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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 15:55

Enjeux - Quels enseignements en tirer- " Révolution" ou coopération de caste?


L'issue ne sera pas la même

 

 

Jeudi 21 février 2013
par  Jean-Claude Delaunay

A l’occasion du 36ème Congrès du PCF, rien n’a évolué ou bougé dans le comportement de ses dirigeants. Je suis donc, comme beaucoup, désolé d’observer leur incapacité à élaborer quoique ce soit de sérieux pour la lutte sociale et révolutionnaire, tant de court que de long terme, dans ce pays et dans le monde. Mais leurs idées, je le crois, ne doivent pas être analysées selon une grille morale. Elles sont partagées par l’opinion communiste majoritaire et représentent une ligne. Voici quelques hypothèses, émises par un communiste de vieille génération, relatives à la base sociologique de cette ligne et aux conclusions que l’on peut déduire de cette analyse.

 1) La qualité d’une décision est d’autant plus grande qu’elle est élaborée collectivement et sans malice. La nature collective de son élaboration n’en garantit pas la justesse. Mais elle contient les mécanismes les plus efficaces de sa reformulation dans tous les cas de figure (erreur initiale ou changement du contexte).

 2) On ne peut pas dire que le dernier Congrès ait donné l’image d’un processus collectif de décision orienté par la transparence. Le communisme de nouvelle génération est un communisme du "coup tordu", et, comme me le confiait un ami : « Quand j’ai lu dans l’Humanité les articles rendant compte de ces journées, je me suis dit que, les journalistes et moi, nous n’avions pas assisté au même Congrès ». De ces torsions et distorsions, on a pu lire plusieurs témoignages convergents sur le site « Faire vivre le PCF ». Cela étant dit, mon hypothèse de départ dans ce texte est la suivante. Aussi tordu et verrouillé qu’ait été ce Congrès, il fut quand même en phase avec « une opinion générale ».

 3) Selon moi, les délégués ayant voté les textes du Congrès se trompent lourdement. Cela dit, quoique je dise ou pense, le seul juge en dernier ressort de nos désaccords et de nos interprétations respectives sera l’histoire. Le marxisme présente cette différence avec la religion, que la sanction des analyses qu’il aide à produire n’est pas reportée au Ciel. Elle a lieu sur Terre. Dans le cas qui nous occupe, on verra. Et on verra assez rapidement.

 4) Si l’objet de mon observation était une opération simple et secondaire de la vie courante, je pourrais me contenter de dire : « Les paris sont ouverts ». Ils le sont, évidemment. Mais je crois qu’il faut faire plus et autre chose que ricaner sur le bord de la route. L’enjeu actuel de ce Congrès est le pourrissement de la société française.

Je sais que les communistes de ce pays sont, pour une partie d’entre eux, passés maîtres dans l’art d’esquiver leur responsabilité dans cette évolution. Ce n’est pas la faute à Voltaire, mais c’est tout comme. C’est la faute à la crise, c’est la faute à la droite, c’est la faute aux socialistes, c’est la faute à la droitisation des idées. Et nous là-dedans ? C’est pourtant l’une de nos tâches, en tant que communistes, que de comprendre la situation politique dans sa profondeur.

Je suis donc conduit à me demander : derrière ces désaccords et différences d’idées, ne peut-on déceler des différences plus accentuées, d’âge, d’histoire individuelle et collective, de milieu social ? Quel est le sous-bassement sociologique du fonctionnement actuel du PCF ? Quelles conséquences en tirer au plan de l’action ?

 5) Je crois qu’il existe deux lignes, distinctes et opposées,pour interpréter la crise en cours et en proposer des solutions de long terme. Lorsque Pierre Laurent a sorti son topo sur la nouvelle génération de communistes devant mettre au point, disait-il, un communisme de nouvelle génération, j’ai tout d’abord été choqué. Jadis (mais cela se passait dans des temps très anciens), nous aurions plutôt insisté sur « l’amalgame ». Je crois cependant que notre "Da Wang", quel que soit la maladresse de son propos, a néanmoins raison sur le fond. On observerait deux catégories de communistes. Il y aurait « les vieux schnocks » et « les jeunes ». Comme l’a rappelé récemment un grand penseur, les chats ne font pas des moutons. En sorte que, à chaque groupe correspondrait une certaine idée de la révolution. Essayons tout d’abord d’approfondir cette approche zoologique du communisme de notre temps par ce qui constitue désormais le phare de notre pensée, à savoir "l’humain".

 6) Autrefois les communistes, qui faisaient déjà preuve d’une préoccupation écologique évidente, s’éclairaient, disaient-ils, « à la lumière du marxisme ». Aujourd’hui, les nouveaux communistes envisagent de s’éclairer « à la lumière de l’humain ».

Quelles sont les caractéristiques de l’humain dans le champ politique ? Je dois dire que je suis perplexe. La notion d’humain est-elle un guide mental infaillible ? D’une part, les hommes sont parfois très pervers, indépendamment de toute influence liée à la naissance et à la fortune. D’autre part, je ne vois pas très bien en quoi la référence à l’humain distinguerait la pensée communiste d’une autre pensée politique.

Car enfin, quel est le parti politique qui, par contraste avec les communistes, se glorifierait d’être « le parti de l’inhumain » ? Peut-on envisager, par exemple, que, pour creuser l’écart qui mène au succès, tel ou tel candidat de l’UMP se déclare « favorable à l’inhumain » ? Les financiers eux-mêmes défendent l’idée que la mondialisation capitaliste est au service de l’humain. Ils poussent la démagogie jusqu’à dire que les classes ouvrières des pays développés sont hostiles à la mondialisation pour des raisons égoïstes, des raisons contraires à l’humain.

 7) Oui, bien sûr, j’exagère. Mais dès lors que l’on commence à dire qu’il y a "humain" et "humain", en quoi "l’humain" peut-il être un référentiel politique ? Certes, nous sommes des communistes occidentaux. Nous véhiculons donc dans nos pensées les idées religieuses qui sont au principe de notre entendement occidental. L’humain, ce n’est pas très loin du partage, la grande idée du communisme de nouvelle génération. Mais au plan de la précision nécessaire des concepts, l’humain c’est tout et rien, c’est la belle et la bête, c’est le bon et le truand, le zéro et l’infini. C’est le rond, le carré et le pyramidal, c’est un mouton à tête de chat comme dirait le camarade Bessac. Penser la politique par l’intermédiaire de la notion d’humain, c’est tout simplement nul.

 8) Quel est donc le concept sur lequel une pensée communiste, fût-elle de nouvelle génération, devrait prendre appui pour récupérer ce qui peut être éventuellement récupéré de la notion d’"humain" ? A mon avis, la réponse est simple. Je l’ai trouvée en m’éclairant « à la lumière du marxisme ». Cette réponse, c’est LE TRAVAIL. L’homme n’est homme que par son travail, c’est Charles qui l’a dit, et sur ce point, il n’est pas dépassé.

Les communistes de la nouvelle génération, de concert avec ceux de la génération ancienne, et pour la raison qu’ils forment "le grand parti des travailleurs" devraient envisager de faire la révolution, au nom du travail, avec les travailleurs, en les écoutant et en luttant avec eux. Bernique ! La révolution informationnelle a effacé le travail de leur entendement.

 9) Puisque la notion d’humain ne me permet pas de comprendre la rationalité du communisme de nouvelle génération, il me faut utiliser un concept réellement opératoire. Ce concept est le travail et le travail renvoie lui-même à la position dans la société de ceux qui travaillent. Quelques mots, donc, maintenant, sur la matérialité sociologique des producteurs du communisme de nouvelle génération. Beaucoup de choses ont déjà été dites à ce propos. Mais je pense qu’il faut encore creuser. Ce que j’avance est en partie hypothétique.

Quatre idées :

 10) La première est que le capitalisme développé de notre temps n’est plus celui que connaissaient Marx et Engels. C’est un capitalisme ayant produit une société « plutôt aisée » en moyenne. Je ne dis pas que tout le monde est riche, loin de là. Car on observe aujourd’hui une société en voie de paupérisation comptant un grand nombre de pauvres absolus. Mais en moyenne, il y a plus de richesse qu’il y a un ou deux siècles, mais aussi une plus grande diffusion de cette richesse, même dans des catégories ouvrières et populaires.

 11) La deuxième idée est que ces sociétés "riches" sont animées d’un double mouvement sociologique. D’une part, la petite bourgeoisie agricole, industrielle et commerçante (les petits et moyens propriétaires) tend à disparaître et à former un salariat majoritaire (environ 90% des actifs, en France). C’est un facteur d’unification. D’autre part, au sein des salariés, agissent des facteurs de forte différenciation [1]. Le concept de classes moyennes serait un moyen de rendre compte de cette dualité spécifique puisque d’une part, les membres de ces classes seraient peu distincts d’autres catégories de salariés, le critère du niveau de revenu salarial étant un critère flou. Mais d’autre part, les classes moyennes seraient différenciées de ces autres classes sociales par le niveau et la nature de leurs consommations.

D’un côté, le concept de classes moyennes serait, au plan de la production, une forme de négation de la division de la société en classes. Il aurait donc un usage idéologique. Utiliser le concept de classes moyennes pour interpréter la production aurait un effet fortement idéologique. Mais d’un autre côté, il existerait entre les salariés des différences dans la consommation finale, comme dans la nature et la quantité des actifs qu’ils détiennent. L’emploi de ce concept serait alors scientifiquement justifié. Un certain nombre des salariés constitutifs des classes moyennes modernes disposeraient de responsabilités dans le travail social et d’un salaire suffisant pour atteindre des niveaux de satisfaction professionnelle et de consommation finale qui les différencieraient de salariés d’exécution et plus généralement de ce qu’on appelle les couches populaires. Je ne suis pas en train de dire que les salariés des classes moyennes seraient des bourgeois et qu’il faut les traiter en ennemis. Ce que je crois est qu’ils constituent un groupe disposant d’une certaine stabilité et d’une certaine homogénéité et que l’analyse politique communiste doit en tenir compte.

 12) Les classes moyennes seraient donc, dans les pays capitalistes développés, un concept significatif au plan de la consommation finale, accessoirement au plan de la responsabilité dans le processus de travail. Mais ils ne formeraient pas un groupe significatif au plan de la production. Ce sont des salariés dont le salaire ne serait pas suffisant pour leur permettre de former un capital économique et d’exploiter de la main-d’œuvre. Mais ce sont des salariés dont le salaire serait suffisant pour leur permettre de se différencier dans la consommation finale et d’accumuler un capital intellectuel. Les travaux de Bourdieu sur la distinction sont opérationnels sur ce plan. Ce sont, accessoirement des salariés dont le travail relèverait de « la double nature du travail » mentionnée par le principal fondateur de l’UGICT, Le Guen.

 13) Les conséquences politiques de mon raisonnement sont les suivantes :

  • Ce sont des salariés que les possibilités de consommation finale poussent vers l’individualisme, voire vers l’hyper-individualisme. Je rejoins ici l’une des cogitations récentes de Monsieur René [2].
  • Ce sont des salariés qui voyagent, que ce soit en avion ou sur le web. S’ils sont membres d’une organisation révolutionnaire, peu leur importe de participer aujourd’hui à une réunion de cellule à Paris, mais la semaine prochaine à Florianopolis et le mois d’après à Bombay. Ils prennent place dans « la mondialité ».
  • Ce sont néanmoins des salariés qui tendent à se radicaliser dans le contexte de la crise du capitalisme financier mondialisé. Le capitalisme mondialisé réduit leur champ d’action et leurs possibilités financières de diverses manières. C’est pourquoi ils envisagent l’idéologie communiste comme étant possible, à la condition de l’adapter à leurs préoccupations.

 14) Mon hypothèse sociologique relativement au PCF est que « le communisme de nouvelle génération » prend sa source dans ces classes moyennes. Je sais bien qu’il faudrait une recherche beaucoup plus documentée pour donner force à mon hypothèse. Mais je note ici et là, des comportements. Il y a, par exemple, cette personne qui, confondant politique et communication a pour préoccupation majeure de "figurer sur la photo". Elle n’est pas membre du PCF mais elle me paraît représentative de ce milieu social. Il y a le refus de la direction communiste de donner la CSP (Composition Socio-Professionnelle) des membres de ses organes de direction. Il y a surtout le contenu des textes adoptés par ce Congrès.

 15) Les membres de ces catégories sociales sont, évidement, violemment opposées à toute idée de socialisme révolutionnaire, qu’elles identifient à l’image qu’elles ont du socialisme de type soviétique. On l’a noté plusieurs fois, le concept de socialisme est le grand absent du nouveau communisme. Celui-ci aujourd’hui, se construirait sans qu’on y pense. Telle était la pensée d’André Gorz, l’auteur de Adieu au prolétariat.

J’ai souvenir d’une histoire que m’avait suggéré la lecture d’un texte de Gorz, texte dont j’avais rendu compte dans un numéro de La Pensée. Cette histoire est la suivante. Un haut dignitaire chinois est condamné par l’empereur à avoir la tête tranchée. Il s’adresse à son bourreau et lui dit : « S’il vous plaît, Monsieur le bourreau, quand vous me trancherez la tête, faites que je ne m’en aperçoive pas ». Et le bourreau de lui répondre : « Mais, que Votre Seigneurie se rassure, c’est déjà fait ».

 16) J’ai déjà développé, dans un texte sur la Chine perçue à travers les travaux du 36ème Congrès du PCF, comment on pouvait appréhender les raisons de l’opposition « de fond » entre PCF et PCC. D’un côté, pour la Chine, le plus important serait le contenu du socialisme. D’un autre côté, pour les communistes français relevant du « communisme de nouvelle génération », ce qui compterait avant tout serait la forme démocratique de la solution des contradictions de tous les jours, processus qui devrait déboucher un jour ou l’autre sur le Communisme. Je pense que les membres de cette catégorie sociologique ignorent ce que signifie le mot « travailler ». Ils savent prendre la parole et souhaitent jouir pleinement de cet exercice. Ils ont certaines connaissances scolaires. Ils ignorent le marxisme, idéologie qui serait dépassée. Ils ne sont pas concernés par les structures parce qu’ils occupent une certaine position en leur sein.

 17) Les différences entre les systèmes de représentation de la société non-capitaliste, en Chine et en France, sont surdéterminées par les différences culturelles existant entre ces deux zones, historiquement séparées jusqu’à la mondialisation. Cela étant dit, au-delà des facteurs historiques, il existe bien, je le crois, deux approches de la révolution du capitalisme. Elles recoupent la distinction implicitement effectuée par Pierre Laurent. La crainte de la bureaucratie de type soviétique est, selon moi, le paravent derrière lequel ces classes moyennes radicalisées cachent leur peur des ouvriers. Elles semblent avoir accepté que le plus grand nombre et un nombre croissant de ces derniers se reconnaissent dans le Front national.

Les élites du Parti socialiste sont issues des classes moyennes et prétendent prendre appui sur la fraction des classes moyennes désireuse d’humaniser le capitalisme sans le changer. « Les communistes de la nouvelle génération » sont issus eux aussi des classes moyennes. Mais ses membres sont radicalisés relativement aux élites capitalistes, car leur position sociale, largement dépendante des dépenses de l’État, est menacée. Mais simultanément, ils ont peur du socialisme et des ouvriers.

 18) Supposons que j’aie raison. Quelles conséquences puis-je tirer de cette analyse ? Il existe, selon, trois conclusions possibles :

a) La première consisterait à dire : « Puisque ces nouveaux communistes représentent les intérêts et les ambitions politiques d’un sous-groupe social particulier, distinct et même opposé aux ouvriers et aux petits paysans des débuts de l’action révolutionnaire organisée dans ce pays, créons une organisation distincte du PCF qu’ils ont complètement investi et perverti ».

b) La deuxième consisterait à dire : « Restons à l’intérieur du PCF dont il faut, coûte que coûte, garantir la pérennité. En effet, ces gens sont des liquidateurs. Essayons de limiter autant que possible les effets désastreux de leurs décisions ». Et puis, lorsque viendra le moment de l’échec, il faudra être présent pour limiter la débandade. Enfin, ces représentants des classes moyennes ont certainement des idées à apporter à la cause commune. Les ouvriers apportent au monde leur connaissance de la production matérielle. Les classes moyennes apportent, de leur côté, leur connaissance de la production non matérielle. Le 36ème Congrès aurait dû avoir pour fonction de resserrer les rangs entre les classes moyennes et les autres salariés. Ce devrait être le rôle des communistes que de favoriser la jonction des salariés de la production matérielle et de la production non matérielle.

c) Je tends à penser qu’il en existe une troisième, en raison du mal galopant qu’engendre et nourrit aussi, dans ce pays, la débilité relative de la stratégie et des décisions envisagées par l’actuelle direction communiste.

Je crois que, d’une part, il faut rester au sein de la structure existante pour les raisons que j’ai dites. Il faut poursuivre le dialogue avec les classes moyennes certes radicalisées mais ignorantes. En outre, même si personne ou presque ne prête désormais attention au PCF, son isolement relatif serait encore plus grand au sein d’une nouvelle structure.

Mais je crois d’autre part qu’il conviendrait d’agir, au sein de cette structure, de manière peut-être plus ouverte, quand bien même il s’agirait de faire autre chose que ce que dit la direction. Car je ne vois pas pourquoi il faudrait en respecter les décisions quand celles-ci sont élaborées de manière aussi peu démocratique.

Je vais essayer d’illustrer mon propos. Le site de « Faire Vivre le PCF » a récemment diffusé une collection d’interventions de travailleurs et responsables syndicaux appartenant à des entreprises actuellement menacées de liquidations. C’était intéressant et important non seulement en raison du contenu de chaque intervention, mais en tant que collection d’interventions. Puisque la direction communiste actuelle n’est pas capable de s’adresser aux salariés tout en les aidant réellement dans leurs luttes pour globaliser leurs objectifs, pourquoi les communistes partisans du communisme d’ancienne génération, jeunes et moins jeunes, ne prendraient-ils pas l’initiative de s’adresser à eux, globalement. En tant que groupe interne au PCF et distinct de sa direction, ils leur diraient, par exemple :

• que nous avons besoin d’écouter ce que la lutte leur a appris sur les solutions à apporter dans leurs entreprises,

• que nous soumettons à leur sagacité les thèmes suivants, que j’énonce ici sans ordre et sans réflexion collective préalable. En voici quelques exemples : Comment, de manière immédiate, sauver globalement leurs entreprises ? Que pensent-ils de leur nationalisation ? Ensuite, avec une vue de plus long terme, quelle politique industrielle et, simultanément, quelle politique de la production non matérielle, conviendrait-il de mettre en œuvre ? Pour quelle forme de travail ? Compte tenu des convergences, mais aussi des contradictions existant au sein du salariat, comment envisagent-ils la démocratie au sein de l’entreprise ? Quels seraient les territoires les mieux adaptés à ces projets de politique économique ? Est-il vrai, selon eux, que la nation n’existerait plus ? Que pensent-ils du combat à mener pour sortir de l’Union européenne ? Comment perçoivent-ils l’obstination des communistes que nous sommes à parler et à agir en faveur du socialisme ?

Jean-Claude Delaunay, février 2013

 

[1] Ceux et celles que cela intéresse pourront trouver, dans le livre écrit en collaboration avec Quynh Delaunay (Lire le Capitalisme contemporain - Essai sur la société du 21ème siècle, 2007), une analyse du concept de « classe moyenne », laquelle sert de point d’appui à ma présente réflexion. Dans ce texte, nous avons essayé de tenir compte de certains des auteurs du « marxisme analytique » américain. Même si on estime que cette branche de la théorie marxiste est très « insuffisante », il faut en lire attentivement les écrits.

[2] Je veux parler ici du « mystérieux Descartes ».

 

Nota: Cliquer sur le nom de l'auteur pour accéder aux commentaires qui accompagnent l'article.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 15:07

Dans les communes de 3500 habitants et plus un débat doit avoir lieu sur les orientations du budget de l’année en cours dans les deux  mois précédent son examen qui est prévu le 26 mars prochain.

 

C’est une formalité dont les élus prennent acte par délibération après s’être exprimée sur le contenu de la note explicative, présentée par le premier magistrat de la commune, portant sur :

 

- le contexte général d’élaboration  budget, morose cette année avec une réduction des dotations de l’état et des subventions du département et de la région et des aides de la caisse d’allocations familiale. Le chapitre Dotations, subventions et participation devraient enregistrer une baisse de 3 % par contre le produit des taxes locales Sur l’habitation et le Foncier bâti augmentera de 1,8 % pourcentage de revalorisation des bases d’imposition. Il s’agit par conséquent d’un transfert de charges de l’Etat vers les collectivités locales.

 

- En dépenses  de fonctionnement et d’investissement  les dépenses devront être calculées au plus juste.

 

J’ai donc été amené à faire la déclaration suivante :

 

Au niveau du constat je n’ai que peu de chose à dire sur la notice explicative que vous nous avez adressée en prévision de ce débat d’orientation budgétaire. Au niveau des causes de cette situation, que vous n’avez pas traitées, c’est différent.

 

La dégradation de la situation économique s’est confirmée en 2012, c’est déjà tout dire.

