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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 15:27

Source RT en français

 

Economiste et écrivain, Jacques Sapir partage, lors d'une interview à RT France, sa vision du traité Transatlantique et ses pronostics concernant la présidentielle française au vu de la réforme de ses règles.

 

 

Sceptique à l'égard du Tafta, l'économiste estime que cet accord va favoriser une domination des grandes entreprises et aboutira à la supériorité du droit de commerce privé par rapport au droit national. Cette mise en cause la souveraineté des Etats devrait être sujette à un référendum pour que «l'ensemble de la population puisse donner son avis». 

 

 

 

Le débat sur le Tafta pourrait constituer un enjeu majeur pour les électeurs.

 

Avec l'adoption par le Conseil constitutionnel de la réforme des règles de la présidentielle qui réduit le temps de parole des «petits candidats» et modifie les conditions du parrainage, le débat risque de se limiter aux trois partis - le Parti socialiste, Les Républicains et le Front national ce qui constitue pour Jacques Sapir une atteinte à la démocratie. Même s'il est encore trop tôt pour faire des pronostics quant à l'issue de la présidentielle - les primaires à droite permettront d'apporter plus de clarté en la matière - pour Jacques Sapir, une victoire de Marine Le Pen n'est pas à exclure dans la situation actuelle du débat.

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 09:41

Par Jacques Sapir · 19 octobre 2015

 

Le discours sur les conséquences catastrophiques que pourrait avoir une sortie de l’Euro pour l’économie française, et celle des autres pays de la zone Euro est commun dans une bonne partie du spectre politique français. On est en présence d’un discours de peur tenu par ceux-là même qui accusent le Front National de jouer sur des peurs. Voilà qui ne manque pas de sel quand certains de ces hommes politiques ne font que reprendre la vieille antienne du gouvernement de Vichy ! Cela montre à quel point la question de l’Euro est devenue une question religieuse dans la politique française. Rester dans l’Euro nous conduirait au paradis et en sortir nous entraînerait en enfer ! Mais, ce discours ne repose pas sur des bases solides. On sait qu’une dissolution de l’Euro poserait deux problèmes immédiats, celui des dettes et celui des flux financiers entre les diverses économies. Ces deux problèmes sont, en réalité, bien moins compliqués que ce que certains hommes politiques, de Nicolas Sarkozy à François Hollande veulent nous faire croire. De plus, est avéré que l’Euro a failli, et dans des proportions importantes, tant à engendrer la croissance qu’à protéger les économies des pays membres contres les fluctuations financières internationales. De cela, on a eu la preuve avec la crise de 2007-2009. On se propose donc de revenir sur ces différents points pour distinguer le vrai du faux.

La question des dettes

Pour ce qui est des dettes, on sait aussi que la dette souveraine de nombreux pays, dont la France à 97%, est émise dans le droit de ce pays. Or, la règle, établie par la cour d’arbitrage internationale depuis la fin des années 1920, est que tout titre émis dans le droit du pays « x » doit être payé dans la monnaie du pays « x », quel que soit le nom de cette monnaie. C’est ce que l’on appelle la lex monetae. Cela veut dire que si la France décide de quitter l’Euro et de revenir au Franc, 97% de notre dette publique sera immédiatement et sans contestation possible, re-dénomminée en Franc. De ce point de vue, le seul pays qui serait obligé de faire défaut sur sa dette souveraine serait la Grèce car plus des deux tiers de sa dette est émis en droit étranger.

 

Parler soit d’une multiplication importante pour la dette française comme le font Nicolas Sarkozy et les dirigeants de l’ex-UMP, ou au contraire parler d’un possible défaut, comme le fait J-L Mélenchon, n’a aucun sens. Pour les uns, cela relève du mensonge pur et simple. Les dirigeants de l’ex-UMP ne peuvent pas ignorer la composition et la nature de la dette souveraine de la France, et donc ignorer qu’une sortie de l’Euro serait ici indolore. Pour ce qui est de J-L Mélenchon, l’erreur provient de son incompréhension du mécanisme des dettes publiques.

 

En ce qui concerne les dettes privées, une grande part de ces dernières est placée auprès d’acteurs français. Il n’y aura aucun problème en cas de sortie de l’Euro. Pour les entreprises multinationales françaises, une large part de leur endettement est souscrite par des non-résidents. Mais, ces entreprises font aussi une large part de leur chiffre d’affaires hors de France. Dès lors, en cas de sortie de l’Euro accompagnée d’une dépréciation du « nouveau » Franc, les dettes seraient réévaluées mais le chiffre d’affaires (et les profits) aussi ! Les calculs qui ont été fait par diverses banques indiquent que les deux mécanismes s’équilibrent.

 

La question des flux financiers

Il reste le problème des flux financiers entre pays, qu’ils soient dans la zone Euro ou hors de la zone Euro. Techniquement, les grandes banques internationales se sont déjà préparées à la perspective d’une dissolution de l’Euro. Il conviendrait de suspendre les transactions financières pour une durée de 24 à 72h, puis de limiter les mouvements à très court terme (qui relèvent essentiellement de la spéculation) pour une période d’environ 6 mois.

 

L’image d’une sortie de l’Euro provoquant un « désastre » relève donc de la fiction. C’est une fiction dont les partisans de l’Euro se servent pour alimenter des peurs au sein des populations. Il faut remarquer que ce sont les mêmes qui accusent Marine le Pen et le Front National de jouer sur la peur qui, en réalité, tiennent un véritable discours de peur et cherchent à provoquer une réaction de panique chez les électeurs. Ce point est important. En fait, la peur semble bien devoir être le seul argument que les partisans de l’Euro peuvent encore utiliser devant la faillite complète de l’Union Economique et Monétaire.

 

 Les avantages d’une sortie de l’Euro

Maintenant, il faut être aussi conscient que les avantages d’une sortie de l’Euro, et ces avantages sont nombreux que ce soit dans le domaine de la croissance, de l’emploi, mais aussi du rétablissement des comptes publiques, seront affectés par les conditions dans lesquelles se fera cette sortie et par la politique qui sera conduite une fois la question de l’Euro résolue. L’Euro peut disparaître par une décision concertée, commune à l’ensemble des pays de la zone, comme il peut disparaître par une succession de crise donnant lieu à des sorties, chacune aggravant la crise et conduisant un nouveau pays à sortir à son tour. Cette hypothèse est la plus défavorable.

 

Mais, même dans cette hypothèse, et en supposant que la France soit l’un des derniers pays à sortir de l’Euro, notre situation serait meilleure que la situation actuelle. Ensuite, un point important sera celui des politiques à mettre en place une fois la sortie de l’Euro effectuée. Il est clair que si le gouvernement alors en place donnait la priorité au désendettement de la France, et cherchait à maintenir le taux de change à un niveau surévalué, les avantages de la sortie de l’Euro seraient très faibles. Mais ils ne seraient pas nuls. Par contre, avec une politique rompant de manière décisive avec les politiques menées depuis ces 25 dernières années et donnant une priorité à l’investissement, les avantages d’une sortie de l’Euro seraient impressionnants[1]. C’est pourquoi j’ai toujours dit que la sortie de l’Euro était une condition nécessaire, c’est à dire que tant que nous restons dans l’Euro rien n’est possible, mais nullement une condition suffisante. Ce point est important car, trop souvent, nombre des adversaires de l’Euro présentent la sortie de la monnaie unique comme une panacée, ce qu’elle n’est pas.

 

Quand fut rédigée la brochure pour la fondation ResPublica où ont été estimées les conséquences possibles d’une sortie de l’Euro, une bonne part des discussions qui se sont déroulées avec Cédric Durand et Philippe Murer, les deux autres co-auteurs de cette dite brochure, portaient justement sur l’ampleur des gains que l’on pouvait attendre d’une telle sortie. Les premiers résultats, donnés automatiquement par le modèle nous avaient semblé fantastiques, au point que nous avons délibérément corrigé à la baisse certains de ces résultats. Même ainsi, une sortie de l’Euro conduirait à près de 2 millions de créations d’emploi supplémentaires à court terme, rien que pour la catégorie « A » de la DARES. Avec les effets induits (plus d’emplois implique plus de cotisation, donc un retour à l’équilibre des régimes retraites et santé, donc la possibilité de baisser les cotisations individuelles, etc…), on arriverait en cinq ans à près de 3,5 millions de créations d’emplois, c’est à dire à un retour au plein emploi. Il faut avouer que l’on peut avoir des doutes sur de tels chiffres, parce que les changements d’échelle impliquent des changements dans les relations économiques. Mais, on peut considérer qu’une baisse du chômage des deux-tiers constitue une prévision robuste et crédible.

 

L’Euro est-il une protection ?

Un dernier argument, fréquemment utilisé dans le débat sur l’Euro est que ce dernier permettrait aux pays membres de s’affirmer face aux Etats-Unis et à la Chine. Mais, cet argument ne correspond nullement à la réalité. La zone Euro, ou l’Union Economique et Monétaire pour l’appeler par son nom véritable, n’a jamais réussi à s’imposer face aux Etats-Unis voire à la Chine. Dans le domaine monétaire, actuellement l’Euro est, certes, la deuxième monnaie de réserve au monde en ce qui concerne les réserves des Banques Centrales. Mais, son poids est de 20%, ce qui est inférieur aux montants cumulés des monnaies des pays de l’UEM avant 1999. Le tout n’est donc pas supérieur à la somme des parties, ce qui témoigne de l’inexistence d’une dynamique de l’Euro.

 

Notons aussi que l’Euro a perdu sa deuxième place face au Dollar en ce qui concerne les monnaies de transactions financières internationales. Cette deuxième place revient désormais au Yuan ! Bien sûr, l’UE est un grand marché, mais ce n’est pas une puissance industrielle, en raison de l’incapacité à formuler une véritable politique industrielle à l’échelle de l’UE. En fait, nombre de projets qui sont présentés comme des projets « européens », ont été conçus dans des cadres bi ou multilatéraux. Il en est ainsi d’Airbus ou d’Ariane. En fait, la réalisation de tels projets serait rendu aujourd’hui si ce n’est impossible à tout le moins très difficile tant par les réglementations européennes que par l’existence de l’Euro.

 

Enfin, il faut se demander si l’UE, et la zone Euro, ont jamais été réellement conçues comme des instruments d’opposition à la politique des Etats-Unis. Cela recoupe la question de « l’Europe-Puissance » dont on a dit qu’elle était un mythe, voire un mensonge. En fait, la CEE et l’UE ont été conçues comme des appendices économiques à l’OTAN. L’UE a été le principal instrument de la mondialisation en Europe, le principal facteur de démantèlement des protections nationales. On le voit encore dans la manière dont se déroule la négociation sur le partenariat transatlantique ou TAFTA. L’UE est en réalité un cheval de Troie des Etats-Unis.

 

Vichy c’est l’Euro ?

Il faut ici réfléchir à ce que révèle ce type d’argument dans l’inconscient de ceux qui l’utilisent. Il y a aujourd’hui un pessimisme profond dans les élites françaises à propos de la survie de la France. Ce pessimisme qu’exprime un François Hollande ou un Nicolas Sarkozy, c’est celui qui pense que sans l’Union européenne il n’y aurait plus de France. Ce pessimisme pense que la France ne peut faire face au monde qu’en disparaissant dans une entité plus vaste. Or, ce discours, nous l’avons déjà entendu dans notre histoire, et en particulier de 1940 à 1944. Ce fut le discours du régime de Vichy, théorisant la défaite de juin 1940. Ce fut par exemple le discours de Pierre Laval, ancien socialiste et partisan de la déflation quand il fut Président du Conseil en 1935, deux points qui le rapprochent de François Hollande, quand il s’exclame sur les ondes de Radio-Paris « je souhaite la victoire de l’Allemagne ».

