Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

  • : Villiers sur Orge- La Vie en Blog
  • : Economie, social, environnement, éducation, santé, sciences et techniques, vie dans la cité...Et leurs prolongements politiques, tout peut être sujet d'échanges pour le commun des mortels...Un seul objectif, le dépassement du présent.
  • Contact

Recherche

31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 10:08
Zinoviev et le grand avènement de la démocratie totalitaire
Repris sur comité  Comité Valmy

 

 

 

Alexandre Zinoviev devint un dissident de la société mondiale après avoir été un dissident soviétique. A l’époque il y avait des dissidents, maintenant, comme dit Paul Virilio, il n’y a plus que des dissuadés.

En 1998, le maître répond à une interview et explique que tout allait bien à l’ouest quand nous étions sous la menace soviétique (le capital avait peur) :


Pendant la guerre froide, la démocratie était une arme dirigée contre le communisme, mais elle avait l’avantage d’exister. On voit d’ailleurs aujourd’hui que l’époque de la guerre froide a été un point culminant de l’histoire de l’Occident. Un bien être sans pareil, un extraordinaire progrès social, d’énormes découverts scientifiques et techniques, tout y était


La fin du communisme fut le crépuscule de nos droits sociaux et politiques (fin de l’Histoire !) :


Mais la fin du communisme a aussi marqué la fin de la démocratie, notre époque aujourd’hui n’est pas que post communiste, elle est aussi post démocratique. Nous assistons aujourd’hui à l’instauration du totalitarisme démocratique, ou si vous préférez à l’instauration de la démocratie totalitaire.


Zinoviev décrit très bien le redoutable mondialisme qui naît du défunt et redouté communisme :


Aujourd’hui nous vivons dans un monde dominé par une idéologie unique, un fait unique, par un parti unique mondialiste. La constitution de ce dernier a commencé à l’époque de la guerre froide, quand des structures transnationales se sont mises en œuvre sous les formes les plus diverses : médias, sociétés bancaires, sociétés commerciales… Malgré leurs différents secteurs d’activités, ces forces étaient unies par leur nature supranationale. Avec la chute du communisme, elles se sont retrouvées aux commandes du monde.


Cette démarche est suicidaire, qui va à terme, avec la crise du Covid, nous priver de nos libertés, de nos économies et aussi (pourquoi pas ?) de nos vies :


Les pays occidentaux sont donc dominateurs, mais aussi dominés car perdent progressivement leur souveraineté au profit de ce que j’appelle la « supra société ». Elle est constituée d’entreprises commerciales et non commerciales dont la zone d’influence dépasse les nations. Les pays occidentaux sont soumis comme les autres au contrôle de ces structures non nationales… Or la souveraineté des nations est elle aussi une part considérable et constituante du pluralisme, donc de la démocratie, à l’échelle de la planète.


Zinoviev comprend l’horreur européenne :


L’intégration Européenne qui se déroule sous nos yeux, provoque elle la disparition du pluralisme au sein de ce conglomérat, au profit d’un pouvoir supranational.


Il comprend que nous ne connaîtrons plus de démocratie politique ou économique comme à l’époque de la guerre froide :


Les pays occidentaux ont connu une vraie démocratie à l’époque de la guerre froide. Les partis politiques avaient de vraies divergences idéologiques et des programmes politiques différents. Les organes de presse avaient des différences marquées, eux aussi. Tout cela influençait la vie des gens, contribuait à leur bien-être. C’est bien fini.

Parce le capitalisme démocratique et prospère, celui des lois sociales et des garanties d’emploi devait beaucoup à l’épouvantail communiste. L’attaque massive contre les droits sociaux à l’ouest a commencé avec la chute du communisme à l’ouest.


A la fin des années 90, les socialistes sont de pures canailles (voyez aussi les excellents pamphlets de Guy Hocquenghem et de mon éditeur Thierry Pfister qui datent des années 80) :


Aujourd’hui les socialistes au pouvoir dans la plupart des pays d’Europe mènent une politique de démantèlement social qui détruit tout ce qu’il y avait de plus socialiste justement dans les pays capitalistes. Il n’existe plus en occident de force politique capable de défendre les humbles. L’existence des partis politiques est purement formelle. Leurs différences s’estompent chaque jour d’avantage.


C’est le totalitarisme financier jadis expliqué par Paddy Chayefsky dans Network (1976) :


La démocratie tend aussi à disparaître de l’organisation sociale occidentale. Cette super structure non démocratique donne des ordres, sanctionne, bombarde, affame. Même Clinton s’y conforme. Le totalitarisme financier a soumis les pouvoirs politiques. Le totalitarisme financier est froid. Il ne connaît ni la pitié, ni les sentiments. Les dictatures politiques sont pitoyables en comparaison de ce totalitarisme-là. Une certaine résistance était possible au sein des dictatures les plus dures, aucune révolte n’est possible contre une banque.


L’andouille qui interroge Zinoviev l’accuse déjà de Théo-rire du complot quand Zinoviev ne pratique que la théorie de la constatation. Zinoviev rappelle que nous sommes très abrutis :


Nous sommes dans une époque post idéologique mais en réalité la supra-idéologie du monde occidental diffusée au cours des 20 dernières années est bien plus forte que l’idéologie communiste ou national-socialiste. Le citoyen occidental est bien plus abruti que ne l’était le soviétique moyen par la propagande communiste. Dans le domaine idéologique, l’idée importe moins que les mécanismes de sa diffusion. Or la puissance de diffusion des médias occidentaux est énorme. (…) Il suffit que la décision soit prise de stigmatiser un Karadzic ou un Milosevic et ça y est, une machine de propagande planétaire se met en branle. Et alors qu’il faudrait juger les dirigeants occidentaux pour viol de toutes les règles de droit existants… La majorité des citoyens occidentaux sont persuadés que la guerre contre la Serbie était juste.


Puis Zinoviev fait une remarque intéressante sur un sujet que j’avais évoqué dans la presse russe (pravda.ru) :


L’Occident se méfiait moins de la puissance militaire soviétique que de son potentiel intellectuel, artistique, sportif. Parce qu’il dénotait une extraordinaire vitalité. Or c’est la première chose à détruire chez son ennemi. Et c’est ce qui a été fait. La science Russe dépend aujourd’hui des financements Américains. Et elle est dans un état pitoyable, car ses derniers n’ont aucun intérêt à faire travailler leurs concurrents. Ils préfèrent faire travailler les savants Russes aux États-Unis. Le cinéma soviétique a lui aussi été détruit et remplacé par le cinéma Américain.


Le destin de l’Amérique est d’abrutir et de « fabriquer de la merde » comme me disait un jour le grand et courageux cinéaste Richard Brooks :


En littérature, c’est la même chose. La domination mondiale s’exprime, avant tout, par le diktat intellectuel ou culturel si vous préférez. Voilà pourquoi les Américains s’acharnent depuis des décennies à faire baisser le niveau culturel et intellectuel du monde : ils veulent l’abaisser au leur pour pouvoir exercer ce diktat.


J’ai évoqué ces réalités dans mes textes sur la culture comme arme de destruction massive. Regardez ce qu’ils ont fait de l’Inde ou de l’Asie… Tous abonnés à Marvel comics ! Même Scorsese ou Ridley Scott s’en sont plaint…

Tout cela est irrésistible car c’est malheureusement un vieux processus. C’est l’uniformisation entamée depuis la Renaissance. Ici Zinoviev rejoint Spengler et René Guénon :


Le processus d’uniformisation du monde ne peut être arrêté dans l’avenir prévisible. Car le totalitarisme démocratique est la dernière phase de l’évolution de la société occidentale. Évolution commencée à la Renaissance.


Nicolas Bonnal
– Août 2020

Source :
nicolasbonnal.wordpress.com

***

Voir aussi :
LE FACTEUR DE TRAHISON

par Alexandre Zinoviev


 

Trahison nationale, en France aussi : La longue marche de trahison nationale des marionettes US et L’errance stratégique des partisans d’une France libre, républicaine et sociale - Claude Beaulieu

 

Partager cet article
Repost0
10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 13:54

Histoire/10 mai 2020/Réseau International /7 Commentaires/541 vues
par Bruno Guigue.

Célébration de la victoire sur le nazisme, le 8 mai est l’occasion de rappeler qui a payé le prix fort pour nous en débarrasser : l’Union Soviétique. De Moscou à Stalingrad, de Stalingrad à Koursk, de Koursk à Berlin, l’Armée rouge a éliminé la machine de guerre hitlérienne. Mais demander simplement qu’on le reconnaisse est sans doute beaucoup trop demander. Admettre que l’Armée rouge a libéré le monde de cette folie meurtrière fait partie des aveux dont l’Occident est incapable. Abreuvé des sornettes de Hannah Arendt, il croit dur comme fer qu’Hitler et Staline étaient des frères jumeaux et qu’ils conspiraient pour dominer le monde. Rien de tel, décidément, pour alimenter la nouvelle guerre froide, calomnier la Russie, et se présenter comme un parangon de vertu.

Mauvaise foi sans limite d’une propagande qui réécrit l’histoire à sa guise. Autopromotion d’un Occident qui occulte ses propres turpitudes. Il ne lui suffit pas d’avoir attendu juin 1944 pour ouvrir un second front contre le Reich, laissant ainsi à l’armée soviétique la tâche colossale de vaincre la Wehrmacht. Il faut qu’il nie avoir commis cet abandon, qu’il se vante de ses exploits et qu’il se présente ingénument comme son propre libérateur. Quel lycéen français a entendu parler de l’opération Bagration, conduite par Joukov à l’été 1944, qui a détruit plusieurs armées allemandes et rendu possible le débarquement allié en Normandie ?

On va nous raconter que le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 est la cause de la Seconde Guerre Mondiale, oubliant au passage ces accords de Munich, le 30 septembre 1938, où les glorieuses démocraties ont vendu la Tchécoslovaquie pour le plat de lentilles d’une paix illusoire. Mais peu importe : en histoire, la chronologie est secondaire, disent les nouveaux pédagogues. Il ne manquera pas non plus d’experts pour accréditer la thèse d’une connivence entre Moscou et Berlin, alors que les élites occidentales ont joué Hitler contre Staline, et obstinément refusé les offres soviétiques visant à constituer un front commun contre les fascismes.

L’occultation de l’histoire, dès lors qu’elle ne souscrit pas aux présupposés de l’idéologie occidentale, est tellement commode. Ce n’est pas un hasard s’il est à la base de l’enseignement historique en France : le mythe des jumeaux totalitaires accrédité par Hannah Arendt fournit à cette réécriture de l’histoire un argumentaire en béton armé. Reductio ad hitlerum, la doctrine prescrit de voir dans le totalitarisme un monstre à deux visages. Elle prête à Hitler le vœu de s’entendre avec Staline pour écraser l’Occident libéral, mais sans dire pourquoi la machine de guerre nazie s’est déchaînée contre le peuple soviétique, Hitler invitant ses généraux à mener une guerre totale et à exterminer les cadres communistes.

Cette doctrine assène que l’idéologie et la terreur sont la caractéristique du régime totalitaire, alors qu’ils définissent parfaitement le régime infligé par les puissances européennes aux peuples colonisés. De manière absurde, elle identifie l’idéologie nazie et l’idéologie soviétique, alors qu’il n’y a rien de commun entre la mystique de la race et le marxisme-léninisme. Elle prête au régime totalitaire (à deux faces) des ambitions conquérantes et agressives, en oubliant que la conquête territoriale et le pillage colonial, historiquement, caractérisent à merveille l’Occident capitaliste.

L’inconvénient de la vulgate arendtienne, c’est qu’elle regarde le monde d’un seul œil et qu’il est myope. Au lieu de corriger son interprétation à la lumière des faits, elle tord les faits pour les conformer à son interprétation. Les contradictions de l’histoire passent à la trappe, et elle enfile les abstractions comme on enfile des perles. Prouesses conceptuelles qui tournent à vide, et qui laissent la pensée orpheline d’une matière historique qu’elle a décidé d’ignorer. Loin de ces élucubrations, il y a urgence à ne plus s’en laisser compter. La romance occidentale, d’ailleurs, a-t-elle le moindre succès ailleurs qu’en Occident ?

Comme on connaît la réponse à cette question, il ne reste plus qu’à balayer devant la porte. En ce 8 mai 2020, rendons hommage à nos libérateurs au drapeau rouge.

illustration: Les habitants de Prague accueillent des soldats soviétiques après la libération de la ville de l’armée nazie

source : https://francais.rt.com
 

Partager cet article
Repost0
10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 12:15

L’Humanité  Mardi, 17 Janvier, 1995

Toutes proportions gardées quels rapports  avec le mouvement des gilets jaunes et sa répression par l’Etat représentatif de la classe au pouvoir en France.

Le 15 janvier 1919, à Berlin, l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg portait un dernier coup mortel aux soulèvements révolutionnaires qui, depuis plusieurs semaines, embrasaient l'Allemagne. Des documents inconnus jusqu'ici, et qui viennent d'être publiés, précisent les conditions dans lesquelles le double crime a été perpétré.<br><br>

L'HOMME qui prit les dernières dispositions en vue du meurtre de Karl et de Rosa, un certain commandant Waldemar Pabst, siégeait alors à l'hôtel Eden, à Berlin, où était installé l'état-major de la division de cavalerie de la garde. Des extraits des Mémoires qu'il avait entrepris d'écrire sont maintenant révélés. La rédaction de cette autobiographie resta inachevée, Pabst étant mort en 1970, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Dans les fragments connus aujourd'hui (1), Waldemar Pabst rapporte qu'il avait agi sur l'injonction directe du personnage qui, en janvier 1919, commandait les troupes gouvernementales allemandes, le dirigeant social-démocrate Gustav Noske.

S'adressant à Pabst, Noske lui avait en effet clairement demandé d'intervenir contre Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. «Il faut que quelqu'un mette enfin ces fauteurs de troubles hors d'état de nuire», s'était-il écrié. ( Note de JF : ce que réclame aujourd’hui  la quasi-totalité de la classe politique à l’encontre des gilets jaunes)

Waldemar Pabst fit alors appréhender Karl et Rosa. Ils lui furent livrés à l'hôtel Eden. Pabst écrit: «Je me retirai dans mon bureau pour réfléchir à la façon de les exécuter. Qu'il faille les tuer, ni M. Noske ni moi-même n'en avions le moindre doute».

Pabst appela Noske au téléphone pour le consulter. «S'il vous plaît, donnez  moi des ordres m'indiquant comment procéder.»

«Comment?» répondit Noske. «Ce n'est pas mon affaire. C'est au général (probablement von Lüttwitz) de le dire; ce sont ses prisonniers».

Selon un autre témoignage (2), Pabst aurait objecté qu'il n'obtiendrait rien de von Lüttwitz. Et Noske aurait conclu: «Alors, à vous de prendre la responsabilité de ce qu'il faut faire».

Un second document, inédit jusqu'ici, est une lettre que Waldemar Pabst avait écrite à l'éditeur Heinrich Seewald, qui était intéressé à l'éventuelle publication des Mémoires du commandant. On y lit: «Si j'ouvre la bouche après m'être tu pendant cinquante ans, ça va faire un raffut destructeur pour le parti social-démocrate.»

Dès leur arrivée à l'hôtel Eden, Karl et Rosa y avaient été accueillis par des hurlements injurieux et par des brutalités. Des coups de crosse de fusil avaient blessé Karl au visage et il saignait abondamment.

Deux commandos d'exécution

Après sa communication téléphonique avec Gustav Noske, Pabst rassembla parmi ses hommes deux commandos de tueurs. Liebknecht fut remis entre les mains du premier que commandait le lieutenant Pflugk-Hartung. Le second, qui était aux ordres du lieutenant Vogel, prit en charge Rosa. A quelques minutes d'intervalle, deux voitures enlevèrent les deux prisonniers et se dirigèrent vers le bois du Tiergarten.

La première s'arrêta bientôt. Karl fut sommé d'en descendre. Il fut abattu d'une balle dans la nuque. Son corps fut ensuite transporté à la morgue, où on le fit admettre sous la mention: «Cadavre d'un inconnu».

Quant à Rosa, dès le départ de l'hôtel Eden, un coup de feu lui perfora la tempe. Au pont de Lichtenstein, elle fut jetée dans le Landwehrkanal. Son corps ne fut repêché que plusieurs mois plus tard, et l'autopsie ne permit pas de dire si les brutalités, le coup de feu ou la noyade furent la cause du décès.

Les assassins ne furent pratiquement pas inquiétés. Six d'entre eux eurent seulement à comparaître devant un tribunal composé d'officiers prussiens qui acceptèrent sans difficulté la version selon laquelle Karl Liebknecht aurait été tué «au cours d'une tentative de fuite», et Rosa, victime d'un «septième homme» inconnu.

Gustav Noske qui, entre-temps avait été nommé ministre de la Reichswehr, n'avait plus rien à redouter d'une «enquête» ainsi bâclée.

Le chien sanguinaire

Qu'il ait fallu mettre au compte de Noske l'effroyable répression opposée à la révolution allemande de 1918, nul n'en pouvait douter. Il avait déclaré lui-même à l'époque: «Il faut que quelqu'un soit le chien sanguinaire, et je n'ai pas peur de cette responsabilité.»

Le dernier article de Karl Liebknecht, écrit quelques heures avant sa mort et intitulé «Malgré tout», accusait d'ailleurs explicitement Noske. Karl écrivait: «La bourgeoisie française a fourni les bourreaux de 1848 et de 1871. La bourgeoisie allemande n'a pas à se salir les mains; les sociaux-démocrates accomplissent sa sale besogne; son Cavaignac, son Gallifet s'appelle Noske.»

Les nouveaux documents rendus publics établissent sans aucun doute possible que Noske aura été l'instigateur direct du meurtre de Karl et de Rosa. Un crime déterminant pour l'orientation politique ultérieure de l'Allemagne et les effroyables tragédies qui devaient en résulter dans le monde.

(1) Publiés par l'hebdomadaire allemand «Stern» du 12 janvier 1995.

(2) Rapporté dans un livre de Klaus Gietinger, «Eine Leiche im Landwehrkanal», paru en janvier 1993, aux éditions L. Dekaton, à Mayence.

YVES MOREAU

 Note de Jack Freychet  : Ou les compromissions de la social démocratie. L’article de l’Humanité date de 1995 depuis les dirigeants du journal comme ceux du PCF ont bien changé et s’adaptent aujourd’hui fort bien aux exigences du capital, des transnationales économiques  et financières via l’Union Européenne. Ils sont devenus des réformistes au petit pied tels les anciens et nouveaux sociaux démocrates.

Soutenons les gilets jaunes, participer serait encore mieux sinon nous subirons le sort des spartakistes allemands  et les dérives qui en ont découlé : Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent mêmes s’ils n’ont pas toujours  très clairement conscience des enjeux.

Partager cet article
Repost0
18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 09:42

Du Moyen âge à nos jours

 

PARTIE 1. Conférence  intitulée "ROBESPIERRE et l'an II ou la construction d'une république démocratique et sociale". Florence GAUTHIER a présenté et annoté le Tome XI des Œuvres de Maximilien Robespierre, publié à l'occasion du Centenaire de la Société des études robespierristes en 2007.

 

PARTIE 2. Conférence intitulée «ROBESPIERRE et l'an II ou la construction d'une république démocratique et sociale». Florence GAUTHIER a présenté et annoté le Tome XI des Œuvres de Maximilien Robespierre, publié à l'occasion du Centenaire de la Société des études robespierristes en 2007.

 

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 08:45

Par Ben White le 29 septembre 2016

Droit international Hégémonie Histoire Israël

 

Que d’éloges n’avons nous pas entendu ce 28 septembre pour celui qui a participé à la création et la militarisation d’un Etat sur une terre volée aux natifs palestiniens. Ces derniers – à qui Shimon Peres, comme tous les autres dirigeants israéliens, a fait miroiter une fausse paix – n’ont jamais obtenu, et n’obtiendrons peut-être jamais, aucune justice. [Silvia Cattori]

 

Plus de 800 000 natifs palestiniens ont du fuir, sans retour, la terreur organisée par les milices juives de la Haganah en 1948 

Shimon Peres dont l’Occident a toujours ignoré les victimes (1923-2016).

Mieux connu en Occident pour son rôle dans les accords d’Oslo.
Sa famille s’était installée en Palestine dans les années 1930.
A combattu avec la Haganah durant la Nakba.
Présenté comme l’architecte du programme nucléaire clandestin d’Israël.
Percevait les citoyens palestiniens comme une « menace démographique ».
A joué un rôle majeur dans les premiers jours des implantations en Cisjordanie.
Responsable du massacre de Qana au Liban, en 1996.
A soutenu le blocus de Gaza et les récentes offensives israéliennes.

 

Shimon Peres, décédé ce mercredi (28-10-2016) à l’âge de 93 ans, après avoir subi une crise cardiaque le 13 septembre dernier, incarnait la disparité entre l’image d’Israël en Occident et la réalité de la politique coloniale sanglante d’Israël en Palestine et dans l’ensemble de la région.

Peres était né en 1923 dans ce qui, plus tard, allait devenir la Biélorussie, et sa famille s’était installée en Palestine dans les années 1930. Jeune homme, Peres s’était enrôlé dans la Haganah, la milice responsable en tout premier lieu de l’épuration ethnique des villages palestiniens en 1947-1949, durant la Nakba.

Bien que le déplacement par la violence des Palestiniens fasse l’objet de rapports historiques, Peres a toujours insisté sur le fait que les forces sionistes « avaient gardé la pureté des armes », au cours de l’installation de l’État d’Israël. En effet, prétendait-il même avant l’existence d’Israël, « il n’y avait rien, ici ».

Durant sept décennies, Peres a servi en tant que Premier ministre (à deux reprises) et président, bien qu’il n’ait jamais remporté directement la moindre élection nationale. Il a été membre de 12 cabinets et a assumé les tâches de ministre de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances.

Il est peut-être mieux connu en Occident pour son rôle dans les négociations qui ont abouti aux accords d’Oslo, en 1993, et qui lui ont valu le prix Nobel de la paix en compagnie de Yitzhak Rabin et de Yasser Arafat.

Pourtant, pour les Palestiniens et leurs voisins du Moyen-Orient, le palmarès dePeres est très différent de sa réputation en Occident d’infatigable « colombe » de la paix. Ce qui suit n’est en aucun cas un résumé complet du palmarès de Peres au service du colonialisme et de l’apartheid.

Les armes nucléaires

Entre 1953 et 1965, Peres a d’abord servi comme directeur général du ministère israélien de la Défense et, ensuite, comme vice-ministre de la Défense. En raison de ses responsabilités de l’époque, Peres a été décrit comme « l’un des architectes du programme d’armement nucléaire d’Israël » qui, à ce jour, « a toujours échappé à la surveillance de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ».

En 1975, comme l’ont révélé depuis des documents secrets, Peres rencontrait le ministre sud-africain de la Défense Pieter Willem Botha et « proposait de vendre des ogives nucléaires au régime de l’apartheid ». En 1986, Peres autorisait l’opération du Mossad au cours de laquelle le lanceur d’alerte nucléaire Mordechai Vanunuallait être kidnappé à Rome.