J’ajoute simplement qu’elle s’aggravera en 2013 et encore plus en 2014 et 2015 avec de nouvelles coupes sombres, beaucoup plus importantes, dans le budget de l’Etat au prétexte d’assainir les finances publiques pour des raisons  fallacieuses ; c’est l’unique préoccupation de la gauche et de la droite gouvernementale, avec des thérapies qui au lieu de s’en prendre à la racine du mal le font se développer.

 

C’est ainsi que nous tournons en rond, la crise qui n’a rien de spontané, qui est l’œuvre de gens qui nous gouvernent depuis 40 ans,  sert de prétexte à l’austérité qui renforce  la crise qui elle-même induit  une nouvelle couche d’austérité. Ainsi ça peut durer aussi longtemps  que les poules auront des dents.

 

Ceci est vrai an niveau planétaire, encore plus au niveau européen ou l’Allemagne, en pleine  déflation salariale depuis Schröder,  est opposée à toute relance inflationniste, qui pourrait pousser les salaires à la hausse. Elle dicte sa loi, celle de la cour de Karlsruhe  ¹ , à ses partenaires,  domine économiquement les pays d’Europe centrale et orientale, mieux et plus efficacement que ne l’avait fait Hitler avec ses divisions blindées, c’est ainsi qu’elle dégage ses excédents commerciaux.

 

 La dette  provient dans sa quasi-totalité d’emprunts auprès d’organismes financiers ou bancaires privés  contractés après l’interdiction faite à  l’Etat de recourir à la banque centrale française après l’adoption de la loi Rothschild en 1973.

 

Cette décision n’a été d’aucun profit pour notre appareil productif dans le cadre de la déréglementation imposée par les traités européens qui autorisent la libre circulation des capitaux et des produits manufacturés. Sinon nous n’en serions pas là.

 

 Il faut  même  préciser qu’en l’état, c'est-à-dire en l’absence de rétablissement de droits de douane, et de contrôle des capitaux toute augmentation conséquente  du pouvoir d’achat ne ferait que grossir les profits capitalistes qui iront suralimenter les mouvements spéculatifs et les investissements dans les pays à plus bas coûts de main d’œuvre et à monnaie plus faible, les délocalisations ont encore de beaux jours devant elles.

 

Nous n’avons pas d’autre solution pour stopper la crise que de nous émanciper des traités européens pour retrouver notre souveraineté monétaire et revenir au franc  pour regagner de la compétitivité, l’euro pouvant éventuellement être conservé en tant que monnaie commune à défaut ce sera l’asphyxie. D’autres l’ont fait et s’en trouvent fort aise pourquoi pas nous ? Dans le cas contraire, de recul en recul nous atteindrons progressivement le fond du gouffre après avoir tondu la laine sur les dos du contribuable local et de l’usager des services rendus par la commune.

 

A poursuivre dans cette voie nous serons complices d’une démarche trompeuse …

 

¹ Il s’agit du Tribunal constitutionnel Allemand, chargé  de contrôler l’application de la Loi fondamentale de la république fédérale d’Allemagne et notamment le respect des droits fondamentaux qui y sont énoncés lorsqu’ils risquent d’être mis en cause par la législation Européenne.  Il s’agit en   quelque sorte  de notre conseil constitutionnel,  qui ne dispose pas toutefois de pouvoirs identiques. En fait rien ne peut se faire en Europe sans l’aval de la cour de Karlsruhe malgré les assurances données par le président de la République qui doit se contenter d’aller aux ordres.

 

Ensuite monsieur Simons a dit, sans preuve à l’appui,  que les participations demandées (PUP) aux aménageurs du plateau des Molières étaient insuffisantes, eu égard les investissements à réaliser, madame le Maire a rétorqué, sans plus, qu’ils ne devaient prendre à leur charge que les équipements  nécessaire à l’accueil des nouvelles populations. Affaire à suivre…

 

J’ai  soumis un projet de délibération en vue de protester contre l’asphyxie progressive des finances communales par les décisions prises au niveaux national, régional et départemental, ainsi que pat la caisse d’allocations familiale son examen a été reporté à la prochaine séance du conseil, lors du vote du budget qui devrait se dérouler je 26 mars prochain.

 

J’ai souhaité que, sans attendre 2014, les élus puissent évaluer   les conséquences de la mise en œuvre de la loi Peillon pour la commune. Madame le maire a répondu, en résumé, qu’elles seraient onéreuses.

 

Avant d’appliquer la réforme, il  serait quand  même nécessaire de vérifier quel est son intérêt pour les élèves.

 

Cette réforme a été élaborée avec la même précipitation  qui a conduit à l’annulation, par le conseil constitutionnel,  de la taxation à 75 % des revenus au-delà de  1 Millions  d’euros, il faut le souligner, ce qui ne mettrait pas les assujettis sur la paille. Il aurait suffit de mentionner quelle concernait les foyers fiscaux pour qu’elle devienne applicable mais non elle a été abandonné. Ses auteurs doivent retourner à l’école pour apprendre ce qu'est un foyer fiscal.

 

Le projet de refondation Peillon concerne les parents, les enseignant, les élus municipaux, mais également l’ensemble des contribuables locaux  qui ne seront pas consultés pour donner leur avis mais  devront faire face, en  l’absence de transfert des moyens correspondants,  aux  charges financières  induits par la réforme. Par ailleurs on peut à juste raison douter de l’intérêt  d’une  modification des rythmes scolaire de cette nature pour les élèves : En effet  du  lundi au vendredi l’amplitude journalière restera la même pour la majorité d’entre eux, plus importante pour ceux qui  ont peu d’activités périscolaire actuellement. 

 

Le samedi et le dimanche  risquent de ne pas être   jours de repos mais  la source de fatigue supplémentaire et de désynchronisations hebdomadaires qui, selon  les chrono biologistes, se répercuteront le lundi et le mardi.

 

Madame le maire a également indiqué que les travaux d’extension de l’école maternelle seraient retardés de trois mois suite aux problèmes de l’entreprise prévue pour le désamiantage et précisé que les PV délivrés pour stationnement sur trottoir Rue Saint Marc avaient été précédés d’avertissements sans frais. A cela j’ai rétorqué   que le problème de stationnement étaient général à Villiers en particulier aux abords de l’école Malraux et que ce fait les riverains rue Saint Marc peuvent considérer qu’il s’agit d’une mesure discriminatoire à leur égard.

 

Nota : Vérification faite, si, sauf dispositions contraires, le stationnement sur trottoir est interdit par le code de la route par contre en l’absence de signalisation ad hoc il n’est pas interdit sur chaussée. http://www.police.online.fr/concours/savoir/stationnement.html

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 16:59

I Le procès verbal de la séance du 5 décembre 2102  est adopté à l’unanimité après modifications mineures. Il convient toutefois de souligner que la délibération adoptée à l’unanimité pour demander le maintien des subventions de la région et du département au niveau où elles étaient lors du dépôt des dossiers  d’extensions des groupes scolaires maternels et primaires n’a pas été suivie d’effets. La commune est contrainte à présenter de nouvelles demandes sans avoir  la garantie de récupérer en totalité de la réduction imposée par les nouveaux critères d’attributions des assemblées régionales et départementales.

 

II Décisions prise par le maire pour la période allant du 4 décembre 2012 au 4février 2013.

 

Renouvellement contrats d’exploitation, de maintenance et de fourniture de gaz pour le chauffage des bâtiments communaux :

 

 J’avais, depuis 2009,  demandé, en vain, à plusieurs reprises,   à madame le Maire de renégocier le  contrat d’exploitation et de maintenance conclu entre Dalkia et la commune en 2007 lors du mandat de monsieur Simons. Je n’avais eu aucun soutien de la part de l’opposition affichée. Pourtant aujourd’hui des membres de la majorité ont admis qu’il  a conduit à des dépenses excessives.

 

  Arrivé à terme en janvier dernier un nouveau contrat a été conclu avec l’entreprise ouest dépannage, retenue sans avoir fait l’objet de la moindre concertation avec les élus d’opposition du moins à ma connaissance, il  fait néanmoins ressortir une diminution annuelle de 38,75 % en 2013 par rapport à 2012, mais que de temps perdu et par conséquent de dépenses inutiles.

 

La fourniture de gaz pour les chaufferies sera assurée par GDF SUEZ,  au tarif dit régulé qui comme chacun le sait ne cesse de croître pour garantir les profits des actionnaires des entreprises privées concurrentes dans le cadre de la concurrence dite libre et non faussée imposée par les traités européens.

 

III Points nouveaux soumis au conseil municipal :

 

Affaires financières :

 

1) Il s’agit d’évaluer provisoirement les transferts de charges (924 904,44 euros) de la commune de Longpont sur Orge à la communauté d’agglomération du Val d’Orge qu’elle a souhaité   intégrer, cette somme   viendra en déduction des recettes perçues par la CAVO au titre de l’ancienne taxe professionnelle de la commune dont le solde lui sera reversé au titre de la dotation de compensation. Un nouveau décompte sera effectué en fin d’exercice 2013.

 

 La délibération a été adoptée à l’unanimité.

 

2) Garantie donnée par la commune pour le remboursement d’emprunts destinés à la réalisation de l’opération d’acquisition réalisation des 172 logements devenus sociaux de la résidence de la Seigneurie en cas de défaillance de l’emprunteur 3F Aedificat.

 

L’opération bénéficie de subventions : 2 euros de l’Etat ( !?), 775 000  du conseil régional, 67 000 euros de la CAVO mais l’essentiel sera financé par emprunt à hauteur de 13 235 348 euros (plus de quatre fois le montant des recettes annuelles de fonctionnement de la commune) soit un total 15 916 853  qui représente un coût moyen de 92 539 euros par logement euros dont madame le Maire n’a pas été en mesure  de dire quels étaient les pourcentages respectifs consacrés à l’acquisition par aedificat de la résidence à l’ancien propriétaire et à la réhabilitation dont le dossier n’a pas été communiqué à la commune.

 

Comment dans l’ignorance du diagnostic pouvoir évaluer la pertinence des mesures de réhabilitation mises en œuvre dont nous n’avons connaissance qu’au travers des déclarations de Aedificat. Mais, s’agissant d’un bâti ancien, nous savons déjà que l’isolation thermique sera limitée à la périphérie, l’efficacité énergétique à la remise en état de la chaufferie et des circuits de distribution d’eau chaude. L’isolation phonique  sera réduite à la portion congrue

 

J’ai voté contre cette délibération.

 

3) Garantie d’emprunt pour un montant de 2 603 648,00 euros pour la construction de 26 logement sociaux Rue de la Seigneurie en lieu et place de l’espace vert de la Résidence : L’opération  est subventionnée par l’Etat 280 409,00 euros, le conseil régional 156 000,00 euros, la commune 53 405,00, l’agence nationale pour la rénovation urbaine ou le CIL 360 000 euros, aedificat apporte 487290,00 euros sur fonds propres. Le montant global de l’opération 4 060 752,00 fait ressortir un coût moyen de 165 182,76 euros par logement. Il est à noter que la charge foncière est nulle puisque le terrain d’assiette appartenait déjà à aedicicat, que l’aménagement des abords sera d’un coût limité compte tenu de leur  exiguïté.

 

Dès l’origine j’ai fait valoir que  cette emprise foncière était un des sites préférentiels pour l’implantation d’un groupe scolaire maternel je n’ai donc pas approuvé la garantie d’emprunt.

 

Urbanisme –Travaux --Développement durable :

 

4) Prescription de modification du Plan Local d’Urbanisme approuvé en mars, révisé en septembre 2010 :

 

La note de présentation, jointe au projet de délibération précisait que les modifications envisagées porteraient en particulier sur les points suivants :

 

-Modification de la dénomination de l'emplacement réservé n°A classé 1AUHa en « équipement enfance/petite enfance » en lieu et place « d'un foyer pour personnes âgées ».

 

- Levée de l'emplacement réservé n°B classé UAc dans le cadre de la création de logements aidés.

 

- Modification de la zone 1AUI, projet d'extension de la zone d'activité de la Pointe à l'Abbé afin de pouvoir intégrer au règlement la possibilité d'implantation de commerces.

 

- Suppression de l'emplacement réservé n°2 relatif à l'extension de l'école P. Brossolette.

 

- Suppression de l'emplacement réservé n°6 relatif à l'aménagement d'Une sente piétonne résidence de la Seigneurie.

 

- Correctifs sur les aspects réglementaires : des clôtures, définition pente de toit et emprise maxi d'extension limitée de construction sur certains secteurs, intégration de la définition Surface de Plancher, prise en compte des règlements de copropriétés, modification de l'article UL13.2 (50% espaces verts), intégration des plans d'alignement,...

 

l’actuel PLU est consultable et téléchargeable sur le site de la commune.

 

Le conseil municipal à l’unanimité a autorisé madame la maire à engager la procédure de mise en révision du PLU.

 

5) Régularisation de clôture du Programme d’Aménagement des Croix ( AFU des Croix) : Cette opération immobilière autorisé par arrêté préfectoral n° 86 1353 du 29 avril 1986 sur avis favorable du maire de Villiers de l’époque  avait été exclue du champ de la taxe locale d’équipement remplacée par une participation forfaitaire au financement des équipements publics communaux nécessaires au raccordement des réseaux propres à l’AFU, conditions de la délivrance des permis de construire,  Il s’agissait essentiellement de la Voix des croix et  des réseaux d’assainissement et infrastructures diverses sous et hors sol dans  son emprise. La commune avait demandé  et obtenu que 70 % des dépenses qu’elle avait engagées soient pris en charge par l’AFU au titre d’un PAE soit : 827 592,00 francs x 70 % =  579 000 francs dont l’AFU s’est acquittée.

 

Par la suite subodorant que l’AFU était sorti du champ du PAE la commune  a tenté en vain de recouvrer la Taxe locale à l’équipement sur les lots qui n’avaient pas été construits à l’origine car la clôture du PAE objet de la présente délibération n’avait pas été officialisée.

 

La clôture de l’opération a été régularisée à l’unanimité  décision qui, de mon humble avis,  resterade pure forme en l’absence de réponses aux trois questions suivantes que j’ai adressées récemment à madame le Maire :

 

1) Quels était le détail des  équipements pris en compte dans le PAE ?

 

2) Tous les propriétaires des lots constructibles ont-ils contribué à son financement et dans quelles proportions? 

 

3) D'autres participations non incluses au titre du PAE ont-elles été exigées et versées par les propriétaires des lots constructibles?

 

6°) Dotation d’équipement des territoires ruraux pour 2013 :

 

Madame le maire propose de solliciter une subvention pour la mise aux normes d’accessibilités pour les personnes à mobilité réduite ainsi que quelques travaux de rénovations des sanitaires de l’école primaire d’un montant de 80 915, euros HT, la subvention espérée est de 20 à 30 %.

 

La délibération est adoptée à l’unanimité.

 

7°) Déclaration d’engagements partagés pour une Essonne durable et solidaire :

 

Le département (comme la région) ont défini de nouveaux barèmes d’attributions, à la baisse du fait des mesures d’austérité successives, de gauche comme de droite,  ainsi que l’ont montré les débats lors de la précédente réunion du conseil  tenue le 5 décembre 2012.  Les  aides  aux communes et regroupements de communes sont aujourd’hui déterminées essentiellement sur des critères environnementaux et sociétaux dont certains sont plus que contestables mais qu’il est interdit de dissocier, définis par l’Union Européenne, relayés sans discernement par les médias, les gouvernement nationaux et les assemblées territoriales sous forme de « pensée unique » qu’il faut valider sans discussion. A droite comme à gauche, à quelque niveau que ce soit, il y a consensus sur le sujet, ils acceptent tous de passer sous les fourches caudines de l’austérité, peu importe également  qu’il n’y ait aucune certitude quant à l’origine anthropique du   réchauffement climatique et  s’il est bien réel, il faut suivre tels les moutons de Panurge.  C’est à se demander comment  les futurs candidats à la prochaine élection parviendront à se différencier, en particulier à Villiers, mieux vaudrait qu’ils fassent liste commune à moins qu’ins ne tentent de se différencier, sur… quelques points de forme.

 

 Pour ce qui concerne la déclaration partagée pour une Essonne durable et solidaire : Les curieux (ses) peuvent consulter le site à l’adresse ci après mais il y en a tant d’autres qu’il est difficile, voire impossible de faire une synthèse d’autant plus que les augures ont parlé:

 

  http://www.essonne.fr/uploads/tx_w3aides/ANNEXE_5.pdf

 

Les collectivités territoriales situées en amont de la nôtre ont toujours lié l’attribution de leurs aides à un certain nombre de critères sinon ce serait la gabegie, mais aujourd’hui elles vont beaucoup plus loin en  exigeant que nous approuvions  la sauce dans laquelle nous allons être mangés, c’est un abus de pouvoir : Circulez il n’y a pas à discuter sinon on vous coupe les vivre.

 

Certes certaines  dispositions de la charte « construire et subventionner durable » objet de la délibération sont louables notamment  en matière d’économies d’énergie et de matières premières mais l’habitat n’est qu’un aspect du problème, que penser des multitudes de produits à courtes durées de vies,  devenus obsolètes l’espace d’un matin qui vont encombrer inutilement  les déchetteries, souvent par impossibilité de trouver des pièces de rechanges. La systématisation du recours à des énergies renouvelables aléatoires, qu’il faut grassement subventionner sur le dos des abonnés  pour verser des dividendes confortables   aux actionnaires, est une ineptie doublée d’une escroquerie d’autant qu’il n’y a pas péril en la demeure.

 

Je me suis abstenu sur ce point

 

8) Approbation du diagnostic territorial partagé tripartite conseil général de l’Essonne, communauté d’agglomération du Val d’Orge et commune de Villiers sur Orge :

 

Extraits du document de présentation transmis aux élus:

 

« En date du 6 décembre 2012, une réunion s'est tenue au conseil général de l'Essonne afin que la CAVO et les villes puissent présenter des remarques et/ou amendements au diagnostic.

 

Suite à ces échanges, le diagnostic territorial partagé a été modifié et amendé par le CG91 et transmis à la CAVO afin que l'EPCI et chacune des dix villes soumettent le document à l'approbation des conseils communautaire et municipaux.

 

La commune de Villiers/Orge pourra déposer un nouveau contrat départemental à compter de l'approbation du diagnostic par le conseil.

 

Par ailleurs, afin de répondre aux critères d'éligibilité de ce contrat, la ville se doit également de:

 

- Signer la déclaration d'engagement relatif à une démarche de développement durable suite à la délibération de principe de garantir les objectif de la charte « Construire et subventionner durable ».

 

- Définir un référent communal luttant sur le principe d'égalité homme/femme, appelé «appel des 100 »

 

- Définir un référent pour le respect des engagements environnementaux en terme de développement durable.

 

Il est demandé aux membres du Conseil Municipal d'affirmer sa volonté d'engager une démarche de contractualisation avec le Département, d'approuver le diagnostic territorial partagé, de Madame le Maire de signer la déclaration d'engagements partagés pour une Essonne durable et solidaire (annexe 2) et de désigner le référent « Appel des 100 » ainsi que le référent « Développement durable »,

 

J’ai  cherché en vain, sur Internet, un document plus explicite sur les objectifs poursuivis au travers du diagnostic territorial  partagé. On ne peut qu’être  d’accord sur le principe de l’égalité entre homme et femme en particulier en termes de reconnaissance professionnelle ou il y a beaucoup à faire mais il est des secteurs ou l’un et l’autre ne sont pas forcément égaux face à l’obstacle mais complémentaires. On ne peut non plus prendre comme argent comptant des engagements environnementaux qui ne reposent aujourd’hui, pour la plupart, que sur des hypothèses, celles du GIEC, non scientifiquement vérifiées. Pour plus d’infos voir ici http://www.pensee-unique.fr/theses.html .

 

Là encore le plus important n’est pas que le dossier de demande de subvention réponde aux critères d’attribution mais que ces derniers soient au préalable approuvés par les demandeurs.

 

Les autres élus présents ou représentés ont encore approuvé sans le moindre objection je ne pouvais que m’abstenir.

 

9°) Contrat régional territorial :

 

C’est l’exemple type des conséquences de la nouvelle réglementation visant à l’attribution des subventions en l’occurrence par le conseil régional. La démonstration en est faite dans le document de présentation élaboré sous la direction de madame le maire je le livre in extenso:

 

NOTE DE PRESENTATION par la municipalité du CONTRAT REGIONAL TERRITORIAL

 

Par délibération en date du 21 juin 2011, le conseil municipal avait adopté le projet de contrat régional, qui a été réceptionné par la Région le 4 août 2011.

 

Trois opérations ont été inscrites dans ce contrat, pour un montant de 4 317 761 € HT, plafonné à 3 000 000 €

 

1. Réaménagement des existants et des espaces extérieurs de l'école élémentaire Malraux: 1 304 767 € HT, plafonné 906 558 € HT

 

2. Création d'une cantine: 1 675 236 € HT, plafonné à 1 163 962 € HT

 

3. Réaménagement (Création de salles, d'un dortoir, etc.) de l'école maternelle Pierre Brossolette: 1 337 758 € HT, plafonné à 929 480 € HT

 

Au terme de nombreux échanges téléphoniques et écrits avec le Conseil régional, depuis j cette date, le dossier a finalement été déclaré complet au 28 juin 2012 (courrier du 13 juillet 2012), mais étant donné que les crémais 20 2 ont été consommes après la commission permanente du 12 juillet, le dossier ne pouvait être adopté en 2012. Un courrier du 21 décembre 2012 a garanti un traitement prioritaire en 2013, sous le nouveau régime.

