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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 17:17
Par Jacques Sapir
mardi 17 février 2015, source Comité Valmy

 

 

France 5 va diffuser, mardi 17 février, un soi-disant « documentaire » (en réalité une « docu-fiction ») sur une sortie de l’Euro[1]. J’ai été interviewé dans la préparation de ce « document ». Ce que j’en ai vu ne plaide pas en sa faveur. Ce n’est pas l’Euro à la télévision mais la télévision qui se saisit, et dans le plus mauvais sens du terme, de l’Euro. Passons sur le fait que les personnes doutant de l’Euro, ou les partisans d’une dissolution de la zone Euro ne sont que très faiblement représentées. Le plus grave est la volonté consciente et délibérée des réalisateurs de provoquer une inquiétude, voire une panique, dans l’opinion. On détaillera ici les principales remarques.

 

1.L’hypothèse présentée (une crise des banques en Italie) est absurde. Aucun pays ne sortira de l’Euro en raison d’une crise bancaire. Nous en avons connu par le passé et il ne fut jamais question d’une sortie de l’Euro. Une crise de liquidité peut être gérée par la BCE ou par la Banque Centrale du pays considéré. Les seules raisons qui peuvent provoquer une sortie de l’Euro sont la question des dettes souveraines et des difficultés économiques de compétitivité insurmontables rendant impératives une dépréciation de la monnaie.

 

2.Le ton de cette « docu-fiction » est volontairement alarmiste et même catastrophiste. On sent la volonté délibérée d’affoler la personne qui regarde. C’est une attitude indigne et honteuse de la part de France 5.

 

3.De nombreuses erreurs factuelles, que j’avais signalées, sont pourtant reproduites dans cette « fiction ». Il en est ainsi de la question des dettes (aucune mention n’est faite de ce qu’un bon du Trésor est remboursable dans la monnaie du pays émetteur quelle que soit cette monnaie), la question de la hausse des prix est traitée de manière absurde ainsi que la « panique bancaire ». On ne voit pas pourquoi et surtout comment une conversion de l’Euro à une monnaie nationale provoquerait une panique bancaire. Rappelons que dans le cas de la crise de Lehmann Brother, c’était par la destruction d’une partie de l’actif (les dettes considérées comme « mauvaises ») mais surtout en raison d’une crise de liquidité internationale que les banques ont eu des problèmes. Dans le cas d’une sortie de l’Euro, il n’y aura aucune crise de liquidité internationale, et la question du passif des banques a été étudiée en 2012, montrant que dans l’ensemble des pays (sauf l’Espagne) il n’y aurait aucun problème.

 

4.L’idée d’une interruption du commerce international, qu’agite ce pauvre Dessertine est tout aussi absurde. Il n’hésite pas à travestir la réalité des faits pour faire passer son discours : la chute du commerce international en 1930 n’est nullement le produit des dévaluations (qui sont pour la plupart survenue après, d’ailleurs), mais de la crise de liquidité générale, engendrée par la faillite des banques américaines. Ce point a été établi il y a des années dans une étude du NBER[2] (via la contraction du crédit qui toucha plus particulièrement les firmes commerciales[3]). C’est l’extension de cette crise de liquidité qui a provoqué l’extension de la crise en Europe, et non les dépréciations monétaires ou le protectionnisme[4]. Les conditions d’assurance du trafic maritime se sont détériorées et les moyens financiers des négociants maritimes se sont contractés brutalement. Un produit est vendu par une entreprise française en France et non plus en Euro. Si le Franc est dévalué par rapport à l’Euro, cela avantage l’acheteur. Pourquoi ce dernier refuserait-il de faire ce qu’il peut considérer comme une « bonne affaire » ? Le Franc (comme la Lire) se dévaluerait en fonction du déséquilibre actuel de notre balance commercial. Cela implique une dévaluation d’environ 20% (25-30% pour la Lire).

 

5.Les effets positifs d’une sortie de l’Euro (relance de l’activité économique, afflux de touristes, investissements étrangers) sont systématiquement passés sous silence. La relance de l’activité viendrait non seulement des exportations mais des gains sur le marché intérieur (substitution aux importations). L’attrait touristique de la France, déjà élevé, se verrait accru par une dévaluation de 20%. Enfin, les investissements directs étrangers seraient attirés à la fois par la baisse du prix (effet de la dépréciation du Franc) et par l’activité économique. De ces aspects positifs, qui se feraient assez rapidement sentir et qui se manifesteraient de 3 à 5 ans à la suite de la dislocation de l’Euro, il n’est rien dit. Cela confirme que l’on est en présence d’une fiction « à charge » dont le seul but est de faire peur.

 

6.L’ensemble des discours argumentant qu’une dissolution de la zone Euro conduirait à un retour des conflits qui ont ensanglanté l’Europe au XXème siècle relève de la même démarche. La Suède et la Grande-Bretagne ne font pas partie de la zone Euro (techniquement de l’UEM), et pourtant on ne voit pas les conflits s’exacerber avec ces pays ou bien même entre ces pays. Par ailleurs, peut-on vraiment prétendre qu’il y a aujourd’hui moins de conflits et de ressentiments entre la Grèce, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne qu’il y en avait avant 1999 ? On mesure l’absurdité, mais surtout la malhonnêteté insigne des gens qui nous affirment tout de go que « l’Euro c’est la paix ».

 

7.Par contre, deux choses sont montrées qui ont un certain intérêt. D’une part, qu’en cas de sortie d’un pays comme l’Italie (ou l’Espagne) la France ne pourrait pas rester dans l’Euro. C’est un point important. A cet égard, il convient d’oublier toutes les stupidités sur l’appartenance de la France au « Nord » ou encore l’idée d’opposer un « nord » vertueux à un « sud » qui ne le serait point. Il y a des réalités économiques, des spécialisations industrielles, dont les effets s’imposent et s’imposeront, que les politiques le veuillent ou non. D’autre part, que si nous décidons de sortir de l’Euro, il faut le faire vite. Il ne serait pas raisonnable de laisser s’écouler plusieurs semaines entre la décision et son application.

 

Le téléspectateur peut donc oublier cette « fiction » et ce consacrer à autre chose. Un véritable documentaire accompagné d’un véritable débat reste à produire. Mais il est clair qu’il ne faut compter sur les chaînes du « service public » pour tenir ce rôle, pourtant fort nécessaire, d’information des citoyens.

 

[1] http://www.lepoint.fr/economie/bye-bye-l-eururo-16-02-2015-1905300_28.php

[2] A. Estevadeordal, B. Frants, A. M. Taylor, « The Rise and Fall of World Trade, 1870-1939 », NBER Working Papers Series, n° 9318, Cambridge, National Bureau of Economic Research, 2002

[3] J. Foreman-Peck, A History of the World Economy : International Economic Relations since 1850, New York, Harvester Wheatsheaf, 1995, p. 197.

[4] A. Schubert, The Credit-Anstalt Crisis of 1931, Cambridge, Cambridge University Press, 1991

Jacques Sapir

Ses travaux de chercheur se sont orientés dans trois dimensions, l’étude de l’économie russe et de la transition, l’analyse des crises financières et des recherches théoriques sur les institutions économiques et les interactions entre les comportements individuels. Il a poursuivi ses recherches à partir de 2000 sur les interactions entre les régimes de change, la structuration des systèmes financiers et les instabilités macroéconomiques. Depuis 2007 il s’est impliqué dans l’analyse de la crise financière actuelle, et en particulier dans la crise de la zone Euro.


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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 17:44

Le changement dans la continuité

Ne nous laissons pas prendre au piège des « bonnes paroles »

les candidats Udi-UMP ne feront pas demain ce qu’ils n’ont pas fait hier

François  Cholley        Marianne  Duranton      Claude Lourdin           Thérèse Leroux

Maire de Villemoisson      Conseillère générale             Associatif                maire  Villiers sur orge

                                              sortante Longjumeau              SGDB

 

        remplaçant                                 candidats titulaires                          remplaçante

                                                                                                                                                      

Que nous disent-ils ?

Les 22 et 29 mars auront lieu les élections départementales qui vous permettront d'élire deux conseillers départementaux (une femme et un homme) pour vous représenter sur le nouveau canton regroupant les communes de Sainte-Geneviève-des-Bois, Morsang-sur-Orge, Villemoisson sur Orge et Villiers sur Orge. C'est une élection importante car le Conseil général est une collectivité qui doit vous aider au quotidien.

 

Nos communes sont aujourd'hui très pénalisées par les différentes mesures lancées par l'actuel gouvernement : Baisse des subventions, modification sans concertation de la carte des intercommunalités, réforme coûteuse des rythmes scolaires, hausses massives des charges sur les salaires des fonctionnaires...

 

Parallèlement, l'actuelle majorité départementale socialo-communiste de l'Essonne n'est pas à la hauteur des enjeux qui doivent être ceux d'une collectivité moderne. Elle se désengage de dossiers aussi importants que l'aide au fonctionnement des crèches, les transports ou le développement du très haut débit. Dans ses compétences, elle n'est pas non plus performante et préfère souvent des opérations d' affichage, il est temps de mettre fin à la politique de communication incessante menée par cette majorité dont le Président est plus habitué à fréquenter les plateaux télé qu'à s'occuper des Essonniens. G'est la raison pour laquelle nous avons

décidé de nous présenter aux élections départementales, pour agir véritablement dans l'intérêt des Essonniens, et faire entendre la voix des valdorgiens. Vous nous connaissez tous : une conseillère générale sortante, deux maires et un responsable associatif. Notre capacité de travail, d'écoute, d'analyse et notre volonté de faire avancer les dossiers avec bon sens, détermination et d’esprit d'ouverture sont reconnus de vous tous.

 

Notre seule ambition : vous servir, servir l'Essonne.

 

Nos priorités : être efficaces et proches de vous sur le terrain pour répondre à vos véritables préoccupations. _

 

 

Décodage …

 

Ils écrivent en Une de leur premier 4 pages que Nos communes sont aujourd'hui très pénalisées par les différentes mesures lancées par l'actuel gouvernement, en fait ce que nous savions déjà, mais c’est une vérité tronquée car ils omettent soigneusement de préciser qu’il n’a fait qu’emboîter le pas au précédent, Sarkozy-Fillon , à majorité Udi-UMP.

 

UMP, qui exige qu’il aille encore plus vite et plus loin en matière d’austérité et de casse de notre système de protection sociale pour ne laisser que la charité, et l’économie sociale et solidaire, les « petits boulots » comme ultimes recours pour les plus démunis. Ce que fait très bien l’actuelle majorité de gauche départementale, d’ailleurs elle s’en vante.

 

Ils enfoncent des portes béantes mais regardent avec des verres déformants. Quels est depuis plus de trente ans le gouvernement qui n’a pas taxé plus fortement les salaires des fonctionnaires et assimilés ou piqué des fonds dans la caisse nationale de retraite agents des collectivités territoriales.

 

Après s’en être pris aux supposés nantis des entreprises à statuts ils attaquent maintenant les autres corporations afin, disent-ils, de faire encore plus baisser les coûts devenus de plus en plus insupportable pour les ménages étranglés par l’austérité. Les salaires, les retraites et pensions sont bloqués. En l’absence se véritable solidarité interprofessionnelle il n’y a aucune raison qu’ils s’arrêtent en si bon chemin.

 

Les offices notariaux, les pharmaciens sont dans le collimateur…

 

Le secteur 2 légalisant les dépassements d’honoraires médicaux a été mis en place sous Raymond Barre en 1980 pour assurer des revenus plus confortables aux praticiens, aujourd’hui 86 % des chirurgiens se sont engouffrés dans la brèche, seulement 6 % des généralistes, source : http://quoi.info/actualite-sante/2012/11/12/depassement-honoraire-accord-1152943/. Entre temps aucun des gouvernements qui se sont succédés, incapables de relancer la machine économique, n’a envisagé d’annuler cette mesure, pire, ils ont institué une réduction systématique sur chaque remboursement.

 

La réforme Peillon a fait couler beaucoup de salive, elle ne s’imposait pas, elle est aujourd’hui entrée en application, au rabais à Villiers sur orge. Nul candidat ne peut nous faire croire qu’il fera demain au Conseil départemental ce qu’il n’a pas fait hier au niveau communal.

La critérisation d’attribution des subventions, mise en forme puis adopté par le conseil régional sur injonction gouvernementale, a ensuite été relayée par le Conseil Général de l’Essonne, validé ensuite par la quasi totalité des communes et Communautés d’Agglo dont celle du Val D’Orge. A part quelques pleurnicheries il serait vain de rechercher un candidat d’aujourd’hui qui s’y soit réellement opposé hier.

Il convient de noter qu’en 2011 le gouvernement Fillon était soutenu par une majorité de droite, la région et le conseil général étaient à majorité PS et apparentés. Le groupe UMP, en opposition à la majorité socialiste du conseil régional en avait dénoncé les dangers en 2011 par simple opportunisme, la majorité « socialiste » de l’Essonne a validé, les collectivités territoriales obéissant à la voix de leurs donneurs d’ordres ont fait de même.

Mais citons la déclaration du porte parole du groupe UMP du conseil Régional à propos de cette réforme :

« Car sous couvert de manifester une plus grande solidarité des territoires, votre dispositif n’est en réalité rien d’autre qu’une vaste machine à exclure du soutien régional quantité de collectivités franciliennes et avec elle les centaines de milliers de Franciliens qui y vivent.

Il n’y a dans cette affirmation aucune spéculation, aucune dimension partisane, simplement l’observation scrupuleuse des faits.

Si je lis bien votre dispositif – mais, j’aurai l’occasion d’y revenir, il semblerait que plusieurs lectures soient possibles –, la modulation que vous proposez permettrait sur une base de 100 d’aboutir à une subvention allant de 90 à 150 suivant que, dans la logique de votre système, la collectivité qui sollicite la subvention est considérée comme plus ou moins « vertueuse ».

Or j’observe que dans le même temps, et malgré des ressources régionales sanctuarisées grâce au soutien de l’Etat, les crédits consacrés par l’institution régionale à l’aménagement des territoires régressent.

En 2007, ces crédits s’élevaient à 89 millions d’euros en investissement. En 2011, vous n’avez inscrit que 64 millions d’euros au budget (1.4 % du budget régional) : près de 30 % en moins !

Quand je pense que vous ne cessez de vous poser en garant de la défense des territoires et en donneur de leçons vis-à-vis de l’Etat, il y a de quoi s’étrangler ! On ose à peine imaginer quelle serait votre réaction si l’Etat décidait de réduire son soutien à la région de 30 % en 4 ans … C’est pourtant le sort que, sans aucun scrupule, vous avez fait subir aux collectivités franciliennes.

D’un côté, un budget qui baisse ; de l’autre des aides unitaires qui augmentent… tout le monde a compris le résultat : c’est moins de collectivités subventionnées. »

Le texte complet est consultable à l’adresse suivante : critérisation selon l'UMP

 

Qui porte la responsabilité de cette situation sinon ceux qui l’ont initiée, ceux qui l’ont approuvée et relayée, ceux qui n’ont rien dit…Au parlement, dans les assemblées Régionales, Départementales, communautaires et locales, à Villiers sur Orge en particulier ou la majorité de droite s’apprête aujourd’hui à réduire de 10% les dépenses de fonctionnement, c'est-à-dire les services rendus à la population sans que son «opposition » n’y trouve à redire.

 

Si les essonniens ont vu leur qualité de vie se dégrader depuis 18 ans avec l’augmentations sans précédent du chômage et du nombre d’allocataires du RSA, si les transports fonctionnent mal, ou sont insuffisants, et si le tarif des crèches sic page 3 s’envolent la responsabilité en est largement partagée par la quasi-totalité de la classe politique y compris par les tendances qui leur sont associées non pas pour le meilleur mais pour le pire.

 

A chacun de se déterminer, mais comment faire la différence la différence entre les uns et les autres ? Ils sont tous vecteurs d’une austérité à laquelle ils ne se sont jamais opposés, pour la répercuter au sein des assemblées dans lesquelles ils siègent, surtout préoccupés par la préservation des strapontins qu’ils occupent et des avantages qui leur sont attachés.

 

C’est la crise, sous tout ses aspects, l’absence d’imagination et la résignation face à ce qui nous est présenté comme étant inéluctable.

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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 17:05
le décryptage de Jacques Sapir
Alexandre Devecchio
Figaro magazine

source Comité Valmy

Jacques Sapir dirige le groupe de recherche Irses à la FMSH, et coorganise avec l’Institut de prévision de l’économie nationale (IPEN-ASR) le séminaire franco-russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie. Vous pouvez lire ses chroniques sur son blog RussEurope.

 

Pour l’économiste Jacques Sapir, les crises qui secouent l’Europe de la Russie à la Grèce témoignent de la faillite d’une certaine forme de construction européenne.

 

Au terme de plusieurs heures de négociations à Minsk, les présidents ukrainien, russe, Angela Merkel et François Hollande se sont mis d’accord sur un cessez-le-feu à partir du 15 février tandis qu’à Bruxelles, les dix-huit ministres des finances de la zone euro ne sont pas parvenus à trouver un accord sur la dette grecque. Ces deux crises, bien que très différentes, témoignent-elles d’un bouleversement des rapports de force en Europe ?

 

Ces deux crises n’ont pas le même objet, le même contexte et ne mettent pas en présence les mêmes acteurs. Dans le cas de la crise ukrainienne, nous sommes en présence d’un problème de sécurité, tant dans le sens étroit (il y a une guerre civile actuellement dans le Donbass) que dans un sens plus large (comment penser la sécurité sur le continent européen). Cette crise n’est pas réglée par l’accord de Minsk même si, et pour la première fois, on peut faire preuve d’un relatif optimisme.

 

À Minsk, il y a un vainqueur, et il faut le reconnaître, c’est Vladimir Poutine.

Dans le cas de la crise grecque, ce qui est en cause est à la fois la manière dont on a traité ce pays depuis maintenant près de 5 ans ET la question des choix économiques et des choix institutionnels qui ont été faits en Europe. À Minsk, il y a un vainqueur, et il faut le reconnaître, c’est Vladimir Poutine. Dans le cas de la Grèce ce sera, de toutes les manières, bien plus complexe. Ce que l’on peut dire c’est que nous vivons un moment historique marqué à la fois par un retour de la Russie sur le jeu européen et par la crise, voire la faillite, d’une certaine forme de construction européenne.

 

En cas d’échec des négociations avec l’Union européenne, la Grèce peut-elle se tourner vers la Russie ?

C’est une possibilité. Le Ministre des Finances de la Fédération de Russie, M. Siluanov, a évoqué la possibilité d’un prêt direct de la Russie à la Grèce. Mais, cette option n’est pas aujourd’hui la plus probable. Néanmoins, si la Grèce devait faire défaut et sortir -de fait- de la zone Euro, on peut parfaitement imaginer un accord de swap entre la Banque Centrale de Grèce et la Banque Centrale de Russie pour permettre à la Grèce de revenir à sa monnaie nationale avec des réserves de change suffisantes. Il est très probable que ceci a été évoqué lors des entretiens qui se sont déroulés entre le ministre des affaires étrangères grec et son homologie russe.

