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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 16:53

 

Lettre ouverte au syndicat de la magistrature par Charles Hoareau

http://www.rougemidi.org/spip.php?article7784

 

Chers amis


Permettez-moi cette familiarité pour avoir participé à quelques combats communs, avoir eu l’honneur d’être invité à vos congrès et être abonné à votre revue J’essaime).


J’ai pour une fois un reproche à vous faire au sujet de votre mur des cons : il n’est pas à jour !


En effet je doute fort que depuis hier vous ayez eu le temps de rajouter sur le tableau blanc de bureau devenu le plus célèbre de France, toutes les photos de tous les méritants qui s’expriment doctement sur le grave sujet de société qu’il constitue et qui préoccupe tant de chômeurs dont nous apprenons aujourd’hui que leur nombre bat des records sans que cela ne soulève de colère de la part des mêmes.


Si je peux me permettre un conseil bien que n’étant pas un spécialiste, dépêchez-vous d’enrichir votre galerie de portraits avec quelques-uns de ceux qui nous assomment avec ce qui est présenté comme la nouvelle du jour au point que même une ministre (curieusement celle de la justice alors qu’à faire parler un ministre il eut été plus judicieux de faire parler celui des arts photographiques ou celui de la connerie humaine) s’est cru obligée de dire son avis sur une œuvre d’art qu’elle n’a peut-être même pas vue en vrai.


Rajoutez s’il vous plait, ce chroniqueur du Figaro qui s’affole et parle « d’une liste de personnes à abattre », qui dit que le juge qui a mis Sarkozy en examen n’est pas impartial puisqu’il a signé une pétition.


Rajoutez s’il vous plait toutes celles et ceux qui depuis hier parlent de magistrats politisés (les autres, ceux qui ne sont pas au SM doivent être politiquement corrects ou pas politisés du tout et donc voter à droite si j’ai bien compris le discours et les écrits de nos aspirants cons).


Rajoutez celles et ceux qui nous parlent d’impartialité des juges et qui « oublient » l’arsenal judiciaire qui permet de condamner à la prison un voleur de mobylette et laisse libres les protagonistes de la caisse noire de l’UIMM.


Rajoutez les complices de l’affaire ADOMA, Société nationale d’économie mixte, où se mêlent des financements publics allant du Conseil Général 13 à l’Etat et qui ont de fait obligé 40 salariés mis à la porte au sens littéral du terme et en toute illégalité, à saisir la justice plus d’une 20aine de fois sans avoir obtenu le moindre début de réparation à ce jour.


Rajoutez celles et ceux qui n’ont jamais rien dit quand des employeurs s’assoient délibérément sur des décisions de justice comme à Mac Do Marseille où depuis 6 ans des délégués CGT se battent pour une réintégration pourtant ordonnée par la justice de la première instance jusqu’à la cour de cassation.


Rajoutez s’il vous plait tous les impunis des accidents du travail si souvent mortels, les coupables du scandale de l’amiante qui dans chaque procédure nient leurs responsabilités et font tout pour échapper à la 

justice.


Rajoutez celles et ceux, et donc pas seulement les journalistes mais les ministres qui nous gouvernent qui ne disent rien à UNILEVER dont le PSE à FRALIB a été annulé et qui refuse délibérément d’appliquer la décision de justice.


Rajouter aussi celles et ceux qui ne veulent pas voter la (timide) loi d’amnistie sociale trahissant une fois de plus les syndicalistes qui se battent pour leur emploi (et je ne parle même pas des des mêmes qui ont voté l’ANI et ses dispositions qui renforcent l’impunité de la délinquance patronale).

Rajoutez, s’il vous plait celles et ceux qui « oublient » que 200 ans après La Fontaine les animaux sont toujours malades de la peste capitaliste et que selon qu’ils soient puissants ou misérables la justice de classe les rend blancs ou noirs.


Si je repasse par vos locaux je me ferai un plaisir de rajouter des photos si certaines vous manquent.

 

                                                                                                                                le 26 avril 2013


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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 08:27

 

De L'enfumage, par Emmanuel Todd (vidéo)

 


  Emmanuel Todd  publié avec Hervé le Bras ont écrit "Le Mystère français" (Editions du Seuil)un un ouvrage  très critiquevis à vis de la classe politique et de sa politique européenne

La France ne se sent pas bien. Pour comprendre son mal, nous l’avons passée au scanner de la cartographie la plus moderne. Cent vingt cartes permettent d’observer, renaissant sans cesse, la diversité des mœurs françaises.

 

Entre 1980 et 2010, une mémoire des lieux a bizarrement guidé, dans l’Hexagone, une transformation sociale accélérée. Ascension éducative, émancipation des femmes, bouleversement du mariage, fécondité, crise industrielle, immigration, mutation des classes sociales, inégalités, chômage, problèmes scolaires, métamorphose politique : tous les changements respectent, retrouvent ou revivifient des espaces anthropologiques et religieux anciens. Leur examen permet un diagnostic : notre pays souffre d’un déséquilibre nouveau entre les espaces anthropologiques et religieux qui le constituent. Son cœur libéral et égalitaire, qui fit la Révolution française, est affaibli. Sa périphérie, autrefois fidèle à l’idéal de hiérarchie, et souvent de tradition catholique, est désormais dominante. Nos dirigeants, parce qu’ils ignorent tout du mode de fonctionnement profond de leur propre pays, aggravent sa condition par des politiques inadaptées.



Hervé Le Bras est démographe et historien. Parmi ses ouvrages : The Nature of Demography (Princeton University Press, 2008), Naissance de la mortalité (Gallimard-Le Seuil, 2000), Le Sol et le Sang (L'Aube, 2006).

 

Emmanuel Todd est historien et anthropologue. Il a notamment publié L'Illusion économique (Gallimard, 1998), Après la démocratie (Gallimard, 2008) et L’Origine des systèmes familiaux (Gallimard, 2011).

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 08:43

 

Qui doit payer ? Ou les limites du Projet Peillon

 

 

Le tableau ci après reprend les chiffres du projet de refondation Peillon (page 31), les termes ont été légèrement modifiés pour une interprétation  plus rapide pour gens pressés. Le document a également  inspiré les quelques commentaires qui accompagnent le tableau. Le projet de loi  peut être consulté dans son intégralité à l’adresse suivante : http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers_joints/texte_du_projet_de_loi.pdf

 

Création d’emplois sur 5 ans (prévisions)


Réforme de la formation initiale

27000

                                                       Dont                      Enseignants stagiaires

                                                                     Enseignants titulaires formateurs

26000

  1000

Enseignants titulaires   premier et second degrés                                                                 

21000

                                               Dont      Premiers degré public et privé¹

                                                                                                          pour                                    

                                             Scolarisation des enfants de moins de 3 ans

 Renforcement de l’encadrement pédagogique dans les zones difficiles

                            Amélioration de l’équité territoriale inter académique

14000

 

  3000

  7000

  4000

                                                Dont      Second degré (public et privé)

                                                                                                          pour

 Collèges en difficulté et lycées professionnels: lutte contre le décrochage

                           Amélioration de l’équité  territoriale inter académique     

  7 000

 

  4 000

  3000

Accompagnement des élèves en situation de handicap, CPE, personnels

administratifs, médico-sociaux, vie scolaire

  6000

 Total                                   

 54000

 

 

 

 

 

 Au-delà de l’effet d’annonce et des retombées liées à la formation des professeurs des écoles dont il sera possible de vérifier l’impact ultérieurement il ressort, y compris du texte du projet de loi, que les écoles primaires et maternelles hors ZUP et zones les plus difficiles, ne verront guère leur situation s’améliorer.

 

Des 14000 emplois créés, sur un mandat de 5 ans si les promesses sont tenues, il faut déjà en défalquer 1200 destinés à faire face à l’accroissement prévus des effectifs scolaires (30 000 élèves à 25 par classe = 1200).

 

Par ailleurs il est prévu:

  • Que les moyens destinés à l’accueil des enfants de moins de 3 ans (600 postes par an sur le quinquennat) soient déployés en priorité, ce qui est logique,  dans les zones d’éducation prioritaire ou dans les territoires ruraux isolés les moins bien pourvus, ainsi que dans les départements et régions d'outre-mer.
  • Que les titulaires des 7000 postes dits de l’objectif « plus de maître que de classes » (1400 par an) aillent dans les secteurs reconnus les plus fragiles.
  • Il est prévu une évolution des pratiques pédagogiques, via notamment, l’objectif du « plus de maîtres que de classes ». 7 000 postes nouveaux permettront, dans les secteurs les plus fragiles, de renforcer l’encadrement et ainsi d’accompagner des organisations pédagogiques innovantes, au service d’une amélioration significative des résultats scolaires. Quant au  2800 postes restants (4000 moins les 1200 prévus pour pallier l’évolutions démographique) ils serviront à des  rééquilibrage  territoriaux et à améliorer le remplacement  dans les zones ayant le plus souffert (doux euphémisme) des suppressions d’emplois effectuées ces 5 dernières années.

Dans ces conditions il est à craindre que Villiers sur Orge en soit réduit à la portion congrue, le contribuable local condamné à faire les frais d’une réforme qui apparaît de plus en plus comme un transfert de charges, sans compensation, qu’on peut évaluer à minima à l’équivalent de deux à trois emplois temps plein sans oublier les aides supplémentaire à destination de la vie associative contrainte elle aussi de s’adapter. Dans les conditions actuelles d’austérité aggravée, les parents seront eux aussi sollicités avec l’augmentation prévisible  du coût des prestations servies par la commune, restauration scolaire, CLSH…

 

Bien fol est qui, à priori, pourrait se prévaloir du contraire à un an à peine des prochaines municipales à moins de sacrifier le patrimoine de la commune.

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 15:39
Entretien de Silvia cattori avec Mahdi Darius Nazemroaya

relayé , dimanche 31 mars 2013, par Comité Valmy

 

 

Apprécié pour la rigueur et la justesse de ses analyses le sociologue canadien Mahdi Darius Nazemroaya (*), 30 ans, s’est imposé comme un des meilleurs connaisseurs de l’OTAN. Ses investigations, traduites en de nombreuses langues, ont acquis une audience internationale et son ouvrage « The globalisation of NATO » [« La mondialisation de l’OTAN »] fait aujourd’hui référence.

 

19 mars 2013

En 400 pages denses, fascinantes, préoccupantes, il nous fait prendre la mesure de la menace que l’OTAN fait peser sur la paix du monde et l’avenir de nombreux peuples. Il nous fait également prendre conscience de l’urgence qu’il y aurait à obtenir la dissolution de cette dangereuse organisation.


Silvia Cattori : Dans votre remarquable ouvrage vous mettez en lumière les stratégies mises en place par l’OTAN pour étendre son emprise militaire dans le monde. J’aimerais vous demander ce qui vous a motivé à consacrer tant d’énergie à un sujet aussi ardu et exigeant. Comment en êtes-vous venu à considérer que l’analyse du rôle de l’OTAN et des stratégies qu’elle a mises en place était une tâche absolument essentielle ?

 

Mahdi Darius Nazemroaya : Les graines de ce livre ont été semées en 2007. J’avais alors rédigé un petit manuscrit mettant en relation les guerres en Afghanistan et en Irak (qui avaient fait suite aux tragiques évènements du 11 septembre 2001) avec l’expansion de l’OTAN, le projet de bouclier antimissiles états-unien - que je décrivais comme s’étant finalement couvert du manteau d’un projet de l’OTAN, - et le concept de ce que les néoconservateurs et leurs alliés sionistes appellent « destruction créative » pour redessiner la restructuration des pays du Moyen-Orient, et l’encerclement aussi bien de la Chine que de la Russie.

J’ai toujours considéré que tous les évènements négatifs auxquels le monde est confronté étaient les éléments d’un ensemble ; ou de ce que le savant et révolutionnaire hongrois György Lukács a appelé « totalité fragmentée ». Les guerres en « série », l’accroissement des lois de sécurité, la guerre contre le terrorisme, les réformes économiques néolibérales, les « révolutions colorées » dans l’espace post-soviétique, la diabolisation de différentes sociétés par les médias, l’élargissement de l’OTAN et de l’Union Européenne, et les fausses accusations au sujet d’un programme d’armement nucléaire iranien font partie d’un tout. Un de mes articles publié en 2007 [1], posait également les principales bases de cette feuille de route et reliait tous les éléments de la guerre perpétuelle à laquelle nous assistons.

J’ai écrit ce livre parce que je pensais que c’était un sujet très important. J’ai lu la plupart des textes de l’abondante littérature concernant l’OTAN et aucun n’examine l’OTAN dans la perspective critique où je me place. De même qu’aucun ne relie l’OTAN de manière pertinente à une « vue d’ensemble » des relations internationales. Un chercheur de l’Université Carleton m’a dit que mon livre était comme une Bible des relations internationales et de tous ses sujets importants. Je vois moi aussi mon livre sur l’OTAN de cette manière.

Ma principale motivation pour écrire ce livre était d’amener les lecteurs à prendre conscience de la nature impérialiste des conflits internationaux modernes et de les aider à en voir la « totalité » au lieu de ses éléments « fragmentés ». Quand vous voyez l’ensemble, vous êtes en mesure de prendre de meilleures décisions. Je pense avoir donné de l’OTAN une évaluation correcte. Dans sa bibliothèque à Bruxelles il y a un exemplaire de mon livre. C’est l’OTAN elle-même qui a annoncé son acquisition comme l’une des ressources de sa bibliothèque, en novembre 2012. Ce livre est ma contribution, en tant que chercheur, pour essayer de permettre aux lecteurs de prendre des décisions en connaissance de cause en voyant au-delà des effets de miroirs et des éléments fragmentés du tableau.

Aujourd’hui dans le monde, les gens sont de façon générale plus instruits. Mais malheureusement l’ignorance se répand en ce qui concerne les relations de pouvoir et ce qui se passe dans ce domaine au niveau mondial. Nous entrons dans une ère trompeuse de l’histoire où beaucoup de gens à travers le monde sentent de plus en plus qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’être des spectateurs impuissants, réduits à n’être que des particules, des rouages, ou des extensions d’une immense machine invisible sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.

Les scénarios du livre de George Orwell « 1984 » se sont pour l’essentiel réalisés. Les gens sont devenus étrangers à leur monde et gouvernés de plus en plus par cette machine capitaliste invisible qui travaille à détruire toutes sortes de façons alternatives de vivre ou de penser ; l’ordre qui s’impose aujourd’hui à nous est comme un resserrement de la « cage d’acier » de Max Weber [2] qui réduit de plus en plus notre indépendance et nos mouvements.

La plupart des gens regardent maintenant les nouvelles et la télévision passivement. Ils essaient de se distraire de la réalité ; ils tentent d’engourdir leur conscience et de vivre dans un faux état de bonheur qui leur permet d’ignorer la réalité et les misères du monde. Collectivement, nos esprits ont été colonisés, on leur a fait croire à un faux ordre des choses. L’humanité est en train d’être de plus en plus déshumanisée. Peut-être que j’ai l’air hégélien, mais les gens deviennent étrangers à eux-mêmes. Ils deviennent aussi étrangers aux capacités de leur propre esprit et aux talents dont ils ont été dotés. Mais la vérité est que nous ne sommes pas séparés des évènements et des processus qui façonnent ce monde. Nous ne devrions pas devenir les esclaves des objets ou des structures de notre propre fabrication, que ce soit le capitalisme ou les structures politiques. Nous ne devons pas devenir de simples spectateurs de notre parcours de vie.

L’hégémonie est un processus continu de leadership, de contrôle, et d’influence qui implique à la fois la contrainte et le consentement. Mais son emprise n’est jamais totale et elle peut toujours être combattue. Nous voyons des défis à l’hégémonie dans la construction de blocs historiques qui affrontent les centres de pouvoir impérialistes et capitalistes. Le Mouvement bolivarien d’Hugo Chávez et l’ALBA sont des exemples réussis d’une contestation de l’hégémonie traditionnelle des élites compradores qui gouvernent la région au bénéfice de forces extérieures.

Silvia Cattori : Un grand chapitre passionnant et troublant de votre livre est consacré à l’Afrique. L’entrée en guerre de la France au Mali n’a pas dû être une surprise pour vous. La déstabilisation de ce pays affaibli, engendrée par l’intervention de la France en Libye, n’ouvre-t-elle pas une grave crise dans tous les pays du Sahel, de l’Atlantique à la Mer rouge ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Dès le début j’ai soutenu que la division du Soudan, l’intervention française en Côte d’Ivoire soutenue par les États-Unis, et la guerre de l’OTAN en Libye, faisaient partie d’une deuxième « ruée vers l’Afrique ». J’ai expliqué que la guerre en Libye visait à déstabiliser d’autres parties de l’Afrique et aurait un effet d’entraînement sur une large partie de ce continent incluant des pays comme le Niger et le Mali.

Dans mon livre, j’ai examiné le Sahel qui est constitué par les terres intérieures de l’Algérie, du Niger, de la Libye, et du Mali. La guerre de l’OTAN contre la Libye a déclenché une réaction en chaîne, comme une démolition contrôlée, que les États-Unis et leurs alliés utilisent pour contrôler une vaste portion de l’Afrique et de ses ressources. Comme la première « ruée vers l’Afrique » qui a été déclenchée par une crise économique dans les pays industrialisés de l’Europe occidentale, ces évènements concernent en fait le contrôle des ressources. Alors que les États-Unis s’impliquaient davantage en Afrique, son gouvernement et le Pentagone se sont mis à parler de plus en plus de l’expansion des facilités dont disposait Al-Qaïda en Afrique et de la manière dont l’armée américaine et ses alliés devaient combattre cette organisation en augmentant leur présence sur le continent africain. En fait, les États-Unis ont constitué en 2011 un budget pour l’actuelle guerre au Mali sous le couvert de la lutte contre Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest. Des intérêts stratégiques comme l’obsession grandissante des États-Unis pour le Golfe de Guinée et l’approvisionnement en pétrole en Afrique de l’Ouest sont occultés dans un récit qui nous parle de la lutte contre les groupes terroristes rangés sous le label d’Al-Qaïda. Nous savons d’expérience que l’Empire américain a en fait travaillé avec ces groupes, aussi bien en Libye qu’en Syrie. Et que l’on cherche à pousser hors d’Afrique la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, et d’autres rivaux économiques du bloc occidental, mais on n’en parle pratiquement pas. En lieu et place, on déguise les intérêts des États-Unis et des ses alliés de l’OTAN comme la France, en objectifs altruistes visant à aider des États faibles.

Pour en revenir au Mali. Je n’ai pas été surpris quand le Président François Hollande et son gouvernement ont ordonné aux soldats français d’envahir ce pays. Aussi bien la France que les États-Unis sont très au fait des réserves de gaz et de pétrole au Mali, au Niger, et dans l’ensemble du Sahel. Mon livre traite de ces points et de la création par le gouvernement français, en 1945, d’un Bureau de recherches pétrolières dans le but d’extraire le pétrole et le gaz de cette région. Quelques années plus tard, en 1953, Paris a délivré des licences d’exploitation à quatre compagnies françaises en Afrique. En raison de ses craintes, à la fois des empiétements américains et des demandes africaines d’indépendance, Paris a créé l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) pour maintenir son contrôle sur les parties riches en ressources de ses territoires africains qui possèdent du pétrole, du gaz, et de l’uranium. L’uranium a été important pour garantir l’indépendance de la France vis-à-vis de Washington par la création d’une force de dissuasion nucléaire stratégique, en riposte au monopole anglo-américain.

Ce n’est donc pas un hasard si les zones du Sahel que les États-Unis et ses alliés ont désignées comme faisant partie de la zone où Al-Qaïda et les terroristes sont situés correspondent à peu près aux frontières de l’OCRS, riche en énergie et en uranium. En 2002, le Pentagone a commencé d’importantes opérations visant à contrôler l’Afrique de l’Ouest. Cela a eu lieu sous la forme de l’Initiative Pan-Sahel, qui a été lancée par l’US European Command (EUCOM) et l’US Central Command (CENTCOM). Sous la bannière de ce projet de l’armée américaine, le Pentagone a formé des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, et du Niger. Les plans visant à établir l’Initiative Pan-Sahel remontent toutefois à 2001, lorsque l’Initiative pour l’Afrique a été lancée à la suite des attentats du 11 septembre. Sur la base de l’Initiative Pan-Sahel, la Trans-Saharan Counter-terrorism Initiative (TSCTI) a été lancée en 2005 par le Pentagone sous le commandement du CENTCOM. Le Mali, le Tchad, la Mauritanie, et le Niger ont été rejoints par l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, et la Tunisie. La TSCTI a été transférée en 2008 au commandement de l’AFRICOM récemment activé. Il faut relever que le capitaine Amadou Sanogo, le leader du coup d’État militaire qui a eu lieu au Mali le 21 mars 2012, est l’un des officiers maliens qui ont été formés dans le cadre de ces programmes américains en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du coup d’État de 2012 au Mali montre qu’il s’agit d’un acte criminel. Le coup d’État militaire a renversé le Président Amadou Toumani Touré sous prétexte qu’il ne pouvait pas restaurer l’autorité malienne sur le nord du pays. Le Président Amadou était sur le point de quitter son poste et n’avait pas l’intention de rester dans la vie politique, et les élections allaient avoir lieu dans moins de deux mois. Ce coup d’État a essentiellement empêché une élection démocratique d’avoir lieu et l’action du capitaine Sanogo a mis fin au processus démocratique au Mali et a déstabilisé le pays. Sa nouvelle dictature militaire a été reconnue par l’OTAN et par le gouvernement installé en Côte d’Ivoire par les Français. Les États-Unis ont continué à financer le gouvernement militaire du Mali et des délégations militaires et civiles des États-Unis et d’Europe occidentale ont rencontré le régime militaire de Sanogo. Peu après, la France a déclaré qu’elle avait le droit d’intervenir en Afrique partout où ses citoyens et ses intérêts étaient menacés. C’était autant de préliminaires.

Les armes qui sont utilisées au Mali et au Niger aussi bien par les groupes terroristes que par les tribus touaregs sont liées aux actions de l’OTAN en Libye. Plus précisément ces armes viennent des arsenaux libyens pillés, et des armes envoyées en Libye par les Français, les Anglais et les Qataris. L’OTAN a eu un rôle direct dans ce domaine et l’on sait que les Français ont soudoyé les groupes touaregs et ont contribué à les armer et à les financer durant la guerre contre la Libye. Du reste, en Afrique, les Français ont toujours manipulé les Touaregs et les Berbères contre d’autres groupes ethniques à des fins coloniales.

Par ailleurs, les tensions entre le Soudan et le Sud-Soudan sont attisées. La région soudanaise du Darfour et la Somalie sont toujours des points chauds. Tout cela fait partie d’un arc africain de crise qui est utilisé pour restructurer l’Afrique et l’englober dans les frontières du bloc occidental.

