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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 16:54
Pourquoi des alternatives à la politique belliciste des néoconservateurs américains et de l’OTAN sont une obligation pour la survie de l’humanité
par Paul Craig Roberts*

L’écroulement de l’Union soviétique en 1991 a donné naissance à une idéologie américaine dangereuse appelée néoconservatisme. L’Union soviétique servait jusque là de limite à l’action unilatérale américaine mais lorsque cet obstacle à l’action de Washington a été aboli, les néoconservateurs ont pu inscrire à leur ordre du jour l’hégémonie mondiale américaine.
L’Amérique était devenue la «superpuissance unique», l’«uni-power», qui pouvait désormais agir sans aucune contrainte n’importe où dans le monde.


Le journaliste néoconservateur du «Washington Post» Charles Krauthammer a ainsi résumé «la nouvelle réalité»:


«Nous avons un pouvoir mondial écrasant. Nous sommes les gardiens historiquement désignés du système international. Quand l’Union soviétique est tombée, quelque chose de nouveau est né, quelque chose de tout à fait nouveau – un monde unipolaire dominé par une seule superpuissance incontrôlée sans aucun rival et qui jouit d’une portée déterminante dans n’importe quel endroit du monde. C’est un développement écrasant et totalement nouveau dans l’histoire, qu’on n’a plus vu depuis la chute de l’empire romain. Et même l’empire romain n’était pas comparable à ce qu’est l’Amérique d’aujourd’hui.»


L’effarant pouvoir unipolaire que l’histoire a donné à Washington doit être protégé à tout prix. En 1992, le Sous-secrétaire Paul Wolfowitz, haut responsable du Pentagone, a mis au point la Doctrine Wolfowitz, devenue depuis la base de la politique étrangère de Washington.


La Doctrine Wolfowitz déclare que «le premier objectif» de la politique étrangère et militaire américaine doit être d’«empêcher la renaissance d’un nouveau rival, sur le territoire de l’ancienne Union soviétique ou ailleurs, qui constitue une menace (à l’action unilatérale américaine) de l’ordre autrefois instauré par l’Union soviétique. Ceci est une considération dominante qui sous-tend la nouvelle stratégie de défense régionale et exige que nous nous efforcions d’empêcher toute puissance hostile d’étendre sa domination sur une région dont les ressources, placées sous tutelle, suffiraient à générer un pouvoir étendu au monde entier. («Une puissance hostile» étant dans ce contexte un pays suffisamment fort pour avoir une politique étrangère indépendante de Washington.)


L’affirmation unilatérale du pouvoir américain commence vraiment sérieusement pendant le mandat de Clinton avec les interventions en Yougoslavie, en Serbie, au Kosovo et par la zone d’exclusion aérienne imposée à l’Irak. En 1997, les néoconservateurs ont rédigé leur «Projet pour un nouveau siècle américain». En 1998, trois ans avant le 11-Septembre, les néoconservateurs ont envoyé une lettre au président Clinton demandant un changement de régime en Irak et «le renversement de Saddam Hussein». Les néoconservateurs exposent leur programme de renversement de sept gouvernements en cinq ans.


Les événements du 11 septembre 2001 sont considérés par les gens bien informés comme «le nouveau Pearl Harbour» dont les néoconservateurs avaient besoin pour commencer leurs guerres de conquête dans le Moyen-Orient. Paul O’Neil, le premier Ministre de l’Economie et des Finances du président George W. Bush, a déclaré publiquement que l’ordre du jour du président lors de la première réunion de Bush avec son cabinet était l’invasion de l’Irak. Cette invasion a été planifiée avant le 11-Septembre. Depuis, Washington a détruit entièrement ou partiellement huit pays et affronte maintenant la Russie tant en Syrie qu’en Ukraine.


La Russie ne peut permettre l’établissement d’un Califat djihadiste dans une zone comprenant la Syrie et l’Irak, car ce serait une base d’exportation de la déstabilisation dans les Républiques musulmanes de la Fédération de Russie. Henry Kissinger lui-même a confirmé ce point, suffisamment évident pour toute personne dotée d’un cerveau. Cependant, les néoconservateurs, fanatiques ivres de pouvoir, qui ont contrôlé les régimes de Clinton, Bush et Obama, sont si absorbés dans leur propre orgueil et arrogance qu’ils sont prêts à pousser la Russie à bout, au point d’inciter leur marionnette turque à abattre un avion russe et à renverser le gouvernement démocratiquement élu en Ukraine, alors en bons termes avec la Russie, en le remplaçant par un gouvernement fantoche américain.


Dans ce contexte, nous pouvons comprendre que la situation dangereuse auquel le monde est confronté est le produit de la politique arrogante d’hégémonie mondiale des néoconservateurs américains. Les erreurs de jugement et les dangers dans les conflits syrien et ukrainien sont les conséquences de l’idéologie néoconservatrice.


Afin de perpétuer l’hégémonie américaine, les néoconservateurs ont rejeté les garanties que Washington avait données à Gorbatchev que l’OTAN ne se déplacerait pas vers l’Est d’un centimètre. Les néoconservateurs ont poussé au retrait des Etats-Unis du traité ABM, lequel spécifiait que ni les Etats-Unis ni la Russie ne développeraient ni ne déploieraient de missiles antibalistiques. Les néoconservateurs ont réécrit la doctrine de guerre américaine et transformé le rôle des armes nucléaires, les faisant passer de force de représailles à celui de force de frappe préventive de premier plan. Les néoconservateurs ont commencé à installer des bases ABM aux frontières russes, tout en prétendant que ces bases avaient pour but de protéger l’Europe des attaques de missiles nucléaires balistiques intercontinentaux iraniens inexistants.


La Russie et son président, Vladimir Poutine, ont été diabolisés par les néoconservateurs et leurs marionnettes au sein du gouvernement des Etats-Unis et des médias. Par exemple, Hillary Clinton, candidate à l’investiture présidentielle démocrate, a déclaré que Poutine était un «nouveau Hitler». Un ancien officiel de C.I.A. a appelé à l’assassinat de Poutine. Les candidats au poste présidentiel dans les deux partis rivalisent d’agressivité envers la Russie et d’insultes à l’encontre du président russe.
Cela a eu pour effet de détruire la confiance existant entre les puissances nucléaires. Le gouvernement russe a appris que Washington ne respecte pas ses propres lois et encore moins le droit international et qu’on ne peut lui faire confiance dans le respect des accords. Ce manque de confiance, joint à l’agression envers la Russie déversée par Washington ainsi que par les médias prostitués, répercuté par la stupidité des capitales européennes, a posé les fondements d’un conflit nucléaire. Comme l’OTAN (essentiellement les Etats-Unis) n’a aucune perspective de victoire sur la Russie dans une guerre conventionnelle, et encore moins de de mise en déroute de l’alliance entre la Russie et la Chine, ce conflit sera nucléaire.


Afin d’éviter la guerre, Poutine demeure non-provocateur et discret dans ses réponses aux provocations occidentales. Le comportement responsable de Poutine, cependant, est interprété à tort par les néoconservateurs comme un signe de faiblesse et de crainte. Les néoconservateurs ont incité le président Obama à mettre la pression sur la Russie pour qu’elle cède. Cependant, Poutine a précisé que la Russie ne cédera pas. Poutine a envoyé ce message à de nombreuses occasions. Par exemple, le 28 septembre 2015, au 70e anniversaire des Nations Unies, Poutine a déclaré que la Russie ne pouvait plus tolérer l’état actuel des choses dans le monde. Deux jours plus tard, Poutine a pris la tête de la guerre contre l’Etat islamique (Daesh) en Syrie.


Les gouvernements européens, particulièrement ceux d’Allemagne et du Royaume-Uni, sont complices de l’évolution vers la guerre nucléaire. Ces deux Etats vassaux de l’Amérique facilitent l’imprudente agression de Washington envers la Russie en répandant la propagande de Washington et en soutenant les sanctions de Washington ainsi que les interventions contre d’autres pays. Tant que l’Europe ne sera rien de plus qu’une extension de Washington, la perspective de l’apocalypse continuera à croître.


Nous ne pouvons à présent plus éviter la guerre nucléaire que de deux manières.
L’une serait que la Russie et la Chine rendent les armes et acceptent l’hégémonie de Washington.
L’autre alternative serait un leader indépendant en Allemagne, au Royaume-Uni ou en France montant au créneau et se retirant de l’OTAN. Ce serait le début d’un abandon général de l’OTAN, principal outil de conflit avec la Russie et donc la plus dangereuse des forces au monde pour tous les pays européens et pour le monde entier.  

 

*    Paul Craig Roberts a été haut fonctionnaire au ministère des Finances du gouvernement Reagan. Il a été collaborateur du Congrès américain, co-éditeur et journaliste du Wall Street Journal, Business Week, Creators Syndicate et chercheur à l’Université de Stanford. Il est président de l’Institute for Political Economy et auteur de nombreux livres et articles dans des magazines scientifiques.

Source: www.paulcraigroberts.org/2015/12/28/why-wwiii-is-on-the-horizon-paul-craig-roberts/

(Traduction Horizons et débats)

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 17:36

Une extraordinaire course contre la montre
… pour le plan américain d’écrasement de la finance russe - Par Pepe Escobar

repris sur comité Valmy

 

L’offre excédentaire de pétrole est minuscule et les Saoudiens ont un déficit de $98 Mds – le prix du pétrole va inévitablement remonter

« ...Quant à l’Arabie saoudite, c’est juste un pion dans un jeu beaucoup plus vicieux. Le bon sens commande maintenant de considérer qu’il s’agit essentiellement du Daech Noir (le faux califat) et du Daech Blanc (la Maison des Saoud). Après tout, la matrice idéologique est la même, décapitations incluses. C’est la prochaine étape de la guerre du pétrole qui pourrait bien décider quel Daech sera le premier à tomber. » Pepe Escobar

L’Arabie saoudite est le paradis de la décapitation. Mais ce cauchemar de relations publiques est le moindre de tous les problèmes pendant une crise du pétrole. Une fois de plus, le cœur de la question est – quoi d’autre ? – l’or noir.

 

Jusqu’à présent, la stratégie énergétique globale de la Maison des Saoud se résumait à réduire sa production de pétrole, quoi qu’il arrive, même s’il faut émettre des obligations pour couvrir des déficits budgétaires massifs.

 

Maintenant, la stratégie a fait un pas en avant par l’intermédiaire d’une provocation flagrante : l’exécution de l’imam chiite Nimr al-Nimr.


La Maison des Saoud croit qu’en attisant les flammes d’une confrontation Riyad–Téhéran, elle peut augmenter la peur dans le domaine de l’approvisionnement en pétrole, conduisant à des prix plus élevés (dont elle a besoin), tout en maintenant le Saint-Graal wahhabite consistant à garder hors du marché le pétrole iranien dont l’arrivée est imminente.

 

Dès le début, Riyad a parié sur la possibilité de sanctions supplémentaires contre l’Iran, liées à l’énergie, au cas où Téhéran réagirait énergiquement à sa provocation de décapitation. Pourtant, les Iraniens sont trop sophistiqués pour s’affaisser suite à un grossier petit coup comme celui-là.

 

Les négociants du golfe Persique ont confirmé que le budget 2016 de l’Arabie était basé sur un prix moyen de seulement $29 le baril, comme évoqué pour la première fois par Jadwa Investment à Riyad.

 

Du point de vue de la perspective budgétaire de la Maison des Saoud, ce dilemme est absolument insoutenable. La Maison des Saoud est le plus grand exportateur de pétrole de l’OPEP. Pourtant, son orgueil suprême est de refuser à l’Iran toute marge de manœuvre dans ses exportations, ce qui sera inévitable en particulier dans la seconde moitié de 2016. En outre, la stratégie de prix bas du pétrole ne concerne pas uniquement l’Iran : elle fait toujours partie de la guerre du pétrole contre la Russie.

 

Il n’empêche que quelqu’un ne fait pas bien ses calculs arithmétiques à Riyad. La stratégie de l’Arabie pour un prix du pétrole faible a pour but de punir gravement la Russie – le numéro deux mondial pour la production de pétrole. Les Saoudiens ne s’attendent sans doute pas à ce que la provocation des décapitations puisse entraîner un accord entre l’OPEP et la Russie sur la réduction de la production et ainsi conduire à des prix plus élevés du pétrole, qui profiterait surtout – devinez à qui – à l’Iran et à la Russie.

 

Six mois pour détruire la Russie

On peut dire, sans se tromper, que la stratégie de bas prix du pétrole, ourdie par la Maison des Saoud, a été un lent mouvement de hara-kiri wahhabite depuis le début (ce qui, soit dit en passant, n’est sûrement pas une mauvaise chose.)

 

Le budget de la Maison des Saoud s’est effondré. Riyad finance une guerre très chère et perdue d’avance contre le Yémen, elle entretient aussi la militarisation de toutes sortes de salafistes-djihadistes en Syrie, et dépense des fortunes pour protéger al-Sisi, en Égypte, contre toute offensive possible de Daech (État islamique) et / ou des Frères musulmans. Comme si cela ne suffisait pas, la succession chez eux est un gâchis royal, avec le commandant en chef du roi Salman, Mohammad bin Salman, âgé de trente ans, qui exhibe bruyamment sur une base quotidienne un mélange toxique d’arrogance et d’incompétence.

 

On pouvait s’y attendre, une fois de plus Riyad suit les ordres de Washington.

 

Le gouvernement des États-Unis essaie frénétiquement de tenir le prix du pétrole le plus bas possible pour détruire l’économie russe, en utilisant ses sbires producteurs du Golfe persique qui pompent à tout-va. Cela revient à pas moins de sept millions de barils par jour au dessus du quota de l’OPEP, selon les commerçants du golfe Persique. Le gouvernement américain estime qu’il peut détruire l’économie russe – à nouveau – comme si l’horloge s’était arrêtée en 1985, lorsque la surabondance mondiale d’approvisionnement en pétrole était de 20% et que l’Union soviétique se trouvait embourbée en Afghanistan, souffrant d’une hémorragie interne fatale.

 

Le pétrole était descendu jusqu’à $7 le baril en 1985, et c’est à ce chiffre que le gouvernement américain veut maintenant arriver. Pourtant, aujourd’hui, la surabondance mondiale est inférieure à 3% de l’approvisionnement en pétrole, et non de 20% comme en 1985.

 

L’excédent est aujourd’hui seulement de 2,2 millions de barils par jour, selon Petroleum Intelligence Weekly. L’Iran apportera au début environ 600 000 barils par jour de plus en 2016. Cela signifie qu’en cours d’année, nous aurons un excédent potentiel de 2,8 millions de barils

.

Le problème est, selon les négociants du golfe Persique, un tarissement naturel du pétrole de sept millions de barils par jour [sur une production mondiale de cent millions de barils par jour, NdT], qui n’est pas remplacée par de nouveaux forages [non rentables, NdT]. Ce que cela signifie est que tout surplus pourrait être consommé dans les premier ou deuxième trimestres de 2016. À la mi-2016, les prix du pétrole devraient recommencer à flamber spectaculairement, même avec le pétrole supplémentaire de l’Iran.

 

Donc, la stratégie du gouvernement américain a échoué en essayant de détruire l’économie russe avant que le prix du pétrole ne récupère inévitablement. Cela donne au gouvernement américain une fenêtre d’opportunité couvrant seulement les six prochains mois. [Si le prix du baril descend à $7, étant aujourd’hui à $33, NdT]

 

Que tout cela ait pu être réalisé jusqu’à présent est un témoignage, une fois de plus, de la force irrésistible des manipulateurs de Wall Street à l’aide de l’argent cash à profusion ; ils sont capables de créer un crash alors qu’il n’y a aucun surplus de pétrole. Pourtant, alors même que l’Empire du Chaos manipule frénétiquement le prix du pétrole vers le bas, il peut ne pas aller assez vite pour détruire l’économie russe.

 

Même Reuters a été forcé d’admettre brièvement que l’excédent de pétrole était inférieur à deux millions de barils par jour, et peut-être même de façon alarmante pourrait être de moins d’un million de barils par jour avant d‘atteindre le plus bas prix de tous les temps. Cette information sur l’excédent réel de pétrole avait été jusqu’à présent complètement censurée. Elle confronte directement le récit américain hégémonique sur les excédents éternels et l’effondrement imminent de l’économie russe.

 

Quant à l’Arabie saoudite, ce n’est qu’un pion dans un jeu beaucoup plus vicieux. Le bon sens commande maintenant de considérer qu’il s’agit essentiellement du Daech Noir (le faux califat) et du Daech Blanc (la Maison des Saoud). Après tout, la matrice idéologique est la même, décapitations incluses. C’est la prochaine étape de la guerre du pétrole qui pourrait bien décider quel Daesh sera le premier à tomber.

Pepe Escobar source Russia Insider

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 16:21

Après les attentats terroristes de Paris, Bernard Cazeneuve, le ministre français de l'Intérieur, a appelé à la dissolution des « mosquées qui diffusent l'idéologie de la haine ». Plus tôt cette année, les autorités françaises avaient dit que « les imams étrangers qui prêchent la haine seront expulsés, leurs mosquées seront fermées ». Cette attitude vient d'être réitérée, et elle est considérée par de nombreuses personnes comme nouvelle déclaration de fermeté de la France de lutter contre les attaques terroristes.

 

Aujourd'hui, plus la France affiche une attitude dure, plus elle obtient l'approbation des gens, tout comme après le 11 septembre, quand la décision des États-Unis de lancer la guerre en Afghanistan fut rapidement adoptée presque à l'unanimité par le Congrès, puis le renversement de Saddam Hussein, qui reçut également un soutien allant au-delà des parties. Mais les faits montrent que, dans l'excitation suivant les attaques terroristes, les sociétés occidentales ont trop aisément surestimé les effets des opérations de représailles, sous-estimant la complexité des sources du terrorisme à éliminer.

 

La fermeture par la France des mosquées prêchant la haine peut facilement conduire à des interprétations contraires au sein de la communauté musulmane. On peut dire que le gouvernement français se montre « très audacieux », et que les risques qu'il prend face à l'opinion publique sont beaucoup plus réduits que si la Chine et la Russie faisaient la même chose. Si les autres pays en proie à des préjugés occidentaux faisaient de même, alors ils devraient non seulement tenir compte de la réaction des autres musulmans, mais, d'abord, faire face aux critiques et spéculations des opinions occidentales.

 

S'agissant des raids aériens français menés avec l'aide des États-Unis et d'autres pays alliés, ils devraient être en mesure d'avoir certains effets, mais tant que l'Occident n'enverra pas de troupes au sol en masse, ou qu'il ne se sera pas complètement converti à un soutien au régime Assad, permettant à ce dernier de lancer une attaque de grande envergure sur l'Etat islamique, le problème sera difficile à éradiquer.

 

Quand bien même l'Etat islamique serait globalement défait, qu'est-ce que cela changerait ? Au Moyen-Orient, il n'y a plus de Moubarak, de Saddam, de Kadhafi, mais au-delà de la détestation que des gens ont pu leur porter, ils ont joué un rôle unique d'hommes politiques forts, les structures politiques et les structures sociales régionales originales sont tombées en morceaux, et, comme Kadhafi l'avait déclaré en ligne dans ses derniers jours, le « mur » bloquant la propagation du terrorisme et des réfugiés vers l'Europe a été détruit. L'Etat islamique est juste un exemple de la façon dont l'extrémisme peut rapidement proliférer au Moyen-Orient sur cette faille, et cette situation peut se reproduire à tout moment.

