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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 18:06
Par Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi...

 

Le mensonge, la nausée et les sanctions

Le pire ministre des affaires étrangères jamais offert à la France a déguerpi. Il laisse derrière lui une diplomatie ruinée, décrédibilisée et démoralisée : seraient-ils les meilleurs de la planète, nos diplomates ne peuvent faire de miracles lorsqu’ils sont amenés à ne défendre que des dossiers indéfendables, qui les placent systématiquement du mauvais côté de l’Histoire. C’est là que le bât blesse.


Le départ d’un ministre aussi étranger aux affaires étrangères, qui ne se réveillait qu’au nom de Bachar al Assad, ne fera guère pleurer que lui-même et ses complices. Mais les optimistes inoxydables, inondés d’espoir l’espace d’un adieu, devraient se méfier : si le pire n’est jamais sûr, le meilleur l’est encore moins.


Le partant était un pilier du « groupe des Amis de la Syrie », dont la liste des Etats membres illustrait alors parfaitement la sentence bien connue : avec de tels amis, plus besoin de se chercher des ennemis. Reprenant le flambeau brandi par la France lors du rezzou de l’OTAN sur la Libye, Fabius a tout fait pour propulser notre pays à l’avant-garde des va-t-en guerre de la vertueuse « communauté internationale ». N’est-ce pas lui qui, mi-dépité mi-gourmand, estimait en juillet 2012 qu’il « reste encore quelques renforcements possibles en matière de sanctions », insistant pour que la Grèce cesse d’importer du phosphate syrien ?


Le club Elisabeth Arden (Washington, Londres, Paris), qui prétend depuis un quart de siècle incarner la « communauté internationale », s’est transformé au fil des dernières années en un directoire de pères fouettards ayant pour inspirateurs les néoconservateurs de « l’Etat profond » des pays d’Occident et d’ailleurs, et pour alliés privilégiés les régimes moyen-orientaux les plus portés sur la flagellation. En 2011, après l’Irak, le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, la Palestine, la Yougoslavie, l’Iran ou l’Ukraine et quelques autres, nos pères fouettards, pourtant bien absorbés par leur tâche du moment (protéger les populations civiles de la Jamahiriya libyenne en les bombardant, avant de liquider physiquement Kadhafi – NDLR), vont réserver à la Syrie un traitement de choix. C’est ainsi que les sanctions vont pleuvoir en giboulées dès les premiers beaux jours.


En juillet 2012 (on taira par décence le nom du journal et ceux des journalistes), une vidéo apparaît sur le net avec un titre en forme de question qui tue : « A quoi servent les sanctions contre la Syrie ? » Celle-ci, note le commentaire écrit, « fait depuis plus d’un an l’objet de mesures de rétorsion de la part de la communauté internationale, avec un succès mitigé ». Il faut « punir et étouffer économiquement le régime de Bachar al Assad, qui réprime dans le sang ses opposants : tel est l’objectif ». On n’aura pas fini d’entendre cette rengaine.

 

Notre vidéo précise que, le 23 juillet 2012, l’Union Européenne a adopté un nouveau train de sanctions, pour la 17ème fois en un an (sic). Elle rappelle que les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Suisse, la Turquie et la Ligue Arabe (kidnappée par le Qatar et les régimes du Golfe) ont pris des mesures équivalentes.


Sans dresser une liste interminable des sanctions imposées, renouvelées et renforcées les années suivantes, il n’est pas inutile de rappeler au passage, à l’attention des distraits, des ignorants ou des bonnes consciences, le script général du chef-d’œuvre des dirigeants occidentaux et de leurs bureaucraties sadiques :


- 1/ D’abord viennent les sanctions classiques « de mise en situation » par le Conseil de Sécurité, prises en mai 2011 :
Les premières mesures prises par l’Union Européenne concernent la mise au ban (refus de délivrer des visas) et le gel des avoirs de 150 personnalités du « régime syrien ».
Par ailleurs, une cinquantaine de sociétés « soutenant le régime » sont soumises à boycott dont cinq organismes militaires, conformément à l’embargo adopté « sur les exportations d’armes et de matériel susceptible d’être utilisé à des fins de répression ». Il est ainsi interdit d’exporter vers la Syrie des équipements, des technologies ou des logiciels destinés à surveiller ou intercepter des communications sur Internet ou les téléphones.


- 2/ Le 10 août 2011, le gouvernement américain prend des sanctions économiques contre les sociétés de télécommunication syriennes et les banques liées à Damas, empêchant les citoyens étatsuniens de mener des affaires avec la Banque commerciale de Syrie, la Banque syrienne libanaise commerciale ou Syriatel. Les avoirs de ces sociétés aux États-Unis sont gelés, autant dire volés. Hillary Clinton annonce dans la foulée un embargo total sur les importations de pétrole et de produits pétroliers en provenance de Syrie. Imitant aussitôt ses maîtres, l’Union Européenne décide de plusieurs trains de sanctions supplémentaires, y compris un embargo sur le pétrole.
La dernière salve visera à réduire les échanges commerciaux afin de finir d’asphyxier l’économie du pays.


- 3/ Viendront ensuite les sanctions diplomatiques (rappel des ambassadeurs en consultation) décidées dès l’automne 2011, après le double véto russo-chinois sur le projet de résolution islamo-occidental visant à provoquer en Syrie un processus à la libyenne. Les Etats-Unis ayant rappelé de Damas leur ambassadeur du troisième type, plusieurs Etats de l’Union Européenne rappellent les leurs.
Juppé rappellera le sien une première fois le 17 novembre 2011 : « erreur fatale » pour le ministre ordinateur. Après un faux retour, ce sera le départ définitif en février 2012. Nommé en mai 2012, Fabius fera encore mieux : à peine intronisé, il expulsera l’ambassadrice de Syrie à Paris, ayant oublié que cette dernière est également représentante auprès de l’UNESCO et qu’il ne peut la contraindre au départ.


- 4/ En 2012, ce sera la fermeture de la compagnie aérienne « Syrianair » à Paris, puis l’interdiction de toute liaison aérienne entre la France et la Syrie et, plus généralement, entre les capitales européennes et Damas. Etc…

 

Hélas, se lamentent des experts pleins d’onction et de componction, tout le monde n’est pas d’accord pour mettre en place un embargo, ce qui en limite la portée. La belle unanimité qui, de 1991 à 2011, a rassemblé les cinq Permanents du Conseil de Sécurité autour des trois Occidentaux n’existe plus et c’est un élément déterminant qui permet de briser l’arrogance et la toute-puissance des puissances atlantiques. Des doigts accusateurs pointent « certains pays qui ne jouent pas le jeu ? (sic). Mais est-ce bien un jeu ? La Russie et la Chine soutiennent le gouvernement et l’Etat syriens : ils seront priés de « rejoindre la communauté internationale » (sic). La Syrie peut également compter sur l’aide multiforme de son allié, l’Iran, mais celui-ci est déjà sous lourdes sanctions. D’autres pays, comme le Brésil, ne soutiennent pas les Occidentaux ? En outre, certains Etats traînent les pieds au sein de l’Union Européenne, et les accrocs aux engagements pris contre Damas se multiplient.

 

Ce blocus qui asphyxie progressivement la Syrie est certes difficile à mettre en œuvre, mais que nos perfectionnistes se consolent : il est indéniable que les résultats escomptés sont là. Après cinq années de sanctions et d’acharnement collectif, le peuple syrien est épuisé et vit dans des conditions terrifiantes. Nos grands dirigeants, si bons et si pudiques, ne connaissent-ils pas la vérité, non pas celle de leurs protégés émigrés qui vivent au chaud ou au frais à l’ombre de leurs protecteurs, mais la vérité des habitants qui ont tenu bon dans leur pays. Loin du paradis de la révolution auquel les premiers feignent de croire, loin du paradis auquel aspirent les djihadistes démocratiques et les terroristes modérés, c’est un enfer que vivent les Syriens de la Syrie réelle, un enfer qu’ils doivent au fanatisme de leurs « libérateurs » et de leurs alliés turcs ou arabes ainsi qu’au sadisme de l’« Axe du Bien », parrain des terroristes et grand déverseur de punitions devant l’éternel.

 

Les sanctions sont parvenues à détruire un pays qui était plutôt prospère, quasiment sans endettement, autosuffisant pour l’essentiel de ses besoins et globalement bien parti. Elles ont fini par entamer le tissu national syrien, soudé par une tolérance « laïque » assez exemplaire, sans réussir toutefois à le déstructurer. Le but de ce politicide était (et reste toujours) de démoraliser les populations, en les amenant à perdre confiance dans la légitimité de leur Etat, de leur gouvernement, de leurs dirigeants, de leurs institutions, de leur armée, tout en leur donnant l’illusion que l’Occident est heureusement là pour les « sauver du tyran qui les massacre » et accueillir en son sein les réfugiés et les transfuges.


Le terrible bilan enregistré en Iraq - un million et demi de morts, dont 500 000 enfants - est là pour rappeler que les sanctions sont une arme de destruction massive, utilisée avec un total cynisme par les « maîtres du monde ». Pour Madeleine Albright évoquant sans doute des « dégâts collatéraux », « cela en valait la peine ». On voit le résultat.

 

En Syrie, les « punitions » occidentales ne sont pas mieux intentionnées. Elles visent à mater un peuple résistant et à le forcer à accepter la fatalité d’un changement de régime, ou bien à l’amener à fuir ou à déserter…Quitte à saigner le pays de sa jeunesse déjà formée, de ses cadres aspirant à vivre mieux dans un climat de paix…Quitte à faire de ces réfugiés un peuple de mendiants, à la merci des trafiquants de toutes spécialités : en témoignent ces femmes et enfants installés la nuit au coin des boulevards parisiens par des équipes inquiétantes.
Depuis cinq ans, nos politiciens combinards, nos journalistes complaisants, nos intellectuels perdus ou dévoyés participent, à quelques exceptions près, à l’énorme conspiration du mensonge qui fait passer la Syrie souveraine et légale pour usurpatrice et massacreuse, et ses agresseurs et leurs parrains, orientaux ou occidentaux, pour des libérateurs révolutionnaires. Outre l’horreur et l’effroi que soulèvent les images de cette guerre sauvage, comment ne pas avoir la nausée devant l’aveuglement, volontaire ou non, de nos élites qui préfèrent donner du crédit aux mensonges de leurs alliés et protégés criminels plutôt qu’aux témoignages innombrables des victimes qui désignent sans ambigüité leurs bourreaux ? Comment ne pas avoir la nausée devant cette complicité assumée, à peine camouflée par une omerta systématique ? Comment enfin ne pas frémir devant cet aplomb et cette bonne conscience bétonnée de nos faiseurs d’opinion ?

 

La solution ne consiste pas à accueillir en Europe les réfugiés que l’on a d’une façon ou d’une autre créés en alimentant la guerre universelle d’agression et le djihad en Syrie. Il faut lever immédiatement, sans délai et sans conditions, les sanctions qui sont destinées à briser tout un peuple. Il faut mettre fin à la guerre et non en décupler l’impact par les moyens minables, sournois et iniques que sont les sanctions à la mode occidentale.

 

Il faut rendre justice à ce peuple martyrisé et humilié. Et la plus élémentaire des justices, la première, est de ne plus couvrir d’un voile de vertu les criminels féroces qui cherchent à détruire au nom de l’intolérance la Syrie tolérante. Elle implique également de ne plus cautionner les impudeurs des maîtres fouettards qui punissent en toute impunité avec la morgue des arrogants. Assez de mensonges, assez d’hypocrisie, assez de leçons.

 

Répétons-le, il faut lever les sanctions criminelles et scélérates qui tuent la Syrie et son peuple. Ni dans un mois, ni dans un an, mais maintenant. Ce n’est pas une question de diplomatie, c’est une affaire d’honneur, et la France s’honorerait en prononçant, pour sa part et à titre national, la levée des sanctions.

Le 22 février 2016
Michel Raimbaud, ancien Ambassadeur de France

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 15:53

par Jacques Sapir ·

 

J’ai participé le vendredi 5 février 2016 à l’émission de France-2, Ce Soir (ou Jamais). Cette émission est un débat, parfois court et chaotique, entre 8 personnes sous la houlette de l’animateur, Fréderic Taddei. Ceux qui ont vu l’émission[1] , et l’on annonce 422 000 spectateurs (soit 6,1% de «part du marché »), ont pu constater que plusieurs accrochages m’avaient opposé à M. Philippe DOUCET, député du PS, élu de la 5ème circonscription du Val-d’Oise. De ces accrochages, je retire que, dans un débat, c’est bien souvent l’inconscient qui parle. En voici trois exemples.

 

 La justice, monsieur, et non la bienveillance !

Doucet a parlé de la « bienveillance » que les politiques devaient avoir envers les classes populaires. Ce mot, issu du vocabulaire de l’Education Nationale, révèle l’abominable mépris latent qu’a ce député, et avec lui on s’en doute une partie du P « S », pour ces classes dites populaires. Ces dernières ne réclament pas de l’amour, ou quelque sentiment qui provienne de l’affection, mais, bien plus simplement de la justice[2]. La justice sociale, bien sûr, mais aussi la justice économique et la justice dans le droit du travail, que la loi Macron veut mettre à mal en ce qui concerne les prud’hommes. Rappelons donc que le thème de l’émission était de savoir si la gauche était toujours au pouvoir. La gauche, celle qui se définit par un programme et non par des sentiments, ne le fut jamais depuis 2012. Il fallait être bien fou ou bien sot, et peut-être les deux, pour croire que François Hollande incarnait si peu que ce fut, l’idée de gauche. Du moins pouvait-on espérer qu’il fasse preuve de justice. Nous savons aujourd’hui où nous en sommes : dans le registre méprisant du maître qui s’adresse à l’élève. Cette « bienveillance », on ne doute nullement qu’elle s’applique aux agriculteurs qui crèvent littéralement sur place. On compte deux suicides par jour dans les exploitations agricoles, rappelons-le. Cette « bienveillance », on ne doute nullement qu’elle s’exerce envers les travailleurs de Goodyear ou d’Air France, condamnés à des peines de prisons fermes, alors que tant de fraudeurs millionnaires échappent à la moindre peine. C’est cela, sans doute, la « bienveillance » pour un gouvernement de prétendus « socialistes ».

 

Mais le terme de « bienveillance » a une autre implication. La défense de M. Doucet fut à cet égard lumineuse dans ce qu’elle révélât. Pour répliquer à mon attaque, il se fendit d’un long développement sur « l’écoute » dont il ferait preuve. Il ne se rendit pas compte que c’était les mots d’un prêtre qu’il utilisait. Un prêtre donc, apportant aux miséreux non des solutions mais des « consolations ». Et l’on ne pouvait mieux dire le glissement de la fonction politique, désormais vide de sens puisque l’Etat a abdiqué, au moins en partie, sa souveraineté, à la fonction religieuse ou de communication. Ici encore, l’inconscient – politique – parle. Il nous dit cet abandon du politique qui caractérise les « démocraties » européennes au profit de la technocratie, abandon qui ne laisse place qu’à l’affairisme (et l’affaire Cahuzac le montre entre d’autres) ou à la compassion. Mais il est clair qu’il n’y a plus de place pour la démocratie, c’est à dire le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple selon la célèbre formule de Lincoln. Il est à cet égard frappant et révélateur, que M. Doucet fasse de manière récurrente au « réel » comme si ce dernier constituait la seule explication possible et surtout autorisait une lecture simple et univoque. La réalité, qui n’est pas le « réel » des positivistes et autres sottises factualistes, s’avère stratifiée, contradictoire, et ne permet pas de référence directe et simple pour en tirer des « leçons ». Ce qui se cache derrière la formule du « réel » c’est la haine de la pensée et de ceux qui s’y essaient. Et cela fut, toujours, l’une des marques claires de l’extrême-droite.

 

 L’euro ou l’austérité

Cette fin de la démocratie résulte de l’abandon de la souveraineté car, s’il peut y avoir des nations souveraines qui ne soient pas des démocraties on n’a jamais vu dans l’histoire de démocratie qui ne soit pas souveraine. On a fort peu – et je le regrette – parlé de souveraineté dans cette émission, mais il en fut fait mention. Mes deux interlocuteurs, Renaud Dely, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur renommé l’Obs dans un effort aussi désespéré que pathétique de regonfler ses ventes, et le député du parti dit socialiste, M. Doucet, y ont fait allusion à plusieurs reprises pour dire qu’il n’y avait pas d’autres choix entre la politique du gouvernement et le « souverainisme ». Celui-ci était accablé de tous les maux, dont celui de vouloir détruire ‘Europe.

