T. : Attaquer Merkel, c’est la dernière illusion socialiste, ça revient à attaquer un fondé de pouvoir. C’est le patronat allemand qui ne veut pas d’une explosion de la zone euro. Ce sont ces patrons, organisés, à l’allemande, qui permettent à Mario Draghi [président de la Banque centrale européenne] de faire des politiques de sauvetage des banques. Il leur faut encore quatre ans pour flinguer définitivement l’industrie française. La durée de la présidence Hollande, justement.

La situation, je pourrais la schématiser ainsi... [Emmanuel Todd sort alors une feuille de papier et dessine un diagramme.] En haut : le patronat allemand. Juste en dessous, décalée, Merkel : préposée à la gestion des protectorats européens ! Directement aux ordres du patronat allemand : la Banque centrale européenne. Aux ordres de la BCE : les banques françaises. Sous le contrôle des banques : les inspecteurs des finances de Bercy, avec comme attaché de presse Pierre Moscovici ! Et tout en bas : François Hollande. Je ne trouve à Hollande aucune fonction identifiable. Donc j’inscris : « Rien. » [Rires.]

 

Mais vous n’avez pas complètement répondu... Compte tenu de ce que vous dites aujourd’hui, est-ce que c’est une si mauvaise intuition de la part du PS d’aller ainsi se confronter à l’Allemagne ?


E.T. : Nos socialistes veulent croire que le retour des sociaux-démocrates allemands au pouvoir ferait une grosse différence. Karine Berger m’avait déjà fait le coup avant la présidentielle, durant un débat devant une section socialiste. Mais les réformes les plus dures en Allemagne ont été faites par Schröder ! La social-démocratie allemande, historiquement et géographiquement, est dans la continuité du protestantisme, donc du nationalisme. Avec eux, ce serait pire. Donc évidemment, l’Allemagne est le problème. Les politiques français, si durs avec leur population et leurs PME,en sont au stade Bisounours sur l’amitié franco-allemande.

Mais l’Allemagne, qui a déjà foutu en l’air deux fois le continent, est l’un des hauts lieux de l’irrationalité humaine. Ses performances économiques « exceptionnelles » sont la preuve de ce qu’elle est toujours exceptionnelle. L’Allemagne, c’est une culture immense, mais terrible parce que déséquilibrée, perdant de vue la complexité de l’existence humaine. Son obstination à imposer l’austérité, qui fait de l’Europe le trou noir de l’économie mondiale, nous impose une question : l’Europe ne serait-elle pas, depuis le début du XXe siècle, ce continent qui se suicide à intervalles réguliers sous direction allemande.

Oui, un « principe de précaution » doit être appliqué à l’Allemagne ! Ce n’est pas être un salaud xénophobe de le dire, c’est du simple bon sens historique. D’autant que ce pays est, à l’insu de nos chefs, dans une logique de puissance. Le seul obstacle à une hégémonie durable en Europe, pour l’Allemagne, aujourd’hui comme hier, c’est la France, tant qu’elle ne sera pas définitivement à terre économiquement. Mais je comprends que ce soit difficile pour nous d’admettre l’évidence : nous pensions tellement ne jamais revoir ces rapports de force.

 

Le président vous a invité à l’Elysée il y a quelques mois pour un petit déjeuner. Que lui avez-vous conseillé ?


E.T. : L’une des rares choses dont je me souvienne, c’est qu’il prenait conscience de l’existence d’une Europe protestante et plaisantait sur le fait que les Finlandais étaient encore plus raides que les Allemands. Je lui ai suggéré qu’il fallait réunir une commission de réflexion sur la viabilité de l’euro mêlant des économistes orthodoxes et des économistes critiques, comme Jacques Sapir, Jean-Luc-Gréau, Gaël Giraud, Paul Jorion ou Frédéric Lordon. La seule existence de cette commission aurait intimidé les Allemands et fait baisser l’euro.

Mais là est la preuve ultime de l’insuffisance intellectuelle et morale des classes supérieures françaises : personne n’ose, hors du Front national, poser la question de la viabilité de l’euro, cette monnaie qu’on doit sans cesse sauver, avec un taux de chômage qui s’emballe et des revenus qui plongent. Même Mélenchon n’y arrive pas. La gauche du PS, les Marie-Noëlle Lienemann et Emmanuel Maurel, en sont incapables et nous proposent des politiques de relance impossibles en économie de libre-échange, qui n’aboutissent qu’à renforcer encore l’industrie allemande.

Et que dire du conformisme europhile de cette institution centrale qu’est le Monde, ou de revues comme « Pas d’alternatives économiques » ? Pour arriver à infléchir tout ça, il faudrait que Hollande soit plus que de Gaulle. Mais il l’a dit, il n’est que normal. Ordinaire même. Mes restes d’espoir, je les mettrais plutôt dans une révolte du Parlement.

Mon fantasme ? Une chambre des députés qui, dissoute par le président, pardon, par le système bancaire, refuserait de se disperser en s’appuyant sur une société exaspérée. Mais peut-on prendre au sérieux quelqu’un qui a pris Hollande au sérieux ?

Dimanche 12 Mai 2013

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 15:04

 

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 07:29

Par François Ramade, de la Société Française d’Ecologie

 

Influencés par l’irrationalisme propre à certains courants de pensée dits « écologiques », les pouvoirs publics actuels ont décidé la fermeture prématurée de la centrale de Fessenheim. Pis encore, ils ont déjà mis en oeuvre, de façon inavouée voire clandestine, diverses mesures passées inaperçues qui préparent de facto une sortie progressive du nucléaire telles - parmi d’autres - l’abandon de l’EPR de Penly et le non financement du projet ASTRID (réacteur rapide au sodium de 600 MW e), filière dont on sait qu’elle constitue la base de la prochaine (4e) génération de réacteurs nucléaires civils et qui permet en outre de développer la destruction par transmutation des déchets radioactifs (perspective prévue par la Loi Bataille). l est pourtant facile de montrer que la fermeture de Fessenheim est une absurdité tant au plan technique qu’économique.

 

Pas de raison de Sûreté

 

Il tombe au premier abord sous le sens que cette fermeture ne s’impose aucunement pour des raisons de sûreté nucléaire, qui constituent pourtant l’argument majeur sur lequel s’appuient certains « écologistes » partisans « d’une sortie du nucléaire » pour la justifier. Faut-il rappeler que dans une inspection approfondie de l’ensemble du parc électronucléaire français ayant en 2011 fait suite à la catastrophe de Fukushima, l’Agence de Sûreté Nucléaire n’a demandé l’arrêt d’aucune centrale. Au contraire, elle a même confirmé lors de ses inspections que rien techniquement (enceintes, cuves, etc…) ne justifiait l’arrêt de Fessenheim. En effet, ses réacteurs ont la capacité de pouvoir fonctionner sans problème de sécurité pendant non pas la prochaine décennie mais dans les 20 années à venir. Cela tient en particulier en la qualité très élevée de l’acier constituant sa cuve dont les impuretés de cuivre ont été réduites à un très bas niveau. Par ailleurs, au delà de marges de la sécurité pourtant déjà très élevée, l’ASN a demandé un renforcement du radier en béton situé à la base de l’enceinte des réacteurs, qui est en effet moins épais que celui des autres réacteurs de l’EDF. On remarquera toutefois que le radier des réacteurs de Fessenheim est d’une épaisseur équivalente à celui des réacteurs de Fukushima, dont l’un a pourtant résisté à la corrosion du corium formé par la fusion de son coeur qui avait percé la cuve de ce réacteur. En définitive, il résulte essentiellement de cette affaire que le Gouvernement actuel bafoue le respect des positions de l’ASN, qui est pourtant l’autorité indépendante en matière de sûreté nucléaire !

 

Conéquence tecniques et économiques

 

 

Cette fermeture - si elle advenait - soulève de nombreux problèmes techniques et économiques dont les coûts induits sont considérables et ont été abusivement sousestimés par nos politiques au pouvoir. Elle pose d’abord de façon incontournable la question de renforcement du réseau électrique THT. RTE, l’organisme national chargé du réseau électrique, est contraint de procéder au plus vite à une série d’ « opérations palliatives » destinées à augmenter l’alimentation électrique de l’Alsace pour maintenir la tension localement et adapter le réseau électrique alsacien aux changements de flux électriques qui découleront de la fermeture de Fessenheim. Ces mesures sont indispensables pour assurer l’approvisionnement électrique de cette région devenue de ce fait déficitaire.

Il faut donc souligner qu’en fermant Fessenheim, on retire une pièce de la pyramide qui permet au réseau électrique national de répondre en permanence à la demande d’électricité et il serait illusoire de croire qu’il suffirait par exemple de remplacer sa puissance par une valeur analogue d’électricité éolienne à cause son intermittence. L’élément que représente la centrale de Fessenheim joue un rôle important dans les réglages primaires et secondaires du réseau national. Ainsi l’effet de son absence se ferait sentir sur tous les aspects de l’ajustement de la production d’électricité à la demande instantanée de courant. Cela veut dire qu’en fermant Fessenheim, et en dépit des délestages qui y remédieraient en situation d’urgence, on augmente de manière significative dans notre pays les risques de Black out électrique généralisé.

Il est donc impossible d’arrêter l’alimentation du réseau national par une centrale de la puissance de Fessenheim, soit 1800 MWe, sans avoir mis au préalable en service une puissance électrique installée de valeur équivalente, fonctionnant au moins en semi-base, pour des raisons de stabilité du réseau électrique - ce que Mme BATHO semble ne pas savoir ! En effet, un réseau électrique peut s’écrouler.

Au cours des dernières années un tel accident a affecté plusieurs réseaux électriques nationaux. Il a par exemple concerné pendant plus de 24 h l’ensemble de l’Italie, et pendant 48 h le sud-Est du Canada et le Nord-Est des Etats-Unis, affectant dans cette région plus de 65 millions de personnes ! Un tel « black out » est le plus souvent lié à un incident inopiné et rapide survenant dans un réseau fragile, quand la demande d’électricité dépasse brutalement la production possible. A-t-on envisagé les conséquences matérielles pour les usagers - et économiques - d’un « black out » généralisé de notre pays pendant 24 h, estimées atteindre pour l’Allemagne jusqu’à 30 milliards d’euros ?

 

Comment remplacer Fessenheim ?

 

Par suite de l’arrêt de Fessenheim, il s’imposera de construire un ensemble de centrales au charbon qui puissent fonctionner en base (et là « bonjour les dégâts » en matière d’hygiène publique par suite des pollutions générées, en particulier des rejets considérables en HAP cancérogènes que cela implique) ou au gaz à cycle combiné. Cependant, la première option paraît la plus vraisemblable car on constate à l’heure actuelle qu’en Europe, compte tenu de la baisse du prix du charbon, la production d’électricité avec des centrales thermiques fonctionnant avec ce combustible connaît un accroissement rapide et considérable !

 

De plus, outre le prix du combustible, le coût de construction d’une centrale à gaz à cycle combiné est bien supérieur à celui d’une centrale au charbon. Tous investissements inclus, celui-ci atteint quelques 1500 € le KW(e) installé. De sorte qu’arrêter Fessenheim nécessiterait pour EDF près de 3 milliards d’investissements pour le remplacement. De plus, une centrale au gaz impliquerait l‘importation de plus d’un milliard d’euros de gaz naturel, deux fois moins pour le charbon (celui de l’uranium est ridiculement bas en comparaison, ne représentant que quelques pour cent du coût du KWh nucléaire).