 

Surtout, les bombes de l'Occident peuvent certes détruire les camps et dépôts de munitions des organisations extrémistes au Moyen-Orient, mais ces bombes ne peuvent rien faire avec ces choses que l'Occident considère comme indésirables, comme le voile intégral ou autres tenues, elles ne peuvent pas empêcher l'envoi d'enfants et de jeunes dans des écoles religieuses extrémistes, et elles ne peuvent pas davantage encore lutter contre le « conservatisme global » qu'ils ruminent au fond de leurs cœurs. Jusqu'à aujourd'hui, dans une partie considérable du monde arabe, Ben Laden est toujours considéré comme un personnage positif qui a osé prôner publiquement la lutte contre l'Occident, et cela doit inciter à une réflexion profonde sur les limites de la guerre contre le terrorisme.

 

Le terrorisme, dont le Moyen-Orient est la source, est l'incarnation d'une incroyable haine. Le soutien américain à Israël, l'écart grandissant en termes de développement économique et social entre le monde islamique et l'Occident fournit les raisons basiques à cette haine, la situation géopolitique tendue au Moyen-Orient créée toutes sortes d'opportunités pour que l'insatisfaction générale se transforme en une haine extrême conduisant au meurtre de civils.

 

L'Occident n'a effectivement pas de solution, il ne forme pas une force cohérente en termes d'organisation et de mobilité. Les échecs de la guerre en Afghanistan et de la guerre en Irak et l'échec de la « transformation du Moyen-Orient » ont découragé les Etats-Unis. Le « Printemps arabe » avait donné à l'Occident des raisons d'espérer que le monde arabe allait vers une auto-transformation, mais les pays qui ont connu la « révolution », à part la Tunisie, ont connu soit une « restauration » soit le chaos, devenant source de terribles désordres, et permettant l'émergence d'une organisation comme l'Etat islamique. Tant de mal a à nouveau plongé l'Occident dans le désarroi.

 

Quand il n'y a aucune solution adéquate, se lamenter peut facilement devenir une façon d'admettre sa propre responsabilité. A ce moment-là, discuter de la poursuite d'effets à long terme est non seulement inutile, mais également inopportun.

 

Nous savons tous l'importance qu'il y a à éliminer les causes profondes du terrorisme, mais chacun sait que c'est plus facile à dire qu'à faire. Certaines personnes ont appelé à une « réforme de l'islam » et à l'abolition des « doctrines individualistes dépassées » mais ce genre de choses risque fort de ne pas être accepté par la majorité des musulmans, et encourager ce point de vue ne fera probablement que conduire à un choc de civilisations plus grave encore.

 

Le monde islamique ne possède pas de personnes et de forces ayant suffisamment d'autorité pour diriger une réforme, et elles ne peuvent pas davantage être fournies par le monde extérieur. Une grande partie du monde islamique sans doute besoin de pays modèle allant vers une modernisation profonde, et leur émergence fera naitre une certaine force intérieure, apportant une nouvelle vision et une nouvelle pensée.

 

Cependant, il n'y a aucun plan de ce genre dans le monde occidental, et il ne semble guère réaliste dans les conditions politiques internationales actuelles. Dans ces conditions, une grande partie de la rhétorique féroce de l'Occident n'est guère plus qu'un mouvement d'humeur, et les grands problèmes demeurent. Toute autre action plus concrète ne serait que du bricolage, toute idée que les gens considèrent comme importante doit être mise en œuvre si elle est conforme ; quant aux autres problèmes, ils devront être abordés en temps voulu.

(Rédacteurs :Yin GAO, Guangqi CUI)

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 17:13
par Paul Craig Roberts

repris sur comité Comité Valmy

 

Mise à jour : Un ami, George Abert, a suggéré une raison du pourquoi les Turcs ont descendu le bombardier russe au-dessus de la Syrie. Les Russes ont une technologie de pointe qu’ils ont récemment démontrée contre le plus moderne des croiseurs lance-missiles américains (NdT : l’incident en Mer Noire en 2014 du passage d’un avion russe près du croiseur USS Cook, équipé du système ultra-sophistiqué AEGIS et qui a été électroniquement anéanti en deux passages, forçant le navire à faire escale à Odessa en Ukraine et son commandant de bord à demander son transfert immédiat..) et contre les avions israéliens de fabrication américaine. Cette technologie éteint tous les sytèmes de communication des forces hostiles, les laissant totalement aveugles. Il se demande si l’appareil n’a pas été abattu pour forcer les Russes à utiliser cette technologie pour protéger leurs appareils à chaque fois qu’ils se trouvent proches de l’aviation de l’OTAN ou d’Israël, ce qui leur permettrait d’étudier le système soit pour le copier, soit pour le neutraliser. Il parie que les Etats-Unis ont tous les spécialistes Raven et ELINT à l‘écoute, prêts à étudier le phénomène.

 

L’agression non provoquée de la Turquie qui a abattu un avion militaire russe au-dessus de la Syrie pose des questions intéressantes. Il semble fort peu probable que le gouvernement turc commettrait un tel acte de guerre contre un voisin bien plus puissant que lui à moins que Washington ait donné le feu vert à cette attaque. Le gouvernement turc n’est pas très compétent, mais même les incompétents savent éviter de se mettre dans une position qui les verrait faire face à la Russie seuls.

 

Si l’attaque a reçu le feu vert de Washington, Obama a t’il alors été doublé par les néo-conservateurs en contrôle de son gouvernement ou Obama est-il lui-même complice de l’acte ? De manière évidente, les neo-cons sont perturbés par l’appel du président français pour une union derrière la Russie contre l’EIIL/Daesh et ils auraient très bien pu utiliser leurs connexions en Turquie pour mettre en scène un évènement que Washington pourrait utiliser pour empêcher une coopération avec la Russie.

 

La complicité de Washington est certainement indiquée, mais il n’est pas complètement hors de question que les Turcs bien placés qui achètent le pétrole de l’EI ait pris leur revanche contre la Russie pour avoir détruit leurs flottes de camions-citernes et leur affaire très lucrative. (NdT : n’oublions pas que ce business est géré par le fils d’Erdogan avec quelques généraux de l’armée turque…) Mais si l’attaque a une origine privée ou semi-privée en connexions avec des gangsters et l’armée, le président turc aurait-il défendu cet abattage d’avion sur de telles bases foireuses de “défense nationale” ? (NdT : possible dans la mesure où son fils est le “parrain” du pétrole volé acheminé en Turquie…) Personne ne peut croire qu’un bombardier russe serait une menace à lui seul pour la sécurité de la Turquie.

 

N’attendez pas que la pressetituée regarde de près ces questions. La pressetituée occidentale comme la branche de la BBC à Moscou et sa correspondante Sarah Rainsford, est déjà en train de pirouetter l’affaire de la perte de l’avion russe et plus tôt, celle de l’avion de ligne au dessus du Sinaï , en disant que cela prouve que la politique de Poutine de raids aériens contre Daesh a complètement été retournée et que les Russes ne sont pas plus en sécurité pour autant.

 

Les réponses à l’attaque sont toutes aussi intéressantes. De ce que j’ai entendu de la conférence de presse d’Obama, sa définition de “rebelles syriens modérés” inclut tous les groupes djihadistes extrémistes comme Al Nosra et l’EIIL, qui sont les cibles des attaques russes. Seul Assad est un extrémiste. Obama, suivant la ligne néo-conservatrice, dit qu’Assad a trop de sang sur les mains pour pouvoir continuer à être le président de la Syrie (NdT : Obama lui par contre, il n’en a pas de sang sur les mains hein ?… Le premier prix Nobel de la Paix va t’en guerre… Qu’est-ce qu’il ne fait pas entendre nom de dieu !).

 

Obama n’est pas spécifique au sujet du “sang sur les mains d’Assad”, mais nous pouvons l’être. Le sang est celui des forces terroristes de l’EIIL/Daesh qui combattent l’armée syrienne. Obama ne réfère pas quant à lui au sang sur les mains de l’EI alors que même la pressetituée nous a montré les horreurs perpétrées par les psychopathes de l’EIIL et du sang qu’ils ont sur les mains ; ces gens avec lesquels Obama nous a allié.

 

Quand est-il du sang sur les mains d’Obama ? On parle d’une très grande quantité là, le sang de pays entiers, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen, la Syrie et le sang que les marionnettes d’Obama à Kiev ont versé des Russes ethniques habitants en Ukraine, sans oublier bien sûr le sang palestinien versé par Israël utilisant des armes américaines.

 

Si le sang sur les mains d’Assad le disqualifie pour la présidence, alors la bien plus grande quantité de sang sur les mains d’Obama le disqualifie d’autant plus, ainsi que Cameron, Hollande, Merkel et Netanyahou.

 

Durant tous les conflits orchestrés par Washington au Moyen-Orient, en Afrique et en Ukraine, le gouvernement russe a parlé de manière plus que raisonnable et a répondu de manière diplomatique à biens des provocations. Le gouvernement russe s’est reposé sur les gouvernements européens réalisant que l’Europe ne tire aucun bénéfice des conflits générés par Washington et devant se séparer d’une politique qui est contre leurs intérêts. Mais l’Europe a prouvé n’être qu’une collection de vassaux américains et non pas des pays indépendants capables de mener des politiques étrangères indépendantes.

 

Dans sa campagne en Syrie contre l’EI/Daesh, le gouvernement russe s’est reposé sur l’accord établi avec les pays de l’OTAN évitant l’engagement dans les airs. Maintenant la Turquie a totalement violé cet accord.

 

Je serais très surpris si maintenant le gouvernement russe place quelque confiance que ce soit dans les mots de l’occident ainsi que d’un espoir dans la diplomatie avec ce même occident. Le gouvernement russe et son peuple ont dû maintenant comprendre que la doctrine Wolfowitz veut dire ce qu’elle énonce et qu’elle est déployée en force contre la Russie.

 

De l’attaque ukrainienne sur les sources d’énergie de la Crimée et les pannes de courant qui affectent toute celle-ci, le gouvernement russe a aussi appris que le gouvernement marionnette de Washington à Kiev a l’intention de faire monter la sauce du conflit avec la Russie.

 

Washington a été clair dès le départ qu’il focalisait sur le renversement d’Assad et non pas celui de l’EIIL/Daesh. Malgré l’attaque imputée à Daesh en France, le ministère des affaires étrangères US en la personne de son porte-parole l’amiral John Kirby, a dit que la Russie ne pouvait pas être membre de la coalition contre Daesh tant que la Russie continuerait à soutenir Assad.

 

Si on veut regarder le bon côté dans cette affaire de l’abattage d’un avion russe, l’incident a donc très sûrement évité au gouvernement russe de faire partie d’une coalition dans laquelle la Russie aurait perdu le contrôle de sa guerre contre l’EIIL et aurait dû accepter la défaite du renversement d’Assad.

 

A chaque étape de tous ces processus le gouvernement russe a gardé de bonnes cartes qu’il n’a pas jouées, faisant plutôt confiance à la diplomatie. Celle-ci est maintenant pour sûr une impasse. Si la Russie ne rejoint pas le véritable jeu et ne commence pas à jouer ses fortes cartes (NdT : les infos qu’elle conserve sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York, sur l’attaque du vol d’Air Malaysia MH17 en Ukraine et sur son propre vol au-dessus du Sinaï…), la Russie sera vaincue.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 07:59
Improvisations, revirements et amateurisme…

Source Edit Orient

 

Quelques semaines avant l’élection de François Hollande, un groupe de hauts fonctionnaires français signait une tribune dans un quotidien parisien1, appelant à rompre avec les postures médiatiques de Nicolas Sarkozy. Commentant les propositions du candidat socialiste, ce collectif écrivait : « on ne voit pas encore les axes structurants d’une politique réfléchie. Sans tabous ni autocensure, la première des préoccupations reste la non-prolifération nucléaire et le dossier iranien, mais aussi et peut-être davantage le Pakistan, ainsi que le réarmement d’autres puissances. Quelle est la meilleure politique au regard de nos intérêts? Est-ce pertinent de soutenir Israël quelles que soient les extrémités où l’on risque de nous entraîner? Quelles leçons tire-t-on de l’expédition libyenne – guerre déclenchée au nom des droits humains – dont on ne connaît toujours pas le bilan des victimes, ni l’ampleur des effets déstabilisateurs dans la sous-région sahélienne, sans parler de l’évolution inquiétante des libertés civiles et politiques? Et que penser de la politique de gribouille sur la Syrie, pouvant déboucher sur une militarisation accrue de la crise? L’appel au changement de régime est-il légitime, surtout lorsqu’il est porté par des pays comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite? Ne reproduit-on pas ici les erreurs commises par les Américains et les Britanniques en Irak ? Cela ne ressemble-t-il pas à un vieux remugle de néo-colonialisme? Quant à l’Afghanistan, il restera à dresser un bilan de notre engagement militaire. Ces questions rompent avec le politiquement correct dominant. Il faut cesser de se gargariser des grands discours ridicules sur notre « diplomatie universelle » et de nier béatement le déclin de la France dans le monde. Il est temps d’élaborer une doctrine de redressement, fondée sur des analyses géostratégiques tenant compte de la réalité, de nos moyens d’agir, de nos intérêts ainsi que de ceux de nos voisins européens, méditerranéens et africains ».

 

Une fois élu, François Hollande – qui ne s’était guère intéressé aux relations internationales – nommait à la tête de la diplomatie française l’ « ancien plus jeune Premier ministre de la Vème République ». En confiant le Quai d’Orsay à Laurent Fabius, le nouveau président de la République cédait ainsi à son tropisme d’ancien premier secrétaire du PS : ménager les tribus de la rue de Solferino en considérant que Fabius serait moins nuisible à l’intérieur du gouvernement qu’abandonné à la direction d’un courant qui avait mené la bataille contre le projet de constitution européenne, notamment. Du grand art… et un signal fort adressé à nos partenaires européens. Condition de son acceptation du maroquin des Affaires étrangères, Laurent Fabius favorisait le choix d’un conseiller diplomatique faible pour l’Elysée, en l’occurrence le regretté Paul Jean-Ortiz – homme droit et affable, surtout spécialiste de l’Asie, – ne voulant pas s’encombrer d’un sherpa trop pointu, genre Jean-David Levitte qui géra les dossiers internationaux pour Sarkozy tandis que Bernard Kouchner amusait la galerie du Quai d’Orsay, multipliant les voyages et des affaires pas toujours très claires…

 

Cette inversion hollandaise du dispositif Sarkozy (sherpa fort/ministre faible) pour un ministre fort et un conseiller diplomatique docile ne changea pas grand-chose à une diplomatie qui accentua les évolutions impulsées par une « école française néoconservatrice » qui avait déjà commencé à sévir sous le deuxième Chirac finissant : retour dans le commandement intégré de l’OTAN, alignement sur Washington et Tel-Aviv ! Et l’un de nos grands ambassadeurs de commenter : « avec Laurent Fabius, c’est Guy Mollet, les néo-cons américains et la morgue en prime… » Sans appel, ce jugement s’illustre particulièrement sur les trois grands dossiers proche et moyen-orientaux.

 

La Syrie d’abord ! En mars 2012, Alain Juppé avait curieusement décidé de fermer l’ambassade de France à Damas, contredisant les fondamentaux de la diplomatie qui consistent, justement, à ne jamais perdre le contact avec les pays qui s’éloignent le plus de nos positions, sinon de nos intérêts… Cherchant à corriger les effets désastreux du soutien passé de Michèle Alliot-Marie au dictateur tunisien, Paris se devait de revenir dans le sens de l’Histoire : Ben Ali dégage, Moubarak dégage, Kadhafi idem… Avec Washington et Londres, Paris s’enferma dans le « Bachar dégage ! », personnalisant une situation syrienne, pourtant très différente des autres mal nommées « révolutions arabes ».

 

Sur la Syrie, inaugurant une « ligne Juppé consolidée », selon les propres termes d’un ancien ambassadeur de France à Damas, Laurent Fabius a été principalement inspiré par deux personnes : Eric Chevallier – un copain de Kouchner promu par ce dernier « diplomate professionnel », thuriféraire de Bachar jusqu’en juillet 2011, moment où il fut rappelé à Paris pour se faire expliquer que la suite de sa carrière dépendait d’un complet revirement anti-Bachar2 – et Jean-Pierre Filiu, un ancien diplomate – ayant quelque compte personnel à régler avec le régime baathiste – devenu professeur des universités et militant de la « révolution syrienne ». Fin août, lors de son discours devant la 70ème conférence des ambassadeurs, François Hollande a encore confirmé cette ligne « renforcée » du « ni-ni » – ni Bachar, ni Dae’ch – estimant que bombarder Dae’ch en Syrie pourrait renforcer le « boucher de Damas ».

 

Début Septembre survient la « crise des migrants », soulevant un mélange d’émotions et de craintes dans les opinions européennes, confirmant l’absence de véritable politique de l’Union européenne en la matière. La décision d’accueil massif d’Angela Merkel, qui pense ainsi combler ses déficits démographique et de main d’œuvre, embarrasse François Hollande qui doit pourtant afficher sa convergence avec la dirigeante de l’Europe. Opposée en Mai 2015 à des quotas migratoires contraignants au sein de l’UE, la France se met à en soutenir le principe en Septembre. Après avoir qualifié de « stupide » l’idée de rétablir un contrôle aux frontières, le gouvernement français affirme qu’il « n’hésitera pas » à le faire si nécessaire, après la décision allemande de fermer certaines de ses frontières. Improvisation totale, le regard rivé sur la ligne d’horizon des présidentielles de 2017, ce revirement pathétique s’opèrera naturellement sous la pression des sondages d’opinion.

 

Avec la crise des migrants, le Front national retrouve son « cœur de métier », mais récolte aussi les bénéfices d’une équation relativement simple : les migrants affluent pour fuir la guerre civile syrienne dont Dae’ch est l’un des principaux protagonistes. Deux corollaires s’imposent tout aussitôt : 1) il faut lutter plus efficacement contre l’organisation terroriste d’autant que le bilan d’une année de lutte de la Coalition anti-Dae’ch, regroupant les plus puissantes armées du monde, est particulièrement nul. En effet, comment expliquer aux électeurs que la Coalition n’arrive pas à venir à bout d’une organisation qui compte tout au plus 40 à 45 000 hommes, alors qu’elle signe aussi des attentats en Europe ? 2) il faut parler avec Bachar al-Assad. Les affirmations régulièrement répétées du Quai d’Orsay selon lesquelles le « dictateur de Damas » a enfanté Dae’ch tout seul font sourire depuis longtemps les connaisseurs du pays et de la région. Depuis plusieurs mois, l’Espagne, la Pologne, la Tchéquie et d’autres pays de l’UE, plus récemment l’Allemagne, disent de même. Moscou défend cette position depuis l’hiver 2011/2012 et Washington a commencé à nuancer la sienne à partir de mars 2015.

 

Richard Labévière
28 septembre 2015

http://prochetmoyen-orient.ch/category/lenvers-des-cartes/

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 15:16
L’OTSC arrive en Irak et en Syrie

par Thierry Meyssan réseau Voltaire

 

L’intervention de l’OTSC contre le terrorisme en Irak et en Syrie peut être le début d’un ordre mondial fondé sur la coopération et la défense des populations ou, au contraire, d’une période d’affrontement Est-Ouest dans laquelle l’Occident soutiendrait ouvertement le terrorisme. Contrairement à une idée reçue, ce déploiement militaire vise moins à défendre l’Irak et la République arabe syrienne que les États-membres de l’OTSC eux-mêmes. Il n’est donc pas négociable. Les débats de l’Assemblée générale de l’Onu et du Conseil de sécurité du 30 septembre permettront de connaître la réponse de Washington et de ses alliés à l’OTSC. Quoi qu’il en soit, plus rien ne sera comme avant.