 

Holà, messieurs, que d’emportements et que de mensonges. Car, ce qui détruit l’Europe, c’est au contraire le fonctionnement de l’Union européenne et de l’Euro. Mais, revenons un peu sur les propos qui furent tenus. Le départ, il n’y a pas d’alternative à la politique du sieur Macron et du ci-devant Gattaz si ce n’est la sortie de l’Euro, est vrai. Que ce soit M. Dely ou M. Doucet, tous le reconnaissent. Mais, c’est immédiatement pour annoncer le cataclysme en cas de sortie de l’Euro. Et en particulier, la « fin de l’Europe » qui est ici assimilée à l’Union européenne. Or, l’Euro n’est pas la monnaie de l’UE mais de certains pays de cette dernière. Si d’autres, et non des moindres, comme la Suède, la Pologne, ou la Grande-Bretagne peuvent vivre, et pas si mal, sans l’Euro tout en restant dans l’Union européenne, pourquoi pas d’autres ? Dire que la fin de l’Euro précipiterait la fin de l’union européenne ne tient pas.

 

Mais, il faut revenir sur l’assimilation entre l’Union européenne et l’Europe. L’existence de cette dernière est une réalité culturelle et politique à laquelle l’UE a tenté de donner une expression et a échoué. On voit bien, aujourd’hui, que l’Europe est un cadre autrement plus vaste que l’UE. Ce cadre inclut la Russie à l’évidence. On voit aussi que cette civilisation européenne peut prendre des formes multiples et ne se laisse pas enfermer dans le carcan d’un ordre technocratique qui ne ronfle que contraintes et réglementations. L’expression que l’UE a voulu donner de l’Europe est en train de la mettre à mal.

 

Au-delà, l’Euro est en train de tuer l’UE elle-même par la montée désormais irrémédiable d’antagonismes révélés par les politiques austéritaires décidées à Berlin ou Bruxelles et appliquées d’Athènes à Rome en passant par Madrid et Paris. Il faut ici rappeler les mots utilisés par Pablo Iglésias, le dirigeant de PODEMOS, lors du discours qu’il a prononcé comme candidat du groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE) à la présidence du Parlement Européen le 30 juin 2014: « la démocratie, en Europe, a été victime d’une dérive autoritaire (…) nos pays sont devenus des quasi-protectorats, de nouvelles colonies où des pouvoirs que personne n’a élus sont en train de détruire les droits sociaux et de menacer la cohésion sociale et politique de nos sociétés ». Ce sont des mots forts, des mots terribles. Ils décrivent un processus de domination politique qui est de type quasi-colonial, établi sur les pays européens par les institutions européennes pour le plus grand profit de l’Allemagne et, sans doute, des Etats-Unis. C’est de cela que l’idée européenne, à laquelle nous avons tous tant de raisons d’être attachés, et l’Union européenne, sont en train de mourir. Que cette mort soit accélérée par l’incohérence des réponses apportées à la crise des réfugiés est une évidence. Mais, si l’Union européenne avait un taux de chômage de 4% ou 5%, pensons nous sérieusement que cette question des réfugiés prenne une telle dimension ?

 

Le drame des européistes, et la preuve de leur schizophrénie politique, est qu’ils ne veulent pas admettre que c’est l’ensemble du projet européen, au-delà de l’UE, qui est aujourd’hui mis en cause par l’existence de l’Euro. Il s’accroche à l’institution de la monnaie unique avec une ferveur religieuse tout en reconnaissant les problèmes qu’elle suscite. Comment ne pas penser, alors, à cette phrase fameuse de Bossuet : « Mais Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je? Quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance »[3].

 

L’état d’urgence et la pente vers la tyrannie

Il reste un dernier point sur lequel je me suis accroché avec ce représentant du « socialisme » de portefeuilles, qu’ils soient ministériels ou autres…(Cahuzac, Cahuzac…). C’est, bien entendu, l’état d’urgence. Je redis ici ce que j’ai déclaré sur le plateau de Ce soir (ou jamais). Oui, face à la menace terroriste et aux attentats du 13 novembre, la proclamation de l’état d’urgence était justifiée. Mais, l’état d’urgence, comme tout « état d’exception », ne fait sens que s’il permet de rétablir le fonctionnement normal des institutions de la République. Si l’on considérait que notre système législatif présentait des manques dans la défense de la sécurité des citoyens, on avait trois mois pour y remédier. Par contre, vouloir installer l’état d’urgence dans la durée, même avec un contrôle parlementaire renforcé, c’est dénaturer l’état d’urgence. C’est en faire le remplaçant d’un état de guerre. Or, si nous sommes en guerre, il faut le dire, et en tirer toutes les conséquences. Clémenceau, lorsqu’il occupa les fonctions de Président du Conseil, tint le 8 mars 1918 un discours à la Chambre des Députés, qui est resté dans les annales : « … Je dis que les républicains ne doivent pas avoir peur de la liberté de la presse. N’avoir pas peur de la liberté de la presse, c’est savoir qu’elle comporte des excès. C’est pour cela qu’il y a des lois contre la diffamation dans tous les pays de liberté, des lois qui protègent les citoyens contre les excès de cette liberté.

 

Je ne vous empêche pas d’en user. Il y a mieux : il y a des lois de liberté dont vous pouvez user comme vos adversaires ; rien ne s’y oppose ; les voies de la liberté vous sont ouvertes ; vous pouvez écrire, d’autres ont la liberté de cette tribune ;(…). De quoi vous plaignez-vous ? Il faut savoir supporter les campagnes ; il faut savoir défendre la République autrement que par des gesticulations, par des vociférations et par des cris inarticulés. Parlez, discutez, prouvez aux adversaires qu’ils ont tort et ainsi maintenez et gardez avec vous la majorité du pays qui vous est acquise depuis le 4 septembre. Voilà la première doctrine que j’ai à établir.

 

La seconde, dans les circonstances actuelles, c’est que nous sommes en guerre, c’est qu’il faut faire la guerre, ne penser qu’à la guerre, c’est qu’il faut avoir notre pensée tournée vers la guerre et tout sacrifier aux règles qui nous mettraient d’accord dans l’avenir si nous pouvons réussir à assurer le triomphe de la France. (…)Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est tout un. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique étrangère, je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. [4]»

 

Si nous ne le sommes pas, prétendre à tort nous mettre, et nous mettre par fraude, par une utilisation abusive de l’état d’urgence, dans une situation « de guerre » est une lourde faute. Cela peut être le début d’une tyrannie.

 

[1] Que l’on peut revoir sur http://www.france2.fr/emissions/ce-soir-ou-jamais

[2] Voir : https://www.youtube.com/watch?v=6HCQaz9d0vg

[3] Bossuet J.B., Œuvres complètes de Bossuet, vol XIV, éd. L. Vivès (Paris), 1862-1875, p. 145. Cette citation est connue dans sa forme courte « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ».

[4] http://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-moments-d-eloquence/georges-clemenceau-je-fais-la-guerre-8-mars-1918

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 15:42

Un assaut du RAID a été donné ce 18 novembre au petit matin à Saint-Denis pour interpeller les auteurs et complices présumés des attentats du 13 novembre à Paris. Dans un numéro exceptionnel de Marianne paru lundi, l’universitaire Fewzi Benhabib, menacé de mort par les islamistes du FIS dans son Algérie natale, arrivé à Saint-Denis en 1994, amoureux de la laïcité, nous raconte la progression lente d’une idéologie mortifère dans son département. Extraits de son témoignage.

 

 

Librairie religieuse à Saint-Denis où l’on cherche en vain fictions et romans - Myr Muratet pour Marianne

 

"A Saint-Denis, une fracture s’est ouverte que mon expérience algérienne m’empêche d’ignorer. Elle se creuse là, le long des trottoirs, au milieu des rues, au marché le dimanche et, pourtant, des citoyens politisés refusent de savoir qu’un projet de société alternatif, obscurantiste et communautariste ronge le ciment démocratique d’une société qu’ils veulent – que nous voulons tous – plurielle. Cette cécité volontaire ne heurte pas seulement mon esprit scientifique ; elle porte en elle un danger pour la démocratie et pour l’humanité entière qu’il est urgent de pointer – à moins qu’il ne soit déjà trop tard.

[...]

Une enseigne, à mes yeux, symbolise cette conquête des esprits. Sur la grande avenue, face à l’arrêt de tram, à côté de l’énorme Mak d’Hal, ce fast-food qui reprend les codes graphiques de McDonald’s, jusqu’à la borne interactive de commande, pour des hamburgers 100 % halal, elle n’attire pas le regard. Mixte coiffure pourtant, n’est pas un salon banal. Comme son nom ne l’indique pas, ce salon est réservé aux femmes et, en fait de mixité, la patronne donne à ce mot riche un sens particulier.

Alors que je suis en arrêt devant le message publicitaire collé sur sa vitrine, elle sort et m’explique : « Quand j’ai ouvert le salon, ça fait neuf ans, j’ai voulu l’appeler “Mixte” parce que j’aime bien ce mot. Mais ici, c’est mixte parce qu’il y a une salle spéciale pour les femmes voilées, à l’abri des regards. » Cette femme est d’Oran, comme moi. Elle vient d’un quartier plus bourgeois que celui où j’habitais. D’abord en français puis en arabe, on badine. Pour dire qu’elle ne porte pas le voile, elle dit : « Je sais que c’est un commandement, mais moi, c’est comme ça, je suis en décapotable. » Je lui dis : « D’où t’est venue cette idée de coiffer les voilées à part ? Je n’ai jamais vu ça, même à Oran... » Pas décontenancée, la coiffeuse : « Tu ne vas pas comparer Oran et Saint-Denis, quand même ! »

 

Ici, m’explique- t-elle, les musulmans vont au bout de leur foi. Ce constat, combien de fois l’ai-je entendu, ces temps- ci ? D’Alger ou de Sétif, les amis reviennent effarés. « Au marché de Bab-El-Oued, les amoureux se tiennent par la main », me rapporte un ami comme s’il avait croisé un canard parlant anglais en allant chercher sa baguette. « Des femmes qui prennent un verre en terrasse, entre copines, c’est naturel là-bas alors qu’ici, ça nous surprendrait », se désole un autre compagnon.

[...]

Je suis ici, je suis en France, je marche dans une artère qui ose encore porter le nom de rue du Jambon, m’approche de l’une des librairies récemment inaugurées et je désespère. Où sont les poètes, où sont les romanciers ? En devanture, les affiches destinées aux enfants enseignent les bonnes pratiques de l’islam, ne pas se moquer des autres, dormir sur le côté droit, boire en trois fois. Sur les présentoirs trônent les grandes vedettes de l’islam politique, Hani et Tariq Ramadan, bien sûr, ainsi que Sayyid Qutb et Hassan el-Bana.

 

Dans cette librairie musulmane, aucune place n’est faite à des islamologues humanistes comme Tahar Haddad, Mohamed Arkoun ou Abdelwahab Meddeb. Et que dire de la place qui est faite au roman, à la fiction, à la poésie et à la connaissance universelle ? Kateb Yacine, Assia Djebbar, Driss Chraïbi, Aboul Qassem Echebbi, Nizar el-Kebbani ou Naguib Mahfouz, ce géant de la littérature arabe et prix Nobel de littérature qui a été poignardé en 1994 par un membre de la Gamaa al-Islamiya au Caire, ou bien le romancier algérien Kamel Daoud qui vient d’essuyer une fatwa pour « atteinte aux principes de l’islam », y sont persona non grata. On aurait pu s’attendre à y trouver au moins le plus grand poète palestinien, Mahmoud Darwich. Que nenni ! Il ne rentre pas dans les clous d’un système de pensée obscurantiste, pour lequel la question palestinienne n’est qu’un fonds de commerce ! Dans ces lieux où la culture se résume au politico-cultuel, le verrou sur la pensée libre pèse lourd.

[...]

Dans les années 90, j’ai vu mes concitoyens algériens pareillement désemparés face à la redoutable machinerie intellectuelle et logistique des intégristes algériens. L’islamisme progressait à bas bruit, par petites audaces successives, d’abord soucieux de n’effrayer personne, avant de basculer, un jour, dans le terrorisme et la barbarie. Lorsque j’ai voulu sonner l’alarme, avec d’autres, sur cette stratégie éprouvée de la contamination oblique et lente, notre réunion a été perturbée. Nous essaierons de la tenir le 3 décembre, en espérant que se soulève enfin la chape de plomb qui pèse sur notre ville et que se brise, avant qu’il ne soit trop tard, le chapelet des petites lâchetés quotidiennes. "

Fewzi Benhabib avec Daniel Bernard

http://Retrouvez ce témoignage dans son intégralité dans le numéro exceptionnel de Marianne en kiosques.

 

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 16:10

Par Jacques Sapir · 20 novembre 2015

 

Il est désormais clair que nous sommes en train de vivre, en France, un retournement d’importance des conceptions politiques. On peut parler ici d’un grand retournement.

 

Ce retournement, nous l’avons payé de 132 morts, de dizaines de blessés. C’est un prix atroce. C’est un prix qui aurait pu, et qui aurait dû, être évité. Car, les causes de ce retournement s’annonçaient par de multiples indices et ce depuis des années. La responsabilité de ce prix incombe ici uniquement à notre personnel politique qui n’a ni su, ni voulu, voir les réalités, quoi qu’il en dise. Mais, au-delà, on peut penser que si l’on avait tenu compte du référendum de 2005, si l’on avait su écouter le peuple, il est possible que ce prix ait été moins lourd, voire qu’il eut pu être évité.

 

Il faudra, en son temps, débattre des responsabilités dans les attentats qui ont eu lieu ce vendredi 13 novembre. Aujourd’hui, il importe de prendre conscience du grand retournement auquel nous assistons.

 

Retournement vis-à-vis de l’Europe

Ce retournement, c’est d’abord la prise en compte de l’impuissance, voire de la nocivité, des institutions de l’Union européenne. Nous avons vu, dès 2013, que dans la lutte contre les fanatiques et les terroristes la France était seule, ou peu s’en faut. La prise d’otage de Bamako ce vendredi 20 novembre confirme l’importance de cette région dans la stratégie des groupes terroristes. En même temps que Paris était ensanglanté par les attentats du vendredi 13 novembre, le groupe criminel Boko Haram et ses divers supplétifs ensanglantaient le Nigéria, comme ils le font hélas régulièrement depuis des mois. On a peu parlé de ces attentats, mais ils ne sont pas moins cruels, pas moins inacceptables que ceux qui ont endeuillés Paris. La France porte donc seule en Europe le poids de cette lutte quotidienne. Nous voyons aujourd’hui que les mêmes pays dont les dirigeants parlent si fort de fédéralisme ont refusé la mise en commun des renseignements qui, peut-être, auraient pu empêcher que les attentats du 13 novembre aient lieux.

 

L’Union européenne est en faillite, morale et politique. Cette évidence aujourd’hui s’impose. Mais, cette faillite est aussi économique. Au risque de me répéter il me faut rappeler que l’Euro, que l’on nous a présenté paré de toutes les vertus, garanti de la prospérité, a plongé dans la misère et la dépression de nombreux pays. Ces derniers ne sont plus cantonnés à l’Europe du Sud. La Finlande est aujourd’hui touchée[1]. Cette misère et cette dépression nourrissent le désespoir. Mais, elles s’accompagnent aussi de politiques imbéciles qui en aggravent les effets et qui mettent en cause notre propre sécurité.

 

Le Président de la République l’a dit, lundi 16 décembre devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Le pacte de sécurité est plus important que le pacte de stabilité. Mais, cette sécurité impose que nous retrouvions la route d’une forte croissance au plus vite. Il n’y a pas de solution de moyen ou de long terme dans le sécuritaire. Après l’acceptation normale des mesures proposées par le gouvernement, dans trois ou six mois, ce sont des questions légitimes qui seront posées. Il faudra alors y répondre. Là, on verra de manière évidente que le problème fondamental ne peut être réglé par un accroissement, aussi justifié soit-il, des budgets du Ministère de la Défense ou de l’Intérieur. On comprendra ce qui est dès aujourd’hui évident. Le texte des traités adoptés depuis des années pour préparer puis sécuriser l’Euro est contradictoire avec la prospérité, et donc la sécurité, du pays. L’institution de la monnaie unique empêche le pays de retrouver cette prospérité.

 

Ce Président et ce gouvernement devront, qu’ils le veuillent ou non, en tirer les leçons. Nul ne doute que ce sera pénible. La rupture avec l’illusion dans laquelle ces dirigeants ont vécu, ce retour d’un réel déchirant les voiles de l’idéologie, est pénible pour tout individu. Mais, le chômage qui est directement ou indirectement le lot de plus de 6 millions de français, l’insécurité de l’emploi qui frappe plus de quinze millions de foyers sont bien plus pénibles que ce retour à la réalité. Il serait bon que nos gouvernants le comprennent et qu’ils en tirent les conclusions.

 

Retournement vis-à-vis de la Russie

Mais, ce retournement qui est en train de se produire ne concerne pas seulement notre rapport avec l’Union européenne et avec l’Euro. La politique étrangère de la France, telle qu’elle a été menée sous deux présidents successifs, est un complet échec. Si la priorité donnée à l’Union européenne fut désastreuse, le fait de choisir la politique américaine se révèle encore plus calamiteux.

