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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 08:02

29 mars 2013

Par Jacques Sapir

 

Jean-Luc Mélenchon, au lendemain du Congrès du Parti de Gauche, et de la mauvaise polémique lancée contre lui à la suite de ses déclarations sur le Ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, a accordé une interview à « Direct Matin ». Il y précise un certain nombre de choses, et en particulier prend position sur l’Euro à la suite de l’accord trouvé sur Chypre. Force est de constater que ses déclarations, derrière des effets de manche, ne vont pas dans le bon sens et ne peuvent qu’accroître la confusion qui règne dans une partie de la gauche sur la monnaie unique.

 

Reprenons donc ses propos :

 

Lors de notre congrès, euro. Le doute est là. Mais si nous renonçons à l’euro, on entre dans le plan de Merkel qui veut expulser l’Europe du Sud après l’avoir détruite. Il faut de la fermeté dans nos décisions en rappelant, qu’en Europe, aucune décision ne peut être prise sans la France.. Nous ne sommes pas à la ramasse, nous sommes la deuxième économie du continent. Nous disposons de moyens d’action si nous avons le courage politique.

 

Passons rapidement sur la rodomontade sur laquelle se conclut cette citation. L’allusion à un plan de l’Allemagne, et de Mme Merkel, visant à une «expulsion » des pays de l’Europe du Sud de l’Euro est un contresens complet sur la position réelle adoptée outre-rhin. L’Allemagne, on le sait, est le pays qui tire, et de loin, les plus gros avantages de la zone Euro. Cette dernière explique environ 3% du PIB annuel de ce pays. Comment un pays qui profite autant d’une zone monétaire voudrait-elle en expulser d’autres ? Il faudrait alors en déduire que les dirigeant allemands sont masochistes. La réalité est bien plus simple. L’Allemagne est prise dans la contradiction suivante : elle profite largement de la zone Euro, qui empêche les autres pays de réajuster leur compétitivité par rapport à elle, mais elle ne veut pas faire les sacrifices qu’imposerait un réel fédéralisme budgétaire au niveau de la zone Euro. Le coût de ce fédéralisme a été calculé[1]. Pour assurer la simple survie des quatre pays de l’Europe du Sud, et permettre à leurs économies de se mettre au niveau de l’Allemagne, il faudrait dépenser 257,7 milliards d’Euros par an. L’Allemagne supporterait, quant à elle, très probablement 90% du financement de cette somme, soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an soit entre 8% et 9% de son PIB. Elle devrait maintenir cette contribution pour une période d’au moins 8 à 10 ans. D’autres estimations font apparaître des montants qui sont même plus élevés[2]. On comprend, alors, le refus intransigeant des dirigeants allemands d’accepter quoi qui pourrait engager leur pays dans la voie d’une union de transferts.

 

Et ce refus est d’ailleurs justifié. Du fait de sa démographie, l’Allemagne ne peut pas se permettre une telle ponction sur sa richesse. Ces faits sont connus, qu’il s’agisse de ce que tire l’Allemagne de la zone Euro ou de ce qu’elle devrait contribuer pour la faire fonctionner, et Jean-Luc Mélenchon ne peut les ignorer. La position de l’Allemagne est donc de chercher à conserver les avantages que la zone Euro a pour elle mais en n’en payant pas le prix. On appelle cela en théorie des jeux et en économie une stratégie de « passager clandestin ». C’est pourquoi elle a adopté cette politique qui consiste à faire payer chaque pays en crise pour son plan de sauvetage, ce dont on a eu un exemple encore avec le cas chypriote, et elle justifie cette politique par des commentaires toujours plus désobligeants pour les habitants de l’Europe du Sud. Prétendre ainsi publiquement qu’il y aurait un « plan secret » de l’Allemagne visant à l’expulsion des pays de l’Europe du Sud n’est pas simplement une contre-vérité factuelle. C’est un mensonge politique dont il faut chercher les racines.

Les racines du mensonge

Pourquoi prétendre donc qu’il existe un « plan de Mme Merkel » en réalité inexistant (du moins sous cette forme et avec ce contenu) ? Essentiellement pour cristalliser une opinion française, aujourd’hui plutôt anti-allemande (et non sans quelques bonnes raisons) et présenter une position qui revient en fait à accepter les conditions de l’Allemagne comme constituant une résistance à cette dernière. Par une présentation d’un plan imaginaire, Jean-Luc Mélenchon peut ainsi se draper dans une posture avantageuse qui masque une position largement incohérente. Il propose tout une série de mesures qui sont strictement incompatibles avec l’existence même d’une monnaie unique. C’est aussi très clair dans le livre de jacques Généreux Nous on peut. Il est évident que si des mesures de réquisition de la Banque de France étaient mises en œuvre, la France serait immédiatement confrontée à un « blocus » monétaire de la BCE. En deux ou trois semaines la logique de la crise ainsi créée aboutirait à faire exploser la zone Euro. C’est d’ailleurs notre intérêt[3], ainsi que celui de pays comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal.

