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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 17:40
Par Jean LEVY

dimanche 11 janvier 2015, copié sur Comité Valmy

 

 

Tous les médias écrits, sonores et visuels sont mobilisés au service de l’opération « SURVIE » d’un pouvoir se sachant agonisant. Son but : créer artificiellement en France une atmosphère de guerre permettant d’imposer à la population anesthésiée la dictature totale des puissances d’argent au nom de « l’Union sacrée ».

 

Ainsi, serait écartée – pour un temps – toute réaction d’envergure des masses populaires à l’encontre d’une politique de régression économique et sociale inégalée par son ampleur dans notre pays.

 

Tel est l’objectif du capital et de son pouvoir, relayé par ses chiens de garde médiatiques.

Il faut réagir et vite.

 

Non, tout n’est pas clair dans la relation des faits, tels qu’ils sont répercutés dans l’opinion par tous les canaux de communication contrôlés par le pouvoir.

 

Dans la séquence du massacre de la rédaction de « Charlie Hebdo », les infos officielles font état d’un commando techniquement bien préparé à ce genre d’opération, mené avec sang-froid et professionnalisme.

 

Or, ce sont les mêmes hommes qui laissent trainer opportunément la carte d’identité de l’un des deux tueurs dans la voiture qu’ils abandonnent au cours de leur fuite.

 

Ce qui permet à la police de connaître immédiatement les auteurs du massacre…

 

Ils n’ont pas prévu d’avance une planque de repli autre qu’une petite imprimerie en activité à Dammartin-en-Goële en Seine-et-Marne, où ils attendent sagement l’arrivée du Raid…

 

Instruits par l’affaire Merah à Toulouse de la façon d’opérer les forces de l’ordre (on abat le tueur sans chercher à le prendre vivant, pour éviter qu’il parle trop), les deux individus recherchés attendent sagement l’assaut…avant d’être bien sûr abattus.

 

Alors que s’effectue l’opération contre Charlie Hebdo, les infos nous apprennent qu’à Montrouge, un individu abat une policière municipale qui verbalisait un automobiliste…Pourquoi ce crime, dont on nous assurequ’il n’avait aucun lien avec l’affaire précédente ?

 

Or, on nous fait savoir – sans expliquer les raisons subites de ce retournement – que l’homme recherché est au contraire lié aux tueurs des journalistes, et qu’il est en fuite…

 

On retrouve celui-ci vendredi à la Porte de Vincennes, en train de prendre des otages dans une grande surface cascher.

 

La dimension du terrorisme s’en trouve découplée : deux opérations simultanées dans Paris, le fait permet au pouvoir et aux médias d’élever le niveau dramatique de la situation : la France est brutalement confrontée à une guerre généralisée du terrorisme fondamentaliste.

 

Et il faut d’urgence riposter, et d’abord par « l’Union sacrée » derrière le gouvernement Hollande-Valls…

 

Celui-ci organise les choses en grand : le peuple de Paris est convié à manifester massivement son unité derrière le pouvoir. Les forces de droite appuient l’initiative du Parti socialiste, de même que tous les syndicats, les associations, les personnalités de toute sorte.

 

Le Président de la République annonce sa présence, de même que les dirigeants de toute l’Union européenne avec en tête, ceux de Grande-Bretagne, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne.

 

Ainsi, à partir du massacre des journalistes libertaires d’un hebdomadaire qui brocardait, semaine après semaine, les puissants de ce monde, ces puissants utilisent effrontément le crime pour renforcer leur domination…

 

Tel est l’objectif de cette « manif » de la République à la Nation à laquelle est conviée la population.

 

A qui donc profite le crime ?

Jean LEVY
Comité Valmy

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 17:04
par Karine Bechet-Golovko

Copié sur Comité Valmy samedi 10 janvier 2015

 

 

Ce qui s’est passé hier a surpris, choqué, horrifié chacun d’entre nous. 12 morts, tous les grands caricaturistes de Charlie Hebdo froidement assassinés. Le journal satyrique est décapité. Je ne reprendrai pas pour autant les phrases pompeuses entendues, ce n’est pas forcément le coeur notre pays, qui est touché.

 

Charlie Hebdo correspond à une certaine frange de l’idéologie, aujourd’hui au pouvoir, il y en a d’autres. C’est une certaine manière de toucher le liberté d’expression, mais c’est surtout une radicalisation dans le combat entre les tenants radicaux de deux camps : car s’il y a des radicaux religieux, il ne faut pas non plus oublier les libertaires libéraux qui veulent tuer Dieu et surfent sur la vague politique gouvernante contemporaine en Europe. Chacun avec ses armes, ils sont aussi destructeurs, même s’il est ne faut pas le dire. C’est aussi pourquoi il ne faut pas oublier que la liberté d’expression a depuis longtemps déjà et hélas été attaquée en France.

 

Mais hier une étape a été franchie : des tueurs armés peuvent mener une opération punitive commanditée - qui fait plutôt penser au grand banditisme ou aux services spéciaux - pour des motifs idéologiques. Nous ne sommes plus dans la logique habituelle du djihad, nous sommes sur un autre mode opératoire. Ce n’est pas une voiture qui explosa et qui tue aveuglément des civils innocents. Ce sont des cibles précises, même protégées par la police, qui peuvent être concrètement touchées. Le but n’est plus la terreur de masse. Cela fait penser à un coup de snipper. Comme l’on a fait exposer la société ukrainienne sur le Maïdan. Mais pour quoi ? Là est toute la question.

Un mode opératoire très professionnel

Les descriptions de la scène renvoient généralement à l’image d’un commando. Et cela pas uniquement de la part des journalistes ou des analystes professionnels, mais également des passants, simples témoins. Qui ont vu deux hommes habillés tout en noir et lourdement armés se déplacer avec beaucoup d’aisance et sans panique, notamment au moment du retrait, où ils prirent le temps d’abattre un policier à terre pour ne pas laisser de témoins et ramasser quelque chose à côté de la voiture avant de partir sans encombre. Nous sommes ici très loin de l’amateurisme de simples fanatiques qui auraient voulu venger le Prophète contre la ligne éditoriale de Charlie Hebdo.

 

Quelques éléments, toutefois, sèment le doute quant au niveau de préparation. Par exemple, s’ils ont pu savoir à quelle heure et quel jour avait lieu le conseil de rédaction pour pouvoir toucher en une seule fois toutes leurs cibles, ils se sont trompés de porte en arrivant le matin, entrant dans les archives et demandant où étaient les locaux de Charlie Hebdo. Déjà armés et encagoulés, ils reçurent sans problèmes les réponses nécecssaires. Idem dans les lieux de la rédaction, ils demandèrent la vérification de l’identité de leurs cibles. Et là aussi ils reçurent les réponses nécessaires à l’exécution de ce qui semble être leur "contrat".

 

Ce qui renvoie également au professionnalisme, est leur sang froid. Pas d’émotions, pas de panique, chaque chose en son temps et à sa place. Au moment de partir, prendre le temps d’aller achever un policier qui n’entravait en rien leur retraite en est un signe.

 

Dans ce contexte, les cris lancés dans la rue sur la grandeur de Dieu et la vangeance du Prophète font penser à un message qui n’a rien de religieux : mission accomplie.

 

Car nous ne savons pas encore combien réellement ils étaient. Au départ, deux visibles, ensuite l’on parle de trois. Mais qui assurait leurs arrières ? Et le flou médiatique autour des arrestations et gardes à vue ne rassure pas vraiment. Tantôt, NBC (pourquoi eux ???) annoncent l’arrestation des deux tueurs et l’assassinat d’un troisième protagoniste. D’autres parlent de la fuite de deux d’entre eux et le troisième se serait rendu. Bref, il se joue une espèce d’enquête de série TV, dans laquelle les policiers hyper actifs et hyper efficaces se doivent de maintenir le public en haleine jusqu’à la fin glorieuse. Il n’est pas certain que cette surmédiatisation simplificatrice favorise réellement l’évolution d’une enquête sérieuse.

 

Une énorme surprise a été dévoilée par Le Point hier soir encore. Alors que ces hommes ne sont toujours pas arrêtés, le journal diffuse, le soir même, la photo de Saïd et Cherif Kouachi. Il s’agit d’une carte d’identité que ces hommes auraient "oublié" dans le véhicule qu’ils ont abandonné lors de leur fuite. Surprenant non ? Et le journal presque de préciser encore où et à quelle heure les hommes du RAID vont intervenir, avant qu’ils ne le fassent.

 

L’on a du mal y croire. Tout d’abord, pourquoi des individus aussi professionnels se promèneraient-ils avec leur carte d’identité, juste pour être identifiés ? Pourquoi penser que cette carte n’est pas un faux ? Ils auraient tout autant pu laisser leur numéro de téléphone .... Ensuite, pourquoi tant de détails sur la future opération des forces de l’ordre avant que celles-ci n’interviennent ? Les suspects ont-ils tant besoin de savoir où ils sont recherchés ? Et aussi : pourquoi envoyer une brigade VTT du commissariat local contre des hommes lourdement armés ?


Bref, beaucoup de questions restent en suspend et espèrons que l’enquête permettra d’y répondre.

 

Provoquer une fracture sociale

Car le risque est celui d’une rupture sociale. Et là, ce sont les fondements de la République qui sont en jeu. Il est possible que l’attentat soit un acte isolé. Il est possible que l’identité de ces jeunes des cités qui se sont radicalisés soit réelle. Que ce soit vraiment eux. Tout est possible.

 

Mais il est fortement probable que l’on ne soit plus dans la logique classique du djihad et de ses attentats terroristes, aveugles. Cette attaque contre les journalistes de Charlie Hebdo est certainement un détonateur pour d’autres évènements visant à encrer profondément la rupture entre les musulmans et les autres. Ici, l’on regrettera réellement que hier, lors de la rencontre de Hollande avec les représentants des grandes religions en France, les catholiques n’aient pas été vraiment audibles et n’aient pu s’exprimer publiquement qu’à travers les protestants ...

 

Et l’on voit l’attaque de Montrouge aujourd’hui. Une attaque gratuite et violente contre une policière et un agent de voirie, par deux hommes armés, en format commando, sans problèmes pour leur repli. L’on voit aussi une réaction contre les mosquées, qui deviennent des cibles.

 

La fracture sociale est un risque possible si le discours ne change pas. Il ne suffit pas de se tenir par la main en disant on est tous des frères, on est tous Charlie, faire quelques selfies. Non seulement ça ne règle pas le problème, mais c’est hypocrite. Deux questions fondamentales doivent justement sortir de l’ombre, presque de la dissidence, pour être abordées au grand jour, si l’on ne veut pas voir éclater en mille morceaux ce qui reste de la République française. La question de l’immigration et la question du droit au pluralisme idéologique et politique sans stigmatisation.

 

Le refus du débat de fond dans les médias français sur l’immigration

Suite au choc de la violence physique qui a accompagné l’opération punitive contre Charlie Hebdo, les plateaux de télévision se sont remplis toute la journée avec experts en tout genre pour parler de l’évènement. Mais aucun débat n’a eu lieu.

 

Car, si d’un côté, il y a eu réticence à parler d’un attentat islamiste, terme qui n’a été employé ni par Hollande ni par Sarkozy hier, il y a un acharnement empressé à fournir des djihadistes comme auteur des crimes. Notamment un "écolier", dont on peut douter des capacités à l’organisation de l’attentat. Mais passons. Donc c’est un attentat qui est lié à l’islamisme radical, mais l’on ne veut pas parler de terrorisme islamiste. Pourquoi ?

 

Parce que l’on ne veut pas sigmatiser toute une part de la population vivant en France qui est de confession musulmane. Car cela oblige à poser la question du seuil tolérable d’immigration pour chaque pays. Autrement dit, pourquoi avoir peur d’appeler un chat un chat ? L’évènement est horrible et l’on a peur que les français ne se montent contre les "arabes". Pourquoi, si tout va bien ? Peut être que tout ne va pas si bien, que la société n’est pas si homogène.

 

Et le problème majeur vient du fait qu’il n’est pas possible d’en parler sans être immédiatement mis au ban de la bonne société démocratique. Dire qu’il faille discuter d’un problème qui en est un pour toute une partie de la population n’est pas de l’extrémisme, mais du bon sens. S’il n’y avait pas de problème d’intégration de la population nombreuse de confession musulmane dans un pays de tradition chrétienne, il n’y aurait pas de risque de faire exploser la société française aujourd’hui et l’on pourrait régler la question de manière beaucoup sereine. Mais cela obligerait à un véritable débat social, dont les politiques ne veulent pas. Car le mot est que a populaiton européenne étant veillissante, elle a besoin de l’immigration pour survivre. Sans s’interroger sur les conséquences. Et le débat est interdit. Ce qui est une violation des valeurs républicaines.

 

Les dangers de "l’unitarisme" national à marche forcée

Et ce problème du non-dit et de l’impossibilité de dire va de paire avec un problème encore plus profond de notre société. Certains qualifient le massacre de Charlie Hebdo de 11 septembre français. Quelles en seront alors les conséquences ? Ce qui est inquiétant losque l’on voit le virage pris par la politique américaine à l’époque. Le plus grand risque, ici aussi, est intérieur à la communauté française.

 

Immédiatement lancé, le slogan Je suis Charlie a tué le débat. Si Charlie Hebdo est le signe de la liberté d’expression, de la dissidence intellectuelle, du droit à l’impertinence, il faudrait également se l’appliquer et commencer par faire une distinction. L’on a le droit de ne pas aimer les caricatures de Charile Hebdo, même aujourd’hui, mais l’on n’a pas le droit de tuer quelqu’un pour ses idées. Il ne faut pas faire maintenant de la ligne éditoriale de Charlie Hebdo, la ligne politique officielle de la République.

 

Charlie Hebdo est un symbole de la pensée issue de mai 68, c’est une des branches de la panoplie de points de vue, ce n’est pas le seul point de vue, même s’il correspond aujourd’hui à l’idéologie qui se veut dominante et moderne. Et la liberté d’expression, déjà largement mise à mal sans que les islamistes n’y soient pour rien, risque de totalement s’écrouler si l’on ne protège pas la diversité. C’est-à-dire pas simplement les caricatures sur le Prophète ou le Dieu catholique, mais aussi les caricatures sur les sujets tabous montés ces dernières années à hauteur du culte national : acceptons les caricatures sur les homosexuels, les juifs, les gauchos intolérants, les égocentriques desséchés, les émasculés autosatisfaits etc etc etc. Mais ça ne fera pas sortir les gens dans la rue, car ces individus font l’image d’une société soi-disant évoluée qui a trouvé son nouveau dieu en elle-même, en son égoïsme ronflant qui doit ridiculiser tout ce qui n’est pas soi, qui ne respecte pas ce qui n’est pas soi, qui rejette hors de la société ce qui n’est pas soi.

 

Car soit l’humour est acceptable pour tous, soit il est une arme politique. L’émotion considérable qui nous touche après ce massacre est normale, mais il ne faut pas l’instrumentaliser pour tuer ce qui reste de droit à l’impertinence. L’on ne peut pas indéfiniment se cacher derrière l’uniformité des pancartes.

Karine Bechet-Golovko
jeudi 8 janvier 2015

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 16:36
Maxime Chaix

Repris sur Comité Valmy dimanche 11 janvier 2015

 

Cette illustration de l’article est de notre responsabilité. (Comité Valmy.)

 

Chères Charlie, chers Charlie,

Je partage votre indignation, votre colère et votre tristesse au lendemain de ces actes de guerre inhumains contre la Liberté, l’Égalité et la Fraternité – valeurs universelles qui nous unissent malgré nos différences. À l’heure où je finalise cet article, trois jihadistes ont été tués par les forces de l’ordre, après avoir infligé à la France une atmosphère malsaine de déstabilisation systémique et de guerre civile en commettant des crimes atroces. Soyons unis, tolérants et solidaires. Mais ne laissons pas l’émotion neutraliser notre esprit critique ! (1)

 

En effet, au lendemain de ces crimes effroyables – sachant que nos gouvernants risquent d’alimenter ou de déclencher de nouvelles guerres « contre » le terrorisme –, (2) il est plus que jamais indispensable de rappeler plusieurs faits dérangeants sur la politique étrangère de la France en Syrie. Tout d’abord, prenez conscience que notre actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a ouvertement soutenu en décembre 2012 le Front al-Nosra – c’est-à-dire la branche « syrienne » d’al-Qaïda. En effet, selon les informations du journal Le Monde, « la décision des États-Unis de placer Jabhat Al-Nosra, un groupe djihadiste combattant aux côtés des rebelles, sur leur liste des organisations terroristes, a été vivement critiquée par des soutiens de l’opposition [en Syrie]. M. Fabius a ainsi estimé, mercredi, que “tous les Arabes étaient vent debout” contre la position américaine, “parce que, sur le terrain, ils font un bon boulot”. C’était très net, et le président de la Coalition était aussi sur cette ligne”, a ajouté le ministre. » (3)

 

À l’heure où nous sommes frappés par l’abomination terroriste, il faut saisir la gravité de cette position diplomatique du gouvernement français exprimée par M. Fabius. Malgré la brutalité avérée de l’armée, des milices et des services secrets loyaux à Bachar el-Assad, peut-on accepter que le plus haut représentant de la diplomatie française cautionne ouvertement le terrorisme ? Selon le grand reporter Georges Malbrunot, en mai 2013, « [c]eux qui suiv[aient] de près le dossier syrien [ont] quand même [été] un peu surpris d’entendre M. Fabius assurer que Paris [avait] toujours privilégié l’option diplomatique. Depuis deux ans, la principale faiblesse de la position française a été au contraire de ne pas choisir clairement entre la diplomatie et les armes en Syrie, convaincue que les “jours du régime étaient comptés”, selon une formule, qui n’est pas l’apanage il faut le reconnaître du Quai d’Orsay. (…) Pour raccrocher le train de Genève et occuper un strapontin à la conférence internationale qui s’annonce, la France cherche à se redonner une virginité sur le dossier syrien. Et pour donner des gages à ses partenaires américains et russes, Paris en profite pour annoncer qu’il va, cinq mois après Washington, proposer de mettre le groupe rebelle Jabhat al-Nosra lié à Al Qaida, sur la liste des organisations terroristes. » (4)

 

Plus grave encore : en août 2014, le journal Le Monde a révélé que le Président Hollande avait ordonné aux services spéciaux français de livrer clandestinement (5) des armes de guerre à des rebelles « modérés » en Syrie – ce qui est contraire à la Charte des Nations Unies. (6) Malheureusement, il s’est avéré que certains armements livrés par les services français sont – d’une manière ou d’une autre – tombés entre les mains de groupes jihadistes, qui se réjouissent aujourd’hui de la vague d’attentats qui déstabilise la France en profondeur.

