Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : Villiers sur Orge- La Vie en Blog
  • : Economie, social, environnement, éducation, santé, sciences et techniques, vie dans la cité...Et leurs prolongements politiques, tout peut être sujet d'échanges pour le commun des mortels...Un seul objectif, le dépassement du présent.
  • Contact

Recherche

27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 16:10

 

On se souvient de cette image : seul devant les caméras du monde entier, Nicolas Sarkozy annonce une opération militaire en Libye. Elle est d’inspiration française. Le président tient enfin ce qui lui manquait, ce rôle de chef militaire, qui, croit-il, le fait entrer dans l’histoire parce que provoquant un consensus au sein de son opinion publique. De fait, à un an d’une élection présidentielle plutôt mal engagée pour lui – en tout cas jusqu’à la chute de Dominique Strauss-Kahn - il comptait sur 2011 pour asseoir sa dimension internationale, servi par une double présidence du G8 et du G20. Le calcul n’était pas faux. Le Parti socialiste, qui avait attaqué les atermoiements de Nicolas Sarkozy et même son soutien aux régimes en place lors de la chute de Zine El Abidine Ben Ali (le PS feignant d’oublier que le parti de Ben Ali était membre de l’Internationale socialiste) et Hosni Moubarak, a immédiatement approuvé l’engagement militaire français en Libye. « On ne salue pas avec enthousiasme le fait qu'on soit entrés en guerre » mais "c'est une décision grave qu'il fallait prendre », expliquait Benoît Hamon, rappelant que le PS avait soutenu l'idée d'une zone d'exclusion aérienne en Libye. « Je me réjouis de la célérité et de la détermination des autorités françaises appuyées par la communauté internationale », confiait Jack Lang, ancien ministre de François Mitterrand, n'hésitant pas à saluer « un moment historique ». Il est vrai que l’un des hérauts de cette guerre n’est autre que Bernard-Henri Lévy, « philosophe » qui se veut « conscience de la gauche » ! Après son soutien à l’islamiste commandant Massoud en Afghanistan, il s’était empressé de prendre place dans un char israélien nettoyant la bande de Gaza. Qu’il se soit retrouvé à Benghazi n’a, dans ce cadre, rien d’étonnant.

« Des peuples arabes ont choisi de se libérer de la servitude dans laquelle ils se sentaient depuis trop longtemps enfermés », déclarait Nicolas Sarkozy à l'issue du sommet international sur la Libye qu'il avait convoqué à Paris. « L'avenir de ces peuples arabes leur appartient. Au milieu des difficultés et des épreuves de toutes sortes qu'ils ont à affronter, ces peuples arabes ont besoin de notre aide et de notre soutien », précisait-il. Une belle âme désintéressée donc. Et pour mieux faire avaler la couleuvre guerrière, le scénario proposé est toujours le même. En 1999, lors de l’intervention au Kosovo il avait déjà été utilisé : les massacres de populations civiles seraient tels que la seule option, dans un premier temps, est la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne avec son corollaire, les bombardements aériens pour protéger les civils. Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Au Kosovo comme en Libye. Mais en Libye, comme au Kosovo auparavant, on s’est vite aperçu que les massacres à grande échelle dont on nous parlait relevaient plus de la propagande que de la réalité sur le terrain. Les milliers de morts de Bengahzi se chiffraient en réalité à 250. Déjà trop, mais on n’est plus dans une stratégie de destruction massive des populations. Il fallait un prétexte d’intervention sans provoquer le moindre débat sur les finalités politiques. La « raison humanitaire » se suffisait à elle-même. Les opposants à une telle guerre devenaient des monstres sans cœur. Pis, des alliés de Kadhafi ! Un Kadhafi dont l’élimination pure et simple n’est même plus dissimulée par les Occidentaux et l’Otan.

