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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 17:21
Par Paul Craig Roberts

Via par Comité Valmy

 

 

L’OTAN n’a que trop duré. L’Organisation du Traité de l’Atlantique nord a été créée le 4 avril 1949 en tant qu’alliance défensive dont l’objectif était de défendre l‘Europe occidentale en cas d’invasion soviétique. Comme l’a déclaré le premier Secrétaire général de l’Otan, cette dernière a été instituée pour garder les Russes hors d’Europe et les Américains dedans.

 

L’OTAN a été ressuscitée comme armée impériale de l’Amérique. Au lieu de dissoudre l’OTAN quand l’Union soviétique s’est effondrée en 1991, Washington l’a spectaculairement étendue. En violation des accords passés entre Reagan et Gorbatchev, les régimes Clinton et George W. Bush ont agrégé à l’OTAN des parties constituantes de l’ancien empire soviétique : La Hongrie, la République tchèque, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovénie, la Slovaquie, la Bulgarie et la Roumanie. La France, que le général de Gaule avait retirée de l’OTAN (*), l’a rejointe en avril 2009, dix-huit ans après l’effondrement de l’Union soviétique, en même temps que la Croatie et l’Albanie. Actuellement, le régime Obama travaille à y incorporer deux ex-Républiques soviétiques, l’Ukraine et la Géorgie.

 

On s’efforce actuellement d’étendre cette structure au Japon. Le 15 avril 2013, le Secrétaire général de l’OTAN Rasmussen et le Premier ministre japonais Abe ont signé une Déclaration politique conjointe. Cette Déclaration conjointe reconnaît que le Japon et l’OTAN font face aux mêmes défis sécuritaires et se sont rapprochés du fait des valeurs qu’ils ont en commun. Il apparaît que Washington utilise le Japon pour étendre la menace de l’OTAN sur la Chine.

 

En outre, le régime Bush a instauré le commandement Etats-Unis-Afrique qui est entré en vigueur en 2007. La mission de ce nouveau commandement est de “protéger et défendre les intérêts sécuritaires nationaux des Etats-Unis en renforçant les capacités défensives des Etats africains… afin de dissuader et vaincre les menaces transnationales.“

 

Le complexe militaro-sécuritaire est devenu fabuleusement riche en définissant des menaces pour l’Amérique dans tous les coins du monde et en y installant des centaines de bases militaires américaines.

 

La “guerre contre le terrorisme“ (war on terror) a servi de couverture pour faire d’une grande partie du monde l’Armée de l’Empire américain. L’objectif principal de l’Armée impériale est d’établir l’hégémonie des Etats-Unis sur le monde. L’hégémonie américaine est l’idéologie des néoconservateurs qui en veulent encore au Président Reagan d’avoir mis fin à la guerre froide par la diplomatie plutôt que d’y avoir mis fin par une victoire militaire. Reagan a déclaré à de nombreuses reprises que son but était de mettre fin à la guerre froide et non point de la gagner. Je le sais. J’y étais. J’y ai pris part.

 

Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, les néoconservateurs ont accentué leur pression en faveur de la suprématie américaine. La sécurité face à une vague “menace terroriste“ devint une nouvelle source d’argent pour le complexe militaro-sécuritaire. Les Etats-Unis et l’Europe, aux prises avec des économies chancelantes, incapables de maintenir leurs infrastructures sociales, leurs systèmes de santé et de pensions, sacrifient tout pour financer une gigantesque armée impériale chargée de se protéger contre quelques terroristes apatrides.

 

Que peut donc signifier la prétention d’exercer une hégémonie mondiale si votre société se désarticule ? L’effondrement de la société occidentale est une menace d’une tout autre dimension que celle que présentent quelques terroristes apatrides. Il est insensé que Washington multiplie les commandements militaires alors qu’elle est incapable de faire face aux dépenses de son système d’assurances maladie (Medicare) et de verser leurs pensions à ses vétérans.

 

La création de l’OTAN est l’un des premiers actes de la guerre froide. Il n’était pas prouvé que l’Union soviétique avait l’intention d’envahir l’Europe occidentale. Bien que Staline eût refusé de soutenir l’insurrection spontanée des communistes grecs en 1948, le Président Truman et ses conseillers imaginèrent que cette insurrection s’inscrivait dans un plan soviétique de domination mondiale, comme les administrations ultérieures américaines l’imaginèrent pour le Vietnam.

 

Staline a enterré toute perspective de révolution mondiale quand il l’a emporté sur l’avocat de cette idée, Léon Trotsky, le fondateur et le chef de l’Armée rouge dans la guerre civile russe, pour qui l’objectif du communisme était la “révolution permanente“ à l’échelle international. Staline s’était prononcé pour “la révolution dans un seul pays“. Mais le mythe de l’Union soviétique poursuivant la révolution mondiale persista de l’administration Truman jusqu’à la première conférence de presse de Reagan, le 29 janvier 1981.

 

L’entretien de ce mythe fut très bénéfique pour les profits et le pouvoir du complexe militaro-sécuritaire américain. Quand l’effondrement soviétique fit disparaître cette menace, le complexe militaro-sécuritaire la remplaça par une nouvelle menace – le terrorisme islamique – et il l’a utilisée pour accroître le budget militaro-sécuritaire et les restrictions aux libertés civiles bien au-delà des niveaux atteints en exagérant la menace soviétique. N’est-il pas évident que des musulmans munis de cutters sont plus terrifiants que les Soviétiques avec des armes nucléaires ?

 

Les Soviétiques, qui n’avaient nul dessein militaire sur l’Europe occidentale, perçurent la création de l’OTAN comme un encerclement anglo-américain de l’Union soviétique. La réplique de l’Union soviétique fut la formation du Pacte de Varsovie avec l’Europe orientale, six ans après la création de l’OTAN. Le Pacte de Varsovie fut immédiatement dépeint à tort par les tenants occidentaux de la guerre froide comme la preuve du dessein militaire soviétique sur l’Europe.

 

A cette époque, les magazines américains d’information étaient remplis de cartes montrant les divisions du Pacte de Varsovie rangées face aux divisions de l’OTAN. La disparité numérique entre les deux camps était tellement favorable aux Soviétiques que le Président Eisenhower désespéra de trouver les ressources financières pour combler l’inégalité en hommes et en armements conventionnels. Optant pour une meilleure efficacité financière, il orienta la doctrine militaire américaine à miser sur les armes nucléaires. Les Républicains de l’époque, comme à présent, étaient obnubilés par les déficits budgétaires et le Président Eisenhower tenait les déficits budgétaires pour plus menaçants que la guerre nucléaire.

 

Il est douteux que l’OTAN  ait jamais poursuivi un objectif commensurable au risque qu’il suscitait. En tout état de cause, l’OTAN a perdu sa raison d’être voici 22 ans quand l’Union soviétique s’effondra. Si l’OTAN existe aujourd’hui, c’est parce Washington l’a retournée et reconstituée pour en faire une alliance militaire offensive au service des guerres américaines pour l’hégémonie mondiale.

 

Le Gouvernement russe comprend bien que l’élargissement de l’OTAN aux anciens pays membres du Pacte de Varsovie, ainsi qu’à des anciennes républiques soviétiques qui faisaient partie de l’Union soviétique, constitue un encerclement. Cet encerclement audacieux et arrogant de la Russie par Washington et ses Etats vassaux de l’OTAN est souligné par l’installation de bases américaines de missiles sur le territoire de l’ancien Pacte de Varsovie. L’objectif de ces bases de missiles est de neutraliser et de dégrader la dissuasion nucléaire de la Russie. Personne ne croit en l’affirmation de Washington que ces bases de missiles anti balistiques sur les frontières de la Russie sont dirigées contre l’Iran. L’encerclement de la Russie décidé par Washington est arrogant et périlleux.

 

La Russie actuelle n’est pas l’Union soviétique, mais elle dispose de suffisamment d’armes nucléaires et de vecteurs pour détruire l’Europe occidentale et les Etats-Unis. Quel objectif poursuit donc Washington en utilisant l’OTAN agressivement contre la Russie ?

 

Cet objectif vaut-il le risque d‘une guerre nucléaire ? Pourquoi Washington a-t-elle fait monter la tension au point que le vice-ministre de la défense de la Russie, Anatoly Antonov, s’est senti obligé de dire publiquement, le 2 juillet 2013, qu’aucun pays ne pourra impunément attaquer les forces stratégiques nucléaires de la Russie.

 

Pourquoi les acteurs politiques de Washington, vautrés dans leur orgueil, ont amené les Russes à percevoir un tel niveau de menace ? La réponse est que l’engagement de Washington dans le complexe militaro sécuritaire place le profit bien au-dessus de la vie. Pour le complexe militaro-sécuritaire, les Américains ne peuvent avoir trop d’ennemis. La protection de la sécurité de l’Amérique est une affaire profitable.

 

Washington a utilisé pour la première fois l’OTAN comme arme offensive pour faire éclater la Yougoslavie en 1993-1995. Les raids aériens et bombardements de l’OTAN ont fait échouer les tentatives du gouvernement yougoslave de prévenir l’éclatement du pays en ses parties constitutives. En 1999, Washington a encore utilisé l’OTAN pour séparer la Serbie de son berceau historique, le Kosovo, et le confier à des Musulmans.

 

En 2001, Washington prétendit que l’attaque du 11 septembre avait été ourdie par l’Afghanistan et elle a forcé l’OTAN à invoquer l’article 5. Cet article dispose qu’une attaque contre un membre de l’alliance constitue une attaque contre tous, obligeant tous les pays membres de l’OTAN à se porter au secours de Washington. En imposant à l’OTAN d’invoquer l’article 5, Washington s’est donné un alibi pour sa guerre d’agression contre l’Afghanistan, actuellement dans sa douzième année. Il est invraisemblable que le Congrès ait autorisé l’exécutif à gaspiller des trillions de dollars dans ses guerres en Afghanistan et en Irak alors que Washington dépend de la Réserve fédérale pour financer ses déficits en imprimant de la monnaie et qu’elle envisage de réduire ses prestations en sécurité sociale, assurances maladie et pensions allouées aux vétérans pour réduire le déficit du budget fédéral.

 

En 2011, le régime  Obama  a utilisé l’OTAN pour renverser le gouvernement de la Libye. Jusqu’à ce qu’il en soit empêché par la Russie et le Parlement britannique, le régime Obama s’est efforcé d’impliquer l’OTAN dans le conflit syrien, lequel avait été amorcé par Washington qui avait obtenu que l’Arabie saoudite et les Emirats pétroliers arment les Islamistes désireux de renverser le gouvernement laïc d’Assad.

 

En 2008, encouragée par Washington, la ci-devant République soviétique de Géorgie attaqua les troupes russes du maintien de la paix et la population de l’Ossétie du sud. En rassurant le Gouvernement géorgien, Washington avait mal calculé la réponse russe. Les militaires russes prirent rapidement le dessus sur l’armée géorgienne, entraînée et armée par les Etats-Unis et Israël, et n’auraient aucune peine à réintégrer la Géorgie à la Russie avec laquelle elle était unie pendant 200 ans et à laquelle beaucoup pensent qu’elle appartient.

 

Méditant une revanche, ce qui paraît avoir été la principale motivation de Washington dans son histoire, les dirigeants des Etats-Unis s’efforcent de convaincre l’OTAN d’admettre en son sein la Géorgie, un Etat situé en Asie, entre la Mer noire et la Mer caspienne, bien à l’écart de l’Océan atlantique. L’appartenance de la Géorgie à l’OTAN ferait de ce pays un protectorat des Etats-Unis et de l’OTAN, ce qui permettrait à Washington de narguer Poutine et de faire savoir à la Russie qu’elle devra consentir à la prochaine agression de la Géorgie ou risquer une guerre générale avec l’Occident.

Washington ne pouvait donner plus clair message de son arrogance et de son désir de risquer la guerre seulement pour des raisons de prestige. Mais, pour les Etats de l’OTAN vassaux de Washington, les enjeux sont extrêmement élevés : ils sont constitués par toutes les capitales d’Europe et par l’existence même de la population européenne.

 

C’est l’OTAN qui permet à Washington d’être arrogante et agressive. Sans l’alibi que lui offre l’OTAN et les bases qu’elle met à sa disposition, Washington devrait troquer son arrogance guerrière contre un comportement de bon voisinage. Les Européens se sont montrés réticents à l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN précisément pour les raisons susmentionnées, mais Washington insiste et généralement elle l’emporte grâce à la corruption, aux menaces et aux pressions politiques.

 

Si tant est que les media américains rendent compte de ces dangereux développements, ils le font sur le ton d’un commentateur sportif partisan qui applaudit aux victoires de son équipe. L’utilisation agressive que fait Washington de l’OTAN contre la sécurité de la Russie peut facilement déraper sur une erreur de calcul.

 

Washington utilise l’OTAN pour incorporer les forces militaires des 27 pays membres dans son Armée impériale. Par exemple, les navires de la marine espagnole sont dotés de sytèmes d’armement américains tels que AEGIS et sont intégrés aux forces américaines sous la rubrique “interopérabilité entre les nations membres de l’OTAN“. Autrement dit, les Gouvernements européens perdent peu à peu le contrôle de leurs propres forces armées qui sont progressivement inaptes à opérer en dehors de la structure de l’OTAN dominée par les Etats-Unis.

 

Ensuite de leur défaite lors de la IIe Guerre mondiale, l’Allemagne et le Japon se sont vu interdire toute capacité militaire offensive. A présent, l’une et l’autre sont en train d’être incorporés dans les forces au service des guerres de Washington pour l’hégémonie mondiale.

 

En tant que facilitateur de l’agression américaine, l’OTAN est coûteuse. Les budgets militaires des pays de l’OTAN représentent 70% des dépenses militaires mondiales. En raison de contestations quant au critère de souveraineté, le nombre de pays dans le monde ne peut être déterminé avec précision. Mais des frontières séparent entre 190 et 206 pays.

 

Si nous retenons le nombre le plus bas, ces 70% sont le fait de seulement 15% des pays du monde. Inversement, 85% des pays du monde, y compris la Chine, l’Inde, l’Iran et la Russie ne sont responsables que de 30% des dépenses militaires mondiales. Manifestement, Washington a affûté l’OTAN en un outil d’agression militaire.

 

L’Europe ne peut se permettre de combattre pour Washington au Moyen-orient, en Afrique, et en Asie. L’Europe n’a pas les moyens de résoudre ses problèmes d’endettement public et elle doit se résoudre à imposer à ses populations une sévère austérité. Elle voit croître le chômage et la pauvreté. Néanmoins, les pays européens, qui n’arrivent plus à payer leurs policiers, leurs enseignants et leurs services médicaux, dépensent de l’argent qu’ils n’ont pas afin de combattre pour l’hégémonie américaine dans de lointaines régions du monde où ils n’ont nul intérêt national à défendre.

 

Les Polonais, les Hongrois et les Tchèques se sont révoltés contre leurs maîtres soviétiques. Washington évite la révolte en soudoyant les gouvernements européens. En jouant son rôle de facilitateur pour Washington, l’OTAN pave la voie à la IIIe Guerre mondiale. La décision de la Pologne d’accepter des bases de missiles américains sur sa frontière avec la Russie pourrait bien être le pas décisif vers la IIIe Guerre mondiale.

 

De nos jours, les Etats-Unis ne sont en butte à aucune puissance hostile. Bien que la Russie et la Chine disposent de capacités militaires substantielles et que leurs gouvernements respectifs soient tous deux qualifiés d’autoritaires par les propagandistes occidentaux, ni l’une ni l’autre ne représente une idéologie communiste hostile à l’Occident. Les gouvernements de ces deux pays s’efforcent d’éviter des conflits avec les Etats-Unis et d’améliorer le bien-être de leurs citoyens.

 

La seule idéologie dangereuse dans le monde d’aujourd’hui est l’idéologie néoconservatrice de Washington. Cette idéologie proclame que les Etats-Unis sont la “nation indispensable“ qui a le droit et la responsabilité d’imposer au monde son système économique et politique. Claes Rijn voit dans le néoconservatisme “le nouveau jacobinisme“, une reprise de la Révolution française, visant cette fois non seulement l’Europe mais le monde entier.

 

Le néoconservatisme est une idéologie agressive qui suscite l’autojustification et le militarisme. Témoigne de cette agressivité le Rapport du Pentagone au Congrès en date du 19 juin 2013, Rapport qui définit la stratégie de guerre nucléaire des Etats-Unis. Ce Rapport atteste que plus de deux décennies après l’effondrement de la “menace soviétique“, les Etats-Unis continuent à se préparer à une guerre nucléaire.

 

Le Rapport s’efforce d’endormir la Russie en déclarant “nous n’avons nullement l’intention de contester la dissuasion stratégique nucléaire de la Russie ni de déstabiliser notre relation stratégique militaire avec la Russie“. Toutefois, ce Rapport revient sur l’Examen 2010 de la stratégie nucléaire qui fixait l’objectif de limiter la raison d’être des armes nucléaire des Etats-Unis à la dissuasion d’une attaque nucléaire.

 

Le Rapport de 2013 déclare : “Nous ne pouvons adopter une telle politique aujourd’hui“.

 

L’excuse avancée par Washington pour garder le droit de prendre l’initiative d’une attaque nucléaire est la menace de “terrorisme nucléaire“ que présenteraient “Al-Qaïda et ses alliés extrémistes“. Al-Qaïda n’est pas un Etat ni un pays. Le Rapport ne précise nullement comment une attaque préventive américaine pourrait être utilisée contre Al-Qaïda. En vérité, l’extrémisme d’Al-Qaïda est le résultat de l’impérialisme de Washington. Si Washington se désintéressait des musulmans, l’extrémisme se résorberait entre Sunnites et Chiites et entre laïcs et Islamistes.

 

Si les Etats-Unis renonçaient à leur politique interventionniste, la menace terroriste diminuerait.

 

En dépit de l’hostilité élevée qu’ils vouent aux Américains, les terroristes tchétchènes collaborent avec Washington dans leurs efforts de déstabiliser la région russe du Caucase septentrional.

 

L’utilisation par Washington de l’extrémisme musulman date de l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Lorsque Gorbatchev devint Secrétaire général, il informa Washington qu’il retirait les troupes soviétiques d’Afghanistan. Dans leur livre The Untold History of the United States, (L’histoire cachée des Etats-Unis), Oliver Stone et Peter Kuznick relatent que, au lieu de faciliter la fin du conflit, les Etats-Unis s’efforcèrent de fixer les forces soviétiques en Afghanistan aussi longtemps que possible en fournissant armes et argent à Ben Laden et Al Zawahiri, et en bloquant les tentatives onusiennes de négocier un arrangement.

 

Les néoconservateurs sont amers du fait que la Guerre froide ne s’est pas terminée par un triomphe militaire des Etats-Unis sur la Russie. Un triomphe, tel est l’objectif que ces dangereux bellicistes persistent à poursuivre.

Paul Craig Roberts
(Publié le 28 août 2014 par : worldpeacethreatened)

 

“No Need for Nato“, How America was Lost, From 9/11 to the Police Warfare State, Clarity Press, Inc., Atlanta, USA, 2014, publication or. dans Trends Journal, décembre 2013. traduit par Ivo Rens.

(*) A l’initiative du général de Gaulle, la France n’a nullement quitté l’OTAN, elle s’est seulement retirée de la structure militaire intégrée de l’OTAN en 1966. (Note du trad. IR)

***

OTAN : pays membres, forces armées, évolutio

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 15:18

Article repris sur Comité Valmy

 

 

Sur l’une de ces photographies diffusée en mai 2013, on voit le sénateur McCain discuter avec Ibrahim el-Baghdadi, celui-là même qui est à la tête de l’Etat Islamique (DAECH) et s’est autoproclamé nouveau calife. Note Comité Valmy)

 

Par Alain Corvez

Conseiller en stratégie internationale

Le monde dans lequel nous vivons, avec le développement inouï des moyens de télécommunication, est désormais dirigé par l’information qui décide du bien et du mal et oriente les choix des citoyens. Les forces qui possèdent les médias, essentiellement la finance internationale, sont en mesure de justifier les politiques menées par les états, leurs interventions militaires étant présentées comme nécessaires à la défense de la démocratie et des droits de l’homme, dissimulant sous de faux prétextes moraux les ambitions stratégiques des grandes puissances.

 

Les citoyens désormais ont de plus en plus le sentiment, en France et en Europe, que leurs votes n’influent pas sur la direction des affaires qui semble dépendre de forces obscures qui les dépassent. D’où le champ libre laissé aux solutions extrêmes. La démocratie est pervertie par les pouvoirs des médias qui mettent sur le devant de la scène ceux qu’ils ont élus avant le vote et écartent les indésirables. Un rejet des politiques traditionnels, de gauche comme de droite dont la distinction devient de plus en plus ténue, se fait jour dans l’opinion qui paraît désemparée et cherche une issue sans la trouver, sinon dans des programmes irréalistes ou sectaires. Le drame vient de l’incapacité des responsables politiques à se remettre en question, quelles que soient leur intelligence et leur culture, car le système a fabriqué un carcan intellectuel dont ils ne peuvent sortir sans briser leur carrière.


Il en est de même en politique internationale où les médias sont aux ordres des pouvoirs pour justifier dans l’opinion une stratégie décidée sous influence. En dehors de quelques exceptions ridiculisées par les médias, aucune voix audible ne s’est élevée dans la classe politique en France pour dénoncer le retour dans l’organisation militaire de l’OTAN qui, pourtant, nous privait de notre indépendance diplomatique, et presque tous acceptent les décisions de Bruxelles allant dans le même sens comme la signature de traités transatlantiques contraire aux intérêts des Européens. Je ne détaillerai pas l’absurde de notre politique antirusse pour accompagner l’offensive américaine visant à affaiblir notre immense voisin européen, alors que tout devrait nous pousser à nous rapprocher de lui pour construire une coopération économique et stratégique en direction de l’Asie.

 

Pour parler de la situation en Irak et en Syrie où des crimes atroces sont commis tous les jours, j’ai voulu prendre un peu de recul pour remonter aux origines de ces situations désastreuses et les replacer dans une géopolitique internationale plus vaste, car nous sommes en réalité dans l’affrontement entre les intérêts stratégiques de puissances régionales et mondiales en compétition.


Mais avant d’essayer de tracer un tableau des facteurs qui nous ont amené à la situation en réalité paradoxale où nous sommes arrivés, je voudrais vous citer l’observation d’un philosophe italien contemporain qui m’avait frappé lors de la conférence de Carême qu’il avait prononcée à ND de Paris en 2009. Il réfléchissait à la notion du temps, au sens du chronos grec et constatait son impact sur notre civilisation. Rassurez-vous, je ne vais pas vous infliger un cours de philosophie mais l’extrait que je vais citer me semble essentiel, même s’il faut s’accrocher pour comprendre car ce n’est pas le style ni le sujet d’un roman de gare et vous ne direz pas « merci pour ce moment » !

 

« Au fur et à mesure que la perception de l’économie du salut dans le temps historique s’estompe dans l’Eglise, on voit l’économie étendre sa domination aveugle et dérisoire sur tous les aspects de la vie sociale.

 

Du même coup, l’exigence eschatologique que l’Eglise a délaissée revient sous une forme sécularisée et parodique dans les savoirs profanes, qui semblent rivaliser pour prophétiser dans tous les domaines des catastrophes irréversibles. L’état de crise et d’exception permanente que les gouvernements du monde proclament aujourd’hui est bien la parodie sécularisée de l’ajournement perpétuel du Jugement dernier dans l’histoire de l’Eglise. A l’éclipse de l’expérience messianique de l’accomplissement de la loi et du temps, correspond une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit par un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd’hui il n’y a plus sur terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux-mêmes convaincus d’illégitimité. La judiciarisation et l’économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque non seulement la crise du droit et des Etats, mais aussi et surtout celle de l’Eglise. »(1)

 

L’équilibre de la terreur nucléaire qui a suivi la deuxième guerre mondiale, une guerre classique étant devenue impossible, a conduit les deux blocs antagonistes à s’affronter dans des conflits asymétriques en utilisant des alliés. Les Etats-Unis ont compris dès 1945 l’intérêt qu’ils pouvaient tirer d’une entente avec l’Arabie Séoudite et l’on sait que le retrait d’Afghanistan des soviétiques en 1979 a été considéré comme sa victoire par le royaume wahhabite, qui avait financé et formé les moudjahidines, avec l’aide des services pakistanais et américains. Si certains de ces moudjahidines sont restés en Afghanistan, beaucoup ont essaimé en Tchétchénie et dans plusieurs pays arabes qui les accueillirent plus ou moins volontairement, mais n’eurent aucune prise sur les pays laïques qu’étaient par exemple l’Irak et la Syrie.


Après l’effondrement de l’Union Soviétique, les années 90 virent le développement de l’ubris des Etats-Unis qui crurent sincèrement, du moins leurs dirigeants, qu’ils avaient la mission sinon divine, en tout cas hautement morale, d’apporter à l’ensemble de la planète la démocratie, le respect des droits de l’homme et le mode de vie américain, intervenant militairement dans ce but contre la volonté de populations médusées : l’Afghanistan, l’Irak, plus récemment la Libye. Nous en connaissons les résultats désastreux sur lesquels je ne m’étendrai pas mais il est important de comprendre que l’alliance américaine avec l’islam rigoriste du wahhabisme ne s’est jamais démentie, même si c’est au nom de cette doctrine d’un autre âge qu’est né Al Qaïda qui ne s’attaquait qu’aux musulmans qui ne partagent pas leur croyance, en dehors des attentats du 11/9.

 

Nous savons désormais que le terrorisme islamiste est soutenu depuis le début par les Séoudiens, puis les Qataris qui virent là une possibilité de jouer un rôle régional grâce à leur richesse pétrolière sans commune mesure avec leur importance politique. Par opportunisme, la Turquie, dirigée par un parti islamiste, a cru pouvoir s’imposer dans le monde arabe en s’associant à ce soutien, se faisant la tête de pont des assauts contre la Syrie laïque dont elle pensait renverser le gouvernement rapidement.


Grâce à ces appuis, ces financements et ces soutiens, la nébuleuse djihadiste s’est étendue en Syrie et en Irak. Dans ce dernier pays, la démocratie apportée par les Etats-Unis a porté logiquement au pouvoir les chiites dont le chef du clan le plus important devenu Premier Ministre a mené une politique sectaire, ostracisant les sunnites et même certains chiites rivaux. Mais il avait la majorité. Après le départ des troupes américaines il a dû faire face à une rébellion sunnite largement soutenue par l’Arabie qui a provoqué des attentats et des meurtres réprimés avec une fermeté extrême, et l’Irak, à son tour, est entré en chaos. Peut-être la faute principale de Maliki a-t-elle été de cesser de payer les miliciens sunnites qui avaient brillamment lutté contre Al Qaïda sous la conduite intelligente du général Petraeus dans l’opération Saha (Réveil.Sursaut). Les chefs des tribus sunnites qui avaient fourni ces contre-terroristes voulaient le départ de Maliki et trouvèrent opportun de conclure une alliance de circonstance avec les djihadistes du nord irakien, de même que les anciens résistants à l’occupation américaine, baasistes et anciens cadres de l’armée de Saddam Hussein qui luttaient contre le pouvoir de Bagdad.

 

Le 20 juin dernier j’écrivais dans un court billet (2) que l’offensive éclair de DAESH (Daoulat al Islamiyah fi al Irak wa al bilad al Sham) était sous contrôle des services de renseignement américains qui avaient des agents parmi eux et parmi les baasistes et que le but était, soit de renverser Maliki ou au moins de l’amener à des concessions importantes qu’il persistait à refuser, pour établir un gouvernement de consensus. J’ajoutais que le but n’était pas de prendre Bagdad et que l’alliance paradoxale entre une organisation islamiste et un parti d’idéologie laïque n’était que de circonstance. Les prises d’importants territoires et de grandes villes comme Mossoul du nord et de l’ouest de l’Irak en quelques jours par l’Etat Islamique, EI, s’étaient faites pratiquement sans combats, les portes étant ouvertes aux djihadistes par les membres des forces de sécurité irakienne qui n’attendaient que le signal pour le faire. Les ouvertures de Maliki vers la Russie et la Chine n’étaient pas non plus pour plaire aux Etats-Unis et il devenait important pour Washington de reprendre un contrôle à Bagdad qui commençait à lui échapper. On sait que ce sont surtout des compagnies pétrolières chinoises qui exploitent l’or noir irakien.

 

La nomination de Chuck Hagel à la Défense et John Kerry aux Affaires Etrangères lors du deuxième mandat d’Obama laissait clairement comprendre que le Président américain et son équipe avaient compris le monde multi polarisé qui était désormais en place et voulaient s’y adapter en instaurant de nouvelles relations avec tous les états et les organisations internationales, reconnaissant à chacun sa juste place sur l’échiquier mondial. (3) Les Etats-Unis sont la première puissance militaire mondiale et de loin mais la Chine, dont le PIB est encore loin de celui des Etats-Unis, surtout par habitant, comble ses lacunes rapidement et se dote d’une économie ambitieuse ; avec d’autres pays comme l’Inde ou la Russie en reconstruction rapide qui n’entendent pas se laisser dominer, sans parler de nombreux pays d’Amérique Latine. On voit que le gouvernement américain a pris en compte cette nouvelle donne et s’efforce de s’y adapter, notamment dans sa volonté de régler la question iranienne en reconnaissant à ce pays de vieille civilisation son rôle essentiel de modération et d’équilibre dans une région à feu et à sang. Mais le gouvernement est l’objet de pressions énormes de groupes d’influence très puissants qui peuvent empêcher des décisions ou en forcer d’autres.

 

Ainsi la finance internationale dirigée par Wall Street et la City défend sa stratégie d’un monde sans barrières pour ses prises de position et éventuellement sans frontières étatiques, et cherche surtout à maintenir la domination du dollar comme monnaie mondiale contre les pays « non-alignés » qui s’organisent pour organiser leurs échanges dans d’autres devises.

 

Ensuite les puissants industriels de l’armement qui vivent de la domination mondiale des Etats-Unis et voient d’un bon œil les guerres se succéder dans le monde, entretenant d’après eux leur suprématie.

 

Enfin les soutiens de la politique d’Israël qui encouragent les dissensions entre les arabes et voient dans les guerres entre chiites et sunnites un bon moyen d’assurer la pérennité de leur protégé, le gouvernement actuel de Jérusalem ne s’imaginant pas autrement qu’en guerre permanente avec ses voisins, eux-mêmes déchirés par des luttes intestines qu’il convient d’encourager.

 

Les mêmes acteurs se retrouvent d’ailleurs dans ces trois groupes mais de nombreux signes indiquent que les uns comme les autres seront amenés à prendre des positions plus modérées, car les affrontements mondiaux entre les intérêts stratégiques de l’Amérique, de la Chine, de la Russie atteignent parfois des paroxysmes de crise qui, à l’heure du « village mondial » et de l’arme nucléaire susceptible de détruire la planète, ne peuvent être réglés par la guerre et la raison doit revenir aux plus ardents partisans des actions armées. Mais ces groupes de pression sont puissants financièrement et alimentent les campagnes électorales ; ils peuvent agir sur le Sénat et la Chambre des Représentants pour empêcher les décisions contraires à leurs intérêts qui sont de prolonger la domination américaine du monde, notamment par le dollar, contre la réalité du monde multi polarisé. Ce sont eux, finalement, qui dirigent les Etats-Unis et le gouvernement doit en permanence composer pour parvenir à appliquer sa stratégie.

 

En réalité pour lutter contre le terrorisme de DAESH il faut d’abord commencer à tarir ses financements et ses soutiens venant principalement de l’Arabie et du Qatar, et ensuite aider les états sur lesquels ils sévissent à les éliminer au sol, avec sans doute l’appui de frappes aériennes. C’est ce que la France fait en Iraq et c’est bien. Elle devrait le faire en Syrie et cesser de parler du dictateur Bachar el Assad car, quand même, si en dépit des assauts énormes de l’étranger depuis plus de trois ans et demi le régime est toujours en place c’est qu’il doit y avoir des Syriens qui le soutiennent, sans compter avec ses indéfectibles appuis extérieurs. La connaissance de la mouvance djihadiste de ses services est en outre incomparable et nous devons échanger avec eux pour surveiller nos ressortissants qui sont partis la rejoindre et qui reviendront un jour chez nous.


Les islamistes de DAESH, ou de toute autre appellation comme Al Nosra sont tous les mêmes, en Syrie comme en Irak et participent aux mêmes cruautés barbares. Il faut cesser de se voiler la face sous prétexte d’une obsession qui devient paranoïaque de vouloir renverser un régime qui n’a pas en face de lui des « islamistes modérés » qui n’existent pas sur le terrain ni d’ailleurs des laïques opposants démocratiques qui n’existent que dans les capitales européennes. Enfin, il est totalement incohérent de vouloir combattre les djihadistes en Irak et de prétendre les armer en Syrie (ou dans des camps d’entraînement en Jordanie) car ce sont les mêmes ! Et une fois lâchés en Syrie bien équipés et armés ils iront rejoindre la mouvance que nous voulons détruire.

 

Comme l’a dit le Président Rouhani à la tribune des Nations Unies en septembre dernier prêchant la modération dans les relations internationales en proposant au Secrétaire Général de remplacer l’attitude actuelle qui semble être : « l’option militaire est sur la table » par « la paix est toujours possible », rappelant au passage qu’aucune culture n’est unique et supérieure aux autres et qu’on s’enrichit plutôt de la diversité des autres.

 

Dans le combat contre le terrorisme de l’EI, l’Iran peut et doit jouer un rôle stabilisateur car il est incontournable dans la région. Les signes d’un rapprochement avec les Etats-Unis et l’Arabie Séoudite sont un bon augure.


La Turquie qui est embarrassée à juste titre dans l’actuelle situation, elle qui a favorisé les djihadistes, non seulement en Syrie mais aussi en Irak pour faire pièce aux Kurdes avec lesquels elle avait pourtant un accord avec Massoud Barzani, est en position délicate car sa diplomatie annoncée de « pas d’ennuis avec les voisins » a échoué complètement et ses 18 millions de Kurdes pourraient devenir remuants. Les attaques de l’EI sur les régions kurdes de Syrie, notamment sur la ville syrienne frontalière avec la Turquie de Aïn el Arab, Kobane en kurde, font suite au refus du chef du PYD, Saleh Muslim, de rompre avec le régime syrien, démontrant ainsi clairement que la Turquie dirige l’EI dans cette région, d’ailleurs depuis le début de la guerre de Syrie. Pour enlever toute ambiguïté, le Président Erdogan a déclaré le 1er octobre, après avoir tardivement rejoint la coalition contre l’EI : « la guerre contre le régime syrien est notre priorité ».