 

Tableau 1

 

A

B

C

D

E

 

 

Croissance par effets directs (corrigée)

Effet multiplicateur sur la croissance par diminution des impôts ou accroissement des dépenses (e=1,4)

Taux de croissance induit par l’accroissement de la FBCF (effet demande)

Gains totaux en effets indirects (B+C)

Taux de croissance final (A+D)

Réduction du chômage (en pourcentage de la population active)

T

2,60%

1,25%

0,75%

2,00%

4,60%

-1,50%

T1

3,82%

1,16%

1,41%

2,57%

6,40%

-2,00%

T2

2,82%

1,11%

1,82%

2,93%

5,75%

-1,75%

T3

2,33%

0,79%

1,44%

2,23%

4,56%

-1,50%

T4

0,51%

0,51%

1,14%

1,65%

2,16%

0,50%

T5

0,14%

0,00%

0,37%

0,37%

0,52%

0,00%

 

Source : Jacques Sapir, “L’impact d’une sortie de l’Euro sur l’économie française”, billet publié sur le carnet Russeurope le 05/03/2013, Évaluation de la réduction du chômage à partir des données de la DARES et du Ministère du Redressement Productif

Il serait ainsi bien plus intéressant de dire d’emblée que, oui, la zone Euro nous étrangle (ainsi que les autres pays de l’Europe du Sud[4]), que, oui, une dévaluation serait un moyen bien moins coûteux de rétablir notre compétitivité, et que, oui, nous avons intérêt à ce que la zone Euro, dans sa forme actuelle, disparaisse.

 

                                                                                  Graphique 1

 

Infla-salar-ZE-500x311.jpg

 

 

On pourrait ajouter que, dans la lutte des classes qui oppose aujourd’hui les financiers (au sens le plus général) aux producteurs, l’Euro constitue un point de verrouillage qui garantit la pérennité des politiques de financiarisation de l’économie. Provoquer l’éclatement de l’Euro c’est aussi remettre en cause ce verrouillage, et pouvoir alors penser à nouveau une économie qui ne soit plus sous l’emprise de la finance. Mais, et c’est un grand « mais », il faudrait pour cela dire adieu, au moins temporairement au rêve fédéraliste. Et c’est bien ce qui fait blocage pour Jean-Luc Mélenchon. Il est à ce point terrorisé qu’on le prenne pour un autre que lui-même qu’il s’empêtre dans ses propres contradictions, allant ainsi un jour jusqu’à dire qu’entre la souveraineté populaire et la souveraineté de l’Euro il choisit la première, et un autre faisant cette interview réellement calamiteuse.

Une erreur stratégique et tactique

La position de Jean-Luc Mélenchon, et hélas à travers lui celle du Parti de Gauche, est ainsi une double erreur, à la fois stratégique et tactique.

 

C’est une erreur stratégique à deux niveaux. D’une part parce qu’elle désarme les Français dans la lutte contre l’austérité et la politique de dévaluation interne que mène actuellement le gouvernement avec l’appui du MEDEF. À chaque fois que l’on avance que cette politique est un désastre annoncé, on nous répond qu’elle est nécessaire compte tenu de nos « engagements européens », c’est-à-dire de l’Euro. D’autre part parce que cette le discours de Jean-Luc Mélenchon ne voit pas que le plus grand danger aujourd’hui en Europe vient justement de l’existence de l’Euro qui pousse les pays à s’affronter, pour l’instant indirectement dans des surenchères de politiques de dévaluation interne et demain plus directement en se déchirant et en déchirant l’Europe. Il faut dire ici que ce que nous reprochons à l’Allemagne n’est pas de suivre une politique patrimoniale, qui est nécessaire à sa démographie, mais de l’imposer aux autres et en particulier à la France par le biais de l’Euro. En fait, sous le masque d’un « internationalisme » de façade, la politique de Jean-Luc Mélenchon va faire le lit des pires replis nationalistes.

