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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 09:08
Par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Économie.

 

Le crescendo d’amertume et de querelles en Europe pourrait faire croire aux étrangers à une sorte de fin de partie plutôt amer entre la Grèce et ses créanciers. En réalité, explique Joseph Stiglitz dans un article paru sur Project Syndicate, les dirigeants européens commencent juste à révéler la vraie nature de la controverse sur la dette actuelle, et la réponse n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

 

L’économie derrière le programme que la « Troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) a imposé à la Grèce voilà cinq ans a sombré dans un gouffre, avec une chute vertigineuse de 25% du PIB. Aucune dépression n’a eu des conséquences aussi catastrophiques, commente Stiglitz, rappelant un simple fait : le taux de chômage parmi les jeunes dépasse aujourd’hui les 60%. Il est surprenant, poursuit le Prix Nobel, que la troïka refuse de reconnaitre ses échecs. Mais ce qui est encore plus surprenant est que les dirigeants européens n’en aient rien retenu.

 

Stiglitz rappelle que les énormes sommes d’argent prêtées à la Grèce ont terminé leur course dans les caisses des créanciers du secteur privé – y compris les banques allemandes et françaises. Le FMI et les autres créanciers « officiels » n’ont pas besoin de l’argent qui est réclamé aujourd’hui. S’il s’agissait d’un scénario de « Business as usual », cet argent serait très probablement à nouveau prêté à la Grèce.

 

Mais, encore une fois, ce n’est pas une question d’argent. Il s’agit en réalité d’utiliser les échéances pour contraindre la Grèce à se soumettre, à accepter l’inacceptable – non seulement des mesures d’austérité, mais aussi des politiques punitives de régression.

 

Mais pourquoi donc l’Europe fait-elle cela ? Pourquoi les dirigeants européens refusent-ils de prolonger de quelques jours l’échéance du 30 juin pour le remboursement de la Grèce au FMI ? L’Europe n’est-elle pas synonyme de démocratie ? En fait, c’est antithèse de la démocratie, répond Stiglitz : de nombreux dirigeants en Europe voudraient voir la chute du gouvernement de gauche emmené par Alexis Tsipras. Il n’est pas simple de conseiller les Grecs sur comment voter le 5 juillet, continue Stiglitz. Aucune des deux alternatives  – approbation ou refus des conditions imposées par la troïka – ne sera facile, et chacune comporte des risques énormes. Voter « oui » signifierait une dépression sans fin. Il est possible qu’un pays – qui aurait vendu tous ses biens et dont les jeunes auraient émigré – pourrait finalement obtenir l’annulation de sa dette ; peut-être qu’alors la Grèce pourrait obtenir l’assistance de la Banque mondiale. Tout ceci pourrait se produire pendant la prochaine décennie, ou la suivante.

 

A l’inverse, voter « non » laisserait au moins ouverte la possibilité pour la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de décider de son destin. Les Grecs pourraient saisir l’opportunité de construire ainsi un futur qui, même s’il n’est pas aussi prospère que par le passé, serait bien plus prometteur que la torture totalement déraisonnable qu’elle subit actuellement.

« Moi je saurais quoi voter, » conclut le Prix Nobel d’Économie.

paru sur L’antidiplomatico, le 29/06/2015
Traduction : Christophe pour ilFattoQuotidiano.fr

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3 juillet 2015 5 03 /07 /juillet /2015 08:01

Ci après un texte récupéré sur Syrisa France, écrit initialement en grec la traduction est loin d'être parfaite mais néanmoins révélatrice des positions respectives de  Syrisa  et du parti communiste grec KKE.

 

Tout d'abord je ne connais  aucun parti communiste qui n'ait dit la nécessite de phases transitoires,  de transformations progressives,  pour aller vers le communisme qui est encore une lointaine perspective: L'URSS s'est adapté au contexte d'autant plus qu'elle y a été contrainte d'une part par l'état des lieux in situ , d'autre part par l'environnement extérieur et les multiples ingérences qui n'ont d'ailleurs pas cessé depuis son implosion, puisque c'est et c' était, surtout, un problème de domination de l'économie mondiale. Chaque jour qui passe nous en apporta confirmation tout en nous montrant que nous sommes majoritairement les dindons de la «farce ». 

 

N’oublions pas non plus que sans la détermination de Staline et du peuple soviétique la bête immonde n’aurait pas été abattue, les Etats-Unis ne sont intervenus que marginalement.

 

Ce qui m'amène à poser deux questions:

 

- Un changement progressiste transitoire est-il possible dans le cadre des traités européens et de la monnaie unique pour s'avancer vers des sociétés moins inégalitaires?

 

 Syrisa-Tripras répond OUI, comme les trotskistes en général, Mélenchon en particulier et  le PCF, pour faire court je ne cite pas les autres.

 

 Le KKE  répond NON et comme les russes d’aujourd'hui qui ne crachent pas dans la soupe stalinienne, du moins ce qu’il en reste, mais sont inquiets du sort que leur réserve l’impérialisme occidental tout en stigmatisant Gorbatchev et Eltsine. Ce n’est pas un hasard si Poutine bénéficie de près de 90 % d’opinions favorables

 

- Qui ferait  les frais d'un éventuel compromis avec la Toïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international)  défavorable pour la Grèce?

 

 Réponse l'ensemble des peuples de l'Union Européenne y compris le peuple grec alors  que les financiers,   décideurs et leurs valets médiatique ou non, applaudiront.  Les bobos et les couches moyennes supérieurs  opinant béatement persuadés qu’ils seront épargnés.

 

C' est notre devenir, celui des plus jeunes générations qui se jouera en Grèce dimanche prochain, un peu plus ou un peu moins d'austérité....Jack Freychet

 

http://syriza-fr.org/2015/05/03/et-si-le-parti-communiste-de-grece-kke-avait-raison-par-christos-laskos/

Comment peut-on changer le monde, lorsque l’espoir est tellement absent ?

Source : Le journal des rédacteurs

 

Il est connu que la distance entre la gauche radicale et le Parti communiste de Grèce est énorme et elle n’est pas liée au sectarisme du Parti communiste, comme le considèrent souvent les défenseurs de Syriza. Au contraire, le sectarisme est la conséquence d’autres caractéristiques, plus profondes et beaucoup plus importantes.

 

Tout d’abord, il s’agit de deux conceptions concernant le socialisme ouvertement concurrentielles. Ce que le Parti communiste invoque comme le socialisme est une institutionnalisation sociale, qui, pour la gauche radicale constitue de l’échec historique énorme au véritable cauchemar.

 

D’autre part, l’attachement du KKE au stalinisme s’oppose à la perception que « le socialisme sera démocratique ou il n’en sera pas de socialisme», qui apparaît comme anticapitaliste puisque il dénonce le capitalisme, entre autres, pour sa faiblesse à coexister pendant des longues périodes avec des formes limitées de démocratie.

 

Compte tenu de la gravité des plus hauts mentionnés, il y aurait peut-être une importance minime sur la relation des deux partis concernant le passé et l’avenir. Beaucoup plus, en fait, étant donné que le Parti communiste ne perd pas l’occasion de proclamer que SYRIZA « exprime la volonté de la classe dirigeante capitaliste du pays ».

 

Je crois, cependant, que cette conclusion est erronée. Je pense que les deux partis ont des choses à dire dans la mesure où ils se perçoivent comme opposants au système et, du point de vue social, sur le même côté du spectre  idéologique. En effet, dans la mesure où Syriza apparaît comme un facteur compétent de la « partialité de classe » tandis que le Parti communiste apparaît comme  le principal représentant politique des intérêts de la «famille populaire », ils ont objectivement des choses à partager et à discuter.

 

En entrant dans ce débat, je veux dire que l’idée stratégique fondamentale, contribuée actuellement par le Parti communiste, est qu’il n’y a aucune condition des changements importants dans le monde moderne, sauf dans la mesure où les travailleurs prendront le pouvoir politique. De ce point de vue, chaque effort de gouvernance, comme celui qui est mis en œuvre aujourd’hui en Grèce, est  condamné à l’échec. Chose qui, selon le Parti communiste, signifierait le retrait des travailleurs, et probablement un désastre complet.

 

Ce que le Parti communiste dit est que, même si le gouvernement avait les meilleures intentions –qu’il ne les dispose pas, comme un représentant d’une partie des capitalistes ! – son échec serait assuré. Ce qui signifie: soit un conflit directement révolutionnaire, soit le dur présent capitaliste, avec peu des nuances.

 

Evidement, le concept stratégique de SYRIZA se trouve aux antipodes. Les jours après le 25 janvier sont une sorte de mise en  œuvre de ce concept, soit dans la voie démocratique du socialisme soit avec un programme transitoire. L’idée essentielle est qu’on peut réaliser des choses, dans le sens de la transformation sociale et radicale, avant le socialisme. Des choses cruciales qui changent la vie des gens d’aujourd’hui et qui forment les termes et les convictions, pour un plus grand changement de demain. Des choses qui permettent de former des associations, sans lesquelles la transformation sociale radicale, absolument opportune et nécessaire, restera  un rêve irréalisable.

 

Parce que, s’il n’est pas possible de changer le présent, il ne viendra jamais le nécessaire avenir socialement transformé.

 

C’est-à-dire, l’avenir appartient au présent. Ou bien il n’y a pas d’avenir, et le «reste de l’histoire » sera un type de présent éternel.

 

Autrement, si on ne le reconnaisse pas, on tombe dans le messianisme et la postérieure attente nécessaire. A quoi sert-il de lutter pour le salaire journalier et les libertés, si ton analyse dit que le capitalisme actuel – réellement totalitaire – ne permet pas la moindre fissure pour les objectifs des classes exploitées et opprimées de la population, pour la majorité du monde?

Voici donc, la grande différence.

Et si le Parti communiste avait raison, nous ne pourrions qu’accepter que l’avenir sera pire que le passé. Nous ne pouvons qu’être rigoureusement pessimistes. Et il ne s’agira pas d’un pessimisme gramscien de la connaissance, mais aussi celle de la volonté.

 

Comment peut-on changer le monde, lorsque l’espoir est tellement absent ?

 

PS: Il est intéressant de noter que la tradition communiste initiale était principalement «volontaire» contre les «lois de l’histoire». Karl Kautsky a insisté que nous devrions être « juste à temps » – en l’attendant de venir.

Traduction : Athina Vlachaki

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:14

Par Jacques Sapir ·

27 juin 2015

 

Alexis Tsipras avait décidé de convoquer un référendum le 5 juillet, demandant au peuple souverain de trancher dans le différent qui l’oppose aux créanciers de la Grèce. Il avait pris cette décision devant les menaces, les pressions, et les ultimatums auxquels il avait été confronté durant les derniers jours de la négociation avec ce que l’on appelle la « Troïka », soit la Banque Centrale Européenne, la Commission Européenne et le Fond Monétaire International. Ce faisant, et dans un geste que l’on peut qualifier de « gaullien », il avait délibérément renvoyé au domaine politique une négociation que les partenaires de la « Troïka » voulaient maintenir dans le domaine technique et comptable. Ce geste à provoqué une réaction de l’Eurogroupe d’une extrême gravité. Nous sommes en présence d’un véritable abus de pouvoir qui a été commis ce 27 juin dans l’après-midi, quand l’Eurogroupe a décidé de tenir une réunion sans la Grèce. Ce qui se joue désormais n’est plus seulement la question du devenir économique de la Grèce. C’est la question de l’Union européenne, et de la tyrannie de la Commission et du Conseil, qui est ouvertement posée.

 

La déclaration d’Alexis Tsipras

Le texte de la déclaration faite par Alexis Tsipras dans la nuit du 26 au 27 juin sur la télévision d’Etat grecque (ERT), est de ce point de vue extrêmement clair :

 

« Après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum, ce qui contrevient aux principes de l’UE et sape la relance de la société et de l’économie grecque. Ces propositions violent absolument les acquis européens. Leur but est l’humiliation de tout un peuple, et elles manifestent avant tout l’obsession du FMI pour une politique d’extrême austérité. (…) Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité »[1].

 

Ce texte court, empli de gravité et de détermination, entrera vraisemblablement dans l’Histoire. Ce texte est prononcé par un homme jeune, qui a été confronté à la mauvaise fois, aux manipulations, à ce qu’il faut bien appeler toutes les bassesses de la politique, depuis 5 mois. Il dit aussi sa colère, froide et déterminée. Et c’est peut-être là l’échec principal de l’Eurogroupe et des institutions européennes : avoir transformé un partisan de l’Europe en un adversaire résolu des institutions européennes. Tsipras n’était pas il y a cinq mois de cela un opposant à l’idée européenne. Mais, la multiplication des humiliations, des tentatives de coup de force, l’ont obligé à réviser nombre de ses positions, qui pour certaines d’entre-elles relevaient de l’illusion. Tsipras et Varoufakis sont aujourd’hui sur une trajectoire de collision avec l’Eurogroupe et l’UE non pas de leur fait, mais de celui des « institutions européennes ». Ceci est d’une immense importance pour la suite.

 

Les leçons de la déclaration de Tsipras

On peut découvrir dans cette courte déclaration trois points importants.

 

Le premier est que le désaccord entre le gouvernement grec et ses partenaires a été d’emblée politique. La BCE et la Commission Européenne n’ont eu de cesse que de rechercher une capitulation du gouvernement grec, ce que Tsipras appelle « l’humiliation de tout un peuple ». Ce qu’a cherché l’Union européenne, par le biais de l’Eurogroupe, c’est à cautériser le précédent ouvert par l’élection de janvier 2015 en Grèce. Il s’agit de faire la démonstration non seulement en Grèce, mais ce qui est en fait bien plus important en Espagne, en Italie et en France, qu’on ne peut « sortir du cadre de l’austérité » tel qu’il a été organisé par les traités. Il faut ici se souvenir de la déclaration de Jean-Claude Juncker pour qui il ne peut y avoir de choix démocratique allant contre les traités.

 

Le deuxième point important de cette déclaration est que, pour la première fois un dirigeant légalement élu et en fonction déclare que les institutions européennes font des propositions qui, dans leur fond comme dans leur forme « violent absolument les acquis européens ». C’est une accusation très grave. Elle revient à dire que les institutions européennes qui sont censées être des garants de la démocratie agissent au contraire de celle-ci. Elle revient aussi à dire que ces mêmes institutions, dont la légitimité n’existe que par délégation de la légitimité des Etats membres ont des comportements qui violent la légitimité et la souveraineté de l’un des dits Etats membres. Cela revient donc à dire que les institutions de l’Union européennes se sont constituées en Tyrannus ab exercitio soit en un pouvoir qui, quoi qu’issu de procédures légitimes, se conduit néanmoins en Tyran. Cela revient à contester radicalement toute légitimité aux instances de l’Union européenne.

 

Le troisième point se déduit des deux premiers. Il est contenu dans la partie du texte qui dit : « Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec ». Il place désormais les enjeux non plus au niveau de la dette mais à celui des principes, de la démocratie comme de la souveraineté nationale. Et c’est en cela que l’on peut parler d’un véritable « moment gaullien » chez Alexis Tsipras. Si l’on veut pousser l’analogie historique jusqu’à son terme, alors que Paul Raynaud en 1940 ne soumet pas au Conseil des Ministres la question de faut-il continuer la guerre, Alexis Tsipras a osé poser la question de l’austérité et du référendum, et a reçu un soutien unanime, y compris des membres de l’ANEL, le petit parti souverainiste allié à SYRIZA. Il s’est ainsi réellement hissé à la stature d’un dirigeant historique de son pays.

 

La réaction de l’Eurogroupe, qui avait qualifié de nouvelle « triste » (sad) ce référendum[2], confirme bien les options antidémocratiques qui ont cours aujourd’hui au sein de l’Union européenne. Mais, cette réaction a elle-même était dépassée par une décision d’une importance réellement dramatique.

 

Le coup de force de l’Eurogroupe et la Tyrannie européenne

La réaction de l’Eurogroupe, qui se réunissait ce samedi à Bruxelles, a en effet consisté en un acte qui conjugue l’illégalité la plus criante avec la volonté d’imposer ses vues à un Etat souverain. En décidant de tenir une réunion en l’absence d’un représentant de l’Etat grec l’Eurogroupe vient de décider d’exclure de fait la Grèce de l’Euro. Ceci constitue à l’évidence un abus de pouvoir. Et il faut ici rappeler plusieurs points qui ne sont pas sans conséquences tant juridiquement que politiquement.

