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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 13:03
ll faut préparer la bataille de France...

jeudi 7 juillet 2016, par Comité Valmy

 

On les cherche vainement dans les manifestations contre la loi El Khomri, aussi bien à Paris que dans les villes de province : pas la moindre banderole, pas la plus petite pancarte évoquant l’Union européenne pour dénoncer son rôle moteur dans l’offensive tout azimut visant les droits sociaux des peuples et imposant à ceux-ci l’austérité la plus noire.

L’exemple qui nous vient d’outre-manche devrait faire réfléchir.
Le 23 juin en Grande-Bretagne, les couches les plus pauvres de l’Angleterre et du Pays de Galles se sont rebellés et, leur vote massif, ont permis le Brexit, la sortie de leur pays de la prison européenne.

Ce n’est pas en semant l’illusion qu’une discussion avec les maîtres de cette prison - la renégociation des traités - pourrait conduire les gardiens à en ouvrir les portes, comme pourrait le laisser penser une pétition signée par Jacques Sapir, Jean-Pierre Chevènement et Michel Onfray dans les colonnes du Figaro. L’accueil haineux des chiens de garde du capital européen démontre la volonté de celui-ci de poursuivre et d’accentuer au contraire leur besogne antinationale et antisociale.

Certes, la porte ouverte ne résout pas tous les problèmes, la City et la finance mondiale, bien qu’ayant subi une humiliante défaite, demeurent aux leviers de commande...Cependant, le sort de la classe ouvrière et du peuple britanniques ne dépenderont plus de l’étranger, de la dictature de Bruxelles, mais du rapport de forces à l’intérieur du Royaume Uni.

 

Car, c’est clair, presque officiel : en Europe occupée par les forces du capital mondialisé, c’est à Bruxelles que sont élaborées les "directives", les oukases, peut-on dire, qui sont à l’origine des mesures imposées aux salariés, aux retraités et aux jeunes dans chaque pays de l’UE. Jusqu’au budget de chaque Etat soumis à la vigilante censure des commissaires européens. Et, bien sûr, si notre Code du Travail est mis en cause dans ses fondements, c’est pour répondre à la nécessité d’assurer aux entreprises une plus forte rentabilité, selon les critères établis tant dans capitale belge qu’à Francfort, dans les salons de la BCE.

 

En somme, l’équipe au pouvoir, dans chaque pays, n’est là que pour appliquer ces directives. Que ces équipes soient de droite ou se prétendent de "gauche", ou collaborent entre elles, les chefs d’Etat, les ministres ne sont que les prête-noms des grandes sociétés, dont ils assurent la logistique. Parfois même, leur attitude est tellement criante qu’ils donnent l’impression de se caricaturer pour nous prouver qu’ils ne sont que des valets des intérêts privés !

Pas besoin d’en rajouter et d’en faire le dossier complet.

Mais alors, pourquoi sur ce sujet, ce lourd silence des syndicats ?
Pourquoi les directions de ceux-ci regardent ailleurs, alors que la révolte sociale s’exprime ? Pourquoi ne pas crier la vérité et ouvrir les yeux à ceux qui les ont encore fermés ?

 

 

Depuis quatre mois, des centaines de milliers de salariés et de jeunes ont défilé pour faire pression sur le pouvoir afin que celui-ci annule sa loi travail. Ils n’ont pas seulement martelé de leurs pas les pavés, Ils ont parfois bloqué les rues de nos cités et ils ont recommencé, encore plus nombreux, plus déterminés. Et à nouveau, ils vont se faire entendre le 5 juillet.

 

Mais sans s’en prendre aux donneurs d’ordre, seulement à leurs subordonnés. Ils manifestent avec ardeur, certes, mais comme qui dirait, les yeux bandés. Et les discours enflammés qu’ils acclament ne parlent jamais d’Europe, de Bruxelles, de l’oligarchie mondialisée.

 

Certes, en France, Hollande, Valls, Macron sont à la manœuvre. C’est d’abord contre eux et leur loi scélérate, qu’il faut manifester pour les pousser à se déjuger.

 

Cela n’est pas facile, appuyés qu’ils sont au mur argenté du Medef. Il faut ajouter que celui-ci est la filiale de la maison-mère, BusinessEurope, le patronat qui trône sur notre continent vassalisé.

 

Pour gagner la bataille sociale, et en premier lieu, imposer le retrait de la loi El Khomri, faut-il voir clair, connaître l’ennemi, bien mesurer les enjeux et frapper fort où ça fait mal.

 

C’est la condition pour que la mobilisation populaire de notre peuple conduise au résultat escompté : le retrait de la loi travail.


Il est grand temps que la CGT, ses dirigeants, ses militants en prennent conscience à l’égal de nombreux syndicats britanniques.

Jean Lévy
Comité Valmy - 4 juillet 2016

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6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 19:21

Brexit ! L’événement est littéralement historique.

 

Pour les élites mondialisées, il dépasse les pires cauchemars et était, en réalité, inconcevable.

Pour ceux qui suivent attentivement l’actualité européenne, et sont conscients du rejet populaire croissant que l’UE inspire à juste titre, il était au contraire prévisible.

 

Tout d’abord, un constat saute aux yeux. Certes, une partie de la bourgeoisie anglaise a soutenu le choix de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. Il n’en reste pas moins que le clivage est saisissant : d’un côté, les élites institutionnelles et politiques (et syndicales, à quelques louables exceptions près), la City, les banques, les patrons des grandes entreprises (1300 d’entre eux avaient lancé un ultime appel deux jours avant le scrutin) – et les milieux urbains huppés ; de l’autre, les quartiers populaires, les villes ouvrières et les banlieues délaissées, les régions entières désindustrialisées et à l’abandon.

 

C’est ce fossé qui a avant tout déterminé le résultat. Il suffit du reste d’écouter les quolibets haineux qui fusent contre ces « milieux défavorisés » dotés d’« un niveau d’éducation inférieur », « irrationnels et mus par la haine ». Ce mépris de classe, rehaussé par la hargne de la défaite, en dit long sur la nature réelle de l’enjeu.

 

De même qu’en dit long l’interminable liste des membres de la Sainte-Alliance qui, des mois durant, a tout tenté – en particulier un incroyable chantage au chaos – pour éviter le « cataclysme » annoncé : G7, chefs d’Etat et de gouvernement, ministres, dirigeants de multinationales, banquiers, agences de notation, OCDE, FMI… et même OTAN. Les USA remportent à cet égard la palme, avec une visite à Londres tout exprès du président Obama …

 

Certes, chaque pays a sa propre culture politique. Mais cette opposition entre « le haut » et « le bas » de la société est une constante qu’on retrouve dans toutes les consultations sur l’Europe. Car ce bras d’honneur adressé à Bruxelles est le quatrième en moins d’un an. Les Grecs (juillet 2015), les Danois (décembre 2015) et les Néerlandais (avril 2016) avaient déjà fait entendre un Non retentissant lors des référendums portant sur l’Europe.

 

Cette géographie sociale du refus de l’intégration européenne avait été particulièrement impressionnante lors du référendum français de mai 2005 qui rejeta le traité constitutionnel européen (TCE). Un scrutin qui constituait en quelque sorte un premier tremblement de terre au sein de l’UE.

 

A l’époque, ce sont bien les ouvriers, et plus généralement le monde du travail, les exploités, les dominés, qui s’étaient révoltés contre le projet européen dont on pourrait résumer ainsi l’objectif le plus essentiel : enlever aux peuples (« peuples » au sens politique, et non ethnique) la liberté de déterminer les grands choix qui conditionnent leur avenir. Le terme même de « communauté de destin » (comme se définit l’UE) dit tout : interdiction de faire des choix différents de ceux de la « communauté » ; et, surtout, le « destin » dépasse la volonté humaine…

 

On notera au passage que la plus haute distinction accordée par l’Union européenne s’appelle le « prix Charlemagne ». Un choix qui en dit long sur les ambitions impériales de cette « construction », qui fut, dès l’immédiat après-guerre, activement promue par Washington.

 

Certes, cette volonté de récupérer sa liberté politique collective – le terme juridique est « souveraineté », un concept souvent caricaturé, alors qu’il s’agit du cadre même de la démocratie réelle – relève plus souvent de l’aspiration collective que d’une motivation explicite de chaque citoyen. Reste que les électeurs britanniques n’ont sans doute pas oublié comment fut bafoué le Non français au TCE, de même que la manière humiliante dont furent traités les Irlandais lorsqu’on leur demanda – par deux fois – de recommencer leur vote parce qu’ils n’avaient pas donné la bonne réponse du premier coup…

 

Une telle forfaiture ne sera pas possible avec les Anglais. Ceux-ci viennent de délivrer un message simple : on peut s’en aller. La conséquence est certaine : l’Union européenne est morte. Seules la forme et l’échéance de l’agonie sont inconnues.

 

En 1989, la chute du Mur de Berlin ouvrait une ère où les dirigeants occidentaux ont espéré étendre leur domination sur le monde entier, dessaisir les peuples de leur liberté, et en profiter pour imposer des reculs sociaux littéralement sans précédent.

 

La suite n’est pas écrite. Mais un formidable retournement du rapport de force s’est esquissé le 23 juin 2016. On suggère à tous les progressistes d’en mesurer l’ampleur.

Et le sens.

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 09:57

L'antisionisme n'est pas de l'antiséitisme  Par Pr Chems Eddine CHITOUR

 

Israël construit patiemment des colonies pour créer progressivement des faits irréversibles sur le terrain

 

«Sionisme et judaïsme ne sont pas la même chose, mais deux idées différentes et sûrement contradictoires. La Terre d'Israël a besoin d'une immigration sélective: le sionisme n'est pas une oeuvre de bienfaisance. Nous avons besoin de juifs de «qualité supérieure». Cependant, je crois que l'antisémitisme, qui représente parmi les masses un courant puissant et inconscient, ne portera pas tort aux juifs. Je le tiens même pour un mouvement utile du point de vue de la formation du caractère des juifs. Il constitue l'éducation d'un groupe par les masses et conduira peut-être à son absorption. C'est à force de se durcir qu'on est éduqué.» «Les antisémites seront nos amis les plus dévoués et les pays antisémites nos alliés.» Théodore Herzl, cité par Hannah Arendt

 

Il est devenu difficile par les temps qui courent de nommer les choses par leur nom de peur de se prendre une «fetwa» des bien- pensants pour qui toute critique d'Israël c'est de l'antisémitisme et à ce titre beaucoup de pays européens en ont fait un délit passible d'amende, voire de prison avec au minimum pour ceux qui veulent avoir une visibilité, une extinction sociale. Comment alors nommer les choses sans s'attirer les foudres? Comment passer à travers les gouttes de pluie du conformisme ambiant qui veut qu'Israël c'est la modernité et la liberté et c'est le dernier rempart de l'Occident en terre orientale baignant dans le chaos. Les paroles de Theodor Herzl, fondateur de l'Etat juif en puissance, sont pour nous une révélation car on peut comprendre que le moteur de la politique israélienne a comme carburant l'antisémitisme des autres, cela rend les Israéliens plus forts tout en faisant condamner les contrevenants par la police de la pensée occidentale.

Qu'est-ce que l'antisémitisme?
Si l'on croit l'Encyclopédie Wikipédia: «L'antisémitisme (originellement: anti-sémitisme) est le nom donné de nos jours à la discrimination et à l'hostilité manifestées à l'encontre des juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou racial.Il s'agit, d'une forme de racisme dirigée nominalement contre les peuples sémites, regroupés en tant que tels sur la base de critères linguistiques, mais ne visant en réalité que les juifs. Bien que certains historiens comme Jules Isaac insistent pour distinguer antijudaïsme et antisémitisme, le second terme est cependant le plus souvent utilisé aujourd'hui pour qualifier tous les actes d'hostilité antijuive que leurs fondements soient raciaux ou non. Le terme fut utilisé pour la première fois en 1860 par l'intellectuel juif Moritz Steinschneider dans l'expression «préjugés antisémites» («antisemitische Vorurteile»), afin de railler les idées d'Ernest Renan qui affuble les 'peuples sémites''. de tares culturelles et spirituelles» (1)


On voit que rien n'interdit de mettre sous le même vocable les autres ethnies sémites comme le sont les Arabes. Le glissement qui s'est opéré a permis de passer de l'aspect ethnique à l'aspect religieux et partant d'arriver à l'antijudaïsme excluant du même coup les Arabes. Pourtant, comme l'a si bien démontré Schlomo Sand dans son ouvrage: il n'y a pas de peuple juif, il y a une religion juive. Ce sont des sémites au même titre que les Palestiniens avec une ascendance cananéenne.

Qu'est-ce que le sionisme et l'antisionisme?
«Le mot 'sionisme'' apparaît à la fin du XIXe siècle pour désigner un ensemble de mouvements différents dont l'élément commun est le projet de donner à l'ensemble des juifs du monde un centre spirituel, territorial ou étatique, en général localisé en Palestine. Le sionisme politique a atteint son but, la création d'un État juif en Palestine. Initialement, le sionisme d'essence laïque n'avait pas encore formalisé le projet d'un Etat aseptisé des Palestiniens spoliés en 1967 de leurs territoires et voire encore. Depuis, le leitmotiv du gouvernement actuel est de faire reconnaître un Etat strictement juif; de ce fait, les Arabes israéliens n'auront pas vocation à rester dans ce qui est appelé Israël.

