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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:03
Des chercheurs syriens et français parlent des dimensions géopolitiques de la guerre en Syrie par The Syria Times

Repris sur Comité Valmy le 25 octobre 2016

 

Sous le titre « dimensions géopolitiques de la guerre contre la Syrie », l’Institut Ashtar Ahfad a organisé samedi un symposium à Damas University Center avec la participation des Français Alain Corvez, colonel à la retraite, et Richard Labévière, chercheur.

Les intervenants au colloque ont exprimé leur solidarité avec le peuple syrien et critiqué les politiques étasuniennes et occidentales concernant la guerre contre la Syrie.

Ils se sont également focalisés sur la relation honteuse entre la France et l’Arabie Saoudite, qui est rejetée par la plupart des Français, et ont discuté des changements internationaux.

M. Corvez a dit au Syria Times que le soutien militaire de la Russie à la Syrie a changé beaucoup de choses. "La stratégie des Etats-Unis a échoué et le gros problème est que de nombreux hommes politiques à Washington ne veulent pas reconnaître leur échec ... La mentalité américaine est basée sur gouverner le monde entier et gagner partout », a-t-il ajouté.

Le colonel à la retraite a précisé que le but de sa participation au colloque est de dire que la plupart des Français ne sont pas d’accord avec ce qu’il décrit comme la « mauvaise » politique du gouvernement français envers la Syrie.

Il a visité la Syrie à plusieurs reprises et il va donner des conférences en France, en Allemagne et dans d’autres pays sur les événements qui se déroulent en Syrie et le rôle des médias pour tromper l’opinion publique.

Les relations amicales entre la Syrie et la France

De son côté, M. Labévière nous a dit que la Syrie fait face à une guerre mondiale dirigée par les Etats-Unis, les pays du Golfe et Israël, se référant à la forte incidence d’Israël sur la politique française et l’échec du soi-disant « printemps arabe » en Syrie.

Il a indiqué un communiqué émis par un de ses collègues : « al-Nusra [Jabhat al-Nusra] et ISIS sont nos ennemis, mais l’armée syrienne ne pose aucune menace pour la France et elle combat le terrorisme."

Le chercheur français a également affirmé que sa visite actuelle en Syrie vise à exprimer les relations amicales entre les peuples français et syriens.

Il a souligné la nécessité d’expliquer la réalité des événements en Syrie aux futures autorités en France afin d’arrêter les erreurs et les folies commises par les autorités françaises antérieures et actuelles.

« Nous devons apprendre de l’histoire et prendre en considération les relations de la Syrie avec la France .. En fait, l’Amérique a fait payer à la France un prix élevé pour sa position envers la guerre en Irak en 2003", a déclaré M. Labévière, ajoutant : "le peuple français ressent la douleur du peuple syrien et il y a désaccord entre les diplomates français et le peuple français à cet égard.

Le Dr. Bouthaina Shaaban, Conseiller présidentiel et des médias, qui a donné un bref discours au cours du symposium, a affirmé que les relations amicales entre les peuples de Syrie et de France remontent aux relations historiques entre les deux pays.

« Nous ne doutons pas que il y a beaucoup de personnalités en Europe, qui sont opposées aux politiques occidentales ayant causé des dommages au peuple syrien. Ici, nous nous demandons, l’Europe se place-t-elle sous l’égide des États-Unis ? France et la Grande-Bretagne ont été le fer de lance du projet américain qui a échoué ! " a-t-elle ajouté.

Dr. Shaaban a précisé que la démocratie et la liberté sont de nobles valeurs, mais nous devons consolider la démocratie qui va avec notre culture, religion et peuple.

Elle s’est adressée aux deux chercheurs français du colloque : "votre visite en Syrie ne sert pas le président Bachar al-Assad, il sert votre patrie parce que vous montrez au peuple syrien que le peuple français ne défend pas par les politiques occidentales."

La souveraineté ou le chaos

Un autre court discours a été prononcé par le chercheur syrien Dr. Imad Fawzi Shueibi, qui a dit que le conflit, sur et avec la Syrie conduira soit à la souveraineté du pays soit au chaos.

Il dit qu’il y a des tentatives visant à remplacer le principe de souveraineté par le principe de l’intervention humanitaire.

Dr. Shueibi a également souligné qu’il y a un conflit sur le pouvoir et les pipelines de pouvoir, qui passent à travers la Syrie.

Pour sa part, la présidente de l’« Ahfad Ashtar Institut » Dr. Aysar al-Midani a affirmé que la coalition menée par les USA est un masque pour lutter contre la souveraineté de la Syrie.

« La guerre contre la Syrie a des dimensions politiques et culturelles. Et les terroristes sont les instruments utilisés par les pays qui veulent attaquer la Syrie", a-t-elle ajouté, soulignant que les chercheurs français défendent la souveraineté de la Syrie et un nouveau monde basé sur des relations d’égalité.

Les participants au colloque ont appelé à la tenue d’une conférence mondiale contre le terrorisme à Damas afin de former un groupe pour faire pression sur les pays qui soutiennent le terrorisme et améliorer la compréhension de la reconstruction de la patrie, ainsi que pour renforcer la pensée.

Il est intéressant de noter que le M. Alain Corvez est un expert militaire stratégique ayant servi en tant que chef adjoint du contre-espionnage en France, un conseiller en sécurité auprès du Premier ministre français, un conseiller de commandant des forces de maintien de la paix des Nations Unies au Liban.

Il travaille maintenant comme analyste stratégique et est professeur à l’Académie militaire française. Il a écrit de nombreux articles.

M. Richard Labévière est un chercheur et écrivain français spécialisé dans les affaires politiques. Il a longtemps travaillé pour la télévision et radio françaises et l’Agence de presse. Il a écrit 15 livres sur le terrorisme, l’islam et la Syrie.

Traduction : Claude Roddie
Comité Valmy

http://www.syriatimes.sy

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 10:14

ou les contradictions de l’occident
 

Source : https://fr.sputniknews.com/international/201610191028272384-mossoul-alep-differences-departement-etat/  (Extraits)

 

 Bien que Washington reconnaisse que la libération de la ville irakienne de Mossoul risque de faire de nombreuses victimes parmi les civils, Daech y ayant déjà réuni les habitants de 16 villages pour en faire des boucliers humains, «ce n’est pas grave», il faut chasser les terroristes ».

 

 Pourquoi donc ce double standard avec Alep? Alors que l'Occident accuse la Russie de faire des victimes civiles à Alep et n'exclut pas d'infliger à Moscou de nouvelles sanctions, il salue dans le même temps l’opération de libération de Mossoul menée par l'armée irakienne et la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

 

 L'armée irakienne s'apprête à libérer Mossoul  pourtant, l'Onu a déjà exprimé son inquiétude pour la sécurité des 1,5 million de personnes vivant à Mossoul, craignant qu'un million de personnes ne quittent leurs foyers pendant les combats alors que de la nourriture n’est prévue que pour 220 000 déplacés.

 

 Les autorités irakiennes semblent minimiser l'ampleur de la crise et appellent les habitants de Mossoul à ne pas quitter leurs maisons et à trouver un refuge dans la ville. De son côté, Daech a interdit aux habitants de quitter la ville du nord de l’Irak. Mais comment les civils obtiendront-ils des vivres, de l'eau et des soins médicaux en cas de combats prolongés à Mossoul? Dans le même temps, Daech a déjà commencé à réunir de force à Mossoul les habitants de 16 villages avoisinants pour s'en servir comme boucliers humains. Pourtant, « il n’y a aucun sens de remettre l’opération à Mossoul à cause des préoccupations sur la situation humanitaire », estime le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest.

 

A Alep, c’est le Front Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra) qui opère et qui tue des civils chaque jour mais, curieusement, le département d’Etat américain voit les efforts conjoints de la Syrie et de la Russie de libérer la ville assiégée sous un jour différent… Étonnamment, le département d’État a fait deux déclarations diamétralement apposées pour ces deux villes: « le déplacement forcé des civils à l’intérieur du pays est pratiquement inévitable » (Mossoul) et « les civils ne doivent pas être forcés de quitter leurs foyers » (Alep). Qartiers est d'Alep contrôlés par les djihadistes

 

 A Alep, les djihadistes utilisent des civils comme boucliers humains « Quant à Mossoul, tout comme à Alep, la situation doit être réglée sans tarder », a déclaré le porte-parole du département d'État, Mark Toner, dans un entretien à RT.

 

Pourquoi donc la lutte contre les terroristes à Alep ne justifie pas la souffrance des civils, alors qu’elle est toute à fait justifiée à Mossoul? Alors que les combattant du Front al-Nosra décident du destin de quelque 270 000 habitants à Alep, selon l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura, et que les quartiers est de la ville syrienne sont complètement bloqués par les terroristes qui ne laissent passer personne en direction des couloirs humanitaires, se servant des femmes et des enfants comme d’un véritable « bouclier humain », Washington veut que la Russie et la Syrie arrêtent leur opération. Les terroristes bloquent les civils dans l'est d'Alep, privés d'aide humanitaire …

 

 Les terroristes bloquent les civils dans l'est d'Alep, privés d'aide humanitaire A la question d’une journaliste de RT de savoir à quel point doivent souffrir les habitants de Mossoul pour que Washington ordonne d’arrêter l’opération et si des limites existaient, M. Toner a évité de répondre concrètement. « Je vois que vous essayez de comparer les situations dans ces deux villes (Mossoul et Alep, ndlr). Premièrement, notre rôle consiste à soutenir le gouvernement irakien et les forces irakiennes, c’est eux qui mènent cette opération, dont le but est de chasser les terroristes de la ville. Nous ne voyons pas la même chose en Syrie », a répondu M. Toner à la question précise concernant les limites éventuelles. Comme quoi les souffrances des civils de Mossoul ne sont que secondaires dans les calculs géopolitiques américains.

 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:18

Réseau Voltaire | 12 octobre 2016

Español 

 

 

 

Alors que les États occidentaux et le secrétaire général de l’Onu évoquent 250 à 300 000 habitants à Alep-Est, les autorités syriennes parlent de 25 à 30 000 personnes. Qui dit vrai ?

Alors que les États occidentaux et le secrétaire général de l’Onu assurent que les combattants sur place sont de nationalité syrienne et sont des modérés se battant pour la démocratie, les caméras de Russia Today ont montré la présence de drapeaux d’Al-Qaïda et de Daesh dans la zone.

 

Surtout, personne ne conteste que le chef actuel des combattants d’Alep-Est n’est pas syrien, c’est le cheikh Abdullah al-Muhaysini (photo), le suprême juge du Tribunal de la Charia de l’Armée de la conquête (Jaish al Fatah). Cette dernière est une coalition comprenant officiellement les membres d’Al-Qaïda. Elle est composée de jihadistes étrangers, principalement saoudiens, koweïtiens, tunisiens, russes et chinois, et de quelques collaborateurs syriens.

 

Dans ses discours, le cheikh saoudien Abdullah al-Muhaysini désigne l’ennemi : selon lui ce sont tous les chiites qu’ils soient duodécimans ou pas (c’est-à-dire non seulement les chiites iraniens et le Hezbollah libanais, mais aussi les alaouites et les druzes). En de nombreuses occasions, il a appelé à les massacrer tous, femmes et enfants compris.

 

Le 18 septembre 2016, en pleine « cessation des hostilités » et alors que 200 civils venaient de s’évader d’Alep-Est avec l’aide des forces russes, le Tribunal de la Charia de l’Armée de la conquête a annoncé que tout habitant d’Alep-Est — sans distinction d’âge ou de sexe — qui tenterait de rejoindre le territoire se trouvant aux mains des troupes gouvernementales serait abattu. Une quarantaine de personnes ont effectivement été assassiné par des snipers en tentant de fuir.

 

C’est ce que le président français, François Hollande, appelle un « leader syrien modéré ».