 

Ah, certes, il fait beau voir notre Ministre des Affaires Etrangères prétendre que ce sont les autres qui ont changé quand, en réalité, c’est notre propre position, devenue aujourd’hui à tout plein intenable, qui doit être d’urgence abandonnée[2]. Nous le voyons sur la Syrie, nous le constatons dans la lutte contre les organisations terroristes : il est nécessaire de se rapprocher de la Russie.

 

Les chefs des deux armées ont engagé les procédures de coordinations. Gageons qu’elles étaient déjà discutées sous le manteau depuis quelques jours. Au-delà du symbole, mesure-t-on ce qu’a eu d’odieux la politique des membres de ce gouvernements envers la Russie depuis trois ans ? L’absence d’un représentant officiel au défilé du 9 mai, l’annulation du contrat pour les 2 BPC de la classe « Mistral », ont été autant d’insultes aussi délibérées qu’elles étaient inutiles et contre-productives. Le fait qu’elles se soient accompagnées de gestes multiples « d’amitiés » avec des pays dont l’attitude est pour le coup bien plus ambiguë sur le soutien aux terroristes ou du moins à l’idéologie qui les inspire, n’ a fait que rendre cette situation encore plus insupportable.

 

Ici aussi, un retournement était demandé par des voix nombreuses, tant à gauche qu’à droite. Il est en train de se produire. Gageons, encore, qu’il fera grincer bien des dents. L’important est qu’il ait lieu, et qu’il ne se limite pas au seul, mais important, domaine militaire. Il faut que ce retournement s’étende à une coopération politique avec la Russie et à une reprise (elle n’a d’ailleurs jamais complètement cessé) de la coopération économique.

 

Retour de la souveraineté

Enfin, ce retournement concerne la question fondamentale de la souveraineté. En décidant d’imposer l’état d’urgence, François Hollande a fait acte de souveraineté. En procédant, certes par petites touches, certes avec des sous-entendus, enfin certes à son cœur défendant, à ces divers réajustements de la politique tant extérieure qu’économique, il fait encore acte de souveraineté.

 

Car, en prenant indirectement ses distances avec les institutions de l’UE, en décidant de ne pas respecter le trop fameux « pacte de stabilité », notre Président reconnaît qu’il y a un « intérêt général » des français qui est distincts de celui des allemands, des italiens, et de quelques autres. Il prend acte du fait que l’UE ne peut être qu’une coalition d’Etats souverains. Ceci signe l’acte de décès officiel des thèses fédéralistes, qu’il en ait conscience ou pas, que cela lui plaise ou non.

 

[1] http://www.telegraph.co.uk/finance/12001895/Finlands-depression-is-the-final-indictment-of-Europes-monetary-union.html

[2] http://www.lefigaro.fr/international/2015/11/19/01003-20151119ARTFIG00250-syrie-comment-la-ligne-fabius-du-ni-assad-ni-daech-a-vole-en-eclats.php

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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 15:58

« L’islamisme, voilà l’ennemi ! » Cela ne vous rappelle rien ? En plein ordre moral triomphant, Gambetta, l’homme qui avait quitté en montgolfière la Commune de Paris assiégée par les Versaillais pour organiser la résistance en province, déclarait ainsi la guerre au cléricalisme. Les hommes politiques de cette trempe, ça n’a plus cours aujourd’hui. Dommage !

 

Oui, aujourd’hui c’est sûr l’islamisme est l’ennemi. Mais la question se pose de savoir si c’est l’unique ennemi.

 

1991, première guerre d’Irak c’est-à-dire contre l’Irak, pays en voie de grand développement, arabe, mais laïque. Une formidable coalition conduite par Washington avec tout l’occident, comme on dit et les grandes démocraties d’Arabie saoudite et autres principautés richissimes et sunnites du golfe arabo-persique. La France du socialiste et humaniste Mitterrand ne manque pas à l’appel.


L’Irak ramené à l’âge de pierre, proclame le protestant et grand démocrate James Baker en juin de la même année. L’âge de pierre pour le pays héritier d’une des plus anciennes civilisations.
500 000 enfants irakiens morts ? Le prix à payer selon Madeleine Albright en 1995

 

2002 : L’OTAN sous la conduite des Etats Unis fonce sur l’Afghanistan pour une guerre de dix ans et plus. La France de Chirac ne s’y presse pas. Enfin pas tout de suite mais un peu plus tard oui, en particulier avec Sarkozy. Les Soviétiques s’y étaient cassés le nez. Ce ne sera guère mieux avec l’OTAN.

 

2003 : la deuxième guerre d’Irak avec les « démocraties » rassemblées sous la bannière étoilée pour mettre enfin l’Irak à l’heure du paradis occidental et démocratique. Triomphe que l’on connait bien.
La France de Chirac et de Villepin, refuse de s’y rendre. Le monde, celui des pays du tiers et des non alignés dit son admiration, Le mensonge des armes de destruction massive propagé par Washington et Londres est dénoncé. Avec un groupe décidé à en faire la démonstration, nous nous rendons en Irak. A mon retour madame Alliot Marie , ministre de la défense me fait envoyer par son directeur du cabinet militaire une lettre comminatoire pour me rappeler au devoir de réserve ! Peut être avait elle des vues différentes de celles du Président sur ce sujet ?

 

2010; Sarkozy Président, Londres et Paris s’unissent pour semer le chaos en Libye et faire assassiner dans des conditions pornographiques le président Kadhafi. Belle opération militaire sous traitée par Washington à ses deux vassaux auxquels il apporte le soutien logistique de pourvoyeur d’armes et de munitions. Nous en connaissons tous les conséquences.


Mais cela ne suffit pas. Un autre chaos est en train de mijoter.

 

Contre Amiral Claude gaucherand

 

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 17:23

Déclaration du Président du Comité central du Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF)

 traduite pour histoire et societe par Marianne Dunlop…

 

Le monde entier est choqué par les événements sanglants survenus dans la capitale française. De nombreux citoyens innocents sont morts. Ces terribles événements ont suscité des sentiments de tristesse et d’indignation de millions de personnes à travers le monde. Les communistes russes expriment leurs sincères condoléances aux familles et aux amis des personnes tuées dans la série d’actes terroristes méprisables planifiés et exécutés par les radicaux fanatiques. Nous pleurons avec le peuple de France, peuple qui par le passé a apporté au monde la lumière de la Grande révolution et le progrès, et maintenant est devenu la cible de l’obscurantisme réactionnaire et de la barbarie. Nous exprimons notre indignation face au meurtre brutal de personnes innocentes et demandons un juste châtiment pour tous ceux qui sont impliqués dans ces crimes commis contre l’humanité.

 

Les conséquences de tout cela peuvent devenir beaucoup plus graves, si dans des délais très courts on ne tire pas les bonnes conclusions. Ce n’est pas la première fois que l’Europe fait face à la terreur. Cependant, ce qui est arrivé à Paris dépasse l’échelle d’une simple attaque. La coordination et la cohésion de ceux qui ont commis ce crime terrible, montre que derrière eux se trouve une force puissante, bien organisée et structurée. Il n’y a aucune raison de croire qu’ils s’arrêteront de leur propre volonté.

 

Produit de l’étape contemporaine du développement du capitalisme, le terrorisme, enveloppé dans des vêtements religieux, porte en lui une menace contre la civilisation. Il nie les normes et les principes fondamentaux développés au cours de la longue histoire de l’humanité. Il devient le fléau du XXI siècle. Comme le fascisme allemand dans le XX e siècle, le terrorisme a émergé de la crise du système capitaliste mondial. Il est apparu en réponse à la politique d’ingérence flagrante dans les affaires d’États souverains, leur asservissement et leur pillage. Prospérant sur les ruines de l’Irak, de l’Afghanistan et la Libye, il a acquis une énorme force destructrice à l’échelle internationale.

 

Aujourd’hui, il est primordial d’arrêter l’attaque de terreur généralisée. Cela ne peut être fait que par la compréhension de ses racines profondes. Le terrorisme est devenu l’un des principaux problèmes d’aujourd’hui principalement parce que les politiciens occidentaux pour une longue période ont été très disposés à recourir à ses services. Ils ont pris l’habitude de diviser les terroristes en « bons » et « mauvais ». Les « bons » sont ceux qui sont utiles pour une raison ou une autre. Contre les « mauvais » on peut employer n’importe quels moyens, même en contournant le droit international et la souveraineté et en détruisant des nations entières.

 

Le drame de Paris est l’aboutissement de ce qui s’est passé dans le monde au cours des dernières décennies. De nombreux pays ont connu des attaques terroristes violentes. C’est avec ce genre d’actions qu’ont commencé les guerres civiles en Libye, en Egypte, en Syrie. Cependant à l’époque les politiciens occidentaux s’intéressaient à des questions très différentes. Ils étaient occupés à renverser les gouvernements légitimes de ces pays, les empêchant de se battre contre les formations terroristes.

 

La Russie se souvient de la guerre terroriste au Nord Caucase, les tragédies à Boudionnovsk, Kizlyar et Beslan. Leurs instigateurs utilisaient les mêmes méthodes qu’en France aujourd’hui. Mais à l’époque les Etats-Unis et l’Union européenne ont fait pression sur les autorités russes et qualifié les opérations anti-terroristes d’ « usage excessif de la force. » En outre, les émissaires occidentaux et des organisations apportaient leur aide aux structures extrémistes.

 

Un bon exemple de l’utilisation du terrorisme dans l’intérêt des États-Unis et de l’OTAN est le coup d’Etat en Ukraine en 2014. L’Occident a apporté son plein appui aux militants sur le Maidan qui utilisaient des armes contre les forces de l’ordre. Il a cyniquement passé sous silence la tragédie d’Odessa, lorsque des extrémistes ont brûlé vif des dizaines de personnes en plein centre de la ville. Les dirigeants de l’OTAN continuent à ce jour de ne pas remarquer les bombardements meurtriers de bâtiments résidentiels à Donetsk et Lougansk. Et tout cela parce que, selon l’Occident, la guerre fratricide en Ukraine répond pleinement à ses intérêts géopolitiques. Voilà pourquoi à l’égard des terroristes Bandera, les tribunaux internationaux ne sont pas convoqués, les sanctions ne sont pas déclarées, pas même de simples paroles de condamnation venant des dirigeants politiques des États-Unis et de leurs alliés.

 

Le terrorisme d’aujourd’hui est le produit d’une absence totale de principe du grand capital mondial. Ses agents ont depuis longtemps utilisé les méthodes terroristes comme une arme dans leurs batailles pour le repartage des marchés mondiaux et l’écrasement des luttes de libération nationale des peuples. Dans un effort pour capter les ressources des pays indépendants, les mondialistes ont vivement encouragé les formations paramilitaires à travers le monde. Ils les ont utilisées pour établir un système de néo-colonialisme en Afrique et en Amérique latine dans les années 1960-1970. Ils ont armé des terroristes en Afghanistan pour lutter contre l’Union soviétique dans les années 1980. En 1990-2000 a été détruit le système de sécurité existant au Moyen-Orient et créées des armées entières de terroristes. Ces jeux ont abouti à ce que la vague de terreur commence à échapper au contrôle de ses maîtres. Il est arrivé la même chose que dans le milieu du XXe siècle, quand l’Occident a commencé à jouer à soutenir le fascisme.

 

Au cours des dernières décennies, le monde a connu des tendances très inquiétantes. Après la destruction de l’URSS, les États-Unis et leurs alliés ont déclenché une véritable terreur contre la population de pays entiers. Il en a été ainsi sur le territoire de la Yougoslavie et en Irak, où des civils ont péri sous les frappes de l’OTAN. L’OTAN qui a commencé à déclencher des invasions militaires en contournement des décisions de l’ONU. Le droit international a cédé de plus en plus devant l’affirmation de la force brutale.

 

Les peuples occidentaux sont les victimes de la politique de leurs propres gouvernements. Les systèmes de sécurité européens ont fait preuve d’une incapacité totale. La stratégie du multiculturalisme a échoué. Le problème des réfugiés est hors de contrôle. L’UE apprendra le prix de la collusion avec les magnats de l’étranger. Les représentants de l’Union européenne ont toutes les raisons d’opter pour une politique plus indépendante et de peser activement sur les Etats-Unis pour infléchir la politique euro-atlantique dans son ensemble.

 

Dans ce contexte, il est important de se tourner vers l’expérience soviétique de lutte contre le banditisme et le terrorisme. L’Union soviétique a été confrontée à ce genre d’événements dès les premières années de son existence. Le camp impérialiste, Europe occidentale, Etats-Unis et Japon a fourni un soutien actif aux terroristes. Contre le premier état socialiste, ils ont pensé qu’il était possible d’utiliser tous les moyens. L’Occident a commencé par financer généreusement les Blancs, engagés sur la voie de la guerre avec leur propre peuple. Il a continué en protégeant les Basmatchis, les « frères de la forêt », les Banderistes et autres bandits nuisibles. Les victimes de ces malfaiteurs furent non seulement les dirigeants militaires et civils de l’Union soviétique, mais surtout des citoyens soviétiques ordinaires.

 

Dans leur lutte contre l’Etat soviétique tous les groupes anti-gouvernementaux ont échoué. Et ce n’est pas seulement dû à l’efficacité de nos services de renseignement, qui ont fait montre du plus grand professionnalisme. La principale raison est que l’Union soviétique a éradiqué les causes du terrorisme. Elle a vaincu la pauvreté et réduit le fossé entre les couches sociales.

 

Dans la société soviétique, le terrorisme n’avait aucune chance de succès, précisément du fait que sa base sociale avait disparu. L’Etat socialiste prévoit l’égalité des chances à tous ses citoyens. Ils ont la possibilité de travailler honnêtement, pour créer une famille et élever des enfants, et jouissent des plus larges garanties sociales. C’est sur cette base que l’Union soviétique a créé un système de sécurité efficace, grâce auquel chaque personne se sent en sûreté et confiante dans l’avenir.

 

Il ne faut pas nous enfouir la tête dans le sable : la source du terrorisme moderne ce sont les divisions sociales, la pauvreté et le désespoir de millions de personnes dans différentes parties du monde. Voilà pourquoi les nombreux groupes armés ont la possibilité de reconstituer en permanence leurs rangs. Sans une politique sociale forte le phénomène du terrorisme ne peut être vaincu. Ni en Russie ni en Europe ou dans le monde entier.

 

La situation dans la société russe d’aujourd’hui est très différente de l’époque soviétique. Le pays est divisé par une terrible inégalité de répartition de la richesse. La pauvreté et le désordre sont devenus une réalité quotidienne de la majorité des citoyens. Rien qu’au Daghestan, un jeune sur deux est au chômage. Dans une telle situation les chefs de gangs n’ont aucune difficulté pour recruter de nouveaux combattants. Les extrémistes nationalistes et religieux développent leur propagande aussi bien envers les peuples autochtones de Russie, que parmi les travailleurs migrants privés de droits, humiliés par les fonctionnaires et opprimés par le capital.

 

La réalité nous fait littéralement un devoir d’adopter l’expérience soviétique. Mais comment répondent les autorités à cette exigence ? Elles lancent à nouveau une vague d’antisoviétisme et de russophobie, rouvrent les cicatrices de la confrontation civile des époques passées. De cette façon, les cercles dirigeants eux-mêmes exacerbent la fracture sociale et élargissent les possibilités pour les groupes terroristes.

 

La question de la lutte internationale contre le terrorisme doit prendre une place centrale dans l’agenda de la politique mondiale. Toutefois, ce combat ne sera vraiment efficace que lorsque les racines de la terreur seront arrachées. La communauté mondiale devrait refuser de faire confiance à tous les politiciens et les sociétés qui se livrent à un soutien direct ou indirect des terroristes. Les peuples de tous les pays doivent lutter pour freiner le grand capital devenu fou qui entraîne le monde dans un nouveau conflit mondial.

 

L’humanité fait face à un défi, et nous ne pouvons pas rester à l’écart. Mais la lutte contre le terrorisme ne connaîtra un véritable succès qu’avec le rejet du système économique actuel, basé sur l’exploitation des peuples entiers et l’injuste distribution des revenus dans le monde entier. En d’autres termes, pour vaincre le terrorisme comme un attribut du capitalisme moderne, il est nécessaire de surmonter le capitalisme lui-même. Vous ne pouvez pas compter sur le succès si vous vous battez contre les conséquences et non les causes.

 

Le Parti communiste préconise de donner une rebuffade dure et décisive à tous ceux qui portent atteinte à la vie et la santé des citoyens, qui cherchent à imposer au monde leur ordre criminel. La nature mondiale de la menace implique la coordination de la lutte contre le terrorisme à l’échelle internationale la plus large. En partageant la douleur de la France, la Russie doit être prête à de nouveaux défis. Notre société a besoin urgent d’un ensemble de mesures efficaces visant à modifier la législation nationale, la révision d’un certain nombre d’accords internationaux, l’assainissement de l’économie et de l’élargissement des garanties sociales.