Silvia Cattori : Quand sous l’impulsion du président Sarkozy, après 33 ans de retrait, la France est revenue dans le commandement militaire de l’OTAN, il n’y a eu aucune protestation. N’est-ce pas le signe que les citoyens ignorent, que cette organisation menace l’humanité et que l’appartenance de leur pays à l’OTAN implique sa subordination à la politique étrangère belliciste de Washington et la perte de sa souveraineté ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Je pense que ce que le Président Sarkozy a fait en réintégrant la France dans le commandement militaire de l’OTAN est largement le reflet d’un consensus au sein de la classe politique française. Je sais qu’à Paris de nombreuses voix politiques l’ont critiqué, mais si au sein de la classe politique française l’opposition avait été intransigeante, elle aurait pu faire beaucoup plus que parler. Aujourd’hui, les membres de l’establishment politique français, aussi bien à « gauche » qu’à « droite », se battent entre eux pour savoir qui va le mieux servir les centres impérialistes et capitalistes à Washington et à New York. L’establishment politique français ne fait pas cela parce qu’il est particulièrement pro-américain, mais parce qu’il est au service du système mondial corrompu qui sert lui-même le capitalisme global dont le centre en voie d’affaiblissement est aux États-Unis. Ainsi, nous avons aussi besoin de réévaluer ce qu’est l’anti-américanisme, ou d’où proviennent et ce que représentent en fait les sentiments anti-américains.

De larges segments de l’élite de l’Europe occidentale sont au service de ce système mondial parce que leurs propres intérêts y sont investis et y sont liés. Comme les États-Unis sont en voie d’affaiblissement et en lutte pour maintenir leur primauté mondiale en tant que centre du capitalisme, de la régulation et de l’accumulation capitaliste, ils vont de plus en plus déléguer leurs missions impériales à des pays comme la France. On verra également davantage de compromis entre les États-Unis et des pays alliés comme la France et l’Allemagne. Il s’agit là d’une décentralisation dialectique du pouvoir des États-Unis visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. Il faut noter que ce système capitaliste mondial est fragmenté en blocs, raison pour laquelle nous voyons des rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

De façon générale, la majorité des citoyens dans de nombreuses sociétés sont de plus en plus passifs vis-à-vis des décisions de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. C’est le reflet d’un sentiment croissant d’aliénation, de détachement et d’impuissance qui a transformé les êtres humains en marchandises et en objets. Cela fait partie du resserrement de la « cage d’acier » dont je parlais plus haut, en termes weberiens.

Silvia Cattori : La France a été au commencement, avec le Qatar, le principal « parrain » de la déstabilisation de la Syrie [3]. La Chine et la Russie ont empêché par leurs vétos l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité qui aurait autorisé une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été le cas en Libye. Mais on peut se demander si les pays de l’OTAN et leurs alliés arabes ne sont pas en train de réaliser leur plan de déstabilisation de la Syrie par d’autres voies ? Et pensez-vous que la Chine et la Russie pourront durablement contenir l’OTAN tant que les pays émergents n’auront pas leur mot à dire et les moyens d’imposer un véritable multilatéralisme au Conseil de sécurité ?

Mahdi Darius Nazemroaya : En premier lieu, il faut voir que les évènements en Syrie font partie d’une guerre par procuration menée par les États-Unis, l’OTAN, Israël et les dictatures arabes (comme l’Arabie Saoudite), contre la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés. Deuxièmement, quand on considère les évènements en Syrie d’un point de vue international, on devrait penser à la Guerre civile espagnole qui a éclaté avant la Deuxième guerre mondiale. De même, on peut considérer les évènements en Libye et en Afrique, et peut-être les invasions antérieures de l’Afghanistan et de l’Irak, en pensant à l’invasion de la Chine par le Japon ou l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne avant la Deuxième guerre mondiale. Cela ne signifie pas que la Syrie ou ces évènements soient nécessairement le prélude à une Troisième guerre mondiale, mais ils ont le potentiel d’allumer un vaste incendie au niveau mondial — à moins que l’on ne pense que tous ces évènements font déjà partie de la Troisième guerre mondiale.

Les thèses de Giovanni Arrighi sur les cycles systématiques d’accumulation dans le « système-monde » peuvent nous aider à trouver une base de réflexion. Son travail est important parce que nous pouvons l’utiliser pour lier entre eux, de la Syrie à l’Afrique, les éléments dont nous parlions en termes de « totalité fragmentée » constituant le système mondial. Les cycles d’accumulation étudiés par Arrighi se rapportent à des périodes de temps qui s’étendent sur une centaine d’année ou plus, durant lesquelles le centre du capitalisme dans le système mondial se situe dans un lieu géographique ou un pays donné. Ses thèses sont fortement influencées par les travaux du savant français Fernand Braudel sur l’expansion du capitalisme. Pour Arrighi ces centres d’accumulation ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial en expansion. À la dernière étape de chaque cycle, les capitalistes déplacent leurs capitaux de ces centres dans d’autres endroits et finalement dans le nouveau centre capitaliste qui a émergé. Ainsi, chronologiquement, le pouvoir hégémonique du système mondial a été transféré de la ville-État italienne de Gênes aux Pays-Bas, puis en Grande Bretagne et, finalement, aux États-Unis. Le déplacement géographique du centre du système mondial se produit au cours d’une période de crise, au moins pour les anciens centre capitalistes, et dans un court laps de temps. Nous en arrivons aujourd’hui à la Chine. Ce qui se passe est que le centre du capital est sur le point de sortir des États-Unis. Si l’on suit la tendance soulignée par Arrighi, alors le prochain centre d’accumulation capitaliste du système mondial sera la Chine. Toutefois d’autres scénarios ne sont pas à écarter, comme une direction globale de toutes les principales puissances capitalistes. En me référant aux travaux d’Arighi, je veux dire ici que nous avons affaire à un système capitaliste mondial qui inclut la Chine et la Russie. Ni les États-Unis ni la Chine ni la Russie ne veulent perturber ce système. Ils sont en compétition pour en devenir le centre d’accumulation capitaliste. C’est pourquoi aucune des parties ne veut une guerre directe. C’est pourquoi les Chinois n’ont pas utilisé la dette étrangère américaine pour dévaster l’économie des États-Unis ; la Chine souhaite voir un transfert ordonné du centre d’accumulation depuis les États-Unis.

La Chine et la Russie ne changeront pas leurs politiques et leurs positions sur la Syrie ou l’Iran, mais elles veulent éviter une guerre qui perturbe le système capitaliste mondial. Bien sûr, les États-Unis essaient de maintenir leur position en tant que centre du système mondial, par la force brute, ou en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes, comme au Mali et en Libye.

Silvia Cattori : Vous consacrez un long chapitre (p 67 à 113) à l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs ce à quoi cette guerre, qui a démembré un pays et généré tant de souffrances, devait aboutir ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Le démantèlement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie a été une étape importante pour ouvrir les portes d’une expansion vers l’Est de l’OTAN et de l’Union Européenne. Il a ouvert la route pour la marche vers les frontières de la Russie et de l’ex-Union soviétique. L’ex-Yougoslavie était aussi un obstacle majeur vis-à-vis du projet euro-atlantique de l’OTAN et de l’UE en Europe. En outre, la guerre de l’OTAN en Yougoslavie a permis de préparer la logistique des guerres en Afghanistan et en Irak.

Silvia Cattori : Denis J.Halliday [4] écrit dans la préface de votre ouvrage : « L’OTAN n’amène que la destruction, la pauvreté, l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie ». Quand on sait qu’il n’y a aucun mouvement qui s’oppose à la guerre, que des ONG comme Amnesty, HRW, MSF, MDM, prennent le parti de l’ingérence militaire des grandes puissances, comme on l’a vu en ex-Yougoslavie, au Soudan, en Libye, en Syrie, que peut-on suggérer à toute une jeunesse en quête de justice et désireuse d’agir pour un monde meilleur ? Que peuvent faire concrètement les peuples européens contre la machine destructrice de l’OTAN ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Comme je l’ai dit, nous en sommes arrivés à la situation décrite par George Orwell dans son roman “1984”. Amnesty International, Human Rights Watch, et une grande partie des ONG de l’industrie humanitaire sont des outils de l’impérialisme pratiquant les deux poids deux mesures. Les organisations d’aide étrangère sont profondément politiques et politisées. Cela ne signifie pas que tous leurs employés soient de mauvaises gens qui ne veulent pas aider le monde. Bon nombre de leurs employés et des bénévoles sont des gens estimables ; ils ne comprennent pas tous les faits et ils ont de bonnes intentions. Ces gens ont été trompés ou aveuglés par la pensée de groupe institutionnelle. Leurs esprits devraient être débarrassés de tous les préjugés et de la désinformation dont ils ont été nourris ; une véritable tâche de dévouement.

Les citoyens des pays de l’OTAN doivent travailler à se positionner eux-mêmes pour informer leurs sociétés respectives sur l’OTAN et finalement les influencer pour qu’elles se retirent de cette organisation. Cela peut être fait de diverses manières. Mais cela commence par une compréhension de ce qu’est l’OTAN et une connaissance non censurée de son histoire.

Je ne suis pas une autorité morale ou un stratège. Se maintenir soi-même sur la bonne voie est déjà un défi assez difficile, je pense. Je n’ai aucun droit à pontifier sur la façon dont les gens devraient vivre. Je vais toutefois vous dire ce que je pense personnellement. À mon avis, le plus gros problème pour beaucoup de gens est qu’ils veulent changer le monde à une beaucoup trop grande échelle sans s’attaquer aux problèmes immédiats dans leurs propres vies. Je trouve que la meilleure manière de changer le monde est de commencer par de petits pas dans notre vie de tous les jours. Je parle ici d’ « échelle » et pas de « changement graduel » ou de « rythme ». Faire un monde meilleur commence par votre environnement immédiat. Le changement commence avec vous-même et ceux qui vous entourent, tout comme le devrait la charité. Imaginez si la plupart des gens faisaient cela ; le monde serait changé par petites étapes qui aboutiraient collectivement à un changement monumental. Rien de tout cela ne peut non plus se faire sans patience et détermination, et je souligne encore une fois qu’action et connaissance ne devraient pas être séparées. Je ne sais que dire de plus.

Silvia Cattori : En mettant ensemble les pièces du puzzle vous démontrez magistralement dans votre livre comment ces guerres en série, menées sous des prétextes humanitaires, s’inscrivent dans une stratégie de « destruction créative » conçue par « les néoconservateurs et leurs alliés sionistes », et comment – de la Yougoslavie, à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Libye – elles sont toutes liées. Des personnalités de premier plan, comme l’ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU Denis J. Halliday qui a préfacé votre ouvrage, vous donnent entièrement raison : l’OTAN est bel et bien le principal danger pour la paix du monde. Mais vous savez qu’en Europe, notamment dans les pays où, comme en France, les organisations juives ont une forte emprise sur les politiques et les médias, dénoncer la stratégie des néoconservateurs et de leur allié Israël [5], ou dénoncer les révolutions colorées suffit à vous faire cataloguer comme « théoricien du complot » et à vous écarter du débat. Que peut-on faire à votre avis pour modifier cette désespérante situation ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon expérience (au Canada) est différente. On ne m’a jamais qualifié de théoricien du complot. Je pense que la censure des médias et le mépris systématique sont des tactiques clés utilisées contre ceux qui remettent en question le récit dominant ou les opinions énoncées par les forces hégémoniques qui dominent la société. L’objectif visé en diabolisant des personnes ou des groupes sous le qualificatif de « théoriciens du complot » est de les discréditer et de les neutraliser. Cela se produit généralement quand ils ont beaucoup attiré l’attention et quand ils ont aussi quelques idées fausses qui peuvent être ridiculisées et liées à leurs positions. Néanmoins, ceux qui se voient qualifiés de théoriciens du complot ne devraient pas laisser cette accusation les dissuader de maintenir leurs positions et de continuer à s’adresser aux gens. Car la démoralisation fait partie de la tactique utilisée pour réprimer les points de vue et réflexions « dérangeantes ».

Les groupes et les lobbies sionistes ont une présence forte et disproportionnée dans le domaine politique et dans les médias de plusieurs pays, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas homogènes et qu’ils ne sont pas les seuls facteurs influents ; ils font partie d’un bloc d’intérêts pour qui il est important d’empêcher qu’un discours critique n’ébranle les forces hégémoniques qui dominent aujourd’hui la société. Et les lobbies sionistes ne sont pas tous liés à Israël. Il arrive qu’un groupe sioniste travaille à introduire et à imposer à Israël des projets externes. Les motivations de ces groupes ne sont pas toutes les mêmes, mais elles font partie du programme dominant qui s’est développé en ce que les renommés sociologues Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein ont appelé « système-monde » [ou « économie-monde »].

À mon humble avis, être entendu est la chose la plus importante. Internet et les réseaux sociaux ont contribué à ce processus. Je pense que, pour être entendu, il est également important de proposer des analyses rigoureuses et bien articulées. C’est une tâche difficile qui doit être accomplie, et qui fait partie d’un processus culturel plus large incluant l’éducation et la rééducation. Modifier les forces hégémoniques dominant la société ne peut se faire qu’en établissant de nouveaux courants de pensée pouvant contester leur hégémonie. La critique ne suffit pas non plus, une alternative et un meilleur programme doit être articulé et proposé. La critique en elle-même est inutile si l’on n’offre pas parallèlement un programme alternatif. Pensée et action doivent également être liées dans un processus pratique.

Silvia Cattori : Votre livre va-t-il être traduit en français ? A-t-il eu la couverture médiatique lui permettant de toucher un large public ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon livre devait être traduit en français en trois volumes par un éditeur en France, mais malheureusement l’accord a fait long feu. En notre temps où la durée d’attention s’amenuise, peu de gens sont intéressés à lire un livre de plus de 400 pages. Très peu d’attention lui a été accordée de la part des grands médias. Il y a plusieurs mois, Le Monde Diplomatique à Paris a contacté mon éditeur aux États-Unis, ainsi que la maison qui le diffuse en Grande Bretagne, pour leur demander l’envoi d’un exemplaire. Je ne sais pas si Le Monde Diplomatique a réellement l’intention de faire une recension d’un livre aussi critique et, très honnêtement, je ne m’en soucie pas vraiment.

Mon ouvrage a eu de bonnes critiques disant que c’est un livre à lire absolument. Il est diffusé dans les universités et les collèges. On en trouve des exemplaires dans les bibliothèques de diverses institutions comme l’Université de Harvard et l’Université de Chicago. Il est référencé à la Haye et dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque du Palais de la Paix aux Pays-Bas qui tient à jour les livres relatifs aux lois internationales. Sur Amazon au Royaume Uni, il est classé comme l’un des meilleurs livres sur l’OTAN et je crois qu’il est en train de prendre un bon départ.

 

Silvia Cattori

 

(*) Mahdi Darius Nazemroaya est un sociologue interdisciplinaire, auteur primé, et analyste politique connu. Il est chercheur au Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal, collaborateur expert de la Strategic Culture Foundation à Moscou, et membre du Comité scientifique de la revue de géopolitique Geopolitica, en Italie. Sur son ouvrage « The Globalization of NATO », voir également (en anglais) : http://www.silviacattori.net/article4005.html
http://www.silviacattori.net/article3834.html
http://www.silviacattori.net/article3780.html

Traduit de l’anglais par JPH


[1] Publié d’abord sous le titre « La mondialisation de l’OTAN » puis sous le titre modifié « La mondialisation de la puissance militaire : l’expansion de l’OTAN » . Cet article a été traduit en de nombreuses langues, y compris en arabe par la chaîne qatari d’information Al-Jazeera.

[2] La « cage d’acier » (ou « cage de fer ») est un concept sociologique introduit par Max Weber qui se réfère à la rationalisation accrue de la vie sociale, en particulier dans les sociétés capitalistes occidentales. Ainsi la « cage d’acier » enferme les individus dans des systèmes fondés uniquement sur l’efficacité, le calcul rationnel et le contrôle.

[3] Voir :

« Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie » : http://www.silviacattori.net/article3350.html


« Syrie : Les victimes de l’opposition armée ignorées » : http://www.silviacattori.net/article3416.html

 

[4] L’Irlandais Denis J. Halliday a passé une bonne partie de sa carrière auprès des Nations Unies, impliqué dans des actions d’aide humanitaire. En 1997, il fut nommé Sécrétaire général adjoint et directeur du programme humanitaire en Irak. Un an plus tard, après 34 ans de service au sein des Nations Unies, Halliday a annoncé sa démission en raison des sanctions économiques imposées à l’Irak, qu`il a qualifiées de « génocide ». En 2003, il a reçu Le Gandhi International Peace Award. Depuis son départ des Nations Unies, Denis Halliday a participé de manière active dans plusieurs actions contre la guerre et les crimes contre l’humanité. Il est présentement membre de l’Initiative de Kuala Lumpur en vue de « criminaliser la guerre ».

[5] Par exemple, en France l’écrivain Israël Shamir a été accusé en 2003 d’antisémitisme par Olivia Zemor, Nicolas Shahshahani et Dominique Vidal parce qu’il disait qu’Israël et le « lobby juif » aux Etats-Unis avaient joué un rôle prépondérant dans l’entrée en guerre contre l’Irak ; ce qui devait aboutir au renversement du régime de Saddam Hussein (l’un des derniers leaders arabe qui refusait de reconnaître l’Etat juif d’Israël), à démembrer l’Irak pour assurer la « sécurité d’Israël ».

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 09:40

Recueilli par Francis BROCHET.

Source : Le Républicain Lorrain

relayé par

Bertrand Du Gai Déclin

vendredi 12 avril 2013, par Comité Valmy


 

Franchement, aimez-vous la polémique ? Chaque fois que vous passez à la télévision, vous créez le scandale…

« Non… La règle à la télévision, au moins quand j’ai commencé à y aller, était que le type qui gagnait le débat était toujours le plus souriant. Dans ce monde de copains ravis, il fallait être gentil… Mais je suis un chercheur, pas un politique, et pour moi, un chercheur honnête ne peut jouer le ravi de la télé. En plus, ce qui aggrave mon cas est que je suis un timide pathologique, mais je sens que ça va mieux. »

La France ne va pas si mal, écrivez-vous. Encore une provocation ?

« Pas du tout, cela résulte d’une vision de la société davantage centrée sur les mœurs que sur l’économie. Evidemment, nous savons que la France est en déroute économique. Mais nous constatons un bond en avant extraordinaire dans le domaine de l’éducation, environ jusqu’en 1995, suivi d’une stagnation. Contre le catastrophisme général, il faut souligner l’existence d’un processus de civilisation des mœurs : hausse de l’espérance de vie, taux de suicide en baisse, taux d’homicide qui s’effondre… Et surtout, malgré la crise, la population française continue de faire des enfants. »

La société française résiste, car elle est molle, dites-vous…

« Elle résiste mieux que les autres à la montée des inégalités économiques. Il y a dans la population française une sorte d’hyper-conscience, une méfiance de principe à l’encontre de la mondialisation, qui n’a pas d’équivalent ailleurs. Mais elle ne se soulève pas, et là est sa mollesse… Cela s’explique par un âge médian supérieur à 50 ans, qui ne donne pas des masses de gens courant dans la rue contrer la police. Et par la disparition des grandes croyances organisatrices, du communisme, du catholicisme, de la vraie croyance social-démocrate ou gaulliste. C’est une population très atomisée, avec des individus incapables d’action collective. »

La France court-elle le risque de se perdre dans la mondialisation ?

« Au contraire ! Tout le bouquin et ses cartes montrent que l’idée d’une telle menace est ridicule. Le choc de notre recherche, trente après notre livre sur L’invention de la France , est de trouver que la diversité régionale de la France a non seulement persisté, mais qu’elle a guidé la modernité. La magie de la France est de faire cohabiter deux grandes polarités : un centre égalitaire, très tôt déchristianisé, qui a donné la Révolution ; et une périphérie le plus souvent catholique, moins égalitaire. Longtemps en résistance contre le centre, cette périphérie est montée en puissance, et a d’une certaine façon pris le pouvoir, donnant aujourd’hui ses bastions les plus solides au parti socialiste… Ces vieux fonds familiaux et religieux demeurent, ils continuent de structurer les évolutions. Et si on peut vérifier la persistance de ces cultures régionales, comment s’inquiéter d’une disparition de la culture nationale ? »

Seriez-vous nationaliste, comme on vous en a accusé ? Et germanophobe ?

« C’est ridicule… Je ne dis pas que la France est merveilleuse, je dis qu’elle existe. Je ne dis pas que l’Allemagne est atroce, je dis qu’elle existe, comme les autres nations européennes. Et de la même manière que les régions françaises ne convergent pas, les pays européens non seulement ne convergent pas, mais divergent. Comment imaginer que la France, qui produit deux enfants par femme, va un jour ressembler à l’Allemagne, qui en produit 1,4 – un écart qui n’a jamais été aussi important ?

Or, l’euro a justement été construit sur l’hypothèse d’une convergence des sociétés. Il est donc aisé de comprendre pourquoi la zone euro est en train de se fragmenter, avec des pays qui perdent pied, et d’autres qui se portent bien. Les rapports de force entre sociétés sont une réalité qu’il est absurde de nier. Ou alors on refuse le monde réel, on construit l’euro – et après, on ne s’étonne pas que ça ne marche pas ! »

Vous avez appelé à voter pour François Hollande, voyant en lui « un nouveau Roosevelt », évoquant l’avenir d’un « hollandisme révolutionnaire »… Vous ne le regrettez pas ?

« Non, car il nous a débarrassé d’une droite folle, qui cherchait une issue à son impuissance dans la désignation de boucs émissaires. Mais alors, les vrais problèmes apparaissent à nu : la débâcle économique de la France. Tous les voyants sont au rouge, en France et en Europe. Et la crise de Chypre a fait prendre conscience aux peuples de l’incompétence des gouvernants : un Pierre Moscovici est sans doute sympathique, mais il n’est pas au niveau pour comprendre ce qui se passe dans la zone euro.

Si je suis honnête, je dois reconnaître que la dernière prestation télévisée de François Hollande ne me rend pas optimiste. La politique du gouvernement est vouée à l’échec. L’euro est en train de détruire l’industrie française, et il détruira aussi François Hollande. Sauf que la messe n’est pas dite… J’ai parlé de "hollandisme révolutionnaire" en précisant qu’il n’apparaîtrait qu’après une période de conformisme débouchant sur un échec cinglant. Or on n’en est qu’au début : dans trois mois, ce sera pire, dans six mois, pire encore… La question devient : Hollande aura-t-il encore assez d’autorité pour imposer un revirement ? Le président français est le dirigeant du monde occidental qui, selon les institutions, a le plus de pouvoir, mais son pouvoir est devenu une fiction, il a été annulé par l’euro. Sortir de l’euro serait pour François Hollande la seule manière de reprendre le pouvoir – ce que je lui ai récemment dit, en tête à tête, mot pour mot. »

Et quand vous voyez l’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, pris avec un compte en Suisse ?

« Je trouve formidable qu’il ait été pris ! Car ce n’est pas seulement un homme qui a été pris, mais un système. Le ministre qui s’occupait du budget, de l’austérité, notre Monsieur la Vertu, apparaît comme un pourri ayant un compte en Suisse. Et c’est la règle : les professeurs d’austérité à travers l’Europe sont des gens qui ont un rapport particulier avec l’argent des riches : Mario Monti (l’ancien président du Conseil italien) et Mario Draghi (président de la banque centrale européenne) ont eu des liens avec Goldman Sachs (la banque d’affaires américaine impliquée dans la crise financière). L’austérité n’est pas la vertu, c’est la réduction de l’Etat à sa fonction de serviteur de la dette, et la dette, c’est l’argent des riches ! »

Une question plus personnelle, pour conclure : vous êtes le fils du journaliste Olivier Todd, le petit-fils de l’écrivain Paul Nizan, le petit-neveu de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss… N’est-ce pas un peu écrasant ?