 

La conséquence de son instruction sous le nouveau régime est une baisse sensible du montant du financement accordé par la région par la conjugaison de deux facteurs :

 

- La baisse du plafond de dépense subventionnable  (2 715 580 € HT contre 3 000 000 € HT)    

 

- La baisse du taux de subvention qui sera de 20%, 25% ou 30% contre 50 % auparavant (35% par la Région et 15% par le Département qui a mis fin depuis à sa participation)

 

Alors que nous pouvions escompter une aide de 1 500 000 € sous l'ancien dispositif, elle ne sera plus que dans une fourchette comprise entre 543 116€ et 814 674€, calculée avec des taux de subvention respectifs de 20% et 30%.

 

Des échanges ont encore lieu avec les services de la région pour qu'il accepte de majorer notre taux de subvention de 5 points (pour le porter à 25%) compte tenu que notre pourcentage de logements sociaux dépasse désormais les prescriptions de la Loi SRU, et de 5 points supplémentaires (pour le porter à 30%) au titre de l'exemplarité de la Commune vis-à-vis du SDRIF.

 

J’ai néanmoins voté en faveur de la demande subvention au titre du contrat régional territorial qui attribue  plus que rien  mais moins  que ce qui était prévu à l’origine. Voilà où les collectivités locales en sont réduites. Les autres élus ont approuvé sans barguigner ce qui confirme la justesse des appréciations que j’ai portées aux points 7 et 8)

 

10) Avenant n° 2 modifiant le coût prévisionnel des travaux et de la maîtrise d’œuvre de l’opération d’extension/réhabilitation de l’école  André Malraux :

 

En désaccord avec les solutions retenues pour faire face à l’augmentation de la population scolaire qui ne règlent rien sur les moyens et longs termes car c’était, au mieux, un objectif de fin de mandat, je me suis abstenu.

 

Enfance/ jeunesse :

 

13) Convention d’objectifs et financement avec la CAF pour le relais d’assistance maternelle :

 

Le but de cette délibération étant d’approuver la convention d’objectif déjà votée le 25 septembre 2012 qui comportait une erreur matérielle j’ai émis logiquement un avis favorable.

 

14) Création d’un poste d’agent technique principal,  ouverture d’un emploi d’avenir et mise en œuvre du dispositif :

 

Après discussion un second emploi d’avenir a été ouvert la délibération a été adoptée à l’unanimité.

 

IV Points d’information :

 

Madame le maire a donné lecture d’une lettre du président de la CAVO en réponse à un courrier de renouveau solidaire et Villiers Ensemble qui devrait être annexée au PV du présent conseil, informé sur l’état d’avancement des travaux de voirie et des opérations d’agrandissement des écoles primaire et maternelle, et la mise en place du transport à la demande par la CAVO. Il est souhaitable que le document soit annexe au procès verbal établi sous l’autorité de madame le Maire.

 

V Divers :

 

Une rectification a été adoptée à l’unanimité sur la délibération  concernant  les  tarifs étude surveillée votée le 5 décembre 2012.

 

 Autorisation a été donnée à madame le maire pour demander au  DASEN (Directeur Académique des Services de L'éducation nationale) le report de l’application de la réforme sur les  rythmes scolaires à la rentrée 2014.

 

Une dernière remarque : En de compte rendu du conseil précédent madame le Maire avait indiqué que j’allais recevoir les réponses concernant les questions que j’avais posées par écrit sur les réseaux eau et assainissement, c’est chose faite, une rencontre a même eu lieu avec un responsable technique de la CAVO mais depuis il n’y a pas eu de traduction concrète.

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 16:00

 

I   Approbation du procès verbal de la séance du C M du 5- 2-2012

 

II  Décisions prises par le Maire  du 4- 12- 2012 au 4- 2 - 2013

 

III  Points nouveaux soumis au Conseil Municipal

 

Affaires financières:

 

1. Charges transférées au ler janvier 2013 à la Communauté d'Agglomération du Val d'Orge

2. Garantie pour un emprunt à contracter par 3f Aedificat auprès de la Caisse des Dépôts et  

    consignations pour l'amélioration des 172 logements sociaux.

3. Garantie pour un emprunt à contracter par 3f Aedificat auprès de la Caisse des Dépôts et

    consignations sur la construction de 26 logements sociaux.

 

Urbanisme 1 Travaux / Développement durable :

 

4.  Prescription de modification du PLU

5.  Régularisation de clôture du Programme d'Aménagement d'Ensemble (PAE) « Les Croix »

6.  Dotation d'Equipement des Territoires Ruraux (DETR) — Année 2013

7.  Déclaration d'engagements partagés pour une Essonne durable et solidaire

8.  Approbation du diagnostic territorial partagé tripartite Conseil Général de l'Essonne,

     communauté d'Agglomération du val d'Orge et commune de Villiers-sur-Orge

9.  contrat Régional Territorial

10. Avenant n°2 modifiant le coût prévisionnel des travaux et de la maîtrise d'oeuvre de

      l'opération d'extension/réhabilitation de l'école Malraux

 

Enfance / Jeunesse:

 

11. Convention d'objectifs et de financement avec la CAF — Relais Assistants Maternels

12. Autorisation donnée à madame Le Maire de demander une dérogation pour l'application

      de la réforme des rythmes scolaires pour la rentrée 2014

 

Personnels :

 

13. Modification du tableau des effectifs — Création d'un poste d'agent de maîtrise principal

      et suppression d'un poste d'agent de maîtrise

14. Ouverture d'un poste d'emploi d'avenir et mise en oeuvre du dispositif

 

IV Points d'information:

 

- Travaux de voirie fin 2012 et programme 2013

- Avancement de l'opération extension/réhabilitation écoles A. Malraux et P. Brossolette

- Mise en place du Transport à la Demande parla CAVO

 

V  Questions diverses :

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 17:22
 

Par Salim Lamrani (extrait)

 

            Le monde politique, économique et médiatique est unanime pour souligner que le coût du travail est trop élevé en France et qu’il nuit à la compétitivité des entreprises nationales. Il se fait beaucoup plus discret dès lors qu’il s’agit de parler du coût du capital, véritable obstacle au développement économique du pays.

 

Pour la majorité des observateurs de la vie économique en France, le principal obstacle au développement de la nation serait le coût du travail, c’est-à-dire des salaires et des cotisations sociales trop élevés. Cette réalité empêcherait les entreprises nationales d’être compétitives dans un marché mondialisé où la concurrence est de plus en plus féroce, et serait l’une des causes du déclin du pays.

 

Le Monde, principal quotidien français, note pour sa part que « les marges des entreprises sont médiocres : selon les données de Naxitis, leurs profits, après versement des dividendes, représentent 6,8% du produit intérieur brut (PIB) contre 11,05% en Allemagne et 9,63% en zone euro  ».

 

Il faudrait donc alléger les charges sociales » – c’est-à-dire réduire le montant des impôts payés par les entreprises –, et « flexibiliser le marché du travail trop rigide » – c’est-à-dire supprimer les conquêtes des travailleurs inscrites dans le code du travail et précariser l’emploi.

 

Néanmoins, une lecture attentive de la précédente citation permet de relever une anomalie. En effet, les profits sont calculés « après versement des dividendes ». Ce mode de calcul est général en France et il soulève inévitablement une question : Pourquoi les dividendes versés aux actionnaires – qui font intégralement partie des bénéfices – sont-ils d’abord déduits des bénéfices avant d’évaluer la rentabilité des entreprises françaises ?

 

La raison en est simple : leur coût exorbitant pour l’économie nationale. En effet, le problème de la France n’est pas le coût du travail mais le coût du capital, c’est-à-dire la part des bénéfices versée aux actionnaires, qui a augmenté bien plus vite que les salaires et qui a atteint des sommets inégalés depuis trente ans.

 

En effet, selon l’INSEE, de 1980 à 2010, la part de dividendes est passée de 3% de la richesse nationale à 9%, ce qui représente une hausse de 180 milliards d’euros par an pendant trois décennies. En 30 ans, les dividendes payés aux actionnaires ont augmenté de 200%  Sur la même période, en euros constants, les salaires n’ont progressé que de 20% .

 

Sur les cinq dernières années, de 2007 à 2011, les dividendes ont augmenté de 27% alors que les salaires n’ont augmenté que de 12%. En 2010, toujours selon l’INSEE, 210 milliards d’euros ont été versés en dividendes aux actionnaires et seulement 182 milliards ont été investis dans la production  Ainsi, le coût du capital est supérieur aux investissements productifs. Sur cent euros de richesse créée par les travailleurs, 25 euros partent en dividendes pour les actionnaires (6) alors que la part des salaires a baissé de 10 points depuis 1980 et est proportionnellement similaire au niveau de 1960, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale .

 

            Contrairement au discours dominant, le principal obstacle à la compétitivité des entreprises françaises n’est ni le coût du travail ni la protection sociale accordée aux travailleurs ni le niveau d’imposition des sociétés qui n’a cessé de diminuer durant les 15 dernières années. En réalité, la part astronomique des bénéfices versés en dividendes aux actionnaires constitue un frein au développement économique national. En effet, le rendement boursier se fait au détriment des investissements, lesquels seraient créateurs d’emplois dans un contexte de crise économique et sociale généralisée, où le taux de chômage atteint un niveau record et où la perte du pouvoir d’achat frappe de plein fouet les catégories les plus vulnérables de la société et affecte même les classes moyennes...

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 16:16

Préparée de longue date et annoncée par François Hollande six mois à l’avance, l’intervention française au Mali a été présentée comme une décision prise en urgence en réponse à des développements dramatiques. Cette mise en scène ne vise pas seulement à s’emparer de l’or et de l’uranium maliens, elle ouvre surtout la voie à une déstabilisation de l’Algérie.

 

Un article de Thierry Meyssan publié par réseau voltaire


« L’appétit vient en mangeant », dit le proverbe. Après avoir recolonisé la Côte d’Ivoire et la Libye, puis tenté de s’emparer de la Syrie, la France lorgne à nouveau sur le Mali pour prendre l’Algérie à revers.

 

Durant l’attaque de la Libye, les Français et les Britanniques ont fait un large usage des islamistes pour combattre le pouvoir de Tripoli, les séparatistes de Cyrénaïque n’étant pas intéressés à renverser Mouammar el-Kadhafi une fois Benghazi indépendante. À la chute de la Jamahiriya, j’ai personnellement été témoin de la réception des dirigeants d’AQMI par des membres du Conseil national de transition à l’hôtel Corinthia, qui venait d’être sécurisé par un groupe britannique spécialisé venu exprès d’Irak. Il était évident que la prochaine cible du colonialisme occidental serait l’Algérie et qu’AQMI y jouerait un rôle, mais je ne voyais pas quel conflit pourrait être utilisé pour justifier une ingérence internationale.

 

Paris a imaginé un scénario dans lequel la guerre pénètre en Algérie par le Mali.

 

Peu avant la prise de Tripoli par l’OTAN, les Français parvinrent à soudoyer et à retourner des groupes Touaregs. Ils eurent le temps de les financer abondamment et de les armer, mais il était déjà bien tard pour qu’ils jouent un rôle sur le terrain. Une fois la guerre finie, ils retournèrent dans leur désert.

 

Les Touaregs sont un peuple nomade vivant au Sahara central et sur les bordures du Sahel, soit un vaste espace partagé entre la Libye et l’Algérie, le Mali et le Niger. S’ils ont obtenu la protection des deux premiers Etats, ils ont au contraire été délaissés par les deux derniers. Par conséquent, depuis les années 60, ils n’ont cessé de remettre en question la souveraineté du Mali et du Niger sur leurs terres. Bien logiquement, les groupes armés par la France décidèrent d’utiliser leurs armes pour faire aboutir leurs revendications au Mali. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) prend le pouvoir dans presque tout le Nord-Mali où il habite. Cependant, un groupuscule d’islamistes touaregs, Ansar Dine, rattaché à AQMI, en profite pour imposer la charia dans quelques localités.

 

Le 21 mars 2012, un étrange coup d’État est perpétré au Mali. Un mystérieux « Comité pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État » (CNRDRE) renverse le président Amadou Toumani Touré et déclare vouloir restaurer l’autorité malienne au Nord du pays. Il en résulte une grande confusion, les putschistes étant incapables d’expliquer en quoi leur acte améliorera la situation. Le renversement du président est d’autant plus bizarre qu’une élection présidentielle était prévue cinq semaines plus tard et que le président sortant ne se représentait pas. Le CNRDRE est composé par des officiers formés aux États-Unis. Il empêche la tenue de l’élection et transmet le pouvoir à un des candidats, en l’occurrence le francophile Dioncounda Traore. Ce tour de passe-passe est légalisé par la CEDEAO, dont le président n’est autre qu’Alassane Ouattara, mis au pouvoir un an plus tôt par l’armée française en Côte d’Ivoire.

 

Le coup d’État accentue la division ethnique du pays. Les unités d’élite de l’armée malienne (formées aux USA) ayant un commandement touareg rejoignent la rébellion avec armes et bagages.

 

Le 10 janvier, Ansar Dine —appuyé par d’autres groupes islamistes— attaque la ville de Konna. Il quitte donc le territoire touareg pour étendre la loi islamique au Sud du Mali. Le président de transition Dioncounda Traore décrète l’état d’urgence et appelle la France au secours. Paris intervient dans les heures qui suivent pour empêcher la prise de la capitale, Bamako. Prévoyant, l’Élysée avait pré-positionné au Mali des hommes du 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine («  la coloniale  ») et du 13e Régiment de dragons parachutistes, des hélicoptères du COS, trois Mirage 2000D, deux Mirage F-1, trois C135, un C130 Hercule et un C160 Transall.

 

En réalité, il est fort peu probable qu’Ansar Dine ait représenté une menace réelle, car la vraie force combattante, ce ne sont pas les islamistes, mais les nationalistes touaregs, lesquels n’ont aucune ambition au Sud du Mali.

 

Pour conduire son intervention militaire, la France demande l’aide de nombreux États, dont l’Algérie. Alger est piégé : accepter de collaborer avec l’ancienne puissance coloniale ou prendre le risque d’un reflux des islamistes sur son sol. Après hésitation, il accepte d’ouvrir son espace aérien au transit français. Mais en définitive, un groupe islamiste non identifié attaque un site gazier de British Petroleum au Sud de l’Algérie en accusant Alger de complicité avec Paris dans l’affaire malienne. Une centaine de personnes sont prises en otages, mais pas seulement des Algériens et des Français. Le but est manifestement d’internationaliser le conflit en le transportant en Algérie.

 

La technique d’ingérence française est une reprise de celle de l’administration Bush : utiliser des groupes islamistes pour créer des conflits, puis intervenir et s’installer sur place sous prétexte de résoudre les conflits. C’est pourquoi la rhétorique de François Hollande reprend celle de « la guerre au terrorisme », pourtant abandonnée à Washington. On retrouve dans ce jeu les protagonistes habituels : le Qatar a pris des parts dans de grandes sociétés françaises installées au Mali, et l’émir d’Ansar Dine est proche de l’Arabie saoudite.

 

Le pyromane pompier est aussi un apprenti sorcier. La France a décidé de renforcer son dispositif anti-terroriste, le plan Vigipirate. Paris ne craint pas une action des islamistes maliens sur le sol français, mais le reflux des jihadistes de Syrie. En effet, durant deux ans, la DCRI a favorisé le recrutement de jeunes musulmans français pour se battre avec l’ASL contre l’État syrien. Du fait de la débandade de l’ASL, ces jihadistes reviennent actuellement au pays natal où ils pourraient être tentés, par solidarité avec Ansar Dine, d’utiliser les techniques terroristes qu’on leur a appris en Syrie.

                                                                                                       21-01-2013

Thierry Meyssan

Source Al-Watan (Syrie)

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 17:52

      

En Occident, Cuba est représentée comme une société fermée sur elle-même, où le débat critique est inexistant et la pluralité des idées proscrite par le pouvoir. En réalité, Cuba est loin d’être une société monolithique qui partagerait une pensée unique. En effet, la culture du débat se développe chaque jour davantage et elle est symbolisée par le Président cubain Raúl Castro qui est devenu le premier pourfendeur des vicissitudes, contradictions, aberrations et injustices présentes au sein de la société cubaine.

 

La nécessité de changement et du débat critique

 

En décembre 2010 devant le Parlement cubain, Raúl Castro avait lancé un avertissement : « Soit nous rectifions [ce qui ne marche pas,] soit nous coulons après avoir trop longtemps bordé le précipice [1] ». Il avait également ajouté quelque temps plus tard : « Il est indispensable de rompre la colossale barrière psychologique qui résulte d’une mentalité ancrée dans des habitudes et des concepts du passé [2] ».

 

Le président Raúl Castro a également fustigé la faiblesse du débat critique à Cuba. Il a également fustigé les non-dits, la complaisance et la médiocrité. Il a appelé à plus de franchise. « Il ne faut pas craindre les divergences de critères […], les différences d’opinions […], qui seront toujours préférables à la fausse unanimité basée sur la simulation et l’opportunisme. Il s’agit de surcroît d’un droit dont personne ne doit être privé ». Castro a dénoncé l’excès de la « culture du secret à laquelle nous nous sommes habitués durant plus de cinquante ans » pour occulter les erreurs, les défaillances et les manquements. « Il est nécessaire de changer la mentalité des cadres et de tous nos compatriotes [3] », a-t-il ajouté A destination des médias cubains, il a tenu les propos suivants :

 

Notre presse parle assez de cela, des conquêtes de la Révolution, et nous en faisons autant dans les discours. Mais il faut aller au cœur des problèmes […]. Je suis un défenseur à outrance de la fin de la culture du secret car derrière ce tapis doré se cachent nos manquements et ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Je me souviens de quelques critiques apparues dans la presse il y quelques années avec mon soutien [...]. Immédiatement, la grande bureaucratie s’est mise en branle et a commencé à protester : « Ces choses n’aident pas et démoralisent les travailleurs ». Quels travailleurs vont être démoralisés ? De même, dans une grande entreprise laitière de l’Etat de Camagüey, Le Triangle, pendant des semaines, on donnait le lait produit à des cochons du coin car le camion citerne était en panne. J’ai alors demandé à un secrétaire du Comité Central de dénoncer cela dans Granma. Certains sont venus me voir pour me dire que ce genre de critiques était contreproductif car cela démoralisait les travailleurs, etc. Mais, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que j’en étais à l’origine [4].

 

            Le 1er août 2011, lors de son discours de clôture de la VIIe Législature du Parlement Cubain, Raúl Casto a réitéré la nécessité du débat critique et contradictoire au sein d’une société : « Toutes les opinions doivent être analysées, et quand il n’y a pas consensus, les divergences seront portées auprès des instances supérieures habilitées à prendre une décision ; de plus, personne ne dispose des prérogatives pour l’empêcher[5] ». Il a appelé à mettre fin « à l’habitude du triomphalisme, de l’autosatisfaction et du formalisme dans le traitement de l’actualité nationale et à générer des matériaux écrits et des programmes de télévision et de radio qui par leur contenu et leur style captent l’attention et stimulent le débat au sein de l’opinion publique », afin d’éviter les matériaux « ennuyeux, improvisés et superficiels » au sein des médias[6].

 

La corruption

 

Raúl Castro n’a pas non plus éludé le problème de la corruption : « Face aux violations de la Constitution et de la légalité établie, il n’y a d’autres alternatives que de recourir au Procureur et aux Tribunaux, comme nous avons déjà commencé à le faire, pour exiger des responsabilités aux contrevenants, quels qu’ils soient, car tous les Cubains, sans exception, sommes égaux devant la loi [7] ». Raúl Castro, conscient que la corruption n’épargne pas les hauts fonctionnaires, a envoyé un message clair aux responsables de tous les secteurs : « Il faut mettre un terme définitif au mensonge et à la tromperie dans la conduite des cadres, de tout niveau ». De manière plus insolite, il s’est appuyé sur deux des dix commandements bibliques pour illustrer son propos : « Tu ne voleras point » et « tu ne mentiras point ». De la même manière, il a évoqué les trois principes éthiques et moraux de la civilisation Inca : « ne pas mentir, ne pas voler, ne pas être paresseux », lesquels doivent guider la conduite de tous les responsables de la nation [8].

 

La liberté religieuse

 

De la même manière, les dérives sectaires ont été lourdement condamnées par Raúl Castro. Il a ainsi publiquement dénoncé à la télévision certaines atteintes à la liberté religieuse dues à l’intolérance « encore enracinée dans la mentalité de nombreux dirigeants à tous les niveaux [9] ». Il a évoqué le cas d’une femme, cadre du Parti communiste, au parcours exemplaire, qui a été écartée de ses fonctions, en février 2011, en raison de sa foi chrétienne et dont le salaire a été réduit de 40%, en violation de l’article 43 de la Constitution de 1976 qui interdit tout type de discrimination. Le président de la République a ainsi dénoncé « le mal occasionné à une famille cubaine par des attitudes basées sur une mentalité archaïque, alimentée par la simulation et l’opportunisme ». Rappelant que la personne victime de cette discrimination était née en 1953, date de l’attaque de la caserne Moncada par les partisans de Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista, Raúl Castro a tenu les propos suivants :

 

Je ne suis pas allé au Moncada pour ça […]. J’ai évoqué cette affaire lors de la réunion du 30 juillet, qui marquait également le 54ème anniversaire de l’assassinat de Frank País et de son fidèle compagnon Raúl Pujol. J’ai connu Frank au Mexique, je l’ai revu dans la Sierra, et je ne me souviens pas avoir connu une âme aussi pure que la sienne, aussi courageuse, aussi révolutionnaire, aussi noble et modeste, et m’adressant à l’un des responsables de cette injustice qui a été commise, je lui ai dit : Frank croyait en Dieu et pratiquait sa religion, que je sache il n’avait jamais cessé de la pratiquer, qu’auriez-vous fait de Frank País [10] ? 