 

On pourrait aussi ironiser sur le fait que la fermeture de Fessenheim « améliorera » incontestablement la balance des échanges commerciaux extérieurs de notre pays. Alors que notre faramineux déficit commercial annuel s’est élevé en 2011 à 70 milliards d’euros, quelques 62,3 milliards résultaient déjà de l’importation d’énergie fossile (charbon, pétrole et gaz naturel). Qu’en sera- t-il alors si est mis en oeuvre l’arrêt de la moitié de nos réacteurs prévue par le Président Hollande ?

 

Déclin du nucléaire et emploi

 

En des temps marqués par des pertes continues et abyssales d’emplois industriels, le Gouvernement crée objectivement la disparition d’un nombre considérable d’emplois professionnels souvent hautement qualifiés. Malgré les dénégations gouvernementales, des sources fort diverses, patronales et syndicales représentant donc a priori des intérêts souvent antagonistes, convergent pour considérer que le nucléaire représente en France plus de 400 000 emplois (directs et indirects). Les pertes consécutives à une « sortie du nucléaire » ont été évaluées à 410 000 en fin 2011 par le Cabinet américain de Consultants Price Waterhouse Coopers, soit près de 4 % des emplois industriels recensés alors en France !

 

Dans ce contexte, il est grotesque sinon cynique de la part du Gouvernement de prétendre pouvoir accompagner cette désindustrialisation du nucléaire, décidée arbitrairement pour de basses raisons strictement électoralistes et à courte vue, en compensant les emplois ainsi perdus par les activités de démantèlement des réacteurs arrêtés. Outre que ces activités exigeraient des financements supplémentaires sans pour autant créer de la valeur ajoutée, elles ne nécessiteraient par ailleurs qu’une faible fraction de l’effectif salarié actuellement engagé dans l’industrie nucléaire. Elles ne représentent donc en réalité qu’une proposition totalement inconséquente d’alternative aux emplois perdus dans le nucléaire. De plus, il est hélas consternant de constater qu’ici, ce n’est pas Peugeot-Citroën qui « casse » mais l’Etat lui-même !

 

La raison voudrait au contraire que l’on renouvelle au plus vite les centrales ayant atteint l’âge de déclassement car l’actuel gouvernement paraît « omettre » que dans les 10 ans à venir quelques 24 réacteurs de notre parc auront 40 ans, dont le remplacement ou la prolongation impliquerait, au-delà du maintien des emplois existant, la création de nombreux autres….

 

Ce qui conforterait en outre un des rares savoir faire industriel encore reconnu à notre pays. Par ailleurs, s’il est certes utile de prévoir des recherches sur le démantèlement, ce dernier ne s’impose nullement dans l’immédiat car le temps travaille spontanément en faveur de la décontamination par suite de la décroissance radioactive dans les réacteurs déclassés.

 

Emploi et énergies renouvelables

 

Le second argument majeur des pouvoirs publics actuels, prétendant apporter une compensation des pertes d’activité dans le nucléaire, tient en une prétendue création de 200 000 emplois grâce à un développement accéléré des énergies renouvelables. Une analyse même sommaire des problématiques de ce secteur montre que cet argument est non seulement erroné, mais, en fait, tout aussi dérisoire que celui du démantèlement en ce qui concerne les alternatives offertes à l’emploi.

 

En réalité, ces énergies, dont le développement est certes incontestablement nécessaire, ne pourront que prendre lentement leur place dans le bilan énergétique global, au cours des décennies avenir, au rythme des progrès techniques qu’elles impliquent encore pour les rendre économiquement soutenables. L’importance des puissances électriques installées actuellement en éolien et solaire - au premier abord considérables en valeur absolue mais qui ne représente en réalité qu’une faible fraction, quelques pour cent, du total des renouvelables constitué essentiellement par l’hydraulique et la biomasse - résulte avant tout des considérables aides attribuées par les pouvoirs publics...

 

Mais pis encore, les pouvoirs publics actuels font mine de croire que ce secteur constituerait rapidement un important gisement d’emplois. On ne recensait au total en fin 2011 que 47982 emplois dans ce secteur dont seulement 31 630 dans l’éolien et solaire Il apparaît réellement utopique de prétendre multiplier par 6 cet effectif dans la décennie avenir, pour pallier (partiellement) le déclin du nucléaire, même si n’existaient pas d’incontestables limitations techniques au développement de ces énergies. En réalité, dans le contexte de l’ultralibéralisme économique actuel, une incitation forte de nos pouvoirs publics pour les énergies renouvelables créerait certes de nombreux emplois….mais principalement en Chine. Dans notre pays, nous remplacerions donc


-  très partiellement – les emplois hautement qualifiés perdus dans le secteur nucléaire par ceux moins qualifiés de poseur de panneaux solaires. En effet, on omet souvent que la concurrence de la Chine dans le secteur du photovoltaïque - mais aussi, fait méconnu, de l’éolien - est telle, que plus de 90 % des panneaux solaires installés en Allemagne, pourtant longtemps leader dans ce domaine, sont fabriqués dans ce pays. Quant au secteur de l’éolien, VESTAS, au Danemark, le plus grand fabriquant mondial d’aérogénérateurs, a licencié au cours de l’été dernier, plusieurs milliers de ses salariés par suite de la concurrence chinoise. Dans le contexte socioéconomique actuel, le développement de ces secteurs d’activité en France ne pourrait réellement pourvoir au remplacement que d’une fraction très minoritaire des emplois perdus. Les arguments précédents impliquent par ailleurs que « tout argent mis dans les énergies renouvelables pour remplacer de l’énergie nucléaire est sans effet pour diminuer la dépendance aux combustibles fossiles, et donc sans effet pour éviter les récessions futures liées aux chocs pétroliers futurs » [1]

 

Le désengagement dans l’électronucléaire constitue donc un gâchis très considérable tout autant que scandaleux, et à bien des égards incohérent, quand on songe qu’existent de nombreux chercheurs et Ingénieurs hautement qualifiés dans nos Institutions spécialisées et réputées mondialement pour la qualité de leurs activités que sont le CNRS, le CEA, l’IRSN et certains laboratoires universitaires ou encore dans les entreprises concernées telles l’EDF, au moment où s’impose un nouvel et important effort de recherche afin de mettre au point les réacteurs de la 4e génération ! On ne saurait aussi manquer de souligner le paradoxe, voire l‘incohérence, d’un Gouvernement actant de facto dans notre pays le déclin du nucléaire - et proposant simultanément par ailleurs à la Pologne (mais aussi par exemple à la Tchéquie et au Vietnam) de construire les réacteurs nucléaires mis au point par ces divers organismes de recherche et/ou industriels nationaux spécialisés dans ce secteur !

 

Le cas allemand

 

Tout cela ne va pas dans le sens du respect de nos engagements dans le cadre du Protocole de Kyoto. L’Allemagne, malgré tous les démentis, aura du mal d’honorer ses engagements à la suite de sa sortie, pour l‘instant partielle, du nucléaire. Car l’incontournable nécessité de disposer dans le réseau électrique d’une alimentation en base, qu’il est impossible d’assurer avec les éoliennes et autres énergies intermittentes, implique le remplacement des réacteurs arrêtés par des centrales au charbon. Ainsi, suite à l’arrêt de 8 centrales nucléaires en 2011 et celui prévu des 9 autres d’ici 2022 (soit au total 28 réacteurs), ce pays a du déjà remettre en service plusieurs centrales thermiques au charbon déclassées et mis en construction 10 nouvelles, 9 supplémentaires y étant en projet afin de pallier le risque de « black out » associé à la fermeture déjà faite ou prévue de ses 17 centrales nucléaires. Ainsi, après sa sortie complète du nucléaire en 2022, les énergies renouvelables assureront 47 % de la production totale d’électricité alors que 53 % sera assuré …par le gaz et le charbon !

 

On ne soulignera jamais assez, dans le contexte actuel de changement climatiques globaux liés à l’usage massif des combustibles fossiles que l’énergie nucléaire est celle qui présente le bilan le plus favorable en matière de réduction des émissions de gaz de serre, se situant au plus bas niveau, au dessous du solaire et même de l’éolien !

 

Nucléaire et alternatives à l'épuisement des réserves d'hydrocarbures fossiles

 

En définitive, il faudrait que nos pouvoirs publics comprennent enfin que la production d’énergie, plus particulièrement d’électricité nucléaire est une affaire stratégique pour notre pays. Il s’imposerait donc d’éviter de rendre cette production plus difficile et plus coûteuse par des décisions intempestives destinées à satisfaire certains « courants de pensée » - si l’on peut dire - dont les attitudes relèvent trop souvent beaucoup plus de comportements sectaires que de la rationalité scientifique.

 

Au-delà des graves problèmes de changements climatiques la plupart de nos politiciens n’ont pas encore « intégré » le fait qu’il faut prévoir dès 2035 - soit dans moins de 25 ans - un inexorable déclin du pétrole et du gaz. Cette échéance peut paraître lointaine pour des hommes politiques. Néanmoins, compte tenu de la longueur des temps de latence propres au renouvellement des systèmes énergétiques, 25 ans représentent une échéance proche sinon demain. Il ne s’agit donc pas seulement d’ « économiser l’énergie », évidence largement documentée, car ces économies ne pourront jamais que combler partiellement le déclin, puis l’épuisement des hydrocarbures fossiles lequel, pour le pétrole, est même déjà amorcé…..Dans un tel contexte, et y compris en postulant de sérieuses économies d’énergie, on voit mal comment les pays industrialisés pourront pallier la disparition progressive des combustibles fossiles sans recours au nucléaire et ce d’autant plus qu’à somme constante, la part de l’électricité dans le bilan énergétique global ne pourra que continuer à s’accroître. Cela résulte du fait que les évolutions technologiques augmentent les besoins intrinsèques en électricité. Pensons simplement à l’accroissement de la climatisation des habitations dont l’irrésistible ascension est liée au réchauffement climatique en cours. Que dire alors si l’on décidait enfin de transférer une part importante du trafic routier de marchandises, fortement émetteur de gaz de serre et générateur de rejets massifs de gaz toxiques, vers le fer électrifié plus économe en énergie, a fortiori si l’automobile électrique connaissait le développement qui lui est prédit ?

 

Un remplacement progressif du nucléaire

 

Dans un tel contexte, il y aurait certes d’autres modalités de mise en oeuvre de la décision de notre Président de diminuer à 50 % la part de l’énergie nucléaire dans notre bilan électrique global. Dans une première perspective pourtant minimaliste, une alternative serait qu’au lieu d’arrêter sans les remplacer des réacteurs que l’âge a rendu obsolètes, la puissance électrique installée dans le nucléaire soit maintenue constante dans les décennies à venir en remplaçant en temps utile les réacteurs déclassés tandis que serait accrue la part des énergie renouvelables dans le mix énergétique national au fur et à mesure de la construction de nouvelles installations. Cela conduirait certes, de la même façon, a réduire de facto la part du nucléaire mais ici dans un bilan global positif à l’opposé de la démarche que propose l’Elysée, aux effets inéluctablement négatifs par suite des soustractions d’emplois et du déficit de production qu’implique cette sortie, fut elle partielle, du nucléaire !