Quelques mois auparavant, pourtant, le même Nicolas Sarkozy ne trouvait rien à redire en accueillant en grande pompe, le colonel Mouammar Kadhafi, guide de la révolution libyenne. Longtemps paria de la communauté internationale, celui-ci redevenait persona grata. La Libye, ce n’est pas que du sable. On y trouve du pétrole, beaucoup de pétrole, et du gaz. Avec une telle dot, on est rarement difficile quant à la personnalité du marié. Mais ce n’était pas tout. Avec ces multiples frontières (Tunisie, Algérie, Niger, Tchad, Soudan, Egypte), la Libye est l’une des principales portes d’entrée en Europe pour les centaines de migrants notamment de l’Afrique subsaharienne. Tripoli devait devenir le garde-côte de l’Union européenne, en verrouillant cette voie.

C’est peut-être à la fin novembre que le sort de Kadhafi a été scellé. Lors d’un sommet à Tripoli réunissant dirigeants européens et africains, il a réclamé cinq milliards d’euros pour sécuriser ses 5000 kilomètres de frontières et juguler ainsi la migration vers l’Europe. Une demande déjà exprimée au mois d’août lors d’une visite à Rome. Mais l’Union européenne avait jugé que 50 millions sur deux ans étaient largement suffisant. Trois mois plus tard, en février, l’Europe emmenée par Sarkozy soutenait la rébellion qui venait d’éclater à Benghazi. Une aubaine pour tenter de trouver de nouveaux « garde-côtes » qui seront d’autant moins exigeant financièrement qu’ils devront leur place au soutien des Européens, politiquement et militairement.

Ces mêmes dirigeants de la rébellion ne sont pourtant pas des inconnus. La plupart ont siégé avec Kadhafi. C’est le cas du numéro 1, Moustafa Abdeljalil, ancien ministre de la justice, qui avait refusé de commuer la peine de mort prononcée contre les infirmières bulgares. C’est le cas de Mahmoud Jibril, « premier ministre », nommé par Kadhafi à la tête du Bureau national pour le développement économique (NEDB), où il a initié une politique de privatisation et de libéralisation. Nul doute qu’avec lui, les intérêts occidentaux seront en de bonnes mains.

Se profile maintenant, avec les difficultés persistantes sur le terrain militaire, le spectre de la partition de la Libye, le but étant de permettre à la rébellion la maîtrise des zones gazières et pétrolifères, c’est à dire essentiellement l’Est (la Cyrénaïque) et une partie du sud de la Libye. Les véritables objectifs de cette guerre apparaissent ainsi aux yeux de tous.

                     Article paru dans le mensuel Le Réveil des combattants Juin 2011                                                                                       

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 14:12

De retour d'une mission d'étude en Tunisie, en Egypte et en Libye, Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R), ancien du renseignement livre une lecture nuancée des événements du début d'année. Sans nier les aspirations des populations, il relativise l'ampleur du changement des équipes dirigeantes. Un prélude à de grandes déceptions.


Quelle lecture faites-vous du « printemps arabe » ?


Il y a dans ces pays une réelle aspiration à plus de liberté, mais pas nécessairement à plus de démocratie. Par ailleurs, je ne crois pas à la spontanéité de ces « révolutions », qui étaient en préparation depuis plusieurs années. Dès 2007-2008, des conférences organisées sous l'égide d'ONG américaines, comme Freedom House, l'International Republican Institute ou Canvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont instillé le germe de la démocratie, créant un contexte favorable aux révolutions. Le processus était le même que celui qui a précédé le démantèlement de l'URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie.

 

Mais pourquoi ont-elles éclaté en 2011 ?


Des contestations populaires ou étudiantes dans les pays arabes se produisent régulièrement, mais elles sont à chaque fois réprimées par l'armée et la police. Pour la première fois, l'armée s'est désolidarisée de la police, en refusant de réprimer les soulèvements en Tunisie comme en Égypte, et les mouvements ont été observés par la presse internationale. Mais surtout, dans la semaine précédant les événements, les plus hauts représentants des armées de Tunisie comme d'Égypte se sont rendus à Washington, qui assure l'essentiel du financement de l'armée, pour obtenir le feu vert des États-Unis à un renversement des dirigeants. Ils ne supportaient plus la prédation des clans au pouvoir.