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 09:56
Peut-on encore prévenir la guerre généralisée ?

par Thierry Meyssan

Les événements s’accélèrent autour de la crise syrienne et révèlent l’ampleur du conflit entre le camp atlantiste et le bloc russo-chinois. Après avoir observé le risque grandissant de guerre généralisée conventionnelle, voire nucléaire, Thierry Meyssan analyse les manœuvres des États-Unis et les réponses de la Russie.

Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 7 octobre 2016

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Après la destruction du fleuron de la Marine des Émirats arabes unis, le 1er octobre, les armées des pétro-dictatures du Golfe hésitent à poursuivre seules la guerre contre la République arabe syrienne. Il est clair pour tous que le missile sol-mer qui a détruit le catamaran perce-vagues est une arme extrêmement sophistiquée que l’on n’avait jamais vue sur un champ de bataille. Il n’a été tiré ni par les Houthis, ni par les partisans de l’ancien président Saleh, qui ne disposent pas d’une telle arme, mais par la Russie, qui est secrètement présente depuis l’été au Yémen.

 

L’idée d’une coordination des jihadistes sans intervention des États-Unis, par leurs seuls alliés locaux, est d’autant plus difficile à imaginer que la rivalité entre l’Arabie saoudite et le Qatar n’a cessé de miner les étapes précédentes de la guerre.

 

Washington envisage donc sérieusement l’unique option restante : la confrontation militaire directe.

Les États-Unis ont sollicité les 64 États et les 3 institutions internationales qui ont rejoint leur Coalition dite anti-Daesh afin de lancer une attaque contre Damas. Dans la pratique, seuls le Canada, la France, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont présents. L’idée est de tirer des missiles de croisières sur Damas et Lattaquié, et de bombarder l’Armée arabe syrienne. Ce projet avait été annoncé aux membres de l’Otan, lors du Conseil atlantique du 27 septembre. Il a été soutenu par le sénateur John McCain dans le Wall Street Journal.

 

Cette opération implique une réorganisation de la préparation actuelle de la libération de Mossoul en Irak, occupé par Daesh. D’ores et déjà, chacun a pu constater que l’objectif de cette Coalition n’est pas celui qu’elle a annoncé, mais le changement d’occupant de Mossoul. Il s’agit de mettre en place non pas des autorités représentatives de l’Irak, ni de ses habitants historiques, mais des seuls sunnites irakiens de manière à créer un « Sunnistan ». La Coalition n’a pas bombardé Daesh, mais n’a pas hésité à anéantir « par erreur » une milice de volontaires chiites venue, elle, délivrer la ville de l’obscurantisme. Le président Recep Tayyip Erdoğan a vendu la mèche en déclarant au journal Sabah qu’une fois Mossoul libérée, la ville appartiendrait à ses habitants, « seuls les arabes sunnites, les turkmènes et les kurdes sunnites pourront y rester ». En d’autres termes, la Coalition se propose de terminer le travail que Washington avait confié à Daesh. Son véritable objectif est d’avaliser le nettoyage ethnique pratiqué par les jihadistes, notamment l’expulsion ou le massacre des chrétiens et des kurdes yazidis, afin de créer un État religieusement homogène.

 

Ainsi que nous l’avons déjà plusieurs fois annoncé, Daesh devrait migrer de Mossoul vers Rakka et Deir ez-Zor, à la manière dont il a évacué Jarablous devant l’armée turque, sans livrer de combat.

 

Réagissant au projet de bombardement de la République arabe syrienne, la Russie a révélé l’installation en Syrie de batteries d’armes anti-aériennes S-300 et S-400. Selon les experts russes, ces armes sont capables non seulement de détruire n’importe quel avion en vol, y compris les avions furtifs, mais aussi les missiles de croisière. La situation ne s’étant jamais présentée sur le champ de bataille, personne n’en sait rien. Mais, depuis des siècles, les Russes n’ont jamais menti quant aux performances de leur armement.

 

Cette annonce a soulevé un vif émoi en Israël où les experts sont désormais persuadés que ce sont ces armes russes qui ont abattu un de ses avions et touché un autre, lorsque Tsahal a violé la cessation des hostilités de l’Aïd, le 13 septembre. L’état-major israélien a déclaré avoir perdu la dominance aérienne à la fois en Syrie et au Liban.

 

Les États-Unis ont répondu en faisant bombarder l’ambassade de Russie à Damas par des jihadistes. La Russie a annoncé l’arrivée en Méditerranée de trois nouveaux bâtiments de guerre, tandis que son porte-avion —qui était espéré en juillet— est en route.

 

Consciente du risque de guerre nucléaire, la France a envoyé son ministre des Affaires étrangères à Moscou. Celui-ci a présenté un projet de résolution qu’il entend déposer au Conseil de sécurité à propos d’Alep. Ce pourrait être un moyen pour les Occidentaux de sortir la tête haute de cette confrontation. Ne l’ayant pas encore lu, je ne peux commenter ce projet de résolution. Cependant la presse française regorge d’articles sur la crise d’Alep basés sur des données fausses. Actuellement, la partie Ouest de la ville héberge entre 1,4 et 1,5 million d’habitants partisans de la République. La partie Est héberge entre 25 000 et 30 000 personnes. Le rapport se situe donc entre 46 et 50 fois plus de population et non pas à égalité comme on le suggère. Ce sont les jihadistes qui ont abattu les habitants d’Alep-Est qui tentaient de fuir durant la trêve de l’Aïd. Ce sont encore eux qui ont brûlé le convoi humanitaire du Croissant rouge syrien destiné aux civils qu’ils tiennent en otages à Alep. Après avoir offert lors de l’Aïd la possibilité à tous les résidents d’Alep-Est, qu’ils soient civils ou combattants, syriens ou étrangers de quitter la ville, l’armée syrienne et ses alliés libanais, russes et iraniens ont lancé une opération contre les jihadistes au risque de tuer également les civils qu’ils tiennent en otages. Ceci en application de la résolution 2249 du 20 novembre 2015 qui demande aux Etats membres de l’Onu de de « mettre un terme aux actes de terrorisme commis en particulier par l’EIIL, également connu sous le nom de Daech, ainsi que par le Front el-Nosra et tous les autres individus, groupes, entreprises et entités associés à Al-Qaida ».

 

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, a fait part à son homologue français, Jean-Marc Ayrault, de plusieurs amendements qu’il souhaiterait voir figurer dans le projet de résolution. Il a proposé que l’on revienne aux termes de l’accord de cessation des hostilités de l’Aïd. Mais il peu probable que ce retour en arrière soit accepté par Washington, c’est-à-dire qu’il reconnaisse qu’il n’y a pas de rebelles modérés en Syrie. Le projet —amendé ou pas— sera présenté samedi au Conseil de sécurité. Le président Poutine se rendra en France le 19 octobre.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 09:41

par Thierry Meyssan

 

Thierry Meyssan poursuit sa narration de la guerre qui oppose Washington et ses alliés au reste du monde. L’Égypte est entrée dans le conflit. Israël a attaqué la Syrie. La Turquie maintient ses troupes en Irak, malgré la plainte de Bagdad. On se dirige vers un cinquième veto russo-chinois au Conseil de sécurité contre l’initiative française.

Réseau Voltaire | Beyrouth (Liban) | 8 octobre 2016

 

 

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a dressé le bilan de l’action des armées russes en Syrie. En un an, a-t-il assuré, « elles ont libéré 586 localités et plus de 12 000 kilomètres carrés du territoire, éliminé environ 35 000 terroristes, dont plus de 2 700 personnes en provenance de Russie et des pays de la CEI ». Il a opposé ces résultats à ceux des États-Unis qui, tout en déclarant combattre les terroristes, les soutiennent contre la République arabe syrienne.

 

La Douma a adopté à l’unanimité l’accord russo-syrien autorisant un déploiement pour une durée illimitée de l’aviation russe sur la base syrienne d’Hmeimim. Ce texte avait été secrètement signé en août 2015 et n’a été présenté à la Douma que pour rendre publique la position russe. La Douma a précisé que la présence militaire russe au Levant est indispensable à la lutte contre le terrorisme.

 

Simultanément ont débuté les plus grands exercices militaires russo-égyptiens depuis l’époque de Gamal Abdel Nasser. L’état-major russe a indiqué que ces manœuvres permettraient de coordonner les deux armées dans leur lutte contre les jihadistes, notamment dans le désert. Ce faisant, la Russie a officialisé son déploiement militaire dans le pays, en plus de la Syrie et du Yémen (même si la présence au Yémen n’est pour le moment qu’officieuse).

 

Plusieurs généraux états-uniens ont relevé que la situation n’avait jamais été aussi grave depuis la guerre de Corée. Selon eux, un affrontement entre les États-Unis et la Russie serait bref, mais d’une ampleur jamais jamais égalée dans l’Histoire. Le général Mark A. Milley, chef d’état-major de l’armée de terre, a affirmé que les deux Marines et Aviations se neutraliseraient et que les combats les plus durs auraient lieu au sol. L’ambassadeur Charles W. Freeman, Jr. a mis en garde contre un passage à l’acte alors que les États-Unis et la Russie sont parvenus jusqu’ici à éviter la guerre nucléaire.

 

Le PKK, c’est-à-dire les Kurdes turcs, ont profité de la situation pour reprendre Jarablous, au Nord de la Syrie. Tandis que la Turquie dénonçait la plainte irakienne à son égard. Ankara refuse de retirer ses soldats du territoire irakien et a fait valoir que seule la présence de ses soldats était contestée par Bagdad, alors qu’une trentaine d’États se sont déployés dans le pays.

 

Surtout, considérant que Washington et Moscou étaient trop occupés par leur affrontement pour intervenir, l’armée israélienne a attaqué la zone jouxtant le plateau du Golan occupé.

 

Tel-Aviv a fait expulser en août 2014 les casques bleus de la la Force des Nations unies chargée d’observer le dégagement (FNUOD) et les a remplacés par des jihadistes d’Al-Qaïda. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se faisait photographier avec quelques uns des 500 jihadistes soignés au Ziv Medical Centre. Il déclarait en juin 2016 qu’il ne restituerait jamais le Golan à son propriétaire syrien. Considérant que c’en était trop, les États-Unis et la Russie s’accordaient à rédiger un projet de résolution enjoignant Israël de cesser son soutien aux terroristes et de laisser l’Onu reprendre sa mission. La résolution devait être déposée en août, mais ce projet n’a pas survécu à la détérioration des relations entre Moscou et Washington.

L’artillerie israélienne a bombardé toute l’après-midi, ainsi que l’aviation, qui a tiré sur le sol syrien depuis l’espace aérien israélien. Les jihadistes ont opéré sous son appui.

 

Dans le cas où Israël et les jihadistes parviendraient à ouvrir un couloir entre la zone démilitarisée syrienne et les fermes de Chebaa libanaise, il serait possible d’étendre la guerre au Sud du Liban. Les populations kurdes de cette zone, fidèles au prince Talal Arslan et à la République arabe syrienne et non pas à Walid Joumblatt, sont susceptibles d’être exterminées par les jihadistes.

 

Au plan diplomatique, les États-Unis ont demandé l’ouverture d’une enquête sur l’offensive syro-russe contre les jihadistes à Alep-Est pour « crimes de guerre ». Le représentant du secrétaire général pour la Syrie, Steffan de Mistura, a proposé de garantir la sauvegarde des combattants s’ils décidaient de quitter Alep-Est pour Idleb, d’interrompre ainsi la bataille et de sauver les civils. Mais ce compromis (inspiré par le directeur des Affaires politiques de l’Onu, Jeffrey Feltman, au nom de Washington) a été rejeté par la France.

 

Après consultation d’Israël, Paris a décidé de ne pas intégrer les amendements que son ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, avait négocié avec son homologue russe, Sergey Lavrov, et de présenter son projet samedi au Conseil de sécurité. M. Ayrault se rendra personnellement à New York pour défendre son texte.