 

En fait la politique européenne menée par nos deux derniers présidents, que ce soit Nicolas Sarkozy ou François Hollande, s’inscrit, consciemment ou inconsciemment, dans la filiation de la politique de renoncement de Vichy. Il en est ainsi parce que ces deux hommes se sont toujours opposés en réalité au Général de Gaulle, et ne cessent de le combattre quotidiennement quand bien même ils le louent par la bouche ou la plume. Il faut donc ici revenir sur ce que le désastre de 1940 nous apprend sur les élites françaises, dont on sait qu’une partie préférait Hitler au Front Populaire. C’est en réalité ce vieux fond réactionnaire, pétainiste, héritier de Vichy, qui ressort dans l’argument que seul l’UE pourrait nous protéger face aux Etats-Unis et à la Chine.

 

[1] Voir Sapir J., Les scénarii de dissolution de l’Euro, (avec P. Murer et C. Durand) Fondation ResPublica, Paris, septembre 2013.

 

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 09:48

Mais que nous devons rembourser

Par Gérard Foucher

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 13:10
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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 08:48

Par François Ruffin

 

 

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 13:54

Par Jacques Sapir copié sur Comité Valmy

22 janvier 2015

Ainsi, Mario Draghi a bien utilisé le « bazooka ». L’annonce qu’il vient de faire le jeudi 22 janvier restera dans les annales. La Banque Centrale Européenne s’est donc converti à « l’assouplissement », ce que l’on appelle le « quantitative easing » (ou QE pour les initiés. Mais, il s’agit d’une mesure désespérée. Rien ne prouve qu’elle donne les résultats espérés. Elle soulève par ailleurs de nombreuses questions. En un sens, on peut y voir aussi, et c’est là peut-être le point le plus important, l’amorce d’une reconnaissance que la zone Euro ne fonctionne plus et qu’il convient d’en préparer la dissolution.

Les mesures annoncées.

Lors de sa conférence de presse Mario Draghi a donc fait une série d’annonce que l’on peut résumer comme suit :

 

•- La BCE a décidé de lancer un programme d’achat d’actifs étendu, qui rassemble mais aussi dépasse les programmes antérieurement annoncés (TLTRO). Ce programme, qui entrera en vigueur au mois de mars et se continuera jusqu’en septembre 2016, consistera dans des achats de titres obligataires privés et publics sur le marché secondaire pour un volume de 60 milliards d’Euros par mois.
•- Ce programme a été décidé en raison de l’effondrement de l’inflation et des risques que fait courir la déflation à la zone Euro.
•- Il sera mis en place sous une règle de proportionnalité à la contribution de chaque gouvernement au système de la BCE.
•- La BCE coordonnera les achats de titres qui seront effectués, dans les limites indiquées par les Banques Centrales Nationales (NCB).
La prise en compte des risques sera couverte à 20% par la BCE dans le cadre d’un principe de solidarité à l’échelle de la zone Euro, et pour le reste reviendra à chaque Banque Centrale.
•- Les titres achetés pourront avoir une maturité allant jusqu’à trente ans.
•- Ce programme ne doit pas inciter les gouvernements au laxisme budgétaire.

 

Ces mesures étaient attendues par les opérateurs des marchés financiers, mais l’ampleur du programme a favorablement impressionné ces mêmes opérateurs. Le montant total de cet « assouplissement » atteignant ainsi 1140 milliards. L’Euro a amorcé un mouvement de baisse par rapport au Dollars des Etats-Unis. Mais, d’autres détails sont aussi à noter, et en particulier la règle de proportionnalité dans les achats de dettes (qui implique que trois pays en bénéficieront le plus, l’Allemagne, la France et l’Italie) mais aussi la règle de solidarité qui est limitée à 20% des achats.

 

Une mesure désespérée ?

On doit se demander si cette annonce faite par Mario Draghi n’est pas la toute dernière mesure prise en désespoir de cause devant l’évolution de la situation économique, mais aussi politique, de la zone Euro. Rappelons les faits :

 

1.Mario Draghi avait brandi la menace d’une telle action dès le début du mois de septembre 2012. Si l’on s’en tient à la théorie de la crédibilité qui sert de base à la politique déclaratoire de la BCE, cette menace était faite pour ne pas être mise en pratique. Elle devait décourager de manière décisive les spéculateurs et tous ceux qui anticipaient une possible dissolution de la zone Euro. Or, il faut bien reconnaître qu’après environ un an où il fut cru sur parole, la crédibilité de Mario Draghi s’est lentement, puis de plus en plus rapidement, effritée. Ainsi, la dernière mesure visant les banques et datant de septembre 2014, ce que l’on appelle le « TLTRO » a été un échec. Cette perte de la crédibilité est un signe important de la crise que l’on connaît dans la zone Euro.

 

2.Les mécanismes permettant à cet assouplissement monétaire de relancer l’inflation et par là même l’activité économique ne sont pas clairs. En effet, l’Europe n’est pas les Etats-Unis, et même dans ce pays les résultats des QE1, QE2 et QE3 sont pour le moins mitigés.

 

◦Le rôle du crédit dans la consommation et dans l’investissement est nettement moins important en Europe qu’au Etats-Unis.Si l’annonce de cet assouplissement va certainement donner un coup de fouet aux marchés des titres (en particulier les marchés d’actions) et conforter les banques et autres sociétés financières, la détention de ces titres dans les portefeuilles des ménages est limitée. Il n’y aura donc pas d’effet de richesse réel qui pourrait dynamiser la consommation.

 

◦Si la baisse de l’Euro par rapport au Dollar des Etats-Unis est une bonne chose, il convient de rappeler que les pays de la Zone Euro, à l’exception de la France, font entre 60% et 70% de leur commerce international au sein même de la zone Euro. La dépréciation de l’Euro face au Dollar n’aura donc pas les mêmes effets de relance de l’activité qu’une dissolution de la zone Euro avec des dévaluations plus ou moins importantes des pays d’Europe du Sud par rapport à l’Allemagne.

 

•3. Il y a une contradiction entre la déclaration faite par Mario Draghi sur la nécessité de maintenir des politiques budgétaires strictes et cet « assouplissement ». En fait, face au risque de déflation, c’est par la politique budgétaire, et non par la politique monétaire que l’on lutte contre une récession et une déflation. Le problème principal en Europe est la baisse de la part des salaires ouvriers dans la valeur ajoutée.

 

On constate donc que, pour spectaculaire qu’elle soit, cette annonce est une réponse à une question qui n’était pas posée. En fait, l’assouplissement monétaire est cohérent quand on est face à une crise de liquidités, comme en septembre 2008. Mais ce n’est pas le cas actuellement.

 

La fin de la zone Euro ?

Il y a un point qui mérite d’être analysé, c’est la décision de limiter le mécanisme de solidarité devant les risques à 20% des achats. Cela signifie que, pour 80% de ces mêmes achats de titres, le risque devra être porté par la Banque Centrale du pays considéré. Or, le principe de mutualisation est à la base du fonctionnement de la zone Euro. Il faut aujourd’hui reconnaître que l’on a régressé vers la situation de 1999, c’est à dire au moment de la mise en place de la zone Euro, en matière de mutualisation.

 

•- Il y a eu, depuis 2010, un mouvement très important de renationalisation de dettes (que l’on peut voir dans le compte TARGET-2), qui signifie la fin du marché unique des dettes au sein de la zone Euro.

•- Désormais, nous savons que cette mutualisation ne s’applique qu’à 20% des achats de titres à venir. Autrement dit, la Banque Centrale de l’Italie portera 80% du risque pour l’Italie, la Banque Centrale de Grèce 80% du risque pour la Grèce, et ainsi de suite.

•- Enfin, on n’a pas remarqué que Mario Draghi s’est bien gardé d’annoncer la mise en œuvre immédiate de son programme et qu’il l’a renvoyé au mois de mars. La raison en est simple. Il attend que la Cours de Justice Européenne lui donne le feu vert. Or, l’avis de l’avocat général, qui n’est nullement un arrêt, stipule bien que l’application d’un programme de la BCE (dans ce cas l’OMT) doit respecter le principe de proportionnalité et ne doit pas interférer avec l’établissement d’un prix de marché pour les titres qui seraient éligibles à ce programme[1].

Une possible interprétation des mesures prises par Mario Draghi est qu’elles représentent une action désespérée de la part d’une partie de la BCE qui, devant l’ampleur de la crise, cherche à tout prix à trouver une solution, ne serait-ce que provisoire. Mais, ce faisant, cette fraction de la BCE vient d’ouvrir la porte à une renationalisation de la politique monétaire par les pays membres de la zone Euro. Il est probable que tel n’était pas le but recherché. Néanmoins, il deviendra de plus en plus difficile aux politiciens de la Zone Euro de prétendre que nous nous trouvons dans un système fédéral, alors que la politique monétaire redevient désormais nationale. Pour cette raison, et pour cette raison uniquement, il convient d’accueillir les mesures d’assouplissement monétaire annoncées par Mario Draghi avec une certaine satisfaction.

 

[1] « OPINION OF ADVOCATE GENERAL CRUZ VILLALÓN » Cas 62/14, article 263, 14 janvier 2015,
http://curia.europa.eu/juris/document/document_print.jsf ?doclan…eIndex=0&part=1&mode=req&docid=161370&occ=first&dir=&cid=205625

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 09:48

Par Valentin Martin et Jacques Maillard article originel repris sur Comité Valmy

Rafale, Mistral, et autres vents...
Les origines

En 1952, l’armée américaine implanta un commandement permanent en Europe (EUCOM). Plusieurs centaines de milliers d’hommes furent déployés de façon permanente sur le territoire européen. Mais après la « destruction » de l’URSS et jusqu’à ce jour, l’EUCOM resta implanté en Europe. Une de ses missions affichée était la vente d’armes à l’étranger (1).

 

 

Les industriels de l’armement étatsuniens n’ont jamais caché leur volonté d’hégémonie totale sur l’industrie européenne (2) . Néanmoins, au lendemain de la guerre froide, ils comprirent vite qu’un monopole total dans ce secteur n’était pas sans danger et qu’il pouvait entraîner un phénomène de rejet de la part de certains pays européens eux-mêmes dotés d’industries indépendantes. Ils mirent aussi en place un système plus subtil de dite « coopération » avec les industriels européens. Un cadre politique particulier leur permit de conserver leur domination, sous l’apparence d’une concurrence libre et non faussée entre Europe et Etats-Unis. En 1991, ils mirent en place le Conseil de la Coopération Nord-Atlantique (NACC), auquel succéda en 1997 le Conseil pour le Partenariat Euro-Atlantique (EAPC). Celui-ci faisait de la coopération en matière d’armement une priorité. Il était admis, tacitement puis explicitement, que les projets de coopération devaient être dirigés par les Etats-Unis, lesquels jouaient le rôle de « pays dirigeant » (« pilot nation »)(3) .

 

 

Au même moment, à travers l’intégration supranationale européenne, véritable corollaire politique de l’OTAN, avec le traité de Maastricht, une « Europe de la défense » biaisée voyait le jour : elle devait s’inscrire, selon son traité de fonctionnement, dans le « respect de l’alliance atlantique(3) », ce qui ne fut jamais démenti par la suite. En 1992 furent créés les Eurocorps, présentés comme une « force d’intervention spéciale de l’OTAN », structure ayant elle-même systématiquement été sous commandement américain.

 

 

La « coopération »

Les industries nationales de défense, notamment françaises, étaient alors considérées comme des industries excessivement politiques par les Américains. Souvent nationalisées, elles étaient contrôlées par l’Etat, dans le but d’équiper la Défense de la patrie et des nations alliées. En 1996, l’Union Européenne se dota d’une Organisation de coopération conjointe d’armement, l’OCCAR, afin de développer des projets d’armement dans un cadre européen. A une époque où la France était encore en dehors de l’organisation intégrée militaire de l’OTAN, cela permettait de renforcer les liens entre l’industrie de l’armement et l’OTAN. L’OCCAR développa plusieurs projets, comme le COBRA, le TIGRE ou l’A400M en coopération directe avec l’agence spécialisée de l’OTAN (NSPA (4) ).