 

Les faits sont têtus et la réalité imposerait dès à présent aux pouvoirs publics des pays développés à mettre en oeuvre les substitutions qu’impose le déclin annoncé, voire déjà en cours et inéluctable, du pétrole et peu après du gaz naturel. Cette problématique a été parfaitement comprise par divers pays, pourtant parfois plus avancés que le notre dans le domaine de la protection environnementale, qui, eux, persévèrent dans la construction de centrales nucléaires et/ou prévoient d’en édifier de nouvelles. Outre la Finlande, faut il rappeler que la Grande–Bretagne continue le développement de son programme électronucléaire considérant à juste titre que l’accident de Fukushima, compte tenu de ses circonstances très particulières, est un faux problème en matière de sûreté nucléaire pour le Royaume-Unis. Il en est de même des Etats-Unis alors qu’au Japon, certains réacteurs arrêtés, ceux n° 3 et 4 de la centrale d’Oi, viennent d’être remis en route en Juillet dernier. Ce pays continue en outre ses travaux sur la filière surrégénératrice. Quant à la Chine elle devrait mettre en chantier ou en service plus de 150 réacteurs d’ici 2025 soit de 40 à 50 % des nouvelles tranches nucléaires en projet dans le monde !

 

Il est urgent que les politiciens au pouvoir dans notre pays comprennent que l’énergie conditionne directement l’emploi. Une sortie du nucléaire interférerait fortement sur ce dernier ainsi que sur nos capacités exportatrices déjà diminuées dans des proportions calamiteuses. L’électricité nucléaire, grâce à son bas prix du KWh, constitue un des trop rares facteurs grâce auquel nos entreprises bénéficient encore d’un atout pour leur compétitivité. Il serait enfin temps que nos pouvoirs publics en prennent conscience avant qu’il ne soit trop tard, et reviennent sur des décisions aberrantes en matière de politique énergétique, dont il faut craindre que celle de l’arrêt de Fessenheim ne représente hélas, que le prologue !

 

François Ramade est professeur émérite d’Ecologie à la Faculté des Sciences d’Orsay, président d’Honneur de la Société Française d’Ecologie [2], membre Honoraire du Conseil scientifique de l’IPSN.

 

Commentairesde l’auteur du Blog : Un des meilleurs texte repéré sur le sujet. Depuis quelques années les  mesures indiquent une stagnation de température voire une légère baisse malgré l’augmentation des rejets de gaz carbonique il semblerait même que nous allions vers un minimum de dalton (2040-2050) il convient donc de rechercher ailleurs l’origine des fluctuations climatiques qui suivent avec quelques années de retard les variation d’intensités des éruptions solaires mais bien sur il est nécessaire de réserver les hydrocarbures pour les industries de transformations et, réchauffement ou refroidissement, d’isoler les bâtiments et d' économiser l’énergie à partir des mesures préconisées  dans l’article de François Ramade et  ne pas jeter le nucléaire, qui  permettra à l’Humanité d’attendre sereinement la « solution  miracle », aux orties.

Par ailleurs la faute de Hollande et de ses amis " écolos", disons plutôt, l'incompétence en la matière est partagée par Melenchon et beaucoup d’autres  qui tentent de surfer sur l’opinion trompée par les rapports du GIEC mais ça va changer.

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:12

 

Ainsi le lâche soulagement de Munich ou un gouvernement dit français  a bradé la Tchécoslovaquie à Hitler est antérieur au pacte germano soviétique destiné à gagner du temps face au refus de l’occident, la France et l’Angleterre, de conclure une alliance de revers avec l’Union Soviétique.

 

Ainsi la prétendue désorganisation de l’Armée rouge à la suite des purges staliniennes qui  quelques mois après le lancement de l’opération Barbarossa le 22 juin allait en décembre 1941 stopper les hordes nazis devant Moscou, leur portant déjà des coups dont elles ne se relèveront pas.

 

Ensuite ce fut Stalingrad reddition de Von Paulus le 2 janvier 43, la batailla de  Koursk  du 5 juillet au 23 Août 1943  ou diront certains l'Allemagne a perdu la guerre, la délivrance en janvier 1944 de de  Leningrad assiégée depuis 900 jours et  la lente, difficile, mais irrémédiable avancée vers l’ouest et l’Allemagne qui inquiètera néanmoins les USA, jusque là attentistes pour laisser les belligérants s’épuiser mutuellement à l’est,  ils  se décideront enfin le 6 juin 1944 à débarquer en Normandie  d’où les troupes Allemande sortiront sans avoir subit de dommages majeurs.

 

Les USA entendaient également imposer dans les pays qu’ils envisageaient d’occuper un gouvernement militaire allié (l’AMGOT) soi disant pour y restaurer la démocratie  en réalité pour s’en servir comme tête de pont pour leur expansion économique.

 

L’aura du général de Gaulle, le poids de la résistance intérieure, l’équivalent de plusieurs division selon le général Eisenhower, ou les forces regoupées par le parti communiste avait joué  un rôle déterminant, le soutien de l’Union Soviétique,  feront que leurs prétentions seront annihilées, la France profanées retrouvera sa pleine et entière souveraineté.

 

Le nouveau parti de l’étranger, dont il est permis de penser que Jean Moulin, patriote s’il en fut, l’unificateur de la résistance, fut la victime désignée à l’occupant, le parti de l’Amérique étasunienne dut alors en rabattre mais il reviendra avec le plan Marshall et poursuit encore cette même démarche un peu partout sur la planète pour s’en réserver les richesses au nom du droit d’ingérences et au prix de la souffrance des peuples opprimés pour être spolies. Le grand marché transatlantique en cours de préparation en est l’un des ultimes avatars dont nous ferons les frais s’il se concrétise.

 

Mais le 8 mai 1945, la France et ce qu’elle représente, méprisée et refoulée par les alliés occidentaux, était présente, de plein droit, à Berlin, lors de la signature de la reddition sans condition du nazisme, accompagnée des trois couleurs de la république une et indivisible assemblées en urgence par des auxiliaires féminines de l’Armée Rouge.

 

Il est également d’autres contre vérités, couramment énoncées aux pieds des stèles des monuments aux morts y compris par des associations de combattants qui si elles en appellent à la paix universelle, ne prennent aucune initiative pour stopper les guerres actuelles à caractère colonial, dont il convient de faire litière. Il  est faux de prétendre que l’UE est un gage de paix alors que la plupart de ses pays membres sont en guerre permanente certes de moins en moins directement mais plus hypocritement sous couvert des forces de OTAN et du mercenariat des sociétés militaires privées, avec aussi les manipulations pour exacerber les antagonismes religieux ou ethniques… Citons le Rwanda , la Côte d’Ivoire, la Libye, aujourd’hui la Syrie, demain l’Iran avec  peut être le pire à venir. Sans oublier le démantèlement de l’ex Yougoslavie ou les « bonnes âmes » ont accusé les victimes d’être les bourreaux …

 

Il est tout aussi nécessaire de se rendre compte que notre souveraineté nationale recouvrée en 1945 est aujourd’hui bafouée sous l’égide de la concurrence dite libre et non faussée pour les plus grands profits à destination spéculative des financiers et des entreprises transnationales et que l’Allemagne qui impose sa loi sur le vieux continent  obtient plus avec les  traités européens  qu’Hitler n’avait pu obtenir avec ses divisions blindées de sinistre mémoire. Ce qui n’enlève rien à la nécessaire solidarité entre tous les peuples.

 

Réagissons, cessons de nous comporter en moutons de Panurge avant que l’irrémédiable ne soit commis.

 

Souvenons-nous également du massacre perpétré le 8 mai 1945 et les jours suivant qui fit des milliers de victimes indigènes, qui ne souhaitaient encore que l’égalité des droits,  dans l’Algérie colonisée, au moment même ou la France célébrait la victoire sur la bête immonde.  

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 08:47

Gramsci, la Russie soviétique et la critique du populisme

par Domenico Losurdo

 article repris sur comité valmy pour bénéficier des renvois

 

 

1. « Collectivisme de la misère, de la souffrance »

Comme on le sait, la révolution qui fonde la Russie soviétique et qui, contre toute attente, a lieu dans un pays non compris dans les pays capitalistes les plus avancés, est saluée par Gramsci comme la « révolution contre Le capital ». Se gaussant du mécanicisme évolutionniste de la Deuxième Internationale, le texte publié sur Avanti ! le 24 décembre 1917 n’hésite pas à prendre ses distances avec les « scories positivistes et naturalistes » présentes même « chez Marx ». Oui, « les faits ont débordé les idéologies », et donc ce n’est pas la révolution d’octobre qui doit se présenter devant les gardiens du « marxisme » pour obtenir sa légitimation ; c’est la théorie de Marx qui doit être repensée et approfondie à la lumière du tournant historique qui a eu lieu en Russie. Le début de cet article est sans nul doute mémorable, mais ce n’est pas une raison pour en oublier la suite, non moins significative. Quelles seront les conséquences de la victoire des bolcheviques dans un pays relativement arriéré et, de plus, épuisé par la guerre ?

Ce sera, au début, le collectivisme de la misère, de la souffrance. Mais les mêmes conditions de misère et de souffrance auraient été reçues en héritage par un régime bourgeois. En Russie, le capitalisme ne pourrait pas, tout de suite, faire davantage que ce que pourra faire le collectivisme. Aujourd’hui il ferait beaucoup moins, parce qu’il aurait tout de suite contre lui un prolétariat mécontent, frénétique, incapable désormais de supporter pendant des années encore les douleurs et les amertumes que le marasme économique entraînerait […] La souffrance qui suivra la paix ne pourra être supportée que dans la mesure où les prolétaires sentiront que c’est de leur volonté, de leur ténacité dans le travail, qu’il dépend qu’elle disparaisse le plus rapidement possible »].

 

Dans ce texte le communisme de guerre qui est en train de s’imposer dans la Russie soviétique se trouve à la fois légitimé sur le plan tactique et délégitimé sur le plan stratégique, légitimé pour l’immédiat et délégitimé quand on pense à l’avenir. Le « collectivisme de la misère, de la souffrance » est justifié par les conditions concrètes dans lesquelles se trouve la Russie de l’époque : le capitalisme ne serait pas en mesure de faire mieux. Mais le « collectivisme de la misère, de la souffrance » doit être dépassé « le plus rapidement possible ».

 

Cette affirmation est loin d’être banale. Voyons comment le Français Pierre Pascal interprète et salue la révolution bolchevique dont il est directement témoin :

 

« Spectacle unique et enivrant : la démolition d’une société. C’est maintenant que se réalisent le quatrième psaume des vêpres du dimanche et le Magnificat : les puissants renversés de leur trône et le pauvre relevé de sa crotte […] Il n’y a plus de riches : simplement des pauvres et des plus pauvres. Le savoir ne confère plus ni privilège ni respect. L’ex-ouvrier promu directeur commande les ingénieurs. Les salaires, du haut et du bas, se rapprochent. Le droit de propriété est réduit aux hardes personnelles » .

 

Loin de devoir être dépassée « le plus rapidement possible », la condition par laquelle il y a « simplement des pauvres et des plus pauvres » ou, dans le langage de Gramsci, le « collectivisme de la misère, de la souffrance », est synonyme de plénitude spirituelle et de rigueur morale. Certes, Pascal était un catholique fervent, mais cela n’indique pas que les bolcheviques fussent immuns de cette vision empreinte de paupérisme et de populisme. On peut même se demander s’il n’y a pas quelque trace de populisme et de paupérisme dans la définition léninienne transfigurant en « communisme » et même en « communisme de guerre », un régime caractérisé par la débâcle de l’économie (avec le retour parfois au troc) et, à certains moments, par la réquisition forcée des aliments nécessaires à la survie de la population urbaine ; un régime donc que Gramsci définit plus correctement comme « collectivisme de la misère, de la souffrance ». En 1937-38 Trotsky[4] rappelle en les critiquant « les tendances ascétiques de l’époque de la guerre civile », répandues chez les communistes, dont l’idéal semblait être la « misère socialisée ». Cette formule fait penser à celle de Gramsci mais elle lui est postérieure de presque vingt ans. Celui qui, dans les années 40, va décrire le plus efficacement le climat spirituel dominant dans la période suivant immédiatement la révolution d’octobre, est un militant de base du parti communiste de l’Union soviétique :

 

« Nous, jeunes communistes, avions tous grandi dans la conviction qu’on s’était débarrassé de l’argent une fois pour toutes […] Si l’argent réapparaissait, les riches n’allaient-ils pas réapparaître aussi ? Ne nous trouvions-nous pas sur une pente glissante qui nous ramenait au capitalisme ?