La productivité, le revenu mensuel et le livret d’approvisionnement 

Concernant la productivité et la politique économique, Raúl Castro, reconnaissent « une absence de culture économique chez la population » ainsi que les erreurs du passé. « Nous ne pensons pas copier de nouveau quelqu’un, car cela nous a causé de nombreux problèmes par le passé et, par-dessus le marché, nous avions mal copié [11] ». Tous admettent publiquement que « la spontanéité, l’improvisation, la superficialité, le non accomplissement des objectifs, le manque de profondeur dans les études de faisabilité et le manque de vision intégrale pour entreprendre un investissement » portent un grave préjudice à la nation [12].

 

Au sujet du revenu mensuel des Cubains, Raúl Castro a fait preuve de lucidité : « Le salaire est encore clairement insuffisant pour satisfaire tous les besoins, et il a pratiquement cessé de remplir son rôle d’assurer le principe socialiste selon lequel chacun apporte selon sa capacité et reçoit selon son travail. Cela a favorisé des manifestations d’indiscipline sociale [13] ».

 

De la même manière, le Président cubain n’a pas hésité à souligner les effets négatifs du livret d’approvisionnement en vigueur depuis 1960, notamment « son caractère égalitariste nocif », lequel est devenu « une charge insupportable pour l’économie et ne stimulait pas le travail, en plus de générer des illégalités diverses au sein de la société ». Il a également noté les contradictions suivantes : « Etant donné que le livret a été mis en place pour couvrir les plus de 11 millions de Cuba de la même façon, les exemples absurdes ne manquent pas tel que le café prévu est octroyé y compris au nouveau-nés. De la même manière, les cigarettes étaient fournies jusqu’à septembre 2010 aussi bien aux fumeurs qu’aux non-fumeurs, encourageant la croissance de cette habitude malsaine au sein de la population ». Selon lui, la libreta « contredit en son essence le principe de la distribution qui devrait caractériser le socialisme, c’est-à-dire, ‘chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail’ ». Pour ces raisons, il « sera impératif d’appliquer des mesures pour éradiquer les profondes distorsions existantes dans le fonctionnement de l’économie et de la société dans son ensemble [14] ».

 

La relève générationnelle 

Par ailleurs, le Président cubain a également mis en avant un problème crucial à Cuba : la relève générationnelle et le manque de diversité. Il a dénoncé « l’insuffisante systématicité et volonté politique pour assurer la promotion à des postes à responsabilité de femmes de noirs, de métis et de jeunes, sur la base du mérité et les conditions personnelles ». Il a fait part de son dépit sans éluder sa propre responsabilité : « Ne pas avoir résolu ce problème en plus d’un demi-siècle est une véritable honte que nous aurons sur la conscience durant de nombreuses années ». Par conséquent, Cuba subit « les conséquences de ne pas compter sur une réserve de remplaçants dûment préparés, avec l’expérience et la maturité suffisantes pour assumer les tâches nouvelles et complexes de direction au sein du Parti, de l’Etat et du Gouvernement [15] ».

 

            Toutes ces déclarations ont été faites en direct à la télévision cubaine à une heure de grande écoute. Elles permettent d’illustrer la présence du débat critique à Cuba au plus haut niveau de l’Etat. Ainsi, Raúl Castro est non seulement le Président de la nation, mais également – semble-t-il – le premier dissident du pays et le plus farouche critique des dérives et des imperfections du système.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université  Sorbonne Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).


Contact : lamranisalim@yahoo.fr ;Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

[1] Raúl Castro Ruz, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular », República de Cuba, 18 décembre 2010. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html (site consulté le 2 avril 2011).

[2] Raúl Castro Ruz, « Intervención del General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros de la República de Cuba en la Clausura del X Periodo de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular », 13 décembre 2012. http://www.cubadebate.cu/raul-castro-ruz/2012/12/13/raul-todo-lo-que-hagamos-va-dirigido-a-la-preservacion-y-desarrollo-en-cuba-de-una-sociedad-socialista-sustentable-y-prospera-fotos/ (site consulté le 1er janvier 2013).

[3] Raúl Castro, « Discurso… », 18 décembre 2010, op.cit.

[4] Ibid.

[5] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[6] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 avril 2011. http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).

[7] Raúl Castro, « Toda resistencia… », op. cit.

[8] Raúl Castro, « Discurso… », 18 décembre 2010, op.cit.

[9] Raúl Castro, « Toda resistencia… », op. cit.

[10] Ibid.

[11] Raúl Castro, « Discurso… », 18 décembre 2010, op.cit.

[12] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[13] Raúl Castro Ruz, « Discurso… », 18 décembre 2010, op. cit.

[14] Raúl Castro, « Informe central al VI Congreso del Partido Comunista de Cuba », 16 avril 2011. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/esp/r160411e.html (site consulté le 1 janvier 2013).

[15] Ibid.

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 16:48

C'est un pays potentiellement riche qui aiguisait les appétits depuis déjà longtemps

09 avril 2012 Un texte prémonitoire


Par Calixte Baniafouna :

 

 

La France se prépare à déstabiliser le Mali. Et pour cause ? Il y en a trois qui relèvent principalement des raisons classiques : les intérêts « français » et « individuels ».

 

Des intérêts français, la découverte du pétrole au Mali en est le déclencheur des hostilités. Bamako, 12 mai 2002, aussitôt élu président de la République avec 64,35% des voix au deuxième tour, Amadou Toumani Touré (ATT pour les intimes) fait un rêve, celui de faire du Mali un pays producteur du pétrole. Mais le rêve ne dit pas que l’or noir est un or du diable, qui insère son producteur au rang de la malédiction où d’autres anciennes colonies françaises comme le Congo Brazzaville, le Gabon... sont depuis, tenus en laisse par Paris. Le Mali peut toujours jouer le jeu de la démocratie en organisant des élections crédibles et en assurant des alternances dans la paix tant qu’une goutte de pétrole ne coule pas encore du bassin de Taoudéni dans le nord du pays. Taoudéni ? C’est à la fois une cuvette dont le dépôt centre atteint plus de 5000 m d’épaisseur et une superficie d’environ 1.500.000 km², soit le plus vaste bassin sédimentaire on-shore d’Afrique occidentale, qui s’étend hors du Mali au Niger, en Mauritanie, au Burkina Faso et en Algérie. Cette précision est d’une importante capitale à noter pour la suite de l’analyse.

 

Il est de bon augure pour ATT de créer, dès 2004, l’Autorité pour la promotion de la Recherche Pétrolière au Mali (AUREP). Des conventions de partage de production et de concession pour 29 blocs répartis sur cinq bassins sédimentaires sont signées entre le gouvernement malien (9 blocs) et les sociétés de recherche pétrolière pour les 20 autres blocs. Parmi ces sociétés, il y a la compagnie italienne d’hydrocarbure ENI (50%), l’australienne Baraka Petroleum (25%) et l’Algérienne SIPEX (25%), dont les opérations de sondages sismiques des blocs 1, 2, 3, 4 et 9 sont assurées par l’Entreprise Nationale Algérienne de Géophysique (ENAGEO), une filiale de SONATRACH qui est la première des douze sociétés pétrolières d’Afrique. Sans oublier l’apport de 46 milliards de FCFA par PetroPlus Angola, destinés à la promotion de la recherche pétrolière, à l’exploitation, au transport, au raffinage des hydrocarbures liquides et gazeux, et à la formation du personnel technique malien.

 

Très bien tout cela ! Sauf que dans l’Eden du pétrole d’un pays tenu en laisse par la France, citer ou ne pas citer le nom de Total/Elf est synonyme de consommation d’un fruit qui rend ivre et provoque de grands changements aux consommateurs. Car, présent ou non auprès d’eux, Total/Elf est un serpent toujours présent dans l’Eden du pétrole et dont on ne peut qu’être pénétré de son influence. L’ivraie s’introduit parmi le bon grain ; d’où le péché originel qui expose d’ores et déjà, pour de nombreuses décennies, des générations maliennes entières à en payer le prix.

 

Deuxième raison de la déstabilisation amorcée du Mali, l’influence géostratégique de la France sur l’Afrique néocoloniale.

Sans pétrole, les Maliens sont aujourd’hui fort différents de ce que, hélas, ils deviendront dans un proche avenir. Leur paisible existence n’est pas le fait de la pauvreté du pays qui les épargnerait du vampirisme de l’ancien colonisateur. Un ancien colonisateur qui, pour poursuivre le pillage de ses anciennes colonies, a toujours utilisé le principe de « diviser pour mieux régner ». Le Mali n’est pas en effet ce pays que l’on présente comme dépourvu des matières premières censées susciter la convoitise des requins occidentaux. Ce n’est pas rien que d’être, comme le Mali, le troisième producteur d’or d’Afrique derrière l’Afrique du sud et le Ghana. Son bétail, son coton, son fer, voire son arachide sont autant de produits d’exportation à forte demande mondiale.

 

Avec le pétrole, les Maliens recevront bientôt un devenir formel et temporel. Tout ce qui en eux de spirituel actuellement se muera en chair, matière, instrumentalité et réceptivité… exactement comme au Congo Brazzaville ! Larmes et sang couleront bientôt dans la miséricorde d’une France, elle aussi en larmes de crocodile, qui se dira totalement effondrée par la pitié pour ce peuple africain dont elle n’aurait toujours voulu que du bien mais qui aurait préféré vivre dans des souffrances volontaires. Cette pauvre France qui sera encore obligée d’intervenir au Mali comme elle l’a fait en Côte d’Ivoire et en Libye où le peuple savoure désormais le fruit de la démocratie comme jamais il n’en était aussi savoureux dans aucune autre grande démocratie du monde.

 

Comme en Côte d’Ivoire ou en Libye, le principe de « diviser pour mieux régner » est parfaitement sous orbite au Mali. Objectif : commencer par diviser le Mali en zones nord et sud avec, au milieu des deux zones, des armées étrangères d’interposition (genre Licorne, Casques blancs, Casques bleus…) qui, au nom de la réunification du pays, les occuperont progressivement pour s’y implanter quasi-définitivement, le temps que la France installe durablement ses larbins et s’assure de la mainmise de l’or noir annoncé afin de procéder au pillage avec autant de cruauté que d’avidité. Ficelle de la scission tirée dans la clandestinité depuis Paris et bien d’autres capitales occidentales, les rebelles se sont déjà constitués dans le nord du Mali en un mouvement tribal appelé Azawad. Équipés par les maîtres occidentaux d’une quantité impressionnante d’armes, de munitions et autres matériels de guerre en provenance d’Europe et de la Libye, ils ont lancé les attaques contre les garnisons militaires de la région et occupe actuellement toute la partie nord du pays. Pour affiner la stratégie de la déstabilisation du Mali, le Quai d’Orsay peut sans gêne recevoir à visage ouvert les membres voilés de cette rébellion d’autant que toute forme d’aide qui leur est due ne peut que relever du bon sens, le prétexte étant tout trouvé : le combat contre Al-Qaïda au Maghreb islamique.

 

La troisième raison de la déstabilisation du Mali par la France, enfin, relève de la mesquinerie d’un homme : Nicolas Sarkozy. De Dominique de Villepin à Mouammar Kadhafi en passant par Laurent Gbagbo, chacun d’eux (du moins pour les survivants) a souvenir que Sarko n’oublie ni ne rate quiconque l’aurait éclaboussé sur le chemin de ses abus du pouvoir au point de réduire en affaire personnelle toute affaire d’État qui oserait contrarier sa vision des choses. Mieux que tout citoyen malien, Nicolas Sarkozy savait parfaitement qu’Amadou Toumani Touré était à un mois de sa retraite politique et ne se présenterait plus à l’élection présidentielle annoncée pour fin avril 2012. Malgré tout, lui laisser partir sans l’humilier passerait Sarko pour vaincu ; d’où le putsch qui n’aura eu ni sens ni fondement. En incitant une partie de l’armée malienne à destituer un président en fin de mandat, Sarko a voulu tout simplement se faire plaisir, montrer qu’il reste le chef et pousser ses obligés (CEDEAO, larbins des palais, etc.) à s’occuper, à se rendre indispensables et à finir par décliner leur impuissance pour les obliger de faire appel à l’éternel sauveur, la France.

 

Parvenue à ses fins, la France dirait qu’elle n’aurait rien fait en soi qui ne fût un ordre venu des Africains eux-mêmes ou de l’ONU. Vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, ATT aura ainsi payé un temps ses doutes dans la manière d’instaurer la démocratie en Côte d’Ivoire et son opposition à l’assassinat de Kadhafi par Nicolas Sarkozy, au nom de la démocratie alors qu’en réalité, les raisons de la haine sont strictement personnelles. ATT humilié, le putsch n’a plus de raison d’être ; les abrutis à l’ordre et au service du maître n’ont plus qu’à rétablir les institutions déclarées caduques il y a seulement quelques semaines et rentrer dans les casernes pour attendre, disciplinés, que l’armée véritable débarque de Paris pour venir tracer les limites de la division du Mali.

 

En entendant que les larbins d’Abidjan et de Ouagadougou, courroie de transmission via la CEDEAO, transmettent l’ordre venu de l’Élysée pour annexer le Mali au concert des nations non plus de la démocratie initiée par ATT mais de celle de la Françafrique, si chère aux valeurs de la République française. Et ce, pour de longs siècles encore, tant que la « mère patrie » trouvera sur le sol africain des répondants qui sont toujours prêts à passer pour de braves soldats… en fait de piètres serviteurs.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 18:19

 

Tout d'abord l'intitulé de l'article était  fallacieux: Si des syndicats ont bradé un nouveau pan du code du travail tous n’ont  pas courbé l’échine, c'est à leur honneur, les autres ont comme à l’accoutumé servi de faire valoir pour le duo patronat gouvernement qui en se réjouissant d'un prétendu "accord historique"montrent ainsi qu'ils sont d'accord sur l'essentiel c'est à dire tondre encore plus la laine sur le dos des travailleurs qui ne tarderons pas, ainsi que les chômeurs, à le vérifier à leurs dépends dans les semaines qui viennent.


Dans ces conditions "le changement c'est maintenant" va se traduire par une nouvelle fragilisation de l'emploi,avec comme seule contrepartie quelques miettes que la majorité gouvernementale n'a pas osé imposer par voix législative, elle avait pourtant été élue pour ça! A quoi bon se rendre aux urnes si les engagements préélectoraux ne sont pas tenus? Mieux vaut lutter jusqu'à l'avènement d'un grand soir. Le recul de civilisation s'accentue,  la prochaine étape  sera la transformation des CDI en CDD.


Protection sociale et croissance économique sont indissolublement liées. Mais nous ne retrouverons pas le chemin de la croissance sans récupérer notre souveraineté monétaire (la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie et les autres comme nous) accompagnée de quelques mesures protectionnistes. Pour cela il faut abandonner l'euro en tant que monnaie unique et sortir du carcan des traités Européens afin d'être à même  ensuite  de taxer les mouvements spéculatifs et  de réduire les importations sur la base du vieux principe, je t’achètes, tu m’achètes, ainsi que le prévoyait la charte de la Havane en opposition totale avec le libre échange de l’OMC et de l’Union européenne. Rééquilibrer  les échanges internationaux permettrait de développer ou de  relancer les productions industrielles et manufacturières là ou c'est nécessaire.

 

En attendant le patronat va pouvoir licencier encore plus vite. Les jeunes qui accédaient à un CDI à 25, 30 ans, voire plus devront encore attendre  pour décrocher un CDD, mais rien ne garantit qu’ils y parviennent, pour être ensuite poussés vers la touche 10 ou 15 ans plus tard et atteindre l’âge de la retraite losqu'ils sucreront les fraises, on ne sait quand, après une carrière en pointillés qui ne leur laissera que l’aide sociale et les banques alimentaires pour végéter. C’est ça le progrès version Hollande après Sarkozy, eux sont PACSE de fait, ils ouvrent des crédits pour faire la guerre mais pas pour l’emploi et la protection sociale.

 

 Allez chez ma tante emprunter pour payer vos prothèses, mais qui remboursera ? C’est se ficher de la tête des gens qui galèrent pour joindre les deux bouts.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:17

A première vue une contradiction apparente entre l'intervention contre l'islamisme radical au Mali et le soutien apporté par l'occident aux rebelles djihadistes en Syrie.

En réalité les objectifs sont de même nature. En Syrie il s'agit de contrôler le gaz et ses voies d'acheminement et de prendre à revers la Russie et la Chine via l'Iran.

Au Mali il s'agit de réactiver la françafrique pour la maîtrise des ressources naturelles du continent.

En fait ce ne sont que deux aventures coloniales ou l'AQMI et ses dérivés manipulés par les services de renseignements servent de bras armés et de détonateurs prétextes à ingérences. Pour en savoir un peu plus il faut consulter,  à partir de l'invite google,le plan Yinon qui depuis les années 80   prévoyait de livrer l'Afrique du nord à l'Islamisme radical qui, après avoir eu le feu vert pour déstructurer la Libye et assassiner Kadhafi avec le soutien de l'OTAN, se pose aujourd'hui en concurrent de l'impérialisme occidental en général, français en particulier, sur le continent africain.

 

Ce ne sera pas une promenade de santé pour les troupes française, des renforts sont éjà envoyés, le conflit va s'étendre si la raison ne l'emporte pas.

Souvenons nous de la guerre d'Algérie qui n'aurait pas eu lieu si les gouvernements français de l'époque avaient accepté d'octroyer l'égalité des droits aux populations d'origine accompagnée de l'autonomie interne. Il a fallu attendre le retour au pouvoir du général de Gaulle dont l'autorité a  permis de mettre fin à cette tragédie dont le bilan fut lourd: 30 000 morts côté français, près d'un million coté Algérien avec au bout    le retour en France de 3 millions de nos comptriotes dans des conditions le plus souvent déplorables.

Il n'y a pas d'argent pour l'emploi et la protection sociale dans notre pays, Hollande, son gouvernement, sa majorité, mentent pour détourner l'opinion de leurs objectifs réels mais sont les dignes héritiers de leur illustre prédecesseur Guy Mollet, investi pour mettre fin à la répression  avait envoyé le contingent en Algérie avec les conséquences désastreuses que l'on sait.. confortés par la droite, cela va de soi; ils sont repartis en guerre comme au bon vieux temps des colonies  car les mêmes qu'ils soutiennent en Syrie se posent en concurrents directs en Afrique y compris noire.

 

Nous en paieront le prix , des soldats français y laisseront leur peau, mais également de nombreux civils maliens, hommes femmes et enfants et des pays environnants.Les bombes sont aveugles ne choisissent pas leurs cibles.

 

La gauche qui se prétend radicale qui avait à l'unisson cautionné ou soutenu , quand elle ne l'avait pas sollicité, l'intervention de l'OTAN contre la Libye ou les islamistes ont pillé les arsenaux avant de se rendre au Mali, pourrait au moins dénoncer les responsables de cette situation, elle ne l'a fait pas et ne le fera pas car elle  s'autoflagellerait.

 

Le Parti de Gauche de Mélenchon a pris acte de la décision du président Hollande d'envoyer  les troupes françaises au Mali.

 

Le Front National fait patte de velours pour ratisser plus large. Le PCF est en pleine dérive social libérale, en perdant  ses fondamentaux, tout ce qui faisait sa force d'antan, il est devenu inaudible.

 

Notons également que  la désastreuse virée en Somalie est à l'image de celle organisée, avec le même succès, par un autre gouvernement socialiste,   contre le Rainbow Warriors de Green Peace il y a quelques années.

 

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:05

Par Roland Weyl avocat


Le débat sur l’identité nationale aura tendu à enfermer la notion même de référence nationale dans un piège dont il est urgent de la libérer pour lui restituer la valeur démocratique et même révolutionnaire qu’elle a acquise au fil des luttes et que la mondialisation capitaliste rend plus actuelle que jamais à condition d’en élucider l’approche et, comme cela s’était déjà posé à propos du procès du souverainisme, de tordre le cou à toutes les confusions sémantiques.


Première question : pourquoi les mêmes qui ont fait la guerre en Yougoslavie au nom du droit des peuples à l’indépendance nationale nous prêchent d’accepter la soumission à l’Europe de la finance parce que la souveraineté nationale est un vieux machin ?

 

Deuxième question : est-ce qu’il y a identité entre revendication nationale et nationalisme  ?

 

Il est de fait que depuis son éclosion la valeur nation a toujours été un enjeu disputé entre les défenseurs de ses valeurs de progrès libérateur et les artisans de sa dénaturation confiscatrice.

 

Cette dénaturation confiscatrice peut être identifiée dans deux types de démarche:D’une part celle de la bourgeoisie française des débuts du XVIIIesiècle : le concept de souveraineté de la nation était utilisé contre celui de souveraineté populaire. Les révolutionnaires n’ont cessé de revendiquer de donner à la démocratie un contenu de souveraineté populaire (1848, la Commune) et la bourgeoisie y opposait la souveraineté de la nation qu’elle était censée représenter.