Le ciblage des citoyens palestiniens

Peres a joué un rôle clé dans le régime militaire imposé aux citoyens palestiniens jusqu’en 1966, régime sous lequel les autorités ont massivement volé des terres et déplacé des populations.

L’un des outils de ce régime n’était autre que l’article 125, qui permettait de déclarer des terres palestiniennes zones militaires fermées. Une fois que leurs occupants s’en voyaient interdire l’accès, les terres étaient alors confisquées nomme « non cultivées ». Peres encensait cet article 125 comme un moyen de « poursuivre directement la lutte pour l’implantation et l’immigration des Juifs ».

Une autre des responsabilités de Peres dans ses attributions de directeur général du ministère de la Défense consistait à « judaïser » la Galilée, c’est-à-dire à poursuivre une politique censée réduire dans la région la proportion entre les citoyens palestiniens et les citoyens juifs.

En 2005, en tant que vice-Premier ministre du cabinet d’Ariel Sharon, Peres réitéra ses attaques contre les citoyens palestiniens via des plans visant à encourager lesIsraéliens juifs à s’installer en Galilée. Son plan de « développement » couvrait 104 communautés – dont 100 juives.

Lors d’entretiens secrets avec des hauts fonctionnaires américains cette même année, Peres prétendit qu’Israël avait « perdu un million de dounams [100 000 hectares, soit 1 000 kilomètres carrés] de terres du Néguev au profit des Bédouins », ajoutant que le « développement » du Néguev et de la Galilée pouvait « atténuer ce qu’il appelait une menace démographique ».

Soutien aux colonies illégales en Cisjordanie

Alors que le projet israélien d’implantation en Cisjordanie a été associé en premier lieu au Likoud et à d’autres partis nationalistes de droite, c’est en fait le Parti travailliste qui donna les premiers coups de fouet à la colonisation du territoire palestinien nouvellement conquis – et Peres y participa avec enthousiasme.

Durant le mandat de Peres en tant que ministre de la Défense, de 1974 à 1977, le gouvernement Rabin installa un certain nombre de colonies clés en Cisjordanie,parmi lesquelles Ofra, dont d’importantes sections furent construites sur des terres confisquées à leurs propriétaires palestiniens.

Plus récemment, après avoir joué un rôle clé dans les premiers jours de l’entreprise d’implantation, Peres intervint également pour annuler toute espèce de mesure, aussi modeste ait-elle été, visant à sanctionner les colonies illégales et ce, chaque fois, naturellement, sous le prétexte de protéger les « négociations de paix ».

Le massacre de Cana

En 1996, en tant que Premier ministre, Peres ordonna et supervisa l’opération« Raisins de la colère », lorsque les forces armées israéliennes tuèrent quelque 154 civils au Liban et en blessèrent 351 autres. L’opération, dont on croit généralement qu’elle fut une démonstration de force pré-électorale, ciblait intentionnellement des civils libanais.

L’incident le plus notoire de la campagne fut le massacre de Cana, qui vit Israël bombarder une enceinte des Nations unies et tuer ainsi 106 civils qui s’y étaient réfugiés. Un rapport de l‘ONU expliqua à l’époque que, contrairement aux dénégations israéliennes, il était « improbable » que le bombardement «eût été le résultat d’erreurs techniques et/ou de procédure ».Selon le site Internet officiel des Forces aériennes israéliennes (en hébreu, pas en anglais), l’opération impliquait « le bombardement massif des villages chiites du Sud-Liban afin de provoquer un exode de civils vers le Nord, en direction de Beyrouth, appliquant ainsi des pressions sur la Syrie et sur le Liban afin qu’ils freinent le Hezbollah ».

Plus tard, les artilleurs israéliens dirent à la télévision israélienne qu’ils ne regrettaient aucunement le massacre, puisque les morts n’étaient « qu’un ramassis d’Arabes ». Quant à Peres, sa conscience était tout aussi propre : « Tout a été accompli selon une logique claire et de façon responsable », dit-il. « Je suis en paix. »

Gaza – La justification du blocus et de la brutalité

Peres connut sa consécration comme l’un des plus importants ambassadeurs d’Israël dans le monde de ces dix dernières années, au moment où la bande deGaza était soumise à un blocus dévastateur et à trois offensives majeures. En dépit de la colère mondiale à l’égard de cette politique, Peres ne cessa jamais de soutenir les punitions collectives et la violence militaire.

En janvier 2009, par exemple, malgré les appels des « organisations israéliennes des droits de l’homme pour que soit mis un terme à l’opération  »Plomb durci » », Peresdécrivit « la solidarité internationale derrière les opérations militaires » comme « les plus belles heures d’Israël ». Selon Peres, le but de l’offensive « était d’asséner un coup très dur aux gens de Gaza afin de leur faire passer l’envie de tirer [des missiles] sur Israël ».

Lors de l’opération « Pilier de défense », en novembre 2012, Peres  « prit sur lui la tâche de contribuer à l’effort israélien en matière de relations publiques en transmettant le discours israélien aux dirigeants mondiaux », pour reprendre les termes utilisés dans Ynetnews. À la veille de l’offensive israélienne, « Peres prévint le Hamas que s’il voulait que les gens de Gaza puissent mener une existence normale, il devait cesser de lancer des missiles contre Israël ».

En 2014, lors d’une vague de bombardements sans précédent sur Gaza, Peres se dressa une fois de plus pour blanchir ces crimes de guerre. Après que les forces israéliennes eurent tué quatre petits enfants qui jouaient sur une plage, Peres sut parfaitement sur qui jeter le blâme – sur les Palestiniens : « Nous avions mis en garde que nous allions bombarder cette zone », dit-il. « Et, malheureusement, ils n’ont pas fait partir les enfants. »

Le blocus honteux, internationalement condamné comme une forme de punition collective interdite, a également été défendu par Peres – sur les bases, précisément, qu’il s’agit d’une punition collective. Comme le disait Peres en 2014 :« Si Gaza cessait ses tirs, il n’y aurait pas besoin de blocus. »

Le soutien de Peres aux punitions collectives s’étendait également à l’Iran. En 2012, commentant des rapports disant que six millions d’Iraniens souffrant de cancer ne pouvaient recevoir de traitement en raison des sanctions, Peres déclara : « S’ils veulent retrouver une existence normale, qu’ils redeviennent donc normaux. »

Pas un mot d’excuse jusqu’à la fin

Peres a toujours été clair à propos du but de l’accord de paix avec les Palestiniens. Il déclara en 2014 : « La première priorité est de préserver Israël en tant qu’État juif. Voilà notre but prioritaire, c’est pour cela que nous nous battons. » L’an dernier, il réitéra ces sentiments dans une interview accordée à AP, en disant : « Israël devrait appliquer la solution à deux États dans son propre intérêt », de façon à ne pas« perdre notre majorité [juive] ».

Ceci, rappelons-le, est ce qui a donné forme au soutien du Parti travailliste auxaccords d’Oslo. Rabin, parlant devant la Knesset peu de temps avant d’être assassiné en 1995, avait été clair en disant que ce qu’Israël cherchait dans les accords d‘Oslo était une « entité » palestinienne qui serait « moins qu’un État ».Jérusalem serait la capitale non divisée d’Israël, les colonies clés seraient annexées et Israël resterait implanté dans la vallée du Jourdain.

Il y a quelques années, Peres décrivait les Palestiniens comme des gens « se posant eux-mêmes en victimes ». Et poursuivait : « Ils se victimisent eux-mêmes. Ils sont les victimes de leurs propres erreurs, qu’ils commettent sans aucune nécessité. »Une condescendance aussi cruelle caractérisait bien un homme pour qui la « paix »fut toujours synonyme de pacification coloniale.

Ben White | 28 septembre 2016 |The Middle East Monitor

ben-white

Ben White est un journaliste dont les travaux ont été notamment publiés dans le quotidien britannique The Guardian, dans The New Statesman, ainsi que par Al Jazeera etElectronic Intifada. Il est l’auteur de Israeli Apartheid (Ed. Pluto Press – 2009) et de « Être Palestinien en Israël » (Ed. La Guillotine – 2015)

Traduction : Jean-Marie Flémal

Source: http://www.pourlapalestine.be/shimon-peres-le-criminel-de-guerre-israelien-dont-loccident-a-toujours-ignore-les-victimes/

 

Repris sur Arrêt sur info avec la mention suivante: Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 19:48

Par JR Pauwels repris sur   investigaction

 

Dans deux de ses livres, Le choix de la Défaite : les élites françaises dans les années 1930 et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République 1938-1940 (Paris, Armand Colin, 2010 et 2008), Annie Lacroix-Riz, spécialiste d’histoire contemporaine et professeur à l’université Paris 7, a expliqué comment, dans les années trente, l’élite de la société française – politiciens, militaires de haut rang, industriels, banquiers, le haut clergé, etc. – a voulu et planifié l’ « étrange défaite » de 1940. C’est par le biais de cette trahison que l’élite put triompher de l’« ennemi intérieur » gauchiste, empêcher d’autres réformes politiques et surtout sociales comme celles introduites par le Front Populaire, et éliminer le système, trop démocratique à son goût, de la 3e République en faveur du régime autoritaire et collaborateur de Vichy. Ce régime choya tous les éléments de l’élite du pays, mais surtout le patronat, et tandis qu’il fut un paradis pour celui-ci, il fut un enfer pour les salariés, et pour le peuple français en général ; Annie Lacroix-Riz l’a bien démontré dans un autre ouvrage, Industriels et banquiers sous l’Occupation (Armand Colin, Paris, 2013). Or, dans une toute nouvelle étude, Les Élites françaises entre 1940 et 1944 (Armand Colin, Paris, 2016), l’historienne se penche sur un autre aspect de la saga de la couche supérieure de la société française des années trente et quarante : leur passage de la tutelle allemande à la tutelle américaine.

 

Les défaites subies par la Wehrmacht devant Moscou (fin 1941) et surtout Stalingrad (hiver 1942-1943) ainsi que l’entrée en guerre des États-Unis et le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (novembre 1942) firent comprendre à l’élite française que l’Allemagne perdrait la guerre et que l’inévitable victoire soviétique impliquerait fort probablement pour la France le triomphe de la Résistance, « majoritairement ouvrière et communiste », et par conséquent une épuration des collaborateurs et des changements révolutionnaires. Afin d’éviter un tel scénario, catastrophique pour eux-mêmes et pour leur ordre socio-économique, la majorité des politiciens, militaires, industriels, banquiers, et autres « gens très bien », responsables directement ou indirectement pour la trahison de 1940 et la politique collaboratrice, répressive et même meurtrière de Vichy, commencèrent à se dissocier discrètement de la tutelle allemande et à préparer un « avenir américain ». Ils espéraient que l’occupation allemande de la France serait suivie par une occupation américaine, ce qui éviterait des « désordres », mot de passe pour les changements révolutionnaires associés avec la Résistance; et dans le contexte d’une Pax Americana engendrée par une victoire américaine leurs péchés pro-nazis seraient pardonnés et oubliés, leur permettant de conserver les privilèges traditionnels et nouveaux dont ils avaient joui grâce à Vichy. Sous les auspices du nouveau tuteur américain, la France serait un « Vichy sans Vichy ».

 

Il était possible de rêver à tout cela parce que les leaders américains détestaient également l’idée que, après le départ des Allemands, les Résistants communistes et autres puissent prendre le pouvoir en France, y provoquer des « mutations [politiques et socio-économiques] profondes » et ouvrir la porte à l’influence soviétique. À Washington on n’avait rien contre le régime de Vichy, avec lequel on maintenait jusqu’en janvier 1943 de bonnes relations diplomatiques ; et les autorités étatsuniennes, Roosevelt en tête, espéraient longtemps que dans l’après-guerre Pétain ou un des autres dirigeants vichyssois pas trop souillés par leur germanophilie – comme Weygand ou Darlan – resterait au pouvoir en France, peut-être après un léger « replâtrage parlementaire » du système vichyssois. « L’avenir américain » fut préparé dans des négociations en Afrique du Nord, où les É.-U. avaient plusieurs consulats, en Espagne et en Suisse, où Berne fut le pied-à-terre de l’agent secret étatsunien Allen Dulles, qui y « veillait à l’avenir de la France » et de l’Europe en général.

 

Les Allemands étaient à la hauteur mais toléraient ces initiatives parce que l’élite du Reich préparait son propre « avenir américain », ce qui impliquait des industriels et banquiers allemands avec de bons contacts américains – y compris Dulles – et même des chefs de la SS/Gestapo. Afin de permettre à quelques-uns des plus fermes suppôts du nazisme au sein de de l’élite allemande, par exemple le banquier Hjalmar Schacht, de se poser en « résistants » quand le régime nazi s’écroulerait, on les enferma dans des camps de concentration comme Dachau, où ils étaient « entièrement séparés de la masse des détenus du camp proprement dit » et bien traités. De façon similaire, les autorités allemandes en France eurent la gentillesse d’arrêter de nombreux « collaborationnistes de premier plan » et de les « déporter » vers le Reich pour y attendre la fin de la guerre dans un confortable lieu de « détention d’honneur », par exemple des hôtels à Bad Godesberg et au Tyrol. Cette expérience devait servir de « brevet de ‘résistance’ » à ces personnages, leur permettant de poser en héros patriotiques à leur retour en France en 1945.

 

Tandis qu’à l’occasion du choix du tuteur allemand comme « protecteur des coffre-forts » en 1940, « un chef français compatible avec le guide allemand » se tenait déjà prêt dans les coulisses, à savoir Pétain, la sélection d’un chef français compatible avec le nouveau guide américain était nettement moins facile. Le tandem de l’élite française et les autorités américaines détestaient celui qui apparaît aujourd’hui comme un choix manifeste, à savoir Charles de Gaulle, le chef des « Français libres ». La raison ? Ils le regardaient comme un « fourrier du bolchevisme », « un simple tremplin vers le pouvoir des communistes ». Ce n’est que très tard, à savoir le 23 octobre 1944, donc plusieurs mois après le débarquement en Normandie et le début de la libération du pays, que de Gaulle fut reconnu officiellement par Washington comme chef du Gouvernement provisoire de la République française. La chose devint possible à cause de plusieurs facteurs. Primo, les Américains ont fini par se rendre compte que le peuple français ne tolérerait pas qu’après le départ des Allemands « le tout-Vichy [fût] maintenu en place ». Ils ont compris que, inversement, de Gaulle bénéficiait d’une grande popularité et du soutien d’un grande partie de la Résistance. Par conséquent, ils avaient besoin de lui pour « neutraliser les communistes au lendemain des hostilités ». Secundo, de Gaulle négocia auprès de Roosevelt afin d’adopter une politique « normale », ne menaçant aucunement « le statu-quo socio-économique » ; et il donna des gages en « repêchant » de nombreux collaborateurs vichyssois qui avaient été les favoris des Américains.  Tertio, le chef des « Français libres » avait pris ses distances avec l’Union Soviétique. C’est ainsi que le gaullisme s’est « respectabilisé » et que de Gaulle est devenu « un leader de la droite », acceptable à élite française aussi bien qu’aux Américains, les successeurs des Allemands dans le rôle de « protecteurs » des intérêts de cette élite. Or, du point de vue des nouveaux vrais maîtres de la France – et de la plupart du reste de l’Europe – il fut et resta une sorte de « rebelle » qui continua longtemps à leur causer des ennuis.

 

Les Élites françaises entre 1940 et 1944 est une étude surprenante, fascinante, rigoureusement et minutieusement documentée, comme les autres livres d’Annie Lacroix-Riz. De ceux-ci, il faut encore mentionner Aux origines du carcan européen (1900-1960) : La France sous influence allemande et américaine (Paris, Éditions Delga, 2014). On peut y apprendre comment, à la suite de la fin de la Seconde guerre mondiale, les États-Unis ont su consolider leur domination politique et économique de l’Europe occidentale par le biais de la création d’institutions européennes. Et ils l’ont fait en collaboration avec des élites françaises, allemandes et autres – y compris des collaborateurs vichyssois « recyclés » tels que Jean Monnet. Dans ce contexte aussi, leur ancien antagoniste, de Gaulle, leur a causé quelques ennuis.

Partager cet article
Repost0
8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 14:33
 Repris sur  Comité Valmy

 

10 mars 2007 Les partisans de Slobodan Milosevic font la queue devant la tombe de l’ancien président à Pozarevac pour lui rendre hommage. © Marko Djurica/Reuters

 

Aujourd’hui Milosevic est disculpé
mais rien n’arrête la machine de guerre de l’OTAN
Par Neil Clark, RT

 

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) vient d’innocenter Slobodan Milosevic, l’ancien président défunt de Yougoslavie, des crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie. Cela prouve, une fois de plus, que nous ne devons pas seulement en prendre et en laisser dans les allégations de l’OTAN concernant ses « ennemis officiels », mais pratiquement tout laisser.

 

Pendant les vingt dernières années, les commentateurs néo-conservateurs et autres sommités « libérales interventionnistes » n’ont pas cessé de nous répéter que Milosevic (un dirigeant démocratiquement élu dans un pays où plus de 20 partis politiques fonctionnaient librement) était un dictateur diabolique génocidaire responsable de TOUTES les morts survenues dans les Balkans, dans les années 1990. Répétez après moi avec la voix d’un robot (tout en faisant des mouvements de bras saccadés) : l’agression génocidaire de Milosevic », « l’agression génocidaire de Milosevic ».

 

Mais le récit officiel, tout comme celui qu’on nous a servi, en 2003, -que l’Irak avait des armes de destruction massive qu’il pouvait déployer en 45 minutes -, était entièrement mensonger et avait été fabriqué pour justifier une opération de changement de régime que les élites occidentales voulaient faire depuis longtemps.

 

L’affirmation du TPIY, selon laquelle l’un des personnages les plus diabolisés de l’ère moderne était innocent des terribles crimes dont on l’accusait, aurait dû faire la Une des journaux à travers le monde entier. Mais ça n’a pas été le cas. Même le TPIY l’a enterrée, tout au fond de la page 2590 de son verdict sur le procès du chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, qui a été condamné en mars pour génocide (à Srebrenica), crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

 

Il n’y a pas eu de conférence de presse ni d’annonce officielle concernant l’exonération de Milosevic, il faut remercier le  journaliste d’investigation  Andy  Wilcoxson qui nous l’a signalée,

Les choses étaient bien différentes quand le procès du soi-disant « boucher des Balkans », s’est ouvert en février 2002 ! A l’époque, il aurait fallu être enfermé dans une armoire pour ne pas être au courant de ce qui se passait.

 

La CNN a couvert de bout en bout ce qui a été décrit comme « le procès le plus important depuis Nuremberg. » Bien sûr, la culpabilité de Milosevic était un fait acquis. « Quand la peine serait prononcée, il disparaîtra dans cette cellule, et personne n’en entendra plus jamais parler », a déclaré l’avocate étasunienne Judith Armatta, de la Coalition pour la justice internationale, une organisation dont l’ancien ambassadeur des États-Unis en Yougoslavie, Warren Zimmerman, faisait partie en tant que membre consultatif du Conseil d’administration.

 

Tous ceux qui osaient contester la ligne de l’OTAN étaient aussitôt qualifié de « défenseur de Milosevic », ou pire encore, de « négationniste », par les « Gardiens de la Vérité de l’Empire ».

 

Mais au milieu de tout le bla bla bla et de tout le battage médiatique qui entourait le « procès du siècle », il est vite apparu que l’accusation avait de gros et même de très gros problèmes. Le Sunday Times a cité un expert juridique qui a affirmé que « 80% des déclarations préliminaires de l’accusation auraient été rejetées par un tribunal britannique comme étant de simples ouï-dire. » Et je crois que l’estimation de 80% était déjà très généreuse.

 

Le problème, c’est que ce procès était un simulacre de procès, un procès dans lequel la géopolitique était plus importante que les preuves réelles. Il faut se rappeler que l’acte d’accusation initial contre Milosevic concernant les soi-disant des crimes de guerre/génocide du Kosovo avait été publié en mai 1999, au plus haut de la campagne de bombardements de l’OTAN contre la Yougoslavie, et à un moment où la guerre ne se passait pas exactement comme l’auraient souhaité les États-Unis et leurs alliés.

 

L’acte d’accusation a été clairement rédigé pour mettre la pression sur Milosevic et correspondre aux exigences de l’OTAN.

 

Le problème pour l’OTAN était qu’au moment où le procès de Milosevic devait commencer, la narrative sur le Kosovo était déjà éventée. Les sinistres accusations des États-Unis et de leurs alliés concernant un génocide et des centaines de milliers de personnes assassinées, étaient fausses comme l’a montré le grand John Pilger ici. En septembre 2001, un tribunal de l’ONU a officiellement statué qu’il n’y avait pas eu de génocide au Kosovo.

 

Donc, pour renforcer leur cas contre Milosevic, qui prenait l’eau de toutes parts, les procureurs de La Haye ont dû apporter de nouvelles charges liées à la guerre en Bosnie, en accusant « Slobo » de faire partie d’une « conspiration criminelle collective » pour assassiner/nettoyer ethniquement les Croates et des musulmans de Bosnie pour mettre en place son projet de « Grande Serbie ».

 

Dans les procédures pénales normales, les preuves sont recueillies et ensuite, si elles sont jugées suffisantes, on engage des poursuites. Mais c’est le contraire qui est arrivé dans le cas de Milosevic : il a été inculpé pour des raisons politiques et la chasse aux preuves a suivi.

 

L’ironie est que l’ancien président yougoslave avait été précédemment loué par le président Clinton pour son rôle dans la négociation d’un accord de paix en Bosnie en 1995, qui avait été signé à Dayton, dans l’Ohio.

 

La vérité est que Milosevic n’était pas du tout un nationaliste serbe pur et dur mais un socialiste de toujours qui avait toujours voulu une Yougoslavie multi-raciale et multi-ethnique.

Son but, lorsqu’il était au pouvoir, n’a jamais été de construire une « Grande Serbie », mais d’essayer de garder unie la Yougoslavie fédérale, comme le TPIY vient de le reconnaître tardivement.

 

Non seulement Milosevic n’était pas responsable du nettoyage ethnique qui avait eu lieu en Bosnie, il l’avait même dénoncé. Le TPIY a noté « les critiques répétées de Milosevic et sa désapprobation des politiques menées par l’accusé (Karadzic) et par la direction des Serbes de Bosnie. » Milosevic, un homme qui avait en horreur toutes les formes de racisme, insistait sur le fait que toutes les ethnies devaient être protégées.

 

Mais pour punir Milosevic et pour prévenir les autres de ce qui leur arriverait s’ils osaient s’opposer aux Etats-Unis, l’histoire devait être ré-écrite. Le socialiste pro-Yougoslavie qui s’était opposé à la politique des dirigeants serbes de Bosnie devait être présenté, rétrospectivement, comme le méchant de la guerre de Bosnie et même blâmé pour tout le sang qui avait été versé dans les Balkans. Par contre, l’ambassadeur américain Warren Zimmerman déjà mentionné, dont l’intervention scélérate a fait capoter la solution diplomatique et a permis le déclenchement du conflit bosniaque, lui, n’a pas été le moins du monde inquiété.

