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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 09:59

Publié par Venezuela infos dans déstabilisation et violences de la droite, Etats-Unis, Guerre économique, secteur privé 7 juillet 2017

 

Ce lundi, le banquier Fortunato Benacerraf Saias, directeur de la banque « 100% Banco » a été arrêté et mis en examen pour ses liens avec deux autres entrepreneurs dans le cadre de l’enquête sur le vaste sabotage informatique contre le Conseil National Électoral pour saboter l’élection de l’Assemblée Constituante du 30 juillet prochain. Cet exemple rappelle qu’au Venezuela la rébellion est celle des riches.

 

Benacerraf, leader en vue d’une famille de trois générations de banquiers, s’ajoute à une liste croissante de chefs d’entreprises de divers secteurs de l’économie qui ont participé activement et directement aux déstabilisations visant à renverser le gouvernement de Nicolas Maduro, élu président de la république en 2013.

 

Bien que la grande bourgeoisie vénézuélienne et ses opérateurs politiques, associés en une coalition complexe de partis appelée «  Plateforme de l’Unité », ont toujours tenté de maintenir un voile discret sur leurs représentants, ils n’ont pu occulter le rôle opérationnel des premières fortunes d’un pays où le secteur privé contrôle 80% de l’économie.

 

Le banquier dont l’arrestation est annoncée aujourd’hui, est lié à Aristides Moreno et à Roberto Picon accusés de programmer une attaque cybernétique contre le réseau de l’organisme électoral, dans le but d’empêcher l’élection des participants à l’Assemblée Nationale Constituante prévue pour le 30 de ce mois. Moreno est le PDG (CEO) et le fondateur d’un conglomérat de services financiers : Inversur. Il est aussi président d’une compagnie de distribution de gaz pour les particuliers à Caracas : Domegas. De plus il appartient à la direction d’une autre enseigne de commercialisation de produits d’hygiène et de services de fumigation : Fuller de Venezuela. Picon, lui, est directeur et sociétaire d’une entreprise dans le domaine des technologies de l’information : Consultores e Ingenieros (Consein) ; celle –ci opère au Venezuela et au Panama et est le principal allié commercial de Microsoft. Dans cette dernière entreprise, le principal actionnaire est Isaac Saias Eseyeg, de la famille du dit Fortunato Benacerraf, et directeur de « 100% Banco ».

 

Notons que dans les médias privés, majoritaires au Venezuela, Moreno et Picon ont toujours été présentés comme conseillers de la MUD (plate-forme de l’opposition de droite) sans que jamais on nous informe sur leur fonction de patrons, sans doute dans le but de réduire l’impact public de ce renseignement.

 

Une des actions les plus importantes des groupes économiques pendant l’étape la plus violente de la confrontation a été l’apport de fonds pour financer ce type d’activité. Pour cela, ils ont organisé des programmes de collecte de dons sur des pages internet spécialisées et les réseaux sociaux.

 

Une analyse des trois initiatives les plus marquantes qui, en dix jours, ont réussi à collecter près de cent mille dollars, pour l’achat de casques, boucliers artisanaux et produits médicaux pour les manifestants, révèle la participation de jeunes héritiers de familles fortunées résidant dans des villes des Etats-Unis comme New York et Miami. C’est le cas de Hector Castro Gaspard, résident à Miami, de Aurora Kearney Troconis et Nelly Guinand, établies à New York.

 

On remarque aussi l’existence d’une bande organisée qui a attaqué au mortier de type bazooka les installations de la base aérienne La Carlota. Les frères Ricardo et José Gabriel Adib Yatim, propriétaires d’entreprises, de fabriques de meubles par exemple, y ont agi en collaboration avec Andrés Sena Pereira, représentant d’une entreprise d’importation de produits alimentaires qui a reçu, en 2014 seulement, plus de 10 millions de dollars préférentiels de l’Etat vénézuélien. De même, l’un des hommes qui a participé au lynchage du jeune Orlando Figuera, brulé vif le 20 mai à Altamira, est Enzo Franchini Oliveros, 32 ans, sociétaire et administrateur d’une compagnie de la construction liée au géant brésilien Odebrecht.

 

Il existe d’autres histoires au sujet de la participation de membres des classes aisées, dans ce cas agraire ; par exemple celle d’un grand propriétaire de Barinas qui a prêté une machine excavatrice pour faciliter les pillages et destructions de bâtiments publics dans la ville de Socopo. Cependant que dans l’état de Mérida, des informations ont été réunies sur les agissements d’un éleveur qui a financé avec nourriture, boissons alcoolisées et armes ceux qui pratiquaient la violence dans la municipalité de Obispo Ramos de Lora.

 

Ces exemples confirment que la supposée « rébellion démocratique » au Venezuela est réellement dirigée et mise en œuvre par une partie des dirigeants d’entreprises qui ont vu leurs intérêts menacés par les politiques d’inclusion sociale et de redistribution de la rente pétrolière développées par le président Hugo Chavez et continuées par l’actuel chef de l’état, Nicolas Maduro.

Source : http://latabla.com/venezuela-la-rebelion-de-los-ricos

Traduction : Marie-Claire Richard

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2MB

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 16:10

La réaction de Fidel Castro au discours d’Obama au Gran Teatro.

Obama, notre frère

L’intégralité à l’adresse suivante http://www.legrandsoir.info/obama-notre-frere.html

Extraits,

 

Les rois d’Espagne nous amenèrent les conquistadores et maîtres auxquels furent assignés non seulement les aborigènes qu’ils obligèrent à chercher de l’or dans le sable des cours d’eau, une forme d’exploitation abusive et honteuse, mais encore des domaines circulaires dont on peut retrouver les traces vues d’avion dans bien des endroits du pays.

 

Le tourisme consiste aujourd’hui, pour une bonne part, à montrer aux visiteurs les beautés des paysages et à leur faire savourer nos excellents fruits de mer, mais à condition que ce soit en partage avec le capital privé des grandes sociétés étrangères dont les profits, sauf s’ils se chiffrent à des milliards de dollars par habitant…

 

…Obama, comme il l’a rappelé, naîtrait en août 1961, voilà plus d’un demi-siècle. Voyons donc ce que pense aujourd’hui notre illustre visiteur :

 

« Je suis venu ici enterrer les derniers restes de la Guerre froide dans les Amériques. Je suis venu ici tendre la main de l’amitié au peuple cubain. »

 

Il nous a ensuite assené une volée de concepts, absolument inédits pour la plupart d’entre nous :

 

« Nous vivons tous les deux dans un Nouveau Monde colonisé par les Européens. Cuba, tout comme les États-Unis, a été édifiée en partie par des esclaves amenés d’Afrique. Comme le peuple étasunien, le peuple cubain peut remonter jusqu’à ses origines aussi bien à travers les esclaves qu’à travers leurs maîtres. »

 

Les populations autochtones n’existent absolument pas dans l’idée d’Obama. Pas plus qu’il ne dit que la Révolution a liquidé la discrimination raciale ; qu’elle a offert une pension et un salaire à tous les Cubains avant que M. Obama ne fête ses dix ans ; qu’elle a éliminé à jamais l’odieuse habitude bourgeoise et raciste d’engager des sbires pour empêcher l’entrée des Noirs dans les centres de distraction ; qu’elle est passée à l’Histoire pour la bataille qu’elle a livrée en Angola contre l’apartheid, mettant fin en même temps à la présence d’armes atomiques sur un continent peuplé aujourd’hui de plus d’un milliard d’habitants, même si ce n’était pas là l’objectif que poursuivait notre solidarité, mais notre aide aux peuples d’Angola, du Mozambique, de Guinée-Bissau et d’autres pour qu’ils se libèrent de la domination coloniale d’un Portugal fasciste….

 

Je ne sais ce qu’Obama pourra bien dire de cette affaire. J’ignore ce qu’il sait et ne sait pas, quoique je doute qu’il ne sache absolument rien. Je lui suggère modestement d’y réfléchir et de ne pas tenter maintenant d’échafauder des théories sur la politique cubaine.

 

Je souhaitais en quelque sorte qu’Obama se conduise correctement, compte tenu de ses origines modestes et de son intelligence naturelle.

 

Autre point important : dans son allocution, Obama utilise des phrases on ne peut plus doucereuses :

« Il est temps de laisser le passé derrière nous. Il est temps de fixer ensemble l’avenir – un futuro de esperanza. Et ça ne sera pas facile, il y aura des reculs. Ça prendra du temps. Mais mon séjour ici à Cuba renouvelle mon espoir et ma confiance dans ce que fera le peuple cubain. Nous pouvons faire ce voyage en amis, en voisins, en famille, ensemble. Sí se puede. Muchas gracias. »

 

À entendre ces mots du président des États-Unis, chacun de nous risquait l’infarctus ! Et ce blocus impitoyable qui dure depuis quasiment soixante ans ! Et ceux qui sont morts dans les attaques de mercenaires à des navires et à des ports cubains ! Et l’avion de ligne rempli de passagers saboté en plein vol ! Et les invasions de mercenaires ! Et la foule d’actes de violence et de force !

 

Que personne ne se fasse des illusions : le peuple de ce pays noble et dévoué ne renoncera jamais à sa gloire et à ses droits, pas plus qu’à la richesse spirituelle qu’il a gagnée grâce à l’essor de l’éducation, de la science et de la culture.

 

J’avertis par ailleurs que notre peuple est capable de produire les aliments et les richesses matérielles dont nous avons besoin par ses efforts et son intelligence. Nous n’avons besoin d’aucun cadeau de l’Empire. Nos efforts seront légaux et pacifiques, car tel est notre engagement envers la paix et la fraternité de tous les êtres humains qui vivent sur cette planète.

Fidel Castro Ruz 27 mars 2016

Source : Gramma

http://www.granma.cu/reflexiones-fidel/2016-03-28/el-hermano-obama-28-...

Traduction J-F Bonaldi (La Havane)

Publié en Français par Le Grand Soir

 

Notes de JF :

 

Castro sait que le socialisme est plus facile à déconstruire qu’à construire. La restauration du capitalisme en URSS nous montre qu’il ne faut jamais baisser la gardel..

 

Le clan occidental, USA en première ligne, n’aura de cesse jusqu’à ce qu’il domine l’économie mondiale, d’est en ouest et réciproquement,  relire absolument « L’impérialisme  stade suprême du capitalisme » de Lénine publié il y a plus de 100 ans, En face la Russie elle aussi capitaliste tente de restaurer son périmètre de sécurité, tout en se prémunissant contre l’ingérence étrangère par mercenariat interposé, lire à ce sujet georges Corm   http://jafreyvil.over-blog.com/2016/04/qu-est-ce-que-le-jihad.html 

 

La Chine en route vers le socialisme avance à petit pas vers l’occident, au sud en réactivant la route de la soie au nord  via la Russie qui semble à l’heure actuelle à la recherche d’un compromis avec les USA ou le devenir Cuba ne pèsera pas lourd, pas même l’Amérique  du sud dont les composante devraient s’inspirer de Cuba pour tendre vers l’autosuffisance plutôt que trop miser sur des ressources naturelles dont les prix sont manipulés par les transnationales économiques financières et les apatrides politiques.

 

Que le peuple Cubain et ses dirigeants continuent sur la voie dans laquelle ils se sont engagés. Pour ma part je suis convaincu que s'ils ont progressé malgré l’embargo ils l'ont du  à leur lucidité,  leur vigilance face aux tentatives d'ingérences, à leur isolement ilien aussi, qui leur ont  évité bien des avatars, dans le cas contraire ils auraient subi un sort identique à celui de l’Union soviétique.

 

D’aucuns pourraient ajouter le poids de l’opinion internationale, de l’URSS à n’en pas douter jusqu’à sa disparition. A cela il convient de rétorquer que l’opinion occidentale  n’a jamais pesé d’un point déterminant  contre les crimes commis depuis des décennies un peu partout sur la planète au prétexte de la défense des droits de l’Homme, de la Démocratie et des Libertés sinon celle d’exploiter le travail humain pour en tirer le profit maximum ce que souligne Castro à contrario de beaucoup d’autres commentateurs naïfs ou faisant preuve de duplicité.