La catastrophe de la guerre avait été provoquée par la compétition pour la conquête des colonies, des marchés et des matières premières, la course au profit, et en dernière analyse par l’auri sacra fames ; ainsi le « communisme de guerre » était donc non seulement synonyme de justice sociale mais aussi la garantie que de telles tragédies n’auraient plus eu lieu.

 

Ce climat n’était évidemment pas limité à la Russie. En 1918 le jeune Ernst Bloch attendait, dans le sillage de la révolution d’octobre, l’avènement d’un monde définitivement libéré de « toute économie privée », de toute « économie de l’argent » et, avec elle, de la « morale mercantile qui consacre tout ce qu’il y a de plus mauvais dans l’homme »[6].

Selon le Manifeste du parti communiste, les « premiers essais du prolétariat » sont souvent caractérisés par des revendications à l’enseigne d’ « un ascétisme universel et d’un égalitarisme grossier »[7] ; par ailleurs, « rien n’est plus facile que de donner une teinture de socialisme à l’ascétisme chrétien »[8]. C’est exactement ce qui se passe dans la Russie révolutionnaire. Il faut cependant tout de suite ajouter que le phénomène si efficacement décrit par Marx et Engels a une extension temporelle et spatiale bien supérieure à celle qu’ils ont suggérée. Même au 20ème siècle, et jusque dans le cadre de mouvements qui professent le matérialisme historique et l’athéisme, nous voyons confirmée la règle selon laquelle les grandes révolutions populaires, les soulèvements de masse des classes subalternes tendent à stimuler un populisme spontané et ingénu, qui, ignorant totalement le problème du développement des forces productives, attend ou célèbre la révolte de ceux qui occupent le dernier degré de la hiérarchie sociale, la révolte des pauvres et des « pauvres en esprit ».

 

Gramsci s’avère étranger à cette tendance dès ses premières interventions.

 

2. La dissolution de l’Assemblée constituante comme « épisode de liberté »


Quelques semaines après avoir salué la « révolution contre Le Capital », dans un article publié dans Il Grido del popolo du 26 janvier 1918, Gramsci justifie la dissolution de l’Assemblée Constituante décidée par les bolcheviques et par les socialistes révolutionnaires. Il s’agit d’une mesure qui constitue « un épisode de liberté malgré les formes extérieures qu’elle a fatalement dû assumer », malgré « l’apparence violente ».

 

Comme on sait, la position prise à cette occasion par Rosa Luxemburg[10] est différente et opposée : critiquant le tournant considéré comme autoritaire ou dictatorial de la révolution russe, elle célèbre la liberté comme « liberté de ceux qui pensent différemment ». Malgré l’éloquence qui la caractérise et qui l’a rendue célèbre, cette prise de position est loin d’être convaincante. Généralement les grandes révolutions provoquent un conflit entre la ville et la campagne. Les masses urbaines protagonistes du renversement de l’Ancien régime et qui ont supporté le poids et les sacrifices de la lutte, sont peu enclines à céder le pouvoir aux masses rurales, qui ont joué un rôle secondaire dans le processus révolutionnaire et où l’influence du régime à peine renversé continue à se faire sentir.

 

C’est une dialectique qui se manifeste dans la première révolution anglaise et dans le cycle révolutionnaire français dans son ensemble. En ce qui concerne ce dernier, la victoire des jacobins est clairement la victoire de la ville, de Paris, non seulement contre la campagne catholique et traditionaliste de Vendée mais aussi contre les instances de la province représentée par les girondins. En 1848 par contre, c’est la campagne qui obtient la victoire : il en résulte une réaction qui débouche dans l’instauration de la dictature bonapartiste. En 1871 aussi la défaite de la Commune de Paris semble ouvrir la voie à la restauration des Bourbons ou à une des-émancipation politique des masses populaires à réaliser à travers le retour à la discrimination censitaire ouverte ou grâce à l’introduction du vote plural en faveur des élites].

 

Etant donnés ces précédents et si l’on tient compte du déchaînement de la guerre, de l’acuité de l’affrontement entre ceux qui étaient décidés à la poursuivre ou à la relancer et ceux qui voulaient dans tous les cas y mettre fin, et du rôle international de l’Entente décidée à empêcher par tous les moyens la « désertion » de la Russie, il reste entièrement à démontrer que la victoire de l’Assemblée Constituante aurait signifié la consolidation de la démocratie, plutôt que le retour du pouvoir tsariste ou, plus probablement, l’avènement d’une dictature militaire (appuyée par les « alliés » de l’Entente).

 

Ce sont les années où la mobilisation générale a, partout, rendu précaire le respect de la légalité y compris pour les organismes représentatifs. Avant encore de saluer la révolution d’octobre ou d’appuyer la dissolution de l’Assemblée Constituante, Gramsci a polémiqué durement contre Leonida Bissolati qui au Parlement et depuis les bancs du gouvernement, où il était arrivé grâce à son interventionnisme fervent, n’avait pas hésité à menacer les députés considérés comme défaitistes ou insuffisamment belliqueux : « Pour la défense du pays, je serais prêt à faire feu sur vous tous ! »[12]. Ce sont les années où, même aux Usa, pourtant situés à une bonne distance de sécurité de l’épicentre du conflit, et même après la fin de la guerre (mais attentifs désormais au « danger » représenté par la Russie révolutionnaire), l’assemblée législative de l’Etat de New York expulse les représentants socialistes qui y ont été élus, bien que le parti socialiste fut une organisation parfaitement légale.

 

On ne voit pas pourquoi on devrait refuser au parti bolchevique (qui a vécu l’expérience de la déportation en Sibérie de ses députés opposés à la guerre) le « droit » de recourir, pour sauver la révolution et bloquer la guerre pour toujours, à des mesures analogues à celles projetées ou opérées, dans des conditions plutôt moins dramatiques, par les pays libéraux qui le faisaient, eux, pour continuer de façon démesurée la mobilisation générale et la guerre ou la lutte contre le danger de contagion révolutionnaire. D’autant que, si en Occident ce sont les organes qui pourtant incarnent de façon exclusive le principe de légitimité qui sont touchés ou menacés d’être touchés par des mesures extraordinaires, dans la Russie soviétique la dissolution de l’Assemblée Constituante n’est qu’un moment du choc entre deux principes de légitimité qui s’affrontent déjà depuis les journées de février. C’est à ce dernier fait que se réfère Gramsci, quand il souligne le contraste entre « Constituante et Soviets » (c’est le titre de l’article) : la révolution cherche laborieusement « les formes de représentation au travers desquelles la souveraineté du prolétariat devra s’exercer ».

 

3. Les bolcheviques comme « aristocratie d’hommes d’Etat »


L’absence de doctrinarisme chez Gramsci est confirmée de façon éclatante par l’éditorial qu’il a publié dans L’Ordine Nuovo du 7 juin 1919. Un des thèmes centraux, voire le thème central de cet article, est l’édification de l’Etat en Russie soviétique. Attention, je parle d’édification de l’Etat non d’extinction de l’Etat, comme voudrait un certain marxisme-léninisme plus ou moins orthodoxe. Pour le dire avec Gramsci : « Il s’agit bien d’une révolution et non d’une vaine enflure de rhétorique démagogique lorsque cette révolution s’incarne dans un type d’Etat, lorsqu’elle devient un système organisé du pouvoir ».

 

C’est à ce propos précisément que se révèle la grandeur des bolcheviques. D’abord en réalisant puis en défendant la révolution d’octobre, ils mettent la nation et l’Etat russe à l’abri de la désagrégation et de la balkanisation qui se profilent comme conséquences de la défaite de guerre et du délabrement de l’Ancien régime. Gramsci rend hommage à Lénine comme « plus grand homme d’Etat de l’Europe contemporaine » et aux bolcheviques comme « une aristocratie d’hommes d’Etat, tels qu’aucune autre nation n’en possède ». Ils ont eu le mérite de mettre fin au « sombre abîme de misères, d’anarchie, de corruption » ouvert par « une guerre longue et désastreuse », en sauvant la nation, « l’immense peuple russe », et ils sont ainsi arrivés à « souder la doctrine communiste à la conscience collective du peuple russe ». Se plaçant dans un rapport de discontinuité mais aussi de continuité avec l’histoire de leur pays, les bolcheviques expriment bien sûr une « conscience de classe » mais en même temps ils assument une fonction nationale : ils arrivent à « gagner au nouvel Etat l’appui loyal de la majorité du peuple russe », à édifier « l’Etat du peuple russe tout entier ». L’impérialisme ne se résigne pas pour autant, et continue sa politique d’agression. Si ce n’est que : « Le peuple russe tout entier s’est dressé […] Tout entier, il a pris les armes pour livrer sa bataille de Valmy ». Le parti communiste inspiré par une « conscience de classe » est de fait appelé à diriger la lutte pour l’indépendance nationale, imitant ainsi les jacobins.

 

C’est un texte extraordinaire. Subjectivement, les bolcheviques sont engagés à construire, sur les ruines de la société bourgeoise, un ordonnancement à l’enseigne de la disparition de l’Etat et des identités nationales ; à l’épreuve des faits, ils se révèlent comme les artisans de la sauvegarde de l’Etat et de la nation contre l’attaque déchaînée par les classes exploiteuses de la Russie et du monde entier ! Le bilan tracé par Gramsci en 1919 est confirmé plus de 80 ans après par l’historiographie la plus récente. Donnons la parole à Nicolas Werth (un des auteurs, en son temps, du Livre noir du communisme) : « Assurément, le succès des bolcheviks dans la guerre civile avait été dû, en fin de compte, à leur extraordinaire capacité de “construire l’État“ - capacité qui avait fait défaut à leurs adversaires ».

 

En ce sens les bolcheviques sont véritablement une « aristocratie d’hommes d’Etat », lesquels cependant sont animés par une théorie en nette contradiction avec leur praxis ; c’est la praxis qui va se révéler la plus lucide et pour trouver une théorie à la hauteur d’une telle praxis c’est à Gramsci en premier lieu qu’il faut se référer. Et son argumentation se développe dans la période même où Bloch attend du virage commencé avec la révolution d‘octobre, non seulement, comme nous savons, la disparition de « toute économie privée », de toute « économie de l’argent » et de la « morale mercantile qui consacre tout ce qu’il y a de plus mauvais dans l’homme », mais même la « transformation du pouvoir en amour ».

 

Dès ses premières interventions, Gramsci montre une vision plus réaliste de la société post-capitaliste qui reste à édifier, et une tendance à la dé-messianisation du marxisme. Ceci est confirmé par le soutien qu’il apporte immédiatement à la NEP, en allant nettement à contre-courant d’une lecture assez répandue à gauche comme à droite qui, avec un jugement de valeur évidemment opposée, interprétait le tournant réalisé en Russie soviétique comme un retour au capitalisme.