 

Ces révoltes seraient donc des coups d'État militaires prenant le visage de mouvements démocratiques spontanés ? Les manifestants de la place Tahrir n'avaient pourtant pas l'air manipulés ?


En êtes-vous si sûre ? Il est tout de même étonnant que dans ce pays où existent un militantisme islamiste et un net sentiment anti-israélien, aucun slogan anti-israélien ne soit apparu pendant les manifestations. C'est bien l'indice d'une « révolution » sérieusement encadrée. Quant à la « nouvelle équipe » au Caire, elle comprend le chef d'état-major de l'armée ainsi que l'ancien chef du service des renseignements, et s'est immédiatement engagée à respecter les accords internationaux signés, notamment les accords de Camp David auxquels est hostile une large partie de la population.

 

Et en Tunisie ?


Le ras-le-bol face face à l'avidité du clan Trabelsi était profond et touchait l'ensemble de la population confrontée à des difficultés économiques croissantes jusqu'aux entrepreneurs, dont beaucoup devaient « céder » des parts entières de leur business pour ne pas être inquiétés. C'est pour cela que des manifestations se sont produites dans toutes les villes du pays. La révolte y a été plus populaire et plus profonde qu'en Égypte, où les événements se sont, pour l'essentiel, limités à la place Tahrir. Mais comme au Caire, le nouveau gouvernement de Tunis comprend en majorité des collaborateurs de l'ex-président Ben Ali. Dans les deux cas, tout s'est passé comme si les jeunes générations avaient décidé de « faire sauter le bouchon » qui empêchait leur accès au pouvoir, sans changer fondamentalement le système ou le régime. L'imminence d'un coup d'État militaire était évoquée depuis dix-huit mois en Tunisie. Aussi n'est-il pas approprié de parler de « révolution ». L'Iran, en 1979, et l'URSS, en 1991, ont connu de vraies révolutions. Tout y a changé : les hommes, les institutions, les rapports internes, les relations internationales, etc.

Rien de tel dans les événements récents. Il s'agit d'un renouvellement des classes dirigeantes qui ont, avec l'accord de Washington, organisé des coups d'État « en douceur », en profitant d'une vague de contestation populaire qu'elles ont intelligemment exploitée. Ainsi, leur arrivée aux affaires bénéficie extérieurement d'une grande légitimité et donne le sentiment d'une rupture profonde avec le régime précédent. La situation est en réalité bien différente. D'ailleurs, pour Washington, c'est un « changement dans la continuité » modifiant peu l'équilibre régional, ce qui est étonnant pour des révolutions. Washington encourage et appuie les armées d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu'elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c'est-à-dire qu'elles n'occupent pas le pouvoir - sauf cas de force majeure - mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l'islamisme, qu'elles contribuent à la stabilité régionale et qu'elles ne manifestent pas d'hostilité réelle à l'égard d'Israël.

 

Comment lisez-vous la situation actuelle ?


Beaucoup de problèmes risquent de surgir : dans les deux pays, un fossé inédit est apparu entre l'armée, qui sort grandie des événements, et la police, qui a longtemps assumé la répression des manifestants. Les forces de l'ordre - surtout en Tunisie - en sont sorties profondément désorganisées. On pourrait voir une recrudescence de la criminalité nuisant à l'équilibre intérieur. Enfin, très vite, une partie de la population va réaliser qu'elle a été flouée. D'où de possibles chocs en retour et une reprise des émeutes. Nous en voyons peut-être déjà quelques signes avant-coureurs à travers les manifestations populaires qui semblent reprendre ici et là. Enfin, les islamistes se sont pour l'instant montrés plutôt discrets. Mais jusqu'à quand ?

 

Propos recueillis par Valérie Segond - 01/06/2011

Partager cet article
Repost0