Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : Villiers sur Orge- La Vie en Blog
  • : Economie, social, environnement, éducation, santé, sciences et techniques, vie dans la cité...Et leurs prolongements politiques, tout peut être sujet d'échanges pour le commun des mortels...Un seul objectif, le dépassement du présent.
  • Contact

Recherche

18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 17:08

Cet article fait suite à :

Gilets jaunes » :Le gaullo-communisme contre-attaque ?

De Gaël Brustier repris sur comité valmy

Un « gilet jaune » évolue dans cet univers-là. Inconsciemment, il est fils de De Gaulle, Thorez et Croizat. Il ne veut plus payer plus pour recevoir moins –moins par individualisme que par frustration quant à l’égalité mythifiée par nos républiques.

Le sens commun d’une société est le produit d’une accumulation d’éléments divers, parfois contradictoires, intégrés à celui-ci au fil des décennies. Les évidences en vigueur changent progressivement. On ne fait pas muter la vision du monde dominant une société comme on fait du café instantané.

Les ronds-points sont marqués, comme le reste du pays, par la sédimentation d’éléments idéologiques successifs dont, nous le savons, celui des années 1980. Mais est-ce tout ? Assurément en révolte contre le code des impôts, ce mouvement est-il simplement anti-fiscaliste, à l’image de ce que furent les mouvements animés par des groupes conservateurs dans l’Amérique pré-Reagan des années 1970 ? C’est douteux. Rappelons déjà que le gouvernement de la Libération, gaullo-communiste, a été précédé en France –avant même le débarquement du 6 juin 1944– d’un important et massif mouvement de défection fiscale du peuple français, dont le régime de Pétain et Laval aurait eu des difficultés à venir à bout.

Les « gilets jaunes » sont-ils les agents d’un gaullo-communisme revigoré par la rébellion contre la fiscalité écologique ? À l’évidence, le peuple des ronds-points n’est ni gaulliste, ni communiste, mais certainement marqué par l’héritage gaullo-communiste. Les différents reculs des services publics dans les zones rurales sont si durement vécus qu’ils motivent un début de mouvement réfractaire à l’impôt. En gros, ce qui ressort des propos collectés –certes imparfaitement– des « gilets jaunes » et apparentés, c’est qu’il n’est plus légitime de « payer plus d’impôts pour moins de services publics ». Cela donne un indice partiel d’une des motivations des « gilets jaunes » : la désillusion par rapport à des fondamentaux remontant à 1945 ou 1958, qui postulaient l’extension des services publics et l’application scrupuleuse du principe d’égalité.

La société française est parcourue par des influences sédimentées au fil du temps dans son inconscient. Le gaullo-communisme en fait partie, mais partie seulement.

Évidemment, cette influence gaullo-communiste, cette foi en l’idée de la Sécurité sociale, l’idéalisation d’EDF ou de la SNCF d’antan, et bien d’autres éléments, cohabitent avec d’autres éléments, comme les évidences assénées au cours des années 1980 sur la responsabilité de l’individu, la défiance envers l’État et la glorification de l’entreprise.

Trop d’État, plus d’État, mieux d’État, moins d’État, le peuple des ronds-points, privé de toute direction politique, hésite. La société française est parcourue par des influences sédimentées au fil du temps dans son inconscient. Le gaullo-communisme en fait partie, mais partie seulement. Les trente années passées l’ont assurément émoussé, mais il fait partie des éléments composant la vision du monde des Français et Françaises. Thorez et De Gaulle rejoignent alors Bernard Tapie, Jacques Attali et Jacques Delors dans la potion idéologique nourrissant espoirs comme frustrations.

De la réalité à l’ennemi orwellien

Le gaullo-communisme tire son existence d’un accord politique bien réel entre forces gaullistes et communistes au sein de la Résistance, à partir de 1943. Ces forces, inspirées par le Conseil national de la résistance, ont appliqué un programme politique touchant aux domaines économiques et sociaux de 1943 à 1946. Nous en héritons, notamment, la Sécurité sociale.

Plus tard, le gaullo-communisme a été réifié aux besoins d’une démarche politique autre, dont le polémiste Éric Brunet est le représentant actuel le plus connu, visant à déconstruire les piliers politiques, économiques et sociaux hérités de la période 1944-1946. Dans cette perspective, évidemment, les taches maculant la geste gaullienne ou l’exhumation des crimes staliniens sont plus qu’utiles aux fins d’un projet politique dévolu à la conversion radicale de la France au capitalisme globalisé.

Le gaullo-communisme comme fait historique est à relativiser, sa réification et son instrumentalisation aux fins d’un projet politique authentiquement néolibéral est en revanche à considérer comme l’un des pions du grand jeu de la guerre culturelle qui se livre des ronds-points du pays aux cercles germanopratins et plateaux bavards en continu.

Les « gilets jaunes » ne sont pas moins que le reste du peuple français imprégnés de ce projet gaullo-communiste ; ils l’intègrent à leur idéologie propre. Oui, les « gilets jaunes » sont aussi les enfants de De Gaulle et Thorez.

 



 

Partager cet article
Repost0
18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 16:55

par Gaël Brustier

lundi 18 février 2019,repris sur Comité Valmy

 

Gilets jaunes » :Le gaullo-communisme contre-attaque ?

Hantise des élites politiques et économiques depuis des décennies, le gaullo-communisme,liquidé sommairement depuis trente ans, serait-il revenu sur le devant de la scène ?

Le gaullo-communisme est de retour, et il n’est pas content. C’est probablement ainsi que certains membres des élites du pouvoir les plus idéologisés vivent la crise des ronds-points.

Le courant politique, dont on devra un jour dire une bonne fois pour toutes s’il fut fantasmé ou réel, revient effectivement frapper à la porte de celles et de ceux qui pensaient l’avoir enterré définitivement, avec la liquidation du gaullisme politique et l’effondrement du communisme.

Selon Emmanuel Todd, promoteur du concept d’« idéologie zombie », celle-ci essayerait actuellement –comme dans un film d’horreur– de forcer opiniâtrement les portes du pouvoir, malgré flashballs, individus parasitaires et éditorialistes aux jugements expéditifs.

Le gaullo-communisme serait né pendant la Seconde Guerre mondiale du contact opéré entre le représentant du Parti communiste français, Fernand Grenier, futur député de Saint-Denis, et les autorités gaullistes de Londres. Icône de la Résistance gaulliste, Jean Moulin lui-même a parfois été taxé de sympathies communistes, voire d’adhésion au communisme soviétique.

Surtout, la géopolitique joue un rôle déterminant. C’est le renoncement de Staline à instaurer un régime communiste à Paris qui aurait été le moment-clé de la mise au monde du gaullo-communisme, compromis politique et programmatique entre les deux piliers de la Résistance. L’année 1945 serait ainsi l’an I de cette idéologie qui aurait imprégné le pays à travers l’instauration d’institutions fixant les contours d’un État-providence « à la française ».

Combattu par Brunet, et par Balladur avant lui

Quelque soixante-dix ans plus tard, en avril 2017, c’est au gaullo-communisme que s’en prenait l’animateur radio Éric Brunet dans La Revue des deux mondes. Reconstruisant l’histoire des dernières décennies sous forme de train fantôme, il conclut son article –évidemment plus qu’hostile– par cette sentence : « En ne dynamitant pas le logiciel gaullo-communiste, en n’imposant pas à la France le logiciel naturel de toutes les droites européennes, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ont laissé la gauche transformer le pays en une grande nurserie administrée, où des syndicats peu représentatifs empêchent l’économie française de se déployer librement. »

Le dextrisme des trente dernières années se caractérise par le fait qu’à droite, on postule l’idée que l’on a été jusqu’à présent imparfaitement ou pas assez à droite. À l’appui de sa démonstration visant à la promotion d’une hypothétique « normalisation » de la France, Brunet vante les mérites politiques de Margaret Thatcher, Gerhard Schröder, David Cameron, George Osborne ou Matteo Renzi –la litanie habituelle des expériences supposément couronnées de succès.

Ce qu’écrit Eric Brunet est significatif, et l’on retrouve au bout de sa logique une véritable croisade contre le gaullo-communisme ou l’héritage du Conseil national de la Résistance engagée par quelques personnalités de la droite classique française, au premier rang desquelles figure Édouard Balladur, tête pensante du RPR des années 1980 et Premier ministre de 1993 à 1995.

Dans Le pouvoir ne se partage pas, ce dernier écrit que l’enjeu est de combattre « les effets ravageurs d’un catéchisme appliqué durant un demi-siècle, composé d’alluvions divers : Front populaire, économie de guerre, idéologie du Conseil national de la Résistance, domination intellectuelle de la gauche » –on ne saurait être plus explicite. Sa campagne de 1995 contre Jacques Chirac et Lionel Jospin, orchestrée par Nicolas Sarkozy, est le moment de réalisation de cet objectif tant politique que métapolitique. Las, Édouard Balladur est éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle.

La droite devra attendre les années 1980, et surtout 1990, pour mettre en place une lente mais efficace politique de déconstruction de l’édifice gaullo-communiste.