 

 

En 2000, les grandes entreprises nationales d’aéronautique furent fusionnées en une société européenne, (European Aeronautic Defence and Space Company, EADS). Cela permit de marginaliser la production d’avions de chasse français. En effet, dans les années 80, 80% du budget de Dassault était consacré au militaire, aujourd’hui, 75% de son budget est consacré à la fabrication de jets privés destinés aux Etats-Unis ou aux Pays du Golfe. A plusieurs reprises la direction d’EADS manifesta un alignement sur les positions américaines, indépendamment des choix des dirigeants français (levée de l’embargo de vente d’arme à la Chine)(5) . En 2000, l’entreprise française d’électronique Thomson CSF devint Thales à l’occasion de son alliance avec l’américain Raytheon. L’armée américaine put tirer profit de nos systèmes électroniques et particulièrement de nos systèmes de détection sous-marine. Thalès Brest a produit presque tous ses sonars Flash pour l’armée américaine. Thales Underwater Systems a travaillé en collaboration avec Raytheon(6) .

 

 

En 2010, c’est DCNS qui se met « à l’heure européenne ». Un des cadres qui s’était occupé de l’intégration européenne d’EADS est nommé à la « Stratégie et Perspective ». Celui-ci préside une association réunissant les industriels de l’aéronautique américains et europeéns (USAIRE). Un poste des Affaires Européennes de DNCS fut créé à Bruxelles, siège de l’UE et de l’OTAN. Nouvel « Airbus naval », DCNS internationalisa la fabrication de ses navires et de ses sous-marins, en s’alliant avec la Grande-Bretagne (BAE Systems), laquelle constitue un des cinq yeux (« five eyes ») du Pentagone. Au choix qui aurait dû s’imposer, tant du point stratégique, qu’industriel et écologique, de construire un deuxième porte-avions à propulsion nucléaire, DCNS préféra payer des centaines de millions d’euros d’études aux Anglais, pour fabriquer un porte-avions à propulsion classique. De même pour les sous-marins : les Barracudas sont construits en collaboration avec les équipementiers anglais. Rappelons que le SNA « HMS Astute » s’était distingué en 2011 par une tuerie survenue à son bord. A cause des locaux de vie trop petits, trop chauds et trop humides, en dépit de l’augmentation du tonnage du bâtiment et de son automatisation, un des sous-mariniers était devenu fou.

 

 

Les importations outre-atlantiques

 

La constitution de l’Europe de l’armement a permis aux industriels américains d’y exporter leurs produits et de réduire la part de l’industrie des pays d’Europe dans les exportations mondiales (7). Les missiles sol-sol MILAN furent remplacés par les Javelin de Lockheed pour les troupes françaises en Afghanistan. Les avions JSF de Lockheed envahirent le marché européen. La vieille tradition de lobbying de la compagnie qui avait débuté dans les années 70 avec l’affaire Lockheed culmina. Neelie Kroes commissaire européen à la concurrence vient du directoire de Lockheed. Pourtant, les F35 sont très contestés, même au sein de l’armée américaine. L’armée française s’approvisionna en drônes MALE Reapers exclusivement auprès de Lockheed. Enfin, tous les projets dits « européens » qui firent doublon avec ceux de l’industrie américaine, comme Galileo, connurent des déboires, un surcoût et un retard important.

 

 

La recherche

 

 

Aujourd’hui, tous les corps de l’US Army ont leurs services de recherche chargés de « surveiller » (« monitoring ») la recherche en Europe. Pour la Marine, c’est l’Office of Naval Research, dont les bureaux sont à Londres et à Prague (ouvert en 2010). Les envoyés de l’ONR multiplient les visites dans les écoles publiques françaises comme l’Ecole Navale où elle finance des projets (NICOP), ou dans les industries en lien avec l’armement. Il existe les mêmes antennes européennes pour l’armée de terre (European Research Office) et l’armée de l’air (EOARD). Des agents de l’armée américaine, chargés de surveiller la recherche en France et dans les pays voisins, sont attachés au ministère de la défense. La nouvelle stratégie (8) du Department of Defence est la suivante : au lieu de financer des recherches nationales aux Etats-Unis, il faut tirer profit des découvertes à l’étranger, et pour se faire, accroître son emprise (« authoritative awareness ») sur les centres de recherche. C’est sans doute pourquoi le CNRS a vu la création de « zones à régime restrictif » militarisées dans la quasi-totalité de ses départements.

 

 

L’affaire des Mistral

 

 

 

Les choix d’exportation de matériel militaire ne constituent plus des décisions souveraines. Ainsi du refus de livraison des Mistral. Pour la France, il s’agit d’une aberration technologique car le savoir-faire est déjà transmis, économique puisque nous risquons de perdre 6 milliards d’euros à minima, et diplomatique. Six milliards d’euros, c’est cent euros environ par français, c’est la moitié du budget de la recherche et de l’université. Le précédent de la vente annulée de missiles de DCA S300 de la Russie à l’Iran porte à réfléchir : le contrat initial portait sur 800 millions de dollars, et l’indemnité que devait recevoir l’Iran était de 4 milliards de dollars, selon l’agence russe Novosti. De plus une partie des Mistral est construite en Russie : devrons-nous le couper à nouveau en deux pour le rendre aux Russes ? Enfin, nous risquons de perdre les contrats de Rafales avec l’Inde, qui attend pour signer le contrat définitif de constater la fiabilité de la signature de la France.

 

 

La destruction actuelle

 

 

Le cas des Mistral s’insère dans la destruction de notre « base industrielle et technologique de défense ». Par exemple :

 

 

1) en 2015, malgré les protestations au sein de l’Etat-major, nos chaînes satellitaires de télécommunications (COMSAT NG, ex-Syracuse) seront privatisées.

 

 

2) nous fermons les manufactures d’armes pour l’armée de terre, et les appels d’offre pour les futurs fusils d’assaut sont rédigés de manière à exclure les fabricants français (9).

le nouveau fusil d’assaut de l’armée, remplaçant du FAMAS, a peu de chances d’être français

 

 

3) La fabrication de chars lourds (Nexter) est stoppée, et la fusion-absorption par les industriels allemands est mise en place. Le GIAT privatisé ne sera plus qu’une succursale allemande (rêve d’outre Rhin).

 

 

4) La fermeture des hôpitaux militaires a pour effet, en dehors de faciliter la privatisation de notre appareil de santé national, livré aux compagnies privées telle General Electric (PDG Mme Gaymard), de détruire et vendre par appartement le patrimoine national, mais aussi d’affaiblir une part essentielle du système de défense.

 

 

5) L’abandon systématique de la langue française imposé par le gouvernement et l’Europe dans nos laboratoires, nos universités et nos écoles a pour but de faciliter notre intégration dans le système guerrier occidental et de supprimer notre autonomie intellectuelle scientifique et technique, capitale pour élaborer une souveraineté militaire.

 

 

6) Il est clair que la destruction ou la mise sous tutelle de l’appareil de production industrielle, agricole, accompagnée de celle des systèmes de transports et de communication, passant sous contrôle étranger, renforce cette politique d’intégration atlantique strictement militaire.

 

 

7) Le Traité transatlantique UE-USA (TAFTA), en cours de négociation secrète par la Commission de Bruxelles et qui jusqu’ici, a reçu à cet égard un chèque en blanc des gouvernements, imposerait sous hégémonie étasunienne, des appels d’offre, des normes, et donc des politiques industrielles de défense totalement intégrées aux pays signataires du TAFTA. Cette même réalité de renoncement national s’imposerait également, aux pays signataires de l’Accord de Partenariat Trans pacifique (Japon, Taiwan et Corée).

 

 

Conséquences

Cette politique a quatre conséquences immédiates :

 

 

1) Création de conditions matérielles devant empêcher le peuple français de pouvoir se défendre face à un coup d’état ou une invasion aidée par un pouvoir traître. Ceci est renforcé par l’abandon de la conscription. C’est aussi empêcher face à des troubles (guerre civile incitée par l’étranger mettant en cause communauté ou territoire), la capacité de répondre d’un gouvernement souverain. Sans armes, la notion de souveraineté est vidée de son contenu. Ainsi la limite des eaux souveraines fut autrefois fixée à 3 milles nautiques, distance qui correspondait à la portée d’un canon.

 

 

2) Empêcher la possibilité pour le peuple français de conserver son indépendance de décision, en particulier de refuser d’entrer dans un conflit qui n’est pas le nôtre (Irak, Syrie, Russie, Iran...).

 

 

3) Provoquer une perte importante d’emplois, de compétences, de savoirs et de savoir-faire. En particulier, les savoirs les plus importants concernent la synthèse des informations et l’intégration des compétences. En abandonnant la construction de systèmes complets (ex. Rafale, Famas) et en s’intégrant dans un « grand système mondial d’armement », même si le nombre d’emplois peut augmenter dans un premier temps, à terme c’est une perte sèche qui se produit.

 

 

4) Cette « vente par appartement » permet de briser toute synergie entre les acteurs français, et d’annihiler la liberté de recherche et d’expression dans les laboratoires concernés. Ainsi s’explique sans aucun doute la création de « Zones à Régime Restrictifs » dans tous nos laboratoires civils, publics et universitaires, imposant sous le prétexte ridicule de « protection du patrimoine », un régime de couvre-feu et de secret paranoïaque incompatible avec toutes les traditions et principes académiques et scientifiques.

 

 

Prospectives

 

De nombreuses personnes, pensent que le démantèlement du « complexe militaro-nucléaro-industriel français » est une politique pacifique et anti-impérialiste.
Il s’agit exactement du contraire .

 

 

1) Si le système actuel n’est pas sans défaut, il permet encore de refuser un conflit. Le peuple français peut, par exemple grâce à référendum prendre des décisions. En Suisse les Grippen, le concurrent du Rafale, ont été renvoyés en Suède par un tel référendum suite à la constatation de surcoût de maintenance inacceptable. Si les conditions politiques ne sont pas actuellement réunies, nous ne devons pas pour autant supprimer les conditions matérielles de la souveraineté populaire qui existent encore.

 

 

2) Le système français n’est pas aussi puissant que le système US (heureusement), et donc il est ouvert à des coopérations sur un plan plus égal avec la Russie, le Brésil ou d’autres. Toute coopération non atlantique éloigne la politique française de la politique de l’OTAN. Toute coopération atlantique, et en particulier avec les USA, engage la France dans la politique des USA. C’est la raison pour lesquels les atlantistes français, déclarés (UMP, PS, Modem) ou cachés (Verts, trotskystes) dénigrent systématiquement l’appareil industriel français, par exemple quand le ministre Hervé Morin dénigrait le Rafale lors de sa visite officielle au Maroc.

 

 

3) Aux gouvernements des nations occidentales, ou dans leur très proche entourage, se trouvent un certain nombre de personnages désirant ouvertement la guerre, pour maintenir leur prédominance. George Soros aux côtés de Moscovici, Lamy, Piketty, Verhoefstadt, et Enrico Letta a récemment développé la thèse suivante :
la guerre avec la Russie permettra de redonner une « nouvelle vie » à l’Union Européenne en crise (10). La nouvelle « guerre froide » ou « guerre hybride »(11) déclarée à la Russie dans l’est de l’Europe par les USA, l’OTAN et l’UE permettrait de mettre en place cette « économie de guerre ». Le problème de la dette se résoudrait par des investissements massifs dans la production d’armes, les profits en retour étant assurés et massifs car la guerre, même hybride ou froide, ne permet pas de restriction. Par contre, ceux qui sont en dehors de cet effort n’ont aucun droit, et perdront tout.

 

 

4) Au sud, parallèlement c’est le chaos qui règne, en Afrique et au Proche-orient, et si possible en Amérique Latine (Colombie, Mexique...). La France perd toute autonomie politique, au nom de la destruction de la « Françafrique », pour ne devenir qu’un acteur à la fois prédateur et compassionnel de la politique atlantiste. L’armée française devient essentiellement une armée d’accompagnement de l’impérialisme US. La politique énergétique, qui transforme AREVA en fournisseur mondial de minerais (pour les chinois en particulier) tout en abandonnant des parties cruciales de notre indépendance énergétique (l’enrichissement de l’uranium en France, contrat URENCO, est fait par des boites noires US...) est une pierre angulaire de cette politique néocoloniale néfaste pour la France et pour l’Afrique.