 

Pour faire face de manière adéquate aux défis extérieurs, nous devons devenir plus forts et plus avisés !

                                                                                           Guénnady Ziouganov.

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 16:05
Après le vendredi noir de Paris

Cinq constats par Richard Labévière

L’Envers des Cartes du 16 novembre 2015

Repris sur Comité Valmy source Proche&Moyen-Orient.chObservatoire Géostratégique

L‘organisation « État islamique » (Dae’ch) a revendiqué, – ce samedi 14 novembre – les attentats de la veille au Bataclan, (salle de spectacle située au 50, boulevard Voltaire à Paris), dans les Xe et XIe arrondissements de la capitale française et les explosions survenues aux abords du Stade de France à Saint-Denis, qui ont fait 129 morts et 352 blessés, selon un bilan provisoire. Le communiqué du groupe terroriste précise que « huit frères portant des ceintures explosives et armés de fusils d’assaut ont visé des sites choisis soigneusement au cœur de Paris ». D’une quarantaine de lignes, le communiqué décrit aussi le Stade de France comme un lieu où s’est déroulé un match entre « deux pays croisés » et le Bataclan comme abritant des « centaines d’idolâtres pour une fête de la perversité ».

 

Un premier constat doit ramener à la dimension géopolitique de l’événement : Paris n’est pas le centre du monde… Cette nouvelle tragédie intervient après celles de Beyrouth, qui a fait une cinquantaine de victimes le 12 novembre dernier (cf Editorient de ce jour) et de Bagdad, le 13 novembre, causant la mort de 18 personnes. Quelques jours auparavant, le crash d’un avion russe dans le Sinaï, vraisemblablement causé par une valise piégée et, également revendiqué par Dae’ch, a tué l’ensemble des 224 personnes à bord, tandis qu’à Gaza et en Cisjordanie de jeunes Palestiniens tombent quotidiennement sous les balles de la soldatesque israélienne.

 

Depuis près d’un an, prochetmoyen-orient.ch écrit que l’existence même, territoriale, financière, sinon institutionnelle de Dae’ch n’est pas un fait acquis. Malgré les atermoiements et l’inefficacité d’une Coalition internationale anti-terroriste – qui a plus gesticulé et communiqué qu’effectué de véritables opérations éradicatrices -, l’état des forces de Dae’ch sur le terrain ne peut s’inscrire dans la durée. Rappelons nous l’évolution qu’a connue Al-Qaïda : dès lors qu’elle était réellement menacée par les forces américaines dans ses sanctuaires afghano-pakistanais en novembre 2001, la nébuleuse Ben Laden s’est largement délocalisée, décentralisée et redéployée avant de se remettre à frapper l’ « ennemi lointain » dans plusieurs pays européens.

 

Avec la montée en puissance de l’engagement militaire russe en Syrie, Dae’ch est désormais confronté à la même évolution, subissant nombre de revers signant le début de la fin de son existence territoriale en Syrie, ainsi qu’en Irak. Partant de là, il n’est pas très étonnant de voir ainsi Dae’ch multiplier des attentats spectaculaires au Liban, en Irak, en Egypte et à Paris, destinés à montrer à l’opinion internationale qu’il conserve intact sa capacité de nuisance et d’initiative.

 

Un deuxième constat ré-actualise, ce que nous écrivons dans prochetmoyen-orient.ch depuis le début, à savoir qu’on ne riposte pas efficacement au terrorisme exclusivement de manière militaire. Après les attentats de Paris, la France est-elle en guerre, comme le martèle le premier Ministre Manuel Valls ? Attention au contre-sens : la guerre, le recours à la force est l’ultime moyen pour créer les conditions d’un règlement d’un différend entre des Etats, quand celui ci n’a pas été obtenu par des moyens pacifiques. Or Dae’ch n’est ni un Etat ni une armée et aucune négociation n’est possible avec lui. Sans doute l’option militaire est elle un pis aller et peut elle servir à gagner du temps, mais en l’occurrence le recours aux forces armées ne saurait mettre fin au phénomène terroriste ni réussir à en éradiquer durablement les causes et les logiques. Faire la guerre au terrorisme ? Le terrorisme n’est pas une substance mais un mode opératoire. On ne fait pas la guerre à un modus operandi, mais sans doute faut-il agir contre des groupes clairement identifiés. En amont, c’est clairement la tâche des services spéciaux et de renseignement ; en aval, des services de police et de justice. En amont et en aval, la diplomatie doit pouvoir jouer pleinement son rôle et on se rappelle les mots d’Hubert Védrine alors ministre des Affaires étrangères, devant l’Assemblée générale des Nations unies après les attentats du 11 septembre 2001 : « assécher le terreau du terrorisme en réglant diplomatiquement les crises des Proche et Moyen-Orient, à commencer par le conflit israélo-palestinien… »

 

Un troisième constat éclaire crûment les multiples contradictions de la politique étrangère française. En fermant l’ambassade de France à Damas – le 6 mars 2012 -, Alain Juppé alors ministre des Affaires étrangères, a pris une décision stupide et contraire aux principes fondamentaux de l’action diplomatique. C’est justement lorsqu’une relation bilatérale se dégrade qu’il faut, au contraire, chercher à maintenir un dialogue même a minima avec l’adversaire , notamment par l’entremise des services spéciaux, et ce pour préserver l’avenir. En fermant les services de la représentation française de la rue Ata al-Ayyoubi de Damas, Paris se privait, hélas, d’une coopération des espions syriens dont les renseignements avaient pourtant servi, entre autres, à empêcher un attentat majeur à Nancy entre les deux tours de l’élection présidentielle française de 2007.

 

En prenant fait et cause pour les dit -« révolutionnaires » contre le gouvernement syrien légal, la diplomatie française sortait de sa tradition gaullo-mitterrandienne de médiation et d’interposition, et marquait l’engagement de notre pays comme l’une des parties liées à un conflit, dont il était pourtant évident qu’il évoluerait en guerre civilo-régionale généralisée.

 

Plutôt que de rectifier le tir du gouvernement précédent, Laurent Fabius forçait le trait en proclamant que « Bachar al-Assad n’a pas le droit d’être sur terre ». D’une « politique arabe » héritée de quarante ans d’investissement diplomatique continu, Paris basculait dans une « diplomatie sunnite de la France », essentiellement motivée par des contrats d’armements juteux à destination de l’Arabie saoudite (démocratie exemplaire comme chacun sait !) et d’autres pays du Golfe. Cette contradiction majeure de la diplomatie française fut soulignée par le président Abdelaziz Bouteflika lors de la visite d’Etat de François Hollande en Algérie en décembre 2012. Celui-là posa cette simple question à son homologue français : comment pouvez-vous simultanément faire la guerre aux jihadistes dans le sahel alors que vous les aidez en Syrie ?…

 

Un quatrième constat concerne les différentes couches d’un « mal français » composite et récurrent. Le 27 octobre 2005, des émeutes dans les banlieues françaises et leur cortège de violences urbaines ont débuté à Clichy-sous-Bois à la suite de la mort de deux adolescents alors qu’ils cherchaient à échapper à un contrôle de police. Ces révoltes devaient ensuite s’étendre à un grand nombre de banlieues, fortement touchées par le chômage, le trafique de drogue, d’armes et la prostitution. L’état d’urgence fut déclaré le 8 novembre 2005, puis prolongé pour une durée de trois semaines consécutives, donnant de la France une image inquiétante de pays en quasi-guerre civile. Résultat de la brillante politique de la ville menée depuis des décennies par nos gouvernements successifs, cette déglingue sociale a fait l’objet de moult réunions et colloques sans trouver de réponses pertinentes et durables.

 

Même constat sur la situation carcérale lorsqu’on sait depuis plusieurs années que le recrutement de jihadistes s’effectuent largement dans nos prisons. Pourquoi et comment les auteurs des attentats de janvier 2015 ont-ils pu rencontrer – en prison – et y nouer une relation suivie avec Djamel Beghal, l’un des cadres français d’Al-Qaïda ? Quant à l’école de la république, voilà aussi plusieurs décennies qu’on se gratte la tête en se demandant pourquoi elle fabrique de moins en moins de citoyens fiers d’appartenir à une République laïque, pluraliste et démocratique… Ajoutées à ce mille-feuille de crises récurrentes, symptomatique d’un effritement du lien, sinon du contrat social français, les dérives des médias audiovisuels comme de la presse française constituent un cinquième problème, voire un facteur de confusion, d’incompréhension et d’égarement idéologique.

 

En janvier dernier, se proclamant « Je suis Charlie », des millions d’anonymes – de « zombies », pour reprendre l’expression heureuse du démographe Emmanuel Todd -, estimaient défendre le pluralisme et la liberté d’expression si chers à notre vieille démocratie-témoin tellement soucieuse des droits humains. Or, et bien avant les derniers attentats de Paris, on assiste à un déferlement en continu d’une propagande unidimensionnelle et dominante qu’on peut qualifier de « néo-conservatrice » donnant la parole quasi exclusivement à quelques soi disant experts peu recommandables dont on évite de s’interroger sur les antécédents et les bailleurs de fonds…

 

Cette idéologie dominante, cette absence de débat critique et d’expertise fondée sur une réelle connaissance du terrain, font pleinement partie du problème et contribuent aussi à nourrir le jihadisme européen. Elle conforte aussi les options moralisantes d’une diplomatie française, axée sur l’immédiateté, rivée aux sondages d’opinions et au service des copinages et des passations de marchés d’armements ! En décrétant que l’avenir de la Syrie doit se faire « sans Bachar al-Assad », François Hollande prétend apporter, sinon imposer nos « valeurs » au peuple syrien ! Que ne le fait-il pour l’Arabie Saoudite ??? Au-delà de cette posture néo-coloniale se parant des plumes du « devoir d’ingérence », cher aux « idiots utiles » de l’idéologie dominante, le président de la République française réitère la vieille politique de la canonnière et du « regime change » qui a échoué partout : en Afghanistan, en Irak, en Libye et au Yémen… ! Quelle arrogance de la France et quelle incompétence de nos élites et de nos medias qui ne savent pas tirer le moindre enseignement de l’histoire !

 

Alors que faire ? D’abord remettre à plat notre politique étrangère et le calendrier de ses priorités, en travaillant avec tous les pays susceptibles de lutter efficacement contre Dae’ch, à commencer par la Russie, l’Iran et… la Syrie. Dans cette perspective, la vieille option française d’une « conférence régionale-globale », centrée sur le règlement de l’ensemble des crises proche et moyen-orientales, reprend toute sa pertinence. La Feuille de route internationale (sur laquelle s’accordent désormais Washington et Moscou) doit remanier un calendrier devant impérativement privilégier un objectif opérationnel clair et simple : la neutralisation de Dae’ch. Face à une telle évidence, cessons de mettre la charrue avant les bœufs en proclamant que l’avenir de la Syrie doit se faire « sans » ou « avec » un tel ou tel autre… L’avenir politique de la Syrie est, avant tout l’affaire des Syriens eux-mêmes et ils ne pourront se prononcer que lorsque la situation militaire et sécuritaire garantira durablement l’unité et la souveraineté territoriale de leur pays.

 

Dans la perspective d’un temps plus long, il s’agit de mettre en œuvre, dans les pays directement confrontés aux guerres civiles et régionales, comme dans les pays européens qui leur servent à la fois de déversoirs et de réservoirs, des programmes lourds susceptibles d’endiguer la décomposition sociale et étatique. Répétons : les bombardements ne peuvent avoir d’effet sur les causes profondes du terrorisme. Ces interventions militaires servent seulement à gagner du temps… un temps nécessaire sans doute à l’ouverture sérieuse et déterminée de ces énormes chantiers diplomatiques, économiques, sociaux, culturels et politiques…

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 15:21

L’horreur, l’innommable c’est certain, et maintenant l’union sacré comme en 1914 dont chacun devrait connaître le sinistre bilan.

 

Les attentats étaient prévisibles.

 

Ainsi que me disait mon grand père, un homme de bon sens " à cracher en l’air ça te retombe presque toujours sur la figure pour peu que le vent s’y prête."

 

Sous couvert d’émotion factice nous assistons aujourd’hui au bal des faux culs  oublieux de leurs crimes passés, présents et programmés car rien ne laisse présager un changement d’orientation de leur part :

Les uns  font part de leur indignation tout en présentant leurs condoléances mais passent soigneusement sous silence le fait qu’ils sont à l’origine du crime. La liste en a été dressée sur Sputnik. Nous savons en outre, aujourd’hui, qui finance Daech et ses satellites,  les pays limitrophes qui lui achètent du pétrole ou du gaz,  voire même certains pays occidentaux via des intermédiaires, les grands médias s’en sont fait l’écho.

 

Les autres, la France en particulier, ses gouvernants d’hier et d’aujourd’hui, qui ne sont intervenus que timidement, comme les USA, lorsque Daech a commencé à paraître à leur yeux comme un concurrent sérieux pour le contrôle économique du Moyen Orient poussent des cris d’orfraies et en appellent au rassemblement de l’exploiteur et de l’exploité, à l’union sacré comme avant le déclenchement de la première guerre mondiale en1914, alors que l’urgence n’est pas là mais à un changement de politique intra muros, ils ont même trouvé un substitut,  prétendument plus fréquentable selon Fabius, Al  Nostra  qui n’a rien à  envier à Daech en termes d’atrocités.

 

D’aucuns voient Hollande en chef de guerre, alors qu’il  est déjà engagé dans de multiples  conflits armés  et n’est pas facteur de paix sociale, car il mène le combat aux côtés des nantis.

 

Myard, de droite, qui n’est pas le pire,  déclare, Assad a du sang sur les mains - qui n’ a pas en occident ne serait-ce que par procuration, celui  des victimes  libyennes, irakiennes, syriennes, algériennes sans remonter plus avant  (note du rédacteur du présent texte)  - , mais c’est un interlocuteur incontournable, ce disant il se retrouve  sur la ligne de ceux qui clamait « Kadhafi est un dictateur sanguinaire et corrompu » mais il ne faut pas bombarder la Libye, en fait c’était  un appel à le faire. Les mots ont leur importance, leur agencement encore plus.

 

Ceux qui s’interrogent sur l’efficacité des services de renseignements et de préventions, tels Mourad Budjellal président du RC Toulon de rugby sont priés de se taire : consulter à ce sujet la vidéos  stade 2 du 15 novembre http://www.francetvsport.fr/stade-2  Une heure  huit minutes à partir de la trente cinquième pour qui n’aurait le temps de visionner l’ensemble.

 

On peut  être légitimement inquiet lorsque  le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier déclare « Le calendrier concret sur lequel nous nous sommes entendus aujourd'hui (14-11-2015) est celui d'élections dans 18 mois en Syrie, à l'issue d'"un processus qui comprendra la formation d'un gouvernement de transition d'ici six mois », il a ajouté « L'objectif est aussi d'organiser d'ici le 1er janvier une rencontre entre représentants de l'opposition syrienne et du régime de Damas… » Pour lire la suite: http://fr.sputniknews.com/international/20151114/1019522420/vienne-syrie-accord-elections.html#ixzz3rZAqX2v1

 

Quelle est la  réalité, plus encore  la légitimité de l’opposition syrienne reconnue par l’occident qui ne reconnaît pas le gouvernement syrien, qualifié de régime de Damas, pourtant  désigné  tout aussi démocratiquement que les parlements et les exécutifs occidentaux  qui entretiennent des relations les plus courtoises avec les dirigeants du Qatar et de l’Arabie Saoudite ou les droits des femmes sont inexistants?

 

Ne s’agit-il pas de la  manifestation  de la volonté d’abuser encore du « droit » d’ingérence même si, dans la foulée, Lavrov, ministre Russe des affaires étrangères,  a rétorqué que l’avenir de la Syrie appartenait au peuple syrien dans la diversité de ses composantes. Le respect des droits fondamentaux des  peuples  n’est-il pas la condition première du maintien ou du retour de la paix au moyen orient comme ailleurs ?

 

Interrogeons- nous également : Le monde unipolaire voulu par les Etats-Unis d’ Amérique a du plomb dans l’aile, mais il n’a pas rendu les armes. Même si nous en arrivions là est-ce pour autant que la répartition de la planète en zones d’influences, c'est-à-dire la fragmentation de l’impérialisme, dans le cadre de la concurrence transfrontière dite libre et non faussée, garantirait la paix pour l’éternité ? Je ne le pense pas et suis même convaincu du contraire. A ce sujet lire ou relire «  l’impérialisme stade suprême du capitalisme » de  Lénine écrit il y a plus d’un siècle pour en tirer les conclusions qui s’imposent et  de fil en aiguille s’approcher de la solution.