 

Fidel Castro est sans illusion quant aux objectifs visés par les Etats-Unis et leurs alliés, Obama compris, moi non plus. JF

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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 20:33

Par Mikhail Gamandiy-Egorov 29-12-2015,  repris sur Spoutnik

Les médias occidentaux ont consacré depuis plusieurs mois une grande attention au soi-disant rapprochement entre Cuba et les Etats-Unis. L’accent était bien évidemment mis sur la "bonne volonté" du leadership étasunien à passer le cap de relations difficiles, datant de plus d’un demi-siècle.

 

La rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba est illusoire

C'est aussi le message que tentait de faire passer les représentants de la Maison-Blanche depuis Washington.

 

L'ambassade US a même rouvert ses portes dans la capitale cubaine, La Havane. Et l'ambassade cubaine en terre étasunienne. Même si, des deux côtés, la rhétorique du désaccord sur plusieurs points des relations bilatérales n'a jamais disparu, néanmoins les médias mainstrimois ont tout fait pour présenter ladite situation comme une nouvelle page révolutionnaire dans l'histoire des relations entre les deux pays.

 

De notre côté, dès le départ on comprenait que le coup "amical" des USA était surtout stratégique. D'un côté, il fallait reprendre pied dans un petit pays courageux, qui résiste à des sanctions arbitraires depuis plus de cinquante ans et qui n'a toujours pas fléchi. D'un autre, à l'heure de la guerre des sanctions visant la Russie, il fallait réduire le nombre de "fronts" (la question du nucléaire iranien peut-être vue également dans cette optique). Last but not least, les USA (qui adorent utiliser la rhétorique de l'isolation vis-à-vis des nations n'étant pas sous leur diktat), avaient (enfin) compris que dans l'espace américain (dans le grand sens du terme), c'est eux qui se retrouvaient ouvertement isolés. Le dernier sommet des Amériques à Panama en avril dernier en était la preuve nette. Obama était attaqué de tous les côtés par les critiques des dirigeants latino-américains, en arrivant même à être obligé de se justifier et de faire son mea culpa, pour lui et son pays: un comble pour un président US devant les dirigeants de pays que Washington aimerait tellement continuer à considérer comme son pré-carré.

 

En effet, du leader vénézuélien à la présidente brésilienne, des présidents bolivien et équatorien à la chef de l'Etat argentin, Obama a passé un moment fort difficile et son petit sourire ne pouvait aucunement cacher le stress et la pression subie. Les USA ont donc essayé de jouer la carte cubaine. Cuba a répondu favorablement pour la simple et bonne raison que l'île de la liberté n'a jamais été opposée au dialogue. Après tout, ce n'est pas Cuba qui avait tenté à maintes reprises de faire tomber le gouvernement étasunien, mais bien le contraire. Mais ce que les médias US et consorts avaient fortement "oublié" de mentionner, et qui était confirmé à notre niveau par les journalistes et experts cubains, c'est que Cuba ne se faisait aucune illusion quant à la bienveillance étasunienne. Pour les Cubains, ce n'était rien d'autre qu'une nouvelle bataille remportée. Car malgré tous les "pronostics" qui annonçaient la fin de pouvoir socialiste à Cuba après la chute de l'URSS, celui-ci ne s'est non seulement pas affaibli mais est devenu au contraire l'allié par excellence et l'inspiration pour la grande partie des Etats d'Amérique latine.

 

Maintenant pour revenir à l'actualité. Hier, l'Assemblée générale de l'ONU a une fois encore réclamé, à une écrasante majorité de membres, la fin de l'embargo étasunien contre Cuba. Sur 193 votants, 191 ont soutenu la résolution, dont l'allié russe de Cuba avec une belle allocution de Vitali Tchourkine, représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l'ONU, qui n'a pas manqué de rappeler toute l'illégitimité des actions étasuniennes à l'encontre de Cuba.

 

Seuls deux pays se sont (sans surprise) opposés à ladite résolution: les USA et Israël. L'ambassadeur adjoint des Etats-Unis à l'ONU, se sentant clairement isolé et voyant la délégation cubaine aux grands sourires, n'a pas manqué de se justifier en affirmant que "le texte de la résolution est loin de refléter les mesures importantes qui ont été prises et l'esprit d'engagement que le président Obama a défendu"… En d'autres termes, "nous sommes gentils (comme toujours) et vous nous attaquez". Si seulement c'était vrai.

 

En tout cas, cela n'a fait que confirmer une fois encore que Cuba ne compte nullement reculer et renoncer à ses principes. Et que d'autre part, le rapprochement annoncé en grande pompe par les relais de l'impérialisme est encore loin. Comment d'ailleurs un tel rapprochement serait possible entre une nation défendant ses valeurs anticolonialistes et une autre se croyant toujours "exceptionnelle et unique" pouvant dicter sa volonté néocoloniale à tous. Illusions, illusions…

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 15:09

 

Par Salim Lamrani http://espanol.almayadeen.net/Study/2Kml_ddYWEeKIKRbARNhBA/seg%C3%BAn-el-banco-mundial-cuba-es-el-pa%C3%ADs-del-mundo-que-inviert 

 

            Selon la banque mondiale, aucun pays, y compris les plus riches, ne dédie une part aussi élevée de son budget national à l’éducation que Cuba. Les résultats sont exceptionnels. 

 

Cuba est une référence mondiale pour l’éducation. C’est ce que vient de rappeler un rapport de la Banque mondiale qui classe Cuba au premier rang en ce qui concerne l’investissement dans le système éducatif pour la période 2009-2013. Avec près de 13% (12,8%) du PIB investi dans ce secteur, aucun autre pays au monde, y compris les plus développés, n’égale l’île de la Caraïbe, qui a fait de sa politique sociale un modèle pour les nations en voie de développement[1].

 

Le Timor Oriental et le Danemark complètent le podium mondial, avec respectivement 11,3% et 8,7% du PIB dédiés à l’éducation. En guise de comparaison, les Etats-Unis investissent à peine 5,4%, soit deux fois moins que Cuba, et le Canada 5,5%. En Europe, la France consacre 5,9% de son budget national à l’éducation, l’Allemagne - 5,1%, le Royaume-Uni- 6,2%, l’Italie - 4,5% et l’Espagne - 5%. Pour ce qui est du continent latino-américain, la Bolivie occupe le second rang derrière Cuba avec 7,6%. Le Brésil attribue 5,8% de son PIB à ce secteur alors que le Mexique et l’Argentine lui destinent respectivement 5,2% et 5,8%[2].

 

Ce n’est pas la première fois que la Banque mondiale fait l’éloge de Cuba dans ce domaine. Dans un autre rapport publié en 2014, l’organisme international rappelle que l’île dispose du meilleur système éducatif d’Amérique latine et de la Caraïbe, la seule ayant « des paramètres élevés, du fort talent académique, des rémunérations élevées ou du moins adéquates et de l’autonomie professionnelle élevée qui caractérisent les systèmes éducatifs les plus efficaces au monde, comme ceux de Finlande, de Singapour, de Shanghai (Chine), de la République de Corée, de la Suisse, des Pays-Bas et du Canada[3] ».

 

L’éducation – comme la santé, la culture ou le sport – a toujours été une priorité à Cuba et les résultats sont exceptionnels. Avec un taux d’alphabétisation de 99,8%, l’île dispose du taux d’illettrisme le plus bas du continent latino-américain, selon l’UNESCO, qui rappelle également que Cuba a le taux de scolarisation le plus élevé de l’Amérique latine avec 99,7% des enfants disposant d’une éducation gratuite. Un autre rapport de l’UNESCO portant sur l’éducation dans 13 pays d’Amérique latine classe Cuba en tête dans toutes les matières d’enseignement et note qu’un élève cubain dispose en moyenne de deux fois plus de connaissances et de compétences qu’un élève latino-américain[4]

 

            La Banque mondiale, en faisant l’éloge du système éducatif cubain, rappelle d’une certaine manière que les politiques d’austérité et de démantèlement de l’Etat-providence qu’elle préconise sont en réalité préjudiciables à l’intérêt général. En faisant de l’éducation nationale une priorité, Cuba démontre aux yeux du monde qu’il est possible d’offrir à tous les citoyens un accès de haut niveau à la connaissance et à la formation. Les ressources limitées inhérentes à une nation du Tiers-monde et les sanctions économiques extrêmement sévères imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle n’ont pas empêché l’île de la Caraïbe de se doter d’un système éducatif performant, rappelant ainsi que l’humain doit être placé au centre du projet sociétal. 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

 

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel 


[1] World Bank, « Public Spending on Education, Total (% of GDP)”, 2014. http://data.worldbank.org/indicator/SE.XPD.TOTL.GD.ZS (site consulté le 31 décembre 2014).

[2] Ibid.

[3] Barbara Bruns & Javier Luque, Profesores excelentes. Cómo mejorar el aprendizaje en América Latina y el Caribe, Washington, Banco Mundial, 2014. http://www.bancomundial.org/content/dam/Worldbank/Highlights%20&%20Features/lac/LC5/Spanish-excellent-teachers-report.pdf (site consulté le 30 août 2014).

[4] Salim Lamrani, Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Estrella, 2013, p. 38.

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:23

Par Salim Lamrani

 

Les médias occidentaux se sont largement fait écho de l’interdiction d’une manifestation de l’opposition, oubliant de rappeler que cela est monnaie courante dans les démocraties occidentales.

 

L’interdiction de la manifestation organisée par l’artiste cubaine Tania Bruguera, qui réside aux Etats-Unis, qui était prévue pour le 30 décembre 2014 Place de la Révolution, lieu emblématique de La Havane où se déroule la plupart des évènements politiques officiels, a suscité de nombreuses polémiques et controverses. La presse occidentale a mis à l’index le gouvernement cubain, l’accusant de restreindre la liberté d’expression et de porter atteinte aux droits fondamentaux[1].

 

La convocation, sous couvert d’expression artistique dénommée « le murmure de Tatlin n°6 », se voulait être une plateforme politique ouverte aux secteurs de l’opposition, y compris ceux liés à la Section d’intérêts des Etats-Unis et qui reçoivent un financement de la part de Washington pour leurs activités. Des initiatives similaires étaient prévues le même jour à New York et Miami. Les autorités de la capitale ont décidé de ne pas accorder d’autorisation officielle pour cette initiative[2].

 

Le Conseil national des arts plastiques (CNAP) de Cuba s’est désolidarisé de Tania Bruguera, l’accusant d’instrumentaliser son appartenance à l’institution pour organiser une manifestation non pas artistique mais politique. De son côté, l’Association des artistes plastiques de l’Union des écrivains et artistes de Cuba a dénoncé « une provocation politique » dont le but est de « s’opposer aux négociations [entre Raúl Castro et Barack Obama] qui suscitent l’espoir de nombreux êtres humains, et d’abord des onze millions de Cubains[3] ».

 


Manifestation devant la Place de la Révolution le 30 décembre 2014

 

Faisant fi de la décision des autorités gouvernementales, Tania Bruguera a décidé de maintenir sa convocation, ce qui l’a conduite en garde à vue pendant quelques heures pour violation de décision préfectorale, trouble à l’ordre publique et refus d’obtempérer. La police a également empêché d’autres figures de l’opposition telles que Yoani Sánchez et son mari Reinaldo Escobar, de participer à l’évènement[4].

 

Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude et ont condamné les arrestations d’une dizaine de personnes. Le Département d’Etat a publié un communiqué virulent contre le gouvernement de La Havane : « Nous condamnons énergiquement le harcèlement continu de la part du gouvernement cubain et le recours répété à la détention arbitraire, parfois avec violence, pour faire taire les critiques, perturber les réunions pacifiques et la liberté d’expression, et intimider les citoyens[5] ».

 

Néanmoins, ce que la presse occidentale et Washington omettent de déclarer, c’est que Tania Bruguera aurait également été arrêtée dans n’importe quelle démocratie occidentale. Obtenir l’autorisation des autorités pour manifester est une norme mondiale. En France, par exemple, où des centaines de demandes de manifestations sont refusées chaque semaine, il est rigoureusement interdit d’organiser tout rassemblement sans l’accord écrit de la Préfecture de police. La demande doit être effectuée « au moins un mois avant la date de manifestation » et « ce délai est porté au minimum à trois mois si l’événement projeté rassemble une foule importante[6] ».