Manuel Valls associe antisionisme et antisémitisme
Devant les quelque 800 personnes qui se pressaient lundi 7 mars dans un grand hôtel parisien, devant une dizaine de ministres et presque autant de candidats à la primaire de l'opposition, le président du Crif, a déclaré: «Nous vivons une vie retranchée. Nous avons le sentiment angoissant d'être devenus des citoyens de deuxième zone. Manuel Valls lui a répondu: «Oui, les juifs de France, trop souvent, ont peur, C'est une réalité et cette réalité, nous ne l'acceptons pas.» «La grille de lecture déformante et injuste» appliquée, selon lui, à Israël, pour faire de ce pays «le juif des nations, l'unique cible au monde d'un processus de délégitimation. Nous savons qu'il y a un antisémitisme ancien et un antisémitisme nouveau, Un antisémitisme d'extrême droite, mais aussi un antisémitisme d'extrême gauche. Il y a l'antisémitisme des beaux quartiers, il y a aussi l'antisémitisme dans les quartiers populaires d'une jeunesse radicalisée. Et puis (...), il y a l'antisionisme, c'est-à-dire tout simplement le synonyme de l'antisémitisme et de la haine d'Israël.» (2)

L'antisionisme n'est pas de l'antisémitisme
L'amalgame, écrit Eric Hazan, avec l'anti-sionisme c'est-à-dire le refus de la politique actuelle d'Israël de quitter les territoires occupés depuis 1967, n'est pas l'antisémitisme. Les Palestiniens qui sont eux aussi des Sémites ne peuvent pas être contre eux-mêmes. D'un côté il y a ceux qui défendent un Etat juif tout puissant; de l'autre, des partisans d'un Etat commun où juifs et Arabes vivraient en égaux. Entre les deux, la question de la souveraineté d'Israël. Mais sérieusement, qu'est-ce au juste que «l'antisionisme?». Il y a deux réponses possibles. La première, celle des dîners du Crif, repose sur deux assertions successives: l'Etat d'Israël parle au nom des juifs du monde entier; par conséquent, être «antisioniste», critiquer la politique israélienne, c'est dénigrer non seulement le gouvernement israélien, mais la population du pays et l'ensemble de tous les juifs - c'est de l'antisémitisme. Cette façon de voir occulte deux points essentiels: la grande majorité des juifs vit ailleurs qu'en Israël et parmi eux, nombreux sont ceux qui n'approuvent pas sa politique; d'autre part, critiquer un gouvernement ne signifie nullement que l'on accuse la population du pays. Non, condamner la politique coloniale d'Israël n'a rien à voir avec l'antisémitisme»(...). (3)


«La deuxième réponse poursuit Eric Hazan, à la question 'qu'est-ce que l'antisionisme?'' est d'ordre historique. Au début du XXe siècle, quand Theodor Herzl invitait les juifs d'Europe à partir pour la Palestine, beaucoup d'entre eux s'y opposaient, notamment les ouvriers révolutionnaires polonais du Bund. Ils étaient antisionistes, les seuls peut-être à avoir mérité ce terme qui n'a plus guère de sens aujourd'hui. Par la suite, dans l'entre-deux guerres, la présence juive en Palestine étant un fait accompli, plusieurs intellectuels juifs de grand renom comme Hannah Arendt, Martin Buber ou Gershom Scholem dirent et écrivirent que cette présence ne pouvait plus être remise en cause, mais qu'il fallait surtout éviter que s'établisse une souveraineté juive sur la Palestine. En octobre 1947, alors que le statut de la Palestine était encore en discussion à l'ONU, Arendt prit la parole devant la commission internationale et plaida en faveur d'une fédération, d'un Etat binational sur le territoire de la Palestine mandataire. Le boycott d'Israël est un moyen d'en finir avec cette souveraineté. Les accuser de vouloir la «destruction d'Israël», d'être des antisémites, c'est utiliser une fois de plus Auschwitz pour légitimer la politique coloniale du gouvernement israélien. Le boycott n'est pas une arme contre les juifs israéliens. Bien au contraire, il les aide à faire un jour partie intégrante de la région du monde où leurs aînés ont été autrefois conduits, à quitter leurs habits de colons pour devenir des égaux vivant enfin en paix dans un pays réconcilié.» (3)

La coexistence pacifique des juifs et des musulmans
Pourtant, on sait que les juifs ont toujours trouvé en terre musulmane la sécurité et la paix, notamment dans les périodes récurrentes des pogroms; ils n'eurent jamais la paix qu'ils trouvèrent en terre musulmane, notamment dans l'Espagne des Ommeyades. On sait que Maïmonide, le grand écrivain juif, a écrit son livre «Dalil al Ha'irine», «Le livre des égarés», en langue arabe. Mostefa Lacheraf parle de la bonne entente entre juifs et musulmans en Algérie: «Et puis, l'école officielle du village de Sidi Aïssa était une école dite indigène'' où il n'y avait pas un seul élève européen, mais une majorité d'élèves musulmans en même temps qu'une douzaine de petits israélites parlant l'arabe comme leur langue maternelle et fortement arabisés dans leurs genres de vie. Eux et leurs familles appartenaient à la communauté juive du Sud algérien et portaient cinq ou six noms parmi ceux de l'ancienne diaspora andalouse judaïque réfugiée au Maghreb entre les XIVe et XVIIe siècles. (...) Peut-être que la mode religieuse n'était pas, à l'époque, pour le «m'as-tu vu» et le côté spectaculaire de la simple pratique, de l'observance rituelle exagérée comme aujourd'hui. (...) il n'existait ni mosquée officielle ni église ni synagogue connue en tant que telle. Femmes juives et femmes musulmanes se rendaient visite pendant les fêtes religieuses et leurs familles partageaient parfois l'usage de la même cour dans la grande maison (...). Je me rappelle encore ce que chantaient quelques femmes israélites venues offrir à ma mère du pain azym de la Pâque juive en entonnant sur le pas de la porte, en partant, un air célèbre d'origine andalouse, le chant nostalgique de «l'Au revoir». Les relations entre les deux communautés allaient sans doute changer à l'avènement du sionisme agressif, militaire et colonial lors de la spoliation de la Palestine par le nouvel Etat d'Israël»(...). (4)

Intimidation d'Israël sur l'«antisémitisme»
Ilan Pappe israélien progressiste, professeur à l'université d'Exeter écrit: «Nous qui nous trouvons dans la zone de confort occidentale ne devons pas battre en retraite ou céder aux fausses accusations d'antisémitisme (...) Les jours à venir seront très éprouvants et nous devrons non seulement être patients mais aussi retourner à la tribune, sur les sites Web, à la radio et à la télévision pour expliquer de nouveau ce qui est évident pour bon nombre d'entre nous: le sionisme n'est pas le judaïsme et l'antisionisme n'est pas synonyme d'antisémitisme. Le sionisme n'a pas été le remède au pire épisode antisémite qu'a vécu l'Europe: l'Holocauste. Le sionisme n'a pas été la bonne réponse à cette atrocité. (...) Comment expliquer autrement que l'Europe n'ait rien fait alors que le régime nazi exterminait les juifs et qu'elle ait demandé pardon en soutenant un nouveau plan visant à se débarrasser des juifs en les envoyant coloniser la Palestine? Rien de surprenant à ce que cette logique absurde n'ait pas mis un terme à cet élan antisémite. Elle l'a plutôt entretenu.(...)» (5)

Non! antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes
Pour Rony Brauman, ancien président de «Médecins sans frontière» qui a tenu à répondre, à réagir après les propos de Valls (...) Intéressons-nous plutôt aux rapports entre sionisme et antisémitisme, en nous souvenant en premier lieu que la majorité des juifs du monde, et notamment les Français, furent opposés au sionisme jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et que même alors, la majorité des juifs d'Europe ne choisit pas la Palestine après la shoah. Pas plus que les juifs russes fuyant les pogroms à la fin du XIXe siècle, dont seul 1% se rendit en «Terre promise». (...)Que l'on puisse sans contradiction être prosioniste et antisémite devrait tomber sous le sens, puisqu'il s'agissait, dès l'origine, de débarrasser l'Europe de ses juifs, projet commun des uns et des autres avant que surgisse la folie hitlérienne Ce que notre Premier ministre semble ignorer. Estimer que la création d'Israël fut une décision funeste, y compris pour les juifs, relève de la liberté d'opinion, au même titre que l'opinion contraire. Les saisies de terres, destructions de maisons, emprisonnements administratifs, extensions de colonies, voilà ce qui nourrit aujourd'hui la critique d'Israël et de sa politique du fait accompli. Si le sionisme historique est pluriel, sa forme contemporaine est monocolore, largement sous le contrôle des colons.» (6)

L'antisémitisme: arme d'intimidation massive.
Bruno Guigue normalien, professeur parle d'arme d'intimidation massive, il écrit:
«Dans un monde où le ressassement médiatique tient lieu de preuve irréfutable, certains mots sont des mots-valises, des signifiants interchangeables dont l'usage codifié à l'avance est propice à toutes les manipulations. (...) Depuis soixante-dix ans, tout se passe comme si l'invisible remords de l'holocauste garantissait à l'entreprise sioniste une impunité absolue. (...) En applaudissant à la création de l'État juif, l'Europe se lavait de ses fautes. Simultanément, elle offrait au sionisme l'opportunité d'achever la conquête de la Palestine. Ce rachat par procuration de la conscience européenne, Israël s'y prêta doublement. (...) On a beau rappeler que la Palestine n'est pas la propriété d'une ethnie ou d'une confession, que la résistance palestinienne n'a aucune connotation raciale, que le refus du sionisme est fondé sur le droit des peuples à l'autodétermination, (...) L'assimilation frauduleuse de l'antisémitisme et de l'antisionisme, il est vrai, procure deux avantages symboliques. Le premier est à usage interne. Cette assimilation limite drastiquement la liberté d'expression, Elle vise alors à disqualifier l'opposition politique et militaire à l'occupation sioniste. Cible privilégiée de cet amalgame, la résistance arabe se voit renvoyée à la haine supposée ancestrale qu'éprouveraient les musulmans pour les juifs. (...) Terroriste parce qu'antisioniste, antisioniste parce qu'antisémite, la résistance arabe cumulerait donc les infamies.»(7)

Même à l'intérieur d'Israël des voix dissonantes
Enfin, à l'intérieur du premier cercle du pouvoir, des voies dénoncent les dérives actuelles. D'abord, celle du général Golan en activité qui déclare: «Si quelque chose m'inquiète par rapport à la Shoah, c'est de reconnaître qu'il existe parmi nous aujourd'hui en 2016 des signes des mêmes processus nauséabonds qui existaient en Europe en général, et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70, 80, 90 ans.» (8) «De même, lors de la Conférence annuelle sur la sécurité d'Israël du 14 juin à Herzliya, l'ancien Premier ministre Ehud Barak, a mis en garde contre une politique qui conduit Israël à sa perte, il a détaillé le plan secret de son successeur: Israël prévoit de contrôler pour toujours les territoires conquis en 1967. Israël n'est pas intéressé par la solution à deux États, et s'oppose à la création d'un État palestinien à sa frontière. Israël attend que le reste du monde s'adapte et accepte cette réalité. Israël accepte l'autonomie pour les Palestiniens, mais pas le droit à un État. Israël construit patiemment des colonies pour créer progressivement des faits irréversibles sur le terrain. Ce programme, s'il est appliqué, conduira inévitablement Israël à devenir «un État d'apartheid». (9)

1. Antisémitisme: Encyclopédie Wikipédia
2.http://www.lemonde.fr/religions/article/2016/03/08/au-diner-du-crif-m-valls- assimile-antisionisme-et antisemitisme_4878208_1653130.html#c147rBSvVRlCzwGF.99
3.Eric Hazan http://www.liberation.fr/debats/2016/05/04/le-boycott-d-israel-n-est-pas-de-l-antisemitisme_1450552
4. Mostefa Lacheraf: Des noms et des lieux, éditions Casbah, pages 19 à 30 (1998)
5.http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/ne-c-dons-pas-maintenant-l-intimidation-d-isra-l-sur-l-antis-mitisme-1094036627#sthash.etMpHzVd.dpuf
6.http://www.alterecoplus.fr/chronique/rony-brauman/non-antisionisme-et-antisemitisme-ne-sont-pas-synonymes-201603290924-00003210.html
7.Bruno Guigue http://arretsurinfo.ch/lantisemitisme-arme-dintimidation-massive-par-bruno-guigue/
8.Jean Shaoul https://www.wsws.org/fr/articles/2016/mai2016/isra-m14.shtml
9.http://www.voltairenet.org/article192386.html

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 12:20

sont des tigres de papier du souverainisme

Par Bruno Guigue le 01 juillet 2016

 

« Brexit : vingt intellectuels* eurocritiques lancent un appel pour un nouveau traité », tel est le titre d’une tribune publiée par « Le Figaro » du 30 juin. Ce texte signé par Jacques Sapir, Michel Onfray et Jean-Pierre Chevènement rend un hommage appuyé au « peuple britannique » qui a « exprimé souverainement sa volonté de rester maître des décisions qui le concernent. » Car « ce vote courageux et massif » est « une claque pour la dérive technocratique dans laquelle l’Union européenne actuelle s’est laissé enfermer ». Et « tout montre que dans la plupart des pays européens, les citoyens n’acceptent plus d’être gouvernés par des instances non élues, fonctionnant en toute opacité ».

 

Fort bien, mais lisons plutôt la suite. « Le vote britannique peut être une chance : il doit être l’occasion de réorienter la construction européenne, en articulant la démocratie qui vit dans les nations avec une démocratie européenne qui reste à construire ».

 

Et nos intellectuels, pour finir, demandent la réunion d’une conférence  qui aurait pour objet « la renégociation des traités sur les trois questions cruciales dont la méconnaissance a conduit à l’affaissement de l’actuelle construction européenne : la souveraineté, c’est-à-dire la démocratie et l’indépendance stratégique. »

 

En somme, les signataires saluent ostensiblement le courage du peuple britannique, mais ils ne manifestent nullement l’intention de suivre son exemple. Ils tressent des couronnes au « Brexit », mais ils suggèrent à nos dirigeants l’artifice permettant de faire l’économie d’un « Frexit ». Au lieu d’inviter les Français à la même intrépidité, ces héros par procuration laissent aux Britanniques le privilège d’avoir ouvert une brèche qu’ils rêvent de refermer. Coïncidence troublante, cette tribune est parue le jour même où Alain Juppé déclare sur Bfm/Tv : « On peut craindre un Frexit, et c’est pourquoi je suis hostile à un référendum ».

 

Il faut croire que « Frexit » et « référendum » sont des termes d’une parfaite obscénité, car ils ne figurent pas dans la tribune précitée de nos « intellectuels eurocritiques ». Prolixe en projets de « réorganisation », « refondation » ou « réorientation » de l’Europe, ce texte oublie l’essentiel : qui décide de l’appartenance à l’UE ? Alors qu’on devrait demander au peuple français s’il veut y rester avant d’envisager de la réformer, on préfère mettre la charrue avant les bœufs. Ce faisant, on exclut le peuple du processus, on fait comme s’il n’existait pas. Au lieu d’organiser sans délai l’exercice de la souveraineté, on la court-circuite.

 

Une conférence des chefs de gouvernement de l’UE jouit-elle d’une légitimité supérieure à celle du peuple français ? Nos intellectuels le pensent, puisqu’ils omettent de poser la question principielle de la volonté populaire. « Il faut rendre à la souveraineté populaire et à la démocratie leurs droits dans une Europe confédérale qui serait faite de l’entente et de la coopération entre les nations », disent-ils. Mais l’acte fondateur de cette souveraineté ayant été passé par pertes et profits, que vaudra cette restitution des « droits de la démocratie » dans « une Europe confédérale » qui n’a jamais existé ? Et puis, est-on sûr que le peuple en veuille vraiment, si l’on s’obstine à ne pas lui poser la question ?

 

C’est pourquoi les propositions qui émaillent ce texte, insignifiantes, ressemblent au filet d’eau tiède qui se remet à couler, invariablement, à chaque crise communautaire. On y lit le projet, par exemple, d’une « réorganisation profonde des compétences et, le cas échéant, du mode de désignation des institutions européennes (Conseil, Commission, Parlement, Cour de justice, BCE) ». Oui, mais pour quoi faire ? Qu’est-ce que la démocratie y gagnera ? On attend la réponse. Il faudrait aussi, dit-on, « outiller le Conseil européen où vit la légitimité démocratique en le dotant des services capables de préparer et exécuter ses décisions ». Mais ce même Conseil avalise depuis trente ans les injonctions ultra-libérales de la Commission. Croit-on vraiment qu’il s’en affranchira si on augmente le nombre de ses fonctionnaires ?

 

Au demeurant, cette consolidation de l’exécutif est équivoque, car on ne sait si elle vise à favoriser un surcroît d’intégration ou à border les prérogatives des Etats-membres. Comme le propos est conceptuellement flou, le moins qu’on puisse dire est qu’il demeure politiquement mou. Moyennant quelques réformes, toute l’architecture institutionnelle de l’UE, en tout cas, est promise à une remarquable longévité. Le texte mentionne la Banque centrale européenne, par exemple, mais sans mettre en question une indépendance statutaire, exigée par le dogme monétariste, qui en fait le levier des politiques d’austérité. Croit-on sérieusement conserver la BCE tout en évacuant l’orthodoxie financière qui en est le principe fondateur ?