 

4. Un phénomène « jamais vu au cours de l’histoire »


Nous trouvons la formulation théoriquement la plus mûre du discours gramscien sur la Nouvelle Politique Economique dans la célèbre, et controversée, lettre au PCUS d’octobre 1926 : la réalité de l’Urss nous place devant un phénomène « jamais vu dans l’histoire » ; une classe politiquement « dominante » en vient « dans son ensemble » à « [être] placée dans des conditions de vie inférieures au niveau de vie de couches et d’éléments déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires qui continuent à endurer des conditions de vie épuisantes sont désorientées par le spectacle du « nepman couvert de fourrures et disposant de tous les biens terrestres » ; pourtant ceci ne doit pas constituer un motif de scandale ou de répulsion, car le prolétariat ne peut pas conquérir le pouvoir et ne peut pas non plus le garder s’il n’est pas capable de sacrifier « ces intérêts immédiats aux intérêts généraux et permanents de sa classe »[19]. Ceux qui lisent la NEP comme un synonyme de retour au capitalisme ont le tort d’identifier une couche économiquement privilégiée à une classe politiquement dominante.

La distinction formulée ici est-elle valide ? Revenant d’un voyage à Moscou en 1927, Walter Benjamin synthétise ainsi ses impressions :

 

« Dans la société capitaliste pouvoir et argent sont devenus des grandeurs commensurables. Toute quantité d’argent convertible en une portion bien déterminée de pouvoir et la valeur d’échange de tout pouvoir sont une entité calculable […] L’Etat soviétique a interrompu cette osmose entre argent et pouvoir. Le Parti se réserve évidemment le pouvoir pour lui-même, mais il laisse l’argent à l’homme de la NEP » .

 

Mais ce dernier est exposé à un « terrible isolement social ». Pour Benjamin aussi il n’y a pas de coïncidence entre richesse économique et pouvoir politique.

 

Quelques semaines plus tard, Gramsci est dans les griffes de la police fasciste. Malgré sa situation difficile, il n’a de cesse de se procurer le plus grand nombre possible de livres et revues qui lui permettent de continuer à suivre les virages du pays issu de la révolution d’octobre. C’est une question d’importance vitale : si je n’arrive pas à obtenir le matériel que j’ai demandé sur l’Urss –écrit-il dans une lettre à Tania le 16 novembre 1931- « toutes mes habitudes intellectuelles seront brusquement interrompues et ma situation sera considérablement aggravée par cette interruption ».

 

Ce qui attire immédiatement l’attention de Gramsci est le premier plan quinquennal soviétique. Le processus de construction et de développement programmé de l’économie soviétique démontre qu’un nouvel ordre est possible ! On peut enfin dépasser le stade du « collectivisme de la misère, de la souffrance » imposé par la catastrophe de la guerre. Mais le lancement du plan quinquennal a aussi une grande importance sur le plan philosophique : c’est la confirmation que, loin de stimuler « le plus grand fatalisme et la plus grande passivité », en réalité « la conception du matérialisme historique […] donne lieu à une floraison d’initiatives et d’entreprises qui étonne bien des observateurs ».

 

5. L’Urss menacée par une « guerre d’extermination »

Le dépassement du « collectivisme de la misère, de la souffrance » doit aussi être considéré plutôt positivement pour des raisons de politique internationale : la menace qui pèse sur la Russie soviétique est loin d’avoir disparu. La persistance de son isolement diplomatique la rend vulnérable : l’intervention contre-révolutionnaire de l’Occident capitaliste se renouvellera-t-elle ? Et de nouveau Gramsci cherche dans les journaux et les revues des confirmations ou des démentis à ses préoccupations et à ses angoisses. La Nuova Antologia publie une série d’articles sur le rôle international de l’ « Empire anglais », qui ont « pour objectif de prêcher l’isolement moral de la Russie (ruptures des relations diplomatiques) et la création d’un front uni antirusse comme préparation à la guerre ». Oui, ces articles, malheureusement inspirés peut-être par d’importantes personnalités et milieux politiques britanniques, essaient « de transfuser la certitude qu’une guerre d’extermination est inévitable entre l’Angleterre et la Russie, guerre dans laquelle la Russie ne peut que succomber ».

 

Nous sommes à la fin des années 20 et au début des années 30. Avec l’avènement du Troisième Reich, le danger principal est clairement identifié dans l’Allemagne : « après les manifestations de brutalité et d’ignominie inouïe de la "culture" allemande dominée par l’hitlérisme », il est temps de prendre acte de « la fragilité de la culture moderne »[23]. L’anticommunisme furibond du « parti hitlérien » ne tardera pas à se faire sentir aussi sur le plan international. Oui, « c’est toujours la politique intérieure qui dicte les décisions, dans un pays donné, s’entend : il est clair en effet que l’initiative d’un pays, qui est due à des raisons intérieures, deviendra "extérieure" pour le pays qui subit l’initiative »[24].

Il n’est pas difficile de comprendre quelle est la cible des initiatives agressives de l’Allemagne nazie. Les Cahiers, mais aussi les Lettres de prison témoignent jusqu’au bout d’un intérêt fidèle pour le pays issu de la révolution d’Octobre. Les aspects les plus ténus n’y sont pas négligés non plus, comme le montrent les références positives (dans les lettres à son fils Delio de novembre et pendant l’été 1936) à la « jeune et vaillante école philologique soviétique », à la « littérature fraîche » et « critique » sur Pouchkine et Gogol et jusqu’au contenu du « journal des pionniers »[25]. De 1936 aussi, même si le mois n’est pas précisé, une lettre à Giulia où Gramsci souligne, comme point important de l’éducation de leur fils Delio, le fait que celui-ci, à la différence de leur neveu, a vécu non pas « la vie mesquine et étroite d’un village de Sardaigne » mais la vie d’ « une ville mondiale où convergent d’énormes courants de culture, d’intérêts et de sentiments qui touchent même les vendeurs de cigarettes dans la rue ».

 

Nous sommes à quelques mois de la fin. Jusqu’au bout Gramsci refuse de signer la demande de grâce, et le 25 mars 1937 encore, un mois avant sa mort qu’il sent proche, il communique à Sraffa, pour qu’il les transmette aux camarades de parti, ses idées sur la meilleure façon de conduire la lutte politique ; par ailleurs, il le charge de préparer une ébauche de demande d’expatriation : il espère rejoindre l’Urss et Moscou, la ville qu’il décrit de façon admirative dans la lettre à Giulia de l’année précédente. Donc, dans ses écrits comme dans ses témoignages et dans son comportement pratique, tout concourt à réfuter la thèse aujourd’hui assez répandue de la rupture finale de Gramsci avec l’Urss et avec le mouvement communiste.

 

Bien sûr, chez Gramsci la prise de position, nette et sans hésitations, de soutien à la Russie soviétique ne tombe jamais dans une apologétique vulgaire et dans une auto-illusion. Nous avons affaire à une attitude critique au sens le plus élevé du terme qui, loin d’être synonyme de froideur et de distance, exprime sa participation inquiète et son profondément intérêt à suivre ce qui est issu de l’Octobre bolchevique. Un exemple notamment peut éclairer l’attitude de Gramsci. Dans les années 30, le motif des deux totalitarismes se répand jusqu’à être repris par Trotsky et par Boukharine, qui sous la catégorie de « régime totalitaire » (et de « dictature totalitaire ») ou d’ « Etat total omnipotent »[28] placent côte à côte l’Urss stalinienne et l’Allemagne hitlérienne. Ce n’est pas le cas des Cahiers de prison, qui certes refusent l’autoreprésentation de l’Urss comme « dictature du prolétariat » et même de la « démocratie authentique » et parlent au contraire de « césarisme », mais en prenant soin de distinguer le césarisme « progressif » de celui « régressif », incarné au 20ème siècle par Mussolini et Hitler.

 

En d’autres termes, la critique ne débouche pas sur le « pur défaitisme » que les Cahiers de prison reprochent à Boris Souvarine. Celui-ci, ancien dirigeant de premier plan du Parti Communiste Français et de la Troisième Internationale, puis critique de plus en plus virulent du bolchevisme et de la Russie soviétique, commence, à partir de 1930, à publier son réquisitoire dans La Critique sociale. Gramsci suit attentivement la revue, dont il condamne l’incapacité à comprendre la difficulté tragique du processus de construction d’un nouvel ordre social. Aux yeux complaisants de Furet[30], Souvarine « « fait partie de cette catégorie d’esprits qui tire une joie sarcastique d’avoir raison contre le plus grand nombre ». Mais c’est justement là ce que dénonce la critique des Cahiers de prison : « Lieux communs en pagaille, dits avec l’air hautain de celui qui [est] satisfait de lui-même […] Il s’agit, c’est vrai, de travailler à l’élaboration d’une élite, mais on ne peut pas détacher ce travail du travail d’éducation des masses, ces deux activités au contraire ne faisant qu’une, et c’est justement ce qui complique le problème […]. Il s’agit donc d’avoir en même temps une Réforme et une Renaissance ». En conclusion : « Il est évident que l’on ne comprend pas le processus moléculaire d’affirmation d’une nouvelle civilisation, se déroulant dans le monde contemporain, sans avoir compris le noeud historique Réforme-Renaissance ».

 

Venons-en à un point crucial. Pour Gramsci seul un philistin peut s’étonner que, dans sa façon laborieuse de venir au monde et de prendre forme, le nouvel ordonnancement ne puisse pas se présenter dans la forme lisse et captivante du monde qu’il souhaite renverser et qui peut compter, derrière lui, sur des siècles d’expérience de la gestion du pouvoir. Il suffit de confronter Humanisme-Renaissance d’un côté et Réforme de l’autre, ou, dans un sens idéal-typique, Erasme et Luther. Malgré la rusticité paysanne avec laquelle ils se présentent, ce sont la Réforme et Luther qui jettent les bases de la liquidation de l’Ancien régime et l’avènement d’une civilisation nouvelle et plus avancée et sur une base sociale bien plus large.

 

Voilà comment il faut se situer à l’égard de la période historique qui a commencé en octobre 1917 : « Si l’on devait faire une étude sur l’Union [Soviétique], le premier chapitre ou même la première section du livre devrait développer le matériel réuni sous cette rubrique "Réforme et Renaissance" »[32]. Bien loin de constituer une césure par rapport aux écrits précédents, les Cahiers de prison sont en premier lieu un bilan historico-théorique du processus laborieux et contradictoire de construction de l’ « ordre nouveau ». Un abîme sépare le Diamat de l’Union Soviétique de l’époque de la pensée critique de Gramsci qui, en quelque manière, a su assimiler la leçon de la dialectique hégélienne ; mais c’est justement en vertu de sa finesse supérieure et de sa maturité que cette pensée arrive à comprendre les difficultés et les raisons de la société et de l’histoire qui ont exprimé le Diamat. Il faut procéder pour la Russie de Staline de la même manière que pour l’Allemagne de Luther.

 

6. Américanisme et fordisme


Mais s’il en est ainsi, comment expliquer l’attention intense et prolongée, à partir en tout cas de 1929, comme on peut lire dans une lettre à Tania du 25 mars, que le révolutionnaire emprisonné réserve à l’ « américanisme » et au « fordisme »[33] ? Le jugement équilibré et à certains moments positif exprimé à ce sujet dans les Cahiers de prison a parfois été lu comme la preuve du détachement croissant de Gramsci par rapport au mouvement communiste, voire d’une rupture avec celui-ci. Au-delà du désir évident d’accommodement au climat idéologique aujourd’hui dominant qui inspire cette interprétation, sa principale faiblesse est une équivoque de fond. Il faut dire tout de suite que les pages sur « Américanisme et fordisme » ne parlent pas que de l’Amérique mais aussi de la Russie soviétique, et peut-être parlent-elles de la Russie soviétique plus encore que des Etats-Unis. L’affirmation peut paraître paradoxale voire arbitraire ; il ne nous reste alors qu’à interroger les textes et le contexte historique.