 

Par ailleurs, « chaque demande doit comporter tous renseignements utiles sur l’organisateur (personne physique ou morale) et sur la manifestation (nature, date, lieu, horaire, nombre de participants…) ». En France, les organisateurs de manifestations sont pénalement responsables de tous les dégâts susceptibles d’être causés lors de l’événement. La Préfecture de police insiste sur ce point : « L’organisateur doit assumer la charge de la sécurité générale sur le site affecté à la manifestation. En cas de dommages ayant pour cause l’imprudence ou la négligence, la responsabilité civile, voire pénale, de l’organisateur peut être engagée sur le fondement des articles 1382 et suivants du code civil et des articles 121-1, 121-2, 223-1 et 223-2 du code pénal[7] ».

 

Ainsi, durant l’été 2014, la France a été le seul pays au monde à interdire des manifestations de solidarité avec la Palestine suite à l’agression meurtrière d’Israël contre Gaza. La police avait violemment dispersé les manifestants et avait procédé à des dizaines d’interpellations. Plusieurs personnes ont été lourdement sanctionnées par la justice pour avoir bravé l’interdiction préfectorale[8].

 

Le refus d’autorisation des autorités cubaines est aisément compréhensible. La Place de la Révolution regroupe les sièges du gouvernement, du Comité central du Parti communiste et des Forces armées. En France, une manifestation devant le Palais de l’Elysée, où réside le Président de la République, serait impensable.

 

Encore une fois, un événement banal – une manifestation non autorisée et la mise en garde à vue par la police des protagonistes n’ayant pas respecté la décision des autorités –, qui passerait inaperçu dans n’importe quel autre pays du monde, fait la une de la presse internationale dès lors qu’il s’agit de Cuba. Cela en dit long sur l’impartialité des médias dans les démocraties occidentales.

Salim Lamrani

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

 

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 17:47

Par Salim Lamrani

Panama pourra compter sur la présence de Cuba, ostracisée depuis le triomphe de la Révolution de 1959 par les Etats-Unis avec son expulsion de l’Organisation des Etats américains (OEA) en 1962. La Havane n’avait pas pu participer aux précédentes éditions de 1994, 1998, 2001, 2005, 2009 et 2012. Cette septième rencontre, qui réunit les 34 pays membres de l’OEA tous les trois ou quatre ans, fait suite au Sommet de Carthagène (Colombie), d’avril 2012, où des débats virulents avaient opposé les Etats-Unis (soutenus par le Canada) et l’Amérique latine qui n’acceptait pas l’absence de Cuba. Les nations du continent avaient unanimement convenu qu’aucune autre réunion ne pourrait avoir lieu sans la présence du gouvernement de La Havane, isolant ainsi Washington.

 

            Durant des décennies, Cuba s’est retrouvée isolée suite aux pressions de la Maison Blanche. Ainsi, en 1962, toutes les nations, du Canada à l’Argentine, avaient rompu leurs relations avec La Havane, à l’exception notable du Mexique. Aujourd’hui, tous les pays du continent disposent de relations diplomatiques et commerciales normales avec Cuba, à l’exception des Etats-Unis.

 

            Washington a multiplié les pressions sur le Panama afin que Cuba ne soit pas invitée en avril 2015. En plus des intenses tractations diplomatiques directes, les Etats-Unis ont émis plusieurs déclarations publiques s’opposant à la participation de La Havane au prochain Sommet des Amériques. Le Département d’Etat, par le biais du secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’hémisphère occidental, Roberta Jacobson, a réitéré son opposition à la présence de l’île[1].

 

            Juan Carlos Varela, Président du Panama, n’a pas cédé aux pressions étasuniennes et a réaffirmé sa volonté d’accueillir Cuba. « L’Amérique est un seul continent et inclut Cuba. Il faut respecter cela. La ministre des Affaires étrangères, Isabel de Saint-Malo, l’a notifié au secrétaire d’Etat John Kerry lors de sa visite à Washington […]. Tous les pays doivent être présents. […] La participation de Cuba est importante car elle pourrait apporter beaucoup au débat sur les situations politiques. Par exemple, les négociations pour la paix en Colombie se déroulent à La Havane[2] ».

 

            Le Panama a même symboliquement dépêché Isabel de Saint Malo, Vice-présidente de la République et également ministre des Affaires étrangères, à Cuba pour faire part de l’invitation au Président Raúl Castro[3]. « La famille américaine serait incomplète sans Cuba. En tant qu’hôte, le Panama a fait part de son souhait de compter avec la présence de tous les pays. Puisque le Sommet est celui des Amériques et que Cuba est un pays des Amériques, pour la participation soit totale, la présence de Cuba est nécessaire. Si vous invitez votre famille à déjeuner et que vous mettez de côté un membre, la famille n’est pas complète. », a déclaré Isabel de Saint Malo. De son côté, Martín Torrijos, Président du Panama de 2004 à 2009, a salué le « triomphe collectif » de l’Amérique latine qui a su résister aux pressions en provenance du Nord[4].

 

            Même Miguel Insulza, secrétaire général de la très docile Organisation des Etats américains, a fait part de son souhait de voir Cuba au Sommet : « Il n’y a aucun motif légal » qui empêche la participation de La Havane. Insulza a rappelé qu’il était temps pour les Etats-Unis « d’essayer autre chose » après plus d’un demi-siècle de politique hostile vis-à-vis de l’île de la Caraïbe, et d’opter pour le « dialogue »[5].

 

            Lors du dernier Sommet de 2012, plusieurs pays tels que l’Argentine, le Venezuela, la Bolivie et le Nicaragua, avaient conditionné leur participation à l’édition de 2015 à la présence de Cuba. En mai 2014, les membres de l’Union des nations sud-américaines (UNASUR), qui regroupe 12 nations, a rendu publique une déclaration exprimant « sa volonté que la République sœur de Cuba soit présente au prochain Sommet des Amériques de façon inconditionnelle et sur un plan d’égalité[6] ». De la même manière, Haïti et le Nicaragua ont partagé ce point de vue. Selon Managua, « un Sommet des Amériques sans Cuba n’est pas un sommet des Amériques[7] ».

 

L’Equateur avait déjà boycotté le Sommet de Carthagène de 2012. Son Président Rafael Correa en avait expliqué les raisons : « Un Sommet des Amériques sans Cuba est inadmissible, tout comme était inadmissible une Organisation des Etats américains sans Cuba ». En 2009, l’OEA avait décidé d’abroger la résolution relative à l’exclusion de l’île. « L’Amérique latine ne peut tolérer cela. J’ai décidé que tant que je serai Président de la République d’Equateur, je n’assisterai plus à aucun Sommet des Amériques », sans la présence de Cuba, a-t-il ajouté[8]

 

La solidarité exprimée par l’Amérique latine vis-à-vis de Cuba est emblématique de la nouvelle ère que traverse le continent depuis une quinzaine d’années, marquée par une volonté d’émancipation, d’indépendance et d’intégration et le refus de l’hégémonie étasunienne. Elle illustre également l’isolement total dans lequel se trouve Washington et le rejet que suscite sa politique désuète et cruelle de sanctions économiques contre La Havane, lesquelles affectent les catégories les plus vulnérables de la société, à commencer par les femmes, les enfants et les personnes âgées.        

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 15:30

Un modèle selon l’Organisation mondiale de la santé

 

Un article de Salim Lamrani

 

Opera Mundi

 

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/babel/37221/cuba+un+mod%E8le+selon+lorganisation+mondiale+de+la+sante.shtml

 

            Selon l’organisme onusien, le système de santé à Cuba a valeur d’exemple pour tous les pays du monde.  

 

            Le système de santé cubain est mondialement reconnu pour son excellence et son efficacité. Malgré des ressources extrêmement limitées et l’impact dramatique causé par les sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demi-siècle, Cuba a réussi à universaliser l’accès aux soins à toutes les catégories de la population et à obtenir des résultats similaires à ceux des nations les plus développées.

 

            Lors de sa récente visite à La Havane en juillet 2014, Margaret Chan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé, a fait l’éloge du système de santé cubain et s’est montrée impressionnée par les réussites dans ce domaine. «  Cuba est le seul pays qui dispose d’un système de santé étroitement lié à la recherche et au développement en cycle fermé. C’est la voie à suivre, car la santé humaine ne peut s’améliorer que grâce à l’innovation », a-t-elle déclaré. Elle a salué « les efforts de la direction de ce pays pour faire de la santé un pilier essentiel de développement[1] ».

 

Cuba a basé son système de santé sur la médecine préventive et ses résultats sont exceptionnels. Selon Margaret Chan, le monde doit suivre l’exemple de l’île dans ce domaine et remplacer le modèle curatif, inefficace et plus couteux, par un système basé sur la prévention. « Nous souhaitons ardemment que tous les habitants de la planète puissent avoir accès à des services médicaux de qualité, comme à Cuba », a-t-elle souligné[2].

 

L’OMS rappelle que le manque d’accès aux soins dans le monde n’est en aucun cas une fatalité découlant d’un manque de ressources. Il traduit, au contraire, un manque de volonté politique de la part des dirigeants de protéger les populations les plus vulnérables. L’organisation cite à ce titre le cas de l’île de la Caraïbe comme étant le parfait contre-exemple[3]. D’ailleurs, en mai 2014, en guise de reconnaissance à l’excellence de son système de santé, Cuba a présidé la 67ème Assemblée mondiale de la Santé[4].

 

            Avec un taux de mortalité infantile de 4,2 pour mille, l’île de la Caraïbe présente le meilleur indicateur du continent et du Tiers-Monde, reflétant ainsi la qualité de son système et l’impact sur le bien-être des enfants et des femmes enceintes. Le taux de mortalité infantile de Cuba est même inférieur à celui des Etats-Unis et se situe parmi les plus bas au monde[5].

 

            Avec une espérance de vie de 78 ans, Cuba est l’un des meilleurs élèves du continent américain et du Tiers-monde, avec un indicateur similaire à celui des nations les plus développées. En moyenne, les Cubains vivent 30 ans de plus que leurs voisins haïtiens. En 2025, Cuba disposera de la plus grande proportion de personnes de plus de 60 ans d’Amérique latine[6]

 

Un système de santé au service des peuples du Tiers-monde 

 

            Cuba fait également bénéficier les populations du Tiers-monde de son expertise dans le domaine de la santé. En effet, depuis 1963, Cuba envoie des médecins et autres personnels de santé dans les pays du Tiers-Monde afin de soigner les déshérités. Actuellement, près de 30 000 collaborateurs médicaux travaillent dans plus de 60 pays de la planète[7].

 

L’exemple emblématique de cette solidarité vis-à-vis des plus démunis est l’Opération Miracle lancée en 2004 par Fidel Castro et Hugo Chávez. Cette campagne humanitaire, mise en place au niveau continental dans le cadre du projet d’intégration de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), consiste à opérer gratuitement les Latino-américains pauvres atteints de cataractes et autres maladies oculaires[8].

 

            En une décennie, près de 3,5 millions de personnes ont pu retrouver la vue grâce à l’internationalisme cubain. Ce programme social, créé dans un premier temps pour le Venezuela, a été étendu à tout le continent avec l’objectif d’opérer un total de 6 millions de personnes. En plus des opérations chirurgicales, la Mission Miracle fournit gratuitement des lunettes et des lentilles de contact aux personnes atteintes de troubles de la vue[9].

 

            Au total, près de 165 institutions cubaines participent à l’Opération Miracle, qui dispose d’un réseau de 49 centres ophtalmologiques et de 82 blocs opératoires dans 14 pays d’Amérique latine : la Bolivie, le Costa Rica, l’Equateur, le Guatemala, le Guyana, Haïti, le Honduras, la Grenade, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, Saint-Vincent et les Grenadines, le Venezuela et l’Uruguay[10].

 

            La solidarité médicale cubaine s’étend également à l’Afrique. En 2014, LABIOFAM, l’entreprise de production chimique et biopharmaceutique cubaine, a lancé une campagne de vaccination contre le paludisme en Afrique de l’Ouest, dans pas moins de 15 pays[11]. Selon l’OMS, ce virus, qui affecte en majorité les enfants, coûte la vie à pas de moins de 630 000 personnes par an, « la plupart étant des enfants âgés de moins de cinq ans vivant en Afrique ». « Cela signifie que 1 000 jeunes enfants meurent chaque jour de paludisme[12] », rappelle l’Organisation.