 

Cet irréalisme brouillon reflète la contradiction insoluble dans laquelle s’enferrent les signataires, prompts à diagnostiquer le mal mais apeurés à l’idée du remède. Faute de vouloir l’administrer, ils se contentent de soins palliatifs et s’obstinent à prolonger l’agonie d’une Union européenne dont ils ne veulent pas voir qu’elle est condamnée. Qu’est-ce que l’UE ? Historiquement contingent, cet artefact supranational a été construit sur une idée fausse, il s’est maintenu grâce à une supercherie et il périra à cause de l’aveuglement des élites qui l’ont imposé. L’idée fausse est le préjugé selon lequel le marché autorégulé peut créer un espace de prospérité. La supercherie est celle qui consiste à flouer la souveraineté au nom de cette idée fausse. L’aveuglement des élites consiste à croire que cette supercherie passera définitivement inaperçue.

Des signataires de cette tribune, on pouvait sans doute attendre autre chose que cette contribution insipide à la soupe européiste. En occultant la question principielle du référendum, ils passent par-dessus-bord les principes démocratiques dont ils se réclament. Tigres de papier d’un souverainisme attiédi, ils fuient devant le verdict populaire, s’effraient du tumulte des urnes en colère et se rangent derrière nos dirigeants dans cet appel pathétique, expression d’un déni de la réalité qui fait irrésistiblement penser aux cabris chers au général de Gaulle :

 

« Nous avons la conviction qu’il appartient à la France de lancer cette grande initiative qui proposera de remettre l’Union européenne sur ses pieds. Les peuples européens et pas seulement le nôtre, l’attendent. Nous faillirions à notre devoir de citoyens français mais aussi d’Européens si nous n’agissions pas pour que la France se porte aux avant-postes de cette grande tâche ».

 

Bruno Guigue | 01 juillet 2016

Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire et chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002 », et d’une centaine d’articles.

Liste des signataires: Marie-Françoise Bechtel, Guillaume Bigot, Jean-Pierre Chevènement, Gabriel Colletis, Éric Conan, Franck Dedieu, Alain Dejammet, Éric Delbecque, Jean-Pierre Gérard, Christophe Guilluy, Loïc Hennekinne, Paul Jorion, Jean-Michel Naulot, Michel Onfray, Natacha Polony, Jean-Michel Quatrepoint, Emmanuel Lévy, Benjamin Masse-Stamberger, Claude Revel, Henri Sterdyniak, Jacques Sapir, Paul Thibaud.

 

Source: http://arretsurinfo.ch/sapir-onfray-chevenement-tigres-de-papier-du-souverainisme/

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 08:52

(Le Monde Diplomatique) à un meeting intersyndical au HAVRE contre la loi TRAVAIL 2 JUIN 2016

 

 

 

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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 13:58

En complément de l'article: A propos du conseil municipal du 21 juin  2016...

 

Mis à part des lieux commun tels la COP 21, le développement durable version GIEC l'européisme ambiant, qjelques ambiguités, l'autosatisfaction, les élus municipaux de Villiers sur Orge , dans leur globalité, Maire en tête,devraient s'inspirer des recommandation de la résolution générale adoptée lors du dernier congrès des maires de France en ce qui concerne le maintien des communes échelon territorial le plus proches des citoyens qui fait l'originalité et la richesse de la démocratie dans notre pays dont ils ont de toute évidence décidé de se défaire. Aucun n'a dû la lire. Jack Freychet

 

Texte intégral ci  dessous

 

 

Origine : AMF Résolution Générale du dernier congrès des Maires de France

 

 Notre 99e Congrès s’est tenu exceptionnellement ce printemps 2016 après les dramatiques évènements de Paris et Saint Denis de novembre 2015 qui nous avaient contraints, en accord avec l’Etat, à annuler la 98e édition.

Ce Congrès a été empreint de la gravité de la période que nous vivons, des responsabilités qui nous incombent et des difficultés de nos concitoyens et de nos collectivités. Il a confirmé l’inquiétude des maires qui s’interrogent légitimement sur l’avenir de la commune.

 

Dans ce climat, les maires et les élus locaux, en métropole comme en outre-mer, se sont mobilisés, ont exercé leurs compétences avec dignité et un sens élevé de leurs responsabilités. Ils ont illustré, par leur engagement auprès de leurs concitoyens, la vitalité des valeurs républicaines.

 

Ce Congrès a reçu le Président de la République qui nous fait l’honneur de clôturer nos travaux, le président de la Commission européenne qui les a ouverts ainsi que de nombreux ministres et hautes personnalités qui y ont participé. Le foisonnement des débats et des propositions illustre la diversité des politiques publiques et des initiatives portées par les élus locaux et leur volonté d’avoir les moyens d’agir.

 

Enfin, ce Congrès est le dernier de la mandature nationale et la présente Résolution générale a vocation à inspirer les orientations qui seront les nôtres dans le débat public qui va s’ouvrir.

La période récente a été intense pour nos collectivités, avec l’adoption de la réforme territoriale, l’émergence des métropoles, la création de très grandes régions et la révision accélérée de la carte intercommunale. Elle a été également marquée par la suppression de la T.P., le gel puis la baisse des dotations mais aussi la réforme de la DGF, actuellement en débat, sans oublier la poursuite de la multiplication des textes législatifs et réglementaires imposant de nouvelles normes ou coûts supplémentaires aux collectivités.

 

L’ampleur des réorganisations territoriales en cours implique de nouvelles gouvernances, la redéfinition des politiques publiques sur de nouveaux territoires et des changements organisationnels majeurs pour les élus comme pour l’Administration et les services publics locaux. A cet égard, nous appelons les services de l’Etat à mieux se concerter avec les élus et à mettre en place l’ingénierie juridique et financière nécessaire pour les accompagner car ils doivent faire face à des situations subies d’une particulière complexité. Au-delà de cette étape, nous soulignons l’impérieuse nécessité de retrouver rapidement de la stabilité, faute de quoi un grand risque de paralysie menace l’action publique.

 

Au même moment, les communes et leurs intercommunalités, confrontées à des choix de gestion drastiques du fait de la baisse des moyens et du transfert de nouvelles charges obligatoires, ont dû souvent réduire les services publics locaux et, parfois, accroî tre la pression fiscale. Les dépenses d’équipement - comme l’AMF l’avait annoncé, mais encore plus rapidement que prévu - ont chuté de 13,40% en 2014 et de nouveau de 13,42% en 2015. Les politiques publiques, notamment éducatives, sociales et culturelles, sur lesquelles les maires sont très engagés, ont été atteintes.

 

DANS CE CONTEXTE DIFFICILE, L’AMF DEMANDE :

 

- Le respect de la place centrale de la commune dans l’édifice institutionnel pour qu’elle puisse, avec l’intercommunalité, mettre en oeuvre les politiques publiques de proximité et répondre aux besoins et aspirations des populations. L’attachement profond et massif des Français à leur commune, quel que soit leur âge, leur profession, leur lieu de vie, nous renforce dans la conviction qu’affaiblir la commune est une faute. La dynamique de création volontaire des communes nouvelles est également révélatrice de cet attachement.

 

- L’arrêt de la baisse des dotations : aucune nouvelle réduction des moyens ne devrait avoir lieu en 2017. Il s’agit d’une priorité nationale.

 

- Une réforme soutenable, lisible et juste de la DGF, conditionnée par la fin immédiate de la baisse des dotations et portée par une loi spécifique, qui devra prendre en compte la nouvelle carte intercommunale stabilisée.

 

- Un coup d’arrêt à l’inflation des normes et au transfert de charges imposées aux collectivités : toute charge nouvelle doit être assumée par celui qui l’instaure ou compensée financièrement (par exemple la réforme des rythmes scolaires).

 

- Une plus grande concertation et un dialogue constructif entre les élus et les représentants de l’Etat pour la mise en oeuvre des SDCI : des réponses précises aux difficultés rencontrées doivent être apportées avec diligence pour assurer une mise en oeuvre réaliste des nouvelles intercommunalités, en particulier sur le calendrier et les transferts de compétences qui devraient rester optionnels, notamment le PLU, l’eau, l’assainissement, le tourisme…

 

- Une réponse urgente de l’Etat aux difficultés particulières des collectivités d’outre-mer, au titre de la solidarité nationale.

 

- Une grande fermeté dans la négociation Europe-Etats Unis du TTIP sur les dispositions concernant la gestion des services publics locaux, le respect des principes de l’autonomie locale, la réciprocité dans l’ouverture des marchés publics, les préférences collectives de la France et en particulier les indications géographiques protégées, et l’opposition à l’ajout de nouvelles normes.

 

LES MAIRES DE FRANCE ET PRESIDENTS D’INTERCOMMUNALITE S’ENGAGENT :

 

- Avec détermination, pour la sécurité et la lutte contre la radicalisation :

 

Le Rassemblement solennel de milliers de maires de métropole et d’outre-mer le 18 novembre dernier, en présence du chef de l’Etat, à l’initiative de l’AMF, a réaffirmé avec force l’engagement des maires pour les valeurs de notre République, dont la laïcité que nous défendons et faisons vivre au quotidien. Les Maires sont et seront toujours aux côtés de l’Etat pour assurer la sécurité de nos concitoyens et combattre le fanatisme et la violence.

La convention de partenariat signée le 18 mai entre l’AMF et les ministères de l’Intérieur et de la ville reconnait le rôle majeur des élus locaux dans la prévention de la radicalisation et va permettre une meilleure coordination avec les services de l’Etat.

 

Les maires de France rendent hommage et saluent l’engagement exemplaire des forces de sécurité - police, gendarmerie, armées, polices municipales - qui assurent la protection des populations dans des conditions difficiles, souvent au péril de leur vie, et condamnent les violences injustifiables dont elles font l’objet.

 

- Avec conviction, pour le climat :

 

 

Notre Engagement pour le climat et notre participation aux travaux de la COP 21 ont souligné que les maires et présidents d’intercommunalité placent l’enjeu climatique au coeur de leurs priorités en conduisant des actions exemplaires et novatrices, au plus près des habitants et des acteurs locaux.

Nous poursuivons cet engagement avec le plan Lumière pour l’Afrique, en coopération avec les maires africains et en appelons à la solidarité nationale et européenne.

 

- Avec solidarité, pour prendre notre part face à la crise migratoire européenne :

 

L’AMF a réaffirmé son attachement aux principes du droit d’asile et sa solidarité vis-à-vis des populations qui subissent des guerres et tragédies insupportables. L’accueil de réfugiés est une responsabilité régalienne de l’Etat qui doit en assumer la responsabilité administrative et financière, en association étroite avec les maires.

A ses côtés, les communes assumeront leur responsabilité pour accueillir avec humanité les réfugiés dans le respect des engagements de la France.

 

- Avec imagination, pour le développement des territoires et la cohésion sociale :

 

Plus que jamais, les maires sont mobilisés auprès de leurs concitoyens pour organiser les services publics de proximité indispensables à la vie quotidienne, la qualité de la vie collective et l’épanouissement des individus, et faire prospérer les solidarités territoriales, sociales, humaines et générationnelles que les Français attendent.

 

Dans le cadre du plan Juncker et des contrats de plan Etat-Région, l’AMF demande une politique forte d’aménagement du territoire. Cette politique doit garantir un égal accès aux services et aux équipements publics notamment numériques et indispensables au développement. Elle doit aussi veiller aux fragilités grandissantes des territoires ruraux, affectés par des crises agricoles répétées.

 

On ne réussira pas la France sans les communes, leurs conseils municipaux et les 550 000 élus. L’engagement et le professionnalisme des fonctionnaires territoriaux qui les secondent doit à cet égard être salué.

 

- Avec enthousiasme, pour  soutenir la candidature de Paris pour les jeux olympiques et paralympiques 2024 :

 

L’AMF apporte le soutien de toutes les communes et intercommunalités de France à cette candidature qui bénéficiera à tous les territoires de notre pays.

 

L’AMF PROPOSE :

L’AMF est naturellement une force de propositions, non seulement pour l’avenir des communes mais aussi de la Nation toute entière.

 

Aujourd’hui, il nous revient d’INVENTER LA COMMUNE DU 21e SIECLE.

L’AMF a présenté, à l’occasion de ce Congrès, une contribution intitulée « Ensemble, inventons les communes du 21e siècle » qui réunit les réflexions de personnalités indépendantes reconnues pour porter un regard neuf et prospectif sur la commune.

 

Cette réflexion transversale et pluridisciplinaire se poursuivra pour construire une décentralisation librement choisie dont la commune doit rester le pilier central.

 

En ce sens, l’AMF rédigera, avec le concours des associations départementales, un projet de contrat de mandature, prenant la forme d’une « Charte pour l’avenir des communes de France », qu’elle soumettra en 2017 aux candidats à l’élection présidentielle, à charge pour eux de se déterminer et de s’engager par rapport aux orientations et principes que nous défendrons.

 

La France, plus que jamais, a besoin de communes fortes et vivantes, de maires et d’élus mobilisés, et d’une relation confiante entre l’Etat et les collectivités locales. C’est à cette tâche que l’AMF s’emploie, forte de son unité et de son pluralisme, avec pour seul objectif servir la France et les Français afin qu’ENSEMBLE, NOUS FASSIONS CAUSE COMMUNE.

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 18:39

et des échanges plus aigres que doux qui ont suivi

 

La démocratie bafouée…

 

A madame le Maire, aux élus de Villiers sur Orge  pour information, à tous ceux qui tolèrent cette situation.

 

Nul ne peut contester les pouvoirs d’un maire en matière de police des séances d’un conseil municipal dès lors que le déroulement des débats est conforme à la légalité.

 

Par contre une fois la séance levée refuser d’entendre  ou  interdire la prise de parole aux personnes  présentes dans le la salle est un abus de pouvoir qu’aucun texte ne prévoit. C’est un acte de despotisme, un dénie de démocratie (1),  une atteinte aux libertés fondamentales. Pour ne pas alourdir je n’insiste pas  sur la rétention d’informations cautionnée par la majorité pour placer les sujets, les manants, ainsi d’ailleurs que les élus qui n’appartiennent pas à la  cour rapprochée, devant le fait accompli.

 

Quelques exemples récents :

 

La suppression, à partir d’un argumentaire fallacieux, de l’abattement sur les bases d’imposition à la Taxe d’habitation qui ne s’imposait pas compte tenu d’une part des excédent des exercices précédents, d’un retour à la normalité prévue en 2018, d’autre part  du plan de relance de l’assemblée départementale qui après avoir fustigé la majorité précédente a soudainement  découvert  un excédent de 22 millions d’euros, sans oublier le milliard d’euros dégagé par Hollande pour acheter la bienveillance de l’Union des maires en prévision des présidentielles.

 

Les justificatifs donnés en réponse au questionnement, d’un seul élu, n’ont pas été convaincants, il suffirait de disposer des décisions modificatives adoptées par la majorité le 21 juin pour en faire la démonstration. A situation exceptionnel réponse de même nature, il était possible d’adopter un budget en équilibre à partir des excédents, l’Autorité de tutelle ayant la faculté d’exercer un recours à posteriori. Madame le maire qui aurait pu s’en sortir avec les honneurs n’a pas eu ce courage politique.