Brunet, qui croit dur comme fer que la France est un pays communiste, n’est donc pas le seul à être entré en guerre contre le gaullo-communisme. De façon plus surprenante –encore que–, il est également rejoint par Daniel Cohn-Bendit, qui en 2005, en plein débat référendaire sur la Constitution européenne, dénonçait la « République gaullo-communiste ».

Il faut dire qu’un courant intellectuel et politique bien ancré dans le monde germanopratin communie également dans le rejet de l’héritage gaullo-communiste, des fondamentaux de 1944-1945. On parle ici de la France des Francs-tireurs et partisans puis des Forces françaises de l’intérieur, des réalisations de Marcel Paul et d’ Ambroise Croizat, des comités d’entreprises forgés par René Capitant et de la Sécurité sociale, qu’une partie de la société française abhorre en silence.

Pour quelques décennies, la droite ne va oser se dire et s’assumer de droite. Comme en Italie, elle devra attendre les années 1980, et surtout 1990, pour mettre en place une lente mais efficace politique de déconstruction de l’édifice gaullo-communiste, pour s’assumer, s’afficher, diriger et gouverner.

Le gaullo-communisme donne le loisir à des essayistes comme Éric Brunet de nourrir leur production d’une collection feuilletonisée de reproches composant un apparent réquisitoire contre une France qui n’a eu pour seul tort que de ne pas adhérer au Comité ouvrier de secours immédiat et à la Charte du travail et d’adhérer à un projet qui, avant-guerre, était moins communiste que lié aux travaux des élites techniciennes naissantes au sein des milieux proches, souvent, du Front Populaire.

Matrice dominante de la société française

Le gaullo-communisme, c’est donc, dès 1945, la matrice qui fait –apparent– consensus au sein des élites du pouvoir pour diriger la société française, et au sein de cette dernière comme idéologie dominante.

Tout le monde ne parle alors que de « socialisme ». Charles Pasqua, jeune gaulliste, futur droitier réputé du RPR, adhère à l’ Union démocratique et socialiste de la Résistance, qui se proclame « socialiste ».

Cette domination du gaullo-communisme nourrit au moins la vision d’un certain nombre de personnalités, d’intellectuels, de repentis ou proscrits de Vichy, de grands patrons, qui souhaitent d’abord mettre à bat une domination embarrassante que l’État ne doit alors pas au Front Populaire, pourtant honni, mais bien à l’alliance très politique entre De Gaulle et Thorez, à la main tendue d’anciens du Parti social français ou d’organisations nationalistes aux camarades de Jacques Duclos et de Fernand Grenier.

De surcroît, cette alliance gaullo-communiste semble lier PCF et Rassemblement du peuple français / Républicains sociaux / Union pour la nouvelle République (etc.) par une forme de pacte tacite, dont les conversations entre le jeune secrétaire d’État Chirac et le déjà rodé responsable de la CGT Henri Krasucki en mai 1968 seront le point d’orgue.

Jamais, si l’on y regarde bien, la confrontation entre gaullistes et communistes n’ira trop loin. Jamais la rupture ne sera, finalement, irrémédiable –au point que même Fidel Castro fera la leçon aux ludions de Mai 68 l’été suivant.

Les réalisations des gouvernements de la Libération ont durablement marqué la France. La Sécurité sociale, notamment, est évidemment le fruit d’un accord entre le Général de Gaulle et les communistes, mais c’est aussi le cas d’autres nationalisations, comme celle de l’électricité.

Le gaullo-communisme ne saurait être mieux défini que par ce que fut la vie quotidienne en France dans les années 1960.

Bien d’autres réalisations ont non seulement contribué à la relance productive de l’économie française, mais également affermi l’unité de la société française, soumise –soulignons-le– aux privations et aux rationnement en même temps qu’aux injonctions à l’effort et à la productivité, Thorez n’étant alors pas le dernier à asséner au peuple français des leçons relatives au travail et à la production : « Produire, produire, produire ! ». C’est effectivement le fort encadrement de l’économie par l’État qui dérange les milieux d’affaires et les officines anticommunistes les plus idéologiques de l’Hexagone.

Le gaullo-communisme ne saurait être mieux défini que par ce que fut la vie quotidienne en France dans les années 1960. Éric Brunet, Édouard Balladur, Daniel Cohn-Bendit tiennent leur adversaire transformé en diable : il s’agit donc de l’abattre.

 

Gilets jaunes » :Le gaullo-communisme contre-attaque ?

Partager cet article
Repost0
23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 14:39

Par Gearoid O’Colmain

 

Le journaliste irlandais Gearoid O’Colmain s’est rendu place de la République à Paris pour y voir le mouvement « Nuit Debout ». À sa grande déception, ce que l’on présente comme une prise de parole citoyenne n’était qu’un rassemblement gauchiste. Ici, loin de voir dans le capitalisme « le stade suprême de l’impérialisme », on déplore les mensonges d’un grand patron, mais on ignore la financiarisation de l’économie et l’on célèbre les coups d’État maquillés du « printemps arabe ».

Réseau Voltaire | Paris (France) | 21 avril 2016

 

Dans son roman Voyage au Bout de la Nuit, Louis-Ferdinand Céline décrivait de manière provocante les soldats qui sont morts durant la Première Guerre mondiale comme des « idiots ». L’écrivain français faisait référence au fait que ces soldats avaient donné leur vie pour une cause qui n’était pas la leur — le massacre futile des pauvres pour le bénéfice des riches. Au long des nombreuses et pertinentes réflexions du livre sur la condition humaine, Céline note combien, dans la modernité, la rue en est venue à constituer le lieu des rêves. « Que fait-on dans la rue, le plus souvent ? On rêve. C’est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c’est notre sanctuaire moderne, la rue ».

 

Depuis que le gouvernement français a récemment introduit une législation réformant le droit du travail, un nouveau mouvement social « spontané » et sans leadership a pris racine à travers les villes de France — le mouvement Nuit Debout. Comme le suggère son titre, ce mouvement social se déroule pendant la nuit, et l’un de ses slogans est « Rêve Général ! » — un jeu de mots sur le terme « grève générale ». Donc, plutôt que d’appeler à une grève générale afin d’amener le gouvernement à genoux, les activistes appellent à rêver dans les rues !

 

Le mouvement a pris son envol après la sortie le 23 février du film du journaliste François Ruffin Merci Patron !, un film qui critique la ploutocratie française.

 

Bien que le film fasse la critique de l’avarice du capitalisme contemporain, il ne traite pas de la relation entre le capitalisme monopolistique, les guerres étrangères de conquête au service de l’accumulation de capital, la lutte des classes et la désinformation médiatique massive.

 

Le film de Ruffin n’expose pas non plus la complicité de toutes les officines médiatiques françaises dans des crimes de guerre et de génocide au Moyen-Orient et à travers l’Afrique, par la dissémination de mensonges et de désinformation sur le rôle de l’impérialisme occidental dans ces conflits. Il n’y a pas d’évocation du fait que la raison pour laquelle le président de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo s’était fait kidnapper par les forces spéciales françaises en 2010 — son pays bombardé et son image démolie — tenait au fait qu’il avait défié le puissant Club de Paris, le cercle de banquiers français qui contrôlent l’argent de la néo-colonie africaine ; Gbagbo avait proposé que la Côte d’Ivoire imprime son propre argent — un geste courageux qui aurait permis à ce pays riche en ressources de construire sa propre base industrielle, indépendamment d’intérêts coloniaux.

 

Malgré le fait qu’il se trouve un stand sur la Place de la République affirmant exposer le rôle nuisible de la politique française en Afrique, il n’y a pas de réelles informations sur ce qu’est ce rôle, et aucun des intellectuels pan-africanistes ayant écrit sur le sujet n’a été invité à s’exprimer et à vendre ses livres. Le mouvement Nuit Debout est majoritairement blanc, et de la classe moyenne.

 

Le film de Ruffin échoue également à démontrer comment les patrons français des industries céréalières ont fricoté avec le terrorisme contre le peuple de Libye quand ils ont secrètement rencontré des traîtres libyens à Paris en novembre 2010, afin d’organiser le bombardement et la destruction du pays le plus riche et le plus démocratique d’Afrique.

 

La classe dirigeante française n’est pas seulement coupable de la destruction de siècles d’acquis sociaux des travailleurs français, ils sont complices de génocide et de crimes contre l’humanité. Alors pourquoi Ruffin n’en parle-t-il pas ?

 

Ruffin écrit pour des publications "gauchistes" qui ont soutenu les "rebelles" appuyés par l’Otan en Libye — des rebelles qui étaient en réalité des terroristes d’al-Qaïda au service de l’Otan. En 2011, le mensuel « de gauche » Le Monde diplomatique a publié un article sur la Libye affirmant qu’il n’y avait aucun doute sur la « brutalité du régime », en dépit du fait que tous les crimes imputés au colonel Kadhafi aient été perpétrés par les « rebelles » takfiristes.

 

Ruffin et les publications malhonnêtes pour lesquelles il écrit sont tous complices du génocide commis par l’Otan contre les peuples des états de l’Hémisphère Sud, du Moyen-Orient et de l’Afrique à l’Amérique latine.