 

Pendant la campagne « tout est de la faute de Slobo », les faits réels ont été tout simplement jetés par la fenêtre. Un article écrit, je ne vous raconte pas de blague, par un professeur d’études européennes de l’Université d’Oxford prétendait même que Milosevic était le leader de la Yougoslavie en 1991 (l’année où la Slovénie a fait sécession). En fait, c’était le Croate bosniaque, Ante Markovic, qui était le leader du pays à l’époque.

 

Comme de bien entendu, Milosevic a été comparé à Hitler. « C’était comme si on voyait l’arrogant démon Adolf Hitler en pleine action », a écrit le rédacteur en chef de News of the World, lorsque Milosevic a eu la témérité de se défendre devant le Cour. « On avait des flashs glaçants du monstre nazi de la Seconde Guerre mondiale quand le tyran serbe déchu haranguait la Cour. »

 

Pour être certains que les lecteurs comprenaient bien que Milosevic = Hitler, les News of the World ont illustré leur diatribe avec une photo d’Hitler, « le boucher de Berlin », devant un camp de concentration, et une photo de Milosevic « Le boucher de Belgrade », en surimpression sur un camp de concentration en Bosnie. Avec lequel, en fait, il n’avait rien à voir.

 

Au grand soulagement de l’accusation, Milosevic est mort subitement dans sa cellule en mars 2006.

 

Etant donné ce que nous avions vu au procès jusqu’à ce moment-là, il était tout à fait inconcevable qu’il soit jugé coupable. Une longue liste de témoins « irréfutables » s’étaient révélé des pétards mouillés les uns après les autres.

 

Comme je l’ai mentionné dans un article antérieur :

Il s’est avéré que le témoin principal, Ratomir Tanic, était à la solde des forces de sécurité occidentales, tandis que le chef de la police secrète ex-yougoslave Rade Markovic, l’homme qui allait enfin cracher le morceau sur Milosevic et révéler comment son ancien maître avait ordonné l’expulsion des minorités ethniques Albanais du Kosovo, a fait finalement tout le contraire et a déclaré qu’il avait menti sous la torture et que sa déclaration écrite avait été falsifiée par l’accusation.

 

En outre, comme je l’ai noté ici, l’ancien chef de la sécurité de l’armée yougoslave, le général Geza Farkas (un Hongrois ethnique), a déclaré que tous les soldats yougoslaves au Kosovo avaient reçu un document leur expliquant le droit international humanitaire, et qu’ils avaient reçu l’ordre de désobéir aux ordres qui le violaient. Farkas a également déclaré que Milosevic avait ordonné qu’aucun groupe paramilitaire ne soit autorisé à opérer au Kosovo.

 

Lorsque Milosevic est mort, ses accusateurs ont affirmé qu’il « avait trahi la justice ». Mais en fait, comme le TPIY l’a maintenant confirmé, c’est la justice qui a trahi Milosevic.

 

Pendant qu’il se défendait contre des accusations à caractère politique à La Haye, les États-Unis et leurs alliés ont lancé leur brutale agression illégale contre l’Irak, une guerre qui a fait près d’un million de morts. L’an dernier, un rapport de Body Count a révélé qu’au moins 1,3 million de personnes avaient perdu la vie du fait de la « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

 

Ces chiffres nous aident à remettre le Kosovo en perspective. Même si on pense que Milosevic et le gouvernement yougoslave étaient responsables d’une partie des morts là-bas, en 1999, (dans une guerre que l’Occident avait clairement voulue et provoquée), il n’y a aucune, mais alors aucune comparaison possible avec la mort et la destruction causées par les pays qui ont été les plus déterminés à mettre le président de Yougoslavie dans le box des accusés. Comme John Pilger l’a noté en 2008, le bombardement de la Yougoslavie a été un « véritable avant-goût des bains de sang d’Afghanistan et d’Irak. »

 

Depuis, nous avons également eu la destruction par l’OTAN de la Libye, le pays qui avait le niveau de vie les plus élevés de toute l’Afrique, et le soutien de violents « rebelles » pour obtenir un « changement de régime » en Syrie.

 

Il ne faut pas être Sherlock Holmes pour voir se dessiner ici un schéma répétitif.

 

Avant de lancer une guerre ou une « intervention humanitaire » contre un État donné, les Etats-Unis accusent son leader et son gouvernement de toutes sortes de choses épouvantables. Ces accusations sont relayées par les médias qui les répètent ad nauseam, pour qu’à force les gens se mettent à les croire.

 

Plus tard, il apparaît que les accusations étaient soit entièrement fausses (comme celles des armes de destruction massive en Irak), soit non corroborées, soit fort exagérées. Mais les médias sont passés à autre chose : révéler aux lecteurs la fausseté des accusations portées contre « l’Hitler » précédent ne les intéresse plus, ils sont tout entier occupés à vilipender le « nouvel Hitler », tout aussi « agressif et génocidaire » que le précédent. En 1999, c’était Milosevic ; maintenant c’est Assad et Poutine.

 

Et vous l’avez deviné, cher lecteur, ce sont, bien sûr, les personnes qui défendent la guerre en Irak et les autres interventions militaires occidentales sanglantes basées sur des mensonges, des affirmations non corroborées ou de fortes exagérations, qui se répandent en accusations tous azimuth la fois d’après, exactement les mêmes personnes.

 

Comme le dit ce vieil adage plein de sagesse : Quand vous montrez quelqu’un du doigt, trois doigts se retournent vers vous*.

Neil Clark
2 août 2016

Note du traducteur :
• Comme disent les enfants : « Celui qui l’dit, c’est celui qui l’est ! »

Neil Clark est journaliste, écrivain, présentateur et blogueur. Il a écrit pour de nombreux journaux et magazines au Royaume-Uni et dans d’autres pays, comme The Guardian, le Morning Star, le Daily et Sunday Express, le Daily et Sunday Mail, le Daily Telegraph, le New Statesman, The Spectator, The Week et The American Conservative. Il publie régulièrement sur RT et on l’a vu également à BBC TV et BBC radio, Sky News, Press TV et la Voix de la Russie. Il est co-fondateur de la Campagne pour Public Ownership@PublicOwnership. L’adresse de son blog qui a été primé est : www.neilclark66.blogspot.com. Ses tweets portent sur la politique et les affaires mondiales @NeilClark66

Partager cet article
Repost0
17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 17:21

Source : Revue Espoir nov.1998 - Fondation Charles de Gaulle

Par Eric Branca, journaliste

repris sur  Comité Valmy

Souveraineté nationale contre "rationalité supranationale" ; indépendance des Etats contre force des engrenages ; démocratie contre technocratie ; l’affrontement De Gaulle-Monnet dépasse les hommes pour toucher à l’essentiel.

 

De gauche à droite, Jean Monnet, John Foster Dulles, Kirk Spieremburg, Dwight D. Eisenhower, David Bruce, Franz Etzel, William Rand. A Washington, Juin 1953.


 

Il fut (Jean Monnet) le plus constant des anti-gaullistes en même temps que le plus farouche adversaire de l’indépendance nationale. Mieux : c’est parce qu’il ne croyait plus aux nations et faisait de leur extinction un gage de progrès, qu’il s’opposa avec acharnement à l’homme du 18 juin, pour qui la souveraineté des Etats était une condition absolue et non négociable de la démocratie.

 

A l’heure où les petits-fils politiques de Jean Monnet semblent victorieux - au point d’avoir converti à leur eschatologie fédéraliste ceux-là même dont la raison d’être commandait, encore et toujours, de garder à la France ses mains libres - il n’est pas inutile de rappeler ce que fut le duel engagé, dès 1943, entre Monnet et De Gaulle autour de la grande querelle de la Nation. Car s’il est du droit de chacun de changer de camp, il n’est de celui de personne de faire mentir l’Histoire au point de présenter la construction européenne d’aujourd’hui comme la fille de celle voulue par le général de Gaulle.

 

Au propre comme au figuré, Monnet restera dans la vie politique française comme l’un des grands fantômes du siècle. Vivant, il n’agissait que dans l’ombre (ses Mémoires, publiées en 1976, ne sont qu’un long précis de manipulation des gouvernements) et ne parlait jamais ; ce n’est qu’une fois mort qu’il devint présent - et même omniprésent - grâce aux continuateurs fidèles qui eurent à coeur de faire fructifier son héritage.

 

Premier paradoxe, première opposition avec de Gaulle ; vivant, le Général existait par son verbe et agissait sous le soleil de l’Histoire ; mort, il n’a plus guère que des admirateurs, à défaut d’avoir trouvé le moindre continuateur.

 

Etrange Jean Monnet que tout, dans sa longue vie, sépara de De Gaulle, au point d’avoir su, tel un aimant, attirer à lui ce que la France, l’Europe et surtout l’Amérique comptaient d’antigaullistes, puis agréger leurs forces en une sorte de "pouvoir fédéral intellectuel" (le mot est de Jean-Jacques Servan-Schreiber) dont le but avoué était d’en finir avec douze cents ans d’exception française ...

 

De Gaulle le "nationaliste" contre Monnet l’"européen" ? Si les choses avaient été si simples, on n’en parlerait sans doute plus : un pur "nationaliste" serait-il devenu le héros de tant de peuples opprimés voyant dans la France un moyen de retrouver leur dignité ? Et un "européen" qui n’aurait pensé qu’à défendre les intérêts de l’Europe, aurait-il été si puissamment soutenu par l’Amérique ?

 

C’est que, dans le cas du premier, la France "madone aux fresques des murs" incarnait une forme supérieure de la justice (la réconciliation, chère à Malraux, de Jeanne d’Arc et des soldats de l’An II), alors que pour le second, la construction d’une Europe supranationale ne figurait qu’une étape vers le "gouvernement mondial" qu’il appelait de ses voeux au nom d’une "rationalité" économique. Celle-là même dont arguent aujourd’hui les partisans d’Amsterdam pour dénier aux peuples le droit élémentaire de s’exprimer sur leur destin.

 

Sous les catégories commodes de "nationalisme" et d’"européisme" appliquées à de Gaulle et à Monnet (avec l’intention évidente d’en appeler aux modernes contre les anciens !) perce une dialectique autrement enracinée dans l’histoire : la liberté nationale opposée à la coercition impériale ; la tradition capétienne de la France relevée par la République contre le vieux rêve carolingien sécularisé par les technocrates. On voit bien où se situe l’archaïsme ... Il est vrai qu’à peine nés, de Gaulle et Monnet s’opposaient déjà. Quand le premier voit le jour en 1890 à Lille, capitale d’une marche frontière meurtrie par les invasions et traumatisée par la perte de l’Alsace et de la Lorraine voisines, l’autre est né deux ans plus tôt à Cognac, coeur de cette Aquitaine où, depuis la guerre de Cent ans, on ne sait voir dans l’étranger qu’un client, et même un associé.

 

Fils d’un exportateur d’alcool vivant la moitié de l’année outre-Manche et "sachant bien l’allemand", Monnet cultive, dès son plus jeune âge, une vision policée du monde. "Tout a un prix, donc tout se négocie". Quand, à seize ans, il se rend à Londres pour la première fois, son père lui dit : "N’emporte pas de livres. Personne ne peut réfléchir pour toi". La découverte de la City est le choc de sa vie : c’était "un milieu fermé socialement mais ouvert professionnellement sur le monde", résume-t-il dans ses Mémoires. "Les préoccupations qui y régnaient, c’était l’état des affaires à Shangaï, à Tokyo, à New-York ..."

 

Nourri de Péguy et de sa "certaine idée de la France", de la doctrine sociale de l’Eglise, mais aussi de Barrès et de Nietzsche, de Gaulle choisit au même moment le métier des armes. Souvenons-nous du début des Mémoires de guerre. "Quand j’entrai dans l’armée, c’était une des plus grandes choses du monde ... Elle sentait venir avec une sourde espérance le jour où tout dépendrait d’elle."

 

Non moins impatient de faire ses preuves, Monnet part en 1906 pour le Canada. Il y troque des caisses de cognac familial contre des ballots de pelleterie, bientôt revendus au fourreur Revillon. Remarqué par les dirigeants de la célèbre compagnie de la baie d’Hudson, Monnet entre en 1908 à la Banque Lazard de New-York, où il débute avec éclat. Quand survient la guerre de Quatorze, Monnet (réformé) est déjà solidement introduit dans l’establishment de la côte est des Etats-Unis. A vingt-six ans il traite d’égal à égal avec les plus grands noms de la finance anglo-saxonne.

 

L’un des premiers d’entre eux, Paul Warburg, auquel Jacques Attali consacra, voici quelques années, une monumentale biographie (Une homme d’influence, Fayard, 1985), prend Monnet sous sa protection. Il est alors, avec John Pierpont Morgan (fondateur de la banque du même nom) et Jacob Schiff (de la Kuhn Loeb) l’une des figures de proue de la Pilgrim’s Society, matrice idéologique d’où naîtront, au fil du XXe siècle, tois émanations spécialisées à l’origine desquelles l’on trouve toujours Monnet : le CFR (Council of Foreign Relations) en 1920 ; le Bilderberg Group (anglo-saxon et européen) en 1954 ; et la fameuse Commission Trilatérale créée en 1973 pour associer le Japon aux "décideurs" économiques d’Europe et d’Amérique du NordBut de la Pilgrim’s, repris peu ou prou par tous ses épigones : annihiler les risques de guerre en favorisant l’intégration des économies nationales et en obtenant des Etats qu’ils transfèrent leur souveraineté à des organismes exécutifs supranationaux.

 

De cette "rationalité supranationale", Monnet avait jeté les bases dès l’entre-deux-guerres. Unique Français associé à la création du CFR, les anglo-saxons ont fait, dès 1923, le secrétaire général adjoint de la SDN, tremplin qui lui permettra de devenir dans les années trente le conseiller personnel (on dirait aujourd’hui le consultant) de Roosevelt, de Tchang Kai Chek, du colonel Beck en Pologne, ou du roi Carol en Roumanie. Il a écrit dans ses Mémoires : "S’il faut beaucoup de temps pour arriver au pouvoir, il en faut peu pour expliquer à ceux qui y sont le moyen de sortir des difficultés présentes : c’est un langage qu’ils écoutent volontiers à l’instant critique. A cet instant où les idées manquent, ils acceptent les vôtres avec reconnaissance, à condition que vous leur en laissiez la paternité ... Si c’est au prix de l’effacement que je puis faire aboutir les choses, alors je choisis l’ombre ..."

 

Alors que tout aurait dû le rapprocher, en 1943, du général Giraud, porté à bout de bras par Roosevelt qui compte sur sa docilité pour placer, dès la libération, la France sur orbite américaine, Monnet qui a toujours un coup d’avance, comprend que seul de Gaulle peut sortir vainqueur de l’imbroglio d’Alger. Envoyé par la Maison Blanche au secours de Giraud, il renonce à s’opposer publiquement à l’homme du 18 juin, lequel utilisera brièvement ses talents d’organisateur en le nommant en 1944 délégué général au Plan du gouvernement provisoire.

 

Ce qu’ignore alors de Gaulle, c’est qu’à Alger même Monnet a pris le parti de le combattre. Et avec quelle violence ! Dans une note ultra-secrète envoyée au secrétaire d’Etat Harry Hopkins, le 6 mai 1943, il écrit à propos du futur libérateur de la France : "Il faut se résoudre à conclure que l’entente est impossible avec lui ; qu’il est un ennemi du peuple français et de ses libertés (sic) ; qu’il est un ennemi de la construction européenne (et) qu’en conséquence, il doit être détruit dans l’intérêt des Français ..."

 

De Gaulle "détruit" dans l’"intérêt" des Français, ou dans celui des Américains auxquels Monnet adresse ces fortes pensées ? A Roosevelt le même écrira le 5 août suivant : "Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur la base de souverainetés nationales. Ils devront former une fédération qui en fasse une unité économique commune".

 

Contrairement à Monnet qui pense régler la question allemande en l’internationalisant - il mourra persuadé d’avoir empêché par son action toute réunification ultérieure ! - de Gaulle prend garde, au même moment, de marquer combien, à ses yeux, la survie d’une nation allemande, fût-elle provisoirement divisée en deux Etats, sera nécessaire à l’organisation de l’Europe future. Le 25 avril 1945, il déplore ainsi "l’acharnement [du Reich] qui mène à sa ruine complète un grand peuple, coupable certes, et dont la justice exige qu’il soit châtié, mais dont la raison supérieure de l’Europe déplorerait qu’il fût détruit".On comprend qu’au lieu de ronger son frein au service d’un homme qu’il abhorre, Monnet que de Gaulle surnommera bientôt l’Inspirateur, trouve plus exaltant de se consacrer dès 1946 à son grand dessein : la supranationalité européenne. "J’avais mieux à faire, avouera-t-il dans ses Mémoires, que d’exercer moi-même le pouvoir. Mon rôle n’était-il pas d’influencer ceux qui le détiennent et de veiller à ce qu’ils s’en servissent au moment utile ?"

 

De Gaulle chassé par les partis, les amis de Monnet occupent tous les rouages du système ; ils s’appellent René Pleven (président du Conseil ou ministre sans interruption de 1944 à 1954), Pierre Pflimlin (quinze fois ministre et avant-dernier président du Conseil de la IVe république), ou Félix Gaillard, chef du gouvernement qui en 1957 signera le traité de Rome. Ensemble, ils creuseront les fondations de l’édifice supranational qui, quarante années plus tard, aboutirait à Maastricht : la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), dont le premier secrétaire général sera, en 1951, Jean Monnet.

 

Hostile, d’instinct, à ce "méli-mélo" dans lequel une poignée de "géomètres" rêve de dissoudre la France, de Gaulle n’a pour seul allié que son éphémère RPF. Mais celui-ci est écarté du pouvoir par la Troisième Force. Autrement dit, l’alliance gouvernementale des socialistes de la SFIO et des démocrates chrétiens du MRP, unis derrière Robert Schumann.

 

Aussi allemand de tempérament que Monnet était anglo-saxon, Schumann lui offre la dimension mystique qui manquait à ses plans, en mobilisant via le MRP tout ce que l’église catholique compte alors de relais d’opinion. A commencer par le pape Pie XII lui-même qui rêve à un nouveau "serment de Strasbourg" entre les chefs de la démocratie chrétienne occidentale : Schumann, l’allemand Konrad Adenauer et l’italien Alcide de Gasperi. Au coeur de leur dispositif, l’"européisation" de la Sarre, que Schumann compare à une "Lotharingie industrielle", creuset de toutes les intégrations à venir.

 

Pour faire triompher l’étape suivante (la fameuse Communauté européenne de Défense, vendue clés en main par Washington en 1952 au Parlement français), les fédéralistes font flèche de tout bois : même l’Osservatore Romano, organe officiel du Saint Siège, prend parti en suppliant les Français de ne pas suivre les gaullistes, "adversaires de l’Europe, donc de la paix" ! Face à cette conjuration vaticano-bancaire, l’opinion française, volontiers gallicane, se cabre. Tout à leurs pointages parlementaires, les partisans de la fusion européenne n’ont négligé que l’essentiel : l’élément moral qui souvent fait basculer le destin. Plus d’armées nationales, plus d’hymnes, plus de drapeaux. André Malraux s’écrie au Vél d’hiv : "Et nous aurions fait la Résistance pour que le général Guderian devienne par décision américaine commandant militaire de la place de Paris ?"

 

Par leurs certitudes prématurément affichées, Monnet et ses amis ont déclenché l’affaire Dreyfus de la IVe République. En août 1954, la CED s’écroule sous les assauts d’une coalition associant au RPF le Parti communiste, une partie des radicaux, quelques socialistes et même une poignée d’antigaullistes regroupés derrière le général Weygand, qui ne craint pas pour la circonstance d’apposer sa signature à côté de celle d’anciens FTP !

 

Cette union sacrée, dont le véritable artisan fut Michel Debré, Monnet ne s’y attendait pas. Affecté par cet échec contraire à l’arithmétique qu’il avait suscitée ("les Etats, dit Rivarol, sont des vaisseaux qui ont leurs ancres dans le ciel"), il décide de structurer son réseau d’amitiés politiques, dont Valéry Giscard d’Estaing sera, à la fin de la IVe République, l’un des français les plus actifs. Celui dans lequel l’Inspirateur placera bientôt tous ses espoirs pour subvertir de l’intérieur les majorités gaullistes, auxquelles il sera associé.

 

Participation gouvernementale oblige, Valéry Giscard d’Estaing met, à partir de 1950, ses convictions en sourdine. Cette discrétion en fait, pour Monnet, un correspondant d’autant plus essentiel qu’après le départ des ministres MRP, en 1962, son protégé reste le dernier vrai partisan de l’Europe supranationale dans l’équipe Pompidou. Son renvoi, en 1966 - au profit de Michel Debré, "bête noire" du Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe depuis l’affaire de la CED - ôte tout scrupule à Valéry Giscard d’Estaing qui peut désormais s’afficher.

 

Installé dans un vaste appartement du 83, avenue Foch, l’Inspirateur, entouré d’un état-major restreint que son secrétaire, Pascal Fontaine, comparera à un "cercle magique", l’Inspirateur travaille alors d’arrache-pied à gagner son "match retour" contre de Gaulle. "Le Comité, résume Fontaine, voit siéger en son sein, dûment mandatés par leurs organisations, plus de 130 responsables de partis et de syndicats de l’Europe des six et, à partir de 1968, de Grande-Bretagne. On y retrouve tout le Gotha politique de l’Europe des années soixante et soixante-dix, mêlant plusieurs dizaines d’hommes de gouvernement : Brandt, Kiesinger, Barzel, Schmidt, Wehrner, Schelle pour l’Allemagne ; Pflimlin, Lecourt, Pleven, Giscard d’Estaing, Pinay, Defferre, Mollet, Maurice Faure pour la France ; Fanfani, Moro, Forlani, Piccolo, Rumor, Malgoni, Nenni, Saragat, la Maffia pour l’Italie ; Douglas-Home, Heath, Jenkins pour la Grande-Bretagne ; Tindemans, Leburton, Werner pour le Benelux ...".

 

Et la liste n’est pas exhaustive puisque l’auteur oublie, outre JJSS déjà cité, au moins cinq correspondants réguliers pour la France : François Mitterrand, Raymond Barre, Jacques Delors, Jean Lecanuet et Alain Poher. Hostiles en bloc à la politique européenne et internationale de la France (veto mis à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, refus de la force multilatérale proposée par Kennedy ; politique de la chaise vide au Conseil européen, afin d’imposer que les décisions importantes continuent de se prendre à l’unanimité, et non à la majorité comme le propose déjà la Commission de Bruxelles dont l’objectif est de rendre irréversible le tournant fédéral de la Communauté ; mise sur pied d’une dissuasion nucléaire indépendante ; sortie de la France du commandement intégré de l’Otan, etc.), les hommes de Jean Monnet poussent même les responsables étrangers à soumettre à leurs Parlements respectifs des motions hostiles aux choix du général de Gaulle.

Le 13 octobre 1967, le Bundestag adopte ainsi une résolution condamnant la politique européenne de la France, rédigée de la main même de l’Inspirateur. Présent dans les tribunes du Bundestag, celui-ci sera applaudi debout par tous les députés présents. Le chancelier Kiesinger quitte même son siège pour réapparaître un instant plus tard dans les tribunes félicitant ostensiblement Jean Monnet !