 

1.Aucune procédure permettant d’exclure un pays de l’Union Economique et Monétaire (non réel de la « zone Euro ») n’existe actuellement. S’il peut y avoir une séparation, elle ne peut avoir lieu que d’un commun accord et à l’amiable.

 

2.L’Eurogroupe n’a pas d’existence légale. Ce n’est qu’un « club » qui opère sous couvert de la Commission Européenne et du Conseil européen. Cela signifie que si l’Eurogroupe a commis un acte illégal – et il semble bien qu’il en soit ainsi – la responsabilité en incombe à ces deux institutions. Le gouvernement grec serait donc fondé d’attaquer la Commission et le Conseil à la fois devant la Cour Européenne de Justice mais aussi devant la Cour Internationale siégeant à La Haye. En effet, l’Union européenne est à la base une organisation internationale. On le constate par exemple dans le statut, et les exemptions fiscales, des fonctionnaires européens. Or, la règle dans toute organisation internationale est celle de l’unanimité. Le traité de Lisbonne a bien prévu des mécanismes de majorité qualifiée, mais ces mécanismes ne s’appliquent pas à l’Euro ni aux questions des relations fondamentales entre les Etats.

 

3.Le coup de force, car il faut l’appeler par son nom, que vient de faire l’Eurogroupe ne concerne pas seulement la Grèce. D’autres pays membres de l’Union européenne, et l’on pense au Royaume-Uni ou à l’Autriche, pourraient eux-aussi attaquer devant la justice tant européenne qu’internationale la décision de fait prise par l’Eurogroupe. En effet, l’Union européenne repose sur des règles de droit qui s’appliquent à tous. Toute décision de violer ces règles contre un pays particulier constitue une menace pour l’ensemble des membres de l’Union européenne.

 

4.Il faut donc ici être clair. La décision prise par l’Eurogroupe pourrait bien signifier, à terme, la mort de l’Union européenne. Soit les dirigeants européens, mesurant l’abus de pouvoir qui vient d’être commis, se décident à l’annuler soit, s’ils persévèrent dans cette direction ils doivent s’attendre à une insurrection des peuples mais aussi des gouvernants de certains Etats contre l’Union européenne. On voit ainsi mal comment des Etats qui ont juste recouvré leur souveraineté, comme la Hongrie, la République Tchèque ou la Slovaquie, vont accepter de telles pratiques.

 

Il est alors symptomatique que la crise induite par un pays ne représentant pas plus de 2% du PIB de l’UE ait pris cette tournure. En fait, cela révèle au grand jour la nature fondamentalement antidémocratique des institutions de l’UE et le fait que cette dernière soit en train de se constituer en Tyrannie.

 

Le spectre de la démocratie dans les couloirs de Bruxelles

On ne peut, et on ne doit, préjuger du résultat de ce référendum. Il est même possible que, devenu sans objet, il ne se tienne pas. Mais on doit souligner qu’il représente le retour de la démocratie dans un espace européen dont elle était absente. De ce point de vue, l’initiative prise par Alexis Tsipras représentait la dernière chance d’introduire de la démocratie dans le système européen.

 

Il est aussi probable que les partis d’opposition, que ce soit Nouvelle Démocratie ainsi que le Parti de centre-gauche La Rivière (To Potami) protestent et cherchent à empêcher par divers recours légaux ce référendum d’avoir lieu. On ne peut plus exclure le fait que ces partis, avec l’aide des nervis fascistes d’Aube Dorée, ne tentent de déstabiliser le gouvernement grec. Ces réactions sont exemplaires des comportements antidémocratiques qui s’épanouissent aujourd’hui en Europe. Ils apportent de l’eau au moulin d’Alexis Tsipras. On sent comment les acteurs européistes de ce drame sont aujourd’hui terrorisés par le spectre de la démocratie.

 

En France même, on ressent très distinctement le malaise que provoque l’initiative d’Alexis Tsipras. Que ce soit au Parti Socialistes ou chez les « Républicains », on ne peut ouvertement s’opposer à une telle décision sans contredire immédiatement et brutalement tous les discours qui ont été tenu sur la démocratie. Mais, en réalité, le référendum grec fait planer le spectre d’un autre référendum, celui de 2005 sur le projet de traité constitutionnel en Europe. La manière dont la classe politique française, dans sa large majorité, de Nicolas Sarkozy à François Hollande, de l’UMP au PS, avait été désavouée par la victoire du « Non », mais avait fait passer en contrebande à peu de choses près le même texte lors du Traité de Lisbonne qui fut ratifié par le Congrès à Versailles, est l’un des épisodes les plus honteux et les plus infamants de la vie politique française. Les acteurs de cette tragique mascarade sont toujours parmi nous. Il y a une continuité de projet, si ce n’est une continuité d’action, entre la décision de ne pas respecter un vote, celui des électeurs français mais aussi néerlandais, et le coup de force inouï de l’exclusion de la Grèce de l’Eurogroupe.

 

Tsipras ne doit ainsi pas s’attendre à un quelconque soutien de la part de François Hollande, renvoyé sans ménagement à sa propre médiocrité et à ses basses compromissions, ni de celle d’Angela Merkel dont la politique est la véritable cause de cette crise. Mais il peut s’attendre au soutien de tous ceux qui, en Europe, se battent pour la démocratie et la souveraineté.

 

[1] Traduction de Vassiliki Papadaki, sur le site de SYRIZA-France,
http://syriza-fr.org/2015/06/27/allocution-du-premier-ministre-a-tsipras-au-peuple-grec-la-choix-au-peuple-souverain-referendum/

[2] Déclaration du Président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, samedi 27 juin,
http://www.france24.com/en/20150627-eurogroup-says-sad-greece-referendum-closes-door-talks ?ns_campaign=reseaux_sociaux&ns_source=twitter&ns_mchannel=
social&ns_linkname=editorial&aef_campaign_ref=partage_aef&aef_campaign_date=2015-06-27&dlvrit=66745

Mise en ligne CV : 27 juin 2015 par comité Valmy

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 10:02

Par Sthatis Kouvelakis

 

Le journal Le Monde a publié le 31 mai une tribune d’Alexis Tsipras sous le titre : « L’Europe est à la croisée des chemins » (titre changé le 1er juin en « Non à une zone euro à deux vitesses »). Cette tribune est à bien des égards importante. Elle signale qu’un seuil qualitatif a été franchi dans la situation grecque, et cela pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il permet de lister pour la première fois, y compris pour le lecteur grec, les concessions que le gouvernement grec a déjà accepté au cours des « négociations ». Et la liste est impressionnante : excédents budgétaires, abandon de fait de le revendication d’effacement de la dette.

 

(il n’est même pas mentionné dans ce texte) hausse de la TVA, report à plus tard de la hausse du SMIG et du rétablissement des conventions collectives, réformes des retraites visant à faire des économies, taxes sur le foncier entérinées.

 

A cela il faut ajouter un point essentiel : comme le précise la version grecque, le « renforcement de l’indépendance des agences publiques » ne vise pas seulement l’institut des statistiques, il concerne avant tout le secrétariat d’Etat chargé des recettes publiques. Cela signifie que le coeur de l’appareil économique de l’Etat échappe au contrôle des gouvernements élus et fonctionne en réalité sous la supervision directe des institutions de l’UE.

 

Soyons clairs : tout d’abord ces reculs, pour la première fois reconnus par Alexis Tsipras, n’ont jamais été discutés publiquement à quelque niveau que ce soit, ni dans le parti, ni au parlement, ni même au sein du gouvernement au sens d’une délibération collective. Ils sont tout simplement imposés, après avoir été concoctés dans l’opacité la plus totale des « négociations » avec l’UE.

 

Deuxièmement, dans ce texte, Alexis Tsipras ne reprend pas ce qu’il a déclaré ailleurs à plusieurs reprises, à savoir que la Grèce est depuis février soumise au chantage à la liquidité exercé par la BCE.

Seul est mentionné l’arrêt du versement des prêts, ce qui a contraint le gouvernement grec à assumer le remboursement des créanciers avec ses seules ressources propres, ce qui a conduit à la situation actuelle des caisses vides. Ce faisant il se prive de l’argument majeur qui lui aurait permis de dévoiler vraiment les agissements de l’UE, mais l’aurait du même coup conduit à admettre l’affaiblissement de sa position et le caractère néfaste de l’accord du 20 février dont il continue de se réclamer.

 

Troisièmement, il est clair que, quelle que soit la façon dont on pose la question, le cadre que propose Tsipras est celui d’une austérité atténuée, en aucun cas d’une rupture avec l’austérité. L’édifice des mémoranda est intégralement reconduit, juste adouci à la marge. A l’inverse, il ne reste pas grand chose du « programme de Thessalonique », qui était, ne l’oublions pas présenté comme un « programme d’urgence », applicable de façon immédiate et indépendamment de l’issue des négociations. Pire même : les quatre « lignes rouges » qu’Alexis Tsipras lui-même avait posée le 16 avril lors d’une déclaration solennelle à l’agence Reuters (sur les retraites, la TVA, les privatisations et les conventions collectives) ont TOUTES, à des degrés divers, été franchies.

 

On peut dès lors se demander où se trouve le blocage et pourquoi Alexis Tsipras recherche-t-il la dramatisation, comme l’indiquent le titre de l’article et certains passages ? Tout simplement parce que les responsables européens ne se contentent pas de la gestion du cadre austéritaire/mémorandaire existant. Ils demandent une reconduction aggravée dans le but de briser Syriza. Et Tsipras leur renvoie la balle en leur disant : « c’est vous qui recherchez la rupture, pas moi. Moi, vous voyez, je suis prêt à gérer l’austérité et à reporter sine die le programme pour lequel j’ai été élu, mais en plus de cela vous me demander d’aller au-delà même de ce que vous aviez demandé à Samaras ». Et là il brandit le spectre de la « division de l’Europe » et en appelle au respect de ses « valeurs », comme si l’enterrement des engagements de Syriza cinq mois à peine après son élection était un sacrifice acceptable pour préserver cette « unité » de l’Europe ; comme si l’acceptation du « deal » qu’il propose pouvait représenter un pas vers « l’Europe de la solidarité, de l’égalité et de la démocratie » dont il se réclame, qui n’est qu’une phraséologie creuse et qui a rarement sonné de façon aussi sinistre.

Je m’abstiendrai, pour ma part, de jouer au prophète et de prédire à quoi tout cela va nous conduire. Je constate simplement l’état où sont actuellement les choses :
 

1. que le gouvernement grec est entré dans une véritable spirale de reculs, où une concession mène à une autre, et il n’y a aucune raison de penser que cela va s’arrêter.
2. Que tout cela était parfaitement prévisible dans la mesure où une ligne de confrontation n’avait pas été préparée et adoptée (je déteste me citer mais tout cela figure dans de très nombreux textes et interventions des derniers mois et même des dernières années, qui émanent de toute la gauche de Syriza ).
3. Que bien évidemment persister après tout cela à parler d’une rupture avec l’austérité et les politiques néolibérales dans le cadre européen actuel ne peut que relever de l’inconscience ou de l’escroquerie.

 

Une dernière chose, plus personnelle : je milite depuis 35 ans dans les rangs de la gauche radicale en Grèce et en France. J’ai notamment combattu sans relâche les reniements et les lâchetés de l’ère Mitterand, puis Jospin, avec ou sans participation du PCF (dont j’ai fait partie dans les années 1980) au gouvernement. J’ai également refusé toute concession au système PASOK et au bourbier nauséabond dans lequel il s’est enfoncé lui-même et a entraîné la société grecque.

 

Il est fort peu probable que je change maintenant. Et je ne suis pas le seul dans Syriza à penser comme cela. Ceux qui pensent que tout cela passera comme une lettre à la poste se font des idées.

Nous n’avons pas dit notre dernier mot.

Stathis Kouvelakis enseigne la philosophie politique au King’s College de l’université de Londres, est membre du comité central de Syriza et du Courant de gauche de ce parti.
Membre de la rédaction de la revue Contretemps, il a dirigé l’ouvrage Y a t il une vie après le capitalisme ? (Le Temps des Cerises, 2008) et il est l’auteur de La France en révolte : Luttes sociales et cycles politiques (Textuel, 2007) et de Philosophie et révolution, De Kant à Marx (PUF, 2003). Il est membre du comité central de la Coalition de gauche grecque SYRIZA -EKM.

Sources :

https://www.facebook.com/stathis.ko...

http://cadtm.org/L-opinion-de-Stathis-Kouvelakis

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 13:41

14 mai 2015

Par Jacques Sapir

 

On parle beaucoup d’un possible référendum sur le maintien de Grèce dans la zone Euro actuellement. Même le Ministre allemand des finances, M. Schäuble, s’est prononcé en faveur d’une telle consultation. Cette soudaine passion pour les référendums, survenant pratiquement dix années après le référendum français sur le projet de traité constitutionnel, est touchante. Les mêmes qui avaient tout fait pour que la parole du peuple français (55% de « non » ne l’oublions pas) soit oubliée se découvrent subitement une âme référendaire. S’il n’y allait pas du sort de la Grèce, et des principes démocratiques, que l’Union européenne ne cesse de fouler aux pieds, il y aurait de quoi rire aux éclats. Et d’ajouter, à l’encontre de tous ces partisans nouveaux de la pratique référendaire, de ces hommes politiques qui viennent avec un grand sourire nous présenter leur nouvelles bonnes résolutions, « pas ça, pas vous ». Car, cette question des référendums est sérieuse. Il convient d’en clarifier les tenants et aboutissants. 

 

Une option inapplicable.

En réalité, l’option d’un référendum sur une sortie de l’Euro est inapplicable. Dans un texte posté sur un site de la gauche américaine, Stathis Kouvelakis écrit ainsi « Le temps est venu d’expliciter le contenu et d’expliquer la viabilité de la stratégie alternative, qui commence avec la double initiative de la suspension des remboursements de la dette et de la nationalisation des banques, et qui se poursuit, si nécessaire avec le choix d’une monnaie nationale approuvée par le public au cours d’un référendum populaire »[1]. De fait, c’est aussi, entre autres, la position de Schäuble. Mais il convient de considérer deux facteurs qui – dans le cas de la Grèce – rendent justement le recours à une procédure référendaire inapplicable :

 

  1. Un référendum exige un minimum de campagne, d’une durée de 6 semaines (au plus juste) et plus probablement de 12 semaines. Or, les mécanismes de la spéculation monétaire se déclenchent à l’horizon de minutes, voire d’heures. La temporalité d’élections, aussi souhaitables soient elles, n’est tout simplement pas compatible avec le spéculation monétaire. Cette spéculation se manifestera avec une force extrême, sauf si l’on décide de fermer les marchés financiers grecs, et pas seulement les marchés obligataires mais aussi les marchés d’action. On est en présence d’un cas extrême de la spéculation, qui ne pourra être réduit par l’application d’un simple contrôle des capitaux. Il faudra fermer les marchés financiers. Mais, si la fermeture de tous ces marchés est possible, elle ne l’est que pour quelques jours ou l’on change progressivement de système économique. Si la Grèce (et n’importe quel autre pays) devaient laisser l’ensemble des marchés financiers fermés pour plusieurs semaines, on prend le risque de voire l’économie changer de nature, et les investisseurs déserter le pays. La conclusion s’impose alors d’elle-même : il n’est pas possible de tenir un référendum sans déclencher un spéculation massive, et cette spéculation non seulement sera très destructrice pour l’économie ou alors impliquera que le gouvernement ait recours à des modes de contrôles allant bien au-delà d’u simple contrôle des capitaux. Mais, cela aura alors des conséquences politiques importantes, qui sont de nature à fausser le résultat d’un tel référendum.
  2. Un référendum ne fait sens que dans la mesure où il permet une validation démocratique. Mais, un référendum qui se tiendrait en plein milieu d’une spéculation déchaînée ne permettrait pas aux règles de la démocratie de s’appliquer. On serait loin du débat ouvert que l’on est en droit d’attendre avant un référendum, et qui eut lieu dans le cas des deux référendums de 1993 (Maastricht) et de 2005 (sur le projet de traité constitutionnel). Dès lors, privé du débat serein (même s’il est passionné) un référendum n’est plus une procédure démocratique. Cette dernière nait de la combinaison du débat (dans le cadre de la campagne) et du vote. Or, il faut craindre que dans cette campagne, qui sera par nécessité relativement courte, s’expriment non pas des idées mais des pressions, sous la forme justement de la spéculation. Les conséquences politiques de cette dernière vont fausser le débat, et par voie de conséquences vicier l’ensemble de la nature démocratique de la procédure référendaire.
  3.  