 

En conclusion, la coalition internationale que les Etats-Unis ont réussi à constituer pour combattre le terrorisme de l’EI repose avant tout sur la volonté américaine d’en finir avec cette créature de ses services qui a échappé à son créateur et ils ont les moyens de le faire par des frappes aériennes, -et de nombreux « conseillers militaires » sur le terrain-, mais surtout par l’action de leurs services secrets et de leur diplomatie envers les anciens pourvoyeurs de ce terrorisme. Il semble qu’ils se soient orientés dans cette voie. Avec l’appui aux gouvernements arabes concernés directement par cette menace qui devront aller déloger les djihadistes dans leurs derniers repaires, le terrorisme sera long à combattre mais la victoire devrait être au bout. Il ne faudrait toutefois pas que cette coalition soit un paravent pour, sous couvert de lutte contre le terrorisme, le but soit en réalité de contourner l’opposition internationale à des frappes de septembre 2013, fédérée autour de la Russie, pour parvenir par un autre moyen à renverser le pouvoir légal de Damas. Une déclaration la semaine dernière au journal de 20 h de France 2 du Ministre français des Affaires Etrangères pourrait susciter des doutes. Pour l’instant il ne semble pas que ce soit le but de Washington dont les frappes, bien qu’elles aient violé la souveraineté d’un pays membre de l’ONU sans protestation véhémente de Damas, ni de Moscou, servent les intérêts de la Syrie en détruisant des sanctuaires djihadistes dont on peut même se demander si les localisations précises n’ont pas été fournies par les services de renseignement syriens.

 

(1)L’intégralité de l’intervention de Giorgio Agamben, réflexion d’un très haut niveau philosophique sur la structure du temps est consultable dans le petit recueil des conférences de Carême à ND de Paris en 2009, édité par « Parole et Silence ».
(2) Billet. Irak 20 juin 2014, publié par la Revue de Défense Nationale.
(3)Voir mon analyse : La crise syrienne, révélateur tragique d’un nouvel ordre mondial, publié le 30.06.2013 par la RDN.

Mise en ligne CV : 10 octobre 2014

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 17:22

La stratégie russe face à l’impérialisme anglo-saxon

Par Thierry Meyssan

Repris sur Réseau Voltaire le 11 août 2014

 

L’agression des Anglo-Saxons contre la Russie prend la forme d’une guerre financière et économique. Cependant Moscou se prépare aux hostilités armées en développant l’autarcie de son agriculture et en multipliant ses alliances. Pour Thierry Meyssan, après la création du califat au Levant, Washington devrait abattre une nouvelle carte en septembre à Saint-Petersbourg. La capacité de la Russie à préserver sa stabilité intérieure déterminera alors la suite des événements.

 

L’Organisation de coopération de Shanghai représentera, à partir de son élargissement probable en septembre 2014, 40 % de la population mondiale

 

L’offensive menée par les Anglos-Saxons (États-Unis, Royaume-Uni et Israël) pour dominer le monde se poursuit sur deux lignes simultanées : à la fois la création du « Moyen-Orient élargi » (Greater Middle East) en attaquant simultanément l’Irak, la Syrie, le Liban et la Palestine, et la séparation de la Russie de l’Union européenne à travers la crise qu’ils ont organisée en Ukraine.

Dans cette course de vitesse, il semble que Washington veuille imposer le dollar comme monnaie unique sur le marché du gaz, la source d’énergie du XXIe siècle, à la manière dont il l’a imposé sur le marché du pétrole [1].

Les médias occidentaux ne couvrent presque pas la guerre du Donbass et leur population ignore l’ampleur des combats, la présence des militaires US, le nombre des victimes civiles, la vague des réfugiés. Les médias occidentaux traitent par contre avec retard les événements au Maghreb et au Levant, mais en les présentant soit comme la résultante d’un prétendu « printemps arabe » (c’est-à-dire, en pratique, d’une prise de pouvoir par les Frères musulmans), soit comme l’effet destructeur d’une civilisation violente en soi. Plus que jamais, il serait nécessaire de venir en aide à des arabes incapables de vivre paisiblement en l’absence de colons occidentaux.

La Russie est aujourd’hui la principale puissance capable de conduire la Résistance à l’impérialisme anglo-saxon. Elle dispose de trois outils : les BRICS, une alliance de rivaux économiques qui savent ne pouvoir grandir qu’avec les autres, l’Organisation de coopération de Shanghai, une alliance stratégique avec la Chine pour stabiliser l’Asie centrale, et enfin l’Organisation du Traité de sécurité collective, une alliance militaire d’anciens États soviétiques.

 

Les dirigeants des BRICS : Dilma Rousseff (Brésil), Vladimir Poutine (Russie), Narendra Modi (Inde), Xi Jinping (Chine) et Jacob Zuma (Afrique du Sud)

 

Au sommet de Fortaleza (Brésil), qui s’est tenu du 14 au 16 juillet, les BRICS ont franchi le pas en annonçant la création d’un Fonds de réserve monétaire (principalement chinois) et d’une Banque BRICS, comme alternatives au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, donc au système-dollar [2].

 

Avant même cette annonce, les Anglo-Saxons avaient mis en place leur réponse : la transformation du réseau terroriste Al-Qaïda en un califat afin de préparer des troubles parmi toutes les populations musulmanes de Russie et de Chine [3]. Ils ont poursuivi leur offensive en Syrie et débordé à la fois en Irak et au Liban. Ils ont par contre échoué à expulser une partie des Palestiniens vers l’Égypte et à déstabiliser plus profondément encore la région. Enfin, ils se tiennent à l’écart de l’Iran pour donner au président Hassan Rohani la chance d’affaiblir le courant anti-impérialiste des khomeinistes.

 

Deux jours après l’annonce des BRICS, les États-Unis ont accusé la Russie d’avoir détruit le vol MH17 de Malaysia Airlines au-dessus du Donbass, tuant 298 personnes. Sur cette base, purement arbitraire, ils ont imposé aux Européens d’entrer en guerre économique contre la Russie. Se plaçant comme un tribunal, le Conseil de l’Union européenne, a jugé et condamné la Russie, sans la moindre preuve et sans lui donner l’occasion de se défendre. Il a promulgué des « sanctions » contre son système financier.

 

Consciente que les dirigeants européens ne travaillent pas pour les intérêts de leurs peuples, mais pour ceux des Anglo-Saxons, la Russie a rongé son frein et s’est interdite jusqu’à présent d’entrer en guerre en Ukraine. Elle soutient en armes et en renseignements les insurgés, et accueille plus de 500 000 réfugiés, mais s’abstient d’envoyer des troupes et d’entrer dans l’engrenage. Il est probable qu’elle n’interviendra pas avant que la grande majorité des Ukrainiens ne se révolte contre le président Petro Porochenko, quitte à n’entrer dans le pays qu’après la chute de la République populaire de Donetsk.

 

Face à la guerre économique, Moscou a choisi de répondre par des mesures similaires, mais concernant l’agriculture et non pas les finances. Deux considérations ont guidé ce choix : d’abord, à court terme, les autres BRICS peuvent pallier aux conséquences des prétendues « sanctions » ; d’autre part, à moyen et long terme, la Russie se prépare à la guerre et entend reconstituer complètement son agriculture pour pouvoir vivre en autarcie.

 

En outre, les Anglo-Saxons ont prévu de paralyser la Russie de l’intérieur. D’abord en activant, via l’Émirat islamique (ÉI), des groupes terroristes au sein de sa population musulmane, puis en organisant une contestation médiatique lors des élections municipales du 14 septembre. Des sommes d’argent considérables ont été apportées à tous les candidats de l’opposition dans la trentaine de grandes villes concernées, tandis qu’au moins 50 000 agitateurs ukrainiens, mêlés aux réfugiés, sont en train de se regrouper à Saint-Petersbourg. La plupart d’entre eux ont la double nationalité russe. Il s’agit à l’évidence de reproduire en province les manifestations qui ont suivi à Moscou les élections de décembre 2011 —la violence en plus— ; et d’engager le pays dans un processus de révolution colorée auquel une partie des fonctionnaires et de la classe dirigeante est favorable.

 

Pour ce faire, Washington a nommé un nouvel ambassadeur en Russie, John Tefft, qui avait préparé la « révolution des roses » en Géorgie et le coup d’État en Ukraine.

Il importera pour le président Vladimir Poutine de pouvoir faire confiance à son Premier ministre, Dmitry Medvedev, que Washington espérait recruter pour le renverser.

 

Narendra Modi

Considérant l’imminence du danger, Moscou serait parvenu à convaincre Pékin d’accepter l’adhésion de l’Inde contre celle de l’Iran (mais aussi celles du Pakistan et de la Mongolie) à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). La décision devrait être rendue publique lors du sommet prévu à Douchambé (Tajikistan) les 12 et 13 septembre. Elle devrait mettre un terme au conflit qui oppose depuis des siècles l’Inde et la Chine et les engager dans une coopération militaire. Ce retournement, s’il est confirmé, terminerait également la lune de miel entre New Delhi et Washington, qui espérait distancier l’Inde de la Russie en lui donnant accès notamment à des technologies nucléaires. L’adhésion de New Dehli est aussi un pari sur la sincérité de son nouveau Premier ministre, Narendra Modi, alors que pèse sur lui le soupçon d’avoir encouragé des violences anti-musulmanes, en 2002, au Gujarat dont il était le ministre-chef.

 

Ayatollah Ali Khamenei

En outre, l’adhésion de l’Iran, qui représente une provocation face à Washington, devrait apporter à l’OCS une connaissance précise des mouvements jihadistes et des moyens de les contrer. Là encore, si elle était confirmée, elle réduirait la volonté iranienne de négocier une pause avec le « Grand Satan » qui l’avait conduit à élire cheik Hassan Rohani à la présidence. Ce serait un pari sur l’autorité du Guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei.

 

De fait ces adhésions marqueraient le début du basculement du monde de l’Occident vers l’Orient [4]. Reste que cette évolution doit être protégée militairement. C’est le rôle de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), constituée autour de la Russie, mais dont la Chine ne fait pas partie. À la différence de l’Otan, cette organisation est une alliance classique, compatible avec la Charte des Nations unies puisque chaque membre conserve le choix d’en sortir s’il le veut. C’est donc en s’appuyant sur cette liberté que Washington a tenté, au cours des derniers mois, d’en acheter certains membres, notamment l’Arménie. Cependant, la situation chaotique en Ukraine semble avoir refroidi ceux qui y rêvaient d’une « protection » états-unienne.

La tension devrait donc s’accroître dans les prochaines semaines.

Thierry Meyssan

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 16:28
En faisant preuve de retenue, la Russie n’a fait que persuader Washington qu’elle était faible

 

Je viens juste d’entendre deux choses sur la radio publique nationale [NPR] qui ont complètement anéanti le peu de confiance qu’il me restait encore dans l’Administration américaine. J’en ai conclu que l’expression « un Américain intelligent » est un oxymore.

 

Les élites américaines ont décidé que les Américains n’étaient pas suffisamment menacés par la guerre et le chaos économique, aussi nous apportent-elles le virus Ebola en Amérique. La radio publique nationale [NPR] a annoncé que deux personnes infectées par le virus Ebola, qui est incurable et généralement mortel, ont été conduites à l’hôpital universitaire d’Emory à Atlanta, en Géorgie. Il suffit d’une toux, d’un éternuement, d’une goutte de salive, et le virus est relâché dans l’un des principaux centres du réseau de transport des États-Unis.

 

Une pandémie, ça vous tente ? Il y a peu de doutes que toute la planète ou presque pousserait un grand soupir de soulagement d’être débarrassé de Washington.

 

Les porteurs de l’Ebola seront prétendument mis en quarantaine dans des locaux spéciaux. Mais nous savons déjà que les hôpitaux américains ne sont même pas capables de contenir les infections nosocomiales [http://rt.com/usa/177408-nightmare-bacteria-antibiotic-southeast/ ]. Qu’advient-il des couverts, assiettes, bols et verres qu’utilisent les personnes infectées pour manger et boire ? Et qui s’occupe de nettoyer les lits ? Une bourde faite par une personne, une déchirure dans un gant en caoutchouc, et le virus est lâché dans la nature.

 

Si on ne meurt pas d’Ebola, on devra encore échapper à une guerre nucléaire.

 

J’ai écouté une partie de la conférence de presse d’Obama. Obama accuse Poutine de faire tout ce qu’Obama est le seul à faire. Si Obama croit ce qu’il a dit à la presse, il se laisse mener en bateau par ses conseillers. S’il ne croit pas en la propagande grossière dont il parle, il nous mène tout à fait consciemment vers une guerre avec la Russie, ce qui signifie probablement aussi la guerre avec la Chine et notre fin à tous.

 

Gardez à l’esprit qu’en huit ans, l’armée américaine a été incapable d’occuper l’Irak avec succès, et qu’en 13 ans, les États-Unis ont été incapables de venir à bout de quelques milliers de Talibans faiblement armés en Afghanistan.

 

La Russie et la Chine ne sont pas l’Irak, la Libye ou l’Afghanistan.

 

La guerre avec la Russie sera nucléaire. Washington s’y est préparé. Washington a abandonné le traité ABM, a créé ce qu’il pense être un « bouclier anti-missiles balistiques », et a changé sa doctrine de guerre pour permettre aux USA de lancer les premiers une attaque nucléaire . Tout ceci évidemment dirigé contre la Russie, ce que son gouvernement sait très bien. Combien de temps la Russie va-t-elle rester les bras croisés à attendre la première frappe de Washington ?

 

La Russie n’a rien fait d’autre que d’opposer des obstacles tardifs aux mensonges de Washington, ceux que Washington utilise pour déclencher des guerres. La Russie (et la Chine) se sont laissées berner par Washington et les armes de destruction massive irakiennes. La Russie (et la Chine) se sont laissées berner par Washington sur la soi-disant traque de 13 ans de Ben Laden, qui aurait nécessité la conquête et l’occupation de l’Afghanistan. La Russie (et la Chine) sont tombées dans le panneau lorsque Washington a affirmé que la résolution des Nations unies établissant une zone d’exclusion aérienne sur la Libye avait pour but d’empêcher l’armée de l’air de Kadhafi de bombarder son propre peuple. Avant de découvrir que Washington faisait un usage abusif de cette résolution en envoyant la force aérienne de l’OTAN renverser le gouvernement libyen.

 

Lorsque Washington a tracé une « ligne rouge » concernant l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien contre les forces extérieures – celles que Washington avait organisées et envoyées en Syrie pour renverser le gouvernement – ne cessant de prétendre que ces mercenaires islamistes étaient les vrais représentants de la démocratie en Syrie, la plus grande partie du monde a su que Washington était sur le point d’organiser une attaque chimique et d’accuser Assad. Quand l’attaque a eu lieu au moment prévu, cette fois la Russie et la Chine ne s’y sont pas laissé prendre. Pas plus que le Parlement britannique. Washington n’a pu produire la moindre preuve des accusations que Washington avait montées de toute pièce, et qui lui auraient au moins valu le concours des Britanniques pour un assaut militaire contre la Syrie. La Russie, en revanche, fut capable d’apporter des preuves, et celles-ci ont déjoué le complot de Washington à l’encontre de la Syrie.

 

Cette intervention de la Russie a provoqué la colère de Washington, tout comme celle qui avait déjoué les manigances de Washington en vue d’attaquer l’Iran. Washington, sans aucune preuve, et en contradiction avec les rapports des inspecteurs de l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique opérant sur le terrain, selon lesquels il n’y avait jamais eu de détournement d’uranium du programme nucléaire légal vers un programme d’armement, avait quand-même mis en place ce qu’il fallait pour une attaque de l’Iran. Celle-ci s’est retrouvée encerclée par une quarantaine de bases militaires américaines et menacé par deux des flottes de Washington au large de ses côtes.

 

Mais la Russie s’est interposée et a élaboré un plan que Washington a été obligé d’accepter : maintenir l’enrichissement d’uranium iranien à un niveau suffisant pour produire de l’énergie, mais bien trop bas pour servir à l’armement.

 

Deux mauvaises notes pour la Russie, dont le gouvernement a empêché des guerres que Washington voulait. La Russie (et la Chine) étaient censées avaliser les mensonges de Washington, à l’instar des États-pantins de l’Europe et autres pays lui ayant abandonné leur souveraineté depuis belle lurette : Canada,

Australie, et Japon.

 

Malheureusement pour elle, en montrant qu’elle avait à présent suffisamment de pouvoir et d’influence pour bloquer les plans de guerre de Washington, la Russie a, de facto, déclenché la doctrine Wolfowitz à son encontre. J’ai déjà cité cette doctrine dans des articles récents, mais vous pouvez chercher sur Google et la découvrir par vous-même. Cette doctrine est la base de la politique étrangère de Washington. Elle affirme que l’objectif principal de Washington est d’empêcher la montée de tout pays qui pourrait faire obstacle à son hégémonie sur le monde. (La doctrine mentionne explicitement la Russie, mais elle s’applique aussi à la Chine.)

 

Washington est perturbé parce que la Russie a, par deux fois, déjoué ses intentions belliqueuses et parce que le Parlement du Royaume-Uni, État fantoche des US, a voté du côté des Russes.

 

Washington est aussi préoccupé par la montée des relations économiques et politiques entre ses marionnettes européennes et la Russie. Les pays européens, particulièrement l’Allemagne, ont des liens économiques nombreux et fructueux avec la Russie, et toute l’Europe est dépendante de la fourniture d’énergie russe.

 

Washington a donc conclu qu’il risquait de voir le contrôle de l’Europe lui échapper. Pendant que le gouvernement russe s’endormait aux commandes lors des Jeux olympiques, Washington a réussi son coup à Kiev.

 

Le néoconservatrice Victoria Nuland, appointée par Obama comme Sous-secrétaire d’Etat, a annoncé en conférence de presse en décembre dernier que Washington avait dépensé cinq milliards de dollars, achetant des ONG ukrainiennes pour former une “cinquième colonne” pouvant s’introduire dans des manifestations en vue de déstabiliser un gouvernement, manipulant et achetant des politiciens ukrainiens destinés à servir de larbins à Washington. Nuland,bien sûr, a présenté cet achat de l’Ukraine par Washington comme étant “une grande avancée” de la démocratie.

 

Le coup d’État de Washington contre un gouvernement démocratiquement élu a mis au pouvoir des extrémistes proclamant leur haine des Juifs et des Russes. Ces extrémistes ont détruit les mémoriaux russes commémorant la libération de l’Ukraine du Troisième Reich par la Russie, ont proscrit le russe comme langue officielle régionale, et s’en sont violemment pris physiquement aux russophones.

 

L’Ukraine a toujours été une zone aux frontières changeantes. Comme l’ont dit certains, « l’Ukraine est un pays à la recherche de frontières ». Quand l’Ukraine était une province soviétique, les dirigeants soviétiques rattachèrent, pour diverses raisons, des provinces traditionnellement russes à la République Socialiste Soviétique d’Ukraine. Après l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, la pression de Washington sur une Russie affaiblie conduisit à séparer l’Ukraine de la Russie, y compris la Crimée qui faisait partie de la Russie depuis les années 1700 et constituait son accès aux mers chaudes.

 

Les populations russes des ex-territoires russes rattachés à l’Ukraine, de manière inconsidérée, par les dirigeants soviétiques ont été alarmées par l’extrême russophobie du gouvernement mis en place à Kiev par Washington. Les ex-territoires russes ont voté pour rejoindre leur pays d’origine et quitter l’Etat fantoche russophobe établi à Kiev par les États-Unis.

Le gouvernement russe a accepté la demande de la Crimée, mais a repoussé les demandes émanant d’autres ex-provinces russes afin de démontrer à l’Europe que la Russie ne faisait pas de provocation et n’était pas à l’origine de cette crise. Poutine a même fait annuler par la Douma son pouvoir d’intervenir en Ukraine pour protéger les provinces sécessionnistes. Cette retenue a gêné plus qu’aidé la position du gouvernement russe. Washington a usé de sa machine de propagande pour qualifier l’autodétermination des Criméens d’« invasion et annexion de la Crimée par la Russie ».

La retenue de la Russie à l’égard des demandes des autres anciennes provinces russes pour rejoindre la Russie a eu pour conséquence une attaque militaire déclenchée par le gouvernement fantoche de Kiev, encouragé par Washington, contre les provinces séparatistes, attaque que la Russie a refusé d’accepter. La propagande de Washington a ensuite réussi à accuser la Russie d’être responsable de la guerre que Washington a lancée sur les provinces séparatistes.

 

Washington n’a aucun intérêt pour la vérité. De ce fait, la Russie ne peut pas gagner la propagande de guerre lorsque Washington en contrôle la langue : l’anglais. Les médias occidentaux, quant à eux, sont des abrutis donnant les mains libres à Washington pour exterminer toute vie sur Terre.

 

Si le gouvernement russe avait accepté la demande des provinces séparatistes, il n’y aurait eu aucune guerre. Le gouvernement ukrainien est certes cinglé et contrôlé par Washington, mais pas au point d’attaquer les territoires reconnus par la Russie comme étant les siens.

 

En faisant preuve de retenue, la Russie n’a fait que persuader Washington qu’elle était faible, et Washington a augmenté la pression. La Russie a convaincu l’Europe qu’il ne lui en coûterait rien de se plier aux sanctions de Washington contre la Russie. En comptant sur la bonne volonté, la raison, la vérité et les preuves, la Russie s’est trompée sur Washington et ses serviles marionnettes européennes.

 

Ce qu’Obama voulait dire lors de sa conférence de presse à la Maison Blanche aujourd’hui (1er août) lorsqu’il a dit que Poutine devrait utiliser la diplomatie – ce que Poutine n’a cessé de faire en vain – c’est que Poutine devrait rendre la Crimée au gouvernement de pantins de Washington à Kiev, malgré l’opposition des habitants de Crimée et du peuple russe. Cela permettrait à Washington d’expulser la Russie de son port de mer chaude et de son accès à la mer Méditerranée et rendrait inutile la base navale de la Russie à Tartous, en Syrie. Obama veut aussi que Poutine envoie des forces militaires russes dans les zones séparatistes de l’Ukraine, régions qui faisaient traditionnellement partie de la Russie, pour soumettre ces territoires séparatistes au gouvernement de pantins de Washington à Kiev.

 

Telle est la position « diplomatique » de Washington. Seule une personne totalement démente pourrait considérer la position d’Obama comme réaliste.

En tant que personne considérée comme saine d’esprit par les médias mondiaux, et parvenant à des conclusions raisonnables malgré la propagande de Washington, je suis souvent interviewé par des médias étrangers ainsi que des médias américains indépendants. Dernièrement, les médias russes se sont tournés vers moi à de nombreuses occasions. Ce que j’ai appris est que l’hostilité de Washington envers la Russie rend perplexes les médias russes.

 

La Russie n’agit pas dans le vieux Sud Confédéré pour essayer de monter les États sudistes contre Washington du fait des vols, des meurtres et de la destruction de la culture sudiste commis par Washington. Mais Washington se permet d’agir dans le sud de la Russie en essayant de monter l’Ukraine, longtemps partie intégrante de la Russie, contre la Russie.

 

Comme les Russes, sauf peut-être au sein du gouvernement, ignorent l’existence de la doctrine Wolfowitz, ils ne savent pas que le but principal de Washington est d’empêcher l’avènement de toute autre puissance qui pourrait limiter son rôle de Moi-le-Pouvoir-Unique, d’Hegemon sur la Terre. Au lieu de comprendre la véritable nature de la menace, les médias russes me demandent si les finances russes peuvent se permettre de répondre aux sanctions de Washington et de l’UE en coupant les approvisionnements en énergie de l’Europe.

 

Je suis surpris à chaque fois que j’entends cette question. La Russie peut provoquer l’arrêt d’une grande partie de l’industrie européenne et priver les Européens de chauffage pendant l’hiver, et les médias russes me demandent si la Russie peut se le permettre ?!

 

La Russie peut-elle se permettre d’être diabolisée par des mensonges, ensevelie sous un tas de sanctions propagandistes qui affecteront l’Europe et certaines sociétés américaines, de montrer une image d’elle-même si faible et si démunie face aux sanctions occidentales qu’elle doive les accepter sans même en faire peser le coût sur l’Europe et les États-Unis ?

 

Les Russes, à leur tour, auraient-ils subi un lavage de cerveau de Washington ?

 

Je suis préoccupé par la crise que Washington a orchestrée, parce que je pense qu’elle va mener à la guerre, et qu’elle sera nucléaire. Êtes-vous prêts à être détruits suite aux mensonges de Washington concernant un avion de ligne malaisien ? Je suis convaincu que Washington est derrière la destruction du vol MH-17, car leur propagande était déjà prête et est entrée immédiatement en action. Que Washington soit responsable est la raison pour laquelle Washington ne veut pas publier les photos satellites de la zone au moment de la destruction de l’avion de ligne. Que Washington soit responsable est la raison pour laquelle Washington répond aux preuves factuelles de la Russie avec des mensonges et de la propagande. C’est Obama et ses larbins à Kiev qui refusent de négocier, pas la Russie.

 

La Russie a autant de têtes nucléaires que Washington, et le « bouclier ABM » de Washington n’est qu’une farce. Si ce gouvernement américain insensé engendre une crise menant à la guerre, que seul Washington aura causée, nous allons tous mourir, et pour quoi ? La réponse est : pour un MENSONGE de Washington.

 

Voulez-vous mourir pour un mensonge ? Un autre mensonge de Washington ?

 

Si vous ne voulez pas, vous feriez bien d’en faire part à Washington.

 

La Russie ne peut mettre fin à cette crise sans taper du poing sur la table. J’ai soutenu l’idée que la Russie devrait plaider son cas aux Nations Unies. Ou alors, le gouvernement russe doit poser à l’Europe deux questions. La première : l’Europe veut-elle que la Russie lui coupe ses approvisionnements en énergie, énergie que Washington, malgré ses mensonges, ne pourra remplacer avant 3 ans voire plus, si tant est qu’elle le puisse ? L’autre question est : l’Europe veut-elle la guerre avec la Russie et l’Europe pense-t-elle que ces pays idiots qui hébergent les missiles de Washington ne se retrouveront pas atomisés et exterminés ?

 

Cette crise en Ukraine continuera aux dépens de la Russie et de toute l’humanité jusqu’à ce que la Russie explique à l’Occident stupide, arrogant et empli d’hubris que les actions criminelles et agressives de l’Occident contre la Russie comportent un coût réel et que la Russie est prête à le faire payer.

 

Les Occidentaux qui subissent la propagande n’ont aucune idée du destin vers lequel leurs gouvernements déments les conduisent. Il faut que la Russie signifie clairement aux Occidentaux victimes de la propagande et du lavage de cerveau qu’elle ne sera pas le jouet de l’Occident et n’acceptera pas l’agression gratuite du fou de la Maison Blanche.

Si la Chine en faisait autant, cela pourrait contribuer à sauver la vie sur terre. Le plus tôt serait le mieux.

 

Si le monde ne freine pas les criminels déments de Washington, le monde a signé son propre arrêt de mort.

 

Auteur Paul Craig Roberts

1er août 2014

repris sur  http://www.les-crises.fr/pcr-russie-faible/ traduction collective par les lecteurs du blog www.les-crises.fr

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 08:54

Par Amin Samir source afrique-asie.fr

 

Malgré le handicap de l’âge et de la santé, Bouteflika a été soutenu par la majorité des électeurs. Ceux-ci ont par ailleurs rejeté catégoriquement la tentative de l’Islam politique de faire son retour sur la scène en se présentant sous les habits neufs de la « réconciliation nationale ».

 

Les deux expériences de l’Algérie et de l’Égypte partagent beaucoup de caractères communs. La classe politique dirigeante dans les deux pays, qui s’était construite dans les cadres du boumediénisme et du nassérisme, était fondamentalement semblable. Leurs projets étaient identiques et méritent de ce fait d’être qualifiés de la même manière : il s’agissait de projets authentiquement nationaux et populaires (et non « populistes démagogiques ») bien que fort peu démocratiques. Il n’est pas important qu’ils se soient l’un et l’autre auto-qualifié de « socialistes » – ce qu’ils n’étaient pas et ne pouvaient pas être. Dans les deux expériences les réalisations ont été importantes, au point qu’elles ont véritablement transformé de fond en comble le visage de la société pour le meilleur, et non le pire. Mais aussi, dans les deux pays ces réalisations ont atteint rapidement les limites de ce qu’elles pouvaient donner et, s’enlisant dans leurs contradictions internes – identiques – se sont interdites de préparer la radicalisation et la démocratisation qu’imposait leur poursuite. Mais, au-delà de ces analogies, les différences méritent d’être signalées.


La société algérienne avait subi avec la colonisation des assauts destructifs majeurs. L’État et le pouvoir de l’ancienne aristocratie précoloniale algérienne avaient été éradiqués. La nouvelle société algérienne, issue de la reconquête de l’indépendance, n’avait plus rien en commun avec celle des époques précoloniales. Elle était devenue une société plébéienne, marquée par une très forte aspiration à l’égalité. Et la guerre de libération en Algérie avait produit, naturellement, une radicalisation sociale et idéologique. Cette aspiration à l’égalité ne se retrouve – avec la même force – nulle part ailleurs dans le monde arabe, ni au Maghreb (pensez à la force de la tradition archaïque de respect de la monarchie au Maroc !) ni au Mashrek. En contrepoint l’Égypte moderne a été construite dès le départ (à partir de Mohamed Ali) par son aristocratie, devenue progressivement une « bourgeoisie aristocratique » (ou une « aristocratie capitaliste »), quand bien même cette nouvelle classe dirigeante avait-elle fini par accepter sa soumission à la domination impérialiste, britannique puis étasunienne. Le nassérisme vient en fin de la période d’essor du mouvement d’avancée sociale et nationale, initié par la révolution de 1919, qui se radicalise en 1946. Le coup d’État ambigu de 1952 vient donc en réponse à l’impasse du mouvement. De ces différences en découle une autre, d’une importance évidente, concernant l’avenir de l’Islam politique. L’Islam politique algérien (le FIS), qui avait dévoilé sa figure hideuse, a été véritablement mis en déroute par l’Armée et l’État, soutenus par la nation. Cela certes ne signifie pas que cette question soit définitivement dépassée


Chadli Benjedid, le successeur de Boumediene, s’était engagé dans la voie néolibérale extrême, à la manière de « l’infitah » de Sadate et Moubarak : privatisations généralisées à toute l’économie nationale, participation des hauts officiers au pillage des biens de l’État, démantèlement du contrôle national du secteur pétrolier, ouverture incontrôlée aux multinationales, corruption. Mais après la défaite de la tentative du FIS d’imposer son projet de théocratie réactionnaire, simultanément soumis aux exigences du néolibéralisme, le Président Bouteflika avait amorcé une politique économique corrective, allant jusqu’à la re-nationalisation de certaines grandes entreprises. Bouteflika a également mis en déroute le projet occidental de création d’un « Sahelistan », qui aurait été constitué au détriment de l’Algérie, du Mali et du Niger. Cet « État », para-islamique, à l’image des États du Golfe, aurait confisqué la rente extraite de l’exploitation du pétrole, de l’uranium et d’autres minerais au bénéfice exclusif de ses « Émirs ». Le projet convenait parfaitement aux objectifs de la stratégie de domination des États Unis. Simultanément le régime a fait des concessions aux revendications démocratiques et sociales comme aux revendications des Amazighs sans pareilles ailleurs dans le monde arabe. Mais il ne s’agit encore que de corrections timides, et le peuple algérien, même lorsqu’il fait confiance aux promesses de Bouteflika, attend probablement davantage.


Pour ces raisons, et malgré le handicap de l’âge et de la santé, Bouteflika a été soutenu par la majorité des électeurs. Ceux-ci ont par ailleurs rejeté catégoriquement la tentative de l’Islam politique de faire son retour sur la scène en se présentant sous les habits neufs de la « réconciliation nationale ». Mais les électeurs n’ont pas fait ce choix dans l’enthousiasme, comme en témoigne la participation – 51 % seulement contre 67 % à l’élection présidentielle précédente.


Le modèle algérien avait donc donné des signes évidents d’une plus forte consistance que celui de l’Égypte, ce qui explique qu’il ait mieux résisté à sa dégradation ultérieure. De ce fait la classe dirigeante algérienne demeure composite et divisée, partagée entre les aspirations nationales encore présentes chez les uns et le ralliement soumis à la compradorisation chez les autres (parfois même ces deux composantes conflictuelles se combinent chez les mêmes personnes !). La ré-élection de Bouteflika fait gagner du temps et permet d’éviter le chaos que produiraient les conflits au sein de la classe dirigeante. En Égypte par contre, cette classe dominante est devenue intégralement, avec Sadate et Moubarak, une bourgeoisie compradore, ne nourrissant plus aucune aspiration nationale. Des réformes économiques, politiques et sociales maîtrisées de l’intérieur semblent avoir encore leurs chances en Algérie. La question de la politisation démocratique constitue, dans tous les cas, ici, en Algérie et en Égypte, comme ailleurs dans le monde, l’axe central du défi.


Notre époque n’est pas celle d’avancées démocratiques, mais au contraire de reculs dans ce domaine. Dans les périphéries la démocratie embryonnaire, quand elle existe, toujours associée à des régressions sociales encore plus violentes que dans les centres du système, perd sa crédibilité. Ce recul de la démocratie va de pair avec la dépolitisation de la société. Car celle-ci implique l’affirmation sur la scène de citoyens capables de formuler des projets de société alternatifs, et non seulement d’envisager, par des élections sans portée, « l’alternance » (sans changement !). Le citoyen capable d’imagination créatrice disparu, l’individu dépolitisé qui lui succède est un spectateur passif de la scène politique, un consommateur modelé par le système qui se pense (à tort) individu libre. On ne sera pas étonné, dans ces conditions, de voir l’obscurantisme, déguisé en adhésion d’apparence religieuse, avancer partout, au Nord comme au Sud. Le transfert du débat, des aires de la gestion politique, économique et sociale aux domaines de la « religion », entendue comme identité majeure – en fait fausse identité, réduite au ritualisme – permet au capital des monopoles impérialistes, à ses serviteurs (l’aristocratie financière, les clergés politiques et médiatiques) et à ses alliés locaux (bourgeoisie compradore, islamistes et autres) de poursuivre leurs objectifs sans rencontrer de résistance efficace de leurs victimes. On ne sera pas étonné de voir que les revendications démocratiques et culturelles, parfaitement légitimes, puissent néanmoins être l’objet de manipulations par ces mêmes forces réactionnaires. Mais avancer sur les chemins difficiles de la démocratisation des sociétés et de la re-politisation des peuples sont indissociables. À défaut d’avancées visibles dans ces directions le monde s’engagera, comme il l’est déjà, dans la tourmente chaotique associée à l’implosion du système. Le pire est alors à craindre.