 

Pourquoi lui  a-t il fallu attendre 8 longues années pour passer une convention de médecine préventive avec le CIG ?

 

Elle se plaint  en permanence de la lourdeur des charges   que représente le personnel mais  passe une convention pour la mise à disposition d’un technicien informatique partagé et crée un poste de psychologue, à temps non complet, un de plus, mais il est vrai qu’aujourd’hui il est de bon ton d’en appeler à une cellule psychologique pour un pet de travers alors qu’un peu de bon sens suffirait mais pour cela il faudrait des élus disponibles et ouverts et un personnel sensibilisé à l’approche des problèmes de la petite enfance, à moins que cette décision soit destinée à éveiller la conscience des élus.

 

Il serait utile également de vérifier l’adéquation de l’effectif par rapport aux compétences de plus en plus réduites dont dispose la commune mais les élus aux ordres de la première magistrate sont aux  abonnés absents. La rumeur publique en témoigne ouvertement auprès de qui sait être à l’écoute…

 

Mis à part toute les réserves  qu’il est possible de formuler à son intention, Marine le Pen a « tué le père », c’est à mettre à son crédit. Droite et gauche malgré les hommages dithyrambiques hypocrites, qu’ils lui rendent et sont autant d’insulte à sa mémoire, ont abandonné l’héritage Gaulliste, d’un homme   qui avait su en son temps, avec le concours des communistes rétablir l’indépendance et la souveraineté de la de la France  aujourd’hui bafouée par les clones de ceux qui ont livré Jean Moulin à la Gestapo afin  qu’elle soit mise sous protectorat états-unien.

 

72 ans plus tard cela  devient réalité sous couvert de l’Union Européenne.  Jean Monnet, social démocrate, Atlantiste,   a  gagné. La France se délite avec la complicité quasi-totale des partis traditionnels qui nous appellent déjà à faire barrage au Front National dont ils ont développé l’audience  en prônant l’alternance, toujours des mêmes,  au  lieu de proposer une alternative politique et économique. Ce faisant ils ont perdus toute crédibilité en particulier celle  des laissés pour compte, les chômeurs totaux ou partiels (2), condamnés à végéter, sans oublier les non inscrits non comptabilisés qui ont perdu tout espoir, soit près de   20% de la population potentiellement active, auxquels il convient d’ajouter leurs familles dans l’indifférence des autres qui peuvent encore surfer sur l’austérité.

 

Le refus de regarder la réalité en face, l’autoritarisme ambiant, à tous les niveaux, le flicage des cortèges,  les tentatives d’interdiction de manifester contre la loi Khomry qui facilitera les délocalisations et permettra de passer outre les accords de branches pour mettre les salariés en concurrence entreprise par entreprise, puis en leur sein entre ouvriers d’un même atelier, entre les agents administratifs d’un même bureau, laisse présager le pire c'est-à-dire la guerre de tous contre tous,  et l’avènement d’un système Vychiste, ou se regrouperont tous les atlantistes supra nationaux.  Il  se met en place sous l’égide du parti socialiste, la droite fait de la surenchère avec le 49/3 alors même que le Front national n’est pas encore dans l’antichambre du pouvoir.  

 

Nous en sommes revenu au climat  des années trente et des démissions morales et politiques qui ont conduit les SS à Oradour sur Glane et à Lidice, les Juifs à la Shoah, les opposants dans le système concentrationnaire ou à l’échafaud. Pour l’heure le drame se déroule essentiellement  au Moyen Orient,  en Libye, en Afrique par mercenaires interposés manipulés par l’occident financés par nos « amis » de l’Arabie Saoudite qui veulent  étendre l’obscurantiste   Wahhabisme  y compris en Europe,  le Qatar et les émirs moyens orientaux voire des transnationales.

 

Madame le maire, plutôt que de jouer les vierges effarouchées, de multiplier les mesquineries, doit  prendre conscience  que  les critiques dont elle est l’objet sont pour la plupart constructives, que  toutes méritent débat, à défaut elle restera une cheftaine aux petits pieds dans des sandales trop grande pour la fonction. Elle bafoue la démocratie,  ignore la réalité communale, ses contraintes comme ses atouts.  De transfert de compétence en transfert de compétence la municipalité se repose sur l’agglo, qui devient jusqu’à son  maître à penser dans presque tous les tous les domaines de la vie locale.

 

Les élus n’ont  plus de compétences en matière d’eau, d’assainissement, de réseau routier, seuls  restent les trottoirs mal entretenus,   en matière d’Urbanisme elles s’effacent derrière celle de l’agglo et des collectivités territoriales en amont. Aux personnes  qui  écrivent pour  demander d’élaguer les arbres il est  répondu, circulez il n’y a pas d’argents, le cimetière est dans un état déplorable, le parc de la mairie de même, l’entretien est réduit à la portion congrue, la décharge sauvage restera-t-elle ad vitam aeternam ?

 

Plutôt que de laisser tyranniser le personnel il serait préférable que les élus abordent  publiquement ces différents dossiers et mettent fin au  lynchage médiatique qui a cours sur la commune et aboutit à des actes de vandalisme, ce dont ils ont  connaissance,  pour laisser passer la justice sereinement…

 

Bientôt le conseil municipal deviendra un conseil de quartier, ce qui restera des services passera sous l’égide du Cœur de l’Essonne ou  d’un Land à l’image de ceux d’Allemagne à la différence près que Merkel  malgré tous ses défauts est nationaliste et ne se soucie de l’Union Européenne que dans la mesure ou elle peut garantir la prééminence   de l’Allemagne sur l’Europe.

 

Lorsque j’ai été élu maire pour la première fois en 1977, mes prédécesseurs, majoritairement de droite n’avaient rien commis d’irréparable aujourd’hui le  bilan est tout autre, a la fin du mandat en 2020 il n’y aura plus rien à gérer à Villiers sur Orge. A  poursuivre dans cette voie notre devenir  dépendra de la commission européenne non élue, manipulée par les USA, la CIA, les transnationales financières et économiques, les médias à leur solde.

 

(1) Démocratie : Etymologiquement : le pouvoir par et pour le peuple. Les élus à quelque niveau q’ils soient devraient savoir qu’au travers des impôts qu’ils lèvent, des subventions qu’ils allouent c’est le fruit des richesses créées par le monde du travail qu’ils manipulent et par conséquent qu’ils ont des comptes à lui rendre.

 

Que tous les financiers et leurs paradis fiscaux, les sophistes,  leurs séides disparaissent  et l’Humanité ne s’en portera que mieux, les conflits  d’intérêts disparaîtront, les moyens de destructions massives deviendront inutiles.

 

(2) Le chômage en France analyse de Jacques Sapir à partir des statistiques officielles de 2013, depuis la situation s’est encore détériorée,

Graphique https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/981/files/2014/02/Ch%C3%B4m-4.jpg

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 14:03
Par Valentin Martin et Jacques Maillard
Les adresses des renvois de 1 à 13 peuvent être récupérés au bas de l’article originel adresse ci-après :   Comité Valmy

 

 

L’UE et les inondations contrôlées

 

Dans sa directive de 2007 dite directive-inondation 1), l’Union européenne définit l’inondation comme « un phénomène naturel qui ne peut pas être évité ».

Malgré cela, les violentes inondations qui ont touché la France ces dernières années ne furent pas unanimement perçues comme telles par un certain nombre de personnes concernées.

En effet, de nombreuses voix parmi les élus, les syndicats d’intercommunalité, ou les syndicats d’agriculteurs, se sont élevées précisément pour dénoncer le caractère évitable de ces inondations.

En 2013 un sénateur 2) dans une question au ministre de l’Environnement souleva le problème de l’entretien des cours d’eaux rendu de plus en plus impossible par les autorités. « Il lui demande si ces inondations ne sont pas, partiellement, dues au mauvais entretien des cours d’eau et rivières. Autrefois, les rivières étaient librement entretenues par les riverains et les agriculteurs mais on est passé d’une extrême à l’autre, avec des normes toujours plus contraignantes et dissuasives. De ce fait, personne n’ose plus intervenir et les cours d’eau ne sont plus nettoyés. »

 

La question de l’entretien des cours d’eau

Dans un article de La Voix du Nord de juin 2016 intitulé « Lorgies : l’entretien des cours d’eau mis en cause dans les inondations »3) , le directeur de l’Union Syndical d’Aménagement hydraulique du Nord déclare attendre depuis plus de trois ans les arrêtés préfectoraux qui l’autoriseront à dévaser les cours d’eau. L’USAN affirme que des fossés autrefois curés tous les quatre ans n’ont plus été depuis quinze ans.

En 2014, un maire d’une commune du Var en rappelant l’importance du curage des rivières contre les inondations, déclara à la presse que lors d’un nettoyage de rivière ses engins avaient tout simplement été arrêtés par la police de l’eau : "Les élus locaux connaissent parfaitement leurs rivières. Si on baisse le niveau de la rivière de deux mètres, si on talute les berges et si on fait des enrochements dans les points sensibles, il n’y a pas de raison que la rivière sorte de son lit.[...]Hier, on a encore arrêté nos engins parce que la police de l’eau voulait préserver les anguilles. Le débat du jour, il est simple : veut-on préserver les anguilles ou des vies humaines ?" 4)

Sur l’Ile de Ré, les élus se voyaient reporter chaque année la reconstruction des digues dont le mauvais état, déjà signalé comme tel en 2008, avait causé les inondations de Xinthia en 2010. Les élus appelèrent donc, dans des délibérations des conseils municipaux de l’île , à reprendre les vieilles tradition multiséculaires où les habitants reconstruisaient et entretenaient eux même les digues. Ainsi, le 9 août 2013, devant les médias (qui n’en parlèrent point, par peur de donner des idées aux autres communes de France ainsi menacées), les RG et la maréchaussée médusée, 1500 habitants, armés de pelles, reconstruisirent une première digue, au Groisil dans la commune de la Couarde. 5)

En juin 2016, le maire de Sainte-Florence (Gironde) qui avait procédé au curage d’un cours d’eau sans autorisation préalable, s’est vu condamné par la justice à payer une amende de 5000 euros. Ses travaux furent jugés « nuisibles au débit de l’eau et à la vie aquatique », selon l’accusation, et aux importantes « conséquences environnementales sur la faune et la flore », selon la décision de la Cour d’appel. 6)

Tous les obstacles mis à ces opérations d’entretien sont récents et concernent tout le territoire. En effet, ils font suite à la publication de la directive-cadre sur l’eau de 2000, transcrite en droit français en 2004 .7)

La directive-cadre sur l’eau (DCE)

Elle engage les Etats à atteindre le « bon état » de ses cours d’eau en 2015. La notion de « bon état » concerne la qualité chimique de l’eau, mais surtout la qualité « écologique » des « masses d’eau ». La qualité écologique est déterminée par l’absence de « signes de distortion résultant de l’activité humaine » sur le cours d’eau : « Pas ou très peu d’altérations anthropogéniques » constitue selon l’annexe V le « très bon état écologique ». Un des critères de qualité « hydromorphologique » est la « continuité », c’est-à-dire l’absence de perturbations « par des activités anthropogéniques et qui permet une migration non perturbée des organismes aquatiques et le transport de sédiments ».

Selon une brochure de la Direction général de l’Aménagement, du Logement et de la Nature sur la DCE 8), à la suite de cette directive, 55% de l’état écologique des masses d’eau en France fut classé "moins que bon". Il était donc urgent de « restaurer les continuités écologiques ».

Selon l’Office National de l’Eau et des Milieux aquatiques (ONEMA) 9) : «  Une grande partie des détériorations des habitats fluviatiles résultent de la modification de la morphologie et des processus hydromorphologiques des cours d’eau. Les principales sources du désordre sont les modifications des régimes hydrologiques par la chenalisation des rivières (recalibrage, rectification, endiguement) et la présence de seuils ou de barrage [...]Un fonctionnement hydromorphologique perturbé augmente singulièrement le risque de non-atteinte du bon état écologique exigé par la directive cadre sur l’eau (DCE). »

En termes concrets, « l’atteinte du bon état écologique exigé par la DCE » signifie la fin de l’entretien des rivières. Une plaquette d’entretien 10) de 2010 des rivières publiée par le préfet du Cher, département qui fut durement touché par les inondations de 2016, donne un sens plus clair aux applications concrètes de la Directive européenne. Quelques exemples de conseils d’entretien :


-  les embâcles : « Formés par une accumulation de végétaux morts, les embacles constituent un support de biodiversité dans la rivière (abris, support de ponte, source de nourriture...). Ils ne doivent être retirés que lorsqu’ils représentent un risque : aggravation des crues, érosion des berges, déchaussement d’ouvrages... »


-  les berges : « L’entretien se réalise de façon pluriannuelle, soit des interventions tous les 3 à 5 ans selon la dynamique de la végétation, avec pour grands principes :
• conserver au maximum la végétation … » « Sont à proscrire : les protections étanches en « dur » qui suppriment tout échange entre le milieu aquatique et le milieu terrestre, induisent un appauvrissement du milieu, entraînent souvent une accélération du courant par leur faible rugosité et provoquent généralement une érosion en aval. » « Il ne faut donc pas couper les broussailles de manière systématique
 »


-  curage : « Le phénomène de dépôt-érosion fait partie du fonctionnement normal d’une rivière en bonne santé. »

La sédimentation et le dépôt des cours d’eau sont donc définis comme des pratiques naturelles du cours, c’est-à-dire « normales », la zone inondable devenait un milieu humide et semi-aquatique ou encore un « espace de liberté du cours d’eau ».

Alors que cette directive protège la vie du cours d’eau, elle ne dit rien de la vie des habitants vivant le long des cours d’eau. Leur sort est plus précisément décrit dans la directive de 2007, la directive-inondation 11) retranscrite dans le droit français en 2010.

 

La directive inondation

Ce n’est plus le risque d’inondation qui doit être pris en compte comme c’était le cas en droit français, mais ce risque pondéré par un facteur qui inclut notamment les enjeux économiques du territoire. « Risque d’inondation : combinaison de la probabilité d’une inondation et des conséquences négatives potentielles pour la santé humaine, l’environnement, le patrimoine culturel et l’activité économique associées à une inondation. »

Ainsi le risque dans une zone inondable « à faible enjeu », c’est-à-dire la majorité du territoire, peut être considéré comme non significatif : « Les risques pourraient être considérés dans certaines zones comme non significatifs (zones faiblement peuplées ou inhabitées, zones aux enjeux économiques ou écologiques limités) », affirme la directive. La logique d’avantages coûts que la directive met en place considère l’inondation de ces zones comme n’ayant pas de conséquences négatives. Au contraire l’entretien peut se révéler plus coûteux que le bénéfice qui en serait retiré. « Le plan tient compte des points suivants : les coûts et les bénéfices... ». Pour toutes ces zones, les mesures préconisées par le DCE s’imposent donc : restauration de la continuité écologique, espace de liberté du cours d’eau.