 

Commençons par le contexte. Nous avons vu Pierre Pascal saluer la révolution d’octobre comme l’avènement d’une société dans laquelle il y a « des pauvres et des plus pauvres » et dont la noblesse morale consiste dans la distribution plus ou moins égalitaire de la misère. Cette vision, le désintérêt pour le développement des forces productives et de la richesse sociale, est un sentiment commun. Après son voyage à Moscou, Benjamin rapporte :

« Même dans la capitale de la Russie on ne trouve pas, malgré toute "rationalisation", le moindre sens d’une valeur du temps. Le "Trud", l’institut syndical du travail, a fait au moyen d’affiches murales […] une campagne pour la ponctualité […] "le temps c’est de l’argent" ; pour donner du crédit à un si étrange mot d’ordre on a même eu recours, dans les affiches, à l’autorité de Lénine. Tellement cette mentalité est étrangère aux Russes. Leur instinct joyeux prévaut sur tout le reste […] Si, par exemple, on tourne une scène de film dans la rue, ils oublient où et pourquoi ils étaient sortis, ils suivent la troupe pendant des heures et arrivent sonnés au travail. Dans la gestion du temps le Russe restera jusqu’au bout "asiatique" » .

 

L’appel à rationaliser la production et à comprendre que « le temps c’est de l’argent » avait des difficultés à être entendu car la vision « asiatique », ce que nous pourrions appeler l’ « asiatisme », exerçait son charme sur les populistes, bercés par le rêve d’une société dans laquelle personne n’est pressé ou troublé par la préoccupation d’accomplir son travail et sa tâche productive de façon ordonnée.

L’ « asiatisme » n’était pas le point de vue de Lénine, qui dès mars-avril 1918 avertissait :

« Comparé aux nations avancées, le Russe travaille mal […] Apprendre à travailler, voilà la tâche que le pouvoir des Soviets doit poser au peuple dans toute son ampleur » .

 

Et apprendre à travailler signifiait non seulement mettre définitivement fin à l’absentéisme et à l’anarchisme sur le poste de travail mais aussi compter avec « le système Taylor ». Même s’il était conçu pour l’exploitation dans le monde capitaliste, ce système comprenait « une série de très riches conquêtes scientifiques concernant l’analyse des mouvements mécaniques pendant le travail, l’élimination des mouvements superflus ou maladroits, l’élaboration de méthodes de travail plus rationnelles, l’introduction de meilleurs systèmes d’inventaire et de contrôle, etc. ». Il fallait apprendre des pays les plus avancés de l’Occident capitaliste : « La République des Soviets doit faire siennes, coûte que coûte, les conquêtes les plus précieuses de la science et de la technique dans ce domaine. Nous pourrons réaliser le socialisme justement dans la mesure où nous aurons réussi à combiner le pouvoir des Soviets et le système soviétique de gestion avec les plus récents progrès du capitalisme »[36]. C’est une thèse que Lénine réaffirme par exemple en octobre 1920 : « Nous voulons faire de la Russie misérable et pauvre un pays riche » ; pour obtenir ce résultat il faut « un travail bien organisé », « un travail conscient et discipliné », afin d’assimiler et de mettre en pratique « les dernières conquêtes de la technique », y compris évidemment le taylorisme étasunien[37]. Contre l’ « asiatisme », l’ « américanisme » pouvait jouer un rôle positif.

 

Pascal n’est pas d’accord. Dans la seconde moitié des années 20, il se plaint que « matériellement nous marchons vers l’américanisation » (entendue comme le culte idolâtre du développement économique et technologique) ; certes certains progrès économiques ont été réalisés, mais « au prix d’une formidable exploitation de la classe ouvrière, en employant tous les procédés du petit capitalisme et du grand capitalisme » »[38]. En France, c’est sur cette ligne de pensée, mais avec une attitude plus radicale, que se place Simone Weil qui, en 1932, arrive à la conclusion que la Russie a désormais comme modèle l’Amérique, l’efficience, le productivisme du « système Taylor », l’asservissement de l’ouvrier à la production :

« Le fait que Staline, sur cette question qui se trouve au centre du conflit entre capital et travail, a abandonné le point de vue de Marx et s’est laissé séduire par le système capitaliste sous sa forme la plus parfaite, ce fait montre que l’URSS est encore loin de posséder les bases d’une culture ouvrière ».

 

Ce sont les années où la critique de l’ « américanisme » se manifeste chez des auteurs et dans des cercles d’orientation très différents entre eux. Quand il visite le pays des Soviets entre septembre 1926 et janvier 1927, le grand écrivain autrichien Joseph Roth dénonce l’ « américanisation » en cours : « On méprise l’Amérique, c’est-à-dire le grand capitalisme sans âme, le pays où l’or est Dieu. Mais on admire l’Amérique, c’est-à-dire le progrès, le fer à repasser électrique, l’hygiène et les aqueducs ». En conclusion : « Ceci est une Russie moderne, techniquement avancée, avec des ambitions américaines. Ceci n’est plus la Russie ». Le « vide spirituel » est intervenu même dans un pays qui avait au départ suscité beaucoup d’espoirs[40]. Il faut enfin rappeler Martin Heidegger, qui en 1935 reproche aux Etats-Unis et à l’Union Soviétique (et au mouvement communiste) de représenter, d’un point de vue métaphysique, le même principe, consistant dans la « fureur funeste de la technique déchaînée » et dans la « massification de l’homme ». Et quelques années plus tard en 1942 : « Le bolchevisme n’est qu’une variante de l’américanisme ».

 

C’est un débat auquel participent aussi les dirigeants soviétiques, lesquels ont désormais pris une voie qui a suscité la désillusion ou le scandale des populistes. En 1923 Boukharine proclame : « Nous avons besoin d’additionner l’américanisme au marxisme ». Un an après, c’est Staline qui semble avoir pour le pays qui pourtant a participé à l’intervention armée contre la Russie soviétique, une telle sympathie qu’il en adresse un appel significatif aux cadres bolcheviques : s’ils veulent être réellement à la hauteur des « principes du léninisme », ils doivent savoir mêler « l’élan révolutionnaire russe » à « l’esprit pratique américain ». Comme l’explique Staline en 1932 : les Etats-Unis sont évidemment un pays capitaliste ; toutefois, « les traditions dans l’industrie et dans la praxis productive ont quelque chose du démocratisme, ce qu’on ne peut pas dire des vieux pays capitalistes de l’Europe, où l’esprit seigneurial de l’aristocratie féodale est toujours vivant ». A vrai dire, la version exprimée ici est unilatérale : si, en comparaison avec l’Europe la république nord-américaine apparaît plus démocratique s’agissant du rapport entre les classes sociales, le résultat s’inverse quand on se penche sur les relations entre les blancs et les noirs (pour la plupart confinés dans les secteurs inférieurs du marché du travail et, dans les Usa de Franklin Delano Roosevelt, privés non seulement des droits politiques mais souvent aussi des droits civiques). Deux points restent sûrs : chez Boukharine et chez Staline, « américanisme « et « esprit pratique américain » veulent signifier un développement à grande échelle des forces productives et de la grande industrie, un développement rendu possible par l’absence de la richesse parasitaire qui est l’héritage de l’Ancien régime ; la Russie soviétique, engagée à sortir de l’arriération et à édifier le socialisme, doit savoir apprendre aussi de cet « américanisme » et de cet « esprit pratique américain ».

 

Le contexte historique étant retracé, procédons à la lecture des textes. Dans son appréciation de l’ « américanisme » (ou de certains de ses aspects), Gramsci est en pleine cohérence avec son refus, déjà exprimé au moment où il salue la révolution d’octobre, d’identifier le socialisme avec le « collectivisme de la misère, de la souffrance ». Les Cahiers de prison aussi soulignent la continuité avec la période de jeunesse quand ils font remarquer que déjà « L’Ordine Nuovo […] soutenait son "américanisme" ». Relisons alors cette organe de presse, en nous concentrant sur certaines interventions de juillet-août 1920 : « le contrôle sur la production » et « l’élaboration des plans de travail » sont des taches essentielles du Conseil d’usine, dont « l’ouvrier est amené à faire partie en tant que producteur ». Mais comment résoudre de telles taches ?

 

« Dans une usine, les ouvriers sont des producteurs dans la mesure où, étant organisés d’une façon strictement déterminée par la technique industrielle qui (en un certain sens) est indépendante du mode d’appropriation des valeurs produites, ils collaborent à la préparation de l’objet fabriqué ».

 

En tant qu’organismes révolutionnaires, les Conseils d’usine dépassent le trade-unionisme économiste, capable de ne voir l’ouvrier que comme vendeur de sa force de travail engagé à en élever le prix à travers l’organisation et la lutte syndicale, et non pas comme « producteur » ; et les Conseils d’usine repoussent l’anarchisme, traditionnellement enclin au luddisme. Correctement compris, l’ « américanisme » fait intégralement partie du projet révolutionnaire, ou du moins d’un projet révolutionnaire qui refuse de se rabattre sur le « collectivisme de la misère, de la souffrance », à quoi continuent d’être attachés des populistes et paupéristes comme Pascal et Weil. Le problème du dépassement du « collectivisme de la misère, de la souffrance » ne peut pas être résolu seulement par l’expropriation et la redistribution de la richesse appartenant à une exiguë minorité privilégiée. Le développement des forces productives s’impose, tout en évitant, en même temps, que ce soit le privilège parasitaire qui en bénéficie. Bien sûr, même dans une société qui n’est plus dirigée par la bourgeoisie le développement des forces productives implique un surplus de fatigue de la part des producteurs, mais la permanence du « collectivisme de la misère, de la souffrance » comporterait un coût humain et social bien plus grand. Dans tous les cas, pour la longue durée on ne peut pas faire l’hypothèse d’une distribution de richesse qui n’ait pas été produite. On comprend alors l’intérêt, l’intérêt critique vigilant, de Lénine et de Gramsci pour les techniques appelées à promouvoir la productivité du travail. Ce n’est pas un hasard si en octobre et novembre 1919, L’Ordre nouveau consacre une série d’articles au taylorisme, analysé en dernier recours à partir de la distinction entre les « très riches conquêtes scientifiques » dont parle Lénine et leur usage capitaliste.

Nous pouvons alors mieux comprendre le Cahier « spécial » 22, consacré à « Américanisme et fordisme ». Lisons le paragraphe 1 :

 

« Plusieurs séries de problèmes doivent être examinés sous cette rubrique générale et un peu conventionnelle d’"Américanisme et fordisme" ».


Nous avons affaire à un thème « général » qui renvoie à une multiplicité de problématiques et même de pays, et qui va être traité avec un langage « conventionnel », dû aussi à la nécessité de rester vigilant face à une intervention possible de la censure fasciste. Le Cahier 22 précise ainsi ce qui est en discussion :

 

« De façon générale on peut dire que l’américanisme et le fordisme découlent de la nécessité immanente de parvenir à l’organisation d’une économie planifiée, et que les différents problèmes examinés devraient constituer les maillons de la chaîne qui marquent précisément le passage du vieil individualisme économique à l’économie planifiée ».