« Quand j’étais petit… Mais maintenant, ça va. »

***

 

Emmanuel TODD à C dans l'air

 

 


 
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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 08:34

 
Le 7 avril 2013.

 
C'est le "non" qui l'a emporté aujourd'hui lors du référendum en Alsace, a contrario de toutes les prévisions et les attentes des promoteurs du "oui" à la fusion des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et du Conseil Régional.
 
Les Alsaciens ont refusé d'être les cobayes d'une expérimentation préfigurant le démembrement de la République.
 
Ils ont choisi de ne pas entrer dans l'espace du "Rhin Supérieur", tant vanté par ceux qui rêvaient déjà des charmes euro-régionaux, des droits du travail allemand.
 
Ils ont refusé les transferts massifs de compétences de l'État à la collectivité territoriale d'Alsace.
 
Ce projet initié par l'UMP avec les encouragements du gouvernement socialiste, était soutenu par les régionalistes et les écologistes qui œuvrent pour le fédéralisme européen, dédaignent la nation et méprisent la République.
 
Les Alsaciens viennent d'infliger un coup cinglant au patronat qui agit sans relâche pour briser les frontières afin de disposer de toujours plus de liberté d'exploiter le monde du travail.
 
Coup d'arrêt également à tous les européistes qui n'ont de cesse de diluer la France dans un espace de libre-échange toujours plus vaste et dérégulé !
 
Les Alsaciens viennent d'envoyer un signal fort à tous les autres Français pour qu'ils résistent aux sirènes identitaires régionales, aux habitants de Bretagne, de Savoie et de Haute-Savoie notamment, les suivants sur la liste des référendums de même nature.
 
Désormais, c'est à l'acte III de la décentralisation qu'il faut s'opposer.
 
Frontalement.
 
Sans chercher à améliorer, à amender les trois textes prévus par le gouvernement Hollande, car sur le fond il vise le même objectif : détruire la nation, livrer les Français aux appétits insatiables des néolibéraux, briser les résistances populaires.
 
Le M'PEP, qui a organisé des brigades républicaines, se félicite de cette victoire de la démocratie.
 
Il a mené campagne en faveur du "non" et continuera d'agir sans relâche pour que les citoyens de France se libèrent de la tutelle de l'Union européenne, en faveur de la souveraineté nationale, monétaire, budgétaire...
 
Pour que demain reviennent des jours heureux !
 
Pour accéder au dossier "Alsace", cliquez ci-dessous :
http://www.m-pep.org/spip.php?rubrique348



Vous appréciez notre information régulière, vous êtes souvent d'accord avec nos analyses et nos propositions suscitent votre intérêt.

 


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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 08:04

Conversations avec Ernesto Villegas, Ministre du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information de la République Bolivarienne du Venezuela par Salim Lamrani Opera Mundi


http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/28164/chavez+devolveu+ao+povo+o+sentimento+de+orgulho+e+dignidade+nacional+diz+ministro+da+comunicacao.shtml    

 

  Journaliste de profession, Ernesto Villegas Poljak est le nouveau Ministre du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information de la République Bolivarienne du Venezuela depuis octobre 2012.

Dernier d’une famille communiste de huit enfants, né en 1970, Villegas a baigné dans la politique dès son plus jeune âge. Son père, Cruz Villegas, était un prestigieux syndicaliste, président de la Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela (CUTV) et vice-président de la Fédération syndicale mondiale. Sa mère, Maja Poljak, originaire de l’ancienne Yougoslavie, était une journaliste et militante sociale réputée.


Villegas a travaillé pour la presse écrite, la radio et la télévision. Il a, entre autres, dirigé Ciudad Caracas, le journal de la mairie de la capitale, et a été présentateur de plusieurs programmes au sein de la chaîne publique Venezolana de Televisión. Reconnu et salué par ses pairs, il a obtenu plusieurs prix, dont le Prix national du journalisme à trois reprises (2002, 2006 et 2010).

 

Villegas est également écrivain et son dernier livre d’investigation Abril, golpe adentro portant sur le coup d’Etat de 2002 contre le Président Hugo Chávez a été unanimement salué par la critique.


Comme tout bon journaliste, Villegas maîtrise l’art de la communication. Le ton est sobre et plein d’assurance. Dans ces conversations, le ministre décrit l’état de la société vénézuélienne suite à la disparition d’Hugo Chávez et l’héritage laissé par le leader de la Révolution bolivarienne. Il aborde également les perspectives électorales du 14 avril 2013, évoque l’attitude de l’opposition, la relation spéciale avec Cuba ainsi que les tensions avec les Etats-Unis.

 

 

            Salim Lamrani : Monsieur le Ministre, dans quel état d’esprit se trouve le peuple vénézuélien suite à la disparition du Président Hugo Chávez ?

 

            Ernesto Villegas : Nous sommes tous envahis par une profonde tristesse et nous essayons d’assimiler une réalité difficile à accepter. Un long processus de deuil parcoure le Venezuela. Nos compatriotes, y compris certains adversaires du Président, n’arrivent toujours pas à croire qu’il ne se trouve plus physiquement parmi nous. Tout le monde est en quelque sorte dans une espèce d’attente d’un éventuel retour, d’une allocation publique de Chávez, d’un prochain programme d’Aló, Presidente. Nous nous sommes tellement habitués à sa présence tout au long de ces quatorze dernières années, où il a exercé le pouvoir politique, sans parler de sa présence dans la vie nationale depuis 1992, qu’il nous est difficile de nous résigner à son départ.

 

Il s’agit d’un des personnages les plus marquants de l’histoire vénézuélienne. Il a laissé une empreinte indélébile dans la vie politique de notre patrie et c’est la raison pour laquelle, malgré sa disparition physique, le Président Hugo Chávez sera toujours présent à l’avenir et nous accompagnera dans l’édification d’une société que nous voulons meilleure et plus juste. Chávez se trouve partout car il nous a indiqué la voie à suivre pour atteindre l’indépendance pleine et définitive de notre nation. Le projet émancipateur et souverain lancé par Hugo Chávez est en processus de construction et nous le mènerons à son terme partout au Venezuela. L’œuvre de Chávez est palpable non seulement dans la réalité matérielle, dans sa gestion gouvernementale, mais également dans le domaine subjectif de l’espoir. Chávez a semé une graine d’espoir chez le peuple et celle-ci est en train de germer. 

 

SL : Le monde entier a été fortement surpris par les immenses manifestations de deuil et de tristesses populaires. Comment s’explique cette ferveur nationale à l’égard d’un président ? 


EV : Nous avons perdu un membre de notre famille et pas n’importe lequel. Nous avons perdu notre père, notre père politique et historique, le père de cette Révolution, le père de nos luttes, mais également notre père d’un point de vue symbolique. Chávez était un membre de la famille vénézuélienne, sans doute le plus important, qui a ouvert les yeux à la communauté nationale. On s’est fâché pour lui, on a pleuré pour lui, on a ri pour lui. Grâce à lui, l’espoir a pu renaître chez nous. Des adultes ont pu être alphabétisés, s’éduquer et disposer enfin d’un statut digne de citoyen actif dans notre société. De nombreux foyers vénézuéliens ont eu pour la première fois de leur vie accès à la lecture, aux livres, à la culture. Grâce à Chávez, nous avons redécouvert notre identité nationale, notre authenticité vénézuélienne, notre Libérateur Simón Bolívar et notre histoire bolivarienne. Nous avons redécouvert le concept de patrie et avons pu mieux comprendre les défis de notre temps. En un mot, Chávez nous a permis de retrouver notre rêve commun.

 

SL : Le peuple vénézuélien a donc perdu celui qui avait donné la voix aux pauvres. 

 

EV : C’est pour cela que la douleur a été tellement forte. Nous avons appris sa disparition le 5 mars 2013 et dès le lendemain, le peuple a envahi les rues pour rendre hommage au Président, l’accompagner de l’Hôpital militaire jusqu’à l’Académie militaire et exprimer sa tristesse.

 

Un nouveau 27 février s’est produit suite à la disparition de Chávez, un nouveau Caracazo, comme celui de 1989 quand le peuple s’est soulevé contre la misère et les mesures d’austérité, a eu lieu. A une différence, néanmoins : cette fois-ci, le peuple avait un objectif précis : accompagner le Commandant Chávez à l’Académie militaire. Si le 27 février 1989 était un Caracazo social, le 6 mars 2013 était un 27 février politique.

 

SL : Les manifestations étaient impressionnantes. 

 

EV : On lui a rendu hommage de façon massive. Il y a eu des familles entières qui ont passé des heures et des jours à faire la queue pour se recueillir auprès de la dépouille du Président Chávez. Une fois le rite accompli, le peuple est rentré chez lui. Dans les rues, il y avait des centaines de milliers de Vénézuéliens, et ils constituent une force politique, sociale et physique extraordinaire. C’était un volcan humain, une marée humaine d’une puissance inouïe. Dans un autre contexte, la vigueur de cette foule aurait toute dévasté sur son passage. Mais dans ce cas précis, la marche a été pacifique grâce à Hugo Chávez car il a laissé des instructions au peuple.  

 

SL : Vous faites allusion à sa dernière allocution télévisée du 8 décembre 2012. 

 

EV : Effectivement. Il avait expliqué quelle était la marche à suivre au cas où il ne survivrait pas à sa maladie, à cette embuscade que lui a tendue le destin. S’il n’avait pas envoyé ce message au peuple, qui sait ce qui ce serait passé au Venezuela. La puissance de cette masse humaine est capable de détruire n’importe quoi. Le peuple aurait pu s’en prendre aux médias privés qui n’ont eu de cesse de dénigrer et vilipender le Président Hugo Chávez durant ses quatorze années de mandat, l’attaquant directement et attaquant la volonté nationale. Pourtant, il n’en a rien été car le peuple a entendu le message pacifique de Chávez en faveur de l’ordre et de l’union. Chávez avait pris les dispositions nécessaires pour éviter cela. Cette force est là, latente, avec Hugo Chávez comme leader spirituel, plus vivant que jamais malgré sa disparition physique, car les idées ne meurent jamais.

 

SL : Chávez a toujours préféré la communication directe avec le peuple.  

 

EV : Chávez avait un tel enthousiasme qu’il multipliait les idées, alors que ses conseillers en communication lui recommandaient de ne pas s’exposer autant. Nous en parlions dès 1999 et nous pensions qu’il prenait trop de risques car les forces conservatrices opposées au processus bolivarien étaient très puissantes. Lui, au contraire, était d’avis qu’il fallait exposer l’intégralité du projet émancipateur au peuple. A l’époque, il ne pouvait pas savoir qu’il serait atteint par cette terrible maladie. Avec le recul rétrospectif, nous nous rendons compte qu’il avait vu juste, et qu’il fallait tout dévoiler à la nation.

Il nous a laissé des milliers d’heures de communication directe avec les Vénézuéliens et un lien affectif indélébile avec le peuple, qui font partie de l’héritage du Venezuela d’aujourd’hui.  

 

SL : La figure d’Hugo Chávez, militaire de formation, est apparue sur la scène politique nationale le 4 février 1992, suite au soulèvement armé contre le Président Carlos Andrés Pérez, dans un contexte mondial marqué par la déroute des idées progressistes et l’hégémonie du Consensus de Washington.  

 

EV : Suite à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, les gauches du monde entier se trouvaient en pleine débandade. Grâce à Chávez, de nombreux militants de gauche ont retrouvé la voie du socialisme. Chávez a également synthétisé nos racines religieuses, en se proclamant ouvertement chrétien. Il a ainsi pu emporter l’adhésion et la ferveur des croyants et les a unis non seulement aux militants orthodoxes du marxisme-léninisme, mais également aux militaires qui, en d’autres temps et sous un autre leadership, auraient refusé de s’allier à des catégories contre lesquelles ils ont été en guerre. Chávez a été l’élément fédérateur. Il a réussi à unir des forces politiques, religieuses et idéologiques hétérogènes. Pour ces raisons, un conglomérat gigantesque de personnes distinctes, provenant d’horizons différents, s’est identifié à Chávez. 

 

SL : Mais sa base est surtout populaire. 

 

EV : A l’évidence, le soutien majoritaire à Chávez provient des secteurs populaires qui ont été historiquement marginalisés, écartés et rendus invisibles. Ces catégories, pourtant majoritaires, étaient maltraitées, méprisées, discriminées, exclues de la société. Elles ont trouvé en Chávez un référent, un représentant et défenseur de leurs aspirations, un espoir qui les a rendues visibles.

 

Chávez a établi un lien spécial avec le peuple. Il vient lui-même du peuple et s’est insurgé en 1992, trois ans après le soulèvement du peuple de 1989. Il y a eu un dialogue entre la rue et la caserne et Chávez était l’interlocuteur de la caserne et il a fini par se fusionner avec la rue. Il est ainsi devenu le leader de la caserne et de la rue, des militaires progressistes bolivariens et du peuple. 

 

SL : Quel héritage laisse-t-il au peuple vénézuélien et au monde ? 

 

EV : Chávez a placé l’humain au centre de notre projet bolivarien, en particulier les catégories les plus défavorisées. Il a redonné au peuple un sentiment de fierté et de dignité nationale. Il a uni en un même corps le peuple et les forces armées.

Chávez a complètement changé les rapports internationaux et a tissé des liens solides avec de nombreux pays du monde. Lors des obsèques du Président, 33 chefs d’Etat et 57 délégations étaient présents. Chávez a tissé des liens non seulement commerciaux avec ces nations, mais également a uni les peuples et a même établi des relations très personnelles avec les dirigeants de ces pays. Chávez a mis en place un nouveau paradigme dans les relations internationales. Au Venezuela, nous étions habitués à la technocratie diplomatique qui supposait que les Affaires étrangères étaient chargées des relations avec le reste du monde, alors qu’elles ne sont que des extensions du pouvoir présidentiel. Chávez, au contraire, a développé des liens très personnels avec les chefs d’Etat, ce qui lui a permis d’avoir d’excellents rapports avec des dirigeants aussi bien de droite que de gauche. Il a fait en sorte que les différences idéologiques ne constituent pas un obstacle aux relations, comme c’est le cas pour la Colombie ou le Chili qui ont choisi des orientations politiques différentes des nôtres. Chávez a également eu des rapports très chaleureux avec des gouvernants européens qui ne partageaient pas forcément sa vision du monde. 

 

SL : Le Venezuela se trouve en plein campagne électorale puisque qu’un nouveau scrutin présidentiel est prévu le 14 avril 2013, où s’affronteront l’actuel Président chargé de la République Nicolás Maduro et le principal candidat de l’opposition Henrique Capriles. 


EV : Ce nouveau processus électoral, non prévu, intervient suite au décès du Président Chávez, conformément à ce que prévoit notre Constitution. Plusieurs sentiments se mélangent : le deuil, la tristesse et les larmes dus au départ soudain de notre Président et l’enthousiasme, l’énergie et la joie propres à toute campagne électorale.

Le Venezuela se trouve donc en plein débat d’idées, avec confrontation de modèles et comparaison de projet de société, dans un contexte marqué par ces circonstances tragiques. C’est donc un croisement de sentiments assez curieux, dicté par cette imprévisible réalité.

 

Chávez était un personnage qui respirait et transmettait la joie de vivre. Il était à l’image de son peuple. La joie fait partie de l’idiosyncrasie vénézuélienne et je vous invite à prendre part à n’importe quelle manifestation bolivarienne de soutien à la candidature de Nicolás Maduro pour percevoir ce phénomène. Le peuple est persuadé que Chávez, à travers l’élection de Nicolás Maduro, sera toujours parmi nous, même s’il nous manquera toujours sa présence physique. Il sera toujours vivant dans l’espoir du peuple vénézuélien et dans ses luttes pour un monde meilleur. 

 

SL : Toutes les forces bolivariennes sont-elles unies autour de Nicolás Maduro ? 

 

EV : Nous n’avons aucun doute concernant le successeur d’Hugo Chávez car nous respecterons scrupuleusement sa volonté. La Révolution bolivarienne suivra son cours et poursuivra la direction tracée par le Président Chávez. Sans le message de Chávez du 8 décembre 2012, le 6 mars aurait peut-être été un 27 février social et politique. Nous ne pouvons que rendre hommage à sa capacité d’anticiper les événements et sa vision du futur. Certains ont tenté de le dissuader de prononcer ce message lors de sa dernière allocution au cours de laquelle il avait demandé au peuple bolivarien d’élire Nicolás Maduro comme son successeur s’il venait à disparaitre.  

 

SL : Quelle a été la réponse de Chávez ? 

 

EV : Il a catégoriquement refusé de revenir sur sa décision. « Je dois la vérité à mon peuple », avait-il dit. Il se trouvait à Cuba et est rentré uniquement pour effectuer cette allocution télévisée et prévenir le peuple que le cancer avait de nouveau fait son apparition et qu’il devait livrer une nouvelle bataille. Il avait repoussé l’intervention chirurgicale, au risque d’aggraver sa santé personnelle, pour revenir au Venezuela et s’exprimer devant le peuple. Nous ne pouvons que le remercier pour cela. Il savait qu’il devait guider une fois de plus nos compatriotes. 

 

SL : Comment voyez-vous ce processus électoral ? 

 

EV : Il s’agit d’une nouvelle élection que Chávez remportera à travers de Nicolás Maduro, car il en est le stratège fondamental. Tel le Cid, il obtiendra une nouvelle victoire. Il en est le Commandant et pas seulement d’un point de vue métaphysique. En effet, avant le triste dénouement du 5 mars 2013, Chávez avait déjà tracé le chemin.

Il aurait très bien pu se rendre à Cuba pour son opération sans rien dire. Personne ne lui avait rien demandé. Mais il avait voulu effectuer cette démarche et faire cette annonce. Ce faisant, il a tracé le chemin électoral pour la Révolution en demandant au peuple de suivre Nicolás Maduro et l’élire en tant que nouveau président. La volonté de Chávez se traduit dans le vote du peuple qui a massivement manifesté sa douleur et sa tristesse dans les rues ces derniers temps. Les Vénézuéliens voteront avec joie, enthousiasme et espoir pour Nicolás Maduro le 14 avril 2013. Je n’ai absolument aucun doute à ce sujet. La Révolution remportera une nouvelle fois un triomphe retentissant. 

 

SL : Que pensez-vous de l’opposition dirigée par Henrique Capriles ? 

 

EV : L’opposition est une fédération d’ambitions et d’intérêts hétérogènes, unie seulement par la haine de Chávez et du peuple bolivarien. Elle est incapable de comprendre que nous vivons une époque différente et qu’il n’y aura pas de retour aux temps passés. Elle est issue des vieux partis politiques, des élites économiques et de l’oligarchie et n’admet pas avoir perdu le pouvoir politique qu’elle considérait comme étant sa propriété exclusive.

L’opposition est également marquée un facteur racial et raciste. Elle n’admet toujours pas qu’un noir pauvre se trouve au centre du pouvoir. La haine de Chávez résume toutes les misères morales de la condition humaine : le racisme et la haine de classe, la haine des pauvres.

 

SL : Le gouvernement accuse l’opposition d’être sous l’influence de Washington. Sur quoi vous basez-vous ? 

 

EV : L’opposition est inféodée à Washington et en suit les directives. Cela est aisé à démontrer. Mme Roberta Jacobson du Département d’Etat, dans une interview au quotidien espagnol El País, a remis en cause le système électoral vénézuélien, alors que toutes les institutions internationales en saluent la transparence. Absolument toutes, sauf le Département d’Etat des Etats-Unis. Immédiatement, les médias privés antichavistes et l’opposition se sont mis à questionner notre système électoral, qu’ils ont toujours considéré comme légitime en participant aux élections régionales de décembre 2012 et en acceptant les résultats des scrutins. Ce même système leur a permis de gagner les élections dans certains Etats, même si la marge était infime, comme c’était le cas de l’Etat du Miranda actuellement dirigé par le candidat de l’opposition Henrique Capriles. Les scrutins ont été respectés partout, y compris lorsque l’opposition été majoritaire. 

 

SL : L’opposition accuse le Conseil National Electoral de partialité. 

 

EV : Ce même Conseil national électoral que l’opposition vilipende tant, que Capriles accuse de tous les maux est celui qui a déclaré vainqueur le candidat de l’opposition dans l’Etat du Miranda, c’est-à-dire Capriles.

En réalité, l’opposition suit scrupuleusement les directives de Mme Jacobson et c’est ce qui explique les campagnes actuelles de discrédit à l’encontre du Conseil national électoral. L’opposition songe même à retirer son candidat pour discréditer le processus électoral. Certains bruits courent à ce sujet. Capriles a reçu des instructions en ce sens. Nous espérons qu’il maintiendra sa candidature et qu’il respectera les règles démocratiques 

 

SL : Capriles a donc songé à retirer sa candidature ? 

 

EV : Selon les informations dont nous disposons, cette hypothèse a été méthodiquement étudiée. Capriles sait qu’il va perdre les élections du 14 avril 2013. Bien sûr, les politiques ont des projets à court, moyen et long terme et Capriles voudra sûrement être le référent de l’opposition dans la vie politique vénézuélienne, mais il a parfaitement conscience qu’il n’a aucune possibilité de remporter la victoire lors du prochain scrutin. Ses partisans en sont également persuadés. 

SL : Selon vous, Nicolás Maduro remportera donc l’élection du 14 avril 2013. 

 

EV : Cela ne fait aucun doute. Il est même possible que l’on atteigne les dix millions de voix, en guise d’hommage à notre Commandant disparu. On a souvent minimisé, méprisé et caricaturé la capacité de convocation de Chávez et la réalité a montré à ces secteurs qu’ils avaient tort. On attribuait cela à des mécanismes clientélistes, à l’achat de conscience ou à l’exercice de coercition sur l’appareil bureaucratique de l’Etat. Les manifestations du 6 mars 2013, par leur spontanéité et leur caractère massif, ont montré qu’il n’en était rien.  

 

SL : Les médias privés du Venezuela et les médias occidentaux se sont montrés très virulents contre Hugo Chávez. 

 

EV : Beaucoup ont découvert la supercherie du discours des médias privés et de l’opposition. Beaucoup ont enfin compris que Chávez était un leader aimé de l’immense majorité du peuple, car c’était le meilleur ami des pauvres. Le peuple a salué son action et son héritage. Vous verrez que l’histoire rendra justice à Hugo Chávez et le considèrera comme l’un des plus grands leaders de notre temps et d’Amérique latine.

Je crois qu’aucun autre dirigeant politique n’a été aussi maltraité et vilipendé que Chávez. Nous verrons jusqu’où iront-ils dans leur volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne et le triomphe de Nicolás Maduro. Ils pensent pouvoir profiter de l’absence physique de Chávez et sont persuadés que le gouvernement bolivarien de Maduro ne sera pas capable de faire face à l’actuelle situation. Ils vont être déçus car la Révolution bénéficie d’un soutien populaire extraordinaire, d’un appui militaire sans failles, d’un gouvernement solidaire, d’institutions solides et d’un programme – le Plan de la Patrie – qui trace les grandes lignes pour le mandat à venir, et condense les propositions du Commandant Chávez. Je ne doute pas un seul instant de notre force, malgré les menaces, car Chávez a laissé un héritage d’une extraordinaire valeur. 