 

Non, aucune de ces réalités inconfortables n’est décrite dans l’anti-capitalisme de Ruffin. En lieu et place, nous avons des slogans d’extrême gauche, de l’ironie de petit bourgeois et l’occupation écervelée d’une place publique par des jeunes, qui n’ont ni l’éducation ni l’expérience nécessaires pour comprendre les raisons structurelles et les implications profondes de la réforme du travail qu’ils affirment rejeter.

 

Le mouvement Nuit Debout n’est assurément pas spontané, il ne vient pas non plus de la base et n’est pas sans leadership, ainsi que le prétendent tellement d’observateurs.

Au contraire, il est le résultat de décennies d’analyse politique attentive de la part d’idéologues impériaux étasuniens. Depuis la dissolution non-démocratique de l’URSS en 1991, les États-Unis ont perfectionné une technique de changement de régime communément dénommée comme celle des « révolutions colorées ». La stratégie comprend la cooptation de slogans et de symboles gauchistes pour servir un programme de droite. Lénine et le parti bolchévique avaient plusieurs fois dénoncé Léon Trotsky pour l’utilisation de cette technique contre-révolutionnaire avant comme après la Révolution d’Octobre. C’est désormais devenu l’outil standard de la politique étrangère US.

 

La manipulation de la naïveté et de la rébellion de la jeunesse dans le but de renverser un gouvernement hostile aux intérêts US, ou la création d’un mouvement d’opposition « de gauche » dans les pays impérialistes conçu pour étouffer toute opposition réelle - c’est une stratégie que tout aspirant activiste a besoin d’étudier s’il espère s’engager dans des mouvements capables de réel changement social, politique et économique.

 

Le mouvement Nuit Debout est dirigé par des petits-bourgeois-Bohème qui ne comprennent pas ou peu le capitalisme contemporain. Le mouvement est organisé selon les mêmes principes que les révoltions colorées appuyées par les USA en Europe de l’Est et pendant le « Printemps arabe » — des slogans vides de sens, des jeux de mots stupides et un infantilisme politique. Bien que nous ne puissions pas encore le prouver, l’usage du poing fermé comme logo du mouvement couplé à celui de slogans débiles rappelle très fortement les stratégies et tactiques de CANVAS, le Center for Applied Non-Violent Actions and Strategies [Centre pour les Actions et Stratégies Non-Violentes Appliquées, NdT], une organisation de formation de la jeunesse proche de la CIA.

 

La classe dirigeante française a de toute évidence passé plus de temps à lire Marx que leurs prétendus adversaires. Car les alliés objectifs du capitalisme monopolistique en Europe aujourd’hui sont les gens comme François Ruffin et l’autre idéologue éminent de la bourgeoisie gauchiste dans ce mouvement, Frédéric Lordon — qui tous les deux camouflent la nature réactionnaire de leur pseudo-anticapitalisme ou, pour être plus précis, leur « anti-néolibéralisme », avec un mélange de sémantique alambiquée, d’attitude pseudo-intellectuelle et de slogans d’extrême gauche.

 

Il y a des milliers d’authentiques organisations issues de la base populaire en France, et ils obtiennent une grande part de leurs informations de médias indépendants comme Meta TV, le Cercle des Volontaires, le Réseau Voltaire et beaucoup d’autres. Une réelle analyse du capitalisme est fournie par des organisations communistes telles que l’OCF et l’URCF. Une critique bourgeoise cohérente de l’impérialisme français et européen est fournie par le parti politique UPR.

 

Les activistes de Nuit Debout parlent d’une « convergence des luttes » alors que des journalistes et des activistes provenant de ces organisations véritablement issues du peuple ont été escortés sous la contrainte hors de la Place de la République et dénoncés comme étant des « fascistes ». Les Antifas sont une organisation qui prétend combattre le fascisme mais passe le plus clair de son temps à attaquer tous les activistes authentiquement anti-impérialistes en souillant leur nom avec l’étiquette « fasciste ».

 

Les Antifas ont encore été actifs dans le mouvement Nuit Debout où de réels anti-impérialistes français tels que Sylvain Baron ont été forcés de quitter la Place.

 

L’auteur de ces lignes avait souligné à plusieurs reprises en 2011 que l’échec de la gauche à comprendre l’idéologie réactionnaire du « Printemps arabe », et le rôle des agences US dans son organisation et son exécution auraient de graves conséquences pour la politique progressiste. Dorénavant, des techniques similaires sont employées à travers le monde afin de criminaliser la vraie opposition anti-capitaliste et créer les conditions d’une dictature militaire. Les alliés objectifs de cette stratégie sont des anti-capitalistes petits-bourgeois comme François Ruffin et Frédéric Lordon ; ce sont des intellectuels putatifs et fantasmagoriques qui brillent dans les rues du monde onirique nocturne et métropolitain si éloquemment dépeint par Céline.

 

La représentation des guerres d’agression étrangères de l’impérialisme en tant que « révolutions » et « interventions humanitaires », mariée à la défense puérile de concepts vaseux comme « l’Europe sociale » — c’est là le rôle néfaste joué par ces « révolutionnaires » post-modernes, qui sont l’avant-garde de l’impérialisme réactionnaire. Une maladie quand l’auteur de ces lignes l’avait dénoncée en 2011, le pseudo-gauchisme a muté en une sérieuse pandémie planétaire. Si cette forme de gauchisme n’existait pas, l’impérialisme aurait été contraint de l’inventer. Le mouvement Nuit Debout s’étend maintenant à travers le monde. Les médias pseudo-gauchistes présenteront avec zèle ce mouvement comme une évocation mondiale du tableau de Delacroix La Liberté guidant le Peuple alors que malheureusement, il s’agit plutôt d’une sinistre version du Joueur de flûte de Hamelin.

 

Les soi-disant « anti-fascistes » de ce mouvement dénoncent comme « fascistes » ceux qui exposent les mensonges des médias corporatistes utilisés pour justifier les crimes des guerres étrangères de l’Otan — les guerres étrangères de l’accumulation du capital menées par les mêmes multinationales qui imposent domestiquement l’austérité et la lutte des classes ; mais ce sont eux qui sont les fascistes, ce sont eux qui sont les ennemis de la classe laborieuse !

 

La confusion idéologique est la grande pathologie politique de notre époque. Céline décrit la guerre et la maladie comme les deux « infinités du cauchemar ». L’écrivain français aurait pu inclure le fascisme parmi les cauchemars cités, la pernicieuse idéologie que son cynisme l’amena éventuellement à embrasser. L’on peut décrire les deux « infinités du cauchemar » contemporaines comme la prolifération de guerres d’agression et le triomphe de la répression capitaliste, due à la maladie politique du crétinisme d’extrême gauche qui a supplanté le mouvement travailliste au cours des 30 dernières années. Jusqu’à ce que notre jeunesse s’émancipe de l’influence pernicieuse de l’opposition sous contrôle et de l’idéologie pseudo-gauchiste — qui fait d’eux les idiots utiles du capitalisme monopolistique plutôt que des révolutionnaires — leur activisme de bon aloi est tragiquement destiné à précipiter le voyage au bout de la nuit de la civilisation.

 

Gearoid O’Colmain , correspondant du média indépendant American Herald Tribune à Paris, est un journaliste et analyste politique. Son travail se focalise sur la mondialisation, la géopolitique et la lutte des classes. Ses articles ont été traduits dans de nombreuses langues. Il est un contributeur régulier à Global Research, Russia Today International, Press TV, Sputnik Radio France, Sputnik English, Al Etijah TV, Sahar TV English, Sahar French et est également apparu sur Al Jazeera. Il écrit en anglais, en gaélique irlandais et en français.

 

Traduction
Lawrence Desforges

Partager cet article
Repost0
19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 07:25

A quoi sert Michel Onfray ? 

par Jean-Claude Paye, Tülay Umay1

 

Dans un récent ouvrage, l'essayiste Michel Onfray ne se contente pas de déboulonner la statue de Sigmund Freud, il rejette l'ensemble de son oeuvre au motif que le personnage était trop méprisable pour pouvoir énoncer des règles qui soient utiles à l'homme de bien. Ses détracteurs ont défendu l'image du maître viennois et le business psychanalytique avec des arguments du même niveau. A l'écart de ce débat partisan, les sociologues Jean-Claude Paye et Tülay Umay dénoncent un courant de pensée qui, en refusant tout ordre symbolique, rend la démocratie impossible.

_9 MAI 2010__Depuis_Bruxelles (Belgique)_

 

La question essentielle, qui se pose lors de la sortie du dernier livre de Michel Onfray : Crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne est celle-ci : quel est le sens de la campagne médiatique destinée à imposer un ouvrage basé sur la falsification des faits comme un « livre évènement » ? Nous n'allons pas reprendre ici les éléments, que nous partageons, de la critique développée par Elisabeth Roudinesco .

 

Notre propos n'est pas de défendre la pratique psychanalytique, ni d'ailleurs Freud en tant que tel. Le personnage Onfray est un révélateur de la décomposition sociale actuelle. Dans la post modernité, quelque chose de notre humanité est touché et c'est de cette faiblesse que jouit l'auteur.