A l’inverse l’inondation de certaines zones sont considérés comme ayant des conséquences négatives : les zones à risques d’inondation (ZRI) dont la carte a été tracée par l’Etat français 12) . Ce sont en gros les 80 plus grandes agglomérations du territoire. La nouveauté introduite par la directive est que des zones qui autrefois n’étaient pas considérées comme inondables le deviennent. La probabilité d’une crue centennale (occurrence supérieure à tous les 100 ans) devient une « probabilité moyenne » d’inondation. Les espaces jugés compétitifs et attractifs pourront par ce biais être classés comme ZRI.

Ainsi, Montigny-sur-Loing, Nemours ou Vendôme, villes qui ont été les plus durement touchées par les inondations de 2016, ne sont pas classés en ZRI. Mais le centre ville de Paris qui a connu une inondation en 1910 le devient, avec le plan de gestion de risque qui s’impose, comme par exemple le très médiatisé exercice « EU Sequana 2016 » de mars 2016. Des bassins de rétention ou des plans d’ « inondation contrôlée » voient ainsi le jour dans des communes jugées « compétitives », et ce en dépit de la faiblesse du risque. « Les plans de gestion des risques d’inondation peuvent également comprendre l’encouragement à des modes durables d’occupation des sols, l’amélioration de la rétention d’eau, ainsi que l’inondation contrôlée de certaines zones en cas d’inondation. »

En clair, l’UE interdit aux habitants de lutter contre les inondations dans les zones inondables, et se fait le cheval de bataille de la lutte contre les inondations dans des zones en partie non-inondables.

Conclusion : l’UE et les inondations contrôlées

Les inondations survenues en France ces dernières années ont donc bel et bien été « contrôlées » par l’Union européenne, et favorisées par le zèle de certaines administrations et ministères. Le bilan humain est très lourd :782 communes inondées en état de catastrophe naturelle et 20000 évacuations en juin 2016, 20 morts dans le sud-est en 2015... La liste continuera à s’alourdir tant que le pays cherchera à atteindre les objectifs fixés par les directives.

La commission européenne est épaulée, encouragée et relayée avec zèle et entrain par des associations « environnementales », souvent recevant d’ailleurs de nombreuses subventions tant de multinationales que de la dite commission, dans ce travail d’obstruction systématique à la tradition française d’entretien et de construction d’ouvrages hydauliques pour le bien de toute la population.

L’écologie est un prétexte utilisé pour masquer la destruction totale du paysage français, résultat de siècles de travaux. Par exemple, Blaise Pascal avait consacré une partie de sa vie, de ses revenus et de son savoir à l’assèchement de marais poitevins. C’est cette œuvre à la fois populaire, scientifique et technique que l’UE cherche à détruire, pour transformer le paysage français en un vaste et lucratif musée à ciel ouvert. Selon cette politique, nulle canalisation du Rhin, de la Loire, nulle construction de canaux, de moulins au fil de l’eau, aménagement sur le long terme du territoire national n’aurait été possible et ne l’est désormais. Si la France laisse cette logique se développer, on peut craindre que d’ici quelques années, les zones rurales soient totalement vidées.

Pour reprendre les termes du rapport EDORA (European development opportunities for rural areas), lequel préconise l’émigration massive des populations rurales et de ses outils industriels vers le nord de l’Europe, la nature « sauvage », « authentique », « durable » et réservée au « tourisme haut de gamme pour étrangers hors OCDE »13) aura alors enfin pu remplacer l’homme.

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 17:28

 

lundi 27 juin 2016, par Comité Valmy

Après le brexit : union du peuple de France pour l’indépendance et la souveraineté !

 

 

Les peuples du Royaume-Uni, en particulier la classe ouvrière anglaise et galloise, ont décidé de quitter l’Union européenne, cette prison des peuples.

 

Issu de la campagne contre la ratification du traité de Maastricht, le Comité Valmy depuis 25 ans combat l’intégration européenne supranationale. Celle-ci par étapes a été transformée en une entité tyrannique à la fois antinationale, antisociale, rejetant la souveraineté des peuples et prétendument irréversible. Le Comité Valmy exprime son immense satisfaction devant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

 

Contrairement à ce qu’affirme Frank-Walter Steinmeier, le ministre des affaires étrangères du gouvernement despotique allemand, ce « brexit » n’est pas « un jour triste pour l’Europe et la Grande-Bretagne » mais bel et bien un jour de liesse pour les peuples laborieux de l’ensemble des pays et nations d’Europe, observant que l’un d’entre eux a pu choisir la liberté.

 

Il est prévisible que l’oligarchie financière euro-atlantiste et germano-américaine qui domine les gouvernements vassalisés de l’Union européenne, tentera de neutraliser cette victoire des peuples britanniques comme ce fut le cas en France après le « non » français au référendum pour une constitution européenne du 29 mai 2005. En 2014 la commissaire européenne Viviane Reding n’avait-elle pas déclaré que le peuple britannique était trop ignorant pour juger des questions européennes ?

 

Cependant il est de plus en plus évident que la prise de conscience grandit partout en Europe quant à la nécessité de rétablir les souverainetés nationales et populaires. L’exemple britannique souligne que le rapport des forces grandit en faveur des peuples et que cette expérience démontre qu’il est possible de rejeter le carcan de l’euro-dictature.

 

Il est urgent que les autres peuples européens soient consultés démocratiquement, face aux politiciens européistes professionnels qui annoncent déjà leur volonté d’une fuite en avant supranationale et bureaucratique, dans l’Europe fédérale des Länder. Le Comité Valmy renouvelle l’expression de sa volonté de voir le peuple de notre pays consulté par référendum conformément à son droit à disposer de lui-même, à chaque étape mettant en cause l’avenir de la France républicaine.

 

Le Comité Valmy a pour raison d’être de contribuer à l’union du peuple de France destinée à mener à bien le nécessaire combat pour le rétablissement de la souveraineté populaire, de l’indépendance nationale et de la démocratie, dans notre pays.

 

Sa vision stratégique patriotique, républicaine, sociale et progressiste, s’inspire de l’esprit et du rassemblement de la Résistance, dépassant les clivages partisans. Il s’est prononcé pour l’union de notre peuple-nation autour d’un nécessaire compromis historique que permettraient notamment, la défense et l’actualisation du programme du Conseil National de la Résistance.

 

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 09:30

Une journée à marquer d'une pierre blanche, malgré une série de catastrophes annoncées le Brexit a recueillit près de 52 % des suffrages.

Les britanniques une fois leur souveraineté nationale retrouvée vont pouvoir échapper aux diktats de l'Union Européenne et laver leur linge sale en famille. Il nous reste à les imiter, d'autres suivront.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 17:42

Pour le Nouveau Cénacle à l’occasion de la sortie de son dernier livre Un printemps russe  aux éditions Les Syrtes.

 

Nouveau Cénacle : L’École historique française aime analyser les phénomènes sur le long terme. Pour reprendre l’expression de l’économiste Jacques Sapir, le « retour de la Russie dans le jeu international » paraissait inévitable, tant sur le plan européen que sur le plan mondial. Comment expliquez–vous cependant l’image négative de la Russie dans le monde ?

 

Alexandre Latsa : Tout d’abord je souhaiterais nuancer votre affirmation. L’image de la Russie n’est pas négative partout dans le monde. La Russie a une bonne image en Asie, une relativement bonne image en Afrique et en Amérique du sud. Dans de nombreux pays musulmans arabes la Russie a une bonne image. Le pays a en outre une bonne image par exemple en Iran ou en Israël, ou résident de nombreux russophones. Enfin son image est même bonne dans certains pays orthodoxes d’Europe de l’Est tels que la Grèce, la Serbie ou Chypre.

 

L’image de la Russie est en réalité surtout négative en Occident, soit au sein du monde anglo-saxon et en Europe de l’Ouest. La raison principale est l’orientation politique des médias dominants des pays de cette zone occidentale qui est sous domination profonde (morale, culturelle, civilisationnelle, politique, militaire) des États-Unis. Ce processus de domination de Washington sur l’Occident est ancien, il a commencé en 1945 après la fin de la grande guerre civile européenne. Il s’est accentué à la fin de l’URSS lorsque la coalition occidentale (l’OTAN) s’est agrandie militairement et politiquement notamment au sein de l’ancien monde soviétique. Cette extension s’est sans surprise accompagnée d’un formatage mental et sociétal profond avec l’aide d’une extraordinairement adroite, subtile et diffuse propagande qui s’est appliquée à promouvoir le modèle civilisationnel, politique, économique et moral occidental – c’est à dire américain. Cela n’a été rendu possible que par une prise de contrôle totale des médias afin de créer une opinion dominante, « Mainstream ».

 

Au final les médias des pays de l’OTAN défendent l’OTAN tandis qu’ailleurs dans le monde (En Inde, en Chine, en Russie, dans les pays africains, en Amérique Latine …) seuls les médias financés ou soutenus par l’Occident ne défendent ce point de vue occidentalisant ! Mais la Chine, la Russie ou l’Inde n’ont eux pas, ou quasiment pas, de médias puissants et reconnus qui émettent dans la zone occidentale pour y défendre leurs points de vue.

 

Au final tandis que l’Occident prône son modèle ouvert et démocratique, c’est l’inverse qui se passe : les Chinois et les Russes ont accès à CNN mais les Français n’ont eux pas accès aux nouvelles russes ou chinoises. Ils sont enfermés dans le prisme médiatique et la vision du monde nord-américaine. La raison principale à cela est simple : le pôle américain qui maintient sous sa tutelle l’Occident craint plus que tout l’émergence de nouveaux modèles qui pourraient séduire les peuples européens et faire de l’ombre au modèle américain, et ainsi remettre en cause l’agenda des élites occidentales, de l’oligarchie et de cette hyperstructure que Zinoviev a si bien décrit.

 

« On peut imaginer qu’à l’avenir les choix de modèles de sociétés ne rapprochent de nouveau Moscou et l’Est de l’Europe par le ciment du conservatisme ». 

 

NC : Peut-on parler aujourd’hui d’un choc des modèles, entre d’un côté, un modèle américano-occidental où l’individu est placé au centre de la société, et d’un autre côté, un modèle russo-slave où la tradition, la famille et la Nation doivent être mises en avant ?

 

AL : Il y a une scission en effet qui se dessine sur diverses lignes de fractures dont une opposition forte entre des pays connaissant des évolutions sociétales individualistes comme par exemple au sein des pays européens catholiques déchristianisés (la France ou l’Italie …) ou au sein du monde protestant et scandinave, avec les modèles progressistes Hollandais et Suédois. Au contraire dans les ex-nations soumises par exemple au joug soviétique, on voit que la volonté de se faire dissoudre par Bruxelles suscite plus de méfiance, tandis que l’identité nationale y est réaffirmée, que l’on pense à la Pologne ou la Hongrie par exemple. Paradoxalement, c’est en effet Moscou qui est le plus en avance sur le retour de ces valeurs fortes : État, famille, traditions. Un comble alors qu’au cours de la dernière décennie la soi-disant « Nouvelle Europe » était la plus hostile à la Russie.

 

On peut imaginer qu’à l’avenir les choix de modèles de sociétés ne rapprochent de nouveau Moscou et l’Est de l’Europe par le ciment du conservatisme et de la religion tandis qu’à l’Ouest on ne continue à se noyer dans l’athéisme laïciste totalitaire, du moins jusqu’à un potentiel sursaut religieux national ou l’émergence d’un Islam national qui ne réimpose des valeurs traditionnelles.

 

NC : Vous êtes un homme d’affaires installé en Russie depuis une dizaine d’années. Comment, eu égard au contexte international – et particulièrement entre la France et la Russie – est-il possible de faire des affaires ou de s’implanter durablement dans ce pays ? 

AL : Oui bien sûr, la Russie n’est sans conteste pas le pays le plus simple pour s’installer que ce soit sur le plan administratif, linguistique, culturel ou climatique mais beaucoup de choses restent à y faire, à y développer.


La chute forte du rouble a eu ses conséquences négatives et difficiles pour la population mais si la monnaie reste basse alors de nouvelles perspectives vont apparaitre que l’on pense par exemple à la possibilité d’y délocaliser de la production ou des services. En outre les fondamentaux de l’économie restent bons : le pays a peu de dettes, la population n’est pas endettée, les réserves de changes restent élevées et elles sont passées du reste de 356 milliards de dollars en mars 2015 à 391 milliards en Mai 2016. La démographie ne cesse de s’améliorer (la population russe ne diminue plus depuis 2009 et augmente naturellement depuis 2012) et le retour continu de Russes de l’Étranger en Russie, depuis 2008, ne peut apporter que du bon au pays.

 

Par conséquent il y a beaucoup à faire en Russie et l’avenir du pays est prometteur, mais c’est de plus en plus concurrentiel.

 

NC : Vous analysez, dans votre ouvrage, le rôle des médias quant à l’image de la Russie dans notre pays. On dit toujours qu’il faut « suivre l’argent », or on sait aujourd’hui que la production journalistique est contrôlée à la fois par l’État (via les subventions) et par un groupe restreint d’hommes d’affaires présents dans les conseils d’administration (exemple le conseil d’administration du journal Le Monde avec Pierre Bergé et Xavier Niel).  Pourtant, il y a des opportunités d’affaires en Russie. Pourquoi, dans ce contexte, les médias ont une attitude si critique à l’égard des Russes et particulièrement à l’égard du pouvoir en place ? 

 

AL : La production journalistique, le contenu délivré heure par heure, jour par jour est le fait de techniciens du monde médiatique (journalistes, pigistes…) qui sont souvent des gens avec le même ADN mental. Bien souvent le monde du journalisme attire des gens jeunes, de gauche, fils de bonne famille et qui souhaitent promouvoir une vision du monde. On est loin du journaliste d’antan, homme de culture et de connaissance qui tentait de comprendre et expliquer le monde.

Le journalisme d’aujourd’hui est militant, twitterisé, c’est un slogan bien souvent droit-de-l’hommiste en bas et atlantiste en haut. Malgré tout, les rédactions veillent et préviennent tout dérapage : le délire et les mensonges des journalistes sont permis tant qu’ils ne portent pas atteinte aux intérêts supérieurs (l’OTAN, l’UE, l’Euro) ou tant qu’ils ne portent pas de messages dangereux (patriotisme, souveraineté, nation, peuple, famille…) voire ne favorisent pas de modèles étrangers tel que par exemple le modèle russe.

 

La presse française est à bout de souffle, et vu le contenu médiocre qu’elle contient, il est logique qu’elle soit en faillite. Fort logiquement, dans le même temps, la confiance des citoyens envers les journalistes ne cesse de diminuer. C’est bientôt la fin de ce système médiatique en faillite tant moralement que financièrement. Son effondrement laissera place à de nouveaux modes de journalisme et sans doute la place à de nouvelles explications, à de nouvelles façons de regarder notre monde.

 

« Un tel niveau d’entrisme subtil et subversif est l’apanage et la marque de fabrique d’une certaine ultragauche, nulle surprise que les penseurs du néoconservatisme ne soient majoritairement des trotskystes ».

 

NC : Xavier Moreau, dans son ouvrage sur la crise ukrainienne, insiste sur l’impact des réseaux atlantistes au sein des partis politiques – qui dépasse largement l’adhésion à des idées puisque les think tanks y ont une influence non négligeable selon lui (notamment chez Les Républicains). Quelle est votre analyse à ce sujet ?