Car les puissances occidentales craignent une évolution démocratique, nationale et populaire de l’Algérie. Aussi n’ont-elles pas renoncé à leur projet de destruction de l’État et de la société par un pouvoir prétendu « islamiste » quelconque. Le soutien qu’elles apportent à son candidat battu à l’élection présidentielle du 17 avril, en constitue le témoignage. Elles n’ont pas renoncé à leur projet de démantèlement de l’Algérie, en soutenant une éventuelle sécession du Sahara algérien et de la Kabylie. Leur rhétorique de « promotion de la démocratie et de respect des différences culturelles » est destinée à faire oublier les objectifs réels de leur stratégie.


L’histoire récente de l’Algérie et de l’Égypte illustre l’impuissance des sociétés concernées jusqu’à ce jour à faire face au défi. L’Algérie et l’Égypte sont les deux pays du monde arabe qui sont des candidats possibles à « l’émergence ». La responsabilité majeure des classes dirigeantes et des systèmes de pouvoirs en place dans l’échec des deux pays à le devenir est certaine. Mais celle des sociétés, de leurs intellectuels, des militants des mouvements en lutte doit tout également être prise en sérieuse considération. Les uns et les autres parviendront-ils à relever le défi, ensemble et à travers leur conflit ?

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15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 14:12

La Syrie pays de tous les enjeux,

du Moyen Orient à l'Ukraine...

Jérôme HENRIQUES

 

Le 07 Octobre 2013, le ministre Français de la défense était reçu en Arabie Saoudite par le roi Abdallah. Le ministre a ensuite déclaré à propos de la Syrie : "Notre approche sur la situation est identique. Nous sommes dans la logique de renforcer la Coalition nationale Syrienne et l’état-major du général (Sélim) Idriss (chef d’état-major de l’ASL)". Rappelons que l'Arabie Saoudite est une monarchie absolue, promouvant un Islam radical (le Wahhabisme), qu'elle pratique la discrimination ethnique, prive les femmes des droits les plus élémentaires, emprisonne et torture les opposants, réduit en esclavage les travailleurs étrangers, offre des spectacles de décapitation sur la place publique ... Si la France et l'Arabie Saoudite sont en "grande convergence" au sujet de la guerre menée en Syrie, on peut finir par douter de son mobile humanitaire et chercher d'autres explications.

 

La guerre du gaz

Le gaz apparait aujourd’hui comme une alternative à la diminution des réserves mondiales de pétrole et possède en outre l’avantage d’être une énergie propre. Ce sera la principale ressource d’énergie du XXIème siècle et l’Union Européenne devrait en être le plus gros consommateur.

 

Actuellement, la Russie est le pays qui dispose des plus grosses réserves en gaz et sa société étatique Gazprom en assure l’exploitation. L’exportation du gaz Russe est quant à elle permise grâce à deux grands projets de gazoduc :


- Nord Stream passant par l’Allemagne et censé alimenter le nord de l’Europe.
- South Stream qui doit se diriger vers l’Europe occidentale via la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et la Slovénie.

 

Or, dans le but de concurrencer South Stream, l’Union Européenne a soutenu le projet Nabucco. Ce projet visait principalement le gaz de l’Azerbaïdjan (champ de Shah Deniz) et devait se diriger vers l’Europe occidentale en passant par la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie et la Hongrie. La guerre entre South Stream et Nabbuco a nettement tournée à l’avantage de la Russie. Initialement prévu pour 2014, Nabbuco a été sans cesse repoussé en raison de difficultés techniques et de l’absence de clients clairement définis. De plus, l’Azerbaïdjan a finalement choisi le gazoduc Trans-Adriatic Pipeline (TAP) pour acheminer son gaz vers l’Europe au détriment de Nabucco. Cela a peut être signé l’arrêt de mort de ce projet.

 

Au Moyen-Orient, l’Iran est un grand producteur de gaz. En Juillet 2011, l’Iran, l’Irak et la Syrie ont signé un projet de gazoduc : l’Islamic Gas Pipeline ou "Gazoduc Chiite". Après un temps de réalisation estimé 3 ans, ce projet devrait permettre à l’Iran d’alimenter l’Irak et la Syrie. Grâce aux ports méditerranéens de la Syrie ou du Liban, il pourrait même alimenter l’Union Européenne. Par ailleurs, la Syrie a découvert en Août 2011 un vaste champ gazier à Qaraa, près du port de Tartous. Partenaire économique de la Syrie, la Russie pourrait alors jouer un rôle important, non seulement dans l’exploitation de ce gaz, mais aussi dans son exportation vers l’Europe par la mise à disposition de sa flotte en méditerranée.

 

C’est avec le Qatar que l’Iran partage le plus grand champ gazier du monde (il est nommé South Pars côté Iran et North Dome côté Qatar). Pour l’instant, le Qatar exporte son gaz par des méthaniers, ce qui n’est déjà pas sans risques. En plus, ces bateaux doivent transiter par le détroit d’Ormuz, qui est sous contrôle de l’Iran. En 2009, le Qatar a alors présenté un projet de gazoduc terrestre devant le relier à la Turquie. Le tracé incluait initialement l’Arabie Saoudite, mais après son refus, il devrait finalement passer finalement par l’Irak, la Jordanie et la Syrie. C’est dans cette optique que le Qatar s’est rapproché en 2010 de la Syrie par un "pacte de défense". Mais cette dernière a ensuite préféré se joindre au projet de Gazoduc Chiite.

 

Deux autres puissances régionales sont intéressées par le projet Qatari : la Turquie et Israël. La Turquie cherche a diminuer sa dépendance au gaz Russe et au gaz Iranien. De plus, elle toucherait des royalties pour permettre le transit de gaz vers l’Europe. Partie prenante du projet Nabbuco puis du projet Qatari (qui devait rejoindre Nabbuco sur son territoire) la Turquie a également signé un contrat avec l’Azerbaïdjan pour l’achat de grosses réserves de gaz en 2017. Quant à Israël, il a découvert fin 2010 un énorme champ gazier au large de ses côtes. Il pourrait donc rejoindre le projet Qatari pour l’exportation de son gaz vers l’Europe.

 

Ainsi, le Qatar, la Turquie et Israël voient d’un très mauvais oeil la réalisation du gazoduc Iran-Irak-Syrie, complètement indépendant de leurs routes de transit vers l’Europe. Quant à l’Union Européenne, elle cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et donc à diminuer sa dépendance au gaz Russe. Comme d’habitude, les USA chapeautent le tout en cherchant à soutenir leurs alliés (Israël, Turquie, Qatar) et affaiblir leurs concurrents (Russie, Iran). Dans tous les cas, la question du gaz semble partie intégrante du conflit actuel en Syrie. Selon le journaliste Algérien Noureddine Merdaci, le protocole de Doha, signé en Novembre 2012 par la majorité des groupes de l’opposition Syrienne prévoyait, dans la Syrie post-Al-Assad , "la permission du passage du gazoduc Qatari à destination de la Turquie puis de l’Europe".

 

Un Moyen-Orient instable

Avec les deux tiers des ressources mondiales en pétrole et 40% des réserves de gaz connues, le Moyen-Orient est le lieu majeur de production d’hydrocarbures. Il couvre et couvrira certainement pendant plusieurs décennies encore, la plupart des besoins énergétiques de la planète. Or, ce début de 21ème siècle voit l’apparition de grandes puissances émergentes, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dont les besoins en énergie ne cessent de croître. La Chine par exemple est aujourd’hui derrière les USA, le deuxième plus gros consommateur mondial de pétrole. Alors que le Moyen-Orient est depuis longtemps le théâtre de tensions et d’affrontements pour le contrôle de ses ressources énergétiques (opération AJAX en 1953, guerre d’Irak en 2003 ...), la situation ne risque pas de s’améliorer.

 

Au sein même de cette région, s’ajoute une fracture religieuse entre musulmans Sunnites et Chiites. Les Sunnites considèrent qu’il ne doit pas y avoir d’intermédiaires entre le croyant et dieu, tandis que pour les Chiites, c’est l’Iman qui est le véritable guide de la communauté. Dans le monde, la plupart (environ 80-90%) des musulmans sont Sunnites, mais les Chiites sont majoritaires (environ 70%) dans les pays du Golfe. Les deux communautés ne s’aiment pas. Persécutés par les Sunnites, les Chiites minoritaires ont longtemps dû se réfugier dans la clandestinité, tandis que certains Sunnites vont jusqu’à considérer les Chiites comme des mécréants et se méfient de leur expansion. En Iran où le Chiisme est la religion d’état, Khomeini avait présenté en 1979 la révolution comme un "modèle à exporter". Aujourd’hui, l’Iran, l’Irak, les Alaouites de Syrie et le Hezbollah Libanais forment un croissant Chiite, lequel est fortement combattu par l’arc Sunnite qui englobe l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis. Les pétromonarchies du golfe dépensent beaucoup d’argent pour la propagation du Wahhabisme (c’est une forme radicale du Sunnisme, il est par exemple interdit d’invoquer le prophète, les saints ou les anges, de sculpter des décorations dans une mosquée ...). Elles n’hésitent d’ailleurs pas à soutenir les impérialistes occidentaux dans les guerres qui les opposent à leurs rivaux régionaux (la Syrie en fait aujourd’hui les frais).

 

Régional, ce clivage devient même national puisqu’il y a dans les pays majoritairement Sunnites des minorités Chiites et inversement (les Chiites d’Arabie Saoudite qui sont d’ailleurs plus nombreux dans les régions pétrolifères de l’est, les Chiites du Pakistan ...). Parfois, ces minorités sont au pouvoir (les Sunnites en Irak sous Saddam Hussein ou au Bahreïn actuellement, les Alaouites en Syrie actuellement ...). Certains pays sont alors le lieu de favoritisme, de discriminations, voire de persécutions ou d’affrontements violents. Actuellement, cette violence touche principalement l’Irak (majorité Chiite) et le Pakistan (majorité Sunnite). L’influence étrangère joue parfois un rôle dans la fracture confessionnelle (la révolution Iranienne de 1979 a radicalisé les Chiites du Pakistan ...), cela pouvant même aller jusqu’à de l’ingérence (l’Arabie Saoudite a soutenu militairement le régime du Bahreïn dans sa féroce répression contre les Chiites lors du printemps Arabe en 2011).

 

La présence Kurde est une autre source d’instabilité au Moyen-Orient. Au lendemain de la première guerre mondiale, le traité de Sèvres avait prévu un découpage de l’empire Ottoman comptant un état Kurde. Cependant, les Français et les Britanniques avaient en 1916 signé un accord secret (Sykes-Picot) qui procédait à un autre découpage. Les Kurdes furent répartis dans 4 pays (Turquie, Iran, Irak et Syrie) et le Kurdistan n’est resté depuis qu’une simple zone géographique. Mais le nationalisme Kurde est resté présent. Aux soubresauts nationaux (affrontements entre le PKK et le gouvernement Turc depuis 1984, soulèvements Kurdes en Irak durement réprimés avec notamment le massacre par arme chimique à Hallabja en 1988, soulèvements en Syrie durement réprimés en 2004 et 2005) s’ajoute un activisme transnational (projet du PKK d’un grand Kurdistan, soutiens à cette organisation hors de la Turquie ...).

 

Enfin, Israël est depuis sa création un important facteur de tensions régionales : guerre de 1948 après la création de l’état, guerre du canal de Suez en 1956, guerre des six jours en 1967, guerre de Kippour en 1973, guerres au Liban en 1982 et 2006 et surtout l’interminable conflit Israëlo-Palestinien. Si les relations entre Israël et ses voisins ont dès le départ été mauvaises, sa politique de grignotage territorial n’a fait depuis qu’empirer les choses. Actuellement, le projet de création d’un état Palestinien est au point mort. Les territoires Palestiniens sont divisés entre d’un côté la Cisjordanie, partiellement contrôlée par l’autorité Palestinienne (un mur de séparation prive la Cisjordanie d’une partie de son territoire de 1967), et de l’autre la bande de Gaza, entièrement contrôlée par le Hamas. Au Moyen-Orient, la solidarité envers la Palestine dépasse parfois le clivage entre Chiites et Sunnites. l’Iran et le Hezbollah Chiites sont par exemple en bons termes avec le Hamas Sunnite. Mais d’autres pays gardent leurs distances. C’est le cas de l’Egypte (accord de paix avec Israël en 1979) ou l’Arabie Saoudite (qui coopère avec Israël contre l’Iran), pourtant tous les deux Sunnites.

 

Le jeu des alliances

Dans le monde de demain, qui risque progressivement d’échapper à la toute puissance Etasunienne, deux pays sont particulièrement redoutés : la Chine et la Russie. La première est aujourd’hui 2ème puissance mondiale et devrait passer au premier rang d’ici 2040, tandis que la seconde réorganise depuis les années 2000 sa sphère d’influence géopolitique perdue aux lendemains de la guerre froide. Les deux voisins, membres du conseil de sécurité de l’ONU, établissent non seulement des liens avec des pays stratégiques (La Russie est présente au Moyen-Orient où elle vend par exemple des centrales nucléaires à l’Iran, la Chine est très présente en Afrique) mais aussi entre eux (la Russie et la Chine collaborent par exemple dans de grands projets d’acheminement du gaz entre leurs deux pays). Quels pays pourraient rejoindre ces alliances dans le futur ? L’Inde ? Et pourquoi pas le Japon ?

 

C’en est trop pour les maîtres du monde qui se sont donné pour mission de contenir la progression Sino-Russe et d’affaiblir ses alliances. En plus des sanctions diplomatico-économiques (que l’Iran connait bien) et des tentatives de déstabilisation sur les questions des minorités et des droits de l’homme (que la Chine et la Russie ont eux aussi expérimentés), les USA ont une stratégie qu’ils ont bien rôdée pendant la guerre froide : celle de l’encerclement. Pour illustrer cette stratégie, il suffit d’observer le voisinage géographique de l’Iran. En plus des pétromonarchies du golfe et du Pakistan, les guerres d’Afghanistan et d’Irak ont poursuivi l’encerclement de ce pays par des régimes pro-Etasuniens et l’installation de nouvelles bases militaires. Levier de la politique étrangère Etasunienne, l’OTAN met en oeuvre cette stratégie à grande échelle. Du rôle clé de la Turquie qui accueille le grand bouclier anti-missile, en passant par l’Initiative de coopération d’Istambul (Barheïn, Qatar, Koweit, Emirats Arabes Unis) jusqu’aux partenariats militaires en extrême-orient et dans le pacifique (Australie, Nouvelle Zélande, Singapour, Corée du sud et Japon) c’est toute la partie Moyen Orient – Russie - Chine qui est ainsi prise en étau.

 

Depuis longtemps, les occidentaux sont proches des pétromonarchies du golfe. En 1945, les USA avaient conclu avec l’Arabie Saoudite (premier producteur mondial de pétrole) le pacte "protection militaire contre accès exclusif au pétrole", puis avaient commencé à y installer leurs bases militaires. Vers 2003, diverses raisons (fin de la guerre d’Irak, sentiment anti-Etasunien croissant dans la population Saoudienne, guerre contre les Talibans dont l’idéologie est proche du régime Saoudien ...) les avaient poussés à un redéploiement de leurs forces au Qatar, pays où ils viennent encore récemment d’installer un radar anti-missile pour contrer l’Iran. Les USA ont quand même conservé des troupes en Arabie Saoudite. Cela leur permet de ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier, d’autant qu’ils doivent parfois jouer les équilibristes entre Israël, le Qatar et l’Arabie Saoudite qui sont tantôt alliés, tantôt rivaux. Quant à la France, est-il besoin de rappeler qu’elle vient de signer en Juillet 2013 un contrat d’un milliard d’Euros avec les Emirats Arabes Unis puis en Août un contrat du même montant avec l’Arabie Saoudite et qu’on ne compte plus dans l’hexagone les investissements Qataris (clubs de foot, banlieues ...) ?

 

L’organisation des Frères musulmans est un autre levier de la politique Etasunienne au Moyen-Orient. Contrairement aux Wahhabites, ceux-ci prônent une progression de l’Islam par le haut, politisée. Rejetant l’influence occidentale et souhaitant des républiques Islamistes dans les pays à majorité musulmane, ils s’opposent parfois durement aux courants laïcs de ces pays (Egypte, Syrie). En Syrie, ils ont été interdits en 1980 suite à une série d’attentats sanglants, puis massacrés dans les soulèvements qui ont suivi (20.000 morts à Hama en 1982). Mais avec un programme politique plutôt bien accepté par l’occident, les Frères musulmans sont des alliés potentiels contre les ennemis du moment. Dès les années 50, les USA s’en étaient rapprochés pour lutter contre les régimes socialistes et panarabes du Moyen-Orient (Nasserisme, parti Baas) ; plus récemment en Egypte (présidence de Mohamed Morsi), les USA se sont bien accommodés de leur association entre conservatisme religieux et libéralisme économique ; aujourd’hui en Syrie, leur rôle est dominant dans le conseil de transition (CNS/CNFOR). Au niveau régional, les Frères musulmans peuvent compter sur le soutien de la Turquie (l’AKP quoique plus laïc, est également Sunnite et libéral), celui du Qatar (essentiellement Wahhabite mais socialement et politiquement stable), mais pas de l’Arabie Saoudite. Touchée par le printemps Arabe (où la police a d’ailleurs tué quelques manifestants), celle-ci redoute en effet leur activisme politique (hier du côté des militaires en Egypte, l’Arabie Saoudite soutient aujourd’hui les Salafistes en Syrie).

 

Pressions, guerres et chaos

Les enjeux au Moyen-Orient permettent de mieux comprendre l’épicentre actuel en Syrie. Partenaire économique de la Russie (qui est elle même proche de la Chine) et intégrée au croissant Chiite où elle participe avec l’Iran et l’Irak à la réalisation d’un grand Gazoduc, la Syrie échappe au Grand maître Etasunien. Les manoeuvres de déstabilisation visant la Syrie ou ses alliés ne sont d’ailleurs pas récentes. A la stratégie d’encerclement de la Russie et de la Chine précédemment évoquée, on peut ajouter les sanctions économiques contre l’Iran (embargo pétrolier, boycott bancaire) ou encore la résolution 1559 (Franco-Etasunienne) votée à l’ONU en 2004 afin d’obtenir le retrait des troupes Syriennes du Liban (qui y étaient déployées depuis la fin de la guerre civile en 1990). Le prétexte pour passer à un niveau supérieur a été fourni pendant le printemps Arabe en Mars 2011. Alors que les premières manifestations étaient pacifistes et légitimes (manque de démocratie, hégémonie du clan Al-Assad et de la communauté Alaouite ...) le parti pris de l’occident a alimenté l’escalade de violence et a fortement contrasté avec son silence lors des répressions sanglantes au Bahreïn, ou au Yémen. En reprenant systématiquement les déclarations de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (proche des frères musulmans et basé à Londres), les occidentaux se sont alors empressés de proposer des résolutions à l’ONU. Mais la Russie et la Chine y ont cette fois-ci opposé leurs vétos, échaudées par l’aventure Lybienne où la résolution censée protéger les populations civiles s’était transformée en blanc-seing pour un renversement de régime.

 

Si le droit international n’est que la codification d’un rapport de forces, Carl Von Clausewitz disait de la guerre qu’elle est "la continuation de la politique par d’autres moyens". Les Etats-Unis ont montré avec la guerre d’Irak en 2003 qu’ils étaient bien capables de se passer de l’aval des Nations Unies. Dans les années 2000, l’administration Bush avait établi un projet de "grand Moyen-Orient" où il était question d’exporter la démocratie par la guerre. Mais cette stratégie a montré ses limites. D’abord, de telles guerres se sont révélées longues, coûteuses et aux issues incertaines. En Afghanistan (2001-), les troupes Etasuniennes ne se sont toujours pas retirées et le gouvernement d’Hamid Karzaï est toujours en lutte contre les Talibans ; en Irak (2003-2011), la guerre directe a ensuite cédé place aux attentats anti-Etasuniens et aux affrontements "Chiites contre Sunnites". Ensuite, il y a le risque d’une déstabilisation régionale qui peut se retourner contre l’occident. L’Iran a par exemple tiré avantage de la chute du pouvoir Taliban en Afghanistan et de celui de Saddam Hussein en Irak (où l’actuel gouvernement est Chiite). Enfin, il y a pour les occidentaux le risque d’une démocratie qui ne les arrange pas (les législatives de 2006 en Palestine ont par exemple été remportées par le Hamas) ; on se souvient aussi de Mohammad Mossadegh renversé en 1953 par l’Angleterre et Etats-Unis pour avoir voulu nationaliser le pétrole Iranien.

 

En Syrie, une guerre directe parait une fois de plus compliquée. Tout d’abord, Bachar al-Assad est soutenu par une majorité de la population. La Syrie compte plusieurs minorités (Druzes, Chrétiens, Kurdes, Alaouites, ...) et l’état laïc leur assurait jusqu’ici la paix civile. De plus, contester le régime en place ne signifie pas soutenir une agression étrangère, laquelle engendre au contraire un fort sentiment d’union nationale. A l’étranger, la Syrie bénéficie de soutiens importants : ceux de l’Iran et du Hezbollah (qui ont reconnu être ouvertement impliqués dans le conflit) et celui de la Russie (qui lui fournit une grande partie de son équipement militaire). Quant aux ennemis d’Al-Assad, ils n’ont pas toujours les mêmes intérêts dans le conflit. La Turquie soutient les Frères musulmans mais redoute la montée en puissance des Kurdes (qui avaient pu créer un gouvernement régional en Irak après la chute de Saddam Hussein), le Qatar soutient aussi les Frères musulmans tandis que l’Arabie Saoudite soutient les salafistes ; Israël quant à lui redoute peut être plus la confrérie (le Hamas Palestinien est une branche de cette organisation) que le régime actuel qui ne le menace pas directement ; enfin, si les occidentaux ont montré qu’ils pouvaient s’entendre avec certains courants politiques comme les Frères musulmans, leur présence s’est plutôt révélée impopulaire dans la région où ils ont été la cible de nombreuses attaques.

 

Rien de tel dans ces cas là qu’une guerre indirecte : on économise ses troupes tout en entretenant le chaos à distance, chaos duquel on finira bien par tirer notre épingle du jeu. L’Arabie Saoudite et le Qatar ont reconnu armer les opposants depuis le début ; la Turquie permet aux combattants étrangers de traverser son territoire puis de s’y replier lors des combats ; quant aux Etats-Unis et à la France, d’abord fournisseurs d’armes "non létales", ils ont décidé plus récemment de passer à la vitesse supérieure. Encourager les défections est aussi un moyen d’affaiblir le régime tout en recyclant le savoir-faire politique et militaire. Si apprendre du plus fort qu’on est dans le mauvais camp donne déjà à réfléchir, l’argument financier fait aussi son effet. Lorsqu’en Mai-Juin 2011, l’Union Européenne et les USA avaient adopté des sanctions financières contre les dignitaires du régime, le parti Baas avait alors connu des défections massives. Quant à l’ancien premier Ministre Riyad Hijab, ses avoirs ont été dégelés au lendemain de sa défection en Août 2011. Enfin, le conseil de transition (CNS devenu CNFOR) est pour les puissances étrangères un moyen de contrôler l’issue du conflit, militairement d’une part (contrôle de la livraison d’armes, pilotage des opposants armés de l’ASL, ...) et politiquement d’autre part (mise à l’écart de certains groupes tels que les Kurdes lors du remodelage du CNS en CNFOR, élection d’un expatrié Etasunien - Ghassan Hito - comme premier ministre, ...).

 

En continuant d’armer l’ASL et en refusant toute négociation avec le régime, l’opposition écarte durablement toute possibilité d’apaisement. L’attaque chimique du 21 Août 2013 fait d’ailleurs figure de prophétie auto-réalisatrice après la menace d’Obama un an plus tôt (franchissement de la "ligne rouge"). Peu importe le manque de preuves, les déclarations de Carla del Ponte (ancienne procureur du TPI, membre de la commission d’enquête en Syrie) ou l’arrestation à la frontière Turque de membres du Front al-Nosra en possession de gaz Sarin ; c’est à mettre une fois de plus sur le compte de Al-Assad. Sauf que la situation n’a pas avancé sur le terrain où les djihadistes (non contrôlés par la CNFOR) semblent par ailleurs devenus la force d’opposition majoritaire. Après le refus du parlement Anglais de toute action militaire, les USA décident eux aussi d’attendre l’avis de leur congrès, tirent quelques missiles en Méditerranée (peut être pour tester la défense anti-aérienne de l’ennemi) puis acceptent finalement la proposition Russe de désarmement de l’arsenal chimique Syrien. Quant à la France, voyant écarté son projet de résolution particulièrement belliciste, elle n’en demeure pas moins déterminée à lutter contre la tyrannie ... avec l’Arabie Saoudite.


http://www.legrandsoir.info/la-syrie-pays-de-tous-les-enjeux.html

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 10:08

Par Jacques Sapir

8 décembre 2013

Le colloque « l’Euro contro l’Europa ? » (L’Euro contre l’Europe) qui s’est tenu ce samedi 7 décembre à Rome, organisé par les fondations Nuova Italia et A/Simmetrie, a réuni dans l’ancienne bourse de Rome un auditoire de plus de 300 personnes. Dans ce colloque sont intervenu le professeur Alberto Bagnai (Université de Pescara), Diego Fusaro, philosophe marxiste et chercheur à l’université de Milan, Brigitte Granville (Queen Mary University –Londres) et votre humble serviteur pour la partie scientifique. Le maire de Rome, Gianni Alemanno (ancien ministre de l’Agriculture) et Stefano Fassina le responsable des études économiques du Parti Démocrate (parti de centre-gauche, majoritaire au Parlement) sont intervenus dans le débat politique.

 

L'Euro, système économique ou système politique ?

 

Diego Fusaro a développé deux idées importantes. La première est celle de l’avènement d’un « capitalisme absolu » qui fut en un sens « préparé » par la dimension libertarienne de mouvement de 1968 et qui se veut définitivement dégagé de tous les obstacles à l’établissement d’une « société de marché ». Dans un tel capitalisme, il ne doit y avoir ni institutions ni règles, si ce n’est celle, comme le disent K. Marx et F. Engels dans Le Manifeste Communiste, du « froid paiement au comptant ». Autrement dit le modèle de ce capitalisme est un marché qui a avalé toutes les valeurs humaines. En fait, les résistances à ce processus d’établissement d’un monde sans règle ni institution ont constitué l’épaisseur des luttes sociales depuis près d’un siècle et demi. Il y aurait certes beaucoup à dire sur ce point. Mais, on ne peut nier que l’évolution du capitalisme que l’on qualifie de « néo-libéral » tend bien dans cette direction.

 

La seconde idée importante est celle de la perte par l’Italie de toute souveraineté, ce qui empêche la démocratie, conçue non pas comme une pratique formelle mais comme le processus vivant dans lequel les opinions au sein du peuple se confrontent et d’où se dégagent des majorités capables de décisions, d’exister. Sur ce point, on est parfaitement en accord avec Diego Fusaro, ne serait-ce que parce que l’on a développé des idées relativement similaires dans un ouvrage publié en 2002[1]. En réalité, quand on regarde le statut de ce projet de dépolitisation de la décision économique on voit qu’il a des sens différents selon les écoles.

 

Le statut de dépolitisation est ontologique chez les néo-classiques, il est instrumental chez les Autrichiens comme von Mises et Hayek[2]. Le résultat est cependant le même, un « hold-up » anti-démocratique[3]. C’est ce qui fait de la souveraineté un concept clef dans la lutte pour la démocratie, non qu’elle soit suffisante mais parce qu’elle est incontestablement nécessaire[4]. Ceci tend à substituer à la politique une organisation de la société en apparence dominée par la « technique ». Mais, cette « technique » est tout sauf neutre, et elle est au service d’une domination de classe dont les effets sont d’autant plus redoutables qu’ils s’avancent masqués et ne se donnent pas pour ce qu’ils sont. Ainsi, pour Diego Fusaro, l’Euro n’est pas avant tout une monnaie, mais une forme de gouvernance anti-démocratique qui camoufle son apparence sous l’aspect monétaire.

 

Ceci semble profondément juste et permet d’expliquer l’attachement quasi viscéral de certains milieux (et de certains publicistes) à l’Euro. Ce dernier leur fournit une possibilité de mettre la démocratie entre parenthèses. On retrouve ici une reformulation du principe de la « Constitution » économique. Il faut ici s’interroger sur la convergence entre Marx et Hayek dans cette volonté de mettre fin à la politique. Elle révèle une méfiance instinctive envers l’État et les médiations politiques, qui oblige ces deux grands auteurs, pourtant si opposés en bien des points, à tenter le même coup de force théorique pour donner une cohérence à leur système : l’affirmation qu’une solution à un problème complexe peut être en même temps une société simple du point de vue des représentations qu’elle engendre.

 

Le futur se manifeste alors sous la forme du réemploi du passé le plus archaïque, qu’il s’agisse du communisme primitif comme modèle du communisme chez Marx, ou l’idée d’une simplicité des normes et valeurs empruntée aux sociétés passées chez Hayek. Si on récuse ce coup de force théorique, dont les conséquences pratiques pour qui prendrait au pied de la lettre les conceptions antiétatiques et de Marx et de Hayek le conduirait dans l’impasse d’une refiguration des solutions sociales du passé, alors la cohérence d’une société hétérogène devient le produit d’une démarche politique consciente de ses membres, même si la forme que peut prendre cette cohérence peut être assez éloignée des intentions initiales. La question de l’État, et par voie de conséquence la politique, reprend dès lors toute son importance, et la démocratie s’avère alors non la meilleure mais la seule solution praticable aux problèmes posés par l’impossible connaissance parfaite et l’hétérogénéité.

 

L'économie politique de l'Euro.

 

Alberto Bagnai a insisté quant à lui sur les incohérences qui entourent la constitution et l’exercice de la zone Euro. Celle-ci fut créée pour, selon ses concepteurs, protéger l’Union Européenne des désordres économiques mondiaux. Or, confrontée à un désordre (la crise économique et son apparence la plus immédiate, la crise de la dette souveraine) la Zone Euro n’a rien de plus pressé que de détruire le grand marché qu’elle a prétendu créer. Car, c’est bien à une destruction de ce marché à laquelle on assiste par le biais des politiques dites de « dévaluation interne » et dont le résultat immédiat est de rendre les pays qui s’y livrent encore plus dépendant du marché extérieur à la zone Euro. En fait, on peut considérer que la zone Euro, et plus généralement l’Union Européenne, ont été le principal vecteur de la mondialisation en Europe. C’est au nom de la zone Euro que les différents obstacles à l’unification du marché monétaire mondial furent levés. C’est grâce à la zone Euro que les banques européennes ont pu disséminer au sein de l’Union Européenne les actifs américains dits « toxiques ». On mesure l’étendu du mensonge quand on voit que la part de l’Euro comme monnaie de réserve à l’échelle internationale n’a, au mieux, que dépassé de peu la part des anciennes monnaies des pays qui composent cette zone Euro. Une autre démonstration peut être fournie par le fait que l’Euro vient de rétrograder de la seconde à la troisième place (derrière le Dollar et désormais le Yuan) comme monnaie de transaction financière. Gianni Alemanno a insisté, sur la base de son expérience de ministre, sur le fait que l’Union Européenne n’est nullement un facteur de résistance aux autres pays (Etats-Unis, Chine) dans les négociations commerciales internationales.

 

Brigitte Granville est intervenue sur la dynamique politique que l’on a au sein de la zone Euro. À partir d’un raisonnement de théorie des jeux, dans lequel on apercevra la notion de « coercive deficiency » qui fut élaborée au début des années 1960 par Thomas Schelling[5], elle a développé l’idée que dans le duopole entre l’Allemagne et la France, c’est en réalité ce dernier pays qui devrait logiquement être dans la meilleure position de négociation. Ceci mérite explications. En fait, la France est potentiellement (et d’ores et déjà dans les faits) débitrice par rapport à l’Allemagne. Or, dans une relation « débiteur-créditeur », c’est en réalité le débiteur qui a la main s’il est assez gros pour menacer d’emporter avec lui le créditeur. Or, cette condition est bien remplie, et de fait encore plus si l’on ajoute à la France le poids de l’Espagne et de l’Italie.

 

Je suis arrivé pour ma part à des conditions identiques par un cheminement un peu différent. Mais il faut alors constater que jamais le gouvernement français n’a utilisé l’avantage que lui donnait potentiellement sa position. Que l’on se souvienne de la proposition que j’avais faite avant les élections, et à laquelle j’avais conditionné mon soutien pour le second tour, que le candidat François Hollande procède à un référendum sur le projet du TSCG. On sait qu’il n’en fut rien. On prétendit « négocier » et, comme à Munich en 1938, « devant un gangster qui exigeait 20 livres on se contenta de lui donner 19 livres et autant de schilling ainsi que d’une assurance qu’il ne reviendrait pas ». Ces mots terribles sont de Churchill. On sait aussi qu’il a dit au sujet de cette honteuse reculade « nous avions le choix entre la honte et la guerre. Nous avons choisi la honte ; nous aurons la guerre ».

 

L'Euro ou comment e sortir.