 

Ce cas nous intéresse dans la mesure où il obéit à une attitude spécifique de notre époque, celle du déni de tout processus de connaissance et de la nécessaire reconnaissance intellectuelle et symbolique qu'il implique. En opposition aux valeurs de la post modernité, il faut accepter que « je est un autre », que tout apport théorique ne se crée pas à partir de soi-même, mais s'inscrit dans un mouvement, dans un rapport à l'autre, dans une relation avec une extériorité. A l'inverse, Michel Onfray est un parfait exemple du mode opératoire, devenu aujourd'hui commun, qui consiste à affirmer que les choses existent puisqu'on les a énoncées.

 

Dans les propos développés, il nous est signifié que le manque doit être nié et que toute objectivité doit soit s'effacer ou être fétichisée. Celui qui occupe le devant de la scène a donc la capacité de créer une nouvelle réalité devant se substituer aux faits eux-mêmes. Toute possibilité de constitution d'une conscience, qui repose sur la séparation entre extérieur et intérieur, sur la distinction entre les faits et leur image, est ainsi anéantie.

 

Selon les paroles mêmes de son auteur, l'ouvrage serait le résultat de cinq mois de lecture, pendant lesquels, Michel Onfray aurait lu tout Freud et en aurait tiré un point de vue définitif. Cette prétention contraste fortement avec la multiplicité des débats contradictoires entre les diverses écoles de psychanalyse ou, par exemple, avec le travail de Jacques Lacan qui, après plus de cinquante ans de lecture, en était toujours, lui pauvre humain, à approfondir son interprétation et à faire évoluer ses hypothèses.

 

Alors que l'exhibition d'une telle toute puissance devrait prêter à sourire, elle est généralement tenue comme une garantie de la qualité de son « travail » et du caractère de « chercheur infatigable » attribué à l'auteur. M. Onfray est présenté comme l'icône de l'incarnation de la vérité comme « toute ». Il s'offre en tant que vérité qui se fait voir, qui ne se présente pas à la raison, mais au regard, à la pulsion scopique. Son livre n'est pas destiné à penser, mais à fournir une jouissance. Il s'agit d'une vérité qui s'énonce sans vouloir se heurter, ni aux faits, ni à une interprétation. Elle n'est pas relative, elle se présente comme la chose absolue. Elle n'a besoin d'aucun support, d'aucune extériorité. Elle est la theoria qui se fait monde et qui jouit d'elle-même. Simplement, Onfray fait une fixation sur Freud qu'il réduit à une image rivale.

 

_Sa « lecture » de Freud présente deux caractéristiques complémentaires. En l'absence de références travaillées, elle ne doit rien à personne, elle ne se fonde formellement que sur elle-même. Il s'agit du travail d'un « self made man ». _Enfin, il s'agit d'une lecture à la lettre. Si Freud a théorisé la pulsion de mort et a montré son rôle dans l'histoire des sociétés humaines, c'est qu'il est un adepte de l'abandon à ce mécanisme pulsionnel. Sa théorisation est ainsi anticipation de la barbarie nazie et porterait une responsabilité des génocides commis. Une identité est établie entre l'énonciation du mot et la chose elle-même. Comme disent les enfants : « c'est celui qui le dit qui l'est ».

 

Aussi, Freud, en faisant du meurtre du père imaginaire, donnant existence à un père symbolique, un principe fondateur d'une société spécifiquement humaine, aurait assassiné Moïse, le père de la loi judaïque, favorisant ainsi la solution finale des nazis contre le peuple juif. Pour Onfray, la thèse attribuée à Freud selon laquelle : « Moïse n'est pas juif, mais Egyptien et que, par conséquent le peuple juif n' a été qu'un peuple d'Egyptiens » fleurterait avec l'antisémitisme. Ainsi, toute conception de l'histoire qui veut rompre avec l'essentialisme et la catégorie de race serait en soi antisémite. _Notre philosophe hédoniste veut se soustraire à l'humanité en tant qu'historicité, en tant que devenir. Il s'oppose à la loi symbolique posée par Freud. Aussi, il ne veut pas tuer le père, mais occuper sa place. Grâce au déni de la fonction du père, il n'y a plus de dette symbolique entre les générations, d'articulation entre l'objectivité et la subjectivité. Pour l'enfant tout puissant, les choses n'existent qu'au moment où il les énonce. Ainsi, il est dans l'air du temps, comme rouage d'une machine déjà bien huilée.

 

 Historiquement, la psychanalyse a été combattue par les régimes fascistes et nazis, comme « science des juifs », et stigmatisée par la droite catholique, à cause sa référence à la sexualité. Si le philosophe athée et hédoniste se trouve en une telle compagnie, ce n'est pas pour les mêmes raisons. Dans les Etats fascistes et nazi, ce qui fait lien entre les hommes est mythique. A l'ordre symbolique, au lien social, doit se substituer l'imaginaire. Dans la post modernité, dont Michel Onfray est un héraut, ce qui explique sa grande médiatisation, tout ordre symbolique, même imaginaire, doit être anéanti. L'enfant tout puissant, figure centrale de cette nouvelle période historique, ne peut connaître aucune limite. La dimension sociale de l'humain est déniée. A l'ordre de l'Ancien testament qui repose sur la gestion de la violence, Michel Onfray oppose une humanité hédoniste, uniquement habitée par la pulsion de vie, orchestrée par un dieu païen prônant une jouissance sans limite. Si on n'est pas aveuglé par cette notion d'un dieu solaire, on retrouve là la spécificité des valeurs de la post modernité.

 

Si, depuis toujours, la psychanalyse a été un enjeu de confrontations, les attaques actuelles sont d'un autre ordre. Actuellement, il ne s'agit plus de la confronter, mais de la diaboliser, de la forclore. La Grande-Bretagne, pays aux quatre millions de caméras de surveillance et qui a déjà supprimé l'essentiel des libertés individuelles, est à la pointe de ce combat. Un projet de loi est en discussion visant à empêcher concrètement sa pratique. Cet exemple extrême fait partie d'une tendance générale. Ce livre en est un élément. Pour dénier la psychanalyse, tout est bon : inventer des faits, fabriquer des révélations, privilégier la rumeur face au réel.

 

Dans cette entreprise, l'auteur est assuré d'obtenir tout le soutien nécessaire. Ce qui est dérangeant dans la psychanalyse, c'est qu'elle repose sur le manque, qu'elle montre à l'homme que sa condition l'empêche d'être le tout. Dévoilant sa castration à l'individu, elle fait de la reconnaissance de celle-ci, la condition de l'émergence d'une parole. A l'opposé de M. Onfray, elle nous montre que l'existence d'une société humaine repose sur l'interdiction de l'inceste, non pas du corps à corps dans lequel on est habitué à la penser, mais dans la séparation de l'individu d'avec la mère symbolique, aujourd'hui l'Etat maternel. Les concepts élaborés par la psychanalyse sont un instrument indispensable pour faire face au déni de l'humain. Ils nous sont nécessaires pour sortir d'un processus de régression qui nous ramène au stade le plus primaire du narcissisme, celui de l'auto-érotisme, dans lequel Onfray veut s'enfermer.

 

L'assurance présentée par l'auteur est celle d'un concessionnaire du monopole de la paroe que s'est octroyé la machine étatique à produire des images. Toute exigence d'éléments réels, destinés à étayer les propos de l'auteur, est retenue, par lui, comme insulte et rejetée au nom de la place de la victime qu'il s'est réservée. Sacralisé, il peut éviter toute confrontation. Pour faire face au discours développé dans ce livre et surtout à la campagne médiatique qui le promotionne, il ne suffit pas de remettre les faits dans leur contexte. Afin de ne pas être parlé par les images présentées (Freud cocaïnomane, immoral, plagiaire, infidèle, fasciste, incestueux, soumis à l'argent...) et afin de s'attaquer aux fétiches exhibés comme preuves, il faut reconquérir le territoire du langage et renverser le règne de l'image.

 

Actuellement, la décomposition du rapport social est telle que l'installation d'une structure politique démocratique passe par le rétablissement d'un ordre symbolique. Ce ne sont pas uniquement nos libertés qui sont attaquées, mais ce qui fait de nous des humains. C'est cette position de faiblesse qui autorise, aujourd'hui, l'enfant tout puissant à exprimer son mépris de tout ce qui pourrait limiter sa jouissance. La spécificité de la psychanalyse, c'est justement de montrer qu'il n'y a d'Homme que parlant et cela au moment ou on nous intime de nous taire et de nous abandonner. Afin de recomposer un langage, la psychanalyse est indispensable. Ceci explique l'interrogation de Roudinesco :« Pourquoi tant de haine ? ».

 

1 Sociologue. Née en Anatolie, elle vit en Belgique. Elle travaille sur les structures sociales et psychiques de la postmodernité. Comme support concret de cette recherche, la question du voile dit « islamique » est objet d'étude privilégié, non comme objet en soi, mais comme symptôme de notre société.