 

 

5) Il faut en dernier lieu signaler que la guerre froide dans l’est de l’Europe peut se transformer en guerre chaude, voire très chaude :

 

a) Un exercice de l’OTAN se déroule en Estonie, sur le thème : « défense de l’Estonie par l’OTAN en application de l’article 5, suite à une attaque de la Russie ».



b) Un exercice de « défense civile » a été fait en Russie du 4 au 8 octobre mobilisant la moitié de la population (60 millions) et 300 000 sauveteurs (préparation aux bombardements, éventuellement nucléaires).

 


-c) La Russie, avec l’accord de 80 % de la population, augmente de 30 % son budget militaire l’année prochaine.



d) de multiples incidents ont lieu entre l’OTAN et la Russie, incidents qui peuvent à tout moment dégénérer.

 

 

L’utilisation de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord contre la Russie impliquerait la guerre généralisée en Europe. A terme (4-6 mois), ce serait la mobilisation générale de tous les jeunes, garçons et filles recensés. En Ukraine la mobilisation a été déclarée pour tous les hommes entre 18 et 60 ans. Les gares sont bloquées par la police qui rafle tous les jeunes pour les envoyer au front. La guerre moderne n’est pas la guerre de 14 ou de 40. Les soldats seraient d’abord formés, en particulier au grand jeu vidéo (12) , pendant que l’industrie se reconvertirait en quelques mois de la fabrication de voitures, d’Airbus, d’électroménager, en celle de missiles, avions de chasse, pièces détachées, etc. Dans le cas d’une guerre sous contrôle de l’OTAN, cela permettrait, comme sous l’occupation allemande entre 1940 et 1944, que l’industrie et l’économie française passe sous contrôle total et exclusif des maîtres du moment, à savoir les Allemands et les USA aujourd’hui.
Les jeunes partiraient au front, pas forcément pour une année, mais peut-être pour quelques jours, ou quelques semaines, et ce n’est qu’une fois le processus engagé que le peuple verrait dans quelle horreur les démagogues et les traîtres (13) l’auraient emmené.

 

Notes :

(1) Voir les déclarations de Kapstein, Johnson (vice-président de l’Aerospace Industry Association).
(2) Guide pour la coopération en matière d’armement
(3) 17.1 alinéa 3 TUE
(4) OCCAR
(5) « Les menaces américaines …. montrent clairement que nous devons tenir compte des Etats-Unis pour ce qui touche à la Chine et Taïwan. Nous sommes dépendants et vulnérables. » (Rainer Hertrich, co-président du directoire d’EADS).
(6) Projet AN/AQS-22

(7) Selon une étude parue en 2013, de 1992 à 2008, les Etats-Unis ont livré aux pays de l’UE : 1663 chars de combat, 857 véhicules blindés de combat, 321 pièces d’artillerie de gros calibre, 324 avions de combat, 94 hélicoptères d’attaque, 6 navires, 6903 missiles et lanceurs. Inversement, les industriels européens n’ont quasiment rien livré aux Etats-Unis. En Europe, les avions de chasse européens sont quasiment trois fois moins nombreux que les avions de chasse américains. Quant aux exportations européennes, de 2003 à 2008, elles chutèrent de 35% des parts de marché mondial à 14% en direction des pays en voie de développement, et de 34% à 16% en direction des pays développés. Les parts des Etats-Unis, elles, restent constantes à plus de 40%.

(8) Strategic Engagement in Global S&T :: Opportunities for Defense Research » (2014)
(9) DSI, septembre 2014
(10) Paris Match et Nouvel Obs
(11) déclaration du SACEUR, commandement militaire de l’OTAN en Europe
(12) Voir l’utilisation militaire du jeu Call of Duty
(13) Code Pénal article 411-2 et 411-3

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 07:59

par Jacques Sapir

août 19th, 2014

 

Il est maintenant acquis que la croissance en 2014 devrait être de 0,5%, ce qui implique bien entendu une forte hausse du chômage (le niveau de croissance stabilisant le chômage étant de 1,3%) mais aussi du déficit public et de la dette. Les perspectives pour 2015 ne sont pas, elles non plus, des plus brillantes. L’agence de notation Moody’s estime que la croissance sera inférieure à 1%. La menace d’une déflation, de ce que l’on appelle en économie la « spirale déflationniste », est aujourd’hui réelle. Cette spirale, c’est celle qui a frappé l’Europe après la crise de 1929, dont l’enseignement a été retiré des programmes d’Histoire des lycées aux fins d’allègements…

Le ralentissement de l’investissement productif que la France connaît depuis maintenant près de trois ans pèse sur ces perspectives pour deux raisons. La première est que la faiblesse du renouvellement du capital productif pénalise l’efficacité du secteur productif : c’est l’effet offre. Mais, il y a une seconde raison. Si la productivité française augmente moins vite que celle de ses concurrents, nos entreprises « résidentes » se verront évincées des marchés tant internes qu’externes. Pour éviter cela, elle devront réduire encore plus leurs marges, qui sont pourtant à un niveau historiquement faible, ce qui entraînera une nouvelle contraction de l’investissement ; c’est l’effet demande.

Des mesures comme le fameux « Pacte de responsabilité » ne peuvent jouer qu’à la marge. Les fameux 50 milliards, dont le gouvernement nous rabâche les oreilles, seront trop étalés dans le temps pour avoir un effet notable. Par ailleurs, ce « Pacte » va entraîner une pression à la baisse sur les rémunérations des salariés, ce qui va peser négativement sur la consommation. Dans ces conditions, il est plausible –si la situation internationale ne se dégrade pas- que la croissance en 2015 soit de 0,8%. Mais, compte tenu des tendances actuelles à la dégradation, on peut prévoir un taux inférieur, et l’année 2015 pourrait bien être aussi mauvaise que ne le sera déjà 2014. Nous devrions atteindre le cap des 4 millions de demandeurs d’emplois (pour la catégorie « A » seulement…).

 

Ces chiffres, cependant, sont loin de dire toute la réalité. Certes, ils sont nécessaires. Sans ces mesures macroéconomiques, ces raisonnements dépersonnalisés, il est impossible de faire des prévisions sur l’avenir. Mais, derrière ces chiffres, se cache une misère et un désespoir affreux. Le désespoir est aujourd’hui accru par l‘absence totale de perspective pour la France. Un indice nous en est donné par les chiffres des suicides. Si la fréquence des suicides baisse en France (tout en étant élevée pour l’Europe et le monde), cette baisse est due à une meilleure prévention des suicides d’adolescents (et de jeunes) ainsi qu’à une diminution nette chez les plus de 64 ans. La fréquence reste identique dans la tranche d’âge 44-64 ans, celle justement qui est la plus touchée par le chômage, et en particulier le chômage de longue durée. La résignation du gouvernement, celle qui transpire des déclarations d’un Michel Sapin ou d’un Manuel Valls, celle qui se cache sous les oripeaux d’un pseudo « discours de vérité », a, à cet égard, des conséquences catastrophiques. Ce n’est pas la même chose de subir une crise passagère ou de se dire que l’on n’a plus d’avenir. Il ne faut pas aller chercher plus loin les causes de la dépression française, dont on peut mesurer à chaque instant l’ampleur et la profondeur. Oui, messieurs du gouvernement, LE CHÔMAGE TUE ! Ce n’est pas quelque chose que l’on peut soigner par des aides et des subventions (si utiles soient-elles par ailleurs). Et le chômage va tuer de plus en plus, directement et indirectement. De cette misère, de ce désespoir, de ces morts, vous êtes directement responsables, messieurs du gouvernement.

 

Car, une autre politique est possible. Il faut lire ce que des banquiers, parfois saisis d’un accès de lucidité, écrivent : « L’autre cause de la déflation est l’euro dont les erreurs de conception apparaissaient désormais avec effarement. C’est ainsi que la logique des pays du Nord, qui était fondée sur une désinflation compétitive se transforme en déflation récessionnaire. L’euro est devenu une monnaie génétiquement déflationniste »[1]. Il est clair qu’il faut sortir, et sortir vite, de ce piège mortel. Contrairement à ce qu’affirment les prétendus « décodeurs » du Monde[2], le problème est bien moins compliqué que ce que l’on pense. La question de la dette publique se fonde sur une jurisprudence constante, tant internationale que nationale, depuis les années vingt. La dette émise sur le sol français sera remboursées dans la monnaie de la France, quelle que soit cette monnaie. De ce point de vue, les « experts » de la fondation Copernic se trompent, et ne connaissent nullement les pratiques juridiques. Il n’y aura pas de procès en chaîne, car les « plaignants » savent qu’ils les perdraient. Rappelons que, pour un Français achetant de la dette aux Etats-Unis, et qui perd parce que le Dollar baisse par rapport à l’Euro, il n’y a AUCUN recours !

 

 

Pourcentage des dettes émises en droit national et étranger

 

 

Seule, une sortie de l’Euro, réalisée rapidement, d’ici la fin de 2015, est en mesure de redonner du dynamisme à l’économie française, et de permettre de réduire substantiellement le chômage. Je l’ai déjà dit et écrit à de nombreuses reprises, cette sortie de l’Euro, et toutes les mesures connexes qui devraient être prises, ne règlera pas tous les problèmes. Mais, aucun de ceux-ci ne pourra être réglé tant que nous serons dans l’Euro.


[1] Colmant B., « La déflation serait la dernière défaite de l’euro », 19/08/2014, https://blog.degroof.be/fr/article/la-deflation-serait-la-derniere…
81bbb&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

[2]http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/08/18/les-nouveaux-arguments-du-fn-pour-sortir-de-l-euro_4473049_4355770.html


 

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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 17:16

Par Jacques Sapir

1 mai 2014

Cher Guillaume Etievant,

Vous êtes Secrétaire National du Parti de Gauche à l’économie et au travail. Vous êtes aussi un des co-auteur de « Que faire de l’Europe ? Désobéir pour reconstruire. »(0).

Vous avez publié à la fois sur la revue « À Gauche » ainsi que sur votre blog un article consacré à l’Euro[1]. Cet article contient des confusions, des inexactitudes et des contre-vérités. Mais, surtout, je considère que sa position de fond est fausse et extrêmement dangereuse dans la situation actuelle, à la veille des élections européennes. Or, vous avez d’importantes responsabilités politiques. On peut considérer que ce que vous dites représente la position officielle du PG. C’est pourquoi je vous adresse cette « lettre ouverte », dont je regrette la dureté du ton, mais celle-ci s’impose tant au regard du contenu de votre propre texte qu’à celui de vos responbalitiés.

 

Un étrange rapport avec la réalité...

Votre article contient aussi des choses qui me semblent très justes, que ce soit sur la description des conséquences et de la logique de la déflation, ou sur la politique de la BCE. Mais, ces points sont hélas gâchés par des erreurs de logique.

1.Vous écrivez « L’euro vaut aujourd’hui 1,39 dollar, soit le taux le plus élevé depuis trois ans. Ses conséquences sont connues de tous : accentuation de la désindustrialisation, explosion du chômage à plus de 12% dans la zone euro ». Cela implique que vous reconnaissez la pertinence de l’effet des prix et du taux de change sur la compétitivité. Mais, à la fin de votre article vous écrivez ensuite : « le problème fondamental de l’économie française, c’est le coût du capital beaucoup trop élevé et la compétitivité hors-prix ». C’est incohérent. Si votre seconde affirmation est vraie, alors la première ne peut l’être. Et si la première est vraie, la seconde est nécessairement fausse. Soit il y a un problème de compétitivité prix, et le taux de change de l’Euro est un vrai problème, soit il n’y a que des problèmes de compétitivité « hors-prix » et le taux de change ne joue plus. En fait, il est connu, et les nombreuses notes de Patrick Artus de NATEXIS le montrent bien, que le problème de l’industrie française est bien la compétitivité prix. Les études faites au Ministère des Finances le confirment, qui établissent qu’une dévaluation de 10% entraîne une hausse de la croissance de 1,8% sur deux ans. L’invocation des phénomènes de compétitivité hors-prix est incohérente dans votre article. Non que ces phénomènes n’existent pas, mais leur rôle est aujourd’hui mineur, comme le démontrent tous les travaux faits sur cette question, dans le cas français.