 

Pourtant, il est clair que la clef de la décision de dissoudre la zone Euro se trouve non pas à Berlin, mais à Paris et à Rome. Que la France ou l’Italie annonce qu’elle a décidé de quitter unilatéralement l’Euro et immédiatement l’Euro est mort. Compte tenu tant de la proximité de ces économies que des liens existant entre le pays, on n’imagine pas un instant que l’Italie et l’Espagne (ce qui implique aussi le Portugal et la Grèce) puissent rester dans l’Euro si la France le quitte. Réciproquement, que l’Italie annonce sa décision de sortir de l’Euro, et la France et l’Espagne sont, de fait, contraintes de la faire, entraînant avec le Portugal et la Grèce. De plus, devant la sortie des 2ème, 3ème et 4ème économies de la zone Euro, l’Allemagne y réfléchira à deux fois avant de maintenir l’Euro sur la partie « nord » de la zone. Outre le fait qu’une sortie des pays dits « du Sud » entraînerait automatiquement celle de l’Autriche, de la Slovénie et de la Croatie (ne serait-ce que pour s’aligner sur les taux de change dévalués des pays sortants) le problème se pose à l’Allemagne de savoir si elle peut minimiser le choc économique. Si elle s’entête à refuser toute négociation, elle court le risque de dévaluations extrêmement importantes de certains pays. C’est ce que l’on a appelé dans l’étude réalisée avec Philippe Murer et Cédric Durand le scénario... Pour consulter l'article dans son intégralité  suite.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 16:06

 

Par Michel Raimbaud ex Ambassadeur à la retraite

Membre de la coordinatuon pour la souveraineté de la Syrie et contre l'ingérence

origine Comité valmy



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Nous vivons actuellement un moment historique majeur, d’une importance sans doute comparable à la chute de l’Union Soviétique. Entraînant la dissolution du bloc communiste et ayant pour effet immédiat d’instaurer l’hégémonie sans partage de l’Amérique et de ses alliés occidentaux, la disparition de l’URSS allait amener plus de vingt ans de malheur et d’extrême injustice pour le reste de la planète.

 

L’évènement qui a dominé le récent Sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, fruit d’une gestation de deux ans dans le sillage de la crise syrienne, referme cette parenthèse dramatique. Confirmant la renaissance de la Russie et l’émergence du bloc des BRICS à direction russo-chinoise, il symbolise la recomposition de la vie internationale sur de nouvelles bases : le « moment unipolaire américain », qui consacrait le triomphe des « grandes démocraties » et de leur « économie de marché », est terminé. C’est le glas qui sonne pour la plus grande escroquerie politique de l’ère contemporaine : la « communauté internationale » franco-anglo-américaine est agonisante.

 

Le double accord conclu entre la Russie et l’Amérique au sujet de la Syrie est l’acte fondateur de cette mutation. Le Mur de Berlin apparaissait comme le symbole du triomphe du « monde libre » et de « la fin de l’Histoire ». En cet automne 2013, c’est le mur de l’arrogance qui a été brisé, le ci-devant « Axe du Bien » apparaissant dans toute sa splendeur, sur fond de soleil couchant. Loin d’être finie, l’Histoire continue.

 

C’est une belle leçon de diplomatie qu’a prodiguée la Russie (soutenue sans défaillance par la Chine, par ses autres partenaires « BRICS » comme le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, mais aussi par une bonne partie du monde) en réussissant à faire prévaloir la légalité internationale et les grands principes onusiens contre les partisans de l’ingérence à tout va. Ne nous y trompons pas : pendant quelques jours, le monde a bel et bien frôlé la catastrophe et la guerre mondiale. Que Russes et Américains se soient mis d’accord sur le principe d’une solution politique et diplomatique ne peut que réjouir les gens de bonne volonté qui prônent et espèrent depuis de longs mois l’amorce d’un processus de négociation en Syrie. En espérant que la dynamique de paix sera contagieuse…

 

Il convient bien entendu de saluer la « Syrie réelle », c’est-à-dire tous ceux qui ont misé une fois pour toutes sur le dialogue pour mettre un terme à la guerre universelle à laquelle est confronté leur pays. C’est en effet grâce à leur détermination et leur lucidité que la mère de notre civilisation a pu résister – résiste toujours - aux terribles épreuves infligées par ses « faux frères » d’Orient et ses « faux amis » d’Occident : plus de 100 000 morts, huit millions de réfugiés et déplacés, soit un Syrien sur trois, plus de la moitié du pays en ruines, y compris la ville martyre d’Alep, capitale économique livrée au pillage, les infrastructures dévastées, écoles et hôpitaux inclus, des zones entières à la merci de combattants d’un autre âge. Sans oublier des millions et des millions de vies brisées…La communauté internationale, l’universelle, celle qui représente la majeure partie de la planète, ne sera-t-elle pas fondée à demander des comptes à ceux qui entretiennent, en notre nom par-dessus le marché, cette entreprise de massacre et de destruction, comme jadis en Irak et naguère en Libye ?

 

Certes, voir la grise mine de quelques « amis » bien connus du peuple syrien devant une perspective de solution pacifique a de quoi nous réjouir, mais nous ne pouvons dissimuler notre tristesse et notre colère de voir la France brader ses intérêts nationaux, ruiner son crédit moral en affirmant une préférence marquée pour le mauvais côté de l’Histoire. A l’heure où les uns et les autres se félicitent de voir la raison l’emporter et redisent leur engagement en faveur d’une issue politique négociée en Syrie, la France ne manifeste pas un enthousiasme délirant – c’est un euphémisme – pour l’option de la paix et du droit, dont la diplomatie russe s’est faite le symbole.

 

On aurait plutôt, jusqu’ici, l’impression qu’elle choisit de se retrancher dans le camp de la guerre en compagnie des financeurs du djihad. Pourquoi a-t-elle tant tenu à court-circuiter le Conseil de Sécurité dont elle est l’un des membres permanents et pourquoi, se plaçant dans une logique d’ingérence, a-t-elle mis tant de constance à bafouer les principes du droit onusien dont elle se réclamait. Quel dommage et quel ravage !

 

Le gouvernement français fait grand cas des votes du Congrès américain et bon marché de l’opinion majoritaire des Français. Il a grand tort. Sa politique est aussi injuste qu’immorale et la part de culpabilité qui est la sienne dans l’atroce tragédie syrienne n’a d’égale que son écrasante responsabilité dans notre enfermement et notre terrible humiliation. Pesant mes mots (comme un ministre bien connu qui pourtant rate toutes les occasions de se taire), je souhaite plein succès à ce Genève II que les vrais amis de la Syrie appellent de leurs voeux : il est grand temps que la voix de la diplomatie se substitue au fracas des armes, que la stabilité et la paix reviennent en Syrie.

 

Et puis, faut-il rappeler l’évidence ? C’est aux Syriens et à eux seuls qu’il appartient de décider de leur destin en toute souveraineté et en toute indépendance. Les dirigeants étrangers, de Paris ou de Washington, de Riyad ou d’Ankara, n’ont aucune légitimité pour le faire à leur place, et il leur faut un fabuleux toupet pour établir des « feuilles de route » concernant l’avenir ou la reconstruction d’un pays qu’ils auront tout fait pour anéantir.

 

 

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 16:06
Origine Comité Valmy

Commençons par la bonne nouvelle : l’hégémonie américaine, c’est fini. La bête est maîtrisée. Nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, symboliquement parlant, en septembre 2013. Avec la crise syrienne, le monde à la croisée des chemins a pris le bon virage. C’était un moment aussi risqué que lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances de déclencher la guerre totale, dans la mesure où les volontés d’acier de l’Amérique et de l’Eurasie s’étaient mesurées en Méditerranée orientale.

 

Par Israël Adam Shamir

 

Il nous faudra un certain temps avant de percevoir la réalisation de ce à quoi nous avons travaillé dans l’ombre, et c’est normal pour des événements d’une telle grandeur. Les turbulences aux USA, depuis la folle course poursuite à Washington jusqu’à la fermeture de l’administration fédérale et la possibilité du défaut de paiement, sont les conséquences de ce moment historique là.

Souvenons-nous de la chute du Mur de Berlin. Quand il s’est effondré, je me trouvais à Moscou, j’écrivais pour Haaretz. Je m’étais rendu à une conférence de presse avec des membres du Politburo à l’hôtel Président, et je leur avais demandé s’ils pensaient que c’était la fin de l’URSS et du système socialiste. On m’avait ri au nez, parce que c’était une situation trop embarrassante pour eux. Mais non, disaient-ils en chœur. Le socialisme va se mettre à fleurir, voilà ce que va donner la chute du Mur. Deux ans plus tard, il n’y avait plus d’URSS. Notre mémoire voit tout cela en raccourci, maintenant, comme une seule courte séquence. Or cela avait pris un certain temps.

Le point de tension culminant, en ce mois de septembre 2013, ce fut la vision, sous le soleil de midi, des cinq destroyers US face aux rivages du Levant, pointant leurs Tomahawks sur Damas, et, leur faisant face, la flotte russe composée de onze navires avec en tête le Moskva, croiseur tueur chargé de missiles, renforcés par des bateaux de guerre chinois. Apparemment, deux missiles ont bel et bien été lancés vers la côte syrienne, et tous deux ont échoué à atteindre leur cible.

Un quotidien libanais citant des sources diplomatiques a prétendu que les missiles étaient partis d’une base de l’OTAN en Espagne et s’étaient vus abattus par le système russe de défense air-air, à partir d’un navire. Une autre explication proposée par Asia Times mentionne un détournement par les Russes, avec leurs GPS puissants et bon marché, qui auraient rendu inutilisables les Tomahawks sophistiqués et chers, en les égarant et en les faisant chuter. Il y a encore une autre version, qui attribue le lancement aux Israéliens, soit qu’ils aient tenté de provoquer le déclenchement des hostilités, soit qu’ils se soient contentés d’observer les nuages, comme ils le prétendent.

Quoi qu’il en soit, après cet étrange incident, la pétarade n’a pas commencé, parce que le président Obama a gardé son sang-froid et rengainé son colt. Cela fut précédé par un vote inattendu au parlement britannique. Ce corps vénérable a décliné l’honneur de se joindre à l’attaque proposée par les US. Pour la première fois depuis deux cents ans, le parlement britannique a refusé une offre bien réelle de prendre l’initiative d’une guerre ; d’habitude, ils ne résistent pas à la tentation.

Puis le président Obama a décidé de refiler la patate chaude au congrès. Il n’avait pas envie d’être celui qui déclencherait l’Armageddon. A partir de là, c’était trop tard. Le Congrès ne voulait pas entrer en guerre, une guerre aux conséquences imprévisibles. Obama a essayé de froncer les sourcils devant Poutine lors du G20 à Saint Petersburg, mais cela n’a pas marché. La proposition russe d’en finir avec les armes chimiques de la Syrie permettait au président Obama de sauver la face. Cette mésaventure a réglé leur compte à l’hégémonie, à la suprématie et à l’exceptionnalisme américains. Fini, le "destin manifeste" des USA. Nous l’avons tous appris des productions hollywoodiennes : le héros ne saurait faire profil bas : viser et tirer, c’est tout ce qu’il peut faire. S’il rengaine, ce n’est plus un héros, c’est un capon.

Après quoi, tout s’est accéléré. Le président US a eu un entretien avec le nouveau président iranien, ce qui ne pouvait que peiner Tel Aviv. Les rebelles de l’Armée syrienne libre ont décidé de discuter avec Assad au bout de deux ans de harcèlement, et leur délégation est arrivée sans encombre à Damas, laissant les extrémistes islamistes le bec dans l’eau. Le Qatar, leur grand soutien, s’écroule à tous les étages. Ce qui se passe maintenant au niveau de l’administration fédérale donne aux citoyens US de vrais soucis pour des enjeux bien réels. Avec la fin de l’hégémonie US, les jours du dollar comme monnaie de réserve mondiale sont comptés.

La Troisième Guerre mondiale a failli avoir lieu, comme le souhaitaient les banksters. Ils ont trop de dettes, sans compter la dette extérieure monstrueuse des USA. Si les Tomahawks avaient fait mouche, les auraient crié "c’est un cas de force majeure !" et en auraient profité pour effacer la dette. Des millions de gens auraient péri, mais des milliards de dollars seraient sains et saufs dans les caves de JP Morgan et de Goldman Sachs. En septembre, le monde a su bifurquer et se tirer de leurs griffes parce que le président Obama a refusé de faire le jeu des banksters. Il se pourrait qu’il l’ait bien mérité, son prix Nobel de la paix, après tout.

Le futur proche s’annonce turbulent mais il n’y a plus d’issue fatale. Les US vont perdre leurs droits à tirer leurs revenus de la planche à billets. Le dollar US cessera de servir de monnaie de réserve au monde entier, mais restera la monnaie de l’Amérique du nord. D’autres parties du monde vont faire appel à leurs euros, yens, roubles, bolivars ou dinars. Le budget de la défense US retrouvera des proportions normales, et la fermeture de bases à l’étranger ainsi que la réduction des armements permettra à la population US de réussir la transition sans trop écoper. Personne n’a envie de courir derrière l’Amérique ; le monde en a juste assez de leurs chevauchées revolver au poing. Les US vont devoir trouver de nouveaux emplois pour tous ces banquiers, gardiens de prison, soldats, sans oublier un certain nombre de politiciens.

Comme j’étais à Moscou pendant la crise, j’ai observé ces événements tels que les ont ressenti les Russes. Poutine et la Russie ont été soumis à des pressions sans relâche, depuis un certain temps :

* Les US ont soutenu et financé l’opposition libérale russe et nationaliste ; les élections ont été présentées comme une immense fraude, en bloc, le gouvernement russe en a perdu une partie de sa légitimité.

* L’Acte Magnitsky au Congrès a permis aux autorités US de confisquer les biens de tous les Russes et d’arrêter tous ceux dont ils subodorent qu’ils pourraient mal agir, et sans qu’ils puissent recourir à la justice.

* Certains fonds russes ont été saisis à Chypre, où les banques avaient de gros soucis.

* Les US ont encouragé les Pussy Riots, les gay parades et autres à Moscou, dans le but de faire passer Poutine pour un dictateur, un ennemi des libertés et un homophobe, dans les media occidentaux et dans les media russes, tenus par l’oligarchie.

*Le soutien de la Russie à la Syrie a été critiqué, ridiculisé et présenté comme un acte brutal de déni d’humanité. Au même moment, les magnats de la presse occidentale affirmaient que la Russie finirait par laisser tomber la Syrie.

Comme je l’ai écrit il y a déjà longtemps, la Russie n’avait pas l’intention de lâcher la Syrie, pour un certain nombre de bonnes raisons : les chrétiens orthodoxes syriens mettent leur confiance dans la Russie, et géopolitiquement parlant, la guerre se rapprochait trop des frontières russes. Mais la raison principale, c’est que les Russes en avaient assez que l’Amérique leur tienne la dragée haute. Les Russes considéraient que des décisions aussi importantes devaient être prises par la communauté internationale, plus précisément par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Ils n’appréciaient nullement le rôle d’arbitre mondial que se donnait l’Amérique.

Dans les années 1990, la Russie était très affaiblie, et ne pouvait guère manifester son opposition, mais ils n’avaient pas apprécié le bombardement de la Yougoslavie et l’avancée des troupes de l’OTAN vers l’est, en violation de la promesse donnée par les US à Gorbatchev. La tragédie libyenne a rajouté à l’indignation. Ce malheureux pays s’est vu bombardé par l’OTAN, et s’en est trouvé désintégré. D’État le plus prospère de l’Afrique, la Libye est passée au rang des plus misérables. La présence russe en Libye était des plus limitées, mais la Russie y a quand même perdu quelques investissements. La Russie s’était abstenue de voter lors du vote sur la Libye parce que c’était la position du président Dimitri Medvedev qui croyait au partenariat possible avec l’Occident. Mais Poutine n’était absolument pas prêt à livrer la Syrie au même avenir.

La rébellion russe contre l’hégémonie US a commencé en juin dernier, lorsque le vol d’Aéroflot qui transportait Ed Snowden a atterri à Moscou. Les Américains ont appuyé sur tous les boutons à leur portée pour le récupérer. Tout le spectre de leurs agents s’est déployé en Russie. Et très peu de voix, parmi lesquelles celle de votre serviteur, ont appelé la Russie à offrir un refuge sûr à Snowden, mais ce sont nos voix qui ont prévalu. Malgré les pressions US, l’asile politique a été garanti à Snowden.

Étape suivante, l’escalade syrienne. Je ne veux pas entrer dans les détails des attaques chimiques présumées. Du point de vue russe, cela ne pouvait absolument pas constituer une raison pour que les US entrent en guerre en Syrie ni nulle part ailleurs. En un sens, les Russes ont restauré la loi des nations, à sa place d’autrefois, sa place révérée. Le monde est devenu plus sûr pour ses habitants.

Rien de tout cela n’aurait pu se passer sans le soutien de la Chine. Le géant asiatique considère la Russie comme sa grande sœur, et lui fait confiance pour négocier adroitement avec le monde aux yeux ronds. Les Chinois, avec leur style placide et leur air de ne pas y toucher, ont joué dans le camp de Poutine. Ils ont fait passer Snowden jusqu’à Moscou. Ils ont opposé leur veto aux projets anti-syriens du Conseil de Sécurité, et ont envoyé leurs navires de guerre en Méditerranée. Voilà pourquoi Poutine a tenu bon, pas seulement pour le compte de la Russie, mais pour la masse entière de l’Eurasie.

L’Église a soutenu les efforts de Poutine : pas seulement l’église russe, mais les catholiques et les orthodoxes ensemble se sont élevés contre la campagne yankee parce que les rebelles soutenus par les USA massacraient les chrétiens. Le pape a fait appel à Poutine en tant que défenseur de l’Église ; les églises de Jérusalem et d’Antioche ont fait de même. Et le pape a quasiment menacé d’excommunication Hollande, et la menace voilée a troublé le président français. De sorte que Poutine a bénéficié d’un double soutien : celui des patriarches orthodoxes et celui du pape : c’est un cas de bénédiction double extrêmement rare.

Il y a eu bien des épisodes palpitants dans la saga syrienne, de quoi remplir des volumes. Par exemple la tentative pour contraindre Poutine lors du G8 en Irlande. Il devait y faire face au front uni de l’Occident, mais il s’est débrouillé pour en mettre quelques-uns de son côté, et a semé les graines du doute dans le cœur des autres en leur rappelant les hauts-faits des capitaines anthropophages dans le camp des rebelles.

La proposition d’éliminer les armes chimiques syriennes a été introduite adroitement ; la résolution du conseil de Sécurité bloquait la possibilité d’attaquer la Syrie en se prévalant de l’article 7. Miraculeusement, les Russes ont gagné dans la surenchère grandiose. Le risque était immense : la Syrie allait se retrouver détruite comme la Libye ; une attaque israélo-américaine sur l’Iran devenait inévitable ; la chrétienté orientale perdait son berceau ; l’Europe se voyait envahie de millions de réfugiés supplémentaires ; la Russie aurait prouvé qu’elle ne comptait pas, que sa parole était du vent, qu’elle pesait à peu près autant que la Bolivie, dont on peut se permettre d’arraisonner et de fouiller l’avion présidentiel à tout bout de champ. Incapable de défendre ses alliés, incapable de tenir sa position, la Russie se serait vu gratifier d’une victoire morale, euphémisme pour la défaite. Tout le travail accompli par Poutine en treize ans aurait été à vau-l’eau. La Russie serait revenue à son statut de 1999, quand Clinton bombardait Belgrade.

Le point culminant de la confrontation a été atteint lors de l’échange entre Obama et Poutine à propos de l’exceptionnalisme. Aucun des deux n’était débutant, d’ailleurs. Poutine était estomaqué par l’hypocrisie et le manque de sincérité d’Obama. Dans la mesure où il est parti de très bas pour arriver très haut, Poutine se complaît dans son habileté à parler franchement aux gens les plus divers. Et son franc parler peut être d’une brutalité choquante. Quand il s’est trouvé harcelé par un journaliste français sur la question des séparatistes tchétchènes, il a répondu :

"les extrémistes musulmans (les takfiristes) sont les ennemis des chrétiens, des athées et même des musulmans parce qu’ils considèrent que l’islam traditionnel est hostile aux buts qu’eux-mêmes poursuivent. Et si tu veux devenir un islamiste radical, et que tu es prêt à te faire circoncire, je t’invite à Moscou. Nous sommes un pays multiconfessionnel, et nous avons des experts pour te le faire. Et je leur dirai de t’opérer de façon à ce que rien ne risque de repousser !"

Autre exemple de son style aussi candide que choquant, quand il a répondu à Bridget Kendall, de la BBC, à Valdaï. Elle lui avait demandé : est-ce que la menace des frappes militaires US joue un rôle dans le fait que la Syrie accepte de mettre ses armes sous contrôle ?

A quoi Poutine a répliqué : c’est la Syrie elle-même qui a développé son armement chimique comme alternative à l’arsenal nucléaire d’Israël. Il a appelé au désarmement d’Israël et a invoqué l’exemple de Mordechai Vanunu comme exemple de savant israélien opposé aux armes nucléaires (mon entretien avec Vanunu venait d’être publié dans le quotidien russe le plus important, avec une certaine notoriété ; voir, en russe : http://www.kp.ru/daily/26084.4/2987042/).

Poutine a essayé de parler franchement avec Obama. Nous connaissons la teneur de leur dialogue par un enregistrement du dialogue entre Poutine et Netanyahu qui a fuité. Poutine a interpelé l’Américain et lui a dit : c’est quoi, ton objectif en Syrie ? Obama a répondu : "ce qui m’inquiète, c’est que le régime d’Assad ne respecte pas les droits humains." Poutine a failli vomir devant une telle hypocrisie, et il l’a compris comme un refus de la part d’Obama de discuter avec lui "en le regardant dans les yeux".

Au lendemain de la crise aigüe en Syrie, Obama s’est adressé au monde entier, au nom de l’exceptionnalisme américain. La politique des USA est ce qui "fait la différence de l’Amérique. C’est ce qui nous rend exceptionnels", a-t-il dit. Poutine a rétorqué : "c’est très dangereux d’encourager les gens à se voir comme des exceptions. Nous sommes tous différents, mais lorsque nous implorons la bénédiction divine, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a fait égaux." Ce n’était pas seulement un débat idéologique, mais théologique.

Comme je l’ai développé dans mon ouvrage PARDES*, les US se sont construits sur la théologie judaïque de l’exceptionnalisme, du peuple élu. C’est le pays de l’Ancien Testament. C’est là une raison très profonde de l’alliance spéciale entre Israël et les USA. L’Europe traverse une étape d’apostasie et de rejet du Christ, alors que la Russie est profondément chrétienne. Ses églises sont pleines, on se souhaite Joyeux Noël et Joyeuses Pâques les uns aux autres, il n’y a pas de morne "saison". La Russie est un pays du Nouveau Testament. Et le rejet de l’exceptionnalisme, de la notion de peuple élu, est le soubassement de la chrétienté.

Voilà pourquoi, tandis que la communauté juive aux USA voulait la guerre, a condamné Assad et appelé à une intervention US, la communauté juive de Russie, assez nombreuse, riche et influente, n’a pas soutenu les rebelles syriens mais plutôt les efforts de Poutine pour préserver la paix. De même en Iran, où la riche communauté juive a choisi elle aussi le Cap de Bonne Espérance. Il apparaît que les pays guidés par une église solidement implantée sont immunisés contre l’influence délétère des lobbies ; alors que les pays qui n’ont pas d’institution comparable, qu’il s’agisse des USA ou de la France, cèdent aux pressions, et adoptent l’interventionnisme illégal comme norme.

Tandis que l’hégémonie US décline, nous voyons s’ouvrir un avenir bien incertain. La puissance militaire américaine, telle un Béhémot de légende, peut encore provoquer ravages et naufrages ; et la bête blessée est la plus dangereuse. Les Américains devraient écouter la voix du sénateur Ron Paul qui appelle à renoncer aux bases à l’étranger, et à couper les crédits militaires. Les normes de la loi internationale et la souveraineté de tous les États devraient être observées. Le monde entier aimera à nouveau l’Amérique quand elle cessera de nous harceler avant de nous piétiner lourdement. Ce n’est pas gagné, mais nous avons su franchir le Cap, et atteindre la Bonne Espérance.

 

Intervention au Forum international de Rhodes, le 5 octobre 2013. Traduction : Maria Poumier Source :
http://www.israelshamir.net/French/NotreCap.htm
Via le site de Silvia Cattori

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 09:10

Salim Lamrani, journaliste et maître de conférences : « De nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire »

Source "Reporters".

« De nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire »

 

Développement de l’idéologie des droits de l’Homme, servant comme faire-valoir pour légitimer l’hégémonie occidentale sur le monde, thématique à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages, et lecture sur le modèle de développement adopté par certains pays d’Amérique du Sud, et qui est à même, selon lui, de constituer une alternative pour les peuples du tiers-monde, notamment, Salim Lamrani, docteur ès Etudes ibériques et latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, maître de conférences à l’Université de La Réunion, et, également, journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis, nous livre dans cet entretien un éclairage sur ces questions.

 

Entretien réalisé par Boudjemaa Medjkoun et Mehdia Belkadi 

Reporters : Le département d’Etat américain vient de publier son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde dans lequel il s’évertue, comme à son accoutumée, à distribuer les bons points aux pays amis et critique ceux jugés récalcitrants, au moment même où les services secrets américains, la NSA et la CIA, ainsi que les services britanniques, sont épinglés par les révélations d’Edward Snowden, qui font état de l’existence de vastes programmes d’espionnage systématique et massif, qui constituent une violation du droit fondamental à la vie privée et à la confidentialité de la correspondance. De quelle crédibilité peut se prévaloir un tel rapport et quel degré d’objectivité peut-on lui accorder ?

  

Salim Lamrani : La problématique des droits de l’Homme est bien souvent politisée et utilisée à l’encontre des nations ciblées par les Etats-Unis. Les déclarations de Washington à ce sujet ne sont pas crédibles dans la mesure où ses meilleurs alliés en Amérique latine sont les nations qui présentent la pire situation des droits de l’Homme tels que le Mexique, la Colombie ou le Honduras. Au Moyen-Orient, les pays disposant des meilleures relations avec les Etats-Unis sont les pires théocraties de la région tels que le Qatar ou l’Arabie saoudite. Ces rapports servent uniquement à justifier auprès de l’opinion publique l’hostilité à l’égard de certains pays.

 

Sur le continent latino-américain, le pays le plus stigmatisé à propos de la question des droits de l’Homme est Cuba. Cependant, je vous invite à prendre le dernier rapport d’Amnesty International et de comparer la situation des droits de l’Homme à Cuba et aux Etats-Unis par exemple. On sera grandement surpris par les découvertes. Même chose pour l’Union européenne, prenez le rapport sur Cuba et comparez-le aux rapports sur les 27 pays membres et vous verrez que l’UE ne dispose absolument d’aucune autorité morale pour disserter sur la question des droits de l’Homme.

Tout comme les grandes puissances, les médias manipulent également la question des droits de l’Homme. Je vous invite à jeter un œil sur mon ouvrage qui sortira en septembre 2013 que j’ai intitulé : «Cuba : les médias face au défi de l’impartialité ».

 

Reporters :En Europe, la législation de plusieurs pays, dont la France, interdit le financement d’organisations qui peuvent influer sur l’opinion et la changer. Au même moment, ces pays ne se gênent pas, à travers des organismes spécialisés créés à cet effet de financer et d’encadrer des associations et ONG à travers le monde, avec l’objectif d’agir sur l’opinion et de la canaliser en fonction de leurs intérêts. Comment expliquer cette duplicité et sa justification ?

 

Salim Lamrani : Tous les pays du monde sanctionnent par le biais de leur Code pénal le fait d’être stipendié par une puissance étrangère. En France, l’article 411-4 du Code pénal prévoit une sanction pouvant aller jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. En réalité, de nombreuses ONG ne sont que des paravents des services secrets étrangers et disposent d’un agenda politique bien précis derrière un rideau de fumée supposément humanitaire.

 

Reporters : Pour aborder un autre sujet, quelle lecture faites-vous de la situation en Amérique du Sud, notamment avec l’ouverture amorcée à Cuba, la disparition du président Chavez et le ralentissement remarqué dans l’élan des projets d’intégration régionale ? Et avec l’émergence, ces dernières années, de dirigeants de gauche à la tête de plusieurs pays, pensez-vous qu’un processus de changement global puisse prendre corps à partir de l’Amérique du Sud ?

 

Salim Lamrani : L’avenir se trouve dans la nouvelle Amérique latine dont font partie des nations telles que le Brésil, le Venezuela, la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur, le Nicaragua, l’Uruguay, sans oublier la présence historique de Cuba. Ces nations ont élu à leur tête des dirigeants progressistes qui ont choisi de placer l’humain au centre du projet de société et les résultats sont spectaculaires. On note partout un recul de la pauvreté, une amélioration de l’indice de développement humain, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. Le cas le plus spectaculaire reste le Venezuela d’Hugo Chávez qui a quasiment éradiqué l’extrême pauvreté, s’est débarrassé de l’analphabétisme et fait désormais partie des nations à IDH élevé. Tous ces pays ont en quelque sorte atteint une seconde indépendance et adoptent ensemble des politiques d’intégration régionale, avec l’Alliance bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique (ALBA) et la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC) qui regroupe pour la première fois de l’histoire les 33 pays de l’Amérique latine et de la Caraïbe. L’Amérique latine a réussi à s’émanciper de l’ombre tutélaire des Etats-Unis et n’a jamais été aussi unie de son histoire.

 

Reporters :  51 ans après, quelle est, aujourd’hui, la réalité de l’embargo américain sur Cuba ? Et quelle est la nature de l’ouverture opérée ces derniers temps, avec l’arrivée aux commandes de Raul Castro ? Est-elle une évolution contrôlée ou une réalité imposée par le contexte régional et mondial, et quel sera son impact sur le développement des rapports de force en Amérique du Sud ?

 

Salim Lamrani : Comme je le souligne dans mon livre Etat de siège, les Etats-Unis imposent à Cuba des sanctions économiques unilatérales depuis 1960. Elles ont été établies en pleine Guerre froide dans le but de renverser le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro, dont les réformes économiques et sociales n’étaient guère appréciées par l’administration Eisenhower de l’époque. Plus d’un demi-siècle plus tard, alors que l’Union soviétique a disparu et que la Guerre froide n’est plus qu’un vieux souvenir, Washington persiste à maintenir un état de siège économique qui asphyxie toutes les catégories de la population cubaine et qui affecte en premier lieu les secteurs les plus vulnérables, à savoir les femmes, les personnes âgées et les enfants.

 

Il faut savoir que la rhétorique diplomatique pour justifier l’hostilité étasunienne vis-à-vis de Cuba a fluctué selon les époques. Dans un premier temps, il s’agissait des nationalisations et leurs indemnisations. Par la suite, Washington a évoqué l’alliance avec l’Union soviétique comme principal obstacle à la normalisation des relations entre les deux pays. Puis, dans les années 1970 et 1980, l’intervention cubaine en Afrique, plus précisément en Angola et en Namibie, pour aider les mouvements de libération nationale à obtenir leur indépendance et pour lutter contre l’Apartheid en Afrique du Sud, a été pointée du doigt pour expliquer le maintien des sanctions économiques. Enfin, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, Washington brandit l’argument de la démocratie et des droits de l’Homme pour maintenir l’étranglement économique sur la nation cubaine. Les sanctions économiques contre Cuba constituent le principal obstacle au développement du pays et tous les secteurs de la société en sont affectés. Il faut savoir que les Etats-Unis ont toujours été le marché naturel de Cuba pour des raisons historiques et géographiques évidentes. La distance qui sépare les deux nations ne dépasse pas les 150 km. En 1959, 73 % des exportations cubaines étaient destinées au marché étasunien et que 70 % des importations en étaient issues. Il y avait donc une forte dépendance à l’égard du Voisin du Nord. Entre 1960 et 1991, les relations avec l’URSS avaient permis d’atténuer l’impact des sanctions, mais ce n’est plus le cas désormais.

Concrètement, Cuba ne peut rien vendre aux Etats-Unis, qui reste le premier marché du monde, et ne peut rien acheter hormis quelques matières premières alimentaires depuis l’année 2000, mais à des conditions drastiques telles que le paiement des marchandises à l’avance dans une autre monnaie que le dollar – donc Cuba doit assumer les frais de taux de change – et sans possibilité de contracter un prêt. Cela limite donc énormément les possibilités commerciales de l’île, qui doit se fournir auprès de pays tiers à un coût bien supérieur.

 

Depuis 1992 et l’adoption de la loi Torricelli, les sanctions s’appliquent également aux pays tiers qui feraient du commerce avec Cuba, ce qui constitue une grave violation du droit international qui prohibe à toute législation nationale d’être extraterritoriale – c’est-à-dire de s’appliquer au-delà du territoire national. En effet, la loi française ne peut pas s’appliquer en Espagne tout comme la loi italienne ne peut pas s’appliquer en France. Néanmoins, la loi étasunienne sur les sanctions économiques s’applique à tous les pays qui font du commerce avec Cuba.

 

Ainsi, toute embarcation étrangère qui accosterait à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois. Cuba étant une île, elle est fortement tributaire du transport maritime. La plupart des flottes commerciales opérant dans le détroit de Floride réalisent logiquement la plus grande partie de leurs activités avec les Etats-Unis au vu de l’importance du marché. Donc, elles ne prennent pas le risque de transporter des marchandises à Cuba et lorsqu’elles le font, elles exigent un tarif bien supérieur à celui appliqué aux pays voisins tels qu’Haïti ou la République dominicaine, afin de pallier le manque à gagner découlant de l’interdiction d’accoster à un port étasunien. Ainsi, si le prix habituel du transport de marchandises est de 100 pour la République dominicaine, il passe à 600 ou 700 lorsqu’il s’agit de Cuba. Depuis l’adoption de la loi Helms-Burton en 1996, tout entrepreneur étranger qui souhaiterait investir à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 se voit menacé de poursuites judiciaires aux Etats-Unis et ses avoirs risquent d’être gelés. Cette loi est une aberration juridique dans la mesure où elle est à la fois extraterritoriale et rétroactive – c’est-à-dire qu’elle s’applique pour des faits survenus avant l’adoption de la loi – ce qui est contraire au droit international. Prenons le cas de loi anti-tabac en France. La loi est entrée en vigueur le 1er janvier 2008. Mais si on a fumé dans un restaurant le 31 décembre 2007, on ne peut pas être condamné pour cela, car la loi ne peut pas être rétroactive. Or, la loi Helms-Burton s’applique pour des faits survenus dans les années 1960, ce qui est illégal.

 

Un constructeur automobile allemand, coréen ou japonais – peu importe sa nationalité en réalité – doit démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Donc, Cuba ne peut pas vendre ses ressources et ses produits aux Etats-Unis, mais dans ces cas précis, elle ne pourra pas les vendre à l’Allemagne, la Corée ou le Japon. Ces mesures extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux marchés à travers le monde.