Partager cet article
Repost0
12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 17:02

Article repris sur Comité valmy

 

Président de la République et ministres de droite ou de gauche issus des programmes franco-américains, franc-maçonnerie dans les rang de l’Assemblée et du Gouvernement qui défend "sa" conception républicaine, d’autant plus fortement que la "mondialisation républicaine" se trouve, par hasard et par accident ralentie ... On se croirait dans un mauvais film d’espionnage. L’on est simplement dans la France moderne et contemporaine. Cette France qui n’est plus française, qui en a même semble-t-il honte, comme d’un parent pauvre que l’on veut cacher. Et l’on comprend beaucoup mieux pourquoi la politique menée par les élites, de droite comme de gauche, ne défend pas les intérêts de notre pays.

 

Comme le processus de destruction de ce qui reste de l’identité française allait bien, la construction européenne aidant, l’on n’entendait pas trop les membres de la franc-maçonnerie française, il n’était pas nécessaire de faire du bruit. La multiplication des conflits au Moyen Orient, la crise économique et financière importée en Europe de celle des subprimes aux Etats Unis, les printemps arabes sanglants et déstructurants , ont jeté vers les pays européens une foule de population aux aboies. Une foule que les pays européens ne peuvent assumer, surtout en période de crise et parce que de toute manière il n’est pas possible pour l’Europe, sauf à se détruire, d’ingérer tout le malheur du monde. C’est une politique irresponsable et inefficace, notamment pour les pays en conflits concernés. Or, maintenant que la tension monte, l’on voit se réactiver les réseaux. Cela est d’autant plus facile lorsqu’ils sont au Gouvernement, dans le sens direct du terme. Comme l’écrit le Figaro, sans en être pour le moins choqué :

 

"En mai 2012, le GODF, traditionnellement orienté à gauche, a vu d’un bon œil la victoire de François Hollande et l’arrivée de frères au gouvernement, qu’il s’agisse de Manuel Valls, qui a fréquenté les loges durant huit ans, de Jean-Yves Le Drian, Victorin Lurel, Frédéric Cuvillier ou Jérôme Cahuzac - ce dernier étant finalement suspendu du GODF après le mensonge avoué sur son compte bancaire à l’étranger. De plus, la charte de la laïcité et les projets d’enseignement de « morale laïque » mis en avant par le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon, qui n’est pas initié, ont séduit les frères du GODF."

 

Et si l’on se demandait pourquoi des lois impopulaires passaient, sans qu’un réel débat social ait eu lieu sur des questions aussi importantes que le mariage pour tous ou la laïcité, c’est parce que, en plus du Gouvernement, les rangs de l’Assemblée sont également pris d’assaut. Volonté affichée ouvertement par le Grand Maître José Gulino dès 2012. Et ça marche.

 

"Le GODF a aussi repris fin 2012 le contrôle de la Fraternelle parlementaire (Frapar), en faisant élire l’un des siens, le député socialiste du Nord Christian Bataille à la tête de cette amicale des francs-maçons de l’Assemblée nationale et du Sénat. Celle-ci compte plus de 400 membres, dont 150 élus, soit 15 % du total des parlementaires. Christian Bataille sait s’y prendre pour pousser ses pions : il a déjà présidé la Frapar et il professe une foi de charbonnier dans les valeurs maçonniques. Celles-ci le conduisent à se transformer en avocat de causes aussi controversées que la lutte contre les langues régionales, au nom du jacobinisme, et en faveur de l’exploration des gaz de schiste, au nom de la science. Cette première offensive liée au retour de la gauche au pouvoir a produit quelques résultats, que ce soit pour promouvoir le mariage pour tous, défendre les réformes fiscales ou contrer la récupération du thème de la laïcité par l’extrême droite."

 

Ainsi, la Fraternelle parlementaire, qui rassemble des députés et des sénateurs s’est largement emparée du thème de prédilection de la laïcité. L’on comprend mieux pourquoi aujourd’hui elle se traduit en montée de la haine pure et simple contre le christianisme, cette religion qui a le malheur d’avoir posé les bases de la société française.

 

Pour compléter le tableau, en restant dans la même ligne idéologique, l’on voit également l’affermissement des intérêts américains dans la gouvernance française. En 1981, la French American Foundation a créé le programme Young Leader, financé par AIG, Lazard et Footprint consultants. Sorte de version moderne, plus neutre, moins marquée et connue dans la société que la franc-maçonnerie. Aujourd’hui, il comprend plus de 400 dirigeants issus de la haute fonction publique, du monde de l’entreprise, des médias, de la recherche et même de l’armée. Chaque année 20 français et américains sont sélectionnés. En 2014, Alain Juppé, lui même ancien Young leader, a organisé le séminaire à Bordeaux pour la promotion 2014 avec des anciens comme le directeur général d’Alcatel Lucent Michel Combes, par exemple.

 

La formation 2014 comprend :

French Young Leaders

Gwenhaël Le Boulay, Partner and Managing Director au Boston Consulting Group
Nicolas Escoulan, Directeur de la Rédaction d’Europe 1
Frank Gervais, Président-Directeur Général de Thalys International Dr Pierre-Antoine Gourraud, PhD MPH, Professeur Assistant en charge de la médecine digitale translationnelle, Faculté de Médecine, Département de Neurologie de l’Université de Californie à San Francisco
Fatima Hadj, Associate Director à Standard & Poor’s
Cyril Kammoun, Managing Partner and CEO d’Aforge Degroof Finance
Julia Minkowski, Associée du Cabinet Temime et Associés
Le Lieutenant-Colonel Jean de Monicault, Rédacteur du Chef d’Etat-Major des Armées en charge des affaires stratégiques au Ministère de la Défense
Alexis Morel, Directeur de la Stratégie de Thales
Abdel Malek Riad, Conseiller économique du Président de l’Assemblée Nationale
Lubomira Rochet, Chief Digital Officer et membre du Comité Exécutif de L’Oréal
Alexandre Zapolsky, Fondateur et Président de Linagora

American Young Leaders

Elizabeth Askren, Freelance Conductor (Théâtre du Châtelet, Théâtre de St Quentin), Cultural Attaché, Fondation des Etats-Unis
Major Jordan Baker, Defense Policy Advisor, United States Mission to NATO
Emma Fuerst Frelinghuysen, Senior Director, Private Brands, FreshDirect
Guy Mounier, Chief Executive Officer, CustomerMatrix
Anna « Anya » Neistat, Associate Director, Program/Emergencies, Human Rights Watch
Reshma Saujani, Chief Executive Officer and Founder, Girls Who Code
Dana Stroul, Senior Professional Staff member, Middle East and North Africa, U.S. Senate Foreign Relations Committee
Joseph « Jay » Truesdale, Chief of Staff, U.S. Embassy, Islamabad

Dans cette France américaine, on retrouve des hommes et des femmes, de droite comme de gauche, cela n’a plus strictement aucune importance, formés à composer avec l’intérêt national. Car il y a semble-t-il plus important. Et ils détiennent les rênes du pouvoir. Comme l’écrit très justement Atlantico :

"Exit Alain Juppé, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Jeannette Bougrab... Place à François Hollande, Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Aquilino Morelle (plume du Président), etc. « Enfin des têtes nouvelles ! » entend-t-on ici ou là. Nouvelles ? Tout est relatif, quand on sait décrypter la liste ci-dessus : en fait, tous ces « Young Leaders » de l’UMP ont laissé la place à des « Young Leaders » du Parti socialiste.
Car François Hollande et Pierre Moscovici depuis 1996, Marisol Touraine et Aquilino Morelle depuis 1998, Arnaud Montebourg depuis 2000 et Najat Vallaud-Belkacem depuis 2006, sont tous des « Young Leaders »."
Et la notion de clan joue directement lors de la composition des équipes gouvernantes, même si l’information n’est manifestement pas trop diffusée en France :

"sur les 8 socialistes sélectionnés comme Young Leaders depuis François Hollande en 1996, 6 rentrent dans son gouvernement cette semaine.

(Ne restent sur la touche, pour le moment, que Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », etOlivier Ferrand, l’ambitieux président du think-tank Terra Nova ayant permis l’élection de François Hollande aux élections primaires ; deux candidats impatients de rejoindre leurs camarades Young Leaders au gouvernement). Beau tir groupé, comme s’en enorgueillit à juste titre le site américain (« The French-American Foundation is proud to have five Young Leader in the cabinet of President François Hollande, himself a Young Leader in 1996”), tandis que le site français n’en dit pas un mot. "

Comme le souligne très justement A. Latsa, même si quelques hommes politiques de droite sont favorables à de bons rapports avec la Russie, la plupart sont focalisés sur un axe exclusivement américano-centré :

 

"En effet, environ 25% de nos députés sont membres du groupe d’amitié France-Amérique. Dans ce groupe relativement discret qui est dirigé, c’est tout un symbole, par Louis Giscard d’Estaing, fils de l’ancien président français Valery Giscard d’Estaing, on trouve un bon nombre de députés de droite, en compagnie de députés socialistes."

Trois conclusions principales en découlent toutes seules, logiquement.

Sur le plan de la politique intérieure, on comprend mieux les sources de cette dissociation croissante entre les élites et la population. Fossé qui oblige à une radicalisation des élites, d’une minorité dirigeante, qui doit, pour faire imposer ses points de vues, discréditer ceux des autres. Autrement dit, il ne peut plus y avoir de pluralisme d’idées, car il n’y a plus de respect de l’autre. Par exemple, celui qui défend la famille traditionnelle est un extrémiste, et l’on ne parle pas avec les extrémistes.