 

En attendant les peuples subissent et continueront de subir  les conséquences de la mondialisation de la terreur sous l’œil réjoui des tireurs de ficelles, de leurs sbires élus ou non,  des médias menteurs, de tous les gobeurs de sornettes jusqu’à l’avènement d’un Homo trois fois sapiens  et par conséquent un peu mieux éduqué, moins barbare, moins manipulable et plus solidaire urbi et orbi.

 

Ne nous comportons pas en moutons de Panurge derrière ceux qui nous tondent la laine sur le dos et nous exposent aux coups de l’Etranger.

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 20:32
par Paul Craig Roberts

vendredi 30 octobre 2015, par Comité Valmy

 

la presse prostituée à l'oeuvre

Les médias occidentaux ne disposent que de deux outils. Le premier est le mensonge éhonté. Cet outil surexploité ne fonctionne plus, à part sur les Américains semi débiles.

L’extrême précision des missiles de croisière et les attaques aériennes russes font trembler le Pentagone. Mais selon les presstitués occidentaux, les missiles russes sont tombés du ciel sur l’Iran et n’ont jamais atteint leurs cibles d’État islamique.

D’après les articles des presstitués, les attaques aériennes russes n’ont fait que tuer des civils et fait sauter un hôpital.

 

Les presstitués ne trompent qu’eux-mêmes et les Américains semi débiles.

L’autre outil utilisé par les presstitués consiste à discuter un problème sans se référer à ses causes. Hier j’ai entendu une longue discussion sur la NPR [la radio publique israélienne], un organe de propagande propriété d’Israël, sur le problème des migrants en Europe. Oui, des migrants, pas des réfugiés.

 

Ces migrants ont surgi de nulle part. Ils ont décidé de chercher une vie meilleure en Europe, où le capitalisme, qui offre des boulots, la liberté, la démocratie et les droits des femmes garantit une vie épanouissante. Seul l’Occident offre une vie satisfaisante, parce qu’il ne se bombarde pas encore lui-même.

 

Les hordes qui envahissent l’Europe ont seulement décidé subitement d’aller là-bas. Cela n’a rien à voir avec les quatorze années de destruction de sept pays par Washington, rendues possibles par les idiots Européens eux-mêmes, qui ont offert une couverture pour les crimes de guerre sous des noms tels que la « coalition des volontés », une « opération de l’Otan apportant la liberté et la démocratie ».

 

Vous n’apprendrez jamais des médias presstitués occidentaux que les millions de gens fuyant en Europe fuient les bombes américaines et européennes qui ont indistinctement abattu et déplacé des millions de musulmans.

 

Même le minuscule reliquat de magazines conservateurs, ceux que les nazis néocons n’ont pas repris ou exterminés, ne trouve pas le courage de relier les réfugiés avec la politique au Moyen-Orient.

 

Par exemple, Srdja Trifkovic, écrivant dans le numéro d’octobre de Chronicles : A Magazine of American Culture, voit les réfugiés comme « la troisième invasion musulmane de l’Europe ». Pour Trifkovic, les réfugiés sont des envahisseurs qui vont provoquer l’effondrement de ce qu’il reste de la civilisation chrétienne occidentale.

 

Trifkovic ne mentionne jamais que les Européens sont responsables des millions de réfugiés musulmans, parce que leurs dirigeants politiques corrompus sont des vassaux grassement payés par Washington qui ont encouragé les guerres actives de Washington pour l’hégémonie en déplaçant des millions de musulmans. Pour Trifkovic et tous les autres conservateurs, seuls les musulmans peuvent faire des fautes. Comme Trifkovic le comprend, la seule erreur que commet l’Occident est de ne pas se défendre contre les musulmans.

 

Trifkovic croit que l’Europe vivra bientôt sous la loi de la charia. Il se demande si l’Amérique aura les moyens de reprendre le flambeau.

 

Une majorité d’Américains vivent dans un monde factice créé par la propagande. Ils sont déconnectés de la réalité. J’ai sous les yeux un journal local du nord de l’État de Géorgie, daté d’octobre, qui rapporte qu’« un service en l’honneur de la Journée des patriotes a été célébré à la caserne de pompiers du comté de Dawson le 11 septembre, en souvenir des attaques terroristes qui ont secoué l’Amérique il y a quatorze ans ». Divers dignitaires locaux ont appelé les participants à se souvenir de « tous ceux qui sont morts non seulement ce jour-là, mais depuis lors dans la lutte pour garder l’Amérique libre ».

 

Les dignitaires n’ont pas dit comment le fait d’assassiner et de déplacer des millions de musulmans dans sept pays nous garde libres. Il n’y a aucun doute, la question ne leur est jamais venue à l’esprit. L’Amérique fonctionne sur des platitudes éculées.

 

Les présidents russe et chinois observent avec stupéfaction la stupidité immorale qui est devenue la caractéristique définissant l’Amérique. A un certain point, les Russes et les Chinois réaliseront que peu importe leur patience, l’Occident est perdu et ne peut être racheté.

 

Lorsque l’Occident s’effondrera à cause de ses propres turpitudes, la paix reviendra dans le monde.

Paul Craig Roberts
Le 24 octobre 2015 – Source Strategic Culture

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29 octobre 2015 4 29 /10 /octobre /2015 10:29

La crise n'est pas pour tout le monde!

De quoi faire réfléchir les plus naïfs

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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 14:24
Assez avec le FN, ce n'est qu'un épouvantail.

L’analyse de Réveil Communiste Publié dans #Qu'est-ce que la "gauche", #GQ

 

Je déteste le FN et tout ce qu’il représente. Mais on lui accorde beaucoup trop d’importance. L’ennemi principal des travailleurs, français ou immigrés, c’est le triple pouvoir qui siège à Washington, à Bruxelles, et à Paris. En France, ce sont les partis « mainstream », tantôt UMP, tantôt PS, avec leurs supplétifs écologistes, centristes, etc.

 

Il faut stopper le terrorisme moral de la gauche petite bourgeoise, incapable de rien faire pour défendre les travailleurs, mais toujours prête à donner des leçons. Ceux qui condamnent Jacques Sapir avec des tremolos pour avoir évoqué le rôle éventuel du FN dans un front anti Euro ne lui reprochent pas d’aimer le FN, mais de ne pas aimer l’euro.

 

De qui se moque-ton ? En quoi Marine le Pen est elle pire que Hollande, Sarkozy, Juppé, Fabius, Bernard Henri Lévy, Gattaz, Macron, la CFDT? Elle est pire dans les mots, ils sont pires par leurs actions. Elle propage un discours raciste, mais les autres créent quotidiennement les conditions du racisme en dépouillant les travailleurs et les citoyens de leurs droits. Pourquoi faudrait-il voter pour la cause de la maladie pour contrecarrer le symptôme ? Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, comme disait Jacques Duclos.

 

Sans doute Jacques Sapir a été imprudent, car le FN traine une mauvaise réputation bien méritée. Mais il s’agit de la plus importante force électorale qui prétende s’opposer à l’euro. Ceux qui tombent d’accord qu’il faut quitter l’euro, et le plus tôt possible, car c’est pour la démocratie une question de survie existentielle, se posent forcément la question du rôle éventuel de ce parti dans le processus. Sans les voix du FN, en tout cas, le "non" n'aurait pas emporté le referendum de 2005.

 

Alors les condamnations morales pleuvent sur le baudet. Et signalent une fois de plus le FN, pour sa plus grande joie, comme « parti antisystème », désigné par le système lui-même. Interdire la question de Sapir, c’est en fait y répondre de manière à rejeter dans le camp du FN toute opposition à l'euro, et à lui donner les moyens de progresser encore davantage, à son propre étonnement.

 

Je pense qu’il n’y aura pas de front contre l’euro avec le FN pour une simple raison. On peut rassurer tout de suite les fanatiques de « l’Europe sociale »: une lecture attentive du programme du FN (C’est le PEP de Jacques Nikonoff qui s’en est chargé- Ajout de JF voir http://www.m-pep.org/Le-double-langage-du-Front -,montre qu’il n’a pas du tout l’intention de quitter l’euro, l’UE et l’OTAN; et c’est bien normal : le concept de l’Europe, c’est l’union du continent des chrétiens, des blancs, et des impérialistes. Et bien, c’est aussi celui du FN.

 

Mais quelque soit le racisme de ce parti, fondé il y a quarante ans par des nostalgiques de Vichy et de l’Algérie française, il ne va pas rouvrir des camps ni des chambres à gaz. S’il en venait à participer au pouvoir, ce qu’il ne pourrait faire que dans une coalition avec l’UMP, ses représentants se borneraient à tenter de marquer l’opinion symboliquement, de la manière que le font aujourd’hui les écologistes, en faisant du bruit pour faire oublier l’abandon pur et simple du socle de leur programme. On peut s’attendre à d’épiques empoignades sur le porc dans les cantines, ou sur l’enseignement à l’école du bon vieux temps des colonies. Mais les électeurs qui votent pour le FN en espérant l’expulsion massive des étrangers (s’il y en a beaucoup) en seront pour leur frais.

 

Une connaissance minimale de l’histoire permet de l’affirmer. Le fascisme historique des années trente n’était rien d’autre qu’une machine de guerre contre la révolution ; sa seule cohérence logique était l’anticommunisme, le reste n’était qu’une logorrhée délirante. Or vu le rapport de force actuel il n’y a guère le risque de voir le MEDEF se mettre à financer en grand crânes rasés et croix gammées, par peur du communisme. Pas d’attaque en vue contre la propriété privée des moyens de production, pas de réaction fasciste. Ce parti, sans aucun appui dans les institutions, soutenu ni par l’armée, ni par l’Eglise, ni par le patronat, ni par l’étranger, dépourvu d’armes et de milice, ne pourrait exercer une dictature qu’au cas où la bourgeoisie lui offrait le pouvoir sur un plateau, comme en Allemagne en 1933, et dans l’état actuel des choses on ne voit vraiment pas pourquoi elle le ferait. Pour le moment elle préfère largement l’UMPS.

 

Bref, dans sa forme actuelle, c’est un épouvantail. Tout comme le rejeton du parti fasciste historique, le MSI en Italie. Qui a participé au pouvoir, avec Berlusconi, pendant des années, sans que personne ne s’en aperçoive.

 

Ceux qui à gauche de la gauche feignent d’avoir si peur du FN et de la contagion de ses idées feraient mieux de cesser de faire sa publicité et de s’occuper vraiment de combattre les reculs sociaux, les privatisations, le pillage des finances publiques, les dénis de démocratie émanant de l’UE, l’étranglement de la Grèce, l’exploitation et la manipulation du terrorisme, la surveillance généralisée sur Internet, les guerres impérialistes déchaînées par les caniches des Américains, la torture et les assassinats de proscrits, et les massacres de migrants qui font aujourd’hui la une. Le FN ne joue aucun rôle dans tout cela. Il rêve sans doute d’y participer mais les forces économiques et impérialistes qui nous gouvernent n’ont pas besoin de lui dans un autre rôle que celui d’opposant de pacotille.

Le FN n’est pas au pouvoir, n’a aucun moyen ni aucune volonté réelle d’y parvenir, et on nous demande constamment de mettre la sourdine sur nos critiques de ces pouvoirs capables de tant de crimes et d’abus, voire de s’allier avec eux, pour combattre ce FN qui n’y participe même pas. En l’état actuel des choses, le FN ne soutient même pas le seul mouvement néonazi au pouvoir en Europe, en Ukraine, contrairement au PS, à l’UMP, aux écolos, et même au NPA.

 

Et les socialistes et l’UMP, qui ne sont pas fascistes, que sont-ils ? Qui a du sang sur les mains dans ce pays ? Qui sont les politiciens français comptables du sang ukrainien, syrien et libyen ? On n’a pas encore trouvé de mot pour les qualifier.

 

Le FN pratique une opposition de façade. Sa couverture médiatique lui permet de capitaliser sur la réaction populaire, égarée et mystifiée, devant les ravages du capitalisme sans contrepoids, qui règne en France et dans le monde depuis la disparition de l’Union soviétique, et l’abandon de la classe ouvrière par le PCF.

 

L’importance du FN s’explique par cet abandon, et se résume à cela. Si on veut vraiment lutter contre le FN, il faut lui ôter son rôle de tribun à bon compte, il faut recomposer un parti communiste pour combattre en priorité et sans rémission les ennemis du genre humain qui nous gouvernent depuis trente ans. Car le FN, au fond, n’est qu’un leurre médiatique. C’est le parti proposé par la soi-disant élite et les médias à ceux qui n’aiment pas l’élite et les médias.

 

Certes si le mouvement communiste redevenait quelque chose, il surgirait dans la rue sans tarder une réaction néofasciste véritablement redoutable, avec nervis, assassins, terroristes, comme elle a existé dans la rue en Italie dans les années 1970, comme elle existe en Amérique latine, mais là, bien loin de susciter la réprobation, elle bénéficierait, comme au Venezuela ou en en Ukraine, des encouragements et des applaudissements du "Monde " et de "Libération", des médias et des intellectuels organiques de la bourgeoisie.

GQ, 21 septembre 2015 (QG: Gilles Questiaux)

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 17:09
et quelques autres...

dimanche 6 septembre 2015 repris sur Comité Valmy

 

A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Palmiro Togliatti, Domenico Losurdo est revenu sur son apport et ses liens avec Antonio Gramsci. Où il est aussi question d’Hegel, d’Adam Smith, de Lénine...

Domenico Losurdo est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université d’Urbino

L’année 2014 est celle du cinquantenaire de la mort Palmiro Togliatti, qui fut un dirigeant prestigieux du Parti communiste italien. Dans notre pays, PalmiroTogliatti est plutôt tombé dans l’oubli, contrairement à son compagnon de lutte, Antonio Gramsci, et il faut espérer que cet anniversaire permette de revenir sur sa vie et son rôle. Pour l’heure, quand on mentionne son nom c’est parfois pour l’opposer à Gramsci. C’est ainsi ce que fait Martin Rueff dans un recueil de textes de Gramsci édité récemment par un éditeur de grande diffusion. Dans sa présentation, il s’en prend à un « mythe qui a la vie dure », celui qu’aurait créé Togliatti selon lequel Gramsci était « avant tout un homme de parti ». Il y a là quelque chose d’affligeant quand on pense aux efforts passionnés de Togliatti pour faire connaître l’œuvre de Gramsci, efforts sans lesquels elle serait peut-être tombé dans l’oubli. Domenico Losurdo faisait déjà état de ces tentatives d’opposer les deux hommes dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique, en considérant qu’elles étaient sans fondement. Il utilisait dans ce livre le terme « groupe ordinoviste », du nom du journal L’Ordine nuovo durant le mouvement turinois des conseils d’usine, ce qui est déjà une façon de réfuter la vision d’un Gramsci comme penseur isolé, auteur d’analyses certes géniales mais inappliquées ou incomprises. Il revient dans cet entretien sur l’apport de ces deux personnalités qu’on ne peut séparer, Togliatti et Gramsci.
Eric Le Lann

Commençons par le rapport de Gramsci et Togliatti au libéralisme. Tu cites à ce sujet Togliatti : « la fonction de libération » des libéraux « est passée à d’autres », écrit-il.

 

Domenico Losurdo. Je voudrais faire d’abord une considération générale, bien sûr Togliatti et Gramsci sont des personnalités différentes mais ils ont une caractéristique commune, je vais le dire en langage philosophique, c’est l’évaluation qu’ils font de l’universalité. Tous les deux sont d’accord sur la signification universelle de la Révolution d’Octobre, mais tous les deux pensent que l’universalité n’exclue pas les caractéristiques particulières de chaque nation, de chaque situation déterminée. Pour eux, il ne s’agit donc pas de reproduire une expérience mais de la traduire dans une culture nationale. Et ce n’est pas un hasard s’ils discutent avec les grandes personnalités de la culture italienne de leur temps telles que Croce et Gentile, et pas seulement avec celles de l’Internationale socialiste ou de l’Internationale communiste.

 

Tous deux ont appris de Lénine cette thèse d’Hegel : « l’universalité est telle dans la mesure où elle est capable d’embrasser le particulier concret » (le désir d’émancipation des classes subalternes, des peuples opprimés, des femmes), et de se traduire dans une culture nationale déterminée.

 

C’est dans ce cadre que se pose la question du libéralisme. Le marxisme est pour eux le résultat d’un long processus. Il y a longue tradition derrière Gramsci et Togliatti. Déjà Engels avait écrit que le prolétariat était l’héritier de la philosophie classique allemande. Chez Lénine il y a une affirmation plus forte encore : il évoque les trois sources et même les trois parties constitutives de la théorie de Marx, je souligne les mots, trois parties constitutives : la Révolution française, la philosophie classique allemande et l’économie politique classique.

 

Gramsci va plus loin. Il considère que le problème de l’héritage est un problème permanent. Le marxisme doit se développer, non dans l’isolement mais en discutant, en polémiquant avec les autres courants philosophiques et culturels. Gramsci a souligné plus fortement que personne ce thème de l’héritage mais ce thème de l’héritage, ce thème est commun à Gramsci et Togliatti. Dans la revue dirigée par Gramsci, Togliatti a aussi écrit beaucoup de choses sur la nécessité pour les communistes de reprendre l’héritage du libéralisme [1].