 

            De la même manière, Cuba forme de jeunes médecins du monde entier au sein de l’Ecole latino-américaine de médecine (ELAM). Depuis sa création en 1998, l’ELAM a diplômé plus de 20 000 médecins de plus de 123 pays. Actuellement, 11 000 jeunes en provenance de plus de 120 nations suivent une carrière de médecine au sein de l’institution cubaine. Selon Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations unies, l’ELAM est « l’école de médecine la plus avancée au monde ». Il a également fait l’éloge des médecins cubains qui travaillent dans le monde entier et notamment à Haïti : « Ce sont toujours les premiers arrivés et ce sont les derniers à partir. Ils restent sur place après les crises. Cuba peut montrer au monde entier son système de santé, un modèle pour beaucoup de pays[13] ». 

 

            En faisant l’éloge de Cuba, l’Organisation mondiale de la santé souligne qu’il est possible pour un pays du Tiers-monde aux ressources limitées de mettre en place un système de santé performant et d’offrir à l’ensemble des populations une protection sociale digne de ce nom, s’il y a la volonté politique de placer l’être humain au centre du projet de société. 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 15:53

Par Salim Lamrani

Région : Amérique latine & Caraïbe

Thème: Désinformation médiatique

 

 

Depuis le triomphe de la Révolution bolivarienne au Venezuela avec l’élection du Président Hugo Chávez en 1998 (jusqu’à 2013) et la victoire de son successeur Nicolás Maduro en 2013, El País, principal quotidien espagnol et leader d’opinion, a délaissé l’impartialité dans le traitement de la réalité de ce pays. Pis encore, le journal espagnol a abandonné le journalisme équilibré et nuancé au profit d’une critique systématique et à sens unique du pouvoir démocratiquement élu de Caracas.

 

Une démocratie ?

 

Dans une tribune du 9 mars 2014, El País expose son point de vue et déclare que « le Venezuela n’est plus un pays démocratique[1] ». Peu importe qu’il y ait eu 19 consultations populaires depuis 1998 et que les chavistes aient remporté 18 de ces scrutins au cours d’élections reconnues comme irréprochables et transparentes par tous les organismes internationaux, de l’Organisation des Etats américains à l’Union européenne, en passant par le Centre Carter. Mieux encore, l’ancien président des Etats-Unis, Jimmy Carter, qualifie le système électoral vénézuélien comme étant le « meilleur au monde[2] ».

 

La liberté de la presse

 

Le quotidien madrilène déplore « une asphyxie systématique de la liberté d’expression ». Là encore, l’affirmation résiste difficilement à l’analyse. Selon un rapport du Ministère de la Communication et de l’Information de 2011, en 1998, il existait au Venezuela 587 radios et télévisions dont 92,5% privées et 7,5% publiques. Aujourd’hui, elles sont 938 dont 70% privées, 25% communautaires et 5% publiques. La Révolution bolivarienne a au contraire multiplié le nombre de médias télévisuels et radiophoniques et le paysage médiatique est toujours dominé par le secteur privé. Loin d’être étouffés, les médias privés ont ainsi augmenté de 28,7% en 12 ans[3].

 

 

La Révolution bolivarienne, un échec ?

 

 

Un an après la disparition d’Hugo Chávez, qui a succombé à un cancer foudroyant le 5 mars 2013, El País dresse un panorama assez sombre de la situation vénézuélienne, par le biais de son correspondant à… Miami : « Chávez a légué une opportunité perdue, une économie en faillite qui ne tient que par l’endettement et la spéculation ». Le quotidien ajoute que « durant la dernière décennie de son gouvernement, le revenu pétrolier du Venezuela a été sept fois plus important qu’en 1998 quand il a assumé le pouvoir ». Cependant, « l’inflation et les pénuries, dont a souffert le pays de façon cyclique durant la dernière décennie, ont atteint des pics alarmants parmi les secteurs les plus pauvres[4] ».

 

 

A la lecture de ce bilan, on en conclut que la Révolution bolivarienne a été un échec. Mais en fait, El País occulte la réalité factuelle. D’abord, le quotidien madrilène omet de souligner que si le prix du pétrole a presque été multiplié par dix, c’est avant tout grâce à Hugo Chávez qui a réussi à réactiver une OPEP moribonde en limitant la production de pétrole et faisant passer le prix du baril de 16 dollars en 1998 à plus de 100 dollars aujourd’hui.

 

 

Ensuite, le journal évoque la situation des « secteurs les plus pauvres » sans fournir de chiffres et présente « l’inflation et la pénurie » comme des conséquences de la politique chaviste. En réalité, l’inflation a caractérisé l’économie vénézuélienne depuis au moins 70 ans et les statistiques disponibles sur la réalité sociale du pays apportent un démenti implacable au point de vue de El País.

 

 

En effet, de 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999. Le taux de malnutrition général est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim[5].

 

 

Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités[6].

 

 

En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois[7].

 

 

Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2014 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999[8].

 

 

Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit d’un des salaires minimum en dollars les plus élevés d’Amérique latine. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum. Les femmes seules et les personnes handicapées reçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011[9].

 

 

Depuis 1998, près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités[10].

 

 

Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens. Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 300%. La Mission Barrio Adentro I a permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue[11].

 

 

Loin de l’image apocalyptique présentée par El País, la Révolution bolivarienne a été une indéniable réussite sociale. Ainsi, selon le rapport annuel World Happiness de 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne[12].

 

 

Le cas du journal El País illustre l’incapacité des médias occidentaux – dont la plupart sont entre les mains de conglomérats économiques et financiers – à représenter de manière impartiale et équilibrée la Révolution bolivarienne. Il est une raison à cela : le processus de transformation sociale initiée en 1999 a bouleversé l’ordre et les structures établis, a remis en cause le pouvoir des dominants et propose une alternative sociétale où – malgré tous ses défauts, ses imperfections et ses contradictions qu’il convient de ne pas minimiser – les puissances d’argent ne règnent plus en maître, et où les ressources sont destinées à la majorité des citoyens et non à une minorité.

 

 

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 14:58

 

            Lors d’une visioconférence organisée par le Département d’Etat des Etats-Unis le 29 octobre 2013, une dissidente cubaine a regretté le rôle « marginal » de la femme à Cuba. 

Voici quelques vérités à ce sujet qui contredisent son point de vue. 

Par salim Lamrani

1.      Depuis le triomphe de la Révolution en 1959, l’Etat cubain a fait de l’émancipation de la femme l’une de ses principales priorités, avec la création en août 1960 de la Fédération des femmes cubaines (FMC) fondée par Vilma Espín, qui compte aujourd’hui plus de 4 millions de membres. 

2.      Avant 1959, les femmes ne représentaient que 12% de la population active et recevaient une rémunération sensiblement inférieure à celle des hommes pour un emploi équivalent.  

3.      Aujourd’hui, à travail égal, la législation cubaine impose que le salaire de la femme soit strictement le même que celui de l’homme. 

4.      Cuba est le premier pays au monde à avoir signé la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de discrimination contre la femme, et le second à l’avoir ratifiée. 

5.      Des 31 membres du Conseil d’Etat cubain, 13 sont des femmes, soit 41,9%. 

6.      Il a 8 femmes ministres sur 34, soit 23,5%. 

7.      Au Parlement cubain, sur les 612 députés, 299 sont des femmes, soit 48,66%. 

8.      Cuba occupe le troisième rang mondial du plus grand pourcentage de femmes élues députés. Les Etats-Unis occupent le rang 80. 

9.      María Mari Machado, une femme, occupe la vice-présidence du Parlement cubain.  

10.  Sur les 1268 élus aux Assemblées provinciales, 48,36% sont des femmes. 

11.  Les femmes cubaines président 10 des 15 Assemblées provinciales du pays, soit 66,6%, et occupent la vice-présidence dans 7 d’entre elles, soit 46,6%. 

12.  Il n’existe aucune loi à Cuba obligeant à la parité pour les postes politiques. 

13.  Sur les 115 membres du Comité Central du Parti Communiste cubain, 49 sont des femmes, soit 42,6%. 

14.  La secrétaire du Parti communiste Cuba pour la province de La Havane, la plus importante du pays, est une femme noire de moins de cinquante ans nommée Lázara Mercedes López Acea. Elle est également vice-présidente du Conseil d’Etat et du Conseil des Ministres. 

15.  Sur les 16 dirigeants syndicaux provinciaux de la Confédération des travailleurs cubains (CTC), 9 sont des femmes, soit 56,25%.  

16.  Près de 60% des étudiants cubains sont des femmes. 

17.  Depuis 1980, les femmes actives disposent en moyenne d’un niveau de formation supérieur à celui des hommes actifs. 

18.  A Cuba, les femmes représentent 66,4% des techniciens et professionnels du pays de niveau moyen et supérieur (enseignants, médecins, ingénieurs, chercheurs, etc.). 

19.  Le taux de fécondité (nombre d’enfants par femme) est de 1,69, soit le plus bas d’Amérique latine. 

20.  Les mères cubaines ont la possibilité de s’occuper à temps plein de leur nouveau-né tout en percevant l’intégralité de leur salaire un mois et demi avant l’accouchement et trois mois après la naissance de l’enfant. Le congé peut durer un an avec une rémunération égale à 60% de leur salaire. Au bout d’un an, elles sont automatiquement réintégrées dans leur travail. 

21.  Cuba (depuis 1965) est le seul pays d’Amérique latine, avec le Guyana (depuis 1995) et l’Uruguay (depuis 2012) à avoir légalisé l’avortement. 

22.  Le taux de mortalité infantile est de 4,6 pour mille, soit le plus bas du continent américain – Canada et Etats-Unis compris – et du Tiers-monde. 

23.  L’espérance de vie des femmes est de 80 ans, supérieure de deux ans à celle des hommes. 

24.  La femme peut partir à la retraite à 60 ans ou après avoir cotisé pendant 30 annuités, contre 65 ans pour les hommes. 

25.  La femme cubaine joue ainsi un rôle prépondérant dans la société et participe pleinement au développement du pays. 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/babel/32770/+25+verdades+para+yoani+sanchez+sobre+el+papel+de+la+mujer+en+cuba.shtml

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 15:42

Présentation du livre de Salim Lamrani

Paris, Editions Estrella, 2013

 

Cuba et l’impartialité médiatique,
Préface d’Eduardo Galeano


Un article de José Fort  L’Humanité (04/09/2013) 

 

Comment expliquer que Cuba, petit pays par la taille et sa population (11 millions d’habitants) continue de faire régulièrement la « Une » de l’actualité ? Aucun pays de la région n’a eu ces cinquante dernières années une couverture médiatique aussi dense. Les pays d’Amérique centrale, ceux des Caraïbes n’auront pas eu droit au déversement de bile infligé à la Révolution cubaine. En fait, la haine dispensée par les « grands » médias occidentaux, financés et dirigés par l’argent du business et des armes, vise comme l’écrit le célèbre écrivain uruguayen Eduardo Galeano dans la préface au dernier ouvrage de Salim Lamrani «  un pays bizarre qui ne participe pas à la Coupe du Monde du paillasson », «  une révolution qui a grandi dans le châtiment est ce qu’elle a pu être et non pas ce qu’elle a voulu être » ou encore Cuba « a généré la société latino-américaine la moins injuste » du continent.

 

Dans son livre « Cuba, les médias face au défi de l’impartialité », Salim Lamrani prend appui sur le journal espagnol «  El Pais » pour « étudier la manière dont la presse présente la grande île de la Caraïbe à l’opinion publique ». L’auteur a pris volontairement l’exemple d’El Pais comme symbole de ce qu’écrivent dans le même moule des journaux comme « Le Monde » et bien d’autres.  Salim Lamrani, docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, est un spécialiste de Cuba. Pas des couloirs des cuisines malodorantes mais des chiffres puisés à la source, des enquêtes non pas tirées des fosses communes de Miami mais sur place au contact direct de la population. Contrairement aux « spécialistes » bien calés dans leurs fauteuils parisiens et madrilènes, il peut parler de la vie quotidienne, des politiques d’éducation et de santé, de la protection de l’enfance, d’un secteur biotechnologique de pointe à faire pâlir d’envie les plus grands services de recherches à travers le monde, de l’internationalisme cubain et la formation de milliers de médecins latinos, de la protection de l’environnement, des droits de l’homme, des résultats des nouvelles orientations économiques adoptées récemment. Avec Salim Lamrani vous n’aurez pas droit à un discours incantatoire sur Cuba mais plutôt à un document chiffré, daté, expliqué. Bref, un livre référence. 