 

2.Quand vous écrivez : « Le Front de Gauche, lui, n’oublie pas les rapports de force entre capital et travail. Et la sortie de l’euro n’est pas la condition préalable pour l’inverser dans le sens des salariés ». Vous vous trompez profondément. Frédéric Lordon dans son ouvrage La Malfaçon[2] établit, après d’autres[3], que l’euro est bien la clé de voûte de la politique libérale en Europe et en France, ce qui en fait un objectif stratégique pour tous ceux qui entendent casser l’emprise du libéralisme sur notre pays. Plus grave encore ; vous écrivez « Nous pouvons donc la faire bouger, contrairement à ce qu’affirment les partisans d’une sortie immédiate de la zone euro, pour lesquels la monnaie unique est à jeter avec les poubelles du néolibéralisme ». C’est très exactement ce que disent ceux que vous qualifiez, et je ne vous en fait pas le reproche, de « solfériniens ». L’Euro, dans sa construction comme dans ses structures est consubstantiel au néolibéralisme. Nous ne parlons pas d’une hypothètique monnaie unique, mais bien d’une monnaie réelle, à laquelle nous sommes confrontés. Dans l’idée que vous introduisez qu’il y aurait une possibilité d’un euro meilleur, il y a une grandissime illusion. Celle qui consiste à penser que nos idées sont plus importantes que la réalité. Et cette illusion n’a qu’une fonction : justifier la position que vous prenez et qui consiste à ne pas s’attaqueur de front à la monnaie unique.

3. Vous appelez à une modification des statuts de la BCE et à la « désobéissance » en matière de politique monétaire. Pour ce qui est de la BCE, vous n’êtes pas sans savoir qu’un changement de statut se fait à l’unanimité. Tenter de convaincre les 17 autres pays prendra du temps, et vous aurez – si jamais vous y réussissez – une longue barbe blanche… Quant au principe de « désobéissance », il faut savoir de quoi l’on parle. Soit c’est un slogan, cela fait bien dans les meetings et permet d’amples mouvement de manche. Soit il faut regarder qu’est-ce que cela veut dire dans la réalité. « Désobéir » signifie se mettre en contradictions avec un traité (celui de Lisbonne) et/ou avec des réglementations européennes. Or, un certain nombre de points des traités ont été inscrits dans la Constitution française. Si vous procédez par la loi, vous serez confronté à la censure du Conseil Constitutionnel. Bien entendu, on peut recourir à l’article 50 du traité de Lisbonne, et sortir de l’UE. Mais, c’est une procédure longue. Par contre, si vous annoncez la sortie de l’Euro comme une « mesure d’urgence » relevant uniquement des compétences gouvernementales, le Conseil Constitutionnel n’aura rien à dire, et les événements consécutifs à cette décision rendront rapidement caducs les points qui furent modifiés dans notre Constitution pour s’adapter aux traités. Donc, sur ce point l’argument de la « désobéissance » est soit purement propagandiste et pédagogique, et il n’a pas sa place dans votre article ni dans la discussion, soit une manière camouflée de dire que l’on va ne rien faire. Dans ce cas, c’est de la malhonnêteté pure et simple.

 

4. Vous appelez aussi à refuser de rembourser la dette publique. Sachez que c’est une mesure désespérée qu’il vaut mieux éviter. Elle nous isolerait du reste du monde et ceci bien plus que la perte de valeur que provoquerait une dévaluation de 20% du franc retrouvé. Sur ce point, toutes les banques savent qu’elles sont exposées à ce type de risque, et elles s’en protègent, plus ou moins bien. Par ailleurs, la position du gouvernement français serait, en l’occurrence, appuyée par un arrêt datant de 1930 de la Cour Internationale de La Haye, établissant qu’une dette – privée ou publique – doit être remboursée dans la monnaie ayant cour légal dans le pays où elle a été émise. Ceci coupe court à toute tentative d’aller devant des tribunaux. Mais, ce n’est pas la même chose en cas de défaut, et encore plus dans le cas d’un défaut asymétrique où seuls les non-résidents porteraient le coût du défaut. Donc, la seule position juridiquement possible est celle d’un défaut, total ou partiel, touchant la totalité des détenteurs de titre émis par l’État. Mais, sachant qu’aujourd’hui une part non négligeable de la dette française est détenue par des banques françaises, comment règlerez-vous le problème de l’actif de ces banques ? Légalement la dette est honorée ou n’est pas honorée, mais on entre dans des problèmes juridiques sans fin si on l’honore pour certains et pas pour d’autres. Cette proposition manque totalement de sérieux et de crédibilité. Cela peut constituer un point de propagande, mais certainement pas la base d’une politique.

 

5.Vous affirmez que je serai un partisan de l’austérité salariale, déformant sciemment mes propos : « L’économiste Jacques Sapir, partisan d’une sortie de l’euro, l’affirme lui-même quand il écrit qu’en cas de sortie il faudrait « un blocage temporaire (3 mois) des prix et des salaires, et la constitution d’une“conférence nationale sur les rémunérations” avec le gouvernement, les syndicats et le patronat pour négocier les conditions de sortie du blocage ». Or, vous ne pouvez ignorer le contexte de cette déclaration. Elle vise à contenir un risque de dérapage inflationniste trop important et à redonner du pouvoir aux travailleurs en sortant les négociations salariales de la logique d’entreprise et en l’installant dans une logique globale où le gouvernement pourra intervenir. C’est donc très précisément le contraire de ce que vous prétendez me faire dire. Ici aussi, il y a beaucoup de malhonnêteté dans vos propos. Tout ceci contribue à faire penser que vous entretenez un étrange rapport à la réalité. On ne sait jamais de quel point de vue vous parlez. Est-ce celui du militant ou de l’expert ? En fait, vous jouez sur les deux tableaux pour ne pas dire les choses. Mais, pourtant, elles sont dites, et elles ne vont pas dans le bon sens.

 

Une incompréhension majeure.

Ce que révèlent ces différents points, c’est que vous ne comprenez pas le rôle de verrou central, de clef de voûte, que joue l’Euro dans la financiarisation[4] et la politique néo-libérale mise actuellement en œuvre[5]. Ceci a pourtant été compris par de nombreux économistes de gauche et d’extrême-gauche[6], Bernard Maris étant le dernier, mais non le moindre.


L’Euro permet de faire jouer à plein la concurrence entre les travailleurs des pays inclus dans le système de la monnaie unique, avec les conséquences néfastes que l’on connaît et qui ont été remarquées d’emblée dans le domaine de…la finance[7] ! Le Système monétaire européen en effet ne satisfaisait nullement l’Allemagne. Il laissait trop de possibilités aux autres pays de rééquilibrer leur position par des dévaluations successives. Il fallait, pour les dirigeants allemands, sécuriser l’accès des produits de leur industrie aux marchés de leurs voisins. Mais, d’un autre côté, il fallait aussi pour l’Allemagne éviter à tout prix la solution de l’union de transfert. Les gouvernants allemands percevaient clairement dès cette époque que toute union budgétaire, ne serait-ce que partielle, conduirait leur pays à devoir subventionner les autres pays membres.

 

C’est pourquoi l’acte fondateur de la monnaie unique insiste-t-il sur la notion de la responsabilité budgétaire individuelle de chaque pays. Pour les dirigeants allemands il ne pouvait donc être question d’une union de transfert et il faut comprendre pourquoi. L’effondrement de la démographie allemande impliquait que ce pays ne renouvellerait plus ses générations. Le taux de fécondité[8], qui était encore de 2,03 à l’orée des années 1970, était tombé en 1990 à 1,45[9]. Le versement des retraites futures allait donc, et de plus en plus, dépendre de la richesse accumulée et capitalisée. Ceci avait deux conséquences importantes. Tout d’abord, il fallait à tout prix éviter tout prélèvement extérieur sur la richesse nationale. La thésaurisation de cette dernière devait servir à payer les retraites futures des Allemands. L’Euro garantissait à la fois un libre accès à l’industrie allemande aux marchés des pays membre de l’Union monétaire, mais elle pérennisait aussi les institutions de la financiarisation, dont on perçoit mieux désormais les effets profondément pervers[10].Par ailleurs, il faut toujours se souvenir que l’idée de l’Euro est née dans la logique néo-classique d’une parfaite circulation des capitaux, ce qui est la base même de la financiarisation. Sous sa forme moderne, elle fut lancée par Robert Mundell en 1961[11]. Elle partait du constat théorique qu’une économie, en régime de libre-échange et de libéralisation des capitaux, ne pouvait plus avoir de politique monétaire indépendante si l’on était en présence d’une mobilité parfaite – ou quasi parfaite – des capitaux[12]. C’est donc l’argument de l’inanité d’une politique monétaire nationale qui fut utilisé, tant auprès de l’opinion que dans les cercles gouvernementaux, pour faire accepter la monnaie unique. En effet, renoncer à quelque chose dont on n’a plus les moyens ne coûte guère, du moins en apparence. Un article publié il y a dix ans de cela dans une revue d’histoire de la pensée économique révèle bien que la liberté de mouvements des capitaux constitue une hypothèse absolument centrale et, en réalité, fondatrice aux travaux de Mundell et à ceux qu’il a inspirés[13] En fait, on constate qu’il y a une dimension pathologique, une dimension que l’on peut considérer comme folle dans ce projet. J’ai, dans un texte récemment posté sur mon « carnet » RussEurope, insisté sur le lien qu’il y avait entre le refus de prise en compte de l’hétérogénéité et le refus de la souveraineté, y compris monétaire[14]. On retrouve ce raisonnement à chaque fois que l’on est confronté à la théorie néoclassique et à ses fantasmes glaçants d’homogénéité des agents et des situations[15], de négation du temps et d’absence de la monnaie[16]. Parce que l’on croit détenir un savoir d’une essence supérieure, on veut à tout prix que la réalité s’y conforme. Telle est d’ailleurs la base de la dérive totalitaire de nombreux économistes[17].

 

Ajoutons ici le fait que les rythmes d’inflation dans les États membres sont restés fortement divergents. Une étude des dynamiques de l’inflation réalisée dans les pays de la zone euro revêt ici une importance particulière[18]. Le travail de Christian Conrad et Menelaos Karanasos démontre qu’il n’y a pas de dynamique unique de l’inflation au sein des pays de la zone euro[19].

 

À contrario, si les capitaux ne sont plus libres de se déplacer, ils sont obligés de se soumettre aux taux d’intérêt du pays dont ils sont issus. Une politique monétaire nationale, une fois délivrée de la pression des marchés financiers, retrouve son efficacité et peut avoir sa cohérence avec une politique économique. L’introduction de contrôles des capitaux est aussi une condition nécessaire à la limitation des risques de crise financière[20]. Mais, nous savons bien qu’il sera impossible d’arriver à un accord sur ce point avec les 17 autres pays de la zone Euro. C’est aussi un argument important en faveur d’une sortie de l’Euro.

 

En fait, la monnaie est une construction sociale[21]. Mais, comme toute institution, elle ne peut se concevoir isolément, en dehors des effets et de l’existence d’autres institutions dont la présence assure sa stabilité. Mais, si vous changez les conditions de fonctionnement de la monnaie, si vous modifiez de manière importante cette institution – ce qui sera la cas quand nous passerons de la monnaie unique à nos monnaies nationales – cela entraînera nécessairement le besoin de modifier les autres institutions.