 

D’autre part, la déviance nationaliste a fait du critère national, diverti en chauvinisme, une valeur antagoniste des autres nations. Ces dérives ne doivent pas conduire pour autant à répudier la valeur nation, mais à lui donner son véritable contenu, en prenant en compte qu’elle est objet de combat.

 

Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. Toute l’histoire du PCF, et sans doute facteur exceptionnel de ses racines populaires, est marquée par ses combats pour l’indépendance nationale, par opposition au cosmopolitisme capitaliste, dénoncé comme n’ayant pas d’autre patrie que l’argent, comme la monarchie avait sombré avec les émigrés de Coblence contre les sans-culottes de Valmy, et comme d’autres plus tard allaient dire « plutôt Hitler que le Front populaire ».

 

Et ce n’est pas par hasard si aujourd’hui le capitalisme mondialisé, même si, comme souvent, il est complété par des nihilismes à la phrase révolutionnaire, emploie ses moyens de domination idéologique à périmer l’idée de nation, au moment même où la charte des Nations unies lui a, pour la première fois, conféré une valeur universelle, précisément sous le drapeau de la notion de souveraineté nationale. C’est que la notion de souveraineté nationale est aussi diamétralement antithétique du souverainisme que du nationalisme.

 

En effet, sa donnée essentielle, qui est bien évidemment la première occultée, est son contenu populaire, qui lui aussi est le contraire du populisme. Le populisme consiste à flatter le peuple pour obtenir de lui la délégation du pouvoir à un ou des hommes providentiels. La souveraineté populaire consiste pour le peuple à exercer le pouvoir lui-même par ses représentants élus, et qui lui sont subordonnés. Le caractère révolutionnaire de la charte tient à ce qu’elle fonde tout sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est-à-dire à être les maîtres de leurs affaires, leurs gouvernements ne devant être que leurs instruments de souveraineté.

 

Et la notion de souveraineté nationale intervient alors pour prendre en compte qu’il n’y a pas un seul peuple mondial homogène, mais des peuples, avec chacun son implantation géographique, ses besoins et possibilités différents qui en découlent, et son histoire, la souveraineté populaire devant alors s’exercer par chaque peuple, mais dans l’obligation du respect mutuel de leurs différences. Alors, la souveraineté nationale n’est rien d’autre que la référence d’identification de ses compétences territoriales d’auto administration.

 

De contenu fondamentalement démocratique, elle suppose que, sur un territoire où cohabitent plusieurs peuples, ceux-ci exercent ensemble leur souveraineté par le moyen d’un État multinational, et la notion de souveraineté nationale est si peu assimilable au nationalisme que l’histoire française des luttes populaires, à contenu manifestement national, s’est illustrée par la promotion de Schiller comme citoyen d’honneur, le Polonais Dombrowski comme héros de la Commune, et ceux de l’Affiche rouge. La notion de souveraineté nationale n’est donc pas une référence conflictuelle, mais un aliment d’essor personnalisé. Sinon, comment pourrait-on revendiquer le droit pour les Palestiniens ou les Sahraouis à leur indépendance ?

Il est clair que les données objectives de mondialisation génèrent des échanges qui tendront de plus en plus à interpénétrer les composantes nationales respectives et il est possible (probable ?) qu’un jour viendra où il y aura un seul peuple mondial, mais nous n’en sommes pas là, et pour le moment, outre qu’une partie des échanges tient aux migrations forcées de ceux dont l’épanouissement national est opprimé, la négation nationale ne peut que servir à l’écrasement de la personnalité des peuples, de la richesse de leurs différences, au service de leur exploitation universelle. Ne nous y prêtons pas.

 

Texte publié dans l’Humanité du 11 février 2010.

 

Mise en ligne CV mai 2010 par Comité  http://www.comite-valmy.org/spip.php?article534

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 18:37

Freychet Jack                                                                                                                    le  26 décembre 2012

Conseiller municipal.

Objet : Votre courrier du 13 décembre 2012.

 Ref   : BC/AG/2012/ASS.377

                                                                                                                           Monsieur le Président

                                                                                                                           Communauté d’agglomération

                                                                                                                           du Val d’Orge

                                                                                                                           Sainte-Geneviève-des-Bois

 

 

  Monsieur le président

 

Permettez  moi tout d’abord de vous faire part de ma stupéfaction en constatant que malgré les moyens déployés  vous ne soyez  pas  en mesure d’énoncer quelle est l’origine de l’encombrement de l’exutoire EP rue Anne Frank par du laitier de ciment qu’il était possible de suivre à la trace par caméra interposée jusqu’à la source du mal. Ensuite que vous imputiez les débordement successifs  d’eau usées rue Guy Môquet à quelques lingettes dont il était évident qu’elles ne pouvaient  s’être déposées qu’au niveau de la chute accompagnée, à l’intersection des rues Guy Môquet et Pierre Sémard, qui a plus de 30 ans d’âge,  visible et accessible en outre par un regard. En d’autres temps un seau d’eau aurait vraisemblablement réglé le problème en gestation depuis plusieurs mois, cf. les incidents qui ont précédés.

 

A cet effet vous trouverez ci-joint un courrier du propriétaire du pavillon concerné, construit depuis un siècle environ, raccordé depuis plus de 50 ans sur une première canalisation abaissée ensuite lors de la réalisation de l’ensemble immobilier  SERFI  sans qu’un sinistre de cette nature ne se soit produit. Le règlement d’assainissement auquel vous renvoyez  prévoit certes que l’exutoire intérieur à la maison soit au même niveau que la route, ce qui semble bien le cas,  j’ajoute simplement qu’un clapet anti-retour eut reporté les désordres plus en amont auquel cas ce sont tous les branchements ou presque qu’il faudrait équiper de tels dispositifs.

 

Vous écrivez que vos bases de données internes ont été établies à partir des plans de l’ancien délégataire, la lyonnaise et que le statut  de la canalisation rue Anne Frank était référencé privé or, celui-ci, La Lyonnaise, a suivi les travaux de réhabilitation qui ont précédé à la procédure d’intégration des VRD dans le domaine public après avis favorable du commissaire enquêteur en date du 20 mai 1998, document enregistré en mairie le 25 mai sous le numéro 2977.  Le conseil municipal a délibéré favorablement, les pièces nécessaires à la rétrocession ont été transmises au notaire de la commune sis à Longjumeau qui en accusa réception par courrier enregistré en mairie le 22 juillet 1998 sous le numéro 4498.

 

J’avais depuis plusieurs mois annoncé que je remettrais mon mandat à disposition courant novembre 1998, quatre maire se sont ensuite succédés, ce qu’il advint par la suite je n’en ai plus trace mais en toute logique  les documents doivent être archivés en mairie, Il suffisait de les consulter. J’ajoute simplement que, réseaux publics ou privés, les taxes d’assainissement ne subissent aucun abattement, le prix de l’eau non plus.

 

Quels enseignements tirer de ce qui précède ?

 

Tout d’abord que les transferts de compétences de la commune vers l’agglo n’ont pas été, ou mal, assimilés par les administrés, le fait qu’il y ait une seule facture, même détaillée, pour un service concédé et un autre en régie ajoute à la confusion, pourquoi faudrait-il s’adresser à la CAVO, plutôt qu’à la lyonnaise ?, et montre une fois de plus l’exigence d’un seul interlocuteur par  la création d’un grand service public de l’eau du captage au traitement. Par ailleurs les logos présents sur les véhicules des intervenants sur le terrain n’aident pas à clarifier la situation.

 

Secondement les représentants de la commune qui se sont déchargés de la baignoire avec  l’eau sale ont tendance lorsqu’ils sont sollicités à répondre : ce n’est plus de notre  compétence, c’est celle de la CAVO, ce qui est du ponce pilatisme. Ils scient ainsi la branche qui est leur raison d’être. Je ne sais ce qu’il en est des autres communes mais il y a, à minima,  des informations à réitérer pour faire évoluer les comportements.

 

Tertio permettez de vous rappeler que vos services ne m’ont toujours pas contacté afin de faire le point sur les déversement d’eau usées, dont j’ai encore constaté une manifestation le 21-12, dans la Boële  située dans le prolongement de l’axe de la rue Guy Môquet et je vous signale l’obstruction de l’exutoire eaux de pluies du camping, en traversée souterraine de l’Orge, qui n’est plus curée depuis des temps immémoriaux (sauf à mon échelle). En l’absence d’intervention il faudra à minima une pluie  cinquantennale  et une inondation  du camping avec une montée jusqu’à la pression nécessaire pour faire sauter le bouchon.

 

En outre le 23  décembre j’ai constaté un débordement d’eaux usées, au niveau d’un regard de visite situé à mi-chemin  entre l’Orge et la Boële, sur le Ø35 qui descend la rue Guy Môquet  pour être ensuite  raccordé sur l’intercommunal  Ø 1200 : Il s’agissait soit d’une obstruction partielle du  Ø35 soit d’une montée en charge de l’intercommunal à la suite des pluies des jours précédents qui n’avaient cependant rien d’exceptionnelles. J’ai signalé à votre service d’astreinte qui s’est apparemment rendu sur place et pourra vous confirmer, d’ailleurs le site en porte encore les stigmates.

 

Il ne s’agit là que de quelques témoignages de l’intérêt que j’attache à la satisfaction des besoins de mes concitoyens dans le cadre d’un service public salubre et de qualité.

 

Certain de votre compréhension et avec mes remerciements anticipés pour vos  interventions à venir, celles de vos services, et dans cette attente,

 

Veuillez agréer, monsieur le Président mes sincères salutations ainsi que mes meilleurs vœux pour vous et vos équipes à la veille d’une nouvelle année bien que les développements récents, aux plans politique, économique et financier, n’incitent guère à l’optimisme social.

 

Nota: une  première rencontre avec un technicien de la CAVO a déjà eu lieu. Rendez vous est pris  avec  le responsable du service eau et assainissement pour vendredi 11 Janvier. Affaire à suivre. L'objectif est bien entendu de traiter les problèmes techniques,  d'améliorer les services rendus aux usagers mais également d'avancer vers la création d'un grand service public de l'eau indépendant des puissances d'argent. D'autres y sont parvenus pourquoi pas les habitants de l'agglo du Val d'Orge.

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:29

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 30 novembre 2012.

Deux déclarations faites récemment par des dirigeants du Front de gauche sont particulièrement inquiétantes. Elles ralentissent les mobilisations sociales immédiates et obscurcissent la perspective politique. La première vient de Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français (PCF), et porte sur l’appartenance du PCF à la majorité avec le Parti socialiste (PS). La seconde émane de Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche (PG), et traite du système de l’Union européenne.

 

Les déclarations de Pierre Laurent sur l’appartenance du PCF à la majorité avec le PS :

Dans une déclaration faite à la sortie d’un entretien avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, rapportée par l’agence Reuters (8 novembre 2012), Pierre Laurent affirme que le PCF et le Front de gauche ont « participé à la victoire d’une majorité politique au printemps et nous considérons que nous sommes dans cette majorité politique [...] mais il y a dans cette majorité un débat politique de fond  ».

 

Cette orientation a été confirmée dans L’Humanité des 10 et 11 novembre 2012 par Eliane Assassi, présidente du groupe communiste républicain et citoyen (CRC) au Sénat, qui notait que « nous appartenons à la majorité parlementaire et nous travaillons à ce que la gauche réussisse  ».

 

Dans un entretien publié par L’Humanité le 12 novembre 2012, Pierre Laurent affirmait encore que «  le moment est donc venu pour les citoyens de gauche qui ont voulu le changement de réinvestir massivement le débat politique, de se mobiliser pour dire au gouvernement : c’est pour un autre cap que nous avons voté  ». Pierre Laurent rappelait que « nous sommes dans la majorité qui a permis le changement ».

 

Cette ligne politique n’est pas nouvelle comme en témoigne un titre du journal L’Humanité du 18 juin 2012, page 9 : « Pas dans l’opposition mais dans la majorité pour réussir ». C’était une phrase issue d’un entretien avec Marie-George Buffet qui disait : « Nous ne sommes pas dans l’opposition mais dans la majorité de gauche de façon constructive, pour réussir  ».

 

L’Agence France presse, dans une dépêche du 20 juin 2012, faisait état d’une déclaration d’André Chassaigne, président du groupe Front de gauche à l’Assemblée nationale, qui affirmait que son groupe se situera « clairement dans le cadre de la majorité de gauche ».

 

Il ne s’agit pas, ici, de faire un mauvais procès au PCF mais d’engager un débat politique de fond. Le PCF s’est mobilisé contre le TSCG. Il a voté contre la loi de programmation budgétaire 2012-2017. Il s’oppose souvent, au Parlement, aux mauvais textes du gouvernement. Cette attitude politique est conforme à ce qu’attendent du PCF les citoyens qui veulent un véritable changement, à gauche, contrairement au PS. C’est pourquoi l’appartenance revendiquée du PCF à la majorité avec les socialistes est choquante.

 

La position du PCF invite à réfléchir à cinq questions :

 

Le PS est-il de gauche ?

Y a-t-il eu un « changement » après l’élection présidentielle et les élections législatives ?

Les électeurs du PS ont-ils voté pour le « changement » et pour un « autre cap » ?

La « gauche » peut-elle « réussir » ?

Quelles conséquences tirer de tout ceci ?

 

Le PS est-il de gauche ?

Pour le PCF (et le PG), la réponse est positive. Il est vrai qu’il existe encore au PS des militants de gauche, y compris à la direction de ce parti. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que le PS, depuis son revirement de 1982-1983, qu’il n’a jamais renié et dans lequel il s’est installé, mène des politiques néolibérales. Il a renoncé au changement de société et sert de marchepied à la carrière de gens pressés et ambitieux. C’est un parti de notables dont un certain nombre sont corrompus ou pratiquent le népotisme et le clientélisme.

 

Il y a longtemps – une trentaine d’années – que le PS n’est plus de gauche. Ses programmes, sa gestion locale, sa pratique gouvernementale en témoignent. Mais alors pourquoi le PCF et le PG considèrent-ils que le PS est toujours de gauche alors que rien, objectivement, ne permet de soutenir cette thèse ? Pourquoi aucun débat n’a lieu sur cette question ?

 

Y a-t-il eu un « changement » après l’élection présidentielle et les élections législatives ?

 

Le programme du PS est un programme parfaitement compatible avec la doxa néolibérale et les préceptes de l’eurolibéralisme. Il ne contient aucune avancée sociale digne des grandes poussées de la gauche comme en 1936, 1945, 1981. C’est même le contraire puisque le nouveau président de la République se fixe comme priorité le désendettement de la France, c’est-à-dire l’austérité, alors qu’il faudrait annuler et restructurer la dette publique, mener une politique de relance.

 

Avant même les élections il était parfaitement évident que le rapport des forces qui serait issu de la présidentielle et des législatives ne permettrait pas au Front de gauche de faire admettre la moindre proposition significative de son programme au PS. Seules des luttes sociales puissantes seront susceptibles de permettre des avancées sociales que le PS refuse aujourd’hui. Même si des millions de citoyens sont heureux de la disparition de Nicolas Sarkozy de la scène politique, son programme néolibéral continue par l’entremise de François Hollande.

 

Les électeurs du PS ont-ils voté pour le « changement » et pour un « autre cap » ?

 

Si le « changement » désigne la volonté de battre Sarkozy, la réponse est oui. Si le « changement » porte sur les politiques économiques et sociales, la réponse est beaucoup plus ambiguë. Beaucoup d’électeurs qui ont voté pour les socialistes ne voulaient pas de changement d’orientation économique et sociale car, d’une part, ce n’est pas ce que proposait le PS, et d’autre part ils ne croient pas que cela soit possible dans le cadre de la mondialisation. L’ « autre cap » que voulait une majorité d’électeurs du PS était de se débarrasser de Sarkozy.

 

La « gauche » peut-elle réussir ?

 

Quelle gauche ? Le PS ? Réussir à quoi ? Il serait temps de réussir à se libérer des illusions. Le PS n’a pas de politique de gauche et ne peut donc pas réussir à mettre en œuvre une politique pour laquelle il ne se prononce pas. Tout est déjà écrit. Le PS reste aligné – depuis 1982-1983 – sur les politiques néolibérales, c’était dans son programme (même si ce n’était pas écrit comme cela). Il va aggraver le chômage et les difficultés de la population, il sera battu aux prochaines élections, une droite plus dure reviendra aux affaires avec un FN encore plus menaçant. C’est écrit, et c’est cela qu’il faut faire capoter.

 

Quelles conséquences tirer de tout ceci ?

 

S’il veut être à l’offensive et se présenter comme une véritable alternative, le Front de gauche doit se placer dans l’opposition de gauche au gouvernement socialiste et se fixer l’objectif électoral clairement formulé de passer devant le PS.

 

La posture politique du PCF, qui se déclare faire partie de la majorité avec le PS, ne pourra pas rester telle quelle encore très longtemps. Idem pour le PG qui prône le « ni-ni » (ni dans la majorité, ni dans l’opposition). Elle signifie que n’étant ni dans la majorité ni dans l’opposition, le PG est nulle part ! La gauche radicale (le Front de gauche se revendique-t-il de la gauche radicale ?) ne peut pas et ne doit pas participer à un gouvernement avec le PS, sauf lorsqu’elle passera devant ce dernier. L’inverse n’est pas possible et signifierait l’alignement de la gauche radicale sur les positions social libérales du PS.

 

Pour changer la vie, comme on disait dans les années 80, il faut qu’un bloc animé par la gauche radicale passe devant le PS. Il faudra, pour y parvenir, décrocher la gauche du PS. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel se trouve chez les classes populaires, notamment les abstentionnistes : ouvriers, employés, chômeurs, travailleuses et travailleurs précaires, jeunes et moins jeunes… Ils attendent des paroles fortes, mais aussi des propositions concrètes et crédibles, opérationnelles, des mesures radicales rompant avec l’ordre ancien. Une perspective.

 

Comment peut-on expliquer l’obstination de la direction du PCF à maintenir l’appartenance de ce parti à la majorité avec le PS ? La réponse est probablement à rechercher du côté des élections municipales de 2014. Depuis trente ans, le PCF s’affaiblit dans les communes, élection après élection, par exemple : perte du Havre en 1995 ; Nîmes et Argenteuil en 2001 ; Calais, Aubervilliers, Montreuil en 2008. Désormais le PCF ne gère plus qu’une seule ville de plus de 100 000 habitants (Saint-Denis) mais en a perdu le député en 2012. Si le PCF continue à ne pas voter les textes du gouvernement au Parlement (celui sur le budget sera décisif), le PS menace de transformer le premier tour des municipales de 2014 en primaires, notamment dans les villes encore dirigées par le PCF. C’est du chantage. La direction du PCF va-t-elle y céder ?

 

Les élus locaux du PCF, dans le cas le plus général, ont une bonne image auprès de la population. Ils devraient accepter la confrontation avec le PS. Pour mettre le maximum d’atouts de leur côté, ils pourraient largement rassembler autour d’eux et incarner, de cette manière, la nouvelle force qui aspire à devenir majoritaire à gauche. Dommage que le prochain congrès du PCF n’évoque pas ces questions pourtant fondamentales. De toute manière le PS attaquera sans vergogne les municipalités encore dirigées par le PCF comme il l’a fait aux élections précédentes. Ce dernier a donc tout intérêt – pas seulement pour lui mais pour les populations qui ont besoin d’avoir des élus bien à gauche - à faire les bonnes alliances et à se préparer à l’affrontement.

 

La position obscure de Jean-Luc Mélenchon sur le système de l’Union européenne

 

L’entretien donné par Jean-Luc Mélenchon au journal du Parti ouvrier indépendant (POI), Informations ouvrières n° 224 du 1er au 7 novembre 2012, est très intéressant dans le sens où il confirme sa totale ambigüité sur les questions européennes. Certes, Jean-Luc Mélenchon réaffirme ce qu’il a déjà dit (mais pas le Front de gauche) : il s’agit pour lui de passer devant le PS aux élections européennes de 2014. Mais pour quoi faire ? C’est là que les choses se gâtent.

 

D’abord, selon lui, « la clé d’entrée [dans le Front de gauche] c’est le refus des traités européens, de tous les traités ». Mais alors pourquoi la lettre du PG qui, au contraire, explique que le M’PEP « porte deux revendications qui diffèrent franchement du programme du Front de gauche : la sortie de l’euro et de l’Union européenne. […] Il s’agit d’une divergence majeure. Et on voit bien du coup qu’il serait impossible à notre candidat [Jean-Luc Mélenchon] d’assumer cette contradiction interne au Front de gauche pendant la campagne. C’est toute la cohérence de cette dernière qui serait fragilisée ».

 

Jean-Luc Mélenchon et le PG ne jouent-ils pas un double jeu et ne pratiquent-ils pas le double langage ? En effet, en voulant sortir de l’UE et de l’euro, le M’PEP répond parfaitement au critère fixé par Jean-Luc Mélenchon pour entrer au Front de gauche : le « refus » de tous les traités européens. A moins que Jean-Luc Mélenchon fasse une distinction, non explicite, entre « le refus des traités européens » et la sortie de l’UE et de l’euro. Si on comprend bien, le PG estime que le « refus des traités européens » est la « clé » pour entrer au Front de gauche, mais que ce « refus » ne peut pas aller jusqu’a sortir de l’UE et de l’euro. Mais alors jusqu’où va ce « refus » ? Jean-Luc Mélenchon ne le dit pas.