 

Paris, Editions Estrella, 2013 230 pages 18€

Disponible auprès de l’auteur : lamranisalim@yahoo.fr

Egalement en librairie : http://www.librairie-renaissance.fr/9782953128437-cuba-les-medias-face-au-defi-de-l-impartialite-salim-lamrani/

Et chez Amazon

http://www.amazon.fr/Cuba-Medias-Face-Defi-lImpartialite/dp/2953128433/ref=sr_1_5?ie=UTF8&qid=1375693527&sr=8-5&keywords=salim+lamrani

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 15:29

Par  Salim Lamrani

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/29149/ong+britanica+e+vitima+das+sancoes+economicas+dos+estados+unidos+contra+cuba.shtml

 

            L’organisation non gouvernementale britannique Cuba Solidarity Campaign a vu ses fonds destinés à l’achat d’un ouvrage sur les sanctions économiques contre Cuba saisis par le Département du Trésor.

 

            The Economic War against Cuba. A Historical and Legal Perspective on the U.S. Blockade a été publié par Monthly Review Press, maison d’édition basée à New York, en avril 2013, traduit du français Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba[1]. L’ouvrage dresse une perspective historique et juridique des sanctions économiques que les Etats-Unis imposent à Cuba depuis 1960 et évalue notamment leur impact dans des domaines tels que la santé, affectant gravement les catégories les plus vulnérables de la population cubaine en empêchant l’île d’avoir accès aux médicaments et équipements médicaux fabriqués sur le territoire étasunien.

Le livre souligne le caractère anachronique, cruel et inefficace d’un état de siège qui date de la guerre froide, qui frappe de manière indiscriminée tous les secteurs de la société – à commencer par les plus fragiles – et qui a été incapable d’atteindre son objectif, à savoir le renversement du gouvernement cubain. De la même manière, il rappelle que les sanctions contre Cuba suscitent le rejet de l’immense majorité de la communauté internationale, avec 188 pays votant pour la 21ème fois consécutive en 2012 contre l’embargo économique, commercial et financier. Par ailleurs, 67% de l’opinion publique étasunienne souhaite une normalisation des relations avec Cuba, car elle ne comprend pas pourquoi elle peut se rendre en Chine, au Vietnam ou en Corée du Nord, mais pas dans la plus grande île de la Caraïbe.

            Un chapitre entier traite du caractère extraterritorial des sanctions économiques, lesquelles violent le droit international. En effet, une législation nationale ne peut pas s’appliquer dans un pays tiers. Par exemple, la loi française ne peut pas s’appliquer en Allemagne et la loi brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. Or, la loi sur les sanctions économiques s’appliquent à tous les pays du monde et un bureau spécial du Département du Trésor, le Office Foreign Assets Control (OFAC), est chargé de cela.

            En avril 2013, l’ONG britannique Cuba Solidarity Campaign (CSC) a décidé d’acheter 100 exemplaires de l’ouvrage The Economic War against Cuba et a demandé à sa banque anglaise, la Co-operative, de régler la facture par virement bancaire auprès du compte de la Monthly Review Press chez la Chase Bank.

            Cependant, la transaction n’a pas eu lieu. En effet, l’OFAC a décidé de bloquer les fonds et a exigé de l’ONG britannique qu’elle explique en détail ses relations avec Cuba. Rob Miller, directeur de CSC, a fait part de son étonnement : « On utilise une législation extraterritoriale sur les sanctions économiques pour empêcher la vente d’un livre au Royaume-Uni qui expose l’ampleur du blocus contre Cuba […]. Le caractère ridicule du blocus américain est une nouvelle fois illustré par cette affaire où l’on essaye d’empêcher les lecteurs britanniques de lire un livre publié par une maison d’édition américaine ».

            A l’évidence, ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis appliquent de manière extraterritoriale les sanctions contre Cuba. A titre d’exemple, si l’entreprise allemande Mercedes souhaite exporter ses voitures aux Etats-Unis, elle doit démontrer au Département du Trésor que ses voitures ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain. De la même manière, si un pâtissier français souhaite vendre ses produits sur le marché étasunien, il doit démontrer qu’ils ne contiennent pas un gramme de sucre cubain. Non seulement, les sanctions économiques contre Cuba constituent le principal frein au développement du pays mais représentent également un obstacle aux relations commerciales de l’île avec le reste du monde. Parfois, avec des conséquences insolites.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

 

 


[1] The Economic War against Cuba. A Historical and Legal Perspective on the U.S. Blockade, New York, Monthly Review Press, 2013. http://monthlyreview.org/press/books/pb3409/ (site consulté le 28 mai 2013). Edition française : Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Editions Estrella, 2011

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 10:04

 

par Salim Lamrani

Opera Mundi

http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/28576/50+verdades+sobre+as+sancoes+economicas+dos+estados+unidos+contra+cuba.shtml

 

La visite de la star étasunienne de la chanson Beyonce et de son mari Jay-Z à La Havane a relancé la polémique sur le maintien des sanctions contre Cuba, en vigueur depuis plus d’un demi-siècle. Voici quelques données sur l’état de siège économique le plus long de l’histoire.


1.     Les premières sanctions économiques ont été imposées à Cuba en 1960 par l’administration républicaine de Dwight D. Eisenhower, officiellement en raison du processus de nationalisations entrepris par le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro.

 

2.     En 1962, le gouvernement démocrate de John F. Kennedy a appliqué des sanctions économiques totales contre l’île.

 

3.     L’impact a été terrible. Les Etats-Unis ont en effet toujours constitué le marché naturel de Cuba. En 1959, 73% des exportations se faisaient vers le voisin du Nord et 70% des importations provenaient de ce territoire.

 

4.     Désormais, Cuba ne peut rien importer ou exporter aux Etats-Unis. Depuis 2000, suite aux pressions du lobby agricole étasunien qui cherchait de nouveaux marchés pour ses excédents, La Havane est autorisée à acheter certaines matières premières alimentaires, à des conditions draconiennes.

 

5.     La rhétorique diplomatique pour justifier le durcissement de cet état de siège économique a évoluée au fil des ans. Entre 1960 et 1990, les Etats-Unis ont d’abord évoqué le cas des expropriations de ses entreprises pour justifier leur politique hostile vis-à-vis de La Havane. Ensuite, Washington a évoqué tour à tour l’alliance avec l’Union soviétique, le soutien aux guérillas latino-américaines en lutte contre les dictatures militaires et l’intervention cubaine en Afrique pour aider les anciennes colonies portugaises à obtenir leur indépendance et à la défendre.

 

6.     En 1991, suite à l’effondrement du bloc soviétique, les Etats-Unis, au lieu de normaliser les relations avec Cuba, ont au contraire choisi d’accroitre les sanctions en invoquant la nécessité de rétablir la démocratie et le respect des droits de l’homme.

 

7.     En 1992, sous l’administration Bush Sr., le Congrès des Etats-Unis a adopté la loi Torricelli qui accroit les sanctions contre la population cubaine et leur donne un caractère extraterritorial, c’est-à-dire contraire à la législation internationale.

 

8.     Le droit international interdit à toute loi nationale d’être extraterritoriale, c’est-à-dire de s’appliquer au-delà des frontières du pays. Ainsi, la loi française ne peut pas s’appliquer en Allemagne. La législation brésilienne ne peut pas s’appliquer en Argentine. Néanmoins, la loi Torricelli s’applique pour tous les pays du monde.

 

9.     Ainsi, depuis 1992, toute embarcation étrangère – quelle que soit sa provenance – accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois.

 

10.  Les entreprises maritimes opérant dans la région privilégient le commerce avec les Etats-Unis, premier marché mondial. Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité, doit payer un prix bien supérieur à celui du marché pour convaincre les transporteurs internationaux de livrer de la marchandise sur l’île.

 

11.  La loi Torricelli prévoit également des sanctions pour les pays qui apportent une assistance à Cuba. Ainsi, si la France ou le Brésil octroient une aide de 100 millions de dollars à l’île, les États-Unis diminuent leur aide à ces nations à hauteur du même montant.

 

12.  En 1996, l’administration Clinton a adopté la loi Helms-Burton qui est à la fois extraterritoriale et rétroactive, c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la législation, ce qui est contraire au droit international.

 

13.  Le droit international interdit à toute législation d’avoir un caractère rétroactif. Par exemple, en France, depuis le 1er janvier 2008, il est interdit de fumer dans les restaurants. Néanmoins, un fumeur qui aurait consommé une cigarette le 31 décembre 2007 lors d’un repas ne peut être sanctionné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive.

 

14.  La loi Helms-Burton sanctionne toute entreprise étrangère qui s’installerait sur les propriétés nationalisées appartenant à des personnes qui, au moment de l’étatisation, disposaient de la nationalité cubaine, violant ainsi le droit international.

 

15. La loi Helms-Burton viole également le droit étasunien qui stipule que les poursuites judiciaires auprès de tribunaux ne sont possibles que si la personne lésée par un processus de nationalisations est citoyen étasunien lors de l’expropriation et que celle-ci s’est déroulée en violation au droit international public. Or, aucune de ces deux conditions n’est remplie.

 

16.  La loi Helms-Burton a pour effet de dissuader de nombreux investisseurs de s’installer à Cuba par crainte d’être poursuivis par la justice étasunienne et elle se révèle très efficace.

 

17.  En 2004, l’administration Bush Jr. a créé la Commission d’assistance à une Cuba libre, qui a imposé de nouvelles sanctions contre Cuba.

 

18.  Cette Commission a notamment fortement limité les voyages. Tous les habitants des Etats-Unis peuvent se rendre dans leur pays d’origine autant de fois qu’ils le souhaitent, sauf les Cubains. En effet, entre 2004 et 2009, les Cubains des Etats-Unis n’ont pu se rendre dans l’île que 14 jours tous les trois ans, dans le meilleur des cas, à condition d’obtenir une autorisation du Département du Trésor.

 

19.  Pour pouvoir voyager, il fallait démontrer qu’au moins un membre de la famille vivait toujours à Cuba. Néanmoins, l’administration Bush a redéfini le concept de la famille, qui s’est exclusivement appliqué aux Cubains. Ainsi, les cousins, neveux, oncles et autres parents proches ne faisaient plus partie de la famille. Seuls les grands-parents, parents, frères et sœurs, enfants et époux faisaient partie de l’entité familiale, selon la nouvelle définition. Par exemple, un Cubain résidant aux États-Unis ne pouvait pas rendre visite à sa tante à Cuba, ni envoyer une aide financière à son cousin.

 

20.  Les Cubains ayant pu remplir toutes les conditions pour se rendre dans leur pays d’origine, en plus de devoir limiter leur séjour à deux semaines, ne devaient pas dépenser plus de 50 dollars par jour sur place.

 

21.  Les citoyens ou résidants étasuniens peuvent envoyer une aide financière à leur famille restée au pays, sans limite de montant, sauf les Cubains qui ne pouvaient pas envoyer plus de 100 dollars par mois entre 2004 et 2009.

 

22.  Néanmoins, si un Cubain de Floride souhaitait envoyer de l’argent à sa mère – membre direct de la famille selon la nouvelle définition – qui vivait à La Havane, cela devenait impossible si celle-ci militait au sein du Parti communiste.

 

23.  En 2006, la Commission d’assistance à une Cuba libre a adopté un nouveau rapport accroissant les restrictions contre Cuba.

 

24.  Dans le but de limiter la coopération médicale cubaine avec le reste du Monde, les Etats-Unis interdisent toute exportation d’appareils médicaux à des pays tiers « destinés à être utilisés dans des programmes à grande échelle [pour] des patients étrangers », alors que la majeure partie de la technologie médicale mondiale est d’origine étasunienne.

 

25.  En raison de l’application extraterritoriale des sanctions économiques, un fabriquant d’automobiles japonais, allemand, coréen ou autre, qui souhaiterait commercialiser ses produits sur le marché étasunien, doit démontrer au Département du Trésor que ses voitures ne contiennent pas un gramme de nickel cubain.

 

26.  De la même manière, un pâtissier français qui désirerait investir le premier marché économique mondial doit prouver à cette même entité que sa production ne contient pas un gramme de sucre cubain.

 

27.  Ainsi, le caractère extraterritorial des sanctions limite fortement le commerce international de Cuba avec le reste du monde.