 

Alors que la presse occidentale persiste à discuter d’un possible soutien militaire russe au président Bachar el-Assad, l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) a décidé de lutter contre le terrorisme en Irak et en Syrie.

Il semble que les Occidentaux n’ont toujours pas compris les conséquences de leur politique.

 

Une question existentielle pour l’OTSC

Rappelons que l’OTSC est une alliance militaire classique de six anciens États membres de l’Union soviétique : la Biélorussie, la Russie, l’Arménie, le Tadjikistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan. À la différence de l’Otan et du Pacte de Varsovie, dans lesquels les États membres perdent leur souveraineté (au profit des États-Unis et du Royaume-Uni dans l’Otan, de l’URSS dans le Pacte de Varsovie —ce qui contrevient à la Charte des Nations unies—), les États membres de l’OTSC conservent leur pleine souveraineté, ne placent pas leurs armées sous le commandement de la principale puissance de leur alliance, et peuvent se désolidariser à tout moment de cette alliance . L’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Ouzbékistan se sont ainsi retirés librement de cette organisation pour se tourner vers le Guam et l’Otan.

 

Depuis les années 80, —avant même que n’existent les États membres de l’OTSC— les États-Unis et l’Otan déploient un système de missiles, d’abord tourné contre l’URSS, aujourd’hui encerclant l’OTSC. Ces missiles, censés détruire les missiles intercontinentaux adverses dans leur phase de décollage, ne peuvent en réalité que détruire des aéronefs évoluant à faible vitesse et en aucun cas les missiles hypersoniques russes. Présentés par le Pentagone comme une arme défensive —ce qu’il était peut-être à l’origine—, ce « bouclier anti-missiles » ne peut donc avoir qu’un usage offensif. L’OTSC est le seul groupe d’États au monde à être ainsi directement menacé par des missiles pointés sur lui à ses frontières.

 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’URSS puis les États membres de l’OTSC, assistent au recrutement des Frères musulmans par la CIA et à l’emploi de certains de leurs membres ou ex-membres par les États-Unis

 

pour les déstabiliser. Ainsi les hommes d’Oussama Ben Laden (formé par le frère de Sayyid Qutb) et d’Ayman al-Zaouahiri (qui avait rejoint la Confrérie un an avant l’arrestation et l’exécution de Sayyid Qutb) combattirent-ils l’URSS en Afghanistan, puis la Russie en Yougoslavie et enfin sur son propre territoire dans le Caucase .

 

En 2011, les États membres de l’OTSC ont assisté à une opération de l’Otan, le « Printemps arabe », visant à renverser des régimes ennemis aussi bien qu’amis au Moyen-Orient au profit des Frères musulmans (Tunisie, Égypte, Libye, Syrie). Et depuis 2014, ils assistent au triomphe de l’idéal des Frères musulmans avec la proclamation d’un califat remettant en cause à la fois le droit international et les droits de l’homme. Actuellement, ce califat a confié ses postes d’officier majoritairement à des islamistes venus de l’ex-URSS, parfois même de pays membres de l’OTSC.

 

Le 1er août, l’Ukraine et la Turquie (membre de l’Otan) ont annoncé la création d’une « Brigade islamiste internationale », formée de combattants d’Al-Qaïda et de Daesh, et stationnée à Kherson (Ukraine) [5]. Cette Brigade se propose de combattre la Russie en Crimée.

En d’autres termes, sauf à intervenir maintenant contre le terrorisme, l’OTSC devra bientôt affronter à la fois un ennemi extérieur, l’Otan et ses missiles, et un ennemi intérieur, les islamistes initialement formés par l’Otan.

 

La réunion de l’OTSC à Douchanbé

Le 15 septembre, l’OTSC a tenu la réunion annuelle de ses chefs d’État à Douchanbé (Tadjikistan). Comme je l’avais annoncé il y a un mois , le président russe, Vladimir Poutine, a présenté à ses collègues les études réalisées par ses armées sur la possibilité de combattre dès à présent le califat, avant qu’il n’entre massivement dans le territoire de l’OTSC.

 

Le président Poutine était parvenu à convaincre préalablement ses partenaires qu’il ne les engageait pas à soutenir les ambitions de la Russie en Syrie, mais bien de répondre à une menace directement dirigée contre l’OTSC.

 

En définitive, l’OTSC décida de se déployer en Irak et en Syrie pour combattre l’ensemble des jihadistes, qu’ils se réclament ou qu’ils soutiennent Daesh ou al-Qaïda. Cette opération est légale en droit international car elle répond aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies relatives à la lutte contre le terrorisme. Elle prolonge d’ailleurs l’opération, elle aussi légale, de la Coalition formée par les États-Unis contre le seul Daesh.

 

Cependant, à la différence de cette Coalition, l’OTSC entretient de bons rapports à la fois avec les gouvernements irakien et syrien ce qui lui permet d’envisager une bien plus grande efficacité.

 

De manière à préparer l’intervention de l’OTSC, un couloir aérien a été installé entre l’Organisation et la Syrie. Il devait au départ passer au dessus des Balkans, mais les alliés des États-Unis s’y sont opposés à l’exception de la Grèce. Ce couloir a donc été installé au dessus de l’Iran et de l’Irak. En moins d’une semaine, de très importantes quantités de matériel et plus de 2 000 hommes ont été acheminés. Techniquement, l’OTSC dispose de la capacité de déployer jusqu’à 50 000 hommes en moins de deux semaines.

 

Le forum des Nations unies

Par souci d’efficacité et sans préjuger de la bonne ou de la mauvaise foi occidentale, les chefs d’État de l’OTSC ont prévu d’intervenir devant l’Assemblée générale de l’Onu (à partir du 28 septembre) pour appeler la communauté internationale à unir ses efforts contre le terrorisme.

 

En outre, la Russie présidant le Conseil de sécurité pour le mois de septembre, Vladimir Poutine —qui n’est pas venu à l’Onu depuis une décennie— présidera la séance du 30 septembre consacrée à la lutte contre le terrorisme en Irak et en Syrie.

 

Dans le cas où la Coalition et l’OTSC trouveraient un accord, elles pourraient mener des actions communes ou se répartir le travail (l’Irak pour la Coalition et la Syrie pour l’OTSC). Dans le cas contraire, les deux organisations conduiraient des campagnes distinctes en essayant de ne pas se gêner mutuellement.

 

Du point de vue atlantiste, la campagne de l’OTSC profitera à la République arabe syrienne et garantira la poursuite du mandat du président élu Bachar el-Assad que l’Otan souhaitait renverser. Cependant, il est faux de prétendre que cette intervention a été conçue pour sauver la Syrie de l’Occident. En effet, lors de la préparation de la Conférence de Genève, en juin 2012, le président Poutine avait envisagé de déployer l’OTSC comme force de paix . Le général Hassan Tourekmani, alors président du Conseil de sécurité national syrien, avait entrepris diverses démarches pour l’accueillir. Cependant, ce déploiement n’avait pas eu lieu d’une part parce que l’Organisation n’avait pas encore signé d’accord avec l’Onu et d’autre part parce que deux membres de l’OTSC ne se sentaient pas alors directement menacés par la situation en Syrie.

 

Du point de vue de l’OTSC, la proposition faite aux Occidentaux les contraindra à clarifier leur politique. En effet, jusqu’à la signature de l’accord entre Washington et Téhéran, le 14 juillet, la Coalition anti-Daesh, loin de combattre le terrorisme, a parachuté régulièrement et à grande échelle des armes aux jihadistes. Cependant, au cours des dernières semaines, la Coalition a effectivement combattu Daesh. Ainsi, a-t-elle lancé, fin juillet, un bombardement massif en coordination avec l’Armée arabe syrienne et ses milices (le YPG kurde et le Conseil militaire syriaque) pour défendre Hassaké. Cette opération, que la Coalition n’a pas publicisée, permit d’éliminer environ 3 000 jihadistes.

 

En outre, la Maison-Blanche a d’ores et déjà indiqué qu’elle était ouverte « à des discussions tactiques et pratiques avec les Russes ». Le Foreign Office a déclaré ne plus s’opposer à ce que « le président syrien reste au pouvoir pour une période de transition si cela peut contribuer à résoudre le conflit ». Rejoignant le mouvement, le ministre français des Affaires étrangères a laissé entendre qu’il accepterait de laisser le président el-Assad terminer le mandat que son peuple lui a confié en déclarant : « Doit-on dire au peuple syrien que M. Bachar al-Assad détiendra le pouvoir exécutif au cours des quinze prochaines années ? Si on dit cela, il n’y a pas de solution possible. Entre dire cela et exiger le départ immédiat de M. Bachar al-Assad, il y a une marge. Cela s’appelle la diplomatie. » .

 

Conséquences de l’intervention de l’OTSC

Contrairement à une idée fausse répandue dans la presse atlantiste, la lutte contre le terrorisme en Irak et en Syrie n’est pas une affaire de décennies, mais de quelques mois pourvu que tous les États cessent leur soutien clandestin aux jihadistes.

 

Dans le cas d’un désaccord à l’Onu, la presse occidentale devrait dénigrer l’action de l’OTSC en mettant en valeur les pertes civiles. En effet, malgré toutes les précautions, il n’est pas possible de bombarder les terroristes sans « dommages collatéraux ». Chaque chef islamiste dispose de trois « épouses » et, suivant leur exemple, des jihadistes de plus en plus nombreux ont fait des prisonnières qu’ils ont réduit en esclavage et « épousées ».

 

Dans le cas contraire, on ne devrait jamais entendre parler de ces victimes et la guerre devrait être finie en Syrie pour la Noël orthodoxe, même s’il faudra une bonne année avant que la situation ne soit complètement stabilisée sur tout le territoire.

À retenir :
L’OTSC interviendra à partir d’octobre 2015, à la fois en Irak et en Syrie, contre les individus classés comme « terroristes » par l’Onu, à savoir al-Qaïda, Daesh et tous les groupes qui se sont alliés à eux.
L’OTSC ne cherche pas à venir en aide à Haïder al-Abadi ou à Bachar el-Assad, mais est directement menacée par les jihadistes.
Les jihadistes ne sont pas en mesure de résister longuement à une alliance internationale si celle-ci inclut l’Irak et la Syrie.
Les États-Unis, qui ont déjà mené secrètement une vaste opération conjointe avec l’Armée arabe syrienne à Hassaké, sont prêts à un accord avec l’OTSC. Leurs alliés britanniques et français sont prêts à renoncer à renverser la République arabe syrienne.

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 10:55

Un texte de Norman Pollack origine http://www.alterinfo.net

Norman Pollack  écrit sur le populisme. Il s’intéresse à la théorie sociale et à l’analyse structurelle du capitalisme et du fascisme. Il peut être joint à pollackn@msu.edu.

 

La psychiatrie s’occupe des individus, mais pourquoi n’y aurait-il pas une psychiatrie sociale qui s’occuperait des comportements, valeurs, et mentalités collectifs, ceux d’une nation avec son histoire propre, ses structures sociales, son comportement, dans ce cas mesuré à partir des guerres, des interventions, des politiques d’assassinats ciblés par des drones, de la torture et de la sous-traitance de la torture, de l’opposition à la démocratie dans le monde et chez soi, des différenciations de classe considérables par la disparité des revenus et du pouvoir, de la dérégulation du système financier, commercial et industriel, de la surveillance massive pour étouffer la dissidence et la résistance ? En bref, pourquoi n’y aurait-il pas une psychiatrie sociale pour traiter une société fasciste émergente ?

La psychiatrie sociale (à la différence de la psychologie sociale) peut bien ne pas être une discipline académique et médicale reconnue. Mais comment appréhender autrement la conscience politique et même l’Inconscient réprimé d’un peuple lié, activement ou par complicité, à un ensemble commun d’institutions et à un cadre cohérent de pouvoir (par rapport auquel aucune résistance ne semble émerger ou même en voie d’émerger) ?

Les questions sont faciles à formuler, mais les réponses plus difficiles. Pourtant le dossier est sous nos yeux, avec les menaces politiques actuelles, visibles en Irak, en Afghanistan, en Ukraine, à Gaza, qui font partie d’une posture militaro-économique globale de contre-révolution dirigée en fin de compte contre la Russie et la Chine, une posture dirigée au passage contre l’industrialisation et la modernisation croissante du tiers-monde (dont le Brésil, devenu une acteur intermédiaire du pouvoir mondial).

La domination est effrayante, particulièrement lorsqu’elle agit de façon si institutionnalisée à fabriquer le système social, qu’elle en devient une seconde nature, indiscutée, au point que les politiques américaines sont dans toutes leurs intentions et objectifs bonnet blanc et blanc bonnet : c’est une fuite en avant consensuelle du capitalisme avancé, en tant que fondation de l’ordre social domestique américain et de ses métastases à l’étranger, unilatéral, en vue de de gouverner l’ordre politico-économique mondial. Nouvelles du jour : Obama et Clinton provoquent des étincelles dans un bocal hermétiquement fermé, chacun surpassant l’autre pour développer une confrontation, comme élément d’une nouvelle Guerre froide, afin de stopper le déclin de l’Amérique impériale. Les opposants républicains, novices dans le jeu, bredouillant leur belligérance, ne font pas le poids face au « droitdel’hommisme libéral », en tant qu’instrument de conquête.

Gaza symbolise où nous en sommes : l’éradication des aspirations humaines par des forces de procuration, ici Israël, là l’Ukraine, résidus fascistes de la Seconde Guerre mondiale, ou bien en Amérique latine, les lauréats avec « mention bien » de Fort Benning’s School of the Americas [1], des gens expérimentés dans les techniques sadiques d’assassinat. Le fait est là. Où que l’on regarde, on ne voit que les destructions et les souffrances humaines dues à ceux que nous soutenons, alors que, pendant ce temps, les USA agissent, de leur côté, pour mettre en place l’architecture militaire d’un modèle global dévoué au commerce, à la finance, et au pouvoir, avec son industrie de guerre fonctionnant à plein régime. L’Irak et l’Afghanistan ne sont pas des événements accidentels par rapport au grand dessein, ni, en l’espèce, des incidents, car l’Amérique, insatisfaite de son influence prépondérante en Europe, cherche une tête de pont et une sphère d’influence au Moyen-Orient (déjà aidée par les liens les plus proches possibles avec le renseignement militaire israélien). Bien que le pétrole soit une évidente super-priorité dans la région, une priorité géopolitique et géostratégique potentiellement aussi importante est à l’oeuvre en Asie (marquée là-bas par la stratégie d’Obama orientée en priorité vers le Pacifique d’abord et son partenariat Trans-Pacifique) pour contenir, isoler et affaiblir la Chine. On a du boulot, non ? La domination n’en exige pas moins.

La froideur, ce par quoi je nomme la bulle solipsiste [2] qui entoure et engaine l’Amérique, avec ses caractères respectivement associés de xénophobie et d’ethnocentrisme, la peur de l’étranger, la relation dichotomique du nous-eux fondant l’idéologie de l’Exceptionnalisme. Et ses conséquences : un autoritarisme prépondérant, structurellement enraciné dans la personnalité américaine, ayant beaucoup à voir avec la rigidité, qui unifie et intègre l’élaboration de la politique actuelle du gouvernement des USA ; la communauté du monde des affaires toujours à portée de sa main droite, bien que, elle aussi, avec ses conseillers à la sécurité nationale exprimant une dimension de pureté idéologique, anticommunisme réifié d’une époque apparemment disparue (bien qu’infectant encore les processus de pensée contingents aux aspirations hégémoniques).

Nous sommes devenus figés dans notre comportement de défense-réaction, de manière compréhensible, sachant que le projet américain de concentration de la richesse, cantonné dans une élite infinitésimale, se répercute directement, par exemple, sur la pauvreté domestique et sur la politique étrangère globale de stabilisation du monde, dans l’intérêt des USA. La nature inéquitable, telle qu’elle se diffuse, de tous ces groupes dirigeants en Amérique, reliant directement, par exemple, la Maison-Blanche aux enfants ensevelis sous les ruines de Gaza, ou les salles de marché de Morgan, Chase ou Godman Sachs aux récessions, au chômage, aux saisies immobilières, qui en cascade créent des sans-abris, de la malnutrition, des problèmes de santé sur une échelle globale. Tout cela devrait être suffisant pour provoquer un sentiment collectif de CULPABILITÉ. Pourtant, froideur et rigidité, nous sommes au-delà de ça, protégés culturellement, institutionnellement, et politiquement de toute introspection (du retour sur soi) sur les faits que nous commettons ou omettons.

Une preuve par l’absurde : l’Amérique est elle-même sui-generis [par essence] , bien que nécessitant beaucoup d’énergie psychique et d’efforts pour s’y maintenir, la plus grande démocratie que le monde ait connue.

La psychiatrie sociale que j’évoque (à ne pas confondre avec les analyses du caractère national à la mode au milieu du XXe siècle) réside dans la matrice institutionnelle d’une étape avancée du capitalisme, tel qu’il est apparu à l’origine aux USA , un capitalisme qui cherche et promeut la création d’une uniformité politico-culturelle de la personne humaine nécessaire à l’installation de la discipline sociale. Cette uniformité est constamment reproduite et renforcée dans la vie quotidienne par l’entremise de toutes les ressources et de tous les mécanismes sociaux (éducation/endoctrinement, consumérisme, religion, patriotisme, propagande officielle, média, et même le sport comme apprentissage des valeurs de compétition, de victoire, d’esprit martial, et c’est pas tout…) amenés à converger par des signaux subtils de supériorité et d’infériorité présents dans la structure de classes et dans l’affichage de la richesse. Et tout cela en continuant par ailleurs de battre le tambour de la guerre, des interventions, de la supériorité et de l’infériorité dans la hiérarchie des nations.

On n’a pas besoin de l’apport freudien pour explorer l’étiologie de l’esprit malade. Irak, Afghanistan, Ukraine, Gaza, tout exhibe une arrogance systématique, qui fournit une couverture utile à ce que je considère être une carence morale, imperméable à la souffrance humaine, jouissant de l’auto-indulgence de la nation. Cette carence morale contamine le peuple (dont la majeure partie, incapable d’adhérer, apprend à s’ajuster en s’auto-incriminant), enclin à organiser la violence, comme quand on change un régime ou que l’on vient au secours « d’amis et alliés », en maîtrisant les forces sociales et les voies vers la modernisation, parce qu’on pense qu’ils peuvent porter tort, pas seulement aux intérêts américains, mais aussi aux protections qui assurent que nous ne prenions pas conscience de nous-mêmes et de nos crimes dans le monde.

Ci-après, mes commentaires du New York Times ( tous deux d’août 2014 ), qui ont indirectement inspiré cet article, l’un faisant allusion à la querelle Obama-Clinton, l’autre sur la musique américaine, me rappelant une autre époque, lorsque l’Amérique avait une vision anti-fasciste, tout à fait propre, à mon avis, à justifier une fierté nationale. Les articles servant de point de départ sont les suivants : (I) Michael Shear, et. al., « Is This Island Big Enough [Martha’s Vineyard] for Clinton and Obama? », et (II) Anthony Tommasini, « They Heard America Playing: Copland, Thomson and Others in a Fantasy Music Festival ». Commentaires aussi du même jour :

I Pas de plus grand témoignage sur l’étroitesse du spectre idéologique américain. Obama et Clinton favorisent tous deux la guerre, les interventions, la dérégulation, le soutien des grandes banques, la résistance à la démocratisation en Amérique (pour preuve l’écart grandissant des revenus, de la richesse et du pouvoir), Clinton essayant de se créer un espace politique en surpassant Obama dans les politiques pro-guerre et pro-multinationales. Et pourquoi pas ? Son mari nous a donné la politique économique de Rubin [3] et la fin du Glass-Steagall [ fin de la séparation des activités entre banque de dépôts et banque d'affaires, NdT]. La banqueroute morale du Parti démocrate depuis l’époque de FDR [Franklin Delano Roosevelt, NdT] [4] et du New Deal ? Eh oui ! La confrontation avec la Russie et la Chine a remplacé l’élévation du niveau de vie des américains pauvres. Le Vineyard [5] semble un endroit idéal pour l’élite américaine. Cela n’a pas toujours été comme ça.