 

AL : Je pense en effet que par effet d’inertie principalement « on » a pris l’habitude en Occident et en France de penser qu’on est plus proche des Américains que des autres. C’est assez surprenant pour un pays qui a longtemps eu deux vigoureux et très anti-américains poumons : le communisme et le gaullisme. Mais l’observateur attentif s’apercevra que l’Atlantisation de notre pays au cours des dernières décennies s’est superposée sur le plan historique, à la disparition de ces poumons communistes et gaullistes. Dès la fin des années 70, après Mai 68 (notre révolution de couleur), l’élimination de ces réseaux communistes et gaullistes a vu l’instauration d’une sociale-démocratisation et d’un bipartisme de façade, tandis qu’en arrière-plan la fondation franco-américaine travaillait tant les élites médiatiques et politiques de gauche comme de droite. Résultat des courses l’élite politique qui a pris le pouvoir après cette reconfiguration, qu’elle fut de gauche ou de droite, fonctionnait selon le même logiciel global, vers les mêmes objectifs globaux. Cette prise de pouvoir des réseaux occidentalistes, américains et néo-conservateurs a touché la France, mais aussi d’autres pays européens ou encore les structures de Bruxelles.

 

Un tel niveau d’entrisme subtil et subversif est l’apanage et la marque de fabrique d’une certaine ultragauche, nulle surprise que les penseurs du néoconservatisme ne soient majoritairement des trotskystes.

 

NC : On peut constater aujourd’hui l’impact de la culture américaine dans nos sociétés occidentales (les communistes parlaient dans les années 1947-1948 de « cocacolonisation »). Cet impact met en exergue l’importance d’un pouvoir culturel (ou « soft power ») dans la compétition internationale. Seriez-vous d’accord avec l’idée que la Russie manque d’un « pouvoir culturel » et qu’elle ne sait pas se mettre en valeur ? 

 

AL : Je crois que l’URSS avait une force de frappe colossale en ce qui concernait le soft-power, car elle avait un modèle très clair à défendre, proposer et donc promouvoir. La disparition de l’URSS n’a laissé qu’un choix, qu’un modèle disponible pour l’humanité, un modèle qui lui, par sa force de frappe culturelle et la puissance de sa propagande (les deux étant liés), a longtemps convaincu une grande partie des populations du monde qu’il n’y aurait plus jamais de choix.

 

Aujourd’hui, alors que le l’image du californien riche et heureux a été remplacé par un mélange de Texan guerrier et de Trader escroc, le rêve américain n’est plus ce qu’il était. L’Europe était visiblement incapable d’accoucher d’un quelconque modèle, la Russie a donc certainement une fenêtre historique à jouer, mais il faudrait qu’elle arrive à préciser les contours de ce modèle propre dont elle accouche dans la douleur, et surtout l’idéologie corollaire. Cela est très difficile car il faudrait que les élites russes arrivent à concilier une partie des héritages Tsaristes et communistes avec la nouvelle Russie actuelle ce qui est une équation ultra-complexe.

 

« Les élites russes tentent de confirmer et appuyer cette rechristianisation en faisant en effet endosser à la Russie son statut de troisième Rome, de gardienne des valeurs chrétiennes et de protectrice des minorités chrétiennes dans le monde ». 

 

NC : De plus en plus de catholiques envisagent de se convertir à l’orthodoxie, certains ont même déjà sauté le pas. De plus, le sentiment général parmi les chrétiens est que la Russie apparaît de plus en plus comme la nouvelle Rome et la nouvelle protectrice du christianisme dans le monde. À votre avis, l’orthodoxie en Russie peut-elle régénérer le christianisme occidental (et particulièrement le catholicisme ?)

 

AL : Je crois que nous vivons une période où les nations mères et porteuses du catholicisme en Europe que sont la France ou l’Italie sont dans une boucle civilisationnelle « déchristianisante »forte. C’est une dynamique lourde et profonde qui est inquiétante mais qui semble irréversible à court terme tant le monde catholique n’est pas plus soudé sur le plan doctrinal ou même politique.

 

Effectivement dans le même temps la Russie voit la religion revenir au centre de la société avec le soutien direct des élites politiques. Quand je parle de religion je parle tant d’orthodoxie que d’islam ou de bouddhisme, c’est une symphonie religieuse de la même façon qu’on parle de symphonie des cultures pour qualifier l’incroyable polyethnisme russe.

 

Les élites russes tentent de confirmer et appuyer cette rechristianisation en faisant en effet endosser à la Russie son statut de troisième Rome, de gardienne des valeurs chrétiennes et de protectrice des minorités chrétiennes dans le monde.

 

« La Russie ne montre-t-elle pas que la reconstruction nationale se fait par l’État ? Que la politique peut résister ou contenir des dérives économiques ? »

 

NC : La France va élire en mai 2017 son prochain Président de la République. Si l’on considère qu’il y a un choix à faire entre le modèle occidental (promu par les États-Unis et l’Union Européenne) et le modèle russe, en quoi les relations entre la France et la Russie peuvent avoir un impact sur l’élection présidentielle ? Inversement, en quoi l’élection présidentielle risque de déterminer les relations entre notre pays et la Russie ?

AL : Aucun à mon avis. Je ne crois pas que la question russe se pose en sujet essentiel de la prochaine élection présidentielle française pas plus que je ne pense que le choix soit entre Moscou et Bruxelles. Il est plutôt entre Bruxelles ou peut-être pas Bruxelles. Je crois surtout que les échéances électorales qui se succèdent en France voient chaque fois des élites plus incompétentes et plus lâches prendre le pouvoir. Inévitablement, la situation de notre pays devrait ainsi et bien malheureusement continuer à se dégrader, sur le plan économique, sécuritaire, moral… Nous payons cher le prix de l’incompétence de nos gouvernants.

 

Au sein des forces d’opposition, il semble certain que la montée en puissance des mouvances souverainistes ou eurosceptiques de droite comme de gauche, partis d’opposition ou tendances au sein des partis de gouvernance, ne croisent les trajectoires de Moscou sur le plan politique ou économique. La Russie ne montre-t-elle pas que la reconstruction nationale se fait par l’État ? Que la politique peut résister ou contenir des dérives économiques ? En outre les politiques internationales non alignées de Moscou sont des modèles du genre que ce soit en Syrie ou ailleurs.

 

On peut facilement imaginer que le poutinisme devienne une sorte de nouveau gaullisme et donc un authentique modèle

 

Pour ce qui est de l’élection française vue du côté russe je pense que cela aura peu d’influence sur la relation entre les deux pays. Si la relation semble être un tant soit peu plus facile avec la droite qu’avec la de politique internationale de gauche, les élites russes semblent assez découragées du monde politique européen et plutôt en train de se chercher de nouveaux horizons, asiatiques, postsoviétiques et intérieurs.

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 09:58
Des nains et un géant…
par Jacques Sapir

Repris sur Comité Valmy

 

 

François Hollande multiplie actuellement les hommages au Général de Gaulle. En attendant le 18 juin, et la cérémonie au mont Valérien, il se rendra à Colombey-les-Deux-Églises. Le vendredi 17 juin, le chef de l’État visitera aussi l’exposition « Un président chez le roi – De Gaulle à Trianon » au Grand Trianon de Versailles. Puis il se rendra le lendemain, comme il le fait chaque année, au Mont Valérien, pour le 18 juin, date de l’Appel à la résistance lancé par le général en 1940[1]. Il n’y aurait rien à dire à cela si quelque événement venait justifier ces commémorations.

Notons qu’il aurait pu se rendre à la demeure du Général pour l’anniversaire de sa mort, ou qu’il aurait pu le faire le 8 mai, pour l’anniversaire de la victoire. Bref, pour tout dire, cela sent le fabriqué, le manipulé, le produit de communication, le pas vraiment sincère, bref la campagne électorale. Car, si ce n’est d’être le Président de la République, quels sont les titres de François Hollande pour rendre, en cette année 2016, un nombre aussi appuyés d’hommages ?

 

Hommages à contretemps ?

S’il souhaitait honorer l’homme politique, il pouvait choisir de le faire pour l’anniversaire de la constitution, c’est à dire le 4 octobre. Ou alors, il pouvait saisir le 70ème anniversaire du Discours de Bayeux (16 juin 1946) dans lequel le Général de Gaulle avait exprimé sa pensée sur les réformes institutionnelles qu’il souhaitait introduire. Ou encore, le discours d’Epinal, certes moins connu mais non point important (29 septembre 1946).

 

Il pouvait aussi choisir de commémorer le discours de Phnom Penh s’il voulait saluer la politique étrangère de son illustre prédécesseur. Sauf que cela impliquerait un 1er septembre. On le voit, aucune date ne peut être précisément invoquée pour cette subite poussée de fièvre commémorative.On dira, et cela n’est pas faux, que l’on peut commémorer en toute saison un homme immense. Sauf que rien, dans l’attitude de François Hollande, ne laisse à penser qu’il tienne Charles de Gaulle pour un homme immense. La comparaison, de plus, entre les attitudes de l’un et de l’autre serait bien cruelle pour François Hollande. Quand on sait avec quelle farouche énergie le Général de Gaulle avait séparé sa vie privée de sa vie publique, allant même jusqu’à faire installer un compteur électrique sur les parties privées de l’Elysées afin que sa vie courante ne soit pas à la charge de la République, et quand on compare cela aux aventures sur deux roues de l’actuel résident du palais Présidentiel se rendant en secret de sa compagne dans le lit de sa maitresse, on conçoit bien que la comparaison n’est pas possible. Elle l’est encore moins si l’on se réfère à la politique où François Hollande a régulièrement pris le contre-pied de son illustre prédécesseur.

 

Hommages à contre sens

Et cela renvoie à la folie qu’il y eut pour François Hollande de proclamer une « Présidence normale ». L’acte d’exercer le pouvoir présidentiel est en effet tout sauf « normal ». François Hollande a confondu le « normal » avec le « commun ». Car, dans « normal » il y a norme et il peut y avoir plusieurs types de normes. En particulier on peut penser qu’il y a une norme « héroïque » qui convient bien mieux à l’exercice du pouvoir suprême. Pour l’avoir oublié, pour avoir tiré la fonction présidentielle vers le « commun », et certes il ne fut pas le premier Nicolas Sarkozy ayant bien entamé cette tache, il risque de passer à la postérité pour le Président le plus détesté des Français. Ce n’est pas par hasard si, aujourd’hui, il y a une telle nostalgie pour le personnage qu’incarnait le général de Gaulle. Et les français savent bien que l’homme ne correspondant pas nécessairement à l’image qu’il nous a léguée.

 

Mais, ils lui sont reconnaissants d’avoir tenu ce personnage public même s’il pouvait être assez différent dans la vie privée. François Hollande, dès lors qu’il avait décidé de briguer la Présidence de la république aurait pu, et dû, comprendre que la dignité de la fonction qu’il allait exercer impliquait des contraintes sur sa vie personnelle. Mais, à avoir voulu vivre une vie « normale », au sens de « commune », alors qu’il était dans une fonction exceptionnelle, il a tout perdu. Il a sous-estimé la dimension symbolique de la Souveraineté qu’il allait incarner et cela sans doute, parce qu’européiste convaincu, et ses convictions sont respectables, il ne pouvait comprendre le caractère spécifique et particulier de la Souveraineté et ce qu’elle implique pour qui l’incarne. Ici repose sans doute l’un des malentendus les plus tragiques et les plus destructeurs du mandat de François Hollande.

 

Un nain juché sur les épaules d’un géant

Alors, que conclure de tout cela ? Que François Hollande, conscient de sa petite stature cherche à se grandir en montant sur les épaules du Général. Assurément, il ne sera ni le premier ni le dernier à vouloir le faire. Mais qu’il prenne garde : à vouloir monter là où l’on n’a pas de raison d’être, on risque de chuter. Le général était grand, au physique comme au moral. La chute pourrait n’en être que plus brutale…

[1] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/coulisses/2016/06/10/25006-20160610ARTFIG00210-hollande-sur-les-traces-du-general-de-gaulle.php

Mise en ligne CV : 14 juin 2016

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 09:35

Image reprise sur le site de Marianne: ou, la vérité ne sort pas que de la bouche des enfants

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 17:21

Source : Revue Espoir nov.1998 - Fondation Charles de Gaulle

Par Eric Branca, journaliste

repris sur  Comité Valmy

Souveraineté nationale contre "rationalité supranationale" ; indépendance des Etats contre force des engrenages ; démocratie contre technocratie ; l’affrontement De Gaulle-Monnet dépasse les hommes pour toucher à l’essentiel.

 

De gauche à droite, Jean Monnet, John Foster Dulles, Kirk Spieremburg, Dwight D. Eisenhower, David Bruce, Franz Etzel, William Rand. A Washington, Juin 1953.


 

Il fut (Jean Monnet) le plus constant des anti-gaullistes en même temps que le plus farouche adversaire de l’indépendance nationale. Mieux : c’est parce qu’il ne croyait plus aux nations et faisait de leur extinction un gage de progrès, qu’il s’opposa avec acharnement à l’homme du 18 juin, pour qui la souveraineté des Etats était une condition absolue et non négociable de la démocratie.

 

A l’heure où les petits-fils politiques de Jean Monnet semblent victorieux - au point d’avoir converti à leur eschatologie fédéraliste ceux-là même dont la raison d’être commandait, encore et toujours, de garder à la France ses mains libres - il n’est pas inutile de rappeler ce que fut le duel engagé, dès 1943, entre Monnet et De Gaulle autour de la grande querelle de la Nation. Car s’il est du droit de chacun de changer de camp, il n’est de celui de personne de faire mentir l’Histoire au point de présenter la construction européenne d’aujourd’hui comme la fille de celle voulue par le général de Gaulle.

 

Au propre comme au figuré, Monnet restera dans la vie politique française comme l’un des grands fantômes du siècle. Vivant, il n’agissait que dans l’ombre (ses Mémoires, publiées en 1976, ne sont qu’un long précis de manipulation des gouvernements) et ne parlait jamais ; ce n’est qu’une fois mort qu’il devint présent - et même omniprésent - grâce aux continuateurs fidèles qui eurent à coeur de faire fructifier son héritage.

 

Premier paradoxe, première opposition avec de Gaulle ; vivant, le Général existait par son verbe et agissait sous le soleil de l’Histoire ; mort, il n’a plus guère que des admirateurs, à défaut d’avoir trouvé le moindre continuateur.

 

Etrange Jean Monnet que tout, dans sa longue vie, sépara de De Gaulle, au point d’avoir su, tel un aimant, attirer à lui ce que la France, l’Europe et surtout l’Amérique comptaient d’antigaullistes, puis agréger leurs forces en une sorte de "pouvoir fédéral intellectuel" (le mot est de Jean-Jacques Servan-Schreiber) dont le but avoué était d’en finir avec douze cents ans d’exception française ...

 

De Gaulle le "nationaliste" contre Monnet l’"européen" ? Si les choses avaient été si simples, on n’en parlerait sans doute plus : un pur "nationaliste" serait-il devenu le héros de tant de peuples opprimés voyant dans la France un moyen de retrouver leur dignité ? Et un "européen" qui n’aurait pensé qu’à défendre les intérêts de l’Europe, aurait-il été si puissamment soutenu par l’Amérique ?