 

SL : Pourquoi l’opposition vénézuélienne a toujours refusé d’accepter la légitimité d’Hugo Chávez ?


EV : L’opposition éprouve une profonde haine pour la démocratie véritable, malgré ses discours liturgiques à ce sujet. Elle est particulièrement attachée aux rites, mais ça se limite à cela, une démocratie ritualiste. Au lieu d’affronter le suffrage populaire, elle préfère triturer un article de la Constitution et essayer de subordonner la volonté du peuple majoritaire à son interprétation particulière et surtout, fausse – comme cela a été reconnu par le Tribunal suprême –, suite à l’élection de Chávez en octobre 2012 et sa prise de possession différée en raison de son état de santé. Il en a été de même lors de la prise de possession du Président Nicolás Maduro.

 

L’opposition pense que tout doit changer suite à la disparition physique du Commandant Chávez, oubliant la continuité constitutionnelle et les principes élémentaires de démocratie qui exigent que l’on respecte la souveraineté du peuple. L’opposition qui a eu un comportement antidémocratique manifeste depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez prétend nous donner des leçons sur la démocratie et questionne la légitimité du pouvoir actuel. C’est la même opposition qui a organisé le coup d’Etat d’avril 2002 et qui a imposé une junte putschiste dont le « Président » [Pedro Carmona Estanga] a prêté serment non pas sur la Constitution mais sur une feuille blanche, car il rejetait notre nouvelle Constitution, et qui a dissous tout les pouvoirs publics. Cette opposition qui a réprimé le peuple suite au coup d’Etat du 11 avril 2002 prétend dicter des conférences sur le concept de la démocratie. 

 

SL : Au niveau international, Chávez avait un rôle important, notamment en Amérique latine. 

 

EV : Chávez a été un grand dirigeant politique. Le Venezuela joue désormais un rôle important au niveau international et cela fait partie de l’héritage de notre Commandant que nous essayons de développer et d’approfondir. Nous n’avons aucun doute qu’avec le leadership de Nicolás Maduro et le reste de l’équipe de direction de la Révolution bolivarienne, nous poursuivrons ce même chemin et nous renforcerons cet héritage. 

 

SL : La Révolution bolivarienne a tissé des liens très particuliers avec la Révolution cubaine et les rapports entre Hugo Chávez et Fidel Castro dépassaient le cadre des relations entre deux chefs d’Etat. Comment s’explique l’alliance entre le Venezuela et Cuba ? 


EV : Il faut rappeler qu’Hugo Chávez est d’abord et avant tout un révolutionnaire et Cuba est une référence importante pour tous les révolutionnaires de notre continent, indépendamment des nuances et des particularités de chaque nation. Cuba est tout un symbole.

Il est indéniable qu’il avait profondément été marqué par sa célèbre visite à La Havane en 1994 et par l’accueil généreux que lui avait offert Fidel Castro en le recevant à l’aéroport, au pied de l’avion. Chávez avait découvert une Révolution pleine d’amour et d’affection.

Une fois arrivé au pouvoir en 1999, Chávez a fait de Cuba son principal allié avec la signature d’accords stratégiques dès l’année 2000. Ces accords ont constitué le cadre pour le progrès de tout le continent latino-américain. L’entente personnelle entre Chávez et Fidel dépasse le cadre politique. Elle est devenue familiale. 

 

SL : Chávez n’hésitait pas à qualifier Fidel Castro de père spirituel. 


EV : Effectivement, et cette relation a été très complémentaire car elle nous a permis de prendre ce qu’il y avait de mieux dans la Révolution cubaine, une Révolution surgie au milieu du XXe siècle et de l’intégrer à la première Révolution du XXIe. Le lien entre Chávez et Fidel symbolise également le lien entre une Révolution adulte et une Révolution naissante, qui est en fin de compte une combinaison vertueuse.

Il s’agit d’une relation père/fils, où le père non seulement conseille le fils, mais apprend également de lui et le voit construire son projet de société dans des circonstances différentes, face à une adversité particulière, comme le fait d’avoir notre Miami [fief de l’opposition cubaine] au sein même de notre pays. Les deux pays se sont enrichis mutuellement car les deux Révolutions ont leurs propres particularités et spécificités. 

 

SL : L’amitié entre Hugo Chávez et Fidel Castro a également permis de rapprocher les deux peuples. 

 

EV : D’un point de vue humain, les relations entre nos deux peuples sont extraordinaires. Nous avons pu bénéficier de la solidarité des médecins et des entraineurs cubains qui se trouvent au Venezuela. De nombreux patients vénézuéliens sont partis se faire soigner à Cuba. Nous disposons d’échanges dans tous les domaines possibles et imaginables, que ce soit la santé, l’éducation, la défense, la culture, la diplomatie, etc.

 

SL : Peut-on parler de fusion entre les deux peuples ? 

 

EV : D’un point de vue affectif, oui. Après, il est vrai que chaque pays dispose de ses propres caractéristiques, de sa propre histoire. Nos institutions sont malgré tout différentes et les conditions de développement de notre projet bolivarien le sont également. Personne ne copie le modèle de l’autre, car il est tout simplement impossible de calquer un modèle dans un pays différent.

 

Néanmoins, je le répète, la rencontre entre nos deux peuples a été extraordinaire. Le capital humain cubain est impressionnant et les médecins cubains nous ont réellement été d’une grande solidarité. Cela est vraiment admirable. L’expérience de Fidel Castro et de Raúl Castro, du tout le leadership cubain, du peuple cubain et ses décennies de résistance et de lutte, a permis à la Révolution bolivarienne de se développer. Nous ne pouvons qu’être admiratifs du peuple cubain. Cette relation spéciale a permis de renforcer les liens entre nos deux peuples qui partagent de nombreuses aspirations communes, les mêmes goûts musicaux, culinaires et sportifs. Malgré nos destins historiques différents, nos peuples se ressemblent beaucoup et Chávez et Fidel nous ont permis de nous rencontrer. 

 

SL : Le Venezuela a été d’un grand secours pour Cuba, qui est confrontée à de sérieuses difficultés économiques. Fidel Castro a qualifié Hugo Chávez du « meilleur ami du peuple cubain ». 

 

EV : Chávez a toujours été généreux avec les peuples. Il a fait face à toutes les pressions possibles de secteurs qui souhaitaient qu’il mercantilise la relation avec Cuba. Mais Chávez est avant tout bolivarien, par conséquent latino-américain. L’opposition, qui se réclame désormais de Bolívar, oublie que notre Libérateur n’a jamais demandé un centime à personne pour contribuer à l’émancipation des peuples. Ces bolivariens de circonstance oublient que Bolívar a reçu des armes de Pétion sans payer un centime. 

 

SL : L’opposition accuse justement le gouvernement d’offrir du pétrole à Cuba. 

 

EV : L’opposition souhaite que l’on mette un terme aux conditions de commerce favorables que nous avons mis en place pour nos frères cubains et latino-américains. Nous n’offrons notre pétrole à personne. Nous le vendons au prix du marché avec des facilités de paiement. C’est quelque chose de normal et de naturel dans les relations internationales, surtout entre des peuples frères. Chávez a été un personnage extraordinaire qui a rompu ce paradigme mercantile et l’a remplacé par un paradigme de la solidarité 

SL : Cette relation se maintiendra-t-elle avec la disparition de Chávez ? 


EV : Non seulement, nos relations se maintiendront mais elles s’approfondiront davantage. Nos liens avec nos frères cubains n’ont jamais été aussi forts et ils se renforceront encore plus dans le futur.

La droite raciste et xénophobe du Venezuela, qui vilipende tant les Cubains, en sera pour ses frais. Rendez-vous compte du comportement mesquin de l’opposition qui place le thème de Cuba dans l’agenda électoral, sans se rendre compte que c’est une manigance vouée à l’échec et dont la portée se limite aux secteurs anticommunistes de la société, qui sont une minorité. L’opposition dispose de nombreuses tribunes médiatiques mais son influence auprès du peuple est très limitée. 

SL : Une dernière question, Monsieur le Ministre : le Venezuela est-il prêt à normaliser les relations avec les Etats-Unis. 

EV : Le Venezuela a exprimé sa volonté d’améliorer ses relations avec les Etats-Unis. Néanmoins, il y a eu des déclarations et des actions de la part de Washington qui rendent impossible cette normalisation. Il y a eu les déclarations malheureuses de Mme Roberta Jacobson et des actions hostiles de la part d’attachés militaires étasuniens à Caracas qui ont contacté des militaires vénézuéliens pour les inviter à discuter de la situation du pays afin de les influencer, ce qui constitue une grave ingérence dans les affaires internes de notre nation.

Le gouvernement vénézuélien s’est vu obligé de rompre les canaux de communication avec les Etats-Unis suite à ces actions hostiles. Il semble que les faucons du Département d’Etat imposent l’agenda aux colombes en termes de politique étrangère, même si je crois que l’ingérence et l’interventionnisme sont inhérents aux politiques de Washington.

Le Venezuela aura des relations normales et apaisées avec tous les pays qui respecteront notre souveraineté, comme nous respectons celle des autres nations. C’est une condition sine qua non. Les principes ne se négocient pas et comme dirait l’illustre Augusto César Sandino, « la souveraineté ne se négocie pas et se défend les armes à la main ». 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.


Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 15:46
article voltaire thorium la bataille sino-russe du thorium

par Vladimir Poluev

L’usage du thorium comme combustible alimentant les centrales nucléaires pourrait résoudre les principaux problèmes de sécurité et d’environnement liés à ce type d’activité. S’appuyant sur les anciens travaux du physicien français Edgard Nazare, des savants soviétiques ont élaboré de nouvelles technologies, mais n’ont pas eu le temps de les développer. Pékin, qui investit aujourd’hui massivement dans la recherche dans ce domaine, se positionne pour l’avenir.

Réseau Voltaire | Moscou (Russie) | 3 avril 2013

 

 

La Russie peut perdre son leadership sur le marché de l’énergie nucléaire. Cette première place ne peut pour l’heure lui être prise que par la Chine. Comme nous l’avons déjà écrit par ailleurs, si la Russie est aujourd’hui un leader reconnu en matière de construction de centrales nucléaires, la Chine se positionne sur ses talons : 30 centrales sont actuellement construites par la Russie et 26 par la Chine.

 

La Chine développe l’énergie nucléaire pour plusieurs raisons. D’abord, le pétrole est cher et son approvisionnement est source d’instabilité : près de la moitié de la consommation chinoise d’hydrocarbures est importée. Si l’on coupe les flux de transport, la Chine restera sans énergie. Ensuite, le charbon quant à lui est source de problèmes et est peu écologique : difficile à transporter, il conduit à de très importants rejets [de gaz à effet de serre] dans l’atmosphère et provoque plusieurs milliers de morts dans les mines chaque année. C’est pourquoi la Chine s’est concentrée sur l’énergie nucléaire, mais dans une direction très particulière.

Le thorium : un petit nouveau dans le jeu mondial de l’atome

L’année 2013 en Chine est l’année du thorium. 350 millions de dollars ont déjà été attribués à l’Académie nationale de sciences chinoise pour la recherche sur l’énergie que l’on peut tirer du thorium ; 140 spécialistes y travaillent, ils seront 700 en 2015. Pour rappel, le thorium est un métal lourd radioactif, nommé en l’honneur du dieu scandinave du tonnerre Thor. Une tonne de ce métal pur argenté produit autant d’énergie que 200 tonnes d’uranium ou 3,5 millions de tonnes de charbon ; les réserves totales dans le monde de thorium sont trois fois supérieures à celles d’uranium.

Le thorium est intéressant pour plusieurs raisons

D’abord, il est assez répandu et facile à extraire. Deuxièmement, suite au processus nucléaire, il n’y a pas de production de plutonium – utilisé à des fins militaires. Pendant la Guerre froide, c’était la principale raison du choix fait en faveur des technologies nucléaires utilisant l’uranium : il fallait des armes nucléaires. Troisièmement, il n’y a pas de risque de réaction en chaine incontrôlée. Le thorium est stable et incapable de se diviser s’il n’est pas soumis à un bombardement permanent avec des neutrons. Si l’on coupe l’appareil qui assure cette fonction, la réaction s’arrête immédiatement. Ce facteur est devenu très important après l’accident sur la centrale de Fukushima puisque la sécurité est devenue l’alpha et l’oméga du monde nucléaire.

 

Les points forts du thorium sont donc la sécurité, une grande efficacité énergétique et l’impossibilité de l’utiliser à des fins militaires. En revanche, les réacteurs à thorium sont bien moins développés que la technologie standard utilisant l’uranium. C’est d’habitude avec cet argument que l’on freine les enthousiastes, mais même l’AEIA a reconnu que l’avenir est favorable au thorium.

 

Les Chinois veulent transformer le thorium en sauveur de leur secteur énergétique nucléaire et en un petit, mais efficace, outil géopolitique. Ainsi, la Chine veut obtenir le brevet sur toutes les technologies de la filière civile nucléaire au thorium. Au vu de l’argent investi, ils peuvent y arriver. Pour l’heure, jusque fin 2013, les droits d’auteurs prioritaires pour le développement des technologies de réacteurs au thorium dans 23 pays sont détenus par la Russie.

Les centrales nucléaires au thorium : un facteur géopolitique

L’Italien Carlo Rubbia, Prix Nobel de physique et ancien directeur de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), préconise de recommencer à zéro toute la filière nucléaire civile en la basant sur le thorium.


Les centrales nucléaires au thorium peuvent se transformer, dans les mains de la Russie comme de la Chine, en un outil géopolitique puissant et surtout efficace. L’impossibilité de détourner le thorium à des fins militaires est un facteur qui peut se traduire positivement sur la collaboration avec des pays parias comme l’Iran ou la Corée du Nord.

 

L’assurance de voir tout risque de réaction en chaîne incontrôlée exclue par l’utilisation du thorium peut permettre une coopération avec le Japon et les pays de l’Asie du Sud-est dont les besoins en énergie vont croissant mais qui restent liés par les peurs suite à la catastrophe de Fukushima et les obligations internationales qui les poussent à fermer leurs anciennes centrales. Les centrales au thorium pourront aussi contribuer à refroidir le ras-le-bol social dans les pays alliés de la Russie : l’on connaît assez bien le conflit qui prend pied sur l’achèvement par les Russes du barrage hydro-électrique de Rogoun dans le Tadjikistan qui privera d’eau et donc de revenus issus du coton une partie de l’Ouzbékistan voisin [1].

 

Cependant, il ne dépend que de Moscou de faire en sorte que le thorium devienne un atout russe. Le gouvernement Medvedev s’en souciera t-il et prolongera t-il le droit prioritaire à l’utilisation et au développement des technologies thoriques ? Si la réponse est négative, alors cet atout deviendra chinois. Et il sera utile à Pékin dans cinq à dix ans, lorsque l’Empire du Milieu entrera dans le cercle fermé des pays qui ne sont pas que des consommateurs, mais aussi des fournisseurs de technologies nucléaires.

Vladimir Poluev

Traduction
Louis-Benoît Greffe

Source
Odnako (Fédération de Russie)
Hebdomadaire d’information générale. Rédacteur en chef : Mikhail Léontieff.

 

Et la France dans tout ça? Pour en savoir plus voir ici . Mais il est vrai que nous avons les antinucléaires de gauche et de droite qui collent encore aux thèses réchauffistes du GIEC alors que la tendance est plutôt  au refroidissement. Nous risquons d'être largués.A suivre ...

 
 
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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 13:21
Vers un nouvel âge de glace ?  Par Vincent Verschoore (son site)
Texte repris par AGORA VOX
Ça caille !

Selon Le Monde, la vague de froid qui, depuis mi-mars, touche l’Europe et l’Amérique du Nord est ”tout à fait exceptionnelle, par sa durée et son étendue”, assure Patrick Galois, prévisionniste à Météo-France. Elle s’inscrit dans la foulée d’un hiver 2012-2013 plutôt froid, s’inscrivant lui-même dans une suite de plusieurs hivers assez rigoureux.


On en vient à rêver du réchauffement climatique… Ah mais suis-je bête, c’est à cause du réchauffement justement ! Certains suggèrent que la réduction de la banquise arctique, particulièrement marquée depuis 2007, facilite la formation de hautes pressions atmosphériques dans l’Arctique. Or cette configuration favoriserait la phase négative d’une oscillation de l’atmosphère appelée Oscillation nord atlantique (NAO) – on parle d’une NAO négative – fréquemment associée à des descentes d’air polaire sur l’Europe et l’Amérique du Nord. Mais il n’y a pas de consensus en la matière, ainsi pour Christophe Cassou (chercheur (CNRS) au Centre européen de recherche et de formation avancées en calcul scientifique (Cerfacs)), “un effet de la banquise arctique sur les hivers européens a plus de chances d’être sensible au début de l’hiver qu’au mois de mars“.

 

Ce phénomène de froid printanier ne semble pas avoir d’explication convaincante dans le cadre de la théorie réchauffiste, mais il nourrit une autre théorie encore moins sympathique : celle d’un imminent refroidissement climatique dont nous observerions aujourd’hui les prémices. Le scientifique russe Habibullo Abdussamatov, de la St Petersburg Pulkovo Astronomical Observatory, publiait en 2005 une première étude sur la relation entre l’activité solaire et la température terrestre.

 

Selon cette étude, nous sommes affectés par deux cycles solaires, d’une part le cycle court de 11 ans et d’autre part un cycle plus long de plus ou moins 200 ans, correspondant sur Terre à l’alternance entre mini ages de glace et périodes plus chaudes. Le graphique ci-dessous montre ces deux cycles (le trait épais étant le cycle de 200 ans) ainsi que les fluctuations du rayonnement solaire que nous recevons. Rayonnement qui chute dramatiquement à partir de maintenant, pour peut être finir en un nouveau Minimum de Maunder ou “petit âge glaciaire” vers 2050 ?

 

 

Sun-Dictates-Earth-Climate-ede39[2]

 

Les récits, gravures et peintures entre le 17ème et le 19ème siècle montrent clairement les signes d’un refroidissement sensible : gel de la Tamise, des canaux hollandais, de la Seine à Paris, avancée des glaciers alpins qui engloutissent des villages entiers. Et tout cela pour une variation ne dépassant guère 1°C à l’échelle globale.

 

Il n’existe jamais une seule cause aux variations du climat et outre le rayonnement solaire, il semble plausible que le forçage volcanique soit également en cause dans certains cas. Ou l’hiver nucléaire, non encore testé mais certains sont visiblement attirés par une telle expérimentation, sans doute dans l’intérêt suprême de l’avancement de la science populaire et démocratique…

 

On pourrait espérer une concordance entre réchauffement et refroidissement, l’un annulant l’autre mais cela impliquerait d’une part une certitude quant à l’inévitabilité de ce nouvel âge glaciaire, et d’autre part une inversion de paradigme entre “mauvais” et “bon” réchauffement. Car, si le réchauffement en tant que tel pose certains problèmes, le refroidissement en cause de bien plus graves : avancée des glaces, réduction des surfaces cultivables et habitables car gelées, sécheresse (de par le gel des cours d’eau), risques accrus pour les populations vivant dans des habitats mal isolés et mal chauffés, coût de l’énergie, etc… De 1694 à 1695 en France, sous Louis XIV, le froid tua directement et indirectement (via la famine) 2 million de personnes, soit 10% de la population française de l’époque !

 

L’observation des cycles climatiques à l’échelle géologique est également intéressante, telle qu’on en parle dans ce précédant billet intitulé Fritz Vahrenholt et le climat : une seconde opinion

 

Nota: Pour compléments d'info voir ici

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 17:18

Donner un coup d’arrêt aux politiques d’austérité, dire un non ferme aux nouveaux semeurs d’illusions quels qu’ils soient… 

 

A moins d’un an des prochaines municipales madame le maire de Villiers sur Orge poursuit son petit bonhomme de chemin pour aboutir à un bilan qui lui permette de sauver les apparences, d’affirmer sa présence,  du moins aux yeux de ceux qui ne sont pas très au fait de la réalité locale.

 

Il restera certes beaucoup à faire mais une partie de la voirie aura été rénovée sous l’égide de la communauté d’agglomération du Val d’Orge.

 

Le nombre de logements sociaux tend à se normaliser, au niveau bas, à la suite de l’aménagement du plateau des Molières mais surtout grâce à la transformation de la Seigneurie en résidence sociale à la suite d’une rénovation superficielle. Il en faudra d’autres pour être en conformité avec la législation en vigueur.

 

Les écoles maternelles et primaires vont être agrandies (densifiées) afin de faire face à l’accroissement de la population scolaire à la suite de l’arrivée de nouveaux habitants sur les  programmes en cours d’achèvement. Sans plus, car c’était un objectif de fin de mandat qui laissera le problème entier pour les élus qui prendront la relève et ne devront pas être pris de frénésie immobilière. Notons également que le centre de l’enfance montre lui aussi ses limites, rien n’est envisagé  pour l’agrandir. La question n’est même pas posée par les élus.

 

Elle pourra également se targuer d’avoir mené à son terme la réalisation de l’espace Colette incluant une salle de danse et ses annexes dans un espace trop restreint conçu par l’équipe Simons qui de cet aspect ne s’en prévaudra pas mais portera ses critiques, à moins que ce soit son fondé de pouvoir, sur les erreurs de gestion qu’il  lui impute à tort ou à raison et qui resteront  jusqu’à l’élection de mars 2014 au centre d’un débat bien loin des besoins et des préoccupations d’une majorité de Villiéraines et de Villiérains.

 

Mais il faut  noter que la majorité sortante est divisée, un de ses membres aurait décidé de faire cavalier seul au premier tour. Il en restera fatalement des séquelles au second au cas où il y aurait regroupement.

 

La troisième liste devrait être conduite par monsieur Simons, ou son successeur désigné, qui tenterons l’un ou l’autre de s’approprier une part du bilan. Encore de belles joutes en perspective sur des points secondaires avec éventuellement la participation de monsieur Fraysse qui lui aussi voudra tirer son épingle du jeu.

 

Les uns et les autres, dont les positions ne sont pas très éloignées de celles de la majorité UMP à laquelle ils ne s’opposent qu’en de rares occasions pour s’en démarquer en prévision de élections suivantes, n’ont de chance d’obtenir un score honorable que dans l’hypothèse  ou ils feraient liste commune dès le premier tour.

 

Un tract récent laisse à penser que le Front de gauche pourrait être de la partie.   Ses partisans, qui n’ont pas jugé bon de s’exprimer depuis 2008 sur la gestion communale, pourraient décider de sortir de leur léthargie ce qui leur permettrait de mesurer l’amplitude de leur audience réelle dans l’opinion à l’aune des proposition de leur Hérault d’armes Mélenchon qui prétend laver plus blanc que blanc, au fil de l’eau, c’est plus écolo.

 

Ainsi nous irions vers des échanges  du genre de ceux qui ont eu lieu, à fleurets mouchetés, au sein du conseil municipal depuis  les présidentielles, chacune des parties soutenant son poulain: C’est pas lui (Sarkozy) le responsable c’est l’autre (Hollande) élargi avec l’arrivée des représentant d’un troisième Larron qui prétend demain raser gratis tout en situant comme les autres sont action dans le cadre des traités européens dont il refuse de s’affranchir tout en affirmant péremptoirement le contraire.