 

C’est une erreur tactique ensuite. Elle rend inaudible le Front de Gauche et en son sein le Parti de Gauche. Elle le condamne à végéter électoralement. Elle pousse alors à une surenchère, soit verbale (comme à propos de Moscovici, même si sur le fond les propos étaient entièrement justifiés) soit politique qui est une impasse. Il y a à gauche un débat qui s’est amorcé sur l’Euro, et qui touche à la fois le Parti Socialiste, où les doutes se font jour dans certains secteurs, mais encore la gauche « hors-parti » (on le voit dans un mouvement comme le M’PEP) et aussi le Front de Gauche. Ce débat dépasse par ailleurs largement ce que l’on nomme la gauche. Si le Parti de Gauche et Jean-Luc Mélenchon avaient adopté une attitude cohérente sur la question de l’Euro en proposant des voies de sortie qui ne soient pas purement propagandistes et en proposant des formes de maintien d’une coordination minimale entre les nations, une fois dissoute la zone Euro, ils auraient gagné une crédibilité importante qui leur permettrait d’être l’un des pôles de recomposition de la vie politique française. Faute de l’avoir fait, ils se condamnent à n’être que les spectateurs de cette crise au lieu d’en être les acteurs. Il faut à cet égard méditer sur l’élection législative partielle de l’Oise qui a vu la candidate du Front National arriver à plus de 48%. On estime que plus de 40% des votes des électeurs du Parti Socialiste se sont reportés sur elle.  C’est une leçon dont il convient de se souvenir.


[1] Jacques Sapir, “Le coût du fédéralisme dans la zone Euro”, billet publié sur le carnet Russeurope le 10/11/2012, URL: http://russeurope.hypotheses.org/453

[2] Patrick Artus, « La solidarité avec les autres pays de la zone euro est-elle incompatible avec la stratégie fondamentale de l’Allemagne : rester compétitive au niveau mondial ? La réponse est oui », NATIXIS, Flash-Économie , n°508, 17 juillet 2012.

[3] Jacques Sapir, “L’impact d’une sortie de l’Euro sur l’économie française”, billet publié sur le carnet Russeurope le 05/03/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/987

[4] Et l’on pourra se reporter aux graphiques de Jacques Sapir, Quelques commentaires sur le rapport du FMI “World Economic Report”, octobre 2012, note publiée sur le carnet RussEurope, 9 octobre 2012, http://russeurope.hypotheses.org/253

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 10:08

Si les profits escomptés sont au rendez-vous, que ce soit dans l’économie réelle ou dans la spéculation, les bourses flambent, à défaut la chute s’amorce d’autant plus que la solvabilité des pays les plus endettés (et des entreprises) devient douteuse.

 

Les détenteurs de fonds transfrontières et autres banquiers apatrides, tentent alors et réussissent toujours à ajouter au vent de panique qui s’installe dans l’opinion par médias interposes pour inciter la classe politique à prendre les mesures d’austérité nécessaires à la reconstitution de leurs marges.

 

La Grèce¹ est aujourd’hui en première ligne, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie, la France, l’Angleterre presque tous les pays  d’Europe sont dans le collimateur. Le chômage augmente, le pouvoir d’achat baisse, le système de retraite par répartition est remis en cause, les vieux devraient travailler plus longtemps alors que les jeunes sont sans emploi…Les peuples sont sommés d’accepter de nouveaux sacrifices pour que les spéculateurs puissent poursuivre leur Monopoly boursier au bénéfice des nantis et des financiers.

 

Les tenants de l’Union Européenne, du capitalisme mondialisé dans la concurrence dite  libre et non faussée, qui  hier nous promettaient  la lune, dans un Univers d’abondance, jurent aujourd’hui la main sur le cœur qu’ils n’y sont pour rien que la crise n’est que la conséquence de l’incontournable  loi du marché qui fait son œuvre et qu’il n’y a pas d’alternative possible, au mieux quelques replâtrages de façade.

 

Les gens qui nous gouvernent ou aspirent à nous gouverner  nous incitent à persévérer dans la voie de la guerre économique en attendant la prochaine conflagration à armes réelles en prévision de laquelle des sommes considérables sont stérilisées alors alors qu'elles  pourraient être utilisées pour faire œuvre de vie et relancer la croissance.

 

Lors des deux élections précédentes, européennes et régionales  une majorité d’électrices et d’électeurs n’a pas jugé utile de se déplacer, c’est avec  certitude la preuve qu’ils ne se reconnaissaient pas dans les propositions qui leur étaient faites. Faudra-t-il attendre que ces gens là, d'autres encore,  dérapent vers l’Extrême droite pour que  les tenants du libéralisme, y compris  social,  acceptent de prendre le pouls  de l’opinion et arrêtent de seriner aux dindons de la farce que nous sommes: « Vous ne voulez plus de cet Euro de la vie chère, du chômage… ne vous en déplaise vous en aurez encore…vous n’avez rien compris nous allons  vous expliquer pourquoi il faut en rester là… ».