 

28.  Parfois, l’application de ces sanctions prend une tournure moins rationnelle. Ainsi, tout touriste étasunien qui consommerait un cigare cubain ou un verre de rhum Havana Club lors d’un voyage à l’étranger, en France, au Brésil ou au Japon, risque une amende d’un million de dollars et dix années de prison.

 

29.  Le Département du Trésor est clair à ce sujet : « On se demande souvent si les citoyens américains peuvent légalement acquérir des biens cubains, y compris du tabac ou des boissons alcoolisées, dans un pays tiers pour leur consommation personnelle en dehors des Etats-Unis. La réponse est non ».

ment pas manger un hamburger à Mc Donald’s.

 

31.  Les sanctions économiques ont un impact dramatique dans le domaine de la santé. En effet, près de 80% des brevets déposés dans le secteur médical sont du fait des multinationales pharmaceutiques étasuniennes et de leurs filiales, et Cuba ne peut pas y avoir accès. Le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies souligne que « les restrictions imposées par l’embargo ont contribué à priver Cuba d’un accès vital aux médicaments, aux nouvelles technologies médicales et scientifiques ».

 

32.  Le 3 février 2006, une délégation de seize fonctionnaires cubains, réunie avec un groupe de chefs d’entreprise étasuniens, a été expulsée de l’hôtel Sheraton María Isabel de la capitale mexicaine, en violation de la loi mexicaine qui interdit tout type de discrimination en raison de l’origine ou de la race.

 

33.  En 2006, l’entreprise japonaise Nikon a refusé de remettre le premier prix – un appareil photographique – à Raysel Sosa Rojas, un jeune garçon de 13 ans souffrant d’hémophilie héréditaire incurable qui avait remporté le XVe concours international de dessin d’enfant du Programme des Nations unies pour l’environnement. La multinationale nippone a expliqué que l’appareil numérique ne pouvait être remis au jeune Cubain car il contenait des composants étasuniens.

 

34.  En 2007, la banque autrichienne Bawag, rachetée par un fond étasunien, a fermé tous les comptes tenus par près d’une centaine de clients d’origine cubaine résidant dans la république alpine, appliquant ainsi de manière extraterritoriale la législation étasunienne dans un pays tiers.

 

35.  En 2007, la banque Barclays a ordonné à ses filiales de Londres de fermer les comptes de deux entreprises cubaines : Havana International Bank et Cubanacán, suite aux pressions exercées par le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (Office of Foreign Assets Control, OFAC) du Département du Trésor.

 

36.  En juillet 2007, la compagnie aérienne espagnole Hola Airlines, qui disposait d’un contrat avec le gouvernement cubain pour transporter les patients atteints de maladies oculaires dans le cadre de l’Opération Milagro, a dû mettre un terme à ses relations avec Cuba. En effet, lorsqu’elle a sollicité le fabricant étasunien Boeing pour effectuer des réparations sur un appareil, ce dernier a exigé comme condition préalable que Hola Airlines rompe ses relations avec l’île des Caraïbes, précisant que la directive émanait du gouvernement des États-Unis.

 

37.  Le 16 décembre 2009, le Crédit Suisse a reçu une amende de 536 millions de dollars de la part du Département du Trésor pour avoir effectué des transactions financières en dollars avec Cuba.

 

38.  En juin 2012, la Banque néerlandaise ING s’est vue infliger la plus importante sanction jamais dictée depuis le début de l’état de siège économique contre Cuba. Le Bureau de contrôle des biens étrangers (OFAC) du Département du Trésor a sanctionné l’institution financière d’une amende de 619 millions de dollars pour avoir effectué, entre autres, des transactions en dollars avec Cuba, à travers le système financier étasunien.

 

39.  Les touristes étasuniens peuvent se rendre en voyage en Chine, principal rival économique et politique des Etats-Unis, au Vietnam, pays contre lequel Washington a été plus de quinze ans en guerre, ou en Corée du Nord, qui possède l’arme nucléaire et qui menace d’en faire usage, mais pas à Cuba qui, dans son histoire, n’a jamais attaqué les Etats-Unis.

 

40.  Tout citoyen étasunien qui violerait cette interdiction risque une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison et 1 million de dollars d’amende.

 

41.  Suite aux sollicitations de Max Baucus, sénateur du Montana, le Département du Trésor a informé avoir réalisé, entre 1990 et 2004, quatre-vingt treize investigations en rapport avec le terrorisme international. Dans le même temps, il en a effectué 10 683 « pour empêcher les Nord-américains d’exercer leur droit de voyager à Cuba ».

 

42.  Dans un rapport, le Bureau de responsabilité gouvernementale des États-Unis (United States Government Accountability Office – GAO) note que les services douaniers(Customs and Border Protection – CBP) de Miami ont réalisé des inspections« secondaires » sur 20% des passagers en provenance de Cuba afin de vérifier que ces derniers n’importaient pas de cigares, de l’alcool ou des produits pharmaceutiques de l’île. En revanche, la moyenne a été de 3% seulement pour les autres voyageurs. Selon le GAO, cette focalisation sur Cuba « réduit l’aptitude des services douaniers à mener sa mission qui consiste à empêcher les terroristes, les criminels et les autres étrangers indésirables d’entrer dans le pays ».

 

43.  Les anciens présidents James Carter et William Clinton ont exprimé à plusieurs reprises leur opposition à la politique de Washington. « Je n’ai eu de cesse de demander à la fois publiquement et en privé la fin de notre blocus économique contre le peuple cubain, la levée toutes les restrictions financières, commerciales et de voyage », a déclaré Carter après son second voyage à Cuba en mars 2011. Pour Clinton, la politique de sanctions « absurde » s’est soldée par un « échec total ».

 

44.  La Chambre de commerce des États-Unis, représentant le monde des affaires et les plus importantes multinationales du pays, a également fait part de son opposition au maintien des sanctions économiques.

45.  Le New York Times a condamné « un anachronisme de la guerre froide ».

 

46.  Le Washington Post, pourtant d’obédience conservatrice, se montre le plus virulent à l’égard de la politique cubaine de Washington : « La politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba est un échec […]. Rien n’a changé, excepté le fait que notre embargo nous rend plus ridicule et impuissant que jamais ».

 

47.  L’opinion publique étasunienne est également majoritairement favorable à une normalisation des relations entre Washington et La Havane. Selon un sondage réalisé par CNN le 10 avril 2009, 64% des citoyens étasuniens s’opposent aux sanctions économiques contre Cuba.

 

48.  Selon l’entreprise Orbitz Worldwide, l’une des deux plus importantes agences de voyages sur Internet, 67% des habitants des États-Unis souhaitent se rendre en vacances à Cuba et 72% pensent que « le tourisme à Cuba aurait un impact positif sur la vie quotidienne du peuple cubain ».

 

49.  Plus de 70% des Cubains sont nés sous cet état de siège économique.

 

50.  En 2012, lors de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, 188 pays sur 192 ont condamné pour la 21ème fois consécutive les sanctions économiques imposées à Cuba.

 

Salim Lamrani  docteur es Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

 

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 08:04

Conversations avec Ernesto Villegas, Ministre du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information de la République Bolivarienne du Venezuela par Salim Lamrani Opera Mundi


http://operamundi.uol.com.br/conteudo/entrevistas/28164/chavez+devolveu+ao+povo+o+sentimento+de+orgulho+e+dignidade+nacional+diz+ministro+da+comunicacao.shtml    

 

  Journaliste de profession, Ernesto Villegas Poljak est le nouveau Ministre du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information de la République Bolivarienne du Venezuela depuis octobre 2012.

Dernier d’une famille communiste de huit enfants, né en 1970, Villegas a baigné dans la politique dès son plus jeune âge. Son père, Cruz Villegas, était un prestigieux syndicaliste, président de la Centrale Unitaire des Travailleurs du Venezuela (CUTV) et vice-président de la Fédération syndicale mondiale. Sa mère, Maja Poljak, originaire de l’ancienne Yougoslavie, était une journaliste et militante sociale réputée.


Villegas a travaillé pour la presse écrite, la radio et la télévision. Il a, entre autres, dirigé Ciudad Caracas, le journal de la mairie de la capitale, et a été présentateur de plusieurs programmes au sein de la chaîne publique Venezolana de Televisión. Reconnu et salué par ses pairs, il a obtenu plusieurs prix, dont le Prix national du journalisme à trois reprises (2002, 2006 et 2010).

 

Villegas est également écrivain et son dernier livre d’investigation Abril, golpe adentro portant sur le coup d’Etat de 2002 contre le Président Hugo Chávez a été unanimement salué par la critique.


Comme tout bon journaliste, Villegas maîtrise l’art de la communication. Le ton est sobre et plein d’assurance. Dans ces conversations, le ministre décrit l’état de la société vénézuélienne suite à la disparition d’Hugo Chávez et l’héritage laissé par le leader de la Révolution bolivarienne. Il aborde également les perspectives électorales du 14 avril 2013, évoque l’attitude de l’opposition, la relation spéciale avec Cuba ainsi que les tensions avec les Etats-Unis.

 

 

            Salim Lamrani : Monsieur le Ministre, dans quel état d’esprit se trouve le peuple vénézuélien suite à la disparition du Président Hugo Chávez ?

 

            Ernesto Villegas : Nous sommes tous envahis par une profonde tristesse et nous essayons d’assimiler une réalité difficile à accepter. Un long processus de deuil parcoure le Venezuela. Nos compatriotes, y compris certains adversaires du Président, n’arrivent toujours pas à croire qu’il ne se trouve plus physiquement parmi nous. Tout le monde est en quelque sorte dans une espèce d’attente d’un éventuel retour, d’une allocation publique de Chávez, d’un prochain programme d’Aló, Presidente. Nous nous sommes tellement habitués à sa présence tout au long de ces quatorze dernières années, où il a exercé le pouvoir politique, sans parler de sa présence dans la vie nationale depuis 1992, qu’il nous est difficile de nous résigner à son départ.

 

Il s’agit d’un des personnages les plus marquants de l’histoire vénézuélienne. Il a laissé une empreinte indélébile dans la vie politique de notre patrie et c’est la raison pour laquelle, malgré sa disparition physique, le Président Hugo Chávez sera toujours présent à l’avenir et nous accompagnera dans l’édification d’une société que nous voulons meilleure et plus juste. Chávez se trouve partout car il nous a indiqué la voie à suivre pour atteindre l’indépendance pleine et définitive de notre nation. Le projet émancipateur et souverain lancé par Hugo Chávez est en processus de construction et nous le mènerons à son terme partout au Venezuela. L’œuvre de Chávez est palpable non seulement dans la réalité matérielle, dans sa gestion gouvernementale, mais également dans le domaine subjectif de l’espoir. Chávez a semé une graine d’espoir chez le peuple et celle-ci est en train de germer. 

 

SL : Le monde entier a été fortement surpris par les immenses manifestations de deuil et de tristesses populaires. Comment s’explique cette ferveur nationale à l’égard d’un président ? 


EV : Nous avons perdu un membre de notre famille et pas n’importe lequel. Nous avons perdu notre père, notre père politique et historique, le père de cette Révolution, le père de nos luttes, mais également notre père d’un point de vue symbolique. Chávez était un membre de la famille vénézuélienne, sans doute le plus important, qui a ouvert les yeux à la communauté nationale. On s’est fâché pour lui, on a pleuré pour lui, on a ri pour lui. Grâce à lui, l’espoir a pu renaître chez nous. Des adultes ont pu être alphabétisés, s’éduquer et disposer enfin d’un statut digne de citoyen actif dans notre société. De nombreux foyers vénézuéliens ont eu pour la première fois de leur vie accès à la lecture, aux livres, à la culture. Grâce à Chávez, nous avons redécouvert notre identité nationale, notre authenticité vénézuélienne, notre Libérateur Simón Bolívar et notre histoire bolivarienne. Nous avons redécouvert le concept de patrie et avons pu mieux comprendre les défis de notre temps. En un mot, Chávez nous a permis de retrouver notre rêve commun.

 

SL : Le peuple vénézuélien a donc perdu celui qui avait donné la voix aux pauvres. 

 

EV : C’est pour cela que la douleur a été tellement forte. Nous avons appris sa disparition le 5 mars 2013 et dès le lendemain, le peuple a envahi les rues pour rendre hommage au Président, l’accompagner de l’Hôpital militaire jusqu’à l’Académie militaire et exprimer sa tristesse.