 

Une sortie de l’Euro aurait bien des avantages, et vous le savez pertinemment. Bien entendu, elle ne réglerait pas tous les problèmes, et je n’ai jamais prétendu qu’elle serait une panacée. Mais, une sortie de l’Euro est la condition nécessaire pour que se mette en œuvre une autre politique, et en particulier pour pouvoir reconstruire un rapport de force plus favorable aux salariés. C’est ce qui fait la différence entre condition nécessaire et condition suffisante. Cela imposerait aussi de revenir à un système de réglementation strict des mouvements de capitaux, ce que le FMI désormais admet[22]. Faute d’avoir compris cela, vous n’avez rien compris.

 

Une responsabilité Historique.

Cette incompréhension des problèmes me semble hélas massive chez vous. Mais, vos propos ne sont pas ceux d’un simple collègue, d’un économiste ordinaire. Vous avez des responsabilités au Parti de Gauche et il me faut donc considérer votre texte comme une prise de position officielle. En persistant à vouloir ménager le chèvre et le chou, en vous refusant d’assumer l’attaque contre l’Euro en tant que clef de voûte du système actuel, non seulement vous contribuez à répandre la confusion et le désespoir autour de vous, mais vous vous constituez de fait en soutien à ceux qui sont bien déterminés à défendre ce système à tout prix. De fait, c’est à cause de vos positions que le Front National continue de monter dans l’opinion.

 

Cher Guillaume Etiévant, une porte doit être ouverte ou fermée. Sinon, on se fait coincer les doigts dans la charnière et l’on se prend le battant sur le nez. Demandez-vous quelle est la cause de la stagnation du Parti de Gauche et du Front de Gauche, en dépit d’une situation qui devrait hélas vous avantager. Je lis donc votre texte comme une preuve que vous vous débattez toujours avec vos ambiguïtés et que celles-ci risquent de peser de manière considérable sur les résultats aux élections européennes. Je vous le dis en amitié et en toute franchise : si vous deviez vous attarder trop longtemps sur ces positions erronées je me verrai obligé de considérer que le Front de Gauche et le Parti de Gauche auraient rejoint le camp des eurolatres. Il est grand temps, il est plus que temps, que vous précisiez votre position et que vous affirmiez que la sortie de l’Euro est, en raison de la place centrale de la monnaie unique dans le système néo-libéral et financiarisé, un objectif central à la construction de toute politique alternative.

Mise en ligne CV : 1er mai 2014


(0) ATTAC/Fondation Copernic, éditions les liens qui libèrent, avril 2014

[1] Etiévant G., L’euro : on peut s’en sortir !, URL :
http://guillaumeetievant.com/2014/04/27/leuro-on-peut-sen-sortir/

[2] Lordon F., La Malfaçon, Paris, Les Liens qui libèrent, 2014.

[3] J’ai consacré moi aussi des développements importants sur ce point dans Sapir J., Faut-il Sortir de l’Euro ?, Paris, Le Seuil, 2012.

[4] P. Arestis et S. Basu, “Financial Globalization and Regulation”, The Levy Institute of Bard College, Working Paper n° 397, Annandale on Hudson, NY, Decembre 2003

[5] Lordon F., La Malfaçon, op.cit..

[6] Par exemple Bibow J., « Global Imbalances, Bretton Woods II and Euroland’s Role in All This » in J. Bibow, A. Terzi (dir.), Euroland and the World Economy : Global Player or Global Drag ?, New York, Palgrave Macmillan, 2007

[7] Scalera C et A. Zazzaro, « The Unpleasant Effects of Price Deregulation in the European Third-Party Motor Insurance Market : A Theoretical Framework », The B. E. Journal of Economic Analysis & Policy, vol. 7, 2007, disponible sur le site Bepress.com www.bepress.com/bejeap/vol7/iss1/art50

[8] Qui mesure le nombre moyen d’enfants par femme en âge de procréer.

[9] J. Schmidt, « Die Verschiesbung der Bevölkerungsstruktur in der Bundesrepublik und ihre Folgen », in R. Hettlage (dir), Die Bundesrepublik. Eine historische Bilanz, Munich, C. H. Beck, 1990, p. 35-58. Ce qui est très insuffisant pour assurer le renouvellement des générations.

[10] Rodrik D., « Why Did Financial Globalization Disappoint ? » (avec A. Subramanian), IMF Staff Papers, vol. 56, n° 1, mars 2009, p. 112-138. G. L. Kaminsky, C. M. Reinhardt, C. A. Vegh, « When it Rains, it Pours : Procyclical Capital Flows and Macoreconomic Policies », IMF Discussion Paper, Washington (D. C.), FMI, août 2004.

[11] R. A. Mundell, « A Theory of Optimum Currency Area », American Economic Review, vol. 51, n° 3, 1961, p. 657-665.

[12] C’est un des résultats du modèle de Mundell-Fleming. Voir R. A. Mundell, International Economics, Londres, Macmillan, 1968, chap. 16-17 ; et J. Frenkel et A. Razin, « The Mundell-Fleming Model a Quarter of Century Later », IMF Staff Paper, vol. 34, n° 4, décembre 1987, p. 567-620.

[13] W. Young et W. Darity Jr., « IS-LM-BP : An Inquest », History of Political Economy, vol. 36, suppl. 1, 2004, p. 127-164.

[14] Sapir J., « Nature politique de la souveraineté », texte posté le 24 avril 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2216

[15] J. Sapir, K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem – opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki [Théorie économique des systèmes hétérogènes – Essai sur l’étude des économies décentralisées], trad. fr. E. V. Vinogradova et A. A. Katchanov, Moscou, Presses du Haut Collège d’Économie, 2001.

[16] J. Sapir, Les Trous noirs de la science économique. Essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Paris, Albin Michel, 2000.

[17] Sur les relations plus que conflictuelles entre les économistes néoclassiques ou « orthodoxes » et la démocratie, J. Sapir, Les Économistes contre la démocratie. Les économistes et la politique économique entre pouvoir, mondialisation et démocratie, Paris, Albin Michel, 2002, et « L’économie est-elle une anti-politique ? », Cahiers d’économie politique, n° 47, automne 2004, p. 111-126.

[18] C. Conrad, M. Karanasos, « Dual Long Memory in Inflation Dynamics across Countries of the Euro Area and the Link Between Inflation, Uncertainty and Macroeconomic Performance », Studies in Nonlinear Dynamics & Econometrics, vol. 9, n° 4, novembre 2005, publié par The Berkeley Electronic Press et disponible sur le site Bepress.com (www.bepress.com/snde).

[19] Car l’inflation n’est que secondairement monétaire : Voir J. Sapir, « Articulation entre inflation monétaire et inflation naturelle : un modèle hétérodoxe bi-sectoriel », texte présenté au séminaire franco-russe, Stavropol, octobre 2006 ; « Kakim dolzhen byt’ uroven’ infljacii ? (O znatchenii davnykh diskuccij dlja opredelenija segodnjachej strategii razvitija Rossii) [Quel niveau pour l’inflation] », Problemy Prognozirovanija, n° 3, 2006, p. 11-22

[20] Gallegati M, B. Greenwald, M. G. Richiardi, J. E. Stiglitz, « The Asymmetric Effect of Diffusion Processes : Risk Sharing ad Contagion », Global Economy Journal, vol. 8, n° 3, 2008, disponible sur le site Bepress.com (www.bepress.com/gej/vol8/iss3/2 ).

[21] Deutschmann C., “Money as a Social Construction : on the Actuality of Marx and Simmel”, Thesis Eleven, n°47, novembre 1996, pp. 1-20.

[22] Ostry J. et al., « Capital Inflows : The Role of Controls », International Monetary Fund Staff Position Note, Washington (D. C.), FMI, 2010

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 17:37

VERITES et MENSONGES

Par Jacques Sapir

15 février 2014

 

Les différents journaux proches du gouvernement ont rapporté le vendredi 14 février qu’il y aurait des nouvelles économiquement « encourageantes ». On comprend bien qu’il fallait préparer l’opinion à de nouvelles mesures d’austérité et montrer que le gouvernement, comme son prédécesseur, faisait « quelque chose » pour la croissance. On ne se souvient que trop de l’inénarrable déclaration de Nicolas Sarkozy censé aller chercher « la croissance avec ses dents ». Pauvre homme ; au vu des résultats il avait besoin d’un dentier. Aujourd’hui, MM. Hollande et Moscovici plastronnent, l’un en Californie et l’autre à Paris. Mais les faits sont têtus…

 

CHÔMAGE

On parle beaucoup d’un « indicateur » de l’augmentation de l’emploi que constituerait l’intérim. Il est vrai que l’usage de l’intérim s’est beaucoup développé, et que ce dernier s’était complètement effondré depuis près de deux ans. Néanmoins, un léger redressement sur ce point ne signifie rien de concret et peut très bien n’être qu’une correction après des mois de baisse. Rappelons donc les chiffres du chômage et du quasi-chômage qui sont fournis par l’organisme gouvernemental lui-même, la DARES :

Graphique 1

 

On constate que non seulement la courbe de l’agrégat des catégories A+B+D continue de progresser, mais que le « quasi-chômage », soit les catégories C+E augmente fortement du fait de l’accroissement des emplois aidés. Au total, ce sont 600 000 chômeurs et quasi-chômeurs de plus qui sont venus s’ajouter aux chiffres de juin 2012.

 

CROISSANCE

L’INSEE ayant ajusté ses estimations pour le quatrième trimestre, passant de +0,2% à +0,3%, certains se sont crus autorisés à crier victoire. C’est être bien imprudent, et aussi bien impudent. En fait, le PIB par habitant est toujours inférieur à ce qu’il était en septembre 2008.

graphique 2

La crise affecte plus la forme d’un W et nous en sommes, hélas, loin d’en être sorti. Mon collègue Olivier Berruyer le faisait d’ailleurs remarquer vendredi 14 dans une émission sur BFM-Business à laquelle nous participions tous les deux. Si l’on rapporte maintenant le PIB à la population active, qui produit cette valeur ajoutée que l’on comptabilise, l’image est à peu près la même.

Graphique 3

Cela veut dire que l’économie française est aujourd’hui incapable d’utiliser les ressources en travail dont elle dispose au moins aussi bien que ce qui était le cas en septembre 2008. C’est cet indicateur qui est réellement pertinent de l’état de la production.

 

INDUSTRIE

Dans cette production, l’industrie manufacturière apparaît comme la première victime. Or, c’est elle qui engendre les rémunérations les plus stables et les plus importantes par rapport à un niveau de formation donné.

Graphique 4

On peut lire, sur ce graphique, à la fois les conséquences tragiques de la « politique du Franc Fort » mené au début des années 1990, la quasi-stagnation avec l’euro, et la chute effrayante avec la crise, accentuée bien entendu par l’effet dépressif de la monnaie unique. Mais, aujourd’hui, nous sommes en deçà du niveau que l’on avait atteint en janvier 1990. Cela dit tout sur le marasme que nous connaissons, et qui est le produit direct et immédiat des politiques menées tant par la droite que la gauche.

 

DECENCE

Je rappelle que tous les graphiques présentés ici ont été réalisés à l’aide des tables de l’INSEE. On se demande donc ce que font les journalistes, dont on suppose qu’ils ne sont pas plus bêtes que la moyenne, sachant qu’en deux temps et trois mouvements on débouche sur le site de l’INSEE. Dans ces conditions, le minimum que l’on puisse exiger des politiques ainsi que de certains journalistes et de faire preuve d’un peu de décence. Non, rien ne permet d’être aujourd’hui optimiste, ce que nous déplorons, mais ce que nous constaton ? Oui, la situation de l’économie française est très mauvaise, et la méthode Coué, au lieu d’arranger les choses va finir par rendre les français – à juste titre – absolument enragés !

 

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19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 12:35

Par Jacques Sapir 16 juin 2013

 

La revue « officielle » du PCF sur l’économie, Economie et Politique, vient de publier un article d’une rare nullité sur la question de l’Euro[1]. Il ne vaudrait pas la peine d’être cité s’il ne contenait de telles erreurs qu’il en devient un bon exemple d’un discours d’aplatissement complet devant Bruxelles et la BCE. Cet article, sans les citer, se veut une « réponse » aux différentes notes qui ont été publiées sur le carnet « RussEurope ». C’est une deuxième raison de l’analyser.