 

Le projet français prévoit d’interdire tout bombardement d’Alep Est, que ce soit par l’artillerie ou l’aviation, et d’interdire tout survol de la ville par des aéronefs militaires. La Russie a immédiatement confirmé qu’elle lui opposerait son veto. On ignore encore la position chinoise, mais il se pourrait que l’on assiste demain au cinquième veto conjoint de Moscou et de Pékin sur les initiatives de l’Otan par rapport à la Syrie. La Syrie deviendrait alors le principal sujet de friction international depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce blocage pourrait remettre en cause l’avenir des Nations Unies.

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 16:42

 

Depuis plusieurs semaines, radios, télévisions et journaux parisiens se déchaînent pour tenter de sauver Alep de l’horreur : une reconquête par l’armée gouvernementale syrienne. Quotidiennement, un déluge de propagande pilonne nos oreilles, nos yeux et notre intelligence collective. La première figure de cette orwellisation collective consiste à inverser la situation militaire opérationnelle : Alep n’est pas occupée par des groupes salafo-jihadistes (les mêmes qui commanditent les attentats à Paris et ailleurs), mais est assiégée par les forces nationales du « régime de Bachar la-Assad » ! Deuxième torsion du réel : la rébellion « modérée », voire « laïque » et « démocratique » – à savoir les égorgeurs de la Qaïda en Syrie – résiste vaillamment à Gengis Khan, ses Tartares syriens, russes, iraniens et hezbollahiz. Enfin, des dizaines de milliers de femmes et d’enfants meurent, tous les jours, sous les tapis de bombes… Bigre, voilà qui est effectivement préoccupant !

 

Dans ce concert de propagande et de désinformation, une fois de plus Le Monde tient la corde1. Depuis les beaux quartiers de Beyrouth, son correspondant Benjamin Barthe témoigne : « Déluge de feu russo-syrien pour briser Alep – Très meurtriers, les bombardements visent à anéantir la rébellion et à décourager la population ». Chapeau : « Bombarder, encercler, affamer. Pendant des mois, des années, sans discontinuer. Jusqu’à ce que l’ennemi, à bout de forces, décide de baisser les armes et d’évacuer la zone qu’il défendait ».

 

Première « information » du Monde : les mêmes groupes terroristes, qui égorgent Chrétiens, Alaouites, Kurdes, Druzes, Sunnites loyalistes et autres en Syrie depuis plus de quatre ans, « défendent » Alep. C’est une nouvelle ! Remarquons au passage, que si chasseurs et drones de la Coalition américaine mènent des « frappes », le plus souvent « chirurgicales » et « ciblées », comme ce fût le cas dernièrement sur l’aéroport de Deir ez-Zor, tuant plus de 90 soldats syriens quelques heures seulement après la signature du cessez-le-feu, les avions russes et syriens – quant à eux – bombardent avec une cruauté sadique indifférenciée et sans limite, comme l’aviation alliée le fît sur les villes et villages de Normandie en 1944, puis sur Dresde et d’autres villes allemandes dénuées de tout intérêt stratégique…

 

Deuxième affirmation du Monde : « le régime syrien mène (…) une guerre d’étouffement, lente et cruelle, qui convient bien à l’armée loyaliste, patchwork de milices et d’unités régulières, aux capacités offensives limitées ». Benjamin Barthe connaît-il des guerres qui soient rapides, non cruelles, sinon douces et généreuses ? Sait-il seulement ce qu’est vraiment une guerre civile, civilo-régionale, civilo-internationale ? Quant aux « capacités offensives limitées », il devrait aller plus souvent sur le terrain pour constater la reconfiguration technique des trois corps de l’armée nationale syrienne, équipée des matériels russes et chinois les plus modernes. Du reste, quelques paragraphes plus bas, Benjamin Barthe cite des « armes sophistiquées »… Faudrait savoir !

 

Effectivement, l’armée syrienne a des alliés qui ont décidé de l’aider – quelle horreur ! – à reconquérir la totalité de son territoire nationale. Quant aux mercenaires tchétchènes, chinois, maghrébins, européens et particulièrement français : pas un mot. Silence absolu aussi sur l’acheminement d’armes et de mercenaires financés par l’Arabie saoudite et d’autres ploutocraties du Golfe avec l’aide de plusieurs services-actions occidentaux !

 

Troisième appréciation du Monde, très symptomatique du niveau culturel de la corporation des « journalistes » modernes : « la technique aux relents moyenâgeux… » Ignorance ou précipitation, notre envoyé spécial permanent à Beyrouth emploi – ici – le qualificatif scabreux de… « moyenâgeux » pour mieux nous persuader que la guerre de libération menée par l’armée syrienne et ses alliés nous fait régresser vers l’une des périodes les plus obscures de l’humanité ! Période de mille ans qui s’étend du Vème au XVème siècle, le Moyen-âge porte certainement mal son nom, mais un honnête homme un tant soit peu cultivé devrait savoir que cette époque charnière connût plusieurs révolutions techniques et intellectuelles essentielles à l’histoire du monde. Les médiévistes Jacques Le Goff et Johan Huizinga ont écrit là-dessus quelques livres définitifs que Benjamin Barthe ferait bien de se procurer…

 

Enfin, la fiction la plus malhonnête du Monde : « Alep-Est, le fief des insurgés (…) peuplé de 250 000 habitants ». Les experts militaires occidentaux les plus sérieux estiment le nombre des « insurgés » des quartiers Est de la ville à environ… 15 000. Les mêmes sources confirment que les civils sur place n’excèdent pas le nombre de 20 000 et se composent de deux catégories : ceux qui se sont ralliés aux jihadistes et ceux qui sont retenus contre leur volonté afin de servir de boucliers humains aux vaillants « insurgés ». Lorsque 49 d’entre eux ont voulu dernièrement emprunter les couloirs humanitaires ouverts par l’armée syrienne, ces derniers ont été froidement exécutés par les mêmes « insurgés ». Pour nombre de ces « civils », affirme un officier supérieur d’un service européen de renseignement, « il serait plus juste de parler d’otages… » C’est tout dire.

 

Alors pourquoi tant d’énergie à vouloir nous vendre cette imposture d’une bataille de « Stalingrad à l’envers », pour reprendre les termes d’un ambassadeur de France ? Ce dernier commence à douter – mieux vaut tard que jamais – des bienfaits des orientations de la politique étrangère de François Hollande, dont « tout le monde dans la région, se soucie comme d’une guigne… », ajoute-t-il dubitatif. Vu dernièrement dans les étranges lucarnes, notre ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault répondant à l’équipe d’une chaine audiovisuelle de service public : « il faut que cesse cette tuerie dont les images vues à la télévision sont insupportables ! » Depuis quand un ministre de la République fonde-t-il ses propos sur « des images vues à la télévision ». S’il restait à s’en convaincre, on atteint le fond…

 

Trois raisons fondamentales peuvent expliquer cette propagande panique, bête et méchante. Alep, cette bataille de Stalingrad remise sur ses pieds, où l’armée syrienne poursuit courageusement la reconquête de son territoire national, anticipe une double défaite : celle des mal nommées « révolutions arabes » à travers lesquelles Washington espérait mettre au pouvoir les Frères musulmans dans plusieurs capitales arabes ; celle de l’axe OTAN, Israël et pays du Golfe cherchant à faire de la Syrie ce qu’il a fait de l’Irak et de la Libye notamment, en fragmentant les Etats-nations de la régions en autant de micro-Etats purifiés ethniquement et religieusement. C’est tout le « Grand-Moyen-Orient » de Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’Etat de George W. Bush – repris par les administrations Obama successives – qui se retrouve par terre.

 

Au bout du compte, le bilan s’avère particulièrement désastreux pour les pays occidentaux, à commencer pour les Etats-Unis. Le néo-sultan Recep Erdogan se détache progressivement de l’OTAN et lorgne en direction du Groupe de Shanghai ; la Méditerranée n’est plus une mer occidentale (prochetmoyen-orient.ch du 12 septembre). Comme elle vient de la faire à Djibouti, la marine de guerre chinoise s’installe durablement à Tartous ; enfin, Vladimir Poutine impose son agenda et un « Yalta régional » au monde entier sans que personne ne soit en mesure de faire quoi que ce soit. Last but not least, l’Iran peut se targuer d’être redevenue la grande puissance régionale aux Proche et Moyen-Orient.

 

Encore bravo Messieurs Obama, Cameron, Juppé, Fabius et Hollande ! Quant au Monde, on comprend qu’il perde quotidiennement annonceurs, abonnés et lecteurs. Hubert Beuve-Méry, André Fontaine, Jacques Fauvet, réveillez-vous, ils sont devenus fous ! Tout cela est proprement pathétique, ouvrant des boulevards à d’autres Brexit, Trump et compagnie… Pour ne pas sombrer dans un complet désenchantement, on ne saurait que trop conseiller de lire et relire Jacques Le Goff, les autres grands médiévistes et les Pères de l’Eglise, de même que l’une des dernières livraisons de l’éditeur Pierre-Guillaume de Roux : De l’influence des intellectuels sur les talons aiguilles, du merveilleux Roland Jaccard. Bonne lecture et à la semaine prochaine…

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 14:42
« Quand les canons se tairont à Alep, la guerre sera terminée en Syrie »

Par Agnès Rotivel, le 26/09/2016 à 18h15

Origine: http://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Quand-canons-tairont-Alep-guerre-sera-terminee-Syrie-2016-09-26-1200791820

 

L’évêque maronite d’Alep en visite à Paris, déplore un deux poids deux mesures dans la façon dont les médias occidentaux relatent la guerre à Alep, ville divisée en deux, l’est tenu par les rebelles, l’ouest par le régime.

 

 

 

A Alep, le 23 septembre. / KARAM AL-MASRI/AFP

Le 7 décembre 2015, Monseigneur Tobji, a été nommé évêque maronite d’Alep. Sa communauté est restreinte, « avant la guerre, nous comptions 50 000 familles maronites en Syrie et 800 à Alep. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 400. Un chiffre précis parce que nous leur distribuons chaque mois un paquet alimentaire. Certaines familles maronites sont parties au-delà de la mer, pour toujours. Elles ne reviendront pas. D’autres sont au Liban ou déplacées dans le pays, elles reviendront ».

 

Deux poids deux mesures dans l’information

Avant de devenir évêque, cet Alépin d’origine était curé de la cathédrale maronite. Il est en France, à Paris pour des conférences qui lui permettront d’expliquer la situation qui prévaut en Syrie mais aussi dans la partie ouest de la ville où il vit et dont on ne parle pas souvent, constate-t-il. Il s’émeut de ce « deux poids deux mesures » dans l’information.

« Quand nous avons été assiégés en 2013 pendant neuf mois par les terroristes (les rebelles qui tiennent l’est de la ville, NDLR), nous n’avons pas vu beaucoup d’informations relatant la situation catastrophique dans laquelle nous étions. Nous n’avions plus d’eau, plus d’électricité et la route ayant été coupée par les rebelles, nous n’avions plus de ravitaillement. Avons-nous fait la une des journaux en Occident? non ».

L’ouest a été assiégé aussi en 2014 puis il y a encore deux mois. Depuis, le régime syrien a repris la route qui permet d’approvisionner la partie ouest. « Mais tous les jours, nous avons au moins une dizaine de morts du fait des obus tirés par les terroristes », poursuit Monseigneur Tobji. « Nous nous réfugions toujours dans les caves quand les obus tombent ».

Certes, il reconnaît que la situation est difficile pour ceux qui habitent les quartiers est de la ville, tenus par les rebelles, qu’ils désignent comme des « terroristes », et bombardés par l’aviation syrienne et russe. « Il y a des civils innocents qui ne méritent pas cette situation. » Il confirme que le gouvernement syrien leur a proposé de quitter l’est pour se réfugier à l’ouest de la ville. « Mais ils sont pris en otage par les groupes armés qui ne les laissent pas traverser la ligne de démarcation ».