 

La gauche qui se veut radicale n’a pas mobilisé elle  appelle à  réformer les traités qu’elle jugeait inamendables il y a seulement quelques années mais  comme sœur Anne nous ne voyons rien venir et ne verrons rien venir d’autre, dans un avenir proche, que  les nuées de la rigueur programmée ce qui est logique dans le cadre du rapport des forces politiques en présence dans l’Europe des vingt-sept.

 

Nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à constater que déclin social rime avec construction européenne et mondialisation sans contrôles ni frontières, du moins pour les capitaux et les produits manufacturés. Selon  les sondages  68 % des habitants de notre pays regrettent le franc, 38 % souhaitent abandonner l’Euro, ça signifie quand même quelque chose!

 

Nous laisserons nous encore longtemps berner par des propositions, d’où qu’elles viennent, dont certaines sont irréalistes ou partielles, ce qui revient au même, d’autres aggravantes,  pour nous en prendre à la racine du mal et à ceux qui le propagent ou ne proposent que l’équivalent d’une thérapie sur une jambe de bois².

 

Il nous faut retrouver notre libre arbitre, en nous émancipant des contraintes de l’Union Européenne du FMI et de l’OMC pour être à même d’abord de balayer devant notre porte, ne dit-on pas aides toi le ciel t’aidera, pour construire ensuite, sur d’autres bases, de vraies solidarités en Europe et dans le monde avec tous les peuples qui partagent cette démarche.

 

Un référedum doit être organisé afin que nous puissions exprimer notre volonté d'en finir avec le marasme économique et le déclin social.

 

Sans Nations et ce qu’elles représentent  l’internationalisme prolétarien devient un non sens.

 

¹ En savoir plus sur le contexte Grec : http://www.mediapart.fr/club/blog/gabriel-colletis/070510/la-grece-instrumentalisee

 

² Mesures de sauvetage, objectif rassurer les marchés, conséquences : http://www.m-pep.org/spip.php?article1689

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 10:00

Extraits d’un texte de Samir Amin  un éminent professeur d’économie politique du développement. Il est le directeur du Forum du Tiers Monde, président du forum mondial des alternatifs il  a beaucoup publié sur le droit, la société civile, le socialisme, le colonialisme et le développement, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe et islamique…


 http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=NF&ID_NUMPUBLIE=NF_007&ID_ARTICLE=NF_007_0204 

 

…Le capitalisme est parvenu à un stade de son développement où sa victime n’est plus constituée exclusivement par la classe des prolétaires dont il exploite le travail mais par l’humanité tout entière dont il menace la survie. Cette évolution signifie que le sujet historique porteur des transformations souhaitables doit désormais se conjuguer au pluriel. La pluralité grandissante des domaines d’intervention des mouvements et des luttes de résistance et de protestation témoigne de cette multiplicité des sujets historiques à vocation anticapitaliste. Mais cette pluralité à travers laquelle s’exprime une puissance potentielle invincible du mouvement social est en même temps, par sa fragmentation, la manifestation de la faiblesse immédiate de ce même mouvement.

 

Pour l’Europe, le défi s’articule autour de la question centrale des institutions européennes. Ces institutions ont annihilé les pouvoirs souverains des États, fondement sans lequel l’exercice de la démocratie, faute de prise sur le réel, tourne à la farce, sans leur substituer la construction d’un pouvoir fédéral pour lequel les conditions d’existence ne sont d’ailleurs pas réunies.

 

C’était évidemment réduire l’Europe réellement existante à n’être que le volet européen du projet politique américain (l’atlantisme et le rôle décisif de l’OTAN, dirigé par Washington, dans la politique extérieure réelle de l’Europe). L’Europe sera de gauche – engagée sur la voie de la longue transition socialiste – ou ne sera pas. Déconstruire l’Union européenne pour la reconstruire autrement constitue l’option stratégique incontournable d’une gauche authentique.

 

Les peuples des trois continents (Asie, Afrique, Amérique latine) sont confrontés aujourd’hui au projet d’expansion du système impérialiste dit néolibéral mondialisé, qui n’est rien de moins que la construction de l’« apartheid à l’échelle mondiale ». Le nouvel ordre impérialiste en place sera-t-il remis en question? Par qui peut-il l’être ? Et que produira cette remise en question ?