 

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon reprend les positions habituelles du PG (« il faut sortir des traités européens ») et du Front de gauche (« s’affranchir des traités européens »). Nous ne savons toujours pas, à cette étape, ce que ces notions veulent dire puisque les notions de « sortir » et « s’affranchir » ne sont jamais définies. Il faut continuer la lecture de l’entretien de Jean-Luc Mélenchon avec Informations ouvrières pour découvrir que « si c’est moi qui avait été élu, j’aurais soumis à référendum l’abandon des traités actuels et une autre orientation européenne pour notre pays  ». Cette position est celle de Jean-Luc Mélenchon et pas celle du Front de gauche qui ne propose pas de référendum sur la question des traités. Rappelons d’ailleurs que c’est ce que le M’PEP a proposé au Front de gauche en reprenant leur idée de référendum sur le nucléaire mais en l’appliquant à la participation de la France à l’UE et à la zone euro. Le Front de gauche, à l’époque, avait refusé.

 

Essayons de comprendre ce que signifient les propos de Jean-Luc Mélenchon. Si, par référendum, les Français « rejettent » les traités européens (pour clarifier les choses, Jean-Luc Mélenchon devrait dire quelle serait la question posée aux Français et quels seraient les traités concernés), la conséquence pratique sera que la France ne fera plus partie de l’Union européenne. Est-ce cela que veut Jean-Luc Mélenchon ? Si oui, pourquoi ne le dit-il pas clairement ? Si non, s’il veut rester dans l’UE après que les Français aient rejeté par référendum les traités européens (en réalité seul compte le traité de Lisbonne), comment est-ce possible ? Pourquoi ne le dit-il pas pour être convaincant ? Ajoutons que le rejet par les Français des traités européens entraîne ipso facto la sortie de la France de la zone euro. Jean-Luc Mélenchon a-t-il compris cela ? Pourquoi ne le dit-il pas, s’il l’a compris ? Pourquoi dit-il pendant sa campagne « l’euro est à nous », et après la campagne qu’il faut un référendum pour « sortir » des traités européens et donc sortir de l’euro ?

 

Pouvons-nous être d’accord avec cette façon de faire de la politique ? Ambiguïtés, calculs, imprécisions : tout est fait, en disant tout et son contraire, pour ratisser le maximum d’électeurs, peu importe si les bases sont floues.

L’exemple de la « désobéissance européenne » est, à cet égard, un véritable cas d’école

 

Beaucoup de militants s’étaient réjouis, en prenant connaissance du programme du Front de gauche, d’y lire qu’une référence à la « désobéissance européenne » y figurait. Certes, elle était particulièrement floue et n’engageait à rien, mais elle y était et on pouvait penser que c’était un premier pas qui serait suivi par d’autres, que le Front de gauche bougeait. Patatras ! Voilà ce que dit Jean-Luc Mélenchon dans son entretien avec le journal du POI : « dès lors que nous serions au pouvoir, nous entrerions dans un cycle de désobéissance. Mais attention : dans la conduite des affaires publiques, nous sommes intéressés à ce que les traités en général soient respectés. Notre pays aussi est engagé par sa signature » !

 

Comment comprendre qu’il soit possible, d’un côté, de « rejeter » les traités par référendum, d’un autre côté de « désobéir » à l’UE et donc aux traités qui la fondent que l’on vient de « rejeter », tout en « respectant » ces même traités auxquels on vient pourtant de « désobéir » et que l’on a même « rejetés » ? Ce n’est pas sérieux !

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 14:25

La déculotté d’une gauche qui se prétend radicale mais dérive vers le social libéralisme pour s’agglutiner au PS en prévision des prochaines municipales afin d’occuper quelques strapontins.

 

Un article de « Descartes » accompagné de commentaires et d'échanges.

 

ll se passe des drôles de choses au Front de Gauche. Le 4 décembre, sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, apparaissait un encadré faisant l'éloge de Michaël Moglia. Ce conseiller régional socialiste du Nord-Pas de Calais avait eu le bon goût de quitter le PS en dénonçant les effets de l'austérité imposée par le gouvernement sur le budget régional. Mélenchon y voit le début d'une "réaction en chaîne", rien de moins. Le 19 décembre, on apprend que ce même Michaël Moglia constitue avec d'autres élus ex-socialistes un nouveau groupe - "la gauche maintenant", tout un programme - au Conseil régional, et que ce groupe est rejoint par les élus du PG (Laurent Matejko et Laurence Sauvage) qui quittent donc le groupe "Front de Gauche".  

 

On aimerait savoir plus sur ce qui ressemble beaucoup à une recomposition à gauche. Je vous le dis tout de suite: pas la peine de chercher un commentaire dans le blog de Mélenchon, dans celui de Martine Billard, ou sur le site du Parti de Gauche. C'est motus et bouche cousue. Comme ce fut le cas lors de la constitution des groupes au Conseil régional d'Ile de France, où l'on a connu une situation analogue. Pour ceux qui ne le sauraient pas, il y a au Conseil régional Ile-de-France deux groupes "front de gauche" (1). Un groupe "Front de Gauche - Parti communiste et gauche unitaire" et l'autre "Front de Gauche et alternatifs" (2) sans qu'aucune explication politique n'ait été donnée à ce jour. Et maintenant, cela recommence en région Nord-Pas de Calais avec,circonstance aggravante, la constitution d'un groupe commun avec des socialistes, certes démissionnaires de leur parti, mais très bien insérés dans la "cosa nostra" nordiste. A part ça, tout le monde s'adore au Front de Gauche et personne n'oserait - quelle horreur ! - mettre des basses considérations de carrière devant le bien commun.  

 

Tout ça n'arrive pas par hasard. Le Front de Gauche est un bateau de cabotage, pas un navire capable de faire le tour du monde. Il a été constitué en réponse à une préoccupation - ou plutôt à plusieurs préoccupations - électorales. Celles du PCF, traumatisé par l'expérience de la candidature Buffet et ses 1,4% et des conséquences que cela pourrait avoir à l'heure de sauver quelques élus. Celles d'un Mélenchon qui voyait dans la candidature présidentielle le moyen de se constituer un capital politique personnel pour tenter son OPA sur le PCF. Le problème pour les uns et les autres est que les élections sont passées. Il n'y en aura pas d'autres avant 2014. Cela fait une longue période pendant laquelle faire de la politique ne peut se réduire à coller des affiches et faire des meetings avec les candidats. Pour la gauche radicale aujourd'hui, le problème politique immédiat est de se positionner par rapport au gouvernement et de définir une stratégie en conséquence. Et pour cette fonction, le Front de Gauche - et les organisations qui le composent - est particulièrement mal préparé.

 

Au PCF, malgré les discours triomphalistes, les choses ne vont pas bien. La stratégie du Front de Gauche ne s'est pas traduite par un gain de positions, au contraire. Je n'insiste pas sur la perte de la moitié des conseillers régionaux ou des députés. Mais on constate aussi une perte importante d'adhérents. Lors du vote pour la "base commune" des 14 et 15 décembre 2012, la direction du PCF a publié le chiffre de 64.250 électeurs potentiels (dont 34662 ont voté). Ils étaient, selon les chiffres publiés par le PCF officiellement, 69227 lors de la consultation de juin 2011 qui fit de Mélenchon le candidat unique du Front de Gauche. Soit une perte de 5.000 adhérents (8%) en dix-huit mois. Si l'on tient compte du fait que les périodes électorales et post-électorales sont celles où les partis politiques recrutent le plus facilement, il faut se rendre à l'évidence: la stratégie de Front de Gauche n'a pas mis fin à l'affaiblissement du PCF. Affaibli comme jamais, avec une représentation parlementaire réduite à la potion congrue, marginalisé du débat politique, incapable même de trouver pour son premier dirigeant une circonscription "sûre" lui permettant d'acquérir la légitimité du suffrage universel (3), la marge de manoeuvre du PCF est très limitée. Ce n'est donc pas le moment de se fâcher avec le PS, dont on aura besoin pour sauver le peu qui peut l'être en 2014. D'où les contorsions parlementaires (on vote contre le "traité austéritaire" mais on s'abstient sur le "budget austéritaire") et les déclarations du genre "le PCF n'est pas dans l'opposition".

 

Le contraste est saisissant entre la situation et le discours. A entendre les dirigeants du PCF tout va très bien. Le Front de Gauche est un succès. Tout se passe bien avec les alliés. Les nouveaux adhérents se précipitent pour prendre leur carte. Le PGE est l'avenir de l'homme, et on va bientôt "allumer les étoiles". Une autocritique ? Un retour sur ce qui n'a pas marché en 2012 ? Vous n'y pensez pas...

 

Ce n'est guère mieux au PG. L'échec relatif de la présidentielle n'a pas permis à Mélenchon de se positionner en leader incontesté et donc de pouvoir faire une OPA sur ces alliés. Sa conduite - désastreuse - de la campagne législative l'a encore affaibli. Et il se trouve maintenant dans la situation peu enviable du général qui, après avoir tenté un assaut et avoir été repoussé, doit entamer un siège long alors que son armée a été dimensionnée pour la guerre de mouvement. Le problème de Mélenchon est celui du cycliste: s'il s'arrête, il tombe. Pour garder une présence sur la scène médiatique, il est obligé donc de tenir un discours qui mélange la surenchère permanente, l'agression, la dénonciation. Un discours qui commence à fatiguer tout le monde, y compris ses propres amis.

 

Car le PG, malgré les communiqués triomphalistes et les chiffrages fantaisistes, a lui aussi un problème d'effectifs. Sans compter qu'il continue à perdre un à un ses dirigeants, et pas les moindres. On se souvient de la démission de l'économiste Christophe Ramaux, qui avait dénoncé le fonctionnement dictatorial du PG et l'incapacité de son Petit Timonier à écouter un autre discours que le sien. On se souvient aussi du départ de Claude Debons, pour des raisons analogues. Aujourd'hui, c'est Marc Dolez, le co-fondateur du Parti, qui part. Il n'est pas inutile de se pencher sur la manière dont ces départs ont été à chaque fois gérés. La chorégraphie est immuable: d'abord, le silence officiel, car on ne fera pas au partant l'honneur de faire comme s'il existait. Le Petit Timonier ne s'abaissera pas à un débat public avec le traître: on laissera les porte-flingue (Billard, Coquerel...) s'en occuper. Il y aura même des cas où le Dirigeant Suprême déclarera avec tristesse que "X reste un camarade" tout en laissant ses thuriféraires se déchaîner (4). Et puis... rien. On continuera comme d'habitude.  

 

Car c'est cela qui est le plus inquiétant chez Mélenchon et ceux qui l'entourent: ils sont incapables de tirer des leçons de leurs erreurs. Ils sont d'ailleurs tellement persuadés de l'infaillibilité de leur Chef qu'ils réinterprètent les erreurs pour en faire des triomphes. Et ceux qui le critiquent ne peuvent être que des traîtres mus par les motifs les plus bas et les intentions les plus méprisables. Bien sur, avec Dolez c'est un peu plus difficile que ce ne fut avec Ramaux ou avec Debons, mais l'intention y est. Je vous recommande la lecture des textes de Martine Billard  mais aussi "d'un militant du PG" anonyme mais qui curieusement publie sur le site du PG... vous trouverez des perles d'argumentation du style:  

 

Jean-Luc Mélenchon rendrait nos propositions inaudibles ! Ce que Libération s’est empressé de résumer en «Jean-Luc Mélenchon a rendu le Parti de Gauche inaudible ». On ne l’entend pas ? Non cela ne peut être cette définition car le moins que l’on puisse dire c’est qu’on nous entend, et Jean-Luc continue continue d’être invité dans les médias.  

 

Quelqu'un devrait expliquer à Martine Billard que ce n'est pas parce qu'on entend la voix de quelqu'un qu'on prête attention à ses propositions. Quant à l'anonyme, il est encore plus drôle: 

 

Le Parti de Gauche privilégie l’écologie au détriment de la question sociale affirmes- tu. L’argument classique et surtout traditionnel des adorateurs du productivisme. Là encore, ta grille de lecture date d’une époque totalement révolue. (...) Mais heureusement, sous l’impulsion d’une Martine Billard, d’une Corinne Morel Darleux, d’un Mathieu Agostini, le Parti de Gauche rentre fièrement dans la modernité de l’ l’écosocialisme.  

 

Il n'y a pas à dire, notre anonyme sait quelles bottes il faut lécher...  

 

Dolez n'est pas n'importe qui. C'est le cofondateur du Parti de Gauche. Son départ devrait tout au moins être accueilli sur le mode interrogatif du "qu'est ce que nous sommes devenus pour que quelqu'un comme Marc parte, et parte sans même avoir débattu ses griefs en interne". Mais non, personne ne se pose de question. Tout le monde a sa réponse, et la réponse est que Dolez se trompe. Forcément. Il ne peut avoir raison, même partiellement, même sur un point de détail. Car, on vous le répète, tout va bien et la victoire est proche...

 

Le Front de Gauche semble incapable du moindre retour critique sur son propre parcours. Lorsqu'on se réunit, c'est pour s'émerveiller ensemble que tout aille si bien. Lorsque quelqu'un exprime une critique, il est immédiatement rangé parmi les "ringards", les "passéistes" quand ce n'est pas parmi les traîtres. C'est cette fermeture qui, plus qu'autre chose, fait du Front de Gauche une organisation gauchiste.  

 

 

(1) Qui avait dit que deux trotskystes c'est une tendance, trois c'est une scission, quatre un parti et cinq une internationale ?  

(2) Si vous ne me croyez pas, vérifiez vous-même dans le site officiel du Conseil régional (ici).  

(3) Il ne vous aura pas échappé que Pierre Laurent n'a pas été candidat aux législatives. Il ne vous aura pas non plus échappé que pour lui permettre de bénéficier d'une tribune parlementaire on l'a fait figurer en position non éligible sur la liste sénatoriale en Ile de France, puis on a fait démissionner discrètement - très discrètement - Nicole Borvo pour lui laisser la place. En termes de légitimité démocratique, on a vu mieux. 

(4) et si vous ne me croyez pas, faites un tour sur le blog de Mélenchon à la section "commentaires". Vous serez édifié...

 

 

Vous retrouverez ce texte accompagné de commentaires et d’échanges à l’adresse suivante :  http://descartes.over-blog.fr/article-front-de-gauche-annee-zero-113727505.html

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 18:22

Texte ci après mis en ligne mercredi 7 novembre 2012, par Comité Valmy : S’appuyant sur des exemples historiques, Peter Dale Scott dénonce les contradictions et les effets pervers de la « guerre contre la terreur ». Celle-ci ajoute de l’instabilité à l’insécurité et augmente le nombre des terroristes qu’elle prétend combattre.

 


Aujourd’hui, le défi politique le plus pressant au monde est celui d’empêcher que la soi-disant « Pax Americana » ne dégénère progressivement vers un conflit mondial majeur, comme ce fut le cas au dix-neuvième siècle durant la soi-disant « Pax Britannica ». J’emploie l’expression « soi-disant » car chacune de ces « pax », dans ses derniers stades, est devenue de moins en moins pacifique et ordonnée, mais de plus en plus centrée sur l’imposition d’une puissance compétitrice, belliciste et inégalitaire par essence.


Il pourrait sembler prétentieux de considérer la prévention de cette guerre comme un but atteignable. Néanmoins, les mesures pour y parvenir sont loin d’être irréalisables ici même, aux États-Unis. Pour cela, nous n’avons pas besoin d’une nouvelle politique radicale et inédite, mais d’une réévaluation réaliste et indispensable de deux politiques récemment mises en œuvre – qui ont été discréditées et qui se sont avérées contre-productives –. Il faudrait alors nous en désengager progressivement.


Je fais avant tout référence à la soi-disant « guerre contre la terreur » menée par les États-Unis. Dans ce pays, les politiques intérieure et étrangère sont de plus en plus altérées par une guerre contre le terrorisme qui est contre-productive, augmentant en fait le nombre d’auteurs et de victimes d’attaques terroristes. Elle est aussi profondément malhonnête, sachant que les politiques de Washington contribuent en réalité à financer et à armer les jihadistes qui sont normalement censés être des ennemis.


Par-dessus tout, la « guerre contre la terreur » est auto génératrice puisqu’elle produit plus de terroristes qu’elle n’en élimine, comme de nombreux experts s’en sont alarmés. Et elle est devenue inextricablement liée à la « guerre contre la drogue », la précédente campagne auto génératrice et désespérément ingagnable des États-Unis.


En effet, ces deux guerres auto génératrices n’en font aujourd’hui qu’une seule. En lançant la « guerre contre la drogue », les États-Unis ont favorisé un para État organisant la terreur en Colombie (appelé l’AUC, pour Autodéfenses Unies de Colombie), ainsi qu’un règne de l’horreur encore plus sanglant au Mexique (avec 50 000 personnes tuées ces six dernières années). En déclenchant en 2001 une « guerre contre le terrorisme » en Afghanistan, les États-Unis ont contribué à doubler la production d’opium dans ce pays, qui est ainsi devenu la source de 90% de l’héroïne mondiale et de la plus grande part globale du hachich.


Il faudrait que les citoyens des États-Unis prennent conscience de ce schéma général voulant que la production de drogue augmente systématiquement là où leur pays intervient militairement – en Asie du Sud-est dans les années 1950 et 1960, en Colombie et en Afghanistan ensuite –. (La culture de l’opium a aussi augmenté en Irak après l’invasion de ce pays par l’U.S. Army en 2003. [3] Et le contraire est également avéré : la production de drogue décline là où les États-Unis stoppent leurs interventions militaires, notamment en Asie du Sud-est depuis les années 1970.


Les deux guerres auto génératrices des États-Unis sont lucratives pour les intérêts privés qui font du lobbying afin qu’elles se poursuivent. [5] Dans le même temps, elles contribuent toutes deux à amplifier l’insécurité et l’instabilité en Amérique et dans le monde.

 

Ainsi, à travers une dialectique paradoxale, le Nouvel Ordre Mondial des États-Unis dégénère progressivement vers un Nouveau Désordre Mondial. Par ailleurs, bien que semblant invincible, l’État de sécurité nationale, assailli par des problèmes de pauvreté, de disparité de revenus et de drogue, devient progressivement un État d’insécurité nationale paralysé par des blocages institutionnels.


En utilisant l’analogie des erreurs britanniques de la fin du dix-neuvième siècle, l’objectif de ce travail est de promouvoir un retour progressif à un ordre international plus stable et plus juste par une série de mesures concrètes, dont certaines seraient mises en œuvre par étapes. En utilisant comme exemple le déclin de la Grande-Bretagne, j’espère démontrer que la solution ne peut venir du système actuel centré sur les partis politiques, mais de personnes qui lui sont extérieures.


Les folies de la Pax Britannica à la fin du dix-neuvième siècle


Les ultimes erreurs des leaders impériaux britanniques sont particulièrement instructives pour comprendre notre situation difficile aujourd’hui. Dans les deux cas, un excès de puissance par rapport aux véritables besoins défensifs a conduit à des expansions d’influence de plus en plus injustes et contre-productives. Mon analyse dans les paragraphes suivants est univoquement négative. En effet, elle ignore les accomplissements positifs du système impérial dans les domaines de la santé et de l’éducation à l’étranger. Cependant, la consolidation de la puissance britannique conduisit à l’appauvrissement de nations autrefois prospères telles que l’Inde. Elle aboutit également à une paupérisation des travailleurs en Grande-Bretagne.


Comme Kevin Phillips l’a démontré, l’une des principales raisons à ce phénomène fut la délocalisation croissante des capitaux d’investissement et de la capacité productive britanniques : « Ainsi bascula la Grande-Bretagne dans des conditions semblables à celles des États-Unis dans les années 1980 et dans la majeure partie des années 1990 – d’une part, un effondrement du niveau des salaires (hors postes de direction) accompagné d’un déclin des industries de base ; et au sommet de l’échelle, un âge d’or pour les banques, les services financiers et les valeurs boursières, une nette augmentation dans la part du revenu généré par l’investissement, ainsi qu’un impressionnant pourcentage des profits et des ressources se concentrant vers le percentile du sommet –. »


Les dangers des disparités croissantes de revenus et de richesses étaient facilement identifiés à cette époque, notamment par le jeune politicien Winston Churchill.  Mais seule une minorité avait remarqué l’analyse perspicace de John A. Hobson dans son livre intitulé Imperialism (1902). Selon lui, la recherche immodérée du profit – cause de la délocalisation du capital hors des frontières –, créa le besoin d’établir un appareil de défense surdimensionné pour protéger ce système. À l’étranger, l’une des conséquences de ce phénomène a été un usage plus étendu et brutal des armées britanniques. Hobson définit l’impérialisme de son époque, qui débuta selon lui vers 1870, comme « un affaiblissement […] de l’authentique nationalisme, à travers des tentatives de déborder de nos rivages naturels et d’absorber les territoires proches ou lointains où vivent des peuples récalcitrants et inassimilables. »


Comme l’avait écrit en 1883 Sir John Robert Seeley, un historien de Grande-Bretagne, on pourrait dire de l’Empire britannique qu’il avait été « acquis dans un élan d’inadvertance » (« in a fit of absence of mind »). Mais on ne pourrait l’affirmer au sujet des avancées de Cecil Rhodes en Afrique. L’une des causes premières de l’expansion britannique a été la mauvaise répartition des richesses, et elle en fut également une inévitable conséquence. La majeure partie du livre d’Hobson attaquait l’exploitation occidentale du Tiers-monde, en particulier en Afrique et en Asie. [10] Il faisait ainsi écho à la description, par Thucydide, de « Comment Athènes fut défaite par la cupidité sans limite (pleonexia) dont elle a fait preuve lors de son expédition inutile en Sicile, une folie présageant celles des États-Unis au Vietnam et en Irak [ainsi que de la Grande-Bretagne en Afghanistan et dans le Transvaal]. Thucydide attribua l’émergence de cette folie aux rapides changements qu’Athènes a connus après la mort de Périclès, et en particulier à la montée en puissance d’une oligarchie prédatrice. »


À la fois l’apogée de l’Empire britannique et le début de son déclin peuvent être situés dans les années 1850. Durant cette décennie, Londres institua un contrôle direct sur l’Inde, remplaçant ainsi la Compagnie des Indes qui avait purement une fonction d’exploiteur.