 

Malgré ces faits alarmants, dans l’interview qu’il a accordée au journal Le Monde le 21 août 2014, le Président Hollande a implicitement (mais officiellement) confirmé que ces livraisons d’armes étaient maintenues. En effet, d’après ce journal, « [t]ous ses calculs [visant à obtenir la chute de Bachar el-Assad en armant les rebelles “modérés”] ont fait long feu. “Genève 2” a eu lieu en janvier-février 2014, sans le moindre résultat. Les efforts de structuration de l’ASL, engagée par le général Idriss, n’ont pas vraiment porté leurs fruits. En décembre 2013, des dépôts d’armes de l’ASL à la frontière syro-turque ont même été pillés par des combattants du Front islamique [, un groupe jihadiste soutenu par l’Arabie saoudite, à l’instar du Front al-Nosra]. (7) Tandis que le régime se lançait dans une contre-offensive à Homs et autour de Damas, les rebelles islamistes prenaient l’ascendant sur leurs rivaux nationalistes dans le Nord. Autant d’événements qui ont dissuadé les autorités française[s] d’amplifier leurs efforts. “C’est sûr que ces difficultés ne nous ont pas vraiment encouragés à aller plus loin”, confie un diplomate. [Pourtant, si] l’on en croit les déclarations de François Hollande jeudi 21 août [2014], les livraisons d’armes n’ont cependant pas cessé. » (8)

 

Cette politique clandestine de soutien à la rébellion en Syrie est irresponsable, illégale et dangereuse. En effet, comme l’a rappelé l’ancien représentant au Congrès Dennis Kucinich, « [é]crivant sur la connexion entre l’Arabie saoudite et l’État Islamique (EI), l’historien Alastair Crooke a récemment décrit les insurgés “modérés” en Syrie comme étant “plus rares que la licorne des légendes”. Les “modérés” ont conclu un pacte de non-agression avec l’EI. Les “modérés” ont capturé un journaliste états-unien et l’ont vendu à l’EI, qui l’a décapité. L’Arabie saoudite qui, avec le Qatar, a financé les jihadistes en Syrie, propose désormais de “former” les rebelles. Le Congrès [des États-Unis] est prié d’avaler cette recette douteuse : les sponsors des jihadistes radicaux vont former des jihadistes “modérés”. (…) Les soi-disant “rebelles” sont des mercenaires qui viennent de plus de 20 pays. Ils s’organisent et se réorganisent constamment en nouveaux groupes, qui offrent leur allégeance à quiconque les paye ou leur fournit des armes – et ce à tout moment. » (9) Ce diagnostic de Dennis Kucinich est confirmé sur le terrain. En effet, lorsqu’il s’est rendu au Kurdistan syrien, le député allemand Jan van Aken a découvert que l’État islamique possédait des missiles antichar Milan, de fabrication franco-allemande. (10) Selon Samuel Laurent, « l’État islamique doit (…) le fleuron de son arsenal à la France », dont les missiles Milan en question. (11)

 

Enfin, comme l’a déclaré sur Arte le député et ancien juge antiterroriste Alain Marsaud, il est certain que les services spéciaux français ont été (sont ?) impliqués dans le soutien de réseaux jihadistes combattant le gouvernement el-Assad : « Ça veut dire qu’aujourd’hui, nous avons choisi notre camp : le camp anti-Assad. (…) Et (…) il est vraisemblable que nous ne sommes pas très très loin de rencontrer des gens d’al-Nosra – j’espère au moins qu’on les a infiltrés ! J’en suis même sûr d’ailleurs, au demeurant. Donc ça veut dire que finalement nous sommes des alliés [des jihadistes d’al-Qaïda] sur le terrain, nous poursuivons le même but. » (12) Le député Alain Marsaud a même affirmé sur RFI sa « conviction » que les services spéciaux français avaient soutenu des réseaux jihadistes en Syrie, et que cette conviction était « partagée par beaucoup de gens [,] raison pour laquelle [il avait] demandé (…) la constitution d’une mission d’information, d’une commission d’enquête parlementaire afin de vérifier les conditions dans lesquelles tout ça se passe (…) ». Lors de cette interview, il affirmé sans ambages que « la France [avait] dû encourager certains jihadistes français à se rendre en Syrie. » (13)

 

Chères Charlie, chers Charlie, pensez-vous qu’il est normal de condamner les jihadistes lorsqu’ils attaquent la France, mais d’occulter, de refouler, ou de minimiser le fait que de tels criminels aient été clandestinement – et parfois ouvertement – soutenus en Syrie par l’Élysée, le Quai d’Orsay et les services spéciaux français, et ce pour des intérêts essentiellement géostratégiques et énergétiques (14) ? Au vu des informations que je viens de citer et d’analyser, cette hypocrisie officielle – qui est dissimulée derrière la « “raison” d’État » – est plus que jamais inacceptable ! À toutes fins utiles, rappelons que – dans un contexte de « crise » économique brutale qui appauvrit la majorité d’entre nous en enrichissant une hyper-classe ultra-minoritaire –, (15) « notre » gouvernement a débloqué un nombre inconnu de millions d’euros pour armer des jihadistes qui détruisent activement ce berceau de la civilisation humaine qu’est la Syrie. (16)

 

Si vous estimez que cette indignation est légitime, je vous encourage à partager cet article le plus largement possible en le transmettant à votre entourage, aux médias ainsi qu’à nos autorités, dont le Président de notre République – une et indivisible. Pour ce faire, je vous remercie de copier-coller le lien menant à cet article sur ce site, afin de faire savoir au Président de notre République qu’il n’est pas acceptable que l’État combatte la nébuleuse al-Qaïda en France tout en la soutenant en Syrie !

 

Essentiellement, restons unis malgré nos différences, et tentons d’esquiver intelligemment le piège mortifère du « choc des civilisations », que les extrémistes néoconservateurs ont ouvertement souhaité, (17) et qui nous menace plus que jamais.

Fraternellement, humainement, librement,

Maxime Chaix dedefensa
10 janvier 2015

 

Notes

1. «  On est dans un moment épouvantable. Le milieu intellectuel parisien est dans une dérive parareligieuse, dans une islamophobie latente. Il existe une forme de crispation identitaire, une angoisse à la désoccidentalisation du monde, une rupture entre le clan des dominants et le monde multipolaire. Cette doctrine occidentaliste, qui veut que l’Occident soit riche et dominateur éternellement, m’inquiète. » – Emmanuel Todd, El Watan, 3 novembre 2008. Cité par Guillaume de Rouville dans « L’esprit du temps ou l’islamophobie radicale », 12 septembre 2012, Lidiotduvillage.org, : « Cet essentialisme, on le retrouve, pour prendre un exemple médiatique, dans les caricatures de Mahomet, publiées en France dans le journal Charlie Hebdo en février 2006. Dans le contexte actuel de stigmatisation des Musulmans, ces caricatures correspondent à celles des Juifs des années 30 dans la presse antisémite. Et c’est au nom de la liberté d’expression qu’on nous fait tolérer cette presse de caniveau dont les dirigeants sont des partisans déclarés de l’atlantisme et du choc des civilisations. Bel exemple également de transmutation des valeurs. » ; Pascal Boniface, « Philippe Val et Olivier Poivre-d’Arvor ont-ils émis une fatwa contre moi ? », Leplus.nouvelobs.com, 9 juillet 2013  ; « Quand en 2012, Guy Bedos souhaitait que les journalistes de Charlie Hebdo “crèvent” », Atlantico.fr, 9 janvier 2015 : « “Depuis que Reiser est mort, depuis que Siné n’est plus là, ils ne me font pas rire”, ajoute-t-il. “C’était nul l’histoire de Mahomet. Je m’en fous de Charlie Hebdo ! Je n’ai pas de leçon d’insolence à recevoir de gens qui se sont couchés”, renchérit encore l’humoriste. “Notamment Philippe Val qui s’est couché devant Nicolas Sarkozy pour devenir directeur de France Inter. Dans la résistance, on n’aurait pas été dans le même réseau.” »

 

2. Peter Dale Scott, L’État profond américain : la finance, le pétrole et la guerre perpétuelle (Éditions Demi-Lune, à paraître au printemps 2015) : « L’establishment affirme que les guerres lancées par les États-Unis sur le continent asiatique depuis les attaques de septembre 2001 entrent dans le cadre d’une “guerre globale contre la terreur”. Néanmoins cette guerre “contre” le terrorisme a été menée avec la coopération de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Pakistan. Or, ces trois pays sont les principaux soutiens financiers et politiques des réseaux jihadistes que les États-Unis sont censés avoir combattu jusqu’à présent. Dans le même temps, les plus farouches opposants à ces terroristes sunnites – les gouvernements d’Irak, de Libye, de Syrie et d’Iran – ont été renversés (Irak et Libye), déstabilisés avec l’appui des États-Unis (Syrie) ou sanctionnés et menacés en tant qu’éléments de l’“Axe du Mal” (Iran). N’oublions pas que, dès le lendemain du 11-Septembre, le secrétaire à la Défense Donald “Rumsfeld parlait d’élargir les objectifs de notre riposte et de ‘frapper l’Irak’”. »

 

3. Le Monde, « Pression militaire et succès diplomatique pour les rebelles syriens », 13 décembre 2012 (accentuation ajoutée).

 

4. Georges Malbrunot, « Le spectaculaire revirement français sur la Syrie », Le Figaro, 10 mai 2013 (accentuation ajoutée).

 

5. Selon Wikipedia.fr, une opération clandestine « est une opération illégale, dirigée par un État mais non revendiquée par celui-ci pour des raisons politiques ou diplomatiques. L’illégalité de ces opérations implique qu’elles soient secrètes ; elles ne sont donc théoriquement pas rapportées auprès des médias, ni reconnues par les gouvernements. »

 

6. Caroline Fleuriot, « Droit d’ingérence, où en est-on ? », LeMonde-Diplomatique.fr, septembre 2008  : « Venir en aide aux populations en détresse sans le consentement de l’État est une idée ancienne. Déjà Hugo Grotius, en 1625 dans De jure belli ac pacis, évoquait une telle possibilité. Mais l’article 2, paragraphe 7, de la Charte de l’Organisation des Nations unies (ONU) pose le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État comme principe pacificateur des relations internationales. »

 

7. Armin Arefi, « État islamique : la volte-face de l’Arabie saoudite », LePoint.fr, 18 septembre 2014  : « Les nombreuses divisions au sein de la famille régnante facilitent la donne. “Le pouvoir saoudien n’est pas centralisé, mais distribué verticalement entre plusieurs factions concurrentes de la famille royale, dont chacune possède sa propre politique étrangère, parfois contradictoire avec la ligne officielle, qu’elle compte réinvestir dans sa lutte interne”, explique le chercheur Nabil Mouline. Voilà pourquoi, si, officiellement, Riyad ne finance que les rebelles “modérés” de l’Armée syrienne libre, des fonds saoudiens alimentent aussi le Front islamique (rebelles islamistes), ainsi que les djihadistes d’Al-Nosra et de l’État islamique. »

 

8. Benjamin Barthe, Cyril Bensimon et Yves-Michel Riols, « Comment et pourquoi la France a livré des armes aux rebelles en Syrie », Le Monde, 21 août 2014, (accentuation ajoutée).

 

9. Dennis Kucinich, « Le Congrès US autorise le soutien des “rebelles” », DeDefensa.org, Page en libre accès sur Google Books.

 

12. « Le 11-Septembre au musée : un tel attentat est-il encore possible ? », émission 28 Minutes, Arte, mai 2014 (accentuation ajoutée).

 

13. Frédéric Rivière, « Alain Marsaud, député, président du groupe de travail sur la Syrie », Rfi.fr, 24 avril 2014 (accentuation ajoutée).

 

14. Peter Dale Scott, « La politique syrienne de Washington : faucons contre colombes », DeDefensa.org, 19 juin 2013.

 

15. Maxime Chaix, « Le fascisme réel », DeDefensa.org, 10 juin 2014.

 

16. « L’histoire de la Syrie est marquée par sa situation exceptionnelle. C’est un territoire de transition au carrefour de plusieurs mondes : la Méditerranée, la Mésopotamie, la Perse, l’Inde, l’Asie mineure, les terres du Caucase, et l’Égypte. La Syrie était traversée par les plus importantes voies commerciales, entre l’Europe, la Chine (route de la soie) et l’Inde.

 

L’homme de la terre syrienne a peut-être découvert, pour la première fois de l’Histoire de l’humanité, à Abu Huraira, l’art de cultiver, d’associer l’eau et le grain de blé, pour multiplier les épis. Grâce à cette découverte première l’homme commença à se fixer, à sortir des cavernes, à construire des maisons, à prendre conscience de son être, à invoquer le ciel avec les premières incantations mythologiques et religieuses, à s’essayer au dessin, à la sculpture et à la décoration. C’est également en Syrie que l’homme découvrit comment utiliser le cuivre, comment le façonner et en réaliser un alliage : le bronze. Dès le IIIe millénaire av. J.-C., les Syriens construisaient des palais, créaient des fresques, et connaissaient un essor culturel et commercial remarquable. La Syrie a eu une part importante dans l’Histoire du christianisme et dans ses débats. À travers ses routes sont passés les pèlerins vers les grands centres religieux, les croisés et les caravanes de la soie et des épices. Les habitants des nombreux petits royaumes qui se sont développés en Syrie, descendaient de peuplades sémites venues, depuis les premiers temps, du sud de la Péninsule Arabique, et qui sont connus sous le nom d’Amorrites, de Cananéens, de Phéniciens (zone côtière), d’Araméens (hautes terres) de Ghassanides et de Nabatéens (au sud). » (Wikipédia.)

 

17. Pour approfondir ce sujet essentiel, je vous recommande le livre de mon ami et mentor intellectuel Peter Dale Scott, publié par les Éditions Demi-Lune et intitulé La Route vers le nouveau désordre mondial – un ouvrage majeur que j’ai co-traduit ; dans le contexte actuel, n’oublions pas que le 11-Septembre reste un événement irrésolu, dont les véritables commanditaires restent inconnus. Voir l’article de l’ancien sénateur de Floride Bob Graham, « Il faut rouvrir l’enquête du 11-Septembre ! », Huffingtonpost.fr, 11 septembre 2012 : « Le temps qui s’est écoulé depuis le 11 septembre 2001 n’a pas diminué la méfiance que beaucoup d’entre nous ressentent à l’égard de la version officielle (…) des attentats, et surtout, la question de qui les a financés et soutenus. (…) [Il existe] des preuves de la complicité saoudienne [dans ces attentats] que notre gouvernement continue de cacher au public, sous forme d’un programme de classification tronquée, qui semble surtout faire partie d’un effort systématique pour protéger l’Arabie saoudite de la responsabilité de ses actions. » Rappelons-nous également des néoconservateurs de l’administration Bush et de leur programme de domination militarisée du monde. Publié en septembre 2000, sa mise en œuvre à court terme nécessitait selon eux « un nouveau Pearl Harbor ». Sur la page suivante, vous pourrez lire une traduction intégrale de ce programme, qui constitua la principale feuille de route de la politique étrangère de George W. Bush.

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 11:13
Par Jean LEVY

dimanche 11 janvier 2015, sur Comité Valmy

 

Porochenko (note de JF)

 

Tous les médias écrits, sonores et visuels sont mobilisés au service de l’opération « SURVIE » d’un pouvoir se sachant agonisant. Son but : créer artificiellement en France une atmosphère de guerre permettant d’imposer à la population anesthésiée la dictature totale des puissances d’argent au nom de « l’Union sacrée ».

 

Ainsi, serait écartée – pour un temps – toute réaction d’envergure des masses populaires à l’encontre d’une politique de régression économique et sociale inégalée par son ampleur dans notre pays.

 

Tel est l’objectif du capital et de son pouvoir, relayé par ses chiens de garde médiatiques.

Il faut réagir et vite.

 

Non, tout n’est pas clair dans la relation des faits, tels qu’ils sont répercutés dans l’opinion par tous les canaux de communication contrôlés par le pouvoir.

 

Dans la séquence du massacre de la rédaction de « Charlie Hebdo », les infos officielles font état d’un commando techniquement bien préparé à ce genre d’opération, mené avec sang-froid et professionnalisme.

 

Or, ce sont les mêmes hommes qui laissent trainer opportunément la carte d’identité de l’un des deux tueurs dans la voiture qu’ils abandonnent au cours de leur fuite.

 

Ce qui permet à la police de connaître immédiatement les auteurs du massacre…

 

Ils n’ont pas prévu d’avance une planque de repli autre qu’une petite imprimerie en activité à Dammartin-en-Goële en Seine-et-Marne, où ils attendent sagement l’arrivée du Raid…

 

Instruits par l’affaire Merah à Toulouse de la façon d’opérer les forces de l’ordre (on abat le tueur sans chercher à le prendre vivant, pour éviter qu’il parle trop), les deux individus recherchés attendent sagement l’assaut…avant d’être bien sûr abattus.

 

Alors que s’effectue l’opération contre Charlie Hebdo, les infos nous apprennent qu’à Montrouge, un individu abat une policière municipale qui verbalisait un automobiliste…Pourquoi ce crime, dont on nous assurequ’il n’avait aucun lien avec l’affaire précédente ?

 

Or, on nous fait savoir – sans expliquer les raisons subites de ce retournement – que l’homme recherché est au contraire lié aux tueurs des journalistes, et qu’il est en fuite…

 

On retrouve celui-ci vendredi à la Porte de Vincennes, en train de prendre des otages dans une grande surface cascher.

 

La dimension du terrorisme s’en trouve découplée : deux opérations simultanées dans Paris, le fait permet au pouvoir et aux médias d’élever le niveau dramatique de la situation : la France est brutalement confrontée à une guerre généralisée du terrorisme fondamentaliste.