 

Reporters : Avec la disparition du président Hugo Chavez, le Venezuela a perdu un leader dont l’action, que ce soit sur le front interne ou sur le plan international, a permis, dans une certaine mesure, de contrer, voire de neutraliser les plans de l’impérialisme US et mondial, à défaut d’arrêter son expansion. Qu’en sera-t-il désormais ? Le nouveau président, Nicolas Maduro, peut-il prétendre jouer le même rôle ? Sera-t-il en mesure de relever le défi et de maintenir le cap impulsé par son prédécesseur, et sur le plan interne et sur le plan international ?

 

Salim Lamrani : Hugo Chávez a joué un rôle fondamental dans l’intégration et l’émancipation de l’Amérique latine. Il a fait du continent un acteur majeur des relations internationales et s’est fait en quelque sorte le porte-parole du Tiers-monde. Son successeur Nicolás Maduro est son plus fidèle disciple et saura répondre aux défis qui attendent le Venezuela, avec sa propre méthode, son propre style et ses propres caractéristiques. Il n’y aura qu’un Hugo Chávez dans l’Histoire du pays, comme il n’y aura qu’un Simón Bolívar.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba : les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano (à paraître en septembre 2013).

 

Contact : lamranisalim@yahoo.fr ; Salim.Lamrani@univ-reunion.fr

Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 08:25

« Personne n'a vu arriver un mouvement d'une telle ampleur »

Le rédacteur en chef du quotidien SoL et membre du Comité central du Parti communiste de Turquie, Kemal Okuyan, a répondu aux questions concernant la lutte de Gezi Park qui a débouché sur un grand mouvement. Okuyan a apporté son éclairage sur des questions actuellement débattues : « Où va la Turquie », « est-ce une situation révolutionnaire », « S'agit-il du printemps turc ? »


Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/


Q: S'attendait-on à un mouvement social de cette ampleur ?

 

R: Ce qu'on apprend de l'histoire, c'est que les grands mouvements sociaux sont généralement des mouvements qui ne peuvent être prévus. Si on pouvait prévoir quand un système atteint ses limites, les acteurs en question pourraient se préparer en conséquence. Que cela débouche sur quelque chose de positif ou non, ils tentent d'en contrôler l'issue. Quand cela se passe comme ça, la fiction l'emporte sur le mouvement réel. Le rapport de force ne peut pas bouger et par conséquent, ce grand mouvement social ne voit pas le jour. Personne n'a été capable de prévoir l'ampleur de ce que nous connaissons en ce moment. Le gouvernement ne le pouvait pas. L'opposition officielle non plus, ni la gauche d'ailleurs. Il y a eu quelques signes avant-coureurs, certains ont été capables de réaliser que l'affrontement pourrait aller loin et personne n'a été capable de prévoir ce qui se passe maintenant. C'est important. Le climat politique et idéologique en Turquie est désormais bien différent que celui d'il y a 4-5 ans. Pas complètement différent mais à une échelle qui ne peut pas être minimisée.  

 

Que se cache derrière l'importance et la profondeur du mouvement ?  

 

Si je le disais de façon directe, crue, c'est la culmination de la riposte, même de la haine, envers le gouvernement AKP et en particulier envers Erdoğan, qui atteint un niveau incroyable. Nous étions bien conscient de cela. Mais ce que nous avions oublié, c'est que ce sentiment de haine envers Erdoğan s'était renforcé, accumulé dans les mêmes proportions qu'Erdogan devenait de plus en plus arrogant, se gonflait de son sentiment d'impunité. D'autre part, tout le monde prenait cette haine comme quelque chose qui faisait partie du décor, mais qui était sans incidence pratique ou, on avait l'impression que cela ne débouchait sur rien. Mais la haine ne peut pas rester contenue. Si elle trouve un débouché, elle éclate. Tayyip Erdoğan peut être fier, il est devenu un point de convergence de haines, comme rarement on en a connu dans l'histoire.  

 

Est-ce aussi simple, en d'autres termes, tout peut-il être réduit à la rage contre Erdoğan?  

 

Bien sûr que non. Mais il faut lui donner l'importance que cela a. Par exemple, si il n'y avait pas une telle figure dominante, disons, que c'est Abdullah Gül qui serait à la tête de l'AKP, le niveau de la riposte aurait été bien plus canalisé à un niveau normal. Erdoğan est un catalyseur aux effets démultiplicateurs. Mais le mouvement compte régler des comptes avec les traits fondamentaux de la mentalité qu'a incarné l'AKP … l'exception étant sa base de classe … l'esprit réactionnaire et la collaboration de classe a été l'arrière-plan idéologique et Erdoğan s'est placé au premier plan. Le premier ministre dit : « Ce n'est pas une question d'arbres » … je ne peux pas croire qu'il ait dit cela … En fin de compte, ce n'est plus une question d'arbres ou de parc Gezi. C'est un comble ! Il ne réalise pas le niveau de rage et de haine qu'il a suscité.  

 

Le trait dominant de l'AKP, c'est son adoption de l'économie de marché … quel lien avec les événements ?  

 

Bien, vous ne pouvez pas vraiment esquiver la question en disant tout simplement qu'il s'agit d'une réaction de la classe moyenne. Si la réaction de la classe moyenne a atteint un tel niveau en Turquie, vous devez commencer à penser à d'autres choses. OK, le mouvement a pu prendre une nature d'un mouvement des classes moyennes mais il y a eu une mobilisation sérieuse dans les quartiers ouvriers, en particulier à İstanbul et Ankara. Si nous oublions notre grille d'analyse pour adopter un raisonnement superficiel, nous ferons des erreurs. Premièrement, la question de la réception des idéologies, qu'elles soient bourgeoise ou socialiste, doit surmonter l'obstacle des classes moyennes. La lutte pour l'hégémonie doit ici être prise très sérieux. Si on pose une étiquette qu'il nous convient sur ce groupe, alors on fait une grosse erreur. La Gauche a pendant des années méprisé ces couches moyennes, en les qualifiant de « Turcs blancs » … La rigueur idéologique, c'est important, tout comme l'instinct de classe. Mais nous devons éviter toute simplification excessive. Deuxièmement, c'est la structure de la classe ouvrière en Turquie. Il y a des limites à l'organisation sur le lieu de travail d'une masse de travailleurs précaires, toujours obligés de migrer pour faire face au chômage. Il est temps de regarder à la localisation des travailleurs d'une autre façon. Nous avons laissé la classe ouvrière aux structures syndicales mais il n'y a aucune base solide. Le pays se soulève et les syndicats sont introuvables. Aucun outil qui mobilisera la classe ouvrière pour en faire la force dirigeante du mouvement, la force dominante ! Dans les incidents précédents, c'était le rôle de structures politiques, et c'était un succès. Des dizaines de milliers de personnes, qui étaient étiquetés comme de « classe moyenne » ont en fait posé les bases d'un axe anti-capitaliste. La raison en est que la plupart des ces gens vivent désormais l'exploitation.  

 

Est-ce si innocent ou il y a-t-il des plans « plus profonds » dans ce mouvement ?  

 

Certains médias dominants prétendent que des forces malintentionnées se sont mobilisées pour un soulèvement organisé. Si cela avait été le cas, le résultat aurait été bien différent. Ils peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Il s'agit tout simplement d'une explosion de rage. Les acteurs politiques qui partagent cette rage ont bien entendu été capables de se greffer sur cette rage générale, et ils ont répondu présent dans les secteurs où ils étaient déjà ancrés. Mais cela ne doit pas être exagéré. Les théoriciens de la conspiration doivent aller regarder ailleurs. Et plus exactement parmi eux-mêmes. Il est très clair qu'il y a depuis un moment une tentative de changer à la marge la politique de Tayyip Erdoğan. Les Etats-unis pour certaines raisons, la secte de Fethullah Gülen pour d'autres raisons. A la fois sur le plan de la politique intérieure comme étrangère, ils essaient de rendre Erdogan à nouveau contrôlable. Erdogan est quelqu'un qui n'accepte pas facilement les choses … il a du mal à maintenir une ligne cohérente. Il y a eu Reyhanli, mais ce n'était pas suffisant. Sur la question de Gezi Park, les Etats-unis, le grand capital et la secte de Gülen, en le laissant vulnérable et sans défense lui ont montré la conséquence de l'affaire de Reyhanli. Je ne suis pas sûr si je me fais comprendre. La semaine dernière, le nom de Sarıgül a été constamment mentionné comme candidat pour la mairie d'Istanbul (Sarıgül est le maire d'un district d'Istanbul, un social-démocrate avec de forts liens avec certaines fractions de la classe capitaliste). La nouvelle relation entre le CHP (le principal parti d'opposition) et la secte de Gülen est systématiquement mentionnée dans les médias. 

 

Est-ce qu'on peut parler de « printemps turc » ici ?  

 

La référence au « printemps turc » dans les médias impérialistes est un message envoyé à Erdogan. En dernière analyse, ils sont contents d'Erdogan et ils ne prévoient pas de le remplacer mais ils lui rappellent aussi ses limites. Après les derniers événements, la ligne d'Erdogan sur la Syrie et l'Irak doit changer. Je pense que sa présidence personnelle arrive aussi à son terme. Une des possibilités, c'est que la relation entre Erdoğan et la secte de Gülen s'améliore, et qu'en faisant front contre le mouvement qui a émergé, ils travaillent ensemble … cela prendra du temps, naturellement. D'un autre côté, la colère d'Erdogan peut durer plus longtemps et puisse l'emmener à l'animosité, y compris face à la secte de Gülen. Cela donnerait des résultats intéressants. Mais on ne peut pas attendre d'Erdogan qu'il agisse en politicien rationnel, puisqu'un Erdogan admettant sa défaite n'est bon pour personne.

 

Est-ce cela la signification historique de ces événements ?  

 

Absolument pas … on ne doit pas dénigrer ce mouvement. C'est un soulèvement populaire. Les gens sont en colère. Ceux qui sous-estiment l'opposition à Erdogan et à l'AKP doivent commencer à reconsidérer leur vision des choses. Ceux qui pensent qu'il y aura la paix et la démocratisation avec Erdogan doivent faire de même. Tous leurs plans ont échoué. N'en restez pas à l'analyse. C'est un mouvement social. Certaines forces politiques essaient d'utiliser ce mouvement non pas pour construire un autre avenir mais juste pour intimider le gouvernement. Mais cela ne s'arrêtera pas là. Ces événements ont contribué à l'émergence d'un mouvement populaire organisé. Ils ont fait en sorte d'isoler Erdogan, pour éviter d'attirer la colère contre eux. Ils ont été très prudents. Ils ont même pu utiliser certains éléments pour les retourner contre le pouvoir, par exemple cette violence déchaînée des forces de police …

 

La Gauche turque était-elle prête ?  

 

La question de savoir ce qu'est la gauche en Turquie est toujours controversée. Certains groupes gauchistes n'ont pas de préoccupations politiques. Certains groupes ne sont pas intéressés ou méprisent les événements. Je ne compte pas parler vraiment d'eux. Les forces politiques, qui ont de sérieuses préoccupations politiques, n'étaient pas prêtes à prendre la direction des événements. Mais ce mouvement n'est pas étranger à la gauche. Comme je l'ai déjà dit, dans de nombreuses villes, la gauche organisée a conduit le mouvement populaire.  

Certains ne sont pas contents que la gauche soit présente. Les identités politiques, les drapeaux de parti ou les banderoles les agacent.  

Ce n'est pas surprenant si vous considérez la spontanéité du mouvement. D'autre part, dans la plupart des villes, le peuple demande une forme d'organisation, de coordination. Si vous prenez en considération l'ampleur des événements, la contribution directe de la gauche organisée est limitée mais la détermination du peuple dépend des forces de gauche. Il y a également un ego intellectuel allergique à l'idée d'une gauche organisée. Ils veulent monopoliser la scène. Nous ne les prenons pas au sérieux. Nous avons des intellectuels honnêtes qui résistent contre ce gouvernement. La gauche doit les soutenir, eux, mais pas ceux qui sont hostiles aux idées de gauches et à l'idée même d'une organisation politique.  

 

Il y a deux autres éléments dans ce mouvement : les supporters de football et l'alcool ...  

 

La participation des supporters de football a donné de l'élan au mouvement. Elle doit toutefois être analysée à l'aune d'autres facteurs … Ce dynamisme a aussi causé certains problèmes. La pratique des insultes, des jurons lors de manifestations politiques, ce qui n'est pas commun en Turquie peut être donné comme une illustration de ces problèmes. Je l'ai observé moi-même : mes amies féminines qui critiquent certains de nos textes ou articles de journaux comme étant porteurs d'un « discours masculin », criaient des injures sexistes. Cela peut s'expliquer naturellement par l'ampleur de la colère mais le mouvement socialiste doit imposer sa propre culture. Sur la question de l'alcool pareil … Puisqu'Erdogan tente d'interdit les boissons alcoolisées, l'alcool est devenu un symbole de liberté. Mais cela doit être politisé. Vous ne pouvez pas lutter contre l'oppression en tentant des bouteilles de bières dans vos mains. C'est pourquoi je pense que la décision du TKP de ne pas boire de boissons alcoolisées pendant les manifestations est très importante.  

 

Comment définiriez-vous ces incidents ? S'agit-il d'une crise révolutionnaire ?

 

Non. Bien sûr, c'est une explosion d'une énorme énergie sociale. C'est un mouvement puisant, dans ses dimensions et ses conséquences. Mais il y a certains critères marxistes  pour définir une crise révolutionnaire. Nous en sommes loin. Tout du moins, pour le moment ...

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 15:39
Entretien de Silvia cattori avec Mahdi Darius Nazemroaya

relayé , dimanche 31 mars 2013, par Comité Valmy

 

 

Apprécié pour la rigueur et la justesse de ses analyses le sociologue canadien Mahdi Darius Nazemroaya (*), 30 ans, s’est imposé comme un des meilleurs connaisseurs de l’OTAN. Ses investigations, traduites en de nombreuses langues, ont acquis une audience internationale et son ouvrage « The globalisation of NATO » [« La mondialisation de l’OTAN »] fait aujourd’hui référence.

 

19 mars 2013

En 400 pages denses, fascinantes, préoccupantes, il nous fait prendre la mesure de la menace que l’OTAN fait peser sur la paix du monde et l’avenir de nombreux peuples. Il nous fait également prendre conscience de l’urgence qu’il y aurait à obtenir la dissolution de cette dangereuse organisation.


Silvia Cattori : Dans votre remarquable ouvrage vous mettez en lumière les stratégies mises en place par l’OTAN pour étendre son emprise militaire dans le monde. J’aimerais vous demander ce qui vous a motivé à consacrer tant d’énergie à un sujet aussi ardu et exigeant. Comment en êtes-vous venu à considérer que l’analyse du rôle de l’OTAN et des stratégies qu’elle a mises en place était une tâche absolument essentielle ?

 

Mahdi Darius Nazemroaya : Les graines de ce livre ont été semées en 2007. J’avais alors rédigé un petit manuscrit mettant en relation les guerres en Afghanistan et en Irak (qui avaient fait suite aux tragiques évènements du 11 septembre 2001) avec l’expansion de l’OTAN, le projet de bouclier antimissiles états-unien - que je décrivais comme s’étant finalement couvert du manteau d’un projet de l’OTAN, - et le concept de ce que les néoconservateurs et leurs alliés sionistes appellent « destruction créative » pour redessiner la restructuration des pays du Moyen-Orient, et l’encerclement aussi bien de la Chine que de la Russie.

J’ai toujours considéré que tous les évènements négatifs auxquels le monde est confronté étaient les éléments d’un ensemble ; ou de ce que le savant et révolutionnaire hongrois György Lukács a appelé « totalité fragmentée ». Les guerres en « série », l’accroissement des lois de sécurité, la guerre contre le terrorisme, les réformes économiques néolibérales, les « révolutions colorées » dans l’espace post-soviétique, la diabolisation de différentes sociétés par les médias, l’élargissement de l’OTAN et de l’Union Européenne, et les fausses accusations au sujet d’un programme d’armement nucléaire iranien font partie d’un tout. Un de mes articles publié en 2007 [1], posait également les principales bases de cette feuille de route et reliait tous les éléments de la guerre perpétuelle à laquelle nous assistons.

J’ai écrit ce livre parce que je pensais que c’était un sujet très important. J’ai lu la plupart des textes de l’abondante littérature concernant l’OTAN et aucun n’examine l’OTAN dans la perspective critique où je me place. De même qu’aucun ne relie l’OTAN de manière pertinente à une « vue d’ensemble » des relations internationales. Un chercheur de l’Université Carleton m’a dit que mon livre était comme une Bible des relations internationales et de tous ses sujets importants. Je vois moi aussi mon livre sur l’OTAN de cette manière.

Ma principale motivation pour écrire ce livre était d’amener les lecteurs à prendre conscience de la nature impérialiste des conflits internationaux modernes et de les aider à en voir la « totalité » au lieu de ses éléments « fragmentés ». Quand vous voyez l’ensemble, vous êtes en mesure de prendre de meilleures décisions. Je pense avoir donné de l’OTAN une évaluation correcte. Dans sa bibliothèque à Bruxelles il y a un exemplaire de mon livre. C’est l’OTAN elle-même qui a annoncé son acquisition comme l’une des ressources de sa bibliothèque, en novembre 2012. Ce livre est ma contribution, en tant que chercheur, pour essayer de permettre aux lecteurs de prendre des décisions en connaissance de cause en voyant au-delà des effets de miroirs et des éléments fragmentés du tableau.

Aujourd’hui dans le monde, les gens sont de façon générale plus instruits. Mais malheureusement l’ignorance se répand en ce qui concerne les relations de pouvoir et ce qui se passe dans ce domaine au niveau mondial. Nous entrons dans une ère trompeuse de l’histoire où beaucoup de gens à travers le monde sentent de plus en plus qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que d’être des spectateurs impuissants, réduits à n’être que des particules, des rouages, ou des extensions d’une immense machine invisible sur laquelle ils n’ont aucun contrôle.

Les scénarios du livre de George Orwell « 1984 » se sont pour l’essentiel réalisés. Les gens sont devenus étrangers à leur monde et gouvernés de plus en plus par cette machine capitaliste invisible qui travaille à détruire toutes sortes de façons alternatives de vivre ou de penser ; l’ordre qui s’impose aujourd’hui à nous est comme un resserrement de la « cage d’acier » de Max Weber [2] qui réduit de plus en plus notre indépendance et nos mouvements.

La plupart des gens regardent maintenant les nouvelles et la télévision passivement. Ils essaient de se distraire de la réalité ; ils tentent d’engourdir leur conscience et de vivre dans un faux état de bonheur qui leur permet d’ignorer la réalité et les misères du monde. Collectivement, nos esprits ont été colonisés, on leur a fait croire à un faux ordre des choses. L’humanité est en train d’être de plus en plus déshumanisée. Peut-être que j’ai l’air hégélien, mais les gens deviennent étrangers à eux-mêmes. Ils deviennent aussi étrangers aux capacités de leur propre esprit et aux talents dont ils ont été dotés. Mais la vérité est que nous ne sommes pas séparés des évènements et des processus qui façonnent ce monde. Nous ne devrions pas devenir les esclaves des objets ou des structures de notre propre fabrication, que ce soit le capitalisme ou les structures politiques. Nous ne devons pas devenir de simples spectateurs de notre parcours de vie.

L’hégémonie est un processus continu de leadership, de contrôle, et d’influence qui implique à la fois la contrainte et le consentement. Mais son emprise n’est jamais totale et elle peut toujours être combattue. Nous voyons des défis à l’hégémonie dans la construction de blocs historiques qui affrontent les centres de pouvoir impérialistes et capitalistes. Le Mouvement bolivarien d’Hugo Chávez et l’ALBA sont des exemples réussis d’une contestation de l’hégémonie traditionnelle des élites compradores qui gouvernent la région au bénéfice de forces extérieures.

Silvia Cattori : Un grand chapitre passionnant et troublant de votre livre est consacré à l’Afrique. L’entrée en guerre de la France au Mali n’a pas dû être une surprise pour vous. La déstabilisation de ce pays affaibli, engendrée par l’intervention de la France en Libye, n’ouvre-t-elle pas une grave crise dans tous les pays du Sahel, de l’Atlantique à la Mer rouge ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Dès le début j’ai soutenu que la division du Soudan, l’intervention française en Côte d’Ivoire soutenue par les États-Unis, et la guerre de l’OTAN en Libye, faisaient partie d’une deuxième « ruée vers l’Afrique ». J’ai expliqué que la guerre en Libye visait à déstabiliser d’autres parties de l’Afrique et aurait un effet d’entraînement sur une large partie de ce continent incluant des pays comme le Niger et le Mali.

Dans mon livre, j’ai examiné le Sahel qui est constitué par les terres intérieures de l’Algérie, du Niger, de la Libye, et du Mali. La guerre de l’OTAN contre la Libye a déclenché une réaction en chaîne, comme une démolition contrôlée, que les États-Unis et leurs alliés utilisent pour contrôler une vaste portion de l’Afrique et de ses ressources. Comme la première « ruée vers l’Afrique » qui a été déclenchée par une crise économique dans les pays industrialisés de l’Europe occidentale, ces évènements concernent en fait le contrôle des ressources. Alors que les États-Unis s’impliquaient davantage en Afrique, son gouvernement et le Pentagone se sont mis à parler de plus en plus de l’expansion des facilités dont disposait Al-Qaïda en Afrique et de la manière dont l’armée américaine et ses alliés devaient combattre cette organisation en augmentant leur présence sur le continent africain. En fait, les États-Unis ont constitué en 2011 un budget pour l’actuelle guerre au Mali sous le couvert de la lutte contre Al-Qaïda en Afrique de l’Ouest. Des intérêts stratégiques comme l’obsession grandissante des États-Unis pour le Golfe de Guinée et l’approvisionnement en pétrole en Afrique de l’Ouest sont occultés dans un récit qui nous parle de la lutte contre les groupes terroristes rangés sous le label d’Al-Qaïda. Nous savons d’expérience que l’Empire américain a en fait travaillé avec ces groupes, aussi bien en Libye qu’en Syrie. Et que l’on cherche à pousser hors d’Afrique la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, et d’autres rivaux économiques du bloc occidental, mais on n’en parle pratiquement pas. En lieu et place, on déguise les intérêts des États-Unis et des ses alliés de l’OTAN comme la France, en objectifs altruistes visant à aider des États faibles.

Pour en revenir au Mali. Je n’ai pas été surpris quand le Président François Hollande et son gouvernement ont ordonné aux soldats français d’envahir ce pays. Aussi bien la France que les États-Unis sont très au fait des réserves de gaz et de pétrole au Mali, au Niger, et dans l’ensemble du Sahel. Mon livre traite de ces points et de la création par le gouvernement français, en 1945, d’un Bureau de recherches pétrolières dans le but d’extraire le pétrole et le gaz de cette région. Quelques années plus tard, en 1953, Paris a délivré des licences d’exploitation à quatre compagnies françaises en Afrique. En raison de ses craintes, à la fois des empiétements américains et des demandes africaines d’indépendance, Paris a créé l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) pour maintenir son contrôle sur les parties riches en ressources de ses territoires africains qui possèdent du pétrole, du gaz, et de l’uranium. L’uranium a été important pour garantir l’indépendance de la France vis-à-vis de Washington par la création d’une force de dissuasion nucléaire stratégique, en riposte au monopole anglo-américain.

Ce n’est donc pas un hasard si les zones du Sahel que les États-Unis et ses alliés ont désignées comme faisant partie de la zone où Al-Qaïda et les terroristes sont situés correspondent à peu près aux frontières de l’OCRS, riche en énergie et en uranium. En 2002, le Pentagone a commencé d’importantes opérations visant à contrôler l’Afrique de l’Ouest. Cela a eu lieu sous la forme de l’Initiative Pan-Sahel, qui a été lancée par l’US European Command (EUCOM) et l’US Central Command (CENTCOM). Sous la bannière de ce projet de l’armée américaine, le Pentagone a formé des troupes du Mali, du Tchad, de la Mauritanie, et du Niger. Les plans visant à établir l’Initiative Pan-Sahel remontent toutefois à 2001, lorsque l’Initiative pour l’Afrique a été lancée à la suite des attentats du 11 septembre. Sur la base de l’Initiative Pan-Sahel, la Trans-Saharan Counter-terrorism Initiative (TSCTI) a été lancée en 2005 par le Pentagone sous le commandement du CENTCOM. Le Mali, le Tchad, la Mauritanie, et le Niger ont été rejoints par l’Algérie, le Maroc, le Sénégal, le Nigeria, et la Tunisie. La TSCTI a été transférée en 2008 au commandement de l’AFRICOM récemment activé. Il faut relever que le capitaine Amadou Sanogo, le leader du coup d’État militaire qui a eu lieu au Mali le 21 mars 2012, est l’un des officiers maliens qui ont été formés dans le cadre de ces programmes américains en Afrique de l’Ouest.

L’analyse du coup d’État de 2012 au Mali montre qu’il s’agit d’un acte criminel. Le coup d’État militaire a renversé le Président Amadou Toumani Touré sous prétexte qu’il ne pouvait pas restaurer l’autorité malienne sur le nord du pays. Le Président Amadou était sur le point de quitter son poste et n’avait pas l’intention de rester dans la vie politique, et les élections allaient avoir lieu dans moins de deux mois. Ce coup d’État a essentiellement empêché une élection démocratique d’avoir lieu et l’action du capitaine Sanogo a mis fin au processus démocratique au Mali et a déstabilisé le pays. Sa nouvelle dictature militaire a été reconnue par l’OTAN et par le gouvernement installé en Côte d’Ivoire par les Français. Les États-Unis ont continué à financer le gouvernement militaire du Mali et des délégations militaires et civiles des États-Unis et d’Europe occidentale ont rencontré le régime militaire de Sanogo. Peu après, la France a déclaré qu’elle avait le droit d’intervenir en Afrique partout où ses citoyens et ses intérêts étaient menacés. C’était autant de préliminaires.

Les armes qui sont utilisées au Mali et au Niger aussi bien par les groupes terroristes que par les tribus touaregs sont liées aux actions de l’OTAN en Libye. Plus précisément ces armes viennent des arsenaux libyens pillés, et des armes envoyées en Libye par les Français, les Anglais et les Qataris. L’OTAN a eu un rôle direct dans ce domaine et l’on sait que les Français ont soudoyé les groupes touaregs et ont contribué à les armer et à les financer durant la guerre contre la Libye. Du reste, en Afrique, les Français ont toujours manipulé les Touaregs et les Berbères contre d’autres groupes ethniques à des fins coloniales.

Par ailleurs, les tensions entre le Soudan et le Sud-Soudan sont attisées. La région soudanaise du Darfour et la Somalie sont toujours des points chauds. Tout cela fait partie d’un arc africain de crise qui est utilisé pour restructurer l’Afrique et l’englober dans les frontières du bloc occidental.

Silvia Cattori : Quand sous l’impulsion du président Sarkozy, après 33 ans de retrait, la France est revenue dans le commandement militaire de l’OTAN, il n’y a eu aucune protestation. N’est-ce pas le signe que les citoyens ignorent, que cette organisation menace l’humanité et que l’appartenance de leur pays à l’OTAN implique sa subordination à la politique étrangère belliciste de Washington et la perte de sa souveraineté ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Je pense que ce que le Président Sarkozy a fait en réintégrant la France dans le commandement militaire de l’OTAN est largement le reflet d’un consensus au sein de la classe politique française. Je sais qu’à Paris de nombreuses voix politiques l’ont critiqué, mais si au sein de la classe politique française l’opposition avait été intransigeante, elle aurait pu faire beaucoup plus que parler. Aujourd’hui, les membres de l’establishment politique français, aussi bien à « gauche » qu’à « droite », se battent entre eux pour savoir qui va le mieux servir les centres impérialistes et capitalistes à Washington et à New York. L’establishment politique français ne fait pas cela parce qu’il est particulièrement pro-américain, mais parce qu’il est au service du système mondial corrompu qui sert lui-même le capitalisme global dont le centre en voie d’affaiblissement est aux États-Unis. Ainsi, nous avons aussi besoin de réévaluer ce qu’est l’anti-américanisme, ou d’où proviennent et ce que représentent en fait les sentiments anti-américains.

De larges segments de l’élite de l’Europe occidentale sont au service de ce système mondial parce que leurs propres intérêts y sont investis et y sont liés. Comme les États-Unis sont en voie d’affaiblissement et en lutte pour maintenir leur primauté mondiale en tant que centre du capitalisme, de la régulation et de l’accumulation capitaliste, ils vont de plus en plus déléguer leurs missions impériales à des pays comme la France. On verra également davantage de compromis entre les États-Unis et des pays alliés comme la France et l’Allemagne. Il s’agit là d’une décentralisation dialectique du pouvoir des États-Unis visant à renforcer l’hégémonie du système mondial et à maintenir l’Empire américain par délégation. Il faut noter que ce système capitaliste mondial est fragmenté en blocs, raison pour laquelle nous voyons des rivalités entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

De façon générale, la majorité des citoyens dans de nombreuses sociétés sont de plus en plus passifs vis-à-vis des décisions de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. C’est le reflet d’un sentiment croissant d’aliénation, de détachement et d’impuissance qui a transformé les êtres humains en marchandises et en objets. Cela fait partie du resserrement de la « cage d’acier » dont je parlais plus haut, en termes weberiens.

Silvia Cattori : La France a été au commencement, avec le Qatar, le principal « parrain » de la déstabilisation de la Syrie [3]. La Chine et la Russie ont empêché par leurs vétos l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité qui aurait autorisé une intervention militaire de l’OTAN comme cela a été le cas en Libye. Mais on peut se demander si les pays de l’OTAN et leurs alliés arabes ne sont pas en train de réaliser leur plan de déstabilisation de la Syrie par d’autres voies ? Et pensez-vous que la Chine et la Russie pourront durablement contenir l’OTAN tant que les pays émergents n’auront pas leur mot à dire et les moyens d’imposer un véritable multilatéralisme au Conseil de sécurité ?

Mahdi Darius Nazemroaya : En premier lieu, il faut voir que les évènements en Syrie font partie d’une guerre par procuration menée par les États-Unis, l’OTAN, Israël et les dictatures arabes (comme l’Arabie Saoudite), contre la Chine, la Russie, l’Iran et leurs alliés. Deuxièmement, quand on considère les évènements en Syrie d’un point de vue international, on devrait penser à la Guerre civile espagnole qui a éclaté avant la Deuxième guerre mondiale. De même, on peut considérer les évènements en Libye et en Afrique, et peut-être les invasions antérieures de l’Afghanistan et de l’Irak, en pensant à l’invasion de la Chine par le Japon ou l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne avant la Deuxième guerre mondiale. Cela ne signifie pas que la Syrie ou ces évènements soient nécessairement le prélude à une Troisième guerre mondiale, mais ils ont le potentiel d’allumer un vaste incendie au niveau mondial — à moins que l’on ne pense que tous ces évènements font déjà partie de la Troisième guerre mondiale.

Les thèses de Giovanni Arrighi sur les cycles systématiques d’accumulation dans le « système-monde » peuvent nous aider à trouver une base de réflexion. Son travail est important parce que nous pouvons l’utiliser pour lier entre eux, de la Syrie à l’Afrique, les éléments dont nous parlions en termes de « totalité fragmentée » constituant le système mondial. Les cycles d’accumulation étudiés par Arrighi se rapportent à des périodes de temps qui s’étendent sur une centaine d’année ou plus, durant lesquelles le centre du capitalisme dans le système mondial se situe dans un lieu géographique ou un pays donné. Ses thèses sont fortement influencées par les travaux du savant français Fernand Braudel sur l’expansion du capitalisme. Pour Arrighi ces centres d’accumulation ont été les pouvoirs hégémoniques du système mondial en expansion. À la dernière étape de chaque cycle, les capitalistes déplacent leurs capitaux de ces centres dans d’autres endroits et finalement dans le nouveau centre capitaliste qui a émergé. Ainsi, chronologiquement, le pouvoir hégémonique du système mondial a été transféré de la ville-État italienne de Gênes aux Pays-Bas, puis en Grande Bretagne et, finalement, aux États-Unis. Le déplacement géographique du centre du système mondial se produit au cours d’une période de crise, au moins pour les anciens centre capitalistes, et dans un court laps de temps. Nous en arrivons aujourd’hui à la Chine. Ce qui se passe est que le centre du capital est sur le point de sortir des États-Unis. Si l’on suit la tendance soulignée par Arrighi, alors le prochain centre d’accumulation capitaliste du système mondial sera la Chine. Toutefois d’autres scénarios ne sont pas à écarter, comme une direction globale de toutes les principales puissances capitalistes. En me référant aux travaux d’Arighi, je veux dire ici que nous avons affaire à un système capitaliste mondial qui inclut la Chine et la Russie. Ni les États-Unis ni la Chine ni la Russie ne veulent perturber ce système. Ils sont en compétition pour en devenir le centre d’accumulation capitaliste. C’est pourquoi aucune des parties ne veut une guerre directe. C’est pourquoi les Chinois n’ont pas utilisé la dette étrangère américaine pour dévaster l’économie des États-Unis ; la Chine souhaite voir un transfert ordonné du centre d’accumulation depuis les États-Unis.

La Chine et la Russie ne changeront pas leurs politiques et leurs positions sur la Syrie ou l’Iran, mais elles veulent éviter une guerre qui perturbe le système capitaliste mondial. Bien sûr, les États-Unis essaient de maintenir leur position en tant que centre du système mondial, par la force brute, ou en impliquant leurs alliés et vassaux dans leurs opérations impérialistes, comme au Mali et en Libye.

Silvia Cattori : Vous consacrez un long chapitre (p 67 à 113) à l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie. Pouvez-vous résumer pour nos lecteurs ce à quoi cette guerre, qui a démembré un pays et généré tant de souffrances, devait aboutir ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Le démantèlement de la République fédérative socialiste de Yougoslavie a été une étape importante pour ouvrir les portes d’une expansion vers l’Est de l’OTAN et de l’Union Européenne. Il a ouvert la route pour la marche vers les frontières de la Russie et de l’ex-Union soviétique. L’ex-Yougoslavie était aussi un obstacle majeur vis-à-vis du projet euro-atlantique de l’OTAN et de l’UE en Europe. En outre, la guerre de l’OTAN en Yougoslavie a permis de préparer la logistique des guerres en Afghanistan et en Irak.