II Exclu ? Au début des années 70, j’ai accueilli une festivité pour l’Orchestre de chambre anglais qui s’exécuta sur le campus. Après une année à Londres, ayant écouté Peter Maxwell Davies, Harrison Birtwistle…, j’étais assis sur la terrasse, me plaignant de l’état de la musique contemporaine américaine avec Emanuel Hurwitz, lorsqu’il a proprement éreinté notre Elliot Carter. Et il avait raison. [Session (masturbatoire ???), Piston (pompeux ???), sûrement, mais Carter doit aussi recevoir son dû, précisément parce qu'il n'est pas assimilable par une oreille américaine.

Mais je veux faire un appel spécial pour la troisième symphonie de Copland, que, en tant que radical depuis mes plus jeunes années, jusqu'à ce jour, je considère dans son inspiration comme la grande symphonie anti-fasciste, elle-même écrite en temps de guerre et fusionnant l'ambiance du courage et de la solennité. J'aurais souhaité pouvoir remercier Copland. Quelques heures avant d'aller à mes examens généraux (examen de doctorat en civilisation américaine), à Harvard, je marchais (presque défilais) autour de la cour, intégrant la musique, jusqu'à atteindre le summum de l'intensité, lorsque j'entrai dans la pièce à Holyoke House, pour l'examen.

Oui, non seulement la musique peut élever l'esprit humain, mais elle peut, avec la Troisième de Copland, convoquer, depuis les profondeurs, une clarté de la pensée et instiller un esprit de résistance encore plus fort (heureusement) qu'il y a un quart de siècle. Puis-je aussi ajouter la Seconde de Hanson ?

Norman Pollack
Traduit par Jean-Jacques pour vineyardsaker.fr

Notes

[1] Fort Benning est une base de l’US Army située au sud-ouest de la ville de Columbus, en Géorgie (wikipedia, français). La formule ‘Schools of Assassins’ est évoquée dans un article de Russia Today, intitulé Inside the dark legacy of the US ‘School of Assassins’, alias A l’intérieur du sombre héritage de l’École américaine des assassins (Russia Today, anglais, 19-11-2010)

[2] Le solipsisme (du latin solus, seul et ipse, soi-même) est une « attitude » générale pouvant être théorisée sous une forme philosophique et non métaphysique, « […] d’après laquelle il n’y aurait pour le sujet pensant d’autre réalité que lui-même

[3] Robert Edward Rubin, né le 29 août 1938 à New York, aux États-Unis, est un économiste et homme politique américain. De 1995 à 1999, il occupe les fonctions de secrétaire au Trésor des États-Unis dans l’administration Clinton. Depuis 2008, Robert Rubin est membre de l’Africa Progress Panel, une fondation basée à Genève et présidée par Kofi Annan. (wikipedia, français)

[4] Franklin Delano Roosevelt (ˈɹoʊzəvɛlt), né le 30 janvier 1882 à Hyde Park, dans l’État de New York, et mort le 12 avril 1945 à Warm Springs, dans l’État de Géorgie, est un homme d’État américain, trente-deuxième président des États-Unis. (wikipedia, français)

[5] Le vineyard ne fait pas référence ici au site vineyardsaker, mais à l’île de Martha’s Vineyard, située sur la côte sud de la presqu’île du cap Cod, dans l’État du Massachusetts aux États-Unis, surtout connue comme résidence d’été de la jet set américaine et des présidents des États-Unis. (wikipedia, français)

Source : Pathology of Domination, IPathology of Domination, Ideological-Cultural Frigidity/Rigiditydeological-Cultural Frigidity/Rigidity (Counterpunch, anglais, 22-24-08-2014)

 

 

 

 

 

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 08:46

Les conséquences par Alain Corvez repris sur Comité Valmy

 

L’accord signé à Vienne entre l’Iran et les 5 + 1 puissances (Chine, Russie, États–Unis, Grande Bretagne, France, Allemagne ) marque une percée diplomatique majeure de l’Iran dont le rôle dans la géopolitique mondiale est ainsi entériné au plus haut niveau. Alors que tout s’organise déjà pour mettre en place de nouveaux rapports entre les puissances, -au Moyen-Orient d’abord mais aussi à l’échelle planétaire, l’Iran devant entrer dans les organisations économiques, financières et stratégiques mises en place par les BRICS et y jouer un rôle essentiel-, on voit mal comment de futurs dirigeants des états signataires pourraient remettre en question cet accord qui s’inscrit dans la logique internationale du retour à sa juste place d’une puissance majeure sur l’échiquier mondial.

 

Le voyage du Ministre des Affaires Etrangères français à Téhéran sitôt l’accord signé, est le signe de l’acceptation par la diplomatie française de ces réalités géopolitiques incontournables. Par ce voyage, la France reconnaît le retour de l’Iran sur la scène internationale et annonce même qu’elle entend inscrire désormais sa politique dans le bouleversement qu’il signifie. Sans renier évidemment ses amitiés sunnites de la péninsule, et israéliennes, qui pourraient d’ailleurs lui être utiles pour jouer un rôle de médiation dans les diverses crises, en rassurant ses amis grands perdants des nouveaux équilibres.

 

Israël et l’Arabie Saoudite, les principaux opposants à cet accord l’ont bien compris, eux qui pensaient tirer avantage du maintien dans l’ostracisme des sanctions du pays qu’ils ont voulu considérer comme leur ennemi et en ont fait le cœur de leur stratégie. Ils devront s’adapter à la nouvelle donne et revoir leurs projets dès lors que leur mentor et parrain l’a fait en concluant cet accord.

 

La Turquie a déjà réalisé que sa diplomatie avait totalement échoué et va s’efforcer de se montrer sous un nouveau jour mais nombreux sont ceux, à l’intérieur et à l’extérieur, qui voudront lui faire payer ses échecs. Les deux axes de sa stratégie : affaiblir les Kurdes et renverser le régime de Damas n’ont pas atteint leurs objectifs, mieux encore, les Kurdes d’Irak et de Syrie sont plus forts qu’ils l’ont jamais étés, tout en conservant leurs rivalités internes, et Bashar est reconnu comme incontournable dans la lutte contre DAESH.

 

Avec le retour de l’Iran, c’est aussi la reconnaissance par les États-Unis du rôle de ses alliés que sont la Russie et la Chine, qui ont toujours prôné une autre politique pour régler la crise syrienne et lutter contre le terrorisme islamique. La Russie surtout, en accord avec l’Iran, doit être un acteur essentiel sur ces deux sujets étroitement liés. D’autant plus qu’elle est indispensable pour permettre le désengagement américain d’Afghanistan vers le nord car elle est aussi directement menacée par la menace islamiste d’Asie Centrale. Son contrôle des frontières avec ses alliés asiatiques est fondamental.

 

Mais les négociateurs iraniens à Vienne ont dit à leurs homologues américains qu’ils avaient une stratégie différente de la leur pour lutter contre DAESH et qu’une éventuelle coopération ne serait envisageable qu’ultérieurement, une fois l’accord appliqué. Ce qui signifie que les Iraniens attendent un changement marqué de l’action américaine en Irak et en Syrie, se rapprochant de la leur.

 

En Afghanistan, l’Iran peut aussi aider les États-Unis car il a de bons contacts avec les Talibans, qui reviendront inéluctablement au pouvoir à Kaboul, leur combat étant devenu une résistance nationaliste qui n’a plus rien à voir avec l’époque Ben Laden et la destruction des bouddhas. Cette proximité s’appuie sur des intérêts géopolitiques partagés qui dépassent donc les différences confessionnelles entre chiites et sunnites.

 

La diplomatie iranienne devrait utiliser sa finesse traditionnelle pour aider l’Arabie Saoudite à sortir du guêpier dans lequel elle s’est mise en attaquant le Yémen avec une brutalité aussi inouïe qu’inefficace : les frappes aériennes ne font que détruire et affamer un pays pauvre, berceau de l’arabisme, mais où les Houthis de confession zaydite, alliés à une partie de l’ancienne armée nationale sont de farouches guerriers qui exigent seulement une meilleure reconnaissance de leur état. Seules de puissantes troupes au sol pourraient envisager de les soumettre, ce que l’Arabie est incapable de produire et que ses alliés pakistanais, égyptiens ou du Golfe n’ont aucune intention de fournir, à juste titre.

 

La France pourrait d’ailleurs s’entendre avec l’Iran pour imposer finement une fin à ce conflit qui n’a d’autre raison d’être que la fièvre obsidionale du nouveau roi et de certains princes de Ryad. Les importantes ressources énergétiques de l’Iran et son énorme potentiel de développement seront convoités par les États-Unis, l’Europe, la Chine, l’Inde et de nombreux pays dans des échanges d’intérêts réciproques. Sans doute Russie et Chine lui fourniront, en premier lieu les armements dont il a besoin, mais des marchés leur seront offerts en rapport avec leurs spécificités, par exemple l’automobile pour la Chine et le nucléaire civil pour la Russie.

 

La France devra montrer ses compétences dans tous ses domaines d’excellence pour se placer dans cette compétition, en surmontant le handicap de l’ancienne politique peu amicale de ses dirigeants politiques mais pas des entreprises qui sont, pour la plupart, restées en contact malgré les difficultés qu’on leur a faites.

 

Les États-Unis ont imposé cet accord aux forceps parce qu’ils voulaient s’adapter au nouvel équilibre du monde. Les Européens qui ne sont que leurs sujets, comme l’a récemment dit Poutine dans un entretien le 27 juillet à la Radio-Télévision Suisse (RTS), ne peuvent que l’approuver et se conformer à la nouvelle stratégie américaine ; mais ils devraient sans doute revoir leur lien avec l’allié hyperpuissant qui est toujours un acteur important mais désormais plus le seul, en particulier sur le continent. Dans un monde multipolaire, l’appartenance à l’OTAN est remise en question, surtout au moment où l’Union Européenne vacille sur ses fondements technocratiques qui l’ont empêché de devenir une puissance politique. Les peuples se montrent de plus en plus réfractaires aux directives de Bruxelles que les oligarchies qui les dirigent suivent aveuglément, alors qu’elles portent parfois atteinte aux intérêts nationaux ; ainsi en est-il des sanctions contre la Russie qui se retournent contre les États membres.

 

Il semblerait que le Général de Gaulle soit en train de remporter une victoire post mortem, tant le sentiment national refait surface en maints pays du vieux continent.

 

Verrons-nous simultanément un apaisement en Ukraine, cela indiquerait que la première puissance mondiale accepte enfin de partager avec les autres puissances l’organisation d’un monde meilleur où les différends ne seront plus systématiquement réglés par l’emploi de la force militaire.

 

Il ne faut pas rêver cependant : de nouvelles relations internationales basées sur des rapports "gagnants-gagnants" ne vont pas s’installer du jour au lendemain mais l’accord du 14 juillet 2015 pourrait être un point de départ dans cette direction

Alain Corvez
3 août 2015

Magistro

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 08:27
Par le capitaine de vaisseau (H) Yves Maillard, ancien attaché naval près l’ambassade de France à Moscou.

lundi 10 août 2015, repris sur Comité Valmy

 

 

Hollande a molli.

Méfiez-vous des marins qui font des phrases, surtout lorsqu’elles concernent ceux que l’on reconnait à ce qu’ils osent tout. Avoir osé casser le contrat Mistral avec la Russie et probablement aussi à brève ou moyenne échéance les bateaux eux-mêmes objets de ce contrat, inutilisables ailleurs et invendables, sauf à la ferraille, bateaux qui sont pourtant des chefs-d’œuvre de notre savoir-faire en matière de construction navale militaire, et alors que ce contrat représentait aussi un des meilleurs exemples de nos capacités commerciales extérieures, il fallait quand même le faire. François Hollande l’a osé, et l’a fait !

 

Il a tout cassé notre nouveau tonton flingueur. Tonton tout court, lui, en son temps, au moins, n’avait rien cassé. Entre la France et la Russie, ce sont des siècles de construction et d’élaboration de relations particulières et quasi affectives, pour le meilleur et pour le pire. Le pire, ce n’est pas la peine d’en parler, Tolstoï l’a suffisamment bien raconté dans Guerre et Paix, ou Fantin des Odoards dans son journal de campagne de capitaine de la Grande Armée. Le meilleur, c’est de Gaulle qui d’une main a construit notre force de dissuasion nucléaire, respectée par tous et qui rendait ses dires crédibles, et de l’autre rappelle qu’il ne saurait y avoir de construction européenne garante de la paix dans le monde sans la participation du grand voisin de l’Est.


Staline ne s’y était du reste pas trompé : il voulait faire participer de Gaulle à Yalta. Il avait préparé à son intention en cadeau un fusil incrusté d’or et de pierreries que l’on vous montre à Moscou, si vous vous tenez bien avec les Russes.


Le meilleur, c’était aussi le marquis de Traversay, héros de la guerre d’indépendance des Etats-Unis, au commandement de sa frégate il avait détecté au bon moment la position de l’amiral anglais Rodney, ce qui permit à de Grasse d’écraser ce dernier à la bataille de la Chesapeake, tournant décisif de la guerre. Traversay, avec l’autorisation de Louis XVI, se mit au service de la tsarine russe Catherine II. Entre autres, il fit construire les fortifications russes de la ville russe de Sébastopol (nom de l’un des deux Mistral, ce qui n’est pas un hasard), capitale russe de la Crimée russe. Crimée qui a toujours été, est et sera toujours russe, en dépit des caquètements baveux et myopes des conseillers corrompus de François Hollande qui nous mentent effrontément en essayant de nous persuader du contraire.


Le meilleur c’était encore le cuirassé Tsesarevitch construit il y a plus d’un siècle aux chantiers de la Seyne-sur-mer, le nec plus ultra de la construction navale du moment. Il devait être le modèle de la future armée navale russe. A Tsushima, bataille précipitée, il fut malheureusement seul de son calibre. Ne l’eut-il pas été que l’Histoire de tout l’Extrême-Orient eut été différente, et avec elle celle du militarisme japonais. Que de perspectives manquées peut-on entrapercevoir dans cette page trop rapidement fermée ! Non, nous n’avons en tous cas pas à rougir de ce que notre pays a fait par le passé, y compris construire des navires de guerre pour la Russie.

 

Le contrat Mistral s’inscrivait naturellement dans cette lignée d’engagements réciproques, pas seulement industriels ou commerciaux, que le temps a pavée pour nous. Sur ce coup là , aveuglé par des intérêts à courts termes vantés frauduleusement par des mercenaires de la finance internationale qui ne sont pas des nôtres, le petit gougnafier de la reine n’a pas bandé en roi (langage de marins) et a laissé passer une belle opportunité de faire ce que le temps ne nous permet pas tous les jours de faire. C’est une belle occasion que nous avons manquée de faire quelque chose d’utile à la construction d’un grand destin national, diplomatique cette fois. Certes Poutine n’est pas un démocrate modèle, et alors ? François Hollande en est-il un, lui ? Ils passeront tous les deux, nos pays et leur histoire resteront.

 

Pour payer sa forfaiture Hollande a dû emprunter un milliard et quelques d’euros sur les marchés internationaux, via le paravent à peine discret de la COFACE. Là aussi il fallait oser. Jusqu’au dernier moment on a pu croire qu’il ne le ferait pas. Tout le monde n’est évidemment pas perdant dans cette affaire forcément juteuse pour certains. Ceci, dit-on, ne représentera qu’un pouième de plus additionné à notre dette globale de deux mille milliards d’euros. Ben voyons !

 

Qu’importe ! Cet argent n’est pas le sien et ce n’est pas lui qui devra faire face un jour au nécessaire apurement de cette dette. Une barque surchargée finit toujours par chavirer quand on continue follement à la charger. On n’y échappe pas. Il en est de même des dettes abyssales qui viennent d’être ainsi encore aggravées.

 

De plus ce n’était certainement pas le moment de se faire décrédibiliser, en tant que partenaire honorable, fiable et respectable, par la Russie, et c’est probablement le pire de ce que nous avons durablement perdu dans cette lamentable affaire. Qui sait si ce n’est pas d’elle dont nous aurons besoin un jour, avec son formidable potentiel de développement, quand viendra celui inéluctable de la vérité financière. Allez, circulez, il n’y a plus rien à voir, ni plus rien à dire, nous dit-on. Certes l’écume de mer finit toujours par se fondre dans la houle. Mais la houle du large finit toujours, aussi, et en partant souvent de très loin, par venir se briser sur les réalités de la terre ferme.

 

François Hollande ?

 

Souhaitons qu’il remette un jour, peut-être, en se rhabillant ses culottes à l’endroit. En attendant, bon sang, qu’on lui donne un sabre de bois, avant qu’il n’en fasse trop !

 

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 10:37
par Karine Bechet-Golovko

Origine  Comité Valmy

 

 

Combien les Mistrals vont-ils coûter aux contribuables français ?

La presse française tente désespérément de cacher les chiffres, ou plutôt devrait-on dire le montant du désastre de la diplomatie française. Mais après la publication très claire dans le journal russe Kommersant, l’étendue des dégats et des mensonges est trop évidente, alors il faut encore faire semblant comme si l’honneur était sauf. Mais s’il y a bien une chose que la France a perdu dans cette affaire, c’est bien son honneur.

L’article dans le journal Le Monde est une très belle tentative propagandiste de dire les choses que l’on ne peut plus cacher tout en noyant le poisson au milieu de propos désordonnés et surtout totalement dénués d’analyse. Si l’on tente d’en tirer une idée plus ou moins logique, il en ressort que la France va rembourser moins que les 1,2 milliards du contrat, donc tout va bien. Et que, par ailleurs, pour que cela soit effectif, selon les mots du ministre de la défense Jean-Yves le Drian, encore faut-il que le Parlement adopte une loi de ratification déterminant le montant exacte et les modalités du paiement. Donc la démocratie est sauve.

Légers détails, l’argent est déjà sur les comptes russes et le montant est suprieur à celui de l’avance perçue. Ce qu’est bien obligé de révéler Le Monde après la publication de Kommersant. Bref, mettons les poinst sur les i :

- 1.La France va rembourser plus que l’avance perçue et le montant clamé des 1,2 milliards du contrat abstrait est avant tout une opération de communication. Cela va également concerner tous les frais engagés par la Russie en raison de ce contrat. Ce qui fut estimé par la Russie à plus d’1,1 milliard d’euros. Donc, la France a finalement reconnu le bien fondé de ces exigences.

- 2.D’autant plus que la France voulait au départ rompre le contrat en raison "des actions entreprises par la Russie dans l’Est de l’Ukraine et qui mettent en péril la sécurité de l’Europe". Ce à quoi le Président russe V. Poutine a rappelé que, dans ce cas, la Russie serait obligée de se retourner vers l’arbitrage européen.
Finalement, le fondement droit de l’hommiste n’est pas si solide que ça juridiquement et le contrat est résilié par consentement tacite. Les motifs politiques étant remis au placard, il devient délicat de fonder en droit la rupture unilatérale par la France sans en payer les indemnités dues. Car il s’agit bien de cela.