 

En France même, les tentatives de politique intérieure de ses amis se soldent par des échecs : échec du "cartel des non" emmené par le MRP et la SFIO pour s’opposer à la réforme constitutionnelle de 1962 ; échec de la candidature de "Monsieur X" (Gaston Defferre) orchestrée deux ans plus tard par l’Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Echecs encore des candidatures Lecanuet en 1965 et Poher en 1969.


Mais en 1974, l’ultime manoeuvre réussit ; le monnetiste Giscard d’Estaing entre à l’Elysée, fort du ralliement de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Jean Lecanuet qui jusqu’alors siégeaient dans l’opposition face à Georges Pompidou.

 

Pour bien marquer que l’héritage a enfin trouvé un continuateur où s’incarner, Jean Monnet prend une décision symbolique : il met en sommeil son Comité d’action puisque l’un des siens siège désormais à l’Elysée.

 

Tout peut enfin jaillir des cartons : création en 1974 du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement ; décision d’élire l’Assemblée européenne au suffrage universel direct (dernier projet supervisé par Jean Monnet alors âgé de quatre-vingt huit ans, en 1977) ; création du système monétaire européen (1979) d’où sortira douze ans plus tard, sous l’impulsion de François Mitterrand et de Jacques Delors, le projet d’Union monétaire européenne, coeur fédéral du traité de Maastricht.


Si le but ultime de cette stratification institutionnelle est identique à celui de la CED - vider les souverainetés nationales de leur contenu - les ressorts ont bien changé. Plus question de prendre les opinions à rebours, au risque d’un électrochoc finalement contre-productif. Puisque la démesure ne paie pas, c’est par le biais des procédures que la supra-nationalité va, cette fois, parvenir à ses fins.

 

Ici, une parenthèse. Au terme d’un entretien consacré à l’Acte unique européen de 1987 qu’il tenait pour une monstruosité juridique au sens où certaines de ses dispositions rendaient relative la notion même de souveraineté - laquelle comme la liberté ne se divise pas, sous peine de ne plus exister ("Comme la couronne ne peut être si son cercle n’est entier, ainsi sa souveraineté n’est point si quelque chose y fait défaut", disait Charles Loyseau, l’un des grands légistes de la monarchie classique) - François Goguel me lâcha un jour tout de go : "Au fond, Jean Monnet était profondément marxiste, et ses continuateurs avec lui".J’avoue n’avoir totalement compris ce qu’il voulait dire qu’à la lecture du traité de Maastricht dans lequel revient si souvent la notion d’irréversibilité (passage "irréversible" à la monnaie unique ; fixation "irréversible" des parités, etc.). Le génie de Monnet est d’avoir recyclé la théorie marxiste des infrastructures économiques censées commander aux superstructures politiques. Dès les premières années du traité de Rome, son pari consiste à laisser agir les procédures et se développer les engrenages afin que, le jour venu, ce ligotis de liliputs - négligeables pris séparément, mais décisifs par le nombre de domaines auxquels ils s’appliquent - s’imposent comme un carcan de fait, se substituant aux mécanismes classiques de la prise de décision démocratique.

 

Telle est bien la logique de l’Acte unique, par lequel le rôle des Parlements nationaux se résume à transposer en droit interne quelque 300 directives décidées à Bruxelles sans le moindre contrôle ; telle est bien celle de Maastricht qui transfère la souveraineté monétaire, donc budgétaire, donc sociale des Etats, vers une structure technique indépendante du pouvoir politique et de son substrat démocratique essentiel : la communauté nationale.

 

Cet effet d’engrenage, ou spill over effect, selon le vocable emprunté à l’école néo-fonctionnaliste américaine chère aux disciples de Jean Monnet, a été fort bien résumé par Jacques Delors, alors président de la commission de Bruxelles, le 30 novembre 1989 à l’occasion d’un colloque du Center for European studies de Boston : "Le secret de la construction européenne est celui d’une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d’engrenage ...".

 

Contre de Gaulle, qui ne concevait l’économie que comme une discipline ancillaire du politique, Monnet a bel et bien imposé l’ordre inverse : la soumission de la politique - qui implique le choix, donc la contingence - à la technique économique, laquelle ne souffre aucune alternative, puisqu’elle se conçoit elle-même comme détentrice d’une rationalité suprême !
François Goguel a raison : le socialisme, phase suprême du communisme, c’est l’extinction de l’Etat ; le mondialisme, phase suprême du fédéralisme européen, c’est l’extinction des nations, fondement de la légitimité des Etats.

 

Dans l’esprit du général de Gaulle, le traité de Rome n’est qu’un instrument de libre-échange mis au service de la modernisation de la France, dans le cadre d’un espace protégé par un tarif extérieur commun, censé domestiquer les effets de la mondialisation ; dans celui de Jean Monnet, c’est le Zollverein : une union douanière conçue comme le substrat provisoire d’un futur Etat européen.

 

Il contient de fait, en filigrane, toutes ses institutions : un exécutif (composé de deux pôles : le conseil des ministres et la commission de Bruxelles) ; un législatif, le Parlement européen (qui en 1957 n’est encore qu’un croupion, auquel il suffira de donner vie) et surtout, une cour de justice censée fixer la loi - la norme en jargon européen - à cette CommunautéActivés à partir de 1974, tous ces engrenages aboutiront à l’inverse de ce que souhaitait de Gaulle : non plus une "Europe européenne" riche de la diversité des nations déléguant provisoirement leurs compétences dans la perspective de leur bien commun, mais un système dépolitisé, "l’Euroland", se nourrissant du transfert définitif et irréversible des souverainetés vers une instance technique - en l’espèce le directoire de la banque centrale européenne - déconnectée de toute volonté démocratique.

 

Comment s’étonner qu’ayant consenti à cela, la France ait ratifié, en décembre 1996, sans le moindre débat parlementaire, sans la moindre consultation nationale, ce qu’il est convenu d’appeler le pacte de stabilité, ce codicille à Maastricht dont n’aurait osé rêver Jean Monnet ?
Par lui, le gouvernement français a ni plus ni moins accepté d’être mis à l’amende - sous forme de pénalités versées au budget de l’Europe - pour peu que sa politique économique sorte des critères de convergence imposés par Maastricht afin de garantir la valeur de l’euro. Pénalités, mises à l’amende ... Et pourquoi pas la prison ? Avec Amsterdam, nous y sommes, ou plutôt nous y serons dès que ce traité, qualifié d’"ajustement technique" par les plus hautes autorités de la République, aura été ratifié. Ne prévoit-il pas en vertu de son article 7 que les Etats qui contreviendraient à leurs obligations pourraient être temporairement privés de leur droit de vote au sein des instances dirigeantes de l’Union, et ce sans que leurs devoirs soient suspendus ? Il n’est pas exagéré de dire qu’en dehors d’une guerre et d’une défaite, jamais la France ne s’était vu imposer autant de contraintes réduisant à néant l’exercice de la démocratie.

 

En transférant aux organes de l’Union la politique de sécurité commune et d’immigration des Etats - domaines qui, aux termes de Maastricht, restaient encore du domaine intergouvernemental - Amsterdam achève donc la communautarisation voulue, dès les années cinquante, par Jean Monnet. Pis, c’est l’essence même de la constitution de 1958 que, du même mouvement, cette construction rend caduque.

 

En décembre 1997, le Conseil constitutionnel ne s’y est pas trompé puisqu’il a considéré que plusieurs normes de référence de notre loi fondamentale étaient en contradiction avec ce traité. A ce titre, il citait rien de moins que l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme reprise dans le préambule de la constitution ("le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation") mais aussi l’article 3 de cette même constitution : "La souveraineté nationale appartient au peule qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum".


Mais il aurait pu en citer d’autres : son article 2, qui définit la République comme le gouvernement du peuple par le peuple ; son article 5, qui confie au président de la République la mission de veiller à l’intégrité du territoire, dont le contrôle des frontières fait partie ; et même l’article 16, qui autorise le chef de l’Etat à user de pouvoirs spéciaux quand cette même intégrité est menacée "de manière grave ou immédiate", intégrité qui disparaît dès lors que l’Etat n’a plus le contrôle exclusif de son territoire !

 

Académicien oublié, Eugène-Melchior de Voguë définissait la France comme le royaume des "morts qui parlent". A l’heure où la fin des empires et l’écroulement des certitudes nées de la guerre froide donnent partout raison au général de Gaulle qui voyait dans la nation l’unique structure politique vivante capable de promouvoir la liberté des peuples, il est temps de se demander pourquoi seul Jean Monnet a encore voix au chapitre.

Mise en ligne CV août 2009

Partager cet article
Repost0
16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 10:33
Par jean Levy source comité valmy
8 MAI 1945 : son armée détruite par l’Armée rouge, l’Allemagne capitule !
 
8 mai 2016

Comme chaque année, les autorités françaises se croient obligées de célébrer la capitulation allemande du 8 mai 1945. Et cela, dans une période où l’Allemagne dicte sa loi aux 27 autres pays de l’Union européenne !

 

Pourquoi cette apparente contradiction ?

Tout s’est joué en 1992, avec le traité de Maastricht : après des décennies de négociations visant à faire de l’Europe, un espace de « libre échange » où les capitaux, les marchandises...et les hommes pourraient circuler sans frontière, où la concurrence se ferait « libre et non faussée », l’Union européenne voyait le jour. Avec, dans le cadre de cette économie, une distribution des rôles entre les Etats : c’est ainsi que la France s’est vue attribuer le tourisme, et l’Allemagne, l’industrie.

 

Les hôtels de luxe pour Paris, les machines-outils pour Berlin...

Aussi la France fermait ses mines et faisait un trait sur sa sidérurgie, au nom de la modernité, alors que l’Allemagne développait sa production de charbon et sa production d’acier, faisant d’elle, la puissance dominante en Europe.

 

Politique dont on mesure aujourd’hui les effets : chômage de masse, concurrence organisée entre les salariés européens visant à leur moindre rémunération, politique dictée par l’Etat le plus puissant économiquement avec l’abandon délibéré de la souveraineté des nations au profit de la dictature de la bureaucratie bruxelloise au service de l’oligarchie financière européenne...

 

Et c’est dans cette conjoncture, où notre civilisation se délite, où les peuples sont prisonniers des intérêts financiers, que le gouvernement de la France, hier de droite, aujourd’hui « de gauche », responsables d’une politique de déchéance nationale durant près d’un demi-siècle, osent célébrer chaque année le 8 mai et la capitulation allemande !

 

Anniversaire, bien sûr, non célébré l’autre côté du Rhin !

 

Cette situation est subi, plus qu’acceptée, par notre peuple du fait de l’immense mensonge historique dans lequel il est plongé depuis des décennies : « on » lui conte chaque matin, que ce sont « les Américains » à qui on doit la libération de la France, alors que celle-ci n’a été rendue possible que par l’immobilisation à l’Est de l’Europe de 200 divisions de la Wehrmacht face à l’offensive soviétique menée sur plus de 2000 kms ...

 

Or, en Normandie, seule la majeure partie des seules cinquante divisions allemandes stationnées en France combattait les Alliés.

 

ll faut donc le dire et le répéter : sans l’offensive soviétique, les forces américaines et britanniques auraient dû réembarquer !

 

Mais cela, les médias de l’oligarchie n’en font guère état !

 

Et pourquoi pas conclure par la phrase prononcée en juin 1964, pour le 20ème anniversaire du débarquement par le général de Gaulle - alors président de la République et convié aux cérémonies - et refusant d’y aller : « Si vous croyez que les Américains sont venus pour nous libérer ? »

 

Partager cet article
Repost0
7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 15:57

 

Demain, 71 ans plus tard, l’occident officiel, à quelques exceptions notables,  va commémorer la chute de l’hitlérisme…

Cependant selon  John Pilger la montée du fascisme est encore le problème: Source Le partage

 

Récemment, le 70ème anniversaire de la libération d’Auschwitz a été un rappel du grand crime du fascisme, dont l’iconographie nazie est ancrée dans notre conscience. Le fascisme est préservé comme faisant partie de l’histoire, comme images tremblantes de ces chemises noires marchant au pas de l’oie, d’un caractère criminel terrible et évident. Pourtant dans ces mêmes sociétés libérales, dont les élites va-t-en-guerre nous somment de ne jamais oublier, le danger croissant d’une variété moderne de fascisme est passé sous silence; parce qu’il s’agit de leur fascisme.

 

« Initier une guerre d’agression… », dirent les juges du tribunal de Nuremberg en 1946, « est non seulement un crime international, mais c’est le crime international suprême, qui diffère des autres crimes de guerre en ce qu’il contient tous les autres crimes ».

 

Si les nazis n’avaient pas envahi l’Europe, Auschwitz et l’holocauste n’auraient pas eu lieu. Si les USA et leurs satellites n’avaient pas initié leur guerre d’agression contre l’Irak en 2003, près d’un million de personnes seraient encore en vie aujourd’hui; et l’État islamique, ou EIIL, ne nous aurait pas soumis à sa sauvagerie. Ils sont la progéniture du fascisme moderne, nourris par les bombes, les bains de sang et les mensonges qui sont le théâtre surréaliste que l’on appelle informations.

 

A l’instar du fascisme des années 1930 et 1940, d’immenses mensonges sont délivrés avec la précision d’un métronome: grâce à des médias omniprésents, répétitifs et à leur virulente censure par omission. La catastrophe libyenne en est un exemple.

 

En 2011, l’OTAN a lancé 9700 « frappes aériennes » contre la Libye, dont plus d’un tiers visaient des cibles civiles. Des ogives contenant de l’uranium appauvri furent utilisées; les villes de Misurata et Syrte furent soumises à tapis de bombes. La Croix rouge a identifié des charniers, et l’Unicef a rapporté que « la plupart [des enfants tués] avaient moins de 10 ans ».

 

                                                                     La Libye, Après / Avant

 

La sodomisation publique du président Libyen Mouammar Kadhafi à l’aide d’une baïonnette « rebelle » fut célébrée par la secrétaire d’État US d’alors, Hillary Clinton, en ces mots: « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Son meurtre, comme la destruction de son pays, fut justifié par un énorme mensonge familier : il planifiait un « génocide » contre son propre peuple. « Nous savions… que si nous avions attendu un jour de plus », dit le président Obama, « Benghazi, une ville de la taille de Charlotte, aurait subi un massacre qui aurait résonné dans toute la région et aurait souillé la conscience du monde ».

 

C’était un bobard fabriqué par  les milices islamiste qui étaient en train d’être mises en déroute  par les forces du gouvernement libyen. Elles dirent à Reuters qu’il y aurait « un vrai bain de sang, un massacre comme on en a vu au Rwanda ». Rapporté le 14 mars 2011, le mensonge fournit la première étincelle pour l’enfer de l’OTAN, décrit par David Cameron comme une « intervention humanitaire ».

 

Équipés et entraînés en secret par les SAS britanniques, nombre de « rebelles » se transformeront en EIIL, dont la dernière vidéo montre la décapitation de 21 ouvriers chrétiens coptes à Syrte, la ville détruite pour le compte des islamistes par les bombardements de l’OTAN.

 

Pour Obama, Cameron et Hollande (note de jf : en 2011 Sarkozy était président  Hollande ne fut élu qu’en 2012), le vrai crime de Kadhafi était l’indépendance économique de la Libye et son intention déclarée de cesser de vendre les plus importantes réserves de pétrole d’Afrique en dollars US. Le pétrodollar est un pilier du pouvoir impérial US. Kadhafi planifiait audacieusement de mettre en place une monnaie africaine étalonnée sur l’or, d’établir une banque Africaine et de promouvoir une union économique entre pays pauvres ayant des ressources précieuses. Que cela se mette en place ou non, l’idée même en était intolérable pour les USA alors qu’ils s’apprêtaient à « entrer » en Afrique et à acheter des gouvernements africains  pour des « partenariats » militaires.

 

Suite à l’attaque de l’OTAN sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité, Obama, écrit Garikai Chengu, « a confisqué 30 milliards de $ de la Banque centrale libyenne, que Kadhafi destinait à l’établissement d’une Banque centrale africaine et d’un dinar africain à couverture or ».

 

La « guerre humanitaire » contre la Libye s’inspirait d’un modèle cher aux cœurs des libéraux occidentaux, particulièrement dans les médias. En 1999, Bill Clinton et Tony Blair envoyèrent l’OTAN bombarder la Serbie, parce que les Serbes, d’après leurs affirmations mensongères, étaient en train de commettre un « génocide » contre l’ethnie albanaise dans la province sécessionniste du Kosovo. David Scheffer, ambassadeur extraordinaire itinérant pour les crimes de guerre [sic], déclara qu’au moins « 225 000 hommes d’ethnie albanaise âgés de 14 à 59 ans » auraient été tués. Clinton comme Blair évoquèrent l’holocauste et « l’esprit de la Deuxième guerre mondiale ». Les alliés héroïques de l’Occident furent l’armée de libération du Kosovo (UCK), dont le pedigree criminel fut mis de côté. Le ministre des Affaires étrangères britannique, Robin Cook, leur  dit qu’ils pouvaient l’appeler quand ils voulaient sur son mobile.

 

Une fois le bombardement de l’OTAN terminé, et la majeure partie des infrastructures serbes en ruines, ainsi que ses écoles, hôpitaux, monastères, et la station de télévision nationale, des équipes internationales de légistes débarquèrent au Kosovo pour exhumer des preuves de « l’holocauste ». Le FBI ne parvint pas à trouver un seul charnier, et s’en retourna. L’équipe de légistes espagnole fit de même, son leader énervé dénonçant « une pirouette sémantique des machines de propagande de guerre ». Un an après, un tribunal des Nations unies sur la Yougoslavie annonça le décompte final des morts au Kosovo: 2788. Ce qui comprenait des combattants des deux camps et des Serbes et des rom assassinés par l’UCK. Il n’y avait aucun génocide. « L’holocauste » était un mensonge. L’attaque de l’OTAN avait été frauduleuse.

 

Derrière le mensonge se cachait un objectif sérieux. La Yougoslavie était une fédération multiethnique indépendante unique qui avait servi de pont économique et politique durant la guerre froide. La plupart de ses services et de son industrie était propriété publique. Ce n’était pas acceptable pour la Communauté européenne en expansion, particulièrement pour l’Allemagne nouvellement unifiée, qui s’était lancée vers l’Est à la conquête de son « marché naturel » dans les provinces yougoslaves de Croatie et de Slovénie. À l’époque où les Européens se rencontrèrent à Maastricht en 1991 pour discuter de leurs plans pour la désastreuse zone euro, un accord secret avait été conclu : l’Allemagne reconnaîtrait la Croatie. La Yougoslavie était condamnée.

 

À  Washington, les USA avaient veillé à ce que l’économie yougoslave en difficulté se voit refuser des prêts par la Banque mondiale. L’OTAN, alors une relique presque défunte de la guerre froide, fut réinventée comme exécutant impérial. Lors d’une conférence sur la « paix » au Kosovo en 1999 à Rambouillet, en France, les Serbes furent soumis à la tactique rusée de l’exécutant. L’accord de Rambouillet comprenait une annexe B secrète, que la délégation US avait rajouté le dernier jour. Celle-ci exigeait l’occupation militaire de toute la Yougoslavie — un pays avec des souvenirs amers de l’occupation nazie — et la mise en place d’une « économie de libre marché » et la privatisation de toutes les entités publiques. Aucun État souverain n’aurait pu signer ça. Une punition s’ensuivit promptement; les bombes de l’OTAN s’abattirent sur un pays sans défense. Ce fut le prélude des catastrophes en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Libye et en Ukraine.

 

Depuis 1945, plus d’un tiers des pays membres des Nations unies — 69 — ont subi une de (ou toutes) ces calamités infligées par le fascisme US moderne : ils ont été envahis, leurs gouvernements renversés, leurs mouvements sociaux anéantis, leurs élections subverties, leurs populations bombardées et leurs économies dépouillées de toute protection, leurs sociétés soumises à un siège dévastateur appelé « sanctions ». L’historien britannique Mark Curtis estime le nombre de morts à des millions. Et dans chaque cas, on a déployé un immense mensonge.

 

« Ce soir, pour la première fois depuis le 11 septembre, notre mission de combat en Afghanistan est terminée ». Ce furent les mots d’ouverture du message d’Obama sur l’état de l’Union en 2015. En réalité, 10 000 soldats et 20 000 sous-traitants militaires privés (mercenaires) restent assignés en Afghanistan pour une durée indéfinie. « La plus longue guerre de l’histoire de l’Amérique en arrive à une conclusion responsable », a dit Obama. En réalité, plus de civils ont été tués en Aghanistan en 2014 que lors de n’importe quelle autre année depuis que l’ONU a commencé à le documenter. La majorité des morts  — civils et soldats — ont été tués sous la présidence d’Obama.

 

La tragédie afghane rivalise avec les crimes épiques commis en l’Indochine. Dans son livre encensé et très cité,  Le grand échiquier: l’Amérique et le reste du monde, Zbigniew Brzezinski, le parrain des politiques US de l’Afghanistan à nos jours, écrit que si l’Amérique contrôle l’Eurasie et domine le monde, elle ne peut maintenir aucune démocratie du peuple, parce que  » la poursuite du pouvoir n’est pas le but poursuivi par les passions populaires (…) La démocratie est inamicale envers la mobilisation impériale ». Il a raison. Comme WikiLeaks et Snowden l’ont révélé, un État policier et de surveillance est en train d’usurper la démocratie. En 1976, Brzezinski, alors conseiller à la Sécurité nationale de Carter, a illustré cette maxime  en portant un coup fatal à la première et seule démocratie de l’Afghanistan. Qui connait cette histoire vitale?

 

Dans les années 1960, une révolution populaire a balayé l’Afghanistan, le pays le plus pauvre du monde, parvenant finalement à renverser les vestiges du régime aristocratique en 1978. Le Parti démocratique du peuple de l’Afghanistan (PDPA) mit en place un gouvernement et déclara un programme de réformes qui comprenait l’abolition du féodalisme, la liberté pour toutes les religions, des droits égaux pour les femmes et la justice sociale pour les minorités ethniques. Plus de 13 000 prisonniers politiques furent libérés et les fichiers de police brûlés publiquement.

 

Le nouveau gouvernement introduisit une couverture médicale pour les plus pauvres, le servage fut aboli, un programme d’alphabétisation massif fut lancé. Pour les femmes, les gains furent sans précédent. À la fin des années 1980, la moitié des étudiants universitaires étaient des femmes, ainsi que la moitié environ des médecins, un tiers des fonctionnaires et la majorité des enseignants. « Chaque fille », se souvient Saira Noorani, une chirurgienne, « pouvait aller au lycée et à l’université. Nous pouvions aller où bon nous semblait et porter ce que nous voulions. Nous allions au café, le vendredi au cinéma voir les derniers films indiens et écoutions la musique à la mode. Cela a commencé à aller mal lorsque les moudjahidines ont commencé à gagner du terrain. Ils tuaient les enseignants et brûlaient les écoles. Nous étions terrifiés. C’est triste et ironique de penser que c’étaient les gens que l’Occident soutenait ».