 

Il faudra bien sur  y revenir mais ce n’est pas l’objet du présent article, qui souhaite simplement attirer  l’attention des Villiéraines et les Villiéraines sur le fait que  Mélenchon et ses amis ne sont, comme les autres, que des semeurs d’illusions dont ils n’ont rien à attendre en l’état de leurs propositions. Une alternative à l’austérité existe mais elle est impossible à mettre en œuvre dans le cadre de l’Union Européenne dont les textes verrouillent, au plan national, toute initiative pouvant aller dans ce sens. L’Allemagne et sa cour Constitutionnelle y  veillent attentivement.

 

Pourtant la situation des collectivités locales  est préoccupante. Cette année notre commune dépensera plus qu’elle n’aura de  recette de fonctionnement, c’est écrit dans le budget approuvé par la majorité le 26 mars, qui n’a pu être équilibré que par des restrictions drastiques, jugées insuffisantes par monsieur Simons, de crédits en dépenses de fonctionnement, et par la reprises des excédents de l’année précédentes, qui vont fondre comme neige au soleil, jusqu’à disparaître  avec l’aggravation   de la politique d’austérité, la nécessité de faire aux charges induites par l’arrivée de nouveaux habitants,  la réforme Peillon dite de des rythmes scolaires qui pour Villiers représenteraient l’équivalent de deux à trois emplois d’équivalents temps pleins sans compter les aides  supplémentaires qu’il faudra accorder à la vie  associative contrainte elle aussi de s’adapter.

 

Il est vraisemblable qu’à la veille des municipale,  début  2014, l’actuelle majorité fera l’impasse de la progression des taux d’imposition des ménages comme de celle du coût des prestations servies pour en laisser la responsabilité à l’équipe suivante. D’ici là les  candidats à la relève comme les sortants  en seront réduits à faire assaut de démagogie les uns marqués à l’encre indélébile pour avoir cautionné l’austérité version UMP ou le bînôme-PS, les autres par l’absence de lucidité et de courage politique de leurs donneurs d’ordres.

 

Les uns ou les autres n’auront qu’une marge de manœuvres des plus réduites : Rogner encore les dépenses et augmenter les charges qui pèsent sur les ménages. L’essentiel du scrutin des municipales, c’est vrai pour les suivants,  n’est donc pas là mais dans la possibilité qu’il nous offre d’une part d’exprimer notre ras le bol de politiques qui nourrissent le chômage, les exclusions, les déficits alors que l’argent coule à flot vers les paradis fiscaux, d’autre part  de pousser vers la retraite tous ceux et celles qui sont responsables de cette situation, ou qu’ils se situent sur l’échiquier politique par un gigantesque coup de balai, Mélenchon compris.

 

Que faire alors ?

 

Même  si l’abstention a pu assurer la prééminence du NON au démembrement de la République lors du référendum du 7 avril en  Alsace c’est aussi une pratique courante qui laisse le champ libre à des  majorités relatives de plus en plus réduites par rapport au nombre d’inscrits. Ce n’est pas la solution.

 

Resterait alors à faire en sorte que l’expression du  mécontentement, qui tend à devenir majoritaire s’il ne l’est pas déjà à Villiers sur Orge, et ailleurs, puisse se cristalliser sur une liste alternative porteuse de propositions « anticrise » accompagnées des conditions de leur mise en œuvre au plan national en toute indépendance de l’UE, du FMI, de la banque mondiale et de l’OMC qui nous tiennent en tutelle.

 

Une liste, non pas apolitique, mais indépendante des partis politiques  et de leurs accords occultes à quelque niveau que ce soit, national, département,  ou plus localement au  sein de l’agglomération ou les uns et les autres se tenant par la barbichette se  livrent à un chantage du type : « tu me soutiens ici sinon je t’élimine ailleurs ».

 

Le devenir de notre cité est d’abord l’affaire de ceux et celles qui y vivent et non pas celle d’états major politiques coupés de la réalité et  aux yeux rivés sur les strapontins disponibles.

 

Une liste composée de personnes, ou qu’elles  se trouvent sur l’échiquier politique, avec celui qui croit au ciel comme celui qui n’y croit pas, l’essentiel étant d’être laïc,  à l’exclusion de  l’extrémisme de droite qui va bien au-delà du Front National, sur la base d’un programme élaboré en concertation avec la population, en  réalité avec la situation locale et les contraintes extérieures, non pas pour les subir mais pour les combattre.

 

Je pourrais encore m’engager en faveur d’une telle démarche, de type gaullien, mais je n’irai pas sous l’égide de partis politiques qui tout en se réclamant de la gauche gèrent à droite, détricotent à l’instar du MEDEF ce qui reste du programme du Conseil National de la Résistance, sont engagé dans une démarche colonialiste ou la cautionnent,  pratiquent le double langage, ne proposent rien de concret comme le fait le Front de Gauche dont les dirigeants  rejettent toute contestation de leurs vérités révélées. j.freychet@wanadoo.fr

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 16:30

Cherchez les différences et les contradictions.


Par jacques Maillard  membre de la direction du Comité Valmy.

 

Un de mes amis, militaire très attaché aux valeurs du patriotisme et aux principes républicains, nous envoya sur un forum de discussion la photo d’une chanteuse française qui déclarait, étant d’origine algérienne, qu’elle ne pouvait absolument pas brandir le drapeau français, au contraire du drapeau algérien, qu’elle brandissait avec joie.
Il nous posait la question : « cherchez l’erreur ».


Cette chanteuse manie des symboles (les drapeaux), s’imagine un pays (l’Algérie) et vit dans une réalité (la République Française). Derrière ces contradictions, symptômes d’immaturité et de manipulations, allons au delà des passions qui, dans un sens ou dans l’autre, se déchaînent aujourd’hui et dont cette image est une expression.


Ma réponse fut donc la suivante, que l’on pourrait intituler :


« les raisons de l’existence d’un danger mortel, sont aussi les raisons d’espérer ».


Des forces extérieures et intérieures poussent à la guerre civile et à la disparition de ce qui est encore aujourd’hui la « République et la Nation Française ».

 

I) Des forces intérieures, venant notamment des familles et des institutions les plus riches et les plus puissantes poussent tout azimut :


a) A la discorde, la haine, l’intolérance, en promouvant simultanément les extrêmes religieux (salafistes, intégristes juifs ou chrétiens, bouddhistes ou autres,), les extrémistes ethniques et linguistiques (indépendantistes de tout poil en Alsace, Bretagne - voir l’institut de Locarn-, en Catalogne, au Pays Basque, en Savoie, en Corse, en Flandres, dans les Dom Tom)

 

b) En ôtant à la population ses moyens de vivre décemment, par l’organisation d’une crise financière, la mise en faillite de l’Etat, la destruction ou la vente des moyens à l’étranger de production, sous prétexte et sous les auspices de l’ Europe », de la mondialisation et de la « civilisation occidentale »

 

c) En ôtant à la population les moyens de s’instruire : l’Ecole, l’université, les grandes écoles, sont transformées en machines à produire des « cerveaux disponibles » pour les managers, les vendeurs, les financiers, les producteurs de loisirs et spectacles. La recherche publique est transformée en annexe des bureaux d’études des multinationales. Le couple « manipulé manipulateur » remplace la transmission et la création des savoirs.

 

d) En dénigrant systématiquement sa culture et son histoire : l’anglais est imposé comme langue de travail dans l’université par la prochaine loi, (alors que la Chine fait la démarche inverse, s’apercevant qu’obliger les scientifiques à cette loi provoque un abaissement du niveau par exclusion de nombreux éléments). Un bureau de l’ambassade des USA, avec l’appui de nombreuses institutions et « intellectuels » français, veille à faire disparaître tout élément patriotique de l’instruction populaire, en particulier par une approche systématiquement partiale des événements au détriment du peuple français (approche révisionniste de la révolution ou de la résistance).

 

e) En ôtant au peuple les moyens de se défendre : l’armée nationale républicaine a vocation à être transformée en brigade de mercenaires devant faire la police à l’extérieur au sein de coalitions dirigées par les USA, et qui fera bientôt la police à l’intérieur (voir le MAE et EUROGENDFOR)

 

II) Cette tension intérieure est accompagnée d’une tension extérieure grandissante.


Ces mêmes forces qui animent par leurs actions, leurs finances, leurs propagandes, leur influence (sur les recrutement, sur les contrats, sur les logements et les subventions) cette désintégration entraînent la France dans une grande aventure néocoloniale militaire, commerciale et financière, au sein notamment de coalitions auto intitulées « défense humanitaire de la civilisation par la communauté internationale », même lorsque ladite coalition ne regroupe qu’une partie très minoritaire de l’humanité.

 

Prenons l’exemple (entre autres) de l’Eglise catholique (ses représentant les plus élevés, bien sûr). Elle sait mettre des centaines de milliers de militants dans la rue pour un problème tout à fait marginal pour la très grande majorité de nos concitoyens, mais n’a ni un mot, ni un geste, pour défendre réellement les millions de chrétiens, dont une grande partie catholiques, qui sont « invités » par les alliés barbus des puissances occidentales (dont la France en première ligne), à choisir entre le cercueil et l’exil de la terre de leurs ancêtres, qui d’ailleurs a vu naître le christianisme il y a 2000 ans.

 

Les grandes organisations politiques et syndicales, de droite et de gauche, cautionnent (voir le dernier communiqué sur la Syrie FSU-CGT, les votes de MM Mélenchon et Cohn Bendit sur la Libye...) ou restent silencieuse, ou très frileuses (Madame le Pen), à dénoncer cette thalassocratie prédatrice masquée.

 

Des puissance étrangères, comme les USA au travers de leurs fondations intitulées « Young leaders » ou pour le « développement de la démocratie », comme le Qatar avec ses immenses financements, en particulier sur les jeunes des banlieues, l’Allemagne avec une politique de propagande ethnique, communautaire et séparatiste (en Alsace), peuvent impunément travailler au minage de notre Nation.


Concernant l’Alsace, sa séparation de la république française est préparée par un référendum visant à détruire tout son appareil administratif républicain (commune, département) au profit d’une gestion « Reich like », qui lui permettra de s’insérer dans une « grande région transfrontalière européenne » avec le Baden Wurtemberg (langue de travail l’allemand bien sur), régions promues par l’Union Européenne (rapport EDORA) et l’OCDE. Au nom de la « bonne gestion », bien sûr.


Concernant la Bretagne, rappelons que lors de l’occupation nazie, les envahisseurs obligeaient les écoles à n’enseigner qu’en breton.

 

Concernant la minorité musulmane, nos « alliés » US, allemands, anglais, turcs, qataris et saoudiens, déversent donc des millions d’euros dans nos banlieues, nos partis, nos associations, nos syndicats, pour exciter le sentiment « antifrançais », « antirépublicains » chez les jeunes de l’immigration, tout en s’alliant avec les pires réactionnaires de droite et de gauche dans les partis, les associations, les entreprises. Ainsi les tensions, revendications anti-laïques d’un coté, réponse d’exclusion d’un autre, montent. J’ai personnellement été entouré de musulmans pendant 30 ans, mais le climat actuel est exécrable, et ne fait que s’aggraver avec chaque demande inacceptable, contraire à l’égalité hommes femmes, anti-laïque, et, en retour, chaque acte de mépris et de haine mutuel.

 

Une masse de « militants », de l’extrême gauche à l’extrême droite, soit abusés par les discours charismatiques de leaders qui connaissent très bien le fond des affaires, soit maintenus en dépendance ou achetés par contrats, subventions, postes, promotions, aides et subsides divers, voire aussi menaces portant sur leur niveau de vie ou leurs proches, appuient dans les médias, les syndicats, les associations, les partis, les institutions, cette exacerbation des tensions, la destruction des réels moyens de résistance, l’abandon des principes républicains et la propagation d’une idéologie de la « décroissance » qui sous couvert de nouvel humanisme pousse à l’abandon de la raison, et à la destruction de nos outils industriels et de défense nationaux, au communautarisme, à l’ethnicisme, aux guerres humanitaires, à droite comme à gauche.

 

Une nouvelle fois dans son histoire tragique, notre pays est confronté à un double péril immense, venu de l’extérieur et de l’intérieur. Dénigrant essentiellement la République, ces forces en veulent la destruction définitive.

 

Cette destruction est d’autant plus dangereuse qu’elle ne se fait pas brutalement, contrairement aux heures les plus sombres de notre histoire (guerres civiles et invasions étrangères) du moins jusqu’à aujourd’hui. Cette destruction s’effectue sur des décennies, procédant par petits pas progressifs, par petites touches subtiles, une réforme par là, une vente, une privatisation, un « ajustement juridique », la « restructuration », l’ouverture ou plutôt la fermeture d’une institution, une petite loi par ci, un traité encore, invalidant dans la réalité tout un tas de lois fondées sur des principes républicains, des changements dans la constitution très anodins en apparence mais qui, tels des trous de lapins dans des digues, en réduisent à néant ses vertus.


Nouveaux principes « de précaution », d’ »expérimentation », de décentralisation ou de régionalisation (langues régionales revenant en force), ou d’adaptation à la mondialisation (anglais obligatoire pour tous, de la maternelle à l’université, de l’usine au laboratoire). Et, en particulier, grâce aux derniers traités européens qui permettent et imposent le démantèlement du pays, de son Etat, de son droit et de sa langue.

 

Cette destruction est permise par la corruption et l’instrumentation de la bêtise, de la lâcheté, ou de l’ignorance, par la terreur bien camouflée (la peur du chômage ou de la régression sociale), amenant un changement profond, un bouleversement du paysage juridique, économique, intellectuel, social, politique.

 

Cette évolution, cautionnée ou mise en place par les décisions précises des « élites » qui s’échelonnent depuis des décennies, est accompagnée d’une propagande intense, vers tous les milieux, camouflant cette politique et expliquant la pertinence de cette destruction par "la marche incontournable de l’histoire" , le « progrès scientifique technique », l’ "avancée idéologique " ... les idéologies essentiellement d’origine allemande justifiant la fatalité de ces évolutions antirépublicaine et prônant la servilité des peuples sont invoquées par des intellectuels corrompus, lâches ou achetés pour justifier ces régressions sociales, techniques, culturelles.


Tout ceci rend la destruction encore plus profonde et menaçante.

 

Se pose donc la question : Pourquoi ? Suivie de celle-ci : Y a t il encore un espoir ?


Nos ennemis, des monarques européens des XVIII et XIX eme siècles, de Hitler aux multinationales d’aujourd’hui, du Vatican au Qatar et l’Arabie Saoudite, des indépendantistes bretons payés par les 30 oligarques aux salafistes des banlieues perdus dans leurs rêves de califat, de Goldman Sachs aux pétroliers texans, le constat de base est le même :

 

Le modèle de la République qui est le phare de la construction démocratique française est fondé sur des principes philosophiques qui vont à l’encontre du « paradigme social » de la « modernité libérale capitaliste ». Notamment :

 

a) priorité de la loi sur le contrat, souveraineté populaire, la propriété est un droit, limité comme les autres,
b) priorité du bien public, de l’intérêt général, sur le privé, sur les intérêts des communautés, des individus, des familles.
c) liberté de pensée et d’action individuelles, pas de reconnaissance du droit des « communautés, », quelles qu’elles soient, à s’approprier des droits particuliers sur leurs membres. « agnosticité » et « neutralité » de l’Etat.
d) égalité de tous les citoyens, dans leurs droits, dans leurs devoir (impôt, service militaire...)
e) instruction publique gratuite, obligatoire, de haut niveau, fondée sur la raison et l’apprentissage du sens critique, apprenant des connaissances « universelles » et « générales » à tous, neutralité et exclusion de l’irrationnel, de l’ésotérique, de l’ethnicisme communautaire dans la fonction publique et particulièrement l’instruction publique.
f) L’Etat, la République, ne doit pas laisser les hommes « au bord du chemin », dans le désespoir, la misère, la maladie. Il doit aussi assurer la fraternité, et aider les citoyens à la pratiquer. Mais cette fraternité ne doit pas rendre le citoyen redevable à une personne ou une institution privée. C’est donc par la République que doit transiter cette aide nécessaire, en assurant la solidarité entre ses membres.
g) celui qui tue le tyran est un héros de la république : « la révolte face à la tyrannie est le plus sacré des devoirs et le plus cher des droits ».


On est loin du crime de lèse majesté ou de la répression aveugle du « terrorisme » qualificatif très facile des résistances à l’ »ordre ».


Cette liste n’est pas exclusive, bien sûr.

 

Ces principes, cette philosophie, permet à la promotion d’une vie de citoyen, d’une vie en société, ou la recherche du bonheur individuel est bien loin des poussées de reconnaissance et de consommation promues par les modèles sociétaux « moderne », de luxe, de pouvoir, de domination, d’exclusivité, de « privilèges », d’ »importance » (« VIP »), etc.

 

Le citoyen républicain et philosophe conçoit le bonheur comme une paix avec lui même en premier lieu, un corps sain, une tête fonctionnant bien, une ouverture et une curiosité sur le monde, en tout le contraire de cette « élite » orgueilleuse » et aussi pleine de « mauvaise conscience », qui permet de définir un « grand marché mondial » des « classes émergentes » (voir les séminaires de Goldman Sachs à ce propos).

 

Ces principes sont il est vrai très anciens, bien plus que notre république, que la France même. Ils viennent de très loin, dans l’espace et le temps, de l’Est de la méditerranée, de la Grèce, l’Egypte et la Mésopotamie, et ensuite de Rome. Ils ont été synthétisés, rationalisés, dans les principes helléniques de démocratie, de science, de philosophie. Ils sont universels, et c’est pourquoi, au cours de l’histoire, de nombreux pays, soit en ont inventés ou pris une partie, soit en ont fait les principes de leur Etat. Mais, pour des raisons diverses, notre pays a été l’un des premiers au cours du moyen âge à garder ou reprendre ces principes (Etats généraux, conseils municipaux...), et reste aujourd’hui l’un des derniers à les garder par bribes dans une constitution qui subit tous les jours les assauts de vagues européennes ou autres pour en démolir ces fondements.

 

De nombreux auteurs étrangers ont souligné cette filiation, cette particularité française, et depuis des siècles : Machiavel, Thomas Platter, Gibbon, Clausewitz, Russel, Freud, Stefan Zweig... Hitler dans « Mein Kampf », y trouve les raisons de détruire la France, ennemi mortel de l’Allemagne : « ce pays est peuplé de philosophes coupeurs de tête de roi ».

 

Ou donc réside l’espoir ? Dans la cause même de cette attaque.


Au delà de la minorité du peuple de France qui par bêtise, désespoir, lâcheté, ignorance, rapacité, misère intellectuelle ou matérielle, corruption, appuie la destruction de la République et de la Nation française, le peuple peut et doit s’unir et résister pour défendre et reconstruire cette république. Cette république fondée sur ces principes éternels, universels, dont nous n’avons pas l’exclusivité, mais au contraire la charge de les transmettre, de les faire revivre, de les faire exister.

 

Seuls ces principes permettent de trouver les forces pour s’unir, au delà des ego, des intérêts, des croyances, des sentiments, des rancoeurs, des expériences.


Seuls ces principes, comme dans les jours tragiques de la Révolution et de la Résistance, s’ils ne sont pas dévoyés par ces forces extérieures et intérieures qui n’acceptent jamais leur défaite (et c’est à nous d’y veiller) permettent de faire saisir aux autres peuples que notre réveil, notre reconstruction, notre résistance, n’est pas un danger, mais au contraire, un espoir pour eux tous.

 

 

Mise en ligne : 22 mars 2013 par Comité Valmy

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 09:20

En italiques quelques ajouts lors de la rédaction de cet article.

 

Taux d’impositions pour 2013

 

Maintenir les taux au niveau de l’année précédente va générer une pression supplémentaire, équivalente à la revalorisation des bases d’impositions de 1,89 par la loi des finances,  sur les contribuables locaux alors que dans le même temps le chapitre 74 dotations, subventions  et participations de l’Etat du Département de la Région diminuent de 42 072 euros soit 4 % plus pour tenir compte du reversement au titre de la péréquation intercommunale.  Je me suis abstenu pour ne pas cautionner alors que déjà, à Villiers sur orge, le produit des impositions directes ramenées à l’habitant 571,30 euros est très largement supérieur à la moyenne nationale des communes de même importance 375 euros.

 

Il  est également à noter que le montant du  remboursement de la dette en  capital ajouté aux  dépenses de fonctionnement  est supérieur aux recettes de fonctionnement de l’année en cours. La commune  vit ainsi au dessus de ses moyens, la tendance ne peut que s’accentuer. Il est facile d’en tirer les conclusions.

 

Budget (les documents budgétaires son accessibles en mairie)

 

Il n’est pas nécessaire d’être expert pour constater que le document soumis à notre appréciation  est marqué par un resserrement des dépenses, sur presque tous les chapitres,  imposé par une réduction des dotations de l’Etat qui se répercutent de collectivité en collectivité jusqu’aux communes qui n’auront bientôt comme alternative que  d’augmenter les taxes locales, le coût des prestations servies et  réduire encore les crédits destinés à l’entretien du patrimoine dans une période ou à Villiers sur orge la croissance démographique exige des moyens accrus tant en investissement qu’en fonctionnement.

 

Faire une étude exhaustive serait long et fastidieux d’ailleurs nous avons déjà , lors du Débat d’Orientation Budgétaire, échangé sur le sujet que vous connaissez aussi bien que moi, même si nous n’en tirons pas les mêmes conclusions.

 

Je ne reprendrai que quelques points

 

Les crédits autorisés pour charges à caractère général (chapitre 011) sont réduits de 21 000 euros (Monsieur Simons a déclaré que ce n’était pas assez, il fera pire si lui ou ses amis sont élus l’année prochaine à l’occasion du renouvellement des conseils municipaux)

 

Les crédits autorisés pour charges de personnel (012) augmentent de 51 772 euros soit 2 % mais l’essentiel est absorbé par l’URSSAF, les caisses de retraites et les ASSEDIC pour 30542 euros par contre l’article 64111 : rémunération principale (titulaires) chute de 44 500 euros. Réduction compensée par l’augmentation de l’article 64131 à destination de personnels non titulaires. Certes il s’agit de prévisions qui devront être vérifiées en comparant les Comptes administratifs de 2012 et 2013 mais la tendance au resserrement est toujours présente.

 

Le chapitre 014 - solidarité imposée à l’égard de collectivités plus en difficulté que la notre  progresse de 12267 euros et ça va continuer.

 

Le chapitre (65) charges de gestion courante qui recouvre les indemnités aux élus, le versement au Centre Communal d’Action Sociale et les subventions à la vie associative est en très légère réduction en valeur absolue, beaucoup plus en  tenant compte de l’inflation estimée à 1,8 % dont il convient de tenir pour l’évolution des dépenses inscrites sur chaque chapitre.

 

Vous pourriez rétorquer que c’est à ce prix que vous avez réussi à dégager un excédent prévisionnel de 469 811 euros, incluant il faut le souligner, le résultat prévisionnel de 2012, auquel cas je vous demanderais ce qu’il en adviendra lorsque :

 

  • Vous commencerez à réaliser les emprunts nécessaires au financement des travaux prévus dans les écoles maternelles et primaires, également pour pallier les charges induites par la réforme Peillon des rythmes scolaires qu’il faudrait dès à présent chiffrer ne serait-ce qu’en terme de fourchette, dans l’hypothèse ou elle se concrétiserait malgré les protestations de nombreux parents et enseignants il faudrait exiger qu’elle soit à coût nul pour les communes

 

  • Qu’il faudra augmenter les capacités d’accueil du centre de la petite enfance dans une période ou la CAF tend elle aussi à réduire, voire à supprimer les aides qu’elle accorde aux collectivités locales.