 

Nous vivons un moment historique marqué à la fois par un retour de la Russie sur le jeu européen et par la crise, voire la faillite, d’une certaine forme de construction européenne

 

À terme, cela peut-il déboucher sur une recomposition complète du paysage géopolitique en Europe ?

 

En tout les cas, il est clair que les équilibres géopolitiques sont en train d’évoluer très vite en Europe. L’Allemagne constate aujourd’hui l’impasse de sa politique. Elle a acceptée un mécanisme fédéral, l’Euro, mais à la condition que ce mécanisme ne l’entraîne pas vers ce que l’on appelle une « union de transfert », c’est à dire une logique réellement fédérale qui verrait l’économie allemande financer à hauteur de 8% à 10% de son PIB le reste de l’Europe. Elle a beaucoup, et certainement trop, bénéficié de cette situation. Mais aujourd’hui elle se trouve coincée entre une revendication légitime grecque qui, si elle aboutit, la conduira vers cette union de transfert qu’elle veut éviter par dessus tout et un éclatement de la zone Euro dont elle porterait la responsabilité.

 

Ces deux issues terrifient les gouvernants allemands. En un sens, ils terrifient aussi les gouvernants français qui sont sommés par la victoire de Syriza aux élections, de prendre leurs responsabilités. Aucun n’en a envie, et le statu-quo actuel leur convient. Mais, ce statu-quo est devenu impossible à reproduire. C’est une des raisons de l’hystérie diplomatique qui a saisie les dirigeants de nos deux pays ces derniers jours. Mais, en réalité ils n’ont aucun projet de recomposition du paysage géopolitique européen. Nous allons vers une crise grave du fait du manque d’imagination, mais par dessus tout du manque de courage, de ces dirigeants.

 

Le vieux rêve du général de Gaulle d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural est-il en train de renaître ?

Nous allons vers une crise grave du fait du manque d’imagination, mais par dessus tout du manque de courage, de ces dirigeants.

 

De fait, quand vous lisez le préambule de l’accord qui a été signé à Minsk, vous voyez une allusion très claire à un espace humanitaire et économique commun allant de l’Atlantique au Pacifique.

 

Mais, pour qu’une telle perspective ait une chance de se réaliser, il faudrait que les dirigeants européens, et bien entendu les dirigeants allemands et français en premier lieu, comprennent ce qu’exige la situation. De fait, l’Europe est en train de périr de la zone Euro. Il est paradoxal, mais ce fut dit par bien des économistes, que l’incomplétude de la zone Euro puisse entraîner l’Europe dans sa perte. C’est ce qui arrivera si l’on ne se décide pas aujourd’hui de dissoudre dans le calme l’Euro.

 

Les tensions montent en Europe, et l’image de l’Allemagne s’est profondément dégradée. Nous vivons en réalité un « moment national » qui se caractérise dans de nombreux pays par une révolte populaire contre les dénis de souveraineté organisés et perpétrés à Bruxelles. Si l’on veut sauver l’Europe il faut soit imposer un changement radical de politique économique, ce que propose Syriza mais que refuse et refusera Berlin pour des raisons que l’on peut comprendre soit redonner de la flexibilité aux relations entre les pays, et permettre à ces derniers de recouvrer leur monnaie et de dévaluer si la situation l’impose. Le choix de l’une ou l’autre de ces solutions permettrait de repartir de l’avant et de tendre la main à la Russie. Mais, les dirigeants allemands et français sont incapables de faire l’un ou l’autre. Ils présideront donc à la destruction de ce qu’ils ont cru construire.

 

L’Europe est en train de périr de la zone Euro.

 

Un scénario catastrophe est-il néanmoins totalement à exclure ? Les crises peuvent-elle déboucher sur une explosion sauvage de l’Europe, voire sur une guerre ?

 

Il faut dire tout de suite qu’une guerre généralisée, sur le modèle de la Seconde Guerre mondiale, est impossible aujourd’hui en Europe. Outre le fait que des puissances nucléaires seraient directement impliquées, la densité des installations civiles mais dont la destruction aurait des effets comparables à des armes atomiques (centrales nucléaires, usines chimiques, etc…) est telle que cela exclu tout scénario de guerre généralisée. Par contre, un scénario d’explosion de l’Europe est pensable, et peut-être même probable. Il faudrait, dès aujourd’hui réfléchir sur les contours de ce que serait une « autre Europe », une Europe plus démocratique, plus proche des peuples, et qui serait plus efficace. Il est d’ailleurs frappant que les grands succès ont été le fait de coopérations multilatérales autour d’un maître d’œuvre, qu’il s’agisse d’Airbus, de l’Agence Spatiale Européenne, d’Ariane, et non de projets mis en œuvre par la commission européenne. Cela devrait inciter les politiques à réfléchir.

12 février 2015

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:23

Par Salim Lamrani

 

Les médias occidentaux se sont largement fait écho de l’interdiction d’une manifestation de l’opposition, oubliant de rappeler que cela est monnaie courante dans les démocraties occidentales.

 

L’interdiction de la manifestation organisée par l’artiste cubaine Tania Bruguera, qui réside aux Etats-Unis, qui était prévue pour le 30 décembre 2014 Place de la Révolution, lieu emblématique de La Havane où se déroule la plupart des évènements politiques officiels, a suscité de nombreuses polémiques et controverses. La presse occidentale a mis à l’index le gouvernement cubain, l’accusant de restreindre la liberté d’expression et de porter atteinte aux droits fondamentaux[1].

 

La convocation, sous couvert d’expression artistique dénommée « le murmure de Tatlin n°6 », se voulait être une plateforme politique ouverte aux secteurs de l’opposition, y compris ceux liés à la Section d’intérêts des Etats-Unis et qui reçoivent un financement de la part de Washington pour leurs activités. Des initiatives similaires étaient prévues le même jour à New York et Miami. Les autorités de la capitale ont décidé de ne pas accorder d’autorisation officielle pour cette initiative[2].

 

Le Conseil national des arts plastiques (CNAP) de Cuba s’est désolidarisé de Tania Bruguera, l’accusant d’instrumentaliser son appartenance à l’institution pour organiser une manifestation non pas artistique mais politique. De son côté, l’Association des artistes plastiques de l’Union des écrivains et artistes de Cuba a dénoncé « une provocation politique » dont le but est de « s’opposer aux négociations [entre Raúl Castro et Barack Obama] qui suscitent l’espoir de nombreux êtres humains, et d’abord des onze millions de Cubains[3] ».

 


Manifestation devant la Place de la Révolution le 30 décembre 2014

 

Faisant fi de la décision des autorités gouvernementales, Tania Bruguera a décidé de maintenir sa convocation, ce qui l’a conduite en garde à vue pendant quelques heures pour violation de décision préfectorale, trouble à l’ordre publique et refus d’obtempérer. La police a également empêché d’autres figures de l’opposition telles que Yoani Sánchez et son mari Reinaldo Escobar, de participer à l’évènement[4].

 

Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude et ont condamné les arrestations d’une dizaine de personnes. Le Département d’Etat a publié un communiqué virulent contre le gouvernement de La Havane : « Nous condamnons énergiquement le harcèlement continu de la part du gouvernement cubain et le recours répété à la détention arbitraire, parfois avec violence, pour faire taire les critiques, perturber les réunions pacifiques et la liberté d’expression, et intimider les citoyens[5] ».

 

Néanmoins, ce que la presse occidentale et Washington omettent de déclarer, c’est que Tania Bruguera aurait également été arrêtée dans n’importe quelle démocratie occidentale. Obtenir l’autorisation des autorités pour manifester est une norme mondiale. En France, par exemple, où des centaines de demandes de manifestations sont refusées chaque semaine, il est rigoureusement interdit d’organiser tout rassemblement sans l’accord écrit de la Préfecture de police. La demande doit être effectuée « au moins un mois avant la date de manifestation » et « ce délai est porté au minimum à trois mois si l’événement projeté rassemble une foule importante[6] ».

 

Par ailleurs, « chaque demande doit comporter tous renseignements utiles sur l’organisateur (personne physique ou morale) et sur la manifestation (nature, date, lieu, horaire, nombre de participants…) ». En France, les organisateurs de manifestations sont pénalement responsables de tous les dégâts susceptibles d’être causés lors de l’événement. La Préfecture de police insiste sur ce point : « L’organisateur doit assumer la charge de la sécurité générale sur le site affecté à la manifestation. En cas de dommages ayant pour cause l’imprudence ou la négligence, la responsabilité civile, voire pénale, de l’organisateur peut être engagée sur le fondement des articles 1382 et suivants du code civil et des articles 121-1, 121-2, 223-1 et 223-2 du code pénal[7] ».

 

Ainsi, durant l’été 2014, la France a été le seul pays au monde à interdire des manifestations de solidarité avec la Palestine suite à l’agression meurtrière d’Israël contre Gaza. La police avait violemment dispersé les manifestants et avait procédé à des dizaines d’interpellations. Plusieurs personnes ont été lourdement sanctionnées par la justice pour avoir bravé l’interdiction préfectorale[8].

 

Le refus d’autorisation des autorités cubaines est aisément compréhensible. La Place de la Révolution regroupe les sièges du gouvernement, du Comité central du Parti communiste et des Forces armées. En France, une manifestation devant le Palais de l’Elysée, où réside le Président de la République, serait impensable.

 

Encore une fois, un événement banal – une manifestation non autorisée et la mise en garde à vue par la police des protagonistes n’ayant pas respecté la décision des autorités –, qui passerait inaperçu dans n’importe quel autre pays du monde, fait la une de la presse internationale dès lors qu’il s’agit de Cuba. Cela en dit long sur l’impartialité des médias dans les démocraties occidentales.

Salim Lamrani

 

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.

Son nouvel ouvrage s’intitule Cuba. Les médias face au défi de l’impartialité, Paris, Editions Estrella, 2013 et comporte une préface d’Eduardo Galeano.

http://www.amazon.fr/Cuba-m%C3%A9dias-face-d%C3%A9fi-limpartialit%C3%A9/dp/2953128433/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1376731937&sr=1-1

 

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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 18:02
Suite à l’abstention de la France lors du vote à l’ONU de la résolution de lutte contre la glorification du nazisme présentée par la Russie :
Source Comité VALMY


M. le Président de la République,

 

Le fascisme est partout renaissant en Europe, singulièrement dans les pays désormais indépendants de l’ex-URSS, où des forces obscures très puissantes utilisent le néonazisme comme vecteur idéologique de leur émancipation nationale et de leur souveraineté territoriale. Dans ces milieux et au-delà, la crise ukrainienne, politiquement et diplomatiquement surexploitée pour dénigrer la Fédération de Russie, sert de prétexte à de multiples tentatives de réhabilitation du III° Reich, en particulier dans les pays baltes où les monuments commémorant la victoire de 1945 sont régulièrement profanés, avec la complicité passive ou explicite des gouvernements concernés.

 

L’occident n’est nullement à l’abri de ces très dangereux débordements. Au mépris de ses statuts historiques, l’Union européenne tolère, en son sein, des formations qui ont pu impunément envoyer au parlement plusieurs députés légalement élus quoique nazis autoproclamés.

 

Face à cette situation, qu’alimente et qu’aggrave une crise économique sans fin sur le vieux continent, la Russie soumet tous les ans, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, une résolution appelant à ne pas admettre "cette glorification des nazis et de leurs acolytes qui, en brandissant des croix gammées et en défilant le bras tendu, font ouvertement l’apologie de la xénophobie et de la supériorité raciale."

 

Hélas, les Etats-Unis, le Canada et les îles Marshall votent systématiquement contre ce texte et l’Union européenne - dont la France - qui paraît en l’occurrence renouer avec le funeste esprit de Munich, choisit de s’abstenir. Opposants et abstentionnistes allèguent... le respect de la liberté d’expression pour justifier leur décision ! Sous le même prétexte, ils bloquent l’adoption de décisions similaires à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Lamentable et périlleuse attitude qui peut s’interpréter comme un blanc seing délivré aux mouvements fascistes pour poursuivre leurs criminelles activités.

 

Le prétexte invoqué cette année pour le vote contre le texte ou l’abstention est la crise ukrainienne et l’ « annexion » de la Crimée. Il faudrait faire comprendre à Vladimir Poutine que l’occident ne tolèrera pas une Russie expansionniste. Ceci n’est bien entendu qu’un prétexte puisque en novembre 2013, alors que la crise ukrainienne commençait à peine et qu’il n’était pas question des mouvements séparatistes de l’est de l’Ukraine ni de la Crimée, le vote avait été le même. Plus remarquable encore le vote de décembre 2010 alors que le président russe était Dmitri Medvedev, réputé pour être plus proche de l’occident que l’actuel président russe.

 

Il n’est pas acceptable que les initiatives russes sur le plan diplomatiques soient ainsi méprisées. L’énorme tribut payé par l’ex-URSS durant la Deuxième guerre mondiale l’interdit moralement. Les Résistants d’Europe, et en particulier français, savent ce qu’ils doivent à l’Armée rouge. Sans ses victoires décisives sur Hitler, la bataille mondiale pour la liberté, n’aurait pas été possible et les Alliés n’auraient jamais débarqué en Italie ni sur les côtes de Normandie. Faut-il rappeler qu’à la date du jour J, le 6 juin 1944, la Wehrmacht était partout en déroute sur le front de l’est et qu’Hitler avait donc, déjà, perdu la guerre ? Faut-il rappeler que, sans les sacrifices soviétiques, la France n’aurait jamais recouvré sa liberté ? Faut-il rappeler que, sans les victoires de Moscou, Stalingrad et de Koursk - principales défaites militaires nazies - le monde n’aurait jamais pu s’affranchir du fascisme ni l’Organisation des Nations Unies voir le jour ?

 

Nous voudrions aussi vous rappeler, monsieur le Président, qu’au printemps et en été 1942 le général de Gaulle a en vain essayé de persuader les alliés d’ouvrir le « second front ». Si le général de Gaulle avait été écouté ce sont des millions de personnes, en Union Soviétique et dans les camps de concentrations qui n’auraient pas perdu la vie. Faut-il vous rappeler que le débarquement en France proposé par le général de Gaulle a été remplacé par un débarquement en Afrique du Nord et que la première version du désormais célèbre « regime change » américain a eu lieu à ce moment là, les Américains ayant choisi le général Giraud à la place du général de Gaulle.

 

La France qui, comme membre permanent du conseil de sécurité, y dispose d’un droit de veto, ne doit pas oublier l’histoire et ses enseignements. Elle ne doit pas oublier les responsabilités que lui confère le fait d’avoir pu, en 1945, s’asseoir à la table des vainqueurs.


Elle ne doit pas oublier que sans la Résistance, sans l’engagement personnel du général de Gaulle sauvant depuis Londres l’honneur de notre pays, elle ne jouirait pas sur le plan diplomatique du poids et du prestige qui sont les siens. Par conséquent, sa voix, si écoutée dans le monde lorsqu’elle s’appuie sur ses principes historiques, repris et exaltés par le Conseil National de la Résistance, sa voix donc ne doit pas se taire et doit se joindre au combat contre la renaissance du nazisme, c’est à dire en fait défendre ses valeurs. Valeurs que vous avez invoquées lors de vos multiples interventions publiques, en particulier lors de la commémoration des débarquements en Normandie et en Provence. Il vous appartient donc de rompre, en tant que chef de l’Etat, avec la prudence coupable et veule d’une Europe dont l’inconsistance en politique étrangère ne cesse d’altérer le rayonnement.


En conséquence, les signataires vous demandent d’ajouter l’an prochain la signature de la France à celles des nations ayant déjà soutenu la résolution de la Fédération de Russie.

 

Armand Conan, résistant, membre du Comité Départemental de Libération du Morbihan
René Jassaud, résistant, ravitailleur du maquis « Camp Robert » (Var)
Colette Lacroix, résistante, membre du réseau SOE « Pimento » (Ain)
Antoine Payet, résistant, membre du groupe de « Saint Fons » (Rhône)
Paul Raybaud, résistant, membre du maquis « Camp Robert » (Var)

Mise en ligne CV : 30 janvier 2015

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 10:10

Source http://www.actioncommuniste.fr/2015/01/le-terrorisme-au-maillot-enfin-debusque.html

 

Victoire ! La France se ressaisit. Nous venons d'entrer dans l'ère moderne de l'antiterrorisme. Comme naguère Nicolas Sarkozy le préconisait,il s'agit désormais de débusquer les barbares dès leur plus jeune âge.

 

 

Il était temps ! Ils ont serré un petit salopard de huit ans ! Heureusement qu'un instituteur clairvoyant n'est pas tombé dans le panneau de ce petit djihadiste en culotte courte. Car ils sont très forts pour recruter chez Daesh. Mais le pédagogue a sû déceler, sous les apparences innocentes d'une provocation de môme, le tueur sanguinaire qui aurait bientôt décapité un humanitaire, un pilote de chasseur-bombardier, ou (pire) un journaliste, voire un dessinateur – profession désormais sacrée au nom de la liberté d'expression. Les dessinateurs en ont d'ailleurs usé avec finesse et courage : on se souvient de cette remarquable représentation du pape enculant un petit garçon. Le mot vous choque ? Il est dans le phylactère du dessin. Ce flamboyant et délicat usage de la liberté de s'exprimer est paru dans Charlie-Hebdo. C'est quand même autre chose que les élucubrations coincées des Rousseau, Diderot, Marx, Engels, Lénine, Gramsci, Sartre, Henri Alleg, Franz Fanon ou Chris Marker, ces coincés de la liberté d'expression, non ? J'oubliais le drôlatique hommage à sœur Emmanuelle, qui, jadis « se masturbait », mais qui désormais « va sucer des queues » au Paradis. Tiré à 7 millions d'exemplaires. Pauvre Wolinski.


Cela dit, en France, on a de la ressource. L'Ecole est aujourd'hui sommée de régler les effets sociaux du chômage, de la misère, du racisme, de l'intégration européenne, des contrôles au faciès et de la montée du Front National. Mais si c'est possible ! Car il y a encore des enseignants dignes de ce nom, dans une grande tradition française : la dénonciation par l'instituteur, et l'information de « la hiérarchie » par le directeur de l'école. Certes, le « terrorisme » d'il y a 70 ans et l'actuel terrorisme n'ont en commun que le mot injustement unique qui désigne des actes et des pensées radicalement opposées. L'humanisme en actes de la Résistance contre la barbarie nazie.