 

Un nouveau 27 février s’est produit suite à la disparition de Chávez, un nouveau Caracazo, comme celui de 1989 quand le peuple s’est soulevé contre la misère et les mesures d’austérité, a eu lieu. A une différence, néanmoins : cette fois-ci, le peuple avait un objectif précis : accompagner le Commandant Chávez à l’Académie militaire. Si le 27 février 1989 était un Caracazo social, le 6 mars 2013 était un 27 février politique.

 

SL : Les manifestations étaient impressionnantes. 

 

EV : On lui a rendu hommage de façon massive. Il y a eu des familles entières qui ont passé des heures et des jours à faire la queue pour se recueillir auprès de la dépouille du Président Chávez. Une fois le rite accompli, le peuple est rentré chez lui. Dans les rues, il y avait des centaines de milliers de Vénézuéliens, et ils constituent une force politique, sociale et physique extraordinaire. C’était un volcan humain, une marée humaine d’une puissance inouïe. Dans un autre contexte, la vigueur de cette foule aurait toute dévasté sur son passage. Mais dans ce cas précis, la marche a été pacifique grâce à Hugo Chávez car il a laissé des instructions au peuple.  

 

SL : Vous faites allusion à sa dernière allocution télévisée du 8 décembre 2012. 

 

EV : Effectivement. Il avait expliqué quelle était la marche à suivre au cas où il ne survivrait pas à sa maladie, à cette embuscade que lui a tendue le destin. S’il n’avait pas envoyé ce message au peuple, qui sait ce qui ce serait passé au Venezuela. La puissance de cette masse humaine est capable de détruire n’importe quoi. Le peuple aurait pu s’en prendre aux médias privés qui n’ont eu de cesse de dénigrer et vilipender le Président Hugo Chávez durant ses quatorze années de mandat, l’attaquant directement et attaquant la volonté nationale. Pourtant, il n’en a rien été car le peuple a entendu le message pacifique de Chávez en faveur de l’ordre et de l’union. Chávez avait pris les dispositions nécessaires pour éviter cela. Cette force est là, latente, avec Hugo Chávez comme leader spirituel, plus vivant que jamais malgré sa disparition physique, car les idées ne meurent jamais.

 

SL : Chávez a toujours préféré la communication directe avec le peuple.  

 

EV : Chávez avait un tel enthousiasme qu’il multipliait les idées, alors que ses conseillers en communication lui recommandaient de ne pas s’exposer autant. Nous en parlions dès 1999 et nous pensions qu’il prenait trop de risques car les forces conservatrices opposées au processus bolivarien étaient très puissantes. Lui, au contraire, était d’avis qu’il fallait exposer l’intégralité du projet émancipateur au peuple. A l’époque, il ne pouvait pas savoir qu’il serait atteint par cette terrible maladie. Avec le recul rétrospectif, nous nous rendons compte qu’il avait vu juste, et qu’il fallait tout dévoiler à la nation.

Il nous a laissé des milliers d’heures de communication directe avec les Vénézuéliens et un lien affectif indélébile avec le peuple, qui font partie de l’héritage du Venezuela d’aujourd’hui.  

 

SL : La figure d’Hugo Chávez, militaire de formation, est apparue sur la scène politique nationale le 4 février 1992, suite au soulèvement armé contre le Président Carlos Andrés Pérez, dans un contexte mondial marqué par la déroute des idées progressistes et l’hégémonie du Consensus de Washington.  

 

EV : Suite à l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, les gauches du monde entier se trouvaient en pleine débandade. Grâce à Chávez, de nombreux militants de gauche ont retrouvé la voie du socialisme. Chávez a également synthétisé nos racines religieuses, en se proclamant ouvertement chrétien. Il a ainsi pu emporter l’adhésion et la ferveur des croyants et les a unis non seulement aux militants orthodoxes du marxisme-léninisme, mais également aux militaires qui, en d’autres temps et sous un autre leadership, auraient refusé de s’allier à des catégories contre lesquelles ils ont été en guerre. Chávez a été l’élément fédérateur. Il a réussi à unir des forces politiques, religieuses et idéologiques hétérogènes. Pour ces raisons, un conglomérat gigantesque de personnes distinctes, provenant d’horizons différents, s’est identifié à Chávez. 

 

SL : Mais sa base est surtout populaire. 

 

EV : A l’évidence, le soutien majoritaire à Chávez provient des secteurs populaires qui ont été historiquement marginalisés, écartés et rendus invisibles. Ces catégories, pourtant majoritaires, étaient maltraitées, méprisées, discriminées, exclues de la société. Elles ont trouvé en Chávez un référent, un représentant et défenseur de leurs aspirations, un espoir qui les a rendues visibles.

 

Chávez a établi un lien spécial avec le peuple. Il vient lui-même du peuple et s’est insurgé en 1992, trois ans après le soulèvement du peuple de 1989. Il y a eu un dialogue entre la rue et la caserne et Chávez était l’interlocuteur de la caserne et il a fini par se fusionner avec la rue. Il est ainsi devenu le leader de la caserne et de la rue, des militaires progressistes bolivariens et du peuple. 

 

SL : Quel héritage laisse-t-il au peuple vénézuélien et au monde ? 

 

EV : Chávez a placé l’humain au centre de notre projet bolivarien, en particulier les catégories les plus défavorisées. Il a redonné au peuple un sentiment de fierté et de dignité nationale. Il a uni en un même corps le peuple et les forces armées.

Chávez a complètement changé les rapports internationaux et a tissé des liens solides avec de nombreux pays du monde. Lors des obsèques du Président, 33 chefs d’Etat et 57 délégations étaient présents. Chávez a tissé des liens non seulement commerciaux avec ces nations, mais également a uni les peuples et a même établi des relations très personnelles avec les dirigeants de ces pays. Chávez a mis en place un nouveau paradigme dans les relations internationales. Au Venezuela, nous étions habitués à la technocratie diplomatique qui supposait que les Affaires étrangères étaient chargées des relations avec le reste du monde, alors qu’elles ne sont que des extensions du pouvoir présidentiel. Chávez, au contraire, a développé des liens très personnels avec les chefs d’Etat, ce qui lui a permis d’avoir d’excellents rapports avec des dirigeants aussi bien de droite que de gauche. Il a fait en sorte que les différences idéologiques ne constituent pas un obstacle aux relations, comme c’est le cas pour la Colombie ou le Chili qui ont choisi des orientations politiques différentes des nôtres. Chávez a également eu des rapports très chaleureux avec des gouvernants européens qui ne partageaient pas forcément sa vision du monde. 

 

SL : Le Venezuela se trouve en plein campagne électorale puisque qu’un nouveau scrutin présidentiel est prévu le 14 avril 2013, où s’affronteront l’actuel Président chargé de la République Nicolás Maduro et le principal candidat de l’opposition Henrique Capriles. 


EV : Ce nouveau processus électoral, non prévu, intervient suite au décès du Président Chávez, conformément à ce que prévoit notre Constitution. Plusieurs sentiments se mélangent : le deuil, la tristesse et les larmes dus au départ soudain de notre Président et l’enthousiasme, l’énergie et la joie propres à toute campagne électorale.

Le Venezuela se trouve donc en plein débat d’idées, avec confrontation de modèles et comparaison de projet de société, dans un contexte marqué par ces circonstances tragiques. C’est donc un croisement de sentiments assez curieux, dicté par cette imprévisible réalité.

 

Chávez était un personnage qui respirait et transmettait la joie de vivre. Il était à l’image de son peuple. La joie fait partie de l’idiosyncrasie vénézuélienne et je vous invite à prendre part à n’importe quelle manifestation bolivarienne de soutien à la candidature de Nicolás Maduro pour percevoir ce phénomène. Le peuple est persuadé que Chávez, à travers l’élection de Nicolás Maduro, sera toujours parmi nous, même s’il nous manquera toujours sa présence physique. Il sera toujours vivant dans l’espoir du peuple vénézuélien et dans ses luttes pour un monde meilleur. 

 

SL : Toutes les forces bolivariennes sont-elles unies autour de Nicolás Maduro ? 

 

EV : Nous n’avons aucun doute concernant le successeur d’Hugo Chávez car nous respecterons scrupuleusement sa volonté. La Révolution bolivarienne suivra son cours et poursuivra la direction tracée par le Président Chávez. Sans le message de Chávez du 8 décembre 2012, le 6 mars aurait peut-être été un 27 février social et politique. Nous ne pouvons que rendre hommage à sa capacité d’anticiper les événements et sa vision du futur. Certains ont tenté de le dissuader de prononcer ce message lors de sa dernière allocution au cours de laquelle il avait demandé au peuple bolivarien d’élire Nicolás Maduro comme son successeur s’il venait à disparaitre.  

 

SL : Quelle a été la réponse de Chávez ? 

 

EV : Il a catégoriquement refusé de revenir sur sa décision. « Je dois la vérité à mon peuple », avait-il dit. Il se trouvait à Cuba et est rentré uniquement pour effectuer cette allocution télévisée et prévenir le peuple que le cancer avait de nouveau fait son apparition et qu’il devait livrer une nouvelle bataille. Il avait repoussé l’intervention chirurgicale, au risque d’aggraver sa santé personnelle, pour revenir au Venezuela et s’exprimer devant le peuple. Nous ne pouvons que le remercier pour cela. Il savait qu’il devait guider une fois de plus nos compatriotes. 

 

SL : Comment voyez-vous ce processus électoral ? 

 

EV : Il s’agit d’une nouvelle élection que Chávez remportera à travers de Nicolás Maduro, car il en est le stratège fondamental. Tel le Cid, il obtiendra une nouvelle victoire. Il en est le Commandant et pas seulement d’un point de vue métaphysique. En effet, avant le triste dénouement du 5 mars 2013, Chávez avait déjà tracé le chemin.

Il aurait très bien pu se rendre à Cuba pour son opération sans rien dire. Personne ne lui avait rien demandé. Mais il avait voulu effectuer cette démarche et faire cette annonce. Ce faisant, il a tracé le chemin électoral pour la Révolution en demandant au peuple de suivre Nicolás Maduro et l’élire en tant que nouveau président. La volonté de Chávez se traduit dans le vote du peuple qui a massivement manifesté sa douleur et sa tristesse dans les rues ces derniers temps. Les Vénézuéliens voteront avec joie, enthousiasme et espoir pour Nicolás Maduro le 14 avril 2013. Je n’ai absolument aucun doute à ce sujet. La Révolution remportera une nouvelle fois un triomphe retentissant. 

 

SL : Que pensez-vous de l’opposition dirigée par Henrique Capriles ? 

 

EV : L’opposition est une fédération d’ambitions et d’intérêts hétérogènes, unie seulement par la haine de Chávez et du peuple bolivarien. Elle est incapable de comprendre que nous vivons une époque différente et qu’il n’y aura pas de retour aux temps passés. Elle est issue des vieux partis politiques, des élites économiques et de l’oligarchie et n’admet pas avoir perdu le pouvoir politique qu’elle considérait comme étant sa propriété exclusive.

L’opposition est également marquée un facteur racial et raciste. Elle n’admet toujours pas qu’un noir pauvre se trouve au centre du pouvoir. La haine de Chávez résume toutes les misères morales de la condition humaine : le racisme et la haine de classe, la haine des pauvres.

 

SL : Le gouvernement accuse l’opposition d’être sous l’influence de Washington. Sur quoi vous basez-vous ? 

 

EV : L’opposition est inféodée à Washington et en suit les directives. Cela est aisé à démontrer. Mme Roberta Jacobson du Département d’Etat, dans une interview au quotidien espagnol El País, a remis en cause le système électoral vénézuélien, alors que toutes les institutions internationales en saluent la transparence. Absolument toutes, sauf le Département d’Etat des Etats-Unis. Immédiatement, les médias privés antichavistes et l’opposition se sont mis à questionner notre système électoral, qu’ils ont toujours considéré comme légitime en participant aux élections régionales de décembre 2012 et en acceptant les résultats des scrutins. Ce même système leur a permis de gagner les élections dans certains Etats, même si la marge était infime, comme c’était le cas de l’Etat du Miranda actuellement dirigé par le candidat de l’opposition Henrique Capriles. Les scrutins ont été respectés partout, y compris lorsque l’opposition été majoritaire. 

 

SL : L’opposition accuse le Conseil National Electoral de partialité. 