On le constate, un tel référendum n’est pas praticable sauf à considérer que le référendum n’est là que pour légitimer une décision déjà prise. Mais, l’argument d’impraticabilité du référendum n’est pas le seul que l’on puisse invoquer. Il est douteux que, sur une telle question (la Grèce, ou un autre pays, doit elle rester dans l’Euro ou quitter la zone Euro) un référendum soit la procédure adaptée.

 

La logique des procédures référendaires et l’action gouvernementale.

Les procédures référendaires sont destinées à redonner de la légitimité à un système démocratique en mobilisant une forme directe de souveraineté populaire. En cela, elles sont un instrument irremplaçable des systèmes démocratique. Mais, la souveraineté populaire doit être mobilisée pour trancher de questions politiques et non des questions techniques ou des questions de société. Sinon, on transforme une procédure de légitimation démocratique en un instrument politique divisant profondément la société et visant en réalité à introduire des normes techniques (ou morales) dans l’espace politique.

 

La tradition tant française qu’internationale fait du référendum l’instrument pour trancher des questions de souveraineté (comme l’indépendance) ou des traités. Or, la question de l’Euro est en partie une question de souveraineté, mais en partie aussi une question technique, qui est susceptible de connaître de multiples réponses. De ce point de vue, si la question de l’appartenance ou non à l’Union européenne peut parfaitement être tranchée par un référendum, il est douteux qu’il en soit ainsi sur la question de l’Euro. Car, à quelles questions les citoyens auraient-ils à répondre ? Faudrait-il dire « êtes-vous pour ou contre l’Euro », ou « êtes-vous pour l’Euro au prix de politiques d’austérité renforcées ou contre ces politiques », ou enfin « êtes vous pour un Euro avec un mécanisme de solidarité et de transfert entre les pays membres ou contre l’Euro » ? On ne peut multiplier les questions posées sous peine de vider la procédure référendaire de son sens et de son esprit.

 

En fait, il faut reconnaître la légitimité de l’action gouvernementale à traiter de problèmes qui peuvent être très fortement contextualisés. La question qui se pose en Grèce (ou qui se poserait dans un autre pays) n’est pas celle de l’Euro en général mais celle de l’Euro dans le contexte de la logique de l’austérité et plus précisément de l’affrontement entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec. Nous sommes ici dans une situation qui peut être assimilée à un état de guerre économique, qui empêche le fonctionnement normal des institutions dans le cadre normal. En cela, cette question relève de la décision exceptionnelle, celle que le gouvernement peut prendre dans le cas d’un état d’exception et où il peut s’affranchir temporairement du respect de la lettre de la loi et des traités afin d’assurer la survie de la Nation et de reconstituer le cour normal des événements. De ce point de vue, il faut reconnaître que l’état d’exception se caractérise par la suspension de certaines normes de la légalité dans le but de reconstruire les conditions d’exercices de ces mêmes normes. Le fait de prendre des mesures dites exceptionnelles traduit le fait que le gouvernement est bien souverain.

 

Ainsi, ce serait une erreur d’abdiquer la responsabilité gouvernementale et de se réfugier derrière l’argument du « choix démocratique » (qui n’en serait pas un) à travers la mise en place d’une procédure référendaire. La situation de la Grèce (mais ceci pourrait être transposable dans d’autres pays) est celle d’une urgence économique qui interrompt le cours normal des règles et des lois. Pour rétablir ce cours, ce qui est l’essence même de la démocratie, on ne peut agir suivant les règles et les lois mais il faut avoir recours à des mesures d’exception dont la finalité sera de ramener la situation à la normale. Ceci, dans l’esprit même de la démocratie, est le propre de l’action du gouvernement, et qui plus est d’un gouvernement récemment élu de manière parfaitement démocratique, qui est censé être le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ce gouvernement doit, maintenant, assumer ses responsabilités.

 

[1] www.jacobinmag.com/2015/05/kouvelakis-syriza-ecb-grexit/ (http://www.jacobinmag.com/2015/05/kouvelakis-syriza-ecb-grexit/)

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 08:51

Par Jacques Sapir

6 avril 2015

 

Alexis Tsipras, le nouveau Premier Ministre de la Grèce sera le 8 avril à Moscou. Or, le 9 avril, la Grèce doit effectuer un payement au Fond Monétaire International. Les déclarations sur ce point du Ministre des finances de la Grèce ne laissent planer aucune ambiguïté : la Grèce honorera sa créance[1]. Mais, le 14 avril, la Grèce doit simultanément émettre pour 1,4 milliards d’Euros de bons du Trésor, renouvelant la dette à court terme (ce que l’on appelle faire « rouler » la dette) et le gouvernement doit payer 1,7 milliards en pensions et salaires. Or, la Banque Centrale Européenne a « déconseillé » aux banques privées grecques d’accepter de nouveaux bons à court terme émis par l’Etat grec[2]. On voit que cette visite d’Alexis Tsipras à Moscou va donc bien au-delà de la traditionnelle amitié entre la Grèce et la Russie. Elle pourrait signifier, à relativement court terme, l’amorce d’une bascule à l’échelle de l’Europe.

 

I. La situation de la Grèce

On sait que la Grèce a conclu un accord de nature provisoire avec ses créanciers (l’Eurogroupe mais aussi le FMI). Aujourd’hui le pays fait donc face à des difficultés importantes de court terme comme la fuite des capitaux hors du système bancaire (12 milliards d’Euros pour le mois de février) ainsi que l’incertitude financière sur sa capacité à effectuer les remboursements de sa dette. Cette incertitude financière est une arme à la fois politique et économique sur le nouveau gouvernement. Les investissements sont aujourd’hui fortement ralentis en Grèce, et les Investissements Directs Etrangers (IDE) sont au point mort. Dans ces conditions, l’Eurogroupe (i.e. la réunion des Ministres des finances de la Zone Euro) a pris la responsabilité d’exercer des pressions politiques et économiques de plus en plus fortes sur le gouvernement grec.

 

On sait aussi que les politiques d’austérité sont un échec non seulement en Grèce mais dans bien d’autres pays. Les effets destructeurs de ces politiques d’austérité, non seulement dans le cas de la Grèce mais aussi dans celui du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie, sont aujourd’hui évidents et parfaitement avérés. D’un point de vue technique, on peut dire que le multiplicateur des dépenses fiscales, ce multiplicateur qui lie les mouvements du PIB et celui des dépenses budgétaires, a été grossièrement sous-estimé par les autorités de l’Union Européenne, et cela même après la publication de l’étude fameuse de Blanchard, réalisée au FMI, et datant de janvier 2013[3]. Il est évident que les politiques mises en œuvre en Grèce sous le nom de « Mémorandum » ne fonctionnent pas et ont de plus des effets destructeurs très importants sur l’économie. Ces politiques, et il faut insister sur ce point, n’ont pas été mises sur pied pour « aider » la Grèce, mais bien uniquement pour permettre aux pays créditeurs d’être remboursés. Ceci a été reconnu dernièrement dans une note du FMI. Mais, sur ce point aussi, elles se révèlent contre-productives. En effet, il est clair que la Grèce, à la suite des divers Mémorandums, ne pourra pas rembourser sa dette. La politique mise en œuvre pour sortir ce pays de l’insolvabilité l’a, au contraire, fait plonger dans l’insolvabilité.

 

C’est dans ce cadre qu’il faut considérer les politiques mises en œuvre par l’Union européenne, et dont le caractère anti-démocratique, et même fascisant, se révèle chaque jour un peu plus. En coupant l’accès à la liquidité d’urgence qui a été mis en place par la BCE dès le 4 février dernier, en refusant toutes les solutions proposées par Athènes, les dirigeants européens espèrent que la pression va être telle sur Alexis Tsipras que ce dernier sera contraint d’accepter les conditions de ses créanciers. Ces conditions ne sont pas économiques, car on a vu qu’elles ont en réalité aggravée la situation du pays. Ces conditions sont donc bien en réalité politiques. A travers l’acceptation de « réformes » du marché du travail et des pensions qui ne sont pas urgentes sur le plan économique, mais qui permettent de montrer la capacité des institutions européennes « d’annuler » politiquement l’essentiel du programme et du message de Syriza. C’était là l’essentiel et il faut bien le comprendre pour saisir toute la situation. Les dirigeants européens veulent ainsi annuler le résultat des élections du 25 janvier si celui-ci met en péril la politique qu’ils mènent depuis des années. Ils veulent annuler ces élections alors même qu’ils se prétendent de grands défenseurs de la démocratie. On a ainsi la démonstration ainsi irréfutable que « démocratie » n’est qu’un mot dans leur bouche et que, dans la réalité, ils n’ont de cesse que de nier cette dernière et de nier la souveraineté du peuple qui s’est exprimée dans ces élections. Dans cette stratégie, l’Eurogroupe n’a donc cessé de rejeter les propositions de réformes présentées par la Grèce. Mais, ce faisant elle a radicalisé les positions du gouvernement grec. Il faut alors comprendre pourquoi ce dernier n’a pas décidé de rupture franche avec les institutions européennes.

 

II. Les raisons de la politique grecque vis-à-vis de l’Europe

En réalité, Syriza situe son action à l’intérieur de l’Union européenne. Certains le font par idéologie, mais la majorité du parti le fait par réalisme. L’attachement de la population, et des élites grecques, à l’UE est important et il faut en comprendre les raisons. Les raisons de cet attachement sont multiples.

 

Il y a d’abord des raisons d’ordre géopolitique. Les Grecs se souviennent de l’isolement dont leur pays fut victime lors des événements de Chypre en 1973, qui devaient conduire à l’intervention Turque sur l’île (opération ATTILA). Ces événements furent d’ailleurs la cause de la chute de la dictature des « colonels ». Il en reste la mémoire en Grèce des dangers d’un nouvel isolement. C’est ce que les gouvernements successifs, de droite ou de gauche, ont cherché à éviter via l’adhésion de la Grèce au Marché Commun (sous le gouvernement conservateur de Caramanlis) puis le soutien indéfectible aux différentes étapes de la construction européenne. Même l’adhésion de la Grèce à l’Union Economique et Monétaire, c’est à dire à la zone Euro, peut en réalité être interprété comme une expression de cette volonté de ne pas être isolé. On peut penser que cette crainte de l’isolement face à la Turquie puisse désormais être contrebalancée tout autant par des accords militaires et politiques avec la Russie que par l’adhésion à l’Union européenne.

 

Il y a, ensuite, des raisons économiques. La Grèce a beaucoup profité dans la période 1975-2000 des fonds structurels européens, et nombre des investissements publics ont été réalisés grâce aux programmes divers (aides aux zones insulaires, aux zones de moyenne montagne, etc…) de l’aide européenne. Le fait que cette dernière se soit largement réduite depuis 1995, et surtout depuis l’entrée des anciens pays d’Europe de l’est dans l’UE, rend cependant cet argument bien plus faible qu’il y a dix ans. Les Grecs ont mesuré qu’aujourd’hui cette « aide » est de plus en plus faible alors que les contrainte imposées par l’Union européenne sont véritablement meurtrières.

 

Il y a, enfin, une raison idéologique. Les élites modernisatrices de la Grèce, élites dont Syriza fait en réalité partie intégrante, ont toujours considéré que le rattachement à l’Europe occidentale, c’est à dire au noyau initial du Marché Commun, était un gage de mise en œuvre des réformes destinées à libérer la Grèce de l’héritage ottoman. On peut discuter à l’infini de ce qui est, et n’est pas, dans la culture sociale et politique grecque un « héritage » de l’occupation ottomane, mais il n’en reste pas moins que la présence massive du népotisme, de la corruption, et plus généralement d’institutions que l’on peut qualifier de « molles » et qui permettent le maintien de ce népotisme et de cette corruption, est attribuée à cet « héritage ». De ce point de vue, l’adhésion à l’Union européenne était la seule garantie des réformes nécessaires.

 

Ces trois raisons expliquent que Syriza soit un parti viscéralement pro-européen, et que le deuil qu’il doit faire de l’Europe soit un processus douloureux. Les dirigeants de Syriza avaient espéré fédérer autour d’eux des pays qui souffraient tout autant de l’austérité, comme l’Espagne, le Portugal ou même l’Italie et la France. Ils avaient espéré constituer un grand « front uni » contre l’austérité à l’échelle européenne. Mais, ils ont ici pêché par optimisme. Optimisme quant aux positions du gouvernement français, qui s’avère chaque jour un peu plus le laquais de l’Allemagne. Optimisme quant aux positions des gouvernements conservateurs en Espagne et au Portugal, qui voient en réalité en Syriza un danger pour leur propre domination sur leurs peuples. Les dirigeants de Syriza, mutatis mutandis, se sont trouvés dans la même position que les dirigeants bolchéviques persuadés que la révolution en Russie allait provoquer la révolution en Allemagne, et restant en panne de stratégie quand ceci n’arriva pas. On sait que de ce constat naquit la stratégie de développement autonome de l’URSS, avec la NEP, conçue comme une stratégie alternative devant l’échec de la révolution en Allemagne. Autour de cette NEP put se fédérer un bloc implicite allant des bolchéviques aux divers modernisateurs (menchéviques, socialistes-révolutionnaires), bloc qui devait donner d’ailleurs à la NEP sa dynamique économique et sociale extrêmement progressive[4]. De fait, il semble que les dirigeants de Syriza aient anticipé que leur optimisme pourrait être déçu. L’alliance politique qu’ils ont conclue avec les « Grecs Indépendants » (An.El) signifiait bien que les concessions qu’ils étaient prêts à faire pour rester au sein de la zone Euro auraient une limite. Il est aussi possible qu’ils aient sous-estimé le mouvement de résistance nationale qui s’est manifesté après l’élection du 25 janvier.

 

Nous en sommes là. Le gouvernement grec a compris que fors une capitulation sans condition, une soumission abjecte aux diktats européens, il ne trouverait aucun terrain d’accord avec l’Eurogroupe et la BCE. Le fait qu’il ait évolué dans sa position quant à la privatisation du port du Pirée, pour ne pas heurter la Chine, est une indication que le gouvernement grec n’attend plus grand chose de l’Union européenne et se prépare à compter de plus en plus sur la Russie et la Chine.

 

III. Quelle stratégie ?

Il faut alors envisager ce qui pourrait se passer dans les prochains jours, voire les prochaines semaines.

 

Le gouvernement grec a donc décidé d’honorer sa créance au FMI. C’est entièrement compréhensible. Il ne peut se mettre à dos et l’Eurogroupe et le FMI. Un défaut vis-à-vis de ce dernier aurait de plus des conséquences importantes pour la Grèce, des conséquences en fait d’autant plus importantes que la Grèce se trouverait coupée des financements européens et forcée, de fait, de sortir de l’Euro. La décision d’honorer la créance vis-à-vis du FMI laisse à penser qu’une position de rupture est en train d’émerger au sein du gouvernement grec.

 

Cette rupture cependant, le gouvernement grec veut en faire peser l’entière responsabilité sur l’Eurogroupe et l’Union européenne. Il le veut d’une part pour des raisons de politique intérieure et de morale politique. Ayant affirmé durant la campagne électorale qu’il ne voulait pas sortir de l’Euro, il doit agir en sorte d’être expulsé de cette dernière. D’où le fait qu’il ne faut pas s’attendre à des gestes de rupture de la part de la Grèce, mais à une fermeté sur les principes : il n’est pas question de renoncer aux promesse électorales et au programme sur lequel ce gouvernement a été élu. Mais, le gouvernement grec veut aussi que cette rupture soit le fait des institutions européennes pour rendre moins douloureuse la brisure du rêve européen. Le deuil de l’idée européenne, du moins dans sa forme la plus inclusive, aura certainement des conséquences. Si la responsabilité de ce deuil peut reposer sur Bruxelles et Francfort, il peut en découler un surcroît de légitimité pour le gouvernement grec.