 

Cohabitation entre chrétiens et musulmans à l’ouest d’Alep

Alep comptait quatre millions d’habitants avant la guerre. Ils sont aujourd’hui 1,5 million à l’ouest, dont environ la moitié sont des déplacés venus de l’est de la ville. Où ils seraient encore entre 250 000 et 300 000. « À l’ouest, les déplacés tous musulmans, sont aidés par les organisations Caritas, JRS (Jesuit refugee service) et les églises d’Alep. On ne fait pas de différence entre les Chrétiens et les Musulmans, assure-t-il. Cette cohabitation et le fait que, nous les chrétiens, nous les aidions, peut changer leur regard. C’est aussi un témoignage que la coexistence qui prévalait avant peut survivre à cette guerre. »

 

Alors que les armes se font toujours entendre, cet homme d’Église veut croire qu’il existe une solution : « c’est simple, cessez de vendre des armes et arrêter de payer les salaires des terroristes. Que la Turquie leur ferme sa frontière au lieu de les laisser la traverser ». Pour lui, la seconde ville du pays est le « nœud » de la guerre. « Quand les canons se tairont à Alep, la guerre sera terminée en Syrie. »

Agnès Rotivel

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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 10:30

Voir article précédent du même auteur

 

Après cinq années de guerre en Syrie, les masques sont tombés. La diffusion du texte de l’accord russo-états-unien révèle les intentions cachées des deux Grands : couper la « route de la soie » pour Washington, anéantir les jihadistes pour Moscou. En outre, l’échec de cet accord et les débats du Conseil de sécurité attestent du surréalisme de la rhétorique du président Obama : en cinq ans, il n’est pas parvenu à constituer le moindre groupe d’opposition « modérée » et ne s’est donc pas trouvé en mesure de les aligner, contrairement au texte de l’accord. Les États-Unis ne sont pas en mesure d’honorer leur signature.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 27 septembre 2016

 

 

 

L’échec de l’accord russo-états-unien du 9 septembre et les débats du Conseil de sécurité qui ont suivi permettent de confirmer plusieurs hypothèses.

 

L’objectif stratégique actuel des États-Unis en Syrie est bien de couper la « route de la soie ». En préparant durant de nombreuses années, puis en plaçant au pouvoir le président Xi Jinping en mai 2013, la Chine a fait de la restauration de cet axe historique de communication son but principal. Cependant, la Chine étant devenue le principal producteur au monde, Xi a prévu de la doubler par une « nouvelle route de la soie » passant par la Sibérie et l’Europe orientale avant de rejoindre l’Union européenne.

 

En toute logique, les États-Unis organisent actuellement deux guerres par proxy, au Levant d’une part, en Ukraine d’autre part. L’installation du chaos en Syrie et au Donbass ne vise pas à satisfaire les théories cyniques de Leo Strauss, mais exclusivement à couper les deux trajets de la route.

 

Sans surprise, le président ukrainien Petro Porochenko est venu participer au Conseil de sécurité pour soutenir la délégation états-unienne accusant la Russie d’avoir bombardé un convoi humanitaire syrien.

 

- D’autre part, l’accord russo-états-unien prévoyait que les États-Unis sépareraient les combattants « modérés » des « extrémistes » ; puis que ces « modérés » participeraient avec les deux Grands et l’Armée arabe syrienne à la neutralisation des « extrémistes » ; enfin qu’un gouvernement d’union nationale serait formé à Damas, sous la présidence de Bachar el-Assad, intégrant des représentants des « modérés » ayant participé à la bataille finale contre les « extrémistes ».

 

Or, rien n’a été fait en ce sens. L’engagement du secrétaire d’État John Kerry s’est avéré n’être qu’un vœu pieux. Washington n’a pas trouvé de combattants pour jouer le rôle des « modérés ». En réalité, tous les « modérés » sont des « extrémistes ». Il a donc fallu sauter sur l’occasion —voire l’organiser— du convoi humanitaire brûlé pour échapper à ses propres contradictions. La rhétorique du président Obama selon laquelle il soutient des Syriens qui se battent pour la Démocratie face à un régime qui les réprime ne correspond pas à la réalité. En 2013, le président Vladimir Poutine avait raison de railler les Occidentaux qui considéraient comme « modérés » les cannibales de l’Armée syrienne libre.

 

- Enfin, cet accord manifeste que l’objectif de la Russie est d’anéantir les jihadistes qui se préparent ici à l’attaquer dans le Caucase. La solution négociée était idéale pour Moscou : elle mettait fin aux souffrances de son allié syrien, elle ouvrait une voie de communication pour son allié chinois, et l’assurait d’en finir avec le jihadisme international. A contrario, Moscou vient de vérifier que, depuis la guerre d’Afghanistan, le jihadisme est une arme états-unienne tournée contre lui et que Washington ne va pas l’abandonner. Bien sûr, les nouveaux jihadistes n’en ont pas conscience, mais ceux qui se battent avec l’aide des États-Unis depuis 38 ans ne peuvent pas ignorer n’être que des supplétifs du Pentagone.

Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

 

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 16:24
Le double « jeu » des Etats Unis

par Thierry Meyssan 20-09-2016

Alors que le cessez-le-feu en Syrie, conclu par le secrétaire d’État états-unien et son homologue russe, semblait tenir —hormis la tentative israélienne du premier jour—, le Pentagone a attaqué pour la seconde fois l’Armée arabe syrienne. Il assure qu’il s’agit d’une erreur, mais la réaction de l’ambassadrice à l’Onu laisse au contraire penser à l’exécution d’un plan. À quoi joue Washington ?

 

En négociant un cessez-le-feu avec les États-Unis, la Russie savait qu’ils ne le respecteraient pas plus que les précédents. Mais Moscou espérait avancer sur la voie de la reconnaissance d’un monde multipolaire. Washington, de son côté, mettait en avant la fin de la présidence Obama pour justifier souscrire à un accord de la dernière chance.

 

Laissons de côté la tentative israélienne de profiter de la trêve pour attaquer Damas et le Golan. Tel-Aviv a dû essuyer des tirs de missiles de nouvelle génération, a perdu un avion et doit en réparer un second. Il semble que la Syrie soit désormais en mesure de contester la domination aérienne régionale d’Israël.

 

Laissons également de côté les chefs d’État et de gouvernement européens qui ont applaudi cet accord sans en connaître le contenu et se sont ainsi couverts de ridicule.

 

Venons en au fait : en définitive, le convoi humanitaire de l’Onu a été bourré d’armes et de munitions. Il attend toujours à la frontière turque, officiellement parce que la route n’est pas sûre, officieusement parce que la Syrie demande à pouvoir le fouiller avant de le laisser passer. Cette manière de faire des Nations unies correspond aux révélations du chef de l’antiterrorisme turc, Ahmet Sait Yayla, qui vient de faire défection : le Pentagone et la Turquie utilisent les convois humanitaires pour armer les jihadistes.

 

Puis, le Pentagone a attaqué une position statique syrienne à Deir ez-Zor. Il s’est arrêté lorsque la Russie l’a prévenu de sa « méprise ». Et il a laissé les jihadistes poursuivre l’attaque sur la voie qu’il leur avait ouverte.

 

Au plan stratégique, empêcher l’armée arabe syrienne de libérer l’ensemble du gouvernorat de Deir ez-Zor, c’est maintenir Daesh dans son rôle d’obstacle sur la route Damas-Bagdad-Téhéran. Par le passé, le Pentagone avait laissé Daesh s’installer à Palmyre, l’étape historique de la « route de la soie ». Aujourd’hui, la route est toujours coupée côté irakien par les jihadistes, mais pourrait être contournée par Deir ez-Zor si les Irakiens libèrent Mossoul.

 

D’un point de vue états-unien, l’accord était uniquement un moyen de gagner du temps, d’approvisionner les jihadistes et de reprendre la guerre. Renversant la situation au plan diplomatique, la Russie a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, provoquant l’affolement à Washington. En effet, cette période ne correspond pas uniquement à la fin du mandat Obama, mais aussi à la tenue de l’Assemblée générale des Nations unies.

 

Manifestement inquiète, l’ambassadrice US au Conseil de sécurité, Samantha Power, a quitté la salle du Conseil en pleine séance pour s’adresser aux journalistes. Elle espérait ainsi que les premières dépêches d’agence ne traiteraient que le point de vue états-unien. Elle a donc ironisé sur la « mise en scène » russe autour de ce qui ne serait qu’un simple « incident » de tir (62 morts et une centaine de blessés !). Puis, elle s’est lancée dans une diatribe sur les crimes autrement plus graves du régime de Damas. Alerté de la manipulation, l’ambassadeur russe, Vitali Tchourkine, a alors quitté à son tour la salle du conseil pour venir donner son point de vue. Prudents, les journalistes, auxquels la Chambre britannique des Communes vient de rappeler les mensonges de Madame Power à propos des supposés crimes de Mouamar Kadhafi, ont rendu compte des deux interventions.

 

Désormais, la Russie va pousser son avantage diplomatique : les États-Unis ont été pris en flagrant délit de traîtrise. Moscou pourrait donc utiliser l’Assemblée générale pour annoncer sa volonté d’en finir avec les jihadistes. La manipulation US se retournerait contre ceux qui l’ont imaginée. Washington n’aurait plus que deux options : soit s’engager dans une confrontation ouverte dont il ne veut pas, soit accepter que ses protégés perdent la partie.

Thierry Meyssan

Source
Al-Watan (Syrie)

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 17:43
Par Naram Sargon écrivain syrien résidant en Syrie

Repris sur  Comité Valmy

À chaque fois que la situation devient trop angoissante pour les Syriens, Naram Sargon est là pour éclairer en insufflant courage et optimisme. À le lire, on se réjouirait presque que la trêve respectée par la Syrie et la Russie avec, pour la première fois depuis le début de la guerre, des frappes meurtrières de la Coalition internationale menée par les USA sur les positions de l’Armée syrienne à Deir ez-Zor, soit aujourd’hui suspendue [1] jusqu’à nouvel ordre et respect de la parole donnée contraint ou forcé… À savoir que 135 soldats syriens sont tombés depuis le début de cette trêve, sans compter les blessés et les civils [NdT].

 

Vu toutes les preuves en notre possession, ce serait perdre notre temps que de prêter attention aux déclarations du ministre américain de la Défense, et du commandant en chef de l’Armée américaine, insulter notre intelligence en nous expliquant le pourquoi et le comment de leurs « tirs amis » sur Deir ez-zor.

 

Ce serait tout aussi inutile que de chercher à convaincre du lien évident entre Daech et le projet américain : Daech, le Front al-Nosra et les islamistes étant les troupes terrestres de l’armée des USA au Moyen-Orient depuis la guerre en Afghanistan ; les Forces aériennes US étant les troupes aériennes de Daech, du Front al-Nosra et des islamistes…

 

Car la question est : que signifient les frappes aériennes de la Coalition internationale menée par les USA au nord-est de la Syrie, opération manifestement préméditée pour permettre aux troupes de Daech d’avancer et ainsi de mélanger les cartes, tandis que dans le même temps l’Armée de l’air israélienne assurait une couverture aérienne au Front al-Nosra à Quneitra, au sud du pays [2] ?

 

Et pourquoi cette « bavure aérienne » et ces tirs amis sur Deir ez-Zor et le Golan, après les échecs des tentatives US cherchant à convertir la trêve à Alep en un hiatus militaire et la route du Castello en un cordon secret reliant le chorion turc aux groupes armés du Front al-Nosra ?

Cette opération n’est pas un message ordinaire posté par les USA dans la boîte aux lettres du mont de Tharda, mais le premier aveu indubitable de leur impuissance face à l’Armée syrienne et ses alliés du nord au sud du pays ; leurs propres alliés au sol titubant à Alep, dans la Ghouta de Damas et à Idleb.

 

Tout indique que l’« Armée islamiste US » n’est plus en mesure de provoquer ses chocs sur le terrain et que Daech n’est plus cette force invincible capable d’avancer sur n’importe quel front, aussi faible soit-il, sans le secours de l’une ou l’autre des grandes puissances parmi les États de la Coalition menée par les USA.