 

Le gouvernement du PDPA était soutenu par l’Union soviétique, même si, comme l’a admis plus tard l’ancien secrétaire d’État Cyrus Vance, « il n’y avait aucune preuve de complicité soviétique [dans la révolution] ». Effrayé par l’assurance croissante des mouvements de libération à travers le monde, Brzezinski a décidé que si l’expérience afghane sous le PDPA réussissait, son indépendance et son progrès seraient « un exemple prometteur menaçant ».

 

Le 3 juillet 1979, la Maison blanche autorisait en secret l’octroi de 500 millions de dollars en armement et logistique pour soutenir les groupes tribaux « fondamentalistes » appelés moudjahidines. Le but était le renversement du premier gouvernement réformiste et laïc d’Aghanistan. En août 1979, l’ambassade US à Kaboul rapporte que « les intérêts généraux des USA… seraient servis par la disparition du [gouvernement PDPA], malgré tous les revers pour les futures réformes sociales et économiques que cela signifierait en Afghanistan. » L’italique est de moi.

Les moudjahidines étaient les ancêtres d’Al Qaïda et de l’État islamique. Parmi eux Gulbuddin Hekmatyar, qui reçut des dizaines de millions de dollars en cash de la part de la CIA. La spécialité d’Hekmatyar état le trafic d’opium et la projection d’acide sur les visages des femmes qui refusaient de porter le voile. Invité à Londres, il fut salué par la Première ministre Thatcher comme un « combattant de la liberté ».

 

De tels fanatiques seraient restés dans leur monde tribal si Brzezinski n’avait pas déclenché un mouvement international pour promouvoir le fondamentalisme islamique en Asie centrale, et saper ainsi la libération politique laïque, et « déstabiliser » l’Union soviétique, en  créant, comme il l’écrit dans son autobiographie, « quelques musulmans agités ». Son grand plan coïncidait avec les ambitions du dictateur pakistanais, le Général Zia ul-Haq, de domination de la région. En 1986, l’agence de renseignement du Pakistan, l’ISI, et la CIA, commencent à recruter des gens de par le monde afin de rejoindre le djihad afghan. Le multimillionnaire saoudien Oussama Ben Laden fut l’un d’entre eux. Les opérateurs qui rejoindraient finalement les Taliban et Al-Qaïda, étaient recrutés dans une université islamique de Brooklyn, à New York, et effectuaient un entrainement paramilitaire en Virginie dans un camp de la CIA. Cela fut baptisé « Opération Cyclone ». Son succès fut célébré en 1996 lorsque le dernier président afghan du PDPA, Mohammed Najibullah — qui s’était rendu devant l’assemblée générale de l’ONU pour demander de l’aide — fut pendu à un lampadaire par les Talibans.

 

Le « retour de bâton » de l’Opération Cyclone et de ses « quelques musulmans agités » fut le 11 septembre 2001. L’Opération Cyclone se transforma en « guerre contre le terrorisme », dans laquelle d’innombrables hommes, femmes et enfants allaient perdre leurs vies à travers le monde musulman, de l’Aghanistan à l’Irak, au Yémen, à la Somalie et à la Syrie. Le message des exécutants était et reste toujours: « Soit vous êtes avec nous soit contre nous ».

 

Le fil conducteur du fascisme, passé et présent, est le meurtre de masse. L’invasion US du Vietnam a eu ses « zones de feu à volonté », « décomptes des corps » et « dommages  collatéraux ». Dans la province de Quang Ngai, où j’étais reporters, plusieurs milliers de civils (appelés gooks, Chinetoques, par les soldats US) furent assassinés par les USA; pourtant on ne se souvient que d’un seul massacre, à My Lai. Au Laos et au Cambodge, le plus important bombardement aérien de l’histoire a donné naissance à une époque de terreur marquée aujourd’hui par le spectacle de cratères de bombes reliés qui, vus du ciel, ressemblent à des colliers monstrueux. Le bombardement donna au Cambodge son propre EIIL, dirigé par Pol Pot.

 

Aujourd’hui la plus grande des campagnes de terreur entraîne l’exécution de familles entières, d’invités lors de mariages, d’endeuillés lors de funérailles. Ce sont les victimes d’Obama. Selon le New York Times, Obama fait sa sélection depuis une « liste de gens à tuer » que la CIA lui présente chaque mardi dans la salle de crise de la Maison blanche. Il décide alors, sans la moindre justification légale, qui va vivre et qui va mourir. Son arme d’exécution est le missile Hellfire (feu de l’enfer) que porte un engin aérien sans pilote, appelé drone; ceux-ci font griller leurs victimes et dispersent leurs restes alentour. Chaque « hit » est enregistré sur un écran de console lointain avec le logiciel Bugsplat [correction de bogue, littéralement écrasement de punaise ou de cafard].

 

« À ceux qui marchent au pas de l’oie », a écrit l’historien Norman Pollock, « on substitue l’apparemment inoffensive militarisation de la culture. Et au lieu du leader grandiloquent, nous avons le réformateur manqué,  qui travaille allègrement, planifie et exécute des assassinats, tout en  souriant ».

 

Ce qui unit le nouveau et l’ancien fascisme est le culte de la supériorité. « Je crois en l’exceptionnalisme américain de tout mon être », a dit Obama, évoquant les déclarations de fétichisme national des années 1930. Comme le souligne l’historien Alfred W. McCoy, ce fut le fidèle d’Hitler, Carl Schmitt, qui dit : « Le souverain est celui qui décide de l’exception ». Ceci résume l’américanisme, l’idéologie qui domine le monde. Qu’elle ne soit pas associée à une idéologie prédatrice est le résultat d’un lavage de cerveau tout aussi subtil. Insidieuse, dissimulée, présentée de manière comique comme les Lumières en marche, sa prétention  imprègne insidieusement toute la culture occidentale. Pendant toute mon enfance et adolescence j’ai été nourri de cinéma à la gloire des USA, une distorsion dans la plupart des cas. Je ne me doutais pas que l’Armée rouge avait détruit la majeure partie de la machine de guerre nazie, ce qui lui avait coûté plus de 13 millions de soldats. En revanche, les pertes US, y compris dans la guerre du Pacifique, s’élevèrent à 400 000. Hollywood a inversé tout cela.

 

La différence aujourd’hui c’est que les spectateurs au cinéma sont invités à se lamenter sur la « tragédie » de psychopathes US ayant à tuer des gens dans des endroits lointains — tout comme le président lui-même les tue. L’incarnation de la violence d’Hollywood,  L’acteur et réalisateur Clint Eastwood, un parangon de la violence hollywoodienne, a été nominé pour un oscar cette année pour son film « American Sniper » , qui traite d’un assassin patenté et zinzin. Le New York Times le décrit comme « un film patriotique, pro-famille, qui a battu tous les records d’audimat dès les premiers jours ».

 

 

Il faut savoir que l’affiche de propagande du mini-film « Stolz der nation » dans le film de Tarantino « Inglorious Bastards » est historiquement authentique, elle correspondrait à un véritable film de propagande nazi selon le livre « ‘Film Posters of the Third Reich ».

 

Aucun film héroïque ne traite du fascisme US. Durant la seconde guerre mondiale, les USA (et l’Angleterre) sont entrés en guerre contre les Grecs qui s’étaient héroïquement battus contre le nazisme et résistaient à la montée du fascisme grec. En 1967, la CIA a aidé une junte militaire fasciste à prendre le pouvoir à Athènes — comme elle l’avait fait au Brésil et dans la majeure partie de l’Amérique latine. Les Allemands et les européens qui avaient collaboré avec l’agression nazie et les crimes contre l’humanité furent accueillis en toute sécurité aux USA; nombre d’entre eux seront choyés et leurs talents récompensés. Werner von Braun a été à la fois le père de la bombe de terreur nazie V-2 et du programme spatial des USA.

 

Dans les années 1990, alors que les anciennes républiques soviétiques, l’Est de l’Europe et les Balkans devenaient des avant-postes militaires de l’OTAN, les héritiers d’un mouvement nazi ukrainien ont trouvé une occasion à saisir. Responsables de la mort de milliers de juifs, polonais et russes lors de l’invasion nazie de l’Union soviétique, le fascisme ukrainien fut réhabilité et sa « nouvelle vague » saluée par les exécutants comme « nationaliste ».

 

L’apogée fut atteinte en 2014 quand l’administration Obama organisa un coup d’État à 5 milliards de $ contre le gouvernement élu. Les troupes de choc étaient des néo-nazis, le Secteur Droit et Svoboda. Parmi leurs leaders, Oleh Tyahnybok, qui avait appelé à une purge de la « mafia judéo-moscovite » et « autres raclures », dont les gays, les féministes et les partisans de la gauche.

 

Ces fascistes font maintenant partie du gouvernement de Kiev issu du coup d’État. Le vice-président du parlement ukrainien, Andriy Paroubiy, un dirigeant du parti au pouvoir, est le co-fondateur de Svoboda. Le 14 février, Parubiy a annoncé qu’il se rendait à Washington pour obtenir « des USA de l’armement moderne de haute précision ». S’il y parvient, cela sera considéré comme un acte de guerre par la Russie.

 

Aucun dirigeant occidental ne s’est exprimé sur la renaissance du fascisme au cœur de l’Europe — à l’exception de Vladimir Poutine, dont le peuple a diminué de 22 millions à cause d’une invasion nazie par la frontière ukrainienne. Lors de la récente conférence sur la sécurité de Munich, la secrétaire d’État adjointe d’Obama pour les Affaires européennes et eurasiennes, Victoria Nuland, s’est lancée dans des diatribes contre les dirigeants européens qui s’opposaient à l’armement du régime de Kiev par les USA. Elle qualifia la ministre allemande de la Défense de « ministre du défaitisme ». Nuland, mariée à Robert D. Kagan, un éminent néoconservateur, et -fondateur du Projet pour un nouveau siècle américain, d’extrême droite,  a été conseillère en politique étrangère de Dick Cheney. C’est elle qui a supervisé le coup d’État à Kiev.

 

Le coup d’État de Nuland ne s’est pas déroulé comme prévu. L’OTAN n’est pas parvenue à s’emparer de la base navale russe historique et légitime de Crimée. La population majoritairement russe de Crimée — illégalement annexée à l’Ukraine par Nikita Krushchev en 1954 — a largement voté pour un rattachement à la Russie, comme ils le firent dans les années 1990. Le référendum fut volontaire, populaire et internationalement surveillé. Il n’y eut aucune invasion.

 

Au même moment, le régime de Kiev s’est retourné contre les populations russophones de l’Est avec la férocité d’une épuration ethnique. Déployant des milices néo-nazies à la manière des Waffen-SS, ils ont bombardé et assiégé des villes et des villages. Ils ont usé de la famine de masse comme arme, coupant l’électricité, gelant les comptes bancaires, bloquant la sécurité sociale et les retraites. Plus d’un million de réfugiés ont fui vers la Russie. Dans les médias occidentaux, ils étaient les invisibles fuyant « la violence » causée par « l’invasion russe ». Le commandant de l’OTAN, le général Breedlove — dont le nom et les agissement s’inspirent probablement du docteur Folamour de Stanley Kubrick — a annoncé que 40 000 soldats russes se « massaient ». A l’ère des preuves judiciaires par image satellite, il n’en fournit aucune.

 

Ces russophones et bilingues d’Ukraine — un tiers de la population — espèrent depuis longtemps une fédération qui reflète la diversité ethnique du pays et qui soit à la fois autonome et indépendante de Moscou. La plupart ne sont pas des « séparatistes » mais des citoyens qui veulent vivre en sécurité dans leur pays natal et s’opposent à la  prise de pouvoir à Kiev. Leur révolte et l’établissement d’ « États » autonomes sont une réaction à l’attaque que Kiev a lancée contre eux. Presque rien de tout cela n’a été expliqué au grand public occidental.

 

Le 2 mai 2014 à Odessa, 41 russophones ont été brûlés vif au siège des syndicats sous le regard des policiers inactifs. Dmytro Yarosh, dirigeant du Secteur Droit,  a salué ce massacre comme étant « un nouveau jour de gloire dans notre histoire nationale ». Dans les médias US et britannique, ce fut rapporté comme une « sombre tragédie » résultant d' »affrontement » entre les « nationalistes » (néo-nazis) et les « séparatistes » (ces gens qui collectent des signatures pour un référendum sur une Ukraine fédérale).

 

Le New York Times a enterré l’histoire, ayant ignoré comme propagande russe les mises en garde concernant la politique fasciste et antisémite des nouveaux clients de Washington. Le Wall Street Journal a maudit les victimes — « L’incendie mortel en Ukraine probablement déclenché par les rebelles, selon le gouvernement (de Kiev) ». Obama a félicité la junte pour sa « retenue ».

 

Si Poutine est amené à tomber dans la provocation et aller à leur secours, son rôle préétabli de « paria » en Occident justifiera le mensonge selon lequel la Russie envahirait l’Ukraine. Le 29 janvier, le chef d’État-major ukrainien, le Général Viktor Muzhemko, a presque discrédité par inadvertance les fondements des sanctions des USA et de l’UE contre la Russie en déclarant catégoriquement lors d’une conférence de presse: « L’armée ukrainienne ne combat pas les unités régulières de l’armée russe ». Il y avait des « citoyens individuels » qui étaient membres de « groupes armés illégaux », mais pas d’invasion russe. Rien de nouveau. Vadym Prystaiko, le ministre adjoint des Affaires  Étrangères de Kiev, a appelé à « une guerre totale » contre une Russie disposant de l’arme nucléaire.

 

Le 21 février, le sénateur US James Inhofe, un Républicain de l’Oklahoma, a introduit un projet de loi qui autoriserait l’armement par les USA du régime de Kiev. Dans sa présentation au Sénat, Inhofe a utilisé des photographies censées montrer des troupes russes en train de franchir la frontière ukrainienne, dont on sait depuis qu’elles étaient des faux. Cela rappelle les fausses photos de Ronald Reagan  des installations soviétiques au Nicaragua, et les fausses preuves de Colin Powell devant l’ONU sur les armes de destruction massive de l’Irak.

 

L’intensité de la campagne de diffamation contre la Russie et la représentation de son président comme le Grand méchant ne ressemble à rien  de ce que j’ai connu en tant que reporter. Robert Parry, l’un des journalistes d’investigation les plus distingués des USA, qui révéla le scandale de l’affaire Iran-Contra, a récemment écrit / « Aucun gouvernement européen, depuis l’Allemagne d’Adolf Hitler, n’a jugé correct d’envoyer des troupes de choc nazies mener une guerre contre une population de son propre pays, mais le régime de Kiev l’a fait, et en connaissance de cause. Et pourtant à travers le spectre politico-médiatique occidental, il y a eu un effort conséquent pour camoufler cette réalité au point d’ignorer des faits établis… Si vous vous demandez comment le monde pourrait entamer une 3ème Guerre Mondiale — tout comme c’était arrivé lors de la première Guerre mondiale il y a un siècle — tout ce que vous avez à faire c’est observer la folie autour de cette affaire ukrainienne, qui se montre imperméable aux faits ou à la raison ».

 

En 1946 le procureur du tribunal de Nuremberg dit aux médias allemands: « L’utilisation par les conspirateurs nazis de la guerre psychologique est bien connue. Avant chaque agression majeure, à quelques exceptions près selon l’urgence, ils initiaient une campagne de presse afin de discréditer leurs victimes et de préparer les Allemands psychologiquement à l’attaque… Dans le système de propagande de l’État d’Hitler la presse quotidienne et la radio étaient les armes les plus importantes ». Dans le Guardian du 2 février, Timothy Garton-Ash a effectivement appelé à une guerre mondiale, sous le titre « Poutine doit être arrêté ». « Et parfois seules les armes arrêtent les armes ». Il admettait que la menace d’une guerre puisse « nourrir une paranoïa russe d’encerclement »; mais c’était acceptable. Il cite ensuite l’équipement militaire nécessaire pour ce travail et avise ses lecteurs que « l’Amérique possède le meilleur kit ».

 

En 2003, Garton-Ash, un professeur d’Oxford, avait répété la propagande qui avait mené au massacre en Irak. Saddam Hussein, avait-il écrit, « a, comme [Colin] Powell l’a documenté, entreposé des quantités d’armement chimique et biologique effrayantes, et cache ce qui en reste. Il tente toujours d’obtenir du nucléaire ». Il a salué Blair comme étant un « interventionniste libéral chrétien gladstonien ». En 2006, il a écrit : « Nous faisons maintenant face au prochain test d’envergure après l’Irak: l’Iran. »

 

Ces déchaînements — ou comme Garton-Ash préfère les appeler, ces « ambivalences libérales torturées » — ne sont pas rares chez l’élite libérale transatlantique ayant conclu un pacte faustien. Le criminel de guerre Tony Blair est leur leader perdu. Le Guardian, dans lequel l’article de Garton-Ash parut, a publié une pleine page de publicité pour un bombardier furtif US. Sur une image menaçante du monstre de Lockheed Martin figuraient les mots: « Le F-35. EXCELLENT pour l’Angleterre ». Ce « kit » US coûtera au contribuable britannique 1,3 milliard de £, le précédent modèle F ayant déjà massacré à travers le globe. Afin de rester dans le ton de ses publicités, un éditorial du Guardian appelle à une augmentation des dépenses militaires.

 

Une fois de plus, il y a un objectif sérieux. Les dirigeants du monde ne veulent pas seulement l’Ukraine comme base de missiles,  ils veulent aussi son économie. La nouvelle ministre des Finances de Kiev, Nataliwe Jaresko, est une ancienne haute responsable du département d’État US en charge des « investissements » US  outremer. On lui a octroyé la nationalité ukrainienne en urgence. Ils veulent l’Ukraine pour son gaz en abondance : le fils du vice-président Joe Biden est membre du conseil d’administration de la plus importante entreprise pétrolière, gazière et de fracking d’Ukraine. Les fabricants d’OGM, des entreprises comme l’infâme Monsanto, convoitent le sol agricole riche de l’Ukraine.

 

Par-dessus tout, ils convoitent le puissant voisin de l’Ukraine, la Russie. Ils veulent balkaniser ou démembrer la Russie et exploiter les plus importantes ressources en gaz naturel de la Terre. Alors que l’Arctique fond, ils veulent contrôler l’océan Arctique riche en énergies, et la longue frontière Arctique russe. Leur homme à Moscou était Boris Eltsine, un alcoolique, qui brada l’économie de son pays à l’Occident. Son successeur, Poutine, a rétabli la Russie en tant que nation souveraine; c’est là son crime.

 

Notre responsabilité à nous autres est claire. Il nous faut identifier et dénoncer les mensonges irresponsables des va-t-en-guerre et ne jamais collaborer avec eux. Il nous faut réveiller les grands mouvements populaires qui ont apporté une civilisation fragile aux États impériaux modernes. Plus important encore, nous ne devons pas nous laisser conquérir nous-mêmes, notre esprit, notre humanité, notre dignité. Si nous restons silencieux, la victoire leur est assurée, et la menace d’un holocauste plane.

 John Pilger                                                                                 Traduction: Nicolas CASAUX

 

NB : Il est légitimement permis de s’interroger sur l’impact des cérémonies commémoratives sur l’opinion? Pour ma part j’en suis arrivée à la conclusion, qu’en l’état des messages qui y sont véhiculés elles sont devenues d’inutilité publique.

j’ai décidé de ne plus participer à ce qui est devenu à mes yeux une mascarade éloignée des réalités du monde contemporain et des dangers qu’il recèle  pour simplement relayer les témoignages tels que ceux de John Pilger tout en ayant une pensée émue pour tous ceux et celles qui ont contribué à mettre à terre la bête immonde qui renaît aujourd’hui des ses cendres y compris à nos portes dans l’insouciance  quasi générale,  dans l’espoir, peut être, que ça n’arrive qu’ aux autres. Jack Freychet

Partager cet article
Repost0
4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 14:13

A force d'ignorer les leçons de l'Histoire, de manipulation en manipulation en sortirons-nous un jour autrement que les pieds devant...

Un témoignage révélateur de Gamal Abdel Nasser

 

 

Partager cet article
Repost0
13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 08:42

1934, dialogue  entre un Bolchevik et un intellectuel occidental

 

Une leçon d'Histoire comme  si la lutte des classes  nous était contée

 

WELLS.—Je vous suis très reconnaissant, monsieur Staline, d’avoir bien voulu me recevoir. Il n’y a pas longtemps je suis allé aux Etats-Unis, j’ai eu un entretien prolongé avec le président Roosevelt et j’ai essayé de savoir en quoi consistaient ses idées directrices.
Maintenant je suis venu vous voir afin de vous questionner sur ce que vous faites pour changer le monde.

    
STALINE. -Ma foi, pas tant que ça...
    
WELLS.—J’erre parfois à travers le monde et, comme un homme ordinaire, je regarde ce qui se passe autour de moi.
    
STALINE.—Les personnalités éminentes comme vous ne sont pas des « hommes ordinaires ».
Evidemment, l’histoire seule pourra montrer combien fut importante telle ou telle personnalité éminente, mais, en tout cas, vous ne regardez pas le monde en « homme ordinaire ».
    
WELLS.—Je n’ai point l’intention de jouer au modeste. Je veux dire que je cherche à voir le monde avec les yeux d’un homme ordinaire, et non pas avec ceux d’un homme politique de parti ou d’un homme d’Etat responsable.
Mon voyage aux Etats-Unis a produit sur moi une impression saisissante. Le vieux monde de la finance croule, la vie économique du pays se reconstruit sur un mode nouveau.
En son temps Lénine a dit qu’il fallait « apprendre à faire le commerce », qu’il fallait l’apprendre chez les capitalistes.
Aujourd’hui les capitalistes doivent apprendre chez vous, saisir l’esprit du socialisme.
Il me semble qu’aux Etats-Unis il s’agit d’une profonde réorganisation, de la création d’une économie planifiée, c’est-à-dire socialiste. Vous et Roosevelt partez de deux points de vue différents.
Mais n’y a-t-il pas une liaison d’idées, une parenté d’idées entre Washington et Moscou ?
Par exemple, ce qui m’a sauté aux yeux à Washington, c’est ce qui se passe ici également : extension de l’appareil de direction, création d’une série de nouveaux organismes régulateurs d’Etat, organisation d’un service public universel.
Et de même que dans votre pays, il leur manque du savoir-faire dans la direction.