 

Tu insistes aussi sur la position commune de Gramsci et Togliatti face à l’héritage de la Révolution française. Tu évoques par exemple le fait que Gramsci publie dans L’Ordine nuovo un essai où l’historien Albert Mathiez compare jacobins et bolcheviks, ou le fait qu’il se démarque de Sorel.

 

Au début Gramsci n’a pas compris la fonction révolutionnaire du jacobinisme. Peut-être est-ce après la Révolution d’Octobre qu’il évolue. Pour Gramsci et Togliatti, la théorie de Marx n’est pas le « continent nouveau » dont parle Althusser, ni la révélation d’une prophétie religieuse, mais l’aboutissement d’un long processus historique où l’on ne peut négliger le rôle de la révolution bourgeoise, et notamment de la révolution bourgeoise française porteuse d’une radicalité, une révolution à laquelle ont participé des larges masses et qui a produit quelque chose qui va au-delà de la bourgeoisie.

 

Togliatti déclare, en 1925, « nous sommes arrivés (au marxisme) par la voie suivie par Marx, c’est-à-dire en partant de la philosophie idéaliste allemande (…) la voie royale par rapport à toute autre ». Tu rappelles qu’il avait entrepris dans sa jeunesse une traduction de la Phénoménologie de l’esprit d’Hegel. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet, et plus particulièrement quant au rapport des deux hommes à Hegel ?

 

Togliatti raisonne ainsi : il se pose la question « Quel est le parcours qui a conduit Marx à élaborer sa théorie ? » Il répond : Marx part d’Hegel et il en conclut c’est peut-être le meilleur parcours pour arriver au marxisme. Nous ne trouvons ni chez Gramsci ni chez Togliatti l’interprétation présentant Hegel comme un philosophe de la réaction. Je pense que ceux qui avancent cette interprétation n’ont rien compris à Hegel. Hegel est l’expression théorique de la Révolution française. Nous ne trouvons pas la réflexion la plus mûre sur la Révolution française chez les protagonistes de cette révolution mais dans la philosophie classique allemande et surtout chez Hegel.

 

Quels sont les points les plus importants de ce rapport de Togliatti et Gramsci à Hegel ?

 

D’abord l’histoire. Je cite la grande thèse d’Hegel dans la Philosophie du droit : la philosophie doit apprendre son temps dans le concept. Apprendre son temps, mais dans le concept, ce qui implique un effort de conceptualisation, de catégorisation.

 

Deuxième point, la catégorie d’Aufhebung (dépassement). Le dépassement, ce n’est pas la négation abstraite et totale, c’est hériter de quelque chose. Le dépassement de l’ordre bourgeois n’exclue pas l’héritage des meilleurs choses de la révolution bourgeoise

 

Troisième point, que je considère comme très important : chez Hegel, il n’y a jamais de logique binaire, de vision manichéenne, il y a toujours le conflit entre un droit et l’autre, tous les deux légitimes mais pas dans la même mesure. Et ce conflit, je l’appelle le conflit des libertés. Pour illustrer mon propos, je vais évoquer Adam Smith lorsqu’il réfléchit sur l’esclavage dans les colonies anglaises en Amérique à la veille de la révolte des colons contre le gouvernement de Londres. L’abolition de l’esclavage, dit Adam Smith, n’est pas possible sous un « gouvernement libre » mais plutôt sous un gouvernement despotique. Le « gouvernement libre » (les organismes représentatifs qui déjà existaient dans les colonies anglaises en Amérique) est alors monopolisé par les propriétaires d’esclaves et il n’abolira jamais l’esclavage. La liberté des esclaves noirs ne peut être réalisée qu’avec la répression des propriétaires d’esclaves. Pour Adam Smith, les amis de l’humanité doivent donc dans ce cas se prononcer pour le gouvernement despotique. Adam Smith ne dit pas ça parce qu’il est contre la liberté mais parce que dans cette situation la liberté des esclaves ne peut advenir sous le « gouvernement libre », sous le pouvoir d’organismes monopolisés par les propriétaires d’esclaves. La liberté des esclaves était plus importante que le self-government de la communauté blanche.

 

Ce conflit des libertés, on le retrouve dans toutes les grandes crises historiques. Hegel le voit dans la monarchie absolue. Celle-ci est despotique et critiquable en se sens mais elle a réprimé l’aristocratie féodale qui avait elle-même réduit la grande majorité de la nation dans l’esclavage. La monarchie absolue était d’un côté despotisme, de l’autre libération des serfs.

 

Hegel lit de cette façon la question sociale : « Un homme qui risque de mourir d’inanition a le droit absolu de voler le morceau de pain qui assure sa survie. » Pour Hegel, nous ne devons pas choisir alors entre le droit et la violation du droit, mais choisir entre la violation la plus grave du droit, qui est de condamner un homme à la mort, et une violation moins grave. Nous devons dépasser une situation dans laquelle le respect du droit peut comporter la mort par inanition. Il y a le droit de propriété, qu’Hegel ne remet pas en cause, et le droit à la vie. Pour Hegel, les deux droits dont on parle ici sont toux les deux légitimes, mais le second est bien plus important.

Voilà pourquoi, je crois qu’on ne peut négliger la grande leçon d’Hegel.

 

Venons-en à l’expérience du mouvement turinois des Conseils d’usine. Quelles leçons Gramsci et Togliatti, qui animaient durant ce mouvement le journal L’Ordine nuovo, tirent-ils de ce moment historique ?

 

Gramsci et Togliatti affirment la valeur universelle de la Révolution d’Octobre, mais pour eux on doit traduire cette universalité dans une situation nationale déterminée. Et pour eux, quelque chose en Italie peut ressembler aux soviets et ce sont les conseils d’usine. C’est une création spontanée des masses mais il faut faire l’effort de lui donner une formulation mûre sur les plans théorique et politique.

 

Pour Gramsci, les conseils d’usine ne doivent pas seulement organiser la grève pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires, mais être le noyau du nouvel ordre, de la nouvelle société, des nouveaux rapports de production. Gramsci est très polémique avec le mouvement anarchiste, incapable de faire tout ça. Pour comprendre la rupture radicale de Gramsci avec l’anarchisme, qui était présent même dans le mouvement révolutionnaire, on doit penser à la lecture que Gramsci fait de la Révolution d’Octobre, et plus précisément à la réponse qu’il apporte à la question « de quelle façon la Révolution d’Octobre a-t-elle triomphé ? ». Gramsci voit les bolcheviks comme une « aristocratie d’hommes d’Etat » (c’est une citation du journal L’Ordine nuovo) - et c’est peut-être là sa plus grande originalité – il voit en Lénine « le plus grand homme d’Etat » de son époque. Cela parce qu’après l’infâme guerre impérialiste la nation russe était menacée de disparition et de balkanisation. Dans cette situation, Lénine et les bolcheviks ont triomphé bien sûr parce qu’ils ont exprimé les sentiments de la classe ouvrière mais aussi parce qu’étaient porteurs d’une solution à la crise nationale, à la catastrophe nationale qui en avait été la conséquence.

 

Pour Gramsci, les conseils d’usine doivent démontrer qu’en exprimant les intérêts immédiats et stratégiques de la classe ouvrière, ils sont en mesure de donner une solution révolutionnaire, mais en même temps une solution pour la nation italienne tout entière, sortie dans une situation dramatique de la guerre. Il a une vision des conseils d’usine qui est loin du « trade-unionisme », pour reprendre cette catégorie de Lénine. Les conseils d’usine sont, toujours selon Gramsci, à la fois l’expression des intérêts du prolétariat et le noyau du futur Etat à construire.

 

Pour George Hoare et Nathan Sperber, auteurs d’une excellente Introduction à Antonio Gramsci, l’analyse du fascisme est un angle mort de la pensée de Gramsci. A l’opposé, Palmiro Togliatti semble un acteur majeur de la riposte du mouvement communiste au fascisme. Dans le livre, A l’ombre des deux T, Ceretti évoque la polémique de Togliatti avec Bordiga (qui fut secrétaire général du Parti communiste avant Gramsci) et plus précisément le discours de Togliatti lors d’une conférence clandestine du PCI à Florence prédisant "des années difficiles nécessaires au regroupement des forces prolétariennes afin de faire éclater les contradictions du fascisme et le renverser", contrairement à la position de Bordiga qui juge alors la révolution imminente. Il évoque aussi Stato operaio où Togliatti combat la thèse de Bordiga "fascisme = capitalisme". Y a-t-il divergence de ce point de vue ?

 

Nous ne pouvons pas comparer des personnalités dans des situations historiques différentes : Togliatti a eu plus de temps pour réfléchir au fascisme. Mais j’ajoute qu’il y a chez Gramsci une formulation que je ne partage pas : il parle parfois du fascisme comme d’une « révolution passive », où il y aurait des éléments de « plan ». L’application au fascisme de ce concept ne me semble pas convaincante. Mais il faut aussitôt relever que Gramsci a conduit la lutte contre Bordiga, qui portait une vision abstraite de l’universalité, une universalité incapable d’embrasser la particularité. Bordiga n’a jamais compris l’importance de la question nationale. Lorsque Gramsci est condamné par le tribunal fasciste, il est d’une grande lucidité : le fascisme, dit-il, conduira l’Italie à la ruine et la tâche des communistes sera de sauver la nation italienne [2].

 

Avec l’avènement d’Hitler, Gramsci écrit des choses importantes sur le nazisme. Il n’évoque pas seulement la brutalité de l’hitlérisme et la honte qu’il représente. Dès le début du IIIe Reich, en soulignant que le nazisme démontre la « fragilité de la civilisation moderne », Gramsci avait compris la catastrophe que représentait le nazisme pour la civilisation.

 

L’apport de Togliatti va au-delà de l’analyse : Togliatti est partie prenante de l’élaboration d’une réponse du mouvement communiste au fascisme. Ceretti raconte l’épisode de Thorez remarquant que Togliatti a utilisé l’expression "ami des travailleurs" dans un article sur un député socialiste italien et se demandant s’il fallait y voir le signe d’une évolution de l’Internationale communiste face à la menace d’Hitler, en clair d’une rupture avec la phraséologie renvoyant dos-à-dos socialiste et fascistes. "Ercoli (il s’agit du nom que Togliatti utilisait), écrit-il aussi, m’avait expliqué que le destin de l’Allemagne (...) conditionnait le cours de l’histoire". "Le désastre essuyé par la classe ouvrière allemande hantait les militants", poursuit-il. Ce désastre suivait celui essuyé par les forces progressistes italiennes...

 

Tu abordes là la question du social-fascisme. Bien sûr la théorie du social-fascisme a été une sottise et une catastrophe. On peut cependant relever que ce genre de choses était aussi agité par les sociaux-démocrates contre les communistes. C’est le cas de Kautsky pour qui le pouvoir soviétique était semblable ou pire que le fascisme. La sottise était des deux côtés. Togliatti comprenait que cette identification était une sottise, et déjà la lutte de Togliatti et Gramsci contre Bordiga était une lutte contre cette théorie : pour Bordiga, le fascisme était un changement de gouvernement comme les autres, alors que pour Gramsci et Togliatti c’était une chose qualitativement nouvelle et il n’y avait pas d’identification entre fascistes et socialistes. Ensuite, après l’assassinat de Matteotti, voire même avant, le Parti Communiste Italien appelle à l’unité d’action des communistes et des socialistes mais les socialistes sont plus réservés à ce sujet. Par la suite, Togliatti sera, avec Dimitrov, un des protagonistes du 7ème congrès de l’Internationale communiste. Mais lorsque, durant ce congrès, Dimitrov polémique avec le « nihilisme national », ce n’est pas une nouveauté pour lui, car il a déjà polémiqué au côté de Gramsci sur ce thème.

 

Le témoignage de Ceretti est aussi utile pour éclairer le rapport à l’Union soviétique. Il écrit : "un des rares jours où Togliatti était en veine de confidence, il m’avoua qu’il n’avait pas été facile de s’orienter dans cette lutte sans merci", qui a lieu au sein du parti bolchevik. Il signale aussi un épisode où Gramsci, alors à Moscou pour l’Internationale communiste, disparaît : il s’est en fait enfermé dans la pièce où l’on peut tout lire des débats internes au sein du parti bolchevik...

 

Il y a le fameux épisode de la lettre que Gramsci écrit en 1926 au Bureau Politique du PCUS. Il y a alors débat entre Gramsci et Togliatti. Togliatti serait pour une prise de position plus nette en faveur de la majorité, c’est-à-dire en faveur de Staline. Mais l’attitude de Gramsci va dans le même sens. Il espère que la contradiction ne va pas devenir « antagonique » mais il critique l’opposition trotskiste et parle avec ferveur de la NEP [3]. Elle est extaordinaire, la page que Gramsci consacre, en 1926, à l’analyse de l’URSS et du phénomène « jamais vu dans l’histoire » qui est implicite dans le pénible processus de construction d’une société socialiste ou postcapitaliste : une classe politiquement « dominante » en vient « dans son ensemble » à se trouver « dans des conditions de vie inférieures à des éléments et des couches déterminés de la classe dominée et assujettie ». Les masses populaires, qui continuent à supporter une vie de privations, sont désorientées par le spectacle du « nepman en fourrures et qui a à sa disposition tous les biens de la terre » ; et toutefois, cela ne doit pas constituer un motif de scandale en ce sens que le prolétariat, de même qu’il ne peut conquérir le pouvoir, ne peut pas non plus le maintenir, s’il n’est pas capable de sacrifier des intérêts particuliers et immédiats aux « intérêts généraux et permanents de la classe » [4]. Pour Gramsci, il n’y a pas d’identification entre situation politique et économique. La classe du prolétariat a conquis le pouvoir mais sur le plan économique elle n’a pas exproprié totalement la classe défaite, celle qui s’enrichit avec la NEP.

 

Il reproche à l’opposition de ne pas prendre en compte cette nouvelle situation historique. Il considère qu’il faut parfois faire des sacrifices économiques, mais garder le pouvoir.

 

En 1927, lorsqu’il visite la Russie, Walter Benjamin fait le même constat qu’il n’y a pas de correspondance entre richesse économique et pouvoir politique.

 

Venons-en aux Cahiers de prison écrits par Gramsci entre 1927 et 1937. Pour la petite histoire, Ceretti raconte dans son livre la colère de Togliatti lorsqu’il apprend que les malles où étaient gardés les manuscrits de Gramsci sont égarées lors du déménagement du Komintern, en 1941. Tout cela au moment où les Allemands sont aux portes de Moscou !

 

Il n’y a pas de doute sur le fait que Togliatti, et même l’Internationale communiste dans son ensemble avaient compris l’importance de l’élaboration de Gramsci. Togliatti a contribué non seulement à sauver les cahiers mais à leur publication. Sans son apport organisationnel, on ne peut comprendre la fortune immédiate de la publication des cahiers de prison. Togliatti était conscient de la grandeur de Gramsci, de son élaboration théorique.

 

Est-il exagéré de dire que les initiatives majeures prises par Togliatti à la Libération, je pense notamment à ce qu’on appelle le « tournant de Salerne » [5] trouvent leurs racines dans ces réflexions communes ?

 

Je veux tout d’abord évoquer une polémique qui s’est développée à propos du « tournant de Salerne ». Certains présentent cette intervention comme une initiative de Staline. Le discours de Togliatti à son arrivée à Naples est intéressant de ce point de vue. A l’époque, il y a encore la guerre, l’Italie n’est pas encore complètement libérée. Togliatti part de la révolution napolitaine de la fin du XVIIIe siècle ! Il n’est pas sur l’immédiateté politique, il reconstruit l’histoire de la révolution italienne, et pas seulement du mouvement révolutionnaire d’orientation socialiste ou communiste puisqu’il part de la révolution napolitaine de 1799 ! Cette réflexion sur la révolution italienne dans son ensemble est un grand thème de Gramsci, dont on sait qu’il a beaucoup réfléchi sur le Risorgimento [6] et ce n’est pas un hasard si Togliatti a publié un livre sur les réflexions de Gramsci à ce sujet. La définition de la résistance antifasciste comme « second Risorgimento », trace une ligne de continuité, avec bien sûr des discontinuités, entre le Risorgimento et la révolution antifasciste.

 

Qu’il s’agisse de Gramsci ou de Togliatti, la révolution sociale n’est jamais le nihilisme national, elle peut vaincre dans la mesure où elle fait appel à la plus grande partie de la nation.

 

Si l’opposition des deux personnages n’a pas de réalité historique ou politique, ne s’agit-il pas pour ses promoteurs de minorer le rôle du Parti communiste italien, comme intellectuel collectif pesant sur l’histoire ? L’oubli de Togliatti ne participe-t-il pas de cette vision ?