Mais dans la même décennie, la Grande-Bretagne s’est entendue avec la France ouvertement expansionniste de Napoléon III (et avec l’Empire ottoman) dans ses ambitions hostiles envers le statut de la Russie en Terre Sainte. Bien que la Grande-Bretagne sortît vainqueur de la guerre de Crimée, les historiens ont depuis jugé cette victoire comme l’une des principales causes de la rupture dans l’équilibre des puissances, qui avait prévalu en Europe depuis le Congrès de Vienne en 1815. Ainsi, pour la Grande-Bretagne, l’héritage de cette guerre fut une armée plus efficace et modernisée, mais un monde plus dangereux et instable. (À l’avenir, les historiens pourraient juger que l’aventure libyenne de l’OTAN en 2011 ait joué un rôle comparable dans la fin de la détente entre les États-Unis et la Russie.)


La guerre de Crimée a également vu l’émergence de ce qui fut peut-être le premier mouvement antiguerre important en Grande-Bretagne, bien que l’on s’en souvienne avant tout car il mit fin aux rôles politiques actifs de ses principaux leaders, John Codben et John Bright. En peu de temps, les gouvernements et les dirigeants de Grande-Bretagne se sont radicalisés vers la droite. Ceci conduisit, par exemple, au bombardement de l’Alexandrie par Gladstone en 1882, afin de recouvrer les dettes que les Égyptiens avaient contractées auprès d’investisseurs privés britanniques.


En lisant l’analyse économique d’Hob son à la lumière des écrits de Thucydide, nous pouvons réfléchir sur le facteur moral de la cupidité démesurée (pleonexia) encouragée par une puissance britannique sans limitations. En 1886, la découverte de réserves d’or colossales au sein de la république boer du Transvaal, qui était nominalement indépendante, attira l’attention de Cecil Rhodes – ce dernier s’étant déjà enrichi grâce aux concessions minières et diamantaires qu’il avait malhonnêtement acquises dans le Matabeleland –. Rhodes voyait alors une opportunité de s’accaparer également les champs aurifères dans le Transvaal, en renversant le gouvernement boer avec le soutien des uitlanders (les étrangers, majoritairement britanniques, qui avaient afflué dans cette région).


En 1895, après l’échec de ses manigances impliquant directement les uitlanders, Cecil Rhodes, en sa qualité de Premier ministre de la Colonie britannique du Cap, soutint une invasion du Transvaal par ce que l’on appelle le raid Jameson – un groupe hétérogène composé de membres de la police montée et de mercenaires volontaires –. Ce raid n’aboutit pas seulement à un échec, mais également à un scandale : Rhodes fut contraint de démissionner de son poste de Premier ministre, et son frère fut emprisonné. Les détails du raid Jameson et de la guerre des Boers engendrée par cette opération sont trop complexes pour être abordés ici. Néanmoins, le résultat final est qu’à l’issue de cette guerre, Cecil Rhodes s’était accaparé la majeure partie des champs aurifères.


L’étape suivante dans l’expansionnisme abondamment financé de Rhodes fut sa vision d’un chemin de fer entre le Cap et le Caire, qui aurait traversé les colonies contrôlées par la Grande-Bretagne. Comme nous le verrons dans quelques lignes, ce projet engendra la vision française concurrente d’un chemin de fer « est-ouest », ce qui déclencha une première série de crises attisées par la compétition impériale. Progressivement, ces crises s’intensifièrent jusqu’à engendrer la première guerre mondiale.


Selon Carroll Quigley, Cecil Rhodes fonda également une société secrète ayant comme objectif principal une plus large expansion de l’Empire britannique. La Table Ronde (Round Table) en fut une ramification, et elle généra à son tour l’Institut Royal des Relations Internationales (RIIA pour Royal Institute of International Affairs). En 1917, certains membres de la Table Ronde états-unienne contribuèrent également à fonder l’organisation sœur du RIIA, le Conseil des Relations Étrangères basé à New York (CFR pour Council on Foreign Relations).


Certains analystes ont jugé que l’argument de Carroll Quigley était exagéré. Cependant, que l’on soit d’accord ou pas avec ce dernier, nous pouvons observer une continuité entre l’avidité expansionniste de Cecil Rhodes en Afrique dans les années 1890 et celle des entreprises pétrolières britanniques et états-uniennes durant l’après-guerre, lors des coups d’État soutenus par le CFR en Iran (1953), en Indonésie (1965) et au Cambodge (1970).  Dans tous ces exemples, la cupidité privée (bien qu’elle émanait d’entreprises plutôt que d’individus) imposa la violence d’État et/ou la guerre comme questions de politique publique. Il en résulta l’enrichissement et le renforcement des entreprises privées au sein de ce que j’ai appelé la Machine de guerre américaine, ce processus affaiblissant les institutions qui représentent l’intérêt général.


Mon argument central est que, de façon prévisible, le développement progressif de la marine et des armées britanniques a provoqué un réarmement chez les autres puissances, particulièrement en France et en Allemagne ; et ce processus a rendu inévitable la Première Guerre mondiale (ainsi que la Seconde). Rétrospectivement, il n’est pas difficile de remarquer que ce renforcement des appareils militaires ait contribué, de manière désastreuse, non pas à la sécurité mais à une insécurité de plus en plus dangereuse – pas seulement pour les puissances impériales mais pour le monde entier –. Puisque la suprématie globale des États-Unis surpasse aujourd’hui celle de l’Empire britannique à son apogée, nous n’avons pas observé, jusqu’à présent, de répercussions comparables dans les ambitions concurrentielles d’autres États ; néanmoins, une augmentation des réactions violentes venant de peuples de plus en plus opprimés (ou ce que les médias appellent « le terrorisme ») commence à se faire ressentir.


En regardant en arrière, nous pouvons également constater que l’appauvrissement progressif de l’Inde et d’autres colonies assura le fait que l’Empire britannique deviendrait de plus en plus instable, et qu’il serait finalement condamné à disparaître. Cela ne semblait pas évident à cette époque ; et au dix-neuvième siècle, comparativement à aujourd’hui, peu de Britanniques autres que John A. Hobson remettaient en cause les décisions politiques qui conduisirent leur pays de la Longue Dépression des années 1870 jusqu’à la « ruée vers l’Afrique » et la course aux armements correspondante. Pourtant, lorsque l’on examine aujourd’hui ces décisions, on ne peut que s’étonner de l’étroitesse d’esprit, de la stupidité et de la courte vue des prétendus hommes d’État de cette époque. Les crises absurdes mais alarmantes que leurs décisions ont générées dans des contrées lointaines d’Afrique, comme à Fachoda (1898) ou à Agadir (1911), renforcent cette idée.


Nous pouvons également remarquer comment des crises internationales ont pu être initialement provoquées par de très petites factions bureaucratiques hors de contrôle. La crise de Fachoda, au Sud Soudan, impliqua une troupe insignifiante de 132 officiers et soldats français. Ces derniers, après un périple de 14 mois, étaient animés par le vain espoir d’établir une présence française d’est en ouest à travers l’Afrique (projetant ainsi de contrecarrer la vision qu’avait Rhodes d’une présence britannique s’étendant du nord au sud du continent africain). Lors de ce que l’on appelle le « coup d’Agadir » (ou Panzersprung), l’arrivée provocatrice de la canonnière allemande SMS Panzer dans cette ville marocaine était une idée insensée d’un secrétaire adjoint aux Affaires étrangères ; sa principale conséquence fut de cimenter l’Entente cordiale franco-anglaise, contribuant ainsi à la défaite de l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale.


La Pax Americana à l’aune de la Pax Britannica


Le monde n’est pas condamné à répéter la tragédie d’une guerre mondiale à l’époque de la Pax Americana. L’interdépendance globale, et par-dessus tout les communications, ont connu une importante amélioration. Nous possédons le savoir, les compétences et les motivations pour comprendre les processus historiques avec plus de maîtrise qu’auparavant. Essentiellement, il est de plus en plus évident pour une minorité globale que l’hyper militarisme des États-Unis, justifié par des motifs sécuritaires, devient en fait une menace pour la sécurité de ce pays et du monde entier. En effet, cette tendance belliciste suscite et déclenche des guerres de plus en plus vastes – ce qui rappelle l’hyper militarisme britannique du dix-neuvième siècle –.


Au milieu de ce déséquilibre global grandissant, il existe un motif de consolation pour le peuple des États-Unis. Puisque les causes de l’insécurité mondiale se situent de plus en plus dans leur pays, les remèdes à ce problème s’y trouvent également. Bien plus que leurs prédécesseurs britanniques, et contrairement aux autres peuples aujourd’hui, les citoyens des États-Unis ont l’opportunité de réduire les tensions globales et d’évoluer ainsi vers un ordre international plus équitable. Bien entendu, nul ne peut prédire qu’une telle restauration puisse être accomplie. Toutefois, la fin catastrophique de la Pax Britannica et le fardeau de plus en plus lourd que doivent supporter les citoyens états-uniens suggèrent qu’elle est nécessaire. En effet, l’expansionnisme unilatéral de leur pays, comme celui de la Grande-Bretagne autrefois, contribue actuellement à rompre les ententes et les arrangements juridiques internationaux qui ont apporté une relative stabilité pendant des décennies – notamment ceux de la Charte des Nations Unies –.


Il doit être clairement affirmé que l’actuel renforcement de l’appareil militaire des États-Unis est la principale cause du réarmement global. De façon préoccupante, ce processus rappelle la course aux armements alimentée par l’industrie militaire britannique, qui conduisit au coup d’Agadir en 1911 et, peu après, à la Première Guerre mondiale. Cependant, le réarmement actuel ne peut être qualifié de « course aux armements ». En effet, les États-Unis – et leurs alliés de l’OTAN, dont la politique requiert de posséder des armements compatibles –, dominent tellement le marché militaire mondial que les ventes d’armes correspondantes de la Russie et de la Chine apparaissent dérisoires en comparaison :


« En 2010 […] les États-Unis ont maintenu leur position dominante dans la foire globale de l’armement, signant pour 21,3 milliards de dollars d’exportations d’armes, soit une part de 52,7% du marché international.La Russie occupait la deuxième position, avec des ventes d’armements à hauteur de 7,8 milliards en 2010, soit 19,3% du marché, contre 12,8 milliards de dollars en 2009. En termes de ventes, derrière les États-Unis et la Russie, on retrouve la France, la Grande-Bretagne, la Chine, l’Allemagne et l’Italie. »[


Un an plus tard, l’ampleur de l’hégémonie absolue des États-Unis dans les exportations d’armements avait plus que doublé, pour représenter 79% des ventes d’armes globales : « L’année dernière, les exportations d’armes des États-Unis ont totalisé 66,3 milliards [de dollars], soit plus des trois quarts du marché mondial de l’armement, estimé à 85,3 milliards en 2011. Bien qu’étant en deuxième position, la Russie était loin derrière, enregistrant des ventes à hauteur de 4,8 milliards. »


Et actuellement, quelle est la principale activité de l’OTAN nécessitant des armes ? Non pas la défense contre la Russie, mais le soutien des États-Unis pour leur guerre auto génératrice contre le terrorisme, en Afghanistan comme autrefois en Irak. La « guerre contre la terreur » devrait être perçue comme ce qu’elle est réellement : un prétexte pour maintenir une armée US dangereusement hypertrophiée, à travers un exercice injuste du pouvoir qui s’avère de plus en plus instable.


En d’autres termes, les États-Unis sont aujourd’hui, et de loin, le premier pays à inonder le monde avec de l’armement. Les citoyens de ce pays doivent impérativement exiger une réévaluation de ce facteur d’aggravation de la pauvreté et de l’insécurité. Nous devons nous remémorer la célèbre mise en garde d’Eisenhower en 1953, selon laquelle « chaque fusil qui est fabriqué, chaque navire de guerre déployé, chaque roquette tirée signifie – est, dans son sens ultime, – un vol perpétré contre ceux qui ont faim et qui ne peuvent se nourrir, contre ceux qui ont froid et qui ne peuvent se vêtir ».


Il est nécessaire de rappeler que le Président Kennedy, dans son discours prononcé le 10 juin 1963 à l’American University, esquissa une vision de paix qui ne serait pas explicitement « une Pax Americana imposée au monde par les armes de guerre américaines ». [22] Bien qu’éphémère, sa vision était sage. Soixante ans après la genèse du système de sécurité US – la soi-disant Pax Americana –, les États-Unis eux-mêmes se retrouvent piégés dans une situation d’insécurité psychologique de plus en plus marquée par la paranoïa. Les caractéristiques traditionnelles de la culture états-unienne, comme le respect de l’habeas corpus et du droit international, sont en train d’être abandonnées à cause d’une prétendue menace terroriste qui, pourtant, est en grande partie engendrée par les États-Unis. Et ce phénomène est observable au sein même de ce pays autant qu’à l’étranger.


L’alliance secrète entre les États-Unis et l’Arabie saoudite et la « guerre contre la terreur »


Des 66,3 milliards de dollars d’exportations d’armes US en 2011, plus de la moitié était destinée à l’Arabie saoudite, ce qui représente 33,4 milliards de dollars. Ces ventes incluaient des dizaines d’hélicoptères de types Apache et Black Hawk qui, selon le New York Times, sont nécessaires à l’Arabie saoudite pour se défendre contre l’Iran. Néanmoins, ils correspondent davantage à l’implication croissante de ce pays dans des guerres asymétriques et agressives (par exemple en Syrie).


Ces ventes d’armes à l’Arabie saoudite n’étaient pas fortuites ; elles sont le fruit d’un accord entre les deux pays destiné à compenser l’afflux de dollars US utilisés pour payer le pétrole saoudien. Durant les chocs pétroliers de 1971 et de 1973, le Président Nixon et Henry Kissinger négocièrent un accord avec l’Arabie saoudite et l’Iran afin de payer le pétrole brut à des prix bien plus élevés, mais à condition que ces deux pays recyclent leurs pétrodollars de différentes manières – principalement par des achats d’armements US –.


La richesse des États-Unis et celle de l’Arabie saoudite sont devenues plus interdépendantes que jamais, ce qui est ironique. En effet, pour reprendre les termes d’un câble diplomatique ayant fuité, « [l]es donateurs saoudiens restent les principaux financeurs de groupes extrémistes comme al-Qaïda ». [25] La Rabita (ou Ligue Islamique Mondiale), lancée et massivement financée par la famille royale saoudienne, a fourni un lieu pour les rencontres internationales de salafistes mondialement actifs, incluant certains leaders d’al-Qaïda.


En résumé, les richesses générées par la relation entre les États-Unis et l’Arabie saoudite financent autant les jihadistes apparentés à al-Qaïda qui opèrent à travers le monde que les guerres auto génératrices menées contre ces derniers par les forces US. Il en découle une militarisation croissante aussi bien à l’étranger qu’aux États-Unis, à mesure qu’apparaissent de nouveaux fronts dans la soi-disant « guerre contre la terreur » au sein de régions autrefois paisibles, telles que le Mali – cette évolution étant initialement prévisible –.


Les médias ont tendance à présenter la « guerre contre la terreur » comme un conflit opposant des gouvernements légitimes à des fondamentalistes islamistes fanatiques et hostiles à la paix. En réalité, la plupart des pays collaborent périodiquement avec les mêmes forces qu’ils combattent à d’autres occasions, et ce depuis longtemps. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ne font pas figure d’exception à cette règle.


Aujourd’hui, la politique étrangère des États-Unis est de plus en plus chaotique, en particulier leurs opérations clandestines. Dans certains pays, notamment en Afghanistan, les États-Unis sont en train de combattre des jihadistes que la CIA avait soutenus dans les années 1980, et qui bénéficient encore du soutien de nos alliés nominaux que sont l’Arabie saoudite et le Pakistan. Dans d’autres nations, comme en Libye, les États-Unis ont apporté leur protection et leur appui indirect au même genre d’islamistes. Il existe également des pays, notamment le Kosovo, au sein desquels les États-Unis ont aidé les fondamentalistes à accéder au pouvoir.

Au Yémen, les autorités US ont concédé que leurs clients y soutenaient des jihadistes. Comme l’a rapporté l’universitaire Christopher Boucek il y a quelques années, s’exprimant devant la fondation Carnegie Endowment of International Peace,


des membres d’Al-Qaïda au Yémen


«L’extrémisme islamiste au Yémen résulte d’un processus long et complexe. Dans les années 1980, un grand nombre de Yéménites ont participé au jihad antisoviétique en Afghanistan. Après la fin de l’occupation soviétique, le gouvernement yéménite encouragea ses citoyens à revenir, et il permit également aux vétérans étrangers de s’installer au Yémen. La plupart de ces Arabes afghans furent cooptés par le régime et intégrés au sein des différentes administrations sécuritaires de l’État. Ce genre de cooptation fut également mené au profit d’individus emprisonnés par le gouvernement yéménite après les attaques terroristes du 11-Septembre. Dès 1993, dans un rapport des renseignements aujourd’hui déclassifié, le Département d’État US avait relevé que le Yémen était en train de devenir un important point de chute pour de nombreux combattants ayant quitté l’Afghanistan. Ce rapport assurait également que le gouvernement yéménite était soit réticent, soit incapable de restreindre leurs activités. Durant les années 1980 et 1990, l’islamisme et les activités qui en résultaient furent utilisés par le régime afin de supprimer les opposants intérieurs. Par ailleurs, durant la guerre civile de 1994, les islamistes combattirent les forces du sud. »


En mars 2011, ce même universitaire observa que la guerre des États-Unis contre le terrorisme avait eu comme résultat de soutenir un gouvernement impopulaire, l’aidant ainsi à éviter de mettre en œuvre des réformes nécessaires :


« Eh bien, je pense qu’en ce qui concerne – que notre politique au Yémen a été [exclusivement centrée sur] le terrorisme – [qu’elle s’est focalisée sur] le terrorisme et la sécurité et al-Qaïda dans la péninsule arabique [AQPA], excluant quasiment tout le reste. Je pense que malgré ce que – ce que disent les gens dans l’administration, nous sommes concentrés sur le terrorisme –. Nous n’avons pas porté notre attention sur les défis systémiques que doit affronter le Yémen : le chômage, les abus dans la gouvernance, la corruption. Je pense que ce sont les facteurs qui conduiront à l’effondrement de l’État. Ce n’est pas AQPA. […] [T]out le monde au Yémen voit que nous soutenons [ces] régimes, aux dépens du peuple yéménite. »


Dans des termes plus abrupts, la « guerre contre la terreur » des États-Unis est l’une des principales raisons expliquant pourquoi le Yémen, comme d’autres pays, reste sous-développé et demeure un terrain fertile pour le terrorisme jihadiste.


Mais la politique étrangère des États-Unis, dans les domaines sécuritaires, n’est pas la seule à contribuer à la crise yéménite. L’Arabie saoudite a des intérêts dans le renforcement de l’influence jihadiste au sein du Yémen républicain. Ce fut le cas depuis les années 1960, lorsque la famille royale saoudienne eut recours à des tribus conservatrices des collines du nord du Yémen afin de repousser une attaque contre le sud de l’Arabie saoudite par le gouvernement yéménite – républicain et soutenu par Nasser –.


Ces machinations des différents gouvernements et de leurs agences de renseignement peuvent créer des situations d’une obscurité impénétrable. Par exemple, comme l’a rapporté le sénateur John Kerry, l’un des principaux leaders d’al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) « est un citoyen saoudien qui a été rapatrié en Arabie saoudite au mois de novembre 2007 [après avoir été emprisonné à] Guantanamo [,] et qui a repris des activités radicales [au Yémen] après avoir suivi un parcours de réhabilitation dans son pays. ».


Comme d’autres nations, les États-Unis peuvent être amenés à nouer des ententes avec les jihadistes d’al-Qaïda pour les aider à combattre dans des zones d’intérêt mutuel à l’étranger, comme en Bosnie. La condition de cette collaboration est que ces terroristes ne se retournent pas contre eux. Cette pratique a clairement contribué à l’attentat à la bombe de 1993 contre le World Trade Center, lorsqu’au moins deux de ses auteurs avaient été mis à l’abri de toute arrestation. Ils furent ainsi protégés par les autorités US car ils participaient à un programme basé au centre al-Kifah de Brooklyn, qui visait à préparer des islamistes à la guerre en Bosnie. En 1994, au Canada, le FBI assura la libération d’Ali Mohamed, un agent double des États-Unis et d’al-Qaïda opérant au sein du centre al-Kifah. Peu après, Mohamed se rendit au Kenya où, selon le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre, il « dirigea » les organisateurs de l’attentat de 1998 contre l’ambassade des États-Unis à Nairobi.