- 3.La France, qui a perçu une avance de 892,9 millions d’euros va devoir payer 1,163 milliards d’euros, alors qu’au départ elle ne voulait payer que 785 millions d’euros, soit moins que l’avance perçue et demandait encore à la Russie de prouver ces frais. Finalement, en plus du remboursement intégral de l’avance perçue, elle va devoir rembourser les frais engagés par la Russie pour le paiement des 400 matelots, la construction d’infrastructures, le démontage de toute la technique russe qui est montée sur les bateaux etc.

- 4.La Russie va récupérer la technologie qui a été montée par elle sur les bateaux.

- 5.Après tout cela, la France et les contribuables français auront la chance d’avoir la pleine propriété de bateaux qui sont inexploitables et invendables en l’état et coûtent au bas mot 5 millions d’euros par mois, toujours au contribuable. Ce qui est quand même une veine en période de crise. Et ce qui aurait pu être évité si la France avait justement une diplomatie digne de ce nom.

- 6.Pour finir, il semble très étrange d’entendre parler d’une loi de ratification. Car la somme a déjà été versée, secrètement, sur les comptes d’une banque russe. Secrètement pour éviter toute collision avec l’arrêt Yukos et la confiscation des fonds publics russes en France.

Donc que va ratifier le Parlement ? Un montant et des procédures de paiement ? Mais c’est un peu tard ... Cela aurait pu être possible pour sauver les apparences de la démocratie si le journal Kommersant n’avait pas ... fuité. Maintenant c’est simplement ridicule.

L’on pourrait encore parler des effets secondaires, en terme de réputation, dans le domaine politique, social etc. Mais c’est trop tard, le mal est fait. Maintenant, il va falloir se débarrasser au plus tôt de ces monstres des mers bien encombrants. Les Etats Unis ou l’OTAN n’en veulent pas ? Ah non c’est vrai. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs ... On peut toujours proposer des promenades dominicales familliales pour expliquer la logique et le prix des choix politiques français. Ce serait intéressant ...

Karine Bechet-Golovko
jeudi 6 août 2015

Russie politics

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:35
Par Alain Corvez

mardi 23 juin 2015,  Comité Valmy

 

Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations unies le 24 septembre 2013, le président iranien Hassan Rouhani a dit des choses essentielles pour améliorer les relations entre les nations du monde. Invitant à instaurer la modération dans les revendications des Etats, il a suggéré de supprimer « l’option militaire est sur la table » et d’adopter l’attitude « la paix est toujours possible », proposant enfin la formule : «  Le monde contre la violence et l’extrémisme. »

 

Le monde, a-t-il dit, n’est plus le résultat d’un équilibre entre deux blocs, ni dominé par une seule puissance, mais désormais multipolarisé et tous les Etats dont la base du pouvoir est dépendante des urnes, c’est-à-dire représente l’expression de la volonté du peuple, ont droit au même respect de leurs particularismes et de leurs intérêts légitimes. Aucune culture n’est supérieure aux autres et ne doit chercher à s’imposer.

 

Ce programme frappé au coin du bon sens et de l’humanisme universel ne semble pas être appliqué puisque des conflits incessants éclatent partout, notamment au Moyen-Orient, mais aussi au centre de l’Europe avec l’Ukraine, ou en Asie qui voit monter la tension entre les États-Unis et ses alliés et la Chine. L’affrontement nucléaire direct entre les puissances qui détiennent l’arme fatale étant impossible du fait de la dissuasion, toujours active quoi que certains en disent, elles poursuivent leurs objectifs stratégiques en entretenant des crises régionales avec leurs féaux par procuration.

 

En 2007 à Munich, le président Poutine avait fait un discours remarquable lors d’une réunion de l’OSCE, affirmant qu’un nouvel équilibre du monde se mettait en place avec la fin des hégémonies et qu’il fallait s’y adapter. Il ajoutait que la démocratie devait s’imposer partout mais qu’elle devait respecter les différences de races, de cultures et d’opinions et qu’elle ne consistait pas à l’oppression de la ou des minorités par une majorité autoritaire et dominatrice, mais à la prise en compte par celle-ci de l’ensemble des aspirations des populations.

 

Plus récemment, une résolution des Nations unies a appelé la communauté internationale à s’engager dans de nouveaux rapports entre les Etats, reconnaissant les différences et les respectant, invitant les nations à défendre leurs intérêts justifiés avec modération et à rejeter les extrémismes porteurs de violence. Cette résolution [1] reprenant les propositions du président Rouhani a été adoptée par l’Assemblée générale le 18 décembre 2013. Elle encourage les nations à défendre leurs intérêts par le dialogue et le respect des différences afin de bâtir « un monde contre la violence et l’extrémisme » où les inévitables rivalités seront apaisées par une concertation internationale équitable et non par des guerres.

 

Il faut noter le peu d’écho que cet important événement a eu dans les médias occidentaux.

 

C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu car les hommes ont désormais une puissance qui leur permet de faire exploser notre planète par un coup de folie. La dissuasion a fonctionné jusqu’à maintenant, nous préservant d’un cataclysme, l’équilibre de la terreur retenant jusqu’ici celui qui aurait eu envie de détruire son ennemi en lançant une salve nucléaire parce qu’il savait qu’il serait anéanti au même moment par la représaille automatique, mais on sent bien que certains bellicistes veulent nous persuader que les États-Unis possèdent un bouclier anti-missile qui les protège de frappes nucléaires en retour, rendant leur suprématie militaire à nouveau totale et annihilant le concept de dissuasion. Ceci est évidemment faux puisqu’aucun bouclier ou « dôme de fer » n’est entièrement étanche et ne le sera pas à moyenne échéance. En outre, les nouvelles puissances spatiales inventent chaque jour des armes nouvelles qui anéantissent la suprématie d’un quelconque adversaire.

 

Les peuples du monde, quelles que soient leurs richesses économiques ou culturelles doivent être égaux en droit. Aucune culture ne peut s’attribuer la prééminence et se croire le phare du monde. La liberté dont la statue éclaire le monde à l’entrée de la baie d’Hudson est l’apanage de toutes les nations, sans que l’une d’entre elles puisse se prévaloir à cet égard d’une supériorité éthique quelconque, même si elle possède momentanément une supériorité économique et militaire sur les autres.

 

La France ferait bien de se souvenir de son héritage intellectuel des « Lumières », et du niveau de prestige mondial où la politique du général de Gaulle l’avait portée en refusant l’alignement sur aucun bloc — à une époque où il était bien plus difficile que maintenant de sortir de l’OTAN — défendant le droit des peuples à décider eux-mêmes de leurs destins, prônant l’entente entre toutes les nations du globe qui l’acclamaient lors de ses nombreux tours du monde, car il connaissait les différentes cultures et proposait partout, en Asie, en Afrique, en Amérique latine de respecter les hommes avec leurs différences. C’est ce qui le guidait aussi dans sa volonté de construire une Europe de nations gardant leurs particularismes et leur souveraineté, qui devait, à ses yeux, s’ouvrir à une grande coopération avec la Russie et au-delà. Pour nous Français, qui possédons la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) mondiale grâce à nos territoires ultra-marins répartis sur les cinq continents, tout doit nous pousser à avoir une politique de citoyens du monde en entretenant avec toutes les nations des rapports de respect, de confiance et de coopération.

 

À cet égard, le choix diplomatique de notre pays de s’appuyer pour son action sur des monarchies arabes sunnites niant totalement les droits de l’homme, et d’attaquer des pays qui luttent contre le terrorisme islamique que ces mêmes monarchies soutiennent, est totalement aberrant et contraire à notre tradition historique, sans compter que tous les experts s’accordent pour reconnaître que ces régimes rétrogrades n’ont plus pour longtemps à subsister, menacés qu’ils sont par leurs querelles internes, les oppositions qui se redressent, et l’éloignement de leur protecteur américain : quand des dirigeants élus démocratiquement prendront les rênes de la péninsule arabique , quel jugement porteront-ils sur notre connivence actuelle avec leurs anciens oppresseurs. Si Israël est devenu leur allié objectif aujourd’hui, c’est parce qu’il craint lui aussi l’éloignement des États-Unis qui veulent mettre un terme à la « fitna », dispute entre chiites et sunnites, et tire aussi profit du terrorisme de Daesh qui ne l’a jamais menacé. La vente d’avions, navires et systèmes d’armes ne justifie pas une telle mésalliance. Les États-Unis, justement, sont en train de modifier leur stratégie au Moyen-Orient en se rapprochant de l’Iran et ils pourraient enfin décider de lutter plus utilement contre Daesh dont ils connaissent bien les commanditaires. On peut comprendre l’inquiétude d’Israël et des wahhabites de la péninsule ainsi embarqués dans le même bateau qui prend l’eau.

 

Le souhait d’un monde apaisé avait été exprimé maintes fois par le général de Gaulle, qui alimentait ses visions prophétiques dans une profonde réflexion philosophique, ce qui l’amenait à délivrer des messages au monde entier que les grands d’alors n’appréciaient pas toujours, mais qui emportaient l’adhésion des peuples. S’adressant aux universitaires mexicains lors de son voyage au Mexique en mars 1964, il délivra un message philosophique et politique, d’une frappante actualité cinquante ans après, dont j’extrais ce court passage significatif :

 

"En effet, par-dessus les distances qui se rétrécissent, les idéologies qui s’atténuent, les politiques qui s’essoufflent, et à moins que l’humanité s’anéantisse elle-même un jour dans de monstrueuses destructions, le fait qui dominera le futur c’est l’unité de notre univers ; une cause, celle de l’homme ; une nécessité, celle du progrès mondial, et, par conséquent, de l’aide à tous les pays qui le souhaitent pour leur développement ; un devoir, celui de la paix, sont, pour notre espèce, les conditions mêmes de sa vie."

 

Le Général a donc été le premier à défendre une autre organisation du monde, à une époque où les deux blocs rivaux dominaient pourtant le monde et ne laissaient guère de place à la contestation de leur hégémonie. Lors d’une conférence de presse à l’Elysée le 9 septembre 1965, il n’hésita pas à proposer un nouveau système monétaire international :

.…

"C’est ainsi que, tenant pour bon qu’un système international aménage les rapports monétaires, nous ne reconnaissons à la monnaie d’aucun Etat en particulier aucune valeur automatique et privilégiée par rapport à l’or, qui est, qui demeure, qui doit demeurer, en l’occurrence, le seul étalon réel. C’est ainsi qu’ayant été, avec quatre autres puissances, fondateurs de l’ONU et désirant que celle-ci demeure le lieu de rencontres des délégations de tous les peuples et le forum ouvert à leurs débats, nous n’acceptons pas d’être liés, fût-ce dans l’ordre financier, par des interventions armées contradictoires avec la Charte et auxquelles nous n’avons pas donné notre approbation. D’ailleurs, c’est en étant ainsi ce que nous sommes que nous croyons le mieux servir, en définitive, l’alliance des peuples libres, la communauté européenne, les institutions monétaires et l’Organisation des nations unies… En effet l’indépendance ainsi recouvrée permet à la France de devenir, en dépit des idéologies et des hégémonies des colosses, malgré les passions et les préventions des races, par-dessus les rivalités et les ambitions des nations, un champion de la coopération, faute de laquelle iraient s’étendant les troubles, les interventions, les conflits, qui mènent à la guerre mondiale".


Il ajoutait dans cette même conférence de presse sa vision de l’avenir du monde :

…"La même entente des mêmes puissances qui ont les moyens de la guerre et de la paix est, pour la période historique que nous traversons, indispensable à la compréhension et à la coopération que le monde doit établir entre toutes ses races, tous ses régimes et tous ses peuples, à moins d’aller, tôt ou tard à sa propre destruction. Il se trouve, en effet, que les cinq Etats, dont dépend en définitive le destin de l’Asie du Sud-est et qui, d’ailleurs, sont ceux qui détiennent les armes atomiques, ont fondé en commun, il y a vingt ans, l’Organisation des nations Unies pour être les membres permanents de son Conseil de sécurité. Ils pourraient demain, s’ils le voulaient, et dès lors naturellement qu’ils y seraient ensemble, faire en sorte que cette institution, au lieu d’être le théâtre de la vaine rivalité de deux hégémonies, devienne le cadre où serait considérée la mise en valeur de toute la terre et où s’affirmerait, par-là, la conscience de la communauté humaine. Il va de soi qu’un tel projet n’a actuellement aucune chance de voir le jour. Mais s’il devait jamais apparaître que le rapprochement, puis l’accord, des principaux responsables du monde fussent possibles à cette fin, la France serait, pour sa part, toute disposée à y aider".

 

Imprégné de ces visions, nous observons évidemment d’un œil intéressé et sympathique les efforts que les BRICS et, au-delà, les émergents, font pour s’organiser dans le sens d’accords « gagnant-gagnant ».

 

Le grand projet de Nouvelle route de la soie et les innombrables projets d’infrastructure qui lui sont liés, la création par la Chine de la Banque asiatique d’investissement et d’infrastructure (BAII) ouverte à tous et sans droit de veto d’aucun participant, la création de l’Union économique eurasienne par la Russie, UEE, qui pourrait déboucher sur une union monétaire eurasienne sont des indications concrètes que le monde s’est affranchi de la tutelle américaine.

 

Car enfin, les Etats-Unis et ses alliés qu’on a coutume d’appeler l’Occident ne représentent qu’environ 800 millions à 1 milliard d’habitants, suivant qui on inclut dans cette désignation de plus en plus imprécise sur ses soi-disant valeurs, et le reste du monde est dans la logique internationale quand il s’organise en fonction de son poids démographique, économique et même militaire : les BRICS représentent un cinquième de l’économie mondiale et n’ont au FMI que 11 % de voix. Il est bien normal que le monde se rééquilibre sur des bases plus réalistes et justes.

 

Dans ce nouvel ordre mondial, l’Europe ferait bien de revoir où est son intérêt : il est de s’associer à l’organisation du continent en coopération avec la Russie au lieu d’accompagner l’affrontement que développent les Etats-Unis contre elle. L’hostilité de l’Union européenne dessert les intérêts de ses membres et ne fait que repousser Moscou vers l’Asie et notamment vers Pékin.

 

L’UE, de plus en plus inexistante au plan politique, vacillant économiquement dans des structures paralysantes, ne semble pas réaliser les nouvelles donnes géopolitiques. Seules la France et l’Allemagne ont montré leur souhait de calmer le jeu en Ukraine, mais il faudrait des initiatives beaucoup plus volontaristes pour parvenir à un accord qui donnerait des assurances aux deux camps qui s’opposent. La crise ukrainienne pourrait être le catalyseur d’un ébranlement durable de cette organisation supranationale qui rend les grands pays fondateurs esclaves des petits pour toute décision concernant les relations internationales. Les sanctions sont contre-productives et plusieurs pays ont exprimé leur ferme opposition à leur prolongation, comme l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Grèce et Chypre, parfois de façon virulente.

 

La France et l’Allemagne, prisonnières de leurs positions de moteur de l’UE hésitent à s’engager trop pour un allègement ou une suspension, mais on sait que de nombreux groupes économiques dans ces pays font pression pour un changement de politique vis-à-vis de la Russie. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le refus de livrer les BPC Mistral comme une rupture de contrat inadmissible et une tâche sur la parole de la France. Les relations extérieures des États membres sont subordonnées à une politique décidée à Bruxelles sous influence clairement américaine, influence très générale mais qui trouve un écho particulièrement en Pologne et dans les Etats baltes. Combien de temps encore les grands pays fondateurs accepteront cette sujétion qui leur fait adopter des positions contraires à leurs intérêts ? Je ne ferai pas de pronostic mais il est désormais évident que les dissensions internes de cette UE exigent de la refonder sur la base d’une Europe de nations souveraines qui reprendront avec la Russie une coopération et un dialogue interrompu pour déboucher un jour sur un partenariat économique et stratégique.

 

L’avenir de l’humanité est dans la coopération équilibrée entre les Etats du monde pour développer des projets « gagnant-gagnant », en respectant les particularismes et les cultures de tous dans l’intérêt général. La guerre ne doit plus être le moyen de régler les différences ou les rivalités entre nations qui doivent le faire par des échanges diplomatiques et un désarmement général équilibré doit être engagé, auquel la France devrait se joindre quand les grands détenteurs d’armes de destruction massive auront entamé le démantèlement de leur arsenal fatidique.

 

En conclusion, reprenons la formule du président Rouhani : « La paix est toujours possible » au lieu de la menace belliciste : « L’option militaire est sur la table. »

Alain Corvez
juin 2015.
Texte reçu de l’auteur par comité Valmy pour publication

Mise en ligne CV : 22 juin 2015

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 14:42

Le mélange des genres et  la multiplication des échanges internationaux  ne laissent  que la portion congrue au social… « L’argent » doit cesser d’être objet de spéculations et moyen de corruption pour redevenir un intermédiaire d’échanges utiles. Retour sur la théorie marxiste. Ce qui est valable pour la Russie, pour les BRICS en général, l’est aussi pour nous, comme pour tous les pays de la planète. Pas d’autre solution que de combattre la loi de la jungle … J Freychet

 

Aujourd'hui, tout comme après les trois guerres du XXe siècle, la Russie voit se rétablir sa richesse nationale, estime Timofeï Sergueïtsev, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

 

http://fr.sputniknews.com/club_zinoviev/

 

A vrai dire, j'en ai déjà assez d'entendre des mots étrangers pour désigner l'agression économique que subit actuellement la Russie — "sanctions" tout particulièrement. Non, ces sanctions n'existent pas et ne peuvent tout simplement pas exister car il n'y a aucune violation de normes juridiques et aucunes compétences. La conception de William Kristol sur l'hégémonie morale américaine dans le monde, qui sert actuellement d'arme pour la politique étrangère de la Maison blanche et du département d'État, non seulement n'exige pas de telle norme juridique internationale mais se base sur l'inexistence du facteur de droit dans la "realpolitik" internationale. Ainsi, la tentative d'instaurer l'isolation économique de la Russie et ce terrorisme financier ne peuvent pas plus être considérés comme des "sanctions" que le célèbre amendement Jackson-Vanik. La pression sur la Russie a commencé parce que cette dernière a commencé à se rétablir après le cauchemar et le désordre des années 1990, parce qu'elle pourrait très bien renoncer à la politique économique de privatisation totale et au programme de dérèglement, considéré comme la seule voie juste — voire possible. Il s'agit en réalité d'une lutte pour la répartition des richesses mondiales. Ce qui soulève la question du rétablissement de la richesse nationale russe, comme après les trois guerres du XX siècle.

 

Quelles étaient les faiblesses principales de la propriété populaire, fondement économique de l'URSS? Suite à la Seconde Guerre mondiale, la critique trotskiste compréhensive de Tony Cliff considérait — de manière très persuasive — le système économique soviétique comme un capitalisme d'État, c'est-à-dire la concentration maximale du capital, le monopole étatique maximal (dans le cadre d'un seul pays, même le plus grand du monde). Le monopole et la concentration avaient été les objectifs concurrentiels principaux du capital pendant les XIXe et XXe siècles, et l'URSS les a atteints. Vers les années 1970 la compétition entre l'URSS et les États-Unis s'est soldée par la victoire économique convaincante de l'Union soviétique, alors que les USA ont mis le cap sur la détente et le désarmement car ils étaient incapables de maintenir le rythme de la course aux armements. Mais ce triomphe de l'URSS s'est avéré une victoire à la Pyrrhus. Le capitalisme a changé de manière radicale: à vrai dire, il a cessé d'être le capitalisme.