 

J’ai écris dans mon livre sur Gramsci que nous avons affaire à une attitude plus générale. Dans la gauche radicale, on dit qu’il faut retourner à Marx, et délaisser Lénine. Marx joué contre Lénine. Gramsci joué contre Togliatti. Pour Cuba, on choisit Che Guevara mais pas Fidel Castro. Pour l’Allemagne, on choisit Rosa Luxembourg mais pas Ernst Thälmann. J’ai appelé cette attitude “fuir l’histoire”. C’est une vision de la théorie détachée du mouvement réel, du mouvement communiste.

 

Chaque fois, on privilégie la personnalité qui, pour des raisons chaque fois différentes, n’a pas joué un rôle dans l’exercice du pouvoir d’Etat ou du pouvoir dans le parti. Comme Togliatti a été beaucoup plus longtemps que Gramsci secrétaire du PCI, qui a été arrêté, cette logique se met à l’œuvre.

 

Après la défaite de 1989 dans l’Europe de l’Est, la bourgeoisie essaie de diaboliser le mouvement communiste et Marx. Une tendance du mouvement communiste accepte cela et essaie de sauver quelque chose de Gramsci, de Che Guevara ou Rosa Luxembourg, en sacrifiant tout le reste.

 

Pour quelqu’un qui connaît mal l’Italie, il est difficile de saisir ce qui subsiste de cette expérience historique dans la réalité italienne. Je fais abstraction, bien sûr, de l’empreinte générale du mouvement communiste sur l’histoire de l’Europe et du monde. Peux-tu nous donner ton sentiment à ce sujet ?

 

Honnêtement, il subsiste très peu. Peut-être quelque chose au plan théorique mais au plan politique la situation italienne est catastrophique.

 

Pour conclure, quelle est selon toi l’actualité de la démarche de Togliatti et Gramsci dans la situation contemporaine ?

 

D’abord, je veux dire que je n’aime pas la façon dont cette question de l’actualité est posée le plus souvent. Ainsi dire que les thèses de Marx ont la même actualité qu’à l’époque où elles ont été formulées, ce serait dire que Marx n’a joué aucun rôle dans l’histoire, ce serait comme si Marx n’avait jamais contribué à modifier le monde qu’il a critiqué. L’actualité serait alors non pas un titre de mérite mais plutôt le contraire, la preuve d’un manque total d’efficacité sur le plan historique. Or, pour ne prendre que ces exemples, la condition ouvrière reste terrible mais personne ne nie aujourd’hui les droits politiques de la classe ouvrière pour lesquels Marx et Engels ont lutté ; Marx et Engels ont eu le mérite de souligner la question de l’émancipation de la femme, et la situation de la femme n’est plus aussi catastrophique qu’elle l’était en leur temps.

 

Pour en venir à Gramsci et Togliatti, il y a un fort élément d’actualité avec la lutte contre le néo-libéralisme et contre néo-colonialisme. Mais aujourd’hui le néo-colonialisme se présente sous une forme différente, les guerres contre la Libye, contre la Syrie, les campagnes contre la Chine ou Cuba se mènent au nom des droits de l’homme. Nous devons souligner qu’avant même de devenir communiste, Gramsci a toujours lié la question sociale dans les pays capitaliste à la question du réveil des peuples coloniaux. Nous ne sommes plus dans la situation que Lénine définissait comme « annexion politique » (la domination coloniale classique), en la distinguant de l’« annexion économique » avec une indépendance politique formelle (c’est le néo-colonialisme). Les pays qui ont conquis l’indépendance politique essaient de conquérir l’indépendance économique. Devant ce problème, il y a un grand retard du mouvement de la gauche et même du mouvement communiste, qui ne comprennent pas que la lutte de la Chine, de Cuba, de l’Amérique latine est la lutte pour passer de la phase politique de la lutte anticolonialiste à la phase économique. En ce sens Gramsci, Togliatti, mais aussi Lénine ou Mao, sont certainement d’une grande actualité, mais on ne peut pas négliger l’aspect tout à fait nouveau de la situation actuelle.

Février 2014

Notes :

[1] Signalons qu’en Italie le terme utilisé pour désigner le libéralisme politique (liberalismo) est distinct de celui utilisé pour le libéralisme économique (liberismo). Note de la rédaction

[2] « Je pense, Monsieur le Général, que toutes les dictatures de type militaire finissent tôt ou tard par être renversées par la guerre. Il me semble évident, dans ce cas, qu’il revient au prolétariat de remplacer la classe dirigeante, en prenant les rênes du Pays pour soulager le sort de la Nation (…) Vous conduirez l’Italie à la ruine, et à nous communistes reviendra de la sauver ». Cité par Domenico Losurdo, dans Gramsci, du libéralisme au communisme critique.

[3] Selon les initiales russes de la Nouvelle Politique Economique, menée à partir de 1922, liquidée à partir de 1927. Note de la rédaction.

[4] Référence italienne : La Costruzione del Partito Communista 1923-1926, Torino, Einaudi, 1971.

[5] Du nom de la ville, au sud de Naples, où Togliatti, en février 1944, avait appelé à l’union de tous les italiens, qu’ils soient républicains et monarchistes, pour participer aux côtés des Alliés à la guerre contre le nazisme. Note de la rédaction

[6] Période du XIXème siècle durant laquelle l’unité italienne se réalise. Note de la rédaction.

Origine  la faute à Diderot.net

 

 

 

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 17:21
Lettre à un ami par Charles Hoareau

Repris sur Comité valmy

 

Cher ami,


tu me demandes pourquoi les Fralib ont accepté que Hollande vienne leur rendre visite et pourquoi il n’y a pas eu de manif ? En gros tu as l’impression qu’ils se sont faits avoir (volontairement ?) par un coup de pub d’un président en mal de sondages…

 

Alors reprenons les choses :

 

• D’abord c’est Hollande qui était demandeur. Les copains ont appris la nouvelle de la visite quelques jours à peine avant celle-ci et il leur a été demandé le plus grand secret au risque que la visite soit annulée.

 

• Quand ils l’ont su ils avaient deux choses en tête : leur dossier où des points de blocage importants subsistaient et leurs camarades de combat des autres entreprises en lutte. Ils ont donc posé leurs conditions pour accepter cette visite en prenant en compte ces deux éléments.

 

• Sur leur dossier, la mise à disposition des locaux et du terrain par la communauté urbaine de Marseille n’était toujours pas réglée. D’autres points de blocage, face à UNILEVER notamment et sur lesquels nos camarades butaient depuis des mois, y compris depuis la signature de l’accord, étaient en jeu. Les camarades, ont donc mis comme première condition que les derniers verrous soient levés : cela a été le cas en quelques jours et le matin même de la visite pour le dernier. Cela fera dire à Olivier « c’est la preuve que quand le pouvoir veut, il peut » : c’est le moins que l’on puisse dire et cela est de nature à donner des arguments ailleurs pour d’autres luttes.

 

• En ce qui concerne les camarades des autres boites en lutte, il a été décidé en accord avec eux (et je sais que tu mesures ce que ces mots veulent dire) qu’un point de chaque dossier (TOTAL, Moulins Maurel, NEXCIS, SNCM….) serait fait en tête à tête avec le président sur la base d’un dossier remis par chaque entreprise en lutte : c’est ce qui a été fait. Et peut-être que cela permettra des avancées sur l’un ou l’autre de ces dossiers. On verra bien…

 

Ceci dit fallait-il, dans l’état actuel du rapport des forces, refuser la visite et prendre le risque que les derniers acquis arrachés en 48h et qui mettent définitivement SCOP-TI sur les rails soient encore l’enjeu d’un long combat avec les banques, UNILEVER et la communauté d’agglomération marseillaise ? Ou au contraire, accepter (comme leur ont aussi conseillé leurs autres camarades en lutte) en toute lucidité et dire, comme ils l’ont dit, tant à la presse que dans leurs interventions qu’ils savaient bien quels étaient par ailleurs les choix politiques mis en œuvres et leurs désaccords avec ceux-ci ? Vu du banc de touche on peut toujours discuter, mais c’est sur le terrain que se gagnent les matchs !! Comme le dit l’un des acteurs privilégiés de ce combat que se livrent le capital et le travail à Fralib et ailleurs : « Ce n’est pas la guerre mais la guérilla » et nous savons toi et moi que celle-ci est faite d’avancées, de replis tactiques, de prises d’usines et de compromis…sans jamais lâcher l’objectif !

 

Juste une question : c’est Léon Blum qui par un accès de grandeur d’âme a donné aux français les congés payés ou Pompidou par une soudaine générosité qui a augmenté le SMIC de 35% ou, comme nous le savons toi et moi, c’est dans ces deux cas, comme dans tant d’autres, la lutte qui a imposé aux gouvernants de donner force de loi à une revendication portée par tout un peuple ? Les fralibs doivent leur succès à eux-mêmes et à toutes celles et tous ceux qui les ont soutenus dans leur lutte.

 

Si François Hollande, qui est président de la république (ce qui lui donne des responsabilités devant lesquelles on doit le mettre) est venu voir les Fralib après avoir vu les camarades de La Belle Aude, c’est que dans ces deux boites la lutte acharnée, les multiples initiatives ont rendu ces conflits populaires au point que le journal La Provence publiait deux jours avant la visite du président, un sondage qui faisait ressortir que 91% de ses lecteurs disaient vouloir acheter du thé 1336 !!

 

Sa visite est d’abord le signe que ce conflit a gagné la bataille de l’opinion et qu’il ne peut l’ignorer. Qu’il cherche à en tirer avantage c’est sûr, il n’est ni le premier ni le seul [1] mais les fralib, celles et ceux qui les ont soutenus de près et plus largement le pays, personne n’est dupe. Hollande le sait et il sait où il a mis les pieds témoin son commentaire sur la couleur rouge de certains équipements de travail… Et quand je vois que le contrat de Rim, notre camarade qui fait pleurer la salle à chaque représentation de la pièce sur le conflit, celle qui dit que c’est la CGT qui l’a embauchée à UNILEVER, car elle a été la dernière intérimaire à qui le syndicat a réussi à faire avoir un CDI, celle qui a animé avec enthousiasme un des débats de Rouge Midi le 30 mai, quand je vois donc que c’est ce président-là que nous combattons et combattrons encore, qui a paraphé son contrat de travail, je me dis que c’est un sacré pied de nez de l’histoire !!

 

Dernier élément. Tu t’es réjoui comme moi du fait que le même Hollande ait cru bon d’aller à Cuba et même de serrer la main de celui que naguère il traitait, comme nombre de chefs d’états avec lui, de dictateur : crois-tu que cela soit le signe que Fidel Castro s’est renié ou qu’au contraire c’est Cuba qui a fait plier ses adversaires ? A une échelle bien sûr plus modeste c’est la même chose pour les Fralib.

 

Et puisqu’on parle de Cuba, l’entretien en privé sur les autres boites en lutte et la remise des dossiers a eu lieu dans la salle rebaptisée par les scoptistes, salle Guevara. C’était ça ou celle juste à côté, la salle Tchae (du nom d’une des marques d’UNILEVER) rebaptisée depuis le 26 mai salle Castro…

 

T’inquiètes pas, nos amis coopérateurs, frères et sœurs de combat, sont bien toujours aussi rouges, et même… vivement rouges !

 

Charles Hoareau

http://www.rougemidi.org/spip.php?article8928

 

[1] à la télé ce samedi le représentant local du MEDEF saluait la lutte des fralib (sic !).
20 ans après la mairie de La Ciotat se félicitait de la lutte des ouvriers qui ont sauvé les chantiers (resic !!) et s’en attribuait presque le mérite !!

 

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:02
Suite à l’abstention de la France lors du vote à l’ONU de la résolution de lutte contre la glorification du nazisme présentée par la Russie :
Source Comité VALMY


M. le Président de la République,

 

Le fascisme est partout renaissant en Europe, singulièrement dans les pays désormais indépendants de l’ex-URSS, où des forces obscures très puissantes utilisent le néonazisme comme vecteur idéologique de leur émancipation nationale et de leur souveraineté territoriale. Dans ces milieux et au-delà, la crise ukrainienne, politiquement et diplomatiquement surexploitée pour dénigrer la Fédération de Russie, sert de prétexte à de multiples tentatives de réhabilitation du III° Reich, en particulier dans les pays baltes où les monuments commémorant la victoire de 1945 sont régulièrement profanés, avec la complicité passive ou explicite des gouvernements concernés.

 

L’occident n’est nullement à l’abri de ces très dangereux débordements. Au mépris de ses statuts historiques, l’Union européenne tolère, en son sein, des formations qui ont pu impunément envoyer au parlement plusieurs députés légalement élus quoique nazis autoproclamés.

 

Face à cette situation, qu’alimente et qu’aggrave une crise économique sans fin sur le vieux continent, la Russie soumet tous les ans, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, une résolution appelant à ne pas admettre "cette glorification des nazis et de leurs acolytes qui, en brandissant des croix gammées et en défilant le bras tendu, font ouvertement l’apologie de la xénophobie et de la supériorité raciale."

 

Hélas, les Etats-Unis, le Canada et les îles Marshall votent systématiquement contre ce texte et l’Union européenne - dont la France - qui paraît en l’occurrence renouer avec le funeste esprit de Munich, choisit de s’abstenir. Opposants et abstentionnistes allèguent... le respect de la liberté d’expression pour justifier leur décision ! Sous le même prétexte, ils bloquent l’adoption de décisions similaires à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Lamentable et périlleuse attitude qui peut s’interpréter comme un blanc seing délivré aux mouvements fascistes pour poursuivre leurs criminelles activités.

 

Le prétexte invoqué cette année pour le vote contre le texte ou l’abstention est la crise ukrainienne et l’ « annexion » de la Crimée. Il faudrait faire comprendre à Vladimir Poutine que l’occident ne tolèrera pas une Russie expansionniste. Ceci n’est bien entendu qu’un prétexte puisque en novembre 2013, alors que la crise ukrainienne commençait à peine et qu’il n’était pas question des mouvements séparatistes de l’est de l’Ukraine ni de la Crimée, le vote avait été le même. Plus remarquable encore le vote de décembre 2010 alors que le président russe était Dmitri Medvedev, réputé pour être plus proche de l’occident que l’actuel président russe.

 

Il n’est pas acceptable que les initiatives russes sur le plan diplomatiques soient ainsi méprisées. L’énorme tribut payé par l’ex-URSS durant la Deuxième guerre mondiale l’interdit moralement. Les Résistants d’Europe, et en particulier français, savent ce qu’ils doivent à l’Armée rouge. Sans ses victoires décisives sur Hitler, la bataille mondiale pour la liberté, n’aurait pas été possible et les Alliés n’auraient jamais débarqué en Italie ni sur les côtes de Normandie. Faut-il rappeler qu’à la date du jour J, le 6 juin 1944, la Wehrmacht était partout en déroute sur le front de l’est et qu’Hitler avait donc, déjà, perdu la guerre ? Faut-il rappeler que, sans les sacrifices soviétiques, la France n’aurait jamais recouvré sa liberté ? Faut-il rappeler que, sans les victoires de Moscou, Stalingrad et de Koursk - principales défaites militaires nazies - le monde n’aurait jamais pu s’affranchir du fascisme ni l’Organisation des Nations Unies voir le jour ?

 

Nous voudrions aussi vous rappeler, monsieur le Président, qu’au printemps et en été 1942 le général de Gaulle a en vain essayé de persuader les alliés d’ouvrir le « second front ». Si le général de Gaulle avait été écouté ce sont des millions de personnes, en Union Soviétique et dans les camps de concentrations qui n’auraient pas perdu la vie. Faut-il vous rappeler que le débarquement en France proposé par le général de Gaulle a été remplacé par un débarquement en Afrique du Nord et que la première version du désormais célèbre « regime change » américain a eu lieu à ce moment là, les Américains ayant choisi le général Giraud à la place du général de Gaulle.

 

La France qui, comme membre permanent du conseil de sécurité, y dispose d’un droit de veto, ne doit pas oublier l’histoire et ses enseignements. Elle ne doit pas oublier les responsabilités que lui confère le fait d’avoir pu, en 1945, s’asseoir à la table des vainqueurs.


Elle ne doit pas oublier que sans la Résistance, sans l’engagement personnel du général de Gaulle sauvant depuis Londres l’honneur de notre pays, elle ne jouirait pas sur le plan diplomatique du poids et du prestige qui sont les siens. Par conséquent, sa voix, si écoutée dans le monde lorsqu’elle s’appuie sur ses principes historiques, repris et exaltés par le Conseil National de la Résistance, sa voix donc ne doit pas se taire et doit se joindre au combat contre la renaissance du nazisme, c’est à dire en fait défendre ses valeurs. Valeurs que vous avez invoquées lors de vos multiples interventions publiques, en particulier lors de la commémoration des débarquements en Normandie et en Provence. Il vous appartient donc de rompre, en tant que chef de l’Etat, avec la prudence coupable et veule d’une Europe dont l’inconsistance en politique étrangère ne cesse d’altérer le rayonnement.