 

Et il faut d’urgence riposter, et d’abord par « l’Union sacrée » derrière le gouvernement Hollande-Valls…

 

Celui-ci organise les choses en grand : le peuple de Paris est convié à manifester massivement son unité derrière le pouvoir. Les forces de droite appuient l’initiative du Parti socialiste, de même que tous les syndicats, les associations, les personnalités de toute sorte.

 

Le Président de la République annonce sa présence, de même que les dirigeants de toute l’Union européenne avec en tête, ceux de Grande-Bretagne, d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne.

 

Ainsi, à partir du massacre des journalistes libertaires d’un hebdomadaire qui brocardait, semaine après semaine, les puissants de ce monde, ces puissants utilisent effrontément le crime pour renforcer leur domination…

 

Tel est l’objectif de cette « manif » de la République à la Nation à laquelle est conviée la population.

A qui donc profite le crime ?

Jean LEVY
Comité Valmy

 

 

 

 

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 17:58

Source : http://www.lesinrocks.com/2015/01/10/actualite/luz-tout-le-monde-nous-regarde-est-devenu-des-symboles-11545315/

Luz : “Tout le monde nous regarde, on est devenu des symboles”

 

Une exécution collective a décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Face à l’horreur, le slogan Je suis Charlie est devenu l’étendard de la liberté et de la résistance à l’obscurantisme. Luz, dessinateur emblématique de l’hebdo, prend la parole pour la première fois, au lendemain de la mort de ses amis et à la veille du grand rassemblement de dimanche.(11 janvier)

 

Luz dessine à Charlie Hebdo depuis vingt ans. Il doit la vie au fait d’être né un 7 janvier, et d’être arrivé à la bourre pour la conférence de rédaction de l’hebdomadaire satirique. Il participe avec les autres “survivants” à la fabrication du numéro de Charlie Hebdo qui sortira le 14 janvier, et qui sera exceptionnellement tiré à un million d’exemplaires. Aujourd’hui, comme hier, il se rendra dans les locaux de Libération, qui abritent la rédaction, pour discuter des angles, des sujets, de la couverture. Avec d’autres dessinateurs, il ira croquer le grand rassemblement républicain de dimanche. Au lendemain de l’attaque terroriste qui a coûté la vie à ses amis, ses mentors, sa famille, Luz nous confie ses doutes, ses craintes et sa colère. Dévasté par le chagrin, il s’interroge sur la possibilité de dessiner encore après ce terrible 7 janvier 2015 et livre un témoignage à contre-courant. (This interview is also available in english)

 

La sortie de Charlie Hebdo mercredi prochain est devenu un enjeu national et politique. Comment vivre cette responsabilité dans ces terribles conditions ?

Luz - Quand j’ai commencé le dessin, j’ai toujours considéré qu’on était protégé par le fait qu’on faisait des petits Mickey. Avec les morts, la fusillade, la violence, tout a changé de nature. Tout le monde nous regarde, on est devenu des symboles, tout comme nos dessins. L’Humanité a titré en Une “C’est la liberté qu’on assassine” au dessus de la reproduction de ma couverture sur Houellebecq qui, même si il y a un peu de fond, est une connerie sur Houellebecq. On fait porter sur nos épaules une charge symbolique qui n’existe pas dans nos dessins et qui nous dépasse un peu. Je fais partie des gens qui ont du mal avec ça.

 

Qu’entends-tu par “charge symbolique” ?

En 2007, avec la publication des caricatures de Mahomet du journal danois Jyllands-Posten, on était soit des provocateurs, soit des chevaliers blancs de la liberté de la presse. En 2011, quand les locaux ont été incendiés, on était de nouveau des chevaliers blancs. En 2012, à l’occasion de la sortie d’un film complètement con sur les musulmans (L’Innocence des musulmans), on dessine Mahomet à l’intérieur de Charlie, comme d’habitude. On redevient alors de dangereux provocateurs qui font fermer des ambassades et terrorisent les Français de l’étranger. Les médias ont fait une montagne de nos dessins alors qu’au regard du monde on est un putain de fanzine, un petit fanzine de lycéen. Ce fanzine est devenu un symbole national et international, mais ce sont des gens qui ont été assassinés, pas la liberté d’expression ! Des gens qui faisaient des petits dessins dans leur coin.

 

Tu veux dire que la nature de la caricature a changé ?

Depuis la publication des caricatures de Mahomet, la nature irresponsable de la caricature a progressivement disparue. Depuis 2007, nos dessins sont lus au premier degré. Des gens ou des dessinateurs, comme Plantu, estiment qu’on ne peut pas faire de dessins sur Mahomet à cause de leur visibilité mondiale liée à Internet. Il faudrait faire attention à ce qu’on fait en France parce qu’on peut faire réagir à Kuala Lumpur ou ailleurs. Et ça, c’est insupportable.

 

Pourquoi ?

Depuis 2007, Charlie est regardé sous l’angle de la responsabilité. Chaque dessin a la possibilité d’être lu sous l’angle d’enjeux géopolitique ou de politique intérieure. On met sur nos épaules la responsabilité de ces enjeux. Or on est un journal, on l’achète, on l’ouvre et on le referme. Si des gens postent nos dessins sur Internet, si des médias mettent en avant certains dessins, ce sont leur responsabilité. Pas la nôtre.

 

Sauf que c’est absolument l’inverse qui se passe.

On doit porter une responsabilité symbolique qui n’est pas inscrite dans le dessin de Charlie. A la différence des anglo-saxons ou de Plantu, Charlie se bat contre le symbolisme. Les colombes de la paix et autres métaphores du monde en guerre, ce n’est pas notre truc. On travaille sur des points de détails, des points précis liés à l’humour français, à nos analyses de petits Français.

 

Des dessins parfois crasses ou punk…

Parfois cucul la praline, parfois craspouille, punk effectivement. Parfois c’est raté, parfois c’est juste beau. Charlie est la somme de personnes très différentes les unes des autres qui font des petits dessins. La nature du dessin changeait en fonction de la patte de son dessinateur, de son style, de son passé politique pour les uns, ou artistique pour les autres. Mais cette humilité et cette diversité de regards n’existent plus. Chaque dessin est vu comme si il était fait par chacun d’entre nous. Au final, la charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé : détruire les symboles, faire tomber les tabous, mettre à plat les fantasmes. C’est formidable que les gens nous soutiennent mais on est dans un contre-sens de ce que sont les dessins de Charlie.

 

Vous êtes devenus les étendards de l’unité nationale.

Cet unanimisme est utile à Hollande pour ressouder la nation. Il est utile à Marine Le Pen pour demander la peine de mort. Le symbolisme au sens large, tout le monde peut en faire n’importe quoi. Même Poutine pourrait être d’accord avec une colombe de la paix. Or, précisément, les dessins de Charlie, tu ne pouvais pas en faire n’importe quoi. Quand on se moque avec précision des obscurantismes, quand on ridiculise des attitudes politiques, on n’est pas dans le symbole. Charb, que je considère comme le Reiser de la fin du XXe siècle et du début du XXIe, parlait de la société. Il dessinait ce qu’il y avait sous le vernis, des gens avec un gros nez, un peu moches. Là, on est sous une énorme chape de vernis et ça va être difficile pour moi.

 

C’est-à-dire ?

Est-ce vraiment le moment de faire Charlie alors qu’on est dans l’émotion ? Est ce opportun de le faire vite pour répondre à la symbolique de l’attentat ? Ce sont des questions que je pose. Répondre à la symbolique par la symbolique, ce n’est pas Charlie. Cette nuit, j’ai pensé à un dessin que je ne ferais certainement pas : une trace sur le sol pour montrer l’emplacement des victimes, avec une lunette dans un coin et juste une bulle qui dit “hahaha”, le tout sur fond noir. Ce n’est pas une super idée, parce que c’est l’idée que la symbolique m’impose.

 

La question que tu poses c’est “comment encore dessiner après ça?”

Oui. Et après ça, comment dessiner dans ce cadre-là. Dans ce Charlie fantasmé qui nous submerge.

 

Comment continuer Charlie Hebdo ?

La suite va être compliquée. Pour toutes les raisons que je viens de te donner et parce qu’on va être obligé de travailler sans les personnalités graphiques, politiques, éthiques et militantes de Charb, Tignous, Honoré et de tous les autres. Dans les moments difficiles où nous étions piégés par le fantasme de l’irresponsabilité, on s’en répartissait la charge. Aujourd’hui, reste Catherine, Willem, Coco et moi (et Riss blessé à l’épaule). Comment va-t-on se dépatouiller pour dépasser cette injonction symbolique avec quatre styles ? (Jul, qui avait quitté Charlie, les a rejoints pour participer au prochain numéro). Des gens nous proposent des dessins gratos. Mais est-ce qu’ils seront dans l’esprit Charlie ? L’esprit actuel existe depuis 22 ans. Ce journal existe grâce à la somme de ses personnalités.

 

As-tu toujours pensé qu’il fallait caricaturer le prophète ou, à un moment, as-tu eu le sentiment qu’un piège était en train de se refermer sur vous ?

 

Ce qui est marrant, c’est qu’on a continué à caricaturer Mahomet après 2007. Après la triple polémique 2007, 2011, 2012, Charb et Zineb El-Rhazoui ont même publié La vie de Mahomet en deux tomes. Cela n’a fait aucun bruit. On avait gagné. Charb voulait aller au bout de ce projet, droit dans ses chaussures de trekking (rires) et ses pantalons militaires tout moches qu’il aimait. Charb estimait qu’on pouvait continuer à faire tomber les tabous et les symboles. Sauf qu’aujourd’hui, nous somme le symbole. Comment détruire un symbole qui est soi-même ?

 

Je ne sais pas.

Moi non plus. Je ne trouverais pas la réponse cette semaine et je ne suis pas sûr de la trouver un jour. Nous allons sortir Charlie. Je vais me forcer. Je vais penser aux copains morts, mais qui ne sont pas tombés pour la France ! Aujourd’hui, on a l’impression que Charlie est tombé pour la liberté d’expression. Nos copains sont juste morts. Nos copains qu’on aimait et dont on admirait tellement le talent.

 

Jeannette Bougrab, la compagne de Charb, très émue, a estimé sur BFMTV qu’ils méritaient d’entrer au Panthéon.

Charlie c’est l’inverse. Et puis ça n’a pas changé grand chose pour Marie Curie d’entrer au Panthéon.

 

Cela fait une belle cérémonie…

Je n’étais pas à la manifestation spontanée du 7 janvier. Des gens ont chanté la Marseillaise. On parle de la mémoire de Charb, Tignous, Cabus, Honoré, Wolinski : ils auraient conchié ce genre d’attitude. Les gens s’expriment comme ils veulent mais il ne faut pas que la République ressemble à une pleureuse de la Corée du Nord. Ce serait dommage.

 

J’imagine que tu veux croquer le rassemblement de demain à cause de ce genre de considération ?

Je ne sais pas ce que ça va donner. On ne va pas en reportage avec ses a priori, on ressent et on fait avec ce qu’il y a. Il y aura certainement des belles choses, des pleurs, des joies et peut être des absurdités. En même temps, cela montrera le changement de nature de Charlie : ces gens qui nous soutiennent maintenant qu’on est mort, qui ne nous ont pas toujours lu, pas toujours suivi. Je ne leur en veux pas. On n’était pas là pour convaincre l’ensemble de la population.

 

En novembre dernier, Charb avait lancé un appel à souscription pour sauver Charlie. Vous étiez bien seuls…

On était tout seuls depuis un petit moment. Depuis la troisième affaire liée à Mahomet. Toutes ces histoires ont créé tellement de fantasmes sur la dangerosité de l’athéisme de Charlie, son islamophobie. On était juste de joyeux incroyants. Tous ceux qui sont morts étaient de joyeux incroyants. Et là, ils sont nulle part. Comme tout le monde.

 

Qu’est ce que tu penses du fait que Manuel Valls n’a pas convié Marine Le Pen au “rassemblement républicain” de demain ?

Je m’en branle.

 

Est ce que tu as l’impression qu’on essaie de récupérer Charlie ?

Honnêtement, qu’est ce que tu veux récupérer ? Après, il y a ce grand élan. Mais dans un an, que restera-t-il de ce grand élan plutôt progressiste sur la liberté d’expression ? Est ce qu’il va y avoir des aides à la presse particulières ? Est ce que des gens vont s’opposer à la fermeture des journaux ? Des kiosques ? Est ce que les gens vont acheter des journaux ? Que restera-t-il de cet élan ? Peut-être quelque chose. Mais peut-être rien.

 

Comment allez vous travailler ?

On va continuer à faire nos bonshommes. Notre boulot de dessinateur est de mettre le petit bonhomme au coeur du dessin, de traduire l’idée qu’on est tous des petits bonhommes et qu’on essaie de se démerder avec ça. C’est ça le dessin. Ceux qu’on a tué étaient juste des gens qui dessinaient des bonhommes. Et aussi des bonnes-femmes.

 

Et c’est beaucoup demander à des petits bonhommes de sauver la République ?

Exactement.

Propos recueillis par Anne Laffeter. (This interview is also available in english)

 

 

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 10:06

Copié sur Grand Soir 8 janvier 2015

Charlie Hebdo. Je ne veux pas partager mon deuil et ma douleur avec eux (Suivi de : Dimanche : la manifestation « historique », « consensuelle » et les tireurs de ficelle)

Par jean Ortiz url de cet article 27742: http://www.legrandsoir.info/charlie-hebdo-je-ne-veux-pas-partager-mon-deuil-et-ma-douleur-avec-eux-suivi-de-dimanche-la-manifestation-historique.html

 

Les monstres qui ont commis ce crime inqualifiable au siège de Charlie Hebdo, l’hebdo insoumis, provocateur, antiraciste, humaniste (mais qui fut injuste envers ce site où j’écris), sont des hommes formatés par des courants religieux fascisants, par des Etats théocratiques « fondamentalistes », « amis de la France », pour faire taire l’esprit critique, l’humour, l’anticonformisme, la pensée libre, la laïcité, la création sans rivages... Ils n’ont aucune excuse.

 

J’ai du mal à concevoir que des hommes aient pu à ce point s’aliéner, s’avilir, se fanatiser, se laisser manipuler, s’animaliser, pour produire une telle barbarie.

 

Je suis en deuil. Le crime de ces assassins vise notre République, celle des Lumières, du contrat social, des droits de l’homme, de l’égalité entre eux, de la liberté pleine et entière... Cette « gueuse » que sociaux et néolibéraux n’ont de cesse, depuis plus de trente ans, de dépecer, de démonter, d’affaiblir par l’explosion des inégalités, le communautarisme, l’instrumentalisation du racisme, la concurrence à tout crin, par le rabougrissement de l’Etat, la multiplication des brisures sociales, la ruée contre les services publics et les biens communs, la casse de l’ascenseur social scolaire, jadis intégrateur, la pratique de l’amalgame délétère « Islam = terrorisme » , le « no future » pour des millions de jeunes Français, quelle que soit leur origine.

 

Et on voudrait aujourd’hui que je défende, au nom de la douleur, ma République sociale et démocratique bras-dessus bras-dessous avec ses fossoyeurs, avec ceux qui, à force de déifier le marché, de le débrider toujours plus, de tout marchandiser, de dépolitiser, ont laissé le champ libre aux intégrismes de toutes sortes ?

 

Oui, je crois à la nécessaire, à l’urgente unité populaire et républicaine, mais avec tous les Républicains sincères, tous ceux qui partagent ces valeur de base, la tolérance, l’ouverture à l’autre, la justice sociale, le débat sans corsets, la liberté sans demi-mesure, et notamment celle des médias ; oui, je crois à l’unité avec tous ceux qui défendent le pluralisme de l’information... pas avec les hypocrites qui pleurent aujourd’hui sur la République menacée et qui n’ont cessé d’attiser les haines raciales, les vieilles peurs, de stigmatiser l’autre, de détruire toute espérance progressiste...

 

Qu’ont-ils fait pour éradiquer la Bête ?

Que viennent-ils pleurnicher aujourd’hui sur la liberté de la presse alors que Charlie Hebdo était sur le point de déposer le bilan, que le pouvoir rend chaque jour la vie plus difficile, par des dispositions mortifères à « l’Humanité », au « Monde Diplomatique » ? De quelle liberté d’information parle-t-on ? De celle sous la coupe des marchands d’armes, des bétonneurs, des chiens de garde de l’oligarchie, du latifundium médiatique désinformateur, de la pensée unique et cynique.

 

Oui, je crois à l’unité populaire et républicaine face à la barbarie, mais avec tous ceux qui consacrent beaucoup d’énergie à solidariser, à « faire pays » quand les autres l’atomisent, le livrent à la guerre de tous contre tous, le blessent, le défigurent, en font une jungle. Je me souviens que lorsque Charlie Hebdo nous gratifiait de quelques « unes » décapantes, les moralisateurs venaient faire la leçon à ces « dangereux agitateurs ».

 

Alors, oui, je suis en deuil, je l’assume, je le revendique. Il y a danger, il faut se rassembler. Oui, j’ai mal, mais je ne veux pas partager ce deuil et cette douleur avec ceux qui ont contribué à créer le climat nauséabond et létal qui ronge notre pays depuis des années. Oui, l’islamisme, comme tous les intégrismes, est un danger. Mais qui arme et entraîne ces monstres ? Le Qatar, l’Arabie Saoudite, les Emirats, ces Etats voyous, extrémistes, obscurantistes, valets de l’impérialisme français, qui blanchissent les milliards sales dans des paradis fiscaux, garantissent aux multinationales occidentales une chasse gardée pétrolière, piétinent les droits de l’homme et des femmes, combattent les laïques et la gauche... Comment peut-on à la fois s’ériger en gendarme international contre les groupes terroristes, et livrer, par exemple, le Paris-Saint-Germain au Qatar ?

Alors, oui, je manifesterai, le cœur et la colère gros, mais en prenant soin d’éviter les infréquentables. Je ne veux pas, je le redis, partager ce deuil et cette douleur avec eux.

Jean Ortiz

EN COMPLEMENT, 9 janvier, 22 h.