    
STALINE.—Les Etats-Unis ont un autre but que nous, en URSS. Le but que poursuivent les Américains a surgi sur le terrain du désarroi économique, de la crise économique.
Les Américains veulent se défaire de la crise sur la base de l’activité capitaliste privée, sans changer la base économique. Ils s’efforcent de réduire au minimum le délabrement, les préjudice causés par le système économique existant.
Chez nous, au contraire, comme vous le savez, à la place de la vieille base économique détruite, il en a été créé une tout autre, une nouvelle base économique.
Si même les Américains dont vous parlez touchent partiellement à leur but, c’est-à-dire s’ils réduisent au minimum ce préjudice, même dans ce cas-là ils ne détruiront pas les racines de l’anarchie qui est propre au système capitaliste existant.
Ils conservent le régime économique qui doit forcément amener, qui ne peut pas ne pas mener à l’anarchie dans la production.
De cette façon, dans le meilleur des cas, il s’agira non pas de la reconstruction de la société, non pas de l’abolition de l’ancien régime social, engendrant l’anarchie et les crises, mais de la limitation de certains de ses côtes négatifs, de la limitation de certains de ses excès.
Subjectivement, peut-être ces Américains aussi croient-ils reconstruire la société, mais objectivement, la base actuelle de la société demeure chez eux.
C’est pourquoi, objectivement, il n’en résultera aucune reconstruction de la société.
Il n’y aura point non plus d’économie planifiée. Car qu’est-ce que l’économie planifiée ? Quels sont certains de ses indices ?
L’économie planifiée vise à supprimer le chômage. Admettons que l’on réussisse, en conservant le régime capitaliste, à réduire le chômage à un certain minimum.
Pourtant aucun capitaliste ne consentira jamais, et pour rien au monde, à la liquidation complète du chômage, à la suppression de l’armée de réserve constituée par les chômeurs et dont le rôle est de peser sur le marché du travail, d’assurer une main-d’oeuvre à meilleur marché.
Vous voyez là une première faille à l’ »économie planifiée » de la société bourgeoise. L’économie planifiée suppose ensuite que la production s’intensifie dans les branches de l’industrie dont les produits sont particulièrement nécessaires aux masses populaires.
Or vous savez que l’extension de la production, en régime capitaliste, a lieu pour des motifs tout à fait autres, que le capital se précipite vers les branches de l’économie où le taux de profit est plus élevé.
Jamais vous n’obligerez un capitaliste à se faire tort lui-même et à accepter un taux de profit moindre, pour satisfaire aux besoins du peuple.
Sans vous être affranchi des capitalistes, sans vous être défait du principe de la propriété privée des moyens de production, vous ne créerez pas d’économie planifiée.
    
WELLS.—Je suis d’accord avec vous sur de nombreux points. Mais je voudrais souligner que si le pays, dans son ensemble, accepte le principe de l’économie planifiée, si le gouvernement, peu à peu, pas à pas, commence à appliquer de façon conséquente ce principe, l’oligarchie financière sera en fin de compte abolie, et le socialisme, tel qu’on le conçoit dans le monde anglo-saxon, s’instituera.
Les mots d’ordre de Roosevelt relatifs à l’ »ordre nouveau » ont un effet prodigieux et, à mon avis, sont des mots d’ordre socialistes.
Il me semble qu’au lieu de souligner l’antagonisme entre les deux mondes, il faudrait, dans la situation actuelle, chercher à établir une communauté de langage entre toutes les forces constructrices.
    

STALINE.—Quand je parle de l’impossibilité de réaliser les principes de l’économie planifiée en conservant la base économique du capitalisme, je ne veux, ce faisant, diminuer en aucune mesure les éminentes qualités personnelles de Roosevelt, son initiative, son courage, sa résolution. Sans aucun doute, de tous les capitaines du monde capitaliste moderne Roosevelt est la plus forte figure.
C’est pourquoi je voudrais souligner encore une fois que ma conviction de l’impossibilité d’une économie planifiée, dans les conditions du capitalisme, ne signifie pas du tout que je doute des capacités personnelles, du talent et du courage du président Roosevelt.
Mais le capitaine le plus talentueux, si la situation ne lui est pas favorable, ne pourra atteindre le but dont vous parlez.
En théorie, évidemment, il n’est pas exclu que l’on puisse, dans les conditions du capitalisme, peu à peu, pas à pas, marcher au but que vous appelez le socialisme dans l’acception anglo-saxonne de ce mot.
Mais que signifiera ce « socialisme » ?
Dans le meilleur des cas, un certain refrènement pour les représentants les plus effrénés du profit capitaliste, un certain renforcement du principe régulateur dans l’économie nationale.
Tout cela est bien. Mais, dès que Roosevelt ou quelque autre capitaine du monde bourgeois moderne voudra entreprendre quelque chose de sérieux contre les fondements du capitalisme, il essuiera inévitablement un échec complet.
Car les banques ne sont pas à Roosevelt, car l’industrie n’est pas à lui, car les grandes entreprises, les grandes exploitations agricoles ne sont pas à lui.
Car tout cela est propriété privée.
Et aussi les chemins de fer, et la marine marchande, tout cela est entre les mains des propriétaires privés. Enfin, l’armée du travail qualifié, les ingénieurs, les techniciens, eux aussi, ne dépendent pas de Roosevelt, mais d’intérêts privés ; ils travaillent pour eux. Il ne faut pas oublier les fonctions de l’Etat du pays, de l’organisation de la défense dans le monde bourgeois.
C’est l’institution de l’organisation de la défense de l’ »ordre », un appareil pour la perception des impôts. Quant à l’économie proprement dite, elle concerne peu l’Etat capitaliste, elle n’est pas entre ses mains.
Au contraire, c’est l’Etat qui se trouve entre les mains de l’économie capitaliste.
C’est pourquoi je crains que Roosevelt, malgré toute son énergie et ses capacités, n’arrive pas au but dont vous parlez, si tant est qu’il vise à ce but.
Peut-être d’ici quelques générations pourrait-on quelque peu se rapprocher de ce but, mais cela aussi je le considère, pour ma part, comme peu probable.
    
WELLS.—Je crois peut-être encore plus que vous à l’interprétation économique de la politique.
Grâce aux inventions et à la science moderne, des forces énormes ont été mises en action, conduisant vers une meilleure organisation, vers un meilleur fonctionnement de la collectivité humaine, c’est-à-dire vers le socialisme.
L’organisation et la régulation des actions individuelles sont devenus une nécessité mécanique, indépendamment des théories sociales.
Si l’on commence par le contrôle de l’Etat sur les banques, pour passer ensuite au contrôle des transports, de l’industrie lourde, de l’industrie en général, du commerce, etc., un tel contrôle universel équivaudra à la propriété de l’Etat sur toutes les branches de l’économie nationale.
Ce sera là justement un processus de socialisation.
Car le socialisme, d’une part, et l’individualisme, de l’autre, ne sont pas aux antipodes comme le noir et le blanc.
Il existe entre eux beaucoup de stades intermédiaires.
Il y a individualisme touchant au banditisme, et il y a esprit de discipline et esprit d’organisation équivalant au socialisme. La réalisation de l’économie planifiée dépend à un degré considérable des organisateurs de l’économie, des intellectuels techniciens qualifiés que l’on peut, pas à pas, gagner aux principes socialistes de l’organisation. Et c’est là l’essentiel.
Car, d’abord l’organisation, ensuite le socialisme. L’organisation est le facteur le plus important. Sans organisation, l’idée du socialisme n’est en somme qu’une idée.

    
STALINE.—Entre l’individu et la collectivité, entre les intérêts d’un particulier et les intérêts de la collectivité, il n’est pas et il ne doit pas y avoir de contraste inconciliable.
Il ne doit pas y en avoir, puisque le collectivisme, le socialisme ne nie pas, mais combine les intérêts individuels avec les intérêts de la collectivité.

Le socialisme ne peut pas s’abstraire des intérêts individuels.
Seule la société socialiste peut assurer la satisfaction la plus complète de ces intérêts personnels.
Bien plus, la société socialiste offre l’unique garantie solide de la défense des intérêts de l’individu.
Dans ce sens, il n’y a point de contraste inconciliable entre l’ »individualisme » et le socialisme. Mais peut-on nier le contraste entre les classes, entre la classe des possédants, la classe des capitalistes, et la classe des travailleurs, la classe des prolétaires ? D’un côté, la classe des possédants qui détiennent les banques, les usines, les mines, les transports, les plantations dans les colonies. Ces gens ne voient rien que leur intérêt, que le profit auquel ils aspirent.
Ils ne se soumettent pas à la volonté de la collectivité, ils cherchent à soumettre toute collectivité à leur volonté.
D’un autre côté, la classe des pauvres, la classe des exploités qui n’ont ni fabriques, ni usines, ni banques, qui sont contraints de vivre de la vente de leur force de travail aux capitalistes, et sont privés de la possibilité de satisfaire à leurs besoins les plus élémentaires.
Comment peut-on concilier des intérêts et des aspirations aussi opposés ?
Autant que je sache, Roosevelt n’a pas pu trouver le moyen de concilier ces intérêts. Cela est d’ailleurs impossible, comme l’atteste l’expérience. Au reste, vous connaissez la situation des Etats-Unis mieux que moi, car je n’ai jamais été aux Etats-Unis et je suis les affaires américaines surtout d’après ce qu’on en écrit.
Mais j’ai quelque expérience en matière de lutte pour le socialisme, et cette expérience me dit : Si Roosevelt essaie de satisfaire vraiment les intérêts de la classe des prolétaires aux dépens de la classe des capitalistes, ces derniers le remplaceront par un autre président. Les capitalistes diront : les présidents viennent et s’en vont, tandis que nous, capitalistes, demeurons ; si tel ou tel président ne défend pas nos intérêts, nous en trouverons un autre.
Qu’est-ce que le président peut opposer à la volonté de la classe des capitalistes ?
    
WELLS.—Je m’élève contre cette classification simpliste de l’humanité en pauvres et riches.
Evidemment, il est une catégorie de gens qui aspirent exclusivement au profit.
Mais ces gens-là ne sont-ils pas considérés, de même qu’ici, comme un obstacle ?
Est-ce qu’en Occident il y a peu de gens pour lesquels le profit n’est pas un but, qui possèdent certaines ressources, veulent les investir, en tirent profit, mais ne voient nullement là le but de leur activité ?
Ces gens considèrent l’investissement de fonds comme une nécessité incommode.
Y a-t-il peu d’ingénieurs, d’organisateurs de l’économie, talentueux et dévoués, dont l’activité est mue par des stimulants tout autres que le lucre ?
A mon avis, il existe une classe nombreuse de gens simplement capables, ayant conscience du caractère peu satisfaisant du système actuel et qui sont appelés à jouer un grand rôle dans la société future, socialiste.
J’ai beaucoup étudié ces dernières années, et j’ai beaucoup réfléchi à la nécessité de propager les idées du socialisme et du cosmopolitisme dans les larges cercles d’ingénieurs, d’aviateurs, dans les cercles de techniciens militaires, etc. Il est inutile d’aborder ces cercles avec la propagande directe de la lutte de classes.
Ces cercles comprennent la situation où se trouve le monde, qui se transforme en un marais sanglant, mais ces cercles tiennent votre antagonisme primitif de la lutte de classes pour un non-sens.

    
STALINE.—Vous vous élevez contre la classification simpliste des gens en riches et pauvres.
Evidemment, il y a des couches moyennes, il y a aussi ces intellectuels techniciens dont vous parlez et parmi lesquels il existe des gens très braves et très honnêtes.
Il existe aussi dans ce milieu des hommes malhonnêtes, des hommes mauvais. Il y en a de tout genre. Mais, avant tout, la société humaine se divise en riches et pauvres, en possédants et exploités, et s’abstraire de cette division fondamentale et de la contradiction entre pauvres et riches, c’est s’abstraire du fait fondamental.
Je ne nie pas l’existence de couches moyennes intermédiaires qui, ou bien se placent aux côtés de l’une de ces deux classes en lutte entre elles, ou bien occupent dans cette lutte une position neutre on semi-neutre.
Mais, je le répète, s’abstraire de cette division fondamentale de la société et de cette lutte fondamentale entre les deux classes fondamentales, c’est méconnaître les faits. Cette lutte se poursuit et se poursuivra.
L’issue de cette lutte, c’est la classe des prolétaires, la classe des travailleurs qui en décide.
    
WELLS.—Mais y a-t-il peu de gens non pauvres, qui travaillent, et travaillent avec fruit ?
    
STALINE.—Evidemment, il y a aussi des petits propriétaires terriens, des artisans, des petits commerçants. Seulement ce ne sont pas ces gens-là qui décident des destinées des pays, mais les masses travailleuses qui produisent tout ce qui est indispensable à la société.
    
WELLS.—Mais les capitalistes diffèrent beaucoup entre eux. Il en est qui ne pensent qu’au profit, qu’au lucre ; il en est aussi qui sont prêts à des sacrifices.
Par exemple, le vieux Morgan : celui-là ne pensait qu’au lucre ; il était simplement un parasite sur le corps de la société, il ne faisait qu’accumuler les richesses dans ses mains.
Mais prenez Rockefeller : c’est un brillant organisateur, il a donné un exemple de l’organisation de l’écoulement du pétrole, digne d’être imité.
Ou bien Ford : évidemment, Ford a son idée, il est égoïste ; mais n’est-il pas l’organisateur passionné de la production rationnelle, des leçons duquel vous profitez, vous aussi ?
Je voudrais souligner que depuis quelques temps, dans les pays anglo-saxons, un revirement sérieux s’est opéré dans l’opinion publique à l’égard de l’URSS.
Cela tient, tout d’abord, à la position prise par le Japon et aux événements en Allemagne.
Mais il est encore d’autres raisons, qui ne découlent pas de la seule politique internationale.
Il existe une raison plus profonde : la conscience qu’ont prise des milieux de plus en plus larges du fait que le système reposant sur le profit privé croule.
Et dans ces conditions, il me semble qu’il ne faut pas faire ressortir l’antagonisme entre les deux mondes, mais s’efforcer de combiner tous les mouvements constructifs, toutes les forces constructives, dans la mesure du possible.
Il me semble que je suis plus à gauche que vous, monsieur Staline, que je considère que le monde s’est déjà approché de plus près de la fin du vieux système.

    
STALINE.—Lorsque je parle des capitalistes qui ne visent qu’au profit, qu’au lucre, je ne veux point dire par là qu’ils sont les derniers des hommes, incapables de quoi que ce soit d’autre.
Beaucoup d’entre eux ont, indéniablement, de grandes capacités d’organisation que je ne songe même pas à nier.
Nous, soviétiques, nous apprenons beaucoup des capitalistes.
Et Morgan même, auquel vous donnez une caractéristique aussi négative, était à coup sûr un bon organisateur, un organisateur capable.
Mais si vous parlez des hommes prêts à reconstruire le monde, il est évident qu’on ne peut les trouver parmi ceux qui servent le lucre avec foi et amour. Nous et ces gens-là, nous nous trouvons à des pôles opposés. Vous parlez de Ford.
Evidemment, c’est un organisateur capable de la production.
Mais ne connaissez-vous pas son attitude à l’égard de la classe ouvrière ? Ignorez-vous combien d’ouvriers il jette inutilement à la rue ?
Le capitaliste est enchaîné au profit, aucune force ne peut l’en arracher.
Et le capitalisme sera anéanti, non par les « organisateurs » de la production, non par les intellectuels techniciens, puisque cette couche ne joue pas un rôle indépendant, mais par la classe ouvrière.
Car l’ingénieur, l’organisateur de la production ne travaille pas comme il le voudrait, mais comme on le lui ordonne, comme le commande l’intérêt du patron.
Il existe, évidemment, des exceptions ; il existe des gens appartenant à cette couche, qui se sont libérés de l’opium capitaliste.
Les intellectuels techniciens peuvent, dans des conditions déterminées, faire des « miracles », être pour le genre humain d’une immense utilité.
Mais ils peuvent aussi lui causer un grand préjudice.
Nous, soviétiques, nous avons notre expérience, qui n’est pas mince, des intellectuels techniciens.
Après la Révolution d’Octobre, une partie déterminée d’intellectuels techniciens refusa de participer à l’édification de la société nouvelle, s’opposa à cette édification, la sabota.
Nous avons cherché par tous les moyens à entraîner les intellectuels techniciens vers cette édification, nous les avons sollicités de toutes les façons.
Bien du temps s’est écoulé avant que nos intellectuels techniciens ne se soient engagés dans la voie d’un concours actif au nouveau régime.
Aujourd’hui la meilleure partie est aux premiers rangs de l’édification de la société socialiste.
Forts de cette expérience, nous sommes loin de sous-estimer les côtés tant positifs que négatifs des intellectuels techniciens, et nous savons qu’ils peuvent aussi bien nuire que faire des « miracles ».
Certes, les choses en iraient autrement si l’on pouvait d’un seul coup arracher moralement les intellectuels techniciens au monde capitaliste.
Mais c’est là une utopie.
Se trouvera-t-il beaucoup d’hommes parmi les intellectuels techniciens qui se résoudront à rompre avec le monde bourgeois et à s’atteler à la reconstruction de la société ?
A votre avis, y a-t-il beaucoup de ces gens-là, disons, en Angleterre, en France ?
Non, il se trouvera peu d’amateurs pour rompre avec leurs patrons et commencer la reconstruction du monde !
    En outre, peut-on perdre de vue que pour refaire le monde, il faut avoir le pouvoir ? Il me semble, monsieur WELLS, que vous sous-estimez fort la question du pouvoir ; que, d’une façon générale, elle n’entre pas dans votre conception.
Car, que peuvent faire des gens, eussent-ils les meilleures intentions du monde, s’ils ne sont pas capables de poser la question de la prise du pouvoir et s’ils n’ont pas en main le pouvoir ?
Ils peuvent, dans le meilleur des cas, prêter concours à la nouvelle classe qui prendra le pouvoir, mais ne peuvent eux-mêmes retourner le monde.
Pour cela il faut une grande classe, qui remplace la classe des capitalistes et devienne un maître tout aussi puissant qu’elle. La classe ouvrière est cette classe-là. Certes, il faut accepter l’aide des intellectuels techniciens et il faut, à son tour, lui prêter aide.
Mais il ne faut pas penser que les intellectuels techniciens pourront, eux, jouer un rôle historique indépendant.
La refonte du monde est un vaste processus complexe et douloureux.
Pour cette grande entremise, il faut une grande classe.
Aux grands navires les grands voyages.
    
WELLS.—Oui. mais pour un grand voyage il faut un capitaine et un navigateur.
    
STALINE.—C’est juste, mais pour un grand voyage il faut avant tout un grand navire. Qu’est-ce qu’un navigateur sans navire ? Un homme sans occupation.
    
WELLS.—Le grand navire c’est l’humanité, et non une classe.
    

STALINE.—Vous partez, visiblement, monsieur WELLS, de la prémisse que tous les hommes sont bons. Et moi, je n’oublie pas qu’il y a beaucoup d’hommes méchants.
Je ne crois pas à la bonté de la bourgeoisie.
    
WELLS.—Je me souviens de ce qu’étaient les intellectuels techniciens il y a quelque dizaine d’années.
Les intellectuels techniciens étaient alors peu nombreux ; par contre, il y avait beaucoup à faire et chaque ingénieur, technicien, intellectuel trouvait une application à ses connaissances.
C’est pourquoi ils étaient la classe la moins révolutionnaire.
Or, aujourd’hui, on observe un excédent d’intellectuels techniciens, et leur état d’esprit a changé radicalement.
L’intellectuel qualifié qui, auparavant, n’aurait pas même prêté l’oreille aux propos révolutionnaires, s’y intéresse beaucoup maintenant. Récemment, j’ai été invité à un dîner de la Société royale, notre plus grande société scientifique anglaise.
Le discours du président fut un discours en faveur de la planification sociale et de la gestion scientifique.
Il y a une trentaine d’années, on n’aurait même pas écouté ce que je dis.
Et maintenant, cette société est dirigée par un homme aux conceptions révolutionnaires, qui insiste sur la réorganisation scientifique de la société humaine.
Votre propagande de lutte de classes n’a pas tenu compte de ces faits. L’état d’esprit change.

    
STALINE.—Oui, je le sais ; et cela s’explique par le fait que la société capitaliste est acculée actuellement dans une impasse.
Les capitalistes cherchent et ne peuvent trouver une issue à cette impasse, qui soit compatible avec la dignité de cette classe, avec les intérêts de cette classe.
Ils peuvent partiellement se tirer de la crise en rampant à quatre pattes, mais ils ne peuvent trouver une issue qui leur permette de sortir la tête haute, qui n’atteigne pas à la racine les intérêts du capitalisme.
Ceci, évidemment les larges cercles d’intellectuels techniciens le sentent. Une partie considérable de ces derniers commence à prendre conscience de la communauté de leurs intérêts avec ceux de la classe capable de trouver une issue à cette impasse.
    
WELLS.—Vous savez, monsieur Staline, mieux que quiconque, ce. que c’est que la révolution, et encore dans la pratique.
Les masses se soulèvent-elles jamais d’elles-mêmes ?
Ne considérez- vous pas comme une vérité établie le fait que toutes les révolutions se font par la minorité ?

    
STALINE.—Pour la révolution il faut une minorité révolutionnaire dirigeante ; mais la minorité la plus capable, la plus dévouée et la plus énergique sera impuissante, si elle ne s’appuie pas, ne serait-ce que sur le soutien passif de millions d’hommes.
    
WELLS.—Ce soutien n’est-il que passif ? ou aussi subconscient?
    
STALINE.—Disons semi-instinctif et semi-conscient, mais sans le soutien de millions d’hommes, la meilleure minorité est impuissante.
    
WELLS.—Je suis de près la propagande communiste en Occident, et il me semble que cette propagande, dans les conditions actuelles, agit de façon très démodée, car elle est la propagande d’actes de violence.
Cette propagande du renversement par la violence du régime social, était de mise alors qu’il s’agissait de la domination sans partage de telle ou telle tyrannie.
Mais dans les conditions actuelles, alors que le système dominant croule de toutes façons et se décompose de lui-même, il faudrait porter l’accent non pas sur l’insurrection, mais sur l’efficacité, sur la compétence, sur la productivité.
La note insurrectionnelle me paraît vieillie.
De l’avis des hommes à la manière de pensée constructive, la propagande communiste en Occident constitue un obstacle.

    
STALINE.—Evidemment, le vieux système croule, se décompose. C’est exact.
Mais il est également exact que de nouveaux efforts sont faits pour défendre, pour sauver ce système en perdition, par d’autres méthodes, par tous les moyens.
D’une constatation juste vous tirez une déduction erronée. Vous constatez avec raison que le vieux monde croule.
Mais vous avez tort lorsque vous pensez qu’il croule de lui-même.
Non, le remplacement d’un ordre social par un autre ordre social est un processus révolutionnaire complexe et de longue haleine.
Ce n’est pas simplement un processus spontané ; c’est une lutte, c’est un processus qui implique la collision des classes.
Le capitalisme est pourri, mais on ne saurait le comparer simplement à un arbre qui pourrit au point qu’il doit de lui-même tomber par terre.
Non, la révolution, le remplacement d’un régime social par un autre, a toujours été une lutte, une lutte douloureuse et atroce, une lutte à mort. nouveau arrivaient au pouvoir, il leur a fallu se défendre contre les tentatives du vieux monde pour ramener par la force l’ancien ordre de choses ; les hommes du nouveau monde, eux, ont toujours dû se tenir sur leurs gardes, être prêts à riposter aux attentats du vieux monde contre l’ordre nouveau.
    Oui, vous avez raison, quand vous dites que le vieil ordre social croule, mais il ne s’écroulera pas de lui-même.
Par exemple, à ne prendre que le fascisme. Le fascisme est une force réactionnaire qui tente de maintenir le vieux monde par la violence.
Qu’allez-vous faire des fascistes ? Leur faire entendre raison ? Les convaincre ?
Mais cela n’agira sur eux d’aucune manière. Les communistes n’idéalisent pas du tout la méthode de la violence.
Mais les communistes ne veulent pas, eux, se trouver pris au dépourvu, ils ne peuvent compter que le vieux monde quittera de lui-même la scène ; ils voient que le vieux régime se défend par la force, et c’est pourquoi les communistes disent à la classe ouvrière : préparez-vous à répondre à la force par la force, faites tout pour que le vieux régime périssant ne vous écrase pas, ne lui permettez pas de mettre les fers à ces mains avec lesquelles vous renverserez ce régime.
Comme vous voyez, le processus de remplacement d’un ordre social par un autre n’est pas pour les communistes un processus simplement spontané et pacifique, mais un processus compliqué, durable et violent.
Les communistes ne peuvent pas ne pas compter avec les faits.