 

  • L’excédent dont vous avez bénéficié cette année du fait de l’arrivée de nouveaux habitants sur le plateau des Molières  fondra comme neige au soleil avec les besoins  qu’ils vont induire et les transferts de charges de l’Etat relayés par les Régions et les Départements qui ont adapté leurs critères d’attribution de subventions de fonctionnement et d’investissement en conséquence, sous des prétextes le plus souvent fallacieux  qu’il faut avaliser, à défaut renoncer aux aides. Deux délibérations adoptées à l’unanimité moins une voix la mienne lors de la séance du 5 février en portent témoignage,

 

  • Point 7 : Pour une Essonne durable et solidaire,

 

  • Point 8 : Déclaration d’engagements partagés pour une Essonne durable  et solidaire.

 

Le dossier comprenait:

 

Deux notes de présentation l’une concernant la charte construire et subventionner durable un recto verso et d’en appliquer les recommandations pour la réalisation d’uns salle de danse au sein de l’espace Colette et la construction d’uns salle d’éveil et de motricité à Brossolette, la seconde portait  sur un diagnostic territorial à l’échelle de la Communauté d’agglomération du Val d’Orge et des communes qui la composent afin d’élaborer un plan d’action.

 

Deux documents justificatifs annexes soit 6 pages,

 

Deux projets de délibération,le premier valant engagement de respecter le second portant approbation du diagnostic territorial partagé tripartite Conseil général, communauté d’agglo- commune de Villiers sur Orge dont il n’ est possible de trouver trace sur Internet qu’en extrapolant à partir d’autres textes.

 

Au total 16 pages  bien insuffisantes pour appréhender l’ampleur des contraintes imposées sur la base de décisions prises antérieurement par le conseil général à partir de textes législatifs et de directives venues de plus haut imbriqués les uns dans les autres tels des poupées russes. A titre d’exemple la délibération de l’assemblée départementale 2012-04-0064 du 17 décembre 2012, à laquelle renvoyait  celle qui nous était soumise, fait référence à l’agenda 21, un document déjà copieux, ainsi qu’à dix décisions prises antérieurement par le conseil général.

 

Il est  à noter que les subventions seront désormais encadrées par un système de bonus malus et que les élus locaux n’auront d’autre faculté que d’agir à la marge en attendant d’être regroupés en conseil de quartier sous l’égide de la CAVO.

 

A ce jeu là et à moins de multiplier les promesses impossibles à tenir les programmes soumis aux Villiéraines et aux Villiérains lors des prochaines élections municipales se ressembleront comme deux gouttes d’eau.

 

C’est déjà une démarche centraliste de type totalitaire à laquelle  s’ajoutent d’autres décisions prises en amont qui peuvent entrer en application au plan local, sans délibération, dans des délais impartis, sans autre forme de procès. C’est le cas :

 

  • De l’adhésion de Longpont au SMOYS (Syndicat mixte Orge Yvette Seine pour l’électricité et le gaz). Point 11 de la présente séance - à noter l’absence de nombreux délégués lors de la réunion du SMOYS le 07-02-2013.

 

  • De la modification des statuts de l’agglo point 16 dito

 

Ainsi les assemblées locales après avoir déjà transféré nombre de leurs compétences à l’agglo   sont progressivement dessaisies de ce qui leur reste comme prérogatives pour devenir, comme le parlement dit français  à la botte du capital international, des chambres d’enregistrement de décisions prises ailleurs sans recours possible et sans que nul, ou si peu, n’y trouve à redire.

 

La réforme de l’élection directe des conseillers communautaires va dans ce sens.

 

Pour conclure, du moins provisoirement, il faut se rendre à l’évidence, majorité de droite ou social démocrate Sarkozy ou Hollande qui avait promis le changement pour hier, les résultats sont identiques, les déficits se creusent au rythme du renforcement de l’austérité.

 

Faudra-t-il attendre que Mélenchon, présenté aujourd’hui par les médias comme  meilleur représentant de la gauche dite radicale,  pour tenter d’affaiblir le PS qui avait en son temps agité Le Pen tel un épouvantail pour tenter d’affaiblir la droite républicaine, monte sur la plus haute marche du podium et dispose d’une majorité confortable pour s’apercevoir qu’il n’est qu’un gobe mouches, bateleur de foire dont les rodomontades en particulier au plan de l’Union Européenne, à laquelle il dit vouloir désobéir tout en respectant la signature de la France au bas de traités qui rendent impossible, sous peine de recours, toute revalorisation conséquente du SMIC.

 

Au plan international  il cautionne la démarche colonialiste de l’impérialisme occidental et tente, sans vergogne ni  honte,  de récupérer Chavez qui lui le combattait. En fait sa démarche ressemble à s’y méprendre à celle de ceux qu’il souhaite remplacer.

 

Lors des présidentielles Il avait un boulevard devant lui, il a emprunté une impasse, alors qu’en Italie Beppe Grillo a focalisé la contestation sur son mouvement qui a obtenu plus de 25 % des suffrages exprimés.

 

Lorsque monsieur Simons à de nouveau reproché à la majorité de ne pas avoir exigé plus de l’aménageur du plateau des Molières au titre du PUP  j’ai dit que le moment était venu de faire sérieusement le point sur cette affaire pour déterminer (à partir d’éléments concrets) si oui ou non les participations mises à sa charge  correspondaient aux charges induites par l’arrivée de populations nouvelles. Il semble mais c’est à vérifier que seules les populations scolaires, maternelle et primaire, aient été prises en compte.  Il faut trancher sinon nous en reparlerons indéfiniment.

 

J’ai vote contre le budget car sans réaction il y aura de nouvelles coupes l’an prochain avec cette fois ou l’année suivante l’obligation de compenser par la hausse des taux et  de la tarification des prestations servies par la commune : restauration scolaire, centre de loisirs etc…

 

J’ai ensuite approuvé le versement de l’indemnité de conseil au trésorier principal (point 3) les attributions de subventions au COV, à loisirs et culture, au comité des Fêtes  l’ont été  à l’unanimité (4-5-6).

 

Points 7 et 8 : Les délibérations votées le 5 février 2013 portant garantie des emprunte 3f Aedificat (résidence la Seugneurie) ayant été refusées par la caisse des dépôts et consignation pour insuffisance de formalisme. J’ai voté contre pour les mêmes raisons voir du PV du 05-02.

 

Point 9 : J’ai approuvé le versement d’une subvention au CLIC Orge Essonne ;

 

Urbanisme- Travaux- Développement durable

 

J’ai approuvé les points 11 adhésion de la commune de Longpont au SMOYS- 13  schéma départemental et d’habitat des gens du voyage de l’Essonne. Autorisé madame le Maire à déposer 14 une déclaration préalable pour des travaux de ravalement de la maison Simon- 15 approuvé la demande de subvention au SMOYS pour enfouissement de réseaux électriques rue de la division Leclerc.

 

 point 12 : Si j’étais favorable  sur la principe d’une convention relative aux dispositions de gestion et d’entretien des voiries départementales situées en agglomération entre la commune , l’agglo, et le département j’étais par contre opposé à la répartition des compétences : S’agissant d’une voirie départementale Villiers sur Orge n’ pas à supporter financièrement les conséquences d’une circulation de transit de poids lourds qui sont en général à l’origine de désordres sur les bordures de trottoirs voire sur les trottoirs eux-mêmes qui au plan local sont utilisés pour des déplacements piétoniers. La présence de glissières de sécurité a été de même rendue nécessaire  par l’intensité de la circulation à partir de la  RN20 en direction de SGDB, enfin Villiers n’a pas à prendre à sa charge les ouvrages anti-bruits, contre une nuisance dont ses habitants ne sont pas responsables.

 

 J’ai voté contre ;

 

Affaires générales :

 

Point 16 : j’ai approuvé la modification des statuts de la communauté d’agglo afin qu’elle dispose de la compétence permettant de  développer le  réseau Internet au débit  je regrette toutefois qu’elle n’ait pas opté pour un véritable service public national mais c’est dans l’air du temps.

 

Personnel : 

 

Point 17 : Il ‘agissait d’adhérer à un procédure de mise en concurrence par le Centre Interdépartemental  de gestion de la grand couronne de la région Ile de France afin de parvenir une amélioration des  remboursements de la protection sociale complémentaire (dépassements d’honoraires) des agents des collectivités territoriales. Selon le CIG le montant  des cotisations évolueront en fonction des options retenues par les agents avec participation des employeurs comme c’est le cas aujourd’hui à Villiers sur Orge pour les adhérents à la Mutuelle Nationale Territoriale. J’ai émis un avis favorable.

 

Point 18 : Il s’agissait de généraliser  la participation communale aux agents adhérents à d’autres mutuelles après agrément de ces dernières. J’ai également émis un avis favorable.

 

Il est évident que ces mesures ne doivent pas conduire à financer des organismes discriminatoires et à buts lucratifs.

 

Point 19 : La modification du tableau des effectifs en vue d’accueillir un second emploi « d’avenir » nouvelle mouture des emplois jeunes dont le taux de chômage ne cesse d'augmenter car ce sont des déclarations d'intention aux effets très limités a été approuvée à l’unanimité.

 

Il en a été de même pour la détermination d’un ratio d’avancement à l’échelon spécial pour un agent ne pouvant pas changer de catégorie Point 20 – la convention avec le CIG pour la mise à disposition d’un avocat (21) – Les conditions d’attribution du logement de fonction du complexe sportif aux agents communaux (22) – En question diverse l’organisation d’un mini séjour pour les enfants d’âge élémentaire de l’accueil de loisirs.

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 17:43

 

ORDRE DU JOUR

 

I   Approbation du Procès Verbal de la séance du Conseil Municipal du 5 février 2013

II  Approbation du Procès Verbal de la séance du Conseil Municipal du 22 février 2013

III Décisions prises par Le Maire pour la période allant du 22 février 2013 au 25 mars 2013

 

IV  Points nouveaux soumis au Conseil Municipal :

 

Affaires financières :

 

1. Vote des taux d'imposition communaux pour l'exercice 2013

2. Approbation du Budget Primitif de la commune pour l'exercice 2013

3. Indemnité de Conseil du Trésorier Principal de Savigny sur Orge

4. Attribution d'une subvention municipale au COV pour l'exercice 2013

5. Attribution d'une subvention municipale à l'Association Loisirs et Culture pour l'exercice 2013

6. Attribution d'une subvention municipale au Comité des Fêtes pour l'exercice 2013

7. Garantie pour un emprunt à contracter par 3f Aedificat auprès de la CDC pour l'amélioration des 172 logements sociaux

8. Garantie pour un emprunt à contracter par 3f Aedificat auprès de la CDC pour la construction de 26 logements sociaux

9. Attribution d'une subvention municipale pour le budget de fonctionnement du Centre Local d'Information et de Coordination (CLIC) ORGESSONNE, pour l'exercice 2013

10. Etat récapitulatif des marchés conclus en 2012 par la Commune

 

Urbanisme / Travaux / Développement durable:

 

11. Adhésion de la Commune de Longpont-sur-Orge au S.M.O.Y.S

12. Convention entre le Conseil Général de l'Essonne et la ville relative aux dispositions de gestion et d'entretien des voiries départementales situées en agglomération

13. Avis sur le Schéma Départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de l'Essonne

14. Autorisation donnée au maire de déposer une déclaration préalable pour des travaux de ravalement de la maison Simon

15. Demande de subvention au SMOYS au titre des travaux d'enfouissement des réseaux d'électricité sur une section de rue de la Division Leclerc

 

Affaires Générales:

 

16. Approbation de la modification des statuts de la communauté d'agglomération — compétences facultatives « développement du réseau haut débit et très haut débit »

Personnels

17. Projet d'adhésion à la procédure de mise en concurrence du CIG pour la conclusion de convention de participation en santé et en prévoyance

18. Participation en santé dans le cadre d'une procédure de labellisation

19. Modifications du tableau des effectifs

20. Détermination d'un ratio d'avancement à l'échelon spécial

21. Convention avec le C.I.G. relative à la mise à disposition d'un avocat

22. Conditions d'attribution de logement de fonction du complexe sportif aux agents municipaux

 

V / Points d'information :

 

> Opération désamiantage Travaux d'extension de l'école Brossolette

> Opération extension école Malraux > Avancement des chantiers voieries

> Affaire LORTHOLARY

> Opération médiathèque et salle de danse

>   Opération Centre Ville

> Très haut débit

 

VI / Questions diverses :

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 15:25
Frappes contre la Syrie - cible : la Russie  ( et la Chine)

« Il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux » (Alexej Jedrichin-Wandam)

 

Interview d’Andrej Iljitsch Fursov  repris

samedi 2 février 2013, par Comité Valmy

 

L’entretien ci-après avec le professeur Andrej Fursov, directeur du Centre d’études russes à l’Université des sciences humaines de Moscou et membre de l’Académie internationale des sciences (Munich) a été publié le 9 août 2012 dans KP.ru. Compte tenu de l’orientation des questions au départ, il embrasse un large spectre imprévu de sujets abordés. Partant de la situation actuelle en Syrie et du « Printemps arabe », l’historien russe tente des prévisions et des réflexions sur les développements à venir, allant du concret au global. Dernière remarque liminaire : en russe, le terme de « régime » n’a pas forcément de connotation négative.


Pourquoi l’Occident est-il si pressé d’enfoncer les clous dans le cercueil du régime d’Assad ?


Andrej Fursov : Ce pays de taille moyenne au Proche-Orient est tout à coup devenu le point le plus névralgique de la planète. L’ONU siège en permanence à son sujet. La Russie et la Chine y adoptent une attitude inflexible. Une flotte russe de bâtiments de guerre avec de l’infanterie de marine à bord a mis le cap sur la Méditerranée et fera aussi escale en Syrie. Les USA mettent 15 millions de dollars supplémentaires à disposition des « rebelles ». Est-il possible que ça sente la grande guerre ?

 

La guerre pour le gaz


En quoi la petite Syrie a-t-elle gâché la soupe au puissant Occident ?


En tout, simplement. Procédons par ordre – allant du plus petit au plus grand, du régional au global. Dans les constellations proche-orientales et en général dans le conflit des Américains et des monarchies sunnites (Arabie saoudite et Qatar) contre l’Iran chiite, ce pays n’est pas seulement un allié de Téhéran, mais le membre d’une chaîne qui relie celui-ci avec les groupements chiites du monde arabe. Sans cet intermédiaire, l’influence de l’Iran dans le monde arabe serait passablement moins importante. Je ne veux même pas parler de l’oléoduc qui, provenant de l’Iran, traverse la Syrie. Sans solution de la question syrienne, les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les Britanniques et les Américains, ne pourront pas prendre le risque de s’attaquer à l’Iran. Le régime syrien est de fait le seul régime fort et laïc du monde arabe. Le fait qu’il soit fort dérange les Atlantistes dans leurs plans de transformation du Proche-Orient et du monde entier. Qu’il soit laïc et en même temps économiquement couronné de succès dérange les dirigeants de l’Arabie saoudite et du Qatar.

 

Bien des gens disent qu’il s’agit de la première guerre pour le gaz naturel.


On a détecté des gisements de gaz naturel dans le Sud de la Méditerranée – autant en mer que sur terre en Syrie (Kara). C’est difficile de connaître leur dimension, mais ils existent. Le Qatar exporte du gaz naturel liquéfié à l’aide d’une flotte de tankers. Si le régime d’Assad s’effondre, le Qatar aura la possibilité de transporter directement le « combustible bleu » via le territoire syrien sur la côte de la Méditerranée. Cela doublerait au moins son volume d’exportations et gênerait simultanément les exportations de l’Iran. Le renforcement du Qatar sur le marché du gaz naturel affaiblit la position de la Russie. Si les Américains réussissent simultanément à prendre le contrôle du gaz naturel algérien, cela ressemblera bien à un blocage des exportations de gaz naturel pour la Russie. Ce qui signifie que les intérêts économiques du Qatar sont identiques aux intérêts géopolitiques des Etats-Unis, et à leurs efforts d’affaiblir la Russie autant que possible, car la Russie ne doit pas de nouveau se renforcer.

 

Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial. Ils agissent par « chaos orchestré »


Cela signifie au fond qu’en Syrie, les Yankees attaquent indirectement le Gazprom aimé des Russes ?


Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial, ils travaillent selon le principe de tirer simultanément plusieurs balles d’un coup (ce qu’on devrait apprendre d’eux). Le chaos orchestré se déroulant au grand Proche-Orient sépare la Chine des sources de pétrole et de gaz naturel dont elle a besoin, ce qui entraîne en même temps une rupture entre la partie chinoise de l’Eurasie et celle de l’Europe occidentale. Le contrôle du pétrole et du gaz provenant du Proche-Orient signifie en première ligne le contrôle des Etats-Unis sur l’Europe, notamment sur l’Europe occidentale, ce qui serait favorable à un affaiblissement de la Russie et de ses positions. Et si un jour cela devait déplaire à l’Europe, on pourrait là aussi provoquer pour un oui pour un non quelques troubles arabo-africains – de telle manière que les citoyens rassasiés désireraient que ça prenne fin.

 

Cette logique (bien que ce ne soit pas la seule chose) détermine la poussée vers l’Est des élites de l’Atlantique nord à travers le monde arabe : la Tunisie, l’Egypte, la Libye. Actuellement, ils sont arrivés en Syrie. Cependant, les Atlantistes se voient confrontés dans ce coin de terre syrienne à une autre puissance mondiale, qui peut se mesurer à eux du point de vue économique et même militaire, mais qui représente une civilisation totalement différente. C’est la Chine avec sa poussée vers l’Ouest. La poussée de la Chine est une espèce de croisade pour gagner des ressources. Le Pakistan se trouve déjà sous l’influence de la Chine. Les Chinois ont depuis longtemps des relations avec les talibans d’Afghanistan. L’Iran est aussi un allié, bien que très spécial. Le sud de l’Irak est déjà de facto contrôlé par les alliés chiites d’Iran. Du point de vue géostratégique et géoéconomique, la Chine parvient ici pas seulement jusqu’à la côte de l’océan Indien, mais, vu sous cet angle, jusqu’à l’Atlantique (à savoir jusqu’à la côte syrienne de la Méditerranée). Pour le dire objectivement, en Syrie, les croisés occidentaux sont parvenus à la Grande Muraille de Chine.

 

Pour la première fois, l’élite anglo-américano-juive, qui s’était formée au cours des derniers siècles et est devenue une conquête organisationnelle historique de l’Occident, a été confrontée ici à un adversaire mondial d’un genre non-occidental (car la direction de l’URSS était la transposition d’un projet de gauche de l’Occident, d’un jacobinisme de l’époque moderne). Par ailleurs, le segment européen de l’élite occidentale se trouve en face d’un segment chinois pas moins ancien et peut-être même plus ancien, d’où il reçoit aussi l’expérience historique. Orienté tout autant vers les valeurs matérielles, le commerce et l’argent. Mais ayant encore l’esprit très aventureux, car à l’évidence les Chinois ont leur propre système criminel mondial.

 

Le but de l’Occident : voir tomber la Chine, la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et l’étouffer technologiquement


La mafia chinoise est probablement encore un peu plus violente que l’italienne…


Oui, et ne parlons même pas des réserves d’or chinoises comme arme financière menaçante.
Pékin a très bien compris que la Syrie n’est qu’une étape de la poussée principale des Atlantistes du Nord – et le but est de voir tomber la Chine, de la renvoyer à l’intérieur de ses frontières nationales, de la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et de l’étouffer technologiquement. C’est ce qui explique la position si dure de la Chine à l’ONU en ce qui concerne la Syrie.

 

Qu’en est-il de la position de Moscou ? Pourquoi est-elle si différente que dans le cas de la Libye ?


Premièrement, nous avons à présent un autre président. Deuxièmement, je pense que l’affaire avec Kadhafi a appris pas mal de choses aux dirigeants russes. Troisièmement, la Russie entretient une base navale en Syrie.

Quatrièmement, l’industrie d’armement russe a des intérêts importants en Syrie, et les intérêts économiques sont une chose sacrée pour les dirigeants russes. Cinquièmement, la Syrie est bien plus proche des frontières de la Russie et de l’espace postsoviétique que la Libye. Tout ceci détermine la position de Moscou, une position qui par son potentiel nucléaire et diplomatique renforce la position chinoise. Ni la Russie ni la Chine ne parviendraient à affronter seuls la communauté internationale. Les Anglo-Saxons peuvent sûrement se ficher du veto de la Russie et de la Chine, de l’ONU et du droit international en général, qu’ils ont de toute façon l’intention d’abroger. Mais jusqu’ici, ce ne sont que des intentions. Car comme Staline a dit une fois, la logique des circonstances est toujours plus forte que la logique des intentions. Ces circonstances sont la Russie et la Chine qui provoquent une furieuse rage chez les Atlantistes du Nord – il n’y qu’à écouter quelques fois Madame Clinton et observer sa mimique.

 

Les USA d’aujourd’hui dans la surtension des forces


En dépit des positions intransigeantes de Moscou et de Pékin, l’Occident ne se retire pas. Pourquoi donc ?

Premièrement, cela ne fait pas partie des traditions des Anglo-Saxons de lâcher prise après avoir planté leurs crocs dans une proie comme un pitbull. Ils feront pression à fond jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur projet ou jusqu’à ce que l’adversaire leur brise les reins. Deuxièmement, au cours des 25 à 30 dernières années, après avoir vaincu l’élite soviétique (il s’agit exactement de l’élite soviétique – elle a capitulé) ils sont simplement devenus arrogants. Ils se sont habitués à ce que la Russie abandonne tout et ils comptent sur le fait qu’ils peuvent faire pression sur l’élite russe, déjà rien que parce celle-ci a déposé son argent dans des banques occidentales. Troisièmement, et c’est la raison principale qui l’emporte sur toutes les autres : les mises sont beaucoup trop élevées, c’est le destin des élites de l’Atlantique nord elles-mêmes qui est en jeu, il ne s’agit pas du tout seulement de réserves d’hydrocarbures ou du Proche-Orient. L’Occident n’a pas d’autre possibilité que de foncer en avant. L’affaire se présente ainsi : en dépit de l’énorme potentiel matériel et d’information de cette machinerie gigantesque qui est dirigée par des géo-constructeurs et géo-ingénieurs supranationaux extrêmement expérimentés, les Etats-Unis font actuellement l’expérience d’une surtension des forces. « Nihil dat fortuna mancipio » – le destin n’accorde rien pour l’éternité ! Le temps de l’Amérique est en train de passer. Afin de retarder la chute définitive ou même de l’éviter, l’Amérique a besoin de faire une pause pour souffler. Ce n’est pas un hasard si dans la nouvelle doctrine militaire qu’Obama a proclamée le 5 janvier 2012, il ne s’agit plus maintenant que les USA – comme jusqu’ici – soient armés pour mener deux guerres parallèles, mais plus que pour une, plus des actions indirectes dans plusieurs régions. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que les Américains regroupent jusqu’à 60% de leur puissance militaire dans l’océan Pacifique, l’espace du Pacifique oriental, et qu’ils se préparent ainsi à des confrontations avec la Chine. Ce n’est pas un hasard si la revue Foreign Affairs, une publication du Council on Foreign Relations (CFO) – une des structures américaines les plus influentes en matière de relations internationales – ne cesse de publier depuis peu des articles qui disent ouvertement : les Etats-Unis ont besoin de faire une pause « pour se concentrer sur la reconstruction des bases de la prospérité nationale ». Aujourd’hui, l’Amérique rappelle l’Empire romain du temps de l’empereur Trajan (début du IIe siècle de notre ère). A cette époque, Rome a passé des offensives stratégiques à la défense stratégique ; Rome a commencé à bâtir le limes et à abandonner quelques régions conquises, avant tout au Proche Orient.