Dimanche : la manifestation « historique », « consensuelle » et les tireurs de ficelle

Tout ce que j’écrivais hier soir, à contre courant, sous le titre : « Je ne veux pas partager mon deuil et ma colère avec eux » s’avère de plus en plus fondé, justifié. La récupération politicienne de la douleur n’a guère attendu que le sang sèche...

 

Quel est le statut de la manifestation « historique » de dimanche ? Qui sont les organisateurs ? Si l’on s’en tient aux médias, c’est F. Hollande et M. Valls qui l’organisent, qui invitent, dans un souci désintéressé d’ « unité nationale »... et nullement de remontée dans les sondages. La lutte contre le terrorisme, nécessaire, sert de prétexte à l’ « union sacrée », à la relégation des questions sociales, des causes et des ravages de la crise, des fruits pourris de la violence, du terrorisme, sert à l’abdication devant les inégalités, source d’affrontements, devant la pauvreté, l’exclusion, l’affaiblissement de la laïcité, l’obscurantisme, qui gagnent du terrain...

 

Manifestement, le chef de l’Etat et le premier ministre font une OPA sur la manifestation, en instrumentalisant la douleur et l’émotion. Comment peut-on manifester pour défendre la République, aux côtés du néo-franquiste Mariano Rajoy, qui combat en Espagne le rétablissement de la République, qui fait une loi pour criminaliser les mouvements sociaux, qui s’accommode de 130 000 Républicains « disparus » dans des fosses communes, qui subventionne le parc thématique fasciste du « Valle de los Caidos » (Patrimonio real), qui s’en prend aux droits des femmes, qui contraint près de 50% des jeunes diplômés au chômage et à l’exil ? Lui offrir un vernis de défenseur de la démocratie, à quelques mois d’élections générales, où la gauche de gauche (Podemos, Izquierda Unida...) peut gagner, ce n’est pas aider l’alternative possible. Quant à la présence de Merkel, Cameron, Renzi, des sabreurs de l’Union Européenne, il faudra se boucher le nez et les oreilles. Oui, il y a « hold-up » sur l’indignation populaire contre la haine, la violence, l’intolérance...

Jean Ortiz

 

9 janvier 23h11commentaire de Maxime Vivas sur le site    du M’PEP qui avait repris l' article

 

 

Le papier de Jean Ortiz a été mis en page, relu, corrigé et publié par le site legrandsoir.info
C’est du site Le Grand Soir que parle Ortiz dans : "l’hebdo insoumis, provocateur, antiraciste, humaniste (mais qui fut injuste envers ce site où j’écris")

 

Nous publions volontiers des articles du M’Pep et il nous plait que nos articles soient repris, en signalant la source.


Un oubli, j’imagine, ne dramatisons pas. Inutile de me répondre, donc. Mais corrigez, SVP.
Cordialement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 09:36

Au-delà des émotions il faut savoir raison garder

 

Comment ne pas condamner  l’horreur ? On  ne lutte pas contre les idées avec des armes mais avec des mots. Assurons les familles de notre sollicitude et présentons leur nos plus sincères condoléances dans cette cruelle épreuve.

 

Ensuite, sans se laisser submerger par des préconçus, il  est nécessaire, au-delà de l’acte lui-même , d’en comprendre la genèse,  situer les responsabilité, en évaluer les conséquences.

   

Pas de doute cette provocation, consciente ou inconsciente,  va profiter au pouvoir et à ses satellites mais également à la droite en détournant l'opinion  des vrais enjeux, le Front national va donner dans la xénophobie. Hollande en appelle déjà à l'union sacrée comme en 14. Nous en connaissons la suite.

.

Lorsque Fabius disait que les djihadistes faisaient du bon boulot en Syrie d’autres rétorquaient, peu nombreux il est vrai,   qu’une centaine suffirait pour mettre la France à feu et à sang.  350 sont parait-il de retour, faisons le compte de leur potentiel de destruction.

 

Je n'ai pas de sympathie particulière pour les religions monothéistes, les autres non plus d’ailleurs, qui nous ont tous plus ou moins influencé au  rythme de l’évolution de l’Humanité, N’oublions pas qu’elles ne sont pas de génération spontanée. Auparavant il y eut d’un côté le mazdéisme puis  Zoroastre  de l’autre,  en Egypte, Akhenaton sans oublier tous ceux qui les avaient précédé tout au long de la préhistoire.

 

Les mots peuvent blesser, les caricatures aussi. Dieu,Yahvé, Allah, Mahomet,  le Coran ne sont pas en cause, les responsables  sont des  hommes, accessoirement des femmes, des êtres   obscurantistes, fanatiques, manipulés par les services occidentaux, et nos « amis » qataris et saoudiens et autres émirs bailleurs de fonds… dans l’indifférence des opinions occidentales.

 

Tout était prévisible, jusqu’à la réactivation du mouvement  nazi en Ukraine. Le pire est encore à venir car l’impérialisme occidental n’aura de cesse jusqu’à ce qu’il domine économiquement la planète,l’ai détruite  ou soit éradiqué mais la  grande majorité  de ceux qui s’indignent aujourd’hui la main sur le coeur n’ont rien dit lorsque les mêmes multipliaient les atrocités en Tchétchénie, dans les Balkans, au Moyen Orient, en Libye et en Syrie…ainsi que  sur l’élimination physiques des personnalités dérangeantes pour le capitalisme…,    allant   jusqu’à exiger, au nom de la démocratie que l’Algérie modère ses réactions contre le Front islamique du Salut.

 

Les valeurs de la Républiques issues des Lumières, de la Révolution française et des luttes qui ont suivi  sont en danger, du moins  ce qu’il en reste, parce que nous les avons par trop négligées.

 

Hausser le ton, grossir le trait ne peut qu’exacerber les tensions jusqu’au choc programmé des « civilisations » ou il n’y aurait que des perdants. L’immense majorité des musulmans ne le souhaite pas plus que les autres peuples de la planète.

 

Cessons de jouer aux apprentis sorciers pour revenir aux fondamentaux, c'est-à-dire à la raison.

 

                                                                                                               Texte du 08-01-2015

 

 

 

 

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 14:13
par Danielle Bleitrach source : histoire et société

 

Dans l’interview d’Olivier Marchais par "l’Humanité", j’ai été frappée par la lucidité de cet homme et la manière dont il positionnait la mémoire de son père au service des habitants de Villejuif, des travailleurs et de la nation française, c’était très juste et il était un facteur d’unité et de rassemblement y compris avec le cancérologue gaullisteGeorges Mathé auquel il ne voulait pas opposer son père. Tout cela était d’une grande justesse, comme l’était sa dénonciation des propos de Le Pen qui avait prétendu que si Georges Marchais était vivant il aurait voté FN. (vidéo ci-dessous)

 

Autant cette intervention d’Olivier Marchais relève d’un devoir de mémoire, autant la mienne, ici, ne jouit d’aucune légitimité particulière sur la pensée de Georges marchais. Il s’agit simplement de la mémoire d’une ancienne dirigeante et du bilan que je peux à ce titre comme tout autre tirer de ces années écoulées ? comme l’on dit : une contribution au débat.

 

Un de mes ultimes souvenirs concernant Georges marchais était sa fidélité à la révolution cubaine. Quand Fidel Castro était venu en France pour l’enterrement de Mitterrand pour honorer non seulement le discours de Cancun malheureusement non suivi d’effets, mais l’amitié de toujours avec danielle Mitterrand, il avait voulu diner en famille chez Georges Marchais. Parce qu’à l’inverse de ses piètres sucesseurs et du journal qui l’a trahi comme il a dans le même temps trahi la Révolution Cubaine, Georges marchais est toujours resté aux côtés de la Révolution cubaine. mais revenons à notre souvenir, quand Georges Marchais était à la fin de sa vie à Cuba, il y avait eu une tentative de le pen déjà pour organiser la confusion à travers des thèmes chers à Georges Marchais, le « produisons français » (dont on mesure aujourd’hui toute la pertinence) , mais aussi justement le soutien à Cuba que Le pen voulait déjà s’approprier… Georges Marchais était fou de rage, il n’avait cessé de protester contre un tel amalgame.

 

Avec son sens politique acéré, son sens de classe mais aussi celui du rassemblement politique y compris sur des bases des intérêts populaires et nationaux, Georges marchais n’a jamais toléré le moindre amalgame avec l’extrême-droite. Dans le même temps où il s’employait à dénoncer la manière dont les dirigeants socialistes étaient prêts à tous les abandons et atlantisme, il gardait une position de classe qui était le meilleur garde-fou face aux dérives potentielles d’un nationalisme susceptible de virer au chauvinisme au profit du patronat.. Malheureusement, le PCF a abandonné les leçons, qui n’étaient pas seulement celles de Georges marchais, mais de l’ensemble du parti depuis Maurice Thorez.

 

Il a noter que les piètres successeurs d’une longue lignée de dirigeants communistes, qui ont su jouer un rôle essentiel en France et aux yeux des tous les dirigeants communistes de l’Internationale, à la mort de Georges Marchais n’ont pas mieux traité la mémoire de Georges Marchais que celle de Maurice Thorez. Parce qu’il ne s’agissait pas seulement de nier l’apport de dirigeants, mais pire encore celui de la grande masse des militants qui par leur dévouement, leur compétence, leur vie parfois avaient fait du parti ce qu’il était et s’étaient reconnus dans de tels dirigeants. Donc les successeurs ont nié la mémoire des dirigeants, mais pas seulement ils ont d’abord sous estimé le rôle du parti, de son organisation, du respect des militants en tant que force politique agissante et organisée. y compris en utilisant les réflexes les plus « staliniens » de l’obéissance, la légitimité du dirigeant… Le fait que le militant était pour le meilleur et aussi pour le pire un « soldat »… et peu à peu les intérêts des employés des collectivités locales sont venus relayer cette obéissance désintéressée…

 

Ils l’ont fait en nous soumettant aux analyses non seulement du PS, mais à travers celles-ci à celle d'une classe dominante de moins en moins nationale, de moins en moins productive et de plus en plus financiarisée et ce depuis les choix de nationalisation-privatisation de Mitterrand qui avaient forcé le PCF du temps de Marchais de quitter le gouvernement. Aujourd’hui, nous voyons les résultats d’une France qui a joué la désindustrialisation et les choix financiers plus que tous les autres pays. Nos fleurons industriels y compris ceux stratégiques ont été ainsi bradés et notre dette que l’on veut imputer à l’excès de protection sociale relève en réalité du déséquilibre de notre commerce extérieur. Quand Georges marchais et les dirigeants de cette époque, la social démocratie non seulement pro-européenne mais atlantiste dénonçait abusivement le chauvinisme du propos, jouait comme un Leipitz déjà aux pseudo écologistes pour mieux se rallier au capital en train de devenir néo-libéral et totalement acquis au bellicisme atlantiste. Cette réalité de la politique du PCF historique a été bradée par les successeurs de Georges marchais, tous ceux qui l’approuvaient ont été éliminés comme des « staliniens »…

 

Ce traitement minable du passé des communistes s’est situé dans une période d’abandon généralisé d’un échec, du retour de la contrerévolution néolibérale, que l’on a transformé en débâcle, qui a engendre ses doubles opportunisme : d’abord le choix politique de sauvegarder les élus en même temps que l’on détruisait le parti, son organisation, la formation de ses militants, en privilégiant avant tout les élus et les alliances avec le PS, quitte à choisir tous les reniements, ce qui a engendré également un gauchisme qui s’est rapidement accommodé de tous les amalgames avec l’extrême-droite en particulier au plan international mais pas seulement. Et je dois dire, chacun le sait mon désespoir quand je vois certains communistes ne plus reconnaître le fascisme à partir du moment où il semble adopter des positions qu’ils croient celles des communistes… Les réseaux sociaux, les textes qu’ils osent diffuser me semblent un bon test de cette déchéance politique. Au risque d’apparaître « sectaire », jamais un communiste ne peut accepter l’amalgame raciste…

 

Je voudrais conclure cette rapide réflexion personnelle par une anecdote, récemment sur les réseaux sociaux, à la lecture d’un texte d’hommage à Georges marchais, un militant nouvelle mouture du PCF s’exclamait  :« C’est du culte de la personnalité, j’ai l’impression de lire la prose du Parti de gauche face à Melenchon ! ». Je lui ai répondu : « Nous respections nos dirigeants parce que nous avions l’impression qu’ils traduisaient ce que nous pensions, mais nous n’aurions jamais accepté que ces mêmes dirigeants pour franchir l’étape des présidentielles, se donne à un socialiste un peu gauchiste, désorganisé, bête des médias et dans l’excès permanent. Nous n’aurions pas adhéré au fait qu’il nous impose des rapprochements avec d’autres socialistes aussi peu crédibles et très anti-communistes. Et pour couronner le tout que les dirigeants du PCF pour mieux faire oublier leur responsabilité dans un tel échec nous jette contre lui, Mélenchon, en feignant de découvrir à qui ils avaient donné le parti, inventé des forces et perdu in fine… Ce n’est pas la faute à Mélenchon qui est ce qui est, qui est souvent courageux, mais bien à nos choix. Nous n’aurions accepté ni de nous donner à Mélenchon, ni de le transformer en bouc émissaire pour mieux éviter d’analyser nos propres erreurs. L’exemple type de la poursuite d’une telle démarche erronée se retrouve dans la dernière fête de l’Huimanité, une grande réussite mais sans débouché politique parce que tout y a été une fois de plus placé dans le dialogue avec un quarteron de députés socialistes, faux frondeurs que l’on a même pas réussi à faire voter contre le budget… »

 

Alors que l’essentiel est non pas seulement dans l’autocritique de notre démarche mais de développer l’union à la base , le rassemblement du peuple français et pour cela la politique du parti a un rôle central qu’il s’agisse du redressement économique, de la défense des services publics et des protections sociales, de la grande question de la paix, une politique qui comme du temps de Maurice Thorez, Waldeck Rochet et georges Marchais doit savoir coller au peuple français, aux intérêts de classe et combattre l’extrême-droite, le fascisme qui reste d’abord le recours de la classe dominante quand la démocratie à leur manière s’avère insuffisante .pour tenir les peuples…

 

Cette classe dominante qui partout nous mène au fascisme et à la guerre plutôt que d’affronter la nécessité du changement et qui aujourd’hui est en train de transformer le continent européen en poudrière parce que sa survie passe par les vieilles recettes de la guerre froide jusqu’à quelque Hiroshima.

 

L’interview d’Olivier Marchais par "l’Humanité

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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 18:06
Par Ahmed Halfaoui via Comité Valmy

C’était connu et couru d’avance que ce serait plutôt l’enfer que le paradis, avant même que les putschistes de Kiev aient réussi à convaincre du contraire les manifestants qui les ont soutenus. Il était évident que le « paradis » européen était un leurre, les Ukrainiens en paient le prix et le paieront longtemps encore, même après que les « révolutionnaires  » auront quitté le pouvoir.

 

Le mal étant fait et le pays démembré, il restera que les « proeuropéens » se mordront les doigts à ne plus en pouvoir, de s’être fait avoir et par les pions locaux de Washington et par les discours mielleux des dirigeants occidentaux. Exit la Crimée, redevenue russe, le Donbass, la région la plus industrialisée et la plus riche n’est pas près de revenir dans le giron de Kiev.

 

Pire, même si elle le voulait, l’Union européenne ne peut accepter les produits ukrainiens sur ses marchés que s’ils sont élevés aux standards voulus, c’est-à-dire qu’il faudra plusieurs milliards d’euros de mise à niveau pour obtenir les certificats de licence de conformité aux normes européennes. Autant dire que la chose est impossible quand on sait l’état de détresse financière qui prévaut et qui s’aggrave.

 

L’aventure anti-russe vire au cauchemar. Elle pousse à la fuite en avant, vers l’endettement massif, dans le fol objectif de redresser une économie en plein naufrage dont les putschistes ont exacerbé la crise, étant donné, ne serait-ce que les 32 milliards de dollars de dette extérieure, dont 6,5 milliards doivent être remboursés en 2015. Il faut ajouter les pertes subies dans la chute des exportations vers la Russie. De 35 milliards de dollars en 2010, les recettes passent à 23 milliards en 2012 puis à 19 milliards en 2013.

 

Mais le sauveteur en chef, le FMI, en l’occurrence, est prêt à poursuivre son aide, à ses propres conditions. Il avait promis 27 milliards de dollars de prêts internationaux, dont 17 milliards seront fournis par le Fonds seul. Et il faut, pour 2015, 19 milliards supplémentaires pour éviter la faillite. Il a déboursé deux tranches de 3,2 et de 1,4 milliard. Le FMI est prudent et attend pour voir. Il ne fait rien qui ne soit pas le produit d’un calcul froid.


Côté « paradis » promis, l’UE a serré les vis en imposant des quotas drastiques aux produits ukrainiens et les propos sont aussi au réalisme des bons comptes.

 

A l’appel des putschistes pour une conférence internationale des donateurs, le commissaire européen à l’Elargissement et à la politique de voisinage, Johannes Hahn, a rétorqué qu’une telle conférence est conditionné par l’établissement « avec des résultats concrets » d’une « feuille de route pour les réformes ». Le « paradis  », les Ukrainiens, encore sous la coupe de Kiev, vont le sentir passer. A commencer par une hausse des tarifs de l’énergie et une coupe des dépenses sociales.

 

En plus de ce qu’ils vivent comme dénuement, ils vont goûter ce que signifient les règles du pouvoir financier. Pour ne rien gâcher, en termes de difficultés financières, l’armée a demandé de doubler son budget pour l’année prochaine. Elle veut s’acheter des armes pour tenter de récupérer le Donbass.

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 15:44

Réseau Voltaire International | Damas (Syrie) | 24 décembre 2014 

 

Dans Les Egarés. Le wahhabisme est-il un contre islam ?, Jean-Michel Vernochet montre que ce courant s’est affirmé comme le seul islam authentique et a condamné comme hérétique l’islam traditionnel, tel qu’il a existé durant les onze siècles précédents. Son point de vue historique et théologal réfute donc l’idée répandue, depuis le subventionnement de l’expansion wahhabite par l’Arabie saoudite, selon laquelle le wahhabisme serait une forme extrême de l’islam traditionnel. Son étude intervient alors que des points de vue similaires se répandent dans le monde arabe en réaction aux exactions des Frères musulmans, d’al-Qaïda et de l’Emirat islamique. Il répond ici à nos questions.