 

C’est ici que prend place la possibilité de créer une nouvelle monnaie qui circulerait en même temps que l’Euro, afin de permettre au gouvernement grec de réaliser les paiements qu’il doit faire pour la population, et de relancer le financement de l’investissement. Il faut dire ici que ceci n’a pas eu d’équivalent. Non que des systèmes de double circulation monétaire n’aient pas existé. Mais, ces systèmes ont été à la fois très instables (une monnaie finissant par évincer l’autre) et il n’y a pas d’exemple de cas où une monnaie supra-nationale ait été contestée par une monnaie nationale nouvellement créée, sauf dans le cas de la rupture d’un pays (Autriche-Hongrie, URSS). Dans ce cas, la double circulation ne dure pas plus que quelques semaines. Si le gouvernement grec décide logiquement, devant l’étranglement financier dont il est l’objet, de créer une nouvelle monnaie, se poseront immédiatement deux problèmes :

 

•Quelle stabilité pour la nouvelle monnaie.
•Quel taux de change entre cette nouvelle monnaie et l’Euro.

 

La stabilité de cette nouvelle monnaie pourrait être garantie par un fond de stabilisation, lui même issu d’un prêt de courte durée (2 ans au maximum). La Russie a déjà dit, par la voix de son Ministre des affaires étrangères, qu’elle était prête à étudier un tel prêt. En fait, on voit bien que ceci est une manière « douce » de sortir de l’Euro. Si cette nouvelle monnaie est stable, elle va rapidement s’imposer dans la circulation monétaire interne face à l’Euro tout en connaissant une dépréciation de 20% à 30%. Cette dépréciation devrait aboutir à une balance commerciale fortement excédentaire dans un délai de 6 mois à un an, garantissant les conditions de remboursement du prêt. De fait, les conditions d’une stabilité à moyen terme de la nouvelle monnaie grecque apparaissent comme bonnes. Ce fond de stabilisation pourrait bien être fourni par la Russie. Cet excédent commercial pourrait d’ailleurs être aussi accru par la levée des « contre-sanctions » prises par la Russie contre les productions agro-alimentaires des pays de l’UE, une levée qui pourrait dans un premier temps concerner la Grèce et la Hongrie. Par ailleurs, la Grèce devra faire défaut sur ses dettes libellées en Euro, ce qui ne sera pas sans poser quelques problèmes aux pays de l’Eurogroupe et à la BCE.

 

Plus généralement, un conflit irrémédiable entre la Grèce et les pays de l’Eurogroupe aboutirait à ce que la Grèce se tourne vers la Russie et la Chine à la fois pour les investissements (IDE) et pour les relations tant politiques qu’économiques.

 

IV. Un grand basculement

Une telle solution impliquerait un basculement dont le sens dépasse de loin le seul cas de la Grèce. Lors de la préparation de son voyage à Moscou qui doit avoir lieu le 8 avril, Alexis Tsipras a donné le ton le 31 mars en affirmant que les « sanctions contre la Russie ne mènent nulle part. »[5]. Cette déclaration était un désaveu très clair de la politique orientale de Bruxelles, en particulier au sujet de l’Ukraine. Voilà qui a de quoi inquiéter la Commission européenne. Athènes pourrait alors se décider à défendre les positions de la Russie au sein de l’UE, et ce en particulier si l’UE se montrait agressive avec la Grèce. Il n’est nullement de l’intérêt de la Grèce de quitter l’UE. Le gouvernement grec serait un bien meilleur allié de Moscou s’il restait membre de l’UE, tout en contestant systématiquement, et en les paralysant, toutes les décisions. Or, si l’on peut en théorie expulser un pays de l’UE, il faut pour cela obtenir l’unanimité des autres membres. Il est clair qu’il y aura toujours un ou deux autres pays qui refuseront de voter cette expulsion, ne serait-ce qu’en raison de la crainte qu’ils pourraient avoir d’être les prochains sur la liste des expulsés.

 

Ce refus d’aller plus avant dans la confrontation avec la Russie, refus qui – il faut le savoir – est très largement partagé en Grèce même par des forces politiques qui ne sont pas au gouvernement, pourrait d’ailleurs faire sortir du bois d’autres pays qui partagent en réalités ces positions : Chypre, la Slovaquie ou la Hongrie, par exemple. Mais, aujourd’hui, l’enjeu de ce voyage est sans doute encore plus grand. Il est clair que le conflit entre la Zone Euro et la Grèce est inévitable, et que ce conflit peut provoquer une sortie de l’Euro de la part de la Grèce. Le voyage à Moscou d’Alexis Tsipras, mais aussi les relations étroites que son gouvernement est en train d’établir avec la Chine et plus généralement avec les pays des BRICS, représente potentiellement un moment historique. Celui du reflux des institutions européennes de l’UE au profit d’une avancée, certes timide, certes prudente, mais néanmoins réelle des puissances émergentes, comme la Russie et la Chine, dans le jeu européen. C’est pour cela qu’il y a bien plus dans ce voyage que ce que l’œil d’un observateur peut voir.

 

La crainte de ce grand basculement doit aujourd’hui commencer à s’immiscer dans les cerveaux quelque peu embrumés des dirigeants européens. Quelles sont alors leurs possibilités ? Ils peuvent céder, tout ou partie, de ce que demande Syriza. On l’a déjà dit, une telle solution porterait en elle la condamnation implicite des politiques d’austérité. Il ne faudrait guère attendre pour que d’autres pays, tels l’Espagne et le Portugal, adorant ce qu’hier ils avaient brulé, ne se décident alors à embrasser les demandes de la Grèce. Le risque est immense de voir la politique établie par l’Allemagne et au profit de l’Allemagne voler alors par dessus les moulins. Le gouvernement allemand en est conscient, et c’est pourquoi il mène un « front de la fermeté » sur ces points. Mais, à tenir une position intransigeante avec la Grèce, ces mêmes dirigeants prennent le risque d’un éclatement de toute la construction politique qu’ils ont accomplie depuis plus de quinze ans. On le voit, et ceci quelle que soit l’issue de cette crise, c’est à la fin de la construction européenne telle qu’elle s’est faite depuis maintenant près de vingt-cinq ans que nous sommes en train d’assister. L’expression « grand basculement » apparaît donc comme bien appropriée. Reste à savoir comment les gouvernants français s’adapteront à cette nouvelle situation.

 

Notes

[1] http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-grece-s-engage-a-rembourser-le-fmi_1668428.html

[2] http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/la-bce-demande banques-grecques-de-ne-plus-acheter-de-dette-d-athenes-463735.html

[3] Blanchard O. et D. Leigh, « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers », IMF Working Paper, n°13/1, janvier 2013.

[4] Sapir J., “Éléments d’une histoire économique de l’URSS : quelques questions sur la croissance”, in Historiens et Géographes, n°351, décembre 1995, pp.191-218. Idem, “La guerre civile et l’économie de guerre, origines du système soviétique”, in Cahiers du Monde Russe, vol. 38, n°1-2, 1997, pp. 9-28.

[5] http://www.theguardian.com/world/2015/mar/31/alexis-tsipras-greece-russiarelations

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 14:45
par Stathis Kouvelakis

repris sur  Comité Valmy

 

 Avec son style inimitable, Wolgang Schäuble, le ministre allemand des finances, avait déclaré dès la conclusion de l’accord entre la Grèce et  les autres membres de l’Eurogroupe, le 20 février dernier : « le gouvernement grec aura du mal à faire passer cet accord auprès de son électorat ». En réalité, l’électorat semble se montrer compréhensif vis-à-vis d’un gouvernement soumis à un chantage permanent, qui a tenté un exercice auquel aucun de ses prédécesseurs n’avait sérieusement songé : négocier le plus durement possible dans le cadre de l’euro pour sortir le pays de la cure d’austérité qui l’a plongé dans une dépression sans fin.

 

Selon un sondage récent, Syriza bénéficie d’un solide soutien populaire. En cas de nouvelles élections, il obtiendrait 41,3%, des suffrages, avec 20 points d’avance sur la Nouvelle Démocratie. La même enquête pointe un paradoxe apparent : l’accord conclu avec l’Eurogroupe le 20 février est jugé par 70% des personnes interrogées « meilleur » ou « plutôt meilleur » que le précédent, mais une majorité relative (39%) pense également qu’il est « certainement » ou « plutôt », la continuation des Mémorandums contre 31% qui sont de l’avis contraire et presque autant qui se déclarent « sans avis » sur cette question.

 

Il semble donc bien que l’opinion publique pense que le gouvernement a fait ce qu’il a pu dans le contexte donné sans pour autant adhérer à sa rhétorique autojustificatrice, qui s’efforce de présenter le résultat comme un « succès ». Raison pour laquelle, les taux d’approbation d’options visant à durcir la stratégie suivie lors des négociations sont les plus élevés jamais enregistrés jusqu’à présent, avec 44% se déclarant en faveur de mesures de contrôle des capitaux (52% contre) et 38% en faveur d’une sortie de la zone euro, avec 60% d’avis contraire.

 

Un « coup d’état soft »

Reste que l’accord en question représente un sérieux recul pour le gouvernement Syriza, obligé à des concessions de taille : reconnaissance de l’intégralité de la dette, engagement à éviter toute « mesure unilatérale » susceptible d’avoir un impact budgétaire ou de menacer la « stabilité financière », reconduction enfin de la tutelle de la Troïka elle-même, désormais appelée « Institutions ». La liste des « réformes » envoyée par Yanis Varoufakis le 25 février à ses homologues complète le tableau : le gouvernement grec s’engage à poursuivre les privatisations, à introduire de la « flexisécurité » dans un marché du travail déjà dérégulé et à tenter d’améliorer la qualité des services publics à dépense strictement constante. Les engagements préélectoraux de Syriza paraissent bien loin…

 

Alexis Tsipras a certes obtenu un répit de quatre mois, qui devrait assurer les besoins de financement du pays et de son système bancaire. Mais le discours qu’il a tenu depuis et visait à présenter l’accord comme un « succès » et une « démonstration des possibilités de négociation au sein du cadre européen » n’a pas tardé à sonner faux. Le gouvernement se trouve les mains liées, dans l’incapacité de réaliser la plupart de ses engagements électoraux et de sortir le pays du corset des « Mémorandums » honnis. Il en a résulté une paralysie presque irréelle pour un gouvernement de la gauche radicale, avec un travail législatif au point mort, et un flot de déclaration contradictoires et/ou dilatoires sur la quasi-totalité des mesures emblématiques qui avaient été annoncées lors des premiers jours du gouvernement, tout particulièrement sur le relèvement des salaires, la suppression des taxes foncières particulièrement pénalisantes pour les couches moyennes et populaires, le relèvement du seuil de non-imposition, bref l’essentiel de ce qui aurait permis de donner un bol d’air à une société exsangue.

 

Syriza se trouve en fait confronté à ce que certains qualifient de « coup d’état européen soft », où les armes monétaires et les techniques de manipulation de la communication ont remplacé (pour l’instant en tout cas) les chars d’assaut, et qui lui interdit de mettre en œuvre le programme pour lequel il a reçu un mandat populaire. Plus grave encore : si cet état de choses se perpétue, le « temps gagné » de ces quatre mois couverts par l’accord du 20 février pourrait fort bien jouer contre le gouvernement, conduisant à l’érosion du soutien populaire et permettant à l’adversaire de réorganiser ses forces et de contre-attaquer. Et, surtout, il n’y a aucune raison de penser que, si la même approche que celle que suivie par la délégation grecque à Bruxelles le mois dernier est maintenue, le résultat lors du nouveau round de négociations qui s’ouvrira en juin pourrait être différent. D’autant que ce dont il sera question ne portera pas sur un arrangement transitoire de quelques mois mais sur des engagements de long terme.

 

Vers une « désobéissance contrôlée » ?

Les critiques n’ont donc pas tardé, et elles se sont manifestées au sein même du Syriza, à son plus haut niveau. A l’issue d’une réunion marathon de douze heures, le 27 février, environ un tiers du groupe parlementaire a manifesté son opposition à l’accord lors d’un vote indicatif. Pas moins de six ministres ont marqué leur désapprobation par un votes « blanc », à savoir les quatre ministres issus des rangs de la Plateforme de gauche (Panagiotis Lafazanis, Dimitris Stratoulis, Nikos Chountis et Costas Isyhos), auxquels se sont ajoutés Nadia Valavani (vice-ministre des finances) et Thodoris Dritsas (vice-ministre au développement). Ils ont été rejoints par la présidente de l’Assemblée nationale, Zoé Kostantopoulou, qui n’a pas hésité à voter contre. Cette fronde a obligé Alexis Tsipras à reporter sine die toute idée de soumettre l’accord du 20 février à un vote parlementaire, qui ne ferait que révéler les fractures au sein de sa propre majorité.

 

Les résistances ont franchi un nouveau seuil lors de la réunion du comité central de Syriza, qui s’est tenue le week-end dernier. L’aile gauche du parti, emmenée par l’actuel ministre du redressement productif Panagiotis Lafazanis, s’est livré à une démonstration de force en réussissant à rassembler 41% des voix sur un amendement rejetant aussi bien l’accord de l’Euro que la « liste Varoufakis » des réformes à mener. Pour la Plateforme de gauche, le gouvernement doit sortir du cadre des accords signés et mettre en œuvre certains de ces engagements-phare, en se passant de l’accord préalable des « Institutions ». En vue des négociations de juin, elle propose « un plan alternatif », qui n’hésiterait pas devant des mesures unilatérales, y compris, en cas de nouveau chantage à la liquidité, une rupture avec le cadre de l’euro. Et pour « avancer dans ce sens », et pour la gauche de Syriza propose de s’« appuyer sur les luttes ouvrières et populaires, de contribuer à leur revitalisation et à l’élargissement continu du soutien populaire ». Les médias ont aussitôt fait état d’un parti divisé sur les choix stratégiques et peu enclin à accepter le carcan imposé par les instances de l’UE.

 

C’est toutefois un nouveau point d’équilibre qui semble se dégager aussi bien du discours d’Alexis Tsipras devant le comité central que des annonces ministérielles qui ont suivi. Le gouvernement s’oriente à présent vers une sorte de « désobéissance contrôlée » vis-à-vis de la tutelle européenne. Tsipras a annoncé la présentation imminente de cinq projets de loi, qui porteront sur les mesures d’urgences pour faire face à la crise humanitaire, le règlement des arriérés au fisc selon des modalités favorables aux contribuables modestes, l’interdiction de la saisie des résidences principales pour cause de dette, la reconstitution de l’audiovisuel public et la constitution d’une commission d’enquête sur les responsabilités des politiques qui ont conduit à la signature des Mémorandums.

 

Le projet de loi pour résoudre la crise humanitaire a depuis été présenté au parlement, mais il faut souligner qu’il ne constitue qu’unε version fortement revue à la baisse du « premier pilier » du programme de Thessalonique, du fait notamment des conditions restrictives fixées pour avoir accès aux aides offertes. Son coût est évalué à 200 millions d’euros contre 1,8 milliard pour celui correspondant aux engagements préélectoraux, ou même 1,3 si on enlève les 500 millions prévus pour le rétablissement d’un treizième mois pour les bénéficiaires de la pension minimale. Il est toutefois complété par les mesures annoncées par le ministre des affaires sociales, Dimitris Stratoulis, qui annulent les coupes sur les retraites que le précédent gouvernement s’était engagé à effectuer courant 2015. Stratoulis, l’une des figure de proue de la Plateforme de gauche, a par ailleurs déclaré qu’il ne comptait soumettre le moindre de ses projets à l’accord préalable des « Institutions », seul le ministre des finances étant celui-lui chargé de discuter avec la Troïka relookée. Quant au salaire minimum, le projet de loi visant à le ramener à son niveau de 2009, soit 751 euros brut, en deux étapes (l’une au cours de cette année, la seconde en 2016), ainsi qu’à rétablir les conventions collectives, est attendue d’ici deux semaines.

 

Pour compléter ce tableau de désobéissance sélective, il faut mentionner les initiatives du ministre du redressement productif, et dirigeant de l’aile gauche de Syriza, Panagiotis Lafazanis qui à bloquer la poursuite des trois projets sans doute les plus emblématiques de la politique d’ « accumulation par dépossession » poursuivie à marche forcée par les gouvernements précédents : la poursuite du dépeçage de la compagnie d’électricité qui visait à privatiser sa partie « rentable », l’exploitation à à ciel ouvert de la mine d’or de Skouries dans la Chalcidique, cédée dans des conditions scandaleuses au mastodonte de l’extractivisme Eldorado Gold et la cession du terrain de l’ancien aéroport d’Athènes à un prix dérisoire à un holding constitué par le milliardaire grec Latsis associé à des capitaux qataris.