 

Sans doute, l’image de la réalité dominante ne permet-elle pas d’imaginer une remise en question immédiate de cet ordre. Les classes dirigeantes des pays du Sud, défaites, ont largement accepté de s’inscrire dans leur rôle de compradores subalternes; les peuples désemparés, engagés dans la lutte pour la survie quotidienne, paraissent souvent accepter leur sort ou même – pis –se nourrir des illusions nouvelles dont ces mêmes classes dirigeantes les abreuvent (l’islam politique en est l’exemple le plus dramatique). Mais, d’un autre côté, la montée des mouvements de résistance et de luttes contre le capitalisme et l’impérialisme à travers les cinq continents, les succès remportés – jusqu’à leurs termes électoraux – par les gauches nouvelles en Amérique latine (quelles que soient les limites que comportent ces victoires), la radicalisation progressive de beaucoup de ces mouvements, l’amorce de positions critiques prises par les gouvernements du Sud au sein de l’OMC constituent le gage qu’un « autre monde », meilleur, devient effectivement possible. La stratégie offensive nécessaire de reconstitution du front des peuples du Sud exige la radicalisation des résistances sociales face à l’offensive du capital impérialiste.

 

Les classes dirigeantes de certains pays du Sud ont visiblement opté pour une stratégie qui n’est ni celle de la soumission passive aux forces dominantes dans le système mondial ni celle de l’opposition déclarée à celles-ci : une stratégie d’interventions actives sur lesquelles elles fondent leurs espoirs d’accélérer le développement de leur pays. La Chine, par la solidité de la construction nationale que sa révolution et le maoïsme ont produite, par son choix de conserver le contrôle de sa monnaie et des flux de capitaux, par son refus de remettre en question la propriété collective du sol (principal acquis révolutionnaire des paysans), était mieux équipée que d’autres pour faire ce choix et en tirer des résultats incontestablement brillants. L’expérience peut-elle être poursuivie ?  Et quelles sont ses limites possibles ? L’analyse des contradictions portées par cette option m’a conduit à la conclusion que le projet d’un capitalisme national capable de s’imposer à égalité avec celui des puissances majeures du système mondial se nourrissait largement d’illusions. Les conditions objectives héritées de l’histoire ne permettent pas la mise en oeuvre d’un compromis social historique capital/ travail / paysannerie garantissant la stabilité du système qui, de ce fait, ne peut à terme que soit dériver à droite (et être alors confronté à des mouvements sociaux grandissants des classes populaires) ou évoluer vers la gauche en construisant le « socialisme de marché » comme une étape de la longue transition au socialisme. Les options apparemment analogues choisies par les classes dirigeantes d’autres pays dits « émergents » sont encore plus fragiles.

 

Ni le Brésil ni l’Inde – parce qu’ils n’ont pas accompli de révolution radicale comme la Chine – ne sont capables de résister avec autant de force aux pressions conjuguées de l’impérialisme et des classes locales réactionnaires.

 

VERS UNE VE INTERNATIONALE? La mondialisation des stratégies du capital dominant appelle celle de la riposte de ses victimes. Alors pourquoi ne pas concevoir qu’une nouvelle Internationale puisse fournir un cadre efficace pour la construction des convergences nécessaires au succès des luttes engagées par les peuples contre le capital ?

La réponse que je fais à cette question est positive, sans hésitation, mais à condition que l’Internationale envisagée soit conçue comme le fut la première, et non la deuxième, la troisième ou la quatrième. Autrement dit, une Internationale socialiste-communiste ouverte à tous ceux qui veulent agir ensemble pour construire la convergence dans la diversité. Le socialisme (ou le communisme) est, dans cet esprit, conçu comme le produit du mouvement, non déduit d’une définition préalable. Dans cet esprit, je suggérerai que soient définis les objectifs immédiats communs suivants.

1. Mettre en déroute le libéralisme à tous les niveaux, du national au mondial. Cet objectif implique la restauration des droits souverains des peuples, la condamnation de la conception impérialiste- coloniale de la gestion libérale mondialisée. Des propositions d’objectifs à terme immédiat sont concevables dans cette pers p e c t ive, comme l’exclusion de l’agriculture de l’agenda de l’OMC, l’abrogation des décisions imposées par les puissances impérialistes concernant les droits de propriété intellectuelle et industrielle, l’abrogation des décisions qui entravent le développement de méthodes de gestion non marchande des ressources naturelles et des services publics, l’abrogation des interdictions de régulation concernant les mouvements de capitaux, la proclamation du droit des États à répudier les dettes qui, après audit, se révéleraient immorales ou odieuses, etc.

 

2. Mettre en déroute le programme de contrôle militaire de la planète par les forces militaires des Etats-Unis et/ou de l’OTAN. Cet objectif implique la condamnation sans réserve de la répudiation du droit international par les États-Unis, de l’« autorisation » qu’ils se sont donnée de conduire les guerres préventives de leur choix, la restauration de l’ONU dans ses fonctions

 

3. Mettre en déroute en Europe les conceptions libérales et atlantistes qui constituent le fondement des institutions de l’Union européenne. Cela implique la remise en question de fond en comble de toute la construction institutionnelle européenne et la dissolution de l’OTAN.