On ne fera donc pas le procès de cet instit et de son zélé directeur. Ils ont bien vu, derrière le babil dérisoire du morpion, que c'était peut-être le père, le coupable. Mais la « hiérarchie » n'a pas hésité : quelle importance, une demi-heure d'interrogatoire chez les flics, pour un gosse de huit ans ? Il faut protéger les enfants de l'influence des parents, n'est-ce pas ? Seulement l'enfant aurait pu être porté à dénoncer son père sans même le vouloir. C'est cela « l’État de droit ? ». Mais dans quel monde vivons-nous ? D'ailleurs, c'est peut-être trop tard : il se pourrait bien que ce pauvre môme devienne un jour le djihadiste qu'il est pas aujourdhui. La France aura fait ce qu'il fallait. N'en a -t-elle pas formé de nombreux autres, par le mépris, l'exclusion, la haine raciale, la promotion du Front National et le désespoir des chômeurs diplômés ou « sortis du système éducatif » ?


Pendant ce temps-là, et cela doit faire plaisir à tous les ennemis du terrorisme, la Lettonie a enfin identifié les vrais criminels de guerre : ce sont les résistants communistes aux Nazis ; et à Auschwitz, récemment, la mémoire de l'Armée Rouge qui libéra le camp a été écartée des cérémonies du 70e anniversaire, au bénéfice du descendant politique ukrainien de ceux qui ont contribué à le remplir avec le zèle que l'on sait.

Pascal Acot

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 17:56

L’Economie Sociale et Solidaire se nourrit de l’austérité qui elle-même génère le  chômage, la précarité et des exclusions,  la casse des acquis sociaux  mais n’offre pas les mêmes garanties en matière d’emplois, de pouvoir d’achat et de protection en matière de santé sauf pour ceux qui peuvent se permettre de payer plus, les autres galèrent jusqu’à tendre la main pour survivre…

 

Dans sa publication de décembre  le conseiller général de Sainte Geneviève de Bois  affirmait que  l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) serait un gisement d’emplois d’avenir, et pour cause, sans s’interroger sur les raisons de la stagnation du PIB qui ramené à l’habitant, dans un pays à forte croissance démographique,  est resté à un niveau inférieur à ce qu’il était à la fin du siècle dernier.

 

Dans le même  temps le décile supérieur s’en approprie une part toujours plus importante alors  que le nombre des chômeurs, des exclus ou en voie de l’être ne cesse d’augmenter. Sans vergogne l’apatride Manuel Valls va jusqu’à en faire un argument de vente de notre appareil productif aux entreprises étrangères.

 

Ainsi en termes de salaire, de temps de travail, de flexibilité les travailleurs de France seraient à l’en croire les plus compétitifs de l’Union Européenne. D’ailleurs il s’active pour qu’il en soit ainsi mais ça ne fait que faire croître le  chômage et des déficits. Les autres faisant de même il n’y a que des perdants.

 

Rappelons ensuite que l’ ESS   est l’aboutissement d’un long processus, commencé il y a des milliers d’années par des solidarités inter individuelles   sans lesquelles l’Humanité, qui peine à s’extirper de la barbarie au point de s’y engluer comme dans des sables mouvants, n’aurait pu parvenir  au stade de développement actuel, qu’il convient cependant de relativiser.  Considéré par certains comme étant annonciateur  d’une aube nouvelle, il a toute les caractéristique d’une plongée aux enfers  pour les générations futures, qui  après avoir grappillé les faibles reliefs que leur octroie  la société de consommation  pourraient, faute de lucidité et de réactions rapides,  se retrouver dans les grottes originelles, environnées  de ruines après un séjour sous les ponts de Paris, ou d’ailleurs, pour avoir des  acquis sociaux, cautionné la disparition.

 

Beaucoup se croient encore préservés car, c’est bien connu, ça n’arrive qu’aux autres.

 

Certes il ne s’agit pas de nier le dévouement dont font preuves ces millions de bénévoles, l’équivalent de 950 000 emplois temps plein, qui tentent sur le terrain de soulager la misère et la souffrance : Le Secours Populaire, le Secours Catholique, la Samu social, les resto du cœur  les associations les plus médiatisées, mais il y en a d’autres, toutes répertoriée au sein de l’économie sociale et solidaire, qui s’épuisent face à l’explosion des besoins. D’ici à les représenter comme porteuses de solution d’avenir il y un pas impossible à franchir.

 

Tous  les arguments son bons. Les tenants de la « modernité passéiste », de droite comme de gauche

dénaturent  les bilans, les manipulent,  gonflent celui de l’ESS, en lui imputant des emplois qui ont peu,  ou rien à voir avec elle. En  bref donnent dans l’autosatisfaction au mépris d’une dure réalité dont ils portent la responsabilité mais sont incapables de proposer la moindre alternative.

 

 C’est la démarche relayée par les élus du Val D’orge, le conseiller général du canton de Sainte Geneviève des Bois, auquel Villiers sur orge vient d’être rattaché.

 

Notons tout d’abord que  les 2 300 000 emplois au niveau national dont monsieur Petitta fait état dans une de ses dernières publication ne sont l’équivalent que d’à peine  2 000 000  temps complets car dans ce secteur règne le temps partiel et la précarité. :

 

Soit  9, 46 %  des emplois en France ( 6 à 6,5 % selon le rapport Fremeaux) dont de nombreux territoires ont été désertés par les services publics mais seulement    6,0 % en Ile de France ou sont implantées nombre d’associations dont le champ d’action couvre l’hexagonel. Mais, comme on le verra plus loin  une analyse plus fine fait  encore baisser le ratio.

 

Il ne précise pas au sein les  600.000 emplois qui seraient à pourvoir à horizon 2020 quelle  est la fraction  qui sera consacrée aux  besoins non satisfaits, ceux  à venir du fait du vieillissement de la population, quels sera le nombre de remplaçants destinés à compenser les départs à la retraite  d’un effectif vieillissant, ceux consécutifs à la poursuite de l’érosion de notre système de protection sociale. C’est la bouteille à encre mais c’est encore électoralement porteur.

 

Selon les chiffres avancés par le rapport rapport Fremeaux remis en 2013 à Bernard Hamon le PIB de l’ESS tournerait autour de 6,5 % et non pas 10%. La raison est la conséquence de la faiblesse des rémunérations en particulier dans le secteur associatif, de la précarité et du temps partiel.

 

A ce stade il convient de préciser que le PIB, tel que calculé est la somme des valeurs ajoutées, quelle que soit la nature des activités, de celles qui sont productrices de bien de consommation, les véritables richesses  (Agriculture,  production industrielle et manufacturière), comme de celles qui les utilisent, c'est-à-dire les consomment : Une pandémie peut faire croître le PIB par contre elle vide les caisses de la sécurité sociale.

 

En outre l’ESS, telle que répertoriée, est un fourre tout qui regroupe des activités qui n’ont rien ou peu à voir ni avec le social ni avec  la solidarité stricto sensu.

 

Résumons :

 

1 Agriculture, sylviculture et pêche

2 Industrie + construction

3 Industrie + construction dont industries alimentaires, boissons, tabac

4 Commerce, transports, hébergement et restauration

5 Activités financières et d'assurance

6 Information et communication, activités immobilières, soutien aux entreprises

7 Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale

8 Autres services dont arts, spectacles et activités récréatives

 

Réparties en Ile de France comme suit mais le raisonnement vaut également au plan national:

 

 

 

Coopératives¹

Mutuelles ²

Associations

Fondation ³

Effectifs salariés

en ETP

288 926

 

116 888

 

1 514 375

61 769

 

 

1   Sur 1700 coopératives seulement 170 sont de production, les seules qui créent réellement des richesses, les autres les utilisent. 1220 sont de crédits, ce serait sans doute trop exiger des banques qui spéculent à grande échelle

2  440 mutuelles sont régies par le code de la mutualité 370 par le code des Assurances. Pour les premières il s’agit de solidarité  pour les autres de faire du fric. Elles se développent  au rythme de l’érosion des recettes de la sécurité sociale, mais ne couvrent que ceux qui peuvent encore payer les autres se soignent moins…

 

3  Sur la création et le financement des fondations voir ici

Pour plus de précisions Il convient également de se reporter sur :

Dossier INSEE : Regards sur l'économie sociale et solidaire en Ile de France (2010

Ou encore les tableaux de l'insee pour 2012

 

Statistiques 2012 Ile de France

L’économie sociale et solidaire en Ile de France en 2012 (Insee)

 

Nature

1 Agriculture, sylviculture et pêche

2 Industrie + construction

3 Industrie + construction dont industries alimentaires, boissons, tabac

4 Commerce, transports, hébergement et restauration

5 Activités financières et d'assurance

6 Information et communication, activités immobilières, soutien aux entreprises

7Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale

8 Autres services dont arts, spectacles et activités récréatives

 

Coop : Coopérative – Mut : Mutuelle ­­- Assoc : Association - Fond : Fondation

 

Effectif salarié de l'économie sociale, en équivalent temps plein, par famille de l'économie sociale et par secteurs d'activités Ile de France 2012

Secteur

Coop

Mut

Assoc

Fond

Total

économie

sociale

Hors

 économie

sociale

Total

1

c

0

c

0

200

5049

5249

2+3

2781

c

257

c

3038

687534

690545

3

 

0

 

0

 

40199

40242

4

4 605

c

3999

c

9246

1170841

1180087

5

19 692

17058

c

c

39413

609080

612611

6

2 664

152

11373

3934

18123

271148

310561

7

327

4329

162181

16071

183108

1222876

1240999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8

c

0

70810

c

72588

70509

173063

8bis

c

 

21973

c

22267

134369

206967

 

 

 

 

 

 

 

 

Total

30273

21904

251405

22107

325689

5121375

5447064

 

 

 

 

 

 

 

 

c : données confidentielles

Champ : postes de travail dans l'année (hors intérimaires)

Source : Insee, Clap

 

 

Répartition des l’emplois de l’économie Sociale et solidaire par rapport au total des emplois

en Ile de France

 

 

1+ 2+ 3 Agriculture, sylviculture et pêche,  Industrie + construction

< 0, 06    %

 

3 Industrie + construction dont industries alimentaires, boissons, tabac

 

4  Commerce, transports, hébergement et restauration

0, 17    %

5 Activités financières et d'assurance

0,723  %

6 Information et communication, activités immobilières, soutien aux entreprises

0, 332  %

7 Administration publique, enseignement, santé humaine et action sociale

3, 35  %

 

8 Autres services dont arts, spectacles et activités récréatives

1, 33   %

Total

5, 965  %

Très loin des chiffres annoncés, d'autant qu'en poussant un peu l'analyse  la part de l'économie apparaît négligeable. A suivre...

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 14:44

Par Descartes

Source Comité Valmy

 

 

C’était inévitable. Je veux bien entendu parler de la réaction enthousiaste de la « gauche radicale » française le soir de l’élection grecque. Dans la maison Mélenchon, la consigne – martelée par son entourage – était simple : « je suis Tsipras » (ou plutôt, avec l’exquise modestie qui caractérise le personnage, « Tsipras est « le Mélenchon grec »). Chez Pierre Laurent, le ton est comme d’habitude plus mou, mais le cœur y est : « la victoire de Syriza ouvre la voie au changement en Europe ». Chez « Ensemble », où le ridicule ne tue d’évidence pas – sans quoi ce groupuscule serait déjà plusieurs fois mort – on compare la victoire de Syriza à « la rupture fondamentale dans l’histoire connue de l’humanité [qui] s’est produite en Grèce [il y a 2500 ans]. Pour la première fois, des êtres humains ont affirmé explicitement que les lois qui les gouvernent sont issues d’eux-mêmes et non pas d’une source extérieure à eux-mêmes (Dieu, les dieux, les ancêtres, la tradition, etc.), et qu’en conséquence, ils peuvent donc les changer ». Ce qui est légèrement exagéré. Mais la tonalité dans la « gauche radicale » est globalement celle-là. Il n’y a que les pisse-vinaigre de Lutte Ouvrière pour marmonner que le salut des travailleurs ne viendra que des travailleurs eux-mêmes, sans intermédiaires, et qu’il faut donc se méfier de tout et de tous.

 

Loin de moi l’idée de refuser à ces gens une opportunité d’être joyeux. Après tout, dans la dure époque qu’il nous est donné de vivre, les opportunités de se réjouir sont rares. D’autant plus que la victoire de Syriza, si elle est moins « révolutionnaire » qu’on ne veut bien le dire, ouvre effectivement des perspectives intéressantes. Mais ces perspectives ne se trouvent probablement pas là où notre « gauche radicale » les imagine… Pour le comprendre, il faut revenir comme toujours à l’enfance de l’art, c’est-à-dire, à l’analyse de classe.

 

La Grèce en 1981, comme l’Espagne en 1986, rejoignent non pas l’Union européenne, qui n’existe pas à l’époque, mais la Communauté européenne. Cette remarque peut paraître banale, mais il faut s’en souvenir de cette « Europe à douze » pour comprendre combien le contexte a changé. Coté allemand, l’unification était encore un rêve et la réadmission des allemands dans l’espèce humaine pas encore tout à fait acquise. Pour l’Allemagne, l’intégration européenne était perçue comme l’instrument politique pour réaliser ces objectifs. Côté français, on imaginait encore une « Europe française » qui servirait comme substitut à la puissance perdue, une intégration européenne se faisant sur le modèle français. Pour les américains, enfin, la construction européenne était un moyen d’unir le vieux continent contre l’Union Soviétique et lui faire partager le fardeau de la défense européenne. Et pour faire plaisir à Washington et réaliser ces rêves – dont on ne s’aperçut pas à l’époque combien ils étaient contradictoires - allemands et français étaient prêts à mettre la main à la poche. Et à signer d’énormes chèques. Avec l’argument de la « mise à niveau », d’énormes masses d’argent ont été déversées sur l’Espagne et la Grèce pendant vingt ans, sans compter les avantages douaniers sans réciprocité et les délocalisations dont ces pays ont bénéficié.

 

Ce sera pour ces deux pays vingt-cinq ans – une génération - de fête endiablée. Le déversement massif des fonds structurels dope la demande et permet une croissance rapide de la consommation et du niveau de vie. Bien sur, il y a toujours quelques aigris qui cherchent à gâcher la fête, dont quelques économistes qui ont eu la témérité de pointer le fait que lorsque les richesses consommées croissent beaucoup plus rapidement que les richesses produites, le système doit à un moment où un autre se gripper. Mais ils furent réduits au silence par la « vodoo economics » reaganienne servilement copiée à Paris, à Bonn et à Bruxelles. La mise en place de l’Euro dans la décennie 1990 a permis de maintenir le système en mouvement, le tarissement des « fonds structurels » européens étant compensé par la capacité à emprunter presque sans limite à faible taux rendue possible par l’illusion de solvabilité créée par la monnaie unique.

 

Cette période permet la constitution d’une « classe moyenne » relativement nombreuse, et un enrichissement de l’ensemble de la population qu’on pourrait presque comparer aux « trente glorieuses » de chez nous. Mais il y a une différence fondamentale : les « trente glorieuses » françaises sont une période de croissance endogène, avec une croissance économique qui résulte d’une augmentation continue de la productivité des facteurs de production, tirée par modernisation réelle de l’appareil de production et des infrastructures ainsi qu’un effort éducatif massif. La « fête » espagnole et grecque des années 1980-2000 est au contraire une croissance exogène, tirée par le déversement de fonds européens puis par un endettement privé et public massif et par le développement conséquent de « bulles » financières.

 

Ce système de « cavalerie » financière a permis à beaucoup de pays européens de vivre au dessus de leurs moyens, c’est-à-dire, de leur productivité réelle. Pour certains, le fossé entre la productivité réelle et le niveau de vie était énorme. La crise de 2009 n’a fait que révéler que le roi était nu, vérité que le culte eurolâtre avait réussi à cacher jusqu’alors derrière l’illusion de la solidarité illimitée entre les pays européens en matière de dette, illusion qui a volé en éclats quand l’Allemagne a refusé – mais elle n’était pas toute seule – de payer pour les autres. Tout à coup, les prêteurs ont découvert le risque et ces pays ont été ramenés brutalement à la réalité économique, à savoir, qu’on ne peut consommer plus qu’on ne produit qu’aussi longtemps qu’on arrive à trouver un prêteur naïf.

 

La fête est terminée, et l’adition est arrivée. Toute la question, c’est de repartir l’adition entre les convives, sachant qu’aucun d’eux n’a envie de payer, ni pour les autres, ni pour lui-même. La logique européenne étant ce qu’elle est, il est impossible de faire payer le capital. La libre circulation implique nécessairement que celui-ci migre vers les cieux les plus favorables, et donc, pour faire simple, il est impossible de le taxer au-delà de ce que font les voisins. Dans ces conditions, le discours de celui qui refuse de payer l’addition, pour peu qu’il soit crédible, est terriblement attractif. Du point de vue de la sociologie électorale, c’est le discours de rassemblement presque parfait, puisqu’en dehors des créanciers – et la dette grecque est détenue essentiellement par des étrangers – tous les électorats y gagnent.

 

Syriza n’a pas gagné cette élection sur une promesse de changement politique ou social. Pas de révolution prolétarienne à l’horizon, pas même une réforme en profondeur des institutions de la République grecque. Point de sortie de l’Union européenne ou de l’Euro. Point de fin du libre-échange ou de « protectionnisme intelligent ». En fait, Syriza a gagné avant tout sur une plateforme très étroite et qu’on peut résumer en une formule : « l’Europe peut et doit payer ». Où Syriza se propose de trouver l’argent pour payer l’augmentation du salaire minimum, la réembauche de certains fonctionnaires renvoyés par le gouvernement précédent, la relance de l’économie ? Dans les poches européennes, soit par le réemploi de fonds structurels, soit par l’abandon des créances détenues ou garanties par d’autres pays ou par la BCE. Bien sur, on peut sympathiser avec Alexis Tsipras et son discours sur la « dignité » des grecs. Mais derrière ce discours, quelle est la proposition pour une Grèce qui vivrait de ce qu’elle produit, et non des transferts européens ?

 

C’est cela qui explique pourquoi les discours du genre « je ne veux pas payer » de Syriza en Grèce ou de « Podemos » en Espagne obtiennent un large soutien dans leur pays, toutes couches sociales confondues, alors qu’en France ce même discours reste du domaine de l’incantation. Le fait est que nous ne sommes pas, eux et nous, du même côté du transfert. Si demain on mettait en place en Europe des transferts inconditionnels entre les pays riches et les pays pauvres, comme ceux qui existent entre les régions d’une même nation, la France serait du côté des donateurs, alors que la Grèce ou l’Espagne seraient du côté des receveurs. Même si nous sommes moins revendicatifs sur ce plan que les Allemands, nos intérêts sont plus proches des leurs que de ceux des « pays du sud ».