Silvia Cattori : Denis J.Halliday [4] écrit dans la préface de votre ouvrage : « L’OTAN n’amène que la destruction, la pauvreté, l’insécurité et la misère. Elle doit être abolie ». Quand on sait qu’il n’y a aucun mouvement qui s’oppose à la guerre, que des ONG comme Amnesty, HRW, MSF, MDM, prennent le parti de l’ingérence militaire des grandes puissances, comme on l’a vu en ex-Yougoslavie, au Soudan, en Libye, en Syrie, que peut-on suggérer à toute une jeunesse en quête de justice et désireuse d’agir pour un monde meilleur ? Que peuvent faire concrètement les peuples européens contre la machine destructrice de l’OTAN ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Comme je l’ai dit, nous en sommes arrivés à la situation décrite par George Orwell dans son roman “1984”. Amnesty International, Human Rights Watch, et une grande partie des ONG de l’industrie humanitaire sont des outils de l’impérialisme pratiquant les deux poids deux mesures. Les organisations d’aide étrangère sont profondément politiques et politisées. Cela ne signifie pas que tous leurs employés soient de mauvaises gens qui ne veulent pas aider le monde. Bon nombre de leurs employés et des bénévoles sont des gens estimables ; ils ne comprennent pas tous les faits et ils ont de bonnes intentions. Ces gens ont été trompés ou aveuglés par la pensée de groupe institutionnelle. Leurs esprits devraient être débarrassés de tous les préjugés et de la désinformation dont ils ont été nourris ; une véritable tâche de dévouement.

Les citoyens des pays de l’OTAN doivent travailler à se positionner eux-mêmes pour informer leurs sociétés respectives sur l’OTAN et finalement les influencer pour qu’elles se retirent de cette organisation. Cela peut être fait de diverses manières. Mais cela commence par une compréhension de ce qu’est l’OTAN et une connaissance non censurée de son histoire.

Je ne suis pas une autorité morale ou un stratège. Se maintenir soi-même sur la bonne voie est déjà un défi assez difficile, je pense. Je n’ai aucun droit à pontifier sur la façon dont les gens devraient vivre. Je vais toutefois vous dire ce que je pense personnellement. À mon avis, le plus gros problème pour beaucoup de gens est qu’ils veulent changer le monde à une beaucoup trop grande échelle sans s’attaquer aux problèmes immédiats dans leurs propres vies. Je trouve que la meilleure manière de changer le monde est de commencer par de petits pas dans notre vie de tous les jours. Je parle ici d’ « échelle » et pas de « changement graduel » ou de « rythme ». Faire un monde meilleur commence par votre environnement immédiat. Le changement commence avec vous-même et ceux qui vous entourent, tout comme le devrait la charité. Imaginez si la plupart des gens faisaient cela ; le monde serait changé par petites étapes qui aboutiraient collectivement à un changement monumental. Rien de tout cela ne peut non plus se faire sans patience et détermination, et je souligne encore une fois qu’action et connaissance ne devraient pas être séparées. Je ne sais que dire de plus.

Silvia Cattori : En mettant ensemble les pièces du puzzle vous démontrez magistralement dans votre livre comment ces guerres en série, menées sous des prétextes humanitaires, s’inscrivent dans une stratégie de « destruction créative » conçue par « les néoconservateurs et leurs alliés sionistes », et comment – de la Yougoslavie, à l’Afghanistan, à l’Irak et à la Libye – elles sont toutes liées. Des personnalités de premier plan, comme l’ancien Secrétaire général adjoint de l’ONU Denis J. Halliday qui a préfacé votre ouvrage, vous donnent entièrement raison : l’OTAN est bel et bien le principal danger pour la paix du monde. Mais vous savez qu’en Europe, notamment dans les pays où, comme en France, les organisations juives ont une forte emprise sur les politiques et les médias, dénoncer la stratégie des néoconservateurs et de leur allié Israël [5], ou dénoncer les révolutions colorées suffit à vous faire cataloguer comme « théoricien du complot » et à vous écarter du débat. Que peut-on faire à votre avis pour modifier cette désespérante situation ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon expérience (au Canada) est différente. On ne m’a jamais qualifié de théoricien du complot. Je pense que la censure des médias et le mépris systématique sont des tactiques clés utilisées contre ceux qui remettent en question le récit dominant ou les opinions énoncées par les forces hégémoniques qui dominent la société. L’objectif visé en diabolisant des personnes ou des groupes sous le qualificatif de « théoriciens du complot » est de les discréditer et de les neutraliser. Cela se produit généralement quand ils ont beaucoup attiré l’attention et quand ils ont aussi quelques idées fausses qui peuvent être ridiculisées et liées à leurs positions. Néanmoins, ceux qui se voient qualifiés de théoriciens du complot ne devraient pas laisser cette accusation les dissuader de maintenir leurs positions et de continuer à s’adresser aux gens. Car la démoralisation fait partie de la tactique utilisée pour réprimer les points de vue et réflexions « dérangeantes ».

Les groupes et les lobbies sionistes ont une présence forte et disproportionnée dans le domaine politique et dans les médias de plusieurs pays, mais il faut reconnaître qu’ils ne sont pas homogènes et qu’ils ne sont pas les seuls facteurs influents ; ils font partie d’un bloc d’intérêts pour qui il est important d’empêcher qu’un discours critique n’ébranle les forces hégémoniques qui dominent aujourd’hui la société. Et les lobbies sionistes ne sont pas tous liés à Israël. Il arrive qu’un groupe sioniste travaille à introduire et à imposer à Israël des projets externes. Les motivations de ces groupes ne sont pas toutes les mêmes, mais elles font partie du programme dominant qui s’est développé en ce que les renommés sociologues Giovanni Arrighi et Immanuel Wallerstein ont appelé « système-monde » [ou « économie-monde »].

À mon humble avis, être entendu est la chose la plus importante. Internet et les réseaux sociaux ont contribué à ce processus. Je pense que, pour être entendu, il est également important de proposer des analyses rigoureuses et bien articulées. C’est une tâche difficile qui doit être accomplie, et qui fait partie d’un processus culturel plus large incluant l’éducation et la rééducation. Modifier les forces hégémoniques dominant la société ne peut se faire qu’en établissant de nouveaux courants de pensée pouvant contester leur hégémonie. La critique ne suffit pas non plus, une alternative et un meilleur programme doit être articulé et proposé. La critique en elle-même est inutile si l’on n’offre pas parallèlement un programme alternatif. Pensée et action doivent également être liées dans un processus pratique.

Silvia Cattori : Votre livre va-t-il être traduit en français ? A-t-il eu la couverture médiatique lui permettant de toucher un large public ?

Mahdi Darius Nazemroaya : Mon livre devait être traduit en français en trois volumes par un éditeur en France, mais malheureusement l’accord a fait long feu. En notre temps où la durée d’attention s’amenuise, peu de gens sont intéressés à lire un livre de plus de 400 pages. Très peu d’attention lui a été accordée de la part des grands médias. Il y a plusieurs mois, Le Monde Diplomatique à Paris a contacté mon éditeur aux États-Unis, ainsi que la maison qui le diffuse en Grande Bretagne, pour leur demander l’envoi d’un exemplaire. Je ne sais pas si Le Monde Diplomatique a réellement l’intention de faire une recension d’un livre aussi critique et, très honnêtement, je ne m’en soucie pas vraiment.

Mon ouvrage a eu de bonnes critiques disant que c’est un livre à lire absolument. Il est diffusé dans les universités et les collèges. On en trouve des exemplaires dans les bibliothèques de diverses institutions comme l’Université de Harvard et l’Université de Chicago. Il est référencé à la Haye et dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque du Palais de la Paix aux Pays-Bas qui tient à jour les livres relatifs aux lois internationales. Sur Amazon au Royaume Uni, il est classé comme l’un des meilleurs livres sur l’OTAN et je crois qu’il est en train de prendre un bon départ.

 

Silvia Cattori

 

(*) Mahdi Darius Nazemroaya est un sociologue interdisciplinaire, auteur primé, et analyste politique connu. Il est chercheur au Centre de recherche sur la mondialisation à Montréal, collaborateur expert de la Strategic Culture Foundation à Moscou, et membre du Comité scientifique de la revue de géopolitique Geopolitica, en Italie. Sur son ouvrage « The Globalization of NATO », voir également (en anglais) : http://www.silviacattori.net/article4005.html
http://www.silviacattori.net/article3834.html
http://www.silviacattori.net/article3780.html

Traduit de l’anglais par JPH


[1] Publié d’abord sous le titre « La mondialisation de l’OTAN » puis sous le titre modifié « La mondialisation de la puissance militaire : l’expansion de l’OTAN » . Cet article a été traduit en de nombreuses langues, y compris en arabe par la chaîne qatari d’information Al-Jazeera.

[2] La « cage d’acier » (ou « cage de fer ») est un concept sociologique introduit par Max Weber qui se réfère à la rationalisation accrue de la vie sociale, en particulier dans les sociétés capitalistes occidentales. Ainsi la « cage d’acier » enferme les individus dans des systèmes fondés uniquement sur l’efficacité, le calcul rationnel et le contrôle.

[3] Voir :

« Gérard Chaliand dit quelques vérités sur la Syrie » : http://www.silviacattori.net/article3350.html


« Syrie : Les victimes de l’opposition armée ignorées » : http://www.silviacattori.net/article3416.html

 

[4] L’Irlandais Denis J. Halliday a passé une bonne partie de sa carrière auprès des Nations Unies, impliqué dans des actions d’aide humanitaire. En 1997, il fut nommé Sécrétaire général adjoint et directeur du programme humanitaire en Irak. Un an plus tard, après 34 ans de service au sein des Nations Unies, Halliday a annoncé sa démission en raison des sanctions économiques imposées à l’Irak, qu`il a qualifiées de « génocide ». En 2003, il a reçu Le Gandhi International Peace Award. Depuis son départ des Nations Unies, Denis Halliday a participé de manière active dans plusieurs actions contre la guerre et les crimes contre l’humanité. Il est présentement membre de l’Initiative de Kuala Lumpur en vue de « criminaliser la guerre ».

[5] Par exemple, en France l’écrivain Israël Shamir a été accusé en 2003 d’antisémitisme par Olivia Zemor, Nicolas Shahshahani et Dominique Vidal parce qu’il disait qu’Israël et le « lobby juif » aux Etats-Unis avaient joué un rôle prépondérant dans l’entrée en guerre contre l’Irak ; ce qui devait aboutir au renversement du régime de Saddam Hussein (l’un des derniers leaders arabe qui refusait de reconnaître l’Etat juif d’Israël), à démembrer l’Irak pour assurer la « sécurité d’Israël ».

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 16:30

Cherchez les différences et les contradictions.


Par jacques Maillard  membre de la direction du Comité Valmy.

 

Un de mes amis, militaire très attaché aux valeurs du patriotisme et aux principes républicains, nous envoya sur un forum de discussion la photo d’une chanteuse française qui déclarait, étant d’origine algérienne, qu’elle ne pouvait absolument pas brandir le drapeau français, au contraire du drapeau algérien, qu’elle brandissait avec joie.
Il nous posait la question : « cherchez l’erreur ».


Cette chanteuse manie des symboles (les drapeaux), s’imagine un pays (l’Algérie) et vit dans une réalité (la République Française). Derrière ces contradictions, symptômes d’immaturité et de manipulations, allons au delà des passions qui, dans un sens ou dans l’autre, se déchaînent aujourd’hui et dont cette image est une expression.


Ma réponse fut donc la suivante, que l’on pourrait intituler :


« les raisons de l’existence d’un danger mortel, sont aussi les raisons d’espérer ».


Des forces extérieures et intérieures poussent à la guerre civile et à la disparition de ce qui est encore aujourd’hui la « République et la Nation Française ».

 

I) Des forces intérieures, venant notamment des familles et des institutions les plus riches et les plus puissantes poussent tout azimut :


a) A la discorde, la haine, l’intolérance, en promouvant simultanément les extrêmes religieux (salafistes, intégristes juifs ou chrétiens, bouddhistes ou autres,), les extrémistes ethniques et linguistiques (indépendantistes de tout poil en Alsace, Bretagne - voir l’institut de Locarn-, en Catalogne, au Pays Basque, en Savoie, en Corse, en Flandres, dans les Dom Tom)

 

b) En ôtant à la population ses moyens de vivre décemment, par l’organisation d’une crise financière, la mise en faillite de l’Etat, la destruction ou la vente des moyens à l’étranger de production, sous prétexte et sous les auspices de l’ Europe », de la mondialisation et de la « civilisation occidentale »

 

c) En ôtant à la population les moyens de s’instruire : l’Ecole, l’université, les grandes écoles, sont transformées en machines à produire des « cerveaux disponibles » pour les managers, les vendeurs, les financiers, les producteurs de loisirs et spectacles. La recherche publique est transformée en annexe des bureaux d’études des multinationales. Le couple « manipulé manipulateur » remplace la transmission et la création des savoirs.

 

d) En dénigrant systématiquement sa culture et son histoire : l’anglais est imposé comme langue de travail dans l’université par la prochaine loi, (alors que la Chine fait la démarche inverse, s’apercevant qu’obliger les scientifiques à cette loi provoque un abaissement du niveau par exclusion de nombreux éléments). Un bureau de l’ambassade des USA, avec l’appui de nombreuses institutions et « intellectuels » français, veille à faire disparaître tout élément patriotique de l’instruction populaire, en particulier par une approche systématiquement partiale des événements au détriment du peuple français (approche révisionniste de la révolution ou de la résistance).

 

e) En ôtant au peuple les moyens de se défendre : l’armée nationale républicaine a vocation à être transformée en brigade de mercenaires devant faire la police à l’extérieur au sein de coalitions dirigées par les USA, et qui fera bientôt la police à l’intérieur (voir le MAE et EUROGENDFOR)

 

II) Cette tension intérieure est accompagnée d’une tension extérieure grandissante.


Ces mêmes forces qui animent par leurs actions, leurs finances, leurs propagandes, leur influence (sur les recrutement, sur les contrats, sur les logements et les subventions) cette désintégration entraînent la France dans une grande aventure néocoloniale militaire, commerciale et financière, au sein notamment de coalitions auto intitulées « défense humanitaire de la civilisation par la communauté internationale », même lorsque ladite coalition ne regroupe qu’une partie très minoritaire de l’humanité.

 

Prenons l’exemple (entre autres) de l’Eglise catholique (ses représentant les plus élevés, bien sûr). Elle sait mettre des centaines de milliers de militants dans la rue pour un problème tout à fait marginal pour la très grande majorité de nos concitoyens, mais n’a ni un mot, ni un geste, pour défendre réellement les millions de chrétiens, dont une grande partie catholiques, qui sont « invités » par les alliés barbus des puissances occidentales (dont la France en première ligne), à choisir entre le cercueil et l’exil de la terre de leurs ancêtres, qui d’ailleurs a vu naître le christianisme il y a 2000 ans.

 

Les grandes organisations politiques et syndicales, de droite et de gauche, cautionnent (voir le dernier communiqué sur la Syrie FSU-CGT, les votes de MM Mélenchon et Cohn Bendit sur la Libye...) ou restent silencieuse, ou très frileuses (Madame le Pen), à dénoncer cette thalassocratie prédatrice masquée.

 

Des puissance étrangères, comme les USA au travers de leurs fondations intitulées « Young leaders » ou pour le « développement de la démocratie », comme le Qatar avec ses immenses financements, en particulier sur les jeunes des banlieues, l’Allemagne avec une politique de propagande ethnique, communautaire et séparatiste (en Alsace), peuvent impunément travailler au minage de notre Nation.


Concernant l’Alsace, sa séparation de la république française est préparée par un référendum visant à détruire tout son appareil administratif républicain (commune, département) au profit d’une gestion « Reich like », qui lui permettra de s’insérer dans une « grande région transfrontalière européenne » avec le Baden Wurtemberg (langue de travail l’allemand bien sur), régions promues par l’Union Européenne (rapport EDORA) et l’OCDE. Au nom de la « bonne gestion », bien sûr.


Concernant la Bretagne, rappelons que lors de l’occupation nazie, les envahisseurs obligeaient les écoles à n’enseigner qu’en breton.

 

Concernant la minorité musulmane, nos « alliés » US, allemands, anglais, turcs, qataris et saoudiens, déversent donc des millions d’euros dans nos banlieues, nos partis, nos associations, nos syndicats, pour exciter le sentiment « antifrançais », « antirépublicains » chez les jeunes de l’immigration, tout en s’alliant avec les pires réactionnaires de droite et de gauche dans les partis, les associations, les entreprises. Ainsi les tensions, revendications anti-laïques d’un coté, réponse d’exclusion d’un autre, montent. J’ai personnellement été entouré de musulmans pendant 30 ans, mais le climat actuel est exécrable, et ne fait que s’aggraver avec chaque demande inacceptable, contraire à l’égalité hommes femmes, anti-laïque, et, en retour, chaque acte de mépris et de haine mutuel.

 

Une masse de « militants », de l’extrême gauche à l’extrême droite, soit abusés par les discours charismatiques de leaders qui connaissent très bien le fond des affaires, soit maintenus en dépendance ou achetés par contrats, subventions, postes, promotions, aides et subsides divers, voire aussi menaces portant sur leur niveau de vie ou leurs proches, appuient dans les médias, les syndicats, les associations, les partis, les institutions, cette exacerbation des tensions, la destruction des réels moyens de résistance, l’abandon des principes républicains et la propagation d’une idéologie de la « décroissance » qui sous couvert de nouvel humanisme pousse à l’abandon de la raison, et à la destruction de nos outils industriels et de défense nationaux, au communautarisme, à l’ethnicisme, aux guerres humanitaires, à droite comme à gauche.

 

Une nouvelle fois dans son histoire tragique, notre pays est confronté à un double péril immense, venu de l’extérieur et de l’intérieur. Dénigrant essentiellement la République, ces forces en veulent la destruction définitive.

 

Cette destruction est d’autant plus dangereuse qu’elle ne se fait pas brutalement, contrairement aux heures les plus sombres de notre histoire (guerres civiles et invasions étrangères) du moins jusqu’à aujourd’hui. Cette destruction s’effectue sur des décennies, procédant par petits pas progressifs, par petites touches subtiles, une réforme par là, une vente, une privatisation, un « ajustement juridique », la « restructuration », l’ouverture ou plutôt la fermeture d’une institution, une petite loi par ci, un traité encore, invalidant dans la réalité tout un tas de lois fondées sur des principes républicains, des changements dans la constitution très anodins en apparence mais qui, tels des trous de lapins dans des digues, en réduisent à néant ses vertus.


Nouveaux principes « de précaution », d’ »expérimentation », de décentralisation ou de régionalisation (langues régionales revenant en force), ou d’adaptation à la mondialisation (anglais obligatoire pour tous, de la maternelle à l’université, de l’usine au laboratoire). Et, en particulier, grâce aux derniers traités européens qui permettent et imposent le démantèlement du pays, de son Etat, de son droit et de sa langue.

 

Cette destruction est permise par la corruption et l’instrumentation de la bêtise, de la lâcheté, ou de l’ignorance, par la terreur bien camouflée (la peur du chômage ou de la régression sociale), amenant un changement profond, un bouleversement du paysage juridique, économique, intellectuel, social, politique.

 

Cette évolution, cautionnée ou mise en place par les décisions précises des « élites » qui s’échelonnent depuis des décennies, est accompagnée d’une propagande intense, vers tous les milieux, camouflant cette politique et expliquant la pertinence de cette destruction par "la marche incontournable de l’histoire" , le « progrès scientifique technique », l’ "avancée idéologique " ... les idéologies essentiellement d’origine allemande justifiant la fatalité de ces évolutions antirépublicaine et prônant la servilité des peuples sont invoquées par des intellectuels corrompus, lâches ou achetés pour justifier ces régressions sociales, techniques, culturelles.


Tout ceci rend la destruction encore plus profonde et menaçante.

 

Se pose donc la question : Pourquoi ? Suivie de celle-ci : Y a t il encore un espoir ?


Nos ennemis, des monarques européens des XVIII et XIX eme siècles, de Hitler aux multinationales d’aujourd’hui, du Vatican au Qatar et l’Arabie Saoudite, des indépendantistes bretons payés par les 30 oligarques aux salafistes des banlieues perdus dans leurs rêves de califat, de Goldman Sachs aux pétroliers texans, le constat de base est le même :

 

Le modèle de la République qui est le phare de la construction démocratique française est fondé sur des principes philosophiques qui vont à l’encontre du « paradigme social » de la « modernité libérale capitaliste ». Notamment :

 

a) priorité de la loi sur le contrat, souveraineté populaire, la propriété est un droit, limité comme les autres,
b) priorité du bien public, de l’intérêt général, sur le privé, sur les intérêts des communautés, des individus, des familles.
c) liberté de pensée et d’action individuelles, pas de reconnaissance du droit des « communautés, », quelles qu’elles soient, à s’approprier des droits particuliers sur leurs membres. « agnosticité » et « neutralité » de l’Etat.
d) égalité de tous les citoyens, dans leurs droits, dans leurs devoir (impôt, service militaire...)
e) instruction publique gratuite, obligatoire, de haut niveau, fondée sur la raison et l’apprentissage du sens critique, apprenant des connaissances « universelles » et « générales » à tous, neutralité et exclusion de l’irrationnel, de l’ésotérique, de l’ethnicisme communautaire dans la fonction publique et particulièrement l’instruction publique.
f) L’Etat, la République, ne doit pas laisser les hommes « au bord du chemin », dans le désespoir, la misère, la maladie. Il doit aussi assurer la fraternité, et aider les citoyens à la pratiquer. Mais cette fraternité ne doit pas rendre le citoyen redevable à une personne ou une institution privée. C’est donc par la République que doit transiter cette aide nécessaire, en assurant la solidarité entre ses membres.
g) celui qui tue le tyran est un héros de la république : « la révolte face à la tyrannie est le plus sacré des devoirs et le plus cher des droits ».


On est loin du crime de lèse majesté ou de la répression aveugle du « terrorisme » qualificatif très facile des résistances à l’ »ordre ».


Cette liste n’est pas exclusive, bien sûr.

 

Ces principes, cette philosophie, permet à la promotion d’une vie de citoyen, d’une vie en société, ou la recherche du bonheur individuel est bien loin des poussées de reconnaissance et de consommation promues par les modèles sociétaux « moderne », de luxe, de pouvoir, de domination, d’exclusivité, de « privilèges », d’ »importance » (« VIP »), etc.

 

Le citoyen républicain et philosophe conçoit le bonheur comme une paix avec lui même en premier lieu, un corps sain, une tête fonctionnant bien, une ouverture et une curiosité sur le monde, en tout le contraire de cette « élite » orgueilleuse » et aussi pleine de « mauvaise conscience », qui permet de définir un « grand marché mondial » des « classes émergentes » (voir les séminaires de Goldman Sachs à ce propos).

 

Ces principes sont il est vrai très anciens, bien plus que notre république, que la France même. Ils viennent de très loin, dans l’espace et le temps, de l’Est de la méditerranée, de la Grèce, l’Egypte et la Mésopotamie, et ensuite de Rome. Ils ont été synthétisés, rationalisés, dans les principes helléniques de démocratie, de science, de philosophie. Ils sont universels, et c’est pourquoi, au cours de l’histoire, de nombreux pays, soit en ont inventés ou pris une partie, soit en ont fait les principes de leur Etat. Mais, pour des raisons diverses, notre pays a été l’un des premiers au cours du moyen âge à garder ou reprendre ces principes (Etats généraux, conseils municipaux...), et reste aujourd’hui l’un des derniers à les garder par bribes dans une constitution qui subit tous les jours les assauts de vagues européennes ou autres pour en démolir ces fondements.

 

De nombreux auteurs étrangers ont souligné cette filiation, cette particularité française, et depuis des siècles : Machiavel, Thomas Platter, Gibbon, Clausewitz, Russel, Freud, Stefan Zweig... Hitler dans « Mein Kampf », y trouve les raisons de détruire la France, ennemi mortel de l’Allemagne : « ce pays est peuplé de philosophes coupeurs de tête de roi ».

 

Ou donc réside l’espoir ? Dans la cause même de cette attaque.


Au delà de la minorité du peuple de France qui par bêtise, désespoir, lâcheté, ignorance, rapacité, misère intellectuelle ou matérielle, corruption, appuie la destruction de la République et de la Nation française, le peuple peut et doit s’unir et résister pour défendre et reconstruire cette république. Cette république fondée sur ces principes éternels, universels, dont nous n’avons pas l’exclusivité, mais au contraire la charge de les transmettre, de les faire revivre, de les faire exister.

 

Seuls ces principes permettent de trouver les forces pour s’unir, au delà des ego, des intérêts, des croyances, des sentiments, des rancoeurs, des expériences.


Seuls ces principes, comme dans les jours tragiques de la Révolution et de la Résistance, s’ils ne sont pas dévoyés par ces forces extérieures et intérieures qui n’acceptent jamais leur défaite (et c’est à nous d’y veiller) permettent de faire saisir aux autres peuples que notre réveil, notre reconstruction, notre résistance, n’est pas un danger, mais au contraire, un espoir pour eux tous.

 

 

Mise en ligne : 22 mars 2013 par Comité Valmy

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 15:25
Frappes contre la Syrie - cible : la Russie  ( et la Chine)

« Il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux » (Alexej Jedrichin-Wandam)

 

Interview d’Andrej Iljitsch Fursov  repris

samedi 2 février 2013, par Comité Valmy

 

L’entretien ci-après avec le professeur Andrej Fursov, directeur du Centre d’études russes à l’Université des sciences humaines de Moscou et membre de l’Académie internationale des sciences (Munich) a été publié le 9 août 2012 dans KP.ru. Compte tenu de l’orientation des questions au départ, il embrasse un large spectre imprévu de sujets abordés. Partant de la situation actuelle en Syrie et du « Printemps arabe », l’historien russe tente des prévisions et des réflexions sur les développements à venir, allant du concret au global. Dernière remarque liminaire : en russe, le terme de « régime » n’a pas forcément de connotation négative.


Pourquoi l’Occident est-il si pressé d’enfoncer les clous dans le cercueil du régime d’Assad ?


Andrej Fursov : Ce pays de taille moyenne au Proche-Orient est tout à coup devenu le point le plus névralgique de la planète. L’ONU siège en permanence à son sujet. La Russie et la Chine y adoptent une attitude inflexible. Une flotte russe de bâtiments de guerre avec de l’infanterie de marine à bord a mis le cap sur la Méditerranée et fera aussi escale en Syrie. Les USA mettent 15 millions de dollars supplémentaires à disposition des « rebelles ». Est-il possible que ça sente la grande guerre ?

 

La guerre pour le gaz


En quoi la petite Syrie a-t-elle gâché la soupe au puissant Occident ?


En tout, simplement. Procédons par ordre – allant du plus petit au plus grand, du régional au global. Dans les constellations proche-orientales et en général dans le conflit des Américains et des monarchies sunnites (Arabie saoudite et Qatar) contre l’Iran chiite, ce pays n’est pas seulement un allié de Téhéran, mais le membre d’une chaîne qui relie celui-ci avec les groupements chiites du monde arabe. Sans cet intermédiaire, l’influence de l’Iran dans le monde arabe serait passablement moins importante. Je ne veux même pas parler de l’oléoduc qui, provenant de l’Iran, traverse la Syrie. Sans solution de la question syrienne, les Anglo-Saxons, c’est-à-dire les Britanniques et les Américains, ne pourront pas prendre le risque de s’attaquer à l’Iran. Le régime syrien est de fait le seul régime fort et laïc du monde arabe. Le fait qu’il soit fort dérange les Atlantistes dans leurs plans de transformation du Proche-Orient et du monde entier. Qu’il soit laïc et en même temps économiquement couronné de succès dérange les dirigeants de l’Arabie saoudite et du Qatar.

 

Bien des gens disent qu’il s’agit de la première guerre pour le gaz naturel.


On a détecté des gisements de gaz naturel dans le Sud de la Méditerranée – autant en mer que sur terre en Syrie (Kara). C’est difficile de connaître leur dimension, mais ils existent. Le Qatar exporte du gaz naturel liquéfié à l’aide d’une flotte de tankers. Si le régime d’Assad s’effondre, le Qatar aura la possibilité de transporter directement le « combustible bleu » via le territoire syrien sur la côte de la Méditerranée. Cela doublerait au moins son volume d’exportations et gênerait simultanément les exportations de l’Iran. Le renforcement du Qatar sur le marché du gaz naturel affaiblit la position de la Russie. Si les Américains réussissent simultanément à prendre le contrôle du gaz naturel algérien, cela ressemblera bien à un blocage des exportations de gaz naturel pour la Russie. Ce qui signifie que les intérêts économiques du Qatar sont identiques aux intérêts géopolitiques des Etats-Unis, et à leurs efforts d’affaiblir la Russie autant que possible, car la Russie ne doit pas de nouveau se renforcer.

 

Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial. Ils agissent par « chaos orchestré »


Cela signifie au fond qu’en Syrie, les Yankees attaquent indirectement le Gazprom aimé des Russes ?


Les Anglo-Saxons sont des joueurs de billard au niveau mondial, ils travaillent selon le principe de tirer simultanément plusieurs balles d’un coup (ce qu’on devrait apprendre d’eux). Le chaos orchestré se déroulant au grand Proche-Orient sépare la Chine des sources de pétrole et de gaz naturel dont elle a besoin, ce qui entraîne en même temps une rupture entre la partie chinoise de l’Eurasie et celle de l’Europe occidentale. Le contrôle du pétrole et du gaz provenant du Proche-Orient signifie en première ligne le contrôle des Etats-Unis sur l’Europe, notamment sur l’Europe occidentale, ce qui serait favorable à un affaiblissement de la Russie et de ses positions. Et si un jour cela devait déplaire à l’Europe, on pourrait là aussi provoquer pour un oui pour un non quelques troubles arabo-africains – de telle manière que les citoyens rassasiés désireraient que ça prenne fin.

 

Cette logique (bien que ce ne soit pas la seule chose) détermine la poussée vers l’Est des élites de l’Atlantique nord à travers le monde arabe : la Tunisie, l’Egypte, la Libye. Actuellement, ils sont arrivés en Syrie. Cependant, les Atlantistes se voient confrontés dans ce coin de terre syrienne à une autre puissance mondiale, qui peut se mesurer à eux du point de vue économique et même militaire, mais qui représente une civilisation totalement différente. C’est la Chine avec sa poussée vers l’Ouest. La poussée de la Chine est une espèce de croisade pour gagner des ressources. Le Pakistan se trouve déjà sous l’influence de la Chine. Les Chinois ont depuis longtemps des relations avec les talibans d’Afghanistan. L’Iran est aussi un allié, bien que très spécial. Le sud de l’Irak est déjà de facto contrôlé par les alliés chiites d’Iran. Du point de vue géostratégique et géoéconomique, la Chine parvient ici pas seulement jusqu’à la côte de l’océan Indien, mais, vu sous cet angle, jusqu’à l’Atlantique (à savoir jusqu’à la côte syrienne de la Méditerranée). Pour le dire objectivement, en Syrie, les croisés occidentaux sont parvenus à la Grande Muraille de Chine.

 

Pour la première fois, l’élite anglo-américano-juive, qui s’était formée au cours des derniers siècles et est devenue une conquête organisationnelle historique de l’Occident, a été confrontée ici à un adversaire mondial d’un genre non-occidental (car la direction de l’URSS était la transposition d’un projet de gauche de l’Occident, d’un jacobinisme de l’époque moderne). Par ailleurs, le segment européen de l’élite occidentale se trouve en face d’un segment chinois pas moins ancien et peut-être même plus ancien, d’où il reçoit aussi l’expérience historique. Orienté tout autant vers les valeurs matérielles, le commerce et l’argent. Mais ayant encore l’esprit très aventureux, car à l’évidence les Chinois ont leur propre système criminel mondial.

 

Le but de l’Occident : voir tomber la Chine, la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et l’étouffer technologiquement


La mafia chinoise est probablement encore un peu plus violente que l’italienne…


Oui, et ne parlons même pas des réserves d’or chinoises comme arme financière menaçante.
Pékin a très bien compris que la Syrie n’est qu’une étape de la poussée principale des Atlantistes du Nord – et le but est de voir tomber la Chine, de la renvoyer à l’intérieur de ses frontières nationales, de la séparer des sources d’approvisionnement en matières premières et de l’étouffer technologiquement. C’est ce qui explique la position si dure de la Chine à l’ONU en ce qui concerne la Syrie.

 

Qu’en est-il de la position de Moscou ? Pourquoi est-elle si différente que dans le cas de la Libye ?


Premièrement, nous avons à présent un autre président. Deuxièmement, je pense que l’affaire avec Kadhafi a appris pas mal de choses aux dirigeants russes. Troisièmement, la Russie entretient une base navale en Syrie.

Quatrièmement, l’industrie d’armement russe a des intérêts importants en Syrie, et les intérêts économiques sont une chose sacrée pour les dirigeants russes. Cinquièmement, la Syrie est bien plus proche des frontières de la Russie et de l’espace postsoviétique que la Libye. Tout ceci détermine la position de Moscou, une position qui par son potentiel nucléaire et diplomatique renforce la position chinoise. Ni la Russie ni la Chine ne parviendraient à affronter seuls la communauté internationale. Les Anglo-Saxons peuvent sûrement se ficher du veto de la Russie et de la Chine, de l’ONU et du droit international en général, qu’ils ont de toute façon l’intention d’abroger. Mais jusqu’ici, ce ne sont que des intentions. Car comme Staline a dit une fois, la logique des circonstances est toujours plus forte que la logique des intentions. Ces circonstances sont la Russie et la Chine qui provoquent une furieuse rage chez les Atlantistes du Nord – il n’y qu’à écouter quelques fois Madame Clinton et observer sa mimique.

 

Les USA d’aujourd’hui dans la surtension des forces


En dépit des positions intransigeantes de Moscou et de Pékin, l’Occident ne se retire pas. Pourquoi donc ?