 

Propos recueillis par Thierry Meyssan

 

Réseau Voltaire : Le wahhabisme se diffuse aujourd’hui largement au sein de l’islam sunnite en Europe. Pourtant, selon vous, il n’est ni sunnite, ni même musulman au sens traditionnel de ce terme. Expliquez-nous ce paradoxe.

 

Jean-Michel Vernochet : Si l’on se donne la peine d’aller consulter les innombrables docteurs de l’islam dont les travaux sont accessibles sur la Toile, on s’aperçoit que le wahhabisme [1], l’idéologie des égorgeurs du Daech, constitue une véritable rupture épistémologique par rapport à la tradition islamique classique, mais aussi par rapport à ce qu’il convient de nommer l’islam populaire. Ayant évoqué personnellement, de vive voix, cette question avec l’érudit militant Sheikh Imran Hossein, celui-ci s’est montré en plein accord avec cette définition de la doctrine wahhabite. Nous sommes convenus qu’il s’agit bien d’une hérésie schismatique que les savants musulmans, mais aussi les intellectuels laïques arabes, désignent sous le terme de dajjâl, dont la traduction la plus exacte serait l’antéchrist [2] !

 

En donnant à connaître dans mon ouvrage les analyses d’oulémas dont la science islamique est avérée, mon intention a été de fournir des éléments incontestables pour éclairer la nature fondamentalement divergente du wahhabisme par rapport à l’islam traditionnel. Un angle de vue qui échappe entièrement aux Occidentaux, lesquels ne connaissent à peu près rien en matière d’islam à part le résumé très sommaire qu’en donnent certains théologiens chrétiens hélas dogmatiques, mais qui eux-mêmes, le plus souvent, croient tout savoir à partir de ce qu’en dit la grande presse écrite ou audiovisuelle… presse dirigée par des gens dont l’intérêt premier est de nous aveugler autant que possible, ceci pour mieux nous conduire, volens nolens, vers la fournaise de possibles guerres civiles.

 

Le préjugé le plus répandu étant que l’islam est un bloc monolithique. Bien que l’islam soit à l’évidence multiple, à commencer dans ses diverses interprétations jurisprudentielles de la loi coranique. Soulignons que cette navrante ignorance de ce qu’est l’islam réel n’est pas l’apanage des seuls non-musulmans. Dans l’Union européenne la plupart des jeunes gens issus de l’immigration n’ont de leur religion qu’une connaissance extrêmement sommaire. Dès lors il est facile de les influencer en leur prêchant un islam soi-disant originel, pur et infalsifié… à l’image des lois de la concurrence libérale qui doit tendre par tous les moyens, y compris coercitifs, à devenir « pure et parfaite » dans le paradis terrestre de l’hypercapitalisme.

 

On voit ici le danger qu’il peut y avoir à confondre tous les visages de l’islam et notamment à le réduire à sa caricature takfiriste [3]

 

Si l’Islam se limitait aux différentes expressions du wahhabisme, la guerre totale entre civilisations serait proche. Nous parlons d’une guerre opposant un milliard d’Occidentaux de culture chrétienne à un milliard et demi de musulmans. La folie et l’absurdité d’une telle perspective saute aux yeux. Pourtant ce choc des cultures, certains — à l’instar de ces penseurs doublés agitateurs que sont en France les Jacques Attali, les Bernard-Henri Lévy et tant d’autres, notamment dans les think tanks néoconservateurs de Washington — le présentent comme probable sinon comme inéluctable. Et l’on sait que l’influence de ces maîtres penseurs peut aller, comme dans le cas de la Libye, jusqu’au bain de sang et au chaos durable.

 

Pour répondre plus précisément à la question, nous retiendrons que le wahhabisme est un littéralisme exacerbé. De ce seul point de vue il est exorbitant de la foi islamique telle que révélée dans le Coran. Pour illustrer ce propos rappellons que la prédication du juriste Abdul Wahhab (1703-1792) se développe en prenant chaque mot, chaque phrase de la Récitation au strict pied de la lettre. C’est-à-dire dans son sens littéral absolu au point qu’il en arrive à faire dire au Coran des énormités phénoménales. Ainsi Dieu serait concrètement assis sur un trône et aurait une jambe en enfer [4]. Chaque musulman voit bien que doter Allah d’un corps matériel a quelque chose de particulièrement incongru… nul n’ignorant que ce type de représentation est purement métaphorique. Il s’agit d’une image et non d’une description anthropomorphique de Dieu.

 

Mais cela ne serait rien si ce littéralisme, cette lecture primaire, primitive du Coran ne conduisait les adeptes du wahhabisme, au prétexte d’un retour aux sources, autrement dit d’une salafiya, d’une imitation de la vie du prophète, à la négation des principes mêmes de l’islam… Ou à réduire le Coran à une lecture juridique restrictive à l’extrême manipulée en fonction des besoins de conquête politique et de consolidation d’un pouvoir temporel… celui de la famille régnante d’Arabie ou des multiples avatars des Frères musulmans comme en Turquie avec le régime islamo-kémaliste d’Erdogan Ier !

 

Pire, les wahhabites en sont venus à inventer un VIe pilier de la foi islamique. À savoir une obligation cachée qui serait celle de la conversion par la force des incroyants ou des mauvais croyants et apostats… ce qui concerne en l’occurrence tous les chiites et les courants soufis, ainsi que la plus grande partie des musulmans sunnites dont les pratiques religieuses seraient entachées de mécréance. Pour ce faire les wahhabites ont inventé de toute pièce un devoir de guerre sainte. Une interprétation dévoyée du djihad qui est avant tout —n’en déplaise aux malveillants de toutes obédiences— un effort de perfection individuel. Au départ une guerre intérieure à soi-même, guerre contre nos faiblesses, nos passions et la tentation du Mal, laquelle nous habite ou nous guette en permanence. Ce faisant les wahhabites, en imposant l’obligation du djihad, ont commis ce que docteurs désignent sous le terme de bid’a, une innovation blâmable. L’innovation étant fondamentalement interdite en islam, conformément au hadith [5] : « Le livre de Dieu délivre le discours le plus vrai. Le meilleur enseignement est celui de Mahomet. Les inventions sont les pires des choses. Toute invention est une innovation. Toute innovation est une aberration, et toute aberration conduit à l’enfer » (An Nassi, Sunan, 3/188).

 

De la même manière Hassan el-Banna (1906-1949), fondateur des Frères musulmans, fait de la guerre sainte une obligation nécessaire et incontournable et ne pas y répondre ou fuir le combat, serait à mettre au rang des péchés capitaux méritant la géhenne, les feux de l’enfer. El-Banna fera diffuser à ce sujet une “lettre” à l’attention de ses suiveurs où il procède précisément à une “innovation” en accolant au nom du prophète le titre de “Seigneur des moudjahidine”. El-Banna désigne en outre “le combat des mécréants et la conquête” comme étant le vrai jihad par opposition à « celui de l’âme » comme les musulmans le croient à tort et à l’ordinaire… !

 

Réseau Voltaire : Historiquement les Britanniques ont instrumenté le wahhabisme pour lutter contre l’Empire ottoman tombé entre les mains des dönmeh révolutionnaires connus sous l’étiquette “Jeunes Turcs”. Aujourd’hui la Turquie que vous qualifiez d’islamo-kémaliste soutient le califat wahhabite, en l’occurrence l’État islamique, tandis que celui-ci vient de désigner la monarchie wahhabite saoudienne comme son deuxième ennemi après le chiisme. Comment expliquer ces contradictions ?

 

Jean-Michel Vernochet : Beaucoup de questions et peu faciles. D’abord le but des Britanniques n’était pas au XIXe siècle de s’emparer de l’Empire ottoman déjà plus ou moins moribond et en proie à la montée d’irrépressibles forces. Ces forces qui allaient le renvoyer au néant s’incarnaient principalement dans les Jeunes Turcs du Comité union et progrès. C’est ce mouvement révolutionnaire, se revendiquant de la Révolution française et ses racines se situaient à Paris, Genève, Rome et Londres, qui allait être l’acteur principal de la débâcle. De l’effondrement du pouvoir ottoman et de la prise du pouvoir en 1913 par triumvirat Jeunes Turcs, sortiront le génocide arménien et la dictature kémaliste. Régime athée qui s’établit à l’ombre des potences et n’aurait pas vu le jour sans l’actif soutien des loges maçonniques anglaises, françaises et italiennes… et celui de Lénine et de la bureaucratie bolchévique. Un fait peu documenté, peu connu, mais authentique.

 

Pour revenir à l’Empire britannique, au cours du XIXe siècle, presque toute sa politique à l’égard de la Sublime Porte (Constantinople) sera déterminée par un souci exclusif : assurer la protection de la Route des Indes. Sécurité qui implique la complète maîtrise géographique du Golfe arabo-persique. Revenons un instant en arrière pour bien saisir le contexte, à la fois de l’écroulement de l’Empire ottoman et du surgissement consécutif d’un royaume wahhabite du Hedjaz et du Nejd… La guerre de Crimée (1853-1856) voit l’Angleterre alliée à la France, venir au secours des Osmanlis contre la Russie. La question qui se pose à cette époque se présente sous la forme d’une alternative : démembrer l’Empire (mais comment s’entendre sur son partage ?) où le maintenir en coma dépassé afin de stabiliser la région, avec toujours en arrière plan la lancinante question pour Londres de la sécurité des voies maritimes et terrestres vers les Indes.

 

Le sort de l’« Homme malade de l’Europe » [6] est de fait en suspens depuis le début du XIXe siècle. Un statu quo explicite s’étant établi entre les puissances chrétiennes —Angleterre, Allemagne, Russie, France, Grèce, Italie— qui gelait en quelque sorte les ambitions des uns et des autres. Nul ne voulait hâter une chute, au demeurant inévitable, mais qui eut compromis ou remis en question le précaire équilibre des forces dans la région. C’est ce qui explique la clémence du traité d’Andrinople signé en septembre 1929 à l’issue de la guerre russo-turque, le Tsar ayant estimé qu’un Empire ottoman décadent, épuisé par la dette contractée auprès des charognards de la finance internationale, était encore préférable au chaos. Une forme de sagesse géopolitique qui n’a plus guère cours aujourd’hui…

 

Ce long rappel était nécessaire pour montrer à quel point dans ces affaires le pragmatisme l’emporte sur toute autres considérations, à commencer d’ordre religieux. Plus tard, en instrumentant pendant la Première Guerre mondiale les tribus wahhabites dissidentes du Nejd contre la Sublime Porte au moment où l’Empire est déjà virtuellement mort, Londres ne vise plus qu’à détruire la puissance ottomane alliée du Reich allemand, et rien d’autre. L’aspect religieux est ici subsidiaire, accessoire. La guerre mondiale fait rage et le triumvirat Jeunes Turcs qui a pris le pouvoir à Constantinople [7] en 1913, a en effet choisi d’associer son destin à celui de l’Allemagne dont l’influence économique dans l’Empire est immense… et il entend profiter du tumulte de la guerre pour conduire à grande échelle une politique d’épuration ethnique à l’encontre de toutes les communautés chrétiennes de l’Empire. Avec, à n’en pas douter, des arrières pensées messianiques et une haine eschatologique que bien peu osent encore aujourd’hui évoquer. S’ouvre alors un abîme dans lequel la majorité de la nation arménienne va, entre 1915 et 1916, se trouver engloutie.

 

Une politique génocidaire que poursuivra et complétera Kemal Pacha (Atatürk) bien au-delà de la défaite des Jeunes Turcs et de la victoire alliée de 1918, en particulier en 1924 à l’occasion des transferts massifs de population chrétienne d’Anatolie prévus par le Traité de Lausanne, signé le 24 juillet 1923. Traité par lequel se clos définitivement la Grande Guerre sur son front oriental. Notons que l’athée fanatique, compagnon de route du Comité Union et Progrès, qu’est Kemal Pacha n’aura été, en poursuivant l’ethnocide [8] commencé par ses prédécesseurs, qu’un précurseur du nettoyage ethno-confessionnel conduit actuellement, mais à beaucoup plus petite échelle, par les djihadistes salafo-wahhabites au Nord de l’Irak contre les catholiques assyro-chaldéens et les yézidis…

 

Mais revenons aux années charnières de la Première Guerre mondiale. Pour les Alliés l’heure est au dépeçage d’un Empire qui a vécu et dont les nouveaux maîtres dönmeh ont fait un mauvais choix stratégique, celui du Reich allemand. Tandis que des rébellions armées éclatent de toutes parts, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Palestine, en Égypte… Londres et Paris se répartissent par anticipation en 1916 avec l’accord secret Sykes-Picot, les dépouilles de l’Empire… ceci en se moquant des promesses d’indépendance faites aux Arabes ayant combattu à leurs côtés. Les Anglais vont pour leur part, à partir de 1916, utiliser le wahhabisme pour sa dynamique, sa force explosive, en tant que fanatisme et idéologie de conquête, afin d’asseoir durablement et solidement leur contrôle sur la Péninsule arabique.

 

Quant à la situation actuelle, sans doute faut-il n’y voir que des rivalités entre pouvoirs concurrents. Si l’on regarde l’histoire régionale, en particulier ce dernier demi-siècle, nous assistons à une lutte perpétuelle pour tenter de parvenir au leadership. Ce fut vrai pour Gamal Abdel Nasser, Hafez el-Assad, Mouammar Kadhafi, Saddam Hussein, sans compter l’État hébreu dont le rôle dans la destruction de ses voisins et ennemis potentiels, est une donnée de base. Maintenant ce sont Téhéran, Ankara, Ryad qui sont en lice avec le même objectif, indépendamment de leur identité confessionnelle. C’est par conséquent en terme de concurrence que j’interprète les luttes souvent sanglantes qui opposent entre elles les différentes factions salafo-wahhabites. Et parmi elles les divers mouvements combattant en Syrie, au premier rang desquels l’État islamique. De la même façon, la dimension sectaire des divergences entre l’Arabie wahhabite, la Turquie islamiste, Daech, n’est en fin de compte qu’accessoire au regard des ambitions hégémoniques au moins régionales qui opposent les uns et les autres… d’autant que le fonds idéologique wahhabite est partagé par tous, y compris les Frères musulmans même s’ils ne le revendiquent pas ouvertement.

 

Réseau Voltaire : Vous dites que les Frères musulmans et le wahhabisme ont beaucoup en commun, pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Jean-Michel Vernochet : Sans être “une société secrète wahhabite”, les Frères musulmans n’en sont pas moins l’un des prolongements de la secte mère dont le siège est à Riyad. Un travail minutieux de comparaison entre les doctrines et les programmes mériterait d’être conduit. Mais insistons sur un point déjà évoqué : le wahhabisme de même que la jamiat al-Ikhwan al- muslimin [La Confrérie des Frères musulmans] sont essentiellement, avant tout des outils idéologiques c’est-à-dire non religieux sous leurs oripeaux de puritanisme. Ce sont des moyens idéocratiques de conquête et rien d’autre. D’évidence le wahhabisme n’est pas la simple et pure expression d’une foi vivante, mais sa caricature outrancière. Les musulmans ne s’y trompent pas qui le dénoncent comme tel. Ce sont les docteurs de l’islam qui le disent à tout bout de champ, pas votre serviteur. C’est-à-dire tous ceux dont l’« Occident » paresseux n’entend pas la voix parce qu’il est plus facile de faire de la sociologie de bazar dans les banlieues des métropoles européennes à forte densité d’immigration… que de se pencher avec quelque humilité sur la dimension théologique du phénomène djihadiste et de son soutien proactif par cet autre puritanisme qu’est le calvinisme anglo-US lorsqu’il se fait l’instrument d’un impérialisme sans âme ni entrailles.

 

Fait aujourd’hui oublié, l’Association des Frères musulmans que crée Hassan el-Banna en 1928 accueille aussitôt après sa naissance des membres de l’Ikhwan qui fuient le Nejd pour échapper aux représailles d’Abdelaziz ibn Séoud. Ce sont ces hommes qui formeront le noyau dur de la nouvelle Fraternité égyptienne. Lorsqu’en 1954 la Confrérie est dissoute par Nasser, en sens inverse, les cadres de la Confrérie partiront naturellement se ressourcer à Riyad. In fine, de la Confrérie naitra dans les années soixante-dix le Jihad islamique égyptien, devancier de Daech, qui visait au rétablissement du califat en Égypte. C’est ce que vient d’accomplir l’État islamique avec la bénédiction des “alliés frères ennemis” d’Ankara, Londres, Paris, Ryad, Doha, Washington, Amman et Tel-Aviv.

 

Réseau Voltaire : Les Britanniques ont soutenu le développement du wahhabisme, puis les États-Unis. Aujourd’hui les Frères sont même représentés au sein du Conseil national de sécurité à Washington. Peut-on dire de la Confrérie ce que vous dénoncez pour le wahhabisme, à savoir que ces formations seraient au sein du monde musulman les voies et moyens de détruire l’Islam de l’intérieur ?

 

Jean-Michel Vernochet : L’expansion continue du wahhabisme au cours du siècle passé est étroitement liée à celle du modèle financier, économique et sociétal anglo-US. Le sort de la péninsule arabique a été indissolublement lié depuis 1945 et jusqu’à aujourd’hui à l’Amérique-Monde… laquelle forme une sorte d’hydre à têtes multiples dont les principales sont Manhattan, Chicago (la bourse mondiale des matières premières), Washington avec la Réserve fédérale, la Cité de Londres, Bruxelles pour l’Otan, Francfort, siège de la Banque centrale européenne et Bâle qui abrite une super société anonyme, au sens juridique, la Banque des banques centrales, en un mot la Banque des règlements internationaux ! À ce titre il serait réducteur de ne voir dans l’idéologie wahhabite qu’un instrument d’influence voire de domination régionale. Le monde musulman représente un milliard et demi d’individus. Prendre leur contrôle est un enjeu de taille. Dans cette perspective sans doute faut-il voir dans l’idéologie wahhabite une tentative sans équivoque de subversion de l’islam. En d’autres termes, la version islamique, à savoir “adaptée à l’islam”, de la nouvelle religion globale qui tend à s’imposer à toutes les nations et tous les peuples, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Religion sociétale, religion de mutation civilisationnelle qui précède et accompagne la progression d’un mondialisme cannibale. Une religion destinée à se substituer à toutes les autres et que l’on peut désigner à bon escient comme le “monothéisme du marché”.