 

Lorsque le pluralisme d’idées est mis à bas, il ne peut y avoir de pluralisme politique, car les différents partis politiques doivent justement représenter et défendre des visions différentes de la société. Ce qui est inconcevable aujourd’hui. "L’autre politique" est hors du champ démocratique, donc hors du champ du débat politique. Pour autant, il est tout autant inconcevable de déclarer l’instauration du parti unique, car la politique serait morte. La France ne peut pas encore l’accepter, s’enterrer vivante tant qu’il reste un souffle, donc il faut maintenir les apparences. Et pour maintenir les apparences, il faut maintenir une alternance entre des personnes, qui ont été plus ou moins canalisées et formatées au préalable pour ne pas prendre de risques. Le changement de visage, s’interroger sur Cécilia et ensuite passer à Valérie, permet de donner l’impression d’un changement politique. Et l’essentiel est préservé : le cap, lui, est gardé.

 

Enfin, il en découle que la politique étrangère française ne peut être, dans ce contexte, autre chose que ce qu’elle est. La France ne peut que soutenir, contre toute logique, contre ses valeurs et son histoire, les sanctions contre la Russie parce qu’un Gouvernement d’extrême droite massacre sa propre population civile sur les terres d’Ukraine. Parce que la France et l’UE se moquent de l’Ukraine et de sa population comme de leur première liquette. La France ne peut qu’aller vers une ratification du traité transatlantique TTIP qui lui retire sa souveraineté économique, notamment. La France ne peut que se dissoudre dans une Union européenne qui détruit ce qui reste de culture européenne. La France ne peut avoir de politique étrangère, elle ne peut qu’être un pays aligné ou satellite, selon la terminologie préférée.

Dans ce contexte, la France américaine ne peut que trahir la France.

Karine Bechet-Golovko  
jeudi 30 avril 2015

Russie politics

Partager cet article
Repost0
24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 15:58

mercredi 23 octobre 2013


par  mcb animatrice du réseau communiste du Rhône, ancienne secrétaire de la section PCF de Vénissieux

 

La séquence parisienne concernant les élections municipales est fort instructive. Elle confirme en effet que le "Front de gauche" a du plomb dans l’aile et c’est bien pour cela que les directions du PCF et du PG multiplient les grandes déclarations affirmant le contraire aussitôt démenties par la réalité.

 

Cette réalité confirme malheureusement ce que nous avons dit à plusieurs reprises : la ligne "Front de gauche" vendue aux militants comme le meilleur moyen de s’émanciper du PS après la cruelle expérience de la gauche plurielle n’atteint pas son résultat.

 

Pire, pour se dégager d’un partenaire devenu embarrassant, le PCF n’a pas trouvé d’autres moyens à Paris que de s’en retourner vers le PS lui donnant ainsi un sacré satisfecit dans la ville centre alors même que celui-ci multiplie les listes, les critiques et les entraves au rassemblement dans les villes à direction communiste, sans que cela ait semblé gêner ceux qui ont signé l’accord à Paris. Et bien sur tout cela n’empêchera pas la candidate parisienne de draguer l’électorat centriste et le Modem, n’oublions pas qu’à Paris comme à Lyon, c’est la "classe moyenne " qui fait l’élection quand dans nos villes c’est la classe ouvrière qui compte, telle qu’elle est aujourd’hui.

 

Le spectacle a de quoi affliger tous ceux qui ont compris que l’abstention sera le principal ennemi des communistes aux élections municipales dans leur bataille pour conserver et reconquérir des municipalités précieuses pour les populations et les salariés et le plus grand ami du Front national et de la droite.

 

Personne ne peut se satisfaire d’un vote qui partage le parti quasiment en deux et surtout d’une posture initiale qui renonçait à rassembler toutes les forces populaires autour d’un programme ambitieux dans la capitale, ce qui ne pouvait se construire par un accord de sommet.

 

Car c’est bien d’un accord de sommet qu’il s’agit entre Anne Hidalgo et Pierre Laurent : la première gagne une caution de gauche, le deuxième un coup de main existentiel à tous les sens du terme.

 

Mais pouvait-il en être autrement après plus de 15 ans de renoncement à jouer un rôle central en France ? Et la candidature Mélenchon aux élections présidentielles était-elle une si bonne idée au regard de l’exigence historique de faire vivre et renforcer le PCF pour ouvrir une issue ?

 

Les avancées programmatiques mises en avant à Paris font sourire parce qu’il est certain qu’elles n’engagent que ceux qui y croient et qu’elles sont lointaines (2030 pour les 30% de logements sociaux alors que c’est une urgence).

Surtout nous esquivons la question centrale. Il n’y a pas d’un côté des socialistes de droite qui gouvernent le pays et de l’autre des socialistes de gauche plus fréquentables qui dirigeraient les communes. Le parti socialiste a renoncé à réformer la société pour adoucir les effets du capitalisme. Il construit au gouvernement l’adaptation de la France au "tout capital"aux ordres de l’UE. D’où une politique détestable qui aggrave la situation de millions de gens et s’en prend aux collectivités locales avec le gel des dotations et l’Acte 3 de la décentralisation.

 

Parlons franchement aux citoyens : si nous voulons conserver des communes facteurs de résistance à l’austérité, de citoyenneté, de démocratie et d’égalité, il va falloir un engagement et une bataille citoyenne d’un haut niveau, et c’est pour cela que nous voulons rassembler largement et faire élire des candidats de combat.

 

Ceux qui se contenteront de décliner des programmes locaux sans faire le lien avec la politique gouvernementale et le rapport de force réel dans le pays ne feront pas de la politique mais de la communication et de l’agitation autour de leurs candidats. Les citoyens risquent fort de dire qu’ils en ont déjà assez vu et que cela n’a que trop duré.

 

Quel sera l’effet des déclarations contradictoires des uns et des autres sur des électeurs déjà peu enclins à se déplacer ?

Jean-Luc Mélenchon, après avoir annoncé la fin du front de gauche pendant plusieurs jours finit par dire que tout cela n’est pas si grave, à se demander si la situation dérange vraiment le PG.

 

Le secrétaire fédéral de Paris explique sans gêne aucune que ce n’est pas parce qu’on ne part pas sur la même liste qu’on ne peut pas être dans le même groupe.

 

Plus à gauche qu’Anne Hidalgo tu meurs, jusqu’à manifester contre l’expulsion de Léonarda, comme si le Maire de Paris n’était pas un cadre dirigeant principal du PS.

 

Mais n’est ce pas Gérard Collomb à Lyon qui nous explique tout le mal qu’il pense de ce gouvernement dont il a pourtant tenu la plume pour écrire la Loi sur les métropoles que nous combattons ?

 

Au final, cela donne un sentiment " d’arrangements entre amis" qui n’est pas de nature à mobiliser l’électorat.

 

La colère contre le gouvernement s’exprimera d’une manière ou d’une autre dans ces élections et d’abord au travers de l’abstention et ce sera encore plus vrai dans l’électorat populaire donc dans nos villes. Empêcher le retour de la droite et l’avancée du Front national exige de porter efficacement cette colère en faisant vivre l’atout que représentent les villes à direction communiste et les élus communistes pour résister au grand lessivage du capital qui s’abat sur le pays. Le moins qu’on puisse dire, c’est que dans cette situation, Paris pour l’instant n’aide pas la France !

Partager cet article
Repost0
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 15:55

Enjeux - Quels enseignements en tirer- " Révolution" ou coopération de caste?


L'issue ne sera pas la même

 

 

Jeudi 21 février 2013
par  Jean-Claude Delaunay

A l’occasion du 36ème Congrès du PCF, rien n’a évolué ou bougé dans le comportement de ses dirigeants. Je suis donc, comme beaucoup, désolé d’observer leur incapacité à élaborer quoique ce soit de sérieux pour la lutte sociale et révolutionnaire, tant de court que de long terme, dans ce pays et dans le monde. Mais leurs idées, je le crois, ne doivent pas être analysées selon une grille morale. Elles sont partagées par l’opinion communiste majoritaire et représentent une ligne. Voici quelques hypothèses, émises par un communiste de vieille génération, relatives à la base sociologique de cette ligne et aux conclusions que l’on peut déduire de cette analyse.

 1) La qualité d’une décision est d’autant plus grande qu’elle est élaborée collectivement et sans malice. La nature collective de son élaboration n’en garantit pas la justesse. Mais elle contient les mécanismes les plus efficaces de sa reformulation dans tous les cas de figure (erreur initiale ou changement du contexte).

 2) On ne peut pas dire que le dernier Congrès ait donné l’image d’un processus collectif de décision orienté par la transparence. Le communisme de nouvelle génération est un communisme du "coup tordu", et, comme me le confiait un ami : « Quand j’ai lu dans l’Humanité les articles rendant compte de ces journées, je me suis dit que, les journalistes et moi, nous n’avions pas assisté au même Congrès ». De ces torsions et distorsions, on a pu lire plusieurs témoignages convergents sur le site « Faire vivre le PCF ». Cela étant dit, mon hypothèse de départ dans ce texte est la suivante. Aussi tordu et verrouillé qu’ait été ce Congrès, il fut quand même en phase avec « une opinion générale ».