 

Tout indique que la prétendue bavure US a été exécutée en réponse aux avancées de l’Armée syrienne sur plusieurs fronts à Deir ez-Zor, lesquelles ont démontré la baisse des performances des attaques daechiennes, tout comme le siège des meutes du Front al-Nosra [devenues, par une entourloupe grotesque, Fatah al-Cham pour profiter de la trêve dont il est exclu selon l’accord américano-russe du 9 septembre ; NdT] à Alep, a démontré leur corrosion en dépit de leur mobilisation et de leur surarmement en préparation de la « mère des batailles » depuis plus de deux ans.

 

En effet, les batailles d’Alep ont révélé les capacités de manœuvres désormais limitées du Front al-Nosra, dont les vagues déferlantes successives ont accumulé des pertes l’ayant transformé en une masse molle telle qu’il n’est plus capable d’exécuter la moindre attaque dans le sud du pays sans l’assistance publique et explicite des Israéliens.

 

Ce qui signifie que nous sommes entrés dans une étape de ramollissement du noyau dur des forces islamistes terroristes, surgies depuis la guerre US sur l’Afghanistan, et que nous affrontons directement les forces qui se dissimulaient derrière et qui manipulaient, les mains couvertes de leurs gants de terroristes, les marionnettes islamistes sur la scène des prétendus révolutionnaires syriens.

 

En d’autres termes, Israël et les USA sont sortis des coulisses une fois que les Turcs ont trébuché pour se retrouver face à face avec la Russie, les USA tentant désespérément de couvrir le Front al-Nosra sous l’habit des derviches soufis, pendant que l’armée israélienne lui offrait son gilet de fer [3] pour lui éviter de mourir.

 

En s’attaquant à Deir ez-Zor, les USA ont avoué ouvertement qu’ils avaient réalisé que la bataille d’Alep ne tournait plus en leur faveur et que toutes leurs tactiques, ou ruses humanitaires, n’exauceraient plus leur espoir de sauver les milices armées sur lesquelles ils ont misé. Et ceci, parce qu’ils les ont entendues jouer leur oraison funèbre et ont compris que leur effondrement à Alep bouleverserait leur projet au nord de la Syrie, s’il était suivi de leur chute probable à Idleb avant celle d’Obama. D’où leur décision de pénétrer l’est du pays sous le prétexte de « tirs amis », juste pour suggérer ce qu’ils sont encore capables de faire et qu’ils referont, peut-être.

 

Le projet US n’a pas changé. Seule la carte d’approche a été modifiée du fait des difficultés insolubles rencontrées. Si le régime syrien qui tient la « porte de la Méditerranée » ne tombe pas, autant le transformer en un régime inutile à la Russie, à la Chine, à l’Iran et à leur profondeur asiatique, en l’emprisonnant entre la mer Méditerranée et le fleuve Euphrate, ce qui fermerait l’immense corridor entre la porte occidentale et la « porte orientale », autrefois gardée par Saddam Hussein selon la rumeur.

 

C’est parce que le projet US consiste désormais à ce que l’une de ces deux portes soit hermétiquement fermée par un verrou US, ou que les deux soient séparées par une barrière hostile à l’une des portes, que les États-Unis cherchent clairement à installer n’importe quelle entité fragile entre la Syrie et l’Irak, de sorte que sa frontière naturelle soit l’Euphrate et qu’elle soit peuplée par n’importe quelle organisation ou bloc militaire hostile à l’État syrien dans la région est du pays. D’où, la promotion de l’idée d’une partition inévitable de la Syrie.

Une partition censée se concrétiser par un « arc de combats » allant de Idleb à Abou Kamal via Alep, Raqqa et Deir ez-Zor, lequel arc serait coupé par la ligne horizontale d’une entité kurde, également fragile, créée dans sa partie nord.

 

 

 

C’est ce qui explique que les États-Unis avaient déployé Daech le long du fleuve Euphrate, pendant un court laps de temps, avant de veiller au déploiement du Front al-Nosra sur une ligne allant vers Idleb, lequel a tenté d’atteindre la côte afin d’achever l’enclave géographique projetée, entre la mer et le fleuve.

 

Pour ceci, les prétendus révolutionnaires, dits « modérés » du Front al-Nosra et apparentés, étaient censés s’approprier Alep, Idleb et la côte, puis se ruer vers Raqqa, Deir ez-Zor et Abou Kamal sous prétexte de les libérer de Daech qui devait docilement reculer vers la région d’Al-Anbar en Irak, sans combat, exactement comme il avait docilement reculé à Jarablus afin de laisser place aux turcs, pour lesquels entrer dans la place Taksim, à Istanbul, fût beaucoup plus difficile et plus coûteux que d’entrer dans Jarablus massivement occupée par les Daechiens et les terroristes suicidaires.

 

Mais ce énième projet, destiné à compenser l’échec de la mainmise US sur toute la Syrie, puis la moitié de la Syrie, a échoué à son tour, à cause de la résistance de Deir ez-Zor et de la ville de Hassaké où l’Armée syrienne veillait.

 

De ce fait, Il était donc très clair que l’Armée syrienne n’abandonnerait pas Deir ez-Zor, devenue la Stalingrad de l’Euphrate, et que la libération prochaine d’Alep signifiait que l’arc de combats, dessiné par les planificateurs US et leurs complices, allait partir en miettes, les Forces syriennes étant susceptibles d’avancer à grande vitesse d’Alep libérée vers Raqqa et Deir ez-Zor ; un trajet tactique plus avantageux que celui allant de Raqqa libérée vers Alep.

 

Or, les USA ont tout tenté pour empêcher l’avancée de l’Armée syrienne selon la ligne Alep libérée-Raqqa-Deir ez-Zor, notamment en poussant les Kurdes et lesdites Forces Démocratiques Syriennes [FDS] à s’étendre pour contrôler « l’arc de combats » de l’Euphrate jusque Raqqa.

 

Mais les Kurdes ont rechigné à descendre vers le sud avant d’avancer vers l’ouest, vu qu’ils se seraient confrontés à un environnement hostile à leur idéologie et à leur psychologie ; ce qui a fini par réveiller le monstre démographique kurde du sud-est de l’Anatolie craint par les Turcs, lesquels ont menacé de se retirer du projet.

 

Entretemps, n’ayant pas réussi à libérer le Front al-Nosra assiégé à Alep par l’Armée syrienne, par la création d’une brèche sur la route de Ramoussé au sud de la ville, la route nord du Castello étant fermée à toute subvention venue de Turquie, les USA ont décidé de braver les Russes et les Syriens en éliminant la barrière de Deir ez-Zor par cette opération ignoble d’une prétendue bavure, aidés en cela par les Turcs qui se sont généreusement proposés pour « libérer » Raqqa aux côtés de la Coalition internationale, comme nous les avons tous entendus l’expliquer récemment.

 

Ils ont donc lancé leurs « tirs amis », suivis immédiatement par les assauts de Daech sur Deir ez-Zor, lequel Daech n’a même pas eu peur du regard inquisiteur de l’aviation US censée frapper tout ce qui bouge à l’ouest de ses bases irakiennes. N’y voyez surtout aucun paradoxe !

 

Selon ce plan, si Deir ez-Zor tombait, les Turcs se rueraient vers Raqqa et Deir ez-Zor, tandis que Daech se retirerait selon le même scénario qu’à Jarablus, sous prétexte de l’énorme pression militaire ; les Turcs ayant convenu avec les USA que la ligne de l’Euphrate serait une région internationale neutre du fait que c’est une zone de guerre contre Daech, lequel risque de la reprendre si la Coalition internationale se retirait. Il faudra donc que Daech reste assiégé en Irak, pour empêcher son expansion.

 

Et c’est ainsi que la Turquie briserait les reins des Kurdes en les coupant en deux moitiés assiégées au nord de la Syrie. C’est ainsi que les USA couperaient la Syrie en deux moitiés de part et d’autre de l’Euphrate, lequel deviendrait la frontière d’une entité quelconque née du fait accompli comme, peut-être, celle qui s’édifierait autour des sbires de Al-Joulani [fondateur du Front al-Nosra et actuel chef de Fatah al-Cham] après lavage de sa barbe ruisselante du sang des Syriens. C’est ainsi que l’immense corridor vers l’Asie serait coupé entre la porte de la Méditerranée et la porte orientale à la frontière de l’Irak.

 

 

C’est pour toutes ces raisons que ces « tirs amis » étaient dirigés contre la Russie et la Syrie à la fois, pour imposer le point de vue des USA concernant Alep, c’est-à-dire l’ouverture de la route de Ramoussé conformément à leurs conditions de passage des convois « humanitaires » librement et sans inspection. Ce qui serait revenu à vider l’exploit militaire de l’encerclement du Front al-Nosra de tout bénéfice et à contourner le contenu de l’accord américano-russe sur Alep, étant donné que cet accord leur a imposé de reconnaître cette organisation terroriste comme « l’ennemi commun » au même titre que Daech.

Mais malgré ce coup terriblement douloureux à Deir ez-Zor, en comprendre les raisons amène à découvrir que le projet US titube, tout autant que ses armées islamistes terroristes, et que les USA sont désormais convaincus que le peuple syrien et ses alliés pourraient bien être la raison qui démolirait leurs projets et leurs armées…

 

Sources : Al-Thawra [Syrie]
http://www.thawraonline.sy/index.php/selected-articles-list/108150-2016-09-19-08-39-11

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

Notes :

[1] Le Commandement général de l’armée : Expiration du régime de calme en Syrie
http://sana.sy/fr/ ?p=70224

[2] U.S. aircrafts target Syrian Army position in Deir Ezzor paving way for ISIS attack, while the Zionist entity targets position in Quneitra
https://syrianfreepress.wordpress.com/2016/09/17/usa-terrorists-kill-62-saa/

[3 ] Tsahal utilise le système de défense ‘Dôme de Fer’ dans le Golan
http://koide9enisrael.blogspot.fr/2016/09/tsahal-utilise-le-systeme-de-defense.html

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 10:47
L’Axe de la Résistance doit mieux faire connaître son point de vue
par Sharmine Narwani, Alwaght

Repris sur Comité Valmy

 

 

L’Axe de la Résistance est un excellent exemple d’efficacité dans la région : il a pris de bonnes mesures militaires, politiques, économiques pour diminuer les inégalités. Mais l’Axe n’accorde pas assez d’importance à la propagande. Par propagande, je ne veux pas dire mentir, non, je veux dire qu’il faut que les gouvernements de l’Axe de la Résistance présentent leur version des faits avec intelligence. Il est temps qu’ils reconnaissent qu’ils ont perdu la guerre des narratives », explique Sharmine Narwani.

Mme Narwani est une auteure qui était auparavant chercheuse sur l’Asie de l’Ouest (le Moyen-Orient) au Collège Saint Anthony de l’Université d’Oxford. Elle a un master en journalisme et un autre en études d’Asie de l’Ouest de l’École des affaires publiques et internationales de l’Université de Columbia à New York. Narwani vit actuellement à Londres. Son article « Comment les narratives ont tués le peuple syrien » a été publié pour la première fois par RT (Russia Today) et a été traduit en sept langues. Nous l’avons interviewée.

 

Q : Dans votre article, vous parlez de l’Axe de la Résistance. Que savez-vous de cet Axe ? En d’autres termes, comment définissez-vous l’Axe de la Résistance ?

 

A : À mon avis, les membres clés de l’Axe de la Résistance sont l’Iran, la Syrie et le Hezbollah (Liban), mais au cours des dernières années plus particulièrement, la réputation de l’Axe s’est parfaite, et d’autres pays l’ont rejoint à des degrés divers. Par exemple, l’Irak partage les objectifs de sécurité de cette alliance puisqu’il combat les Takfiris, leur ennemi commun. La même chose peut être dite de la Russie. Ces cinq pays coopèrent, depuis l’année dernière, de différentes manières, sur les lignes de front irakiennes et syriennes, dans leur lutte contre le camp takfiri. Les membres de cette alliance partagent une vision du monde commune autour de la recherche l’indépendance, du droit de choisir son destin, de l’anti-impérialisme, et du respect du droit international. Ainsi, l’attraction qu’exerce l’Axe peut même encore s’élargir. Vous avez la Chine, le Venezuela, l’Afrique du Sud, la Bolivie, et de nombreux autres pays qui ont la même vision du monde et les mêmes aspirations politiques que l’Axe de la Résistance.