 

Mais le triomphe de Tsipras met aussi en évidence d’autres différences fondamentales entre Syriza et la « gauche radicale » française quant à son positionnement dans le système politique. Il y a traditionnellement deux manières de faire de la politique. La première manière de faire de la politique, est d’exercer – ou d’aspirer à exercer – le gouvernement de la cité. La deuxième manière, c’est d’assumer le rôle « tribunitien », c’est-à-dire, d’interpeller ceux qui gouvernent au nom de ceux qui ne gouvernent pas. Ces deux manières de faire de la politique sont en fait parfaitement complémentaires. Il faut des gens qui gouvernent et qui cherchent à le faire de la meilleure manière possible, car sans eux on tomberait dans le chaos. Il faut aussi des tribuns pour mettre en tension le système, en assurant la surveillance de ceux qui gouvernent mais aussi en énonçant publiquement ce qui est désirable, alors que les gouvernants sont limités à ce qui est possible. Il n’y a donc pas lieu de mépriser « ceux qui causent » par rapport à « ceux qui font », pas plus qu’il n’y a lieu de porter aux nues les « purs » de la tribune par rapport aux compromis inséparables de l’exercice réel du pouvoir. Chacun a son rôle, et notre vie politique n’a jamais été aussi riche et créative que lorsque nous avions des partis de gouvernement forts au pouvoir, et des partis « tribuniciens » forts dans la rue.

 

Tsipras se place clairement dans la logique d’exercice du pouvoir. Avant même d’avoir gagné les élections, il a commencé à négocier une alliance parlementaire. Et une fois élu, il n’a pas hésité à s’allier avec un parti qui partageait ses objectifs en termes d’exercice du pouvoir plutôt que d’aller chercher les voix qui lui manquaient chez des gens plus proches de ses « valeurs », mais qui étaient sur un programme de gouvernement totalement différent. L’alliance de Tsipras avec ANEL – un parti souverainiste qui, dans notre échiquier politique, se situe quelque part entre Dupont-Aignan et Marine Le Pen – n’est pas un épiphénomène ou un choix de circonstance. C’est un acte symboliquement fondateur. En s’alliant avec un parti nettement à droite mais eurosceptique plutôt qu’avec un parti de centre gauche mais eurolâtre, Tsipras a montré qu’il était plus attaché aux réalités qu’aux idées, qu’il était prêt à sacrifier sa pureté idéologique pour pouvoir négocier avec l’Union européenne dans les meilleures conditions, soutenu par un allié qui ne lui ferait pas défaut.

 

Mélenchon – mais la question vaut aussi pour Laurent, pour Besancenot, pour Autain, pour Duflot – serait-il capable d’un tel pragmatisme ? On peut très sérieusement en douter. Voici l’entretien que le Petit Timonier rapporte lui-même dans son blog :

 

Q : En Grèce, Tsipras a noué une alliance avec des nationalistes de droite…

 

R : Il manque deux sièges à Syriza pour être majoritaire. Le parti communiste orthodoxe grec a refusé de soutenir Syriza. Le PS qui a gouverné avec la droite et l’extrême droite est haïe. Que devait faire Tsipras ? Retourner aux urnes.

 

Oui, vous avez bien lu. Si dans une situation de crise profonde, les électeurs avaient confié au FdG la majorité à deux sièges près, au lieu de se retrousser les manches et chercher à gouverner avec quiconque serait prêt à le soutenir dans ce qu’il considère être les politiques prioritaires, Mélenchon serait « retourné aux urnes »… A votre avis, quelle serait la réaction des électeurs devant un tel mépris de la réalité, une telle prétention à « gouverner seul ou pas du tout » ?

 

Cette réponse montre admirablement combien la « gauche radicale » française se situe dans une vision « tribunitienne » de la politique. Cela a toujours été vrai pour l’extrême gauche, et depuis que le PCF a cédé aux sirènes « libérales-libertaires » il ne reste pratiquement plus personne à la gauche du Parti Socialiste pour s’intéresser à l’exercice du pouvoir. Mélenchon réagit ici comme un « pur », qui ne saurait faire des compromis. Il oublie que – et c’est encore plus vrai en démocratie – le compromis est l’essence de l’exercice du pouvoir. Contrairement à ce qu’on croit trop souvent à gauche, gouverner ce n’est pas tendre le bras et dire « j’ordonne ». Avant de faire ce geste, il faut trouver un ordre que les gens aient envie – ou du moins soient prêts – à obéir. Sinon, on se ridiculise. A gauche on pense souvent qu’il suffit d’être ministre pour faire ce qu’on veut, et on est tout surpris quand cela ne marche pas. C’est que gouverner, comme disait Richelieu, consiste à « rendre possible ce qui est nécessaire ». Pour cela, il faut tisser inlassablement des compromis, bâtir des rapports de force, trouver des solutions qui plaisent au plus grand nombre et qui ne heurtent inutilement personne. Le passage en force – qui excite tellement la « gauche radicale », il n’y a qu’à voir les expressions qui ont entouré le débat sur le « mariage pour tous » - est du point de vue politique toujours un échec, qu’on paye tôt ou tard.

 

Refuser tout compromis, c’est refuser l’exercice du pouvoir. Cela n’a rien de honteux, comme je l’ai dit plus haut. Le rôle « tribunitien » est un rôle fort honorable. Mais comme disent les paysans, on ne peut courir avec le lièvre et chasser avec la meute. Lorsqu’on choisit la tribune, on ne peut pas s’étonner qu’on ne vous donne pas un maroquin. Syriza est arrivé en tête du scrutin parce qu’il a réussi à proposer une stratégie d’exercice du pouvoir crédible. Syriza demandait le pouvoir, et les électeurs le lui ont accordé. En négociant avec ANEL avant même l’élection, il montre encore que cette stratégie était sérieuse. A l’opposé, la « gauche radicale » française ne propose aucune stratégie de pouvoir. Elle est incapable de se choisir des alliés pour gouverner, tout simplement parce qu’elle est incapable de définir quelles sont les priorités de son action, et admettre que tout le reste est susceptible de compromis. Elle déclare au contraire à chaque opportunité qu’elle n’est prête à aucun compromis sur rien, ce qui lui garantit l’isolement et l’impuissance.

 

Toutes ces questions, la « gauche radicale » ne se les posera pas, enfermée qu’elle est dans la conviction d’avoir toujours raison. Lorsque l’on demande au prétendant au titre de « Tsipras français » ce qu’il pense de la différence entre sa situation et celle du premier ministre grec, voici ce qu’il répond :

 

« En effet. La situation n’est pas aussi mûre [qu’en Grèce]. Et nous nous heurtons à un obstacle majeur : le mode de scrutin. En Grèce, la « caste » a perdu grâce à la proportionnelle. En France, elle résiste grâce à la monarchie présidentielle. C’est pourquoi je veux mobiliser pour la VIe République. »

 

Rejeter la faute sur le système électoral est une vieille habitude, qui permet de ne pas se poser des questions sur sa propre action. Mais dans le cas présent est doublement ridicule. Car en Grèce « la caste » n’a pas perdu « grâce à la proportionnelle ». Si la Grèce avait un système de proportionnelle intégrale, comme celle proposée par Mélenchon à de nombreuses reprises, Syriza – qui n’a finalement que 35% - n’aurait certainement pas pu constituer une majorité cohérente lui permettant d’affronter la « Troïka » et les bonzes de Bruxelles. Si avec 35% des voix il peut avoir une majorité absolue à deux voix près, c’est parce que la « proportionnelle » à laquelle Mélenchon tient tant a été sérieusement mâtinée par une « prime majoritaire » qui représente 14% des sièges et qui est accordée au parti arrivé en tête à l’élection. Est-ce le genre de « proportionnelle » que Mélenchon a en tête pour remplacer la « monarchie présidentielle » ? En fait, la mise en accusation de la « monarchie présidentielle » est fort commode pour dissimuler un fait fondamental : si le Front de Gauche avait fait 35% des voix en 2012 comme son pseudo-homologue grec en 2015, il gouvernerait aujourd’hui. Aucun des candidats élus à la présidence de la République, aucun des partis majoritaires à l’Assemblée depuis bien longtemps n’a fait plus de 35% au premier tour. Le problème, ce n’est pas le mode de scrutin, c’est que la « gauche radicale » fait autour de 10% des voix. Un système qui lui permettrait de prendre le pouvoir avec un tel résultat serait un système bien peu démocratique !

 

Et là encore, la différence entre Tsipras et Mélenchon est énorme. Tsipras est un militant formé à l’école des cadres communiste, un organisateur plus qu’un tribun, un négociateur plutôt qu’une personnalité médiatique. Un homme qui sait s’entourer et qui respecte les « experts » - il est lui-même un technicien – plutôt qu’un homme de « clan » et de « cour ». Un homme du collectif plutôt qu’un leader charismatique. Lui et Mélenchon, c’est la nuit et le jour.

 

C’est pourquoi, lorsque la « gauche radicale » rêve d’un « effet domino », elle se berce de douces illusions. Ni Mélenchon, ni Laurent, ni Besancenot ne sont des Tsipras, pas plus que le Front de Gauche n’est Syriza. La « gauche radicale » française a une base électorale essentiellement constituée par les « classes moyennes », dont l’intérêt est en fait de donner l’illusion de la radicalité tout en s’assurant que rien ne change. Seul Mélenchon peut imaginer qu’il ira affronter l’Union européenne et « désobéir » aux traités du bras de Duflot ou Joly, deux eurolâtres convaincues.

 

La victoire de Syriza et la formation du gouvernement Tsipras est une bouffée d’espoir. C’est la démonstration que la frontière « droite/gauche », devenue totalement artificielle depuis la chute du « socialisme réel » et la conversion des partis socialistes et social-démocrates au libéralisme, est en train de céder. C’est aussi la démonstration d’une prise de conscience que la nouvelle ligne de partage passe entre les défenseurs de la souveraineté nationale et les partisans d’une société mondialisée à l’image du capitalisme du même nom. Et c’est finalement l’illustration de l’obsolescence des institutions bruxelloises, incapables de la moindre créativité institutionnelle, réduites à répéter les mêmes poncifs et prescrire les mêmes remèdes éculés quelque soit le problème à résoudre. Les prochains mois risquent d’être passionnants.

3 février 2015

Descartes
"pro rege saepe, pro patria semper"

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 17:20

Par Jacques Sapir

 

Le gouvernement polonais veut donc organiser le 27 janvier la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz sans inviter Vladimir Poutine. C’est son droit. Il veut commémorer cela avec le gouvernement ukrainien, sans doute en mémoire des deux à trois mille volontaires ukrainiens qui aidèrent les nazis sur ce seul site (et bien plus ailleurs). C’est son droit. Mais qu’il assume alors l’énormité de son acte. Nous savons bien que ce n’est pas le peuple polonais qui s’exprime par la bouche de ce gouvernement. Qu’il ne le camoufle pas sous des prétextes divers.

 

 

La justification présentée par le ministre polonais des affaires étrangères est stupéfiante mais aussi très révélatrice. Il prétend qu’Auschwitz aurait été libéré par « des troupes ukrainiennes ». On ne sait ce qui doit le plus retenir l’attention : l’énormité du mensonge ou l’impudence avec laquelle il fut prononcé.

 

 

Auschwitz (Osewiscim) fut libéré par des hommes de la 332ème Division d’Infanterie de l’Armée Rouge, appartenant au « 1er Front d’Ukraine ». Il faut savoir que dans l’organisation adoptée par l’Armée Rouge, un « Front » désigne un groupe d’armées chargé d’opérer sur une « direction stratégique ». Le 1er Front d’Ukraine était le nom du groupe d’armées qui avait combattu en Ukraine et qui, de là, remontait vers la Pologne. Ce n’était nullement une désignation « ethnique ». Cela, tout historien le sait. Les survivants furent traités par des médecins soviétiques, venus en toute hâte de Léningrad, car ils avaient le savoir-faire pour traiter les personnes dénutries.

 

 

Il sait aussi que les troupes du 1er Front d’Ukraine (2ème armée de tanks, du général Bogdanov) avaient libérées le 25 juillet 1944 le camp de Maïdanek, découvrant l’horreur de l’extermination systématique et industrielle qui caractérise le nazisme. Les principaux correspondant de guerre soviétiques, Vassily Grossman (auteur de « vie et destin), Konstantin Simonov (auteur de « Les Vivants et les Morts »), Boris Gorbatov et Evgeni Kryler se rendirent les lieux. Leurs articles firent la une des quotidiens soviétiques. Mais, il fallut attendre avril 1945, que les anglo-américains découvrent à leur tour Bergen-Belsen et les camps situés à l’ouest, pour qu’on leur accorde un quelconque crédit. Simonov témoignera devant la commission d’enquête russo-polonaise[1].

 

 

Rien ne justifie les mensonges du gouvernement polonais.

 

 

Mais, sa complicité avec le gouvernement de Kiev, au sein duquel on trouve, hélas, les descendants idéologiques des ukrainiens qui se sont associés aux Nazis l’explique.

 

 

L’ensemble des dirigeants de l’Europe devrait le dire haut et fort et refuser de participer à ce qui n’est plus une commémoration mais une mascarade. Si François Hollande se rend à Auschwitz, dans ces conditions, qu’il sache qu’il salit alors son nom et celui de la France.

 

[1] Simonov K., Maïdanek - un camp d’extermination, suivi du Compte rendu de la commission d’enquête polono-soviétique, Éditions Sociales, Paris, 1948

 

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 13:30

Le point de vue de Philippe Geluck dessinateur belge

 

 

 

 

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 13:10

                    

Par DIANA JOHNSTONE

 

Les assassinats terroristes à Charlie Hebdo ont frappé la France à un moment où elle a un gouvernement impopulaire et un président faible, où des usines ferment et où des emplois sont perdus, où la politique économique de la France est définie par l’Allemagne via l’Union européenne et où sa politique étrangère est déterminée par les Etats-Unis via l’OTAN. A part lors du moment thérapeutique de solidarité le 11 janvier, le pays se sent secoué par des vents contraires auxquels il ne peut résister.

 

Malheureusement, une certaine symétrie se manifeste en France : Israël entreprend délibérément et avec constance tout ce qui peut attiser la peur chez les juifs français, dans le but de convaincre cette population désirable d’émigrer en Israël. Tsahal organise chaque année des campagnes de soutien à Paris et un certain nombre de juifs français accomplissent leur service militaire en Israël.

 

En même temps, ce qu’on appelle l’ « Etat islamique » et « al Qaeda au Yémen », ainsi que des groupes islamiques fanatiques qui leur sont associés, travaillent assidument à recruter des combattants issus des communautés musulmanes, en France et dans d’autres pays européens. Quelque 1400 djihadistes ont quitté la France pour se rendre en Syrie et y rallier la Guerre sainte. Ils sont attirés par la perspective héroïque d’aider à « construire le Califat », une sorte d’Israël pour musulmans, une terre sainte retrouvée.

 

La campagne de recrutement de Netanyahou jouit du soutien de media occidentaux tels que Fox News, qui répand des rumeurs terribles suggérant que les juifs ne sont pas en sécurité en France. Ceci contribue à menacer la France de boycott par les juifs américains, un désastre potentiel pour l’économie et les relations publiques, qui suscite indéniablement la panique dans les cercles gouvernementaux français. Les dirigeants français ne sont pas seulement fermement attachés personnellement à la communauté juive, ils craignent aussi l’opprobre de voir leur pays fustigé comme « antisémite ».

 

Netanyahou s’est imposé au premier rang des VIP venues à Paris le 11 janvier pour rendre hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Hollande était furieux que Netanyahou ait profité de l’occasion pour jouer les enjôleurs, claironnant aux juifs français que leur seule « maison » est Israël. C’est sans doute la même colère qu’éprouve Obama quand il voit Netanyahou honoré par des standing ovations au Congrès. Mais, comme Obama, Hollande n’a pas osé s’opposer ouvertement à cette intrusion.

 

Au demeurant, il n’ose pas s’opposer non plus aux obscures ingérences en France du grand fournisseur de pétrole et acheteur d’armes, l’Arabie saoudite, ni à celles du grand investisseur, le Qatar, tous deux soutiens de l’extrémisme islamique.

 

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu est venu dire à Hollande qu’il doit traiter les musulmans avec des égards et protéger leurs mosquées. Mais la Turquie soutient aussi les extrémistes islamiques en Syrie, qui recrutent de jeunes Français pour en faire des terroristes, et il est un piètre modèle en matière de liberté et de tolérance. La présence de Petro Porochenko, qui est devenu président de l’Ukraine uniquement grâce au désordre créé par les tireurs d’élite néo-nazis à Kiev, était un signal que la France doit adhérer aux sanctions antirusses imposées par les Etats-Unis, des sanctions qui contribuent au désastre économique de la France.

 

Des pressions extérieures poussent maintenant la France à une guerre au Moyen-Orient qu’elle ne peut ni se permettre ni gagner.

 

L’atmosphère de défiance est si lourde désormais que les théories de l’attentat sous « fausse bannière » fleurissent sur internet, nourries par des bizarreries dans le récit officiel. L’information selon laquelle un des frères Kouachi a oublié sa carte d’identité dans la voiture avec laquelle il s’enfuyait, facilitant ainsi l’identification rapide des tueurs, relève de la catégorie « ça ne s’invente pas » et on ose croire que n’importe quel auteur d’attentat sous fausse bannière aurait inventé quelque chose de plus crédible.

 

A ce sujet, on peut faire remarquer, premièrement, que l’incompétence humaine est infinie, et deuxièmement, que lorsque ceux qui sont au pouvoir se précipitent pour profiter d’un merle blanc, cela ne prouve pas que ce sont eux qui l’ont créé. Ceux qui dictent le récit ont les moyens de profiter des événements. Comme avec le 11 septembre, l’histoire officielle est que les terroristes « veulent détruire nos libertés », comme si des décennies de destruction au Moyen-Orient n’avaient rien à y voir. C’est le genre d’argument qui prépare la population à appuyer la guerre.

 

L’un des frères Kouachi, qui a fait feu sur les membres de Charlie Hebdo, et Amedy Coulibaly, qui a mitraillé une supérette casher, ont donné des interviews téléphoniques à BFMTV quelques heures avant d’être tués dans les attaques de la police. Kouachi a fait valoir qu’il était motivé par l’agression des Etats-Unis au Moyen-Orient. Sa conversion au djihad a commencé en regardant la destruction de l’Irak par les Etats-Unis et des photos d’Irakiens torturés par les Américains à Abou Ghraib.

 

Les frères Kouachi ont prétendu agir au nom de l’Etat islamique en Irak et en Syrie (EIIL). Coulibaly a dit qu’il obéissait aux ordres d’al Qaida au Yémen – un endroit où de multiples attaques de drones américains ont tué d’innombrables quidams innocents. Coulibaly a dit qu’après avoir accompli une peine de prison pour vol, il avait rôdé autour des mosquées pour tenter de convertir des gens au djihad.