 3) Selon moi, les délégués ayant voté les textes du Congrès se trompent lourdement. Cela dit, quoique je dise ou pense, le seul juge en dernier ressort de nos désaccords et de nos interprétations respectives sera l’histoire. Le marxisme présente cette différence avec la religion, que la sanction des analyses qu’il aide à produire n’est pas reportée au Ciel. Elle a lieu sur Terre. Dans le cas qui nous occupe, on verra. Et on verra assez rapidement.

 4) Si l’objet de mon observation était une opération simple et secondaire de la vie courante, je pourrais me contenter de dire : « Les paris sont ouverts ». Ils le sont, évidemment. Mais je crois qu’il faut faire plus et autre chose que ricaner sur le bord de la route. L’enjeu actuel de ce Congrès est le pourrissement de la société française.

Je sais que les communistes de ce pays sont, pour une partie d’entre eux, passés maîtres dans l’art d’esquiver leur responsabilité dans cette évolution. Ce n’est pas la faute à Voltaire, mais c’est tout comme. C’est la faute à la crise, c’est la faute à la droite, c’est la faute aux socialistes, c’est la faute à la droitisation des idées. Et nous là-dedans ? C’est pourtant l’une de nos tâches, en tant que communistes, que de comprendre la situation politique dans sa profondeur.

Je suis donc conduit à me demander : derrière ces désaccords et différences d’idées, ne peut-on déceler des différences plus accentuées, d’âge, d’histoire individuelle et collective, de milieu social ? Quel est le sous-bassement sociologique du fonctionnement actuel du PCF ? Quelles conséquences en tirer au plan de l’action ?

 5) Je crois qu’il existe deux lignes, distinctes et opposées,pour interpréter la crise en cours et en proposer des solutions de long terme. Lorsque Pierre Laurent a sorti son topo sur la nouvelle génération de communistes devant mettre au point, disait-il, un communisme de nouvelle génération, j’ai tout d’abord été choqué. Jadis (mais cela se passait dans des temps très anciens), nous aurions plutôt insisté sur « l’amalgame ». Je crois cependant que notre "Da Wang", quel que soit la maladresse de son propos, a néanmoins raison sur le fond. On observerait deux catégories de communistes. Il y aurait « les vieux schnocks » et « les jeunes ». Comme l’a rappelé récemment un grand penseur, les chats ne font pas des moutons. En sorte que, à chaque groupe correspondrait une certaine idée de la révolution. Essayons tout d’abord d’approfondir cette approche zoologique du communisme de notre temps par ce qui constitue désormais le phare de notre pensée, à savoir "l’humain".

 6) Autrefois les communistes, qui faisaient déjà preuve d’une préoccupation écologique évidente, s’éclairaient, disaient-ils, « à la lumière du marxisme ». Aujourd’hui, les nouveaux communistes envisagent de s’éclairer « à la lumière de l’humain ».

Quelles sont les caractéristiques de l’humain dans le champ politique ? Je dois dire que je suis perplexe. La notion d’humain est-elle un guide mental infaillible ? D’une part, les hommes sont parfois très pervers, indépendamment de toute influence liée à la naissance et à la fortune. D’autre part, je ne vois pas très bien en quoi la référence à l’humain distinguerait la pensée communiste d’une autre pensée politique.

Car enfin, quel est le parti politique qui, par contraste avec les communistes, se glorifierait d’être « le parti de l’inhumain » ? Peut-on envisager, par exemple, que, pour creuser l’écart qui mène au succès, tel ou tel candidat de l’UMP se déclare « favorable à l’inhumain » ? Les financiers eux-mêmes défendent l’idée que la mondialisation capitaliste est au service de l’humain. Ils poussent la démagogie jusqu’à dire que les classes ouvrières des pays développés sont hostiles à la mondialisation pour des raisons égoïstes, des raisons contraires à l’humain.

 7) Oui, bien sûr, j’exagère. Mais dès lors que l’on commence à dire qu’il y a "humain" et "humain", en quoi "l’humain" peut-il être un référentiel politique ? Certes, nous sommes des communistes occidentaux. Nous véhiculons donc dans nos pensées les idées religieuses qui sont au principe de notre entendement occidental. L’humain, ce n’est pas très loin du partage, la grande idée du communisme de nouvelle génération. Mais au plan de la précision nécessaire des concepts, l’humain c’est tout et rien, c’est la belle et la bête, c’est le bon et le truand, le zéro et l’infini. C’est le rond, le carré et le pyramidal, c’est un mouton à tête de chat comme dirait le camarade Bessac. Penser la politique par l’intermédiaire de la notion d’humain, c’est tout simplement nul.

 8) Quel est donc le concept sur lequel une pensée communiste, fût-elle de nouvelle génération, devrait prendre appui pour récupérer ce qui peut être éventuellement récupéré de la notion d’"humain" ? A mon avis, la réponse est simple. Je l’ai trouvée en m’éclairant « à la lumière du marxisme ». Cette réponse, c’est LE TRAVAIL. L’homme n’est homme que par son travail, c’est Charles qui l’a dit, et sur ce point, il n’est pas dépassé.

Les communistes de la nouvelle génération, de concert avec ceux de la génération ancienne, et pour la raison qu’ils forment "le grand parti des travailleurs" devraient envisager de faire la révolution, au nom du travail, avec les travailleurs, en les écoutant et en luttant avec eux. Bernique ! La révolution informationnelle a effacé le travail de leur entendement.

 9) Puisque la notion d’humain ne me permet pas de comprendre la rationalité du communisme de nouvelle génération, il me faut utiliser un concept réellement opératoire. Ce concept est le travail et le travail renvoie lui-même à la position dans la société de ceux qui travaillent. Quelques mots, donc, maintenant, sur la matérialité sociologique des producteurs du communisme de nouvelle génération. Beaucoup de choses ont déjà été dites à ce propos. Mais je pense qu’il faut encore creuser. Ce que j’avance est en partie hypothétique.

Quatre idées :

 10) La première est que le capitalisme développé de notre temps n’est plus celui que connaissaient Marx et Engels. C’est un capitalisme ayant produit une société « plutôt aisée » en moyenne. Je ne dis pas que tout le monde est riche, loin de là. Car on observe aujourd’hui une société en voie de paupérisation comptant un grand nombre de pauvres absolus. Mais en moyenne, il y a plus de richesse qu’il y a un ou deux siècles, mais aussi une plus grande diffusion de cette richesse, même dans des catégories ouvrières et populaires.

 11) La deuxième idée est que ces sociétés "riches" sont animées d’un double mouvement sociologique. D’une part, la petite bourgeoisie agricole, industrielle et commerçante (les petits et moyens propriétaires) tend à disparaître et à former un salariat majoritaire (environ 90% des actifs, en France). C’est un facteur d’unification. D’autre part, au sein des salariés, agissent des facteurs de forte différenciation [1]. Le concept de classes moyennes serait un moyen de rendre compte de cette dualité spécifique puisque d’une part, les membres de ces classes seraient peu distincts d’autres catégories de salariés, le critère du niveau de revenu salarial étant un critère flou. Mais d’autre part, les classes moyennes seraient différenciées de ces autres classes sociales par le niveau et la nature de leurs consommations.

D’un côté, le concept de classes moyennes serait, au plan de la production, une forme de négation de la division de la société en classes. Il aurait donc un usage idéologique. Utiliser le concept de classes moyennes pour interpréter la production aurait un effet fortement idéologique. Mais d’un autre côté, il existerait entre les salariés des différences dans la consommation finale, comme dans la nature et la quantité des actifs qu’ils détiennent. L’emploi de ce concept serait alors scientifiquement justifié. Un certain nombre des salariés constitutifs des classes moyennes modernes disposeraient de responsabilités dans le travail social et d’un salaire suffisant pour atteindre des niveaux de satisfaction professionnelle et de consommation finale qui les différencieraient de salariés d’exécution et plus généralement de ce qu’on appelle les couches populaires. Je ne suis pas en train de dire que les salariés des classes moyennes seraient des bourgeois et qu’il faut les traiter en ennemis. Ce que je crois est qu’ils constituent un groupe disposant d’une certaine stabilité et d’une certaine homogénéité et que l’analyse politique communiste doit en tenir compte.

 12) Les classes moyennes seraient donc, dans les pays capitalistes développés, un concept significatif au plan de la consommation finale, accessoirement au plan de la responsabilité dans le processus de travail. Mais ils ne formeraient pas un groupe significatif au plan de la production. Ce sont des salariés dont le salaire ne serait pas suffisant pour leur permettre de former un capital économique et d’exploiter de la main-d’œuvre. Mais ce sont des salariés dont le salaire serait suffisant pour leur permettre de se différencier dans la consommation finale et d’accumuler un capital intellectuel. Les travaux de Bourdieu sur la distinction sont opérationnels sur ce plan. Ce sont, accessoirement des salariés dont le travail relèverait de « la double nature du travail » mentionnée par le principal fondateur de l’UGICT, Le Guen.