 

Vers un nouveau round d’affrontement

Cette orientation ne pourrait que compliquer davantage les rapports avec les « Institutions » et cela alors que la situation économique se dégrade fortement. Confronté à un effondrement des rentrées fiscales qui pourrait conduire à un défaut de paiement désordonné, le gouvernement a annoncé son intention de reporter le versement des obligations de la BCE qui viennent à échéance, pour pouvoir honorer celles du FMI.

 

Mais Wolgang Schäuble ne l’entend pas de cette oreille. Dans un entretien accordé à l’édition dominicale de Bild Zeitung, il a averti les dirigeants grecs qu’un quelconque retard dans le remboursement de la dette serait automatiquement considéré comme un défaut de paiement. Il leur a également enjoint de mettre en œuvre immédiatement les « réformes » auxquelles ils se sont engagés sous peine de se voir refuser le moindre financement. Une menace à prendre d’autant plus au sérieux que la BCE n’a toujours pas levé les restrictions à l’approvisionnement en liquidité des banques grecques, plus que jamais dans un état critique. Mario Draghi a même tenu à préciser que ces restrictions ne seraient levées que si le conseil de la BCE « décidait que les conditions pour un achèvement réussi du programme sont réunies », tout en exprimant de fortes « réserves » concernant les réformes envisagées par Athènes.

 

Au total, il apparaît que, loin de résoudre la crise grecque, l’issue de ce premier round de négociations mouvementées n’était qu’une première étape d’un affrontement prolongé entre le premier gouvernement européen de gauche radicale et une Union Européenne plus que jamais retranchée dans la défense de la « cage de fer »* des politiques néolibérales. Il reste à voir si le gouvernement Syriza, mais aussi le parti et les mouvements sociaux, sauront mettre à profit ces quatre mois pour élaborer une stratégie alternative en mesure de briser ce carcan et d’éviter la répétition des déboires de février.

 

*Référence au concept du sociologue allemand Max Weber, qualifiant le capitalisme de "Stahlkäfig", "cage d’acier [Note de Tlaxcala]

Stathis Kouvelakis Στάθης Κουβελάκης

Stathis Kouvelakis enseigne la philosophie politique au King’s College de l’université de Londres. Membre de la rédaction de la revue Contretemps , il a dirigé l’ouvrage Y a t il une vie après le capitalisme ? (Le Temps des Cerises, 2008) et il est l’auteur de La France en révolte : Luttes sociales et cycles politiques (Textuel, 2007) et de Philosophie et révolution, De Kant à Marx (PUF, 2003). Il est membre du comité central de la Coalition de gauche grecque SYRIZA -EKM.

Sources :

https://www.ensemble-fdg.org/content/syriza-sur-la-corde-raide

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp ?reference=14368

Date de parution de l’article original : 05/03/2015

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 09:38
 par Jean Lévy

 

Il a fallu un mois à la direction de Syriza pour trahir ses promesses électorales et l’attente de ses électeurs.

 

PCF Front de Gauche Gauche européenne. Le PCF souhaite l’unité du Front de gauche derrière Alexis Tsipras

 

Le congrès du PGE se conclut dans l‘unité et le rassemblement.

 

La gauche européenne est en marche pour intensifier son combat contre l’austérité avec Alexis Tsipras

 

Les dirigeants du PCF et du Parti de Gauche ont bonne mine. Ils s’annonçaient, triomphant, les sosies de Syriza. Jean-Luc Mélenchon se voyait déjà comme le "Tsipras français"...Or, en quatre semaines, celui-ci troquait sa veste de "chevalier rouge" au sein de l’Europe, en politicien sans principe.

 

Un retournement encore plus rapide que celui opéré par François Hollande ! Un record toutes catégories...

 

Cette leçon va-t-elle conduire les responsables communistes et ceux du PG à tirer la leçon bien amère des évènements ?

 

Vont-ils en conclure qu’aucun ’deal’ n’est possible entre le capital financier, qui est la tête pensante de l’Union européenne, les politiciens de Bruxelles chargés d’exécuter ses "directives" et les forces de progrès qui se prononcent pour un monde différent ?

 

Celles-ci vont-elles enfin déduire de l’expérience de Grèce que nul avancée démocratique, la plus minime soit-elle, ne peut être envisagée dans le cadre de l’Union européenne , celle-ci n’existant que pour réduire à néant tout rêve d’émancipation des peuples ?

 

La réflexion va-t-elle conduire dirigeants PCF et Front de Gauche à considérer enfin que la libération sociale ne peut se concevoir sans libération nationale, et qu’aucun progrès social n’est possible sans que les peuples soient maîtres de leur destin, autrement dit sans que leur souveraineté (soit) entièrement recouvrée ?

 

Au PCF et au Parti de Gauche de répondre.

 

Choisiront-ils Alexis Tsipras ou Manolis Glezos ?

 

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 18:05
 (Grexit, de Grèce et exit = sortie de la Grèce de l’euro)

Par Jacques Sapir

24 février 2015

La possibilité d’une sortie de la Grèce de la zone Euro, qu’elle soit voulue ou qu’elle soit subie, devient de plus en plus vraisemblable d’ici le début du mois de juillet prochain. Le fait que le gouvernement grec et l’Eurogroupe aient pu trouver un accord pour les quatre mois nous séparant de cette date ne change rien à l’affaire. Il faudra poser la question soit de l’annulation d’une partie de la dette, soit de sa transformation (en réalité un moratoire sur près de trente ans). Or, l’on sait que ces deux hypothèses sont également rejetées par l’Allemagne. Il convient donc de regarder un certain nombre de paramètres de la Grèce pour se faire une idée réelle de ce qu’un « GREXIT » signifierait.

La question fiscale

Le premier point concerne la question fiscale. On affirme que la Grèce a vécu « au dessus de ses moyens » et qu’elle doit « payer » pour ses errements passés. En réalité, quand on regarde les recettes publiques on constate d’une part que la situation de la Grèce n’était pas en 1995 différente de celles du Portugal et de l’Espagne, et qu’elle a fait un effort important de 1995 à 2000 arrivant au niveau des Pays-Bas.

 

Graphique 1

 

Source FMI

Cet effort s’est relâché de 2000 à 2004, mais il a repris par la suite et aujourd’hui la Grèce se trouve avec un même niveau de recettes que l’Allemagne, et un niveau légèrement supérieur au Portugal et aux Pays-Bas, et même très nettement supérieur à celui de l’Espagne. Bien sur, elle reste en-deçà de pays comme l’Italie et la Finlande. Mais rien n’autorise à dire que l’effort fiscal des grecs ne fut pas important, même si on peut penser qu’il est mal réparti et que proportionnellement la partie la plus pauvre de la population paye le plus.

Par contre, les dépenses publiques sont toujours restées très importantes, voire excessive. C’est en partie le problème des JO de 2004, mais pas seulement.

 

Graphique 2

Source FMI

 

En fait, les dépenses publiques explosent de 2007 à 2009 sous l’influence de trois facteurs : d’une part des mesures anti-crises en 2008, mais aussi (et surtout) des libéralités du gouvernement (conservateur) pour gagner les élections de 2009 (ce qui fut politiquement un échec) et d’autre part la montée des taux d’intérêts qui commencent à créer un « effet Ponzi » de la dette. Alors que la croissance économique se ralentit et que la croissance nominale (croissance du PIB réelle x taux d’inflation) diminue, la hausse des taux, sur un volume élevé de dettes publiques, rend insupportable le poids des intérêts. En fait, ce mécanisme Ponzi (appelé ainsi car il évoque les pyramides financières où les intérêts des premiers déposants sont payés par de nouveaux souscripteurs) explique largement la montée régulière de la dette publique à partir de 2009, et une très large part de l’excès des dépenses publiques.

 

On sait que la Grèce a atteint un excédent budgétaire primaire (soit hors les remboursements de la dette). Cela veut dire que si la Grèce faisait défaut sur sa dette, estimant que les intérêts payés depuis 2009 ont éteint une grande partie de cette dernière, elle pourrait financer sur ses propres bases ses dépenses publiques. En d’autres termes, si la Grèce fait défaut, et si elle sort de l’Euro, elle n’a plus besoin d’emprunter pour boucler son budget. C’est un premier point qu’il faut avoir à l’esprit quand on parle d’un possible GREXIT. La Banque Centrale de Grèce n’aurait pas à monétiser des sommes importantes, ce qui exclut le risque d’hyperinflation qui est souvent avancé par les adversaires de la solution du Grexit.

 

Epargne et investissement.

Mais, dira-t-on, la Grèce a besoin d’emprunter pour investir. Elle ne peut se couper des marchés financiers, ce qui arriverait en cas de sortie de la zone Euro. En fait, la chute des investissements a été telle que, depuis 2013, l’épargne interne est supérieure à l’investissement.

 

Graphique 3

Source FMI

 

Si l’on part de l’idée que les recettes fiscales seront égales aux dépenses (et qu’il ne faudra pas emprunter pour couvrir un déficit budgétaire) ce point, bien montré dans le graphique 3 est important. En fait, jusqu’en 1994, l’écart entre les investissements et l’épargne est peu important. Cet écart devient par contre considérable à partir de 1999, très certainement à cause des investissements décidés dans le cadre de la préparation des JO de 2004, mais il continue à croître par la suite. En 2009, le flux d’épargne annule n’est que de 15 milliards alors que les investissements atteignent 37,5 milliards. Aujourd’hui, on est revenu à une situation ou la Grèce exporte son épargne. Ceci est lié à la contraction brutale de l’investissement mais cela signifie AUSSI que la Grèce peut parfaitement vivre « en circuit fermé » d’un point de vue financier. C’est un facteur important quand on cherche à évaluer la possibilité d’un GREXIT.

 

La question de la balance courante.

On rappelle ici que la balance courante confronte les importations et les exportations de biens et de services. On voit que la situation de la Grèce se caractérise par un léger déficit, le pays exportant environ 20-25% de son PIB. Par contre, par la suite, le déficit de la balance courante se creuse de manière astronomique, en particulier de 2004 à 2007, soit sous le gouvernement conservateur. Cette situation s’explique aussi par l’étouffement des exportations grecques du fait du renchérissement de l’Euro. La Grèce exporte à plus de 60% en dehors de la zone Euro. La hausse de l’Euro que l’on constate alors étrangle les industries et services exportant. La Grèce est, en 2013-2014, revenue à l’équilibre mais au prix d’une contraction dramatique des importations.

 

Graphique 4

Source FMI

 

On voit ici qu’une dévaluation de 20% à 30%, rendue possible par une sortie de l’Euro aurait des effets extrêmement positifs sur l’économie[1]. L’effet d’accroissement sur le volume du PIB serait important. La Grèce pourrait donc accroître ses importations (en biens d’équipements notamment) sans compromettre l’équilibre de la balance courante.

 

Ceci confirme donc une analyse intuitive. La Grèce est AUJOURD’HUI bien plus prête à une sortie de l’Euro qu’elle ne l’était en 2009 ou 2010. Une telle sortie, accompagnée d’un défaut sur la dette et d’une dévaluation de 20% à 30% aurait pour effet de dynamiser rapidement et profondément l’économie grecque. Ceci conduirait très certainement à des gains de productivité du travail importants, qui permettrait, dès 2016, des hausses de salaire importante sans compromettre la compétitivité retrouvée de l’économie grecque.

————————————————————————————–

[1] Artus P., « Dévaluer en cas de besoin avait beaucoup d’avantages », NATIXIS, Flash-Economie, note n°365/2012, 29 mai 2012,

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 18:33

Aujourd'hui Il demande au Peuple Grec de lui pardonner d’avoir contribué à cette illusion que constitue le compromis accepte par le gouvernement Tsipras avec l'Union Européenne. Source :  http://www.okeanews.fr/

 

Depuis Bruxelles, Manolis Glezos foudroie le gouvernement à propos des manœuvres durant les négociations avec les créanciers et du changement de discours de SYRIZA. Il rappelle qu' entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution c’est la liberté.

 

 

Par un article qu’il signe depuis Bruxelles où il se trouve, le député européen SYRIZA, Manolis Glezos, critique de manière particulièrement acerbe les manœuvres gouvernementales.

 

"Changer le nom de la troïka en « institutions », celui du mémorandum en « accord » et celui des créanciers en « partenaires », ne change en rien la situation antérieure", écrit le cadre historique de la Gauche qui apparaît déçu des derniers développements entre la Grèce et ses créanciers.

 

"Plus d’un mois est passé et la promesse n’est toujours pas transformée en acte. Dommage et encore dommage. Pour ma part, je demande au Peuple Grec de me pardonner pour avoir contribué à cette illusion", écrit-il en invitant les amis de SYRIZA à participer dans les plus brefs délais à un dialogue sur le parcours du parti et les manœuvres en cause.

 

L’article de Manolis Glezos a été publié aujourd’hui sur le site du Mouvement ‘Citoyens Actifs’  :

 

Changer le nom de la troïka en « institutions », celui du mémorandum en « accord » et celui des créanciers en « partenaires », ne change en rien la situation antérieure.

 

L’on ne change pas non plus, bien entendu, le vote du peuple Grec aux élections du 25 janvier 2015.

 

Il a voté pour ce que SYRIZA avait promis : abolir le régime d’austérité qui n’est pas seulement une stratégie de l’oligarchie allemande mais aussi de celle des autres pays créanciers de l’Union européenne et de l’oligarchie grecque.

 

Nous abolissons les mémorandums et la troïka, nous abolissons toutes les lois de l’austérité.

Au lendemain des élections, d’une seule loi, nous abolissons la troïka et ses effets.

Un mois est passé et cette promesse n’est toujours pas transformée en acte.

 

Dommage et encore dommage.

 

Pour ma part, je demande au Peuple Grec de me pardonner d’avoir contribué à cette illusion.

 

Mais, avant que le mal ne progresse.

Avant qu’il ne soit trop tard, réagissons.

 

Avant toute chose, par le biais d’assemblées extraordinaires, dans toutes les organisations, quel qu’en soit le niveau, les membres et les amis de SYRIZA doivent décider s’ils acceptent cette situation.

 

D’aucuns prétendent que, pour obtenir un accord, il faut savoir céder. En tout premier lieu, entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution c’est la liberté.

Mais, même si nous acceptions cette aberration, ce que les gouvernements antérieurs ont fait avec le chômage, l’austérité, la pauvreté, les suicidés, en soutenant les mémorandums, va bien au-delà de toute limite de compromis.

Manolis Glezos, Bruxelles, le 22 février 2015

 

Le lendemain le compositeur grec Mikis Theodorakis s’est aligné sur la position de Glezos  :

 

"Alexis, dit Non au NEIN de Schäuble, amende toutes les mesures d’austérité des programmes d’aide maintenant!"

 
 
 
 
 
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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 17:17
Par Jacques Sapir
mardi 17 février 2015, source Comité Valmy

 

 

France 5 va diffuser, mardi 17 février, un soi-disant « documentaire » (en réalité une « docu-fiction ») sur une sortie de l’Euro[1]. J’ai été interviewé dans la préparation de ce « document ». Ce que j’en ai vu ne plaide pas en sa faveur. Ce n’est pas l’Euro à la télévision mais la télévision qui se saisit, et dans le plus mauvais sens du terme, de l’Euro. Passons sur le fait que les personnes doutant de l’Euro, ou les partisans d’une dissolution de la zone Euro ne sont que très faiblement représentées. Le plus grave est la volonté consciente et délibérée des réalisateurs de provoquer une inquiétude, voire une panique, dans l’opinion. On détaillera ici les principales remarques.

 

1.L’hypothèse présentée (une crise des banques en Italie) est absurde. Aucun pays ne sortira de l’Euro en raison d’une crise bancaire. Nous en avons connu par le passé et il ne fut jamais question d’une sortie de l’Euro. Une crise de liquidité peut être gérée par la BCE ou par la Banque Centrale du pays considéré. Les seules raisons qui peuvent provoquer une sortie de l’Euro sont la question des dettes souveraines et des difficultés économiques de compétitivité insurmontables rendant impératives une dépréciation de la monnaie.

 

2.Le ton de cette « docu-fiction » est volontairement alarmiste et même catastrophiste. On sent la volonté délibérée d’affoler la personne qui regarde. C’est une attitude indigne et honteuse de la part de France 5.