 

Il est patent que le wahhabisme cohabite parfaitement avec l’anarcho-capitalisme. Cela peut sembler étonnant, mais c’est indéniable. Ce puritanisme barbare est destiné, ou mieux prédestiné, à remplacer l’islam traditionnel avec son attachement désuet pour des valeurs morales traditionnelles par essence compassionnelles. Aux purs tout étant pur, le wahhabisme rend licite le meurtre d’autrui dès lors que celui-ci ne se soumet pas intégralement à une même et inexorable loi chariatique… tout comme la démocratie universelle et humanitarienne que les États-Unis s’emploient à imposer par la force des armes aux quatre coins de la planète. La Grande Amérique voit sa Destinée manifeste s’incarner dans un droit sans limites à tuer tous ceux qui se montrent rétifs à entrer de plein gré dans la matrice démocratique judéo-protestante made in America. Bref si le wahhabisme est un instrument, il est celui d’une destruction intérieure programmée de l’islam… tout comme le messianisme marxisme, puis son successeur le freudo-marxisme libéral-libertaire, ont poursuivi et poursuivent une œuvre de mort analogue dans nos société postchrétiennes.

 

Réseau Voltaire : Il existe actuellement trois États dont le wahhabisme est la religion officielle : l’Arabie saoudite, le Qatar et Sharjah, membre des Émirats arabes unis. Peut-être également bientôt la Cyrénaïque [9]. Pourtant ces États se livrent entre eux une guerre sans merci. Comment l’expliquer et quels en sont les enjeux ?

 

Jean-Michel Vernochet : À question complexe réponse élémentaire. Autrefois les tribus lançaient les unes contre les autres des raids, des razzias. Aujourd’hui ce ne sont plus des bandes de pillards, mais des États. Nous sommes passés dans une dimension supérieure. Cependant le principe reste le même. Les États occidentaux partagent tous la même idolâtrie pour une démocratie d’apparences, ça ne les empêchent pas de chercher à s’entredéchirer, ne serait que par le truchement d’une guerre économique inexpiable. « Une guerre qui ne dit pas son nom » mais qui n’en est pas moins impitoyable, qui ne connaît ni ami, ni allié… « Une guerre à mort » avait dit feu Mitterrand [10]. Des guerres au final idéologiques et sociétales. Regardez du côté de la Russie et du Donbass, une assez bonne illustration de ce propos.

 

Tout s’éclaire si l’on comprend que les différents États wahhabites et les diverses variantes des Frères musulmans —parmi lesquelles le Parti pour la justice et le développent de Recep Tayyip Erdogan— ne poursuivent justement pas l’accomplissement de la parole de Dieu sur terre, ni aucun but transcendant, mais bien plutôt des objectifs de pouvoir purement matériels. Leurs ambitions sont celles de la puissance. Partant de là, leurs intérêts, leurs stratégies et leurs alliances ne sont pas exactement les mêmes. Dans les faits, ils sont le plus souvent en désaccord et presque toujours rivaux. Cela peut sembler trivial —au sens français du terme— mais si l’on veut comprendre la marche du monde, regardons une production hollywoodienne relative à une guerre de gangs mafieux, tout y est dit ! L’on s’y étripe à qui mieux - mieux pour un territoire, un marché, une position dominante, une affaire de préséance. S’il existe des différences entre ces guerres de clans et celles de la diplomatie armée, du hard et du soft power, elles ne sont que d’échelle, pas de nature.

 

Réseau Voltaire : Al-Qaïda se définit comme wahhabite, pourtant l’un de ses principaux fondateurs et actuel chef, Ayman al-Zawahiri est un ancien Frère musulman. En réalité, si tous les leaders du terrorisme international se déclarent wahhabites, la plupart d’entre eux sont d’anciens Frères musulmans. Selon vous, l’idéologie actuelle du jihad est-elle wahhabite ou vient-elle de la société secrète des Frères musulmans ?

 

Jean-Michel Vernochet : Je ne crois pas que la question soit, à ce stade, totalement pertinente : avant ou après l’œuf… dans la mesure où il s’agit des deux visages d’une même idéologie ! L’une et l’autre se sont développées et affirmées avec le soutien de l’empire britannique : soutien armé pour le Troisième royaume wahhabite du Nejd et du Hedjaz, et financier en Égypte pour la Confrérie. Ainsi wahhabisme et Fraternité sont déjà consubstantiels l’un à l’autre ayant en commun les mêmes parrainages à Londres et Washington, ultimement à Ryad. Pour ce qui est du djihad proprement nous avons vu qu’en Égypte la nouvelle Ikhwan [Fraternité] a engendré une organisation de lutte armée, le Djihad islamique, en application de la doctrine wahhabite postulant l’existence d’un sixième pilier de l’islam, celui de la guerre sainte, inconnu de l’islam classique. Soit l’obligation de convertir par la contrainte, par le fer et le feu si nécessaire. En cela le wahhabisme fait de la violence une dimension structurelle qui ne peut que susciter en Occident le rejet le plus catégorique. Nous sommes là effectivement dans une logique de choc frontal entre cultures et civilisations. Cela ouvre de sombres perspectives dans et pour nos sociétés, surtout si les Musulmans qui y sont intégrés se trouvaient un jour prochain mis en demeure, en raison de la diffusion extensive d’une fausse-semblance de l’islam, de choisir leur camp. Les terribles années qu’a connues l’Algérie au cours de la décennie quatre-vingt-dix ne seraient certainement rien à côté de ce que les communautés musulmanes européennes seraient appelées à vivre… parce que comme nous pouvons le constater partout, ce sont les musulmans qui sont les premières cibles et les premières victimes du wahhabisme.

 

[1] Le wahhabisme est un mouvement créé par Mohammed ben Abdelwahhab. au XVIIIe siècle. Il est la religion officielle de l’Arabie saoudite, du Qatar et de l’Émirat de Sharjjah (membre des Émirats arabes unis).

[2] “La tradition islamique reconnaît la venue, vers la fin des temps, d’un homme qui trompera le monde, appelé Al-Masîh Ad-Dajjâl, le messie imposteur, ou si l’on veut l’antéchrist… Son idéologie sera purement matérialiste, bien que présentée de façon messianique, et qu’il ne se servira des valeurs humanistes que dans une perspective terrestre, en niant le retour à Dieu et le Jugement dernier. Sa civilisation sera borgne, en ce sens qu’elle prétendra s’organiser indépendamment des commandements divins.

[3] Le takfirisme est un mouvement issu des Frères musulmans. Il fut créé en 1971 par le messie égytien Ahmed Moustafa Choukri. Il professe que tous ceux qui n’appartiennent pas à la secte sont des apostats et proclame que les vrais musulmans ont le devoir de les tuer.

[4] “Le premier point qui fonde le dogme wahhabite, c’est le tachbih, c’est-à-dire l’assimilation de Dieu à Ses créatures (l’anthropomorphisme). Les wahhabites posent comme règle fondamentale qu’il faut prendre au premier sens, dans les textes sacrés, toutes les expressions équivoques au sujet du Créateur, alors que ces expressions ont pour but d’exprimer la majesté, la puissance, la miséricorde, l’agrément ou d’autres attributs dignes de la divinité. Ainsi, ils en sont venus à dire que le Créateur serait un corps assis sur un trône, ayant des mains du côté droit, qu’Il se déplacerait, s’étonnerait, rirait, qu’Il aurait un pied qu’Il mettrait dans l’enfer”. Cf. « Qui sont les wahhabites ? ».

[5] Les hadiths sont des livres sur la vie du prophète établis, plus de 150 ans après sa mort, à partir des témoignages de ses compagnons. Il en existe une très grande quantité. Les hadiths permettent aux musulmans de mieux comprendre le Coran, cependant aucun d’entre eux n’a le statut de révélation et ne s’impose aux croyants.

[6] Surnom de l’Empire ottoman au XIXe siècle.

[7] Constantinople née le 11 mai 330 perd son statut de capitale en 1923. En 1930, elle prend officiellement le nom d’Istamboul (Istanbul) dans le cadre de la politique de turquisation mise en œuvre sous la férule de Mustafa Kemal Atatürk.

[8] 1914 est la date charnière qui marque, il y a cent ans, le commencement de la Grande Guerre et le début du génocide final des chrétiens de l’Empire ottoman par les Jeunes Turcs dönmeh qui ont pris le pouvoir à Constantinople en 1913. En ce qui concerne les Assyriens [Chrétiens syriaques], le nombre des victimes varie selon les auteurs. Certains avancent, outre le million et demi d’Arméniens engloutis dans d’infernales marches de la mort dans les steppes arides de Lycaonie et de Syrie, le chiffre de 270 000 victimes. Des recherches plus récentes ont révisé cette estimation à la hausse en évoquant de 500 000 à 750 000 morts entre 1914 et 1920, soit environ 70 % de la population assyrienne de l’époque. Rappelons que la Grande Guerre ne prendra fin en Orient qu’en juillet 1923 avec le Traité de Lausanne conséquence de la défaite grecque du 13 septembre1921. Kemal Pacha (Atatürk), poursuivra cependant jusqu’à sa mort (le 10 novembre 1938) sa politique de purification ethno-confessionnelle. À telle enseigne qu’en 1937, il scellera son règne de sang par un ultime massacre dont les Kurdes alévis de Dersim feront les frais… 10 000 morts au bas mot. Reste que pour nos contemporains Kemal demeura encore longtemps le prototype du héros inoxydable.
Voir G.W. Rendel, Mémoire Du Bureau des Affaires Étrangères sur les Massacres et les Persécutions commises par les Turcs sur les Minorités depuis l’Armistice, 20 mars 1922. Selon Manus I. Mildrasky in The Killing Trap : Genocide in the Twentieth Century, 2005, les estimations les plus sérieuses fixent à 480 000 le nombre de Grecs d’Anatolie qui finirent leurs jours à l’abattoir humain. Au demeurant l’État turc héritier de la dictature kémaliste, ne cessera jamais de nier la planification de ces exterminations massives et par suite la réalité du génocide des chrétiens de l’empire ottoman…

[9] Le takfirisme wahhabite a été prêché très tôt et ce serait une erreur de le considérer comme un phénomène contemporain limité aux seules zones où il sévit aujourd’hui. Certes la manne pétrolière lui a donné un essor inouï, mais il est déjà actif aux Indes dès le début du XIXe siècle où Sayyed Ahmed, vers 1824 après un pèlerinage à La Mecque, prêche le wahhabisme au Pendjab. Il entend mettre en pratique “l’obligation absente” de la guerre sainte. En 1826 ayant rassemblé une armée à Peshawar, il appelle au djihad contre les Sikhs et l’année suivante se proclame Commandeur des croyants, Amir al-muminn ; un titre qui sera également celui de Mollah Omar avant la chute du régime des taliban à l’automne 2001. En 1830 Sayyed Ahmed prend Peshawar, mais périt en 1831 au cours de la bataille de Balakot. Il faut attendre 1870, après un demi-siècle de troubles, pour que les oulémas chiites et sunnites d’Inde condamnent les excès des wahhabites. Mais leur influence perdure et, en 1927, dans la province de Mewat est fondée la “Société pour la prédication” la Taglibhi Jamaat dont le rôle prosélyte est bien connu. Le takfirisme inspirera pareillement les soulèvements Senoussi en Libye, la révolte des musulmans de Chine (1855-74)… Pour ce qui est d’Al-Qaïda, le cas du Frère musulman Abdullah Azzam est particulièrement emblématique. Ce Palestinien a été, avant de trouver la mort dans l’explosion de sa voiture en 1989, le chef spirituel des volontaires islamistes étrangers. Or Azzam avait été membre des Frères musulmans et avait enseigné à l’Université de Riyad en 1980, puis au Pakistan à l’Université islamique internationale d’Islamabad. Cela avant de devenir à Peshawar le principal organisateur du recrutement et de l’entraînement des djihadistes combattant dans l’Afghanistan en lutte contre le gouvernement communiste et les forces soviétiques.

[10] « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort » François Mitterrand in Georges-Marc Benamou, Le dernier Mitterrand, 1997.

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27 décembre 2014 6 27 /12 /décembre /2014 15:33

par Thierry Meyssan réseau Voltaire

 

L’annonce du rétablissement des relations diplomatiques de Washington avec La Havane préfigure celui des relations avec Téhéran. Les États-Unis n’ont pas abandonné leur ambition impérialiste et ces deux États n’ont pas renoncé à leur idéal révolutionnaire. Cependant, pragmatique, Washington reconnaît que Cuba et l’Iran ne seront pas vaincus par l’isolement diplomatique et la guerre économique. Il se prépare à un autre type d’affrontement.

 

L’annonce simultanée par Barack Obama et Raúl Castro du rétablissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba a beaucoup surpris en Europe. Comme à l’habitude, Washington négociait en secret avec son adversaire, tout en imposant à l’Union européenne des sanctions qu’il s’empressera de lever le premier, à son avantage.

 

Depuis deux ans, le président Obama tente d’apaiser les conflits qui opposent son Empire aux États qui lui résistent : Cuba en Amérique latine, l’Iran au « Moyen-Orient élargi ». En effet, force est de constater que les sanctions unilatérales —véritables actes de guerre économique— prises par Washington et étendues par lui à ses alliés ne fonctionnent pas. Cuba, comme la République islamique d’Iran, ont considérablement souffert, mais n’ont pas cessé de résister.

 

Un demi-siècle de lutte

Durant la Guerre froide, Cuba se mobilisa contre la politique d’apartheid que l’Afrique du Sud entendait étendre à ses voisins. Le régime blanc de Prétoria était alors soutenu par les États-Unis et Israël. L’armée cubaine se déploya en Angola et en Namibie jusqu’à la conclusion d’un accord de paix en 1988. Fidel Castro fut ainsi en mesure de faire échec à une idéologie divisant l’humanité en deux : les maîtres et les esclaves. Il fallu cependant attendre encore trois ans pour que le régime d’apartheid sud-africain soit démantelé et que Nelson Mandela devienne le président du Peuple sud-africain réunifié.

 

Identiquement, la République islamique d’Iran se mobilisa contre la politique d’apartheid qu’Israël entend étendre chez ses voisins. Le régime sioniste de Tel-Aviv est soutenu, depuis sa proclamation illégale en 1948, par les États-Unis et le Royaume-Uni. Il revendique toute la terre du Nil à l’Euphrate. L’Iran soutient la Syrie, le Hezbollah et les organisations de la Résistance palestinienne. Sous le président Mahmoud Ahmadinejad, les États-Unis et Israël ont essuyé de nombreuses défaites, notamment au Liban, en Palestine, en Syrie et au Yémen.

 

Les liens entre l’Afrique du Sud et Israël ont été abondamment documentés. Les deux États ont la même origine : l’Afrique australe fut organisée par le diamantaire Cecil Rhodes —le théoricien de l’« impérialisme germanique » [1]—, tandis qu’Israël fut porté par un disciple de Rhodes, Theodor Herzl, qui suivit en tous points le modèle rhodésien. En 2002, la Reine Elizabeth censura la publication des correspondances entre Rhodes et Herzl, dont on ne connaît donc que la lettre reproduite par ce dernier dans un de ses ouvrages.

 

Ali Shariati

Les liens entre la Révolution cubaine et la Révolution islamique sont ténus. Certes, Ali Shariati, le penseur qui prépara la révolution iranienne, était le traducteur de Che Guevara en persan. Mais, jamais les deux États ne nouèrent de liens politiques significatifs. J’ai été surpris de constater leur méconnaissance mutuelle en discutant avec les dirigeants respectifs. Il est vrai qu’il existe des différences culturelles qui rendent les contacts difficiles : la société cubaine est ultra-permissive sexuellement, tandis que la société iranienne (bien avant la Révolution islamique) est au contraire ultra-protectrice en ce domaine.

 

Deux États révolutionnaires

Il est évident que les intérêts des États-Unis d’une part, et de Cuba et de l’Iran d’autre part, sont et resteront inconciliables. Il ne peut y avoir de compromis entre impérialisme et nationalisme. Cependant, cette situation n’empêche pas la conclusion de cessez-le-feu régionaux. La reprise des relations diplomatiques ne signifie d’ailleurs pas la levée complète des « sièges économiques », ce que Washington appelle des « sanctions », comme s’il s’agissait toujours de punitions décidées par le Conseil de sécurité.

 

Actuellement, Cuba est considéré par la gauche européenne comme une dictature, mais l’île est, au contraire, reconnue par la gauche latino-américaine comme un exemple de Résistance. Fidel Castro jouit d’une aura de libérateur et exerce une attraction sur tout le continent.

 

Identiquement, la République islamique d’Iran est considérée comme un régime moyen-âgeux par la gauche européenne, tandis qu’elle est l’allié indispensable de tout mouvement de Résistance au « Moyen-Orient élargi ». Cependant, si Mahmoud Ahmadinejad jouissait d’une vaste popularité, le Guide suprême Ali Khamenei est moins connu à l’étranger.

 

Ernesto "Che" Guevara

 

Dans les deux cas, ces États ont été victimes de leur image. Ainsi Cuba est qualifié de « communiste », mais Fidel Castro ne l’était pas avant sa victoire. C’est son frère Raúl qui militait au Parti communiste. De même Che Guevara était opposé au modèle économique soviétique et l’a écrit avant de démissionner de ses fonctions de ministre de l’Industrie, puis de partir se battre aux côtés de Laurent-Désiré Kabila au Congo.

 

L’Iran s’étant proclamé République islamique, on comprend généralement qu’elle est de religion musulmane. Mais Ali Shariati assurait que l’islam est un processus révolutionnaire et que tous les révolutionnaires du monde entier sont musulmans, dès lors qu’ils luttent pour la Justice. Au demeurant, l’Iran chiite intervint également en Afrique et soutint… le chrétien Laurent-Désiré Kabila lorsqu’il arriva au pouvoir.

 

Dans les deux cas, l’Histoire retiendra qu’il s’agissait d’États révolutionnaires. Mais les révolutions, lorsqu’elles ont lieu et lorsqu’elles réussissent à émanciper les hommes, ne sont approuvées que lorsqu’elles sont terminées et ne menacent plus aucun privilège.