Des initiatives ont déjà été prises dans le sens de la précision des objectifs de stratégies de convergence qui correspondent à la vision générale du défi proposée ici. La journée du 18 janvier 2006, organisée à Bamako à la veille de l’ouverture du Forum social mondial polycentrique 2006 (Bamako et Caracas), a été consacrée précisément à débattre de ces propositions de stratégie de lutte et de construction de la convergence dans la diversité. L’objectif de la Ve Internationale suggérée, ou plus modestement et en attendant des propositions de stratégies d’action de l’Appel de Bamako auxquelles je renvoie ici, est de contribuer à la construction de l’internationalisme des peuple.

 

Elle concerne donc tous les peuples, du Nord et du Sud, puisqu’elle fait référence non au seul prolétariat, mais à l’ensemble des classes et couches populaires victimes du système, à l’humanité dans son ensemble, menacée dans sa survie. Cet internationalisme n’exclut pas le renforcement de la solidarité des peuples des trois continents (Asie, Afrique, Amérique latine) contre l’agression de l’impérialisme de la triade. Au contraire, ces deux internationalismes ne peuvent que se compléter et se renforcer. La solidarité des peuples du Nord et du Sud ne peut être fondée sur la charité, mais sur l’action commune contre l’impérialisme. Le renforcement de l’internationalisme des peuples créera des conditions favorables facilitant des avancées dans trois directions qui, conjuguées, en association étroite et non dissociées, construisent l’alternative : le progrès social, l’approfondissement de la démocratisation, l’affermissement de l’autonomie nationale dans une mondialisation négociée.

 

Voir aussi : http://www.medelu.org/spip.php?article233

http://www.dailymotion.com/video/x5i3p1_11-samir-amin-partie-1_news

http://www.dailymotion.com/video/x5i3t3_11-samir-amin-partie-2_news

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 16:37

 

Ceux qui attendaient du G20 des mesures concrètes pour résoudre la crise économique mondiale en sont pour leurs frais. Il ne s'agissait ici que de parler finance et de donner des moyens accrus au FMI et à la Banque mondiale pour poursuivre leur politique d'exploitation du tiers-monde. En brisant les résistances, la crise offre une « opportunité » inespérée aux tenants du capitalisme pour accélérer a globalisation du système. Damien Millet et Éric Toussaintdressent leur bilan de ce sommet.

 

Les effets d'annonce ne manquent pas autour du sommet des 20 pays industrialisés et émergents (G20) réuni à Londres les 1er et 2 avril pour apporter des solutions à la crise. Mais bien avant la clôture du sommet, les conclusions sont connues : le G20 ne sera pas à la hauteur de l'enjeu.

 

Au-delà de la publication dans la presse spécialisée d'un projet de communiqué final très insuffisant, la raison en est simple : le sommet du G20 n'a pas été mis en place pour apporter de véritables solutions, il a été convoqué à la va-vite une première fois en novembre dernier pour sauver la mise des puissants et tenter de colmater les brèches d'un capitalisme en pleine crise. Impossible, dès lors, qu'il apporte aux peuples du monde entier des alternatives suffisamment radicales pour inverser la tendance. Initié par ceux qui profitent du rapport de forces actuel, le sommet du G20 est structurellement incapable de choisir des pistes de nature à modifier en profondeur ce rapport de forces. Quand un chef d'État ou le directeur d'une institution internationale est arrivé à son poste grâce au soutien des grands créanciers et des multinationales, il ne va pas chercher à fragiliser le pouvoir de ses précieux soutiens.

 

Comme la situation est intenable du fait de la crise financière internationale, le G20 va chercher à limer les dents de ce système prédateur au lieu de le mettre hors d'état de nuire. L'opinion publique va donc être priée de regarder dans deux directions qui doivent servir à cristalliser l'exaspération : les paradis fiscaux et les rémunérations des dirigeants de grandes entreprises.