WELLS—Mais regardez de plus près ce qui se passe actuellement dans le monde capitaliste. Car ce n’est pas simplement l’écroulement d’un régime.
C’est une explosion de la violence réactionnaire, qui dégénère en un franc gangstérisme.
Et il me semble que lorsqu’il est question de conflits avec ces oppresseurs réactionnaires et inintelligents, les socialistes doivent en appeler à la loi et, au lieu de considérer la police comme un ennemi, la soutenir dans la lutte contre les réactionnaires.
Il me semble que l’on ne peut pas agir simplement par les méthodes du vieux socialisme insurrectionnel et sans souplesse.

    
STALINE.—Les communistes partent de la riche expérience historique, qui enseigne que les classes ayant fait leur temps ne quittent pas volontairement la scène historique.
Rappelez-vous l’histoire de l’Angleterre du XVII° siècle.
N’étaient-ils pas nombreux ceux qui disaient que le vieil ordre social était pourri ?
Néanmoins, n’a-t-il pas fallu un Cromwell pour l’achever par la force ?
    
WELLS.—Cromwell agissait en s’appuyant sur la Constitution et au nom de l’ordre constitutionnel.
    
STALINE.—Au nom de la Constitution il recourait à la violence, il a exécuté le roi, il a dissous le Parlement, il arrêtait les uns, il décapitait les autres !
    Mais empruntons un exemple à notre histoire. N’était-il pas clair, durant une longue période de temps, que l’ordre tsariste pourrissait, qu’il croulait ?
Et cependant combien de sang a-t-il fallu pour le renverser !
    Et la Révolution d’Octobre ? Etaient-ils peu nombreux les gens qui savaient que nous seuls, bolchéviks, indiquions la seule issue juste ? Ne comprenait-on pas que le capitalisme russe était pourri ?
Mais vous savez combien la résistance fut grande, combien de sang fut versé pour défendre la Révolution d’Octobre contre tous les ennemis, intérieurs et extérieurs ?
Ou bien prenons la France de la fin du XVIII° siècle. Longtemps avant 1789, nombreux étaient ceux qui voyaient clairement à quel point étaient pourris le pouvoir royal, l’ordre féodal.
Mais on n’a pu se passer, on ne pouvait se passer d’un soulèvement populaire, d’une collision des classes.
    Qu’est-ce à dire ?
C’est que les classes qui doivent quitter la scène historique, sont les dernières à se convaincre que leur rôle est fini.
Il est impossible de les en convaincre.
Il leur semble que l’on peut boucher les crevasses de l’édifice pourri du vieux régime, que l’on peut réparer et sauver l’édifice croulant de l’ancien ordre de choses. C’est pourquoi les classes périssantes prennent les armes et commencent à défendre par tous les moyens leur existence de classe dominante.
    
WELLS.—Mais à la tête de la Grande Révolution française, il y avait bon nombre d’avocats.
    
STALINE.—Est-ce que vous niez le rôle des intellectuels dans les mouvements révolutionnaires ?
Est-ce que la Grande Révolution française a été une révolution d’avocats, et non une révolution populaire qui a vaincu après avoir soulevé d’énormes masses populaires contre le féodalisme, et en défendant les intérêts du tiers état ?
Les avocats parmi les chefs de la Grande Révolution française agissaient-ils selon les lois de l’Ancien Régime ? N’ont-ils pas institué une légalité nouvelle, la légalité révolutionnaire bourgeoise ?
    La riche expérience historique enseigne que jusqu’à présent, pas une classe n’a cédé volontairement le chemin à une autre classe. L’histoire mondiale ne connaît pas de tel précédent.
Et les communistes se sont assimilé cette expérience historique.
Les communistes salueraient le départ volontaire de la bourgeoisie.
Mais, comme l’atteste l’expérience, il n’est pas croyable que les choses prennent une telle tournure.
C’est pourquoi les communistes veulent être prêts au pire et appellent la classe ouvrière à la vigilance, à se tenir préparée au combat.
Qui a besoin d’un capitaine qui émousse la vigilance de son armée, qui ne comprend pas que l’adversaire ne se rendra pas, qu’il faut l’abattre ?
Etre un tel capitaine, c’est tromper, trahir la classe ouvrière. Voilà pourquoi je pense que ce qui vous paraît démodé est, en réalité, une mesure d’utilité révolutionnaire pour la classe ouvrière.
    
WELLS.—Je ne nie pas du tout la nécessité de la violence, mais j’estime que les formes de lutte doivent se rapprocher au maximum des possibilités qu’offrent les lois existantes, qu’il s’agit de défendre contre les attentats réactionnaires.
Il ne faut pas désorganiser le vieux régime, ne serait-ce que pour la raison qu’il se désorganise de lui-même dans une mesure suffisante.
Précisément pour cette raison, il me semble que la lutte contre l’ordre, contre la loi, est quelque chose de désuet, de démodé.
Au reste, j’exagère à dessein pour mieux mettre en lumière la vérité.
Je puis formuler mon point de vue de la façon suivante : premièrement, je suis pour l’ordre ; deuxièmement, j’attaque le système existant parce qu’il n’assure pas l’ordre ; troisièmement, j’estime que la propagande des idées de la lutte de classes peut isoler du socialisme justement les cercles instruits qui sont nécessaires au socialisme.

    
STALINE.—Pour accomplir une grande, une sérieuse œuvre sociale, il faut qu’il y ait une force principale, un appui, une classe révolutionnaire.
Il faut ensuite que l’aide à cette force principale soit organisée par la force auxiliaire, en l’occurrence le Parti, dans lequel entrent aussi les meilleures forces parmi les intellectuels.
Vous venez de parler des « cercles instruits ».
Mais quels hommes instruits aviez-vous en vue ?
Y avait-il peu d’hommes instruits du côté de l’Ancien Régime, et au XVII° siècle en Angleterre, et à la fin du XVIII° siècle en France, et à l’époque de la Révolution d’Octobre en Russie ?
Le vieux régime avait de son côté, à son service, beaucoup d’hommes hautement instruits, qui défendaient le vieux régime, qui marchaient contre le régime nouveau.
Car l’instruction est une arme dont l’efficacité dépend de savoir qui la détient, et qui est celui que l’on veut frapper avec cette arme. Evidemment, les hommes hautement instruits sont nécessaires au prolétariat, au socialisme.
Car il est clair que ce ne sont pas les sots qui peuvent aider le prolétariat à lutter pour le socialisme, à bâtir la nouvelle société.
Je ne sous-estime pas le rôle des intellectuels ; au contraire, je souligne leur rôle.
La question est simplement de savoir de quels intellectuels il s’agit, car il y a intellectuels et intellectuels.
    
WELLS.—Il ne peut y avoir de révolution sans un changement radical du système de l’instruction publique.
Il suffit de citer deux exemples : l’exemple de la République allemande, qui n’a pas touché à l’ancien système d’instruction et qui, pour cette raison, n’est jamais devenue une République, et l’exemple du Labour Party anglais, qui manque de décision pour insister sur le changement radical de l’instruction publique.

    
STALINE.—Cette remarque est juste.
    
Permettez-moi maintenant de répondre à vos trois points.
Premièrement, l’essentiel pour la révolution, c’est l’existence d’un appui social. Cet appui pour la révolution est la classe ouvrière.
Deuxièmement, une force auxiliaire, ce qui chez les communistes s’appelle le Parti, est indispensable.
Ici seront compris et les ouvriers intellectuels, et ceux des intellectuels techniciens qui sont étroitement liés à la classe ouvrière.
Les intellectuels ne peuvent être forts que s’ils s’unissent à la classe ouvrière. S’ils marchent contre la classe ouvrière, ils deviennent néant. Troisièmement, il faut le pouvoir, comme levier de transformation.
Le nouveau pouvoir crée une nouvelle légalité, un nouvel ordre qui est l’ordre révolutionnaire. Je ne suis pas pour n’importe quel ordre.
Je suis pour un ordre correspondant aux intérêts de la classe ouvrière. Et si certaines lois de l’Ancien Régime peuvent être utilisées dans l’intérêt de la lutte pour l’ordre nouveau, il convient d’utiliser aussi la vieille législation.
Contre votre thèse suivant laquelle il faut attaquer le système existant, pour autant qu’il n’assure pas l’ordre nécessaire au peuple, je ne puis rien objecter.    Et, enfin, vous avez tort si vous pensez que les communistes sont épris de violence. Ils renonceraient avec plaisir à la méthode de la violence si les classes dominantes consentaient à céder la place à la classe ouvrière.
Mais l’expérience de l’histoire témoigne contre une telle hypothèse.
    
WELLS.—L’histoire de l’Angleterre, cependant, connaît un exemple de transmission volontaire du pouvoir par une classe à une autre.
Dans la période comprise entre 1830 et 1870, s’est opéré, sans aucune lutte acharnée, le passage volontaire du pouvoir de l’aristocratie, dont l’influence à la fin du XVIII° siècle était encore très grande, à la bourgeoisie qui était le soutien sentimental de la monarchie.
Ce passage du pouvoir a abouti, par la suite, à l’instauration de la domination de l’oligarchie financière.

    
STALINE.—Mais vous voici passé imperceptiblement des problèmes de la révolution aux problèmes de réforme.

Ce n’est pas la même chose. Ne pensez-vous pas que le mouvement chartiste a joué un grand rôle dans le domaine des réformes en Angleterre, au XIX° siècle ?
    
WELLS.—Les chartistes n’ont pas fait grand’chose et ont disparu sans laisser de trace.
    
STALINE.—Je ne suis pas d’accord avec vous. Les chartistes et le mouvement gréviste organisé par eux ont joué un grand rôle ; ils ont contraint les classes dominantes à faire une série de concessions dans le domaine du système électoral, dans le domaine de la liquidation de ce qu’on appelait les « bourgs pourris », de la réalisation de certains point de la « Charte ».
Le chartisme n’a pas joué un mince rôle historique : il a incité une partie des classes dominantes à faire certaines concessions, des réformes, afin d’éviter de grandes perturbations.
En général, il faut dire que de toutes les classes dominantes, les classes dominantes d’Angleterre, et l’aristocratie, et la bourgeoisie, se sont montrées les plus intelligentes, les plus souples du point de vue de leurs intérêts de classes, du point de vue de la conservation de leur pouvoir.
Ainsi, prenons un exemple tiré de l’histoire moderne : la grève générale de 1926 en Angleterre.
N’importe quelle bourgeoisie, en face de ces événements, alors que le Conseil général des Trades-Unions avait lancé un appel à la grève, aurait avant tout fait arrêter les leaders des Trades-Unions.
La bourgeoisie anglaise ne l’a pas fait, elle a fait preuve d’intelligence du point de vue de ses intérêts.
Ni aux Etats-Unis, ni en Allemagne, ni en France, je ne vois une stratégie de classe aussi souple de la part de la bourgeoisie.
Dans l’intérêt de la consolidation de leur domination, les classes dominantes d’Angleterre ne se sont jamais interdit les petites concessions, les réformes.
Mais ce serait une erreur de croire que ces réformes représentent la révolution.
    
WELLS.—Vous avez des classes dominantes de mon pays une plus haute opinion que moi. Mais la différence est-elle grande, en général, entre une petite révolution et une grande réforme ? Les réformes ne sont-elles pas une petite révolution ?
    
STALINE.—Sous l’effet d’une poussée venant d’en bas, d’une poussée des masses, la bourgeoisie peut parfois consentir telles ou telles réformes partielles, tout en restant sur la base du régime économique et social existant.
Agissant ainsi, elle estime que ses concessions sont indispensables dans l’intérêt de la conservation de sa domination de classe.
C’est là l’essence des réformes.
Quant à la révolution, elle signifie le passage du pouvoir d’une classe à une autre.

C’est pourquoi l’on ne peut appeler une réforme quelconque une révolution.
Voilà pourquoi l’on ne saurait espérer que la succession des régimes sociaux puisse s’opérer par le passage insensible d’un régime à l’autre au moyen de réformes, au moyen de concessions faite par la classe dominante.
    
WELLS.—Je vous suis très reconnaissant de cet entretien qui a pour moi une importance énorme.
En me donnant vos explications, vous vous êtes à coup sûr souvenu du temps où, dans les cercles clandestins d’avant la révolution, il vous fallait expliquer les principes du socialisme.
A l’heure actuelle, il n’existe dans le monde entier que deux personnalités à l’opinion, à chaque parole desquelles des millions d’hommes prêtent l’oreille : vous et Roosevelt.
Les autres peuvent prêcher autant qu’il leur plaira, on ne les imprimera pas, on ne les écoutera pasJe ne puis encore apprécier ce qui a été fait dans votre pays, où je ne suis arrivé qu’hier.
Mais j’ai déjà vu les visages heureux d’hommes bien portants et je sais qu’il se fait chez vous quelque chose de très significatif.
Le contraste avec l’année 1920 est frappant.

    
STALINE.—On aurait pu faire encore plus si nous, bolchéviks, étions plus intelligents.
    
WELLS.—Non, si, en général, les êtres humains étaient plus intelligents.
On ne ferait pas mal si l’on inventait un plan quinquennal pour la reconstruction du cerveau humain, qui manque manifestement de nombreuses parcelles nécessaires à l’ordre social parfait. (Rires.)

    
STALINE.—N’avez-vous pas l’intention d’assister au Congrès de l’Union des écrivains soviétiques ?
    
WELLS.—Malheureusement, j’ai diverses obligations et je ne puis rester en URSS qu’une semaine.
Je suis venu pour vous rencontrer, et je suis profondément satisfait de notre entretien.
Mais j’ai l’intention de parler avec les écrivains soviétiques que je pourrai rencontrer pour envisager la possibilité de leur adhésion au Pen-Club.
C’est une organisation internationale d’écrivains, fondée par Galsworthy auquel, après sa mort, j’ai succédé comme président.
Cette organisation est encore faible, mais néanmoins elle possède des sections dans de nombreux pays et, ce qui est encore plus important, les interventions de ses membres sont largement commentées dans la presse.
Cette organisation défend le droit de la libre expression de toutes les opinions, y compris celles de l’opposition. Je compte parler à ce sujet avec Maxime Gorki. Toutefois, je ne sais si une aussi large liberté peut être accordée ici.

    
STALINE.—Cela s’appelle chez nous, bolchéviks, l’ »auto-critique ».

Elle est largement appliquée en URSS. Si vous désirez quelque chose, je vous aiderai volontiers.
    
WELLS. -Je vous remercie.

STALINE.- Je vous remercie pour l'entretien.

 

Partager cet article
Repost0
24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 16:11

Un résumé d'Histoire contemporaine, pour découvrir qui tire les ficelles  par Bassam Tahhan

 

 

 

Partager cet article
Repost0
30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 17:08
Parade US contre l’Eurasie : ISIL (Islamic State of Iraq ans the Levant), les nazis de Kiev,

Avant-propos

Alors que le révisionnisme historique a le vent en poupe, la France ne peut que se féliciter des lois votées en 1990 sous le nom de lois Gayssot, qui criminalisent la contestation de crimes contre l'humanité, protégeant ainsi la mémoire de l'Holocauste. Pour le reste, on attendra que les crimes contre l'Histoire deviennent des crimes contre l'humanité.

Le Saker Francophone

Par  Andrew Korybko – Le 4 mai 2015 – Source thesaker.isLes  supplétifs régionaux des États-Unis au  Moyen-Orient et en Ukraine sont engagés dans un saccage de leur propre histoire, faisant tout ce qu’ils peuvent pour enterrer le passé de leurs pays afin de construire plus facilement leur version d’un avenir utopique. Cette tendance à la guerre contre l’histoire est endémique suite à la militarisation de la mémoire historique que les États-Unis déploient partout en Eurasie. Avec ISIL saturant les manchettes mondiales des journaux après la saisie de Palmyre et la menace urgente que cela pose sur ce site du patrimoine mondial de l’UNESCO, il est intéressant de revoir comment la croisade anti-historique du groupe terroriste est identique à ce que les nazis de Kiev font en Ukraine, et comment toutes ces destructions sont liées au nouveau type de guerre asymétrique que les États-Unis pratiquent à travers l’Eurasie.Rompre (physiquement) avec le passé

 

ISIL et les nazis de Kiev sont acharnés à éliminer tous les liens vers le passé qui ne correspondent pas à leurs idéologies radicales respectives du wahhabisme et du fascisme. Voici une brève vue du carnage historique qu’ils ont mené jusqu’à présent :

 

L’ISIL

CNN a rendu compte en avril des traces de destructions historiques que ISIL a laissées dans son sillage. Leur liste complète, étonnamment détaillée, des dommages causés aux anciennes villes de Nimrud, Khorsabad, et Hatra, ainsi que la destruction du musée de Mossoul (où seraient maintenant des répliques), la Bibliothèque de Mossoul, et le tombeau de Jonas. Pourtant, ce ne sont que des exemples pour représenter la plupart des attaques de grande envergure que le groupe a réalisées sur les objets historiques, comme il est assuré qu’ils ont fait beaucoup plus de dégâts à des artefacts de relativement moindre importance ou de moindre renommée.

 

Alors que certains de leurs exploits ont été utilisés à des fins de propagande, ils ne nuisent pas à la sincérité de l’intention des terroristes de forcer à réécrire l’histoire. L’objectif de ISIL semble évidemment être l’élimination de tous les symboles civilisationnels fédérateurs qui datent d’avant l’aube de l’Islam afin de créer la fausse impression que les terres qu’ils occupent actuellement n’avaient pas d’antécédents pour les occuper avant cette période. Le groupe estime apparemment que leur militantisme contre des objets historiques renforce en quelque sorte leur légitimité et les rend plus attrayants (et craints).

 

Les nazis de Kiev

Le régime pro-occidental à Kiev participe aussi pour sa part au révisionnisme historique physique, ayant renversé plus de cinq cents monuments de Lénine à travers le pays dans la dernière année seulement. Cette obsession violente contre Lénine est tragiquement ironique puisque c’est lui qui a effectivement créé l’Ukraine moderne. Mais pour un fasciste ukrainien, il ne représente rien de plus qu’un supposé contrôle russe sur la région et, par conséquent, doit être éliminé de la vue et de l’esprit.

 

Allant plus loin, Kiev a banni les symboles communistes et changé à la fois la date et la manière dont le Jour de la Victoire [sur l’Allemagne nazie] sont célébrées. Le pays force maintenant à utiliser le symbole du pavot à la place du ruban de St. George et commémore l’événement (appelé le Jour du Souvenir et de la réconciliation) un jour avant la Russie, en conformité avec les Européens de l’Ouest. Quel est le but de Kiev ? Créer une distorsion dans la continuité historique entre le Banderistes [les fascistes ukrainiens] et le post-coup d’État en Ukraine, en éliminant de manière sélective des éléments de son histoire, datant de l’ère soviétique, qui malencontreusement se dressent sur le chemin de ce mythe, sans évoquer bien sûr la création de l’Ukraine moderne par les Soviétiques.

 

Manipulation de l’avenir

Les attaques physiques de ISIL et Kiev sur l’histoire sont dirigées autant contre l’avenir que contre le passé. La lustration historique à laquelle les deux participent à pour objet de pousser les populations qu’ils contrôlent à réinterpréter le passé pour faciliter des ambitions futures très spécifiques. En changeant l’histoire, ils changent l’identité des personnes, et avec elle, le cours de leur développement. Ainsi, ils utilisent l’outil de la mémoire historique afin de modifier, par la force, le destin des territoires qu’ils administrent, peu importe la durée de leur emprise sur eux.

 

Ceci est possible car la guerre qu’ils mènent est terriblement inégale, en ce que les agresseurs sont capables d’attaquer un monument historique ou de créer un événement de leur choix, tandis que les défenseurs n’ont rien d’équivalent pour riposter. Il s’agit essentiellement d’une guerre défensive sans fin qui doit être combattue par la vérité sur l’histoire, tandis que les révisionnistes militants sont libres de choisir quand et où ils lancent leur prochaine offensive. Dans le cas de Kiev, le gouvernement contrôle la plupart de l’État ukrainien et peut donc se présenter à l’Occident avec une carte blanche [pour agir chez lui comme il l’entend, NdT], mais ISIL ne contrôle pas l’ensemble de la Syrie ou de l’Irak, donnant ainsi aux deux États, et civilisations, la possibilité de défendre au moins certaines parties de leur patrimoine physique.

 

Il faut souligner que peu importe combien de temps ISIL ou Kiev règnent sur leurs territoires, ils ont déjà commis des dommages historiques irréparables sur ce point. La destruction par ISIL d’anciens sites millénaires parle par elle-même, alors que la campagne de Kiev, en dépit de ne pas être aussi grande que celle de son homologue du Moyen-Orient, a réussi à rendre schizophrénique l’identité de l’État retrouvé. Même s’ils sont finalement vaincus, il est impossible pour chaque territoire affecté de retourner au statu quo ante bellum, démontrant ainsi que les assassins éphémères (et potentiellement périodiques) wahhabites et fascistes sont capables de réaliser d’immenses dommages historiques dans une très brève période de temps. On devrait malgré tout se souvenir que ce n’est pas totalement sombre, car la résistance du peuple dans la lutte contre ces maux peut constituer la base d’une nouvelle mémoire historique qui pourrait aider à aplanir les clivages du passé si le conflit se termine en leur faveur.

 

Similitudes frappantes

Les similitudes de ISIL et Kiev ne se résument pas à leur révisionnisme violent et à leurs manipulations futures, car ils partagent aussi quelques autres détails essentiels :

 

Asymétrie

ISIL et les nazis Euromaïdan sont arrivés au pouvoir, dans leurs domaines respectifs, par des moyens asymétriques, avec une préférence pour le terrorisme urbain. Après avoir atteint leurs positions actuelles, ils ont alors commencé à mettre en œuvre des tactiques conventionnelles hybrides; ainsi, ISIL a saisi des véhicules militaires américains et irakiens, tandis que Kiev réquisitionnait l’ensemble des Forces armées ukrainiennes. On peut donc constater, comme un état de fait, que les deux entités ont des motivations militaires dans la poursuite de leurs objectifs, et ce n’est pas une coïncidence non plus de constater que ces deux objectifs, renverser le gouvernement syrien et affaiblir l’Irak d’un côté, expulser d’Ukraine les Russes et leur influence, recouvrent exactement les objectifs stratégiques des États-Unis, et ont obtenu le soutien américain direct dès l’origine.