 

Il commence tout d’abord par une affirmation : « Le commerce extérieur de la France, souffre d’un déficit annuel de 60 à 70 milliards d’euros. Le retour au Franc, qui se ferait alors au prix d’une dévaluation de l’ordre de 25 % par rapport à l’euro, entraînerait automatiquement un enchérissement du même ordre du coût de nos importations. »


Visiblement les auteurs de cet article qui se prétendent économistes semblent manifestement ignorer la notion d’élasticité-prix qui est pourtant fondamentale dès que l’on parle de dévaluation ou de réévaluation d’une monnaie. Cela signifie que, sauf pour les produits pour lesquels il n’existe pas de substituts directs ou indirects, une hausse des prix (dans le cas d’une dévaluation) va provoquer un changement plus ou moins importants des quantités importées. Ce changement s’explique par le fait que les consommateurs vont se tourner soit vers le même produits, mais fabriqué en France, soit vont se tourner vers des produits légèrement différents dont le coût est moindre mais dont l’usage procure une satisfaction équivalente, ce que l’on appelle l’effet de substitution. La hausse des prix ne concerne pleinement QUE les produits considérés comme non-substituables (par exemple les carburants). Cependant, là, il faut savoir que le prix à l’importation (hors taxes) ne représente que 25% du prix du produit. Donc, une dévaluation de 25% n’augmentera d’un quart que le quart du prix, soit de 6,25%. Par ailleurs, ces produits non-substituables ne représentent qu’environ 30% de nos importations. Croyez vous que l’on trouvera de tels chiffres dans l’article ? Que nenni ! Messieurs les économistes du PCF sont bien au-dessus de ces considérations qui leurs semblent terre à terre.

 

Par ailleurs, la question des élasticités-prix doit être aussi évalué non seulement pour les importations mais pour les exportations. Nos produits, dans le cas d’une dévaluation, coûteraient 25% de moins. Les volumes consommés par les clients étrangers augmenteraient et ceci même en économie stationnaire. En fait, ces élasticités ont été calculées par de nombreuses sources (dont l’équipe de recherche économique de NATIXIS[2]) et tous les résultats sont très favorables pour la France dans le cas d’une dévaluation. En réalité, la valeur de l’élasticité totale du commerce extérieur (importations et exportations) dépend du montant de la dévaluation (ou de la réévaluation). Si l’on postule une dévaluation de 25% par rapport au Dollar mais de probablement 35% par rapport au « nouveau » Deutschmark on obtient des élasticités encore plus favorables dans le cas de la France.

 

L’article affirme ensuite la chose suivante : « C’est ne pas comprendre à quel point le surcroît de compétitivité-prix que cela prétendrait donner aux exportations françaises se ferait surtout au détriment de nos partenaires d’Europe du sud, l’Allemagne voyant au contraire son excédent commercial gonflé par une dévalorisation du travail des Français qui rendra meilleur marché ses importations en provenance de son principal partenaire commercial. Tout cela dans un contexte de spéculation déchaînée. »


Ici encore on combine les approximations avec la mauvaise foi. La compétitivité-prix ne se ferait pas au détriment des pays de l’Europe du Sud, dont toutes les estimations montrent qu’il auraient intérêt à dévaluer plus que nous. Les gains quant aux exportations se feraient essentiellement au détriment de l’Allemagne qui verrait son excédent commercial de 5% du PIB se transformer en un déficit de -3% du PIB. La situation de l’Italie serait en réalité plus favorable que celle de la France. C’est ce que l’on a montré dans une note publiée sur RussEurope[3]. Ensuite, on prétend que l’excédent commercial de l’Allemagne sera gonflé, ce qui est une affirmation contraire non seulement à toutes les estimations mais au simple bon sens économique. En réalité, l’Allemagne verra son excédent se transformer temporairement en déficit, mais devrait bénéficier d’un effet de baisse des prix non négligeable[4]. Enfin, et c’est là où les auteurs de l’article ne sont pas simplement de mauvais économistes mais sont aussi d’une mauvaise foi remarquable, c’est quand ils affirment que Tout cela [se passerait] dans un contexte de spéculation déchaînée. Or, il est très clair qu’une dévaluation, autrement dit une sortie de l’euro, ne pourrait avoir lieu que dans le cas où l’on aurait un contrôle des capitaux des plus stricts, comme celui existant actuellement pour Chypre. On a dit et répété que la crise chypriote avait été l’occasion de vérifier la possibilité matérielle d’un contrôle des capitaux au sein de la zone Euro et en contradiction avec le Traité de Lisbonne. Non seulement nos auteurs de l’article d’Économie et Politique sont aveugles mais à l’évidence, ils sont sourds !

 

Troisième point, et c’est là ou éclate toute la mauvaise foi des auteurs de cet article, on trouve l’affirmation suivante : « Notre dette publique a été très internationalisée depuis les années 1980. Aujourd’hui elle est détenue à 60 % par des opérateurs non résidents, banques, sociétés d’assurances, fonds de pension… Le retour au Franc dévalué entraînerait automatiquement un enchérissement de 25 % sur les quelques 1140 milliards d’euros de titres de dette détenus hors de France ». Rappelons ici que le problème n’est pas dans le statut de l’opérateur mais dans le lieu d’émission du contrat. C’est un fait de droit international que nos auteurs soit ignorent superbement (et ils devraient d’urgence aller suivre des cours) soit cachent à leurs lecteurs, et donc font de la désinformation. En réalité, 85% des montants de la dette française est émise dans des contrats de droit français. Ces contrats stipulent que la dette sera remboursée dans la monnaie ayant cours dans notre pays. Cela signifie qu’en cas de sortie de l’Euro cette dette sera re-libellée en Francs pour les mêmes montants qu’en euro. L’effet de réévaluation de la dette ne portera que sur les 15% restant. Ici encore 15% augmenté de 25% ne représentent que 3,75% du total et non de 25% comme il est affirmé. Il est clair que les auteurs jouent sur la méconnaissance de leurs lecteurs, et cherchent à provoquer un effet de peur afin d’écarter toute discussion sérieuse sur une sortie de l’Euro. C’est bas, et c’est lamentable !

 

Les affirmations qui suivent ne sont qu’une manière de farder la vérité. Croire que l’on peut faire changer la structure de la zone Euro sans en passer par une crise majeure et par une dissolution de la monnaie unique est une vue de l’esprit, qui sied peut-être à des discussions de café du commerce mais certainement pas à un débat raisonné sur les alternatives à la crise actuelle. Les auteurs de cet article n’ont pas seulement commis un mauvais coup contre les peuples de France et des pays de l’Europe du Sud, ils ont, par les inexactitudes et fausseté répétées que cet article contient, déshonoré le nom d’économiste qu’ils se donnent à des fins de pur et simple propagande.

 


[1] Paul BOCCARA, Frédéric BOCCARA, Yves DIMICOLI, Denis DURAND, Jean-Marc DURAND, Catherine MILLS, « Contre l’austérité en Europe luttons pour un autre euro » , 16 juin 2013, http://www.economie-politique.org/41453

[2] Artus P., (rédacteur) « Quels pays de la zone euro profiteraient d’une dépréciation de l’euro ? », NATIXIS, Flash-Economie n° 148, du 13 février 2013.

[3] Sapir, J., Quels scénarii pour une dissolution de la Zone Euro ? , note publiée le 21 mai 2013 sur RussEurope, URL :
http://russeurope.hypotheses.org/1254

[4] Sapir, J., Excursions allemandes, note publiée le 24 mai 2013 sur RussEurope, URL :
http://russeurope.hypotheses.org/1278

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 20:46

 

Ou pourquoi nous devons quitter l’euro pour retrouver la croissance.

LE MONDE | 09.05.2013

 

Par Jean Pierre Vespérini (Professeur agrégé des facultés de droit et des sciences économiques)

 

Certes, le premier problème de la France est le chômage, dont la cause tient à l’absence de croissance. Dans le cadre actuel de l’euro, qui l’a privée de ses souverainetés monétaire et budgétaire, le pays ne dispose plus des leviers qui lui permettraient de retrouver la croissance. La France en est donc réduite à demander à l’Allemagne de mettre en oeuvre une action de relance dont elle serait la bénéficiaire. Pour que l’action de Berlin soit vigoureuse, elle devrait consister à la fois en une politique budgétaire moins rigoureuse et en une politique salariale plus généreuse. Etant donné les contraintes que l’euro fait peser sur l’économie française, la France est donc parfaitement fondée à demander à l’Allemagne d’appliquer cette politique de relance.

 

Le problème est que le gouvernement allemand ne peut pas appliquer cette politique pour deux raisons : tout d’abord, les Allemands ne comprendraient pas qu’après avoir accompli d’importants efforts pour revenir à l’équilibre budgétaire, le gouvernement décide de s’en écarter délibérément.

 

Ensuite, parce que le gouvernement n’est pas maître de la politique salariale, qui dépend des partenaires sociaux. Or patronat et syndicats ne souhaitent pas un relâchement de la discipline salariale qui se traduirait par une perte de compétitivité, donc par une diminution des marges des entreprises et une réduction de l’emploi. L’Allemagne est donc parfaitement fondée à refuser les demandes de la France.

 

De son côté, que demande Berlin à Paris ? L’Allemagne se rend compte que le déficit public et le déficit extérieur de la France ne se réduisent pas. Elle redoute de devoir financer d’une manière ou d’une autre ces déficits auxquels s’ajouteraient ceux des autres pays déficitaires. L’Allemagne est donc parfaitement fondée à demander à la France de réaliser des réformes (économies budgétaires, baisse des prestations sociales, baisse des salaires) afin de réduire son déficit public et son déficit extérieur.

 

Le problème est ici que le gouvernement français ne peut pas réaliser des réformes de cette ampleur dans une société française au bord de la crise de nerfs. Croire que l’on peut réformer en profondeur la société et l’économie françaises sans croissance est une illusion. La France est donc elle aussi parfaitement fondée à refuser les demandes de l’Allemagne.


Parler dans ces conditions de tension ou de confrontation entre les deux pays est encore inexact et insuffisant. Comme dans une tragédie, Paris et Berlin sont prisonniers d’une situation inextricable qu’ils n’ont pas créée, où chacun est dans son droit, à la fois dans ses exigences et dans ses refus.

 

Comment cette tragédie peut-elle se dénouer ? Il est vain d’espérer, comme certains veulent le croire, que la France et l’Allemagne vont trouver un compromis : des réformes de ce côté-ci du Rhin et une relance de l’autre côté. Les inerties sont trop grandes, les intérêts trop opposés et les évolutions trop divergentes pour qu’on puisse espérer aboutir à un compromis durable à long terme. Ou les réformes seront insuffisantes pour faire vraiment diminuer les déséquilibres français, ou la relance allemande sera trop faible pour accélérer substantiellement la croissance de la France de façon à lui permettre de réaliser ses réformes. Nécessairement, l’une ou l’autre finira par imposer ses vues.

 

Ou l’Allemagne imposera les siennes, obligeant le gouvernement français à réformer en dépit de l’absence de croissance, et, dans ce cas, le risque est de provoquer une crise sociale grave pouvant conduire à la sortie de la France de la zone euro. Ou le gouvernement allemand cédera et acceptera d’être le payeur en dernier ressort des pays déficitaires de la zone euro. Mais, dans ce cas, le risque est que l’hostilité de l’opinion allemande à cette solution n’amène l’Allemagne à quitter finalement la zone euro. On voit donc que, quelle que soit la branche de l’alternative que suivront les événements, la tragédie franco-allemande se dénouera de la même manière : par la fin de l’euro.

 

Il est d’ailleurs logique que la fin de l’euro constitue le dénouement de la tragédie franco-allemande puisque c’est la création de l’euro elle-même qui est à l’origine de cette tragédie. En effet, en faisant perdre à chaque Etat de la zone euro d’abord sa souveraineté monétaire, et maintenant sa souveraineté budgétaire, l’euro aboutit à ce qu’aucun Etat ne puisse suivre la politique économique qui est adaptée à son économie. L’euro empêche la correction des déséquilibres.