 

EV : Ce même Conseil national électoral que l’opposition vilipende tant, que Capriles accuse de tous les maux est celui qui a déclaré vainqueur le candidat de l’opposition dans l’Etat du Miranda, c’est-à-dire Capriles.

En réalité, l’opposition suit scrupuleusement les directives de Mme Jacobson et c’est ce qui explique les campagnes actuelles de discrédit à l’encontre du Conseil national électoral. L’opposition songe même à retirer son candidat pour discréditer le processus électoral. Certains bruits courent à ce sujet. Capriles a reçu des instructions en ce sens. Nous espérons qu’il maintiendra sa candidature et qu’il respectera les règles démocratiques 

 

SL : Capriles a donc songé à retirer sa candidature ? 

 

EV : Selon les informations dont nous disposons, cette hypothèse a été méthodiquement étudiée. Capriles sait qu’il va perdre les élections du 14 avril 2013. Bien sûr, les politiques ont des projets à court, moyen et long terme et Capriles voudra sûrement être le référent de l’opposition dans la vie politique vénézuélienne, mais il a parfaitement conscience qu’il n’a aucune possibilité de remporter la victoire lors du prochain scrutin. Ses partisans en sont également persuadés. 

SL : Selon vous, Nicolás Maduro remportera donc l’élection du 14 avril 2013. 

 

EV : Cela ne fait aucun doute. Il est même possible que l’on atteigne les dix millions de voix, en guise d’hommage à notre Commandant disparu. On a souvent minimisé, méprisé et caricaturé la capacité de convocation de Chávez et la réalité a montré à ces secteurs qu’ils avaient tort. On attribuait cela à des mécanismes clientélistes, à l’achat de conscience ou à l’exercice de coercition sur l’appareil bureaucratique de l’Etat. Les manifestations du 6 mars 2013, par leur spontanéité et leur caractère massif, ont montré qu’il n’en était rien.  

 

SL : Les médias privés du Venezuela et les médias occidentaux se sont montrés très virulents contre Hugo Chávez. 

 

EV : Beaucoup ont découvert la supercherie du discours des médias privés et de l’opposition. Beaucoup ont enfin compris que Chávez était un leader aimé de l’immense majorité du peuple, car c’était le meilleur ami des pauvres. Le peuple a salué son action et son héritage. Vous verrez que l’histoire rendra justice à Hugo Chávez et le considèrera comme l’un des plus grands leaders de notre temps et d’Amérique latine.

Je crois qu’aucun autre dirigeant politique n’a été aussi maltraité et vilipendé que Chávez. Nous verrons jusqu’où iront-ils dans leur volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne et le triomphe de Nicolás Maduro. Ils pensent pouvoir profiter de l’absence physique de Chávez et sont persuadés que le gouvernement bolivarien de Maduro ne sera pas capable de faire face à l’actuelle situation. Ils vont être déçus car la Révolution bénéficie d’un soutien populaire extraordinaire, d’un appui militaire sans failles, d’un gouvernement solidaire, d’institutions solides et d’un programme – le Plan de la Patrie – qui trace les grandes lignes pour le mandat à venir, et condense les propositions du Commandant Chávez. Je ne doute pas un seul instant de notre force, malgré les menaces, car Chávez a laissé un héritage d’une extraordinaire valeur. 

 

SL : Pourquoi l’opposition vénézuélienne a toujours refusé d’accepter la légitimité d’Hugo Chávez ?


EV : L’opposition éprouve une profonde haine pour la démocratie véritable, malgré ses discours liturgiques à ce sujet. Elle est particulièrement attachée aux rites, mais ça se limite à cela, une démocratie ritualiste. Au lieu d’affronter le suffrage populaire, elle préfère triturer un article de la Constitution et essayer de subordonner la volonté du peuple majoritaire à son interprétation particulière et surtout, fausse – comme cela a été reconnu par le Tribunal suprême –, suite à l’élection de Chávez en octobre 2012 et sa prise de possession différée en raison de son état de santé. Il en a été de même lors de la prise de possession du Président Nicolás Maduro.

 

L’opposition pense que tout doit changer suite à la disparition physique du Commandant Chávez, oubliant la continuité constitutionnelle et les principes élémentaires de démocratie qui exigent que l’on respecte la souveraineté du peuple. L’opposition qui a eu un comportement antidémocratique manifeste depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez prétend nous donner des leçons sur la démocratie et questionne la légitimité du pouvoir actuel. C’est la même opposition qui a organisé le coup d’Etat d’avril 2002 et qui a imposé une junte putschiste dont le « Président » [Pedro Carmona Estanga] a prêté serment non pas sur la Constitution mais sur une feuille blanche, car il rejetait notre nouvelle Constitution, et qui a dissous tout les pouvoirs publics. Cette opposition qui a réprimé le peuple suite au coup d’Etat du 11 avril 2002 prétend dicter des conférences sur le concept de la démocratie. 

 

SL : Au niveau international, Chávez avait un rôle important, notamment en Amérique latine. 

 

EV : Chávez a été un grand dirigeant politique. Le Venezuela joue désormais un rôle important au niveau international et cela fait partie de l’héritage de notre Commandant que nous essayons de développer et d’approfondir. Nous n’avons aucun doute qu’avec le leadership de Nicolás Maduro et le reste de l’équipe de direction de la Révolution bolivarienne, nous poursuivrons ce même chemin et nous renforcerons cet héritage. 

 

SL : La Révolution bolivarienne a tissé des liens très particuliers avec la Révolution cubaine et les rapports entre Hugo Chávez et Fidel Castro dépassaient le cadre des relations entre deux chefs d’Etat. Comment s’explique l’alliance entre le Venezuela et Cuba ? 


EV : Il faut rappeler qu’Hugo Chávez est d’abord et avant tout un révolutionnaire et Cuba est une référence importante pour tous les révolutionnaires de notre continent, indépendamment des nuances et des particularités de chaque nation. Cuba est tout un symbole.

Il est indéniable qu’il avait profondément été marqué par sa célèbre visite à La Havane en 1994 et par l’accueil généreux que lui avait offert Fidel Castro en le recevant à l’aéroport, au pied de l’avion. Chávez avait découvert une Révolution pleine d’amour et d’affection.

Une fois arrivé au pouvoir en 1999, Chávez a fait de Cuba son principal allié avec la signature d’accords stratégiques dès l’année 2000. Ces accords ont constitué le cadre pour le progrès de tout le continent latino-américain. L’entente personnelle entre Chávez et Fidel dépasse le cadre politique. Elle est devenue familiale. 

 

SL : Chávez n’hésitait pas à qualifier Fidel Castro de père spirituel. 


EV : Effectivement, et cette relation a été très complémentaire car elle nous a permis de prendre ce qu’il y avait de mieux dans la Révolution cubaine, une Révolution surgie au milieu du XXe siècle et de l’intégrer à la première Révolution du XXIe. Le lien entre Chávez et Fidel symbolise également le lien entre une Révolution adulte et une Révolution naissante, qui est en fin de compte une combinaison vertueuse.

Il s’agit d’une relation père/fils, où le père non seulement conseille le fils, mais apprend également de lui et le voit construire son projet de société dans des circonstances différentes, face à une adversité particulière, comme le fait d’avoir notre Miami [fief de l’opposition cubaine] au sein même de notre pays. Les deux pays se sont enrichis mutuellement car les deux Révolutions ont leurs propres particularités et spécificités. 

 

SL : L’amitié entre Hugo Chávez et Fidel Castro a également permis de rapprocher les deux peuples. 

 

EV : D’un point de vue humain, les relations entre nos deux peuples sont extraordinaires. Nous avons pu bénéficier de la solidarité des médecins et des entraineurs cubains qui se trouvent au Venezuela. De nombreux patients vénézuéliens sont partis se faire soigner à Cuba. Nous disposons d’échanges dans tous les domaines possibles et imaginables, que ce soit la santé, l’éducation, la défense, la culture, la diplomatie, etc.

 

SL : Peut-on parler de fusion entre les deux peuples ? 

 

EV : D’un point de vue affectif, oui. Après, il est vrai que chaque pays dispose de ses propres caractéristiques, de sa propre histoire. Nos institutions sont malgré tout différentes et les conditions de développement de notre projet bolivarien le sont également. Personne ne copie le modèle de l’autre, car il est tout simplement impossible de calquer un modèle dans un pays différent.

 

Néanmoins, je le répète, la rencontre entre nos deux peuples a été extraordinaire. Le capital humain cubain est impressionnant et les médecins cubains nous ont réellement été d’une grande solidarité. Cela est vraiment admirable. L’expérience de Fidel Castro et de Raúl Castro, du tout le leadership cubain, du peuple cubain et ses décennies de résistance et de lutte, a permis à la Révolution bolivarienne de se développer. Nous ne pouvons qu’être admiratifs du peuple cubain. Cette relation spéciale a permis de renforcer les liens entre nos deux peuples qui partagent de nombreuses aspirations communes, les mêmes goûts musicaux, culinaires et sportifs. Malgré nos destins historiques différents, nos peuples se ressemblent beaucoup et Chávez et Fidel nous ont permis de nous rencontrer. 

 

SL : Le Venezuela a été d’un grand secours pour Cuba, qui est confrontée à de sérieuses difficultés économiques. Fidel Castro a qualifié Hugo Chávez du « meilleur ami du peuple cubain ». 

 

EV : Chávez a toujours été généreux avec les peuples. Il a fait face à toutes les pressions possibles de secteurs qui souhaitaient qu’il mercantilise la relation avec Cuba. Mais Chávez est avant tout bolivarien, par conséquent latino-américain. L’opposition, qui se réclame désormais de Bolívar, oublie que notre Libérateur n’a jamais demandé un centime à personne pour contribuer à l’émancipation des peuples. Ces bolivariens de circonstance oublient que Bolívar a reçu des armes de Pétion sans payer un centime. 

 

SL : L’opposition accuse justement le gouvernement d’offrir du pétrole à Cuba. 

 

EV : L’opposition souhaite que l’on mette un terme aux conditions de commerce favorables que nous avons mis en place pour nos frères cubains et latino-américains. Nous n’offrons notre pétrole à personne. Nous le vendons au prix du marché avec des facilités de paiement. C’est quelque chose de normal et de naturel dans les relations internationales, surtout entre des peuples frères. Chávez a été un personnage extraordinaire qui a rompu ce paradigme mercantile et l’a remplacé par un paradigme de la solidarité 

SL : Cette relation se maintiendra-t-elle avec la disparition de Chávez ? 


EV : Non seulement, nos relations se maintiendront mais elles s’approfondiront davantage. Nos liens avec nos frères cubains n’ont jamais été aussi forts et ils se renforceront encore plus dans le futur.

La droite raciste et xénophobe du Venezuela, qui vilipende tant les Cubains, en sera pour ses frais. Rendez-vous compte du comportement mesquin de l’opposition qui place le thème de Cuba dans l’agenda électoral, sans se rendre compte que c’est une manigance vouée à l’échec et dont la portée se limite aux secteurs anticommunistes de la société, qui sont une minorité. L’opposition dispose de nombreuses tribunes médiatiques mais son influence auprès du peuple est très limitée. 

SL : Une dernière question, Monsieur le Ministre : le Venezuela est-il prêt à normaliser les relations avec les Etats-Unis. 

EV : Le Venezuela a exprimé sa volonté d’améliorer ses relations avec les Etats-Unis. Néanmoins, il y a eu des déclarations et des actions de la part de Washington qui rendent impossible cette normalisation. Il y a eu les déclarations malheureuses de Mme Roberta Jacobson et des actions hostiles de la part d’attachés militaires étasuniens à Caracas qui ont contacté des militaires vénézuéliens pour les inviter à discuter de la situation du pays afin de les influencer, ce qui constitue une grave ingérence dans les affaires internes de notre nation.

Le gouvernement vénézuélien s’est vu obligé de rompre les canaux de communication avec les Etats-Unis suite à ces actions hostiles. Il semble que les faucons du Département d’Etat imposent l’agenda aux colombes en termes de politique étrangère, même si je crois que l’ingérence et l’interventionnisme sont inhérents aux politiques de Washington.

Le Venezuela aura des relations normales et apaisées avec tous les pays qui respecteront notre souveraineté, comme nous respectons celle des autres nations. C’est une condition sine qua non. Les principes ne se négocient pas et comme dirait l’illustre Augusto César Sandino, « la souveraineté ne se négocie pas et se défend les armes à la main ». 

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.


Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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