 

Il est parfaitement concevable que le motif de base pour l’attaque de Charlie Hebdo ne soit même pas de « venger le Prophète » mais d’impressionner, inspirer et recruter des musulmans qui rejoindraient le grand djihad pour rétablir le Califat au Moyen-Orient. Charlie Hebdo était une proie facile dotée de valeur symbolique. Dans la mesure où ce désastre sert à renforcer chez les jeunes musulmans leur sentiment d’aliénation, l’objectif de recrutement risque d’avancer.

 

La France est obligée de prendre des mesures pour limiter les voyages pour la Guerre sainte entre la Syrie et la France. On parle beaucoup de restaurer l’autorité et les « valeurs républicaines » dans les écoles. Mais les dirigeants français doivent examiner lucidement leur politique étrangère totalement incohérente, et, pour le moment, ils n’en donnent aucun signe. En assumant la direction symbolique de la guerre pour un changement de régime en Libye, la France a jeté ce pays dans le trou noir de l’extrémisme islamique. La France a collaboré à l’assassinat de Kadhafi, dont la philosophie développée dans son « Livre vert » était la risée de l’Occident. C’était toutefois une tentative d’offrir une vision moderne et modérée des principes de l’islam dans le but de combattre le fanatisme islamique qui avait toujours été son principal ennemi intérieur – et qui a tiré profit de sa mort. La destruction par l’OTAN de la Libye de Kadhafi a poussé la France à faire la guerre au Mali, à la poursuite d’un ennemi insaisissable que Kadhafi était parvenu à contrôler.

 

La France, comme les Etats-Unis, désigne le terrorisme islamique comme son grand ennemi, tout en faisant son possible pour favoriser sa croissance et son extension. Le soutien constant des Etats-Unis à Israël, même pendant les bombardements meurtriers de Gaza sans défense, même lorsque le Mossad assassine des scientifiques en Irak ou en Iran, ou même lorsque des avions de combat israéliens tentent délibérément de couler un navire de la Marine américaine, l’USS Liberty font apparaître les Etats-Unis comme manipulés par Israël, tandis que la France paraît manipulée par les deux, Israël et les Etats-Unis.

 

Pendant plus d’un demi-siècle, l’Occident s’est systématiquement opposé aux Etats nationalistes laïques du Moyen-Orient, à commencer par l’Egypte de Nasser, en y exigeant en vain une démocratie de style occidental, alors que celle-ci est dénuée de bases sociales adéquates. Israël a toujours craint le nationalisme arabe avant tout, car il pouvait potentiellement gagner la Palestine. Le fanatisme religieux lui a paru plus sûr. Le nationalisme arabe était l’espoir politique positif de la région, et une fois cet espoir brisé, l’extrémisme islamiste s’est engouffré dans la brèche. Cette bataille se poursuit en Syrie, sous la direction de la France qui s’oppose à Bachar al Assad. Ce qui signifie, de fait, soutenir les islamistes au moment où Assad se prépare à leur faire la guerre.

 

La folie évidente de cette situation est le reflet d’un gouvernement français qui ne semble plus capable de définir une politique dans son propre intérêt, et que les tourbillons de la mondialisation font chanceler.

 

Blasphème et pornographie

La France résonne de proclamations selon lesquelles nous devons continuer à publier des caricatures attaquant les musulmans dans le style Charlie Hebdo, faute de quoi nous céderions aux revendications des islamistes. Pour affirmer notre liberté, nous devons prouver que nous n’avons pas peur de commettre un blasphème.

 

Il faut être animé d’un certain esprit religieux pour prendre le blasphème au sérieux. Franchement, le mot ne signifie quasiment rien pour moi.

 

Le blasphème signifie quelque chose si vous craignez d’offenser votre propre dieu, qui vous a averti que cela vous coûterait cher.

 

Mais insulter le dieu de quelqu’un d’autre n’est pas du blasphème. Cela n’affecte pas vos relations avec dieu (ce qui est la signification du blasphème), cela touche d’autres gens, ceux qui croient dans le dieu que vous avez insulté.

 

L’idée qu’il est très audacieux de commettre un blasphème contre un dieu dans lequel vous ne croyez pas n’a pas de sens pour moi. Spécialement lorsque ce n’est pas un dieu officiellement adoré dans la société où on vit, mais celui d’une minorité plutôt impopulaire. Dans le milieu de Charlie Hebdo, insulter des convictions musulmanes était certainement le moyen le plus sûr d’amuser les copains. C’était censé aider la vente du journal.

 

D’un autre côté, dessiner des caricatures qui rendent des quantités de gens furieux au point de commettre un meurtre relève du défi plutôt que du blasphème. On est toujours libre de lancer un défi. Mais le bon sens commande de se demander si cela en vaut la peine.

 

Supposons que vous n’aimiez pas certains aspects d’une religion particulière et que vous souhaitiez combattre de telles croyances. Est-ce que dessiner des caricatures qui réunissent des millions de gens dans la même indignation est le bon moyen? Si ce n’est pas le cas, ce n’est intellectuellement pas plus important que le saut à l’élastique. Ouais! Regardez comme je suis audacieux. Et alors?

 

Il existe bien des méthodes plus efficaces pour débattre de la religion. Prenez comme modèle les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle. Des insultes répétées vont probablement unir davantage les gens dans la défense de leur foi. Ce n’est là qu’une considération pratique, qui ne tient pas compte de la « liberté ».

 

D’un autre côté, l’insulte pourrait être une provocation commise précisément pour faire sortir les croyants au grand jour, de manière à pouvoir les attaquer. Cela pourrait être un motif secret de promotion de telles caricatures. Provoquer des musulmans à défendre leur religion d’une manière totalement absurde, qui heurte la majorité de notre population, de façon à pouvoir les ridiculiser encore plus et peut-être prendre des mesures contre eux – guerre au Moyen-Orient (aux côtés d’Israël), ou même expulsion de nos pays (une idée qui monte…).

 

Dans le cas spécifique de Charlie Hebdo, la grande majorité des caricatures prétendument blasphématoires n’avait rien à voir avec la foi musulmane, mais étaient plus ou moins pornographiques, assortis de croquis d’organes sexuels masculins. La présence du phallus était « le gag ». Ce mélange tend à brouiller les cartes. Le problème est-il le blasphème ou l’insulte gratuite? On est libre de faire les deux, évidemment, mais est-ce un argument à propos de la religion ou un saut à l’élastique?

 

C’était apparemment vrai du numéro suivant le drame de Charlie Hebdo, imprimé à sept millions d’exemplaires avec une subvention d’un million d’euros du gouvernement français. Pour le grand public, la couverture dessinée par l’artiste survivant Luz (Rénald Luzier) était une image de réconciliation pacifique, montrant la tête d’un homme coiffé d’un turban, explicitement censé représenter Mahomet, qui verse une larme et tient un panneau « Je suis Charlie » sous la déclaration « Tout est pardonné ». La larme était authentique : Luz pleurait tandis qu’il dessinait. Comme il l’a expliqué en détail lors des funérailles du rédacteur en chef de Charlie, Charb (Stéphane Charbonnier), lui et Charb étaient amants. Mais Luz voulait aussi faire rire ses collègues avec cette couverture, et ils se seraient effectivement mis à rire. Pourquoi? Selon des commentaires publiés sur internet, la couverture était aussi une plaisanterie interne, parce qu’elle incluait deux dessins cachés de pénis – la marque déposée de Charlie. C’était une bonne plaisanterie bien crade pour les mômes Charlie. « Nous sommes comme des enfants », a dit Luz.

 

Pendant les funérailles de Charb en France, des émeutes ont éclaté devant les ambassades françaises dans des pays musulmans, du Pakistan au Nigéria. La foule a brûlé des drapeaux français et a manifesté violemment à Alger. Je suis allée à Alger à deux reprises, et j’y ai vu assez de choses pour me rendre compte qu’il y a dans ce pays un profond fossé entre une classe sociale d’intellectuels, moderne, éduquée et laïque, qui brûle de libérer le pays des entraves de l’irrationalité, et des masses de jeunes hommes faiblement éduqués et fidèles aux interprétations simplistes du Coran. Il y a un conflit d’idées profond et dramatique en Algérie. Certains intellectuels vont courageusement jusqu’à défendre publiquement l’athéisme, dans l’espoir d’influencer leurs compatriotes.

 

Les musulmans ont vu la dernière caricature de Charlie comme une répétition des insultes obscènes dirigées contre leur Prophète – pas seulement un blasphème, mais une gifle pornographique. Leurs émeutes représentent un danger pour les intellectuels d’Alger qui sont en mesure de promouvoir la raison et la laïcité dans leur pays. Leur sécurité dépend de leur protection par l’armée. Si la rage des islamistes contre l’Occident influence un grand nombre de soldats ordinaires, les conséquences pourraient être dramatiques. Le tumulte provoqué par Charlie a donné une carte maîtresse aux extrémistes islamistes contre les défenseurs des Lumières.

 

Les humoristes de Charlie Hebdo étaient un peu comme des enfants irresponsables qui jouent avec des allumettes et qui ont mis le feu à la maison. Ou peut-être à plusieurs maisons.

 

Les assassinats terroristes à Charlie Hebdo ont frappé la France à un moment où elle a un gouvernement impopulaire et un président faible, où des usines ferment et où des emplois sont perdus, où la politique économique de la France est définie par l’Allemagne via l’Union européenne et où sa politique étrangère est déterminée par les Etats-Unis via l’OTAN. A part lors du moment thérapeutique de solidarité le 11 janvier, le pays se sent secoué par des vents contraires auxquels il ne peut résister.

Malheureusement, une certaine symétrie se manifeste en France : Israël entreprend délibérément et avec constance tout ce qui peut attiser la peur chez les juifs français, dans le but de convaincre cette population désirable d’émigrer en Israël. Tsahal organise chaque année des campagnes de soutien à Paris et un certain nombre de juifs français accomplissent leur service militaire en Israël.

En même temps, ce qu’on appelle l’ « Etat islamique » et « al Qaeda au Yémen », ainsi que des groupes islamiques fanatiques qui leur sont associés, travaillent assidument à recruter des combattants issus des communautés musulmanes, en France et dans d’autres pays européens. Quelque 1400 djihadistes ont quitté la France pour se rendre en Syrie et y rallier la Guerre sainte. Ils sont attirés par la perspective héroïque d’aider à « construire le Califat », une sorte d’Israël pour musulmans, une terre sainte retrouvée.

 

La campagne de recrutement de Netanyahou jouit du soutien de media occidentaux tels que Fox News, qui répand des rumeurs terribles suggérant que les juifs ne sont pas en sécurité en France. Ceci contribue à menacer la France de boycott par les juifs américains, un désastre potentiel pour l’économie et les relations publiques, qui suscite indéniablement la panique dans les cercles gouvernementaux français. Les dirigeants français ne sont pas seulement fermement attachés personnellement à la communauté juive, ils craignent aussi l’opprobre de voir leur pays fustigé comme « antisémite ».

 

Netanyahou s’est imposé au premier rang des VIP venues à Paris le 11 janvier pour rendre hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Hollande était furieux que Netanyahou ait profité de l’occasion pour jouer les enjôleurs, claironnant aux juifs français que leur seule « maison » est Israël. C’est sans doute la même colère qu’éprouve Obama quand il voit Netanyahou honoré par des standing ovations au Congrès. Mais, comme Obama, Hollande n’a pas osé s’opposer ouvertement à cette intrusion.

 

Au demeurant, il n’ose pas s’opposer non plus aux obscures ingérences en France du grand fournisseur de pétrole et acheteur d’armes, l’Arabie saoudite, ni à celles du grand investisseur, le Qatar, tous deux soutiens de l’extrémisme islamique.

 

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu est venu dire à Hollande qu’il doit traiter les musulmans avec des égards et protéger leurs mosquées. Mais la Turquie soutient aussi les extrémistes islamiques en Syrie, qui recrutent de jeunes Français pour en faire des terroristes, et il est un piètre modèle en matière de liberté et de tolérance. La présence de Petro Porochenko, qui est devenu président de l’Ukraine uniquement grâce au désordre créé par les tireurs d’élite néo-nazis à Kiev, était un signal que la France doit adhérer aux sanctions antirusses imposées par les Etats-Unis, des sanctions qui contribuent au désastre économique de la France.

 

Des pressions extérieures poussent maintenant la France à une guerre au Moyen-Orient qu’elle ne peut ni se permettre ni gagner.

 

L’atmosphère de défiance est si lourde désormais que les théories de l’attentat sous « fausse bannière » fleurissent sur internet, nourries par des bizarreries dans le récit officiel. L’information selon laquelle un des frères Kouachi a oublié sa carte d’identité dans la voiture avec laquelle il s’enfuyait, facilitant ainsi l’identification rapide des tueurs, relève de la catégorie « ça ne s’invente pas » et on ose croire que n’importe quel auteur d’attentat sous fausse bannière aurait inventé quelque chose de plus crédible.

 

A ce sujet, on peut faire remarquer, premièrement, que l’incompétence humaine est infinie, et deuxièmement, que lorsque ceux qui sont au pouvoir se précipitent pour profiter d’un merle blanc, cela ne prouve pas que ce sont eux qui l’ont créé. Ceux qui dictent le récit ont les moyens de profiter des événements. Comme avec le 11 septembre, l’histoire officielle est que les terroristes « veulent détruire nos libertés », comme si des décennies de destruction au Moyen-Orient n’avaient rien à y voir. C’est le genre d’argument qui prépare la population à appuyer la guerre.

 

L’un des frères Kouachi, qui a fait feu sur les membres de Charlie Hebdo, et Amedy Coulibaly, qui a mitraillé une supérette casher, ont donné des interviews téléphoniques à BFMTV quelques heures avant d’être tués dans les attaques de la police. Kouachi a fait valoir qu’il était motivé par l’agression des Etats-Unis au Moyen-Orient. Sa conversion au djihad a commencé en regardant la destruction de l’Irak par les Etats-Unis et des photos d’Irakiens torturés par les Américains à Abou Ghraib.

 

Les frères Kouachi ont prétendu agir au nom de l’Etat islamique en Irak et en Syrie (EIIL). Coulibaly a dit qu’il obéissait aux ordres d’al Qaida au Yémen – un endroit où de multiples attaques de drones américains ont tué d’innombrables quidams innocents. Coulibaly a dit qu’après avoir accompli une peine de prison pour vol, il avait rôdé autour des mosquées pour tenter de convertir des gens au djihad.

 

Il est parfaitement concevable que le motif de base pour l’attaque de Charlie Hebdo ne soit même pas de « venger le Prophète » mais d’impressionner, inspirer et recruter des musulmans qui rejoindraient le grand djihad pour rétablir le Califat au Moyen-Orient. Charlie Hebdo était une proie facile dotée de valeur symbolique. Dans la mesure où ce désastre sert à renforcer chez les jeunes musulmans leur sentiment d’aliénation, l’objectif de recrutement risque d’avancer.

 

La France est obligée de prendre des mesures pour limiter les voyages pour la Guerre sainte entre la Syrie et la France. On parle beaucoup de restaurer l’autorité et les « valeurs républicaines » dans les écoles. Mais les dirigeants français doivent examiner lucidement leur politique étrangère totalement incohérente, et, pour le moment, ils n’en donnent aucun signe. En assumant la direction symbolique de la guerre pour un changement de régime en Libye, la France a jeté ce pays dans le trou noir de l’extrémisme islamique. La France a collaboré à l’assassinat de Kadhafi, dont la philosophie développée dans son « Livre vert » était la risée de l’Occident. C’était toutefois une tentative d’offrir une vision moderne et modérée des principes de l’islam dans le but de combattre le fanatisme islamique qui avait toujours été son principal ennemi intérieur – et qui a tiré profit de sa mort. La destruction par l’OTAN de la Libye de Kadhafi a poussé la France à faire la guerre au Mali, à la poursuite d’un ennemi insaisissable que Kadhafi était parvenu à contrôler.

 

La France, comme les Etats-Unis, désigne le terrorisme islamique comme son grand ennemi, tout en faisant son possible pour favoriser sa croissance et son extension. Le soutien constant des Etats-Unis à Israël, même pendant les bombardements meurtriers de Gaza sans défense, même lorsque le Mossad assassine des scientifiques en Irak ou en Iran, ou même lorsque des avions de combat israéliens tentent délibérément de couler un navire de la Marine américaine, l’USS Liberty font apparaître les Etats-Unis comme manipulés par Israël, tandis que la France paraît manipulée par les deux, Israël et les Etats-Unis.

 

Pendant plus d’un demi-siècle, l’Occident s’est systématiquement opposé aux Etats nationalistes laïques du Moyen-Orient, à commencer par l’Egypte de Nasser, en y exigeant en vain une démocratie de style occidental, alors que celle-ci est dénuée de bases sociales adéquates. Israël a toujours craint le nationalisme arabe avant tout, car il pouvait potentiellement gagner la Palestine. Le fanatisme religieux lui a paru plus sûr. Le nationalisme arabe était l’espoir politique positif de la région, et une fois cet espoir brisé, l’extrémisme islamiste s’est engouffré dans la brèche. Cette bataille se poursuit en Syrie, sous la direction de la France qui s’oppose à Bachar al Assad. Ce qui signifie, de fait, soutenir les islamistes au moment où Assad se prépare à leur faire la guerre.

 

La folie évidente de cette situation est le reflet d’un gouvernement français qui ne semble plus capable de définir une politique dans son propre intérêt, et que les tourbillons de la mondialisation font chanceler.

 

Blasphème et pornographie

La France résonne de proclamations selon lesquelles nous devons continuer à publier des caricatures attaquant les musulmans dans le style Charlie Hebdo, faute de quoi nous céderions aux revendications des islamistes. Pour affirmer notre liberté, nous devons prouver que nous n’avons pas peur de commettre un blasphème.

 

Il faut être animé d’un certain esprit religieux pour prendre le blasphème au sérieux. Franchement, le mot ne signifie quasiment rien pour moi.

 

Le blasphème signifie quelque chose si vous craignez d’offenser votre propre dieu, qui vous a averti que cela vous coûterait cher.

 

Mais insulter le dieu de quelqu’un d’autre n’est pas du blasphème. Cela n’affecte pas vos relations avec dieu (ce qui est la signification du blasphème), cela touche d’autres gens, ceux qui croient dans le dieu que vous avez insulté.

 

L’idée qu’il est très audacieux de commettre un blasphème contre un dieu dans lequel vous ne croyez pas n’a pas de sens pour moi. Spécialement lorsque ce n’est pas un dieu officiellement adoré dans la société où on vit, mais celui d’une minorité plutôt impopulaire. Dans le milieu de Charlie Hebdo, insulter des convictions musulmanes était certainement le moyen le plus sûr d’amuser les copains. C’était censé aider la vente du journal.