 

La stratégie de Washington

Pour les États-Unis, il y avait à la fois urgence et une occasion de suspendre leurs conflits avec les Résistances cubaine et iranienne. Le réinvestissement états-unien en Amérique latine et le déplacement des troupes états-uniennes du « Moyen-Orient élargi » vers l’Extrême-Orient se trouvaient bloqués. En outre, une solution devait intervenir avant le Sommet des Amériques. En effet, sous l’impulsion de Rafaël Correa, le Panama qui accueille le Sommet avait invité Cuba, pour la première fois. Barack Obama allait donc rencontrer son adversaire Raúl Castro. Sans parler du fait, extrêmement préoccupant pour les militaires états-uniens, de la réouverture d’une base d’espionnage électronique russe à Lourdes (au sud de La Havane) [2]. De la même manière, les États-Unis ne peuvent espérer créer trois États indépendants en Irak sans l’assentiment iranien.

 

Dernière remarque : le cessez-le-feu avec Washington est particulièrement dangereux. Les États-Unis ne vont pas cesser de chercher à déstabiliser ces États révolutionnaires, mais ils vont désormais le faire avec un accès à l’intérieur. Ni Cuba, ni l’Iran ne pourront désormais surveiller les nombreux États-uniens qui viendront chez eux, pour du business ou du tourisme. La CIA ne manquera pas, dans les deux ans à venir de tenter des révolutions colorées.

 

En cela, la reprise des relations diplomatiques entre Washington et La Havane préfigure celle entre Washington et Téhéran.

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 18:15

Par Giuletto Chiesa

Mondialisation.ca, 09 décembre 2014

 

La valse des mensonges sur le vol MH-17 abattu en Ukraine devient chaque jour davantage la métaphore de la fin des illusions démocratiques du monde occidental. Mais il s’agit aussi et surtout de la manifestation tragique du désastre intellectuel et moral dans lequel sont tombées les hordes de « semeurs de peste » qui continuent à les défendre. Pour rester cohérents, ces gens ont dû mentir effrontément. Et aujourd’hui, face à l’émergence de la vérité, ils sont obligés de les répéter, tout désorientés, voire de les amplifier en inventant des variantes plus ou moins fantaisistes et de moins en moins crédibles, se contredisant à loisir, sans s’apercevoir du ridicule dans lequel ils sont tombés. Ou alors, et c’est l’attitude simple et peu compromettante, ils se taisent et évitent d’évoquer les bribes de vérité qui passent pourtant à leur portée.

 

Voilà le visage du journalisme servile de notre époque. Mais il y aura bien pire, et dans un futur proche, car ces semeurs de peste qui se font passer pour des journalistes sont prêts pour les prochaines délations répugnantes auxquelles ils seront contraints par les patrons qui les paient, même s’il est vrai que le journalisme occidental n’était pratiquement jamais, de toute son histoire, tombé aussi bas.

 

J’ai eu l’occasion récemment d’écouter, dans les somptueuses salles du Parlement européen, un politologue anglo-saxon – c’était début décembre, soit 4 mois et demi après l’assassinat collectif de 298 personnes innocentes – exiger de la Russie d’une voix tonitruante, non seulement des excuses pour avoir abattu le Boeing malaisien, mais aussi une indemnisation pour les familles de victimes. Le type – qui n’avait pas de qualificatif assez dur pour Poutine, ne savait rien – le pauvre – de ce qui s’était passé pendant ces 4 mois. Il ne savait pas ce que, par respect et par décence – devrait savoir une personne dont le métier est de s’occuper de politique, de journalisme, qui mène des analyses lues par des gouvernants (ceux qui prennent des décisions), et qui devrait donc avoir le sens de la responsabilité de celui qui, par profession, contribue à la vie de la société et au bien commun.

 

Je ne dirai pas son nom ici, non pas que je veuille protéger sa personne, mais simplement parce qu’il fait partie de ces innombrables pauvres bougres habitués à répéter automatiquement ce qui leur est servi par les médias dominants. C’est simplement l’un des multiples anneaux de la grande chaine de la stupidité – de second niveau celle-là – qui maintient en place le chapiteau entourant la Grande Fabrique des Rêves et des Mensonges.[…]

 

Voilà : cette longue introduction pour commenter maintenant la dernière information sur les enquêtes officielles totalement inexistantes de ces derniers mois censées rechercher les responsabilités dans le crash du Boeing malaisien le 17 juillet dernier. La nouvelle provient du quotidien malaisien en ligne http://www.thestar.com.my/News/Nation/2014/12/01/mh17-malaysia-to-be-part-of-investigating-team/, et nous apprend que la Malaysie a finalement été « acceptée comme membre à part entière du groupe en charge de mener l’enquête criminelle. » Autrement dit, le pays propriétaire de l’avion abattu, et qui a vu la mort de 44 de ses concitoyens, a dû attendre quatre mois avant de pouvoir participer et contrôler le déroulement des investigations.

 

Nous savons (depuis le 8 août, et nous avons été les premiers et les seuls d’ailleurs à le publier avec Megachip et PandoraTV.it) que le groupe est constitué de quatre pays : Hollande, Belgique, Australie et Ukraine. Impossible de savoir qui a décidé de la composition de ce groupe, ni quels critères ont amené à cette « étrange » sélection, qui ne cadre avec aucune considération logique ou juridique. Par exemple, elle ne correspond pas au principe des « pays les plus touchés en termes du nombre de victimes ». En effet, si l’Australie et la Hollande ont eu de nombreuses victimes, l’Ukraine n’en a déploré aucune, et la Belgique en a seulement eu quatre, autant que l’Allemagne qui ne fait pourtant pas partie du groupe.

 

Nous savons (et nous l’avons répété maintes fois, dans le silence absolu des médias occidentaux) que le gouvernement de Kuala Lumpur a demandé à plusieurs reprises à être incluse dans l’enquête, mais n’a pas obtenu de réponse, jusqu’à hier. Nous constatons que la présence de l’Ukraine dans ce groupe a des pour (l’avion a été abattu dans l’espace aérien ukrainien, et donc ce pays a beaucoup d’informations à donner), et des contre, car les circonstances de cette tragédie font de l‘Ukraine (et plus précisément des responsables de certains services et ministères) l’un des principaux suspects, et qu’elle est elle-même objet de l’enquête. De plus, il est avéré qu’au cours de ces derniers mois l’Ukraine n’a pas fourni à la commission d’enquête les enregistrements des conversations entre les contrôleurs aériens ukrainiens et l’équipage du Boeing. Un fait extrêmement grave, qui peut légitimement être défini comme une volonté délibérée d’entraver l’enquête.

 

Mais nous avons également rapporté l’information (de source ukrainienne officielle) que les « quatre pays de l’Apocalypse » ont établi un droit de véto (denial) sur la base duquel n’importe lequel des quatre membres peut interdire la publication de documents de l’enquête. Une disposition qui surpasse toutes les précédentes en matière de bizarrerie, mais qui étale sous nos yeux le véritable aveu, à savoir qu’en faisant ainsi, il est permis à l’Ukraine de cacher ses éventuelles responsabilités dans l’incident. Et que l’Australie, la Belgique et la Hollande se sont attribuées le rôle de chien de garde pour empêcher l’émergence d’une quelconque responsabilité occidentale, par exemple celle de l’OTAN.

 

Nous avons – tout comme des dizaines de sites Internet – enregistré le fait (et là il ne s’agit pas d’une bizarrerie) que les États-Unis disposent d’une grande quantité d’informations sur ce qui s’est passé, mais que pendant ces quatre mois ils se sont bien gardés de les fournir. Un de leurs satellites de surveillance survolait la zone à ce moment précis, et photographiait chaque centimètre carré, mais ils n’ont pas divulgué ces images. Deux avions-AWACS interceptaient toutes les communications radio et radar pendant ces minutes critiques et dans cette zone précise (comme révélé par le gouvernement allemand), mais les seules informations qui ont filtré sont de toute évidence fausses (l’avion aurait été abattu par un missile Buk de fabrication soviétique), et ont été diffusées par les services secrets allemands, avec trois mois de retard.

 

Il ressort de tout cela que les seuls à fournir des informations précieuses (peut-être en gardent-ils sous le coude, mais celles-ci sont importantes) sont les services secrets russes, qui ont communiqué trois jours après la tragédie, révélant plusieurs faits dont un décisif : au moins un autre avion, certainement ukrainien, volait à proximité du Boeing. Un fait confirmé par de nombreux témoins au sol, qui ont tous affirmé avoir vu le 2e avion (certains en ont même vu deux) près du Boeing et juste après qu’il eut été abattu. Les grands médias occidentaux ont totalement ignoré cette conférence de presse des militaires russes. Et la BBC, qui avait diffusé un reportage sur la zone du crash avec des témoins qui confirmaient la version russe, a promptement retiré le documentaire et, semble-t-il, l’a effacé de ses archives Web. Autant d’éléments qui montrent l’étendue et les ramifications des systèmes de contrôle [médiatiques] et de diversion mis en oeuvre par les services secrets occidentaux pour empêcher l’apparition d’informations gênantes sur cet événement.

 

Entre temps, les boites noires qui avaient été retrouvées en parfait état de fonctionnement par les rebelles filo-Russes du Donbass (même si tous les journaux avaient annoncé par avance que les « Russes » les auraient cachées, ou détruites, pour ne pas révéler au monde leur responsabilité) les ont consignées aux observateurs de l’OSCE sous les yeux des caméras ; les boites noires ont ensuite été confiées à l’ICAO à Londres, mais on ne sait toujours pas avec précision qui les a analysées et quel est leur véritable contenu.

 

Les seules informations fournies à ce jour par le fameux « groupe des quatre pays enquêteurs », à travers une déclaration de son porte-parole hollandais – nous disent deux choses : la première est que le Boeing a été abattu. Extraordinaire conclusion, après 3 mois d’enquête ! La seconde est que l’on ne saura rien de plus précis pendant au moins un an. Les Hollandais ont cependant commencé à montrer quelques signes de faiblesse, en reconnaissant avoir des choses à dire, mais ne pas pouvoir les rendre publiques de peur de « saper la confiance réciproque » des gouvernements. Une affirmation particulièrement étrange, et d’une certaine façon, révélatrice de l’existence de pressions aussi puissantes qu’inavouables, subies par les enquêteurs pour leur interdire l’établissement de la vérité.

 

Dans l’intervalle, et dès les premiers instants qui ont suivi le crash du Boeing, a commencé l’infatigable oeuvre de désinformation et de mensonge de la part de tous les principaux médias occidentaux. Une opération sous faux drapeau (False Flag) aux contours désormais classiques depuis le 11 septembre 2001, et qui a consisté à pointer du doigt un coupable fictif, et à répéter de manière obsessionnelle l’accusation sans jamais apporter la moindre preuve ou le moindre fait crédible, et en ignorant royalement tous les éléments contraires. Cette opération a atteint son but : pour la plupart des gens, le responsable de la tragédie du Boeing abattu reste la Russie, c’est-à-dire Poutine en personne. Le « missile » était de fabrication russe ; ce sont donc les Russes, c’est-à-dire Poutine, qui l’ont donné aux rebelles du Donbass. Tout est clair : les Russes sont les méchants et les assassins dans cette affaire. Est-ce d’ailleurs une coïncidence si les sanctions contre la Russie ont été imposées dans les jours qui ont  immédiatement suivi celui du crash du Boeing ?

 

Tout cela alors que les photographies du cockpit montrent de toute évidence que l’avion a été mitraillé par un canon comme celui équipant les Sukhoi 25 de l’aviation militaire ukrainienne. Et alors que les télévisions russes (évidemment informées par les services secrets russes) ont publié le nom du pilote ukrainien qui a appuyé sur la gâchette, et le numéro de matricule du Sukhoi 25 qui a mené cette mission, et nous ont appris que ce pilote avait été envoyé à l’abri aux Émirats arabes unis après le massacre.

 

Les télés russes publient également le nom de l’aiguilleur du ciel, une femme, qui suivait les évolutions des appareils depuis Kiev, et qui est partie en vacances le 18 juillet, on ne sait pas où, et qui n’est pas revenue travailler depuis. De bien longues vacances, n’est-ce pas. Pourtant il ne semble pas que les enquêteurs des « quatre pays de l’Apocalypse » aient cherché à rappeler ces deux personnes de leurs  « vacances » pour les interroger.

 

Une fable extraordinaire, mais qui n’a pas de fin joyeuse. Mises à part quelques petites brèches ici ou là. L’information sur l’entrée de la Malaysie dans le groupe des pays enquêteurs fait partie de ces brèches. Le bureau du procureur hollandais, par une lettre datée du 28 novembre 2014, a informé le ministère de la Justice de Kuala Lumpur, Tan Sri Abdul Gani Patail, que la Malaysie pouvait donc entrer dans le Saint des Saints de l’enquête. Jusqu’à quel point elle en sera membre à part entière et de plein droit, dans ce contexte, nous le verrons bien. On peut facilement imaginer les pressions et les chantages qui ne manqueront pas de s’exercer sur le gouvernement malaisien pour qu’il se conforme à la position choisie par l’Occident. Et on peut facilement deviner quelle partie du dossier sera soustraite à la curiosité des enquêteurs malaisiens. Mais on peut gager également que les seuls accusés à ce jour devant l’ensemble de l’opinion publique occidentale, à savoir les Russes, ne laisseront pas tomber et continueront à se défendre. Ils ont les moyens de le faire. Et il faudra bien observer comment ils réagiront.

Article original : Megachip

Traduction ilfattoquotidiano.fr

Voir également l'analyse des causes de l'accident  ici par  Ivan A. Andrievskii

Source Odnako (Russie)
 

 

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 18:24

face à Philippe Gildas, Gérard Carreyrou et Olivier Duhamel il déclare « je suis capable de dire que je souhaite une victoire russe ».

 

Partie 1 : L’impopularité de Hollande et mea culpa sur le "hollandisme révolutionnaire"

Partie 2 : L’UE, la Russie et la crise ukrainienne

Partie 3 : L’affaire Fillon/Jouyet, révélateur de la réalité du système.

Partie 4 : L’establishment déconnecté de la réalité. Rencontre imprévue avec Florian Phillipot.

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 16:49
Ou l'impromptu de Vnoukovo

7 décembre 2014

Par Jacques Sapir

La rencontre impromptue du samedi 6 décembre entre les Présidents Hollande et Poutine, lors d’une escale du premier à son retour du Kazakhstan marque peut-être un tournant dans les relations avec la Russie. Ces dernières étaient devenues franchement détestables avec la crise ukrainienne, mais leur détérioration était en réalité bien antérieure à cette crise.

 

 

Même s’il ne faut pas trop attendre d’une réunion d’une heure, même si – et l’Elysée a bien tenu la préciser – il y a eu concertation préalable avec la Chancelière Angela Merkel, il est clair que cette rencontre, organisée à la demande du Président français, constitue une étape importante dans l’amélioration de ces relations. Il faut donc s’en réjouir.

Une rencontre prévisible.

Cette rencontre, pour inattendue qu’elle ait été, n’en était pas moins prévisible. En France, tout d’abord, de nombreuses voix commençaient à se faire entendre pour souligner l’extrême fragilité de notre position, qu’on la considère sur le plan moral, en raison de la révélation progressive tant des crimes de guerre commis par certaines des troupes du gouvernement de Kiev que des conditions réelle de son arrivée au pouvoir, ou politique, avec le risque réel de déboucher sur une nouvelle « guerre froide », ou enfin économique. La France, tout comme l’Italie et l’Allemagne, a beaucoup à perdre avec le maintien des « sanctions ». Le risque de voir la Russie se détourner de l’Europe pour de longues années était bien réel. Bref, il fallait mettre un coup d’arrêt à cette logique profondément destructrice. Un tel point de vue était apparu depuis ces dernières semaines dans les milieux proches du Quai d’Orsay. Dans la conférence de presse commune qu’il avait faite avec le Président du Kazakhstan, M. Nursultan Nazerbaev, François Hollande avait largement ménagé, dans ses propos, son homologue russe. Par ailleurs, il ne pouvait pas ne pas mesurer l’incohérence d’une position qui amène la France à avoir des bonnes relations avec des pays avec lesquels les causes de conflits, qu’elles soient latentes ou explicites, sont bien plus importantes qu’avec la Russie. Ceci a été dit et répété. Tout ceci rendait nécessaire une initiative forte de la diplomatie française sur ce dossier. La visite du président François Hollande au Kazakhstan fournissait l’occasion. Elle fut donc saisie. Mais, il convient ici de rappeler que François Hollande était demandeur.

Se réjouir, mais ne pas se bercer de fausses illusions.

Il n’en reste pas moins qu’il ne faut pas trop en attendre. Assurément, toutes les conditions pour la « désescalade » sont réunies. On a déjà noté la déclaration du Commandant en Chef des forces de l’OTAN, le général Breedlove, qui déclarait le 26 novembre dernier à Kiev qu’il n’y avait pas de troupes de combat russes dans le Donbass. Par ailleurs, un nouvel accord de cessez-le-feu entrera en vigueur le 9 décembre entre les troupes de Kiev et celles des insurgés. De plus, avec l’arrivée de l’hiver, un certain sens des réalités va s’imposer à Kiev. Des accords économiques ont d’ailleurs été signés, tant avec la Russie qu’avec les insurgés du Donbass. C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la décision de Kiev de suspendre tous les salaires et tous les versements sociaux à la population du Donbass. Pour scandaleuse que puisse paraître cette mesure, il faut aussi comprendre qu’elle signifie une reconnaissance de fait que la partie insurgée n’est plus l’Ukraine. En un sens, c’est aussi une décision qui va vers une stabilisation de la situation.

 

On peut donc s’attendre à ce que tant l’OTAN que les russes, comprenant que cette crise les entrainait dans une spirale dont il pouvait à tout instant perdre le contrôle, trouvent un intérêt commun à faire descendre la tension. Il est tout aussi certain que tel est bien l’intérêt de la France, et ceci est compris par François Hollande. Outre la pression des industriels, qui va bien au-delà de la question de la livraison des deux BPC de classe « Mistral », il conçoit que cette tension est délétère pour l’ensemble du continent.