 

Un chaos orchestré :afin que la place ne soit pas reprise par des concurrents en cas de retrait


C’est une analogie directe. Les Etats-Unis ont l’intention de quitter l’Afghanistan, et ils se sont déjà retirés de l’Irak …


Les résultats du Sommet de l’OTAN de Chicago, les 20 et 21 mai 2012, en ont apporté la démonstration : ni les Etats-Unis ni l’OTAN ne quitteront réellement le Proche-Orient et l’Afghanistan. Ce n’est pas pour cela qu’ils s’y étaient rendus. Il est toutefois vrai qu’ils doivent en « sortir » mais avant tout pour y installer un nouveau modèle de commandement. Et cela, tout simplement pour éviter que la place ne soit prise par les concurrents, c’est-à-dire par l’UE et surtout par la Chine. Voilà la vraie raison de ce nouveau modèle de domination de la région : un chaos orchestré. On ne peut imaginer de meilleur candidat pour installer ce modèle et le maintenir que les Islamistes, « les chiens de garde de la mondialisation à la mode américaine ».

 

On voit donc au Proche-Orient – notamment dans le pays-clé qu’est l’Egypte – que le « Printemps arabe » a porté au pouvoir les Islamistes. En réalité, on leur a aplani le chemin. Mais, les Anglo-Saxons ont buté sur deux pays dans leur marche en avant, dans lesquels les Islamistes étaient faibles ou inactifs. Il s’agit de la Libye et de la Syrie. La Libye a déjà été écrasée par l’atroce attaque de l’OTAN, la Syrie est actuellement assiégée. L’armée syrienne se bat contre le terrorisme international, qui est, comme il se doit, dirigé par les manipulateurs des dirigeants anglo-américains.

 

Le vrai visage des « amis de la Syrie »


Permettez, Andrej Iljitsch ! Les médias occidentaux prétendent que le peuple s’est révolté contre le régime d’Assad. Les insurgés sont des Syriens qui ont déserté l’armée.


En sont responsables les médias occidentaux, ou autrement dit : les moyens de propagande de masse, d’agitation et de désinformation. Leur tâche est purement militaire, soit de mener une campagne de désinformation et de guerre psychologique. Les « rebelles syriens » sont dotés d’armes de précision, de canons antichars, d’appareils de détection à infrarouge, d’excellents fusils pour tireurs d’élite, et de bien des autres armes, de production turque pour l’essentiel. N’est-ce pas un peu beaucoup pour des déserteurs et des réfugiés ? L’essentiel est, toutefois, l’organisation de ces combats. Depuis juin, la situation en Syrie a complètement changé. Assad se heurte à une culture d’état-major hautement qualifiée, de ceux qui planifient les diversions militaires dont seraient bien incapables les déserteurs, même au rang de capitaine ou de major. Les « insurgés » ont passé de la tactique d’usure et de harassement de l’armée syrienne à celle d’attaques massives, soutenues par des contingents comportant 25 000 à 30 000 hommes. Ces hommes armés viennent de Libye, de Tunisie, d’Afghanistan et d’autres pays islamiques. De les envoyer en Syrie permet aux Occidentaux et aux monarchies sunnites de résoudre un problème crucial. Car ces énergies meurtrières doivent être occupées quelque part. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles se mettent à travailler sérieusement, et un chien enragé peut aussi mordre son maître.

 

Le terrorisme international, contre lequel les Etats-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes


Une partie des clans criminels syriens combattent avec les mercenaires professionnels et les terroristes internationaux contre les troupes gouvernementales ; ils assassinent leurs propres voisins et accusent le régime Assad d’avoir commis ces horreurs. La situation en Syrie a mis au jour une réalité : Le terrorisme international, contre lequel les Etats-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes. En Libye, c’est Al-Qaïda qui a accompli la tâche ordonnée par les Atlantistes. En Syrie, on a introduit les hommes d’armes de l’Islamiste Abd al-Hakim Balhadsch, qui fut commandant des « insurgés » libyens. Il est le militaire le plus influent de Tripoli et lié à Al-Qaïda depuis longtemps. Cette organisation est un instrument parfaitement adapté pour les services secrets américains et britanniques. En cas de besoin, on peut les utiliser pour faire exploser ses propres Twin-Towers, puis rendre responsable l’organisation de Ben Laden. Et, si le besoin s’en fait sentir, on peut s’allier à cette organisation pour se lancer contre Kadhafi ou contre Assad. Al-Qaïda peut reprendre du service ; comme le déclara en son temps notre patriarche Avvakoum « hier encore fils de pute, aujourd’hui déjà un prêtre ».

 

Il doivent cesser de nous raconter des stupidités : les Syriens ne se battent pas contre les Syriens, mais contre l’élite anglo-saxonne qui mène sa guerre au travers des terroristes internationaux. Leur façon d’agir ressemble fort à celle des escadrons de la mort de John Negroponte au Guatemala. Les « amis de la Syrie » (qui furent auparavant les « amis de la Yougoslavie, de l’Irak, de la Libye ») voudraient, de leur point de vue, aussi devenir les « amis de la Russie », alors qu’ils sont le principal pouvoir terroriste international. J’espère bien qu’ils se retrouveront un jour, avec leurs complices (y compris ceux de La Haye), à « leur Nuremberg ». Nombreux sont ceux, à l’ouest aussi, qui comparent l’invasion de l’Irak par Bush jr. à celle de la Pologne, des Pays-Bas et de la France par Hitler. La question qui se pose est de savoir si la Syrie sera la dernière ligne avant une nouvelle guerre, non seulement mondiale, mais globale ? La criminalisation de la politique par les dirigeants occidentaux y conduira finalement, tôt ou tard.

 

Les Etats-Unis ont de fait justifié les derniers actes terroristes à Damas qui ont coûté la vie à plusieurs membres du gouvernement syrien.


Oui, parmi les victimes se trouvent le ministre de la Défense Daud Radschha, le chef des services secrets militaires Assef Schawkat et le chef du comité anticrise Hassan Turkmani. Des personnes très proches d’Assad, ses soutiens. Il fallait s’attendre à une pareille action, et je ne pense pas qu’elle a été possible sans l’aide de services secrets occidentaux. Mais Bachar el-Assad tient bon, on n’a pas pu le briser au cours des 15 derniers mois, c’est pourquoi on vise maintenant à l’éliminer physiquement, lui et ses proches. On espère qu’une fois disparu, son régime s’effondrera. Y arrivera-t-on ? C’est une autre question. Mais dans ce contexte, il y a autre chose qui est important : l’élite occidentale s’est, après l’assassinat de Kadhafi, engagée ouvertement et sans scrupule sur la voie de l’assassinat de ces dirigeants, qui s’opposent à leurs projets, c’est-à-dire : sur la voie du terrorisme. Alors qu’avec Milosevic et Saddam Hussein on s’était donné la peine d’ouvrir un procès bidon, on a assassiné Kadhafi d’après des méthodes « concrètes » de grand banditisme et on n’a pas même caché sa satisfaction. Qu’on se souvienne de la scène présentant les dirigeants américains réunis à la Maison-Blanche devant le téléviseur pour assister à la mise à mort de « Ben Laden ». Quand on tombe pareillement dans l’abrutissement et dans la dégénérescence morale on se retrouve au niveau de la populace moyenâgeuse qui trouvait plaisir à assister aux exécutions. Les dirigeants occidentaux se comportent comme une organisation mondiale de criminels et ne s’en cache même pas. Selon le principe : « Tu es déclaré coupable uniquement parce que j’ai faim ! »

 

Ainsi, l’ancien président français pro-américain, Sarkozy, avait directement menacé les chrétiens syriens (environ 10% de la population syrienne) que, s’ils continuaient à soutenir Assad, ils pourraient se trouver victimes d’attentats. Et c’est bien ce qui se passe actuellement. Mais on ne se contente pas d’assassiner des chrétiens, mais aussi des Druzes, des Alaouites, des membres du parti Baath au pouvoir depuis 1963. Mais les grands massacres commenceront, dans la mesure où l’Occident réussira à faire tomber le régime d’Assad. Ce qui ne sera possible que par une intervention militaire venant de l’extérieur.

 

Combinaison d’une tactique de désorganisation et d’attaques massives

Pensez-vous que l’Occident ira aussi loin ?


Il vaut mieux poser cette question à cette organisation criminelle qui a ses « actions » à Washington, New York, Londres et Bruxelles. Nous ne pouvons qu’imaginer des variantes. La seule puissance militaire sur laquelle s’appuie l’OTAN est la Turquie, laquelle rêve de voir la Syrie divisée en quatre ou six parties, d’obtenir le contrôle de la moitié, ce qui commencerait à lui donner l’image de ce que nous avons connu comme l’Empire ottoman. Toutefois, une telle guerre serait un vrai risque pour la Turquie, du fait des positions de la Russie, de la Chine et de l’Iran, sans compter la question kurde, cela même avec l’aide de la technique militaire de l’OTAN. Et la Syrie elle-même n’est pas dénuée de force. On peut donc plutôt s’imaginer que la guerre actuelle continuera de la même manière, l’Occident s’efforçant d’écraser la Syrie au moyen des mercenaires, en combinant la tactique de désorganisation et d’attaques massives, tout en cherchant à liquider physiquement Assad. Les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont déjà trop investi pour la destruction du régime syrien et ne reculeront que si le prix d’une victoire est trop élevé.

 

Ont-ils vraiment autant investi ?


Oui. Tant en ce qui concerne la finance que l’organisation. Déjà en 2006, on a mis en place le programme « Démocratie en Syrie », avec un financement prévu de 5 millions de dollars. En 2009, le « Conseil pour la démocratie », qui répartissait cet argent entre les acteurs qui voulaient « démocratiser » de l’intérieur les pays qui devaient être affaiblis par les Etats-Unis, reçut du Département d’Etat la somme de 6,3 millions de dollars pour le programme, lié à la Syrie, intitulé « Initiative pour le renforcement de la société civile » (il faut croire que les Anglo-Saxons s’imaginent qu’on met en place une société civile en faisant assassiner des femmes et des enfants par des mercenaires).

 

Le « Syrian Business Forum » administre actuellement un budget d’au moins 300 millions de dollars. La moitié de ce montant sert à financer l’« Armée syrienne libre ». L’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont signé un accord secret à ce sujet, jouent un rôle important dans le financement des forces anti-Assad. Les positions des Saoudiens et du Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Dschassem Al Thani, démontrent parfaitement la collusion entre l’Occident et les Salafistes. C’est au Qatar que furent tournés des films sur de prétendus combats à Tripoli et à Damas, alors que ces combats n’avaient pas encore commencé. L’émir finança l’assaut de Tripoli et y envoya une troupe arabe de 6000 hommes qui portaient l’uniforme militaire du Qatar. D’ailleurs, c’était aussi Ben Dschassem qui ordonna l’attaque contre le diplomate russe Titorenko au Qatar.

 

La bataille pour l’Eurasie


Certains politiciens occidentaux pensent que la Russie accueillera Assad et sa famille. Partant de l’idée que le peuple syrien en sera reconnaissant à la Russie. Quelles peuvent être les répercussions pour la Russie de la chute du régime Assad ?


La Syrie est notre seul allié dans le monde arabe. S’il chute, nous perdrions nos dernières positions dans la région. Mais il ne s’agit pas seulement du monde arabe. La Russie peut facilement disparaître de la carte. Après la Syrie et l’Iran (car il est plus que probable qu’après la Syrie, les Atlantistes envahiront l’Iran – les analystes émettent déjà le nom de cette opération militaire « La grande tempête », qui devrait commencer par une attaque américano-israélienne contre le Hizbollah) ce sera probablement notre tour. On peut donc affirmer qu’on vainc la Syrie (et l’Iran), mais ce qu’on vise finalement c’est la Russie. Les préparatifs sont déjà en route dans toutes les directions : la situation au Proche-Orient, le « bouclier anti-missiles », l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, etc.

 

Les affaires concernant le bouclier anti-missiles et l’extension vers l’Est de l’OTAN sont claires. Mais quels sont les liens entre la Syrie et l’Iran et notre sécurité ?


Ils sont très proches de nos frontières et de nos zones d’influence – la Transcaucasie et l’Asie centrale. Si les régimes actuels de Damas et de Téhéran tombent, alors la zone du « chaos orchestré » par les Atlantistes s’étendra de la Mauritanie et du Maghreb, jusqu’en Kirghizie et au Cachemire. L’arc d’instabilité s’enfoncera comme un coin dans l’Eurasie centrale, d’où les Atlantistes menacent déjà directement la Russie et la Chine. Mais avant tout la Russie.

 

Tout cela pour la folie du pouvoir – au lieu d’acheter les matières premières


Pourquoi avant tout la Russie ?


La crise du système mondial attendue augmente l’importance du contrôle des ressources de manière incommensurable. L’importance est encore potentialisée en prenant en compte les conditions de la catastrophe géo-climatique et géophysique pronostiquée. Je ne parle pas ici du « réchauffement global » mythique. Mais du recul prosaïque du courant du Golfe, du changement de la chaîne alimentaire dans les océans mondiaux (cela arrive une fois tous les 11 millénaires et demi à douze millénaires et demi) – ce sont là des bouleversements d’une dimension planétaire qui ont commencé environ au début du XXe siècle et se termineront environ dans le premier tiers du XXIIe siècle. Dans de telles conditions de crise et après une telle crise, la seule région stable avec suffisamment de ressources dans le monde est l’Eurasie du Nord, donc principalement le territoire géographique de la Russie. C’est pourquoi notre territoire devient l’une des plus importantes proies géo-historique du XXIe siècle et des siècles suivants. Les russophobes célèbres Brzezinski, Albright et d’autres Occidentaux ont déclaré à plusieurs reprises, qu’il était injuste que la Russie dispose d’un tel territoire et de telles ressources. Cela devrait appartenir à la communauté mondiale – c’est-à-dire aux élites atlantistes, qui sont organisées en loges, clubs, commissions, ordres et autres structures exceptionnelles.

 

Toutefois, pour cela, il est nécessaire d’obtenir le contrôle sur l’Eurasie du Nord, et le territoire pour déployer ses troupes est – l’Asie centrale. Les Américains sont déjà sur place. Bien qu’ils contrôlent déjà le Proche-Orient, ils sont néanmoins encore séparés de l’Asie centrale par la Syrie et l’Iran. Ici, la mèche qu’on a allumée en Afrique du Nord, reste jusqu’à présent interrompue et s’est éteinte. Sans la destruction de ces deux pays, les Atlantistes ne peuvent pas entamer leur combat pour l’Eurasie du Nord. Ils considèrent la Russie comme source de matières premières, la Chine comme source de main-d’œuvre, c’est-à-dire comme quelque chose de secondaire. Et si cette entité secondaire contrarie leurs plans, cela les rend fou. La solution pour la question russe et chinoise est abordée par l’Occident justement avec l’aide de l’Islam, des Arabes. Peu importe si cela se passe sous la forme d’un chaos orchestré, d’une nouvelle conquête arabe ou d’une guerre entre le Califat et les incroyants.

 

Fidèles à leur tradition, les Anglo-Saxons s’efforceront de monter de grands Etats et des peuples les uns contre les autres, de les affaiblir, voire de les exterminer (deux fois au cours du XXe siècle, la Russie et l ’Allemagne ont été montés l’une contre l’autre), toutefois, ils s’efforceront aussi d’éliminer l’Islam. Cela se fait par sa radicalisation maximale avec le wahhabisme, le sevrage de sa force économique interne et démographique au cours des guerres eurasiennes, après quoi le monde islamique sera transformé plus tard en une sorte de Ghetto d’une nouvelle tradition, qui ne possèdera pas de propres ressources et technologies. Ceux qui ont joué dans leur enfance à « Donjons et Dragons » [un des tous premiers jeux de rôle médiéval-fantastique créé aux Etats-Unis dans les années 1970, ndt.], se souviennent probablement d’une variante d’un « Monde du soleil noir ». Les mondialistes tenteront de briser le monde islamique en une quantité de petites unités, avec lesquelles des entreprises militaires privées ou des mercenaires de multinationales arriveront facilement à extraire de ceux-ci les restes de ressources pour ensuite s’en débarrasser sur la décharge de l’histoire. L’Occident n’exercera son contrôle que ponctuellement dans des endroits avec grande concentration de ressources (par exemple, aujourd’hui déjà, le contrôle de la côte méditerranéenne de la Libye longue de presque 1800 km) ; le reste, on le met à libre disposition de tribus, de clans et de syndicats criminels, parmi lesquels chacun contrôlera son petit morceau. Des parties de l’Arabie saoudite, du Pakistan (séparé du Béloutchistan), de l’Iran pourront aussi devenir de tels « morceaux » – une véritable mosaïque islamique. En même temps, l’Occident a besoin de surveillants dans la région et ce rôle peut aller au Grand Kurdistan. Un seul Etat, à qui il sera permis d’être grand.

 

Pourquoi ?


Sur le territoire du Grand Kurdistan, si celui-ci est créé un jour, se situeront les sources de tous les grands fleuves de la région. Cela veut dire que l’époque prochaine, pauvre en eau, et suite à cela, époque de guerres pour l’eau en tant que ressource, les plus importants leviers de l’influence dans la région – comme au temps de l’Empire assyrien – seront dans les mains du peuple séculaire des Kurdes. Le Kurdistan pourrait devenir le chien de garde le plus important de la région et remplacer Israël dans ce rôle.

 

Pourriez-vous être plus explicite concernant Israël ?


Les perspectives d’Israël sont, dans un Proche-Orient changeant, assez diffuses. Très probablement, l’Occident démontera Israël, parce que Israël ne sera plus nécessaire, comme l’a prédit Arnold J. Toynbee encore en 1957. Certes seulement après l’évacuation du « tiers supérieur » de la po­pulation. La variante de la création d’un Grand Kurdistan et du démantèlement d’Israël n’est pas certaine à 100%, mais très probable. C’est sûr que ce n’est pas l’affaire des prochaines années.

 

Ne pas faire confiance aux vipères


Que doit donc entreprendre la Russie dans la situation dramatique, qui se développe autour de la Syrie ?


Ce que fait la Russie actuellement – c’est-à-dire soutenir la Syrie jusqu’à l’extrême, ne pas permettre qu’on l’écrase. Nous avons déjà envoyé des unités de marine de guerre, pas de grands contingents, mais mieux que rien. Si l’on doit conduire une guerre, alors on ne doit pas le faire par la quantité, mais par la qualité. De plus, le 7 juin, il y a eu des tests sur deux missiles balistiques intercontinentaux : un « Topol » (nous l’avons confirmé) et un « Bulawa » (nous ne l’avons pas confirmé, mais les Américains insistent du moins sur le fait qu’il y a eu un tel lancement). C’est un certain signe. Car la Russie est malgré toutes les réformes encore une puissance nucléaire et c’est nous, pas trop les Chinois, qui sommes considérés comme le principal adversaire par les Américains, et ils continuent et continueront à nous considérer comme tel. Nos diplomates font leur travail. La manière dont Vitali Tschurkin a parlé avec l’ambassadeur du Qatar m’a plu, je constate avec un certain plaisir l’impuissance dans la méchanceté de Madame Clinton et de quelques personnes officielles de rang inférieur du Département d’Etat, impuissance démontrée à l’égard de nos dirigeants. Il faut saluer le fait que la défense aérienne syrienne a déjà obtenu 18 unités de nos systèmes de missiles « Buk-M2 » et 36 unités de nos systèmes de missiles anti-aériens du type « Pantsir S-1 » ; bientôt, il y aura encore des livraisons de systèmes S-300 et d’hélicoptères Mi-25.

 

Je compte beaucoup sur l’impulsion de survie des dirigeants russes et sur le fait qu’on ait tiré les vraies conséquences des destins tragiques de Milosevic, Saddam Hussein et Kadhafi. Ceux-ci ont fait d’abord confiance à l’Occident et l’ont payé de leur vie. Hamlet de Shakespeare dit à propos de « Rosencrantz et Guildenstern », « … les deux, auxquels je fais confiance comme aux vipères. » On ne doit pas faire confiance aux vipères – elles mordent mortellement, dans le sens littéral du mot. Ou elles tentent de mordre et utilisent pour cela des problèmes internes ; la Russie en a à revendre. Est-ce donc un hasard que les attroupements des « Boucles blanches » fin 2011/début 2012 coïncident avec la déclaration des dirigeants russes relative à l’affaire syrienne, de poursuivre une position dure ? Certainement pas. Ici, surgit de pleine force le problème de la « cinquième colonne » qui s’est formée chez nous au cours du dernier quart de siècle. Nous vivons dans une époque de guerre, qui a commencé avec l’attaque de l’OTAN contre la Yougoslavie et qui maintenant donne des coups de pieds à la porte de la Syrie avec les mêmes bottes de l’OTAN. Dans des temps pareils, il faut agir selon les directives des temps de guerre. Jamais personne n’a réussi à vaincre un adversaire extérieur ou à s’y opposer sans en même temps ou auparavant avoir mis sous contrôle la « cinquième colonne » ; bien entendu avec des moyens légaux, uniquement légaux. Finalement, une alliance politique et militaire internationale est nécessaire, qui est capable de maîtriser l’agresseur et de créer de la sécurité ou du moins une pause pour respirer de huit à dix ans. Pendant ce temps, la Russie peut arriver à remonter la pente et à se préparer pour la grande guerre du XXIe siècle – à la dernière grande chasse de l’époque du capitalisme, qui malheureusement est presque inévitable. A s’y préparer et à la surmonter.

 

Pour l’instant, il s’agit de tenir l’adversaire potentiel à l’écart et de soutenir les faibles, pour qu’ils repoussent cet adversaire qui vient de loin – ce n’est pas seulement stratégiquement, mais aussi moralement juste.

 

Enseignements et pronostics


Quelles sont les leçons à tirer de la Libye et de la Syrie pour la Russie ?


Tout d’abord : n’aie jamais confiance, en aucun cas, en les dirigeants occidentaux. Ils nous considérerons toujours comme leur adversaire principal et au moment de notre faiblesse maximale, qu’ils essaient eux-mêmes de produire, ils frapperont de toute leur force et tenteront de régler la « question russe ». Un jour, Leonid Schebarschin s’est exprimé ainsi : « L’Occident ne veut qu’une chose de la Russie : qu’elle disparaisse. » La manière dont on supprime les faibles, on l’a vu à l’exemple de la Lybie. La manière dont on se casse les dents sur les plus forts, on le voit à l’exemple de la Syrie.