 

Q : Dans votre article, vous parlez d’un arc de sécurité qui va du Levant jusqu’au Golfe persique. Pouvez-vous développer ce point ?

A : En 2013, j’ai écrit un article dans lequel je prédisais qu’une coopération sécuritaire se développerait entre le Liban, la Syrie, l’Irak et l’Iran, et j’avais en grande partie raison. Ces pays ont dû unir leurs forces pour faire face à des facteurs déstabilisants et à un terrorisme qui, dès le début, ont été soutenus et alimentés par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Cet arc sécuritaire, qui a été autrefois qualifié de croissant religieux chiite par le roi Abdallah de Jordanie – ce qui avait fait beaucoup de vagues -, est devenu aujourd’hui une réalité non pour des raisons confessionnelles mais à cause des actions des pays voisins et des puissances mondiales dont le but est d’affaiblir l’Iran en détruisant la Syrie. Dans l’article, je disais que ces quatre pays devraient collaborer militairement pour éliminer la menace commune à leur sécurité, et que cette collaboration entraînerait des relations économiques et politiques plus profondes. Cela conduirait, à son tour, à l’expansion de la coopération de ce camp et donc à la formation d’un nouveau bloc politique dans la région. Je crois que le terrorisme, qui a déferlé du Levant au Golfe Persique, peut être vaincu par les quatre membres de ce bloc, et que les forces militaires étrangères ne peuvent rien faire de bon, tant qu’elles agissent sans l’accord des membres de cet arc de sécurité.

Lorsque cet arc sécuritaire se stabilisera, il servira de modèle aux autres pays de la région, en particulier aux pays voisins qui souffrent d’une grande instabilité. Je pense que la Turquie, la Jordanie, l’Egypte, et très probablement le Koweït, Oman, l’Algérie, vont construire des relations plus solides avec cet arc de sécurité pour résoudre les crises politiques, sécuritaires et économiques de la région, grâce à une meilleure coopération.

 

Q : Vous avez dit que nous avons maintenant une bonne chance de construire le monde et l’Asie de l’Ouest comme nous le voulons. Pouvez-vous préciser ?

A : L’Occident et ses forces par procuration en Asie de l’Ouest ne peuvent pas gagner la guerre qu’ils mènent contre l’Axe de la Résistance. En fait, les conflits actuels sont leur chant du cygne, leur ultime tentative pour établir leur hégémonie par la force, mais ils vont perdre la guerre.

Ils ont beaucoup d’argent, d’armes, et de puissance politique. Mais regardez où ils en sont aujourd’hui ? A cause de l’intervention en Syrie, le membre de l’OTAN turc est maintenant confronté à une situation intérieure critique car il fait face à des défis tels que les Kurdes, les luttes politiques internes et les Takfiris. Les Saoudiens ont échoué dans leurs aventures en Syrie, au Yémen et en Irak. Les Qataris doivent se limiter à leur gouvernement de 200 kilomètres carrés. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, et la France gaspillent leurs ressources et leur argent en essayant de prendre le contrôle de l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie et d’autres pays de la région sous prétexte de soutenir la démocratie. Tous doivent affronter un terrorisme de représailles, des luttes politiques internes, et les revendications de leurs peuples pour leurs droits. L’UE s’effondre, l’OTAN a perdu de sa pertinence, et le fascisme monte partout dans le monde.

La Syrie a représenté un tournant, au milieu de tous ces défis. La crise syrienne a entraîné la Russie et la Chine en Asie de l’Ouest, et le monde est maintenant dans une impasse. Nous sommes au seuil d’un changement fondamental de l’ordre politique, économique et financier du monde. De nouveaux centres de pouvoir sont en formation, c’est la fin des anciennes puissances. Le moment est venu de mettre en place un nouvel ordre mondial qui permettra de concrétiser notre vision des choses. Quel type d’Asie de l’Ouest voulons-nous ? Quelle est la solution à la question palestinienne ? Comment résoudre nos problèmes économiques ? Nous n’avons plus besoin du Fonds monétaire international, de Washington, ni de l’OTAN pour nous dire quoi faire.

On n’a pas besoin d’acheter des avions Boeing pour faire plaisir aux Américains. On n’a pas besoin de devenir un marché et d’acheter de produits occidentaux pour qu’ils nous acceptent. Mettons-nous à l’œuvre pour élaborer une nouvelle narrative. Faisons en sorte que l’Asie devienne la prochaine plaque tournante. Si j’étais à la place des dirigeants iraniens, je me donnerais comme objectif de faire de mon pays l’aile orientale du siècle asiatique ; un exportateur clé et un ami fidèle de tous ceux qui veulent s’inspirer du modèle économique iranien qui a fait la preuve de sa résistance. J’expliquerais à la Jordanie, l’Algérie et l’Egypte comment gérer un pays qui a subi une guerre dévastatrice de huit ans*, avec un prix du pétrole à seulement 8 dollars le baril. Je leur enseignerai les soins de santé iraniens prodigués dans les provinces et je les aiderais à mettre en place une économie basée sur la technologie.

Il faut que l’Asie de l’Ouest se relève, même si les Occidentaux pensent que nous n’y arriverons pas. Malgré le chaos et les ruines, tout n’est pas perdu pour l’Asie de l’Ouest, à condition d’être actifs et ingénieux. Nous pouvons être plus forts et plus compétitifs que jamais. Le futur c’est maintenant. Mettons-nous à le construire.

 

Q : Vous avez dit que l’Axe de la Résistance ne sait pas faire entendre sa version des faits, ni mettre à nu les versions mensongères des médias occidentaux. Que proposez-vous pour changer cela ?

A : L’Axe de la Résistance est un excellent exemple d’efficacité dans la région : il a pris de bonnes mesures militaires, politiques, économiques pour diminuer les inégalités. Mais l’Axe n’accorde pas assez d’importance à la propagande. Par propagande, je ne veux pas dire mentir, non, je veux dire qu’il faut que les gouvernements présentent leur version des faits avec intelligence.

Qu’est-ce que l’Axe de la Résistance a fait pour que sa voix atteigne le public international ? Il y a des médias inutiles qui sont gérés par des personnes qui manquent de professionnalisme. La partialité des reportages et des grands titres (de ces médias) me tourmente beaucoup.

La vision du monde de l’Axe de la Résistance séduit la majorité des nations de la région et même du monde. Quand vous parlez de la Palestine et d’indépendance, quand vous parlez d’une économie basée sur la technologie, quand vous parlez de la lutte contre l’impérialisme et du droit des peuples à décider d’eux-mêmes et de leur justice, qui peut être contre vous ? Alors pourquoi la plupart des gens pensent-ils qu’extrémisme religieux, guerre et terrorisme riment avec Axe de la Résistance ?

Il y a des gens qui ne se rendent pas compte qu’on ne peut pas mener une guerre défensive sans expliquer pourquoi il était nécessaire, juste et honnête de la commencer. On ne peut pas simplement compter sur les discours hebdomadaires de l’(Ayatollah) Ali Khamenei et de (Sayyed) Hassan Nasrallah pour contrer les médias occidentaux et leurs marionnettes. Ils ont des dizaines de milliers de journalistes, de journaux et de diffuseurs par satellite.

Il est temps que l’Axe de la Résistance reconnaisse qu’il a perdu la guerre de la narrative. Pour progresser, il faut reconnaître ses erreurs et les corriger.

L’Axe de la Résistance sait ce que signifie gagner la guerre quotidiennement sur le champ de bataille et il adapte sa tactique à cet objectif, mais il ne comprend pas que s’il perd la guerre de la communication, il ne pourra pas non plus gagner la guerre sur le terrain. Les Américains parlent beaucoup de la nécessité de gagner les cœurs et les esprits. Ils ont raison et ils investissent énormément dans leur narrative pour soutenir leurs objectifs stratégiques. On n’a pas besoin de réinventer la roue, on doit seulement avoir notre propre roue, notre roue à nous.

Sharmine Narwani
4 septembre 2016

Note :
*Guerre Irak-Iran de 1980 à 1988.

Traduction : Dominique Muselet

 

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 17:03
La Russie revient pour un nouveau round.
par Moon of Alabama

Origine 9 juin 2016, par Comité Valmy

 

L’administration Obama ne veut pas la paix en Syrie. Les Russes ont finalement dû s’avouer que les États-Unis ne collaborerait pas au maintien du cessez-le-feu, ni à une attaque coordonnée contre l’État islamique et al-Qaïda, ni à la paix en Syrie. En effet, comme l’explique Lavrov, les États-Unis ont à nouveau demandé à la Russie de ne pas bombarder al-Qaïda, alors même que deux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU exigent son éradication.

 

D’énormes convois de ravitaillement (vidéo) arrivent à nouveau de Turquie pour les « rebelles » qui vont, comme d’habitude, les partager avec al-Qaïda et d’autres terroristes.L’offensive actuelle de l’armée arabe syrienne sur Raqqa est entravée, non seulement par les tempêtes de sable, mais aussi par une attaque opportune d’al-Qaïda, d’Ahrar al Sham et des forces du Parti islamique du Turkestan contre des positions du gouvernement, au sud d’Alep.

 

Plus de 1000 militants ont entamé une offensive contre les positions de l’armée syrienne au sud-ouest d’Alep, a déclaré le centre russe de contrôle du cessez-le-feu en Syrie, dans un communiqué publié samedi.

Le centre a également rapporté que, selon des civils d’Alep, des groupes armés, en partie composés de soldats turcs, avaient fait leur apparition au nord de la ville.

 

C’est exactement le même schéma qu’en mars et avril derniers, quand l’armée syrienne a été obligée de stopper son avancée vers l’est de la Syrie pour éviter de nouvelles pertes dans la lutte contre Al-Qaïda au sud d’Alep. Il semble évident que ces attaques des forces soutenues par les Etats-Unis ont pour but d’empêcher le gouvernement syrien de regagner du terrain à l’est.

Aujourd’hui Lavrov a à nouveau parlé à Kerry :

 

«  Lavrov a exprimé sa préoccupation concernant les tentatives de retarder la reprise des négociations politiques, sous divers prétextes », a déclaré le ministère [des Affaires étrangères russe].

 

Comme les États-Unis ne veulent pas régler le conflit en Syrie, la Russie va devoir reprendre l’initiative.

Est-ce un piège ? Les États-Unis veulent-ils que la Russie s’enlise en Syrie ? C’est tout à fait possible, mais on ne voit pas comment cela pourrait arriver parce que la Russie fait un retour en force et ses attaques sont foudroyantes.

Les frappes aériennes russes contre les terroristes en Syrie ont triplé au cours des derniers jours. Des ressources supplémentaires ont été envoyées discrètement.

Sans faire le buzz comme pour leur première intervention militaire en Syrie, cette semaine les Russes ont débarqué des forces terrestres et des parachutistes dans le port de Tartous pour soutenir les plus de 3000 volontaires russes envoyés dans la région au cours des dernières semaines, dans le but de relancer la coordination avec l’armée syrienne.

...

Des sources syriennes ont annoncé que le personnel de commandement russe qui a coordonné les opérations de soutien aérien à l’automne dernier, était revenu à la base militaire Hmeimim dans la province de Latakia pour entamer la préparation de nouvelles opérations.

 

Il faut espérer que les dirigeants russes ont appris leur leçon ; et qu’ils ne cesseront plus de poursuivre l’ennemi, sans aucun gain politique à la clé, quand ce dernier sera, sans doute bientôt, contraint de s’enfuir à nouveau.