 

Nous n'allons pas nous arrêter sur les défauts de la centralisation soviétique, qui sont une erreur possible de Moscou. Il s'agit notamment du refus conscient d'élargir l'éventail des produits de consommation au nom de la psychologie sociale ou de développer les transports individuels au détriment de ceux en commun. Est-ce vraiment une erreur? Car l'essentiel est la stratégie et la structure générale du système. Nous n'allons pas non plus analyser en détails la trahison de l'état-major bien que cette dernière ait évidemment eu lieu. Mais est-ce que nous renonçons au cerveau en faveur de la moelle, à la conscience en faveur des instincts, parce que le dernier est plus ancien que le premier et assure mieux la survie de l'individu? L'évolution rejette catégoriquement cette idéologie. A quel problème la Russie fait-elle donc face en réalité? Quel problème a provoqué, dans les années 1990, son dépouillement qui persiste encore aujourd'hui?

 

Pour comprendre la situation il faut savoir faire la distinction entre l'économie et la production, établie par Alexandre Zinoviev dans les meilleures traditions de l'"économie de pensée", si aimée par nos collègues philosophes américains. D'après Zinoviev, l'économie est la monétisation des relations sociales, alors que la production regroupe toute activité nécessaire pour libérer la reproduction humaine des conditions naturelles. Reprenant Lyndon LaRouche: la production est l'"économie physique" destinée à surmonter les limites de la croissance de la population humaine (ces limites apparaissent quand la croissance de plus en plus rapide de l'humanité se heurte au caractère fini des ressources — c'est l'icône principale de l'écologie). La production devient de plus en plus économique et passe sous le contrôle de l'argent, ce qui constitue la version classique du capitalisme. Mais au XXe siècle l'économie a de loin dépassé les limites de production. C'est donc la raison de la crise systémique actuelle — pas la surproduction classique.

 

A l'époque capitaliste classique les procédés économiques principaux — la production, la distribution (y compris le transport), l'épargne et la croissance — ne faisaient que se refléter dans le miroir de l'argent, alors que les rapports entre les marchandises et l'argent se fondaient sur le principe d'équivalence. La richesse résidait dans la masse de marchandises, l'épargne dans les infrastructures territoriales fixées (tout d'abord les villes), le développement — dans la révolution scientifique et la distribution — dans la politique sociale des États. L'argent n'était qu'une mesure relative de tous ces facteurs. Mais cette logique de la réflexion et de l'équivalence de l'argent est aujourd'hui obsolète. D'une part à cause du développement de l'économie. La révolution industrielle a fait exploser la masse de marchandises et privé l'or et ses dérivés de leur statut de standard de coût, de bien le plus important. L'or ne peut évidemment pas servir de nourriture, et son utilité industrielle est très limitée (par rapport notamment aux ressources énergétiques). Qui plus est, il a perdu son image sacrée à cause de la décadence de toutes les choses sacrées. L'argent papier est devenu de plus en plus populaire bien que ce dernier se soit longtemps fondé sur la couverture or ou similaire.

 

La résolution du problème des crises de surproduction — du point de vue de la gestion économique (monétaire) — prévoit dans le monde entier la création de systèmes de surconsommation. Il s'agit de former une diversité fictive de marchandises, d'imposer leur éventail excessif, de réduire de manière radicale leur durée de service — notamment grâce aux mécanismes sociaux — de créer la pseudo-modernisation, la pseudo-consommation, la pseudo-épargne sous forme de marchandises etc. La croissance supplémentaire (par rapport à la révolution industrielle) de la masse de marchandises provoquée par l'organisation de la surconsommation a privé la gestion des échanges commerciaux de la possibilité d'utiliser une marchandise-clé comme un étalon universel de coût. Si on ajoute ici le "service intrusif" qui règne dans la vie sociale — les pseudo-services offerts à des prix colossaux — il s'avère que l'argent-or ou même l'argent-énergie dont on parle souvent aujourd'hui, sont tout simplement impossibles dans les conditions actuelles. L'argent s'est totalement débarrassé des restes de son sens producteur et ne constitue désormais qu'un outil de gestion pur et dur.

 

A l'époque actuelle de l'évolution historique le vieux débat scolastique entre les réalistes et les nominalistes sur la primauté des choses-mêmes (les réalistes) ou de leurs noms — les nominalistes — dans le domaine de la circulation de l'argent s'est définitivement résolu en faveur des derniers. Car la nature de l'argent actuel n'est pas réelle, mais nominative. Les financiers américains ont probablement été les premiers à comprendre cette donne, ce qui leur a permis de prendre le contrôle de toute l'économie mondiale (et de son noyau productif), c'est-à-dire d'abuser de leur rôle, devenant l'emprunteur le plus grand et le plus irrémédiable de l'histoire des finances mondiales. Ils ont réuni entre leurs mains l'essentiel des richesses mondiales et tous les moyens nécessaires pour gouverner le monde. L'argent moderne (nominal) assure les liens nominaux (possibles) entre tous les acteurs économiques. On peut tirer ici un parallèle avec les communications téléphoniques. Même au niveau actuel des technologies numériques, tous les abonnés ne peuvent pas s'appeler en même temps. Nous avons la possibilité d'appeler n'importe qui à tout moment, parce que nous n'appelons pas tous les autres abonnés en même temps. Ainsi, l'argent moderne n'a aucune couverture en marchandises privilégiées ou en masse totale de marchandises, même potentielles, pas encore produites. Et il ne s'agit pas d'une conséquence embarrassante de l'accumulation de disproportions dans le système d'échanges, mais du principe de fonctionnement du système.

 

L'argent moderne regroupe non seulement les billets physiques et les fonds numériques, mais aussi tous les titres et autres outils financiers. Même si nous ne tenons pas compte de ces dérivés pour nous concentrer sur le sens strict de l'argent, le volume de ce dernier dépasse la valeur de toutes les marchandises existantes selon les prix actuels. L'émission d'argent est soutenue comme excédentaire et se présente comme l'outil principal de gestion de tous les procédés économiques qui assurent la gestion de l'activité diverse et productive. Dans le cadre de ce système le volume essentiel d'argent doit être stérile par rapport au volume de marchandises, sans toucher ce dernier. Ce procédé est assuré par la circulation spéculative des outils financiers, au sein de laquelle l'agent passe d'une forme à une autre et n'a aucun lien avec le secteur réel. Et cela fait également partie de l'émission.

 

Dans L'Alchimie de la finance, George Soros décrit honnêtement l'économie moderne comme un système principalement déséquilibré. Un tel système ne peut fonctionner qu'à condition d'une gestion profonde et rigoureuse. Il est incapable de s'autoréguler. Et l'émission excédentaire — qui remplace l'émission déficitaire, c'est-à-dire ayant une couverture or ou métallique — permet de transporter de manière ciblée le volume global des marchandises et des ressources de l'activité économique et productive. Le volume excédentaire d'argent s'accumule grâce aux marchandises fausses, aux services inutiles et aux surdépenses. Il ne peut être éliminé qu'à l'aide de l'effondrement des systèmes financiers de pays entiers et d'organisations financières importantes au niveau global. L'expropriation des comptes chypriotes n'est dans ce contexte qu'une goutte d'eau dans l'océan. Car il nous faut s'attendre dans le futur à l'amortissement de la dette européenne et, bien sûr, américaine. Les uns peuvent profiter de l'émission qui reste en même temps un tabou pour les autres. Les uns doivent épargner alors que les autres peuvent dépenser. En vieux termes de réalisme économique il s'agit tout simplement de pillage. Et les victimes vont certainement s'y opposer dans leur politique intérieure et extérieure. Ce qui ne fait que souligner l'importance de l'Otan et de l'activité militaire des États-Unis.


 Une solution juste et constructive de la crise exige évidemment de "déséconomiser" et de démonétiser le secteur nominal excessif des relations sociales, de rendre à la production son rôle-clé dans l'activité économique, de rétablir les objectifs réels de l'économie. Mais cela ne comprend pas que le contrôle de la consommation voire sa réduction: elle a besoin d'une réorganisation compréhensive et systémique. Le rétablissement du statut réel et de la nature productive de l'économie ne signifie pas non plus un retour vers un argent métallique ou réel. Les USA ont réussi à duper le monde entier parce qu'ils avaient été les premiers à comprendre le caractère irréversible de la transition vers l'argent nominal. Mais dans le cadre de l'économie réelle cet argent nominal ne doit être qu'un moyen strictement contrôlé de gestion qui empêche l'argent de "projeter" sa nature nominale sur toute l'économie, de la couper de sa base productive. Cet argent technique est en principe hétérogène: le cash et la monnaie scripturale, des monnaies pour les personnes physiques et morales, pour les transactions intérieures et extérieures — tous ces outils financiers doivent se distinguer l'un de l'autre. Cela a été le cas en URSS. Mais ayant effectué la transition vers l'argent nominal, l'Union soviétique n'a pas pu garder les cadres de l'économie réelle.

 

Les États-Unis ne prendront évidemment aucune des mesures mentionnées ci-dessus. Ils tenteront d'annuler leur surendettement aux frais des créanciers et de fixer leurs revenus à long terme en exploitant le monde. Ces revenus ne résultent pas de leur capital national ou du capital en général, mais du contrôle de la circulation mondiale d'argent nominal. L'économie mondiale et celle des pays isolés ne peuvent pas se détacher complètement de leur noyau productif malgré toute leur croissance non-productive, virtuelle et nominale. Le travail (notamment un travail bon marché) le reste toujours, tout comme les ressources (tout d'abord les aliments et l'énergie), le territoire (la terre est une entité productive), l'infrastructure (notamment les villes et le transport) et la faim. Cette situation provoque toutes sortes de guerres, ouvertes ou secrètes.

Il ne faut pas non plus s'attendre à une issue globale à la crise. La résolution n'est possible qu'au niveau des pays ou de blocs économiques régionaux. Pour la Russie il s'agit des BRICS et de la région Asie-Pacifique. Et même de certains pays européens si ces derniers arrivaient à se débarrasser de la tutelle américaine. Mais cela sera pratiquement impossible si on ne se fonde pas sur sa propre souveraineté économique et productive. Et la souveraineté économique exige un argent national. Le caractère nominal de l'argent moderne ne signifie pas l'absence totale de couverture car sans cette dernière il ne peut tout simplement pas fonctionner, tout comme sans le facteur de confiance. L'argent moderne est couvert — mais pas de manière équivalente — par tout le volume de marchandises qu'on peut acquérir en utilisant l'agent comme moyen de paiement. Dans le monde global il ne s'agit évidemment pas des marchandises qui se trouvent sur le territoire national ou produites par l'économie nationale. En bref, avec les dollars américains on peut acheter n'importe quoi partout dans le monde, alors qu'avec les roubles tout n'est pas accessible, y compris sur tout le territoire russe même si le prix est fixé en roubles. C'est la force de l'agent nominal. Et il faut en profiter. La Russie doit changer radicalement son approche envers les transactions en roubles. Il faut effectuer tous les exportations en roubles, sortir du système GAFI en ce qui concerne les comptes en roubles, libéraliser complètement les échanges dans cette monnaie, y compris la circulation du cash. Mais aujourd'hui la Russie n'a pas encore son propre argent.

 

Les difficultés ne résident pas seulement dans la "faiblesse" russe. Car la Russie n'est pas si faible et ruinée. Le nouveau monde post-capitaliste de l'économie nominale, que ses idéologues décrivent comme un monde post-industriel, se trouve en effet au-delà de la réalité des théories politiques et économiques d'origine marxiste. Mais il n'existe pas aucune autre théorie. Elle est remplacée par une idéologie économique monotone: le marché libre, la croissance, l'économie d'innovations etc. C'est pourquoi ce monde de crise est opaque d'un point de vue épistémologique. Il ne s'agit en aucune façon de complot: il n'est pas nécessaire de se cacher parce que personne ne comprend rien. La Russie devra donc développer sa propre théorie de développement économique et productif. 

 

Timofeï Sergueïtsev, méthodologue, philosophe, membre du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 18:20
( Note de JF : Mais si mais si, en faisant comprendre à l’opinion quelle est la nature du problème à résoudre)
 

copié  sur Comité Valmy

Par Paul Craig Roberts

 

Le docteur Paul Craig Roberts est extrêmement méticuleux quant à l’examen des problèmes auxquels font face l’Amérique et les économies développées aujourd’hui. Vous pourrez être en désaccord avec ce qu’il dit mais en tant qu’ancien sous-secrétaire au trésor, professeur académique et éditeur au Wall Street Journal, il sait de quoi il parle…
 
Elle est menée sur plusieurs fronts et conduite par différentes personnes qui suivent leurs propres agendas bien qu’elles semblent toutes s’entraider.

 

1 La financiarisation de l’économie par les grandes banques :

« Cela signifie concrètement qu’elles convertissent tous les surplus économiques dans le paiement des intérêts de la dette. Elles siphonnent toute la vitalité de l’économie. Il ne reste plus rien pour alimenter la demande des consommateurs, l’investissement, et les systèmes de retraite. La financiarisation exproprie le surplus économique, qui est créé à travers le maintien du niveau de vie actuel, au profit des intérêts de la dette. »

 

2 La délocalisation des emplois de la classe moyenne par les multinationales et Wall Street.

« C’est ce que les multinationales et Wall Street ont réussi à accomplir en délocalisant le travail manufacturier et les compétences professionnelles, comme dans le secteur de la programmation informatique et des technologies de l’information. En délocalisant ces emplois, elles ont recréé les conditions du marché du travail et de l’exploitation qui avaient cours au 19ème siècle. »

3 La manipulation des marchés de l’or par les banques sur les marchés à terme.

« Il n’y a plus de mécanismes de libre-marché sur les marchés à terme, ils sont entièrement manipulés. »

 

La collusion entre les participants

« Je pense que la collusion est gigantesque. Par exemple, le gouvernement a collaboré avec les grandes banques au niveau de la dérégulation du système financier. Ils ont révoqué le Glass-Steagel Act. Ils ont affirmé cette idée absurde que les marchés financiers étaient auto-régulés. Ils ont transformé le système financier en un gigantesque casino où les paris sont couverts par les contribuables et les banques centrales. »

Le cancer qui a pris naissance dans le système financier US a contaminé l’ensemble des économies. Les métastases de ce cancer ont été les grandes banques internationales.

 

La réponse de Washington à Wall Street

La répression financière passe également par la collusion du gouvernement qui sert les intérêts financiers. Wall Street est en effet un important bailleur de fonds électoral qui place les politiciens dans une situation de dépendance pour être réélus. Ils répondent donc de préférence aux intérêts de leurs donateurs par rapport à l’intérêt public qui lui ne rapporte rien.

Ils répondent principalement aux intérêts :

- de Wall Street

- du complexe militaro-industriel

- de l’agro-business, comme Monsanto

- des industries extractives

Ce sont les groupes d’intérêt les plus puissants qui utilisent le gouvernement à leur profit.

 

Il n’y a plus de contre-pouvoirs à Washington

Avec la destruction des emplois manufacturiers aux USA du fait des délocalisations, le pouvoir des syndicats est devenu très réduit, ainsi que les sources de financement indépendantes du parti Démocrate.

« Vous avez maintenant deux parties avec la même tête et qui répondent aux mêmes maîtres. Il n’y a plus de contre-pouvoir. »

L’opposition traditionnelle entre les démocrates soutenant les travailleurs contre les républicains pro-business n’existe plus. Les deux parties représentent les intérêts financiers.

 

C’est la raison pour laquelle vous ne pouvez rien faire contre la répression financière !

Le contrôle néo-conservateur de la politique étrangère

6 billions de dollars de dette de guerre

Cela fait 14 ans que nous sommes en guerre et nous avons ajouté 6 billions de nouvelles dettes à la dette nationale afin de financer ces guerres « sans dépenser 5 cents d’investissements pour le pays.

« Les néo-conservateurs sont à l’origine de la confrontation avec la Russie (qui est insensée ), avec la Chine (ce qui est également insensé). Les états-unis n’ont pas la puissance nécessaire pour dominer la Russie et la Chine. Particulièrement depuis que les deux pays ont noué une alliance stratégique.

La majeure partie du monde se détourne des états-unis à cause des abus de Washington :

- abus dans la gestion du dollar comme monnaie de réserve mondiale

- abus dans la gestion du système de paiement en dollars

- l’utilisation de sanctions unilatérales comme moyen de guerre économique

- l’instrumentalisation du mécanisme d’apurement des dettes comme moyen de pression

- les BRICS mettent ainsi en place leur propre substitut au FMI

- le scandale du système de surveillance massif de la NSA qui conduit certains à vouloir construire leur propre réseau Internet

 

Tout ceci n’affectera pas seulement le business mais le pouvoir mondial américain. Ce dernier va commencer à péricliter.

 

Si vous mettez en parallèle la volonté des néo-conservateurs de dominer le monde avec le déclin de la puissance américaine, vous ne savez pas où cela peut conduire ! C’est une situation très dangereuse. Je suis surpris que les autres nations aient mis si longtemps à réaliser à quel point les états-unis étaient une menace pour le reste du monde.

 

Le système de paiement international basé sur le dollar est destiné au pillage des autres économies. Le dollar, la globalisation et le néo-libéralisme, sont les outils de l’impérialisme économique américain. Certains pays ont commencé à en prendre conscience. Le pillage des nations par l’impérialisme économique américain à atteint un point où ce dernier devient contre-productif et se retourne contre lui-même – la Grèce en est un bon exemple. »

Traduction Guillaume Borel

Source : Zero Hedge

22 février 2015

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 17:59
Abandonner les postures idéologiques pour revenir au réalisme géopolitique et aux visions à long terme
par Alain Corvez

mercredi 21 janvier 2015, pris sur  Comité Valmy

 

Signature du pacte Franco Soviétique le 10 décembre 1944. Prémonitoire, il devait être revu 20 ans plus tard pour maintenir l’Allemagne hors d’état de nuire... Comité Valmy

Colloque au Palais Bourbon - Salle Colbert le 19 janvier 2015 :

 

La dégradation des relations entre La France et la Russie étant née de la situation en Ukraine, j’ai relu l’été dernier le délicieux petit livre que Jacques Benoist-Méchin, dont on connaît les sympathies pour l’Allemagne et l’antipathie pour le communisme soviétique, publia en mai 1939 « Ukraine. Le fantôme de l’Europe », dans lequel il exprime avec le talent littéraire et les accents poétiques qu’on lui connaît son amour pour les populations qui habitent à l’époque cette région au centre de l’Europe. Il commence ainsi :

 

« L’Ukraine, chimère ou réalité ?

Qu’est au juste l’Ukraine, ce pays dont ni le nom, ni les frontières ne sont tracés sur les cartes de l’Europe ? Qu’est-ce que les Ukrainiens dont certains voyageurs nous disent : » Plus nombreux que les Polonais, plus virils et plus cultivés que les Roumains, plus loyaux envers leurs aspirations nationales que les Tchèques eux-mêmes, ils forment la nation la plus romantique de l’Europe- la nation que personne ne connaît. » ?