 

Fait-on référence ici aux Etats-Unis ou à la Russie soviétique ? Il est difficile pour le premier pays de parler de « passage » à l’ « économie planifiée ». Le Cahier que nous analysons se termine par l’affirmation qu’aux Usa, contrairement aux mythes, non seulement la lutte de classe est bien présente mais elle se configure comme « la lutte la plus féroce et la plus effrénée entre les deux adversaires ». Mais reprenons la lecture du paragraphe initial :

 

« Lorsqu’une telle force sociale lance une initiative dans le sens du progrès, cela n’est pas sans entraîner des conséquences fondamentales : les forces subalternes, qui devraient être « manipulées » et rationalisées en vue de nouveaux objectifs, résistent nécessairement. Mais certains secteurs des forces dominantes, ou tout au moins alliées aux forces dominantes, résistent eux aussi ».

 

Donc, fordisme et américanisme sont combattus à partir de perspectives et par des forces sociales différentes et en opposition. D’un côté se trouvent les « lieux communs », comme celui qu’affectionne Guglielmo Ferrero, qui célèbre l’Europe gardienne de la « qualité » et réserve son mépris pour les Usa frustes champions de la « quantité ». En réalité, ce qui est observé avec soupçon et hostilité (dans une Europe où se fait encore sentir la présence de classes liées à l’Ancien régime et bénéficiaires d’une richesse exclusivement parasitaire) c’est le « remplacement de la caste ploutocratique actuelle par un nouveau mécanisme d’accumulation et de distribution du capital financier, directement fondé sur la production industrielle »]. Très nette est alors chez Gramsci la condamnation de l’ « anti-américanisme », qui « est comique avant même d’être stupide ». Comique qui apparaît avec une évidence particulière chez un philosophe comme Gentile, infatigable dans sa célébration rhétorique de l’action et de la praxis mais tout aussi prompt à condamner comme « mécanicisme » la transformation réelle du monde dont est protagoniste le développement industriel porté par l’ « américanisme » et le taylorisme.

 

7. Marxisme ou populisme ?


Jusqu’ici tout est assez clair. Mais quelles sont les « forces subalternes » qui s’opposent à une « tentative progressive » ou fondamentalement progressive et, ce faisant, d’une part « résistent » à une initiative de la bourgeoisie, mais d’autre part risquent de faire cause commune ou en tous cas de se confondre avec les élites réactionnaires européennes ? Nous sommes de nouveau amenés à penser à des personnalités comme Pascal et Weil ou aux « anarchistes » critiques de l’orientation des Conseils d’usine inspirés de Gramsci[.

 

Le Cahier sur « Américanisme et fordisme » se conclut par une sévère polémique avec Ferrero, « le père spirituel de toute l’idéologie débile du retour à l’artisanat etc. »[53]. Mais Ferrero n’était pas le seul à cultiver cette nostalgie ; et, pour lui tenir compagnie, il n’y avait pas qu’un André Siegfried qui « oppose à l’ouvrier taylorisé américain l’artisan de l’industrie parisienne de luxe ». Non, c’est la prise de position de Weil qui a un relief particulier. Avec une formation marxiste, et stimulée par son vif intérêt pour la condition ouvrière, elle a collaboré à des journaux d’inspiration socialiste ou communiste (La Révolution prolétarienne), elle s’est engagée activement dans le syndicat, elle a une expérience de travail en usine. Dans les années où Gramsci insiste sur le potentiel d’émancipation inhérent à la grande usine et donc sur la nécessité pour le mouvement ouvrier et communiste de tenir compte du taylorisme et du fordisme, la philosophe française arrive à la conclusion opposée : « c’est le régime même de la production moderne, à savoir la grande industrie » qui doit être mis en question ; « avec les bagnes industriels qui constituent les grandes usines on ne peut fabriquer que des esclaves, et non pas des travailleurs libres, encore moins des travailleurs qui constitueraient une classe dominante ». Gramsci, pour soutenir son engagement à « valoriser l’usine » et la grande industrie, renvoie à juste titre au Capital ; Weil, poursuivant sa logique, après avoir liquidé en tant qu’intrinsèquement liberticide la « production moderne » et la « grande industrie », condamne Marx comme prophète d’une « religion des forces productives » non dissemblable de celle de la bourgeoisie. On pourrait dire que, pour la philosophe française, l’auteur du Capital était atteint d’un « américanisme » avant la lettre.

 

Revenons à Gramsci. Nous l’avons vu critiquer l’ « anti-américanisme » prêché en Europe par les nostalgiques si ce n’est de l’Ancien régime, en tous cas de la société préindustrielle. Mais ceci n’est qu’un versant de la polémique. L’autre versant prend pour cible la vision qui dépeint le capitalisme étasunien comme un système caractérisé par l’ « homogénéité sociale ». En réalité, comme nous savons, c’est précisément là que la lutte de classe se manifeste avec une particulière âpreté. La contradiction entre ouvriers et capital s’intrique, au moins pour ce qui concerne l’Europe, à la contradiction entre bourgeoisie industrielle de type tayloriste et fordiste d’un côté et richesse parasitaire et héritière de l’Ancien régime de l’autre. On voit alors émerger la « [question de] savoir si l’américanisme pourrait constituer une "époque" historique, c’est-à-dire s’il pourrait déterminer un type de développement graduel analogue à celui des "révolutions passives" du siècle dernier (que nous avons examiné ailleurs) ou si au contraire il ne représente qu’une accumulation fragmentaire d’éléments destinés à provoquer une "explosion", c’est-à-dire un bouleversement de type français ».

 

Le spectre de la révolution réapparaît en Occident. Et donc les pages sur américanisme et fordisme nous livrent non pas un Gramsci qui s’apprête à prendre congé de la tradition communiste, mais un Gramsci qui appelle le mouvement communiste à repousser une fois pour toutes les nostalgies préindustrielles d’empreinte populiste et paupériste et à se prononcer pour un marxisme épuré de tout résidu messianique.

C’est aussi pour cela que les Cahiers de prison révèlent aujourd’hui encore une extraordinaire vitalité. Certains processus idéologiques méritent une attention particulière :

 

 1) L’extraordinaire succès qu’a rencontré et rencontre dans la gauche occidentale un philosophe comme Heidegger, champion d’un anti-industrialisme et d’un anti-américanisme (qui est en même temps un anti-soviétisme) que Gramsci a jugé « comique » et « stupide ».

 

2) Dans la période de Mai 68 surtout, il y avait à gauche une tendance assez répandue à liquider la réflexion de Gramsci comme étant synonyme de subalternité au productivisme capitaliste, de la même manière que trois décennies auparavant Simone Weil avait stigmatisé Marx comme prophète d’une « religion des forces productives » fondamentalement bourgeoise.

 

 3) De nos jours, alors que depuis la France, malgré la crise et la récession, se diffuse le culte de la « décroissance » cher à Serge Latouche et à Beppe Grillo, dans un pays comme l’Italie, la gauche dite radicale semble quelquefois contester la grande vitesse en tant que telle. Il est légitime et même nécessaire d’enquêter à chaque fois sur l’impact écologique et le coût économique d’une ligne de chemin de fer ; mais repousser la grande vitesse en tant que telle est par contre synonyme de luddisme.

 

 4) La gauche occidentale observe avec une grande méfiance ou une hostilité ouverte un pays comme la République populaire chinoise, issue d’une grande révolution anticoloniale et protagoniste d’un prodigieux développement économique qui non seulement a libéré de la faim et de la déchéance des centaines de millions de personnes mais commence enfin à mettre en question le monopole occidental de la technologie (et donc les bases matérielles de l’arrogance matérialiste). Et tout comme les populistes des années 20 et 30 condamnaient en tant qu’expression d’ « américanisme » le développement industriel de la Russie soviétique, ainsi aujourd’hui il n’est pas rare, à gauche, de stigmatiser la Chine contemporaine comme une mauvaise copie du capitalisme étasunien.

Pas de doute : le populisme est loin d’être mort. Et c’est justement pour cela que la gauche a plus que jamais besoin de la leçon d’Antonio Gramsci.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.


La traductrice remercie André Tosel pour ses indications concernant l’édition française des œuvres d’Antonio Gramsci ; certaines citations de textes ou fragments de textes non publiés en français ou actuellement indisponibles, ne sont référencées ici que dans l’édition italienne.

Une partie de ce texte a fait l’objet de l’intervention de l’auteur au colloque La « Gramsci Renaissance » organisé par le séminaire Marx au 21ème siècle et la Fondation Gabriel-Péri, les 22 et 23 mars 2013 à Paris (http://chspm.univ-paris1.fr/spip.php ?article271 et http://www.gabrielperi.fr/ ) ; le texte sera publié par la Fondation Gabriel-Péri dans les actes du colloque (NdT).

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:04

 

par Salim Lamrani

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/28576/50+verdades+sobre+as+sancoes+economicas+dos+estados+unidos+contra+cuba.shtml

 

La visite de la star étasunienne de la chanson Beyonce et de son mari Jay-Z à La Havane a relancé la polémique sur le maintien des sanctions contre Cuba, en vigueur depuis plus d’un demi-siècle. Voici quelques données sur l’état de siège économique le plus long de l’histoire.


1.     Les premières sanctions économiques ont été imposées à Cuba en 1960 par l’administration républicaine de Dwight D. Eisenhower, officiellement en raison du processus de nationalisations entrepris par le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro.

 

2.     En 1962, le gouvernement démocrate de John F. Kennedy a appliqué des sanctions économiques totales contre l’île.

 

3.     L’impact a été terrible. Les Etats-Unis ont en effet toujours constitué le marché naturel de Cuba. En 1959, 73% des exportations se faisaient vers le voisin du Nord et 70% des importations provenaient de ce territoire.

 

4.     Désormais, Cuba ne peut rien importer ou exporter aux Etats-Unis. Depuis 2000, suite aux pressions du lobby agricole étasunien qui cherchait de nouveaux marchés pour ses excédents, La Havane est autorisée à acheter certaines matières premières alimentaires, à des conditions draconiennes.

 

5.     La rhétorique diplomatique pour justifier le durcissement de cet état de siège économique a évoluée au fil des ans. Entre 1960 et 1990, les Etats-Unis ont d’abord évoqué le cas des expropriations de ses entreprises pour justifier leur politique hostile vis-à-vis de La Havane. Ensuite, Washington a évoqué tour à tour l’alliance avec l’Union soviétique, le soutien aux guérillas latino-américaines en lutte contre les dictatures militaires et l’intervention cubaine en Afrique pour aider les anciennes colonies portugaises à obtenir leur indépendance et à la défendre.

 

6.     En 1991, suite à l’effondrement du bloc soviétique, les Etats-Unis, au lieu de normaliser les relations avec Cuba, ont au contraire choisi d’accroitre les sanctions en invoquant la nécessité de rétablir la démocratie et le respect des droits de l’homme.

 

7.     En 1992, sous l’administration Bush Sr., le Congrès des Etats-Unis a adopté la loi Torricelli qui accroit les sanctions contre la population cubaine et leur donne un caractère extraterritorial, c’est-à-dire contraire à la législation internationale.

 

8.     Le droit international interdit à toute loi nationale d’être extraterritoriale, c’est-à-dire de s’appliquer au-delà des frontières du pays. Ainsi, la loi française ne peut pas s’appliquer en Allemagne. La législation brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. Néanmoins, la loi Torricelli s’applique pour tous les pays du monde.

 

9.     Ainsi, depuis 1992, toute embarcation étrangère – quelle que soit sa provenance – accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois.

 

10.  Les entreprises maritimes opérant dans la région privilégient le commerce avec les Etats-Unis, premier marché mondial. Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité, doit payer un prix bien supérieur à celui du marché pour convaincre les transporteurs internationaux de livrer de la marchandise sur l’île.