N’est pas de Gaulle qui veut.

Il n’en reste pas moins que la position de la France n’est plus aujourd’hui celle qu’elle avait dans les années 1960 et 1970. D’une part, la France a réintégré le commandement intégré des forces de l’OTAN. Cet acte nous lie bien plus étroitement que par le passé à la politique des Etats-Unis. D’autre part, l’existence de l’Union européenne, mais aussi le parti-pris très européiste de François Hollande, viennent limiter l’autonomie de la politique étrangère française. On sait qu’au sein de l’UE, si un groupe de pays donne dans une véritable hystérie anti-russe, comme la Pologne, la Suède et les Pays Baltes. Cette hystérie est largement partagée au Parlement européen. D’autres pays, tels la Hongrie, la Slovaquie ou la Bulgarie ont des positions bien plus compréhensives quant il s’agit de la Russie. Enfin, de ce point de vue, l’Allemagne, la France et l’Italie ont toujours adopté une attitude médiane, qui s’explique tant par leur histoire que par l’étendue de leurs relations économiques avec la Russie. Il faut comprendre que les tensions internes à l’UE étaient en train d’atteindre un point de rupture. La décision de la Russie d’annuler le projet « South Stream », prise ces derniers jours, constituait un avertissement très clair. La Russie signifiait par ce geste une préférence pour des livraisons de gaz à l’Asie (Chine, mais aussi Corée du Sud et Japon). Il est clair que, dans les motivations qui ont poussé François Hollande à demander cette rencontre à Vladimir Poutine il y a aussi la volonté d’éviter que cette crise, si elle continuait à monter en agressivité, ne provoque des déchirements irrémédiables dans l’UE. Aussi, rien ne serait plus faux que de voir en François Hollande un « continuateur » de la politique du Général de Gaulle. Sa démarche s’inscrit dans la ligne européiste et atlantiste qui est la sienne.

Quel futur ?

Il faut maintenant considérer quels pourraient être les débouchés de cette rencontre. La situation au Donbass peut se stabiliser, si Kiev est décidé à jouer le jeu du cessez-le-feu. Mais, la solution de la « fédéralisation » de l’Ukraine, telle qu’elle est officiellement défendue par la Russie n’apparaît pas réellement applicable. Cette solution eut été possible en juin 2014, avant les combats de la fin juin au début du mois de septembre. D’ailleurs, dans certaines vidéo, on sent bien qu’au-delà de leurs divergences il y a bien le sentiment tant des militaires ukrainiens que des insurgés d’appartenir à la même Nation. Mais, aujourd’hui, il est à craindre qu’il n’y ait trop de haines inexpiables. Au mieux, la « fédéralisation » pourrait prendre la forme d’une région autonome de l’Ukraine, sur le modèle du Kurdistan comme région autonome (et de fait quasi-indépendante) de l’Irak. L’autre solution est celle d’une indépendance non-reconnue, comme c’est le cas en Abkhazie ou en Ossétie du Sud. Un point important est ici celui de la monnaie. Si Kiev maintient son blocus monétaire, les responsables de Donetsk et Luhansk n’auront le choix qu’entre imprimer leur propre monnaie ou adopter le rouble russe. Dans tous les cas, ceci rendra encore plus difficile la perspective d’une future réunification de l’Ukraine.

 

Dans le reste de l’Ukraine, une fois l’émotion nationaliste passée, il faudra se rendre à l’évidence : le pays n’intègrera pas l’UE avant au moins vingt ans, et peut-être plus, et ne sera pas membre de l’OTAN. Les dirigeants ukrainiens ne veulent pas l’admettre alors que c’est une évidence, répétée par l’ensemble de leurs interlocuteurs officiels. Que se passera-t-il quand la population comprendra que le rêve d’une adhésion rapide à l’UE, si tant est que ce soit un « rêve », ne se réalisera pas ? Qu’à la place, elle aura affaire aux sbires de la Troïka et du FMI, et à une austérité meurtrière ainsi qu’à une destruction de toutes ses conquêtes sociales ? Dans ce contexte, tout devient possible, du retour vers la Russie à des demandes locales de rejoindre des pays de l’UE (la Galicie vers la Pologne, et la Ruthénie vers la Hongrie), qui signifieraient l’éclatement pur et simple du pays.

Surmonter la défiance.

La rencontre entre les Présidents Hollande et Poutine a été un pas en direction d’une meilleure compréhension réciproque. Mais, le chemin pour désamorcer la défiance qui s’est accumulée des deux côtés sera long tant sont importants et durables les griefs. Il faut comprendre que la crise ukrainienne a cristallisée plus qu’elle n’a crée ces griefs qui se sont accumulés, surtout du côté russe, depuis 1998. Que l’on se souvienne de l’affaire du Kosovo, de l’intervention des parachutistes russes à Pristina, ou de la décision américaine d’envahir l’Irak en 2003. Si l’on veut rétablir la confiance il faudra mettre toutes ces questions sur la table. Pour cela une conférence, sur le modèle de celle qui se tint à Helsinki en 1975, s’impose. La conférence historique CSCE (ou Conference on Security and Co-operation in Europe) fut en effet une étape majeure dans le rétablissement d’un véritable dialogue entre les pays du Pacte de Varsovie et l’OTAN. Mais, cette fois, le dialogue devra être limité aux seuls pays européens, ce qui revient à en exclure les Etats-Unis et le Canada. J’ai déjà présenté l’idée de cette conférence dans une table ronde organisée par la Duma à Moscou, le 25 novembre[1]. J’en rappelle ici les thèmes qui me semblent importants. Il y en a trois :

 

  • (a) Définir les règles qui permettent de gérer la contradiction existant entre les principes westphaliens et ceux nés des Lumières et de la Révolution Française de 1789. La souveraineté de l’Etat demeure la pierre de touche de toutes relations internationales, mais aussi de la démocratie à l’intérieur de chaque état. Mais, certains principes comme le droit de décider de son propre futur et la nécessité de protéger les populations ont acquis une importance grandissante. La question est de savoir comment ces principes contradictoires peuvent se réconcilier avec le moins d’ambiguïté possible. Il n’est plus possible de voir les règles internationales subverties comme on le vit au Kosovo pour ensuite entendre les pays de l’UE proclamer leur attachement indéfectible à ces mêmes règles.

 

  • (b) Définir les règles de la sécurité collective, mais aussi du possible emploi de la force militaire, en Europe et dans sa périphérie. Le traité CFE est mort mais il nous faut un autre traité. Il doit inclure des règles, sur l’utilisation légitime de la force militaire, là encore avec le moins d’ambiguïté possible. L’idée d’un monde où nulle force militaire ne serait nécessaire n’est pas aujourd’hui réaliste. Ce traité permettrait de résoudre des situations comme celles de la Libye en 2011 ou celle qui est en train de se développer à la frontière entre la Syrie et l’Irak, ou encore celle qui se développe en Afrique sub-sahélienne où la France intervient militairement depuis janvier 2013.

 

  • (c) Définir les règles de la coopération économique, scientifique et culturelle. La coopération est nécessaire non seulement entre les états mais aussi entre des régions constituées de différents états. Nous devons trouver des règles communes gouvernant cette coopération sans mettre en danger le principe de souveraineté tel qu’il est définit dans le premier point. Le problème principal est ici d’atteindre la coopération et non de désigner d’en-haut quelque nouvel Etat “supranational” sous un quelconque travesti économique ou social.

 

Ce programme est ambitieux, mais il est le seul qui puisse permettre de reconstruire une véritable confiance qui est nécessaire si nous voulons réellement dépasser la situation actuelle. Cependant, pour atteindre cet objectif, il est nécessaire que meurent certains comportements et certains discours. Le premier est la prétention des pays de l’Union Européenne de vouloir représenter l’Europe et en même temps d’être les porteurs des plus hautes valeurs morales. C’est ce que l’on peut appeler « l’exceptionnalisme » européen, tout aussi nocif que l’exceptionnalisme américain. Il faut se souvenir que l’Europe n’est pas l’UE. Ceci est vrai au sens géographique, au sens culturel et aussi dans un sens politique. Les discours au sujet des “valeurs européennes” que l’on entend dans différentes capitales ne servent en fait qu’à établir une nouvelle barrière idéologique à la coopération. Non que le développement des institutions de l’UE n’ait donné lieu à des débats vigoureux et importants. Mais revendiquer une position dominante en ce qui concerne les “valeurs morales” est ici sans fondement et est en fait autodestructeur. Les pays de l’UE ont à plusieurs reprises manqué à leurs prétendus “principes,” que ce soit dans les affaires internationales comme avec le Kosovo et plus tard avec la participation de certains pays de l’UE (comme la Pologne) dans la guerre d’agression des Etats-Unis contre l’Iraq en 2003, ainsi que dans leurs affaires intérieures.

Il faudra donc que l’Union européenne fasse preuve d’humilité et de raison si elle veut aboutir une véritable confiance avec la Russie.

 

[1] Voir Sapir J., « Surmonter la Crise de Confiance », note postée le 26 novembre 2014 sur RussEurope, http://russeurope.hypotheses.org/3076

 

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 18:22
Une force unie communiste est nécessaire et urgente en France.

Par jean Levy

Source  Comité Valmy

 

 

La Rencontre de Vénissieux* se tient dans une période de grande tension politique, tant sur le plan intérieur que sur la scène internationale.

 

En effet, nous sommes confrontés, en France, à une offensive tout terrain du capital, qui vise à réduire notre peuple à un nouvel esclavage. Comme au temps de l’Occupation nazie, les acquis sociaux sont remis en cause avec une même brutalité.

 

Ce sont toutes les conquêtes ouvrières, fruits des luttes de plus d’un siècle, qui sont saccagées : du « travail de nuit » au repos hebdomadaire le dimanche, de la médecine du Travail au statut des Prud’hommes, du temps de travail à la représentation des salariés dans les entreprises, de la législation sur les licenciements aux Conventions collectives, le capital essentiellement financier veut liquider tout le Code du Travail et « détricoter » l’ensemble des conquêtes sociales imposées par le Conseil National de la Résistance.

 

Sans parler, bien sûr, du chômage de masse, de la pression patronale pour réduire encore plus le salaire horaire, de transférer aux assurances privées notre Sécurité sociale, de reculer toujours plus tard l’âge de la retraite.

 

Le grand patronat ne cache pas ses ambitions. Et il rencontre pour ces objectifs la collaboration étroite des gouvernements, hier UMP, aujourd’hui PS, dans une spirale d’accélération, soutenue par la pression de l’Union européenne.

 

En effet, c’est celle-ci qui est en fait à la manœuvre.

 

Il est en effet inscrit dans les traités la mise en tutelle des Etats de l’UE, ceux-ci ayant accepté l’abandon global de leur souveraineté au profit d’un pouvoir supranational au service du capital.

 

Il est donc clair, que toute libération sociale ne peut se concevoir que dans le cadre d’une lutte pour la libération nationale.

 

Il faut donc agir concrètement pour que notre peuple se mobilise à la fois sur le plan du combat ouvrier pour défendre, pied à pied, ses conditions d’existence, et simultanément, pour recouvrer l’indépendance nationale et la souveraineté populaire, en agissant clairement pour la sortie pure et simple de l’Union européenne et de l’Euro, véritables forteresses, qui retiennent la France et son peuple prisonniers du capital.

 

Mais, il faut en être persuadé, cette bataille nationale ne peut être gagnée que par l’action commune de toutes les composantes populaires de notre nation. Pour forcer les portes de la prison et franchir avec succès les murs d’enceinte, nul doute, il ne faudrait pas faire le délicat.

 

Nos ainés de la Résistance se sont parfois évadés de leurs geôles avec le concours nécessaire de droits communs, voire de truands…

 

Faut-il rappeler que le CNR comptait dans ses rangs des éléments d’extrême-droite, tel était le cas des dirigeants du réseau Combat, intégré au Mouvement Uni de la Résistance, alors qu’il avait pour dirigeant, Henri Frenay, celui-ci ne cachant pas sa sympathie pour les idées pétainistes, se faisant soutenir monétairement et militairement par l’OSS d’Allan Dulles…contre l’autorité de Jean Moulin…

 

Ce rappel ne vise pas, bien sûr, à faire alliance avec le Front national, celui-ci, tout en critiquant verbalement l’Union européenne, se garde bien d’en exiger clairement le retrait de la France.

 

Cependant, des rapports avec des personnalités diverses – avec qui, sur bien des problèmes, nos analyses s’opposent frontalement, alors que nous combattons, les uns et les autres, pour une France indépendante et un peuple souverain - ces rapports sont condamnés, voire stigmatisés par des attitudes dogmatiques et sectaires.

 

La peur de « parler comme le Front national », d’être assimilé à ce mouvement, conduit à un repli néfaste pour notre ambition de rassembler le peuple de France.

 

L’étiquette ‘rouge-brun’, agitée par la fausse « gauche » - et parfois au-delà - agit comme un épouvantail, un révulsif qui contrarie nos efforts d’union.

 

Notre combat national et social contre l’Union européenne ne peut ignorer la situation dramatique internationale. En effet, le danger d’une guerre mondiale n’a jamais été si prégnant depuis la « guerre froide ».

 

L’impérialisme américain, en lien avec par le capital européen, se sent menacé dans sa domination mondiale par l’émergence d’Etats qui lui contestent sa suprématie économique et monétaire.

 

Tel est le cas de la Chine, qui pourrait ravir aux USA, dans les toutes prochaines années, la première place au niveau global du PIB, et qui ne cache pas son intention de promouvoir une monnaie indépendante du dollar, soutenue dans cette perspective par les pays des BRICS, et par ceux de l’Organisation de Coopération de Shanghai.

 

Les Etats-Unis vont-ils accepter, sans réagir de perdre la place de leader mondial ?

 

Des secteurs dirigeants étasuniens, économiques et militaires, ne cachent pas leur volonté d’en « découdre ». D’autres, sans doute, sont plus prudents, leurs intérêts ne coïncidant pas totalement.

 

Mais d’une part, la volonté US de dominer le Pacifique pour isoler la Chine et réduire sa puissance, et de l’autre, réduire la Russie comme au temps d’Eltsine, aujourd’hui trop souveraine par rapport au marché américain, font peser sur le monde une menace mortelle.

L’attitude agressive de Washington vis-à-vis de Moscou se mesure en Ukraine et en Europe de l’Est, avec l’appui direct aux putschistes de Kiev et le déploiement de forces offensives de l’Otan aux frontières russes.

 

Cette attitude provocatrice trouve des relais chez les dirigeant de l’Union européenne, en particulier en France, au sein du pouvoir et de la classe dirigeante, dont les médias font assaut de bellicisme antirusse, comme pour préparer l’opinion à la guerre.

 

Cette situation doit conduire les communistes à une réflexion approfondie sur la stratégie qu’ils préconisent, aux alliances qu’ils envisagent, aux formes d’organisation de la force communiste en France qu’il est impérieux de mettre en place.

 

Est-il conséquent, est-il responsable de maintenir en concurrence de fait, une constellation de groupements nationaux ou locaux, alors que, d’accord sur l’essentiel, ils devraient œuvrer en commun pour constituer une force unie, crédible et visible, pour peser efficacement dans le champ politique en France ?

 

La question devrait être directement posée à tous les camarades faisant partie des divers groupements hors ou dans le PCF, qui se réclament du communisme de lutte de classe, mais aussi à tous les communistes bien plus nombreux qui, sans liens politiques, désespèrent de leur isolement et de leur absence militante dans la bataille immense qui nous attend.

 

Si la question de l’unification dans un nouveau parti communiste n’est pas encore atteint son niveau de maturation, ne pourrait-on pas envisager de rassembler dans les plus brefs délais les groupes militants actuels, dans ou hors du PCF, dans un mouvement largement ouvert aux communistes isolés, agissant sous un sigle unique, en maintenant pour le présent l’indépendance des organisations qui existent aujourd’hui dans notre pays ?

La question est posée.

 

Pour en discuter, ne serait-il pas bon de prévoir dans les tous prochains mois une large conférence, sur deux jours, ouverte largement à tous les communistes qui considèrent qu’une force unie communiste est nécessaire et urgente en France ?

 

Vénissieux peut être le jalon qui prépare cette perspective : la création d’une telle force communiste.

Jean LEVY

*Rencontre de Vénissieux : le 13 décembre 2014

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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 09:46

Source Zebuzzeo 7 décembre 2014

 

 

Lors d'un samedi lugubre à la porte de la Villette (XIX e arrondissement de Paris), les délégués socialistes ont acclamé leur nouvelle charte pour le progrès humain.

« PS, Medef, même combat ! » C'est sous les huées et protégés par un cordon de CRS les séparant de manifestants précaires et chômeurs, que les délégués du parti socialiste ont quitté leurs états généraux, ce samedi à Paris. Depuis le dernier conseil national du parti sous la direction de Harlem Désir, qui avait vu les salariés de PSA-Aulnay perturber les débats (lire ici), toutes les réunions internes du PS s'étaient tenues à huis clos. Sauf à La Rochelle, où les universités d'été du parti avaient aussi été sécurisées de façon similaire, pour empêcher de pourtant bien pacifiques manifestations de la CGT puis de militants de la cause palestinienne.

Et ce samedi, donc, c'est une partie de la « coordination chômeurs et précaires», rassemblée peu avant et non loin, qui a voulu faire entendre au PS son désaccord avec la prochaine loi Macron sur la réforme du marché du travail.

Que les hiérarques socialistes se rassurent, les prochaines échéances du parti vont à nouveau retrouver ce huis clos qui leur sied si bien. Peut-être n'auront-ils dès lors pas besoin de faire appel aux CRS pour protéger leurs futurs échanges...

Tenus à distance de cette tentative d'irruption de la réalité sociale dans le cénacle socialiste hors-sol, environ 500 personnes (1 500 étaient inscrites et de nombreuses chaises sont restées vides) ont écouté sans entrain de nombreux et ternes plaidoyers en faveur de l'écologie et de l'égalité des droits, dans une salle impersonnelle de la porte de la Villette mais amplement décorée d'écrans géants et d'oripeaux au poing et aux roses...

Du moment que les dirigeants du PS semblent satisfaits d'eux- mêmes, de leur aggiornamento superficiel et de sa mise en scène interne protégée par les forces de l'ordre...

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