 

En maintenant et en amplifiant les déséquilibres, l’euro crée une divergence croissante entre les Etats de la zone. Ainsi, en bloquant le taux de change entre la France et l’Allemagne, alors que les salaires ont augmenté deux fois plus vite en France qu’en Allemagne, l’euro nourrit un déficit extérieur croissant de la France vis-à-vis de l’Allemagne. Plus généralement, en imposant à l’économie française un taux de change de l’euro surévalué et à l’économie allemande un taux de change sous-évalué, l’euro crée des déficits extérieurs en France et des excédents en Allemagne. En réduisant ainsi les débouchés extérieurs de la France, il affaiblit son économie, tandis qu’en stimulant les débouchés extérieurs de l’Allemagne il renforce son économie.


Dans ces conditions, l’euro ne peut que favoriser une hostilité croissante de la France à l’égard de l’Allemagne. La fin de l’euro, en faisant retrouver sa souveraineté au gouvernement français, ne l’obligerait plus à demander au gouvernement allemand ce que ce dernier ne peut lui accorder.

 

La disparition de l’euro est donc nécessaire pour deux raisons : d’abord, pour mettre un terme à la lamentable tragédie franco-allemande. Ensuite, pour permettre à la France de retrouver la croissance. Nombreuses sont les voies qui pourront conduire à la fin plus ou moins proche de l’euro. La seule certitude est que cette fin est nécessaire. Nécessaire aux deux sens de ce mot : indispensable et inéluctable.

 

Jean Pierre Vespérini est l'auteur de "L'Euro", Dalloz, 230 pages, 3,50 euros.

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 17:22
 

Par Salim Lamrani (extrait)

 

            Le monde politique, économique et médiatique est unanime pour souligner que le coût du travail est trop élevé en France et qu’il nuit à la compétitivité des entreprises nationales. Il se fait beaucoup plus discret dès lors qu’il s’agit de parler du coût du capital, véritable obstacle au développement économique du pays.

 

Pour la majorité des observateurs de la vie économique en France, le principal obstacle au développement de la nation serait le coût du travail, c’est-à-dire des salaires et des cotisations sociales trop élevés. Cette réalité empêcherait les entreprises nationales d’être compétitives dans un marché mondialisé où la concurrence est de plus en plus féroce, et serait l’une des causes du déclin du pays.

 

Le Monde, principal quotidien français, note pour sa part que « les marges des entreprises sont médiocres : selon les données de Naxitis, leurs profits, après versement des dividendes, représentent 6,8% du produit intérieur brut (PIB) contre 11,05% en Allemagne et 9,63% en zone euro  ».

 

Il faudrait donc alléger les charges sociales » – c’est-à-dire réduire le montant des impôts payés par les entreprises –, et « flexibiliser le marché du travail trop rigide » – c’est-à-dire supprimer les conquêtes des travailleurs inscrites dans le code du travail et précariser l’emploi.

 

Néanmoins, une lecture attentive de la précédente citation permet de relever une anomalie. En effet, les profits sont calculés « après versement des dividendes ». Ce mode de calcul est général en France et il soulève inévitablement une question : Pourquoi les dividendes versés aux actionnaires – qui font intégralement partie des bénéfices – sont-ils d’abord déduits des bénéfices avant d’évaluer la rentabilité des entreprises françaises ?

 

La raison en est simple : leur coût exorbitant pour l’économie nationale. En effet, le problème de la France n’est pas le coût du travail mais le coût du capital, c’est-à-dire la part des bénéfices versée aux actionnaires, qui a augmenté bien plus vite que les salaires et qui a atteint des sommets inégalés depuis trente ans.

 

En effet, selon l’INSEE, de 1980 à 2010, la part de dividendes est passée de 3% de la richesse nationale à 9%, ce qui représente une hausse de 180 milliards d’euros par an pendant trois décennies. En 30 ans, les dividendes payés aux actionnaires ont augmenté de 200%  Sur la même période, en euros constants, les salaires n’ont progressé que de 20% .

 

Sur les cinq dernières années, de 2007 à 2011, les dividendes ont augmenté de 27% alors que les salaires n’ont augmenté que de 12%. En 2010, toujours selon l’INSEE, 210 milliards d’euros ont été versés en dividendes aux actionnaires et seulement 182 milliards ont été investis dans la production  Ainsi, le coût du capital est supérieur aux investissements productifs. Sur cent euros de richesse créée par les travailleurs, 25 euros partent en dividendes pour les actionnaires (6) alors que la part des salaires a baissé de 10 points depuis 1980 et est proportionnellement similaire au niveau de 1960, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale .

 

            Contrairement au discours dominant, le principal obstacle à la compétitivité des entreprises françaises n’est ni le coût du travail ni la protection sociale accordée aux travailleurs ni le niveau d’imposition des sociétés qui n’a cessé de diminuer durant les 15 dernières années. En réalité, la part astronomique des bénéfices versés en dividendes aux actionnaires constitue un frein au développement économique national. En effet, le rendement boursier se fait au détriment des investissements, lesquels seraient créateurs d’emplois dans un contexte de crise économique et sociale généralisée, où le taux de chômage atteint un niveau record et où la perte du pouvoir d’achat frappe de plein fouet les catégories les plus vulnérables de la société et affecte même les classes moyennes...

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 17:31

 

Mais qui est responsable de la crise ?  L'invisible loi du marché ou les gens qui nous gouvernent ? Ca on ne nous le dit pas.


Et pourtant ce que disait le petit Nicolas avant l’éclatement de la bulle des sub-primes est révélateur.

 

http://www.dailymotion.com/video/x77efv_les-responsabilites-de-mr-sarkozy-d_news#rel-page-4

http://www.dailymotion.com/video/x7bo1g_discours-de-sarkozy-pour-le-credit_news#rel-page-3

 

Le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) nous informe :

 

L’association Réséda  composée de quelques journalistes indépendants indignés de la manière dont la     «grande» presse rend compte de la crise du système bancaire monétaire et financier a   monté une série de vidéos à partir de personnalités non « orthodoxes », afin de mieux comprendre la situation actuelle.

Elle prépare en outre, avec une société coopérative de production, un DVD qui reprendra le même thème avec pour objectif de le vendre à des télés et de l’utiliser comme support dans des réunions militantes.

4 vidéos pour mieux comprendre la crise bancaire, monétaire et financière et prendre conscience que nous sommes les cocus d’un système qui fait la part belle aux profiteurs et spéculateurs:

 

http://www.dailymotion.com/video/xfuw5w_crise-2008-1-la-creation-monetaire_news

 

http://www.dailymotion.com/video/xi0yr7_crise-2008-2-financiarisation-de-l-economie_news#rel-page-1

 

http://www.dailymotion.com/video/xjdswb_crise-2008-3-endettement-ge-ne-ralise_news#rel-page-2

 

http://www.dailymotion.com/video/xl1kzx_crise-2008-4-quelques-perspectives_news#rel-page-3

 

 Pour aider à la réalisation d’un futur film, devenez souscripteurs en envoyant une participation d’un multiple de 10 euros (chèque libellé à l'ordre de l'association Réséda) :

Association Réséda
Appartement 6
11/13 Boulevard Jeanne d’Arc
95 100 ARGENTEUIL


 reseda.association@laposte.net

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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 08:46

Tribune de Jacques Nikonoff, ancien président d’Attac et porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), publiée dans Le Monde du 20 novembre (édition électronique).

Le 21 novembre 2009.

A peine éteints les feux du G20 de Pittsburgh, deux autres sommets se préparent : Genève (fin novembre, 7e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce) ; Copenhague (mi-décembre, conférence de l’ONU sur les changements climatiques).

 

Qui dit « sommet », dit « contre-sommet ». Ceux de Genève et de Copenhague sont complémentaires. Celui de Genève marquera le dixième anniversaire du mouvement altermondialiste (Seattle, 1999). Paradoxalement, peu est fait, en France, pour assurer son succès, alors que toutes les forces sont mobilisées pour Copenhague. Pourquoi ? Parce que la lutte contre le libre-échange passe par du protectionnisme, et c’est un tabou.

 

Du coup, on se demande parfois s’il ne serait pas préférable d’être un bébé phoque ou un thon rouge de la Méditerranée, plutôt qu’un ouvrier français ou un paysan africain, tant la protection des premiers semble désormais consensuelle, alors que celle des seconds est assimilée à du « protectionnisme ».

 

Le démantèlement du libre-échange est urgent. Après des décennies de « libéralisation » du commerce international, les promesses faites par le libre-échange n’ont pas été tenues. Il a servi à mettre en concurrence les systèmes nationaux de protection sociale et de fiscalité. Résultat : délocalisations, désindustrialisation, pression sur les salaires, destruction des acquis sociaux au Nord. Le Sud n’est pas mieux loti : le développement de son agriculture a été interdit. Il accélère les risques environnementaux : appauvrissement de la biodiversité, changement climatique, pénuries d’eau, accumulation de substances toxiques... Le dumping environnemental s’ajoute aux dumpings social et fiscal.

 

Un nouvel ordre commercial international est nécessaire : il faut remplacer l’OMC par l’OIC.

 

Entre 1947 et 1948, 53 pays avaient élaboré la Charte de la Havane. Son but était de créer une Organisation internationale du commerce (OIC), dans le cadre de l’ONU. Elle n’a pas vu le jour, le Sénat américain ayant refusé sa ratification. Cette Charte, qui ne s’oppose pas à la liberté du commerce, estime que « la prévention du chômage et du sous-emploi est une condition nécessaire pour […] le développement des échanges internationaux ». Elle place en son cœur le principe de l’équilibre de la balance des paiements : « les États membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements des autres pays ». Des « restrictions quantitatives » sont possibles, tout comme le contrôle des mouvements de capitaux. L’intervention de l’Etat est autorisée, des garanties sont fixées pour les produits de base (blé, riz, mil…) qui ne sont pas considérés comme de simples marchandises.

 

Pour aller dans cette direction, que peut-on attendre des institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, Union européenne, OMC) ? Comment les empoisonneurs pourraient-ils protéger l’environnement ? Comment les « mondialisateurs » pourraient-ils se préoccuper des « mondialisés » ? Seules des décisions unilatérales de pays très motivés feront bouger les lignes.

 

Organisons un vaste mouvement international de sortie de l’OMC. C’est parfaitement légal puisque son traité fondateur, en son article XV, stipule que « Tout Membre pourra se retirer du présent accord ». En France, un référendum donnerait à un gouvernement qui s’engagerait dans cette voie toute la légitimité populaire souhaitable. Les raisons de ce retrait ne seraient pas étroitement nationalistes mais signifieraient un appel aux peuples à sortir du néolibéralisme et du libre-échange.

 

Il faudra aussi se libérer de l’Union européenne puisque ses pays membres lui ont donné mandat pour négocier en leur nom dans le cadre de l’OMC. Or la politique commerciale de l’Union européenne est totalement inadaptée : ses objectifs relèvent de la guerre commerciale ; elle menace sa propre sécurité et souveraineté alimentaires ainsi que celles des pays pauvres ; elle divise les Vingt-Sept. Il faut la désobéissance européenne !

 

Ces deux actes politiques permettront de garantir à tous les pays leur sécurité et souveraineté alimentaires ; d’interdire les délocalisations, les paradis fiscaux, le dumping fiscal, environnemental et social ; de prendre des mesures de protectionnisme social et environnemental comme des quotas d’importations permettant de lancer un processus de réindustrialisation. Il faut faire décroitre le commerce mondial !

 

L’OIC se constituera dès qu’un nombre suffisant de pays aura été rassemblé. La Charte de La Havane mise à jour, sur laquelle elle reposera, est une vision universaliste et progressiste des relations internationales. Ceux qui construiront l’OIC auront la sympathie des peuples.


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