 

Demandons-le aux Russes-tsaristes ou staliniens- aux Polonais, aux Roumains, aux Hongrois. Ils nous répondront d’un ton passionné : « Attention ! vous faites fausse route. L’Ukraine n’existe pas. C’est une chimère de l’esprit, une fiction créée de toutes pièces par une insidieuse propagande… » Interrogeons des membres de l’émigration ukrainienne en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis. :

 

Ils nous diront avec plus de passion encore : « Le martyre de l’Ukraine est un des crimes les plus monstrueux de l’histoire. Tant que l’Ukraine sera asservie, la paix ne sera qu’un leurre. »

 

Benoist-Méchin retrace ensuite la longue histoire de l’Ukraine depuis la Grèce et Rome puis l’invasion de Rurik et ses Varègues qui fondèrent la Russie à Kiev en 862, ayant donné le mot scandinave « Rus » aux habiles rameurs des rivières puis à tous les habitants. Les premiers princes de Kiev développèrent le pays, s’allièrent à Byzance et marièrent leurs filles aux plus grands souverains d’Europe : ainsi la princesse Anne de Kiev, fille du descendant de Rurik, Jaroslav, épousa en 1051 le roi Henri Ier de France. Les Tartares de Gengis Khan chassèrent momentanément ces premiers Russes au XIIIème siècle puis ce fut la Pologne en rivalité avec la Lituanie qui exerça sa domination. Il serait trop long de continuer ce rappel historique car ce sont tour à tour les Suédois, les Russes, les Autrichiens, un court moment Napoléon, puis les Allemands et enfin à nouveau les Russes qui s’y succédèrent. Mais les Russes y furent toujours présents de façon plus ou moins dense. L’originalité des Cosaques, dont le nom vient du turc « kassak » qui veut dire « bon soldat », populations hétéroclites qui s’organisèrent en résistances militaires aux différents envahisseurs est éclairée dans cet ouvrage documenté.

 

Après un peu d’histoire, venons-en à la géopolitique, dont l’une ne peut se faire sans l’autre, qui analyse les rapports de forces dans le monde, forces étatiques et forces idéologiques, les deux étant souvent entremêlées, afin de comprendre comment elles s’exercent et comment les intérêts des états sont défendus en mettant en œuvre les moyens appropriés. Cette étude devrait rester froide et réaliste en rejetant tout jugement orienté idéologiquement. Ce qui ne veut pas dire être aveugle et ignorer la force des propagandes qui peuvent arriver à justifier l’injustifiable. Les moyens de la belligérance ne sont plus seulement les forces armées mais aussi les moyens médiatiques qui visent à convaincre les populations et avec elles leurs dirigeants, du bien et du mal jugé à l’aune des intérêts des états et à justifier les positions bellicistes et les prétentions. La combinaison de la force militaire et de la propagande, c’est le mot qui convient, a été employée depuis longtemps,-souvenons-nous de l’enthousiasme des foules allemandes, fanatisées par un certain Goebbels, pour soutenir le régime nazi et ses folles ambitions. Avec les moyens modernes de communication, notamment l’Internet, les possibilités d’influence se sont multipliées mais aussi les critiques en retour des libres penseurs, ce que des surveillances accrues cherchent à museler. Concernant l’Ukraine, des déclarations frôlant l’hystérie ont fleuri largement et je propose donc de retrouver un peu de raison.

 

Revenons aux fondements de l’analyse géopolitique qui devrait rester dépassionnée et n’oublions pas la phrase terrible de Frédéric Nietzsche :


« Les Etats sont des monstres, les plus froids des monstres froids. »


Les états ont des intérêts à défendre, c’est leur seule règle et, lorsqu’il s’agit d’intérêts vitaux, tous les moyens sont bons pour le faire. Mais le monde s’est organisé pour limiter les excès de cette dure loi des relations internationales depuis la SDN et maintenant l’ONU, sans parler de la « Trêve de Dieu » instaurée au Moyen-Âge par l’Eglise pour limiter les dégâts des rivalités féodales. Le 18 décembre 2013 la résolution de l’ONU n° A/RES/68/127, adoptée par l’Assemblée Générale encourage les nations à défendre leurs intérêts avec modération par le dialogue et le respect des différences afin de bâtir « un monde contre la violence et l’extrémisme », ainsi que l’avait proposé le Président iranien Rouhani lors de son discours à la 68ème session de l’ONU le 24 septembre 2013, initiateur de cette résolution.

 

Les évènements récents ne montrent pas une application de ces préceptes sages, notamment en Ukraine où un conflit meurtrier oppose au cœur de l’Europe l’Est et l’Ouest comme au temps de la guerre froide que l’on croyait définitivement révolue.

 

Le titre de l’intervention que j’ai proposé au Général Paris indique qu’il me semble important de revenir aux fondamentaux de cette crise, en sortant des attitudes stéréotypées propagées par les idéologues, et diffusées à grands frais par les médias.

 

L’importance de revenir à un raisonnement stratégique dénué d’a priori, s’appuyant sur les réalités historiques, géographiques et politiques de l’Ukraine, ce qui implique naturellement l’économie, doit permettre d’avancer vers une sortie de crise en prenant en compte les intérêts des états concernés en premier chef, c’est-à-dire l’Ukraine, la Russie et les pays du continent européen.

 

Auparavant, je voudrais citer l’étude très intéressante d’un journaliste américain, Robert Parry, parue récemment sur la "gestion de la perception" ou "perception management" pilotée par le bureau de Washington intitulé "Bureau de la diplomatie publique", "Office of public diplomacy", fondé en 1982 sur demande de Reagan, par William Casey, Directeur de la CIA et Walter Raymond, Directeur de la communication de la CIA ( c’est-à-dire de la propagande) pour légitimer la stratégie des EUA dans le monde, initialement pour justifier la guerre du Vietnam aux yeux des opinions publiques, et d’abord de l’américaine.

 

Ce Bureau, piloté par la Maison Blanche et relié aux agences du renseignement, NSC, CIA et autres, existe toujours. Il dispose actuellement d’un budget de 100 millions de dollars par an utilisé pour financer ONG et officines qui mettront en œuvre la politique définie. Cette étude explique en substance qu’il s’agit de diriger une diplomatie d’influence en manipulant l’information pour défendre des thèses qui pourraient paraître injustifiables. (site : dedefensa.org)

 

En décembre dernier, un des experts stratégiques américains les plus affutés, George Friedman, proche du pouvoir à Washington, membre d’organismes travaillant avec lui comme Stratfor (Strategic Forecast) qu’il dirige, s‘est exprimé sur l’Ukraine.

 

Son avis est catégorique sur le changement de pouvoir à Kiev, les 21-22 février. Friedman ne prend pas de pincettes : c’est un “coup” organisé et exécuté par les cohortes diverses au service des Etats-Unis avec leurs divers sous-traitants ukrainiens, notamment parce que les milieux de sécurité nationale aux EU, inquiets du rôle de la Russie dans l’affaire syrienne, tenaient à prendre leur revanche et à paralyser la Russie en créant sur ses frontières une Ukraine fondamentalement antirusse.

 

Et pour mieux faire comprendre la chose, il tape sur le clou, semblant dire à qui le lira qu’il s’agit d’une évidence qu’il serait complètement absurde de songer à dissimuler :
« Sans aucun doute, ce fut le “coup” le moins dissimulé dans l’histoire. »
« Indeed, it was the most overt coup in history »

 

Ainsi, à côté du classique “covert” [opération clandestine], voici donc la catégorie nouvelle de la « diplomatie publique », – l’“opération clandestine” complètement à ciel-ouvert, la moins clandestine de l’histoire, si peu clandestine qu’on peut dire que sa raison d’être et sa façon de faire sont marquées par une volonté absolue de non-clandestinité.)

(Voir le texte de George Friedman sur le site : Dedefensa.org, ou sur Stratfor)

 

Les relations cordiales qui s’étaient instaurées depuis longtemps entre la France et la Russie se sont détériorées au sujet de l’Ukraine, Paris reprochant à Moscou une attitude agressive pour empêcher l’UE d’inclure le pays et l’OTAN de l’intégrer. Les dernières déclarations du président français indiquent heureusement un changement de position puisqu’il a reconnu officiellement que la Russie ne voulait pas annexer l’Ukraine.

 

La présentation de la crise ukrainienne par les agences américaines et reprise par les médias, notamment européens, souvent de bonne foi, a décrit le Président Poutine comme un dictateur ancien chef du KGB, brutal, adepte de coups tordus, voulant avaler l’Ukraine avant d’autres pays, oubliant qu’il n’a été qu’un modeste officier de renseignement à Dresde avant de prendre momentanément la tête du FSB par la volonté d’Eltsine, oubliant au passage que le président Bush avait été lui chef de la CIA. (Lire à ce sujet l’excellent livre de Frédéric Pons : « Poutine ».) Enfin, cette propagande outrancière est allé jusqu’à dire contre toute évidence que Poutine serait incapable de penser le développement de la société, fonctionnerait en vase clos et serait impopulaire dans son pays et incapable de vues à long terme. Le fascisme qu’il dénonce en Ukraine serait la pure invention d‘un mégalomane.

 

Heureusement, il semble désormais que les pays européens s’écartent de la surenchère américaine, sous la pression de leurs industriels qui savent qu’affronter la Russie n’est pas dans leur intérêt et que les sanctions sont à double effet. A Kiev deux clans s’opposent entre partisans d’un compromis, comme le président Porochenko, et ceux d’un affrontement mené par le Premier Ministre Asenyi Iatseniouk, l’homme que la Sous-Secrétaire d’état Victoria Nuland voulait mettre au pouvoir dès le début. La position de Washington sera donc déterminante pour décider d’un apaisement ou d’une accélération de l’affrontement.

 

Car le drame est là : pour cette crise au cœur de l’Europe ce sont les Etats-Unis qui poussent à la surenchère leurs alliés européens plutôt réticents, en dehors des Polonais et des Baltes.

 

Sans revenir sur les raisons du déclenchement de la crise fin 2013, il est clair que le coup de force sur la Crimée était une réaction facile (aucun combat) offerte sur un plateau à la Russie par le coup de force des Etats-Unis du 22 février (et non des Européens qui avaient cherché et trouvé un accord le 21 février). Ce n’était d’ailleurs que la correction d’une décision contre nature prise en 1954 par Kroutchev pour flatter ses anciens camarades du Parti Communiste ukrainien. Ensuite les évènements se sont enchaînés avec une politique fortement antirusse de Kiev et des massacres d’une cruauté insoutenable encouragés par la haine.

 

Comme chacun le sait ici, la Russie a alterné les attitudes de force dans son soutien aux prorusses du Donbass, et d’apaisement en réaction aux prises de position du gouvernement de Kiev soutenu par les Occidentaux. Mais les Etats-Unis ont maintenu la pression, renforçant leur dispositif militaire en Pologne, dans les états baltes et récemment en Angleterre, renforcement qui a été présenté comme une réaction à un renforcement militaire russe qui n’est venu qu’après en réponse, et qui d’ailleurs a été depuis ostensiblement allégé par Moscou qui a éloigné ses forces de la frontière. L’apaisement semble prévaloir pour le moment. Les Russes, conscients de la réalité de la situation en Ukraine, ont proposé dès le début une solution fédérale pour le pays et, compte tenu de la diversité du territoire et de ses populations, il semble que ce soit la seule issue raisonnable. L’annulation de la rencontre prévue le 15 janvier à Astana entre Poutine, Merkel et Porochenko, avec une relative discrétion des médias n’est pas un signe encourageant.

 

Dans sa déclaration récente, le président Hollande a montré la volonté de la France de sortir de la crise en prenant en compte les réalités géopolitiques : l’avenir de l’Europe est dans une entente avec la Russie, et au-delà d’elle et par elle avec le monde asiatique. Puisque ce n’est pas la politique de l’OTAN, la conclusion logique serait d’en sortir comme l’avait fait le Général de Gaulle ou, puisque nous avons commis l’erreur de rejoindre l’organisation militaire,- en notant au passage qu’elle a fait reculer l’idée d’une Europe politique et de la défense alors que le Président Sarkozy avait justifié cette décision, qui faisait suite aux premières mesures du Président Chirac, pour la faire avancer-, reconnaître avec nos partenaires européens que les buts de l’alliance ayant disparus, il faut au moins la modifier si on ne peut la supprimer. Si l’Europe politique n’existe pas, c’est à cause de son absence de défense puisque les états membres s’en remettent pour elle entièrement à l’alliance et l’ont formellement inscrit dans le marbre du Traité de Lisbonne. Car enfin, l’OTAN n’est plus que le bras armé de la stratégie américaine et il devrait être clair que nous n’avons pas toujours les mêmes intérêts dans le monde : un monde multipolaire se met en place et nous devons nous entendre avec les nouvelles puissances des BRICS au lieu d’épouser les querelles de Washington. Ce n’est pas faire preuve de l’antiaméricanisme primaire que dénonçait Jean-François Revel en 2002,
(L’obsession antiaméricaine, son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences. Plon)
que de reconnaître les réalités du monde nouveau qui n’a plus rien à voir avec celui de la guerre froide : l’Europe n’est pas l’Amérique et si elle n’existe pas politiquement c’est à cause de ce lien atlantique paralysant. Sachons être l’un des monstres froids de Nietzsche qui défend ses intérêts âprement, ce qui implique de les définir auparavant par un raisonnement stratégique.

 

J’ajoute qu’au sein de cette UE dominée par l’Allemagne du fait de son poids économique et donc politique, un axe Paris-Moscou pourrait faire contrepoids à ce déséquilibre et correspondrait à une tradition que la Russie serait évidemment enchantée de reprendre, tant nos relations historiques dans les domaines énergétiques, spatiaux, technologiques, agricoles et autres seraient équitablement profitables. Car si la France n’a pas la puissance économique de l’Allemagne, elle a d’autres atouts par sa présence sur les cinq continents et ses possessions ultramarines qui nous donnent d’énormes moyens d’agir et qui s’appuient sur notre riche capital intellectuel et moral. La deuxième Zone Economique Exclusive du monde avec 11 millions de km2, ajoutée à la Francophonie qui rassemble 60 états prêts à nous soutenir nous donnent des responsabilités planétaires et le monde, souvent lassé des options guerrières américaines, attend la France aux grands rendez-vous, car les nations qui ont besoin d’une aide ou d’un médiateur savent que l’UE n’est qu’une puissance virtuelle.

 

Il faudrait pour cela que la France retrouve son indépendance de tous blocs politiques et sa liberté de choix diplomatiques et stratégiques, ce qui ne l’empêcherait pas de conserver ou de nouer des accords avec les uns et les autres. L’avenir dira sans doute que les liens et les accords avec la Russie sont un impératif catégorique qui nous ouvrira les portes de l’Asie Centrale et bien sûr de la Chine dont la montée en puissance se fait avec modestie mais à un rythme inexorable, établissant des accords avec le monde émergent. Les Etats-Unis s’organisent par ce qu’on a appelé un « pivotement » de leurs forces pour contrer cette réalité incontournable. Ce n’est pas notre intérêt de les accompagner dans cette stratégie, au contraire. Du fait de notre rôle mondial et notamment dans l’Afrique riche d’un avenir prometteur, nous devons trouver les arrangements « gagnant-gagnant » avec l’Empire du milieu, au cas par cas.

 

Après le chaos qui a suivi l’effondrement de l’Union Soviétique, la Russie appuie sa renaissance depuis quinze ans sur des valeurs patriotiques et spirituelles qui ne peuvent que la renforcer quand l’Europe se cherche sur le plan moral, sape les fondements de la société occidentale comme celui fondamental de la cellule familiale, confondant le respect de la différence avec la norme naturelle et légale, accepte les critiques blasphématoires des croyances au nom d’une liberté dévoyée, et ne parvient pas à sortir d’une crise économique qui menace même de bouleverser ses structures. Même si la Russie subira sans doute un ralentissement de son développement économique pour diverses raisons pendant une période passagère, elle possède d’immenses potentialités qui rendent inéluctable sa future position de puissance phare de l’Europe. Sa richesse en énergie indispensable à l’Europe et au reste du monde, notamment à la Chine, dont elle a commencé à orienter les flux vers son sud en réponse à la crise en Ukraine, ajoutée à une organisation monétaire indépendante du dollar en cours de structuration avec les pays d’Asie et d’Amérique Latine, même si elle connaîtra des soubresauts pénalisants, mettent en danger notre continent. Il est urgent de s’entendre avec notre grand voisin.

 

Certains pensent que la Russie aurait une attitude brutale par peur de son avenir et comme prise d’une fièvre obsidionale. C’est une erreur totale. Face aux attaques de l’Occident sur son étranger proche, tout en marquant les limites à ne pas dépasser, elle fait preuve de retenue et propose des solutions de compromis, rejetées par les partisans de l’affrontement.

 

Et, comme je l’ai dit plus haut, la Russie n’a pas peur, au contraire, car elle s’appuie sur la certitude de s’appuyer sur des valeurs universelles qui ne peuvent que s’imposer à tous un jour, face au renoncement d’un Occident qui renie souvent ses fondements historiques, spirituels et moraux. La peur me semble être du côté des Etats-Unis qui ont conscience que leur suprématie totale est irrévocablement finie et qui hésitent sur les stratégies à adopter pour s’adapter au monde en émergence, certains radicaux à Washington choisissant l’affrontement militaire comme solution à leurs craintes de l’affaiblissement.

 

Permettez-moi de conclure par une citation de quelqu’un qui s’y connaissait en géopolitique et en vues lointaines. :

Le 21 décembre 1944 devant l’Assemblée Consultative française, soit au moment où l’Allemagne nazie n’est pas encore battue (la contre-offensive des Ardennes était alors en cours) et où le communisme de Staline est en place à Moscou, le Général de Gaulle dit :

 

« Le pacte d’alliance et d’assistance que la France vient de conclure avec la Russie soviétique répond à une tendance rendue, dans les deux pays, naturelle et traditionnelle par les épreuves de la politique européenne. Il constitue l’acte d’union scellé entre les deux grandes puissances du continent, non seulement pour mener la guerre jusqu’à la victoire totale, mais encore pour faire en sorte que l’Allemagne une fois vaincue, demeure hors d’état de nuire. Enfin, ce pacte est le signe par lequel la Russie et la France manifestent leur volonté d’étroite collaboration dans toutes mesures qui conduisent au statut de l’Europe de demain. »


« Pour la France et la Russie, être unies, c’est être fortes ; se trouver séparées, c’est se trouver en danger. En vérité il y a là comme un impératif catégorique de la géographie, de l’expérience et du bon sens. »

 

Enfin, en 1966 au Kremlin il dit : « La Russie apparaît à la France comme un interlocuteur avec lequel la compréhension et la collaboration sont éminemment naturelles. Il y a là une réalité politique et affective aussi ancienne que nos deux pays qui tient à leur histoire et à leur géographie. »

Alain Corvez
19 Janvier 2015

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 15:33

par Thierry Meyssan réseau Voltaire

 

L’annonce du rétablissement des relations diplomatiques de Washington avec La Havane préfigure celui des relations avec Téhéran. Les États-Unis n’ont pas abandonné leur ambition impérialiste et ces deux États n’ont pas renoncé à leur idéal révolutionnaire. Cependant, pragmatique, Washington reconnaît que Cuba et l’Iran ne seront pas vaincus par l’isolement diplomatique et la guerre économique. Il se prépare à un autre type d’affrontement.

 

L’annonce simultanée par Barack Obama et Raúl Castro du rétablissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba a beaucoup surpris en Europe. Comme à l’habitude, Washington négociait en secret avec son adversaire, tout en imposant à l’Union européenne des sanctions qu’il s’empressera de lever le premier, à son avantage.