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 17:25

Source Arrêt sur info : Alep-la désinformation continue...

 

 

Nous avons demandé au Dr. Nabil Antaki si les informations rapportées depuis une semaine dans les pays francophones sur la situation à Alep correspondaient à ce qu’il constate sur place. Voici sa réponse.

 

Au sujet des récents événements, je constate que les médias [traditionnels, ndlr] continuent de mentir par omission. Depuis le début de la guerre à Alep il y a 4 ans, ils ne rapportent pas du tout les faits dans leur ensemble.Alep est bombardée tous les jours depuis 2012 par des groupes terroristes causant des morts et des blessés. Personne n’en a jamais eu cure; si ce n’est pour se féliciter du « bon boulot qu’ils font» [allusion à la déclaration de Laurent Fabius, ndlr]. Il est temps que l’Occident se réveille et arrête de soutenir ces terroristes.

 

Nous sommes très révoltés ici à Alep par le manque d’impartialité et d’objectivité des médias. Ils ne parlent que des souffrances et des pertes humaines dans la zone Est de la ville contrôlée par al-Nosra, un groupe terroriste affilié à al-Qaïda, qu’ils qualifient toujours de « rebelle » ce qui est une manière de le rendre respectable. Et ils restent muets sur les pertes et les souffrances endurées quotidiennement dans nos quartiers de l’Ouest d’Alep à cause des tirs d’obus lancés par ces terroristes. Ils ne parlent pas davantage du blocus et des coupures totales d’eau et d’électricité qu’ils nous infligent…

 

Les médias n’ont rien dit des bombardements continus et des carnages qui ont eu lieu depuis une semaine, dans la partie Ouest de la ville [où habite le Dr. Nabil], où aucun quartier n’a été épargné et où il y a tous les jours des dizaines de morts. Ces omissions sont d’autant plus révoltantes que ces quartiers représentent 75 % de la superficie d’Alep et comptent 1.5 millions d’habitants – contre 300.000 dans la partie Est occupée par les groupes terroristes.

 

Cette information tronquée laisse entendre que les groupes terroristes qui nous attaquent sont les victimes. Pire, les médias ont détourné notre appel « SAUVER ALEP » en laissant croire que cet appel exigeait l’arrêt des hostilités par « les forces d’Assad ». Ce qui est faux. D’ailleurs, il n’y a pas de «forces d’Assad » : il y a les forces de l’armée régulière syrienne qui défendent l’Etat syrien.

 

Ils [les médias traditionnels, ndlr] auraient pu au moins avoir la décence de mentionner les carnages causés par les bombardements des terroristes qui ont fait de nombreux morts. Comme cela s’est encore produit hier, vendredi, où un de leurs tirs a frappé une mosquée à l’heure de la prière faisant 15 morts et 50 blessés parmi les civils. Les attaques et les pertes dont nous souffrons sont présentées [par les médias, ndlr] de manière à laisser le public dans le flou quant aux véritables responsables de ces crimes (1) (2).

 

Depuis trois jours les médias accusent le « régime Assad » et les Russes d’avoir bombardé et détruit un hôpital soutenu par l’ONG Médecins sans Frontières à l’Est de la ville. Ils affirment que le « dernier pédiatre d’Alep » a été tué dans ce bombardement (3). Nous avons encore de nombreux pédiatres à Alep. Cela montre bien que, pour les médias, seule compte cette partie Est occupée par les rebelles, et que les trois quarts de la ville d’Alep administrée par l’Etat syrien, où pratiquent encore de nombreux pédiatres, ne comptent pas.

 

L’hôpital mentionné n’est pas sur la liste des hôpitaux de Syrie établie avant la guerre par le ministère de la santé. Donc, s’il existe, il a été installé dans un immeuble après la guerre (4). Je ne crois pas que les forces gouvernementales ou l’aviation russe bombardent délibérément un hôpital. Il n’y va pas de leur intérêt.

 

Nous avions constaté la même partialité quand le plus grand hôpital d’Alep Al Kindi, avait été frappé par les obus terroristes d’al-Nosra, puis incendié intentionnellement en 2013. Les médias n’avaient pas prêté attention à cet acte criminel. Nous sommes écœurés et révoltés par cette désinformation permanente.

Nabil Antaki, 30 avril 2016 –

Propos recueillis par Silvia Cattori | Mis à jour le 2 mai à 12.45

 

La destruction de l'Hôpital Al Kindi en 2013

 

 

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 17:06
Les sponsors des « rebelles » les lancent dans un nouveau cycle de défaite
par Moon of Alabama

Repris sur Comité Valmy

 

L’administration Obama a manifestement décidé de relancer la guerre en Syrie. Elle a acheté et livré des milliers de tonnes d’armes nouvelles aux djihadistes, dont des MANPAD anti-aériens de fabrication étasunienne  et chinoise. La moitié des armes livrées par les sponsors à leurs mercenaires « rebelles » finissent régulièrement dans les mains d’Al-Qaïda en Syrie. On ne sera pas surpris d’apprendre, dans quelques semaines, qu’un avion civil a été abattu en Turquie ou ailleurs.

 

Il y a deux semaines, les « rebelles » soutenus par l’étranger, ont déjà violé le cessez-le-feu en prenant part à une grande attaque d’Al-Qaïda, au sud de la ville d’Alep. Plusieurs attaques « rebelles » ont eu lieu contre le quartier kurde de la ville d’Alep, faisant plus d’une centaine de morts parmi les civils. D’autres attaques ont eu lieu dans la province de Latakia, au nord.

 

Aujourd’hui, les « rebelles » annoncent qu’ils reprennent ouvertement les combats et ils ont ouvert de nouveaux fronts, y compris dans le nord de la province de Hama où des djihadistes « turkmènes » ouïgours ont envoyé deux kamikazes contre les positions du gouvernement syrien. ouvertem                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      

Les pourparlers de Genève parrainés par l’ONU n’ont abouti à rien et le camp des « rebelles » les a maintenant suspendus pour reprendre les combats. Aujourd’hui, il ne restait plus que trois hommes dans l’équipe de négociation « rebelle » chapeautée par l’Arabie Saoudite. Ils continuent de poser la déchéance du président syrien comme condition à la poursuite des pourparlers sur un gouvernement d’unité, bien qu’une telle déchéance soit inconstitutionnelle.

 

L’armée syrienne a suspendu son offensive en cours contre l’État islamique. Elle avait projeté d’aller de Palmyre, récemment libérée, à Deir Ezzor, à l’est, qui est contrôlée par l’État islamique. Les troupes ont été rappelées pour protéger le peuple syrien contre la reprise des attaques des « rebelles » dans l’ouest de la Syrie. Cela correspond sans doute, aux projets qu’ont les Etats-Unis pour leur drôle de guerre contre ISIS.

 

Il y aura bientôt des rapports sur le retrait de l’armée syrienne de telle ou telle ville ou colline. N’y faites pas trop attention. Depuis l’intervention russe de l’année dernière, les troupes syriennes ont ordre de se retirer quand la pression devient trop forte. Pour limiter les pertes en hommes. Dès que l’ennemi prendra position, l’artillerie et l’armée de l’air s’en occuperont. Puis, quand l’ennemi aura été assez affaibli, l’armée syrienne et leurs alliés sur le terrain viendront réoccuper la position et si possible lancer une contre-attaque.

 

Suleiman, le général de la Garde révolutionnaire iranienne, est allé à Moscou, la semaine dernière. C’est après sa première visite, l’été dernier, que l’intervention russe a été planifiée et exécutée. Elle a conduit les « rebelles » au bord de la défaite. Leurs sponsors ont alors convenu d’un cessez-le feu et organisé des pourparlers à Genève. Le temps qui s’est écoulé depuis l’annonce du cessez-le-feu, le 27 février, a été utilisé par les Etats-Unis pour réarmer et repositionner les forces « rebelles ».

 

Il semble qu’on va assister à un nouveau cycle de combats. L’Iran a déployé au sol, en Syrie, des troupes régulières qui, même si elles n’ont pas encore reçu le baptême du feu, auront un effet certain. L’armée de l’air syrienne a été rééquipée et ses avions les plus anciens ont été rénovés. Les hélicoptères russes sont actifs sur le front syrien, et on y a vu récemment des nouveaux missiles balistiques « Iskander » de courte portée (200 km). La force aérienne russe peut en outre affréter des avions qui arriveront de Russie en quelques heures pour frapper des cibles fixes en Syrie. Des navires russes équipés de missiles de croisière croisent le long de la côte syrienne.

 

Il est ridicule de penser que les MANPADS et les systèmes anti-tanks TOW pourront modifier la situation sur le terrain de manière décisive. Je pense qu’il y aura quelques semaines de violents combats, après quoi les « rebelles » n’en pourront plus et seront à nouveau au bord de la défaite.

Moon of Alabama

18 avril 2016

Traduction : Dominique Muselet

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 13:25

L'armée syrienne a repris le contrôle total de Palmyre après en avoir chassé les jihadiste du groupe état islamique qui tenaient cette ville antique depuis près d'un an.

 

Source sputnik

 

 

"Après de violents combats nocturnes, l'armée contrôle entièrement la ville de Palmyre, y compris le site antique et la partie résidentielle. Ils (les jihadistes) se sont retirés", a affirmé à l'AFP une source militaire à Palmyre.

 

D'après cette source, les combattants de l'EI "se sont repliés vers Sokhné, Raqa et Deir Ezzor", leurs fiefs dans le nord et l'est de la Syrie.

 

"Les unités d'ingénierie de l'armée sont en train de désamorcer des dizaines de bombes et de mines à l'intérieur de la cité antique" qui contient des trésors détruits en partie par le groupe extrémiste.

 

 

© Sputnik. Mikhaïl Voskresensky

 

Les forces prorégime, appuyées par l'aviation russe, ont lancé le 7 mars une offensive pour reprendre Palmyre à l'EI, qui s'était emparé en mai 2015 de la ville et ses ruines antiques classées au patrimoine mondial de l'Unesco. 

 

La ville de Palmyre, dont les vestiges sont classés au patrimoine mondial par l'Unesco, a une importance aussi bien historique que stratégique. Un désert s'étend au nord et au nord-ouest de Palmyre. La reprise de la ville a privé Daech du contrôle de 20% des territoires occupés. Le commandement des forces armées syriennes pourrait ainsi entamer une progression vers la ville de Raqqa, "capitale" de Daech, et procéder au déblocage de Deir ez-Zor, assiégée par les terroristes

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 17:31

par Thierry Meyssan

En signant un accord —au demeurant illégal en droit international— avec la Turquie pour ralentir l’afflux de migrants, les dirigeants de l’Union européenne se sont engagés un peu plus dans un pacte avec le diable. Une grande partie des 3 milliards d’euros annuels alloués à Ankara servira à financer le soutien aux jihadistes et, par conséquent, à augmenter le nombre de migrants fuyant la guerre. Surtout, en abrogeant dans les prochains mois les visas avec la Turquie, les Européens instituent la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles. En écrasant les peuples irakien et syrien sous l’oppression des jihadistes qu’ils financent indirectement et en abandonnant le peuple turc à la dictature du président Erdoğan, ils préparent les bases d’un très vaste affrontement dont ils seront les victimes.

Réseau Voltaire | Damas (Syrie) | 21 mars 2016

 

 

Lors de la conférence de presse du 18 mars 2016, le président de l’Union européenne, Donald Tusk (un Polonais qui défend les intérêts de l’Allemagne), semblait tenter de calmer la fureur du président de la Commission, Jean-Claude Juncker (un Luxembourgeois qui défend les intérêts des États-Unis). Pour la plus grande joie d’un Premier ministre turc goguenard, Ahmet Davutoğlu.