 

Deuxièmement : Les variantes libyenne et syrienne de l’attaque de l’OTAN montrent, comment les évènements se développeront chez nous dans le cas d’actions militaires : la guerre est menée par des mercenaires, avant tout des Arabes, mais aussi par des entreprises militaires privées. Selon le modèle syrien, on tentera de déstabiliser le Caucase et la région de la Volga : on occupe une ville ou une partie de celle-ci, on perpètre des massacres, on en appelle à l’« opinion mondiale », qui exigera à des sanctions, des contrôles, des bases militaires, (nous en avons déjà une dans l’arrière pays, c’est-à-dire la base de renfort de l’OTAN à Uljanovsk).

 

Troisièmement : Malgré tout le rôle décisif du facteur extérieur, l’état de l’« objet », que vise ce facteur, joue dans la situation en Syrie un rôle extrêmement significatif : un système de gouvernement inefficient, la corruption etc., tout cela agrandit la cible. De ce point de vue, la Russie est aussi très vulnérable. Nous avons des dirigeants tout aussi inefficaces, de la corruption, une économie criminalisée, une étroite imbrication entre nos dirigeants économiques et l’économie mondiale, par conséquent aussi une couche de Compradores pro-occidentaux, en même temps une couche supérieure de niveau professionnel et moral très bas, la pré-domination des intérêts de certains clans avant l’intérêt du pays. Sans parler de la décadence de l’armée, de la crise intellectuelle et morale, ainsi que de l’« usure » du potentiel humain d’une partie importante de la population.

 

Il est certainement vrai qu’une menace extérieure peut souder et mobiliser la population, car il en a toujours été ainsi avec la Russie, que ce soit en 1612, 1812 ou 1941. L’adversaire ne le sait que trop bien. Dans ce sens, l’article de Henry Kissinger sur la situation de la Syrie paru récemment est très intéressant : Contrairement à ses habitudes de tout exprimer clairement, il existe là une quantité d’explications diffuses, y compris des allusions au Saint-Empire romain et à la manière dont il a finalement été détruit. Pourtant, si l’on suit uniquement la pure logique de ce texte et qu’on exprime exactement ce que l’un des plus grands « instigateurs » de ce monde a insinué, on obtient ceci : Le « vieil Henry » met en garde l’Occident d’exercer trop de pression sur la Syrie, car cela pourrait avoir comme conséquence une position intransigeante de la Russie qui la pousserait à une confrontation avec l’Occident. Et cela cache le risque de perdre tout ce qu’on a récolté au cours des vingt dernières années à la suite de l’affaiblissement de la Russie. Ces résultats sont plus importants que la Syrie.

 

Kissinger, le vieux chien, va réellement au fond des choses !


En effet, une confrontation avec l’Occident peut modifier fondamentalement la situation de la Russie et ceci dans toutes les couches sociales, mais avant tout dans la couche supérieure, qui non seulement comprendra mais aussi éprouvera à ses dépens que l’élite occidentale ne l’accueillera jamais dans son milieu, mais qu’au contraire tôt ou tard celle-ci la mangera. S’il en est ainsi, alors un changement de cours radical est nécessaire, au moins pour préserver les richesses, son statut et la vie. Les exemples de dirigeants arabes pro-occidentaux comme Ben Ali ou Moubarak montre donc la teneur en vérité de la thèse de l’excellent géopoliticien russe Alexej Jedrichin-Wandam qu’« il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux ». L’Occident, en particulier les Anglo-Saxons, ne garantissent jamais rien à personne et encore moins à quelqu’un qui a trahi son pays et son peuple. Les anciens aimaient à dire : « Roma traditoribus non premia » (Rome ne paie pas les traîtres). A vrai dire, il les payaient bien, mais seulement jusqu’à un certain moment. Ensuite, on prend des chemins différents. Cela aussi, c’est une leçon à tirer du Proche-Orient par Moscou.

 

Quand pourra-t-on, à votre avis, s’attendre à des changements significatifs de la situation ?


Suis-je donc un prophète ? C’est difficile dans le monde actuel, qui se situe à la croisée des chemins, d’émettre quelques pronostics. Mais si l’on part de l’état de l’économie des Etats-Unis, dont la rémission (dans le sens médical) sera terminée selon certaines prévisions au printemps 2013, et si l’on pense qu’on ne peut probablement pas s’attendre à des actions de grande envergure avant les élections présidentielles américaines, alors on arrive à la période entre environ décembre 2012 et février 2013.

 

Ciel, vous nommez des dates véritablement mystiques : la fin du monde selon le calendrier des Mayas, la venue du meurtrier céleste Nibiru …


Ce n’est pas du mysticisme, mais de la manipulation de la conscience publique, dont le détachement des problèmes réels et l’effarement jusqu’à un état dans lequel l’être humain appelle lui-même : « Je suis pour un gouvernement mondial, lui seul peut me sauver de la catastrophe, du gigantesque astéroïde, des extraterrestres … ! » Encore bien plus dangereux que les extraterrestres sont ces « boys », qui vivent au-delà du Bien et du Mal et emportent l’humanité avec la cruauté impitoyable des reptiles. Ce sont eux qui s’attaquent à la Syrie et ce sont eux qu’il faut stopper maintenant à la « frontière de la Syrie ». Comme le disait Voltaire : « Ecraser les vipères » !

Source : Jewgenij Tschernych, KP.ru, le 15/8/12

(Traduction Horizons et débats)

Mis en ligne CV/ 14 septembre 2012


Diplomate : Les USA recourent à des sociétés militaires privées pour faire un travail sale dans les zones de conflits armés
Le recours à des « sociétés militaires privées » (SMP) dans les zones de conflits armés permet à Washington d’éviter la responsabilité pour violations du droit international humanitaire (DIH), a déclaré mardi Konstantin Dolgov, chargé des droits de l’Homme au ministère russe des Affaires étrangères.
« Les Etats-Unis recourent à des services de SMP pour faire notamment un travail sale dans les zones de conflits armés. Un tell outsourcing (externalisation) des fonctions d’Etat par des sociétés privées permet au gouvernement américain d’éviter la responsabilité pour violations des normes du droit international humanitaire », a indiqué le diplomate. Et d’ajouter que Moscou avait appris avec perplexité et préoccupation que le ministère américain de la Justice avait fermé l’enquête sur une tentative de corruption de la direction du ministère irakien de l’Intérieur par l’entreprise de sécurité Blackwater, appelée Academi depuis 2012. « Cette société a essayé d’obtenir une licence pour travail en Irak contre un pot-de-vin d’un million de dollars et de bloquer l’enquête sur l’assassinat par ses collaborateurs en 2007 à Bagdad de 17 civils, dont des enfants (encore 20 personnes ont alors été blessées) », a rappelé M. Dolgov. Faisant l’objet d’une enquête depuis cinq ans, Blackwater, qui avait fourni de »précieux services » au gouvernement des Etats-Unis, a conclu un accord avec la justice américaine pour éviter un procès.
Source : RIA Novosti du 28/8/12

 

 


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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 13:39
godyear ouvriers agresses

Les travailleurs de GOODYEER Amiens étaient venus en délégations à Rueil Malmaison au Siège de leur entreprise pour accompagner leurs représentants qui se rendaient à la réunion du CCE qui devait examiner un plan de fermeture de l’entreprise. 1173 emplois sont menacés. Ce sont les CRS, et les gaz lacrymogènes qui ont accueilli les militants de base. Comment s’étonner des affrontements entre travailleurs et CRS qui s’en sont suivi. Depuis 5 ans défendant leur outil de travail, et leur emploi, avec juste raison les travailleurs de Goodyeer se considérèrent en légitime défense.* De plus ils défendent l’industrie française, ce qui n’est pas le cas pour le patronat.

 

Ce qui est insupportable ce sont les propos tenus par le ministre de l’intérieur, premier flic de France "la violence est inacceptable dans une démocratie, c’est un message de fermeté, il y aura des poursuites" ; 5 salariés ont été blessés, 2 ont des arrêts de travail de 14 jours. Une fois de plus des militants syndicaux sont traités comme des voyous, assimilés à des terroristes. C’est sans doute pour les mêmes raisons que Manuel VALLS s’oppose à la loi d’amnistie sociale votée par le Sénat sans être contredit par le chef du gouvernement ou par le président de la République.


Après Arcelor Florange, PSA Aulnay, Sanofi, Pétroplus, le gouvernement socialiste choisit son camp, celui du capital. Le ministre de l’intérieur est il en train d’emboiter le pas d’un Jules MOCH, ministre de l’intérieur socialiste qui a du sang sur les mains. En 1948 pour briser la grève des mineurs, en raison d’un retard des salaires sur les prix de 30%, ce ministre mobilisa 60.OOO CRS et soldats contre 15000 grévistes pour lutter contre un prétendu complot communiste. Il y eu 3000 licenciements chez les mineurs, 6 morts, de nombreux Blessés*.

 

La lutte de classe plus réelle que jamais est une donnée majeure de la société française et du monde dans lequel nous vivons. Pour le pouvoir politique et économique la classe ouvrière reste le danger principal puisqu’elle aspire à une autre société. De gré ou de force il faut donc la soumettre, la plier à la loi du profit maximum. L’austérité, les sacrifices demandés au monde du travail ne touchent pas les grandes fortunes.

 

Les médias ne parlent jamais du coût du capital, ainsi en France la distribution des dividendes, fruit des richesses crées par le travail, est passée de 92 milliards en 1999, à 237 en 2011. Aujourd’hui il n’y a jamais eu autant de milliardaires. La politique d’austérité imposée par les instances de l’union Européenne se traduit en Europe par 80 millions de personnes ( 16,4%) vivant sous le seuil de pauvreté. La loi de régression sociale ( ANI) made in MEDEF qui en avril sera présentée au vote des députés et sénateurs loin d’améliorer la situation de l’emploi l’aggravera, elle permettra au patronat d’exercer un énorme chantage sur le monde du travail pour accroitre son exploitation. Comment ne pas relever qu’une fois encore le gouvernement socialiste se conduit en gérant loyal du capital celui des actionnaires et de l’obscénité des richesses, et de la rente.

 

La tournure prise par les évènements amène à reparler de la résistance à l’oppression. Cette donnée fait partie de l’histoire de France, elle fut le 35eme article de la constitution de 1793. Il déclare :  »Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » Il s’agit de novations apportées à la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. L’expérience que vit le monde du travail et de la création atteste que la priorité des priorités est la réalisation de l’union à la base, les luttes collectives et leurs convergences pour aboutir à un vaste mouvement populaire dans lequel se retrouvera le monde du travail et de la création, la jeunesse, les privés d’emploi, les sans papier. Dans l’immédiat cette force peut imposer le rejet de la loi Made-in MEDEF.


Cette victoire emblématique donnerait du souffle aux luttes populaires, le peuple redécouvrirait qu’il est assez fort pour vaincre les forces du capital, faire prévaloir ses droits à l’intérieur comme à l’extérieur des entreprises, décider de son avenir. L’espoir est de ce coté.

 

Guy Poussy ancien membre du comité central du PCF Le11mars 2013

 

• En 1986 à Ivry les syndicalistes soutenus par la population réoccupèrent l’usine SKF qui était investie par les CRS.

• En 2011 une cour d’appel a reconnu l’illégalité de ces licenciements pour faits de grève. 17 mineurs survivants de la grande grève de 1947 ont perçu une indemnité de 30000 euros.

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 18:31

Par Jacques Sapir

9 mars 2013

 

Les sondages indiquent un effondrement de la popularité du Président, mais aussi du Premier Ministre et des ministres du gouvernement. Moins d’un an après l’élection présidentielle, et les élections législatives, c’est un phénomène très rare de désaffection massive[1], qui conduit certains commentateurs à parler « d’enfer ». François Hollande se retrouve avec seulement 33% de réponses lui accordant leur confiance pour résoudre les problèmes du pays. Il est au plus bas d’un Président dans l’année suivant l’élection[2]. Jean-Marc Ayrault, avec pour sa part 30% d’opinions favorables, enregistre un record absolu. De manière significative, la chute des opinions favorables est la plus forte chez les ouvriers et les employés ainsi que chez les jeunes (avec 30%), et la plus faible chez les cadres. Notons enfin le faible nombre de réponses « ne se prononce pas » avec 5% de l’échantillon. Les résultats du sondage sont donc représentatifs de l’opinion des Français. Des résultats à peu près similaires avaient été obtenus dans un sondage IFOP-Paris Match réalisés quelques jours auparavant[3]. On dira que ce gouvernement et ce Président l’ont bien cherché. Rarement a-t-on vu en aussi peu de temps autant de promesses se transformer en leurs contraires. Rarement aussi aura-t-on vu s’établir, dans le cadre d’une supposée alternance politique, une telle continuité avec la politique du précédent gouvernement, politique qui avait été rejetée tant aux élections présidentielles que législatives du printemps dernier. Ceci explique sans doute la chute de François Hollande dans les sondages, chute à la hauteur des espérances qui s’étaient portées sur sa personne. À cela ajoutons un style de gouvernement quelque peu déroutant. Et l’on sait bien que « le style c’est l’homme » (ou la femme).

 

L’effondrement de la popularité du pouvoir et ses conséquences.


Le problème posé par cet effondrement de la cote de popularité tant du Président que du gouvernement est qu’à priori ceci ne devrait pas avoir de conséquences. Les prochaines échéances électorales sont en 2014. Et c’est l’un des raisons pour lesquelles le pouvoir fait actuellement le dos rond, espérant qu’une amélioration de la situation économique se produira entre la fin de cette année et le début de l’année prochaine. On a déjà, et à plusieurs reprises, expliqué pourquoi une telle hypothèse avait très peu de chance de se réaliser. La France s’enfoncera progressivement dans la récession, à moins qu’un effondrement de la consommation des ménages ne provoque un basculement de la récession vers la dépression, et une accélération brutale de la progression du chômage (Chômage, la marée noire qui nous menace). Les implications politiques de la trajectoire économique doivent donc être étudiées avec attention.

Au mieux, les élections prévues en 2014 se transformeront en un vote sanction qui sera d’autant plus massif que les enjeux électoraux sont limités. Car en matière d’élections, nous serons servis pour 2014. Tout d’abord nous aurons en mars 2014 des élections municipales, les élections cantonales et régionales devant être repoussées à 2015. Dans des élections municipales, le facteur « local » a traditionnellement une grande importance. C’est ce qui explique qu’à l’heure actuelle on ne prévoit pas de grands déplacements de voix[4]. Mais, ceci pourrait changer d’ici à élections. Dans le contexte probable qui dominera en France, il n’est pas impossible qu’elles puissent prendre l’allure d’un test national. Puis, en juin 2014, se tiendront les élections européennes. Ces élections prendront elles, naturellement, la dimension d’un test national. Mais, elles auront aussi des enjeux limités, compte tenu des faibles pouvoirs du Parlement européen. Il est donc probable que le message envoyé par les électeurs soit très clair, mais qu’il soit ignoré par le pouvoir et les états-majors politiques. On voit très bien qu’il n’est pas impossible que le Front National, ou l’un de ses avatars, se hisse à plus de 30% des suffrages dans une élection marquée par ailleurs par une faible participation. Ce serait un coup de tonnerre dans la vie politique française, mais un coup de tonnerre que les médias n’auraient de cesse de transformer en coup de cymbales. Tout sera mis en œuvre pour que les leçons d’un tel scrutin ne soient pas entendues, et nous continuerons, en brinquebalant, à aller jusqu’aux élections présidentielles de 2017. Tel est, fondamentalement, le scénario dans lequel François Hollande met ses espérances, comptant bien être réélu, en dépit de tout ce qu’il a fait et n’a pas fait, s’il devait affronter au deuxième tour Marine Le Pen. Ce pari est risqué ; bien de choses peuvent changer d’ici 2017. Cependant, convenons qu’il est tentable. Il est en tout cas dans la logique « mitterrandienne » qui inspire aujourd’hui François Hollande.

 

Mais une autre hypothèse, tout aussi et même plus probable, est aujourd’hui parfaitement possible. Elle représente le pire, du point de vue du pouvoir actuel, et ne doit pas être écartée à la légère. Si l’économie française connaît une chute brutale d’activité dans le cours de 2013, la perte de crédibilité du gouvernement et du Président se transformera en une perte de légitimité. Cette crise de légitimité pourrait survenir de la conjonction de trois mouvements dont on sent dès aujourd’hui la montée dans la société : une colère politique, une colère sociale, une colère issue d’un sentiment de la perte d’identité. C’est là l’hypothèse la plus sérieuse sur laquelle il convient de réfléchir, car la crise de légitimité implique une crise de régime.

 

Les trois colères


La colère politique est facile à prévoir. Elle s’enracine sur un mécontentement allant s’approfondissant et sur le fait que ce dernier ne peut, en théorie, trouver de solution d’ici 2017. Ce mécontentement est redoublé du fait qu’une partie des électeurs qui font partie du socle traditionnel de la gauche s’estime flouée par la politique actuelle du Président et du gouvernement. Ceci est visible dans les sondages récents où le recul de François Hollande est le plus important dans les catégories qui l’ont le plus soutenu : les ouvriers, employés, les professions intermédiaires et les jeunes. Une partie des responsables du Parti Socialiste s’en inquiète d’ailleurs. Cette déception pourrait, si elle s’enracinait d’ici les prochains mois, se transformer en un mouvement d’abstention massif lors des élections de mars 2014, modifiant ainsi brutalement les rapports de force. Mais, il convient immédiatement de dire que la droite traditionnel n’est pas une alternative, et qu’elle est encore très peu audible sur les préoccupations de cet électorat. Voilà qui incite à penser que cette colère politique pourrait s’exprimer hors du cadre électoral, ou s’incarner dans tout mouvement rejetant d’emblée les partis traditionnels.

 

La colère sociale est elle aussi facilement prévisible. Elle s’exprime à la fois dans la montée de la violence sur des sites qui sont devenus emblématiques de la crise (PSA-Aulnay, Continental-Amiens) et dans une désespérance très sensible dans des milliers de petits sites où, à une échelle plus réduite, se rejoue le même drame. L’échec relatif de la mobilisation syndicale contre le projet d’accord ANI entre le MEDEF et quelques syndicats minoritaires ne doit pas faire illusion. Il n’y a eu échec que parce que l’on a proposé à des gens en colère et désespérés des formes bien trop traditionnelles d’expression de leur colère et de leur désespérance. Cet échec est avant tout celui des formes classiques de mobilisation syndicale. Notons déjà que la conjonction de la colère politique et de la colère sociale est redoutable. Le potentiel d’une explosion massive ne fait donc que se renforcer, mais cette explosion suivra des voies différentes de celles qui ont été tracées par les syndicats. Seuls ceux qui sauront s’y adapter y survivront. Cette explosion sera, selon toute vraisemblance, violente. Elle confrontera directement les organes du maintien de l’ordre (Police et Gendarmerie) au choc frontal avec cette colère. Comme ces organismes sont eux aussi travaillés, pour des raisons générales mais aussi des raisons particulières, par un fort mécontentement, nul ne peut dire quelle sera l’issue de ce choc. Si le gouvernement met en œuvre une politique directement répressive, il risque d’aggraver dans des proportions considérables la fracture politique qui se dessine. S’il tergiverse, il peut être emporté par une succession de mouvements se renforçant l’un l’autre.

 

La colère issue du sentiment de perte de l’identité est un phénomène encore plus complexe à décrypter. Elle a, bien entendu, une dimension politique, qui s’enracine dans le déni de démocratie auquel on a assisté en 2005 lors du référendum sur le projet de constitution européenne. Les partisans du « non », largement victorieux, ont été dépossédés de leur victoire, une manœuvre à laquelle François Hollande a été connivent. Les Français ont eu, à ce moment, le sentiment d’être dépossédés de la démocratie, de leur démocratie. Les gouvernants et une partie de l’opposition ont cru que ce sentiment serait passager. C’était oublier le lien très profond, enraciné dans l’histoire, qui unit en France le peuple avec le principe de la démocratie (et non nécessairement ses formes). De là date une fracture symbolique[5]. Cette fracture s’est transformée en une facture qu’il faudra bien solder. Il n’est pas sans une certaine ironie que cette facture retombe sur François Hollande qui, en tant que dirigeant du Parti Socialiste, a beaucoup fait pour l’existence de cette fracture et de cette facture. Cette colère a aussi une dimension sociale, en ceci que le mouvement de désindustrialisation qui s’accélère aujourd’hui nous confronte à l’image d’une France qui n’est plus celle que nous connaissions, ou que nous pensions connaître : un pays fier de ses réalisations industrielles. Une partie importante de la population, qui excède de loin le nombre des simples ouvriers d’industrie, est très profondément attachée à cette image de la France. C’est ce qui explique le succès initial du Ministère du « Redressement Productif ». Mais la maîtrise du verbe ne masque qu’un instant les réalités. L’importance de ce sentiment de perte de l’identité, qui peut s’incarner passagèrement dans un rejet de « l’autre », tient en ce que s’articulant avec la colère politique et la colère sociale, il va provoquer provoquer une délégitimation massive du pouvoir.

 

Vers la guerre civile ?


La crise qui s’annonce va faire voler en éclats l’idée d’une « démocratie apaisée ». D’une part, cette expression est une contradiction dans les termes. Les intérêts qui divisent une société ne sont pas de ceux qui peuvent se régler dans le calme feutré des cénacles privés. Leur exposition au grand jour, qui est l’une des conditions nécessaires à l’existence d’une véritable démocratie, implique un degré d’affrontement qui rend illusoire toute idée d’apaisement. D’autre part, quand les conditions d’exercice de la démocratie sont à ce point fautives que des colères convergentes ne trouveront pas de formes institutionnelles d’expression, il est illusoire de chercher à s’abriter derrière l’idée d’une « démocratie apaisée ». Il faut d’ailleurs remarquer que, de ce point de vue, la France n’est nullement une exception. C’est à un phénomène du même ordre que l’on a assisté lors des récentes élections italiennes.

 

Dès lors, le pouvoir actuel a devant lui trois options. Il peut rester « droit dans ses bottes », et supporter la totalité du choc de ces trois colères. Il est possible qu’il y survive, mais au prix d’une répression qui le fera changer de nature et se transformer en Tyrannie. Il est aussi possible, et c’est l’hypothèse la plus probable, qu’il soit brisé par cet affrontement, ouvrant alors une période d’incertitudes politiques et institutionnelles comme la France n’en a pas connues depuis 1958. Il peut chercher à dévier la lame de fond qui monte, en organisant des élections anticipées, donnant ainsi une forme d’expression dans le cadre institutionnel actuel à ces trois colères. Mais, le système électoral français est ici mal adapté. Rien ne serait pire que l’élection d’un nouveau Parlement qui ne soit pas à l’unisson des sentiments de la majorité de la population. Il peut, enfin, chercher à anticiper sur ces événements et changer radicalement de politique, apaisant ainsi la colère sociale et la colère identitaire. C’est la voie de la logique et de la raison, chose dit-on la plus mal partagée au monde…

 

Jacques Sapir:
Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.

 

NB: Cliquer sur les liens pour en savoir plus en particulier pour connaître l'impact d'une sortie de l'euro sur l'économie française via chômage la marée noire...ci-dessus.

 


[1] Ici

[2] Nicolas Sarkozy était tombé à 38% d’opinions favorables en mars 2008.

[3]Ici

[4]Municipales : premier sondage avant le scrutin

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