 

Depuis deux ans, le président Obama tente d’apaiser les conflits qui opposent son Empire aux États qui lui résistent : Cuba en Amérique latine, l’Iran au « Moyen-Orient élargi ». En effet, force est de constater que les sanctions unilatérales —véritables actes de guerre économique— prises par Washington et étendues par lui à ses alliés ne fonctionnent pas. Cuba, comme la République islamique d’Iran, ont considérablement souffert, mais n’ont pas cessé de résister.

 

Un demi-siècle de lutte

Durant la Guerre froide, Cuba se mobilisa contre la politique d’apartheid que l’Afrique du Sud entendait étendre à ses voisins. Le régime blanc de Prétoria était alors soutenu par les États-Unis et Israël. L’armée cubaine se déploya en Angola et en Namibie jusqu’à la conclusion d’un accord de paix en 1988. Fidel Castro fut ainsi en mesure de faire échec à une idéologie divisant l’humanité en deux : les maîtres et les esclaves. Il fallu cependant attendre encore trois ans pour que le régime d’apartheid sud-africain soit démantelé et que Nelson Mandela devienne le président du Peuple sud-africain réunifié.

 

Identiquement, la République islamique d’Iran se mobilisa contre la politique d’apartheid qu’Israël entend étendre chez ses voisins. Le régime sioniste de Tel-Aviv est soutenu, depuis sa proclamation illégale en 1948, par les États-Unis et le Royaume-Uni. Il revendique toute la terre du Nil à l’Euphrate. L’Iran soutient la Syrie, le Hezbollah et les organisations de la Résistance palestinienne. Sous le président Mahmoud Ahmadinejad, les États-Unis et Israël ont essuyé de nombreuses défaites, notamment au Liban, en Palestine, en Syrie et au Yémen.

 

Les liens entre l’Afrique du Sud et Israël ont été abondamment documentés. Les deux États ont la même origine : l’Afrique australe fut organisée par le diamantaire Cecil Rhodes —le théoricien de l’« impérialisme germanique » [1]—, tandis qu’Israël fut porté par un disciple de Rhodes, Theodor Herzl, qui suivit en tous points le modèle rhodésien. En 2002, la Reine Elizabeth censura la publication des correspondances entre Rhodes et Herzl, dont on ne connaît donc que la lettre reproduite par ce dernier dans un de ses ouvrages.

 

Ali Shariati

Les liens entre la Révolution cubaine et la Révolution islamique sont ténus. Certes, Ali Shariati, le penseur qui prépara la révolution iranienne, était le traducteur de Che Guevara en persan. Mais, jamais les deux États ne nouèrent de liens politiques significatifs. J’ai été surpris de constater leur méconnaissance mutuelle en discutant avec les dirigeants respectifs. Il est vrai qu’il existe des différences culturelles qui rendent les contacts difficiles : la société cubaine est ultra-permissive sexuellement, tandis que la société iranienne (bien avant la Révolution islamique) est au contraire ultra-protectrice en ce domaine.

 

Deux États révolutionnaires

Il est évident que les intérêts des États-Unis d’une part, et de Cuba et de l’Iran d’autre part, sont et resteront inconciliables. Il ne peut y avoir de compromis entre impérialisme et nationalisme. Cependant, cette situation n’empêche pas la conclusion de cessez-le-feu régionaux. La reprise des relations diplomatiques ne signifie d’ailleurs pas la levée complète des « sièges économiques », ce que Washington appelle des « sanctions », comme s’il s’agissait toujours de punitions décidées par le Conseil de sécurité.

 

Actuellement, Cuba est considéré par la gauche européenne comme une dictature, mais l’île est, au contraire, reconnue par la gauche latino-américaine comme un exemple de Résistance. Fidel Castro jouit d’une aura de libérateur et exerce une attraction sur tout le continent.

 

Identiquement, la République islamique d’Iran est considérée comme un régime moyen-âgeux par la gauche européenne, tandis qu’elle est l’allié indispensable de tout mouvement de Résistance au « Moyen-Orient élargi ». Cependant, si Mahmoud Ahmadinejad jouissait d’une vaste popularité, le Guide suprême Ali Khamenei est moins connu à l’étranger.

 

Ernesto "Che" Guevara

 

Dans les deux cas, ces États ont été victimes de leur image. Ainsi Cuba est qualifié de « communiste », mais Fidel Castro ne l’était pas avant sa victoire. C’est son frère Raúl qui militait au Parti communiste. De même Che Guevara était opposé au modèle économique soviétique et l’a écrit avant de démissionner de ses fonctions de ministre de l’Industrie, puis de partir se battre aux côtés de Laurent-Désiré Kabila au Congo.

 

L’Iran s’étant proclamé République islamique, on comprend généralement qu’elle est de religion musulmane. Mais Ali Shariati assurait que l’islam est un processus révolutionnaire et que tous les révolutionnaires du monde entier sont musulmans, dès lors qu’ils luttent pour la Justice. Au demeurant, l’Iran chiite intervint également en Afrique et soutint… le chrétien Laurent-Désiré Kabila lorsqu’il arriva au pouvoir.

 

Dans les deux cas, l’Histoire retiendra qu’il s’agissait d’États révolutionnaires. Mais les révolutions, lorsqu’elles ont lieu et lorsqu’elles réussissent à émanciper les hommes, ne sont approuvées que lorsqu’elles sont terminées et ne menacent plus aucun privilège.

 

La stratégie de Washington

Pour les États-Unis, il y avait à la fois urgence et une occasion de suspendre leurs conflits avec les Résistances cubaine et iranienne. Le réinvestissement états-unien en Amérique latine et le déplacement des troupes états-uniennes du « Moyen-Orient élargi » vers l’Extrême-Orient se trouvaient bloqués. En outre, une solution devait intervenir avant le Sommet des Amériques. En effet, sous l’impulsion de Rafaël Correa, le Panama qui accueille le Sommet avait invité Cuba, pour la première fois. Barack Obama allait donc rencontrer son adversaire Raúl Castro. Sans parler du fait, extrêmement préoccupant pour les militaires états-uniens, de la réouverture d’une base d’espionnage électronique russe à Lourdes (au sud de La Havane) [2]. De la même manière, les États-Unis ne peuvent espérer créer trois États indépendants en Irak sans l’assentiment iranien.

 

Dernière remarque : le cessez-le-feu avec Washington est particulièrement dangereux. Les États-Unis ne vont pas cesser de chercher à déstabiliser ces États révolutionnaires, mais ils vont désormais le faire avec un accès à l’intérieur. Ni Cuba, ni l’Iran ne pourront désormais surveiller les nombreux États-uniens qui viendront chez eux, pour du business ou du tourisme. La CIA ne manquera pas, dans les deux ans à venir de tenter des révolutions colorées.

 

En cela, la reprise des relations diplomatiques entre Washington et La Havane préfigure celle entre Washington et Téhéran.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 16:49
Ou l'impromptu de Vnoukovo

7 décembre 2014

Par Jacques Sapir

La rencontre impromptue du samedi 6 décembre entre les Présidents Hollande et Poutine, lors d’une escale du premier à son retour du Kazakhstan marque peut-être un tournant dans les relations avec la Russie. Ces dernières étaient devenues franchement détestables avec la crise ukrainienne, mais leur détérioration était en réalité bien antérieure à cette crise.

 

 

Même s’il ne faut pas trop attendre d’une réunion d’une heure, même si – et l’Elysée a bien tenu la préciser – il y a eu concertation préalable avec la Chancelière Angela Merkel, il est clair que cette rencontre, organisée à la demande du Président français, constitue une étape importante dans l’amélioration de ces relations. Il faut donc s’en réjouir.

Une rencontre prévisible.

Cette rencontre, pour inattendue qu’elle ait été, n’en était pas moins prévisible. En France, tout d’abord, de nombreuses voix commençaient à se faire entendre pour souligner l’extrême fragilité de notre position, qu’on la considère sur le plan moral, en raison de la révélation progressive tant des crimes de guerre commis par certaines des troupes du gouvernement de Kiev que des conditions réelle de son arrivée au pouvoir, ou politique, avec le risque réel de déboucher sur une nouvelle « guerre froide », ou enfin économique. La France, tout comme l’Italie et l’Allemagne, a beaucoup à perdre avec le maintien des « sanctions ». Le risque de voir la Russie se détourner de l’Europe pour de longues années était bien réel. Bref, il fallait mettre un coup d’arrêt à cette logique profondément destructrice. Un tel point de vue était apparu depuis ces dernières semaines dans les milieux proches du Quai d’Orsay. Dans la conférence de presse commune qu’il avait faite avec le Président du Kazakhstan, M. Nursultan Nazerbaev, François Hollande avait largement ménagé, dans ses propos, son homologue russe. Par ailleurs, il ne pouvait pas ne pas mesurer l’incohérence d’une position qui amène la France à avoir des bonnes relations avec des pays avec lesquels les causes de conflits, qu’elles soient latentes ou explicites, sont bien plus importantes qu’avec la Russie. Ceci a été dit et répété. Tout ceci rendait nécessaire une initiative forte de la diplomatie française sur ce dossier. La visite du président François Hollande au Kazakhstan fournissait l’occasion. Elle fut donc saisie. Mais, il convient ici de rappeler que François Hollande était demandeur.

Se réjouir, mais ne pas se bercer de fausses illusions.

Il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas trop en attendre. Assurément, toutes les conditions pour la « désescalade » sont réunies. On a déjà noté la déclaration du Commandant en Chef des forces de l’OTAN, le général Breedlove, qui déclarait le 26 novembre dernier à Kiev qu’il n’y avait pas de troupes de combat russes dans le Donbass. Par ailleurs, un nouvel accord de cessez-le-feu entrera en vigueur le 9 décembre entre les troupes de Kiev et celles des insurgés. De plus, avec l’arrivée de l’hiver, un certain sens des réalités va s’imposer à Kiev. Des accords économiques ont d’ailleurs été signés, tant avec la Russie qu’avec les insurgés du Donbass. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la décision de Kiev de suspendre tous les salaires et tous les versements sociaux à la population du Donbass. Pour scandaleuse que puisse paraître cette mesure, il faut aussi comprendre qu’elle signifie une reconnaissance de fait que la partie insurgée n’est plus l’Ukraine. En un sens, c’est aussi une décision qui va vers une stabilisation de la situation.

 

On peut donc s’attendre à ce que tant l’OTAN que les russes, comprenant que cette crise les entrainait dans une spirale dont il pouvait à tout instant perdre le contrôle, trouvent un intérêt commun à faire descendre la tension. Il est tout aussi certain que tel est bien l’intérêt de la France, et ceci est compris par François Hollande. Outre la pression des industriels, qui va bien au-delà de la question de la livraison des deux BPC de classe « Mistral », il conçoit que cette tension est délétère pour l’ensemble du continent.

N’est pas de Gaulle qui veut.

Il n’en reste pas moins que la position de la France n’est plus aujourd’hui celle qu’elle avait dans les années 1960 et 1970. D’une part, la France a réintégré le commandement intégré des forces de l’OTAN. Cet acte nous lie bien plus étroitement que par le passé à la politique des Etats-Unis. D’autre part, l’existence de l’Union européenne, mais aussi le parti-pris très européiste de François Hollande, viennent limiter l’autonomie de la politique étrangère française. On sait qu’au sein de l’UE, si un groupe de pays donne dans une véritable hystérie anti-russe, comme la Pologne, la Suède et les Pays Baltes. Cette hystérie est largement partagée au Parlement européen. D’autres pays, tels la Hongrie, la Slovaquie ou la Bulgarie ont des positions bien plus compréhensives quant il s’agit de la Russie. Enfin, de ce point de vue, l’Allemagne, la France et l’Italie ont toujours adopté une attitude médiane, qui s’explique tant par leur histoire que par l’étendue de leurs relations économiques avec la Russie. Il faut comprendre que les tensions internes à l’UE étaient en train d’atteindre un point de rupture. La décision de la Russie d’annuler le projet « South Stream », prise ces derniers jours, constituait un avertissement très clair. La Russie signifiait par ce geste une préférence pour des livraisons de gaz à l’Asie (Chine, mais aussi Corée du Sud et Japon). Il est clair que, dans les motivations qui ont poussé François Hollande à demander cette rencontre à Vladimir Poutine il y a aussi la volonté d’éviter que cette crise, si elle continuait à monter en agressivité, ne provoque des déchirements irrémédiables dans l’UE. Aussi, rien ne serait plus faux que de voir en François Hollande un « continuateur » de la politique du Général de Gaulle. Sa démarche s’inscrit dans la ligne européiste et atlantiste qui est la sienne.

Quel futur ?

Il faut maintenant considérer quels pourraient être les débouchés de cette rencontre. La situation au Donbass peut se stabiliser, si Kiev est décidé à jouer le jeu du cessez-le-feu. Mais, la solution de la « fédéralisation » de l’Ukraine, telle qu’elle est officiellement défendue par la Russie n’apparaît pas réellement applicable. Cette solution eut été possible en juin 2014, avant les combats de la fin juin au début du mois de septembre. D’ailleurs, dans certaines vidéo, on sent bien qu’au-delà de leurs divergences il y a bien le sentiment tant des militaires ukrainiens que des insurgés d’appartenir à la même Nation. Mais, aujourd’hui, il est à craindre qu’il n’y ait trop de haines inexpiables. Au mieux, la « fédéralisation » pourrait prendre la forme d’une région autonome de l’Ukraine, sur le modèle du Kurdistan comme région autonome (et de fait quasi-indépendante) de l’Irak. L’autre solution est celle d’une indépendance non-reconnue, comme c’est le cas en Abkhazie ou en Ossétie du Sud. Un point important est ici celui de la monnaie. Si Kiev maintient son blocus monétaire, les responsables de Donetsk et Luhansk n’auront le choix qu’entre imprimer leur propre monnaie ou adopter le rouble russe. Dans tous les cas, ceci rendra encore plus difficile la perspective d’une future réunification de l’Ukraine.

 

Dans le reste de l’Ukraine, une fois l’émotion nationaliste passée, il faudra se rendre à l’évidence : le pays n’intègrera pas l’UE avant au moins vingt ans, et peut-être plus, et ne sera pas membre de l’OTAN. Les dirigeants ukrainiens ne veulent pas l’admettre alors que c’est une évidence, répétée par l’ensemble de leurs interlocuteurs officiels. Que se passera-t-il quand la population comprendra que le rêve d’une adhésion rapide à l’UE, si tant est que ce soit un « rêve », ne se réalisera pas ? Qu’à la place, elle aura affaire aux sbires de la Troïka et du FMI, et à une austérité meurtrière ainsi qu’à une destruction de toutes ses conquêtes sociales ? Dans ce contexte, tout devient possible, du retour vers la Russie à des demandes locales de rejoindre des pays de l’UE (la Galicie vers la Pologne, et la Ruthénie vers la Hongrie), qui signifieraient l’éclatement pur et simple du pays.

Surmonter la défiance.

La rencontre entre les Présidents Hollande et Poutine a été un pas en direction d’une meilleure compréhension réciproque. Mais, le chemin pour désamorcer la défiance qui s’est accumulée des deux côtés sera long tant sont importants et durables les griefs. Il faut comprendre que la crise ukrainienne a cristallisée plus qu’elle n’a crée ces griefs qui se sont accumulés, surtout du côté russe, depuis 1998. Que l’on se souvienne de l’affaire du Kosovo, de l’intervention des parachutistes russes à Pristina, ou de la décision américaine d’envahir l’Irak en 2003. Si l’on veut rétablir la confiance il faudra mettre toutes ces questions sur la table. Pour cela une conférence, sur le modèle de celle qui se tint à Helsinki en 1975, s’impose. La conférence historique CSCE (ou Conference on Security and Co-operation in Europe) fut en effet une étape majeure dans le rétablissement d’un véritable dialogue entre les pays du Pacte de Varsovie et l’OTAN. Mais, cette fois, le dialogue devra être limité aux seuls pays européens, ce qui revient à en exclure les Etats-Unis et le Canada. J’ai déjà présenté l’idée de cette conférence dans une table ronde organisée par la Duma à Moscou, le 25 novembre[1]. J’en rappelle ici les thèmes qui me semblent importants. Il y en a trois :

 

  • (a) Définir les règles qui permettent de gérer la contradiction existant entre les principes westphaliens et ceux nés des Lumières et de la Révolution Française de 1789. La souveraineté de l’Etat demeure la pierre de touche de toutes relations internationales, mais aussi de la démocratie à l’intérieur de chaque état. Mais, certains principes comme le droit de décider de son propre futur et la nécessité de protéger les populations ont acquis une importance grandissante. La question est de savoir comment ces principes contradictoires peuvent se réconcilier avec le moins d’ambiguïté possible. Il n’est plus possible de voir les règles internationales subverties comme on le vit au Kosovo pour ensuite entendre les pays de l’UE proclamer leur attachement indéfectible à ces mêmes règles.

 

  • (b) Définir les règles de la sécurité collective, mais aussi du possible emploi de la force militaire, en Europe et dans sa périphérie. Le traité CFE est mort mais il nous faut un autre traité. Il doit inclure des règles, sur l’utilisation légitime de la force militaire, là encore avec le moins d’ambiguïté possible. L’idée d’un monde où nulle force militaire ne serait nécessaire n’est pas aujourd’hui réaliste. Ce traité permettrait de résoudre des situations comme celles de la Libye en 2011 ou celle qui est en train de se développer à la frontière entre la Syrie et l’Irak, ou encore celle qui se développe en Afrique sub-sahélienne où la France intervient militairement depuis janvier 2013.

 

  • (c) Définir les règles de la coopération économique, scientifique et culturelle. La coopération est nécessaire non seulement entre les états mais aussi entre des régions constituées de différents états. Nous devons trouver des règles communes gouvernant cette coopération sans mettre en danger le principe de souveraineté tel qu’il est définit dans le premier point. Le problème principal est ici d’atteindre la coopération et non de désigner d’en-haut quelque nouvel Etat “supranational” sous un quelconque travesti économique ou social.

 

Ce programme est ambitieux, mais il est le seul qui puisse permettre de reconstruire une véritable confiance qui est nécessaire si nous voulons réellement dépasser la situation actuelle. Cependant, pour atteindre cet objectif, il est nécessaire que meurent certains comportements et certains discours. Le premier est la prétention des pays de l’Union Européenne de vouloir représenter l’Europe et en même temps d’être les porteurs des plus hautes valeurs morales. C’est ce que l’on peut appeler « l’exceptionnalisme » européen, tout aussi nocif que l’exceptionnalisme américain. Il faut se souvenir que l’Europe n’est pas l’UE. Ceci est vrai au sens géographique, au sens culturel et aussi dans un sens politique. Les discours au sujet des “valeurs européennes” que l’on entend dans différentes capitales ne servent en fait qu’à établir une nouvelle barrière idéologique à la coopération. Non que le développement des institutions de l’UE n’ait donné lieu à des débats vigoureux et importants. Mais revendiquer une position dominante en ce qui concerne les “valeurs morales” est ici sans fondement et est en fait autodestructeur. Les pays de l’UE ont à plusieurs reprises manqué à leurs prétendus “principes,” que ce soit dans les affaires internationales comme avec le Kosovo et plus tard avec la participation de certains pays de l’UE (comme la Pologne) dans la guerre d’agression des Etats-Unis contre l’Iraq en 2003, ainsi que dans leurs affaires intérieures.

Il faudra donc que l’Union européenne fasse preuve d’humilité et de raison si elle veut aboutir une véritable confiance avec la Russie.

 

[1] Voir Sapir J., « Surmonter la Crise de Confiance », note postée le 26 novembre 2014 sur RussEurope, http://russeurope.hypotheses.org/3076

 

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