En conséquence, les signataires vous demandent d’ajouter l’an prochain la signature de la France à celles des nations ayant déjà soutenu la résolution de la Fédération de Russie.

 

Armand Conan, résistant, membre du Comité Départemental de Libération du Morbihan
René Jassaud, résistant, ravitailleur du maquis « Camp Robert » (Var)
Colette Lacroix, résistante, membre du réseau SOE « Pimento » (Ain)
Antoine Payet, résistant, membre du groupe de « Saint Fons » (Rhône)
Paul Raybaud, résistant, membre du maquis « Camp Robert » (Var)

Mise en ligne CV : 30 janvier 2015

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 14:13
par Danielle Bleitrach source : histoire et société

 

Dans l’interview d’Olivier Marchais par "l’Humanité", j’ai été frappée par la lucidité de cet homme et la manière dont il positionnait la mémoire de son père au service des habitants de Villejuif, des travailleurs et de la nation française, c’était très juste et il était un facteur d’unité et de rassemblement y compris avec le cancérologue gaullisteGeorges Mathé auquel il ne voulait pas opposer son père. Tout cela était d’une grande justesse, comme l’était sa dénonciation des propos de Le Pen qui avait prétendu que si Georges Marchais était vivant il aurait voté FN. (vidéo ci-dessous)

 

Autant cette intervention d’Olivier Marchais relève d’un devoir de mémoire, autant la mienne, ici, ne jouit d’aucune légitimité particulière sur la pensée de Georges marchais. Il s’agit simplement de la mémoire d’une ancienne dirigeante et du bilan que je peux à ce titre comme tout autre tirer de ces années écoulées ? comme l’on dit : une contribution au débat.

 

Un de mes ultimes souvenirs concernant Georges marchais était sa fidélité à la révolution cubaine. Quand Fidel Castro était venu en France pour l’enterrement de Mitterrand pour honorer non seulement le discours de Cancun malheureusement non suivi d’effets, mais l’amitié de toujours avec danielle Mitterrand, il avait voulu diner en famille chez Georges Marchais. Parce qu’à l’inverse de ses piètres sucesseurs et du journal qui l’a trahi comme il a dans le même temps trahi la Révolution Cubaine, Georges marchais est toujours resté aux côtés de la Révolution cubaine. mais revenons à notre souvenir, quand Georges Marchais était à la fin de sa vie à Cuba, il y avait eu une tentative de le pen déjà pour organiser la confusion à travers des thèmes chers à Georges Marchais, le « produisons français » (dont on mesure aujourd’hui toute la pertinence) , mais aussi justement le soutien à Cuba que Le pen voulait déjà s’approprier… Georges Marchais était fou de rage, il n’avait cessé de protester contre un tel amalgame.

 

Avec son sens politique acéré, son sens de classe mais aussi celui du rassemblement politique y compris sur des bases des intérêts populaires et nationaux, Georges marchais n’a jamais toléré le moindre amalgame avec l’extrême-droite. Dans le même temps où il s’employait à dénoncer la manière dont les dirigeants socialistes étaient prêts à tous les abandons et atlantisme, il gardait une position de classe qui était le meilleur garde-fou face aux dérives potentielles d’un nationalisme susceptible de virer au chauvinisme au profit du patronat.. Malheureusement, le PCF a abandonné les leçons, qui n’étaient pas seulement celles de Georges marchais, mais de l’ensemble du parti depuis Maurice Thorez.

 

Il a noter que les piètres successeurs d’une longue lignée de dirigeants communistes, qui ont su jouer un rôle essentiel en France et aux yeux des tous les dirigeants communistes de l’Internationale, à la mort de Georges Marchais n’ont pas mieux traité la mémoire de Georges Marchais que celle de Maurice Thorez. Parce qu’il ne s’agissait pas seulement de nier l’apport de dirigeants, mais pire encore celui de la grande masse des militants qui par leur dévouement, leur compétence, leur vie parfois avaient fait du parti ce qu’il était et s’étaient reconnus dans de tels dirigeants. Donc les successeurs ont nié la mémoire des dirigeants, mais pas seulement ils ont d’abord sous estimé le rôle du parti, de son organisation, du respect des militants en tant que force politique agissante et organisée. y compris en utilisant les réflexes les plus « staliniens » de l’obéissance, la légitimité du dirigeant… Le fait que le militant était pour le meilleur et aussi pour le pire un « soldat »… et peu à peu les intérêts des employés des collectivités locales sont venus relayer cette obéissance désintéressée…

 

Ils l’ont fait en nous soumettant aux analyses non seulement du PS, mais à travers celles-ci à celle d'une classe dominante de moins en moins nationale, de moins en moins productive et de plus en plus financiarisée et ce depuis les choix de nationalisation-privatisation de Mitterrand qui avaient forcé le PCF du temps de Marchais de quitter le gouvernement. Aujourd’hui, nous voyons les résultats d’une France qui a joué la désindustrialisation et les choix financiers plus que tous les autres pays. Nos fleurons industriels y compris ceux stratégiques ont été ainsi bradés et notre dette que l’on veut imputer à l’excès de protection sociale relève en réalité du déséquilibre de notre commerce extérieur. Quand Georges marchais et les dirigeants de cette époque, la social démocratie non seulement pro-européenne mais atlantiste dénonçait abusivement le chauvinisme du propos, jouait comme un Leipitz déjà aux pseudo écologistes pour mieux se rallier au capital en train de devenir néo-libéral et totalement acquis au bellicisme atlantiste. Cette réalité de la politique du PCF historique a été bradée par les successeurs de Georges marchais, tous ceux qui l’approuvaient ont été éliminés comme des « staliniens »…

 

Ce traitement minable du passé des communistes s’est situé dans une période d’abandon généralisé d’un échec, du retour de la contrerévolution néolibérale, que l’on a transformé en débâcle, qui a engendre ses doubles opportunisme : d’abord le choix politique de sauvegarder les élus en même temps que l’on détruisait le parti, son organisation, la formation de ses militants, en privilégiant avant tout les élus et les alliances avec le PS, quitte à choisir tous les reniements, ce qui a engendré également un gauchisme qui s’est rapidement accommodé de tous les amalgames avec l’extrême-droite en particulier au plan international mais pas seulement. Et je dois dire, chacun le sait mon désespoir quand je vois certains communistes ne plus reconnaître le fascisme à partir du moment où il semble adopter des positions qu’ils croient celles des communistes… Les réseaux sociaux, les textes qu’ils osent diffuser me semblent un bon test de cette déchéance politique. Au risque d’apparaître « sectaire », jamais un communiste ne peut accepter l’amalgame raciste…

 

Je voudrais conclure cette rapide réflexion personnelle par une anecdote, récemment sur les réseaux sociaux, à la lecture d’un texte d’hommage à Georges marchais, un militant nouvelle mouture du PCF s’exclamait  :« C’est du culte de la personnalité, j’ai l’impression de lire la prose du Parti de gauche face à Melenchon ! ». Je lui ai répondu : « Nous respections nos dirigeants parce que nous avions l’impression qu’ils traduisaient ce que nous pensions, mais nous n’aurions jamais accepté que ces mêmes dirigeants pour franchir l’étape des présidentielles, se donne à un socialiste un peu gauchiste, désorganisé, bête des médias et dans l’excès permanent. Nous n’aurions pas adhéré au fait qu’il nous impose des rapprochements avec d’autres socialistes aussi peu crédibles et très anti-communistes. Et pour couronner le tout que les dirigeants du PCF pour mieux faire oublier leur responsabilité dans un tel échec nous jette contre lui, Mélenchon, en feignant de découvrir à qui ils avaient donné le parti, inventé des forces et perdu in fine… Ce n’est pas la faute à Mélenchon qui est ce qui est, qui est souvent courageux, mais bien à nos choix. Nous n’aurions accepté ni de nous donner à Mélenchon, ni de le transformer en bouc émissaire pour mieux éviter d’analyser nos propres erreurs. L’exemple type de la poursuite d’une telle démarche erronée se retrouve dans la dernière fête de l’Huimanité, une grande réussite mais sans débouché politique parce que tout y a été une fois de plus placé dans le dialogue avec un quarteron de députés socialistes, faux frondeurs que l’on a même pas réussi à faire voter contre le budget… »

 

Alors que l’essentiel est non pas seulement dans l’autocritique de notre démarche mais de développer l’union à la base , le rassemblement du peuple français et pour cela la politique du parti a un rôle central qu’il s’agisse du redressement économique, de la défense des services publics et des protections sociales, de la grande question de la paix, une politique qui comme du temps de Maurice Thorez, Waldeck Rochet et georges Marchais doit savoir coller au peuple français, aux intérêts de classe et combattre l’extrême-droite, le fascisme qui reste d’abord le recours de la classe dominante quand la démocratie à leur manière s’avère insuffisante .pour tenir les peuples…

 

Cette classe dominante qui partout nous mène au fascisme et à la guerre plutôt que d’affronter la nécessité du changement et qui aujourd’hui est en train de transformer le continent européen en poudrière parce que sa survie passe par les vieilles recettes de la guerre froide jusqu’à quelque Hiroshima.

 

L’interview d’Olivier Marchais par "l’Humanité

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 17:12

Par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre,

 

Lever la voix face au massacre qui est perpétré à Gaza, c’est aujourd’hui, je l’écris en conscience, un devoir pour la France, une France qui est attachée indéfectiblement à l’existence et à la sécurité d’Israël mais qui ne saurait oublier les droits et devoirs qui sont conférés à Israël en sa qualité d’État constitué. Je veux dire à tous ceux qui sont tentés par la résignation face à l’éternel retour de la guerre qu’il est temps de parler et d’agir. Il est temps de mesurer l’impasse d’une France alignée et si sûre du recours à la force. Pour lever le voile des mensonges, des omissions et des demi-vérités. Pour porter un espoir de changement. Par mauvaise conscience, par intérêt mal compris, par soumission à la voix du plus fort, la voix de la France s’est tue, celle qui faisait parler le général de Gaulle au lendemain de la guerre des Six-Jours, celle qui faisait parler Jacques Chirac après la deuxième intifada. Comment comprendre aujourd’hui que la France appelle à la « retenue » quand on tue des enfants en connaissance de cause ? Comment comprendre que la France s’abstienne lorsqu’il s’agit d’une enquête internationale sur les crimes de guerre commis des deux côtés ? Comment comprendre que la première réaction de la France, par la voix de son président, soit celle du soutien sans réserve à la politique de sécurité d’Israël ? Quelle impasse pour la France que cet esprit d’alignement et de soutien au recours à la force.

 

Je crois que seule la vérité permet l’action. Nous ne construirons pas la paix sur des mensonges. C’est pour cela que nous avons un devoir de vérité face à un conflit où chaque mot est piégé, où les pires accusations sont instrumentalisées.

 

L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire.

 

Ayons le courage de dire une première vérité : il n’y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l’occupation et encore moins un droit au massacre. Il y a un droit à la paix qui est le même pour tous les peuples. La sécurité telle que la recherche aujourd’hui Israël se fait contre la paix et contre le peuple palestinien. En lieu et place de la recherche de la paix, il n’y a plus que l’engrenage de la force qui conduit à la guerre perpétuelle à plus ou moins basse intensité. L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire. C’est la spirale de l’Afrique du Sud de l’apartheid avant Frederik De Klerk et Nelson Mandela, faite de répression violente, d’iniquité et de bantoustans humiliants. C’est la spirale de l’Algérie française entre putsch des généraux et OAS face au camp de la paix incarné par de Gaulle.

 

Il y a une deuxième vérité à dire haut et fort : il ne saurait y avoir de responsabilité collective d’un peuple pour les agissements de certains. Comment oublier le profond déséquilibre de la situation, qui oppose non deux États, mais un peuple sans terre et sans espoir à un État poussé par la peur ? On ne peut se prévaloir du fait que le Hamas instrumentalise les civils pour faire oublier qu’on assassine ces derniers, d’autant moins qu’on a refusé de croire et reconnaître en 2007 que ces civils aient voté pour le Hamas, du moins pour sa branche politique. Qu’on cite, outre les États-Unis, un seul pays au monde qui agirait de cette façon. Même si les situations sont, bien sûr, différentes, la France est-elle partie en guerre en Algérie en 1995-1996 après les attentats financés par le GIA ? Londres a-t-elle bombardé l’Irlande dans les années 1970 ?

 

Troisième vérité qui brûle les lèvres et que je veux exprimer ici : oui il y a une terreur en Palestine et en Cisjordanie, une terreur organisée et méthodique appliquée par les forces armées israéliennes, comme en ont témoigné de nombreux officiers et soldats israéliens écœurés par le rôle qu’on leur a fait jouer. Je ne peux accepter d’entendre que ce qui se passe en Palestine n’est pas si grave puisque ce serait pire ailleurs. Je ne peux accepter qu’on condamne un peuple entier à la peur des bombardements, à la puanteur des aspersions d’« eau sale » et à la misère du blocus. Car je ne peux accepter qu’on nie qu’il y a quelque chose qui dépasse nos différences et qui est notre humanité commune.

 

Il n’y a aujourd’hui ni plan de paix, ni interlocuteur capable d’en proposer un. Il faut tout reprendre depuis le début. Le problème de la paix, comme en Algérie entre 1958 et 1962, ce n’est pas « comment ? », c’est « qui ? ». Il n’y a pas de partenaire en Palestine car les partisans de la paix ont été méthodiquement marginalisés par la stratégie du gouvernement d’Israël. La logique de force a légitimité hier le Hamas contre le Fatah. Elle légitime aujourd’hui les fanatiques les plus radicaux du Hamas voire le Djihad islamique. Se passer de partenaire pour la paix, cela veut dire s’engager dans une logique où il n’y aurait plus que la soumission ou l’élimination.

 

Il n’y a plus de partenaire pour la paix en Israël car le camp de la paix a été réduit au silence et marginalisé. Le peuple israélien est un peuple de mémoire, de fierté et de courage. Mais aujourd’hui c’est une logique folle qui s’est emparée de son État, une logique qui conduit à détruire la possibilité d’une solution à deux États, seule envisageable. La résignation d’une partie du peuple israélien est aujourd’hui le principal danger. Amos Oz, Zeev Sternhell ou Elie Barnavi sont de plus en plus seuls à crier dans le désert, la voix couverte par le vacarme des hélicoptères. Il n’y a plus non plus de partenaire sur la scène internationale, à force de lassitude et de résignation, à force de plans de paix enterrés. On s’interroge sur l’utilité du Quartette. On désespère de la diplomatie du carnet de chèques de l’Europe qui se borne à payer pour reconstruire les bâtiments palestiniens qui ont été bombardés hier et le seront à nouveau demain, quand les États-Unis dépensent deux milliards de dollars par an pour financer les bombes qui détruisent ces bâtiments.

 

Face à l’absence de plan de paix, seules des mesures imposées et capables de changer la donne sont susceptibles de réveiller les partenaires de leur torpeur. C’est au premier chef la responsabilité de la France.

 

Le premier outil pour réveiller la société israélienne, ce sont les sanctions. Il faut la placer devant ses responsabilités historiques avant qu’il ne soit trop tard, tout particulièrement à l’heure où il est question d’une opération terrestre de grande envergure à Gaza. Cela passe par un vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant l’action d’Israël, son non-respect des résolutions antérieures et son non-respect du droit humanitaire et du droit de la guerre. Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gaza ou aux activités économiques dans les colonies. Je ne crois guère aux sanctions face à des États autoritaires qu’elles renforcent. Elles peuvent être utiles dans une société démocratique qui doit être mise face aux réalités.

 

Le deuxième outil, c’est la justice internationale. L’urgence aujourd’hui, c’est d’empêcher que des crimes de guerre soient commis. Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour pénale internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale. C’est une manière de mettre les Territoires palestiniens sous protection internationale. Le troisième outil à la disposition de la communauté internationale, c’est l’interposition. À défaut de pouvoir négocier une solution, il faut l’imposer par la mise sous mandat de l’ONU de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, avec une administration et une force de paix internationales.

 

Cette administration serait soumise à de grands périls, du côté de tous les extrémistes, nous le savons, mais la paix exige des sacrifices. Elle aurait vocation à redresser l’économie et la société sur ces territoires par un plan d’aide significatif et par la protection des civils. Elle aurait également pour but de renouer le dialogue interpalestinien et de garantir des élections libres sur l’ensemble de ces territoires. Forte de ces résultats, elle appuierait des pourparlers de paix avec Israël en en traçant les grandes lignes.

 

Nous n’avons pas le droit de nous résigner à la guerre perpétuelle. Parce qu’elle continuera de contaminer toute la région. Parce que son poison ne cessera de briser l’espoir même d’un ordre mondial. Une seule injustice tolérée suffit à remettre en cause l’idée même de la justice.

 

Dominique de Villepin

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