 

11.  La loi Torricelli prévoit également des sanctions pour les pays qui apportent une assistance à Cuba. Ainsi, si la France ou le Brésil octroient une aide de 100 millions de dollars à l’île, les États-Unis diminuent leur aide à ces nations à hauteur du même montant.

 

12.  En 1996, l’administration Clinton a adopté la loi Helms-Burton qui est à la fois extraterritoriale et rétroactive, c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la législation, ce qui est contraire au droit international.

 

13.  Le droit international interdit à toute législation d’avoir un caractère rétroactif. Par exemple, en France, depuis le 1er janvier 2008, il est interdit de fumer dans les restaurants. Néanmoins, un fumeur qui aurait consommé une cigarette le 31 décembre 2007 lors d’un repas ne peut être sanctionné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive.

 

14.  La loi Helms-Burton sanctionne toute entreprise étrangère qui s’installerait sur les propriétés nationalisées appartenant à des personnes qui, au moment de l’étatisation, disposaient de la nationalité cubaine, violant ainsi le droit international.

 

15. La loi Helms-Burton viole également le droit étasunien qui stipule que les poursuites judiciaires auprès de tribunaux ne sont possibles que si la personne lésée par un processus de nationalisations est citoyen étasunien lors de l’expropriation et que celle-ci s’est déroulée en violation au droit international public. Or, aucune de ces deux conditions n’est remplie.

 

16.  La loi Helms-Burton a pour effet de dissuader de nombreux investisseurs de s’installer à Cuba par crainte d’être poursuivis par la justice étasunienne et elle se révèle très efficace.

 

17.  En 2004, l’administration Bush Jr. a créé la Commission d’assistance à une Cuba libre, qui a imposé de nouvelles sanctions contre Cuba.

 

18.  Cette Commission a notamment fortement limité les voyages. Tous les habitants des Etats-Unis peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent, sauf les Cubains. En effet, entre 2004 et 2009, les Cubains des Etats-Unis n’ont pu se rendre dans l’île que 14 jours tous les trois ans, dans le meilleur des cas, à condition d’obtenir une autorisation du Département du Trésor.

 

19.  Pour pouvoir voyager, il fallait démontrer qu’au moins un membre de la famille vivait toujours à Cuba. Néanmoins, l’administration Bush a redéfini le concept de la famille, qui s’est exclusivement appliqué aux Cubains. Ainsi, les cousins, neveux, oncles et autres parents proches ne faisaient plus partie de la famille. Seuls les grands-parents, parents, frères et sœurs, enfants et époux faisaient partie de l’entité familiale, selon la nouvelle définition. Par exemple, un Cubain résidant aux États-Unis ne pouvait pas rendre visite à sa tante à Cuba, ni envoyer une aide financière à son cousin.

 

20.  Les Cubains ayant pu remplir toutes les conditions pour se rendre dans leur pays d’origine, en plus de devoir limiter leur séjour à deux semaines, ne devaient pas dépenser plus de 50 dollars par jour sur place.

 

21.  Les citoyens ou résidants étasuniens peuvent envoyer une aide financière à leur famille restée au pays, sans limite de montant, sauf les Cubains qui ne pouvaient pas envoyer plus de 100 dollars par mois entre 2004 et 2009.

 

22.  Néanmoins, si un Cubain de Floride souhaitait envoyer de l’argent à sa mère – membre direct de la famille selon la nouvelle définition – qui vivait à La Havane, cela devenait impossible si celle-ci militait au sein du Parti communiste.

 

23.  En 2006, la Commission d’assistance à une Cuba libre a adopté un nouveau rapport accroissant les restrictions contre Cuba.

 

24.  Dans le but de limiter la coopération médicale cubaine avec le reste du Monde, les Etats-Unis interdisent toute exportation d’appareils médicaux à des pays tiers « destinés à être utilisés dans des programmes à grande échelle [pour] des patients étrangers », alors que la majeure partie de la technologie médicale mondiale est d’origine étasunienne.

 

25.  En raison de l’application extraterritoriale des sanctions économiques, un fabriquant d’automobiles japonais, allemand, coréen ou autre, qui souhaiterait commercialiser ses produits sur le marché étasunien, doit démontrer au Département du Trésor que ses voitures ne contiennent pas un gramme de nickel cubain.

 

26.  De la même manière, un pâtissier français qui désirerait investir le premier marché économique mondial doit prouver à cette même entité que sa production ne contient pas un gramme de sucre cubain.

 

27.  Ainsi, le caractère extraterritorial des sanctions limite fortement le commerce international de Cuba avec le reste du monde.

 

28.  Parfois, l’application de ces sanctions prend une tournure moins rationnelle. Ainsi, tout touriste étasunien qui consommerait un cigare cubain ou un verre de rhum Havana Club lors d’un voyage à l’étranger, en France, au Brésil ou au Japon, risque une amende d’un million de dollars et dix années de prison.

 

29.  Le Département du Trésor est clair à ce sujet : « On se demande souvent si les citoyens américains peuvent légalement acquérir des biens cubains, y compris du tabac ou des boissons alcoolisées, dans un pays tiers pour leur consommation personnelle en dehors des Etats-Unis. La réponse est non ».

ment pas manger un hamburger à Mc Donald’s.

 

31.  Les sanctions économiques ont un impact dramatique dans le domaine de la santé. En effet, près de 80% des brevets déposés dans le secteur médical sont du fait des multinationales pharmaceutiques étasuniennes et de leurs filiales, et Cuba ne peut pas y avoir accès. Le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies souligne que « les restrictions imposées par l’embargo ont contribué à priver Cuba d’un accès vital aux médicaments, aux nouvelles technologies médicales et scientifiques ».

 

32.  Le 3 février 2006, une délégation de seize fonctionnaires cubains, réunie avec un groupe de chefs d’entreprise étasuniens, a été expulsée de l’hôtel Sheraton María Isabel de la capitale mexicaine, en violation de la loi mexicaine qui interdit tout type de discrimination en raison de l’origine ou de la race.

 

33.  En 2006, l’entreprise japonaise Nikon a refusé de remettre le premier prix – un appareil photographique – à Raysel Sosa Rojas, un jeune garçon de 13 ans souffrant d’hémophilie héréditaire incurable qui avait remporté le XVe concours international de dessin d’enfant du Programme des Nations unies pour l’environnement. La multinationale nippone a expliqué que l’appareil numérique ne pouvait être remis au jeune Cubain car il contenait des composants étasuniens.

 

34.  En 2007, la banque autrichienne Bawag, rachetée par un fond étasunien, a fermé tous les comptes tenus par près d’une centaine de clients d’origine cubaine résidant dans la république alpine, appliquant ainsi de manière extraterritoriale la législation étasunienne dans un pays tiers.

 

35.  En 2007, la banque Barclays a ordonné à ses filiales de Londres de fermer les comptes de deux entreprises cubaines : Havana International Bank et Cubanacán, suite aux pressions exercées par le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (Office of Foreign Assets Control, OFAC) du Département du Trésor.

 

36.  En juillet 2007, la compagnie aérienne espagnole Hola Airlines, qui disposait d’un contrat avec le gouvernement cubain pour transporter les patients atteints de maladies oculaires dans le cadre de l’Opération Milagro, a dû mettre un terme à ses relations avec Cuba. En effet, lorsqu’elle a sollicité le fabricant étasunien Boeing pour effectuer des réparations sur un appareil, ce dernier a exigé comme condition préalable que Hola Airlines rompe ses relations avec l’île des Caraïbes, précisant que la directive émanait du gouvernement des États-Unis.

 

37.  Le 16 décembre 2009, le Crédit Suisse a reçu une amende de 536 millions de dollars de la part du Département du Trésor pour avoir effectué des transactions financières en dollars avec Cuba.

 

38.  En juin 2012, la Banque néerlandaise ING s’est vue infliger la plus importante sanction jamais dictée depuis le début de l’état de siège économique contre Cuba. Le Bureau de contrôle des biens étrangers (OFAC) du Département du Trésor a sanctionné l’institution financière d’une amende de 619 millions de dollars pour avoir effectué, entre autres, des transactions en dollars avec Cuba, à travers le système financier étasunien.

 

39.  Les touristes étasuniens peuvent se rendre en voyage en Chine, principal rival économique et politique des Etats-Unis, au Vietnam, pays contre lequel Washington a été plus de quinze ans en guerre, ou en Corée du Nord, qui possède l’arme nucléaire et qui menace d’en faire usage, mais pas à Cuba qui, dans son histoire, n’a jamais attaqué les Etats-Unis.

 

40.  Tout citoyen étasunien qui violerait cette interdiction risque une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison et 1 million de dollars d’amende.

 

41.  Suite aux sollicitations de Max Baucus, sénateur du Montana, le Département du Trésor a informé avoir réalisé, entre 1990 et 2004, quatre-vingt treize investigations en rapport avec le terrorisme international. Dans le même temps, il en a effectué 10 683 « pour empêcher les Nord-américains d’exercer leur droit de voyager à Cuba ».

 

42.  Dans un rapport, le Bureau de responsabilité gouvernementale des États-Unis (United States Government Accountability Office – GAO) note que les services douaniers(Customs and Border Protection – CBP) de Miami ont réalisé des inspections« secondaires » sur 20% des passagers en provenance de Cuba afin de vérifier que ces derniers n’importaient pas de cigares, de l’alcool ou des produits pharmaceutiques de l’île. En revanche, la moyenne a été de 3% seulement pour les autres voyageurs. Selon le GAO, cette focalisation sur Cuba « réduit l’aptitude des services douaniers à mener sa mission qui consiste à empêcher les terroristes, les criminels et les autres étrangers indésirables d’entrer dans le pays ».

 

43.  Les anciens présidents James Carter et William Clinton ont exprimé à plusieurs reprises leur opposition à la politique de Washington. « Je n’ai eu de cesse de demander à la fois publiquement et en privé la fin de notre blocus économique contre le peuple cubain, la levée toutes les restrictions financières, commerciales et de voyage », a déclaré Carter après son second voyage à Cuba en mars 2011. Pour Clinton, la politique de sanctions « absurde » s’est soldée par un « échec total ».

 

44.  La Chambre de commerce des États-Unis, représentant le monde des affaires et les plus importantes multinationales du pays, a également fait part de son opposition au maintien des sanctions économiques.

45.  Le New York Times a condamné « un anachronisme de la guerre froide ».

 

46.  Le Washington Post, pourtant d’obédience conservatrice, se montre le plus virulent à l’égard de la politique cubaine de Washington : « La politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba est un échec […]. Rien n’a changé, excepté le fait que notre embargo nous rend plus ridicule et impuissant que jamais ».

 

47.  L’opinion publique étasunienne est également majoritairement favorable à une normalisation des relations entre Washington et La Havane. Selon un sondage réalisé par CNN le 10 avril 2009, 64% des citoyens étasuniens s’opposent aux sanctions économiques contre Cuba.

 

48.  Selon l’entreprise Orbitz Worldwide, l’une des deux plus importantes agences de voyages sur Internet, 67% des habitants des États-Unis souhaitent se rendre en vacances à Cuba et 72% pensent que « le tourisme à Cuba aurait un impact positif sur la vie quotidienne du peuple cubain ».

 

49.  Plus de 70% des Cubains sont nés sous cet état de siège économique.

 

50.  En 2012, lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, 188 pays sur 192 ont condamné pour la 21ème fois consécutive les sanctions économiques imposées à Cuba.

 

Salim Lamrani  docteur es Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

 

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

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