 

« La démocratie est un tramway, on l’emprunte pour aller là où on veut aller et on en descend. »
Recep Tayyip Erdoğan (1996)

 

Le Conseil européen des 17 et 18 mars 2016 a adopté un plan visant à résoudre le problème posé par l’afflux massif de migrants en provenance de Turquie [1]. Les 28 chefs d’État et de gouvernement se sont soumis à toutes les demandes d’Ankara.

 

Nous avions déjà analysé la manière dont les États-Unis entendaient utiliser les événements du Proche-Orient pour affaiblir l’Union européenne [2]. Au début de l’actuelle crise des « réfugiés », nous avons été les premiers à observer à la fois que cet événement avait été délibérément provoqué et les problèmes insolubles qu’il allait poser [3]. Malheureusement, toutes nos analyses ont été vérifiées et nos positions ont été, depuis, largement adoptées par nos détracteurs d’alors.

 

Allant plus loin, nous voulons étudier la manière dont la Turquie s’est emparée du jeu et l’aveuglement de l’Union européenne qui persiste à avoir un coup de retard.

 

Le jeu de Recep Tayyip Erdoğan

Le président Erdoğan n’est pas un homme politique comme les autres. Et il ne semble pas que les Européens, ni les peuples, ni leurs dirigeants, en aient pris conscience.

 

• Premièrement, il est issu de la Millî Görüş, un mouvement islamique panturquiste lié aux Frères musulmans d’Égypte et favorable au rétablissement du Califat [4]. Selon lui —comme d’ailleurs selon ses alliés du Milliyetçi Hareket Partisi (MHP)—, les Turcs sont les descendants des Huns d’Attila, eux-mêmes enfants du loup des steppes d’Asie centrale, dont ils partageaient l’endurance et l’insensibilité. Ils forment une race supérieure appelée à gouverner le monde. Leur âme est l’islam.

 

Le président Erdoğan est le seul chef d’État au monde à se revendiquer d’une idéologie suprémaciste ethnique, parfaitement comparable à l’aryanisme nazi. Il est également le seul chef d’État au monde à nier les crimes de son histoire, notamment les massacres des non-musulmans par le sultan Abdülhamid II (les massacres hamidiens de 1894-95 : au moins 80 000 chrétiens tués et 100 000 chrétiennes incorporées de force dans les harems), puis par les Jeunes Turcs (génocide des Arméniens, des Assyriens, des Chaldéens, des Syriaques, des Grecs pontiques et des Yézidis de 1915 à 1923 : au moins 1 200 000 morts) ; un génocide qui fut exécuté avec l’aide d’officiers allemands, dont Rudolf Höß, futur directeur du camp d’Auschwitz [5].

 

En célébrant le 70ème anniversaire de la libération du cauchemar nazi, le président Vladimir Poutine soulignait que « les idées de suprématie raciale et d’exclusivisme ont provoqué la guerre la plus sanglante de l’Histoire » [6]. Puis, lors d’une marche —et sans nommer la Turquie—, il appelait tous les Russes à se tenir prêts à renouveler le sacrifice de leurs grands-parents si nécessaire afin de sauver le principe même de l’égalité entre les hommes.

 

• Deuxièmement, le président Erdoğan, qui n’est soutenu que par un tiers de sa population, gouverne seul son pays par la contrainte. Il est impossible de savoir précisément ce que pense le peuple turc, puisque la publication de toute information mettant en cause la légitimité du président Erdoğan est désormais considérée comme une atteinte à la sécurité de l’État et conduit immédiatement en prison. Cependant, si l’on se réfère aux dernière études publiées, en octobre 2015, moins d’un tiers de l’électorat le soutient. C’est nettement moins que les nazis en 1933, qui disposaient alors de 43 % des voix. Raison pour laquelle, le président Erdoğan n’a pu gagner les élections législatives qu’en les truquant grossièrement. Entre autres :


- Les médias d’opposition ont été muselés : les grands quotidiens Hürriyet et Sabah ainsi que la télévision ATV ont été attaqués par des nervis du parti au pouvoir ; des enquêtes ont visé des journalistes et des organes de presse accusés de soutenir le « terrorisme » ou d’avoir tenu des propos diffamatoires contre le président Erdoğan ; des sites web ont été bloqués ; des fournisseurs de services numériques ont supprimé de leur offre les chaînes de télévision d’opposition ; trois des cinq chaînes de télévision nationales, dont la chaîne publique, ont été, dans leurs programmes, clairement favorables au parti au pouvoir ; les autres chaînes de télévision nationale, Bugün TV et Kanaltürk, ont été fermées par la police.


- Un État étranger, l’Arabie saoudite, a déversé 7 milliards de livres de « dons » pour « convaincre » les électeurs de soutenir le président Erdoğan (soit environ 2 milliards d’euros).


- 128 permanences politiques du parti de gauche (HDP) ont été attaquées par des nervis du parti du président Erdoğan. De nombreux candidats et leurs équipes ont été passés à tabac. Plus de 300 commerces kurdes ont été mis à sac. Plusieurs dizaines de candidats du HDP ont été arrêtés et placés en détention provisoire durant la campagne.


- Plus de 2 000 opposants ont été tués durant la campagne électorale, soit par des attentats, soit du fait de la répression gouvernementale visant le PKK. Plusieurs villages du sud-est du pays ont été partiellement détruits par des blindés de l’armée.

 

Depuis son « élection », une chape de plomb s’est abattue sur le pays. Il est devenu impossible de s’informer sur l’état de la Turquie par sa presse nationale. Le principal quotidien d’opposition, Zaman, a été placé sous tutelle et se borne désormais à louer la grandeur du « sultan » Erdoğan. La guerre civile, qui fait déjà rage à l’Est du pays, s’étend par des attentats à Ankara et jusqu’à Istanbul, dans la totale indifférence des Européens [7].

 

M. Erdoğan gouverne presque seul, entouré d’un groupe restreint, dont le Premier ministre Ahmet Davutoğlu. Il a publiquement déclaré durant la campagne électorale qu’il n’appliquait plus la Constitution et que tous les pouvoirs lui revenaient désormais.

 

Le 14 mars 2016, le président Erdoğan a déclaré que face aux Kurdes : « La démocratie, la liberté et l’état de droit n’ont plus la moindre valeur ». Il a annoncé son intention d’élargir la définition légale des « terroristes » pour inclure tous ceux qui sont « des ennemis des Turcs » —c’est-à-dire les Turcs et les non-Turcs qui s’opposent à leur suprémacisme—.

 

Pour un demi-milliard d’euros, Recep Tayyip Erdoğan s’est fait construire le plus grand palais jamais occupé par un chef d’État dans l’histoire mondiale. Le « palais blanc », en référence à la couleur de son parti, l’AKP. Il s’étend sur 200 000 mètres carrés et comprend toutes sortes de services, dont des bunkers sécurisés ultra-modernes reliés à des satellites.

 

• Troisièmement, le président Erdoğan utilise les pouvoirs qu’il s’est anti-constitutionnellement octroyés pour transformer l’État turc en parrain du jihadisme international. En décembre 2015, la police et la Justice turques avaient pu établir les liens personnels de M. Erdoğan et de son fils Bilal avec Yasin al-Qadi, le banquier global d’Al-Qaïda. Il a donc limogé les policiers et les magistrats qui avaient osé « porter atteinte aux intérêts de la Turquie » (sic), tandis que Yasin al-Qadi et l’État intentaient un procès au quotidien de gauche BirGün pour avoir reproduit mon éditorial, « Al-Qaida, éternel supplétif de l’Otan ».

 

En février dernier, la Fédération de Russie déposait un rapport de Renseignement au Conseil de sécurité de l’Onu attestant du soutien de l’État turc au jihadisme international, en violation de nombreuses résolutions [8]. J’ai publié une étude précise sur ces accusations, immédiatement censurée en Turquie [9].

 

La réponse de l’Union européenne

L’Union européenne avait envoyé une délégation pour surveiller les élections législatives de novembre 2015. Elle a longuement différé la publication de son rapport, puis s’est résolue à en publier une brève version édulcorée.

 

Paniqués par les réactions de ses populations réagissant durement à l’entrée massive de migrants —et, pour les Allemands, à l’abolition du salaire minimum qui en a résulté—, les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union ont mis au point avec la Turquie une procédure pour qu’elle résolve leurs problèmes. Le Haut-Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés, Filippo Grandi, a immédiatement relevé que la solution choisie viole le droit international, mais en supposant que les choses puissent être améliorées, ce n’est pas là le problème principal.

 

L’Union s’est engagée à
- verser 3 milliards d’euros annuels à la Turquie pour l’aider à faire face à ses obligations, mais sans mécanisme de vérification de l’usage de ces fonds ;


- mettre fin aux visas requis aux Turcs pour entrer dans l’Union [10] —ce n’est plus qu’une question de quelques mois, voire de semaines— ;


- accélérer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union —ce sera par contre beaucoup plus long et aléatoire—.

 

En d’autres termes, aveuglés par la récente défaite électorale d’Angela Merkel [11], les dirigeants européens se sont contentés de trouver une solution provisoire pour ralentir le flux des migrants, sans chercher à résoudre l’origine du problème et sans tenir compte de l’infiltration de jihadistes parmi ce flux.

 

Le précédent de Munich

Dans les années 30, les élites européennes et états-uniennes considéraient que l’URSS, par son modèle, menaçait leurs intérêts de classe. Elles soutenaient donc collectivement le projet nazi de colonisation de l’Europe orientale et de destruction des peuples slaves. Malgré les appels répétés de Moscou à la création d’une vaste alliance contre le nazisme, les dirigeants européens acceptèrent toutes les revendications du chancelier Hitler, y compris l’annexion de régions peuplées par les Sudètes. Ce furent les accords de Munich (1938), conduisant l’URSS a pratiquer le sauve-qui-peut et à conclure de son côté le Pacte germano-soviétique (1939). Ce n’est que trop tardivement, que certains dirigeants européens, puis états-uniens, réalisèrent leur erreur et décidèrent de s’allier avec Moscou contre les nazis.

 

Sous nos yeux, les mêmes erreurs se répètent. Les élites européennes considèrent la République arabe syrienne comme un adversaire, soit qu’elles défendent le point de vue colonial d’Israël, soit qu’elles espèrent recoloniser elles-mêmes le Levant et s’approprier ses gigantesques réserves de gaz encore inexploitées. Elles ont donc soutenu l’opération secrète états-unienne de « changement de régime » et ont feint de croire à la fable du « printemps arabe ». Après cinq ans de guerre par procuration, constatant que le président Bachar el-Assad est toujours là bien qu’on ait annoncé un millier de fois sa démission, les Européens ont décidé de financer à hauteur de 3 milliards d’euros annuels le soutien turc aux jihadistes. Ce qui, selon leur logique, devrait permettre leur victoire et donc mettre fin aux migrations. Elles ne tarderont pas à réaliser [12], mais trop tard, qu’en abrogeant les visas pour les ressortissants turcs, elles ont autorisé la libre-circulation entre les camps d’Al-Qaïda en Turquie et Bruxelles [13].

 

La comparaison avec la fin des années 30 est d’autant plus juste que lors des accords de Munich, le Reich nazi avait déjà annexé l’Autriche sans provoquer de réaction notable des autres États européens. Or, aujourd’hui la Turquie occupe déjà le Nord-Est d’un État membre de l’Union européenne, Chypre, et une bande de quelques kilomètres de profondeur en Syrie qu’elle fait administrer par un wali (préfet) nommé à cet effet. Non seulement, l’Union s’en accommode, mais par son attitude, elle encourage Ankara a poursuivre ses annexions au mépris du droit international. La logique commune du chancelier Hitler et du président Erdoğan est basée sur l’unification de la « race » et l’épuration de la population. Le premier voulait unir les populations de « race allemande » et les épurer des éléments « étrangers » (les juifs et les Roms), le second veut unir les populations de « race turque » et les épurer des éléments « étrangers » (les Kurdes et les chrétiens).

 

En 1938, les élites européennes croyaient en l’amitié du chancelier Hitler, aujourd’hui en celle du président Erdoğan.

Thierry Meyssan

 

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