 

3.De nombreuses erreurs factuelles, que j’avais signalées, sont pourtant reproduites dans cette « fiction ». Il en est ainsi de la question des dettes (aucune mention n’est faite de ce qu’un bon du Trésor est remboursable dans la monnaie du pays émetteur quelle que soit cette monnaie), la question de la hausse des prix est traitée de manière absurde ainsi que la « panique bancaire ». On ne voit pas pourquoi et surtout comment une conversion de l’Euro à une monnaie nationale provoquerait une panique bancaire. Rappelons que dans le cas de la crise de Lehmann Brother, c’était par la destruction d’une partie de l’actif (les dettes considérées comme « mauvaises ») mais surtout en raison d’une crise de liquidité internationale que les banques ont eu des problèmes. Dans le cas d’une sortie de l’Euro, il n’y aura aucune crise de liquidité internationale, et la question du passif des banques a été étudiée en 2012, montrant que dans l’ensemble des pays (sauf l’Espagne) il n’y aurait aucun problème.

 

4.L’idée d’une interruption du commerce international, qu’agite ce pauvre Dessertine est tout aussi absurde. Il n’hésite pas à travestir la réalité des faits pour faire passer son discours : la chute du commerce international en 1930 n’est nullement le produit des dévaluations (qui sont pour la plupart survenue après, d’ailleurs), mais de la crise de liquidité générale, engendrée par la faillite des banques américaines. Ce point a été établi il y a des années dans une étude du NBER[2] (via la contraction du crédit qui toucha plus particulièrement les firmes commerciales[3]). C’est l’extension de cette crise de liquidité qui a provoqué l’extension de la crise en Europe, et non les dépréciations monétaires ou le protectionnisme[4]. Les conditions d’assurance du trafic maritime se sont détériorées et les moyens financiers des négociants maritimes se sont contractés brutalement. Un produit est vendu par une entreprise française en France et non plus en Euro. Si le Franc est dévalué par rapport à l’Euro, cela avantage l’acheteur. Pourquoi ce dernier refuserait-il de faire ce qu’il peut considérer comme une « bonne affaire » ? Le Franc (comme la Lire) se dévaluerait en fonction du déséquilibre actuel de notre balance commercial. Cela implique une dévaluation d’environ 20% (25-30% pour la Lire).

 

5.Les effets positifs d’une sortie de l’Euro (relance de l’activité économique, afflux de touristes, investissements étrangers) sont systématiquement passés sous silence. La relance de l’activité viendrait non seulement des exportations mais des gains sur le marché intérieur (substitution aux importations). L’attrait touristique de la France, déjà élevé, se verrait accru par une dévaluation de 20%. Enfin, les investissements directs étrangers seraient attirés à la fois par la baisse du prix (effet de la dépréciation du Franc) et par l’activité économique. De ces aspects positifs, qui se feraient assez rapidement sentir et qui se manifesteraient de 3 à 5 ans à la suite de la dislocation de l’Euro, il n’est rien dit. Cela confirme que l’on est en présence d’une fiction « à charge » dont le seul but est de faire peur.

 

6.L’ensemble des discours argumentant qu’une dissolution de la zone Euro conduirait à un retour des conflits qui ont ensanglanté l’Europe au XXème siècle relève de la même démarche. La Suède et la Grande-Bretagne ne font pas partie de la zone Euro (techniquement de l’UEM), et pourtant on ne voit pas les conflits s’exacerber avec ces pays ou bien même entre ces pays. Par ailleurs, peut-on vraiment prétendre qu’il y a aujourd’hui moins de conflits et de ressentiments entre la Grèce, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne qu’il y en avait avant 1999 ? On mesure l’absurdité, mais surtout la malhonnêteté insigne des gens qui nous affirment tout de go que « l’Euro c’est la paix ».

 

7.Par contre, deux choses sont montrées qui ont un certain intérêt. D’une part, qu’en cas de sortie d’un pays comme l’Italie (ou l’Espagne) la France ne pourrait pas rester dans l’Euro. C’est un point important. A cet égard, il convient d’oublier toutes les stupidités sur l’appartenance de la France au « Nord » ou encore l’idée d’opposer un « nord » vertueux à un « sud » qui ne le serait point. Il y a des réalités économiques, des spécialisations industrielles, dont les effets s’imposent et s’imposeront, que les politiques le veuillent ou non. D’autre part, que si nous décidons de sortir de l’Euro, il faut le faire vite. Il ne serait pas raisonnable de laisser s’écouler plusieurs semaines entre la décision et son application.

 

Le téléspectateur peut donc oublier cette « fiction » et ce consacrer à autre chose. Un véritable documentaire accompagné d’un véritable débat reste à produire. Mais il est clair qu’il ne faut compter sur les chaînes du « service public » pour tenir ce rôle, pourtant fort nécessaire, d’information des citoyens.

 

[1] http://www.lepoint.fr/economie/bye-bye-l-eururo-16-02-2015-1905300_28.php

[2] A. Estevadeordal, B. Frants, A. M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », NBER Working Papers Series, n° 9318, Cambridge, National Bureau of Economic Research, 2002

[3] J. Foreman-Peck, A History of the World Economy : International Economic Relations since 1850, New York, Harvester Wheatsheaf, 1995, p. 197.

[4] A. Schubert, The Credit-Anstalt Crisis of 1931, Cambridge, Cambridge University Press, 1991

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.


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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 14:44

Par Descartes

Source Comité Valmy

 

 

C’était inévitable. Je veux bien entendu parler de la réaction enthousiaste de la « gauche radicale » française le soir de l’élection grecque. Dans la maison Mélenchon, la consigne – martelée par son entourage – était simple : « je suis Tsipras » (ou plutôt, avec l’exquise modestie qui caractérise le personnage, « Tsipras est « le Mélenchon grec »). Chez Pierre Laurent, le ton est comme d’habitude plus mou, mais le cœur y est : « la victoire de Syriza ouvre la voie au changement en Europe ». Chez « Ensemble », où le ridicule ne tue d’évidence pas – sans quoi ce groupuscule serait déjà plusieurs fois mort – on compare la victoire de Syriza à « la rupture fondamentale dans l’histoire connue de l’humanité [qui] s’est produite en Grèce [il y a 2500 ans]. Pour la première fois, des êtres humains ont affirmé explicitement que les lois qui les gouvernent sont issues d’eux-mêmes et non pas d’une source extérieure à eux-mêmes (Dieu, les dieux, les ancêtres, la tradition, etc.), et qu’en conséquence, ils peuvent donc les changer ». Ce qui est légèrement exagéré. Mais la tonalité dans la « gauche radicale » est globalement celle-là. Il n’y a que les pisse-vinaigre de Lutte Ouvrière pour marmonner que le salut des travailleurs ne viendra que des travailleurs eux-mêmes, sans intermédiaires, et qu’il faut donc se méfier de tout et de tous.

 

Loin de moi l’idée de refuser à ces gens une opportunité d’être joyeux. Après tout, dans la dure époque qu’il nous est donné de vivre, les opportunités de se réjouir sont rares. D’autant plus que la victoire de Syriza, si elle est moins « révolutionnaire » qu’on ne veut bien le dire, ouvre effectivement des perspectives intéressantes. Mais ces perspectives ne se trouvent probablement pas là où notre « gauche radicale » les imagine… Pour le comprendre, il faut revenir comme toujours à l’enfance de l’art, c’est-à-dire, à l’analyse de classe.

 

La Grèce en 1981, comme l’Espagne en 1986, rejoignent non pas l’Union européenne, qui n’existe pas à l’époque, mais la Communauté européenne. Cette remarque peut paraître banale, mais il faut s’en souvenir de cette « Europe à douze » pour comprendre combien le contexte a changé. Coté allemand, l’unification était encore un rêve et la réadmission des allemands dans l’espèce humaine pas encore tout à fait acquise. Pour l’Allemagne, l’intégration européenne était perçue comme l’instrument politique pour réaliser ces objectifs. Côté français, on imaginait encore une « Europe française » qui servirait comme substitut à la puissance perdue, une intégration européenne se faisant sur le modèle français. Pour les américains, enfin, la construction européenne était un moyen d’unir le vieux continent contre l’Union Soviétique et lui faire partager le fardeau de la défense européenne. Et pour faire plaisir à Washington et réaliser ces rêves – dont on ne s’aperçut pas à l’époque combien ils étaient contradictoires - allemands et français étaient prêts à mettre la main à la poche. Et à signer d’énormes chèques. Avec l’argument de la « mise à niveau », d’énormes masses d’argent ont été déversées sur l’Espagne et la Grèce pendant vingt ans, sans compter les avantages douaniers sans réciprocité et les délocalisations dont ces pays ont bénéficié.

 

Ce sera pour ces deux pays vingt-cinq ans – une génération - de fête endiablée. Le déversement massif des fonds structurels dope la demande et permet une croissance rapide de la consommation et du niveau de vie. Bien sur, il y a toujours quelques aigris qui cherchent à gâcher la fête, dont quelques économistes qui ont eu la témérité de pointer le fait que lorsque les richesses consommées croissent beaucoup plus rapidement que les richesses produites, le système doit à un moment où un autre se gripper. Mais ils furent réduits au silence par la « vodoo economics » reaganienne servilement copiée à Paris, à Bonn et à Bruxelles. La mise en place de l’Euro dans la décennie 1990 a permis de maintenir le système en mouvement, le tarissement des « fonds structurels » européens étant compensé par la capacité à emprunter presque sans limite à faible taux rendue possible par l’illusion de solvabilité créée par la monnaie unique.

 

Cette période permet la constitution d’une « classe moyenne » relativement nombreuse, et un enrichissement de l’ensemble de la population qu’on pourrait presque comparer aux « trente glorieuses » de chez nous. Mais il y a une différence fondamentale : les « trente glorieuses » françaises sont une période de croissance endogène, avec une croissance économique qui résulte d’une augmentation continue de la productivité des facteurs de production, tirée par modernisation réelle de l’appareil de production et des infrastructures ainsi qu’un effort éducatif massif. La « fête » espagnole et grecque des années 1980-2000 est au contraire une croissance exogène, tirée par le déversement de fonds européens puis par un endettement privé et public massif et par le développement conséquent de « bulles » financières.

 

Ce système de « cavalerie » financière a permis à beaucoup de pays européens de vivre au dessus de leurs moyens, c’est-à-dire, de leur productivité réelle. Pour certains, le fossé entre la productivité réelle et le niveau de vie était énorme. La crise de 2009 n’a fait que révéler que le roi était nu, vérité que le culte eurolâtre avait réussi à cacher jusqu’alors derrière l’illusion de la solidarité illimitée entre les pays européens en matière de dette, illusion qui a volé en éclats quand l’Allemagne a refusé – mais elle n’était pas toute seule – de payer pour les autres. Tout à coup, les prêteurs ont découvert le risque et ces pays ont été ramenés brutalement à la réalité économique, à savoir, qu’on ne peut consommer plus qu’on ne produit qu’aussi longtemps qu’on arrive à trouver un prêteur naïf.

 

La fête est terminée, et l’adition est arrivée. Toute la question, c’est de repartir l’adition entre les convives, sachant qu’aucun d’eux n’a envie de payer, ni pour les autres, ni pour lui-même. La logique européenne étant ce qu’elle est, il est impossible de faire payer le capital. La libre circulation implique nécessairement que celui-ci migre vers les cieux les plus favorables, et donc, pour faire simple, il est impossible de le taxer au-delà de ce que font les voisins. Dans ces conditions, le discours de celui qui refuse de payer l’addition, pour peu qu’il soit crédible, est terriblement attractif. Du point de vue de la sociologie électorale, c’est le discours de rassemblement presque parfait, puisqu’en dehors des créanciers – et la dette grecque est détenue essentiellement par des étrangers – tous les électorats y gagnent.

 

Syriza n’a pas gagné cette élection sur une promesse de changement politique ou social. Pas de révolution prolétarienne à l’horizon, pas même une réforme en profondeur des institutions de la République grecque. Point de sortie de l’Union européenne ou de l’Euro. Point de fin du libre-échange ou de « protectionnisme intelligent ». En fait, Syriza a gagné avant tout sur une plateforme très étroite et qu’on peut résumer en une formule : « l’Europe peut et doit payer ». Où Syriza se propose de trouver l’argent pour payer l’augmentation du salaire minimum, la réembauche de certains fonctionnaires renvoyés par le gouvernement précédent, la relance de l’économie ? Dans les poches européennes, soit par le réemploi de fonds structurels, soit par l’abandon des créances détenues ou garanties par d’autres pays ou par la BCE. Bien sur, on peut sympathiser avec Alexis Tsipras et son discours sur la « dignité » des grecs. Mais derrière ce discours, quelle est la proposition pour une Grèce qui vivrait de ce qu’elle produit, et non des transferts européens ?

 

C’est cela qui explique pourquoi les discours du genre « je ne veux pas payer » de Syriza en Grèce ou de « Podemos » en Espagne obtiennent un large soutien dans leur pays, toutes couches sociales confondues, alors qu’en France ce même discours reste du domaine de l’incantation. Le fait est que nous ne sommes pas, eux et nous, du même côté du transfert. Si demain on mettait en place en Europe des transferts inconditionnels entre les pays riches et les pays pauvres, comme ceux qui existent entre les régions d’une même nation, la France serait du côté des donateurs, alors que la Grèce ou l’Espagne seraient du côté des receveurs. Même si nous sommes moins revendicatifs sur ce plan que les Allemands, nos intérêts sont plus proches des leurs que de ceux des « pays du sud ».

 

Mais le triomphe de Tsipras met aussi en évidence d’autres différences fondamentales entre Syriza et la « gauche radicale » française quant à son positionnement dans le système politique. Il y a traditionnellement deux manières de faire de la politique. La première manière de faire de la politique, est d’exercer – ou d’aspirer à exercer – le gouvernement de la cité. La deuxième manière, c’est d’assumer le rôle « tribunitien », c’est-à-dire, d’interpeller ceux qui gouvernent au nom de ceux qui ne gouvernent pas. Ces deux manières de faire de la politique sont en fait parfaitement complémentaires. Il faut des gens qui gouvernent et qui cherchent à le faire de la meilleure manière possible, car sans eux on tomberait dans le chaos. Il faut aussi des tribuns pour mettre en tension le système, en assurant la surveillance de ceux qui gouvernent mais aussi en énonçant publiquement ce qui est désirable, alors que les gouvernants sont limités à ce qui est possible. Il n’y a donc pas lieu de mépriser « ceux qui causent » par rapport à « ceux qui font », pas plus qu’il n’y a lieu de porter aux nues les « purs » de la tribune par rapport aux compromis inséparables de l’exercice réel du pouvoir. Chacun a son rôle, et notre vie politique n’a jamais été aussi riche et créative que lorsque nous avions des partis de gouvernement forts au pouvoir, et des partis « tribuniciens » forts dans la rue.

 

Tsipras se place clairement dans la logique d’exercice du pouvoir. Avant même d’avoir gagné les élections, il a commencé à négocier une alliance parlementaire. Et une fois élu, il n’a pas hésité à s’allier avec un parti qui partageait ses objectifs en termes d’exercice du pouvoir plutôt que d’aller chercher les voix qui lui manquaient chez des gens plus proches de ses « valeurs », mais qui étaient sur un programme de gouvernement totalement différent. L’alliance de Tsipras avec ANEL – un parti souverainiste qui, dans notre échiquier politique, se situe quelque part entre Dupont-Aignan et Marine Le Pen – n’est pas un épiphénomène ou un choix de circonstance. C’est un acte symboliquement fondateur. En s’alliant avec un parti nettement à droite mais eurosceptique plutôt qu’avec un parti de centre gauche mais eurolâtre, Tsipras a montré qu’il était plus attaché aux réalités qu’aux idées, qu’il était prêt à sacrifier sa pureté idéologique pour pouvoir négocier avec l’Union européenne dans les meilleures conditions, soutenu par un allié qui ne lui ferait pas défaut.

 

Mélenchon – mais la question vaut aussi pour Laurent, pour Besancenot, pour Autain, pour Duflot – serait-il capable d’un tel pragmatisme ? On peut très sérieusement en douter. Voici l’entretien que le Petit Timonier rapporte lui-même dans son blog :

 

Q : En Grèce, Tsipras a noué une alliance avec des nationalistes de droite…

 

R : Il manque deux sièges à Syriza pour être majoritaire. Le parti communiste orthodoxe grec a refusé de soutenir Syriza. Le PS qui a gouverné avec la droite et l’extrême droite est haïe. Que devait faire Tsipras ? Retourner aux urnes.