 

D’un autre côté, dessiner des caricatures qui rendent des quantités de gens furieux au point de commettre un meurtre relève du défi plutôt que du blasphème. On est toujours libre de lancer un défi. Mais le bon sens commande de se demander si cela en vaut la peine.

 

Supposons que vous n’aimiez pas certains aspects d’une religion particulière et que vous souhaitiez combattre de telles croyances. Est-ce que dessiner des caricatures qui réunissent des millions de gens dans la même indignation est le bon moyen? Si ce n’est pas le cas, ce n’est intellectuellement pas plus important que le saut à l’élastique. Ouais! Regardez comme je suis audacieux. Et alors?

 

Il existe bien des méthodes plus efficaces pour débattre de la religion. Prenez comme modèle les philosophes des Lumières au XVIIIe siècle. Des insultes répétées vont probablement unir davantage les gens dans la défense de leur foi. Ce n’est là qu’une considération pratique, qui ne tient pas compte de la « liberté ».

 

D’un autre côté, l’insulte pourrait être une provocation commise précisément pour faire sortir les croyants au grand jour, de manière à pouvoir les attaquer. Cela pourrait être un motif secret de promotion de telles caricatures. Provoquer des musulmans à défendre leur religion d’une manière totalement absurde, qui heurte la majorité de notre population, de façon à pouvoir les ridiculiser encore plus et peut-être prendre des mesures contre eux – guerre au Moyen-Orient (aux côtés d’Israël), ou même expulsion de nos pays (une idée qui monte…).

 

Dans le cas spécifique de Charlie Hebdo, la grande majorité des caricatures prétendument blasphématoires n’avait rien à voir avec la foi musulmane, mais étaient plus ou moins pornographiques, assortis de croquis d’organes sexuels masculins. La présence du phallus était « le gag ». Ce mélange tend à brouiller les cartes. Le problème est-il le blasphème ou l’insulte gratuite? On est libre de faire les deux, évidemment, mais est-ce un argument à propos de la religion ou un saut à l’élastique?

 

C’était apparemment vrai du numéro suivant le drame de Charlie Hebdo, imprimé à sept millions d’exemplaires avec une subvention d’un million d’euros du gouvernement français. Pour le grand public, la couverture dessinée par l’artiste survivant Luz (Rénald Luzier) était une image de réconciliation pacifique, montrant la tête d’un homme coiffé d’un turban, explicitement censé représenter Mahomet, qui verse une larme et tient un panneau « Je suis Charlie » sous la déclaration « Tout est pardonné ». La larme était authentique : Luz pleurait tandis qu’il dessinait. Comme il l’a expliqué en détail lors des funérailles du rédacteur en chef de Charlie, Charb (Stéphane Charbonnier), lui et Charb étaient amants. Mais Luz voulait aussi faire rire ses collègues avec cette couverture, et ils se seraient effectivement mis à rire. Pourquoi? Selon des commentaires publiés sur internet, la couverture était aussi une plaisanterie interne, parce qu’elle incluait deux dessins cachés de pénis – la marque déposée de Charlie. C’était une bonne plaisanterie bien crade pour les mômes Charlie. « Nous sommes comme des enfants », a dit Luz.

 

Pendant les funérailles de Charb en France, des émeutes ont éclaté devant les ambassades françaises dans des pays musulmans, du Pakistan au Nigéria. La foule a brûlé des drapeaux français et a manifesté violemment à Alger. Je suis allée à Alger à deux reprises, et j’y ai vu assez de choses pour me rendre compte qu’il y a dans ce pays un profond fossé entre une classe sociale d’intellectuels, moderne, éduquée et laïque, qui brûle de libérer le pays des entraves de l’irrationalité, et des masses de jeunes hommes faiblement éduqués et fidèles aux interprétations simplistes du Coran. Il y a un conflit d’idées profond et dramatique en Algérie. Certains intellectuels vont courageusement jusqu’à défendre publiquement l’athéisme, dans l’espoir d’influencer leurs compatriotes.

 

Les musulmans ont vu la dernière caricature de Charlie comme une répétition des insultes obscènes dirigées contre leur Prophète – pas seulement un blasphème, mais une gifle pornographique. Leurs émeutes représentent un danger pour les intellectuels d’Alger qui sont en mesure de promouvoir la raison et la laïcité dans leur pays. Leur sécurité dépend de leur protection par l’armée. Si la rage des islamistes contre l’Occident influence un grand nombre de soldats ordinaires, les conséquences pourraient être dramatiques. Le tumulte provoqué par Charlie a donné une carte maîtresse aux extrémistes islamistes contre les défenseurs des Lumières.

 

Les humoristes de Charlie Hebdo étaient un peu comme des enfants irresponsables qui jouent avec des allumettes et qui ont mis le feu à la maison. Ou peut-être à plusieurs maisons.

 

Diana Johnstone est l’auteur de Fools’ Crusade: Yugoslavia, NATO, and Western Delusions. Son nouveau livre, Queen of Chaos: the Misadventures of Hillary Clinton, sera publié par CounterPunch en 2015. Pour lui écrire : diana.johnstone@wanadoo.fr

Article original : http://www.counterpunch.org/2015/01/20/france-under-the-influence/

Traduit par Diane Gilliard, révisé par Chris et Marcel Barang, pour Arrêt sur Info

URL de cet article: http://arretsurinfo.ch/la-france-sous-influence/

Diana Johnstone est l’auteur de Fools’ Crusade: Yugoslavia, NATO, and Western Delusions. Son nouveau livre, Queen of Chaos: the Misadventures of Hillary Clinton, sera publié par CounterPunch en 2015. Pour lui écrire : diana.johnstone@wanadoo.fr

 

 

URL de cet article: http://arretsurinfo.ch/la-france-sous-influence/

 

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 17:43

NON aux fausses solutions, NON à l’austérité, NON à la misère,

Affaire de conviction et de détermination

 

Ainsi que je l’avais annoncé avant l’élection municipale l’heure de vérité approche, de bonnes âmes, en apparence seulement, s’agitent à l’approche du vote des différents budgets de la commune pour 2015.

 

Difficile de discerner qui est à l’origine de l’affiche « NON à la hausse des IMPOTS » et du tract qui a suivi de peu avec, au dos, un mot d’ordre identique pour ce qui concerne la tarification des prestations servies par la commune appliquée depuis le premier janvier (+ 2,5 % en moyenne). Que n’ont-ils engagé la bataille avant la prise de décision lors du Conseil du 9 décembre dernier ! Ils n’ont pas du voir venir, c’est pourtant  un sujet qui fait l’actualité depuis longtemps.

 

De prime abord il pouvait s’agir de l’opposition ou de ses satellites, éventuellement de laissés pour compte. Bien des indices conduisent à penser que le majorité y avait tout autant intérêt pour préparer le terrain avant le vote du budget pour 2015. Madame le maire ne vient-elle pas d’annoncer, lors de son allocution des vœux, qu’elle serait contrainte de réduire les dépenses de fonctionnement de 10 %, c'est-à-dire et sans entrer dans les détails que la commune devra absorber les hausses décidées par l’Etat au 1° janvier, financer l’augmentation de la charge de la dette par rapport à 2014 pour 190 000 euros tout en réduisant ses dépenses d’environ 420 000 euros sur d’autres chapitres soit au total autour de 610 000 euros et faire face aux besoins générés par la croissance démographique ainsi que par la réforme Peillon sur trois trimestres au lieu d’un seul. Evidemment tout est possible mais les conséquences en seront désastreuses pour les villiéraines et les villiérains.

 

Quelques rappels :

 

Qu’en est-il du budget de fonctionnement?

 

Un budget communal doit être adopté en équilibre, les recettes égalant les dépenses, à défaut le préfet peut le contester, le soumettre à la Chambre Régionale des Comptes, puis en fonction du rapport qui lui est transmis le renvoyer au conseil municipal pour ajustement, à défaut il le règle lui-même après avoir fait des coupes sombres dans les dépenses et (ou) augmenté les recettes en ponctionnant les ménages qui ne sont gagnant ni dans un cas ni dans l’autre.

 

Ou tailler dans la masse ?

 

La charge de la dette est une dépense obligatoire impossible d’y toucher. Les autres dépenses comprennent les crédits destinés à l’entretien courant du patrimoine, l’acquisition des fluides, eau, eau, gaz, électricité, fuel, essence, peintures…, la restauration, les activités para et péri scolaires, l’accueil de la petite enfance, les frais de personnel, les subventions à la vie associative et le financement du CCAS compétent en matière d’aide sociale : Elles progressent d’année en année mais c’est là qu’il faudra cisailler.

 

Les recettes proviennent des dotations de l’Etat, des subventions de la Région, du département, de la caisse d’allocations familiales qui sont en régression constante elles ne représentent qu’à peine un quart des recettes globales de la commune, l’essentiel, plus de 75 %, provient de l’impôt sur les ménages et du produit des prestations servies par la commune seule marge de manœuvre dont disposent les élus pour équilibrer la section de fonctionnement du budget, il va sans dire en augmentant les prélèvements sur les ménages.

 

Nous pouvons déjà mesurer chaque jour les conséquences de l’asphyxie progressive des finances communales par le pouvoir central au niveau de l’entretien des espaces verts, de la voirie restée de sa compétence, du patrimoine immobilier, du ménage des locaux, déjà fortement négligés, de l’érosion progressive des services rendus aux familles dans le cadre des activités para et péri scolaire, de l’accueil des jeunes enfants alors que déjà la réforme Peillon a été mise en œuvre au rabais. L’aide sociale et les subventions à la vie associative ne sont pas épargnées. La réorganisation programmée des services municipaux n’a d’autre objet que la réduction de la masse salariale avec comme corollaire la dégradation des conditions de travail. La liste n’est pas exhaustive…Les capacités d’auto financement des investissement ont déjà disparu alors que les besoins augmentent.

 

Les auteurs de l’affiche et du tract proposent la même thérapie pour la communauté d’Agglomération du Val D’orge dont les dotations pour 2015 ont été réduites  de plus de 4 millions d’euros. Les communes subiront les conséquences de ces mesures qui accélèreront l’érosion des prestations et inciterons les familles à rechercher des alternatives à caractère privé qui n’auront d’autre solution que d’accroître librement leurs recettes pour équilibrer les dépenses ou à défaut disparaître. Un gisement d’emplois selon un candidat aux élections cantonales, mais un mauvais palliatif qui reprend des forces au rythme de la casse des acquis sociaux. A ceux qui ne pourront payer il ne restera que le bénévolat déjà fortement sollicité par les associations, ou les yeux pour pleurer.

 

Bloquer l’augmentation des impôts locaux comme du coût des prestations, pourquoi pas, encore faudrait-il se donner les moyens de maintenir les services rendus à niveau, voire de les améliorer, mais cela passe inévitablement par la remise en cause des politiques d’austérités qui se succèdent, donnent des résultats calamiteux en matière de croissance, d’emploi et de pouvoir d’achat, creusent les déficits qui appellent de nouveaux tours de vis.

 

Les élus, ceux qui aspirent à les remplacer, tous se prétendent apolitiques, pour tromper l’opinion, mais subjugués par la crise dont-ils portent une part de responsabilité, ils n’imaginent pas qu’ils soit possible d’en sortir alors qu’elle n’est que construction humaine et non pas la résultante de l’invisible loi du marché, ce qu’ont fait les uns d’autres peuvent le défaire mais ils sont incapables de s’émanciper du chant des sirènes qui nous incitent à la résignation.

 

Ne nous laissons pas mener plus longtemps en bateau. Réagissons collectivement

 

La France est encore un pays riche avec un PIB par habitants parmi les plus élevé da la planète, d’autres font aussi bien, sinon mieux, avec beaucoup moins. Il suffirait de s’émanciper de Bruxelles, de partager plus équitablement, de mettre en œuvre quelques mesures de la plus élémentaire logique comme le contrôle des capitaux et le rétablissement des droits de douane sur la base du vieux principe « je t‘achète si tu m’achètes » pour rééquilibrer nos échanges internationaux, regagner aussi en compétitivité et retrouver le chemin de la croissance économique et par conséquent sociale tout en évitant à notre économie le piège mortel représenté par le Grand Marché Transatlantique en cours de gestation qui prévoit de nous rendre impuissants face aux investisseurs étrangers, contre lesquels les Etats n’auraient aucune possibilité de recours.

 

La fuite en avant dans la soumission, l’antithèse de la solidarité envers ceux qui souffrent le plus, n’est pas la solution.

 

NB: ce texte n'a pas pour prétention d'épuiser le sujet, surtout en matière de fiscalité. Les  commentaires sont ouverts.

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 17:59
Abandonner les postures idéologiques pour revenir au réalisme géopolitique et aux visions à long terme
par Alain Corvez

mercredi 21 janvier 2015, pris sur  Comité Valmy

 

Signature du pacte Franco Soviétique le 10 décembre 1944. Prémonitoire, il devait être revu 20 ans plus tard pour maintenir l’Allemagne hors d’état de nuire... Comité Valmy

Colloque au Palais Bourbon - Salle Colbert le 19 janvier 2015 :

 

La dégradation des relations entre La France et la Russie étant née de la situation en Ukraine, j’ai relu l’été dernier le délicieux petit livre que Jacques Benoist-Méchin, dont on connaît les sympathies pour l’Allemagne et l’antipathie pour le communisme soviétique, publia en mai 1939 « Ukraine. Le fantôme de l’Europe », dans lequel il exprime avec le talent littéraire et les accents poétiques qu’on lui connaît son amour pour les populations qui habitent à l’époque cette région au centre de l’Europe. Il commence ainsi :

 

« L’Ukraine, chimère ou réalité ?

Qu’est au juste l’Ukraine, ce pays dont ni le nom, ni les frontières ne sont tracés sur les cartes de l’Europe ? Qu’est-ce que les Ukrainiens dont certains voyageurs nous disent : » Plus nombreux que les Polonais, plus virils et plus cultivés que les Roumains, plus loyaux envers leurs aspirations nationales que les Tchèques eux-mêmes, ils forment la nation la plus romantique de l’Europe- la nation que personne ne connaît. » ?

 

Demandons-le aux Russes-tsaristes ou staliniens- aux Polonais, aux Roumains, aux Hongrois. Ils nous répondront d’un ton passionné : « Attention ! vous faites fausse route. L’Ukraine n’existe pas. C’est une chimère de l’esprit, une fiction créée de toutes pièces par une insidieuse propagande… » Interrogeons des membres de l’émigration ukrainienne en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis. :

 

Ils nous diront avec plus de passion encore : « Le martyre de l’Ukraine est un des crimes les plus monstrueux de l’histoire. Tant que l’Ukraine sera asservie, la paix ne sera qu’un leurre. »

 

Benoist-Méchin retrace ensuite la longue histoire de l’Ukraine depuis la Grèce et Rome puis l’invasion de Rurik et ses Varègues qui fondèrent la Russie à Kiev en 862, ayant donné le mot scandinave « Rus » aux habiles rameurs des rivières puis à tous les habitants. Les premiers princes de Kiev développèrent le pays, s’allièrent à Byzance et marièrent leurs filles aux plus grands souverains d’Europe : ainsi la princesse Anne de Kiev, fille du descendant de Rurik, Jaroslav, épousa en 1051 le roi Henri Ier de France. Les Tartares de Gengis Khan chassèrent momentanément ces premiers Russes au XIIIème siècle puis ce fut la Pologne en rivalité avec la Lituanie qui exerça sa domination. Il serait trop long de continuer ce rappel historique car ce sont tour à tour les Suédois, les Russes, les Autrichiens, un court moment Napoléon, puis les Allemands et enfin à nouveau les Russes qui s’y succédèrent. Mais les Russes y furent toujours présents de façon plus ou moins dense. L’originalité des Cosaques, dont le nom vient du turc « kassak » qui veut dire « bon soldat », populations hétéroclites qui s’organisèrent en résistances militaires aux différents envahisseurs est éclairée dans cet ouvrage documenté.

 

Après un peu d’histoire, venons-en à la géopolitique, dont l’une ne peut se faire sans l’autre, qui analyse les rapports de forces dans le monde, forces étatiques et forces idéologiques, les deux étant souvent entremêlées, afin de comprendre comment elles s’exercent et comment les intérêts des états sont défendus en mettant en œuvre les moyens appropriés. Cette étude devrait rester froide et réaliste en rejetant tout jugement orienté idéologiquement. Ce qui ne veut pas dire être aveugle et ignorer la force des propagandes qui peuvent arriver à justifier l’injustifiable. Les moyens de la belligérance ne sont plus seulement les forces armées mais aussi les moyens médiatiques qui visent à convaincre les populations et avec elles leurs dirigeants, du bien et du mal jugé à l’aune des intérêts des états et à justifier les positions bellicistes et les prétentions. La combinaison de la force militaire et de la propagande, c’est le mot qui convient, a été employée depuis longtemps,-souvenons-nous de l’enthousiasme des foules allemandes, fanatisées par un certain Goebbels, pour soutenir le régime nazi et ses folles ambitions. Avec les moyens modernes de communication, notamment l’Internet, les possibilités d’influence se sont multipliées mais aussi les critiques en retour des libres penseurs, ce que des surveillances accrues cherchent à museler. Concernant l’Ukraine, des déclarations frôlant l’hystérie ont fleuri largement et je propose donc de retrouver un peu de raison.

 

Revenons aux fondements de l’analyse géopolitique qui devrait rester dépassionnée et n’oublions pas la phrase terrible de Frédéric Nietzsche :


« Les Etats sont des monstres, les plus froids des monstres froids. »


Les états ont des intérêts à défendre, c’est leur seule règle et, lorsqu’il s’agit d’intérêts vitaux, tous les moyens sont bons pour le faire. Mais le monde s’est organisé pour limiter les excès de cette dure loi des relations internationales depuis la SDN et maintenant l’ONU, sans parler de la « Trêve de Dieu » instaurée au Moyen-Âge par l’Eglise pour limiter les dégâts des rivalités féodales. Le 18 décembre 2013 la résolution de l’ONU n° A/RES/68/127, adoptée par l’Assemblée Générale encourage les nations à défendre leurs intérêts avec modération par le dialogue et le respect des différences afin de bâtir « un monde contre la violence et l’extrémisme », ainsi que l’avait proposé le Président iranien Rouhani lors de son discours à la 68ème session de l’ONU le 24 septembre 2013, initiateur de cette résolution.

 

Les évènements récents ne montrent pas une application de ces préceptes sages, notamment en Ukraine où un conflit meurtrier oppose au cœur de l’Europe l’Est et l’Ouest comme au temps de la guerre froide que l’on croyait définitivement révolue.

 

Le titre de l’intervention que j’ai proposé au Général Paris indique qu’il me semble important de revenir aux fondamentaux de cette crise, en sortant des attitudes stéréotypées propagées par les idéologues, et diffusées à grands frais par les médias.