Premièrement, cela ne fait pas partie des traditions des Anglo-Saxons de lâcher prise après avoir planté leurs crocs dans une proie comme un pitbull. Ils feront pression à fond jusqu’à ce qu’ils aient imposé leur projet ou jusqu’à ce que l’adversaire leur brise les reins. Deuxièmement, au cours des 25 à 30 dernières années, après avoir vaincu l’élite soviétique (il s’agit exactement de l’élite soviétique – elle a capitulé) ils sont simplement devenus arrogants. Ils se sont habitués à ce que la Russie abandonne tout et ils comptent sur le fait qu’ils peuvent faire pression sur l’élite russe, déjà rien que parce celle-ci a déposé son argent dans des banques occidentales. Troisièmement, et c’est la raison principale qui l’emporte sur toutes les autres : les mises sont beaucoup trop élevées, c’est le destin des élites de l’Atlantique nord elles-mêmes qui est en jeu, il ne s’agit pas du tout seulement de réserves d’hydrocarbures ou du Proche-Orient. L’Occident n’a pas d’autre possibilité que de foncer en avant. L’affaire se présente ainsi : en dépit de l’énorme potentiel matériel et d’information de cette machinerie gigantesque qui est dirigée par des géo-constructeurs et géo-ingénieurs supranationaux extrêmement expérimentés, les Etats-Unis font actuellement l’expérience d’une surtension des forces. « Nihil dat fortuna mancipio » – le destin n’accorde rien pour l’éternité ! Le temps de l’Amérique est en train de passer. Afin de retarder la chute définitive ou même de l’éviter, l’Amérique a besoin de faire une pause pour souffler. Ce n’est pas un hasard si dans la nouvelle doctrine militaire qu’Obama a proclamée le 5 janvier 2012, il ne s’agit plus maintenant que les USA – comme jusqu’ici – soient armés pour mener deux guerres parallèles, mais plus que pour une, plus des actions indirectes dans plusieurs régions. Il faut par ailleurs tenir compte du fait que les Américains regroupent jusqu’à 60% de leur puissance militaire dans l’océan Pacifique, l’espace du Pacifique oriental, et qu’ils se préparent ainsi à des confrontations avec la Chine. Ce n’est pas un hasard si la revue Foreign Affairs, une publication du Council on Foreign Relations (CFO) – une des structures américaines les plus influentes en matière de relations internationales – ne cesse de publier depuis peu des articles qui disent ouvertement : les Etats-Unis ont besoin de faire une pause « pour se concentrer sur la reconstruction des bases de la prospérité nationale ». Aujourd’hui, l’Amérique rappelle l’Empire romain du temps de l’empereur Trajan (début du IIe siècle de notre ère). A cette époque, Rome a passé des offensives stratégiques à la défense stratégique ; Rome a commencé à bâtir le limes et à abandonner quelques régions conquises, avant tout au Proche Orient.

 

Un chaos orchestré :afin que la place ne soit pas reprise par des concurrents en cas de retrait


C’est une analogie directe. Les Etats-Unis ont l’intention de quitter l’Afghanistan, et ils se sont déjà retirés de l’Irak …


Les résultats du Sommet de l’OTAN de Chicago, les 20 et 21 mai 2012, en ont apporté la démonstration : ni les Etats-Unis ni l’OTAN ne quitteront réellement le Proche-Orient et l’Afghanistan. Ce n’est pas pour cela qu’ils s’y étaient rendus. Il est toutefois vrai qu’ils doivent en « sortir » mais avant tout pour y installer un nouveau modèle de commandement. Et cela, tout simplement pour éviter que la place ne soit prise par les concurrents, c’est-à-dire par l’UE et surtout par la Chine. Voilà la vraie raison de ce nouveau modèle de domination de la région : un chaos orchestré. On ne peut imaginer de meilleur candidat pour installer ce modèle et le maintenir que les Islamistes, « les chiens de garde de la mondialisation à la mode américaine ».

 

On voit donc au Proche-Orient – notamment dans le pays-clé qu’est l’Egypte – que le « Printemps arabe » a porté au pouvoir les Islamistes. En réalité, on leur a aplani le chemin. Mais, les Anglo-Saxons ont buté sur deux pays dans leur marche en avant, dans lesquels les Islamistes étaient faibles ou inactifs. Il s’agit de la Libye et de la Syrie. La Libye a déjà été écrasée par l’atroce attaque de l’OTAN, la Syrie est actuellement assiégée. L’armée syrienne se bat contre le terrorisme international, qui est, comme il se doit, dirigé par les manipulateurs des dirigeants anglo-américains.

 

Le vrai visage des « amis de la Syrie »


Permettez, Andrej Iljitsch ! Les médias occidentaux prétendent que le peuple s’est révolté contre le régime d’Assad. Les insurgés sont des Syriens qui ont déserté l’armée.


En sont responsables les médias occidentaux, ou autrement dit : les moyens de propagande de masse, d’agitation et de désinformation. Leur tâche est purement militaire, soit de mener une campagne de désinformation et de guerre psychologique. Les « rebelles syriens » sont dotés d’armes de précision, de canons antichars, d’appareils de détection à infrarouge, d’excellents fusils pour tireurs d’élite, et de bien des autres armes, de production turque pour l’essentiel. N’est-ce pas un peu beaucoup pour des déserteurs et des réfugiés ? L’essentiel est, toutefois, l’organisation de ces combats. Depuis juin, la situation en Syrie a complètement changé. Assad se heurte à une culture d’état-major hautement qualifiée, de ceux qui planifient les diversions militaires dont seraient bien incapables les déserteurs, même au rang de capitaine ou de major. Les « insurgés » ont passé de la tactique d’usure et de harassement de l’armée syrienne à celle d’attaques massives, soutenues par des contingents comportant 25 000 à 30 000 hommes. Ces hommes armés viennent de Libye, de Tunisie, d’Afghanistan et d’autres pays islamiques. De les envoyer en Syrie permet aux Occidentaux et aux monarchies sunnites de résoudre un problème crucial. Car ces énergies meurtrières doivent être occupées quelque part. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles se mettent à travailler sérieusement, et un chien enragé peut aussi mordre son maître.

 

Le terrorisme international, contre lequel les Etats-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes


Une partie des clans criminels syriens combattent avec les mercenaires professionnels et les terroristes internationaux contre les troupes gouvernementales ; ils assassinent leurs propres voisins et accusent le régime Assad d’avoir commis ces horreurs. La situation en Syrie a mis au jour une réalité : Le terrorisme international, contre lequel les Etats-Unis prétendent lutter, est en réalité leur arme, créée par eux-mêmes. En Libye, c’est Al-Qaïda qui a accompli la tâche ordonnée par les Atlantistes. En Syrie, on a introduit les hommes d’armes de l’Islamiste Abd al-Hakim Balhadsch, qui fut commandant des « insurgés » libyens. Il est le militaire le plus influent de Tripoli et lié à Al-Qaïda depuis longtemps. Cette organisation est un instrument parfaitement adapté pour les services secrets américains et britanniques. En cas de besoin, on peut les utiliser pour faire exploser ses propres Twin-Towers, puis rendre responsable l’organisation de Ben Laden. Et, si le besoin s’en fait sentir, on peut s’allier à cette organisation pour se lancer contre Kadhafi ou contre Assad. Al-Qaïda peut reprendre du service ; comme le déclara en son temps notre patriarche Avvakoum « hier encore fils de pute, aujourd’hui déjà un prêtre ».

 

Il doivent cesser de nous raconter des stupidités : les Syriens ne se battent pas contre les Syriens, mais contre l’élite anglo-saxonne qui mène sa guerre au travers des terroristes internationaux. Leur façon d’agir ressemble fort à celle des escadrons de la mort de John Negroponte au Guatemala. Les « amis de la Syrie » (qui furent auparavant les « amis de la Yougoslavie, de l’Irak, de la Libye ») voudraient, de leur point de vue, aussi devenir les « amis de la Russie », alors qu’ils sont le principal pouvoir terroriste international. J’espère bien qu’ils se retrouveront un jour, avec leurs complices (y compris ceux de La Haye), à « leur Nuremberg ». Nombreux sont ceux, à l’ouest aussi, qui comparent l’invasion de l’Irak par Bush jr. à celle de la Pologne, des Pays-Bas et de la France par Hitler. La question qui se pose est de savoir si la Syrie sera la dernière ligne avant une nouvelle guerre, non seulement mondiale, mais globale ? La criminalisation de la politique par les dirigeants occidentaux y conduira finalement, tôt ou tard.

 

Les Etats-Unis ont de fait justifié les derniers actes terroristes à Damas qui ont coûté la vie à plusieurs membres du gouvernement syrien.


Oui, parmi les victimes se trouvent le ministre de la Défense Daud Radschha, le chef des services secrets militaires Assef Schawkat et le chef du comité anticrise Hassan Turkmani. Des personnes très proches d’Assad, ses soutiens. Il fallait s’attendre à une pareille action, et je ne pense pas qu’elle a été possible sans l’aide de services secrets occidentaux. Mais Bachar el-Assad tient bon, on n’a pas pu le briser au cours des 15 derniers mois, c’est pourquoi on vise maintenant à l’éliminer physiquement, lui et ses proches. On espère qu’une fois disparu, son régime s’effondrera. Y arrivera-t-on ? C’est une autre question. Mais dans ce contexte, il y a autre chose qui est important : l’élite occidentale s’est, après l’assassinat de Kadhafi, engagée ouvertement et sans scrupule sur la voie de l’assassinat de ces dirigeants, qui s’opposent à leurs projets, c’est-à-dire : sur la voie du terrorisme. Alors qu’avec Milosevic et Saddam Hussein on s’était donné la peine d’ouvrir un procès bidon, on a assassiné Kadhafi d’après des méthodes « concrètes » de grand banditisme et on n’a pas même caché sa satisfaction. Qu’on se souvienne de la scène présentant les dirigeants américains réunis à la Maison-Blanche devant le téléviseur pour assister à la mise à mort de « Ben Laden ». Quand on tombe pareillement dans l’abrutissement et dans la dégénérescence morale on se retrouve au niveau de la populace moyenâgeuse qui trouvait plaisir à assister aux exécutions. Les dirigeants occidentaux se comportent comme une organisation mondiale de criminels et ne s’en cache même pas. Selon le principe : « Tu es déclaré coupable uniquement parce que j’ai faim ! »

 

Ainsi, l’ancien président français pro-américain, Sarkozy, avait directement menacé les chrétiens syriens (environ 10% de la population syrienne) que, s’ils continuaient à soutenir Assad, ils pourraient se trouver victimes d’attentats. Et c’est bien ce qui se passe actuellement. Mais on ne se contente pas d’assassiner des chrétiens, mais aussi des Druzes, des Alaouites, des membres du parti Baath au pouvoir depuis 1963. Mais les grands massacres commenceront, dans la mesure où l’Occident réussira à faire tomber le régime d’Assad. Ce qui ne sera possible que par une intervention militaire venant de l’extérieur.

 

Combinaison d’une tactique de désorganisation et d’attaques massives

Pensez-vous que l’Occident ira aussi loin ?


Il vaut mieux poser cette question à cette organisation criminelle qui a ses « actions » à Washington, New York, Londres et Bruxelles. Nous ne pouvons qu’imaginer des variantes. La seule puissance militaire sur laquelle s’appuie l’OTAN est la Turquie, laquelle rêve de voir la Syrie divisée en quatre ou six parties, d’obtenir le contrôle de la moitié, ce qui commencerait à lui donner l’image de ce que nous avons connu comme l’Empire ottoman. Toutefois, une telle guerre serait un vrai risque pour la Turquie, du fait des positions de la Russie, de la Chine et de l’Iran, sans compter la question kurde, cela même avec l’aide de la technique militaire de l’OTAN. Et la Syrie elle-même n’est pas dénuée de force. On peut donc plutôt s’imaginer que la guerre actuelle continuera de la même manière, l’Occident s’efforçant d’écraser la Syrie au moyen des mercenaires, en combinant la tactique de désorganisation et d’attaques massives, tout en cherchant à liquider physiquement Assad. Les Etats-Unis et la Grande Bretagne ont déjà trop investi pour la destruction du régime syrien et ne reculeront que si le prix d’une victoire est trop élevé.

 

Ont-ils vraiment autant investi ?


Oui. Tant en ce qui concerne la finance que l’organisation. Déjà en 2006, on a mis en place le programme « Démocratie en Syrie », avec un financement prévu de 5 millions de dollars. En 2009, le « Conseil pour la démocratie », qui répartissait cet argent entre les acteurs qui voulaient « démocratiser » de l’intérieur les pays qui devaient être affaiblis par les Etats-Unis, reçut du Département d’Etat la somme de 6,3 millions de dollars pour le programme, lié à la Syrie, intitulé « Initiative pour le renforcement de la société civile » (il faut croire que les Anglo-Saxons s’imaginent qu’on met en place une société civile en faisant assassiner des femmes et des enfants par des mercenaires).

 

Le « Syrian Business Forum » administre actuellement un budget d’au moins 300 millions de dollars. La moitié de ce montant sert à financer l’« Armée syrienne libre ». L’Arabie saoudite et le Qatar, qui ont signé un accord secret à ce sujet, jouent un rôle important dans le financement des forces anti-Assad. Les positions des Saoudiens et du Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Dschassem Al Thani, démontrent parfaitement la collusion entre l’Occident et les Salafistes. C’est au Qatar que furent tournés des films sur de prétendus combats à Tripoli et à Damas, alors que ces combats n’avaient pas encore commencé. L’émir finança l’assaut de Tripoli et y envoya une troupe arabe de 6000 hommes qui portaient l’uniforme militaire du Qatar. D’ailleurs, c’était aussi Ben Dschassem qui ordonna l’attaque contre le diplomate russe Titorenko au Qatar.

 

La bataille pour l’Eurasie


Certains politiciens occidentaux pensent que la Russie accueillera Assad et sa famille. Partant de l’idée que le peuple syrien en sera reconnaissant à la Russie. Quelles peuvent être les répercussions pour la Russie de la chute du régime Assad ?


La Syrie est notre seul allié dans le monde arabe. S’il chute, nous perdrions nos dernières positions dans la région. Mais il ne s’agit pas seulement du monde arabe. La Russie peut facilement disparaître de la carte. Après la Syrie et l’Iran (car il est plus que probable qu’après la Syrie, les Atlantistes envahiront l’Iran – les analystes émettent déjà le nom de cette opération militaire « La grande tempête », qui devrait commencer par une attaque américano-israélienne contre le Hizbollah) ce sera probablement notre tour. On peut donc affirmer qu’on vainc la Syrie (et l’Iran), mais ce qu’on vise finalement c’est la Russie. Les préparatifs sont déjà en route dans toutes les directions : la situation au Proche-Orient, le « bouclier anti-missiles », l’élargissement de l’OTAN vers l’Est, etc.

 

Les affaires concernant le bouclier anti-missiles et l’extension vers l’Est de l’OTAN sont claires. Mais quels sont les liens entre la Syrie et l’Iran et notre sécurité ?


Ils sont très proches de nos frontières et de nos zones d’influence – la Transcaucasie et l’Asie centrale. Si les régimes actuels de Damas et de Téhéran tombent, alors la zone du « chaos orchestré » par les Atlantistes s’étendra de la Mauritanie et du Maghreb, jusqu’en Kirghizie et au Cachemire. L’arc d’instabilité s’enfoncera comme un coin dans l’Eurasie centrale, d’où les Atlantistes menacent déjà directement la Russie et la Chine. Mais avant tout la Russie.

 

Tout cela pour la folie du pouvoir – au lieu d’acheter les matières premières


Pourquoi avant tout la Russie ?


La crise du système mondial attendue augmente l’importance du contrôle des ressources de manière incommensurable. L’importance est encore potentialisée en prenant en compte les conditions de la catastrophe géo-climatique et géophysique pronostiquée. Je ne parle pas ici du « réchauffement global » mythique. Mais du recul prosaïque du courant du Golfe, du changement de la chaîne alimentaire dans les océans mondiaux (cela arrive une fois tous les 11 millénaires et demi à douze millénaires et demi) – ce sont là des bouleversements d’une dimension planétaire qui ont commencé environ au début du XXe siècle et se termineront environ dans le premier tiers du XXIIe siècle. Dans de telles conditions de crise et après une telle crise, la seule région stable avec suffisamment de ressources dans le monde est l’Eurasie du Nord, donc principalement le territoire géographique de la Russie. C’est pourquoi notre territoire devient l’une des plus importantes proies géo-historique du XXIe siècle et des siècles suivants. Les russophobes célèbres Brzezinski, Albright et d’autres Occidentaux ont déclaré à plusieurs reprises, qu’il était injuste que la Russie dispose d’un tel territoire et de telles ressources. Cela devrait appartenir à la communauté mondiale – c’est-à-dire aux élites atlantistes, qui sont organisées en loges, clubs, commissions, ordres et autres structures exceptionnelles.

 

Toutefois, pour cela, il est nécessaire d’obtenir le contrôle sur l’Eurasie du Nord, et le territoire pour déployer ses troupes est – l’Asie centrale. Les Américains sont déjà sur place. Bien qu’ils contrôlent déjà le Proche-Orient, ils sont néanmoins encore séparés de l’Asie centrale par la Syrie et l’Iran. Ici, la mèche qu’on a allumée en Afrique du Nord, reste jusqu’à présent interrompue et s’est éteinte. Sans la destruction de ces deux pays, les Atlantistes ne peuvent pas entamer leur combat pour l’Eurasie du Nord. Ils considèrent la Russie comme source de matières premières, la Chine comme source de main-d’œuvre, c’est-à-dire comme quelque chose de secondaire. Et si cette entité secondaire contrarie leurs plans, cela les rend fou. La solution pour la question russe et chinoise est abordée par l’Occident justement avec l’aide de l’Islam, des Arabes. Peu importe si cela se passe sous la forme d’un chaos orchestré, d’une nouvelle conquête arabe ou d’une guerre entre le Califat et les incroyants.

 

Fidèles à leur tradition, les Anglo-Saxons s’efforceront de monter de grands Etats et des peuples les uns contre les autres, de les affaiblir, voire de les exterminer (deux fois au cours du XXe siècle, la Russie et l ’Allemagne ont été montés l’une contre l’autre), toutefois, ils s’efforceront aussi d’éliminer l’Islam. Cela se fait par sa radicalisation maximale avec le wahhabisme, le sevrage de sa force économique interne et démographique au cours des guerres eurasiennes, après quoi le monde islamique sera transformé plus tard en une sorte de Ghetto d’une nouvelle tradition, qui ne possèdera pas de propres ressources et technologies. Ceux qui ont joué dans leur enfance à « Donjons et Dragons » [un des tous premiers jeux de rôle médiéval-fantastique créé aux Etats-Unis dans les années 1970, ndt.], se souviennent probablement d’une variante d’un « Monde du soleil noir ». Les mondialistes tenteront de briser le monde islamique en une quantité de petites unités, avec lesquelles des entreprises militaires privées ou des mercenaires de multinationales arriveront facilement à extraire de ceux-ci les restes de ressources pour ensuite s’en débarrasser sur la décharge de l’histoire. L’Occident n’exercera son contrôle que ponctuellement dans des endroits avec grande concentration de ressources (par exemple, aujourd’hui déjà, le contrôle de la côte méditerranéenne de la Libye longue de presque 1800 km) ; le reste, on le met à libre disposition de tribus, de clans et de syndicats criminels, parmi lesquels chacun contrôlera son petit morceau. Des parties de l’Arabie saoudite, du Pakistan (séparé du Béloutchistan), de l’Iran pourront aussi devenir de tels « morceaux » – une véritable mosaïque islamique. En même temps, l’Occident a besoin de surveillants dans la région et ce rôle peut aller au Grand Kurdistan. Un seul Etat, à qui il sera permis d’être grand.

 

Pourquoi ?


Sur le territoire du Grand Kurdistan, si celui-ci est créé un jour, se situeront les sources de tous les grands fleuves de la région. Cela veut dire que l’époque prochaine, pauvre en eau, et suite à cela, époque de guerres pour l’eau en tant que ressource, les plus importants leviers de l’influence dans la région – comme au temps de l’Empire assyrien – seront dans les mains du peuple séculaire des Kurdes. Le Kurdistan pourrait devenir le chien de garde le plus important de la région et remplacer Israël dans ce rôle.

 

Pourriez-vous être plus explicite concernant Israël ?


Les perspectives d’Israël sont, dans un Proche-Orient changeant, assez diffuses. Très probablement, l’Occident démontera Israël, parce que Israël ne sera plus nécessaire, comme l’a prédit Arnold J. Toynbee encore en 1957. Certes seulement après l’évacuation du « tiers supérieur » de la po­pulation. La variante de la création d’un Grand Kurdistan et du démantèlement d’Israël n’est pas certaine à 100%, mais très probable. C’est sûr que ce n’est pas l’affaire des prochaines années.

 

Ne pas faire confiance aux vipères


Que doit donc entreprendre la Russie dans la situation dramatique, qui se développe autour de la Syrie ?


Ce que fait la Russie actuellement – c’est-à-dire soutenir la Syrie jusqu’à l’extrême, ne pas permettre qu’on l’écrase. Nous avons déjà envoyé des unités de marine de guerre, pas de grands contingents, mais mieux que rien. Si l’on doit conduire une guerre, alors on ne doit pas le faire par la quantité, mais par la qualité. De plus, le 7 juin, il y a eu des tests sur deux missiles balistiques intercontinentaux : un « Topol » (nous l’avons confirmé) et un « Bulawa » (nous ne l’avons pas confirmé, mais les Américains insistent du moins sur le fait qu’il y a eu un tel lancement). C’est un certain signe. Car la Russie est malgré toutes les réformes encore une puissance nucléaire et c’est nous, pas trop les Chinois, qui sommes considérés comme le principal adversaire par les Américains, et ils continuent et continueront à nous considérer comme tel. Nos diplomates font leur travail. La manière dont Vitali Tschurkin a parlé avec l’ambassadeur du Qatar m’a plu, je constate avec un certain plaisir l’impuissance dans la méchanceté de Madame Clinton et de quelques personnes officielles de rang inférieur du Département d’Etat, impuissance démontrée à l’égard de nos dirigeants. Il faut saluer le fait que la défense aérienne syrienne a déjà obtenu 18 unités de nos systèmes de missiles « Buk-M2 » et 36 unités de nos systèmes de missiles anti-aériens du type « Pantsir S-1 » ; bientôt, il y aura encore des livraisons de systèmes S-300 et d’hélicoptères Mi-25.

 

Je compte beaucoup sur l’impulsion de survie des dirigeants russes et sur le fait qu’on ait tiré les vraies conséquences des destins tragiques de Milosevic, Saddam Hussein et Kadhafi. Ceux-ci ont fait d’abord confiance à l’Occident et l’ont payé de leur vie. Hamlet de Shakespeare dit à propos de « Rosencrantz et Guildenstern », « … les deux, auxquels je fais confiance comme aux vipères. » On ne doit pas faire confiance aux vipères – elles mordent mortellement, dans le sens littéral du mot. Ou elles tentent de mordre et utilisent pour cela des problèmes internes ; la Russie en a à revendre. Est-ce donc un hasard que les attroupements des « Boucles blanches » fin 2011/début 2012 coïncident avec la déclaration des dirigeants russes relative à l’affaire syrienne, de poursuivre une position dure ? Certainement pas. Ici, surgit de pleine force le problème de la « cinquième colonne » qui s’est formée chez nous au cours du dernier quart de siècle. Nous vivons dans une époque de guerre, qui a commencé avec l’attaque de l’OTAN contre la Yougoslavie et qui maintenant donne des coups de pieds à la porte de la Syrie avec les mêmes bottes de l’OTAN. Dans des temps pareils, il faut agir selon les directives des temps de guerre. Jamais personne n’a réussi à vaincre un adversaire extérieur ou à s’y opposer sans en même temps ou auparavant avoir mis sous contrôle la « cinquième colonne » ; bien entendu avec des moyens légaux, uniquement légaux. Finalement, une alliance politique et militaire internationale est nécessaire, qui est capable de maîtriser l’agresseur et de créer de la sécurité ou du moins une pause pour respirer de huit à dix ans. Pendant ce temps, la Russie peut arriver à remonter la pente et à se préparer pour la grande guerre du XXIe siècle – à la dernière grande chasse de l’époque du capitalisme, qui malheureusement est presque inévitable. A s’y préparer et à la surmonter.

 

Pour l’instant, il s’agit de tenir l’adversaire potentiel à l’écart et de soutenir les faibles, pour qu’ils repoussent cet adversaire qui vient de loin – ce n’est pas seulement stratégiquement, mais aussi moralement juste.

 

Enseignements et pronostics


Quelles sont les leçons à tirer de la Libye et de la Syrie pour la Russie ?


Tout d’abord : n’aie jamais confiance, en aucun cas, en les dirigeants occidentaux. Ils nous considérerons toujours comme leur adversaire principal et au moment de notre faiblesse maximale, qu’ils essaient eux-mêmes de produire, ils frapperont de toute leur force et tenteront de régler la « question russe ». Un jour, Leonid Schebarschin s’est exprimé ainsi : « L’Occident ne veut qu’une chose de la Russie : qu’elle disparaisse. » La manière dont on supprime les faibles, on l’a vu à l’exemple de la Lybie. La manière dont on se casse les dents sur les plus forts, on le voit à l’exemple de la Syrie.

 

Deuxièmement : Les variantes libyenne et syrienne de l’attaque de l’OTAN montrent, comment les évènements se développeront chez nous dans le cas d’actions militaires : la guerre est menée par des mercenaires, avant tout des Arabes, mais aussi par des entreprises militaires privées. Selon le modèle syrien, on tentera de déstabiliser le Caucase et la région de la Volga : on occupe une ville ou une partie de celle-ci, on perpètre des massacres, on en appelle à l’« opinion mondiale », qui exigera à des sanctions, des contrôles, des bases militaires, (nous en avons déjà une dans l’arrière pays, c’est-à-dire la base de renfort de l’OTAN à Uljanovsk).

 

Troisièmement : Malgré tout le rôle décisif du facteur extérieur, l’état de l’« objet », que vise ce facteur, joue dans la situation en Syrie un rôle extrêmement significatif : un système de gouvernement inefficient, la corruption etc., tout cela agrandit la cible. De ce point de vue, la Russie est aussi très vulnérable. Nous avons des dirigeants tout aussi inefficaces, de la corruption, une économie criminalisée, une étroite imbrication entre nos dirigeants économiques et l’économie mondiale, par conséquent aussi une couche de Compradores pro-occidentaux, en même temps une couche supérieure de niveau professionnel et moral très bas, la pré-domination des intérêts de certains clans avant l’intérêt du pays. Sans parler de la décadence de l’armée, de la crise intellectuelle et morale, ainsi que de l’« usure » du potentiel humain d’une partie importante de la population.

 

Il est certainement vrai qu’une menace extérieure peut souder et mobiliser la population, car il en a toujours été ainsi avec la Russie, que ce soit en 1612, 1812 ou 1941. L’adversaire ne le sait que trop bien. Dans ce sens, l’article de Henry Kissinger sur la situation de la Syrie paru récemment est très intéressant : Contrairement à ses habitudes de tout exprimer clairement, il existe là une quantité d’explications diffuses, y compris des allusions au Saint-Empire romain et à la manière dont il a finalement été détruit. Pourtant, si l’on suit uniquement la pure logique de ce texte et qu’on exprime exactement ce que l’un des plus grands « instigateurs » de ce monde a insinué, on obtient ceci : Le « vieil Henry » met en garde l’Occident d’exercer trop de pression sur la Syrie, car cela pourrait avoir comme conséquence une position intransigeante de la Russie qui la pousserait à une confrontation avec l’Occident. Et cela cache le risque de perdre tout ce qu’on a récolté au cours des vingt dernières années à la suite de l’affaiblissement de la Russie. Ces résultats sont plus importants que la Syrie.

 

Kissinger, le vieux chien, va réellement au fond des choses !


En effet, une confrontation avec l’Occident peut modifier fondamentalement la situation de la Russie et ceci dans toutes les couches sociales, mais avant tout dans la couche supérieure, qui non seulement comprendra mais aussi éprouvera à ses dépens que l’élite occidentale ne l’accueillera jamais dans son milieu, mais qu’au contraire tôt ou tard celle-ci la mangera. S’il en est ainsi, alors un changement de cours radical est nécessaire, au moins pour préserver les richesses, son statut et la vie. Les exemples de dirigeants arabes pro-occidentaux comme Ben Ali ou Moubarak montre donc la teneur en vérité de la thèse de l’excellent géopoliticien russe Alexej Jedrichin-Wandam qu’« il n’y a qu’une chose qui puisse être pire que l’hostilité avec les Anglo-Saxons : c’est l’amitié avec eux ». L’Occident, en particulier les Anglo-Saxons, ne garantissent jamais rien à personne et encore moins à quelqu’un qui a trahi son pays et son peuple. Les anciens aimaient à dire : « Roma traditoribus non premia » (Rome ne paie pas les traîtres). A vrai dire, il les payaient bien, mais seulement jusqu’à un certain moment. Ensuite, on prend des chemins différents. Cela aussi, c’est une leçon à tirer du Proche-Orient par Moscou.

 

Quand pourra-t-on, à votre avis, s’attendre à des changements significatifs de la situation ?


Suis-je donc un prophète ? C’est difficile dans le monde actuel, qui se situe à la croisée des chemins, d’émettre quelques pronostics. Mais si l’on part de l’état de l’économie des Etats-Unis, dont la rémission (dans le sens médical) sera terminée selon certaines prévisions au printemps 2013, et si l’on pense qu’on ne peut probablement pas s’attendre à des actions de grande envergure avant les élections présidentielles américaines, alors on arrive à la période entre environ décembre 2012 et février 2013.

 

Ciel, vous nommez des dates véritablement mystiques : la fin du monde selon le calendrier des Mayas, la venue du meurtrier céleste Nibiru …


Ce n’est pas du mysticisme, mais de la manipulation de la conscience publique, dont le détachement des problèmes réels et l’effarement jusqu’à un état dans lequel l’être humain appelle lui-même : « Je suis pour un gouvernement mondial, lui seul peut me sauver de la catastrophe, du gigantesque astéroïde, des extraterrestres … ! » Encore bien plus dangereux que les extraterrestres sont ces « boys », qui vivent au-delà du Bien et du Mal et emportent l’humanité avec la cruauté impitoyable des reptiles. Ce sont eux qui s’attaquent à la Syrie et ce sont eux qu’il faut stopper maintenant à la « frontière de la Syrie ». Comme le disait Voltaire : « Ecraser les vipères » !

Source : Jewgenij Tschernych, KP.ru, le 15/8/12

(Traduction Horizons et débats)

Mis en ligne CV/ 14 septembre 2012


Diplomate : Les USA recourent à des sociétés militaires privées pour faire un travail sale dans les zones de conflits armés
Le recours à des « sociétés militaires privées » (SMP) dans les zones de conflits armés permet à Washington d’éviter la responsabilité pour violations du droit international humanitaire (DIH), a déclaré mardi Konstantin Dolgov, chargé des droits de l’Homme au ministère russe des Affaires étrangères.
« Les Etats-Unis recourent à des services de SMP pour faire notamment un travail sale dans les zones de conflits armés. Un tell outsourcing (externalisation) des fonctions d’Etat par des sociétés privées permet au gouvernement américain d’éviter la responsabilité pour violations des normes du droit international humanitaire », a indiqué le diplomate. Et d’ajouter que Moscou avait appris avec perplexité et préoccupation que le ministère américain de la Justice avait fermé l’enquête sur une tentative de corruption de la direction du ministère irakien de l’Intérieur par l’entreprise de sécurité Blackwater, appelée Academi depuis 2012. « Cette société a essayé d’obtenir une licence pour travail en Irak contre un pot-de-vin d’un million de dollars et de bloquer l’enquête sur l’assassinat par ses collaborateurs en 2007 à Bagdad de 17 civils, dont des enfants (encore 20 personnes ont alors été blessées) », a rappelé M. Dolgov. Faisant l’objet d’une enquête depuis cinq ans, Blackwater, qui avait fourni de »précieux services » au gouvernement des Etats-Unis, a conclu un accord avec la justice américaine pour éviter un procès.
Source : RIA Novosti du 28/8/12

 

 


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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 17:52

      

En Occident, Cuba est représentée comme une société fermée sur elle-même, où le débat critique est inexistant et la pluralité des idées proscrite par le pouvoir. En réalité, Cuba est loin d’être une société monolithique qui partagerait une pensée unique. En effet, la culture du débat se développe chaque jour davantage et elle est symbolisée par le Président cubain Raúl Castro qui est devenu le premier pourfendeur des vicissitudes, contradictions, aberrations et injustices présentes au sein de la société cubaine.

 

La nécessité de changement et du débat critique

 

En décembre 2010 devant le Parlement cubain, Raúl Castro avait lancé un avertissement : « Soit nous rectifions [ce qui ne marche pas,] soit nous coulons après avoir trop longtemps bordé le précipice [1] ». Il avait également ajouté quelque temps plus tard : « Il est indispensable de rompre la colossale barrière psychologique qui résulte d’une mentalité ancrée dans des habitudes et des concepts du passé [2] ».

 

Le président Raúl Castro a également fustigé la faiblesse du débat critique à Cuba. Il a également fustigé les non-dits, la complaisance et la médiocrité. Il a appelé à plus de franchise. « Il ne faut pas craindre les divergences de critères […], les différences d’opinions […], qui seront toujours préférables à la fausse unanimité basée sur la simulation et l’opportunisme. Il s’agit de surcroît d’un droit dont personne ne doit être privé ». Castro a dénoncé l’excès de la « culture du secret à laquelle nous nous sommes habitués durant plus de cinquante ans » pour occulter les erreurs, les défaillances et les manquements. « Il est nécessaire de changer la mentalité des cadres et de tous nos compatriotes [3] », a-t-il ajouté A destination des médias cubains, il a tenu les propos suivants :

 

Notre presse parle assez de cela, des conquêtes de la Révolution, et nous en faisons autant dans les discours. Mais il faut aller au cœur des problèmes […]. Je suis un défenseur à outrance de la fin de la culture du secret car derrière ce tapis doré se cachent nos manquements et ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Je me souviens de quelques critiques apparues dans la presse il y quelques années avec mon soutien [...]. Immédiatement, la grande bureaucratie s’est mise en branle et a commencé à protester : « Ces choses n’aident pas et démoralisent les travailleurs ». Quels travailleurs vont être démoralisés ? De même, dans une grande entreprise laitière de l’Etat de Camagüey, Le Triangle, pendant des semaines, on donnait le lait produit à des cochons du coin car le camion citerne était en panne. J’ai alors demandé à un secrétaire du Comité Central de dénoncer cela dans Granma. Certains sont venus me voir pour me dire que ce genre de critiques était contreproductif car cela démoralisait les travailleurs, etc. Mais, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que j’en étais à l’origine [4].