 

Il faut abolir les paradis fiscaux, cela va de soi. C'est facile à décider. Il suffit d'interdire aux entreprises et aux résidents d'avoir des actifs dans ou d'entretenir des relations avec des partenaires situés dans des paradis fiscaux qui sont tout à fait identifiables. Les pays de l'Union européenne qui fonctionnent comme des paradis fiscaux (Autriche, Belgique, Grande-Bretagne, Luxembourg...) et la Suisse, qui est signataire des accords de Schengen, doivent lever le secret bancaire et mettre fin à leurs pratiques scandaleuses. Mais telle n'est pas l'orientation prise par le G20 : quelques cas emblématiques seront sanctionnés, des mesures minimales seront demandées aux pays concernés, et une liste noire des territoires « non coopératifs » soigneusement épurée (la City de Londres, le Luxembourg ou l'Autriche ont obtenu de ne pas y figurer  sera dressée. D'ailleurs, une telle liste existait déjà, mais au fil du temps, la quasi-totalité des pays en avait été rayée. On va donc reprendre les mêmes et recommencer.

 

Par ailleurs, les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises, incluant parachutes dorés et bonus divers, sont proprement scandaleuses. En période de croissance, le patronat affirmait qu'il fallait récompenser ceux qui prenaient des risques et apportaient tant de profits aux sociétés (nous ne parlons pas là des travailleurs, vous l'aurez compris !) afin qu'ils ne partent pas ailleurs. Maintenant que la crise est solidement installée et que les entreprises creusent leurs pertes, les mêmes continuent de justifier des revenus faramineux. Le G20 va « encadrer » ces rémunérations, pour une durée limitée (jusqu'à fin 2010 en France). La logique elle-même n'est pas remise en cause, on en gomme juste l'aspect insupportable pour la faire perdurer.


Au-delà des questions des paradis fiscaux et des super-bonus des patrons, pour lesquelles aucune sanction éventuelle n'est spécifiée, les pays du G20 vont continuer de renflouer les banques, mais sans en prendre le contrôle pour imposer d'autres orientations que celles qui ont échoué depuis plusieurs décennies et qui ont conduit à la crise actuelle. Le G20 ne manque pas de rappeler qu'il va lutter contre le protectionnisme, comme s'il était inadmissible de vouloir protéger les secteurs vitaux de son économie. Le libre marché et la dérégulation forcenée ont conduit au fiasco, le G20 en tire des conclusions que les populations ne peuvent accepter : il cherche à sauvegarder coûte que coûte ce libre marché, apanage des puissants qui ne veulent rien lâcher de leur domination face aux plus faibles.


Peu importe au G20 si le FMI a été un acteur central dans l'imposition des politiques d'ajustement structurel depuis les années 1980, au contraire, le G20 veut le remercier d'avoir été le grand ordonnateur des privatisations à outrance, de la libéralisation de l'économie, de l'ouverture des marchés et de la réduction drastique des budgets sociaux. Le FMI, bien que discrédité et délégitimé au niveau mondial, va être remis au centre du jeu politique et économique grâce à un apport de fonds d'ici 2010.Source:

 

Un petit coup de peinture sur un monde en ruines, voilà la démarche du G20. Seule une forte mobilisation populaire pourra permettre de bâtir des fondations solides pour construire enfin un monde dans lequel la finance est au service des êtres humains, et non l'inverse. Les manifestations du 28 mars furent importantes : 40 000 personnes à Londres, des dizaines de milliers à Vienne, Berlin, Stuttgart..., sur le thème « Que les riches paient pour la crise ! ». La semaine d'action mondiale convoquée par les mouvements sociaux du monde entier lors du Forum social mondial (FSM) de Belem en janvier a donc eu un écho de tout premier ordre. Ceux qui ont annoncé la fin du mouvement altermondialiste se sont trompés, celui-ci démontre qu'il est parfaitement capable de réussir de grandes mobilisations. En France, les 29 janvier et 19 mars derniers, les salariés, les sans-emplois, les jeunes ont affirmé avec force qu'ils veulent d'autres solutions à la crise que celles qui consistent à sauver les banquiers et à obliger ceux d'en bas à se serrer une fois de plus la ceinture.

 

En contrepoint du G20, le président de l'Assemblée générale des Nations unies, Miguel d'Escoto, a convoqué une réunion générale des chefs d'Etat pour le mois de juin et a demandé à l'économiste Joseph Stiglitz de présider une commission qui fera des propositions pour répondre à la crise globale. Selon certains documents préparatoires, les solutions proposées sont inappropriées, mais elles auront le mérite d'être soumises à la discussion de l'Assemblée générale des Nations unies. Pourquoi la presse fait-elle le silence autour de cette démarche ? Pourquoi le quotidien Le Monde participe-t-il à une campagne de discrédit international à l'encontre de Miguel d'Escoto qui a eu le courage de saluer l'importance du FSM de Belem, qui a pris activement parti pour la défense du peuple palestinien et s'est prononcé contre toute attaque contre l'Iran sous prétexte de mettre fin à son programme nucléaire ? [1] Poser la question, c'est y répondre.