 

C’est que, dans le cas du premier, la France "madone aux fresques des murs" incarnait une forme supérieure de la justice (la réconciliation, chère à Malraux, de Jeanne d’Arc et des soldats de l’An II), alors que pour le second, la construction d’une Europe supranationale ne figurait qu’une étape vers le "gouvernement mondial" qu’il appelait de ses voeux au nom d’une "rationalité" économique. Celle-là même dont arguent aujourd’hui les partisans d’Amsterdam pour dénier aux peuples le droit élémentaire de s’exprimer sur leur destin.

 

Sous les catégories commodes de "nationalisme" et d’"européisme" appliquées à de Gaulle et à Monnet (avec l’intention évidente d’en appeler aux modernes contre les anciens !) perce une dialectique autrement enracinée dans l’histoire : la liberté nationale opposée à la coercition impériale ; la tradition capétienne de la France relevée par la République contre le vieux rêve carolingien sécularisé par les technocrates. On voit bien où se situe l’archaïsme ... Il est vrai qu’à peine nés, de Gaulle et Monnet s’opposaient déjà. Quand le premier voit le jour en 1890 à Lille, capitale d’une marche frontière meurtrie par les invasions et traumatisée par la perte de l’Alsace et de la Lorraine voisines, l’autre est né deux ans plus tôt à Cognac, coeur de cette Aquitaine où, depuis la guerre de Cent ans, on ne sait voir dans l’étranger qu’un client, et même un associé.

 

Fils d’un exportateur d’alcool vivant la moitié de l’année outre-Manche et "sachant bien l’allemand", Monnet cultive, dès son plus jeune âge, une vision policée du monde. "Tout a un prix, donc tout se négocie". Quand, à seize ans, il se rend à Londres pour la première fois, son père lui dit : "N’emporte pas de livres. Personne ne peut réfléchir pour toi". La découverte de la City est le choc de sa vie : c’était "un milieu fermé socialement mais ouvert professionnellement sur le monde", résume-t-il dans ses Mémoires. "Les préoccupations qui y régnaient, c’était l’état des affaires à Shangaï, à Tokyo, à New-York ..."

 

Nourri de Péguy et de sa "certaine idée de la France", de la doctrine sociale de l’Eglise, mais aussi de Barrès et de Nietzsche, de Gaulle choisit au même moment le métier des armes. Souvenons-nous du début des Mémoires de guerre. "Quand j’entrai dans l’armée, c’était une des plus grandes choses du monde ... Elle sentait venir avec une sourde espérance le jour où tout dépendrait d’elle."

 

Non moins impatient de faire ses preuves, Monnet part en 1906 pour le Canada. Il y troque des caisses de cognac familial contre des ballots de pelleterie, bientôt revendus au fourreur Revillon. Remarqué par les dirigeants de la célèbre compagnie de la baie d’Hudson, Monnet entre en 1908 à la Banque Lazard de New-York, où il débute avec éclat. Quand survient la guerre de Quatorze, Monnet (réformé) est déjà solidement introduit dans l’establishment de la côte est des Etats-Unis. A vingt-six ans il traite d’égal à égal avec les plus grands noms de la finance anglo-saxonne.

 

L’un des premiers d’entre eux, Paul Warburg, auquel Jacques Attali consacra, voici quelques années, une monumentale biographie (Une homme d’influence, Fayard, 1985), prend Monnet sous sa protection. Il est alors, avec John Pierpont Morgan (fondateur de la banque du même nom) et Jacob Schiff (de la Kuhn Loeb) l’une des figures de proue de la Pilgrim’s Society, matrice idéologique d’où naîtront, au fil du XXe siècle, tois émanations spécialisées à l’origine desquelles l’on trouve toujours Monnet : le CFR (Council of Foreign Relations) en 1920 ; le Bilderberg Group (anglo-saxon et européen) en 1954 ; et la fameuse Commission Trilatérale créée en 1973 pour associer le Japon aux "décideurs" économiques d’Europe et d’Amérique du NordBut de la Pilgrim’s, repris peu ou prou par tous ses épigones : annihiler les risques de guerre en favorisant l’intégration des économies nationales et en obtenant des Etats qu’ils transfèrent leur souveraineté à des organismes exécutifs supranationaux.

 

De cette "rationalité supranationale", Monnet avait jeté les bases dès l’entre-deux-guerres. Unique Français associé à la création du CFR, les anglo-saxons ont fait, dès 1923, le secrétaire général adjoint de la SDN, tremplin qui lui permettra de devenir dans les années trente le conseiller personnel (on dirait aujourd’hui le consultant) de Roosevelt, de Tchang Kai Chek, du colonel Beck en Pologne, ou du roi Carol en Roumanie. Il a écrit dans ses Mémoires : "S’il faut beaucoup de temps pour arriver au pouvoir, il en faut peu pour expliquer à ceux qui y sont le moyen de sortir des difficultés présentes : c’est un langage qu’ils écoutent volontiers à l’instant critique. A cet instant où les idées manquent, ils acceptent les vôtres avec reconnaissance, à condition que vous leur en laissiez la paternité ... Si c’est au prix de l’effacement que je puis faire aboutir les choses, alors je choisis l’ombre ..."

 

Alors que tout aurait dû le rapprocher, en 1943, du général Giraud, porté à bout de bras par Roosevelt qui compte sur sa docilité pour placer, dès la libération, la France sur orbite américaine, Monnet qui a toujours un coup d’avance, comprend que seul de Gaulle peut sortir vainqueur de l’imbroglio d’Alger. Envoyé par la Maison Blanche au secours de Giraud, il renonce à s’opposer publiquement à l’homme du 18 juin, lequel utilisera brièvement ses talents d’organisateur en le nommant en 1944 délégué général au Plan du gouvernement provisoire.

 

Ce qu’ignore alors de Gaulle, c’est qu’à Alger même Monnet a pris le parti de le combattre. Et avec quelle violence ! Dans une note ultra-secrète envoyée au secrétaire d’Etat Harry Hopkins, le 6 mai 1943, il écrit à propos du futur libérateur de la France : "Il faut se résoudre à conclure que l’entente est impossible avec lui ; qu’il est un ennemi du peuple français et de ses libertés (sic) ; qu’il est un ennemi de la construction européenne (et) qu’en conséquence, il doit être détruit dans l’intérêt des Français ..."

 

De Gaulle "détruit" dans l’"intérêt" des Français, ou dans celui des Américains auxquels Monnet adresse ces fortes pensées ? A Roosevelt le même écrira le 5 août suivant : "Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur la base de souverainetés nationales. Ils devront former une fédération qui en fasse une unité économique commune".

 

Contrairement à Monnet qui pense régler la question allemande en l’internationalisant - il mourra persuadé d’avoir empêché par son action toute réunification ultérieure ! - de Gaulle prend garde, au même moment, de marquer combien, à ses yeux, la survie d’une nation allemande, fût-elle provisoirement divisée en deux Etats, sera nécessaire à l’organisation de l’Europe future. Le 25 avril 1945, il déplore ainsi "l’acharnement [du Reich] qui mène à sa ruine complète un grand peuple, coupable certes, et dont la justice exige qu’il soit châtié, mais dont la raison supérieure de l’Europe déplorerait qu’il fût détruit".On comprend qu’au lieu de ronger son frein au service d’un homme qu’il abhorre, Monnet que de Gaulle surnommera bientôt l’Inspirateur, trouve plus exaltant de se consacrer dès 1946 à son grand dessein : la supranationalité européenne. "J’avais mieux à faire, avouera-t-il dans ses Mémoires, que d’exercer moi-même le pouvoir. Mon rôle n’était-il pas d’influencer ceux qui le détiennent et de veiller à ce qu’ils s’en servissent au moment utile ?"

 

De Gaulle chassé par les partis, les amis de Monnet occupent tous les rouages du système ; ils s’appellent René Pleven (président du Conseil ou ministre sans interruption de 1944 à 1954), Pierre Pflimlin (quinze fois ministre et avant-dernier président du Conseil de la IVe république), ou Félix Gaillard, chef du gouvernement qui en 1957 signera le traité de Rome. Ensemble, ils creuseront les fondations de l’édifice supranational qui, quarante années plus tard, aboutirait à Maastricht : la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), dont le premier secrétaire général sera, en 1951, Jean Monnet.

 

Hostile, d’instinct, à ce "méli-mélo" dans lequel une poignée de "géomètres" rêve de dissoudre la France, de Gaulle n’a pour seul allié que son éphémère RPF. Mais celui-ci est écarté du pouvoir par la Troisième Force. Autrement dit, l’alliance gouvernementale des socialistes de la SFIO et des démocrates chrétiens du MRP, unis derrière Robert Schumann.

 

Aussi allemand de tempérament que Monnet était anglo-saxon, Schumann lui offre la dimension mystique qui manquait à ses plans, en mobilisant via le MRP tout ce que l’église catholique compte alors de relais d’opinion. A commencer par le pape Pie XII lui-même qui rêve à un nouveau "serment de Strasbourg" entre les chefs de la démocratie chrétienne occidentale : Schumann, l’allemand Konrad Adenauer et l’italien Alcide de Gasperi. Au coeur de leur dispositif, l’"européisation" de la Sarre, que Schumann compare à une "Lotharingie industrielle", creuset de toutes les intégrations à venir.

 

Pour faire triompher l’étape suivante (la fameuse Communauté européenne de Défense, vendue clés en main par Washington en 1952 au Parlement français), les fédéralistes font flèche de tout bois : même l’Osservatore Romano, organe officiel du Saint Siège, prend parti en suppliant les Français de ne pas suivre les gaullistes, "adversaires de l’Europe, donc de la paix" ! Face à cette conjuration vaticano-bancaire, l’opinion française, volontiers gallicane, se cabre. Tout à leurs pointages parlementaires, les partisans de la fusion européenne n’ont négligé que l’essentiel : l’élément moral qui souvent fait basculer le destin. Plus d’armées nationales, plus d’hymnes, plus de drapeaux. André Malraux s’écrie au Vél d’hiv : "Et nous aurions fait la Résistance pour que le général Guderian devienne par décision américaine commandant militaire de la place de Paris ?"

 

Par leurs certitudes prématurément affichées, Monnet et ses amis ont déclenché l’affaire Dreyfus de la IVe République. En août 1954, la CED s’écroule sous les assauts d’une coalition associant au RPF le Parti communiste, une partie des radicaux, quelques socialistes et même une poignée d’antigaullistes regroupés derrière le général Weygand, qui ne craint pas pour la circonstance d’apposer sa signature à côté de celle d’anciens FTP !

 

Cette union sacrée, dont le véritable artisan fut Michel Debré, Monnet ne s’y attendait pas. Affecté par cet échec contraire à l’arithmétique qu’il avait suscitée ("les Etats, dit Rivarol, sont des vaisseaux qui ont leurs ancres dans le ciel"), il décide de structurer son réseau d’amitiés politiques, dont Valéry Giscard d’Estaing sera, à la fin de la IVe République, l’un des français les plus actifs. Celui dans lequel l’Inspirateur placera bientôt tous ses espoirs pour subvertir de l’intérieur les majorités gaullistes, auxquelles il sera associé.

 

Participation gouvernementale oblige, Valéry Giscard d’Estaing met, à partir de 1950, ses convictions en sourdine. Cette discrétion en fait, pour Monnet, un correspondant d’autant plus essentiel qu’après le départ des ministres MRP, en 1962, son protégé reste le dernier vrai partisan de l’Europe supranationale dans l’équipe Pompidou. Son renvoi, en 1966 - au profit de Michel Debré, "bête noire" du Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe depuis l’affaire de la CED - ôte tout scrupule à Valéry Giscard d’Estaing qui peut désormais s’afficher.

 

Installé dans un vaste appartement du 83, avenue Foch, l’Inspirateur, entouré d’un état-major restreint que son secrétaire, Pascal Fontaine, comparera à un "cercle magique", l’Inspirateur travaille alors d’arrache-pied à gagner son "match retour" contre de Gaulle. "Le Comité, résume Fontaine, voit siéger en son sein, dûment mandatés par leurs organisations, plus de 130 responsables de partis et de syndicats de l’Europe des six et, à partir de 1968, de Grande-Bretagne. On y retrouve tout le Gotha politique de l’Europe des années soixante et soixante-dix, mêlant plusieurs dizaines d’hommes de gouvernement : Brandt, Kiesinger, Barzel, Schmidt, Wehrner, Schelle pour l’Allemagne ; Pflimlin, Lecourt, Pleven, Giscard d’Estaing, Pinay, Defferre, Mollet, Maurice Faure pour la France ; Fanfani, Moro, Forlani, Piccolo, Rumor, Malgoni, Nenni, Saragat, la Maffia pour l’Italie ; Douglas-Home, Heath, Jenkins pour la Grande-Bretagne ; Tindemans, Leburton, Werner pour le Benelux ...".

 

Et la liste n’est pas exhaustive puisque l’auteur oublie, outre JJSS déjà cité, au moins cinq correspondants réguliers pour la France : François Mitterrand, Raymond Barre, Jacques Delors, Jean Lecanuet et Alain Poher. Hostiles en bloc à la politique européenne et internationale de la France (veto mis à l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, refus de la force multilatérale proposée par Kennedy ; politique de la chaise vide au Conseil européen, afin d’imposer que les décisions importantes continuent de se prendre à l’unanimité, et non à la majorité comme le propose déjà la Commission de Bruxelles dont l’objectif est de rendre irréversible le tournant fédéral de la Communauté ; mise sur pied d’une dissuasion nucléaire indépendante ; sortie de la France du commandement intégré de l’Otan, etc.), les hommes de Jean Monnet poussent même les responsables étrangers à soumettre à leurs Parlements respectifs des motions hostiles aux choix du général de Gaulle.

Le 13 octobre 1967, le Bundestag adopte ainsi une résolution condamnant la politique européenne de la France, rédigée de la main même de l’Inspirateur. Présent dans les tribunes du Bundestag, celui-ci sera applaudi debout par tous les députés présents. Le chancelier Kiesinger quitte même son siège pour réapparaître un instant plus tard dans les tribunes félicitant ostensiblement Jean Monnet !

 

En France même, les tentatives de politique intérieure de ses amis se soldent par des échecs : échec du "cartel des non" emmené par le MRP et la SFIO pour s’opposer à la réforme constitutionnelle de 1962 ; échec de la candidature de "Monsieur X" (Gaston Defferre) orchestrée deux ans plus tard par l’Express de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Echecs encore des candidatures Lecanuet en 1965 et Poher en 1969.


Mais en 1974, l’ultime manoeuvre réussit ; le monnetiste Giscard d’Estaing entre à l’Elysée, fort du ralliement de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Jean Lecanuet qui jusqu’alors siégeaient dans l’opposition face à Georges Pompidou.

 

Pour bien marquer que l’héritage a enfin trouvé un continuateur où s’incarner, Jean Monnet prend une décision symbolique : il met en sommeil son Comité d’action puisque l’un des siens siège désormais à l’Elysée.

 

Tout peut enfin jaillir des cartons : création en 1974 du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement ; décision d’élire l’Assemblée européenne au suffrage universel direct (dernier projet supervisé par Jean Monnet alors âgé de quatre-vingt huit ans, en 1977) ; création du système monétaire européen (1979) d’où sortira douze ans plus tard, sous l’impulsion de François Mitterrand et de Jacques Delors, le projet d’Union monétaire européenne, coeur fédéral du traité de Maastricht.