Le soutien de l’Arabie saoudite aux terroristes


Dans ce sombre jeu, le plus important acteur est probablement l’Arabie saoudite. En effet, ce pays n’a pas seulement exporté des jihadistes aux quatre coins du globe, mais il les a également financés – comme nous l’avons vu précédemment –, parfois en coordination avec les États-Unis. Un article sur les fuites des transmissions diplomatiques états-uniennes, paru en 2010 dans le New York Times, révélait en citant l’un de ces câbles que « [l]es donateurs saoudiens restent les principaux financeurs de groupes extrémistes comme al-Qaïda ».


En 2007, le Sunday Times rapporta également que « les riches Saoudiens restent les principaux financeurs des réseaux terroristes internationaux. ‘Si je pouvais en quelques sortes claquer des doigts et couper les subventions [des activités terroristes] par un pays, je viserais l’Arabie saoudite’ déclara Stuart Levey, le fonctionnaire du Département du Trésor américain chargé de surveiller le financement du terrorisme. »


Selon Rachel Ehrenfeld, des rapports similaires, faisant état d’un financement saoudien du terrorisme, ont émané des autorités irakiennes, pakistanaises et afghanes : « En 2009, la police pakistanaise a rapporté que les organisations caritatives saoudiennes continuaient de financer al-Qaïda, les Talibans et le Lashkar-e-Taiba. Selon ce rapport, les Saoudiens ont donné 15 millions de dollars aux jihadistes, incluant les responsables des attaques suicides au Pakistan et de la mort de Benazir Bhutto, l’ancien Premier ministre pakistanais.


En mai 2010, Buratha News Agency, une source journalistique indépendante basée en Irak, parla d’un document des renseignements saoudiens ayant fuité. Celui-ci démontrait un soutien continu d’al-Qaïda en Irak par le gouvernement d’Arabie saoudite. Ce soutien prenait la forme d’argent liquide et d’armes. […] Un article paru le 31 mai 2010 dans The Sunday Times de Londres a révélé que, selon le pôle financier du renseignement afghan (FinTRACA), au moins 1,5 milliards de dollars venant d’Arabie saoudite avaient pénétré clandestinement en Afghanistan depuis 2006. Cet argent était très probablement destiné aux Talibans. »


Cependant, selon le Times, le soutien saoudien en faveur d’al-Qaïda ne se limitait pas au financement :

« Ces derniers mois, des prédicateurs saoudiens ont provoqué la consternation en Irak et Iran après avoir publié des fatwas appelant à la destruction des grands mausolées chiites à Nadjaf et à Kerbala, en Irak – certains ayant déjà été ciblés par des attentats à la bombe –. Et tandis que des membres importants de la dynastie régnante des Saoud expriment régulièrement leur aversion pour le terrorisme, certains responsables qui défendent l’extrémisme sont tolérés au sein du royaume.


En 2004, le cheikh Saleh al-Luhaidan, le haut magistrat qui supervise les procès relatifs au terrorisme, fut enregistré dans une mosquée alors qu’il encourageait les hommes [suffisamment] jeunes à combattre en Irak. ‘Aujourd’hui, pénétrer sur le sol irakien est devenu risqué’, mit-t-il en garde. ‘Il faut éviter ces satellites maléfiques et ces drones aériens, qui occupent chaque parcelle du ciel irakien. Si quelqu’un se sent capable d’entrer en Irak afin de rejoindre le combat, et si son intention est de faire triompher la parole de Dieu, alors il est libre de le faire.’ »


L’exemple du Mali


Aujourd’hui, un processus comparable est en train de dérouler en Afrique, où le fondamentalisme wahhabite saoudien « s’est répandu ces dernières années au Mali [,] par le biais de jeunes imams revenant de leurs études [religieuses suivies] dans la péninsule arabique. » La presse internationale, incluant Al-Jazira, a rapporté la destruction de mausolées historiques par des jihadistes locaux : « Selon des témoins, deux mausolées de l’ancienne mosquée de terre [du cimetière] de Djingareyber, à Tombouctou, ont été détruits par des combattants d’Ansar Dine, un groupe lié à al-Qaïda qui contrôle le nord du Mali. Ce site classé au patrimoine mondial [de l’UNESCO] est donc menacé. […] Cette nouvelle démolition survient après les attaques de la semaine dernière contre d’autres monuments historiques et religieux de Tombouctou, actions qualifiées de ‘destruction insensée’ par l’UNESCO. Ansar Dine a déclaré que les anciens mausolées étaient ‘haram’, ou interdits par l’Islam. La mosquée de Djingareyber est l’une des plus importantes à Tombouctou, et elle a été l’une des principales attractions de cette ville légendaire avant que la région ne devienne une zone interdite pour les touristes. Ansar Dine a juré de continuer à détruire tous les mausolées ‘sans exception’, au beau milieu d’un déferlement de tristesse et d’indignation aussi bien au Mali qu’à l’étranger. »


Néanmoins, les auteurs de la plupart de ces récits – y compris celui d’Al-Jazira –, n’ont pas souligné le fait que la destruction des tombeaux avait été une vieille pratique wahhabite, pas seulement soutenue mais perpétrée par le gouvernement saoudien : « Entre 1801 et 1802, sous le règne d’Abdelaziz ben Mohammed ben Saoud, les wahhabites saoudiens attaquèrent et envahirent les villes saintes de Kerbala et de Nadjaf, en Irak. Ils y massacrèrent une partie de la population musulmane et y détruisirent les tombeaux d’Husayn ibn Ali, le petit fils de Mahomet et le fils d’Ali (Ali ibn Abi Talib, le gendre de Mahomet). Entre 1803 et 1804, les Saoudiens s’emparèrent de La Mecque et de Médine où ils démolirent des monuments historiques, ainsi que divers sites et lieux saints musulmans – tels que le mausolée construit sur le tombeau de Fatima, la fille de Mahomet –. Ils avaient même l’intention de démolir la tombe de Mahomet lui-même, la jugeant idolâtre. En 1998, les Saoudiens détruisirent au bulldozer et brûlèrent la tombe d’Amina bint Wahb, la mère de Mahomet, provoquant l’indignation à travers le monde musulman. »


Une opportunité pour la paix, et l’insécurité comme principal obstacle à celle-ci


Aujourd’hui, nous devons établir une distinction entre le royaume d’Arabie saoudite et le wahhabisme promu par de hauts dignitaires religieux saoudiens et par certains membres de la famille royale. En particulier, le roi Abdallah a tendu la main à d’autres religions, visitant le Vatican en 2007 et encourageant la tenue d’une conférence interconfessionnelle avec des responsables chrétiens et juifs, qui s’est déroulée l’année suivante.


En 2002, alors qu’il était prince héritier, Abdallah fit également une proposition pour parvenir à la paix entre Israël et ses voisins lors d’un sommet des nations de la Ligue arabe. Son plan, qui a été soutenu à de nombreuses reprises par les gouvernements de cette organisation, appelait à la normalisation des relations entre l’ensemble des pays arabes et Israël, en échange d’un retrait complet des territoires occupés (incluant Jérusalem-Est) ainsi que d’un « règlement équitable » de la crise des réfugiés palestiniens basé sur la Résolution 194 de l’ONU. En 2002, ce plan a été rejeté par Ariel Sharon, alors Premier ministre d’Israël, ainsi que par George W. Bush et Dick Cheney, qui étaient déterminés à entrer en guerre contre l’Irak. Néanmoins, comme l’a relevé David Ottaway du Woodrow Wilson Center, « Le plan de paix proposé par Abdallah en 2002 reste une fascinante base pour une possible coopération entre les États-Unis et l’Arabie saoudite sur la question israélo-palestinienne. La proposition d’Abdallah fut soutenue par l’ensemble de la Ligue arabe durant son sommet de 2002 ; Le Président israélien Shimon Peres et [celui qui était alors le Premier ministre Ehud] Olmert en ont parlé favorablement ; et Barack Obama, qui avait choisi la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya pour sa première interview après sa prise de fonction, félicita Abdallah pour le « grand courage » dont il avait fait preuve en élaborant cette proposition de paix. Toutefois, Benjamin Netanyahou, qui est pressenti pour être le nouveau Premier ministre israélien, s’est fermement opposé à ce plan saoudien, en particulier à l’idée que Jérusalem-Est devrait être la capitale d’un État palestinien. »


En 2012, ce plan est gelé, Israël laissant transparaître sa volonté d’action armée contre l’Iran et les États-Unis étant paralysés par une année électorale. Cependant, le Président israélien Shimon Peres a accueilli favorablement cette initiative en 2009 ; et George Mitchell, lorsqu’il était l’envoyé spécial du Président Obama au Moyen-Orient, annonça cette même année que l’administration Obama avait l’intention d’« incorporer » cette initiative dans sa politique moyen-orientale.


Ces soutiens ainsi exprimés démontrent qu’un accord de paix au Moyen-Orient est théoriquement possible. Toutefois, ils sont loin de rendre probable son application. En effet, tout accord de paix nécessiterait la confiance mutuelle, mais il est difficile d’y parvenir lorsqu’un sentiment d’insécurité quant à l’avenir de sa propre nation hante chacune des parties. Certains commentateurs pro-sionistes tels que Charles Krauthammer rappellent que, durant les 30 années précédant les accords de Camp David, la destruction d’Israël était « le but unanime de la Ligue arabe ». [42] De nombreux Palestiniens, ainsi que la majeure partie du Hamas, craignent qu’un accord de paix soit insatisfaisant et qu’il étoufferait en réalité leurs aspirations à un règlement équitable des différends.


Au Moyen-Orient, l’insécurité est particulièrement répandue à cause d’un ressentiment largement partagé. Celui-ci est engendré par l’injustice, elle-même alimentée et propagée par l’insécurité. L’actuel statu quo international trouve ses principales origines dans les injustices. Mais celle qui touche le Moyen-Orient s’avère – dans tous ses aspects – extrême, récente et permanente. Je le signale simplement pour donner ce conseil aux États-Unis : il faut se souvenir que les questions de sécurité et de justice ne peuvent être traitées séparément

.

Par-dessus tout, il nous faut faire preuve de compassion. En tant que Nord-américains, nous devons comprendre que les Israéliens autant que les Palestiniens vivent dans des conditions proches d’un état de guerre ; pourtant, ces deux peuples ont des raisons de craindre qu’un accord de paix puisse les laisser dans une situation encore pire que celle où ils se trouvent actuellement. Trop de civils innocents ont été tués au Moyen-Orient. Il faudrait que les actions des États-Unis n’aggravent pas ce lourd bilan humain.


Ce sentiment d’insécurité, qui est le principal obstacle à la paix, ne se limite pas au Moyen-Orient. Depuis le 11-Septembre, le peuple des États-Unis a ressenti l’angoisse de l’insécurité, et c’est la principale raison expliquant pourquoi il oppose si peu de résistance aux folies évidentes de la « guerre contre la terreur » de Bush, Cheney et Obama.


Ceux qui mènent cette guerre promettent de faire des États-Unis un endroit plus sûr. Pourtant, celle-ci continue d’assurer la prolifération des terroristes censés être les ennemis de l’Amérique. Elle continue également de disséminer la guerre à travers de nouveaux champs de bataille, notamment au Pakistan ou au Yémen. Générant ainsi ses propres ennemis, il semble probable que la « guerre contre la terreur » se poursuive sans relâche, puisqu’elle est aujourd’hui solidement enracinée dans l’inertie bureaucratique. De ce fait, elle ressemble beaucoup à la « guerre contre la drogue », une politique irréfléchie qui maintient à un niveau élevé les coûts et les revenus narcotiques, ce qui attire de nouveaux trafiquants.


Par ailleurs, cette guerre contre le terrorisme amplifie surtout l’insécurité chez les musulmans, sachant qu’ils sont de plus en plus nombreux à affronter la crainte que des civils, et pas seulement des terroristes jihadistes, soient victimes d’attaques de drones. L’insécurité dans le Moyen-Orient est le principal obstacle à la paix dans cette région. Les Palestiniens vivent avec la peur quotidienne de l’oppression par les colons de Cisjordanie ainsi que des représailles de l’État hébreu. Les Israéliens vivent en craignant constamment leurs voisins hostiles. La famille royale saoudienne partage cette crainte. Ainsi, depuis le 11-Septembre et le déclenchement de la « guerre contre la terreur », l’insécurité et l’instabilité se sont simultanément amplifiées.


L’insécurité moyen-orientale se répercute sur une échelle de plus en plus vaste. La peur d’Israël vis-à-vis de l’Iran et du Hezbollah trouve son écho dans la crainte iranienne d’attaques massives contre ses installations nucléaires, du fait des menaces israéliennes. Par ailleurs, d’anciens faucons états-uniens comme Zbigniew Brzezinski ont récemment averti qu’une attaque israélienne contre l’Iran pouvait aboutir à une guerre plus longue qu’annoncée – ce conflit pouvant s’étendre à d’autres pays –.


Selon moi, les citoyens des États-Unis devraient surtout craindre l’insécurité engendrée par les attaques de drones menées par leur pays. Si elles ne sont pas rapidement stoppées, ces frappes risquent d’avoir le même résultat que les attaques nucléaires US de 1945 : nous conduire vers un monde où de nombreuses puissances, et non plus une seule, possèdent cette arme. Elles pourraient alors être amenées à l’utiliser. Dans ce cas, les États-Unis seraient de loin la nouvelle cible la plus probable.


Je me demande combien de temps faudra-t-il aux citoyens de ce pays pour comprendre le cours prévisible de cette guerre auto génératrice, et pour qu’ils se mobilisent contre celle-ci en constituant une force prévalente.


San Francisco, États-Unis

Que doit-on faire ?

En utilisant l’analogie des erreurs britanniques de la fin du dix-neuvième siècle, cet article a défendu un retour progressif vers un ordre international plus stable et plus juste par une série d’étapes concrètes, dont certaines sont graduelles :


1) Une réduction progressive des énormes budgets de la défense et du renseignement. Elle s’ajouterait alors à celle qui est actuellement envisagée pour des raisons financières, et elle devrait être de plus grande ampleur.

2) Une suppression graduelle des aspects violents de la soi-disant « guerre contre la terreur », mais un maintien des moyens policiers traditionnels de lutte contre le terrorisme.

3) La récente intensification du militarisme US peut être attribuée en grande partie à l’« état d’urgence » décrété le 14 septembre 2001, et renouvelé chaque année depuis cette date par les présidents des États-Unis successifs. Cet état d’urgence doit être immédiatement interrompu, et ce que l’on appelle les mesures de « continuité du gouvernement » (COG pour Continuity of Government) qui lui sont associées doivent être réévaluées. Elles incluent la surveillance et les détentions sans mandats, ainsi que la militarisation de la sécurité intérieure aux États-Unis.

4) Un retour aux stratégies qui dépendent essentiellement de la police civile et du renseignement pour traiter le problème du terrorisme.


Quarante ans plus tôt, j’en aurais appelé au Congrès pour qu’il entreprenne ces démarches nécessaires à dissiper l’état de paranoïa dans lequel nous vivons actuellement. Aujourd’hui, j’en suis arrivé à penser que cette institution est elle-même dominée par les cercles de pouvoir qui tirent profit de ce que j’ai nommé la Machine de guerre globale des États-Unis. Dans ce pays, les soi-disant « hommes d’État » sont autant impliqués dans le maintien de la suprématie de leur nation que ne l’étaient leurs prédécesseurs britanniques.


Toutefois, mentionner cela ne revient pas à désespérer de la capacité qu’ont les États-Unis à changer de direction. Nous devrions garder à l’esprit que les protestations politiques intérieures ont joué un rôle déterminant pour stopper une guerre injustifiée au Vietnam il y a quarante ans. Il est vrai qu’en 2003, des manifestations comparables – impliquant un million de personnes aux États-Unis – n’ont pas suffi à empêcher l’entrée de leur pays dans une guerre illégale en Irak. Néanmoins, ce grand nombre de manifestants, rassemblés dans une période relativement courte, était impressionnant. La question est aujourd’hui de savoir si les militants peuvent adapter leurs tactiques aux nouvelles réalités afin de monter une campagne de protestation durable et efficace.


Pendant quarante ans, sous l’apparence de la planification pour la continuité du gouvernement (COG), la Machine de guerre américaine s’est préparée à neutraliser les manifestations urbaines contre la guerre. En comprenant ce processus, et en utilisant l’exemple des folies de l’hyper militarisme britannique, les mouvements antiguerre actuels doivent apprendre à exercer des pressions coordonnées au sein des institutions des États-Unis – pas seulement en « occupant » les rues avec l’aide des sans-abri –. Il ne suffit pas de dénoncer les disparités de revenus croissantes entre les riches et pauvres, comme le faisait Winston Churchill en 1908. Nous devons aller plus loin afin de comprendre que les origines de ces inégalités résident dans des arrangements institutionnels qui peuvent être corrigés – bien que les institutions soient dysfonctionnelles –. Et l’un des principaux arrangements dont il est ici question est la soi-disant « guerre contre la terreur ».


Il est impossible de prédire le succès d’un tel mouvement. Mais je crois que les développements globaux persuaderont un nombre croissant de citoyens des États-Unis que celui-ci est nécessaire. Il devrait rassembler un large éventail de l’électorat, des lecteurs progressistes de ZNet et de Democracy Now aux partisans libertariens de Murray Rothbard et de Ron Paul.


Et je crois également qu’une minorité antiguerre bien coordonnée et non-violente peut l’emporter. Elle regrouperait entre deux et cinq millions de personnes, leur action s’appuyant sur les ressources de la vérité et du bon sens. Aujourd’hui, les institutions politiques clés des États-Unis sont à la fois dysfonctionnelles et impopulaires. En particulier, le Congrès a un taux d’approbation d’environ 10%. La résistance acharnée du monde de la richesse personnelle et entrepreneuriale face aux réformes raisonnables est un problème encore plus grave ; mais plus les riches montrent ouvertement leur influence antidémocratique, plus la nécessité de restreindre leurs abus deviendra évidente. Récemment, ils ont ciblé des membres du Congrès pour les exclure de cette institution, ces derniers étant « coupables » de s’être compromis pour résoudre des problèmes gouvernementaux. Dans ce pays, il existe certainement une majorité de citoyens à mobiliser pour que l’on en revienne à la défense du bien commun.


De nouvelles stratégies et techniques de protestation seront clairement nécessaires. Le but de cet article n’est pas de les définir. Toutefois, il est à prévoir que les futures manifestations – ou cyber-manifestations – feront un usage plus habile d’Internet.


Encore une fois, nul ne peut prédire avec confiance la victoire dans cette lutte pour le bien commun contre les intérêts particuliers et les idéologues ignorants. Mais avec le danger croissant d’un conflit international désastreux, la nécessité de se mobiliser pour défendre l’intérêt général est de plus en plus évidente. L’étude de l’Histoire est l’un des meilleurs moyens d’éviter sa répétition.


Ces espoirs de voir émerger un mouvement de protestation sont-ils irréalistes ? Très probablement. Mais quoi qu’il en soit, je suis convaincu que ce mouvement est nécessaire.


Peter Dale Scott est un universitaire canadien professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Berkeley, Californie. Auteur d'essais sur des thèmes politiques, il est connu pour ses positions anti-guerre et ses critiques à l’encontre de la politique étrangère des Etats Unis depuis la guerre du Viêt Nam. Il est également l'auteur de recueils de poésie.

Peter Dale Scott a travaillé durant quatre ans (1957-1961) pour le service diplomatique canadien. Son ouvrage The Road to 9/11, a été traduit et actualisé puis publié sous le titre La Route vers le Nouveau Désordre Mondial par les Éditions Demi-Lune en septembre 2010

Son dernier livre, intitulé  La Machine de guerre américaine (La politique profonde, la drogue, la CIA, l'Afghanistan, ...) a été publié en version française le 24 octobre 2012 par les Éditions Demi-Lune.

C’est un expert dans les domaines des opérations secrètes et du trafic de drogue international, l'un des principaux auteurs/chercheurs en matière de « Parapolitique » (ayant écrit une dizaine d'ouvrages dans ce domaine depuis 1972)…

Extraits à partir de Wikipédia

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 10:01

Dans son allocution du 31 dédembre le président de la république a notamment déclaré:" ...la France soutient en Syrie l’opposition à la dictature. Et, au Mali, les peuples africains dans leur lutte contre la menace terroriste..." certes les voies du saigneur sont impénétrables mais soulignons quand même la contradiction qui consiste à vouloir combattre le terrorisme au Mali tout en le soutenant en Syrie.

 

Ci après deux vidéos, deux témoignages à visages découvert de franco syriens qui font litière des élucubrations de l'impérialisme occidental dans ses nouvelles aventures coloniales en Afrique et au Moyen Orient pour en contrôler les richesses...

 

A lire également le discours de Bachar el Assad du 6 janvier 2013

 

 

 


 

 

 


 
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