 13) Les conséquences politiques de mon raisonnement sont les suivantes :

  • Ce sont des salariés que les possibilités de consommation finale poussent vers l’individualisme, voire vers l’hyper-individualisme. Je rejoins ici l’une des cogitations récentes de Monsieur René [2].
  • Ce sont des salariés qui voyagent, que ce soit en avion ou sur le web. S’ils sont membres d’une organisation révolutionnaire, peu leur importe de participer aujourd’hui à une réunion de cellule à Paris, mais la semaine prochaine à Florianopolis et le mois d’après à Bombay. Ils prennent place dans « la mondialité ».
  • Ce sont néanmoins des salariés qui tendent à se radicaliser dans le contexte de la crise du capitalisme financier mondialisé. Le capitalisme mondialisé réduit leur champ d’action et leurs possibilités financières de diverses manières. C’est pourquoi ils envisagent l’idéologie communiste comme étant possible, à la condition de l’adapter à leurs préoccupations.

 14) Mon hypothèse sociologique relativement au PCF est que « le communisme de nouvelle génération » prend sa source dans ces classes moyennes. Je sais bien qu’il faudrait une recherche beaucoup plus documentée pour donner force à mon hypothèse. Mais je note ici et là, des comportements. Il y a, par exemple, cette personne qui, confondant politique et communication a pour préoccupation majeure de "figurer sur la photo". Elle n’est pas membre du PCF mais elle me paraît représentative de ce milieu social. Il y a le refus de la direction communiste de donner la CSP (Composition Socio-Professionnelle) des membres de ses organes de direction. Il y a surtout le contenu des textes adoptés par ce Congrès.

 15) Les membres de ces catégories sociales sont, évidement, violemment opposées à toute idée de socialisme révolutionnaire, qu’elles identifient à l’image qu’elles ont du socialisme de type soviétique. On l’a noté plusieurs fois, le concept de socialisme est le grand absent du nouveau communisme. Celui-ci aujourd’hui, se construirait sans qu’on y pense. Telle était la pensée d’André Gorz, l’auteur de Adieu au prolétariat.

J’ai souvenir d’une histoire que m’avait suggéré la lecture d’un texte de Gorz, texte dont j’avais rendu compte dans un numéro de La Pensée. Cette histoire est la suivante. Un haut dignitaire chinois est condamné par l’empereur à avoir la tête tranchée. Il s’adresse à son bourreau et lui dit : « S’il vous plaît, Monsieur le bourreau, quand vous me trancherez la tête, faites que je ne m’en aperçoive pas ». Et le bourreau de lui répondre : « Mais, que Votre Seigneurie se rassure, c’est déjà fait ».

 16) J’ai déjà développé, dans un texte sur la Chine perçue à travers les travaux du 36ème Congrès du PCF, comment on pouvait appréhender les raisons de l’opposition « de fond » entre PCF et PCC. D’un côté, pour la Chine, le plus important serait le contenu du socialisme. D’un autre côté, pour les communistes français relevant du « communisme de nouvelle génération », ce qui compterait avant tout serait la forme démocratique de la solution des contradictions de tous les jours, processus qui devrait déboucher un jour ou l’autre sur le Communisme. Je pense que les membres de cette catégorie sociologique ignorent ce que signifie le mot « travailler ». Ils savent prendre la parole et souhaitent jouir pleinement de cet exercice. Ils ont certaines connaissances scolaires. Ils ignorent le marxisme, idéologie qui serait dépassée. Ils ne sont pas concernés par les structures parce qu’ils occupent une certaine position en leur sein.

 17) Les différences entre les systèmes de représentation de la société non-capitaliste, en Chine et en France, sont surdéterminées par les différences culturelles existant entre ces deux zones, historiquement séparées jusqu’à la mondialisation. Cela étant dit, au-delà des facteurs historiques, il existe bien, je le crois, deux approches de la révolution du capitalisme. Elles recoupent la distinction implicitement effectuée par Pierre Laurent. La crainte de la bureaucratie de type soviétique est, selon moi, le paravent derrière lequel ces classes moyennes radicalisées cachent leur peur des ouvriers. Elles semblent avoir accepté que le plus grand nombre et un nombre croissant de ces derniers se reconnaissent dans le Front national.

Les élites du Parti socialiste sont issues des classes moyennes et prétendent prendre appui sur la fraction des classes moyennes désireuse d’humaniser le capitalisme sans le changer. « Les communistes de la nouvelle génération » sont issus eux aussi des classes moyennes. Mais ses membres sont radicalisés relativement aux élites capitalistes, car leur position sociale, largement dépendante des dépenses de l’État, est menacée. Mais simultanément, ils ont peur du socialisme et des ouvriers.

 18) Supposons que j’aie raison. Quelles conséquences puis-je tirer de cette analyse ? Il existe, selon, trois conclusions possibles :

a) La première consisterait à dire : « Puisque ces nouveaux communistes représentent les intérêts et les ambitions politiques d’un sous-groupe social particulier, distinct et même opposé aux ouvriers et aux petits paysans des débuts de l’action révolutionnaire organisée dans ce pays, créons une organisation distincte du PCF qu’ils ont complètement investi et perverti ».

b) La deuxième consisterait à dire : « Restons à l’intérieur du PCF dont il faut, coûte que coûte, garantir la pérennité. En effet, ces gens sont des liquidateurs. Essayons de limiter autant que possible les effets désastreux de leurs décisions ». Et puis, lorsque viendra le moment de l’échec, il faudra être présent pour limiter la débandade. Enfin, ces représentants des classes moyennes ont certainement des idées à apporter à la cause commune. Les ouvriers apportent au monde leur connaissance de la production matérielle. Les classes moyennes apportent, de leur côté, leur connaissance de la production non matérielle. Le 36ème Congrès aurait dû avoir pour fonction de resserrer les rangs entre les classes moyennes et les autres salariés. Ce devrait être le rôle des communistes que de favoriser la jonction des salariés de la production matérielle et de la production non matérielle.

c) Je tends à penser qu’il en existe une troisième, en raison du mal galopant qu’engendre et nourrit aussi, dans ce pays, la débilité relative de la stratégie et des décisions envisagées par l’actuelle direction communiste.

Je crois que, d’une part, il faut rester au sein de la structure existante pour les raisons que j’ai dites. Il faut poursuivre le dialogue avec les classes moyennes certes radicalisées mais ignorantes. En outre, même si personne ou presque ne prête désormais attention au PCF, son isolement relatif serait encore plus grand au sein d’une nouvelle structure.

Mais je crois d’autre part qu’il conviendrait d’agir, au sein de cette structure, de manière peut-être plus ouverte, quand bien même il s’agirait de faire autre chose que ce que dit la direction. Car je ne vois pas pourquoi il faudrait en respecter les décisions quand celles-ci sont élaborées de manière aussi peu démocratique.

Je vais essayer d’illustrer mon propos. Le site de « Faire Vivre le PCF » a récemment diffusé une collection d’interventions de travailleurs et responsables syndicaux appartenant à des entreprises actuellement menacées de liquidations. C’était intéressant et important non seulement en raison du contenu de chaque intervention, mais en tant que collection d’interventions. Puisque la direction communiste actuelle n’est pas capable de s’adresser aux salariés tout en les aidant réellement dans leurs luttes pour globaliser leurs objectifs, pourquoi les communistes partisans du communisme d’ancienne génération, jeunes et moins jeunes, ne prendraient-ils pas l’initiative de s’adresser à eux, globalement. En tant que groupe interne au PCF et distinct de sa direction, ils leur diraient, par exemple :

• que nous avons besoin d’écouter ce que la lutte leur a appris sur les solutions à apporter dans leurs entreprises,

• que nous soumettons à leur sagacité les thèmes suivants, que j’énonce ici sans ordre et sans réflexion collective préalable. En voici quelques exemples : Comment, de manière immédiate, sauver globalement leurs entreprises ? Que pensent-ils de leur nationalisation ? Ensuite, avec une vue de plus long terme, quelle politique industrielle et, simultanément, quelle politique de la production non matérielle, conviendrait-il de mettre en œuvre ? Pour quelle forme de travail ? Compte tenu des convergences, mais aussi des contradictions existant au sein du salariat, comment envisagent-ils la démocratie au sein de l’entreprise ? Quels seraient les territoires les mieux adaptés à ces projets de politique économique ? Est-il vrai, selon eux, que la nation n’existerait plus ? Que pensent-ils du combat à mener pour sortir de l’Union européenne ? Comment perçoivent-ils l’obstination des communistes que nous sommes à parler et à agir en faveur du socialisme ?

Jean-Claude Delaunay, février 2013

 

[1] Ceux et celles que cela intéresse pourront trouver, dans le livre écrit en collaboration avec Quynh Delaunay (Lire le Capitalisme contemporain - Essai sur la société du 21ème siècle, 2007), une analyse du concept de « classe moyenne », laquelle sert de point d’appui à ma présente réflexion. Dans ce texte, nous avons essayé de tenir compte de certains des auteurs du « marxisme analytique » américain. Même si on estime que cette branche de la théorie marxiste est très « insuffisante », il faut en lire attentivement les écrits.

[2] Je veux parler ici du « mystérieux Descartes ».

 

Nota: Cliquer sur le nom de l'auteur pour accéder aux commentaires qui accompagnent l'article.

Partager cet article
Repost0