 

L’importance de revenir à un raisonnement stratégique dénué d’a priori, s’appuyant sur les réalités historiques, géographiques et politiques de l’Ukraine, ce qui implique naturellement l’économie, doit permettre d’avancer vers une sortie de crise en prenant en compte les intérêts des états concernés en premier chef, c’est-à-dire l’Ukraine, la Russie et les pays du continent européen.

 

Auparavant, je voudrais citer l’étude très intéressante d’un journaliste américain, Robert Parry, parue récemment sur la "gestion de la perception" ou "perception management" pilotée par le bureau de Washington intitulé "Bureau de la diplomatie publique", "Office of public diplomacy", fondé en 1982 sur demande de Reagan, par William Casey, Directeur de la CIA et Walter Raymond, Directeur de la communication de la CIA ( c’est-à-dire de la propagande) pour légitimer la stratégie des EUA dans le monde, initialement pour justifier la guerre du Vietnam aux yeux des opinions publiques, et d’abord de l’américaine.

 

Ce Bureau, piloté par la Maison Blanche et relié aux agences du renseignement, NSC, CIA et autres, existe toujours. Il dispose actuellement d’un budget de 100 millions de dollars par an utilisé pour financer ONG et officines qui mettront en œuvre la politique définie. Cette étude explique en substance qu’il s’agit de diriger une diplomatie d’influence en manipulant l’information pour défendre des thèses qui pourraient paraître injustifiables. (site : dedefensa.org)

 

En décembre dernier, un des experts stratégiques américains les plus affutés, George Friedman, proche du pouvoir à Washington, membre d’organismes travaillant avec lui comme Stratfor (Strategic Forecast) qu’il dirige, s‘est exprimé sur l’Ukraine.

 

Son avis est catégorique sur le changement de pouvoir à Kiev, les 21-22 février. Friedman ne prend pas de pincettes : c’est un “coup” organisé et exécuté par les cohortes diverses au service des Etats-Unis avec leurs divers sous-traitants ukrainiens, notamment parce que les milieux de sécurité nationale aux EU, inquiets du rôle de la Russie dans l’affaire syrienne, tenaient à prendre leur revanche et à paralyser la Russie en créant sur ses frontières une Ukraine fondamentalement antirusse.

 

Et pour mieux faire comprendre la chose, il tape sur le clou, semblant dire à qui le lira qu’il s’agit d’une évidence qu’il serait complètement absurde de songer à dissimuler :
« Sans aucun doute, ce fut le “coup” le moins dissimulé dans l’histoire. »
« Indeed, it was the most overt coup in history »

 

Ainsi, à côté du classique “covert” [opération clandestine], voici donc la catégorie nouvelle de la « diplomatie publique », – l’“opération clandestine” complètement à ciel-ouvert, la moins clandestine de l’histoire, si peu clandestine qu’on peut dire que sa raison d’être et sa façon de faire sont marquées par une volonté absolue de non-clandestinité.)

(Voir le texte de George Friedman sur le site : Dedefensa.org, ou sur Stratfor)

 

Les relations cordiales qui s’étaient instaurées depuis longtemps entre la France et la Russie se sont détériorées au sujet de l’Ukraine, Paris reprochant à Moscou une attitude agressive pour empêcher l’UE d’inclure le pays et l’OTAN de l’intégrer. Les dernières déclarations du président français indiquent heureusement un changement de position puisqu’il a reconnu officiellement que la Russie ne voulait pas annexer l’Ukraine.

 

La présentation de la crise ukrainienne par les agences américaines et reprise par les médias, notamment européens, souvent de bonne foi, a décrit le Président Poutine comme un dictateur ancien chef du KGB, brutal, adepte de coups tordus, voulant avaler l’Ukraine avant d’autres pays, oubliant qu’il n’a été qu’un modeste officier de renseignement à Dresde avant de prendre momentanément la tête du FSB par la volonté d’Eltsine, oubliant au passage que le président Bush avait été lui chef de la CIA. (Lire à ce sujet l’excellent livre de Frédéric Pons : « Poutine ».) Enfin, cette propagande outrancière est allé jusqu’à dire contre toute évidence que Poutine serait incapable de penser le développement de la société, fonctionnerait en vase clos et serait impopulaire dans son pays et incapable de vues à long terme. Le fascisme qu’il dénonce en Ukraine serait la pure invention d‘un mégalomane.

 

Heureusement, il semble désormais que les pays européens s’écartent de la surenchère américaine, sous la pression de leurs industriels qui savent qu’affronter la Russie n’est pas dans leur intérêt et que les sanctions sont à double effet. A Kiev deux clans s’opposent entre partisans d’un compromis, comme le président Porochenko, et ceux d’un affrontement mené par le Premier Ministre Asenyi Iatseniouk, l’homme que la Sous-Secrétaire d’état Victoria Nuland voulait mettre au pouvoir dès le début. La position de Washington sera donc déterminante pour décider d’un apaisement ou d’une accélération de l’affrontement.

 

Car le drame est là : pour cette crise au cœur de l’Europe ce sont les Etats-Unis qui poussent à la surenchère leurs alliés européens plutôt réticents, en dehors des Polonais et des Baltes.

 

Sans revenir sur les raisons du déclenchement de la crise fin 2013, il est clair que le coup de force sur la Crimée était une réaction facile (aucun combat) offerte sur un plateau à la Russie par le coup de force des Etats-Unis du 22 février (et non des Européens qui avaient cherché et trouvé un accord le 21 février). Ce n’était d’ailleurs que la correction d’une décision contre nature prise en 1954 par Kroutchev pour flatter ses anciens camarades du Parti Communiste ukrainien. Ensuite les évènements se sont enchaînés avec une politique fortement antirusse de Kiev et des massacres d’une cruauté insoutenable encouragés par la haine.

 

Comme chacun le sait ici, la Russie a alterné les attitudes de force dans son soutien aux prorusses du Donbass, et d’apaisement en réaction aux prises de position du gouvernement de Kiev soutenu par les Occidentaux. Mais les Etats-Unis ont maintenu la pression, renforçant leur dispositif militaire en Pologne, dans les états baltes et récemment en Angleterre, renforcement qui a été présenté comme une réaction à un renforcement militaire russe qui n’est venu qu’après en réponse, et qui d’ailleurs a été depuis ostensiblement allégé par Moscou qui a éloigné ses forces de la frontière. L’apaisement semble prévaloir pour le moment. Les Russes, conscients de la réalité de la situation en Ukraine, ont proposé dès le début une solution fédérale pour le pays et, compte tenu de la diversité du territoire et de ses populations, il semble que ce soit la seule issue raisonnable. L’annulation de la rencontre prévue le 15 janvier à Astana entre Poutine, Merkel et Porochenko, avec une relative discrétion des médias n’est pas un signe encourageant.

 

Dans sa déclaration récente, le président Hollande a montré la volonté de la France de sortir de la crise en prenant en compte les réalités géopolitiques : l’avenir de l’Europe est dans une entente avec la Russie, et au-delà d’elle et par elle avec le monde asiatique. Puisque ce n’est pas la politique de l’OTAN, la conclusion logique serait d’en sortir comme l’avait fait le Général de Gaulle ou, puisque nous avons commis l’erreur de rejoindre l’organisation militaire,- en notant au passage qu’elle a fait reculer l’idée d’une Europe politique et de la défense alors que le Président Sarkozy avait justifié cette décision, qui faisait suite aux premières mesures du Président Chirac, pour la faire avancer-, reconnaître avec nos partenaires européens que les buts de l’alliance ayant disparus, il faut au moins la modifier si on ne peut la supprimer. Si l’Europe politique n’existe pas, c’est à cause de son absence de défense puisque les états membres s’en remettent pour elle entièrement à l’alliance et l’ont formellement inscrit dans le marbre du Traité de Lisbonne. Car enfin, l’OTAN n’est plus que le bras armé de la stratégie américaine et il devrait être clair que nous n’avons pas toujours les mêmes intérêts dans le monde : un monde multipolaire se met en place et nous devons nous entendre avec les nouvelles puissances des BRICS au lieu d’épouser les querelles de Washington. Ce n’est pas faire preuve de l’antiaméricanisme primaire que dénonçait Jean-François Revel en 2002,
(L’obsession antiaméricaine, son fonctionnement, ses causes, ses inconséquences. Plon)
que de reconnaître les réalités du monde nouveau qui n’a plus rien à voir avec celui de la guerre froide : l’Europe n’est pas l’Amérique et si elle n’existe pas politiquement c’est à cause de ce lien atlantique paralysant. Sachons être l’un des monstres froids de Nietzsche qui défend ses intérêts âprement, ce qui implique de les définir auparavant par un raisonnement stratégique.

 

J’ajoute qu’au sein de cette UE dominée par l’Allemagne du fait de son poids économique et donc politique, un axe Paris-Moscou pourrait faire contrepoids à ce déséquilibre et correspondrait à une tradition que la Russie serait évidemment enchantée de reprendre, tant nos relations historiques dans les domaines énergétiques, spatiaux, technologiques, agricoles et autres seraient équitablement profitables. Car si la France n’a pas la puissance économique de l’Allemagne, elle a d’autres atouts par sa présence sur les cinq continents et ses possessions ultramarines qui nous donnent d’énormes moyens d’agir et qui s’appuient sur notre riche capital intellectuel et moral. La deuxième Zone Economique Exclusive du monde avec 11 millions de km2, ajoutée à la Francophonie qui rassemble 60 états prêts à nous soutenir nous donnent des responsabilités planétaires et le monde, souvent lassé des options guerrières américaines, attend la France aux grands rendez-vous, car les nations qui ont besoin d’une aide ou d’un médiateur savent que l’UE n’est qu’une puissance virtuelle.

 

Il faudrait pour cela que la France retrouve son indépendance de tous blocs politiques et sa liberté de choix diplomatiques et stratégiques, ce qui ne l’empêcherait pas de conserver ou de nouer des accords avec les uns et les autres. L’avenir dira sans doute que les liens et les accords avec la Russie sont un impératif catégorique qui nous ouvrira les portes de l’Asie Centrale et bien sûr de la Chine dont la montée en puissance se fait avec modestie mais à un rythme inexorable, établissant des accords avec le monde émergent. Les Etats-Unis s’organisent par ce qu’on a appelé un « pivotement » de leurs forces pour contrer cette réalité incontournable. Ce n’est pas notre intérêt de les accompagner dans cette stratégie, au contraire. Du fait de notre rôle mondial et notamment dans l’Afrique riche d’un avenir prometteur, nous devons trouver les arrangements « gagnant-gagnant » avec l’Empire du milieu, au cas par cas.

 

Après le chaos qui a suivi l’effondrement de l’Union Soviétique, la Russie appuie sa renaissance depuis quinze ans sur des valeurs patriotiques et spirituelles qui ne peuvent que la renforcer quand l’Europe se cherche sur le plan moral, sape les fondements de la société occidentale comme celui fondamental de la cellule familiale, confondant le respect de la différence avec la norme naturelle et légale, accepte les critiques blasphématoires des croyances au nom d’une liberté dévoyée, et ne parvient pas à sortir d’une crise économique qui menace même de bouleverser ses structures. Même si la Russie subira sans doute un ralentissement de son développement économique pour diverses raisons pendant une période passagère, elle possède d’immenses potentialités qui rendent inéluctable sa future position de puissance phare de l’Europe. Sa richesse en énergie indispensable à l’Europe et au reste du monde, notamment à la Chine, dont elle a commencé à orienter les flux vers son sud en réponse à la crise en Ukraine, ajoutée à une organisation monétaire indépendante du dollar en cours de structuration avec les pays d’Asie et d’Amérique Latine, même si elle connaîtra des soubresauts pénalisants, mettent en danger notre continent. Il est urgent de s’entendre avec notre grand voisin.

 

Certains pensent que la Russie aurait une attitude brutale par peur de son avenir et comme prise d’une fièvre obsidionale. C’est une erreur totale. Face aux attaques de l’Occident sur son étranger proche, tout en marquant les limites à ne pas dépasser, elle fait preuve de retenue et propose des solutions de compromis, rejetées par les partisans de l’affrontement.

 

Et, comme je l’ai dit plus haut, la Russie n’a pas peur, au contraire, car elle s’appuie sur la certitude de s’appuyer sur des valeurs universelles qui ne peuvent que s’imposer à tous un jour, face au renoncement d’un Occident qui renie souvent ses fondements historiques, spirituels et moraux. La peur me semble être du côté des Etats-Unis qui ont conscience que leur suprématie totale est irrévocablement finie et qui hésitent sur les stratégies à adopter pour s’adapter au monde en émergence, certains radicaux à Washington choisissant l’affrontement militaire comme solution à leurs craintes de l’affaiblissement.

 

Permettez-moi de conclure par une citation de quelqu’un qui s’y connaissait en géopolitique et en vues lointaines. :

Le 21 décembre 1944 devant l’Assemblée Consultative française, soit au moment où l’Allemagne nazie n’est pas encore battue (la contre-offensive des Ardennes était alors en cours) et où le communisme de Staline est en place à Moscou, le Général de Gaulle dit :

 

« Le pacte d’alliance et d’assistance que la France vient de conclure avec la Russie soviétique répond à une tendance rendue, dans les deux pays, naturelle et traditionnelle par les épreuves de la politique européenne. Il constitue l’acte d’union scellé entre les deux grandes puissances du continent, non seulement pour mener la guerre jusqu’à la victoire totale, mais encore pour faire en sorte que l’Allemagne une fois vaincue, demeure hors d’état de nuire. Enfin, ce pacte est le signe par lequel la Russie et la France manifestent leur volonté d’étroite collaboration dans toutes mesures qui conduisent au statut de l’Europe de demain. »


« Pour la France et la Russie, être unies, c’est être fortes ; se trouver séparées, c’est se trouver en danger. En vérité il y a là comme un impératif catégorique de la géographie, de l’expérience et du bon sens. »

 

Enfin, en 1966 au Kremlin il dit : « La Russie apparaît à la France comme un interlocuteur avec lequel la compréhension et la collaboration sont éminemment naturelles. Il y a là une réalité politique et affective aussi ancienne que nos deux pays qui tient à leur histoire et à leur géographie. »

Alain Corvez
19 Janvier 2015

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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 13:54

Par Jacques Sapir copié sur Comité Valmy

22 janvier 2015

Ainsi, Mario Draghi a bien utilisé le « bazooka ». L’annonce qu’il vient de faire le jeudi 22 janvier restera dans les annales. La Banque Centrale Européenne s’est donc converti à « l’assouplissement », ce que l’on appelle le « quantitative easing » (ou QE pour les initiés. Mais, il s’agit d’une mesure désespérée. Rien ne prouve qu’elle donne les résultats espérés. Elle soulève par ailleurs de nombreuses questions. En un sens, on peut y voir aussi, et c’est là peut-être le point le plus important, l’amorce d’une reconnaissance que la zone Euro ne fonctionne plus et qu’il convient d’en préparer la dissolution.

Les mesures annoncées.

Lors de sa conférence de presse Mario Draghi a donc fait une série d’annonce que l’on peut résumer comme suit :

 

•- La BCE a décidé de lancer un programme d’achat d’actifs étendu, qui rassemble mais aussi dépasse les programmes antérieurement annoncés (TLTRO). Ce programme, qui entrera en vigueur au mois de mars et se continuera jusqu’en septembre 2016, consistera dans des achats de titres obligataires privés et publics sur le marché secondaire pour un volume de 60 milliards d’Euros par mois.
•- Ce programme a été décidé en raison de l’effondrement de l’inflation et des risques que fait courir la déflation à la zone Euro.
•- Il sera mis en place sous une règle de proportionnalité à la contribution de chaque gouvernement au système de la BCE.
•- La BCE coordonnera les achats de titres qui seront effectués, dans les limites indiquées par les Banques Centrales Nationales (NCB).
La prise en compte des risques sera couverte à 20% par la BCE dans le cadre d’un principe de solidarité à l’échelle de la zone Euro, et pour le reste reviendra à chaque Banque Centrale.
•- Les titres achetés pourront avoir une maturité allant jusqu’à trente ans.
•- Ce programme ne doit pas inciter les gouvernements au laxisme budgétaire.

 

Ces mesures étaient attendues par les opérateurs des marchés financiers, mais l’ampleur du programme a favorablement impressionné ces mêmes opérateurs. Le montant total de cet « assouplissement » atteignant ainsi 1140 milliards. L’Euro a amorcé un mouvement de baisse par rapport au Dollars des Etats-Unis. Mais, d’autres détails sont aussi à noter, et en particulier la règle de proportionnalité dans les achats de dettes (qui implique que trois pays en bénéficieront le plus, l’Allemagne, la France et l’Italie) mais aussi la règle de solidarité qui est limitée à 20% des achats.

 

Une mesure désespérée ?

On doit se demander si cette annonce faite par Mario Draghi n’est pas la toute dernière mesure prise en désespoir de cause devant l’évolution de la situation économique, mais aussi politique, de la zone Euro. Rappelons les faits :

 

1.Mario Draghi avait brandi la menace d’une telle action dès le début du mois de septembre 2012. Si l’on s’en tient à la théorie de la crédibilité qui sert de base à la politique déclaratoire de la BCE, cette menace était faite pour ne pas être mise en pratique. Elle devait décourager de manière décisive les spéculateurs et tous ceux qui anticipaient une possible dissolution de la zone Euro. Or, il faut bien reconnaître qu’après environ un an où il fut cru sur parole, la crédibilité de Mario Draghi s’est lentement, puis de plus en plus rapidement, effritée. Ainsi, la dernière mesure visant les banques et datant de septembre 2014, ce que l’on appelle le « TLTRO » a été un échec. Cette perte de la crédibilité est un signe important de la crise que l’on connaît dans la zone Euro.

 

2.Les mécanismes permettant à cet assouplissement monétaire de relancer l’inflation et par là même l’activité économique ne sont pas clairs. En effet, l’Europe n’est pas les Etats-Unis, et même dans ce pays les résultats des QE1, QE2 et QE3 sont pour le moins mitigés.

 

◦Le rôle du crédit dans la consommation et dans l’investissement est nettement moins important en Europe qu’au Etats-Unis.Si l’annonce de cet assouplissement va certainement donner un coup de fouet aux marchés des titres (en particulier les marchés d’actions) et conforter les banques et autres sociétés financières, la détention de ces titres dans les portefeuilles des ménages est limitée. Il n’y aura donc pas d’effet de richesse réel qui pourrait dynamiser la consommation.

 

◦Si la baisse de l’Euro par rapport au Dollar des Etats-Unis est une bonne chose, il convient de rappeler que les pays de la Zone Euro, à l’exception de la France, font entre 60% et 70% de leur commerce international au sein même de la zone Euro. La dépréciation de l’Euro face au Dollar n’aura donc pas les mêmes effets de relance de l’activité qu’une dissolution de la zone Euro avec des dévaluations plus ou moins importantes des pays d’Europe du Sud par rapport à l’Allemagne.