 

Patronage américain

Cela met en évidence le fait que les deux groupes ont été créés par les États-Unis, même si parfois ils finissent par échapper à leur contrôle direct. Beaucoup a déjà été écrit sur le soutien des États-Unis, de $5 Mds, pour les opérations ukrainiennes de changement de régime et la participation active de Victoria Nuland dans l’Euromaïdan, mais les connexions de ISIL avec l’establishment états-unien n’ont pas attiré l’attention des médias traditionnels. Cependant, la Russie n’a pas gardé le silence sur le lien entre les deux, avec Lavrov dénonçant la stratégie US des bons et des mauvais terroristes, et même le directeur du GRU s’en prenant à Washington pour la création du terrorisme islamique. Peu importe la manière dont on essaie de bricoler les faits,  ISIL et le fascisme ukrainien doivent leur forme actuelle aux graines semées par les Américains, peu importe la honte que ce fait peut provoquer chez les contribuables du pays qui paient pour ça.

 

«Révolution»

Les wahhabites et les fascistes se dédient avec véhémence à renverser les gouvernements stables et établis qui sont venus avant eux, qu’ils soient républicains laïcs ou simplement pragmatiques (mais loin d’être parfaits) en équilibrant leurs rapports avec l’Est et l’Ouest. Ils envisagent d’imposer le contraire de ce qui existait avant eux, respectivement une dictature wahhabite et un État occidental-vassal fasciste. Grâce à leurs campagnes de propagande dans les médias sociaux, les deux mouvements radicaux tentent de se vendre eux-mêmes comme des révolutionnaires romantiques à la masse de la jeunesse rebelle et vulnérables qui constitue leurs recrues de base. Ils ont manipulé le Zeitgeist [esprit du moment] semi-globalisé de la suspicion anti-gouvernementale, conçue et diffusée par l’Occident dans le but de promouvoir les Révolutions de Couleur [ironiquement par le détournement du dégoût des gouvernements provoqué par Wikileaks et Snowden] pour légitimer leur changement de régime et leurs tentatives révisionnistes forcenées d’attaquer la mémoire historique.

 

Réflexions pour conclure

La promotion par les États-Unis du révisionnisme historique militant au Moyen-Orient et dans l’Est de l’Europe est extrêmement importante pour signaler le début d’une dangereuse escalade des tactiques guerrières postmodernes. L’utilisation de la mémoire historique comme une arme physique sur le champ de bataille pour gagner les cœurs et les esprits dépasse ce que la société a connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien que de telles tactiques soient occasionnellement apparues depuis l’Antiquité jusqu’en 1945, il semblait que le monde était enfin sur le point de réaliser combien elles sont inutiles et nuisibles à la civilisation humaine; c’est le moment que choisissent ISIL et les nazis ukrainiens pour commencer leurs campagnes anti-historiques (en détruisant des vestiges qui avaient survécu pendant des milliers d’années à l’antagonisme d’une multitude d’ennemis). La plus grande honte est que la complicité et le soutien des États-Unis aux deux groupes pourraient annoncer une sauvagerie historique, où aucun des monuments ou objets ne sera plus considéré comme sacré pour la mémoire historique de la civilisation dans son ensemble. L’ouverture de ces vannes ne présage rien de bon pour le destin de tout ce que l’humanité a accompli au cours des 70 dernières années, mais en gardant à l’esprit que les États-Unis créent le chaos pour maintenir leur emprise sur l’Eurasie, il est facile de prévoir que d’autres assassins historiques apparaîtront dans les années à venir, pendant la nouvelle guerre froide.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

Partager cet article
Repost0
12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 16:15

RETABLISSONS LA VERITE HISTORIQUE 

Par Michel ETIEVENT, 11 mai 2015

           

Prenons les devants.... Lors de l'hommage national du 70ème anniversaire de la sécu (si jamais il est rendu!!!!!...), attendez vous encore et ceci malgré l'énorme travail fait pour rétablir l'histoire, à ce qu'ils disent que la sécu a été fondée par Pierre Laroque. ( Ainsi qu’il est  dit souvent…). Ce qui est curieux c'est que lorsque l'on évoque une loi, on lui donne toujours généralement le nom du ministre qui l'a promulguée et non du fonctionnaire qui a participé à sa mise en place: Ainsi dit-on : Loi Macron, Loi Juppé ou Loi Weil par exemple. Et bien non, là on vous dira loi Laroque qui n'était que le fonctionnaire de Croizat ( directeur de la sécu). Ben, tiens, on ne va pas donner à une institution enviée dans le monde entier et que socialistes, patrons et droite s’évertuent à casser, le nom d'un ministre communiste.

 

Et pourtant c'est lui, lui le bâtisseur de ce beau conquis social de janvier 1946 à juillet 1946 alors qu'il est ministre du travail et de la Sécurité Sociale ( de novembre 1945 à mai 1947) , On vous parlera encore d’une création de De Gaulle... oui mais, voilà,  De Gaulle avait déjà démissionné ( 15 janvier 1946) lorsque Croizat, après avoir conçu les lois ( de création de la sécu ( mai, juin 1946) ) , mit en place les 138 caisses avec la CGT et le peuple de France. (Malgré l’opposition violente de la droite, des assurances privées, des médecins, des patrons, des notables mutualistes, de la CFTC.)

 

De plus De Gaulle sera le premier à la casser en octobre 1967 avec les ordonnances Jeanneney qui suppriment les élections démocratiques des caisses, divisent la sécu en trois branches et établissent le paritarisme qui donne la gestion aux patrons.

 

Juste une petite vérité a rétablir: Pierre Laroque n'est que le commis d'écriture qui mit en forme l'ordonnance portant création de la sécu du 4 octobre 1945. Cette ordonnance est une émanation directe du CNR et de la réflexion et conception collective menée sous la maîtrise d'oeuvre de Croizat dès sa nomination comme président de la Commission du Travail à l'assemblée consultative ( juin 1943) du Gouvernement provisoire à Alger. Et ceci en lien très actif avec les services du ministère de la Santé dirigé par François Billoux, autre ministre communiste, jamais évoqué lorsque l’on parle de la sécurité sociale. 

 

Pierre Laroque ne prendra d’ailleurs ses fonctions qu’en septembre 1944. C'est sûr qu’il est difficile d'admettre la réalité de l’Histoire et surtout l'actualité brûlante et la modernité d'un homme comme Ambroise Croizat à l'heure où droite, patronat  et socialistes veulent privatiser ce bien national qu'est notre belle sécurité sociale.

 

Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à Ambroise Croizat et pour ce 70eme anniversaire est de nous battre sans cesse partout pour que la securité sociale ne soit pas une coquille vide livrée au privé mais qu’elle reste ce que Croizat et le peuple de France qui l’ont bâtie ont voulu qu’elle soit : un vrai lieu de solidarités, un rempart au rejet, à la  souffrance et à l’exclusion

Amities a tous

                                                                                                                         MICHEL ETIEVENT

Merci de partager abondamment

 

 

                                                                

" Rien ne pourra se faire sans vous" clamait-il à l'adresse des travailleurs le 12 mai 1946, " la sécurité sociale n'est pas qu'une affaire de lois et de décrets. Elle implique une action concrète sur le terrain, dans le lutte, dans l'entreprise, elle réclame vos mains".

Partager cet article
Repost0
7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 14:09
A l’occasion de la commémoration des 8 et 9 mai 1945

Par Jacques Sapir

Texte repris sur Comité valmy

 

Les commémorations du 70ème anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondiale les 8 et 9 mai prochain ont une très forte charge symbolique. Elles nous invitent à regarder notre propre histoire, mais aussi ce que nous en faisons. La Première Guerre Mondiale, dont les commémorations du centenaire vont se poursuivre jusqu’en 2018 a marqué la fin du XIXème siècle. Elle contenait, ainsi que les autres guerres du début du siècle calendaire, des éléments que l’on va retrouver dans le second conflit mondial. Ainsi, les « camps de reconcentration », imaginés par Kitchener lors du second conflit Anglo-Boer[1] ou encore le génocide des arméniens, commis par les autorités ottomanes en 1915. Ceci est aussi vrai pour les formes de la guerre ; la « guerre des tranchées » a été imaginée lors du siège de Port-Arthur lors du conflit Russo-Japonais de 1904-1905. On doit donc reconnaître que le premier conflit mondial a signifié le basculement de l’Europe, et au-delà du monde, dans un nouvel univers fait de violence industrialisée, avec un effacement progressif de la distinction entre civils et militaires. Mais, le second conflit mondial a construit largement nos imaginaires et nos références politiques. Il n’est pas, il n’est plus, le « continuation de la politique par d’autres moyens » pour reprendre la formule de Clausewitz. La Seconde Guerre Mondiale est le premier conflit où l’idéologie à progressivement pris le dessus sur le calcul rationnel.

 

Causalités

Il n’est plus de bon ton, dans l’enseignement, d’évoquer la question des causes des conflits. On préfère se complaire dans une victimisation générale. Non que le point de vue du « soldat de base » ou du simple civil ne soit pas important. Mais, il ne doit pas obscurcir la question des responsabilités du conflit. Et pour comprendre cette question des responsabilités, il faut nécessairement enseigner les causes mais aussi le déroulement du conflit. A cet égard, les nouveaux programmes d’histoire en Collège et en Lycée sont largement fautifs.

 

On ne peut traiter de la Seconde Guerre Mondiale sans aborder la question des accords de Munich, et en particulier le fait que les franco-britanniques se séparèrent des russes pour traiter avec Hitler [2]. On peut discuter longuement si la France et la Grande-Bretagne avaient réellement besoin de ces accords. On sait aujourd’hui toute la dimension du bluff d’Hitler dont l’aviation n’est nullement prête, même si elle aligne des matériels plus modernes que ceux des britanniques et des français. Les manœuvres de début septembre 1938 se solderont d’ailleurs par un taux incroyable d’accidents. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’aide que l’Union soviétique était prête à apporter, en particulier par la livraison d’avions modernes (I-16) à la France. Enfin, l’armée tchécoslovaque était loin d’être négligeable. Il faut ici signaler que les chars tchèques équipaient deux divisions blindées allemande en mai 1940. Mais, l’importance de ces accords est qu’ils ont convaincu Staline, dont la paranoïa suspicieuse était déjà naturellement en éveil, que les français et les britanniques ne voulaient pas la guerre contre Hitler. En Grande-Bretagne, seul Winston Churchill eut des mots forts et prémonitoires sur la guerre à venir [3].

 

Il fut conforté dans cette pensée par l’accord entre l’Allemagne et la Pologne (qui profita de l’accord de Munich pour s’approprier un morceau de territoire tchécoslovaque) qui aboutit au dépeçage de la Tchécoslovaquie restante en mars 1939. Il faut ici souligner la stupidité du gouvernement polonais (et son aveuglement). Il s’allie avec l’Allemagne alors qu’il est le prochain sur la liste des victimes.

 

Cela éclaire le pacte Germano-Soviétique d’août 1939. De ce pacte, une partie est pleinement justifiée. Comprenant que les britanniques et les français ne sont pas fiables, Staline cherche à mettre l’URSS hors de danger. Une autre partie éclaire cependant les tendances impérialistes de Staline, celle où il négocie en secret avec Hitler l’annexion des Pays Baltes et d’une partie de la Pologne. En déduire cependant à une « alliance » entre Hitler et Staline est allé vite en besogne. Les troupes soviétiques qui entrent en Pologne le 17 septembre 1939 ont ordre, si les troupes allemandes ne respectent pas leur « zone d’occupation » de les « balayer ».

 

Staline face à Hitler.

En fait, Staline sait qu’une guerre avec l’Allemagne nazie est inévitable. Il espère simplement en retarder le déclenchement le plus longtemps possible. L’interruption du programme naval du 3ème plan quinquennal en septembre 1940, et le transfert de l’acier vers la construction de chars supplémentaires, est  bien la preuve que Staline sait un affrontement inévitable. Mais, il commet l’erreur de prendre Hitler pour une personne rationnelle. Persuadé que l’Allemagne n’attaquera pas l’URSS tant que se poursuit la guerre contre la Grande-Bretagne, Staline, et avec lui la direction soviétique, se laisse surprendre par la décision d’Hitler de l’attaquer en juin 1941.

 

En janvier 1941 se tinrent deux « jeux de guerre » (Kriegspiel) au Kremlin, le premier du 2 au 6 janvier et le second du 7 au 14 janvier [4]. Le premier fut un jeu défensif dans lequel les forces soviétiques furent confiées au maréchal Pavlov et les forces allemandes (ou « bleues » dans la terminologie soviétique) au général G.K. Zhukov. Ce dernier encercla les forces soviétiques et déboucha vers l’Est rapidement. Les cartes de ce premier « jeu » sont intéressantes car elles se révèlent très proches de la manœuvre faite dans la réalité par les forces allemandes. Notons déjà que, si Staline avait réellement cru en la parole d’Hitler, on ne voit pas la nécessité de ce « jeu », tenu sur son ordre, et sous sa présence, au Kremlin. Le second « jeu » avait pour but de tester une contre-offensive et vit les adversaires de hier échanger leurs camps respectifs. Zhukov, à la tête désormais des forces soviétiques non seulement stoppa l’avancée allemande mais mena une contre-offensive qui devait le mener aux portes de la Roumanie et de la Hongrie.

 

Un troisième « jeux », qui nous est encore plus mal connu, se tint toujours au Kremlin au début de février 1941. Ce nouveau « jeu » testa une offensive allemande qui serait lancée depuis la région de Bobrouïsk vers Smolensk et l’important « pont de terre » entre la Dvina et le Dniepr qui commande l’accès à Moscou. Il implique donc que Staline s’était résolu à l’idée d’une pénétration en profondeur des armées allemandes sur le territoire de l’URSS. Dans ce « jeu », Zhukov appliqua une défense échelonnée pour épuiser d’abord le potentiel des divisions blindées allemandes, puis passa à une contre-offensive à partir des deux ailes. Ceci correspond au scénario qui sera appliqué à Koursk en juillet 1943. Ce « jeu » démontra la supériorité d’une bataille d’arrêt, suivie d’une contre-offensive, sur une offensive préemptive. Il démontre qu’à cette date on ne peut plus douter du sérieux avec lequel la possibilité d’une attaque allemande était envisagée.

 

Mais Staline reste persuadé que cette guerre n’éclatera pas avant 1942 ou 1943. Ce en quoi il se trompe. Et, dans l’atmosphère de terreur et de suspicion qui règne au Kremlin, cela suffit à discréditer les informations qui remontent dès mars-avril 1941 sur les préparatifs allemands. Ajoutons que l’Armée Rouge était au milieu de ce que l’historien militaire américain David Glantz a appelé une « crise institutionnelle »[5], à laquelle s’ajoute la perte des transmissions avec les échelons avancés. Ce fut, en effet, l’une des principales raisons de la confusion qui régna dans les premiers jours de l’attaque à Moscou.

 

Ajoutons que Staline acquiesça aux demandes de Zhukov du mois d’avril et de mai 1941[6], à l’exception de la mise en alerte des districts frontaliers, qui fut jugée comme pouvant apparaître comme une « provocation » par les Allemands. La phrase par laquelle Vassilevski réveilla Zhukov au matin du 22 juin, « cela a commencé »[7], montre bien que les chefs de l’Armée savaient à quoi s’en tenir.

 

Les trois guerres d’Hitler.

Il faut aussi rappeler que dans ce conflit, et si l’on met de côté les affrontements de Chine et du Pacifique, trois guerres se sont superposées. Cette superposition donne aussi à ce conflit sa nature profonde.

 

La première des guerres est une guerre pour la domination européenne. Quand Hitler attaque la Pologne, puis se tourne contre la Grande-Bretagne et la France, il ne fait que reprendre à son compte les rêves de Guillaume II et de l’Allemagne impériale. Mais, en gestation dans cette guerre, contenu dans les atrocités encore limitées certes que l’armée allemande commet en Pologne, mais aussi dans le nord de la France ou des soldats britanniques et de l’infanterie coloniale française sont sommairement exécutés, se trouve la seconde guerre des nazis. Il faut donc ici rappeler que les violences et les crimes de l’armée allemande ne furent pas que le fait des troupes nazies, et qu’ils commencèrent très tôt dans le conflit.

 

Cette seconde guerre se déploie totalement lors de l’attaque contre l’Union Soviétique en 1941. C’est une guerre d’asservissement des populations slaves, et en particulier – mais non exclusivement – de la population russe. La France commémore avec horreur et tristesse la mémoire du massacre commis en juin 1944 par la Das Reich à Oradour-sur-Glane ; mais c’est par centaines que se comptent les villages martyrisés par l’armée allemande, et pas nécessairement les unités de la SS, en Biélorussie, en Russie et en Ukraine orientale. La sauvagerie de la soldatesque allemande envers la population, mais aussi de la population allemande envers les travailleurs, hommes et femmes, raflés et traités en esclave sur le territoire du Reich n’a pas connue de bornes. La violence de cette guerre arme le ressort d’une haine inexpiable qui s’abattra sur le peuple allemand en 1945.

 

La troisième guerre commence au même moment, mais va prendre une signification particulière au moment où les perspectives de victoire de l’Allemagne s’effondrent, c’est la guerre d’extermination contre les populations juives. La question de ce qui est connu sous le non de « Shoah par balles » montre que toute l’armée allemande collabore, à des rares exceptions, à ces massacres. Mais, la « Shoah par balles » met aussi en lumière la participation des supplétifs, essentiellement ukrainiens, dans ces massacres où périrent entre 1,3 millions de personnes. Cependant, c’est à la suite de la défaite subie devant Moscou que cette troisième guerre se radicalise avec la volonté avérée du régime nazi d’exterminer tous les juifs des territoires qu’il contrôle. Cette guerre va prendre un tournant obsessionnel comme en témoigne l’allocation de moyens de transport dont l’armée allemande avait pourtant désespérément besoin au programme d’extermination. A l’été 1944, alors que l’armée allemande bat en retraite sous le coups des offensives des l’armée rouge, que ce soit Bagration ou l’opération Iassy-Kichinev, le pouvoir nazi réquisitionne des centaines de trains, dépense des centaines de tonnes de carburant, pour conduire à la mort plus de 400 000 juifs hongrois. En cela, la guerre d’extermination et son symbole, les chambres à gaz, est tout sauf un détail.

 

Une guerre idéologique.

De fait, cette troisième guerre devient la « vrai » guerre pour Hitler et ses séides, la seule qu’ils espèrent gagner. Elle sert aussi au régime nazi à souder autour de lui la population allemande, et les alliés de circonstances qu’il a pu trouver, en raison de l’horreur des crimes commis. Si la guerre d’asservissement menée contre les populations slaves rendait peu probable une paix de compromis à l’Est, la guerre d’extermination, dont le principe fut connu des soviétiques dès le début de 1942 et des britanniques et des américains dès la mi-1942, eut pour effet de durcir jusqu’à l’inimaginable le conflit à l’Ouest. Du fait de ces deux guerres, l’Allemagne nazie ne pouvait que vaincre ou périr et, dès le début de 1943, Hitler lui même est convaincu qu’il ne peut plus triompher militairement.

 

Il ne lui reste plus qu’à organiser, sous des prétextes divers, le gigantesque bucher funéraire que fut la Bataille de Berlin. Aucune des actions militaires entreprises après Koursk ne fait sens militairement. On peut même s’interroger sur la réalité de la croyance des nazis dans les « armes secrètes » qui constituent certes un fort noyau de la propagande, mais dont l’efficacité militaire se révèle en réalité très faible. La réalité est que, ayant commis l’irréparable, le régime nazi a coupé les ponts avec le monde du calcul rationnel, de la logique clausewitzienne de la guerre. Cette dernière n’a plus de sens hors le sens idéologique du darwinisme social qui est consubstantiel à l’idéologie nazie.

 

La guerre d’asservissement et surtout la guerre d’extermination transforment la nature du second conflit mondial. Ce dernier n’est pas la répétition, en plus violente, de la guerre impérialiste de 1914. Quand les troupes soviétiques libèreront Maïdanek[8] à la fin du mois de juillet 1944, le monde – horrifié – aura les preuves du projet meurtrier de l’Allemagne nazi. On doit signaler qu’il faudra attendre plusieurs mois pour que la presse britannique et américaine reprenne de manière large ces informations. En fait, il faudra attendre que les troupes britanniques et américaines libèrent à leur tour des camps de concentration. Mais, la totalité des camps d’extermination fut libérée par les troupes soviétiques.

 

Le tribunal de Nuremberg prit acte de la spécificité du second conflit mondial. En créant la notion de « crimes contre l’humanité » et en déclarant leur nature imprescriptible, il a voulu signifier la différence fondamentale entre le premier et le second conflit mondial. Mais, la guerre froide empêcha cette logique d’être pleinement reconnue.

 

Commémoration et politique

La commémoration de la victoire sur le nazisme n’est donc pas celle d’une victoire d’un pays (ou d’un groupe de pays) sur un autre, parce que la Seconde Guerre mondiale n’est pas une guerre comme une autre. La dimension de la victoire est ici bien différente. Les guerres d’asservissement et d’extermination ont donné à cette victoire une portée universelle, celle d’une libération. C’est ce que cherche à nier le pouvoir de Kiev avec le projet de loi 2538-1 mettant sur un pied d’égalité les bourreaux et les victimes. Cela a suscité des protestations d’historiens du monde entier[9]. Cette victoire, compte tenu de sa signification, ne peut pas, et ne doit pas, être instrumentalisée à des fins politiciennes.

 

L’Union soviétique porta le fardeau le plus lourd, et eut à faire face, jusqu’en novembre 1943 à près de 70% des troupes hitlériennes. Il serait normal, il serait juste, que, au-delà des conflits qui peuvent opposer les dirigeants français et russes, le Président français, ou à tout le moins son Premier-ministre, se rende à Moscou pour le 9 mai. Il y va de l’honneur de l’honneur et de la crédibilité de la République.

 

Note de jack Freychet : Est-ce bien le sens que lui donneront tous ceux qui se trouveront  demain 8 mai 2015 au pied des stèles des monuments aux morts de France.

 

Notes

[1] Farwell, Byron (1976). The Great Anglo-Boer War. New York : Harper and Row.

[2] Michel Winock, Nora Benkorich, La Trahison de Munich : Emmanuel Mounier et la grande débâcle des intellectuels, CNRS éditions, 2008.

[3] « They had to choose between war and dishonor. They chose dishonor ; they will have war. » Hyde, Harlow A. (1988). Scraps of paper : the disarmament treaties between the world wars. page 307 : Media Publishing & Marketing,

[4] B. Fulgate et L. Dvoretsky, Thunder on the Dnepr, Presidio Press, 1997, 2001.

[5] D. Glantz, Before Stalingrad : Barbarossa, Hitler’s Invasion of Russia 1941, Tempus, 2003.

[6] En particulier le rappel de 800 000 réservistes et le transfert de 4 armées des districts militaires de l’intérieur du pays vers les frontières occidentales. Voir Général S.P. Ivanov (ed.) Nachal’nyj Period Vojny, [La période initiale de la guerre] – Moscou,Voenizdat, 1974, chap.8

[7] En russe « Eto natchalo ».

[8] Jozef Karszalek, Maïdanek, histoire et réalité du camp d’extermination, Rowohlt, Hambourg, 1982

[9] http://krytyka.com/en/articles/open-letter-scholars-and-experts-ukraine-re-so-called-anti-communist-law

Partager cet article
Repost0