 

Une nouvelle crise de la dette est en préparation au Sud, elle est la conséquence de l'explosion de la bulle de la dette privée immobilière au Nord. La crise qui touche aujourd'hui l'économie réelle de tous les pays du Nord a provoqué une chute des prix des matières premières, ce qui a réduit les recettes en devises avec lesquelles les gouvernements des pays du Sud remboursent leur dette publique externe. De plus, le credit crunch a provoqué une hausse du coût des emprunts des pays du Sud. Ces deux facteurs provoquent déjà des suspensions de remboursement de la dette de la part des gouvernements des pays les plus exposés à la crise (à commencer par l'Équateur). D'autres suivront.

 

La situation est absurde : les pays du Sud sont des prêteurs nets à l'égard du Nord, à commencer par les États-Unis qui ont une dette extérieure totale de plus de 6 000 milliards de dollars (le double de la dette externe des pays du Sud). Les banques centrales des pays du Sud achètent des bons du Trésor des États-Unis. Ils devraient au contraire former ensemble une banque du Sud démocratique afin de financer des projets de développement humain. Ils devraient quitter la Banque mondiale et le FMI qui sont des instruments de domination. Ils devraient développer des relations de solidarités Sud-Sud comme le font les pays membres de l'ALBA (Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua, Honduras, Dominique). Ils devraient réaliser un audit des dettes qu'on leur réclame et mettre fin au paiement des dettes illégitimes.

 

Le G20 va veiller à préserver l'essentiel de la logique néolibérale : il est déterminé à rétablir la sacro-sainte croissance, dont le contenu n'est jamais interrogé, et à « résister au protectionnisme ». Les principes erronés sont de nouveau martelés : le G20 réaffirme son attachement à « une économie mondiale ouverte basée sur les principes de marché », donc son soutien au dieu marché n'est pas négociable. Le reste n'est qu'illusion.

 

http://www.voltairenet.org/article159642.html

 

Damien Millet

Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006. .

Éric Toussaint

Éric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.

 

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 15:08
                   La politique du renard libre dans un poulailler libre :


   L'Union Européenne s'en remet aux banquiers pour régler la crise

 

Il pourrait sembler évident que les décideurs européens ne demandent pas aux responsables de la crise actuelle les solutions pour en sortir : c'est pourtant ce qu'il font.

Un groupe de "sages" a été nommé par la Commission pour lui donner son avis sur les solutions à mettre en œuvre face à la crise, ce qu'il a fait le 25 février dernier. On trouve dans ce rapport le florilège des mesures néolibérales qui démontrent chaque jour leur incurie. Il s'agit d'une réforme graduelle de la supervision financière au sein de l'Union européenne : entre autres, la mise en place d'un conseil européen du risque systémique dirigé par la Banque centrale européenne (on ne change pas une équipe qui perd), avec la mise en place d'un système "effectif" du risque ; créer un système européen de superviseurs financiers, ainsi que quelques mesures de réformes des institutions. Ces mesures ne sont pas seulement insuffisantes, elles démontrent qu'aucune leçon n'a été tirée par le milieu bancaire de la crise. Comment s'en étonner ?

Présidé par Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France et ancien directeur général du Fonds monétaire international, ce comité de "sages" comprend, sur huit membres, quatre qui sont directement impliqués dans la crise financière par leurs fonctions dans les groupes bancaires : Rainer Masera (Lehman Brothers), Otmar Issing (Goldman Sachs), Jacques de Larosière (BNP Paribas) et Onno Ruding (CitiGroup). Le cinquième, Callum McCarthy, a présidé l'Autorité des services financiers britannique, dont le laxisme dans le contrôle des milieux financiers est notoire. Le sixième, Leszek Balcerowicz est surtout connu pour s'opposer à toute régulation.

Demander leur avis à certains de ceux qui sont responsables de la crise est symptomatique de cette volonté politique de ne pas y porter remède réellement : non seulement, cet épisode montre que l'Union européenne fonctionne d'une manière opaque et antidémocratique, mais encore que le système ne compte pas se réformer seul et ne le fera pas spontanément. À l'heure de l'aggravation constante de la crise, de la succession de "plans de sauvetage" toujours plus colossaux les uns que les autres et visiblement toujours aussi inefficaces, Attac rappelle que la crise que nous traversons est systémique, qu'elle est en même temps sociale, environnementale, alimentaire et pas seulement financière, et que seules des mesures radicales pourront permettre d'en sortir.

Attac France produira, avant le prochain G20, deux rapports sur les paradis fiscaux et les taxes globales.

 

                                                                                                   Attac France,
                                                                                                   Montreuil, le 4 mars 2009

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