 

•3. Il y a une contradiction entre la déclaration faite par Mario Draghi sur la nécessité de maintenir des politiques budgétaires strictes et cet « assouplissement ». En fait, face au risque de déflation, c’est par la politique budgétaire, et non par la politique monétaire que l’on lutte contre une récession et une déflation. Le problème principal en Europe est la baisse de la part des salaires ouvriers dans la valeur ajoutée.

 

On constate donc que, pour spectaculaire qu’elle soit, cette annonce est une réponse à une question qui n’était pas posée. En fait, l’assouplissement monétaire est cohérent quand on est face à une crise de liquidités, comme en septembre 2008. Mais ce n’est pas le cas actuellement.

 

La fin de la zone Euro ?

Il y a un point qui mérite d’être analysé, c’est la décision de limiter le mécanisme de solidarité devant les risques à 20% des achats. Cela signifie que, pour 80% de ces mêmes achats de titres, le risque devra être porté par la Banque Centrale du pays considéré. Or, le principe de mutualisation est à la base du fonctionnement de la zone Euro. Il faut aujourd’hui reconnaître que l’on a régressé vers la situation de 1999, c’est à dire au moment de la mise en place de la zone Euro, en matière de mutualisation.

 

•- Il y a eu, depuis 2010, un mouvement très important de renationalisation de dettes (que l’on peut voir dans le compte TARGET-2), qui signifie la fin du marché unique des dettes au sein de la zone Euro.

•- Désormais, nous savons que cette mutualisation ne s’applique qu’à 20% des achats de titres à venir. Autrement dit, la Banque Centrale de l’Italie portera 80% du risque pour l’Italie, la Banque Centrale de Grèce 80% du risque pour la Grèce, et ainsi de suite.

•- Enfin, on n’a pas remarqué que Mario Draghi s’est bien gardé d’annoncer la mise en œuvre immédiate de son programme et qu’il l’a renvoyé au mois de mars. La raison en est simple. Il attend que la Cours de Justice Européenne lui donne le feu vert. Or, l’avis de l’avocat général, qui n’est nullement un arrêt, stipule bien que l’application d’un programme de la BCE (dans ce cas l’OMT) doit respecter le principe de proportionnalité et ne doit pas interférer avec l’établissement d’un prix de marché pour les titres qui seraient éligibles à ce programme[1].

Une possible interprétation des mesures prises par Mario Draghi est qu’elles représentent une action désespérée de la part d’une partie de la BCE qui, devant l’ampleur de la crise, cherche à tout prix à trouver une solution, ne serait-ce que provisoire. Mais, ce faisant, cette fraction de la BCE vient d’ouvrir la porte à une renationalisation de la politique monétaire par les pays membres de la zone Euro. Il est probable que tel n’était pas le but recherché. Néanmoins, il deviendra de plus en plus difficile aux politiciens de la Zone Euro de prétendre que nous nous trouvons dans un système fédéral, alors que la politique monétaire redevient désormais nationale. Pour cette raison, et pour cette raison uniquement, il convient d’accueillir les mesures d’assouplissement monétaire annoncées par Mario Draghi avec une certaine satisfaction.

 

[1] « OPINION OF ADVOCATE GENERAL CRUZ VILLALÓN » Cas 62/14, article 263, 14 janvier 2015,
http://curia.europa.eu/juris/document/document_print.jsf ?doclan…eIndex=0&part=1&mode=req&docid=161370&occ=first&dir=&cid=205625

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 18:24
Légitimite historique du séparatisme des russophones du sud-est de l'Ukraine

Par la voix de la Russie

 

Un peu d'Histoire pour comprendre le Donbass

 

Malgré les efforts diplomatiques, le Donbass ne connaît pas de trêve, suspendu entre l’agressivité du gouvernement central et le désir d’autonomie de la population. L’histoire politique et ethnoculturelle de la région est le seul repère pour comprendre le passé et le possible futur de cette région

 

La connaissance historique de la civilisation slave-orientale est un enjeu fondamental pour comprendre la crise politique dans l’Est de l’Ukraine, son rapport avec la Russie et ses chances de pacification. La perspective la plus critiquable qu’on peut observer chez pas mal d’analystes occidentaux, c’est celle d’envisager la question en termes pour ainsi dire « légalistes ». Dans la plupart des journaux et des médias qui critiquent farouchement le séparatisme des citoyens ukrainiens russophones, tout comme le soutien direct ou indirect que leur fournit Moscou, le problème se réduit en fait à la constatation que chaque État constitue une entité souveraine et la remise en cause de son intégrité territoriale serait en soi un attentat aux principes de la communauté internationale. Ce raisonnement a été appliqué au référendum permettant le rattachement de la Crimée à Moscou tout comme à là révolte des populations du Donbass, qui réclament soit un statut particulier leur garantissant une très forte autonomie, soit l’union directe avec la Fédération Russe. De cette façon, un millénaire d’histoire est complètement oublié afin de donner l’image d’une Russie autoritaire et agressive, qui utiliserait des minorités linguistiques pour ses buts impérialistes et à qui serait presque toute la faute de la guerre civile.

 

Mais qu’est-ce que l’Ukraine et, plus particulièrement, sa partie orientale? Répondre à cette question est autant difficile que nécessaire. Au Moyen Âge, le territoire centrale de l’actuelle Ukraine et ses alentours ont été le berceau de la civilisation couramment appelée « slavo-orientale » qui s’est formée entre Xe et XIIIe siècle, c’est-à-dire avant la conquête mongole, et qui a donné naissance aux nationalités russe, ukrainienne et biélorusse (ou bien, selon l’ancienne terminologie, « grand-russe », « petite-russe » et « russe-blanche »). Il existe un débat décapant sur la paternité de l’ancienne Rus’ de Kiev, normalement jugée aïeule de la Russie moderne, mais dont un certain nationalisme ukrainien réclame d’une façon unilatérale l’héritage littéraire et culturel.

 

Quoi qu’il en soit, l’invasion mongole du XII/XIIIe siècle fut le décapage de l’histoire slavo-orientale entre un « avant » et un « après ». Moitié XIVe siècle, pendant que les régions orientales peu peuplées de l’actuelle Ukraine étaient encore sous l’influence des Mongoles, le centre et l’Ouest tombent sous l’influence polonaise, notamment après l’Union de la Pologne avec le Grand-duché de Lituanie, permettant aussi la domination directe sur la ville de Kiev et sur une partie de l’actuelle Biélorussie. La zone la plus occidentale connaît aussi une forte incidence du catholicisme, avec l’Union de Brest en 1596 qui donne naissance aux « Uniates », c’est-à-dire les orthodoxes qui passent avec le Pape tout en gardant la liturgie byzantine. La ville de Léopol devient bientôt la plus polonisée. Dans les terres russes, au contraire, c’est à la puissance de la principauté de Moscou à permettre le renversement de la Horde d’Or dans les steppes eurasiatiques : après la héroïque victoire du prince moscovite Dmitri dans la bataille de Koulikovo en 1380, Moscou va s’emparer des anciennes possessions tatares tel que Kazan’ (1552) et Astrakhan (1556), en jetant les bases de son futur Empire continental.

 

Qu’est-ce qu’il se passait à cette époque dans le territoire couvert par l’État Ukraine ? C’était seulement au sud de Kiev, et notamment dans la région de Zaporojié, que peu à peu va se former un sentiment d’unité grâce au phénomène des Cosaques, communauté ethno-politique réunie autour de la figure de l’ataman, le commandant militaire. Le XIVe siècle voit la naissance de la soi-disant « Zaporojskaïa Sitch », la formation politique des Cosaques de Zaporojié gardant une relative autonomie au sein de la Pologne-Lituanie. Dès lors, le destin de l’Ukraine coïncide en fait avec les événements de ces Cosaques de Zaporojié, qui seront d’ailleurs un élément de premier plan dans la formation de la conscience identitaire ukrainienne, comme le témoigne leur présence dans l’œuvre de l’intelligentsia patriotique ukrainienne du XIXe siècle, par exemple dans les écrits du poète Taras Chevtchenko et de l’historien Mykhaïlo Hrouchevsky.

 

La condition de difficulté de la culture ukrainienne d’époque moderne est bien démontrée justement par l’oscillation de la communauté cosaque entre Polonais et Russes. En 1654, l’ataman cosaque Bogdan Khmelnitsky signe le célèbre traité de Pereïaslav avec le tsar Alexis Ier au cours de sa rébellion contre la présence polonaise. C’est à cette date qu’on peut dater le commencement de l’influence de la Russie moderne sur Kiev, parce que en fait les Cosaques passaient alors sous l’autorité de Moscou. Quelques décennies plus tard, un autre ataman cosaque, Ivan Mazepa, décide de faire le contraire : pendant la guerre du Nord entre la Suède et l’Empire russe au début du XVIIIe siècle, il choisit de changer le champs et de s’allier avec les Suédois. La victoire russe détermine le complet assujettissement de la terre habitée par les populations contadines et les Cosaques de Zaporojié que dans les sources de cette époque est parfois déjà appelée « Ukraine » et non plus seulement « Rus’ ».

 

Il est certes légitime de débattre sur la politique de russification qui a suivi au XIXe siècle, lorsque l’Empire russe décide de limiter l’usage des langues locales (y compris le « petit-russe » ou ukrainien) qui constitue un objet constant de polémique. Mais dans toute cette histoire il y a un point central qu’on ne peut pas oublier : comme on le vient d’exposer, le noyau ethnoculturel de l’Ukraine contemporaine n’était que sa partie centrale et occidentale, suspendue entre l’influence catholique et polonisante et la recherche d’une autonomie sur la base des coutumes et la culture des Cosaques. La région du Donbass et la Crimée elle-même, qui ont été au centre de la crise de 2014, sont en grand partie exclues du complexe rapport historique entre Russes et Ukrainiens tout simplement parce qu’elles avaient très peu à faire avec les Cosaques/Ukrainiens. C’est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que l’Empire russe va annexer ces régions : la Crimée est prise aux Ottomans et l’actuelle Ukraine de l’Est reçoit le nom de Novorossia, c’est-à-dire « Nouvelle Russie ». Et il faut dire que dès le début il s’agit de deux régions presque totalement russes, non pas « russifiées » sur un précédente base ukrainienne. Par exemple, la ville d’Odessa, symbole de la Mer Noire, a été bâtie par les Russes sous Catherine II en devenant bientôt la patrie de grandes personnalités culturelles; de même que Sébastopol, construite sur les ruines de l’ancienne colonie grecque de Kherson. Au Donbass, Slaviansk a été dès le début un ville industrielle totalement russe : son nom signifie à l’origine « ville du sel », à cause des gisements de ce minéral.

 

En général, il est opportun de souligner que l’Empire russe a été une expérience historique très importante, qui a marqué profondément l’histoire de tout le continent euro-asien. C’est aux historiens et aux spécialistes d’éclaircir soigneusement les aspects positifs et négatifs que cet héritage a laissé dans les relations de la Russie avec les populations jadis soumises, un héritage qui n’est pas partagé partout d’une façon uniforme. Il y a une différence profonde, par exemple, entre l’envergure du débat sur le rôle de la Russie en Asie centrale et au Caucase et celui en Pologne et aux Pays Baltes (toutes ces régions ont été conquises par l’Empire de tsars entre XVIIIe et XIXe siècles). Mais dans cette complexe histoire il y des points que personne ne saurait mettre sérieusement en cause : jusqu’à l’époque soviétique il n’a jamais existé un État ukrainien tel que nous le voyons aujourd’hui, ni un sentiment d’identité nationale unitaire et répandu de Léopol à Slavïansk. C’est après la Révolution d’octobre et la naissance des différentes républiques que l’Ukraine connaît son « élargissement » artificiel vers l’Orient, aggravé par le choix de Nikita Khrouchtchev d’y ajouter la Crimée en 1954.

 

Le bref raccourci historique qu’on vient d’exposer peut être considéré comme le point de départ pour une compréhension dépassionnée da la crise ukrainienne d’aujourd’hui. Si l’on tient compte de tous ces éléments du passé, il est évident que chaque solution envisagée pour mettre fin à la guerre civile doit se baser sur l’acceptation de l’appartenance des régions orientales de l’Ukraine non pas à une équivoque « sphère d’influence » russe ayant une signification seulement géopolitique, mais bien à l’histoire et à la culture russe en soi. Après la rupture d’un équilibre ethnique déjà précaire suite aux évènements de Maïdan, la reconnaissance d’un statut particulier des ces régions par rapport à Kiev est en ce sens le choix le plus raisonnable, que ce soit à travers une nouvelle structure fédéraliste ou bien avec le retour à la Russie. Il ne s’agit pas d’idéologie ni de fantaisies impérialistes, mais bien de pragmatisme et conscience historique du passé, comme il arrive dans d’autres régions du monde. Les Russophones du Sud-Est, dans leur écrasante majorité, ne pourraient jamais se passer de leur lien avec Moscou, tout comme le Québec ne saurait jamais couper ses racines françaises dans son rapport avec le Canada, ou bien l’Irlande du Nord qui demeure convaincue à affirmer à son appartenance culturelle au reste de l’île irlandaise, ou encore le Tyrol du Sud, faisant partie juridiquement de l’Italie mais qui reste historiquement et linguistiquement une composante de l’Autriche germanophone.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 17:55
par Christian Schneider

lundi 12 janvier 2015, sur Comité Valmy

 

 

La marche républicaine du 11 janvier, suite aux attentats terroristes contre Charlie Hebdo et contre l’hypermarché cachère de la porte de Vincennes a réuni des milliers de personnes, mais aussi un certain nombre de politiciens européens, africains et moyen-orientaux. Si la masse du peuple manifestait pour la liberté de conscience et contre le terrorisme et le racisme, peut-on dire qu’il en était de même des politiciens ?

 

 

Netanyahou et Lieberman sont les champions du terrorisme, puisque pendant l’été 2014, l’armée israélienne a pilonné la bande de Gaza faisant plus de 2200 victimes dont le crime est d’être né sur cette terre et ne pas avoir le droit d’en sortir. Nos dirigeants auraient pu s’aviser combien la différence était énorme entre les morts de Gaza tout aussi innocentes que les 17 journalistes, policiers et otages assassinés en janvier 2015.

 

Que dire de Viktor Orban, le premier ministre Hongrois qui marque son amour pour la laïcité en se faisant photographier avec sa famille dans son bureau en train de prier ?

 

Mais que vient faire dans ce défilé contre le terrorisme le premier ministre turc Ahmet Davutoglu dont le pays sert de base arrière aux terroristes internationaux opérant en Syrie contre un gouvernement laïc dont le tort est de s’opposer à la politique belliciste et raciste d’Israël ?

 

Le premier ministre espagnol Mariano Rajoy vient manifester en France, alors qu’il limite le droit de manifester dans son propre pays.

 

Il y a bien sûr la clique des tortionnaires du peuple grec, Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, le président du Conseil européen Donald Tusk, la chancelière allemande Angela Merkel et leur valet local Antonis Samaras. Il y a le président ukrainien Petro Porochenko dont le gouvernement est constitué de néonazis.

 

Il y a enfin le secrétaire général de l’OTAN, et c’est là qu’on comprend mieux ce qu’il y a de commun entre tous ces personnages : à l’exception de Porochenko dont le rêve est l’adhésion de son pays à l’OTAN pour déclencher une guerre à la Russie, tous sont des serviteurs de l’OTAN. L’OTAN n’est pas une organisation humanitaire, mais une alliance militaire dans les mains des États-Unis.

 

Les États-Unis et les pays occidentaux en général sont en régression au point de vue économique, minés par l’appât du gain de leurs entreprises mondialisées qui ont voulu profiter des salaires faibles des BRICS et de la Chine en particulier. Le PIB de celle-ci a dépassé en 2014 celui des États-Unis et dans quelques années, la Chine égalera ceux-ci au point de vue militaire. Les experts américains sont prêts à déclencher une guerre mondiale pour garder leur suprématie économique, tant qu’il en est encore temps. Leur cible est la Russie, alliée de la Chine et d’autres pays moins puissants comme l’Iran ou la Syrie.

 

Les États-Unis cherchent à déstabiliser politiquement le gouvernement russe dont le Président défend les intérêts de son pays, contrairement à Elstine. En annexant la Crimée, il a évité que la flotte russe ne tombe aux mains du gouvernement ukrainien pro-nazi et pro-occidental. Les États-Unis ont lancé une attaque spéculative contre le rouble qui, semble-t-il, a échoué. Avec l’aide de l’Arabie saoudite, ils font baisser le prix du pétrole, principale source de devises de la Russie.

 

Les attentats islamistes servent le bellicisme étasunien car ils créent l’émotion dans la population occidentale qui a crié le 11 septembre 2001 « Nous sommes tous des Américains ». Ils ont permis l’invasion de l’Irak en 2003, sous le faux prétexte que celui-ci aurait détenu des armes de destruction massive. Quelle provocation vont inventer les chefs de gouvernement réunis à Paris le 11 janvier 2015, alors que l’opinion est prête à tout accepter au nom du « Je suis Charlie » ?

 

L’extrémisme islamiste a été créé par l’Occident, pour lutter contre l’URSS en Afghanistan, il s’est certes retourné contre son créateur, mais la destruction de l’état irakien a permis la mainmise des multinationales américaines sur le pétrole de l’Irak. La destruction de l’état libyen a permis leur mainmise sur le pétrole de la Libye. Ces deux événements ont fait naître à leur tour des mouvements djihadistes mais ce n’est pas négatif pour l’impérialisme occidental car l’un a failli faire tomber le régime syrien de Bachar El Assad, tandis que l’autre a permis à la France de reprendre pied en Afrique occidentale et d’y contrebalancer l’influence chinoise.

 

A propos des terroristes takfiristes de la mouvance islamiste Al Nostra en Syrie, Laurent Fabius a déclaré : "Ils font du bon boulot". Il ne faut pas oublier qu’en 2013, François Hollande était prêt à faire la guerre à la Syrie et qu’il a regretté le 7 janvier 2015 lors de la matinale de France Inter de ne pas l’avoir fait. Il aurait été l’allié des terroristes qu’aujourd’hui il cloue au pilori, alors qu’il les aurait décorés de la Légion d’Honneur s’ils avaient été nos alliés contre le méchant Bachar El Assad.

 

Le ministre de l’Intérieur dit que 1200 Français combattent en Syrie avec les djihadistes et il reconnaît qu’il faut 25 policiers pour suivre un seul de ces individus. Il serait plus économique et rationnel que la police française collabore avec les services syriens, mais notre presse « libre » pour laquelle des milliers de Français ont manifesté ne le dira pas. Car le but de notre gouvernement et de celui des gouvernements occidentaux n’est pas de lutter contre le terrorisme mais de s’en servir.

 

Christian Schneider,

11 janvier 2015

 

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