 

Oui, vous avez bien lu. Si dans une situation de crise profonde, les électeurs avaient confié au FdG la majorité à deux sièges près, au lieu de se retrousser les manches et chercher à gouverner avec quiconque serait prêt à le soutenir dans ce qu’il considère être les politiques prioritaires, Mélenchon serait « retourné aux urnes »… A votre avis, quelle serait la réaction des électeurs devant un tel mépris de la réalité, une telle prétention à « gouverner seul ou pas du tout » ?

 

Cette réponse montre admirablement combien la « gauche radicale » française se situe dans une vision « tribunitienne » de la politique. Cela a toujours été vrai pour l’extrême gauche, et depuis que le PCF a cédé aux sirènes « libérales-libertaires » il ne reste pratiquement plus personne à la gauche du Parti Socialiste pour s’intéresser à l’exercice du pouvoir. Mélenchon réagit ici comme un « pur », qui ne saurait faire des compromis. Il oublie que – et c’est encore plus vrai en démocratie – le compromis est l’essence de l’exercice du pouvoir. Contrairement à ce qu’on croit trop souvent à gauche, gouverner ce n’est pas tendre le bras et dire « j’ordonne ». Avant de faire ce geste, il faut trouver un ordre que les gens aient envie – ou du moins soient prêts – à obéir. Sinon, on se ridiculise. A gauche on pense souvent qu’il suffit d’être ministre pour faire ce qu’on veut, et on est tout surpris quand cela ne marche pas. C’est que gouverner, comme disait Richelieu, consiste à « rendre possible ce qui est nécessaire ». Pour cela, il faut tisser inlassablement des compromis, bâtir des rapports de force, trouver des solutions qui plaisent au plus grand nombre et qui ne heurtent inutilement personne. Le passage en force – qui excite tellement la « gauche radicale », il n’y a qu’à voir les expressions qui ont entouré le débat sur le « mariage pour tous » - est du point de vue politique toujours un échec, qu’on paye tôt ou tard.

 

Refuser tout compromis, c’est refuser l’exercice du pouvoir. Cela n’a rien de honteux, comme je l’ai dit plus haut. Le rôle « tribunitien » est un rôle fort honorable. Mais comme disent les paysans, on ne peut courir avec le lièvre et chasser avec la meute. Lorsqu’on choisit la tribune, on ne peut pas s’étonner qu’on ne vous donne pas un maroquin. Syriza est arrivé en tête du scrutin parce qu’il a réussi à proposer une stratégie d’exercice du pouvoir crédible. Syriza demandait le pouvoir, et les électeurs le lui ont accordé. En négociant avec ANEL avant même l’élection, il montre encore que cette stratégie était sérieuse. A l’opposé, la « gauche radicale » française ne propose aucune stratégie de pouvoir. Elle est incapable de se choisir des alliés pour gouverner, tout simplement parce qu’elle est incapable de définir quelles sont les priorités de son action, et admettre que tout le reste est susceptible de compromis. Elle déclare au contraire à chaque opportunité qu’elle n’est prête à aucun compromis sur rien, ce qui lui garantit l’isolement et l’impuissance.

 

Toutes ces questions, la « gauche radicale » ne se les posera pas, enfermée qu’elle est dans la conviction d’avoir toujours raison. Lorsque l’on demande au prétendant au titre de « Tsipras français » ce qu’il pense de la différence entre sa situation et celle du premier ministre grec, voici ce qu’il répond :

 

« En effet. La situation n’est pas aussi mûre [qu’en Grèce]. Et nous nous heurtons à un obstacle majeur : le mode de scrutin. En Grèce, la « caste » a perdu grâce à la proportionnelle. En France, elle résiste grâce à la monarchie présidentielle. C’est pourquoi je veux mobiliser pour la VIe République. »

 

Rejeter la faute sur le système électoral est une vieille habitude, qui permet de ne pas se poser des questions sur sa propre action. Mais dans le cas présent est doublement ridicule. Car en Grèce « la caste » n’a pas perdu « grâce à la proportionnelle ». Si la Grèce avait un système de proportionnelle intégrale, comme celle proposée par Mélenchon à de nombreuses reprises, Syriza – qui n’a finalement que 35% - n’aurait certainement pas pu constituer une majorité cohérente lui permettant d’affronter la « Troïka » et les bonzes de Bruxelles. Si avec 35% des voix il peut avoir une majorité absolue à deux voix près, c’est parce que la « proportionnelle » à laquelle Mélenchon tient tant a été sérieusement mâtinée par une « prime majoritaire » qui représente 14% des sièges et qui est accordée au parti arrivé en tête à l’élection. Est-ce le genre de « proportionnelle » que Mélenchon a en tête pour remplacer la « monarchie présidentielle » ? En fait, la mise en accusation de la « monarchie présidentielle » est fort commode pour dissimuler un fait fondamental : si le Front de Gauche avait fait 35% des voix en 2012 comme son pseudo-homologue grec en 2015, il gouvernerait aujourd’hui. Aucun des candidats élus à la présidence de la République, aucun des partis majoritaires à l’Assemblée depuis bien longtemps n’a fait plus de 35% au premier tour. Le problème, ce n’est pas le mode de scrutin, c’est que la « gauche radicale » fait autour de 10% des voix. Un système qui lui permettrait de prendre le pouvoir avec un tel résultat serait un système bien peu démocratique !

 

Et là encore, la différence entre Tsipras et Mélenchon est énorme. Tsipras est un militant formé à l’école des cadres communiste, un organisateur plus qu’un tribun, un négociateur plutôt qu’une personnalité médiatique. Un homme qui sait s’entourer et qui respecte les « experts » - il est lui-même un technicien – plutôt qu’un homme de « clan » et de « cour ». Un homme du collectif plutôt qu’un leader charismatique. Lui et Mélenchon, c’est la nuit et le jour.

 

C’est pourquoi, lorsque la « gauche radicale » rêve d’un « effet domino », elle se berce de douces illusions. Ni Mélenchon, ni Laurent, ni Besancenot ne sont des Tsipras, pas plus que le Front de Gauche n’est Syriza. La « gauche radicale » française a une base électorale essentiellement constituée par les « classes moyennes », dont l’intérêt est en fait de donner l’illusion de la radicalité tout en s’assurant que rien ne change. Seul Mélenchon peut imaginer qu’il ira affronter l’Union européenne et « désobéir » aux traités du bras de Duflot ou Joly, deux eurolâtres convaincues.

 

La victoire de Syriza et la formation du gouvernement Tsipras est une bouffée d’espoir. C’est la démonstration que la frontière « droite/gauche », devenue totalement artificielle depuis la chute du « socialisme réel » et la conversion des partis socialistes et social-démocrates au libéralisme, est en train de céder. C’est aussi la démonstration d’une prise de conscience que la nouvelle ligne de partage passe entre les défenseurs de la souveraineté nationale et les partisans d’une société mondialisée à l’image du capitalisme du même nom. Et c’est finalement l’illustration de l’obsolescence des institutions bruxelloises, incapables de la moindre créativité institutionnelle, réduites à répéter les mêmes poncifs et prescrire les mêmes remèdes éculés quelque soit le problème à résoudre. Les prochains mois risquent d’être passionnants.

3 février 2015

Descartes
"pro rege saepe, pro patria semper"

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 16:20

(Lettre de la section des Relations internationales du KKE publiée dans le Morning Star, quotidien du PC Britannique)

 

Chers camarades,

 

Il est vrai que le déroulement de la crise capitaliste en Grèce qui s’est accompagné d’une offensive sans précédent contre les droits de la classe ouvrière et des couches populaires, ainsi que d’une intensification en conséquence de la lutte de classe, a retenu l’attention des travailleurs d’autres pays. Dans ce contexte, même des forces politiques bourgeoises, qui portent une énorme responsabilité dans cette offensive anti-populaire, affirment qu’ils « sympathisent » avec la cause du peuple Grec tout en prenant bien soin de dissimuler les véritables causes des problèmes que connaît le peuple grec : la crise capitaliste, le piège qui se renferme sur notre pays, celui des unions impérialistes telles que l’OTAN et l’UE, enfin l’exploitation capitaliste.

 

Les représentants de la « Nouvelle gauche » font des déclarations qui s’inscrivent dans ce contexte, comme la lettre du président du Parti de la gauche européenne (PGE) et secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, au sujet de la Grèce, que vous avez publié dans votre section courrier (Ici l’original en français).

 

En réalité, le problème que rencontrent la classe ouvrière et les couches populaires en Grèce n’est pas un problème de « démocratie », de l’imposition de mesures de l’extérieur, par « les dirigeants européens et le FMI », comme l’écrit Pierre Laurent. La coalition gouvernementale du parti social-démocrate PASOK et du parti libéral Nouvelle démocratie (ND) ne sont pas non plus des « victimes » de ces « leaders européens et du FMI », telle que la situation est présentée à travers les verres déformants du président du PGE.

 

La vérité, c’est que ces mesures, qui sont prises sous prétexte de l’ampleur de la dette publique, ont comme but de renforcer la profitabilité du capital en Grèce, au moyen d’une réduction drastique du prix de la force de travail. Nous ne devons pas oublier qu’en ce moment même 600 milliards d’euros (près du double de la dette publique grecque) appartenant aux capitalistes Grecs se trouvent dans les caisses des seules banques Suisses !


Il s’agit ainsi de mesures qui correspondent pleinement aux intérêts des capitalistes en vue de faire payer la crise au peuple, afin que la Grèce puisse connaître une reprise capitaliste et que le capital accumulé dans la période précédente puisse trouver un débouché rentable. Il s’agit de mesures qui ont été décidées d’un commun accord, dans le cadre de l’UE, par le gouvernement Grec et la classe bourgeoise dont les intérêts sont défendus par les deux partis au pouvoir et qui n’ont pas été imposées par les « dirigeants européens et le FMI ». Toutes ces mesures se trouvaient plus ou moins dans les programmes du PASOK et de la Nouvelle démocratie, et avaient par ailleurs été prévues par les traités européens, en commençant par le traité de Maastricht. C’est la raison pour laquelle les classes ouvrières Grecques et Britanniques –  et bien sur toutes les autres – ont une si mauvaise opinion de l’UE et de son rôle anti-populaire. Dans le même temps, les représentants du PGE en Grèce, Synapsismos, après avoir voté le Traité de Maastricht, ont nourri et continuent systématiquement de nourrir des illusions sur l’UE, en présentant la participation de la Grèce à l’UE comme la seule voie possible et imaginable, s’opposant en cela au KKE qui lutte pour le retrait du pays de l’UE avec pouvoir populaire.

 

Le président du PGE parle d’une « mise sous tutelle » de la Grèce par la Troïka. Est-il au courant que la classe bourgeoise grecque accepte consciemment depuis des décennies de participer aux unions impérialistes de l’OTAN et de l’UE, et que sa participation dans le cadre de relations interdépendantes, prévoyait la concession de droits souverains à l’UE et à l’OTAN ? Sait-il que, par exemple, la Politique agricole commune (PAC) ne laisse aucune place à un développement dans le secteur de l’économie agricole qui aille dans les intérêts du peuple ? Il faudrait lui rappeler que la Grèce avait, avant de rejoindre la CEE-UE, un excédent commercial agricole, alors qu’aujourd’hui, à cause de la PAC, elle importe même certains produits agricoles qui sont cultivés en Grèce, tandis que des centaines de milliers de petits et moyens agriculteurs ont rejoint l’ « armée » des chômeurs.

 

L’entrée de la Grèce dans l’UE, que le président du PGE évite de mentionner – il préfère plutôt dénoncer les « dirigeants européens » de façon abstraite – tout comme les dépenses militaires exorbitantes de l’OTAN, la politique d’exonérations fiscales pour le capital au nom de la « compétitivité » de l’économie, qui a été suivie dans le passé par les gouvernements du PASOK et de la ND, constituent l’origine de l’inflation de la dette publique et des déficits pour lesquels le peuple Grec ne porte aucune responsabilité.

 

Bien sûr, ces « omissions » réalisées par le président du PGE ne nous inquiètent pas, car nous savons très bien que le PGE a prêté un serment d’allégeance à l’UE, et est généreusement financé en tant que « parti européen », c’est-à-dire en tant que parti qui accepte les « principes » de l’exploitation capitaliste qui caractérisent l’UE – cette alliance prédatrice des monopoles. Le PGE a même pris des engagements en ce sens dans ses statuts et ses documents fondateurs !

 

Les propositions du PGE sur le « développement », un soi-disant « fonds de développement social », ne remettent pas du tout en cause le pouvoir du capital. Au contraire, le PGE et les forces opportunistes à l’échelle internationale jouent un rôle fondamental en semant des illusions, ce qui passe l’enjolivement des organisations impérialistes telles que l’UE et la BCE, c’est-à-dire en disant qu’elles peuvent être transformées dans les intérêts du peuple, au moment même où de plus en plus de travailleurs, et pas seulement en Grèce, comprennent que le capitalisme ne peut pas résoudre les problèmes fondamentaux de la population.

 

Le PGE, en soutenant l’UE et son système d’exploitation, a choisi son camp. Pour cette raison, il constitue un instrument dans la mutation des Partis communistes et dans la liquidation de leurs caractéristiques communistes. Il ne pose aucun problème aux adversaires de la classe ouvrière et des couches populaires en Grèce, peu importe le nombre d’appels qu’il puisse publier.

 

Néanmoins, l’expérience accumulée et le déroulement des luttes de la classe ouvrière en Grèce, avec en première ligne les communistes et le mouvement syndical de classe, le PAME, montrent bien que de plus en plus de travailleurs ont tendance à se radicaliser lorsqu’ils n’écoutent pas les « sermons » des opportunistes et des bourgeois pour la « collaboration de classe » et la « cohésion sociale », lorsqu’ils ignorent leurs « larmes de crocodile » sur les fardeaux qu’aurait à porter le peuple grec.

 

C’est en suivant cette voie que la classe ouvrière peut atteindre le but ultime de sa lutte, l’abolition du pouvoir capitaliste et la construction du socialisme.

                                                                                                                                   Jeudi 8 mars 2012

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 17:45

Le nouveau mémorandum de paupérisation des travailleurs voté le 12 février comprend entre autres les mesures suivantes :

1 – Salaires :

Diminution du salaire minimum de 22% (Accord collectif général nationale/NGCA ; accords profesionnels et de branche);

Diminution supplémentaire du salaire minimum pour tout nouvellement embauché de 10%, en plus de la diminution de 22%, à savoir une baisse de 32% ;

Suppression des conventions de branche ;

Gel des salaires jusqu'en 2015 ;

Les emplois à temps plein peuvent être transformés en emploi à temps partiel, sur décision du patron ;

Les augmentations automatiques de salaire basées sur l'ancienneté sont suspendues tant que le chômage ne descendra pas en-dessous de 10%, de fait elles sont bandonnées ;

Les conventions collectives auront une durée maximale de 3 ans ;

Toutes les conventions collectives qui s'appliquent aujourd'hui expireront une année après l'adoption du nouveau mémorandum ;

Révision de la nouvelle NGCA d'ici la fin juillet afin de s'aligner sur le salaire minimum des pays concurrents (Portugal, Turquie, Europe centrale et du sud-est) ;

Suppression du recours unilatéral à l'arbitrage prud'hommal ;

 

2 – Retraites – contributions sociales :

Baisse des pensions de 300 millions d'euros par an. Les nouvelles baisses toucheront à la fois les pensions de base et complémentaires ;

De nouvelles baisses dans les retraites de base de plusieurs fonds de pension qui vont s'appliquer rétrospectivement à partir du 1er janvier 2012 ;

Fusion de tous les fonds de pension complémentaires d'ici juin 2012 et le lancement de l’étude "un facteur de durabilité qui ajuste les bénéfices pour rapidement éliminer les déséquilibres futurs qui pourraient se produire " qui conduira à de nouvelles baisses des pensions complémentaires ainsi que des indemnisations de retraite;

Baisse de 2% des cotisations sociales patronales avec suppression des cotisations pour l'Organisme du logement ouvrier et des allocations sociales. Ces organisations vont fermer leurs portes ;

Nouvelle baisse des cotisations que les patrons vont payer pour l'IKA (le plus grand fonds de pension des travailleurs du privé) à partir du 1er janvier 2013 de 3% ;

 

3 – Employés du secteur public, des anciennes entreprises et banques publiques

La suppression des emplois stables dans les anciennes entreprises et banques publiques et baisse des salaires ;

Nouveaux licenciements de 15 000 fonctionnaires en 2012, à travers le dispositif de la «réserve de main d'oeuvre »;

Réduction du nombre de travailleurs du secteur public, travaillant avec des contrats temporaires, par le non-renouvellement des contrats ;

Coupes de 636 millions d'euros des salaires des employés du secteur public payés selon une échelle de salaires spécifique d'ici la fin juillet 2012 ;

Nouvelles coupes dans les salaires du secteur public par la révision de l'échelle des salaires ;

Suppression de 150 000 postes de fonctionnaires d'ici 2015, et non-remplacement de 4 fonctionnaires sur 5 ;

Diminution du nombre général de nouvelles recrues dans les académies (armée, police) qui garantissait un emploi automatique dans le secteur public ;

Fermeture d'organisation et d'entités publiques d'ici juin 2012 ;

 

4 – Nouvelles mesures en 2012 :

Réduction des dépenses dans le secteur de la santé de 1,1 milliards d'euros ;

Coupes dans une série d'allocations sociales, en adoptant des critères de revenu ;

Baisse des allocations pour les familles avec plus de 3 enfants ;

Baisse des dépenses de fonctionnement et de consommation de l’État de 300 millions d'euros ;

Coupes dans plusieurs entités sous contrôle des ministères de l’Éducation et de la Culture de 200 millions d'euros ;

aisse des dépenses sur les heures supplémentaires pour les médecins dans les hôpitaux de 50 millions d'euros ;

diminution du budget des Programmes d'investissement public de 400 millions d'euros ;

Baisse des dépenses militaires pour la défense du pays ;

Un nouveau système fiscal en juin 2012 qui supprimera une série d'exemptions fiscales qui restent au bénéfice des travailleurs. D'importantes exonérations fiscales seront concédées au grand capital.