 

            Le 1er août 2011, lors de son discours de clôture de la VIIe Législature du Parlement Cubain, Raúl Casto a réitéré la nécessité du débat critique et contradictoire au sein d’une société : « Toutes les opinions doivent être analysées, et quand il n’y a pas consensus, les divergences seront portées auprès des instances supérieures habilitées à prendre une décision ; de plus, personne ne dispose des prérogatives pour l’empêcher[5] ». Il a appelé à mettre fin « à l’habitude du triomphalisme, de l’autosatisfaction et du formalisme dans le traitement de l’actualité nationale et à générer des matériaux écrits et des programmes de télévision et de radio qui par leur contenu et leur style captent l’attention et stimulent le débat au sein de l’opinion publique », afin d’éviter les matériaux « ennuyeux, improvisés et superficiels » au sein des médias[6].

 

La corruption

 

Raúl Castro n’a pas non plus éludé le problème de la corruption : « Face aux violations de la Constitution et de la légalité établie, il n’y a d’autres alternatives que de recourir au Procureur et aux Tribunaux, comme nous avons déjà commencé à le faire, pour exiger des responsabilités aux contrevenants, quels qu’ils soient, car tous les Cubains, sans exception, sommes égaux devant la loi [7] ». Raúl Castro, conscient que la corruption n’épargne pas les hauts fonctionnaires, a envoyé un message clair aux responsables de tous les secteurs : « Il faut mettre un terme définitif au mensonge et à la tromperie dans la conduite des cadres, de tout niveau ». De manière plus insolite, il s’est appuyé sur deux des dix commandements bibliques pour illustrer son propos : « Tu ne voleras point » et « tu ne mentiras point ». De la même manière, il a évoqué les trois principes éthiques et moraux de la civilisation Inca : « ne pas mentir, ne pas voler, ne pas être paresseux », lesquels doivent guider la conduite de tous les responsables de la nation [8].

 

La liberté religieuse

 

De la même manière, les dérives sectaires ont été lourdement condamnées par Raúl Castro. Il a ainsi publiquement dénoncé à la télévision certaines atteintes à la liberté religieuse dues à l’intolérance « encore enracinée dans la mentalité de nombreux dirigeants à tous les niveaux [9] ». Il a évoqué le cas d’une femme, cadre du Parti communiste, au parcours exemplaire, qui a été écartée de ses fonctions, en février 2011, en raison de sa foi chrétienne et dont le salaire a été réduit de 40%, en violation de l’article 43 de la Constitution de 1976 qui interdit tout type de discrimination. Le président de la République a ainsi dénoncé « le mal occasionné à une famille cubaine par des attitudes basées sur une mentalité archaïque, alimentée par la simulation et l’opportunisme ». Rappelant que la personne victime de cette discrimination était née en 1953, date de l’attaque de la caserne Moncada par les partisans de Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista, Raúl Castro a tenu les propos suivants :

 

Je ne suis pas allé au Moncada pour ça […]. J’ai évoqué cette affaire lors de la réunion du 30 juillet, qui marquait également le 54ème anniversaire de l’assassinat de Frank País et de son fidèle compagnon Raúl Pujol. J’ai connu Frank au Mexique, je l’ai revu dans la Sierra, et je ne me souviens pas avoir connu une âme aussi pure que la sienne, aussi courageuse, aussi révolutionnaire, aussi noble et modeste, et m’adressant à l’un des responsables de cette injustice qui a été commise, je lui ai dit : Frank croyait en Dieu et pratiquait sa religion, que je sache il n’avait jamais cessé de la pratiquer, qu’auriez-vous fait de Frank País [10] ? 

La productivité, le revenu mensuel et le livret d’approvisionnement 

Concernant la productivité et la politique économique, Raúl Castro, reconnaissent « une absence de culture économique chez la population » ainsi que les erreurs du passé. « Nous ne pensons pas copier de nouveau quelqu’un, car cela nous a causé de nombreux problèmes par le passé et, par-dessus le marché, nous avions mal copié [11] ». Tous admettent publiquement que « la spontanéité, l’improvisation, la superficialité, le non accomplissement des objectifs, le manque de profondeur dans les études de faisabilité et le manque de vision intégrale pour entreprendre un investissement » portent un grave préjudice à la nation [12].

 

Au sujet du revenu mensuel des Cubains, Raúl Castro a fait preuve de lucidité : « Le salaire est encore clairement insuffisant pour satisfaire tous les besoins, et il a pratiquement cessé de remplir son rôle d’assurer le principe socialiste selon lequel chacun apporte selon sa capacité et reçoit selon son travail. Cela a favorisé des manifestations d’indiscipline sociale [13] ».

 

De la même manière, le Président cubain n’a pas hésité à souligner les effets négatifs du livret d’approvisionnement en vigueur depuis 1960, notamment « son caractère égalitariste nocif », lequel est devenu « une charge insupportable pour l’économie et ne stimulait pas le travail, en plus de générer des illégalités diverses au sein de la société ». Il a également noté les contradictions suivantes : « Etant donné que le livret a été mis en place pour couvrir les plus de 11 millions de Cuba de la même façon, les exemples absurdes ne manquent pas tel que le café prévu est octroyé y compris au nouveau-nés. De la même manière, les cigarettes étaient fournies jusqu’à septembre 2010 aussi bien aux fumeurs qu’aux non-fumeurs, encourageant la croissance de cette habitude malsaine au sein de la population ». Selon lui, la libreta « contredit en son essence le principe de la distribution qui devrait caractériser le socialisme, c’est-à-dire, ‘chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail’ ». Pour ces raisons, il « sera impératif d’appliquer des mesures pour éradiquer les profondes distorsions existantes dans le fonctionnement de l’économie et de la société dans son ensemble [14] ».

 

La relève générationnelle 

Par ailleurs, le Président cubain a également mis en avant un problème crucial à Cuba : la relève générationnelle et le manque de diversité. Il a dénoncé « l’insuffisante systématicité et volonté politique pour assurer la promotion à des postes à responsabilité de femmes de noirs, de métis et de jeunes, sur la base du mérité et les conditions personnelles ». Il a fait part de son dépit sans éluder sa propre responsabilité : « Ne pas avoir résolu ce problème en plus d’un demi-siècle est une véritable honte que nous aurons sur la conscience durant de nombreuses années ». Par conséquent, Cuba subit « les conséquences de ne pas compter sur une réserve de remplaçants dûment préparés, avec l’expérience et la maturité suffisantes pour assumer les tâches nouvelles et complexes de direction au sein du Parti, de l’Etat et du Gouvernement [15] ».

 

            Toutes ces déclarations ont été faites en direct à la télévision cubaine à une heure de grande écoute. Elles permettent d’illustrer la présence du débat critique à Cuba au plus haut niveau de l’Etat. Ainsi, Raúl Castro est non seulement le Président de la nation, mais également – semble-t-il – le premier dissident du pays et le plus farouche critique des dérives et des imperfections du système.

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université  Sorbonne Paris IV, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de la Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son dernier ouvrage s’intitule État de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba, Paris, Éditions Estrella, 2011 (prologue de Wayne S. Smith et préface de Paul Estrade).


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[1] Raúl Castro Ruz, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular », República de Cuba, 18 décembre 2010. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html (site consulté le 2 avril 2011).

[2] Raúl Castro Ruz, « Intervención del General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros de la República de Cuba en la Clausura del X Periodo de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular », 13 décembre 2012. http://www.cubadebate.cu/raul-castro-ruz/2012/12/13/raul-todo-lo-que-hagamos-va-dirigido-a-la-preservacion-y-desarrollo-en-cuba-de-una-sociedad-socialista-sustentable-y-prospera-fotos/ (site consulté le 1er janvier 2013).

[3] Raúl Castro, « Discurso… », 18 décembre 2010, op.cit.

[4] Ibid.

[5] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.

[6] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 avril 2011. http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).

[7] Raúl Castro, « Toda resistencia… », op. cit.

[8] Raúl Castro, « Discurso… », 18 décembre 2010, op.cit.

[9] Raúl Castro, « Toda resistencia… », op. cit.

[10] Ibid.

[11] Raúl Castro, « Discurso… », 18 décembre 2010, op.cit.

[12] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.

[13] Raúl Castro Ruz, « Discurso… », 18 décembre 2010, op. cit.

[14] Raúl Castro, « Informe central al VI Congreso del Partido Comunista de Cuba », 16 avril 2011. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/esp/r160411e.html (site consulté le 1 janvier 2013).

[15] Ibid.

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 17:03

 sociologue et chercheur associé au Centre de recherche sur la mondialisation (CRM). Il est spécialiste du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Il était sur le terrain en Libye durant la guerre. Il vient d'obtenir le Prix du Club de Presse mexicain à Mexico, le 8 décembre 2011.

 

Mahdi Darius Nazemroaya est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Mahdi Darius Nazemroaya publiés par Mondialisation.ca

 

L’expression « printemps arabe » est un slogan concocté dans des bureaux lointains à Washington, Londres, Paris et Bruxelles par des individus et des groupes qui, en plus d’avoir une connaissance superficielle de la région, en savent très peu sur les Arabes. Ce qui se déroule au sein des populations arabes est un enchaînement normal d’événements. L’insurrection comme l’opportunisme en font partie. Là où il ya une révolution, il y a toujours une contre-révolution.


Les bouleversements dans le monde arabe ne constituent pas davantage un « éveil arabe ». Une telle formule implique que les Arabes étaient endormis alors qu’ils étaient entourés par la dictature et l’injustice. Le monde arabe, qui fait partie de l’ensemble plus vaste composé par les Arabes, le Turcs et les Iraniens, a en réalité connu de fréquentes révoltes réprimées par les dictateurs arabes en coordination avec des pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. C’est l’interférence de ces puissances qui a constamment agi comme contrepoids à la démocratie et elle continuera à le faire.


Diviser et régner : comment le premier printemps arabe a été manipulé


Les plans de reconfiguration du Moyen-Orient ont commencé plusieurs années avant la Première Guerre mondiale. C’est au cours de cette guerre cependant que les desseins coloniaux ont clairement commencé à se manifester avec la « grande révolte arabe » contre l’empire Ottoman.


En dépit du fait que la Grande-Bretagne, la France et l’Italie étaient des puissances coloniales qui avaient empêché les Arabes de profiter de toute forme de liberté dans des pays comme l’Algérie, Libye, l’Égypte et le Soudan, ces pouvoirs coloniaux ont réussi à se présenter comme les amis et les alliés de la libération arabe.


Durant la « grande révolte arabe », les Britanniques et les Français ont en fait utilisé les Arabes comme fantassins contre les Ottomans pour faire avancer leurs propres plans géopolitiques. Les accords secrets Sykes-Picot entre Londres et Paris représentent un cas typique. La France et la Grande-Bretagne sont simplement arrivés à utiliser et manipuler les Arabes en leur vendant l’idée de la libération arabe de la présumée répression des Ottomans.


En réalité, l’Empire ottoman était multiethnique et accordait une autonomie locale et culturelle à toutes ses populations. Il a toutefois été manipulé et orienté vers une entité turque. Même le génocide arménien qui allait s’ensuivre en Anatolie ottomane doit être analysé dans le même contexte que l’actuel ciblage des chrétiens en Irak, comme faisant partie d’un plan de division confessionnelle lancé par des acteurs externes afin de diviser l’Empire ottoman et ses citoyens, ainsi que l’Anatolie.


Après la chute de l’Empire ottoman, ce sont Londres et Paris qui ont refusé d’accorder la liberté aux Arabes, en semant la discorde au sein de leurs populations. Les leaders arabes locaux corrompus ont également été partenaires du projet et nombreux sont ceux qui n’étaient que trop heureux de devenir des clients de la Grande-Bretagne et de la France. Le « printemps arabe est manipulé dans le même sens aujourd’hui. Les États-Unis, la France et d’autres travaillent maintenant avec l’aide de leaders et de personnalités arabes corrompues afin de restructurer l’Afrique et le monde arabe.


Le plan Yinon : l’ordre à partir du chaos…


Le plan Yinon, qui constitue un prolongement du stratagème britannique au Moyen-Orient, est un plan stratégique israélien visant à assurer la supériorité d’Israël dans la région. Il souligne qu’Israël doit reconfigurer son environnement géopolitique par la balkanisation des États arabes, soit la division de ceux-ci en États plus petits et plus faibles.


Les stratèges israéliens voyaient l’Irak comme l’État arabe représentant leur plus grande menace stratégique. C’est pourquoi l’Irak a été caractérisé comme la pièce maîtresse de la balkanisation du Moyen-Orient et du monde arabe. En Irak, sur la base des concepts du plan Yinon, les stratèges israéliens ont réclamé la division de l’Irak en un État kurde et deux États arabes, l’un shiite, l’autre sunnite. La première étape de ce plan était une guerre entre l’Irak et l’Iran, abordée dans le plan Yinon.


En 2006 et en 2008, les publications de l’armée étasunienne Armed Forces Journal et The Atlantic ont respectivement publié des cartes ayant circulé abondamment et lesquelles suivaient de près les grandes lignes du plan Yinon. Outre la division de l’Irak, également recommandée par le plan Biden, le plan Yinon appelle à la division du Liban, de l’Égypte et de la Syrie. La partition de l’Iran, de la Turquie, de la Somalie et du Pakistan fait également partie de cette vision. Le plan Yinon réclame par ailleurs la dissolution de l’Afrique du Nord et prévoit qu’elle débutera en Égypte et débordera au Soudan, en Libye et dans le reste de la région.


Protection du domaine : redéfinition du monde arabe…


Bien que tordu, le plan Yinon est en marche et voit le jour dans « A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm » (Une nette rupture : Une nouvelle stratégie pour protéger le domaine), un document de politique israélienne écrit en 1996 par Richard Perle et le groupe d’étude sur « Une nouvelle stratégie israélienne vers l’an 2000 » pour Benjamin Netanyahou, le premier ministre d’Israël à l’époque. Perle était alors un ancien secrétaire adjoint au Pentagone pour Ronald Reagan et est devenu par la suite conseiller militaire pour George W. Bush et la Maison-Blanche. Le groupe d’étude comprenait par ailleurs James Colbert (Jewish Institute for National Security Affairs), Charles Fairbanks Jr. (Johns Hopkins University), Douglas Feith (Feith and Zell Associates), Robert Loewenberg (Institute for Advanced Strategic and Political Studies), Jonathan Torop (The Washington Institute for Near East Policy), David Wurmser (Institute for Advanced Strategic and Political Studies) et Meyrav Wurmser (Johns Hopkins University).


Les États-Unis réalisent à bien des égards les objectifs précisés dans le texte de politique israélienne de 1996 visant à protéger le « royaume ». Par ailleurs, le terme realm, « domaine » ou « royaume », sous-entend la mentalité stratégique des auteurs. Realm fait soit référence au territoire sur lequel règne un monarque ou aux territoires soumis à son règne mais gérés et contrôlés par des vassaux. Dans ce contexte, le terme realm, est utilisé pour signifier que le Moyen-Orient constitue le royaume de Tel-Aviv. Le fait que Perle, un homme ayant essentiellement fait carrière comme officiel du Pentagone, ait contribué à écrire le document sur Israël soulève la question de savoir si le souverain conceptualisé du royaume représente Israël, les États-Unis, ou les deux.


Protéger le royaume : L’avant-projet israélien pour déstabiliser Damas


Le document de 1996 demande de « repousser la Syrie », aux environs de l’an 2000 ou après, en poussant les Syriens hors du Liban et en déstabilisant la République arabe syrienne avec l’aide de la Jordanie et de la Turquie. Ces événements se sont respectivement produits en 2005 et en 2011. Le document indique : « Israël peut modeler son environnement stratégique en coopération avec la Turquie et la Jordanie, en affaiblissant, en endiguant et même en repoussant la Syrie. Afin de contrecarrer les ambitions régionales de la Syrie, les efforts pourraient viser à expulser Saddam Hussein du pouvoir, un objectif stratégique en soi important pour Israël [1].

 


Comme première étape de la création d’un « nouveau Moyen-Orient » dominé par Israël et encerclant la Syrie, le texte demande de chasser Saddam Hussein du pouvoir à Bagdad et fait même allusion à la balkanisation de l’Irak et à la formation d’une alliance stratégique régionale contre Damas qui comporterait un « Irak central » sunnite. Les auteurs écrivent : « Toutefois la Syrie entre dans ce conflit avec de potentielles faiblesses : Damas est trop préoccupé par la nouvelle donne régionale pour permettre toute distractions sur le front libanais. De plus Damas craint l’ »axe naturel » avec Israël d’un côté, l’Irak central et la Turquie de l’autre, et la Jordanie, au centre, qui exercerait une pression sur la Syrie et la détacherait de la péninsule saoudienne. Pour la Syrie, ce pourrait être le prélude à la reconfiguration de la carte du Moyen-Orient, ce qui menacerait l’intégrité territoriale du pays [2] ».


Perle et le groupe d’étude « Nouvelle stratégie israélienne vers l’an 2000 » recommande également de mener les Syriens hors du Liban et de déstabiliser la Syrie en utilisant des personnalités de l’opposition libanaise. Le document dit : « [Israël doit détourner] l’attention de la Syrie en utilisant des éléments de l’opposition libanaise pour déstabiliser le contrôle exercé par la Syrie au Liban [3]. »C’est ce qui arriverait en 2005 après l’assassinat d’Hariri ayant contribué à déclencher la soi-disant « révolution des cèdres » et à créer l’Alliance du 14 mars, un groupe farouchement anti-Syrien contrôlé par le corrompu Saïd Hariri.


Le document demande par ailleurs à Tel-Aviv de « saisir l’opportunité afin de rappeler au monde la nature du régime syrien [4] ». Cela convient parfaitement à la stratégie israélienne consistant à diaboliser ses opposants par des campagnes de relations publiques. En 2009 des médias israéliens ont ouvertement admis que, par le biais de ses ambassades et missions diplomatiques, Tel-Aviv avait lancé une campagne médiatique mondiale et organisé des manifestations devant les ambassades iraniennes pour discréditer les élections présidentielles en Iran avant même qu’elles n’aient lieu [5].


L’étude fait aussi mention de ce qui ressemble à la situation actuelle en Syrie : « Il va de soi, et c’est le plus important, qu’Israël a intérêt à appuyer diplomatiquement, militairement et opérationnellement les actions de la Turquie et de la Jordanie contre la Syrie, comme en protégeant des alliances avec des tribus arabes à travers le territoire syrien et hostiles à l’élite dirigeante syrienne [6]. Les bouleversements de 2011 en Syrie, le mouvement des insurgés et la contrebande d’armes par les frontières jordanienne et turque sont devenus des problèmes majeurs pour Damas.
Dans ce contexte, il n’est pas surprenant qu’Israël, alors dirigé par Ariel Sharon, ait dit à Washington d’attaquer la Syrie, la Libye et l’Iran après l’invasion étasunienne de l’Irak [7]. Finalement, il importe de savoir que le document de 1996 préconise également une guerre préemptive pour modeler l’environnement géostratégique d’Israël et sculpter le « nouveau Moyen-Orient » [8]. Il s’agit d’une politique que les États-Unis adopteraient aussi en 2001.


L’éradication des communautés chrétiennes du Moyen-Orient


Ce n’est pas une coïncidence si les chrétiens égyptiens ont été attaqués au même moment que le référendum sud-soudanais et avant la crise en Lybie. Ce n’est pas non plus une coïncidence si les chrétiens irakiens, une des communautés chrétiennes les plus anciennes, ont été poussées à l’exil, quittant leur patrie ancestrale. L’exode des chrétiens irakiens, sous le regard attentif des forces militaires étasuniennes et britanniques, concorde avec la division confessionnelle des quartiers de Bagdad. Les shiites et les sunnites ont été forcés, par la violence et les escadrons de la mort, à former des enclaves confessionnelles. Tout cela est lié au plan Yinon et à la reconfiguration de la région dans le cadre d’un objectif plus vaste.


En Iran, les Israéliens ont tenté en vain de faire partir la communauté juive. La population juive d’Iran est en fait la plus grande du Moyen-Orient et sans doute la plus ancienne communauté juive du monde à vivre paisiblement. Les juifs d’Iran se voient comme des Iraniens et sont liés à ce pays qu’ils considèrent comme leur patrie, au même titre que les musulmans et les chrétiens iraniens, et, à leurs yeux, le concept voulant qu’ils aient à se relocaliser en Israël parce qu’ils sont juifs est ridicule.


Au Liban, Israël s’est affairé à exacerber les tensions entre les diverses factions chrétiennes et musulmanes, incluant les druzes. Le Liban est un tremplin vers la Syrie et la division du Liban en plusieurs États est également vue comme un moyen de balkaniser la Syrie en plusieurs États arabes confessionnels de moindre envergure. Les objectifs du plan Yinon sont de diviser le Liban et la Syrie en plusieurs États sur la base des identités religieuses sunnite, shiite, druze et chrétiennes. Il est possible que l’exode des chrétiens de la Syrie fasse aussi partie des objectifs.


Le nouveau chef de l’Église maronite, la plus grande Église catholique orientale autonome, a exprimé ses craintes quant à l’expulsion des chrétiens arabes au Levant et au Moyen-Orient. Le patriarche d’Antioche, Mgr Bechara Boutros Rahi, ainsi que bon nombre de dirigeants chrétiens au Liban et en Syrie, craignent que les Frères musulmans prennent le contrôle de la Syrie. Comme en Irak, de mystérieux groupes attaquent actuellement les communautés chrétiennes en Syrie. Les dirigeants de l’Église orthodoxe, incluant le Patriarcat de Jérusalem, ont eux aussi exprimé publiquement leurs sérieuses préoccupations. Outre les arabes chrétiens, ces craintes sont partagées par les communautés assyrienne et arménienne, à majorité chrétienne.


Le cheik Rahi était récemment à Paris où il a rencontré Nicolas Sarkozy. On rapporte que le patriarche maronite et le président Sarkozy ont eu des désaccords concernant la Syrie, ce qui a incité Sarkozy à affirmer que le régime syrien allait s’effondrer. La position du patriarche maronite était que l’on devait laisser la Syrie tranquille et lui permettre de se réformer. Mgr Rahi a par ailleurs dit à Sarkozy qu’Israël devait être considéré comme une menace si la France souhaitait légitimement que le Hezbollah dépose les armes.


En raison de sa position en France, Mgr Rahi a immédiatement reçu des remerciements des dirigeants chrétiens et musulmans de la République arabe syrienne qui l’ont visité au Liban. Le Hezbollah et ses alliés politiques au Liban, dont font partie la plupart des parlementaires chrétiens, ont aussi célébré le patriarche maronite, qui a ensuite fait une tournée au sud du Liban.


En raison de sa position sur le Hezbollah et son refus d’appuyer le renversement du régime syrien, le cheik Rahi fait maintenant l’objet d’attaques politiques de la part de l’Alliance du 14 mars, menée par Hariri. Ce dernier est en train de planifier une conférence des personnalités chrétiennes pour s’opposer à la position de l’Église maronite et du patriarche Rahi. Depuis que celui-ci a donné son opinion, le Parti Tahrir, actif à la fois en Syrie et au Liban, a également commencé à en faire la cible de critiques. On rapporte par ailleurs que des officiels étasuniens de haut rang ont annulé leurs rencontres avec le patriarche maronite en signe de mécontentement envers ses positions sur le Hezbollah et la Syrie.


L’Alliance du 14 mars menée par Hariri au Liban, laquelle a toujours été une minorité populaire (même lorsqu’elle constituait une majorité parlementaire), travaille de concert avec les États-Unis, Israël, l’Arabie Saoudite, la Jordanie ainsi que le groupe ayant recours à la violence et au terrorisme en Syrie. Les Frères musulmans et d’autres soi-disant groupes salafistes de Syrie ont tenu et organisé des pourparlers secrets avec Hariri et les partis politiques chrétiens au sein de l’Alliance du 14 mars. C’est pourquoi Hariri et ses alliés se sont attaqués au cardinal Rahi. C’est aussi Hariri et l’Alliance du 14 mars qui ont amené Fatah al-Islam au Liban et ont aidé certains de ses membres à s’enfuir et aller se battre en Syrie.


Des snipers inconnus ciblent des civils syriens et l’armée syrienne dans le but de créer le chaos et une lutte interne. Les communautés chrétiennes en Syrie sont elles aussi ciblées par des groupes inconnus. Les attaquants sont fort probablement une coalition de forces étasuniennes, françaises, jordaniennes, israéliennes, turques, saoudiennes, et khaliji (arabe du Golfe) travaillant avec des Syriens à l’intérieur du pays.


Washington, Tel-Aviv et Bruxelles planifient un exode des chrétiens du Moyen-Orient. On rapporte que le président Sarkozy a informé le cheik Rahi à Paris que les communautés chrétiennes du Moyen-Orient et du Levant pourront s’établir dans l’Union européenne. Cela n’est pas offert gracieusement. Il s’agit d’une gifle par les puissances mêmes qui ont délibérément créé les conditions visant à éradiquer les anciennes communautés chrétiennes du Moyen-Orient. Il semble que le but soit que les communautés chrétiennes s’établissent à l’extérieur de la région ou de délimiter des enclaves. Il est possible que ces deux hypothèses constituent des objectifs.


Ce projet vise à délimiter les pays arabes en pays exclusivement musulmans et est conforme à la fois au plan Yinon et aux objectifs étasuniens relatifs au contrôle de l’Eurasie. Il pourrait en résulter une grande guerre. Les Arabes chrétiens ont maintenant bien des choses en commun avec les Arabes qui sont des Noirs d’Afrique.


Nouvelle division de l’Afrique : le plan Yinon est en pleine marche


En ce qui concerne l’Afrique, Tel-Aviv cherche à la protéger car elle la voit comme une partie plus vaste de sa périphérie. Cette plus vaste ou soi-disant « nouvelle périphérie » est devenue le fondement géostratégique de Tel-Aviv après la révolution iranienne de 1979. Celle-ci a déformé et engendré l’effondrement de « l’ancienne périphérie » contre les Arabes, qui comprenait l’Iran, et dont les pays étaient les plus proches alliés d’Israël durant la période Pahlavi. Dans ce contexte, la nouvelle périphérie d’Israël a été conceptualisée en incluant des pays comme l’Éthiopie, l’Ouganda et le Kenya contre les États arabes et la République islamique d’Iran. C’est pourquoi Israël a été si profondément impliqué dans la balkanisation du Soudan.


Toujours dans le contexte des divisions confessionnelles au Moyen-Orient, les Israéliens ont esquissé des plans de reconfiguration de l’Afrique. Le plan Yinon cherche à délimiter l’Afrique sur la base de trois aspects : 1) l’origine ethnolinguistique, 2) la couleur de peau et enfin 3) la religion. Afin de protéger le domaine, il se trouve que l’Institute for Advanced Strategic and Political Studies (IASPS), une boîte de réflexion israélienne dont Perle faisait partie, faisait également pression en faveur de la création du Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), une division du Pentagone.


On tente actuellement d’anéantir le point de convergence d’une identité arabe et africaine. On cherche à tracer des lignes de division en Afrique entre une soi-disant Afrique noire et une Afrique du Nord prétendument « non noire ». Cela fait partie d’un projet visant à créer un schisme sur le continent entre ce qu’on l’on conçoit comme étant des « Arabes » et des « Noirs ».


Cet objectif explique pourquoi on a fait la promotion des ridicules identités du « Sud-Soudan africain » et du « Nord-Soudan arabe ». C’est également la raison pour laquelle les Libyens noirs ont été ciblés dans une campagne visant à « nettoyer » la Libye des gens « de couleur ». En Afrique du Nord, on détache l’identité arabe de son identité africaine. On tente simultanément d’éradiquer de vastes populations d’Arabes noirs afin qu’il existe une nette démarcation entre « l’Afrique noire » et une nouvelle Afrique du Nord « non noire », laquelle sera transformée en un champ de bataille entre ceux qui restent, les Berbères et les Arabes « non noirs ».


Toujours dans le contexte africain et dans le but de créer des points de rupture et des délimitations, des tensions sont fomentées entre les musulmans et les chrétiens dans des pays comme le Soudan et le Nigéria. En entretenant ces divisions sur la base de la couleur de la peau, de la religion, de l’ethnicité et du langage, on cherche à alimenter la dissociation et la désunion. Cela fait partie d’une stratégie africaine globale visant à séparer l’Afrique du Nord du reste du continent.


Préparation de l’échiquier du « choc des civilisations »


À ce stade-ci, on doit rassembler toutes les pièces et faire les liens entre les événements.


On prépare l’échiquier pour un « choc des civilisations » et l’on y place toutes les pièces du jeu. Le monde arabe est sur le point d’être encerclé et de nettes démarcations se tracent. Celles-ci remplacent les frontières invisibles entre les différents groupes ethnolinguistiques, religieux et basés sur la couleur de la peau.


Dans le cadre de ce plan, il ne peut plus y avoir de mélange entre les sociétés et les pays. C’est pourquoi les chrétiens du Moyen-Orient et de l’Afrique de Nord, comme les coptes, sont ciblés. Pour les mêmes raisons, les Arabes et Berbères noirs, au même titre que d’autres populations noires, font face à un génocide en Afrique du Nord.


Après l’Irak et l’Égypte, la Jamahiriya arabe libyenne et la République arabe syrienne représentent toutes deux des points importants pour la déstabilisation régionale respectivement en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est. Ce qui se passe en Libye aura des répercussions en Afrique, tout comme les événements en Syrie auront des conséquences en Asie du Sud-Est et ailleurs. Dans le cadre du plan Yinon, l’Irak et l’Égypte ont servi d’amorces à la déstabilisation de la Libye et de la Syrie.


On est en train de créer un « Moyen-Orient musulman », une zone exclusivement musulmane (excluant Israël), laquelle sera troublée par les luttes entre shiites et sunnites. Un scénario semblable est mis en œuvre pour créer une « Afrique du Nord non noire » qui sera caractérisée par une confrontation entre les dits Arabes et dits Berbères. En vertu du modèle du « choc des civilisations », on prévoit simultanément un conflit entre le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord d’un côté, et l’« Occident » et « l’Afrique noire » de l’autre.


C’est pour cette raison qu’au début du conflit en Libye, Nicolas Sarkozy en France et David Cameron en Grande-Bretagne ont déclaré l’un après l’autre que le multiculturalisme était mort dans leurs sociétés ouest-européennes respectives [9]. Le véritable multiculturalisme menace la légitimité du programme de guerre de l’OTAN. Il représente par ailleurs un obstacle à l’implantation du « choc des civilisations », qui constitue la pierre angulaire de la politique étrangère des États-Unis.


À cet égard, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la Sécurité nationale explique pourquoi le multiculturalisme est une menace pour Washington et ses alliés : « En devenant une société de plus en plus multiculturelle, il se peut que les États-Unis aient de la difficulté à créer un consensus sur les questions de politique étrangère [par exemple, relativement à une guerre contre le monde arabe, la Chine, l’Iran ou la Russie et l’ancienne Union soviétique], sauf si une grande partie de la population perçoit une menace extérieure directe de très grande envergure. Un tel consensus existait de manière générale tout au long de la Seconde Guerre mondiale et même durant la guerre froide [et il existe maintenant en raison de la "guerre mondiale au terrorisme"] [10]. » La phrase suivante de Brzezinski explique pourquoi les populations s’opposent aux guerres ou les appuient : « [Le consensus] était enraciné, toutefois, il ne l’était pas seulement dans des valeurs démocratiques profondément partagées et que le public voyait menacées, mais aussi dans des affinités culturelles et ethniques avec les victimes, principalement européennes, de totalitarismes hostiles [11] ».


Au risque d’être redondant, il faut mentionner une fois de plus que les chrétiens et les Noirs sont ciblés précisément dans le but de briser ces affinités culturelles entre, d’une part, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et le monde soi-disant « occidental », et, d’autre part l’Afrique subsaharienne.


Ethnocentrisme et idéologie : justifier les « guerres justes » d’aujourd’hui


Autrefois, les puissances coloniales de l’Europe de l’Ouest endoctrinaient leurs peuples. Leur objectif était d’acquérir un appui populaire pour les guerres de conquête. Pour ce faire, on prônait l’expansion et la promotion du christianisme et des valeurs chrétiennes avec le soutien des marchands armés et des armées coloniales.


Au même moment, on mettait de l’avant des idéologies racistes. Les peuples des pays colonisés étaient dépeints comme des « sous-humains », des inférieurs ou des personnes sans âmes. Finalement, on a utilisé l’argument de « l’épreuve de l’homme blanc », dont la mission consistait à civiliser les peuples du monde prétendument « non civilisés ». Ce cadre idéologique cohésif a été utilisé pour présenter le colonialisme comme une « cause juste ». Cette dernière a été employée à son tour pour conférer une légitimité aux « guerres justes », afin de conquérir et de « civiliser » des terres étrangères.


Aujourd’hui, les desseins impérialistes des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne n’ont pas changé. Ce qui a changé c’est le prétexte et la justification des guerres de conquête néocoloniales. Durant la période coloniale, les discours et les justifications en faveur de la guerre étaient acceptés par l’opinion publique dans les pays colonisateurs comme la France et la Grande-Bretagne. Aujourd’hui, les « guerres justes » et les « causes justes » sont menées sous les bannières des droits des femmes, des droits humains, de l’humanitarisme et de la démocratie.


Article original en anglais : Preparing the Chessboard for the « Clash of Civilizations »: Divide, Conquer and Rule the « New Middle East »

 

Traduction Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

 

Notes

[1] Richard Perle et al., A Clean Break: A New Strategy for Securing the Realm (Washington, D.C. and Tel Aviv: Institute for Advanced Strategic and Political Studies), 1996.
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] Ibid.
[5] Barak Ravid, "Israeli diplomats told to take offensive in PR war against Iran," Haaretz, June 1, 2009.
[6] Perle et al., Clean Break, op. cit.
[7] Aluf Benn, "Sharon says U.S. should also disarm Iran, Libya and Syria," Haaretz, September 30, 2009.
[8] Richard Perle et al., Clean Break, op. cit.
[9] Robert Marquand, "Why Europe is turning away from multiculturalism," Christian Science Monitor, March 4, 2011.
[10] Zbigniew Brzezinski, The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives (New York: Basic Books October 1997), p.211.
[11] Ibid.

 

 

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