Si le but ultime de cette stratification institutionnelle est identique à celui de la CED - vider les souverainetés nationales de leur contenu - les ressorts ont bien changé. Plus question de prendre les opinions à rebours, au risque d’un électrochoc finalement contre-productif. Puisque la démesure ne paie pas, c’est par le biais des procédures que la supra-nationalité va, cette fois, parvenir à ses fins.

 

Ici, une parenthèse. Au terme d’un entretien consacré à l’Acte unique européen de 1987 qu’il tenait pour une monstruosité juridique au sens où certaines de ses dispositions rendaient relative la notion même de souveraineté - laquelle comme la liberté ne se divise pas, sous peine de ne plus exister ("Comme la couronne ne peut être si son cercle n’est entier, ainsi sa souveraineté n’est point si quelque chose y fait défaut", disait Charles Loyseau, l’un des grands légistes de la monarchie classique) - François Goguel me lâcha un jour tout de go : "Au fond, Jean Monnet était profondément marxiste, et ses continuateurs avec lui".J’avoue n’avoir totalement compris ce qu’il voulait dire qu’à la lecture du traité de Maastricht dans lequel revient si souvent la notion d’irréversibilité (passage "irréversible" à la monnaie unique ; fixation "irréversible" des parités, etc.). Le génie de Monnet est d’avoir recyclé la théorie marxiste des infrastructures économiques censées commander aux superstructures politiques. Dès les premières années du traité de Rome, son pari consiste à laisser agir les procédures et se développer les engrenages afin que, le jour venu, ce ligotis de liliputs - négligeables pris séparément, mais décisifs par le nombre de domaines auxquels ils s’appliquent - s’imposent comme un carcan de fait, se substituant aux mécanismes classiques de la prise de décision démocratique.

 

Telle est bien la logique de l’Acte unique, par lequel le rôle des Parlements nationaux se résume à transposer en droit interne quelque 300 directives décidées à Bruxelles sans le moindre contrôle ; telle est bien celle de Maastricht qui transfère la souveraineté monétaire, donc budgétaire, donc sociale des Etats, vers une structure technique indépendante du pouvoir politique et de son substrat démocratique essentiel : la communauté nationale.

 

Cet effet d’engrenage, ou spill over effect, selon le vocable emprunté à l’école néo-fonctionnaliste américaine chère aux disciples de Jean Monnet, a été fort bien résumé par Jacques Delors, alors président de la commission de Bruxelles, le 30 novembre 1989 à l’occasion d’un colloque du Center for European studies de Boston : "Le secret de la construction européenne est celui d’une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d’engrenage ...".

 

Contre de Gaulle, qui ne concevait l’économie que comme une discipline ancillaire du politique, Monnet a bel et bien imposé l’ordre inverse : la soumission de la politique - qui implique le choix, donc la contingence - à la technique économique, laquelle ne souffre aucune alternative, puisqu’elle se conçoit elle-même comme détentrice d’une rationalité suprême !
François Goguel a raison : le socialisme, phase suprême du communisme, c’est l’extinction de l’Etat ; le mondialisme, phase suprême du fédéralisme européen, c’est l’extinction des nations, fondement de la légitimité des Etats.

 

Dans l’esprit du général de Gaulle, le traité de Rome n’est qu’un instrument de libre-échange mis au service de la modernisation de la France, dans le cadre d’un espace protégé par un tarif extérieur commun, censé domestiquer les effets de la mondialisation ; dans celui de Jean Monnet, c’est le Zollverein : une union douanière conçue comme le substrat provisoire d’un futur Etat européen.

 

Il contient de fait, en filigrane, toutes ses institutions : un exécutif (composé de deux pôles : le conseil des ministres et la commission de Bruxelles) ; un législatif, le Parlement européen (qui en 1957 n’est encore qu’un croupion, auquel il suffira de donner vie) et surtout, une cour de justice censée fixer la loi - la norme en jargon européen - à cette CommunautéActivés à partir de 1974, tous ces engrenages aboutiront à l’inverse de ce que souhaitait de Gaulle : non plus une "Europe européenne" riche de la diversité des nations déléguant provisoirement leurs compétences dans la perspective de leur bien commun, mais un système dépolitisé, "l’Euroland", se nourrissant du transfert définitif et irréversible des souverainetés vers une instance technique - en l’espèce le directoire de la banque centrale européenne - déconnectée de toute volonté démocratique.

 

Comment s’étonner qu’ayant consenti à cela, la France ait ratifié, en décembre 1996, sans le moindre débat parlementaire, sans la moindre consultation nationale, ce qu’il est convenu d’appeler le pacte de stabilité, ce codicille à Maastricht dont n’aurait osé rêver Jean Monnet ?
Par lui, le gouvernement français a ni plus ni moins accepté d’être mis à l’amende - sous forme de pénalités versées au budget de l’Europe - pour peu que sa politique économique sorte des critères de convergence imposés par Maastricht afin de garantir la valeur de l’euro. Pénalités, mises à l’amende ... Et pourquoi pas la prison ? Avec Amsterdam, nous y sommes, ou plutôt nous y serons dès que ce traité, qualifié d’"ajustement technique" par les plus hautes autorités de la République, aura été ratifié. Ne prévoit-il pas en vertu de son article 7 que les Etats qui contreviendraient à leurs obligations pourraient être temporairement privés de leur droit de vote au sein des instances dirigeantes de l’Union, et ce sans que leurs devoirs soient suspendus ? Il n’est pas exagéré de dire qu’en dehors d’une guerre et d’une défaite, jamais la France ne s’était vu imposer autant de contraintes réduisant à néant l’exercice de la démocratie.

 

En transférant aux organes de l’Union la politique de sécurité commune et d’immigration des Etats - domaines qui, aux termes de Maastricht, restaient encore du domaine intergouvernemental - Amsterdam achève donc la communautarisation voulue, dès les années cinquante, par Jean Monnet. Pis, c’est l’essence même de la constitution de 1958 que, du même mouvement, cette construction rend caduque.

 

En décembre 1997, le Conseil constitutionnel ne s’y est pas trompé puisqu’il a considéré que plusieurs normes de référence de notre loi fondamentale étaient en contradiction avec ce traité. A ce titre, il citait rien de moins que l’article 3 de la déclaration des droits de l’homme reprise dans le préambule de la constitution ("le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation") mais aussi l’article 3 de cette même constitution : "La souveraineté nationale appartient au peule qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum".


Mais il aurait pu en citer d’autres : son article 2, qui définit la République comme le gouvernement du peuple par le peuple ; son article 5, qui confie au président de la République la mission de veiller à l’intégrité du territoire, dont le contrôle des frontières fait partie ; et même l’article 16, qui autorise le chef de l’Etat à user de pouvoirs spéciaux quand cette même intégrité est menacée "de manière grave ou immédiate", intégrité qui disparaît dès lors que l’Etat n’a plus le contrôle exclusif de son territoire !

 

Académicien oublié, Eugène-Melchior de Voguë définissait la France comme le royaume des "morts qui parlent". A l’heure où la fin des empires et l’écroulement des certitudes nées de la guerre froide donnent partout raison au général de Gaulle qui voyait dans la nation l’unique structure politique vivante capable de promouvoir la liberté des peuples, il est temps de se demander pourquoi seul Jean Monnet a encore voix au chapitre.

Mise en ligne CV août 2009

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 16:59
par Jacques Sapir

repris sur Comité Valmy

 

Monsieur Macron, en visite dans un bureau de la Poste de Montreuil ce lundi 6 juin, a essuyé des œufs, que l’on espère point pourris[1], et a dû se réfugier dans le dit bureau de poste d’où il a dénoncé les « agitateurs professionnels » responsables de cette atteinte à son auguste personne. Et certes, il faut l’avouer, un œuf avait atterri sur sa chevelure : petit désordre et immense indécence. Ou, plus précisément, un immense double indécence.

 

Indécence de comportement

La première, la plus évidente, tient aux réactions de l’individu. Oh, assurément, on comprend que cela ne soit pas agréable. Mais, somme toute, cela est moins grave que de perdre un œil dans une manifestation, ce qui est arrivé à deux lycéens lors de confrontations avec la police dans le cadre du mouvement contre la loi El Khomri. C’est aussi moins grave que les blessures infligées par les grenades dites « de désencerclement » utilisées par la police, et dont certaines ont été délibérément lancées à hauteur de tête ou de visage alors que le règlement stipule qu’elles doivent être uniquement lancées dans les jambes. C’est enfin moins grave que les blessures infligées à des journalistes couvrant ces manifestations, dont l’un est toujours dans le coma. Indécence donc d’un Ministre qui ose se plaindre, et il faut voir en quels termes, alors que les manifestations font parties des « risques du métier » pour tout membre du gouvernement. Oublie-t-il que le gouvernement auquel il appartient a usé de l’article 49.3 pour faire passer, en première lecture cette loi qui rassemble aujourd’hui contre elle une majorité de français, ce qui est d’une autre violence, bien supérieure, que l’œuf qui a atterri sur son crâne ? Oublie-t-il qu’en tant que membre de ce même gouvernement, il est solidaire de son Premier-ministre dans la décision d’user de l’article 49.3 ? Visiblement Monsieur Macron ne connaît pas le droit constitutionnel ni la commune décence en cette affaire.

 

Indécence d’attitude

Mais il y a une autre indécence. La visite du sieur Macron venait alors que la Poste se préparait à sortir un timbre commémorant les 80 ans du Front Populaire. Or, le sieur Macron représente dans sa politique comme dans ses idées, l’exact opposé de ce qu’a pu représenter le front populaire. Non qu’on lui conteste le droit d’avoir ses idées, même si elles sont nocives et mauvaises. Mais la commune décence, oui cette « common decency » dont parlait George Orwell – et que plusieurs philosophes ont exhumée – aurait dû lui faire comprendre que sa venue ne pouvait manquer de provoquer des protestations. Et parmi les formes de protestation qui sont communes en France, il y a le jet d’œuf, les pommes cuites et les tomates pourries. C’est la première qui a donc été utilisée. Le ci-devant ministre peut s’estimer heureux que les manifestants n’aient pas utilisé des pavés ou des boulons, autres formes de protestation à l’honneur dans la classe ouvrière. Alors, que le sieur Macron n’ait pas apprécié ce geste, on peut le comprendre. Mais qui ne puisse comprendre que sa venue, avec tout ce qu’il représente en matière de politique d’abandon des services publics, en matière de régression sociale, soient insupportables pour de très nombreuses personnes de notre pays, cela on avoue ne pas pouvoir le comprendre. Voici donc le membre d’un gouvernement qui a brutalisé une large partie des travailleurs de notre pays, dont les idées sont aux antipodes du progrès social, qui vient parader dans une banlieue ouvrière et qui s’étonne des réactions que cela provoque. Voici bien une autre indécence, une indécence bien aussi grave que la première.

 

Du respect et des gens respectables

Si les membres du gouvernement veulent donc être respectés, il faut qu’ils soient respectables. Sur ce point aussi Emmanuel Macron est coupable. Ses déclarations sur le « costume » en sont l’une des multiples preuves. Nous ne reprochons pas au sieur Macron de faire de la politique. Son mouvement « En Marche », lancé avec la complaisance des grands médias et alimenté par de l’argent collecté à l’étranger, nous indiffère. Nous ne reprochons pas au sieur Macron ses manœuvres avec le maire de Lyon, Monsieur Gérard Collomb[2], pour se trouver une circonscription accueillante. Nous ne lui reprochons pas ses ambitions présidentielles, au demeurant bien risibles dans l’état actuel des choses. Ce que nous lui reprochons c’est de ne pas comprendre que quand on a ces ambitions, quand on a ces projets politiques, on se doit d’être respectable chose qu’à l’évidence il ne comprend pas. Le respect n’est entré dans son crâne de « fort-en-thème », pour ne pas dire son crâne d’œuf, que sous la forme de ce qui lui est dû et non pas de ce qu’il doit aux autres. Comme il ne comprend pas toute l’indécence qu’il y a à venir parader pour ce qui représente dans les faits un enterrement symbolique de ce qu’a pu représenter le Front Populaire dans ce qui fut justement un des bastions de la gauche historique, et à se plaindre de manifestation quand d’autres de nos concitoyens souffrent dans leur chair des conséquences des violences policières.

Ce comportement est bas, il est petit ; de la taille d’un micron.

 

[1] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/couacs/2016/06/06/25005-20160606ARTFIG00115-macron-accueilli-par-des-jets-d-oeufs-lors-d-un-deplacement-a-montreuil.php

[2] http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/06/02/25002-20160602ARTFIG00319-gerard-collomb-cajole-ce-cher-emmanuel-macron.php

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 16:56

Les réflexions de "canempechepasnicolas"

par Jean LEVY :

 

Ainsi, le Premier ministre ose évoquer l'interdiction des manifestations syndicales sous prétexte que le "service d'ordre de la CGT" n'effectue pas, vis-à-vis des 'casseurs' le rôle dévolu à la police ! 

 

Mais le SO de la Confédération n'est pas une milice armée. Elle vise simplement à protéger les manifestants CGT d'agressions des commandos cagoulés et entrainés pour les combats de rue. 

 

C'est aux CRS et aux gendarmes mobiles, en tenue de guerre et armés jusqu'aux dents, à interdire le regroupement de ces bandes "incontrôlées". Or, à chaque manifestation, celles-ci peuvent impunément prendre la tête du cortège, bien équipées et qui brisent  systématiquement les abribus, les devantures des magasins, face aux multiples forces de polices qui, manifestement, ont la consigne de regarder ailleurs. Et ce n'est que quand celles-ci sont l'objet d'attaques, et que l'ordre leur en soit donné, qu'elles réagissent à coup de bombes lacrymo, qui tombent indistinctement sur les manifestants pacifiques... Le pouvoir politique, Manuel Valls en premier, peut alors dénoncer les violences et en rejeter la responsabilité sur les organisations syndicales, sur la CGT, en particulier. 

 

Coup double pour le gouvernement PS : celui-ci peut ainsi tenter d'opposer l'opinion publique aux organisations syndicales accusées d'être responsable du désordre, et tenter ainsi de d'isoler celles-ci pour faire passer sa loi patronale au nom de 'l'ordre républicain'.

 

Pour cet objectif, François Hollande et ses ministres sont prêts à tout, car la loi appelée "El Khomeri" n'est que le copié-collé des directives bruxelloises imposées par la Commission européenne à tous les gouvernements sous contrôle : réduire à néant toutes les protections sociales - le Code du Travail, en France - qui sont autant d'obstacles à la "concurrence libre et non faussée" des marchés, le crédo sacré de l'Union européenne. 

 

Chaque Français doit être averti des enjeux de la bataille sociale en cours dans notre pays : c'est la menace d'un Etat policier, totalitaire pour contraindre le peuple français à passer sous les fourches caudines du Medef, et, au-delà, de l'oligarchie financière européenne.

 

C'est à travers l'affrontement capital-travail que connaît notre pays, le combat pour la souveraineté de notre peuple et l'indépendance de la France qui sont en cause.

 

Ce n'est pas sans rappeler les années 1938-1940 où l'écrasement de la classe ouvrière, le 30 novembre 1938, a précédé de peu l'interdiction des organisations démocratiques, la défaite, la guerre, l'Occupation et la dictature de l'Etat français.

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