 

Source: http://fr.kke.gr/news/news2012/2012-02-16metra

 

Note de l'auteur du Blog: Au total huit plans d'austérité imposés depuis janvier 2010, un neuvième à venir en juin. dans le même temps la dette grècque est passée de 12,6 % à plus de 17 % du PIB. décidément c'est le remède  qui nourrit le mal. Il est grand temps pour nous d'être solidaire pour inverser la tendence sinon nous subiront le même sort.

 

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 16:20

 

Un appel de Mikis Théodorakis

 

Il existe une conspiration internationale, l’objectif est de donner à mon pays le coup de grâce. L’assaut a commencé en 1975 contre la culture grecque moderne ; ensuite il a continué avec la décomposition de notre histoire récente et de notre identité nationale et, maintenant, on essaie de nous exterminer physiquement avec le chômage, la faim et la misère. Si les grecs ne se soulèvent pas pour les arrêter, le risque d’extinction de la Grèce est réel. Il pourrait survenir dans les dix prochaines années. L’unique qui survivrait à notre pays serait le souvenir de notre civilisation et de nos luttes par la liberté.

Jusqu’à 2009, la situation économique en Grèce n’était pas très grave. Les grandes blessures de notre économie furent la dépense militaire excessive et la corruption d’une partie du monde politique, financier et des médias. Mais quelques pays étrangers sont aussi responsables, parmi ceux-ci l’Allemagne, la France, l’Angleterre et les USA, qui ont gagné des milliers de millions d’euros aux dépens de notre richesse nationale en nous vendant une année après l’autre de l’équipement militaire. Cette hémorragie constante nous a empêché d’avancer tandis cela enrichissait d’autres pays. On pourrait dire la même chose à propos du problème de corruption. Par exemple, l’entreprise allemande Siemens avait une agence spéciale dédiée à corrompre les grecs afin que ceux-ci donnent la préférence à ses produits sur notre marché. Ainsi, nous avons été victimes de ce duo de prédateurs, d’Allemands et de grecs, qui se sont enrichis aux dépens du pays.

Il est évident que ces deux grandes blessures auraient pu être évitées si les leaders des deux partis politiques proyanquis ne s’étaient pas permis de corrompre. Cette richesse, produit du travail du peuple grec, a été drainée vers des pays étrangers et les hommes politiques ont essayé de compenser les pertes grâce à des prêts excessifs qui ont donné lieu à une dette de 300 milliards d’euros, soit 130 % du Produit national brut.

Avec une telle escroquerie, les étrangers gagnaient doublement : en premier lieu grâce à la vente d’armes et de leurs produits et, en seconde lieu, avec les intérêts sur le capital qu’ils prêtaient au gouvernement, non au peuple grec qui, comme nous avons vu, fut la principale victime dans les deux cas. Un seul exemple suffira pour le démontrer : en 1986, le gouvernement d’Andreas Papandreou a emprunté un milliard de dollars à une banque d’un grand pays européen. Les intérêts de ce prêt ont fini d’être payés en 2010 et se sont élevés à : 54 milliards d’euros !

L’année dernière, le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a déclaré qu’il était conscient de la fuite massive de capitaux qui avait lieu en Grèce à cause du coût élevé du matériel militaire, acheté principalement à l’ Allemagne et à la France. Il a ajouté qu’il était arrivé à la conclusion que les fabricants d’armes nous amenaient à une catastrophe certaine. Cependant, il a avoué qu’il n’a rien fait pour contrecarrer cela … : pour ne pas nuire aux intérêts de pays amis !

En 2008, la grande crise économique est arrivée en Europe. L’économie grecque n’y a pas échappé. Cependant, le niveau de vie, qui avait été jusqu’alors assez haut (la Grèce était classée entre les 30 pays les plus riches du monde), n’a pratiquement pas changé, malgré l’augmentation de la dette publique. La dette publique ne se traduit pas nécessairement dans une crise économique. On estime que la dette de pays importants comme les USA et l’Allemagne est de milliers de milliards d’euros. Les facteurs déterminants sont la croissance économique et la production. Si les deux sont positifs, il est possible d’obtenir des prêts bancaires avec n intérêt inférieur à 5 %, jusqu’à ce que passe la crise.

En novembre 2009, quand George Papandreou est arrivé au pouvoir, nous étions exactement dans cette position. Pour comprendre l’effet de sa politique désastreuse, je mentionnerai uniquement deux pourcentages : en 2009 le PASOK de Papandreou a obtenu 44 % des votes. Maintenant, les enquêtes ne lui donnent pas plus de 6 %.

Papandreou aurait pu faire face à la crise économique (qui était un reflet de celle de l’Europe) avec des prêts bancaires au taux d’intérêt habituel c’est-à-dire en dessous de 5 %. S’il l’avait fait, notre pays n’aurait pas eu de problèmes. Comme nous étions dans une phase de croissance économique, notre niveau de vie se serait amélioré.

Mais en été 2009, quand Papandreou s’est réuni en secret avec Strauss-Kahn pour mettre la Grèce sous la tutelle du FMI, avait déjà commencé leur conspiration contre le peuple grec. C’e fut l’ex directeur du FMI qui m’a fait cette révélation.

Pour l’obtenir, il a été nécessaire de falsifier la situation économique de notre pays pour que les banques étrangères prennent peur et augmentent jusqu’à des niveaux prohibitifs les taux d’intérêt qu’elles exigeaient pour les prêts. Cette opération coûteuse a commencé avec l’ augmentation artificielle du déficit budgétaire, de 12 % à 15 % pour 2009 [André Georgiu, Président de l’Équipe de direction de l’Institut National de Statistique, ELSTAT, a subitement décidé en 2009, sans le consentement de son bureau directeur, d’inclure dans le calcul du déficit plusieurs organisations et entreprises qui avant n’avaient jamais été prises en compte dans aucun autre pays européen, à l’exception de la Norvège, et cela avec l’objectif que le déficit de la Grèce dépasse celui de l’Irlande (14 %), pour transformer notre pays en maillon faible de l’Europe, NdT]. Grâce à cette augmentation artificielle du déficit, le procureur d’État, Grigoris Peponis, a mis en accusation il y a vingt jours Papandreou et Papakonstantinou (son ex ministre de Finances).

Ensuite, Papandreou et son ministre des Finances ont commencé une campagne de discrédit qui a duré cinq mois, pendant lesquels ils ont essayé de persuader les étrangers que la Grèce, tel le Titanic, coulait et de que les grecs sont corrompus, paresseux et incapables de faire face aux nécessités du pays. Les taux d’intérêt montaient après chacune de leurs déclarations et tout cela a participé à ce que la Grèce cesse de pouvoir contracter des prêts et notre adhésion aux dictats du FMI et de la Banque Centrale Européenne devenait une opération de sauvetage qui est, en réalité, le début de notre fin.

En mai 2010, le ministre des Finances a signé le Mémorandum c’est-à-dire la soumission de la Grèce à nos prêteurs. Selon la loi grecque, l’adoption d’un accord comme celui-ci doit être présentée au Parlement et au besoin à l’approbation des trois cinquièmes des députés. Cela signifie que le mémorandum et la troika qui nous gouverne sont illégaux, pas seulement du point de vue de la législation grecque, mais aussi de l’européenne.

Depuis ce temps-là, si nous considérions que notre voyage vers la mort est un escalier de vingt marches, nous avons déjà parcouru plus de la moitié du chemin. Le Mémorandum offre aux étrangers notre indépendance nationale et la propriété de la nation c’est-à-dire nos ports, aéroports, routes, électricité, eau, toutes les ressources naturelles (souterraines et un sous-marines), etc. A cela, il faut ajouter nos monuments historiques, comme l’Acropole, Delphes, Olympes, Epidaure et les autres, puisque nous avons décidé de ne pas faire valoir nos droits.

La production a diminué, la taux de chômage a augmenté jusqu’à 18 %, 800 000 commerces, des milliers d’usines et des centaines d’artisans ont fermé. Un total 432 000 entreprises ont fait faillite. Des dizaines de milliers de jeunes scientifiques abandonnent notre pays, qui coule de plus en plus dans les ténèbres du Moyen Âge. Des milliers de personnes qui avaient une bonne situation jusqu’à il y a peu, cherchent maintenant de la nourriture dans les poubelles et dorment sur les trottoirs.

Pendant ce temps, on suppose que nous devons vivre grâce à la générosité de nos prêteurs, les banques européennes et du FMI. En fait, tout le paquet de dizaines de milliers de millions d’euros qui arrive en Grèce sont rendus tout de suite à nos créanciers, tandis que nous nous endettons de plus en plus à cause de ces taux d’intérêt insupportables. Et comme il est nécessaire de maintenir la fonction de l’État, les hôpitaux et les écoles, la troika impose des impôts exorbitants à la classe moyenne basse de notre société, qui mènent directement à la grande famine. La dernière fois que nous avons eu une situation de grande famine généralisée dans notre pays ce fut au début de l’occupation allemande en 1941, avec presque 300 000 morts en seulement six mois. Aujourd’hui, le spectre de la faim revient sur notre pays calomnié et infortuné.

Si l’occupation allemande a coûté aux grecs un million de morts et la destruction totale de notre pays : comment pouvons-nous accepter les menaces de Merkel et l’intention allemande de nous imposer un nouveau «  Gauleiter  », qui cette fois portera une cravate ?

L’occupation allemande, de 1941 jusqu’à octobre 1944, a démontré jusqu’à quel point la Grèce est un pays riche et jusqu’à quel point les grecs sont travailleurs et ont une conscience de leur engagement pour la liberté et l’amour à leur patrie.

Quand les SS et la grande famine ont tué un million de personnes et la Wehrmacht a détruit notre pays, elle a confisqué toute la production agricole et l’or des banques, les grecs ont été capables de survivre au moyen du Mouvement de Solidarité Nationale et d’une armée de 100 000 combattants, qui ont immobilisé 20 divisions allemandes dans notre pays.

En même temps, les grecs n’ont pas seulement survécu grâce à leur assiduité au travail, mais aussi, sous les conditions dures de l’occupation, grâce au grand développement de l’art grec moderne, spécialement dans les champs de la littérature et de la musique.

La Grèce a choisi le chemin du sacrifice pour la liberté et la survie en même temps.

Nous avons été attaqués, nous avons répondu par la solidarité et la résistance et nous avons survécu. Maintenant nous faisons exactement de même, avec la certitude que, avec le temps, le peuple grec vaincra. Ce message est dirigé à Merkel et à son ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, et je mets bien l’accent sur le fait que je continue à être un ami du peuple allemand et un grand admirateur de sa contribution à la science, à la philosophie, à l’art et, en particulier, à la musique. La meilleure preuve de cela est que j’ai confié toute mon œuvre musicale à deux maisons d’édition allemandes, Breitkopf et Schott, qui sont parmi les plus grandes maisons d’édition du monde, et mes relations avec celles-ci sont très cordiales.

Aujourd’hui, ils nous menacent de nous jeter de l’Europe. S’ils ne nous veulent pas une fois, nous ne voudrons pas dix fois faire partie de l’Europe de Merkel et de Sarkozy.

Aujourd’hui, dimanche 12 février, Manolis Glezos – le héros qui a arraché la croix gammée de l’Acropolis et a donné par cela le signe qui a marqué le début de la résistance grecque, mais aussi de la résistance européenne contre Hitler – et moi nous allons participer à une manifestation à Athènes. Nos rues et places se rempliront de centaines de milliers de grecs qui expriment leur colère contre le gouvernement et la troika.

Hier j’ai écouté notre premier ministre–banquier quand il a, en s’adressant au peuple, dit que nous avons déjà presque touché le fond. Mais : qui est-ce qui nous a emmené à ce fond en seulement deux ans ? Ces sont les mêmes qui, au lieu d’être en prison, menacent les députés de voter un nouveau Mémorandum pire que le précédent. Pourquoi ? Parce que le FMI et l’Eurogroupe nous obligent à le faire avec leur menaces : si nous n’obéissons pas, ce sera la faillite... C’est une situation totalement absurde. Les groupes grecs et étrangers qui nous haïssent et qui sont les uniques responsables de la situation dans laquelle est notre pays, nous menacent et nous font chanter pour continuer à nous détruire jusqu’à notre extinction définitive.

Pendant des siècles nous avons survécu dans de très difficiles conditions. Et voilà que non seulement nous survivrons maintenant, mais nous ressusciterons s’ils nous poussent par la force jusqu’à l’avant-dernière marche de l’escalier qui conduit à la mort.

Dans ces moments je consacre toutes mes forces à unir les grecs. J’essaie de les convaincre de ce que la troika et le FMI ne sont pas une rue à sens unique. Il y a une autre solution : changeons l’orientation de notre nation. Trouvons avec la Russie une coopération économique qui nous aide à mettre en valeur la richesse de notre pays dans des conditions favorables pour nos intérêts nationaux.

Je propose que nous arrêtions d’acheter de l’équipement militaire allemand et français. Faisons tout notre possible pour que l’Allemagne nous paie les réparations de guerre qu’elle nous doit, qui avec les intérêts accumulés s’élèvent à 500 milliards d’euros.

L’unique force capable de faire ces changements révolutionnaires est le peuple grec dans un front uni de Résistance et Solidarité qui expulse du pays la troika (FMI et banques européennes). En même temps, déclarons nul et sans effet tous ses actes illégaux, prêts, dettes, intérêts, impôts et achats de biens publiques). Bien sûr, leurs associés grecs qui notre peuple a déjà condamné comme traîtres recevront le châtiment qu’ils méritent.

Je vis totalement pointé sur cet objectif (l’union du peuple dans un Front) et je suis sûr que nous allons l’obtenir. J’ai lutté avec les armes à la main contre l’occupation nazie. J’ai connu les cachots de la Gestapo. J’ai été condamné à mort par les Allemands et j’ai miraculeusement survécu. En 1967, j’ai fondé le Front Patriotique (Patriotik ò Mètopo, PMA), la première organisation de résistance contre la Junte Militaire. J’ai lutté dans la clandestinité. J’ai été arrêté et emprisonné dans l’« abattoir » de la police de la Junte. Mais je suis ici.

J’ai 87 ans et il est très probable que le jour du salut de ma chère patrie, je ne sois parmi vous. Mais je vais mourir avec la conscience tranquille, parce que je remplirai jusqu’à la fin mon devoir avec les idéaux de liberté et du droit.

Mikis Theodorakis


Article original en grec : Spitha-kap, Athènes, le 22 février 2012.

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